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    Une galerie d’art contemporain qui déménage et en profite pour tripler sa surface d’exposition : voilà qui est rarissime à Strasbourg, ville à la réputation redoutable pour les galeristes, dont beaucoup ont jeté l’éponge depuis longtemps. Découvrez le pari plein d’audace de la galerie Radial Art Contemporain et son créateur Frédéric Croizer. Fred Croizer, c’est avant tout l’histoire d’un passionné d’art contemporain qui a trimballé son sac à dos sur les chemins de traverse les plus déroutants av

À la galerie avec Frédéric Croizer

22 octobre 2026 à 07:51

Une galerie d’art contemporain qui déménage et en profite pour tripler sa surface d’exposition : voilà qui est rarissime à Strasbourg, ville à la réputation redoutable pour les galeristes, dont beaucoup ont jeté l’éponge depuis longtemps. Découvrez le pari plein d’audace de la galerie Radial Art Contemporain et son créateur Frédéric Croizer.

Fred Croizer, c’est avant tout l’histoire d’un passionné d’art contemporain qui a trimballé son sac à dos sur les chemins de traverse les plus déroutants avant de se fixer à Strasbourg. L’intéressé raconte volontiers sa rencontre la plus déterminante : « Quand je vivais à New York, ma meilleure amie était journaliste et elle était la représentante du magazine Art Actuel pour tout le marché de l’art contemporain aux États-Unis. Avec elle, nous sommes allés à peu près partout où ça bougeait ; elle m’a ouvert plein de portes et fait connaître beaucoup d’artistes. Ma motivation pour ce métier est née là. Je peux dire que les innombrables briefings de visites d’expos que nous faisions systématiquement ensemble quasiment chaque soir ont fortement contribué à ce que je suis devenu ensuite… »

Radial Gallery, 4 Rue de la Douane à Strasbourg ©DR

Radial, seize ans déjà

À son arrivée à Strasbourg en 2010, le jeune quarantenaire n’avait pour autant aucune idée précise en tête si ce n’est « se poser et réfléchir à l’avenir ». L’occasion de ce vieux local du quai de Turckheim à l’orée de la Petite France était donc à saisir, d’autant qu’un appartement juste au-dessus faisait partie du bail. « Après maints travaux d’embellissement absolument impératifs, c’est là qu’est née l’idée de la galerie » se souvient Fred. Et quand on le questionne aujourd’hui sur son bilan, le fondateur de Radial réalise un superbe salto plein de malice : « Serge Hartmann (le journaliste des DNA, alors responsable du service Culture – ndlr) m’avait baptisé “le galeriste suicidaire” en raison de mes choix artistiques. Il n’avait pas tort, je crois, mais en attendant, pour un suicide, c’est un suicide plutôt réussi, non ? » rigole-t-il. La véritable surprise est survenue très vite : « Mes premiers clients n’ont pas été des Strasbourgeois ou des Bas-Rhinois comme je l’avais imaginé, mais plutôt des gens que je connaissais déjà et qui vivaient en Allemagne ou en Suisse. Leurs achats réguliers m’ont permis de tenir le choc et mon réseau s’est plutôt développé grâce à eux. La part de Strasbourg dans mon chiffre d’affaires est donc restée marginale… »

Bodo Korsig, oeuvre textile en feutre, 400 × 228 cm, 2026 ©Abdesslam Mirdass

Le nouveau Radial

En triplant sa surface d’exposition disponible, Fred Croizer a pour principal objectif de pouvoir enfin exposer toutes les oeuvres dont il dispose en stock, lui qui, sans le crier sur les toits, a réalisé le rêve de nombreux galeristes : voir les artistes créer spécialement pour sa galerie, « un privilège d’ordinaire réservé aux plus grands d’entre nous » souffle-t-il. Son opiniâtreté, sa rigueur professionnelle et la fidélité à ses engagements transpirent déjà dans son expo inaugurale White flag où pas moins de 21 artistes qu’il suit depuis très longtemps ont accepté d’exposer leurs créations pour la réouverture du lieu. « Cette grande salle accueillera donc l’expo temporaire comme je le faisais auparavant avec trois fois moins de surface, et la seconde salle, tout en longueur, me permettra d’exposer les oeuvres de mon stock, par roulement. Un stock visitable, quoi… » Le véritable objectif, Frédéric Croizer l’exprime en quelques mots : « Je sais où je veux aller. Je suis certain qu’à Strasbourg, en Alsace et aussi du côté des Vosges, il existe toute une clientèle qui n’a encore jamais osé pousser les portes d’une galerie d’art contemporain. Mon boulot est qu’ils entrent ici, beaucoup seront interpellés et quelquefois séduits par ce qui tombera sous leurs yeux, j’en suis intimement persuadé… »

©Abdesslam Mirdass

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À partir d’avant-hierSans catégorie
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  • Pierre Jakubowicz « Parlons de la culture pour tout ce qu’elle rapporte ! »
    Interview publié dans Or Norme N°62 (septembre 2026) C’était au coeur de la seconde canicule de l’été, en juillet dernier. L’adjoint à la culture avait quitté les débats d’un Conseil municipal pour évoquer avec nous les dossiers de sa délégation. Une petite heure trop vite passée, il en aurait largement fallu deux autres de plus tant la culture imprègne depuis longtemps la politique municipale à Strasbourg… Votre nomination à ce poste d’adjoint à la Culture a pu surprendre, c’est pourtant tout s

Pierre Jakubowicz « Parlons de la culture pour tout ce qu’elle rapporte ! »

29 septembre 2026 à 08:38

Interview publié dans Or Norme N°62 (septembre 2026)

C’était au coeur de la seconde canicule de l’été, en juillet dernier. L’adjoint à la culture avait quitté les débats d’un Conseil municipal pour évoquer avec nous les dossiers de sa délégation. Une petite heure trop vite passée, il en aurait largement fallu deux autres de plus tant la culture imprègne depuis longtemps la politique municipale à Strasbourg…

Votre nomination à ce poste d’adjoint à la Culture a pu surprendre, c’est pourtant tout sauf un hasard s’il vous a été attribué…

Vous avez raison, je ne suis pas là par l’effet du hasard. La culture fait partie de ma vie depuis mes plus jeunes années. J’ai eu la chance d’avoir une mère artiste et passionnée de culture. Elle m’a emmené pour la première fois dans les musées à l’âge de trois ans. Un peu plus tard, j’ai pu découvrir avec elle les ballets russes au théâtre du Châtelet. Elle a réussi à désacraliser tout ça très vite pour que je ne ressente aucune limite à ce que je voyais. En même temps, elle-même peignait et sculptait. Dès tout petit, j’ai baigné dans cet univers créatif, très vite elle m’a acheté des toiles et des pinceaux pour que je puisse peindre à ses côtés. J’ai rapidement adoré ça. La culture a toujours habité mon quotidien et, depuis très longtemps, je ne peux pas me rendre dans une ville sans aller dans un musée ou à l’opéra, s’il y en a un… Enfin, élu en 2020, j’ai candidaté pour occuper certains postes réservés à l’opposition et je me suis retrouvé administrateur de la HEAR, de l’Orchestre philharmonique de Strasbourg et de l’Opéra du Rhin, par exemple. Avec Catherine Trautmann, nous nous étions promis de ne pas reproduire les erreurs des autres et donc de ne pas parler de poste avant le soir du second tour. On s’est dit gagnons d’abord et on verra bien ensuite pour l’attribution des responsabilités. Deux jours après la victoire, Catherine m’a spontanément dit qu’elle me voyait bien à la Culture. Je lui ai dit tout de suite que j’étais d’accord. Tout cela n’a pas pris trente secondes…

©Tobias Canales

Impossible de ne pas évoquer immédiatement les terribles inquiétudes qui traversent tous les acteurs de la culture. Ils savent tous que l’argent public est devenu rare et que rien ne va s’arranger dans ce domaine avant longtemps. Que pouvez-vous dire aujourd’hui à tous ces acteurs, quels engagements pouvez-vous prendre qui les rassureraient ?

En ce qui nous concerne, nous ne voulons pas faire de la culture une variable d’ajustement. Aujourd’hui, le budget de la culture à Strasbourg, c’est un peu moins de 100 millions d’euros, dont 45 millions de subventions à des acteurs du territoire, ce qui est énorme. En outre, ce sont 900 agents qui, au sein de la collectivité, travaillent dans ce domaine. Strasbourg reste aujourd’hui, par dépense par habitant, la première des grandes villes de France, hors Paris bien sûr, en termes d’engagement sur la culture. Cet engagement, on souhaite le pérenniser et même le renforcer. Ce sont des choix budgétaires qui seront faits quand on aura enregistré les résultats de l’audit financier actuellement en cours de réalisation. Nous n’ignorons rien des difficultés rencontrées dans beaucoup de secteurs culturels, notamment ce point important qu’est la diminution constante de la marge artistique quand, à côté, il faut subir toutes les hausses de la vie courante. Il y a là un grand sujet sur la précarité culturelle, la précarité des artistes. Enfin, il y a aussi une insuffisance flagrante en matière de lieux de création et de diffusion, que ce soit dans le théâtre, les arts graphiques, la musique… Donc, on voit bien que tenir notre rang et rester présent ne suffit plus. Alors, on va lever beaucoup plus de fonds européens et, comme nous l’avons promis durant la campagne, nous allons créer un vrai service municipal du mécénat qui va aider les acteurs culturels à se rapprocher des mécènes. Nous collecterons les fonds venant du privé et les redistribuerons aux acteurs culturels. C’est innovant, de mémoire je n’ai pas le souvenir qu’on ait déjà initié ça à Strasbourg, en dehors bien sûr du mécénat sur les grands projets.

Parlons de l’Opéra du Rhin et des immenses problématiques que pose la rénovation inéluctable du bâtiment emblématique de la place Broglie. Concrètement, que va-t-il se passer et comment se présente l’évolution de l’enveloppe budgétaire globale ?

D’abord, en accord avec la direction de l’Opéra et celle du Ballet, on a repoussé d’un an le calendrier qui avait été annoncé car, vraiment, il nous fallait le temps de bien évaluer l’ensemble du dossier tel qu’il avait été appréhendé par l’ancienne équipe municipale. En fait, cette équipe s’était contentée de faire réaliser des études préalables et de poser l’hypothèse de l’utilisation du palais des Fêtes pendant les travaux. On a donc repoussé d’un an le départ de l’Opéra de son bâtiment pour ne pas fragiliser sa programmation. Nous avons voulu sécuriser l’institution. Au jour où nous parlons, quatre équipes d’architectes et de programmateurs travaillent sur ce projet. Je vous épargne les détails de procédure, mais leurs projets finaux complets seront remis en mars 2027. Nous choisirons au mois de juin suivant, avec un critère déterminant : celui de la jauge de la nouvelle salle, de façon à pouvoir conserver la belle dynamique de succès public de l’Opéra du Rhin et l’excellence de cette extraordinaire maison. Cela étant dit, ce report d’un an nous donne aussi quelques mois pour voir si l’on trouve un autre endroit que le Palais des Fêtes comme lieu de repli. Avec les services, nous étudions toutes les alternatives possibles. Tout est ouvert et j’estime que l’on s’est ainsi donné tous les moyens d’oeuvrer dans l’intérêt de l’institution…

« NOUS ALLONS CRÉER UN VRAI SERVICE MUNICIPAL DU MÉCÉNAT QUI VA AIDER LES ACTEURS CULTURELS À SE RAPPROCHER DES MÉCÈNES. »

Vous n’ignorez pas que beaucoup regrettent l’époque, peut-être fantasmée d’ailleurs, où Strasbourg fourmillait de projets culturels et où une écoute particulière était accordée à celles et ceux qui les portaient. C’est une époque révolue ?

Certainement pas. Et je ne reviendrai même pas sur toutes ces opportunités ratées ces dernières années, de la Fondation Gandur, prête à s’installer à Strasbourg, à la Maison européenne du dessin de presse avec le fonds Wolinski, sans parler de quelques legs qui nous étaient destinés. Au contraire de ce qui s’est alors passé, on a su être réactifs pour rafler le marché international du film documentaire à Marseille. Nous avons récupéré un événement qui réunit 2 000 professionnels venus de 60 pays et ainsi prouvé que quand on veut on peut ! Et puisque vous évoquez les grands projets, j’en profite pour vous annoncer que nous travaillons déjà activement sur celui d’une grande exposition artistique de portée internationale. Nous avons inscrit au prochain contrat triennal un budget permettant d’organiser, en 2029, une exposition de rang mondial. Strasbourg retrouve donc l’ambition culturelle qu’elle mérite… ←

©Tobias Canales

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