Google, IA, YouTube, TikTok : les Français ne cherchent plus sur Internet comme avant
Le moteur de recherche n’a pas disparu. Mais il partage désormais la scène. IA générative, vidéos YouTube, avis TikTok, discussions Reddit : les Français multiplient les portes d’entrée selon ce qu’ils cherchent vraiment. Une étude Eskimoz x Ipsos dresse le portrait d’une recherche en ligne qui se fragmente — et oblige marques et médias à repenser leur visibilité de fond en comble.
Avant, le réflexe était simple. Une question, un doute, un achat à préparer : on ouvrait Google, on tapait quelques mots-clés, on cliquait. Ce geste n’a pas disparu, il reste même profondément ancré dans nos habitudes. Mais il n’est plus seul.
Aujourd’hui, une recherche peut commencer par une question posée à ChatGPT, se poursuivre avec une vidéo YouTube, passer par un avis sur TikTok ou Reddit, puis finir sur Google ou une marketplace. On ne consulte plus internet comme un annuaire géant. On le traverse.
C’est ce que révèle la dernière édition de l’Observatoire des usages de la recherche en ligne, menée par Eskimoz avec Ipsos auprès de 1 000 Français représentatifs de la population nationale. Le constat est clair : les moteurs de recherche restent incontournables, mais l’IA générative s’installe à toute vitesse dans notre quotidien.
Google reste le réflexe dominant
Il serait tentant d’annoncer la chute de Google à chaque nouvelle stat sur l’IA. Ce serait aller trop vite. Les moteurs de recherche restent, de loin, le canal le plus utilisé pour trouver une information en ligne. Selon l’étude, 85 % des Français utilisent un moteur de recherche au moins une fois par jour, et 74 % le privilégient quand il s’agit de rechercher une info… contre 68 % l’année précédente. La tendance est même en hausse.
Google garde un avantage difficile à détrôner : il organise le web tel qu’on le connaît depuis plus de vingt ans. On pose une requête, on obtient des liens, on choisit où cliquer. Simple, rapide, rassurant.
Mais cette mécanique cohabite désormais avec d’autres réflexes. Les Français ajustent leur recherche au type de réponse qu’ils veulent obtenir. Pour un tutoriel, ils vont vers la vidéo. Pour un avis, ils passent par les réseaux. Pour préparer un achat, ils comparent, testent, consultent. Et de plus en plus souvent, ils interrogent une IA pour obtenir une première synthèse.

L’IA devient un réflexe de recherche
La progression la plus frappante de l’étude concerne les IA génératives. Leur notoriété atteint désormais 83 % chez les Français — soit une hausse de 17 points en un an. Chez les 18-34 ans, ce chiffre grimpe à 88 %. L’écart générationnel reste visible, mais l’IA n’est clairement plus réservée à une poignée de technophiles.
Et surtout, les gens s’en servent vraiment. En 2025, 14 % des Français utilisaient une IA générative tous les jours. Ils sont désormais 23 %. Sur une base hebdomadaire, la hausse est encore plus spectaculaire : 52 % des Français y ont recours au moins une fois par semaine, contre 29 % un an plus tôt.
Ce changement transforme la nature même de la recherche. Un moteur classique répond par des liens. Une IA répond par une synthèse. Elle trie, reformule, compare, recommande. Au lieu d’ouvrir dix onglets, on peut simplement demander : « Quel smartphone choisir pour moins de 500 euros ? » ou « Résume-moi les différences entre ces deux offres. » L’IA devient un premier conseiller — imparfait, certes, mais souvent plus confortable.
Google reste fort sur la recherche structurée. L’IA, elle, prend de la place au début du parcours, quand on ne sait pas encore exactement ce qu’on cherche.

Chaque plateforme trouve son rôle
Le changement ne se résume pas à un duel Google vs ChatGPT. L’étude montre plutôt une spécialisation des usages qui s’installe naturellement :
- Les moteurs dominent pour s’informer et comparer.
- Les plateformes vidéo s’imposent pour les tutoriels — 58 % d’usage sur ce type de besoin.
- Les sites e-commerce restent incontournables pour l’achat.
- Les IA génératives progressent partout : 20 % des Français les utilisent pour s’informer (contre 9 % en 2025), et 18 % pour comparer (contre 6 % l’an dernier).
Ce n’est donc plus seulement de la curiosité ou de l’expérimentation. L’IA s’insère dans des usages très concrets : comprendre un sujet, préparer une décision, peser des options. Pour les marques et les médias, c’est un changement majeur. Si l’internaute commence son parcours par une IA, la première recommandation ne vient plus d’une page de résultats Google — elle vient d’une réponse générée, nourrie par des sources que l’utilisateur ne consultera peut-être jamais directement.

YouTube, TikTok, Reddit : la recherche sociale existe
La vidéo joue un rôle à part dans cette recomposition. Pour apprendre à faire quelque chose, comprendre un produit ou voir une démo, beaucoup préfèrent regarder plutôt que lire. Et sur les réseaux, on ne cherche pas une information optimisée pour le SEO — on cherche des avis vrais, des retours d’expérience, des signaux humains.
Pour un restaurant, un produit beauté, une destination de voyage ou un outil IA, TikTok ou Reddit peuvent sembler plus vivants qu’une page web classique. 11 % des Français utilisent les réseaux sociaux pour rechercher une information — loin derrière Google, mais la tendance existe et progresse.
C’est peut-être l’un des défis les plus subtils pour Google. Le moteur peut indexer des pages, afficher des extraits, proposer des vidéos. Mais il ne reproduit pas la sensation d’un avis humain, récent, situé, porté par une vraie personne. C’est là que TikTok, YouTube ou Reddit trouvent leur force.

Paris donne un aperçu de la suite
L’étude révèle aussi un écart territorial frappant. À Paris, les moteurs de recherche classiques sont moins utilisés : 66 % des Parisiens y ont recours, contre 75 % en moyenne ailleurs. En revanche, la recherche via IA y est bien plus répandue : 43 % des habitants, contre 24 % dans le reste du pays.
Même tendance pour la recherche sociale : 30 % des Parisiens utilisent les réseaux pour leurs recherches, contre 16 % ailleurs. La capitale fait figure de laboratoire des nouveaux usages numériques, avec une adoption plus rapide de l’IA et des plateformes sociales.
Ce décalage ne signifie pas que tout le territoire suivra mécaniquement le même chemin. Mais il montre que la recherche en ligne avance à plusieurs vitesses.

Une adoption encore inégale
L’IA progresse vite, mais pas de manière uniforme. L’étude pointe un écart important entre hommes et femmes : 29 % des hommes utilisent les IA génératives au moins une fois par jour, contre 18 % des femmes. Sur l’usage hebdomadaire, l’écart reste marqué : 58 % vs 46 %.
Cette différence peut refléter des usages professionnels distincts, une exposition inégale aux outils, ou simplement des habitudes numériques qui évoluent à des rythmes différents. Elle rappelle en tout cas que la bascule vers l’IA n’est pas homogène. Derrière les grands chiffres de progression, les pratiques restent traversées par l’âge, le genre, le lieu de vie et le rapport à la technologie.
L’IA attire, intrigue, se diffuse. Mais elle ne remplace pas d’un coup les habitudes installées. Elle s’ajoute. Elle complète. Elle modifie certaines étapes du parcours, sans effacer les anciennes.

Pour les marques, le SEO classique ne suffit plus
La conclusion la plus stratégique de cette étude concerne les entreprises. Être bien positionné sur Google reste indispensable, mais la visibilité en ligne est devenue beaucoup plus complexe. Une marque doit désormais se demander comment elle apparaît dans les moteurs, dans les vidéos, dans les conversations sociales, dans les comparatifs, et aussi dans les réponses générées par l’IA.
Comme le résume Jérémy Lacoste, directeur général France d’Eskimoz : l’IA recommande en amont, tandis que les moteurs et les marketplaces convertissent ensuite. Le moment décisif n’est plus seulement celui du clic. Il peut arriver bien plus tôt, quand l’utilisateur demande à une IA quelles solutions méritent son attention.
Pour exister dans cet environnement, les marques devront produire des contenus plus utiles, plus fiables, plus citables : fiches produits soignées, articles experts, avis clients, comparatifs, vidéos, discussions communautaires. La bataille ne se joue plus uniquement sur la première page Google — elle se joue sur tout l’écosystème de sources que les internautes et les IA consultent.
La recherche devient un parcours éclaté
Le grand enseignement de cette étude n’est donc pas que Google disparaît. Il reste massif, quotidien, profondément installé. Mais il n’est plus seul dans l’esprit des internautes.
Pour une même question, les Français peuvent désormais mobiliser plusieurs réflexes : demander une synthèse à une IA, vérifier sur Google, regarder une vidéo, consulter des avis sur TikTok ou Reddit, puis finaliser sur une marketplace. La recherche en ligne devient moins linéaire, plus contextuelle, plus personnelle.
On ne cherche plus seulement une page web. On cherche une réponse, une démonstration, une recommandation, une preuve, un avis humain. Et selon le besoin du moment, la meilleure porte d’entrée ne sera pas toujours la même.
Pour les internautes, cette fragmentation peut être une richesse, croiser les sources, comparer les formats, obtenir des réponses plus adaptées. Pour les marques et les médias, elle complique sérieusement le jeu. Être trouvé ne veut plus seulement dire être bien classé. Cela veut dire être présent là où la décision commence, parfois avant même que l’utilisateur ait ouvert Google.
Et vous, quand vous cherchez une information aujourd’hui, vous allez encore directement sur Google… ou vous demandez d’abord à une IA ? Partagez votre témoignage en commentaire !
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