Les Google Glass bientôt de retour ?








Google semble avoir trouvé un nouveau levier de négociation dans le bras de fer sur les droits voisins et la rémunération de la presse. Leur “expérience publique” menée en Europe conclut que les contenus d’actualité ne génèrent aucun revenu publicitaire mesurable. Autrement dit, la presse ne leur vaudrait rien. La question essentielle de l’étude était […]
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« Ça se passe maintenant », a proclamé Mark Zuckerberg au Meta Connect du mercredi 25 septembre. Vêtu d’une montre identifiée par les utilisateurs de Reddit comme valant l'équivalent du revenu annuel moyen d’un Américain et d'un t-shirt arborant le slogan "Aut Zuck Aut Nihil" (soit Zuck, soit rien), le créateur de Facebook prône une philosophie égalitaire. Ironique, mais révélateur des tensions entre ses habitudes de consommation personnelles et la stratégie de sa société. Les pertes opérationnelles colossales de son unité Reality Labs, évaluées à des dizaines de milliards, ne semblent pas freiner ses ambitions, même si les retours sur investissement tardent. Au programme : beaucoup de "WOW" et un peu de "WTF", avec, parmi les vedettes de la journée, le casque de réalité virtuelle Quest 3S pour un dixième du prix d’un Vision Pro d'Apple, sans oublier les lunettes intégrant une technologie holographique connectées à nos cerveaux pour un futur lunatique pas si lointain peut-être (le NYT parle même toujours de métavers).
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(Les lunettes, l’accessoire fashion indispensable du futur connecté, image IA)
Après nous avoir enfermés dans des bulles de filtre, Meta fait un pas audacieux dans les nouvelles réalités artificielles, avec "Imagined for You". On pourra désormais personnaliser son fil d'actualités avec des contenus générés par IA, ajustés aux préférences des utilisateurs en temps réel. Ils auront la possibilité de modifier les images grâce à des prompts ou de les faire défiler pour découvrir de nouvelles créations instantanément. Selon Amanda Felix, porte-parole de Meta, les utilisateurs qui activeront la fonctionnalité "Imagine Yourself" verront même des images de leur propre visage, à condition d’offrir leurs photos personnelles à Meta.
Cette personnalisation repose en effet sur une collecte massive de données, permettant à Meta d’ajuster précisément les contenus pour chaque individu. Lors d’un entretien avec Alex Heath de The Verge, Mark Zuckerberg ne cache pas son ambition que l'intégration d'images générées par l'IA dans les fils d'actualité représente la prochaine étape logique pour Facebook et Instagram. « Au départ, les fils d’actualité montraient exclusivement les publications des amis et abonnés. Désormais, une nouvelle couche s’ajoute : du contenu généré par des systèmes d’intelligence artificielle, conçu pour correspondre aux centres d’intérêt de chaque utilisateur ».
Le New York Times a qualifié cette mise à jour de « risquée », avertissant des dangers d’une personnalisation excessive. Par ailleurs, l’invasion de contenu généré par l’IA, parfois désignée sous le terme de « slop » (au départ, des déchets maritimes, en figuré pour les contenus de faible qualité générés par l'IA) , préoccupe. Max Read a estimé que « depuis presque deux ans, une marée montante de slop commence à inonder la plupart des espaces considérés comme l’internet. La montée en puissance de l’IA et des contenus générés automatiquement pourrait également annoncer la fin des contenus générés par les utilisateurs ».
Reste un espoir : comme l’indique Axios, lesdits utilisateurs ne s’avèrent pas nécessairement enthousiastes à l’idée d’être submergés par ce type de contenu à long terme. Pour Casey Newton, si Meta va trop vite en noyant les fils d’actualités sous des contenus générés par l’IA, elle risque de donner à ses produits phares "l'aspect d'un parc d'attractions abandonné". En attendant, près de 500 millions d'utilisateurs utilisent les produits IA de Meta, a déclaré Mark Zuckerberg, affirmant que l'IA de Meta est en passe de devenir l'IA la plus utilisée au monde. Après les bulles de filtre, chacun pourra désormais imaginer sa propre réalité ?
CETTE SEMAINE EN FRANCE
3 CHIFFRES
LE GRAPHIQUE DE LA SEMAINE
En France, Hugo Décrypte est le compte personnel lié à l'actualité le plus mentionné.
Source : Reuters
NOS MEILLEURES LECTURES / DIGNES DE VOTRE TEMPS / LONG READ
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DISRUPTION, DISLOCATION, MONDIALISATION
I shared the following note with the OpenAI team today. pic.twitter.com/nsZ4khI06P
— Mira Murati (@miramurati) September 25, 2024
DONNEES, CONFIANCE, LIBERTÉ DE LA PRESSE, DÉSINFORMATION
LÉGISLATION, RÉGLEMENTATION
JOURNALISME
STORYTELLING, NOUVEAUX FORMATS
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ENVIRONNEMENT
RÉSEAUX SOCIAUX, MESSAGERIES, APPS
what if you fell in love with someone then they reposted Goodbye Meta AI on their instagram story pic.twitter.com/5wD0OgtZTc
— hannah louise (@hannahlouisef) September 24, 2024
STREAMING, OTT, SVOD
AUDIO, PODCAST, BORNES
INTELLIGENCE ARTIFICIELLE, DATA, AUTOMATISATION
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MONÉTISATION, MODÈLE ÉCONOMIQUE, PUBLICITÉ
Par Kati Bremme, Alexandra Klinnik et Océane Ansah
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Notre première sélection vous a captivé ou vous cherchez encore la lecture parfaite ? Ne vous en faites pas, l'été est loin d'être fini ! Voici le deuxième volet de nos recommandations littéraires pour découvrir davantage le monde de demain.
The Chaos Machine – Max Fisher
Les plateformes ressemblent aux fabricants de cigarettes des années 60 : elles prétendent ne pas comprendre pourquoi les gens pourraient s’inquiéter de l’impact de leurs produits. Dans The Chaos Machine, le journaliste du New York Times, Max Fisher, souhaite montrer concrètement la duplicité des réseaux sociaux. Les algorithmes utilisés exploitent les émotions pour maximiser l’engagement, en dépit de la violence engendrée. L’auteur s’est ainsi penché sur l’influence clé des réseaux sociaux dans la victoire de Trump aux élections américaines, et dans les émeutes au Sri Lanka et en Birmanie. Il montre notamment que le plaisir de l’indignation est l’un des sentiments clé qui est exploité par les algorithmes conçus par Google pour YouTube et Meta pour Facebook, Instagram et WhatsApp. La division alimente l’engagement, ce qui à son tour génère des revenus publicitaires…
A travers les interviews de chercheurs, le journaliste explique notamment comment les algorithmes et la conception des réseaux sociaux « façonnent délibérément nos expériences », exerçant « une attraction si puissante sur notre psychologie et notre identité qu’elle change notre façon de penser, de nous comporter et de nous relier les uns aux autres ». Un ouvrage nécessaire pour prendre du recul.
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Rupert Murdoch, l’empereur des médias qui manipule le monde – David Colon
« Rupert Murdoch est très bon dans ce qu'il fait. La question est : est-ce qu'il fait quoi que ce soit de bon ? » se demandait l’avocat Théodore Kheel, qui a travaillé tant pour que contre le magnat de la presse. À 93 ans, Rupert Murdoch continue d'exercer une influence colossale à l’échelle mondiale avec son empire médiatique, qui inclut The Sun, le Wall Street Journal, Fox News et bien d'autres. Dans sa biographie captivante intitulée Rupert Murdoch, l’empereur des médias qui manipule le monde, David Colon explore le rôle de Murdoch dans la concentration des médias et sa réputation controversée, le qualifiant parfois de « cancer pour la démocratie ». Ce portrait révèle comment le magnat australien a construit un réseau tentaculaire, comprenant 175 journaux, des dizaines de chaînes de télévision, un studio hollywoodien et une maison d'édition sur quatre continents.
Surnommé « grand manipulateur », « sorcier des médias », « Roi Soleil », « antéchrist » ou encore « homme le plus dangereux du monde », Rupert Murdoch est au centre d'un débat intense sur l'impact de ses méthodes. « Lire la biographie de Murdoch, c’est aussi lire en filigrane celle des propriétaires de grands médias », prévient David Colon.
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Read Write Own – Chris Dixon
Dans Read Write Own, Chris Dixon offre une vision enthousiaste et idéaliste de la technologie blockchain comme remède aux maux d'Internet. L’essai se présente comme une défense argumentée de la blockchain, la présentant comme la solution idéale pour créer un Internet plus décentralisé et équitable, loin du contrôle des grandes entreprises technologiques.
Ce « puriste d’internet » aborde l'histoire du web pour contextualiser l'évolution vers la blockchain. Il argumente que les blockchains pourraient surpasser les réseaux centralisés en offrant un environnement où les règles sont codifiées dans le logiciel, éliminant ainsi la nécessité de faire confiance aux entreprises de la tech. « « Tout le monde parle de l’IA qui va tout détruire, estime l’auteur. La véritable menace est que cinq grandes entreprises finissent par tout contrôler, et que nous soyons tous soumis à ce qu’elles décident. Cela me semble très ennuyeux, monotone et dystopique. J’ai l’impression d’être une personne folle, debout sur le coin de la rue en criant : ‘Pourquoi cela ne devrait-il pas être un problème plus important pour plus de gens ?’ »
Si Read Write Own est un essai intéressant en faveur de la blockchain et de sa philosophie, il ne mentionne ni les critiques, ni les échecs récurrents dans l'écosystème crypto, et ne s'attaque pas aux questions cruciales sur la lente adoption de la blockchain et les nombreux projets frauduleux…
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Fini le mépris de la presse traditionnelle envers les YouTubeurs : le festival de journalisme de Couthures-sur-Garonne, organisé par le groupe Le Monde, et parrainé par Camelia Jordana, a ouvert grand ses portes aux créateurs de contenus dits informatifs.
Par Alexandra Klinnik du MediaLab de l’Information de France Télévisions
Jean Massiet, Gaspard G, et Charlie Danger, entre autres, ont répondu présents pour partager les « secrets de fabrication » de ceux qui captivent les jeunes sur les réseaux sociaux, surpassant ainsi les médias classiques. Leur influence sur l'information est telle qu'un intervenant s'interroge : « Est-il devenu has been, dans l'écosystème médiatique actuel, de raisonner encore en termes de journalisme traditionnel ? ». La frontière de plus en plus floue entre influenceur et journaliste ne mérite-t-elle pas d'être réévaluée ?
Résumé des points clés
Journaliste ou influenceur : une étiquette fluctuante
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Jean Massiet, vulgarisateur politique et Gaspard G, YouTubeur
Les partenariats, le bât qui blesse
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De gauche à droite, Anaïs Carayon, directrice de la rédaction d'Urbania France, Paul Larrouturou, reporter chez TF1 et Gaspard G, créateur de contenus
Sourcer ses vidéos : une pratique journalistique devenue indispensable chez les créateurs de contenus
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William Audureau, journaliste au Monde et Jean Massiet, vulgarisateur politique
L’avenir ?
Aujourd’hui, les règles du jeu médiatique changent. La crédibilité est non pas donnée, par la profession mais par les gens qui regardent les contenus. Les créateurs, loin d’être de simples diffuseurs de divertissement, jouent désormais un rôle crucial dans la diffusion de l’information, captant un public jeune et diversifié souvent délaissé par les médias traditionnels. En se mettant à leur hauteur, ils parviennent à ouvrir le dialogue, et développent une proximité à la fois en ligne et « in real life » – Jean Massiet, par exemple n’hésite pas à parcourir la France pour des apéros organisés avec sa communauté sur Discord. Il est crucial que le secteur continue de naviguer entre innovation et rigueur pour assurer la pérennité et la fiabilité de l’information dans cette ère numérique. La question demeure : comment les médias traditionnels et les créateurs de contenu pourront-ils collaborer efficacement pour offrir une information de qualité dans un paysage en perpétuelle mutation ? La réponse pourrait bien façonner le journalisme de demain.
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« Les robots conversationnels ont-ils franchi une nouvelle frontière cette semaine ? » Pour la communauté commentatrice de l'actualité IA, il n'y a aucun doute. Lundi et mardi, les deux géants de l’IA générative se sont affrontés en dévoilant leurs nouveautés lors de leurs conférences de presse respectives. Les objectifs des deux entreprises diffèrent légèrement. Bien que ces outils soient destinés à s’immiscer encore plus dans notre quotidien, ce ne sera sans doute pas de la même manière.
ChatGPT veut révolutionner notre vie
Démonstration des capacités de ChatGPT-4o par OpenAI
Gemini 1.5 veut révolutionner notre travail
Démonstration du projet Astra par Google
Révolution technologique ou simple coup de communication ?
Alors, demain, rira-t-on avec les robots pour mieux vivre avec eux, comme nous l'annonçait Laurence Devillers déjà en 2015 ? Ce qui semble être une promesse technologique révolutionnaire doit néanmoins être nuancé. Les assistants conversationnels d’OpenAI et de Google affichent toujours un taux d’erreur d’environ 20 %. Il reste donc primordial de vérifier les informations fournies avec d'autres sources. De plus, pour Benoit Raphael, journaliste expert en IA, « la hype de l'IA générative semble avoir atteint un plateau », tant en termes d’utilisateurs qu’en termes techniques. Il explique : « GPT-4o, le nouveau modèle d'OpenAI, est à peine meilleur que GPT-4, même s'il est plus rapide. Aujourd'hui, la plupart des modèles se valent ». Le principal enjeu est maintenant le marketing (plusieurs vidéos sur YouTube ont d'ailleurs transformé cette semaine en battle entre les deux géants)...
Mais ces entreprises sont bien en train de construire un avenir où les modèles d'IA recherchent, vérifient et évaluent les informations pour nous fournir une réponse concise à nos questions. Et pour Melissa Heikkilä, journaliste experte IA au MIT, "Encore plus qu'avec des chatbots plus simples, il est judicieux de rester sceptique par rapport à ce qu'ils vous disent".
CETTE SEMAINE EN FRANCE
3 CHIFFRES
LE GRAPHIQUE DE LA SEMAINE
Les renvois vers les sites d'infos en provenance de Facebook ont chuté de 50 % en un an
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Source : Mediapost
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Capture d'écran : Washington Post
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Publié par @zuckVoir dans Threads
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You can now generate production-ready prompts in the Anthropic Console.
Describe what you want to achieve, and Claude will use prompt engineering techniques like chain-of-thought reasoning to create more effective, precise and reliable prompts. pic.twitter.com/TqylVRkfP5
— Anthropic (@AnthropicAI) May 10, 2024
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Au Festival International de journalisme de Pérouse, les journalistes se réunissent pour des "thérapies en direct" dans un contexte de montée de la désinformation amplifiée par l'IA et de la toute-puissance des grandes plateformes. Et affûtent leurs armes pour les combats à venir.
Par Alexandra Klinnik du MediaLab de l’Information de France Télévisions
« Imaginez Pérouse comme un groupe d'Alcooliques Anonymes... mais pour les journalistes », plaisante Maria Ressa, journaliste philippine et lauréate du Prix Nobel de la paix. Au Festival International de journalisme de Pérouse, la presse s’est adonnée à des « thérapies en direct ». Avec pour toile de fond : des fresques de la Renaissance et les paysages vallonnés de la capitale d’Ombrie. Le besoin de se rassembler, dont on parle tant, ne concerne pas uniquement les communautés auxquelles les médias s'adressent. Les journalistes eux-mêmes ont besoin de se regénérer pour affronter les défis à venir. Les enjeux sont immenses : la montée de la désinformation amplifiée par l’intelligence artificielle, la toute-puissance des grandes plateformes - ces "frenemies" abonnés au capitalisme de surveillance, la perte d’une réalité commune. A l’ère où près de la moitié de la population mondiale s'apprête à élire ses représentants, les signaux d'alarme s’intensifient. « 2024 est l’année où la démocratie pourrait tomber d’une falaise », prévient Maria Ressa. « La situation n’a jamais été aussi mauvaise qu’aujourd’hui et plus la démocratie recule, plus les journalistes en paient le prix. Lorsqu’il s’agit d’une bataille pour les faits, les journalistes sont des activistes ».
Résumé des principaux champs de bataille.
Les médias de service public : « trop vieux, blancs et angoissés » ?
« Les jeunes ne nous feront pas confiance juste parce qu’on est la BBC » constate Naja Nielsen, directrice digitale à BBC News. Le simple fait d’être une marque historique n’est plus un gage d’attrait. Même si l’institution britannique reste la première marque anglophone au monde, la confiance de l’audience a baissé de 19% en cinq ans. Comment continuer à être une référence auprès d’un jeune public fuyant ? Cette question existentielle a fait l’objet d’une table ronde centrée sur le rôle des médias publics, « les fondements d’une société saine ». Un impératif demeure : une refonte pour une couverture moins négative et plus diversifiée.
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De gauche à droite : Rasmus Nielsen, Renée Kaplan, Naja Nielsen et Anne Lagercrantz
Les points clés :
Zéro : le juste prix de la presse ?
Quelle est la valeur des actualités pour une plateforme ? « Aucune », a répondu Jesper Doub, ex-Meta. Celle-ci pourrait même être négative. Meta pourrait quitter le monde de l’info, sans perte commerciale du moins à court terme, a assuré l’ancien employé de Facebook, dans une table ronde intitulée « Qu’est-ce qui a mal tourné entre la presse et les big tech ? ». « Si vous obligez une entreprise privée à payer pour quelque chose qu’elle n’apprécie pas, elle en voudra encore moins », estime Madhav Chinnapa, ancien directeur du développement de l'écosystème de l'information chez Google. Dans une conférence parallèle, des économistes de renom ont posé un constat d’une différente nature sur le juste prix de la presse, devant être attribué par les plateformes.
Les points clés :
Journalistes influenceurs : récupère ton argent !
Un journaliste est-il un influenceur (qui s’ignore) ? Peut-il accepter des partenariats avec des marques, au risque de franchir la ligne rouge de l’éthique ? Ces questions ont animé un panel en très grande forme intitulée « La montée des influenceurs : ce que les journalistes doivent apprendre ».
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De gauche à droite : Mercy Abang, Enrique Anarte Lazo, Fatu Ogwuche et Johanna Rudiger
Les points clés :
La désinformation, une épidémie hors de contrôle ?
Le fil rouge de chaque conférence était sans aucun doute la désinformation. Avec ce terrible constat en arrière-plan : malgré la multiplication d’organisations de fact-checking dans le monde, la désinformation perdure. Et va s’accroître notamment avec le déferlement de l’IA générative. De faux influenceurs, voire de faux médecins, générés par l'IA ont des millions de vues sur leurs comptes de médias sociaux.
Certaines plateformes abandonnent le navire ou jouent un rôle ambigu. « Les plateformes ont joué un rôle majeur dans les opérations de fact-checking dans le monde, mais nous ne savons pas pour combien de temps. Et cela suscite beaucoup d’inquiétude. Nous recevons beaucoup de signaux contradictoires », remet en contexte Marie Bohner, responsable du développement et des partenariats de l’investigation numérique. Twitter, temple du chaos, par exemple, ne répond aux demandes des journalistes que par un mail « out-of-office ». « J’ai essayé de les contacter 10 fois en quatre mois, avec le même résultat nul », déplore Marianna Spring, spécialiste de la désinformation à la BBC. Enfin, certains terrains sont désertés par les journalistes « Il nous faut des fact-checkers sur TikTok. On en manque cruellement », martèle Shayan Sardarizadeh de BBC Verify.
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De gauche à droite : Lee Mwiti, Lucas Graves, Tai Nalon, Shayan Sardarizadeh, et Marie Bohner
Quelques chiffres rappelés lors du festival :
L’IA, l’éléphant dans la pièce
L’IA générative a également habité tous les esprits et de nombreuses conférences. Voici quelques réflexions et initiatives :
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De gauche à droite : Chris Moran, Charlie Beckett, Julie Pace, et Vivian Schiller
Conclusion :
Dans un monde où les enjeux technologiques et médiatiques sont de plus en plus entremêlés, Maria Ressa nous exhorte à garder espoir. Elle affirme : « Si les plateformes tech modéraient leur cupidité juste un petit peu, on serait capable de sauver la démocratie ». Pour la journaliste, il faut redoubler d’efforts, si on ne veut pas d’un monde à la Black Mirror où l’actualité aura disparu. « Nous menons le bon combat au moment qui compte », assure-t-elle. D'alcooliques anonymes à soldats de l'info...
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Pérouse
Illustration : Jesper Doub et Madhav Chinnapa
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« Nous nous dirigeons vers un monde où plus personne n'aura besoin de visiter des sites web et donc de voir des publicités d'éditeurs qui financent des trucs comme le journalisme », a averti il y a quelque jour un journaliste dans un podcast du New York Times.
Car en ce moment le monde de l’IA dans la Silicon Valley ne parle que d’un site : Perplexity.ai ! Ce service n’est pas un agent conversationnel, mais un mélange très séduisant combinant search et IA. Et préfigure … la mort possible des revenus tirés des liens vers les contenus des éditeurs.
En gros, à votre question, Perplexity fournit, à partir de multiples contenus du web, un résumé instantané parfait, un article à la volée bien présenté, avec des encadrés pertinents et à jour. Une sorte de Wikipédia dynamique et personnalisé, sans passer par le search classique.
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Certes les principales sources sont affichées en haut de la page, mais rares sont ceux qui creuseront davantage le sujet, car la réponse proposée, synthèse intelligente de nombreux contenus soigneusement choisis, suffit et fait gagner du temps. Mais, pour l’instant, ces sources – souvent des éditeurs de presse-- ne sont pas rémunérées, au nom du fameux « fair use », le principe de citation du monde universitaire.
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Perplexity, fondée par un ancien d’OpenAi et de DeepMind de Google, revendique 10 millions d’utilisateurs mensuels actifs et une durée moyenne de visite de 21 minutes. La version pro coûte 20 $ par mois, comme pour GPT-4. Et Jeff Bezos est un des actionnaires.
Face aux éditeurs terrifiés, le CEO et fondateur de Perplexity, Aravind Srinivas, estime que son moteur de réponses offre un meilleur référencement, une meilleure visibilité que Google, et permet d’accroître la notoriété des sources. Il reconnaît toutefois qu’il faudrait mieux monétiser cette notoriété.
« Nous devrions pouvoir dire au New York Times le nombre fois qu’un de ses extraits a été utilisé dans des réponses de Perplexity cette semaine ».
“Notre but est de devenir le lieu de facto de l’information sur Internet (….) l’appli ultime de la connaissance, le TikTok du savoir!”, a-t-il indiqué dans deux récents podcasts.
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« Aujourd’hui vous perdez beaucoup de temps à obtenir une réponse qu’une dizaine de commerciaux essaient de vous donner », précise-t-il. « Google, qui travaille d’abord pour les annonceurs, n’a aucun intérêt à vous faire gagner du temps ».
Il réfléchit ainsi à des modèles d’abonnements groupés avec des médias. Mais sa diversification de revenus passera à terme par les APIs et la publicité, a ajouté il y a quelques jours Srinivas.
Sur Perplexity, explique Srinivas, « la compétence N°1 est de poser de bonnes questions ».
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La recherche peut être affinée et se concentrer uniquement sur des groupes de sources, comme par exemple les seules vidéos YouTube, ou les posts Reddit. Les erreurs existent mais sont bien moins nombreuses que sur les plateformes d’IA générative.
Evidemment, le roi du search, Google, pourrait faire la même chose que Perplexity. Il le fait d’ailleurs discrètement depuis plusieurs années dans des encadrés brefs. Mais son modèle d’affaires basé sur des liens sponsorisés – déjà partiellement cannibalisé par son IA Gemini- serait en grand risque. Wall Street ne manquerait pas de sanctionner tout recul des revenus publicitaires du géant de Mountain View.
Le « search génératif » de Google (dopé à l’IA) qui a déjà fait chuter le trafic de plus d’un tiers vers les sites d’infos d’Amérique du Nord n’est pour l’instant pas disponible en Europe. Il pourrait toutefois y arriver sous une forme intégrée au search classique d’ici moins d’un an, selon des contacts pris auprès de Google.
Les prochaines étapes chez Perplexity ?
Des notifications de news ("Perplexity Push") et « des résultats encore plus fiables, des questions et des réponses sous forme audio et vidéo (dire « multimodales » !), un meilleur raisonnement et plus de personnalisation », promet Srinivas.
D’autres offres semblables se multiplient comme l’appli « Arc Search » sur iPhone ou « Consensus » et peut-être bientôt via Reddit, qui vient de signer un accord important avec une firme d’IA.
Demain, nos smart phones, nous donnerons à la volée les cinq infos importantes du moment. Et peu d'entre nous se soucieront des sources !
ES
ps : ah j'oubliais ! Perplexity fonctionne aussi en Français !
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