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« La consommation d'eau et d'énergie à une telle échelle est irresponsable » : l'Utah fait face à une vive contestation populaire après l'approbation d'un centre de données IA deux fois plus grand que Manhattan

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Les tensions autour des centres de données en Utah restent vives. La colère des populations est montée d'un cran après l'approbation récente de Stratos, un méga centre de données dont la superficie doublerait celle de Manhattan. Ce projet colossal, soutenu par l'investisseur Kevin O'Leary,...

Les algorithmes évolutifs, une piste pour rendre les IA plus sobres

Les systèmes d’IA sont souvent critiqués pour leur grande consommation énergétique — à tel point que l’on se demande quelle production électrique va alimenter les data centers dont la construction est prévue à travers le monde. Mais des systèmes d’intelligence artificielle plus sobres existent. Certains s’inspirent de la stratégie évolutionniste de la nature afin d’arriver à une solution la plus simple possible pour un problème donné.


Les principes de sélection naturelle théorisés par Charles Darwin ont permis l’évolution d’êtres vivants remarquablement adaptés à leurs environnements. Le cerveau humain est un exemple remarquable de résultat de cette évolution, ne consommant qu’une vingtaine de watts, soit près de 1000 fois moins qu’une intelligence artificielle le surpassant au jeu de Go. En reproduisant informatiquement ces principes évolutifs, il est possible de construire des intelligences artificielles (IA) plus sobres.

Les progrès fulgurants des IA durant cette dernière décennie sont majoritairement dus à l’utilisation des réseaux de neurones artificiels, dits « profonds », capables d’apprendre efficacement des tâches très diverses. Seulement, l’exécution d’un tel réseau requiert la réalisation de plusieurs millions à plusieurs milliards d’opérations mathématiques par un ordinateur ; et plus la complexité d’une tâche est grande, plus la taille du réseau nécessaire pour la réaliser sera grande également.

L’utilisation massive de réseaux de neurones profonds, toujours plus imposants pour en augmenter les capacités pose un problème de soutenabilité majeur. En effet, ces réseaux nécessitent des ressources naturelles et une énergie croissantes : il faut produire, alimenter et refroidir les processeurs exécutant ces calculs, notamment les GPU.

Pour répondre à ce défi de soutenabilité, il est nécessaire de proposer des technologies d’IA alternatives adaptant naturellement leur complexité à celle de la tâche accomplie pour être plus sobres.

Les approches évolutives pour l’apprentissage d’IA offrent une alternative crédible aux réseaux de neurones profonds, en étant plus sobres tout en restant performantes. En effet, contrairement aux réseaux de neurones dont la taille est fixée par un développeur avant l’entraînement, l’approche évolutive construit une IA dont la taille s’adapte minimalement à une tâche spécifique. Le résultat est une IA d’une complexité calculatoire de plusieurs centaines à milliers de fois inférieure aux réseaux de neurones, et donc naturellement plus sobre.

Mais au fait, c’est quoi l’évolution ?

La sélection naturelle et l’évolution reposent sur trois éléments essentiels : des individus définis par un génome, un mécanisme de reproduction, et un processus de sélection.

En biologie, le génome de chaque être vivant est construit en assemblant des briques de bases communes à une large diversité d’espèces : l’ADN. Le génome d’un être le caractérise en tant qu’individu, déterminant bon nombre de ses traits : forme, physiologie, taille, couleurs ; et le prédispose à certains comportements, tels que la course ou la nage.

Le mécanisme de reproduction permet à un ou plusieurs individus de donner naissance à de nouveaux individus, en copiant et en mélangeant leurs génomes. Cette copie, parfois imparfaite, crée un nouvel individu qui possède son propre génome, lui conférant des traits ressemblant à ceux de ses parents, mais possédant ses propres caractéristiques.

Un ensemble d’individus forme une population, qui existe dans un milieu où ils sont constamment évalués par des mises à l’épreuve : recherche de nutriments, survie en milieu hostile, recherche de partenaire de reproduction. Certains traits vont rendre des individus plus performants pour ces épreuves, augmentant leur chance de survie et de reproduction, quand d’autres traits moins favorables tendront à disparaître : c’est la sélection naturelle. Génération après génération, ce long processus a mené à l’apparition sur Terre d’êtres vivants adaptés à leurs environnements.

Depuis près de 60 ans, l’étude scientifique des algorithmes évolutionnaires a pour but de reprendre ces principes d’évolution pour l’optimisation de systèmes ou d’objets artificiels. Un exemple de cas d’usage concret est l’optimisation d’ailes d’avions, où le « génome » caractérise le profil, la longueur et la largeur d’une aile ; et où l’évaluation d’un individu (un modèle d’aile, en l’occurrence) mesure sa résistance, sa portance, et son poids.

Comment appliquer les principes d’évolution pour construire des IA

La programmation génétique est un domaine scientifique visant à construire des programmes informatiques, dont des IA, en appliquant ces principes évolutifs.

Crédit Image: Nicolas Beuve

Dans sa version la plus simple, l’« ADN » utilisé pour créer un individu est un ensemble d’instructions ou fonctions mathématiques de base : addition, multiplication, cosinus, etc. Le génome de chaque individu est ainsi une suite d’instructions, appelée programme, qui réalise des calculs sur les données de l’environnement.

Imaginons par exemple que l’on souhaite construire une IA chargée de contrôler un robot. L’IA observe des nombres représentant la position actuelle des différents membres du robot, l’angle de ses articulations, et la vitesse de ces différents éléments. Ces nombres sont utilisés pour exécuter l’individu-programme de l’IA. Les résultats des dernières instructions constituent la réponse de l’IA à cette observation, et sont utilisés pour contrôler les différents moteurs du robot.

Le processus évolutif débute par la création d’une population d’individus en générant de courts programmes aléatoires, une simple addition par exemple. La sélection des meilleurs programmes se fait en gardant les plus aptes à réaliser la tâche voulue, par exemple, faire avancer un robot le plus loin possible. Lors des premières générations, même les meilleurs individus sont généralement très mauvais, mais constituent le capital génétique pour la première phase de reproduction. La reproduction d’un programme peut se faire par croisement, en entremêlant les instructions issues de deux programmes parents ; ou par mutation, en reproduisant un programme existant de manière imparfaite pour ajouter ou retirer une instruction. Ce processus est ainsi répété sur de nombreuses générations, et à l’issue du processus d’évolution, le programme du meilleur individu est conservé pour être utilisé comme IA.

Et donc, les IA obtenues par ce processus d’évolution sont plus sobres ?

Durant le processus évolutif, le nombre d’instructions, et donc la complexité des programmes s’adapte automatiquement à la difficulté de la tâche à réaliser. En effet, l’ajout de nouvelles instructions aux génomes des individus ne perdure que si elle leur confère de meilleures aptitudes, favorisant leur survie et reproduction. Ainsi, le processus évolutif favorise naturellement l’émergence de programmes avec peu d’instructions, et pourtant bien adaptés à la tâche.

L’utilisation de programmes ainsi construits ne nécessite pas de puce dédiée de type GPU, et peut généralement être réalisée sur des processeurs peu énergivores déjà existants, et donc plus sobres.

Un autre avantage de l’approche évolutive : l’« interprétabilité »

Si les réseaux de neurones traditionnels sont capables de réaliser des tâches complexes, leur grande complexité calculatoire rend souvent impossible d’interpréter les causes de leurs bons fonctionnements, ou pire, de leurs erreurs. Là encore, la brièveté des programmes issus du processus évolutif est un atout majeur, puisque cela rend possible l’interprétation claire du fonctionnement de l’IA ainsi créée.

Un algorithme évolutionnaire est par nature facile à interpréter. Source : Quentin Vacher.

Cette vidéo en présente un exemple, avec un programme créé pour illustrer cet article qui permet de contrôler une jambe robotique, appelé le « hopper ». Usuellement appris avec des réseaux de neurones complexes, l’évolution génétique a permis à une IA d’apprendre à faire avancer la jambe robot en utilisant des instructions très simples pour contrôler chacun des trois moteurs du robot. De fait, comprendre la causalité des actions de l’IA en fonction des observations est possible, et on voit que le programme démontre une grande logique où chaque moteur est principalement contrôlé par des membres proches de celui-ci.

Quel avenir pour les IA issues de processus évolutifs ?

Dans certains domaines applicatifs, les IA plus sobres issues d’un processus évolutif concurrencent les aptitudes des réseaux de neurones pour un centième (voire un millième) de leur coût, par exemple en robotique ou dans l’industrie de la cyberdéfense. Si le coût de ces IA issues du processus évolutif les rend intrinsèquement plus sobres, il faut néanmoins veiller à ce que cette sobriété ne donne pas lieu à un effet rebond, sous forme d’une utilisation encore plus massive de telles IA pour des applications où cela n’est pas strictement nécessaire.

Ce domaine de recherche offre de nombreuses perspectives et défis à la communauté scientifique, dont la petite taille ne peut rivaliser avec les investissements colossaux autour des réseaux de neurones.

Parmi ces défis, le passage à l’échelle des IA issues du processus évolutif qui ne parviennent pas encore à concurrencer les réseaux de neurones sur les tâches les plus complexes, telles que le contrôle de robots humanoïdes, ou le traitement du langage naturel à la base de bots conversationnels.


Le projet foutics est soutenu par l’Agence nationale de la recherche (ANR), qui finance en France la recherche sur projets. L’ANR a pour mission de soutenir et de promouvoir le développement de recherches fondamentales et finalisées dans toutes les disciplines, et de renforcer le dialogue entre science et société. Pour en savoir plus, consultez le site de l’ANR.

The Conversation

Karol Desnos a reçu des financements de l'Agence Nationale de la Recherche (ANR) au titre du projet ANR-22-CE25-0005-01.

Mickaël Dardaillon a reçu des financements de l'Agence Nationale de la Recherche (ANR) au titre du projet ANR-22-CE25-0005-01.

Quentin Vacher a reçu des financements de l'Agence Nationale de la Recherche (ANR) au titre du projet ANR-22-CE25-0005-01.

L’avenir de l’IA générative se joue-t-il ici ? Son plus grand défaut a peut-être été résolu

Le 5 mai 2026, la startup américaine Subquadratic a présenté SubQ, un nouveau modèle de langage reposant sur une attention dite « sous-quadratique ». Une approche qui promet de réduire drastiquement les coûts de calcul des LLM tout en leur permettant de gérer des contextes gigantesques.

5 gigawatts pour Claude: même l’IA entre dans une course électrique à l’échelle d’un pays

5 gigawatts pour Claude: même l’IA entre dans une course électrique à l’échelle d’un pays

Cinq gigawatts de capacité de calcul, plus de 100 milliards de dollars engagés sur dix ans : à ce niveau, l’IA ne se mesure plus en démonstrations spectaculaires, mais en électricité, en puces et en années de construction. Avec son nouvel accord avec Amazon, Anthropic expose brutalement la réalité physique de la bataille autour de Claude.

Anthropic et Amazon affichent un pari industriel hors norme

Le 20 avril 2026, Anthropic a annoncé un nouvel accord avec Amazon destiné à sécuriser jusqu’à 5 GW de capacité de calcul pour l’entraînement et le déploiement de ses modèles Claude. Le contrat prévoit plus de 100 milliards de dollars d’investissements sur dix ans dans les technologies AWS, un montant qui situe immédiatement l’enjeu très au-delà d’un simple partenariat cloud.

L’annonce détaille aussi un calendrier précis. La montée en puissance de Trainium2 doit s’accélérer dès le premier semestre 2026, avec près de 1 GW de capacité Trainium2/Trainium3 visée d’ici fin 2026. Anthropic indique déjà utiliser plus d’un million de puces Trainium2 et faire tourner Claude chez plus de 100 000 clients sur Amazon Bedrock.

La formule retenue par les deux groupes est révélatrice. Il ne s’agit pas seulement d’acheter des serveurs ou de réserver de la capacité cloud standard, mais de verrouiller l’accès à une infrastructure spécialisée sur la durée, autour des accélérateurs IA conçus par Amazon. En clair, Anthropic cherche à s’assurer un droit de tir massif sur les ressources qui deviennent les plus rares du secteur.

Derrière Claude, la guerre des modèles devient une guerre de gigawatts

Le chiffre de 5 GW marque une rupture d’échelle. Dans l’industrie de l’IA, les annonces sont souvent exprimées en nombre de GPU, en paramètres ou en performances de benchmark. Ici, l’unité parlante est celle d’un système électrique. Cela donne une image concrète de l’évolution du marché : la compétition ne se joue plus seulement sur la qualité des réponses ou l’ergonomie des interfaces, mais sur la capacité à alimenter et refroidir des grappes de calcul gigantesques.

Cette bascule dit quelque chose de la maturité du secteur. Les grands modèles de langage sont entrés dans une phase où l’avantage compétitif repose autant sur l’accès à l’infrastructure que sur l’architecture logicielle. Les modèles les plus avancés exigent des volumes de calcul considérables à deux moments distincts : pendant l’entraînement, puis lors de l’inférence, c’est-à-dire quand les clients les utilisent à grande échelle. Avec Claude déployé via Bedrock auprès de 100 000 clients, Anthropic doit gérer ces deux fronts simultanément.

Une capacité à l’échelle d’un pays, pas d’un laboratoire

Parler de gigawatts n’a rien d’anodin. Même sans entrer dans des comparaisons hasardeuses, ce niveau de puissance renvoie à une infrastructure industrielle lourde, mobilisant centres de données, réseaux électriques, chaînes d’approvisionnement en puces, systèmes de refroidissement et foncier. L’IA générative se rapproche ainsi des logiques historiques des télécoms, de l’énergie ou des semi-conducteurs : les gagnants sont aussi ceux qui sécurisent les capacités avant les autres.

C’est là que l’accord Amazon-Anthropic prend toute sa portée. Dans un marché marqué par les pénuries périodiques d’accélérateurs et la saturation des capacités cloud les plus avancées, réserver jusqu’à 5 GW revient à transformer un risque d’approvisionnement en avantage stratégique.

Amazon ne vend plus seulement du cloud, mais une filière IA complète

Pour Amazon, cet accord est tout sauf secondaire. Il valide la stratégie maison autour des puces Trainium, développées pour réduire la dépendance aux fournisseurs dominants d’accélérateurs IA et pour offrir à AWS une intégration plus verticale.

Anthropic cite explicitement Trainium2 et Trainium3 dans son plan de montée en charge. Cela signifie que le partenariat ne repose pas sur une infrastructure générique, mais sur une feuille de route technique commune. Plus Anthropic optimise Claude pour ces puces, plus l’entreprise s’inscrit profondément dans l’écosystème AWS. Et plus Amazon peut démontrer que ses accélérateurs sont capables de soutenir des modèles de premier plan à très grande échelle.

Bedrock comme vitrine commerciale

Le fait qu’Anthropic revendique plus de 100 000 clients sur Amazon Bedrock mérite aussi attention. Bedrock n’est pas seulement une place de marché de modèles ; c’est un canal de distribution stratégique pour les entreprises qui veulent consommer de l’IA sans assembler elles-mêmes toute la pile technique. Si Claude devient l’un des moteurs principaux de cette offre, Amazon capte à la fois la valeur du cloud, de l’inférence et de la relation commerciale entreprise.

Autrement dit, l’accord lie plus étroitement le destin de Claude à l’infrastructure et au go-to-market d’AWS. C’est un mouvement classique dans la tech d’infrastructure : sécuriser l’amont industriel tout en verrouillant l’aval commercial.

Pour Anthropic, l’enjeu n’est pas seulement la puissance brute

L’annonce est spectaculaire, mais elle ne doit pas être lue comme une simple démonstration de force financière. Pour Anthropic, sécuriser cette capacité sert plusieurs objectifs très concrets.

D’abord, maintenir le rythme d’entraînement des générations futures de Claude. À mesure que les modèles gagnent en complexité, la facture de calcul grimpe, tout comme le besoin de tester, d’affiner et d’aligner les systèmes sur des usages professionnels.

Ensuite, absorber la demande d’inférence. Les déploiements en entreprise sont moins tolérants à la latence, aux indisponibilités et aux hausses imprévues de coûts que les usages grand public. Si Anthropic veut faire de Claude un socle pour des assistants métier, des agents logiciels ou des workflows documentaires à grande échelle, il lui faut une capacité prévisible.

Enfin, cette annonce envoie un message au marché. Face aux acteurs qui misent sur leurs propres infrastructures, à commencer par les hyperscalers et les laboratoires soutenus par Microsoft ou Google, Anthropic montre qu’il ne compte pas dépendre d’un accès opportuniste aux ressources. Le calcul devient une matière première stratégique ; il faut la contractualiser.

Un signal pour tout le secteur : l’IA entre dans son âge capitalistique

Le point le plus frappant de cette annonce tient peut-être à ce qu’elle révèle du secteur dans son ensemble. Plus de 100 milliards de dollars sur dix ans pour des technologies AWS : peu d’industries peuvent engager de tels montants autour d’une seule famille de produits numériques. Cela confirme que l’IA générative entre dans une phase où le capital immobilisé devient un facteur de sélection brutal.

Les start-up qui voulaient rivaliser par la seule qualité de leur modèle se heurtent désormais à une réalité plus dure : sans accès stable à des volumes massifs de calcul, il devient difficile de rester dans la course sur le haut de gamme. La barrière à l’entrée ne se limite plus aux talents ou aux données, mais englobe l’énergie, les puces et les infrastructures de centres de données.

Le prochain test : transformer les gigawatts en parts de marché

L’accord Amazon-Anthropic ne garantit pas, à lui seul, la domination de Claude. Une capacité réservée n’a de valeur que si elle se traduit en modèles plus performants, en coûts d’usage plus compétitifs et en adoption réelle chez les entreprises. Mais il fixe un nouveau niveau de référence : les leaders de l’IA se battent désormais à l’échelle de gigawatts.

Le jalon le plus concret sera la montée en puissance annoncée d’ici fin 2026, avec près de 1 GW de capacité Trainium2/Trainium3. Si ce cap est atteint, Anthropic disposera d’un argument industriel difficile à ignorer dans la compétition des modèles. La question suivante sera alors mesurable : combien de clients supplémentaires, quelle baisse de coût par requête, et quelle avance effective pour Claude face à ses rivaux.

Consommation énergétique des data centers : la France à la croisée des chemins

La France a la volonté d’être une terre d’accueil pour les data centers dans les prochaines décennies. L’Agence de la transition écologique, l’Ademe, a réalisé un travail de prospective à l’horizon 2060 pour évaluer plusieurs scénarios de montée en puissance sur le territoire national de ces infrastructures très gourmandes en énergie et les choix de société qu’ils impliquent. Entretien avec Bruno Lafitte, expert data centers à l’Ademe, qui a coordonné cette étude.


The Conversation : Commençons par l’état des lieux : que sait-on aujourd’hui de la présence des data centers en France, des usages qui en sont faits et de leur consommation électrique totale ?

Bruno Lafitte : Aujourd’hui, l’Ademe recense 352 data centers en activité sur le territoire national. Leur consommation électrique totale représente 10 térawattheurs (TWh) par an, ce qui correspond à l’électricité consommée par environ 10 agglomérations de plus de 100 000 habitants pendant un an.

Cela équivaut à 2,2 % de la consommation annuelle électrique totale du pays. En effet, l’usage du numérique a une matérialité que l’on ne soupçonne pas toujours : des infrastructures énergivores en électricité, en eau pour le refroidissement, sans compter la chaîne de production des serveurs en amont qui charrie également son lot d’impacts environnementaux.


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Pourquoi la France souhaite-t-elle être une terre d’accueil pour ces infrastructures ?

B. L. : Il y a aujourd’hui une vraie volonté politique de la France de se placer en leader européen en matière d’accueil de data centers. Cela se traduit déjà par des investissements massifs dans le pays, qui sont facilités par une souplesse administrative. Ce choix repose sur deux grands constats.

L’un tient à l’enjeu crucial de souveraineté numérique : la moitié des usages numériques des Français est actuellement traitée par des data centers situés à l’étranger, et tous les scénarios montrent que cette dépendance augmentera à mesure que les usages s’intensifieront. Au regard des enjeux géopolitiques actuels, relocaliser nos données apparaît crucial.

L’autre est lié à l’avantage majeur dont dispose la France en la matière. Du fait de son mix électrique décarboné et de son électricité largement disponible, mais également de ses normes environnementales, les data centers seront en France mieux encadrés. De ce fait, ils auront des impacts climatiques moindres qu’ailleurs, et en particulier qu’aux États-Unis, où se concentrent aujourd’hui la majorité des data centers dont nous dépendons. (À titre d’exemple, l’intensité carbone de l’électricité française s’élevait, en 2024, à environ 30 gCO₂/kWh, tandis qu’aux États-Unis, celle-ci était en moyenne de 391 gCO₂/kWh en 2019, ndlr.)

Car, en 2050, près de 80 % des usages numériques français feront appel à des data centers basés à l’étranger. Ces usages délocalisés totaliseront 97 % des émissions de gaz à effet de serre liées à l'ensemble des usages français des data centers.

Que sait-on des perspectives de développement des data centers à horizon 2050 et de leur consommation énergétique ?

B. L. : Avec l’accélération de l’intelligence artificielle générative et, à moyen terme, de la blockchain, les besoins en data centers sont appelés à exploser. Leur typologie va évoluer vers de très grands centres dits « hyperscale », abritant des supercalculateurs très énergivores.

Pour donner un ordre d’idée, les très gros data centers aujourd’hui présents en France représentent 10 mégawatts (MW) de puissance électrique installée. Demain, ils avoisineront plutôt le gigawatt (GW) pour les plus importants – soit 100 fois plus.

Pour évaluer les perspectives en France, nous avons conçu un modèle prospectif, fondé sur le modèle international le plus fiable à ce jour, que nous avons actualisé, le modèle Masanet, qui tient compte du volume des serveurs et de l’évolution à venir de leur efficacité énergétique selon leur modèle type. Ce modèle ouvert sera mis à disposition du grand public.

Dans le scénario tendanciel, qui poursuivrait la trajectoire actuelle, la consommation d’électricité induite par les usages numériques français pourrait progresser d’un facteur de 3,7 d’ici à 2035 pour les data centers installés en France – et même de 4,4, en tenant compte de la consommation des data centers situés à l’étranger.

Dans cette configuration, les usages numériques français entraîneront, à l’horizon 2050, une consommation de 55 TWh par les data centers français – soit l’émission de 1,8 million de tonnes équivalent CO₂ –, et presque 200 TWh par des data centers situés à l’étranger – ce qui correspond à l’émission de plus de 48 millions de tonnes équivalent CO₂. (À titre de comparaison, la consommation d’électricité totale en France atteignait près de 450 TWh en 2024, ndlr.)


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Quels défis et risques cela représente-t-il pour nos infrastructures électriques ?

B. L. : Cette évolution pose de nombreux défis territoriaux, environnementaux et socioéconomiques. Aujourd’hui, la France a accès à de l’électricité décarbonée en grande quantité (94 % de sa production, en 2024, ndlr). De ce fait, elle est relativement épargnée par les tensions engendrées par l’implantation de data centers au regard de certains de ses voisins européens.

Toutefois, elle s’est fixée, dans tous les domaines, des ambitions d’électrification (notamment pour la décarbonation de l’économie, ndlr) qui feront augmenter significativement les besoins et la pression sur le réseau électrique. S’y ajoute désormais le développement de data centers, pour répondre à la fois à l’explosion des usages et à la volonté de relocalisation exprimée par la France.

Nous avons pris en compte, dans notre étude, les progrès à venir en matière d’efficacité énergétique, mais ils ne suffiront pas à compenser l’augmentation du volume de données hébergées.

L’éventualité d’une révolution technologique, par exemple liée à l’informatique quantique, n’est certes pas à exclure, mais elle ne garantit pas des économies d’énergie. On sait, par ailleurs, que les innovations technologiques ont toujours amené l’éclosion de nouveaux services conduisant à l’augmentation des usages plutôt qu’à une baisse des consommations.


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Quelles options s’offrent à la France pour répondre à sa volonté de souveraineté numérique en accueillant des data centers, tout en se tenant à son objectif de neutralité carbone à l’horizon 2050 ?

B. L. : Dans ce contexte, il s’agit pour la France de faire des choix de société. L’une des options est celle de la sobriété, avec une priorisation des usages numériques et une prise de distance, plus ou moins forte, avec le tout-numérique. Dans le scénario le plus frugal que nous avons envisagé, la puissance installée pour les data centers sur le territoire peut être limitée à seulement 5,7 TWh en 2050, soit 190 000 tonnes équivalent CO₂.

L’autre chemin consiste à miser sur l’innovation pour réduire les émissions de gaz à effet de serre des autres secteurs d’activité et à optimiser la consommation d’énergie du numérique. Notre modèle estime que la puissance installée pour les data centers en France avoisinerait alors les 64 TWh, soit 11 fois plus qu’en optant pour la sobriété. Cela correspondrait à l’émission de 2,15 millions de tonnes équivalent CO₂, soit 11 fois plus qu'en optant pour des choix de sobriété.

La question centrale ici, qui relève d’un choix citoyen, est celle du rôle que l’on souhaite donner demain au numérique dans notre société sans renoncer à notre objectif de neutralité carbone.

Propos recueillis par Nolwenn Jaumouillé.

The Conversation

Bruno Lafitte ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

Pourquoi la transformation numérique n’est pas une voie royale vers la neutralité carbone

Souvent présenté comme un levier indispensable pour décarboner nos économies, le numérique est loin d’être une solution miracle. Derrière ses promesses techniques et économiques se cachent des coûts environnementaux et humains croissants. La planète ne bénéficiera pas nécessairement d’une numérisation massive qui risque, au contraire, d’aggraver notre dépendance en termes de ressources et d’énergie.


Au cours des dernières années, la transformation numérique a souvent été présentée comme nécessaire pour atteindre la neutralité carbone. Le Forum économique mondial de Davos, par exemple, estimait que le secteur des technologies numériques constitue le levier d’influence « le plus puissant pour accélérer l’action pour limiter la hausse des températures mondiales à moins de 2 °C ».

Lors de la COP29, fin 2024, la déclaration sur l’action numérique verte (Green Digital Action) affirmait « le rôle vital des technologies numériques dans l’action climatique », tout l’enjeu étant d’en tirer parti pour atténuer le changement climatique. Mais dans le même temps, cette même déclaration « prenait note avec inquiétude des effets néfastes pour le climat dus aux […] technologies numériques et aux outils, dispositifs et infrastructures connexes ». Au final, le numérique est-il plutôt porteur de promesses ou de menaces pour l’atteinte des objectifs de neutralité carbone ? La déclaration ne le dit pas.

Dans une étude récente, nous avançons que le problème au cœur de l’idée d’un secteur numérique allié du climat repose sur plusieurs hypothèses clés, discutables à bien des égards.

Certes, il existe déjà – et existera à l’avenir – de nombreux exemples qui montrent que la numérisation peut soutenir la cause de la neutralité carbone. Par exemple, lorsqu’il s’agit de solutions qui permettent des gains d’efficacité énergétique, le pilotage de la production décentralisée d’électricité renouvelable, ou encore lorsqu’elles accélèrent les processus de recherche et développement (R&D).


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Mais l’argument selon lequel la numérisation de l’économie permettra d’atteindre la neutralité carbone repose sur quatre hypothèses implicites, selon lesquelles elle entraînerait nécessairement :

  • davantage de dématérialisation,
  • des gains d’efficacité énergétique,
  • une réduction des coûts de main-d’œuvre,
  • enfin, des décisions économiques plus respectueuses de l’environnement de la part des acteurs économiques.

Or nous montrons qu’aucune de ces hypothèses n’est réaliste.

Ne pas confondre numérisation et dématérialisation

Le lien entre numérisation et dématérialisation, souvent présenté comme allant de soi, doit être interrogé. En effet, la numérisation s’accompagne d’une dépendance aux infrastructures informatiques aux capteurs électroniques utilisés pour convertir et traiter toujours plus d’information sous forme numérique.

Cela implique de construire de nouvelles infrastructures et de nouveaux appareils informatiques. Ces derniers ont une matérialité : leur fabrication implique d’utiliser des ressources minérales limitées, en particulier des métaux rares. Ce problème est encore amplifié par la dépréciation et l’obsolescence plus rapide des appareils informatiques.

Certes, on pourrait dire que ces frais sont compensés par les avantages supplémentaires générés par les services numériques. Cependant, ces avantages ont eux-mêmes un coût pour l’environnement.


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Cela tient d’abord à leur consommation d’énergie. Par exemple, une seule requête ChatGPT consomme entre 50 et 90 fois plus d’énergie qu’une recherche Google classique. Le fonctionnement des systèmes d’intelligence artificielle (IA) nécessite aussi de grandes quantités d’eau pour le refroidissement des infrastructures informatiques, certains modèles consommant, à large échelle, des millions de litres pendant leurs phases d’entraînement et d’utilisation. Enfin, l’essor des IA génératives pourrait faire croître la demande en cuivre d’un million de tonnes d’ici 2030.

Selon un rapport du ministère de la transition écologique, le secteur du numérique représentait 2,5 % de l’empreinte carbone annuelle de la France et 10 % de sa consommation électrique en 2020. Sans intervention, les émissions de gaz à effet de serre du secteur pourraient croître de plus de 45 % d’ici à 2030. Selon un rapport des Nations unies, en 2022, les data centers du monde entier ont consommé 460 térawattheures d’électricité, soit l’équivalent de la consommation d’électricité annuelle de la France. Il est attendu que cette consommation sera multipliée quasiment par deux en 2026 pour atteindre 1 000 térawattheures.

Les risques d’effet rebond

La promesse de gains d’efficacité énergétique dans le numérique doit également être interrogée, car ces technologies produisent des effets rebond. Les gains d’efficacité font baisser les prix, ce qui augmente la demande, augmentant la consommation d’énergie et la quantité de déchets électroniques produits. La conséquence : une pression accrue sur les limites planétaires.

Ces effets rebond peuvent être directs ou indirects. Un exemple d’effet rebond direct tient à la facilité d’usage des services numériques : en témoigne par exemple l’augmentation constante du nombre de messages en ligne, de visioconférences, de photos et de vidéos stockées sur nos téléphones et/ou dans le cloud, etc.

On peut illustrer l’idée d’effet rebond indirect ainsi : lorsque l’argent, économisé par une entreprise grâce à la réduction des déplacements professionnels (grâce aux réunions virtuelles ou au télétravail), versé sous forme d’augmentations au salarié, lui sert à acheter un billet d’avion pour partir en vacances.

Les cryptomonnaies ont des effets rebond indirects considérables en termes de consommation d’énergie, et donc d’impact climatique. Jorge Franganillo/Flickr, CC BY-SA

Prenons enfin l’exemple des cryptomonnaies, souvent défendues pour leurs avantages en termes de décentralisation financière. Celle-ci s’accompagne d’un coût énergétique élevé : leur consommation d’électricité a dépassé celle de l’Argentine et devrait continuer à augmenter à mesure que la finance décentralisée se développe.

Moins de main-d’œuvre mais davantage d’impacts environnementaux

Le numérique est souvent vu par les décideurs comme une façon de réduire les coûts de main-d’œuvre, et cela dans la plupart des secteurs. La main-d’œuvre a un coût économique, mais elle est également la plus durable de tous les intrants :il s’agit d’une ressource abondante et renouvelable dont l’utilisation n’affecte pas directement les limites de la planète.

La numérisation du travail, si elle permet de réaliser des économies en remplaçant une partie de la main-d’œuvre humaine (et durable) par des machines gourmandes en énergie et en ressources, se fait donc au détriment de l’environnement et amoindrit la durabilité des activités économiques – et non l’inverse.

Même en considérant qu’une partie de la main-d’œuvre déplacée pourrait être absorbée par de nouveaux business models, ces derniers ne seront pas forcément plus durables que les business models d’aujourd’hui. De plus, cela ne ferait que renforcer les tendances actuelles en matière d’inégalités, qui ont des effets délétères sur la durabilité. Une neutralité carbone qui serait atteinte au prix d’un appauvrissement massif de la population et au mépris des objectifs de développement durable des Nations unies paraît inacceptable.

Enfin, l’argument selon lequel le numérique permettrait aux entreprises de prendre des décisions plus soutenables n’est pas fondé. Ces décisions sont prises en tenant d’abord compte de la maximisation des profits, des opportunités de croissance et de l’amélioration de son efficacité en interne, conformément aux structures de gouvernance en place. Les décisions en matière de numérique n’échappent pas à cette règle.

Tant que la maximisation de la valeur pour les actionnaires restera le principe directeur de la gouvernance d’entreprise, il n’y a aucune raison de s’attendre à ce que la numérisation impulsée par les entreprises privilégie le développement d’une économie neutre en carbone plutôt que les préoccupations de rentabilité. Au contraire, les technologies de l’information semblent avoir jusque-là surtout renforcé les tendances actuelles.

Se méfier du solutionnisme technologique

Les arguments qui précèdent montre que la numérisation en soi ne soutient pas toujours la neutralité carbone. Comme toutes les innovations majeures, elle permet d’élargir l’éventail des possibles au plan économique. Cela signifie qu’il existe des opportunités significatives d’investissements durables et transformateurs.

Mais il convient de se méfier des solutions purement technologiques aux problèmes de durabilité, même si elles sont réconfortantes car elles n’impliquent aucun changement réel du statu quo. Ce faux sentiment de sécurité est pourtant précisément ce qui nous a conduits collectivement à épuiser les limites planétaires.

Le numérique peut soutenir la transition verte, mais, pour que ses opportunités puissent être exploitées, un véritable changement dans les processus décisionnels doit s’opérer. Pour l’heure, les États et quelques entreprises restent les seuls niveaux auxquels ces décisions sont prises. En d’autres termes, nous avons besoin d’un déclic collectif pour mieux appréhender les liens entre technologie, énergie et société, sans quoi atteindre la neutralité carbone grâce au numérique ne restera qu’un vœu pieux.

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

Fusion nucléaire : les systèmes d’IA changent déjà la donne

On peut déclencher des réactions de fusion nucléaire en focalisant des lasers ultrapuissants sur une toute petite fraction de cette chambre sphérique. National Ignition Facility, Lawrence Livermore National Laboratory, Lawrence Livermore National Security, LLC, and the Department of Energy, CC BY

La fusion nucléaire, qui alimente notre Soleil, est l’un des plus grands espoirs pour produire une énergie propre, abondante et sûre. Elle consiste à fusionner des noyaux légers, par exemple de l’hydrogène, pour former des noyaux plus lourds, en libérant une énorme quantité d’énergie. Contrairement à la fission, elle ne génère pas de déchets radioactifs de longue durée ni de gaz à effet de serre.

Mais recréer cette réaction sur Terre est un défi technologique et scientifique colossal. Les prototypes sont gigantesques et très coûteux, et le numérique prend une place importante pour faciliter les essais. Depuis le milieu des années 2010, et de manière accélérée depuis 2020, des systèmes d’intelligence artificielle sont utilisés pour contrôler le plasma et améliorer la conception de futurs réacteurs.


Pour atteindre la fusion, il faut chauffer les atomes à des températures de plus de 100 millions de degrés. Les atomes forment alors un plasma, un gaz ionisé ultra-chaud impossible à contenir par des matériaux solides.

Les physiciens doivent donc faire preuve d’imagination et deux grandes approches expérimentales sont poursuivies depuis des décennies : l’une avec des champs magnétiques, l’autre avec des lasers.

La fusion par confinement magnétique confine le plasma par de puissants champs magnétiques dans un réacteur en forme de tore, appelé « tokamak ». Le projet international ITER, un consortium international impliquant l’Union européenne, le Japon, les États-Unis, la Chine, la Russie, l’Inde et la Corée du Sud et installé en Provence, est l’exemple le plus ambitieux, mais il existe de nombreux tokamaks expérimentaux à travers le monde.

schéma 3D d’ITER
Le tokamak ITER, avec le tore au centre et les différents étages de service autour. Oak Ridge National Laboratory, CC BY
carte du monde
Les installations de fusion nucléaire dans le monde (incluant tokamaks et autres technologies). Rémi Delaporte Mathurin, MIT, CC BY

La fusion par confinement inertiel utilise des lasers, incarnée par le laboratoire National Ignition Facility aux États-Unis. Au NIF, les scientifiques utilisent 192 lasers géants pour comprimer et chauffer une capsule de combustible en une fraction de seconde, et pendant une minuscule fraction de seconde.

Les deux approches font face à d’énormes défis : maintenir la stabilité du plasma, éviter les instabilités destructrices, prédire les disruptions (par exemple, dans un tokamak, une « disruption thermique » peut brutalement refroidir le plasma et libérer son énergie sur les parois, risquant de les endommager), optimiser les tirs laser ou la forme du plasma.

Et c’est ici que les systèmes d’intelligence artificielle entrent en scène. L’outil numérique a toujours été vital pour saisir les phénomènes complexes, grâce notamment à l’analyse de données massives. Aujourd’hui, l’IA pousse cette capacité encore plus loin. Notons toutefois que les systèmes d'IA sont très variés, et qu'il ne s'agit pas dans ce cas de système d'IA générative, tels que ceux qui ont donné naissance à ChatGPT ou Dall-E par exemple.

Fusion magnétique : une IA aux commandes du plasma

Dans les tokamaks, des milliards de données sont générées à chaque tir : images, champs magnétiques, températures, densités. En 2022, une avancée spectaculaire a été réalisée dans le tokamak TCV (Tokamak à Configuration Variable) de l’EPFL à Lausanne, qui est un dispositif expérimental de taille moyenne, dédié aux recherches fondamentales. Une intelligence artificielle développée par DeepMind et le Swiss Plasma Center a été utilisée pour contrôler en temps réel la forme et la position du plasma en utilisant l’apprentissage par renforcement profond. Plus spécifiquement, il s'agit d'un système de contrôle en boucle fermée. Les ajustements de l’IA se font en temps réel, à l’échelle de la milliseconde, ce qui correspond aux temps caractéristiques de l’évolution des instabilités dans un plasma de tokamak. Ainsi, l’algorithme peut ajuster les champs magnétiques de manière dynamique pour maintenir le plasma stable, une première mondiale publiée dans la revue Nature.

Autre prouesse : la prédiction des disruptions, ces instabilités soudaines qui peuvent endommager les réacteurs. Des modèles d’apprentissage automatique, comme les réseaux de neurones, sont capables d’identifier les signaux précoces de telles instabilités.

Ainsi, sur le tokamak DIII-D aux États-Unis, une IA entraînée (apprentissage supervisé) uniquement sur des données expérimentales de ce tokamak a pu anticiper une disruption, 300 millisecondes à l’avance, donnant au système le temps de réagir. Cette approche sans modèle physique — c’est-à-dire basée uniquement sur un système d'IA analysant en temps réel les données du réacteur (data-driven) —, a permis d’activer des systèmes d’atténuation (par exemple injection d’impuretés ou modulation des champs) à temps, ce qui a stabilisé le plasma. On conclut qu’une disruption a été évitée non pas parce qu’on l’a « vue » se produire, mais parce que les conditions observées correspondaient à celles qui, dans toutes les campagnes précédentes sans intervention, menaient invariablement à une interruption brutale. Publiés dans Nature en 2024, ces résultats ouvrent la voie à un contrôle plus dynamique des réactions de fusion.

Divers systèmes d'IA, par exemple par exemple des réseaux de neurones convolutifs (CNN) ou des autoencodeurs variationnels (VAE) sont aussi utilisés pour améliorer les diagnostics, repérer les anomalies dans les capteurs, analyser les vidéos de turbulence plasma ou encore accélérer les simulations grâce aux jumeaux numériques.

Un jumeau numérique est une réplique informatique d’un système réel, alimentée en continu par des données expérimentales. Dans le cas de la fusion, il s’agit de modèles capables de reproduire l’évolution d’un plasma. L’IA intervient ici pour accélérer ces modèles (par exemple en remplaçant des calculs très lourds de mécanique des fluides par des approximations apprises) et pour combler les manques des équations physiques là où les théories actuelles sont incomplètes.

Alors que, dans le cas précédent, l’IA prédisait un événement critique (une disruption) à partir de données, les jumeaux numériques assistés par IA permettent d’accélérer des simulations complètes de plasma pour des usages plus prospectifs — l’optimisation de l’architecture d’un réacteur par exemple.

Fusion inertielle : concevoir les meilleurs tirs laser avec l’IA

La fusion inertielle, elle, repose sur la compression ultrarapide de capsules de combustible par des lasers. Les tirs sont rares et coûteux, principalement à cause de l’énergie colossale nécessaire pour alimenter les lasers (et leur préparation), mais aussi du coût des capsules de combustible et du temps de recalibrage entre deux tirs. Dans ces conditions, chaque milliseconde compte.

Ici encore, les systèmes d’IA changent la donne. À l’Université de Rochester, aux États-Unis, une IA (de type optimisation bayésienne) a été entraînée à optimiser la forme des impulsions laser sur le système OMEGA (le plus puissant laser académique au monde, dédié à la recherche sur la fusion par confinement inertiel). OMEGA génère ces tirs avec précision, et des diagnostics mesurent les résultats à des échelles de millionièmes de mètre et de trillionièmes de seconde.

Dans ce cas, le système d’IA est utilisé pour corriger les écarts entre simulations et réalité, optimiser les impulsions laser, et proposer les meilleures configurations expérimentales. Résultat : une augmentation spectaculaire du rendement de fusion, multiplié par trois dans certains cas. Ce type de modèle, publié dans Nature, permet d’explorer rapidement un vaste espace de configurations sans tout tester expérimentalement.

L’IA est aussi utilisée pour corriger les simulations, combler les écarts entre théorie et réalité, et proposer des conceptions inverses : on fixe un objectif (par exemple, atteindre l’ignition) et l’IA propose le meilleur design pour y arriver. C’est ce qui a permis, fin 2022, à NIF d’atteindre pour la première fois un rendement de fusion supérieur à l’énergie injectée par les lasers, un jalon historique.

Enfin, plusieurs types de systèmes d’intelligence artificielle sont utilisés : certains sont spécialisés dans l’analyse d’images pour exploiter les diagnostics, d’autres aident les robots à bien viser et aligner les cibles, et d’autres encore reconnaissent automatiquement quand un tir a échoué. L’objectif à terme est d’automatiser totalement ces expériences, en les rendant adaptatives et intelligentes.

Défis et avenir de l’IA dans la fusion

Alors que d’ici 2035, ITER générera environ 2 pétaoctets de données par jour, on comprend que la science des données se révèlera vitale pour traiter et appréhender toutes les informations.

Intégrer des systèmes d’IA à la fusion n’est pas sans obstacle. Les modèles doivent être rapides (c’est-à-dire capables de donner des résultats quasi en temps réel pour accompagner le pilotage du plasma), robustes (résistants aux erreurs de mesure et aux variations des données), interprétables (leurs décisions doivent pouvoir être comprises par les physiciens et justifiées, et non pas rester une « boîte noire ») et transférables d’une machine à l’autre (un modèle entraîné sur un tokamak donné doit pouvoir être adapté sans repartir de zéro sur un autre dispositif).

Les chercheurs travaillent donc sur des systèmes d’IA informés par la physique, capables d’expliquer leurs décisions et respectueux des lois fondamentales. Les données sont aussi limitées pour certains dispositifs comme NIF, ce qui pousse à combiner expériences et simulations pour enrichir les jeux de données. En effet, plus le volume de données est grand, plus l’IA peut apprendre des régularités complexes du plasma ; tandis qu’un jeu de données limité risque de conduire à des modèles biaisés ou peu généralisables.

Au-delà des limitations techniques actuelles, par exemple la puissance de calcul nécessaire pour traiter en temps réel les données issues de milliers de capteurs, la difficulté à garantir la fiabilité des prédictions face à un plasma chaotique ou encore la rareté de bases de données suffisamment riches pour entraîner correctement les modèles, l’intégration de systèmes d’IA dans des réacteurs de fusion pose aussi des questions de responsabilité. En cas de défaillance d’un algorithme entraînant une perte de confinement ou un dommage matériel, qui serait responsable : les concepteurs du réacteur, les développeurs du logiciel, ou les opérateurs ? Ces enjeux juridiques et éthiques restent encore largement ouverts, mais sont cruciaux au regard des énergies et températures en jeu.

Dans les années à venir, l’intégration de l’IA pourrait accélérer les progrès vers une fusion maîtrisée et commercialement viable. Si la fusion est le rêve énergétique ultime, alors l’intelligence artificielle pourrait bien en être la clé.


Cet article est publié dans le cadre de la Fête de la science (qui a lieu du 3 au 13 octobre 2025), dont The Conversation France est partenaire. Cette nouvelle édition porte sur la thématique « Intelligence(s) ». Retrouvez tous les événements de votre région sur le site Fetedelascience.fr.

The Conversation

Sadruddin Benkadda reçoit des financements de Aix Marseille Université, CNRS et de EUROFUSION. Collaboration avec ITER Organisation et l'IRFM (CEA)

Thierry Lehner et Waleed Mouhali ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'ont déclaré aucune autre affiliation que leur poste universitaire.

Meta choisit l’énergie nucléaire pour faire tourner ses serveurs IA

vient de signer un contrat énergétique avec Constellation Energy, propriétaire d’un réacteur nucléaire dans l’Illinois. Ce partenariat de vingt ans vise à répondre à la croissance énergétique des centres de données et de l’IA.

Il s’agit du premier contrat de Meta impliquant directement une centrale nucléaire existante, le Clinton Clean Energy Center. La centrale fournira de l’électricité à Meta afin de couvrir en partie les énormes besoins d’énergie générés par ses services numériques. , Instagram et les outils d’IA nécessitent désormais une infrastructure énergétique à grande échelle et en constante disponibilité.

D’autres entreprises technologiques ont pris des décisions similaires face à la montée des besoins en électricité. a signé des accords portant sur des petits réacteurs nucléaires, construits par un fournisseur californien. De son côté, prévoit de relancer la centrale de Three Mile Island, tristement célèbre pour sa fuite radioactive. Ces choix révèlent une tendance : sécuriser des sources d’énergie capables de supporter la montée en puissance de l’IA.

La centrale de Clinton bénéficie d’un programme financé par les contribuables de l’Illinois : les crédits zéro émission. Ce mécanisme incite les producteurs à maintenir une production bas carbone, en échange de subventions. Le programme prendra fin en 2027, date à laquelle Meta assurera le relais financier via ce nouvel accord énergétique. Le montant exact de l’investissement n’a pas été communiqué, mais il soutiendra le renouvellement de la licence d’exploitation.

Un impact concret sur la capacité et la longévité de la centrale

Grâce à cet accord, Constellation prévoit une légère augmentation de la capacité énergétique de Clinton. Elle passera de 1 121 mégawatts à 1 151 mégawatts, soit une hausse de 30 MW. Cette production pourrait alimenter environ 800 000 foyers aux États-Unis, selon les estimations fournies. Clinton a été mise en service en 1987 et pourrait prolonger ses activités jusqu’en 2047, si le renouvellement de licence est accepté.

Urvi Parekh, responsable de l’énergie chez Meta , a déclaré : « L’une des choses que nous entendons très souvent de la part des services publics est qu’ils veulent avoir la certitude que les centrales électriques en activité aujourd’hui continueront de fonctionner. »

Le partenariat entre Meta et Constellation Energy pourrait servir de modèle pour d’autres entreprises tech. Joe Dominguez, PDG de Constellation, explique : « Nous sommes certainement en pourparlers avec d’autres clients, pas seulement dans l’Illinois, mais dans tout le pays ». Il souhaite que d’autres suive l’exemple de Meta, en finançant des infrastructures nucléaires déjà en fonctionnement. Cela leur permettrait de maintenir des installations fiables et de préparer l’avenir énergétique des centres de données.

Une sécurité aussi pour les emplois locaux de la centrale

Le partenariat n’impacte pas uniquement la production d’électricité à l’échelle industrielle. Bobby Wendell, représentant syndical, estime que cet accord permettra de maintenir un environnement de travail stable pour les employés de Clinton. La stabilité économique de ces infrastructures dépend aussi du soutien apporté par les grandes entreprises tech. Pour ces travailleurs, la continuité d’activité reste une priorité tout autant que pour les algorithmes.

Cet article Meta choisit l’énergie nucléaire pour faire tourner ses serveurs IA a été publié sur LEBIGDATA.FR.

Cette intelligence artificielle calcule avec la lumière : zéro électricité !

Vous pensiez que l’IA avait déjà tout révolutionné ? Attendez de voir ce que fait cette intelligence artificielle quand elle abandonne l’électricité pour exploiter la lumière.

Des chercheurs chinois ont développé une IA basée sur des réseaux neuronaux photoniques. Elle utilise la lumière à la place de l’électricité pour analyser les données issues de capteurs acoustiques. Résultat : une vitesse de traitement inédite et une efficacité énergétique impressionnante. Ce projet, dirigé par Ningmu Zou à l’université de Nanjing, a été publié dans Advanced Photonics le 17 mars.

Leur innovation se base sur la technologie de détection acoustique distribuée, ou DAS. Celle-ci utilise des fibres optiques pour détecter des vibrations infimes sur de longues distances. On s’en sert pour repérer des séismes, surveiller des rails, ou sécuriser des réseaux sous-marins. Ces capteurs génèrent cependant une quantité énorme de données. Sans traitement rapide, ces informations deviennent inutiles en situation d’urgence.

Une fusion entre photonique et apprentissage automatique

Face à cette difficulté, les chercheurs ont trouvé une solution originale. Ils ont combiné les réseaux neuronaux avec l’optique photonique. Leurs circuits ne fonctionnent plus à l’électricité, mais à la lumière. Cette approche permet de réduire la consommation d’énergie tout en accélérant considérablement le traitement.

Cependant, intégrer cette technologie au DAS restait un défi. Les données acoustiques sont complexes. Leur traitement nécessite une extrême précision. L’équipe de l’université de Nanjing a donc conçu une nouvelle architecture, le TWM-PNNA, spécialement pour cela.

Ce système fonctionne grâce à plusieurs lasers. Chacun émet une longueur d’onde différente qui représente un filtre du réseau neuronal. Ensuite, les chercheurs transforment les signaux acoustiques en signaux lumineux via un modulateur Mach-Zehnder. Un commutateur optique applique ensuite les bons paramètres à chaque canal lumineux.

Ce mécanisme permet de faire les mêmes opérations qu’un réseau neuronal électronique, mais en beaucoup plus rapide. La lumière effectue les calculs là où l’électronique mettrait plusieurs étapes.

Des performances étonnantes avec peu d’énergie

Deux problèmes techniques menaçaient la précision du système : le « chirp » et la complexité des connexions. Le chirp, qui désigne des variations indésirables de fréquence, fausse les calculs. Pour le limiter, les chercheurs ont utilisé une modulation spécifique appelée push-pull. Par ailleurs, ils ont réussi à conserver de bonnes performances même après avoir supprimé certains liens inutiles.

Les résultats sont impressionnants. Le système atteint une précision de plus de 90 %, avec un pic à 98,3 %. Il réalise 1,6 billion d’opérations par seconde. Son efficacité énergétique dépasse celle des GPU standards. Théoriquement, il pourrait atteindre 81 avec 21,02 TOPS par watt.

 lumière et intelligence artificielle

Ce système permettrait aux fibres optiques de capter et d’analyser des signaux en direct, sans ordinateur intermédiaire. Grâce à cette technologie photonique, on pourrait surveiller des ponts, des pipelines ou des voies ferrées avec une réactivité inégalée. Ce progrès ouvre la voie à un monde où la lumière devient un outil de détection, d’analyse et de décision.

Si l’équipe poursuit ses travaux, cette fusion entre lumière et intelligence artificielle pourrait bien réécrire les règles de la surveillance.

Cet article Cette intelligence artificielle calcule avec la lumière : zéro électricité ! a été publié sur LEBIGDATA.FR.

L'expansion des centres de données ravive les craintes de surcharge du plus grand réseau électrique américain, car la demande des centres de données triplera au cours des trois prochaines années

L'expansion des centres de données ravive les craintes de surcharge du plus grand réseau électrique américain, car la demande des centres de données triplera au cours des trois prochaines années

L'expansion des centres de données ravive les craintes de surcharge du plus grand réseau américain, car la demande des centres de données triplera au cours des trois prochaines années, consommant 12 % de l'ensemble de l'alimentation électrique des États-Unis.

Un rapport de PGIM en juin 2024 a mis en garde...

Retour sur le Sommet de Paris : l’IA « pour les gens et la planète » n’est pas celle que l’on croit

L’IA générative n’est pas indispensable pour étudier la planète ; par contre, elle consomme beaucoup d’énergie et de ressources. YutongLiu /BetterImagesofAI/JoiningtheTable, CC BY

Le Sommet pour l’action sur l’intelligence articifielle qui s’est tenu à Paris début février 2025 se voulait optimiste. Il a abouti à une déclaration pour « une IA durable et inclusive, pour les gens et la planète ». Les discussions sur la durabilité ont principalement eu lieu au ministère de la transition écologique, où était présent un de nos chercheurs.

Il faut distinguer différents types d’IA. L’IA générative, en particulier, n’est pas indispensable pour étudier la planète ; par contre, elle consomme beaucoup d’énergie et de ressources.


Le premier Sommet sur l’IA, organisé en 2023 par le Royaume-Uni sous le nom de Sommet pour la sécurité de l’IA, s’était conclu par une déclaration prudente sur les risques existentiels que poserait l’IA vis-à-vis de l’humanité. Le second Sommet qui se tenait le mois dernier à Paris, cette fois pour l’action sur l’IA, aura abouti à une déclaration beaucoup plus optimiste centrée sur une IA « pour les gens et la planète », pour reprendre les termes de son titre.

L’événement principal du Sommet pour l’action sur l’IA, organisé au Grand Palais, accueillait essentiellement des représentantes et représentants de gouvernements, il n’avait pas vocation à rentrer dans le détail. Pour comprendre ce que peut être une IA « pour les gens » et surtout « pour la planète », comme nous allons le voir, il faut pourtant différencier plusieurs types d’IA et préciser les termes.

Le Forum pour l’IA durable, qui se tenait en marge de l’événement principal, allait dans ce sens.Il s’est tenu au ministère de la transition écologique, à deux kilomètres du Grand Palais. En une journée, 25 personnes issues d’administrations publiques, d’entreprises de la Tech et du monde académique invitées par le ministère se sont succédé sur scène. L’organisation la plus impliquée sur la question était, semble-t-il, l’ONU, représentée par cinq personnes. J’étais, moi, dans l’audience.

Ce qui s’est dit au Forum pour l’IA durable

La conversation durant le forum peut se résumer ainsi :

Big Tech : « Regardez ce que peut faire l’IA ! Elle a déjà un impact positif sur nos sociétés. »

Administrations publiques : « De quoi auriez-vous besoin pour faire progresser cette technologie pleine de promesses ? »

Big Tech : « De plus d’énergie ! »

Recherche : « Attention tout de même au coût environnemental global de l’IA générative, qui a aussi un impact négatif sur nos sociétés. »

Big Tech : « Le domaine évolue très vite. Demain, des gains en efficacité absorberont la hausse de consommation, l’impact net sera positif ! »

Recherche : « C’est sans compter sur les effets rebonds qui amplifieront le recours à l’IA générative. »

Big Tech : « Ce n’est pas à nous de décider ce que les individus feront avec l’IA. Nous faisons confiance à la créativité humaine. »

Administrations publiques : « Cette IA pourrait-elle par exemple servir à la lutte contre le réchauffement climatique ? »

Recherche : « Certainement. Mais on ne parle alors plus d’IA générative, qui n’est que la dernière génération d’une longue série d’innovations technologiques.

Administrations publiques : « Je reviens quand même à l’IA générative. On observe déjà une forte inégalité d’accès à cette technologie (selon le revenu et selon le genre). Ne devrait-on pas essayer de la rendre plus accessible ? »

Recherche : « Vous décidez. Mais il faudrait alors une collaboration plus étroite avec la Tech, pour mieux estimer son impact net réel. Nous n’avons pas assez de données fiables. Vous non plus, d’ailleurs. »


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L’IA générative contre la planète

L’IA générative a quelque chose de spectaculaire. Elle est en effet pleine de promesses. Pourtant, quelques minutes à peine après le lancement officiel de la journée, Sarah Myers West, co-directrice de l’institut de recherche privé AI  Now, rappelait un fait essentiel : le développement de cette technologie est en train de menacer la transition écologique.


À lire aussi : La climatisation et le boom de l’IA vont-ils faire dérailler les engagements climatiques des États ?



À lire aussi : Pourquoi l’IA générative consomme-t-elle tant d’énergie ?


Lorsque Donald Trump et Emmanuel Macron annoncent, les 21 janvier et 9 février respectivement, des deals à plusieurs centaines de milliards de dollars pour construire de nouveaux centres de données dédiés à l’IA, l’effet attendu est une hausse importante de la consommation électrique dans les régions concernées.

Dans l’assistance, l’association Beyond fossil fuels prend la parole pour rappeler qu’à court terme, ce surplus d’électricité sera probablement produit avec l’infrastructure existante, encore très émettrice de CO2 dans de nombreux pays.

graphique de demande d’éléctricité en Irlande et Virginie
Estimation par l’Agence internationale de l’énergie de la demande en électricité des centres de données en Irlande et en Virginie (l’État « capitale » des centres de données aux États-Unis), en pourcentage de la demande totale d’électricité de ces États. Agence internationale de l’énergie, CC BY
graphique demande d’électricité des data center aux États-Unis, Europe, Chine, Royaume-Uni
Estimation par l’Agence internationale de l’énergie de la demande en électricité des centres de données dans différentes régions du monde, en pourcentage de la demande totale d’électricité. Agence internationale de l’énergie, CC BY

À cet avertissement, Nvidia et Google, représentées par leur directeur et directrice sustainability (durabilité), répondent par des promesses. Le travail d’ingénierie dans ces entreprises serait tel que des gains substantiels en efficacité permettraient d’absorber la hausse actuelle de consommation due à l’IA.

Le représentant de Nvidia annonce par exemple une réduction de 75 % de la consommation électrique d’une génération à l’autre de leurs cartes graphiques. Les cartes conçues par Google, optimisées pour les réseaux de neurones artificiels, seraient encore plus performantes. Il n’y a pas eu d’opposition frontale entre les entreprises de technologie et les universitaires ce 11 février, mais, dans ses publications scientifiques, Google critique régulièrement les évaluations d’empreinte carbone faites par le monde académique, au motif qu’elles ne prendraient pas suffisamment en compte les dernières innovations.

Comme en réponse à cet argument, à la suite de Sarah Myers West, la chercheuse Sasha Luccioni prévient que l’histoire des sciences et techniques n’a jamais démontré que les gains en efficacité favorisent la sobriété. Au contraire, l’efficacité amène quasiment systématiquement un regain de consommation qui, en volume global, augmente la consommation énergétique, l’impact environnemental ou, dans le cas de l’IA, la quantité de calcul associée à une technologie. Ce phénomène porte un nom : le paradoxe de Jevons ou effet rebond.


À lire aussi : L'effet rebond : quand la surconsommation annule les efforts de sobriété


En ligne avec cet argument, l’OCDE a proposé une méthodologie de mesure d’impact environnemental qui prend en compte non seulement la production, le transport, l’exploitation et le recyclage de l’équipement informatique mais aussi les impacts indirects de l’adoption de systèmes d’IA, comme le recours systématique à ChatGPT plutôt qu’à un moteur de recherche.

L’IA non générative pour la planète

Malgré ces précautions, l’OCDE, l’Agence internationale de l’énergie, l’ONU et d’autres administrations publiques présentes au forum sont très enclines à voir l’IA comme un outil essentiel de lutte contre le réchauffement climatique. Certes, certains systèmes d’IA ont été conçus dans cet objectif. Le directeur du CivicDataLab, Gaurav Godhwani, avait été invité pour en donner un exemple : dans l’état d’Assam en Inde, où les inondations sont de plus en plus fréquentes, le CivicDataLab propose une application d’analyse de risques pour mieux anticiper ces inondations.

La communauté scientifique Climate Change AI, représentée par David Rolnick et Lynn Kaack à Paris, a fait un travail méticuleux de recensement de ce genre d’approches. Mais les chercheuses et chercheurs enchaînent avec une précision importante : l’IA regroupe sous un seul nom, fortement polysémique, de nombreuses techniques de traitement de la donnée.

Lorsque l’IA est utilisée comme outil d’aide à la décision, ce n’est plus de l’IA générative. Il n’est pas nécessaire de générer du texte ou des images pour analyser des images satellites (pour anticiper des catastrophes naturelles) ou prédire la demande en électricité d’un territoire (pour en optimiser la distribution). Or, les méthodes vouées à ces problèmes consomment nettement moins d’électricité qu’un modèle d’IA générative et sont loin de nécessiter des investissements conséquents dans des centres de données.

Dans une méta-analyse du travail de Climate Change AI, il apparaît que plus de la moitié des approches recensées sont des méthodes d’apprentissage machine connues depuis dix ou quinze  ans, avant l’émergence des IA génératives. Même lorsque l’IA générative se révèle intéressante dans la lutte contre le réchauffement climatique, pour les modèles météorologiques par exemple, son échelle est nettement réduite par rapport à celle des grands modèles utilisés par ChatGPT ou Mistral. Le laboratoire d’IA de Météo France, qui avait un stand au ministère de la transition écologique, a développé un modèle pour estimer les précipitations futures, conceptuellement proche de DALL·E (le générateur d’image de ChatGPT) mais 200 fois plus petit en nombre de paramètres.

Le terme d’« IA durable », sujet central des discussions ce 11 février, est donc utilisé pour désigner deux choses bien distinctes.

Il fait d’abord référence à une IA dont on maîtriserait la consommation énergétique et l’impact environnemental, mais les orateurs et oratrices du Forum pour l’IA durable l’utilisent aussi pour désigner une IA au service du développement durable. L’IA non générative coche les deux cases ; l’IA générative grand public, jusqu’à preuve du contraire, n’en coche aucune. L’IA des entreprises de technologie et celle des administrations publiques ne se ressemblent pas.

L’IA pour les gens

Bien que l’IA générative concentre tous les investissements et menace en partie la transition écologique, les quelques centaines de millions d’usagers de ChatGPT diraient peut-être à sa décharge qu’elle est utile à toute sorte de tâches. Il serait alors justifié de lui allouer une partie non négligeable de l’électricité mondiale.

Peut-on ainsi dire que l’IA générative est une IA « pour les gens » ? Autrement dit, si ChatGPT obtenait une dérogation à l’effort mondial de lutte contre le réchauffement climatique, qui en bénéficierait réellement ?

Ce 11 février justement, Christine Zhenwei Qiang, directrice au numérique de la Banque mondiale, reprend les conclusions d’un rapport de son institution sur l’adoption de ChatGPT dans le monde. Selon ce rapport, le trafic vers ChatGPT vient à 50 % de pays à fort revenu alors que ces pays ne représentent que 13 % de la population mondiale. Les pays à faible revenu représentent à l’inverse 1 % seulement du trafic. Comme un symbole, la ministre de l’information et des communications du Rwanda, un pays à faible revenu selon la Banque mondiale, était initialement prévue dans le programme de la journée, mais n’y a finalement pas participé.

Toujours selon le rapport de la Banque mondiale, les femmes ne représentent qu’un tiers seulement des usagers. Ces deux catégorisations, par revenu et par genre, illustrent l’utilité toute relative de l’IA générative pour l’humanité.

The Conversation

Victor Charpenay a reçu des financements du réseau d'excellence ENFIELD (European Lighthouse to Manifest Trustworthy and Green AI) dans le cadre du programme Horizon Europe.

Pourquoi l’IA générative consomme-t-elle tant d’énergie ?

DeepSeek défraye la chronique en proposant un modèle dont les performances seraient comparables à celles des modèles préexistants, pour un coût très réduit en termes de puissance de calcul et de données, et donc une consommation énergétique moindre. Quand on sait que Microsoft a indiqué une hausse de 29,1 % d’émission de carbone sur l’année 2023 et que différentes grandes entreprises du numérique investissent dans des capacités de production d’électricité, le tout en lien avec l’essor de l’IA générative, l’enjeu est de taille. Pourquoi l’IA générative consomme-t-elle tant ? Décryptage.


Les grands modèles de langage (Large Language Models ou LLM), comme ChatGPT (OpenAI), Gemini (Google/DeepMind) ou encore les modèles génératifs d’images comme Midjourney, sont devenus en très peu de temps des outils incontournables avec des usages qui ne cessent de s’amplifier et de se diversifier. Il est vrai que la fluidité des échanges avec ChatGPT impressionne, et que les promesses de développement sont enthousiasmantes.

Néanmoins, ces promesses cachent des coûts de calcul, et donc énergétiques, considérables. Or, aujourd’hui l’idée dominante dans l’industrie des modèles génératifs est : « Plus grand est le modèle, mieux c’est. » Cette compétition s’accompagne d’une croissance de la consommation énergétique et, donc, de l’empreinte écologique qui ne peut plus être ignorée et qui questionne quant à sa pérennité et sa viabilité pour la société.

Pourquoi un tel coût ?

Un modèle génératif de texte comme un chatbot est un ensemble de paramètres numériques ajustés à partir de données pour accomplir une tâche spécifique. L’architecture dominante s’appuie sur les « transformers ».

Les transformers prennent une séquence en entrée, par exemple un prompt (soit votre question), pour la transformer numériquement. En empilant les couches de transformers, le modèle multiplie ces transformations afin de construire la réponse en prolongeant son entrée. Cet empilement de couches confère au modèle son efficacité et fait croître le nombre de paramètres. C’est pourquoi un modèle tel que GPT-4 contient au moins 1 tera (1 000 milliards) de paramètres et nécessite donc au moins 2 tera octets (To) de mémoire vive pour être utilisable.

Que ce soit pour l’entraînement, pour le stockage des données et des paramètres, ou pour le calcul d’une réponse, des infrastructures de calcul de plus en plus puissantes sont donc indispensables. En d’autres termes, contrairement à ce que l’on croit souvent, ce n’est pas juste pour entraîner le modèle que ces techniques sont très coûteuses.

Des données émerge la « connaissance »

Avant tout, un modèle génératif doit être « appris ». Pour cela des données (textes, images, sons, etc.) lui sont présentées à maintes reprises afin d’ajuster ses paramètres. Plus il y a de paramètres, plus la phase d’apprentissage est coûteuse en données, mais aussi en temps et en énergie.

Ainsi, pour un LLM (grand modèle de langage), on parle par exemple de l’ordre de la dizaine de trillions de données (environ 10 trillions pour GPT-4 et 16 trillions pour Gemini) et aux alentours de trois mois de préapprentissage sur environ 20 000 puces A100 de NVIDIA pour le dernier-né d’OpenAI. Ces modèles les plus performants sont en fait une combinaison de plusieurs énormes modèles (les « Mixture of Experts »), GPT-4 étant ainsi le résultat de 16 experts de 110 milliards de paramètres, selon les rares informations disponibles.

Après cette phase d’apprentissage, le modèle est déployé afin de répondre aux utilisateurs dans une phase dite d’« inférence ». Pour faire face à la demande (ces systèmes construits pour répondre à plusieurs personnes en même temps) avec un temps de réponse satisfaisant, le modèle est alors dupliqué sur différents clusters de calcul. Un article de recherche constate également que les architectures génératives polyvalentes consomment significativement plus d’énergie à l’inférence que les systèmes spécifiques à une tâche, même à taille de modèle équivalente.

Ce survol des besoins en termes de calcul donne une idée des ordres de grandeur qui se cachent derrière nos interactions — qui semblent si rapides et efficaces — avec ces énormes modèles. Il permet surtout de poser différemment la question de l’évaluation de ces modèles, en y incluant la question de la soutenabilité en termes énergétiques et écologiques. Des travaux récents proposent ainsi un modèle pour évaluer les impacts environnementaux de la fabrication des cartes graphiques et une analyse multicritère des phases d’entraînement et d’inférence des modèles d’apprentissage automatique.

Obsolescence et frugalité

Ainsi les grands modèles génératifs nécessitent des infrastructures matérielles colossales.

Au-delà de considérations économiques, il a été montré que passé un certain point, les gains de performances ne justifient pas une telle explosion du nombre de paramètres. Toutes les applications ne nécessitent pas d’énormes modèles et des approches plus modestes peuvent être aussi performantes, plus rapides et moins coûteuses.

Sur le plan environnemental, l’apprentissage et l’inférence de modèles massifs ont un coût énergétique qui nécessitent réflexion. Les travaux de certains auteurs soulignent la complexité de mesurer avec précision l’empreinte carbone de ces grands modèles, tout en montrant leur impact considérable : 50,5 tonnes équivalent CO2 (CO2 eq) pour un modèle de 176 milliards de paramètres, appris en 2023… et pratiquement considéré comme obsolète aujourd’hui. Pour rappel, si un Français moyen rejette actuellement environ 10 tonnes CO2 eq par an, l’objectif à l’horizon 2050 pour respecter l’engagement des accords de Paris est d’environ 2 tonnes CO₂ eq par Français et par an.

Quant à la phase d’inférence (ou d’utilisation, quand on pose une question à GPT), lorsqu’elle est réalisée des millions de fois par jour, comme c’est le cas pour un assistant conversationnel, elle peut engendrer un coût énergétique considérable, parfois bien supérieur à celui de l’entraînement.

Ainsi, un outil développé en 2019 a permis d’estimer qu’une inférence de ChatGPT 3.5 produisait environ 4,32 grammes de CO2.

À l’heure où les assistants conversationnels sont peut-être en passe de remplacer les moteurs de recherche standards (Google, Bing, Qwant), la question de son utilisation se pose, car ces derniers ont un coût 10 à 20 fois moindre (0,2 gramme de CO2 la recherche, d’après Google).

Enfin, la concentration de pouvoir entre quelques acteurs disposant des ressources nécessaires pour développer ces modèles — data centers, données, compétences — pose des problèmes scientifiques en limitant la diversité des recherches, mais aussi stratégiques et politiques.

Les recherches en IA frugale

La frugalité consiste à se fixer dès le départ une enveloppe de ressources (calcul, mémoire, données, énergie) et à concevoir des modèles capables de s’y adapter. L’idée n’est pas de sacrifier les performances, mais de privilégier la sobriété : optimiser chaque étape, du choix de l’architecture à la collecte des données, en passant par des méthodes d’apprentissage plus légères, afin de réduire l’empreinte environnementale, d’élargir l’accès à l’IA et de favoriser des applications réellement utiles.


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La recrudescence de travaux de recherche sur ce thème illustre la volonté de penser l’IA sous l’angle de la sobriété. Il s’agit ainsi de replacer la pertinence, l’impact sociétal et la soutenabilité au cœur de la recherche.

Concrètement, de nombreuses pistes émergent. Sur le plan de l’apprentissage, il s’agit d’explorer des alternatives algorithmiques au paradigme actuel, hérité du milieu des années 1980 et qui n’a jamais été remis en question alors même que les quantités de données et la puissance de calcul n’ont plus rien à voir avec celles qui prévalaient aux débuts de ces modèles.

Ainsi, au-delà des optimisations techniques, une réflexion méthodologique de fond s’impose, tant le contexte scientifique a évolué depuis les années 1980. Cette réflexion est au cœur, par exemple, du projet Sharp, financé par le programme France 2030. L’étude d’architectures plus compactes et spécialisées est également abordée avec le projet Adapting du même programme.

Les mathématiques appliquées peuvent jouer un rôle clé en proposant des « représentations parcimonieuses », des méthodes de factorisation, ou en optimisant l’usage de données faiblement annotées.

Ainsi, en travaillant avec des contraintes de ressources, ces recherches visent un développement en IA plus frugal et donc durable, ainsi que plus accessible, et indépendant de l’hyperconcentration du marché. Elles limitent les externalités négatives — environnementales, éthiques, économiques — liées à la course effrénée vers le gigantisme.

Mais pour atteindre ces objectifs, il est aussi important d’avancer sur les critères et les méthodes d’évaluations en IA : avec le paradigme dominant actuel, la dimension de frugalité peine encore à s’imposer, que ce soit du côté de la recherche ou industriel. Il ne faut d’ailleurs pas confondre la récente explosion des outils de DeepSeek avec de la frugalité, les coûts en calcul et en données étant eux aussi extrêmement élevés, avec des méthodes probablement éthiquement répréhensibles.

Ainsi, le monde académique doit mieux intégrer cette dimension afin d’améliorer la visibilité et la valorisation des travaux qui visent la frugalité.

L’IA que nous développons est-elle vraiment utile ?

La frugalité en IA n’est pas un simple concept, mais une nécessité face aux enjeux actuels. Les travaux récents sur son empreinte carbone illustrent l’urgence de repenser nos méthodes. Avant même d’envisager les manières de rendre l’IA plus sobre, il est légitime de se demander si l’IA que nous développons est vraiment utile.

Une approche plus frugale, mieux pensée et mieux orientée, permettra de construire une IA tournée vers le bien commun, s’appuyant sur des ressources maîtrisées, plutôt que sur la surenchère permanente en taille et en puissance de calcul.


Cet article a été écrit dans le cadre de la troisième édition des Dauphine Digital Days qui a eu lieu à l’Université Paris Dauphine — PSL, du 18 au 20 novembre 2024.


Le projet PEPR Sharp IA (ANR-23-PEIA-0008) est soutenu par l’Agence nationale de la recherche (ANR), qui finance en France la recherche sur projets. L’ANR a pour mission de soutenir et de promouvoir le développement de recherches fondamentales et finalisées dans toutes les disciplines, et de renforcer le dialogue entre science et société. Pour en savoir plus, consultez le site de l’ANR.

The Conversation

Paul Caillon a reçu des financements du PEPR IA Sharp.

Alexandre Allauzen a reçu des financements de l'Agence Nationale de la Recheche, du programme France 2030 (PEPR IA - Projet SHARP), CNRS (Programme MITI)

L’IA générative vaut-elle de détruire la planète en épuisant ses ressources ?

L’IA générative a captivé le monde avec des outils comme ou . Ces modèles créent des analyses, des images et même des interactions émotionnelles en quelques clics. Cependant, loin de l’apparente magie, ces IA reposent sur caractérisée par une forte consommation énergétique et de ressources.

Chaque requête passe par des centres de données remplis de serveurs massifs, qui consomment électricité, eau et autres ressources pour fonctionner et rester refroidis. Cette consommation génère d’importantes émissions de carbone. Cela soulève des questions sur l’impact environnemental de cette technologie.

L’IA générative, selon ses défenseurs, est une avancée sociétale majeure. Rick Stevens, directeur adjoint du laboratoire national d’Argonne, estime qu’elle « accélère tout ce que vous voulez faire ». Elle améliore la productivité, facilite l’apprentissage et révolutionne des domaines comme la santé, l’urbanisme ou la météorologie.

Cependant, Alex de Vries, fondateur de Digiconomist, met en garde contre ses exigences énergétiques croissantes. Former un modèle d’IA peut consommer plus d’énergie qu’une centaine de foyers américains en un an. Utiliser ces modèles au quotidien multiplie leur empreinte écologique. Par exemple, une requête à ChatGPT consomme dix fois plus d’énergie qu’une recherche classique.

Des estimations qui divisent les experts

Bien que certains chercheurs, comme David Patterson de Google, remettent en question la précision de ces données, les tendances sont claires. Entre 2019 et 2023, Google et ont vu leur consommation énergétique doubler, en partie à cause de l’essor de l’IA générative. De Vries a estimé que ce secteur pourrait bientôt consommer autant d’énergie que les Pays-Bas en une année.

Consommation énergétique IA

La production d’électricité n’est pas la seule préoccupation. Chaque requête ChatGPT consomme également des quantités significatives d’eau, utilisées pour refroidir les serveurs via des systèmes à évaporation. Une étude de 2023 a révélé qu’une dizaine de requêtes consommaient un demi-litre d’eau, une donnée jugée sous-estimée.

Consommation énergétique IA

Des solutions pour un futur durable

Malgré ces défis, des solutions existent pour rendre l’IA générative plus durable. Lynn Kaack, experte en informatique et politique publique, appelle à une transparence accrue des entreprises sur leurs pratiques énergétiques. Réglementer les utilisations de l’IA pourrait également limiter les applications inutiles, comme la création de mèmes, pour privilégier des projets essentiels, tels que la prévision des ouragans.

Par ailleurs, des mesures techniques peuvent réduire l’impact environnemental. Entraîner des modèles lors de pics d’énergie renouvelable ou adopter des systèmes de refroidissement en boucle fermée en réutilisant l’eau, sont des pistes prometteuses. « Ces choix impliquent des compromis », explique Shaolei Ren, chercheur à l’Université de Californie, mais ils sont nécessaires pour préserver l’environnement.

L’IA générative est une technologie à fort potentiel, mais ses coûts environnementaux ne peuvent être ignorés. En adoptant des pratiques responsables et en optimisant ses infrastructures, le secteur peut évoluer sans mettre en péril notre planète. Comme le souligne Andrew Chien, informaticien à l’Université de Chicago : « Le progrès implique des coûts, mais ignorer les impacts serait une erreur encore plus coûteuse. »

Cet article L’IA générative vaut-elle de détruire la planète en épuisant ses ressources ? a été publié sur LEBIGDATA.FR.

La climatisation et le boom de l’IA vont-ils faire dérailler les engagements climatiques des États ?

Tandis que les États s’engagent sur des réductions d’émissions de gaz à effet de serre dans le cadre des négociations climatiques internationales, certains domaines d’activité, comme la climatisation ou l’intelligence artificielle (IA), voient leur consommation d’électricité bondir. Comment répercuter les engagements nationaux au niveau des entreprises : selon quelles règles et quelles priorités ? Faudrait-il favoriser les considérations éthiques ou stratégiques ?


Alors que la COP29 sur le climat se déroule ce mois de novembre 2024 à Bakou, en Azerbaïdjan, l’avenir des énergies fossiles se trouve sous le feu des projecteurs.

L’électrification et la décarbonisation de nos économies (l’électricité étant, à condition d’être produite à partir de renouvelables, la plus « propre » des énergies) étaient justement à l’honneur du rapport annuel dévoilé par l’Agence internationale de l’énergie (AIE) en octobre dernier.

Cette édition du rapport, une référence internationale pour décrypter les tendances énergétiques mondiales, les prévisions de consommation et les meilleurs scénarios pour atteindre les objectifs climatiques, aurait pu s’intituler :

« bienvenue dans l’ère contrariée de l’électrique ».

D’ici 2035, la demande mondiale d’électricité devrait augmenter à un rythme annuel équivalent à la consommation électrique d’un pays comme le Japon (1 000 térawattheures). Cette hausse est portée par l’électrification des usages, mais également la demande croissante de climatisation et de dessalement d’eau de mer, en réponse au réchauffement climatique. Et dans une moindre mesure, par l’essor des data centers, en lien avec la croissance des usages liés à l’intelligence artificiel (IA).

De quoi interroger la hiérarchie de ces usages et de leurs finalités : le Financial Times soulignait que l’augmentation du recours à la climatisation constituait l’un des impacts à venir les plus « imprévisible » pour les systèmes électriques mondiaux.

Si l’on replace cela dans le contexte plus général des efforts de la diplomatie climatique pour limiter le réchauffement à 1,5 °C ou 2 °C, ce boom annoncé de l’électrique interpelle. En effet, il interroge la distribution internationale et sectorielle du budget carbone, cette quantité de CO2 que nous pouvons encore émettre sans que le réchauffement ne dépasse la limite souhaitée. Pour réfléchir à cette question, l’AFD a récemment publié une proposition de cadrage comptable et écologique des crédits carbone.


À lire aussi : Combien de tonnes d’émissions de CO₂ pouvons-nous encore nous permettre ?


IA et énergie, un cas emblématique… et un dilemme éthique

Comme le rapportait un article publié par le Washington Post en octobre 2024, des centrales à charbon subsistent aux États-Unis dans certaines régions pour répondre aux besoins énergétiques des data centers, ces infrastructures indispensables à l’IA.

En parallèle, les acteurs de l’IA et leurs fournisseurs de solutions de data centers cherchent à répondre à cette demande d’électricité tout en réduisant leur empreinte carbone. Ceci alimente la demande sur les marchés volontaires de la compensation carbone, et plus largement de solutions de décarbonisation, comme celles de capture du CO2 et même le renouveau de l’énergie nucléaire aux États-Unis.

Le cas de l’IA est emblématique car il cristallise des tensions qui peuvent aussi s’appliquer à d’autres secteurs d’activités :

  • Jusqu’à quel point un acteur ou un secteur économique peut-il augmenter ses émissions de gaz à effet de serre (GES) ? Peut-on définir une « légitimité à émettre » ?

  • Ces acteurs doivent-ils contribuer au développement et à la préservation des puits de carbone naturels (forêts, océans, sols…) et si oui, comment ?

  • Faudrait-il des règles ou des grands principes pour allouer au mieux entre les acteurs privés le budget carbone restant et l’accès aux crédits carbone ?

  • Ou encore, faudrait-il, au minimum, expliciter les règles du jeu pour gagner en transparence ?

Ces questions soulèvent des enjeux techniques, comptables, mais surtout politiques et éthiques.

  • Une éthique centrée sur l’individu prioriserait les usages de l’électricité pour la climatisation, facteur de confort individuel,

  • les États qui hébergent des acteurs majeurs de l’IA auraient, de leur côté, tendance à favoriser cet usage en raison de son importance stratégique,

  • D’autres pays, en revanche, pourraient refuser de limiter l’élevage, secteur très émissif, invoquant des raisons culturelles. Par exemple en Argentine, où la pratique des asados (barbecues) est profondément enracinée dans l’identité nationale.

Budget carbone : de quoi parle-t-on ?

Répondre aux questions qui précèdent n’est pas trivial : cela impliquerait d’avoir un cadre commun et partagé sur la scène internationale. Celui-ci pourrait s’inspirer de concepts financiers, comme les notions de dette et de remboursement de la dette.

Pour rappel, les États signataires de l’accord de Paris s’engagent déjà sur des réductions d’émissions à travers les contributions déterminées au niveau national (CDN). Mais rien n’est prévu pour répartir les budgets carbone au sein d’un même pays, où les actions de décarbonisation sont, in fine, déléguées aux acteurs.

La notion de budget carbone a été conceptualisé par le GIEC dans son sixième rapport d’évaluation du climat.

  • Pour limiter le réchauffement à 1,5 °C avec 50 % de probabilité et la neutralité carbone à l’horizon 2050, le budget carbone restant s’élève à 275 milliards de tonnes (Gt) de CO₂ – soit environ 7 ans d’émissions au rythme actuel.

  • Pour atteindre l’objectif de 2 °C, ce budget grimpe à 625 Gt CO2, ce qui correspond à 15 ans d’émissions au rythme actuel.

Où en sommes-nous ? Les émissions mondiales de gaz à effet de serre s’élèvent actuellement à 40 Gt équivalent CO2 par an, et proviennent approximativement à 90 % des combustibles fossiles (36 Gt) et à 10 % des changements d’usage des sols (4 Gt).

Depuis 1750, l’humanité a émis environ 2 800 Gt équivalent CO2. Heureusement, les écosystèmes terrestres et océaniques ont pu jouer leur rôle de puits de carbone, en divisant par deux la vitesse à laquelle les concentrations atmosphériques de CO2 ont augmenté.

Les émissions de gaz à effet de serre issues des énergies fossiles ne sont plus entièrement compensées par les puits de carbone naturels : le climat se réchauffe. Global Carbone Project, CC BY

À titre d’exemple, entre 2013 et 2022, les systèmes océaniques ont capté 26 % et les terrestres 31 % des émissions. Cependant, leur efficacité diminue avec la hausse des températures, comme le soulignait le dernier rapport du Global Carbon Budget.

Climat : une rigueur budgétaire à géométrie variable ?

Pourrait-on imaginer, pour mieux distribuer le budget carbone, un système de « débiteurs » du CO2 émis avec une obligation de remboursement ? L’enjeu semble surtout être de fixer les priorités. Un peu comme lors d’un exercice budgétaire, ou tout resserrement budgétaire doit conduire à un meilleur optimum social et/ou économique, et où les arbitrages réalisés doivent être explicités.

À l’échelle globale, aucun cadre universel ne permet actuellement de mesurer précisément la contribution des entreprises aux objectifs des CDN des États ou à la gestion du budget carbone mondial : encore faudrait-il savoir selon quels critères le faire, et sur la base de quelle comptabilité.

Le concept d’« alignement » tente d’y remédier : il qualifie les efforts de décarbonisation des entreprises et autres organisations par rapport à une trajectoire idéalisée de leur secteur de référence compatible avec un scénario net zéro.

Schéma explicatif du concept d’alignement avec l’accord de Paris. I4CE

Certaines de ces méthodes, comme celle développée par l’emblématique SBTi (Science Based target Initiative), allouent des budgets carbone d’abord par secteur, puis par entreprise.

Ce processus est controversé car il repose sur des scénarios sectoriels. Ces derniers sont donc bâtis sur des compromis politiques, ainsi que sur des hypothèses en matière de développement technologique et d’évolution de la demande.

Ce système favorise souvent les gros émetteurs actuels, selon le principe du « grandfathering », qui attribue les budgets carbone au prorata des émissions actuelles. Il échappe ainsi à toute délibération politique, créant ainsi une répartition implicite du budget carbone pour les entreprises, sans prendre en compte les trajectoires des CDN déclarées par les pays dans lesquels opèrent les acteurs concernés.

En France, la Stratégie nationale bas carbone (SNBC) prévoit de répartir le budget carbone national de la France en plusieurs budgets sectoriels. Cette répartition sectorielle, définie par la loi de transition énergétique pour la croissance verte, est le fruit d’un processus politique.

Concrètement, cette loi

« donne des orientations pour mettre en œuvre, dans tous les secteurs d’activité, la transition vers une économie bas carbone, circulaire et durable. Elle définit une trajectoire de réduction des émissions de gaz à effet de serre jusqu’à 2050 et fixe des objectifs à court-moyen termes : les budgets carbone ».

Les entreprises ne sont toutefois pas tenues de respecter ces budgets carbone sectoriels : la démarche est sur une base volontaire.


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Faudrait-il aller plus loin et « désagréger » au niveau des entreprises le budget carbone dévolu à un secteur ? Dans un monde idéal avec un prix du carbone approprié, la décarbonisation s’opèrerait naturellement selon un critère optimal coûts-bénéfices. Comme ce n’est pas le cas, il faut descendre au niveau de l’entreprise pour comprendre comment se répartissent les efforts de décarbonisation.

L’entreprise semble être le lieu le plus approprié pour cela : elle a une existence juridique, des comptes financiers, des comptes carbone, et peut être tenue responsable. Elle est le lieu où convergent les investisseurs, les politiques publiques et la société civile.

Dans tous les cas, les méthodes de répartition des budgets au niveau individuel devraient distinguer et expliciter les différents enjeux d’ordre scientifique, technique, économique et politique qui les constituent et les soumettre à des délibérations élargies.


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Vers l’épuisement du budget carbone

Le dépassement du budget carbone devrait engendrer la reconnaissance d’une dette climatique qu’il serait obligatoire de rembourser. Ce n’est pas le cas à l’heure actuelle.

Les crédits carbone liés aux puits de carbone (par exemple reforestation ou capture du CO2), qui relèvent principalement des marchés volontaires, ne sont en aucun cas liés à une dette climatique. En effet, aucune comptabilité ne reconnaît formellement le budget carbone, et du coup, ne peut enregistrer son dépassement. Bien que la méthode SBTi mentionnée précédemment tente d’introduire des règles, elle ne s’inscrit pas dans une logique de dette climatique.

Le GIEC a malgré tout formulé des recommandations, notamment le fait de réserver les puits de carbone aux secteurs difficiles à décarboniser (comme l’industrie lourde, l’aviation) ou aux émissions résiduelles, sans qu’il existe de consensus clair sur la définition de ces dernières. Le GIEC propose ainsi une tentative de hiérarchisation partielle (merit order) d’accès aux puits de carbone.

Il faut aussi rappeler que si la maintenance des puits de carbone existants est négligée, la création de nouveaux puits deviendra plus difficile, augmentant ainsi la nécessité de réduire ou d’éviter les émissions pour rester dans les limites du budget carbone global.

À ce jour, aucun cadre ne garantit donc la cohérence entre les systèmes de redevabilité ou de comptabilité carbone entre l’échelle de l’entreprise et celle d’un État. Cette absence de coordination empêche d’aligner efficacement les actions des entreprises avec le budget carbone national, et pose un risque clair de voir naître des politiques climatiques biaisées, des subventions captées par les mauvais acteurs voire des réglementations trop sévères pour d’autres.

The Conversation

Djedjiga Kachenoura ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

L’IA est-elle surcotée ? Voici 10 bonnes raisons de le penser

, , Bing, etc. Ce ne sont que des exemples parmi les IA de références à l'heure actuelle. Toutefois, est-ce que ces outils sont vraiment aussi performants qu'on le pense ? Les réponses dans ces quelques lignes. 

, avec ChatGPT a ouvert la voie de l'IA en 2022. Cette entreprise a été une pionnière dans ce domaine encore méconnu du grand public. Actuellement, l'IA est devenue un incontournable dans la vie quotidienne. Depuis, plusieurs outils similaires ont inondé le marché. Ils ont des avantages considérables. Mais est-ce que ces IA sont surcotées ? Les réponses vont vous surprendre. 

Récemment, Darian Woods et Greg Rosalsky ont échangé leurs idées concernant la performance de l'IA. Ils ont débattu sur ce sujet dans le podcast “The Indicator from Planet Money”. Leurs conclusions sont unanimes: “L'IA est surfaite”. Voici pourquoi. 

10 reasons why AI may be overrated https://t.co/ZRzyQx5n6K

— WOSU News (@wosunews) August 6, 2024

Une intelligence artificielle, pas vraiment intelligente

Selon nos deux spécialistes, l'IA ne fait que restituer les informations qu'elle trouve sur internet et dans sa base de données. En gros, c'est une simple imitatrice. Elle n'est donc pas capable de générer de nouvelles idées. C'est une douche froide pour les adeptes de l'IA. 

De plus, la majorité des données exploitées par l'IA sont protégées par le droit d'auteur. La guerre est alors ouverte. D'un côté, on a les entreprises de la tech. De l'autre, les propriétaires de ces œuvres. The New York Times, ou encore George R.R Martin figurent parmi les défenseurs des ces données violées par l'IA. 

Nos experts ont aussi ajouté que l'IA n'est pas dotée d'une capacité de jugement ni de raisonnement. Elle ne peut pas distinguer le vrai du faux. 

L'IA hallucine

Les intelligences artificielles génèrent constamment des contenus. Elle se focalise sur sa base de données afin de répondre aux attentes de l'utilisateur. Mais à un certain moment, l'IA va “halluciner”. Selon une étude récente, l'IA hallucine entre 3% à 27%.

Elle est incapable d'accomplir la plupart des tâches humaines

Oui, l'IA est capable d'assurer les missions “automatisées”. Par contre, elle ne peut pas se focaliser sur les tâches qui nécessitent une certaine “intelligence”. 

Prenons l'exemple des traducteurs. L'IA a été annoncée comme la remplaçante de ces spécialistes. Mais actuellement, ces postes sont en hausse. C'est une preuve que cet outil ne pourra pas prendre la place l'être humain. 

Une performance “exagérée”

OpenAI est fière de son innovation GPT-4. Selon ses tests, cette IA a obtenu un score dans le 90e percentile. Mais Eric Martinez, un chercheur du MIT a refait des analyses. Il a démontré que cet outil n'a pas dépassé le 48e percentile. 

L'entreprise de n'est pas la première dans cette situation. a aussi affirmé que son outil a découvert plus de 2 millions de composés chimiques. Mais Santa Barbara a démontré que ces données sont erronées. 

Pire encore, l'IA n'est pas l'outil de référence pour les programmeurs. Or, les intelligences artificielles les plus réputées disposent d'une fonctionnalité de codage. Selon une étude de l'Université de Bilkent, 30% des codes générés par l'IA étaient incorrects. 

L'IA est limitée

Des milliards de dollars d'investissements pour avoir un résultat peu satisfaisant. Selon le Bureau de recensement des États-Unis, seuls 5% des entreprises utilisent cette technologie à l'heure actuelle. 

IA

Pas encore d'application concrète

L'IA est dotée d'une polyvalence exceptionnelle. Par contre, est-ce qu'elle a une application concrète? Certains pensent que l'automatisation est l'utilisation principale de cet outil. Ce n'est pas faux, mais elle n'est pas applicable dans tous les domaines. 

Seuls les spécialistes du marketing, ainsi que les services clients se focalisent sur cette méthode. Mais qu'en est-il des autres secteurs ?

L'IA contribue à la croissance de la productivité, en théorie

Imaginons un monde où l'IA va révolutionner l'économie mondiale. On assistera alors à une hausse considérable de la productivité. Plusieurs personnes seront au chômage. Or, on n'en est pas encore à ce stade, malgré l'engouement autour de l'IA.

L'intelligence artificielle générative est la plus concernée par ce concept. Cet outil se limite simplement à son rôle d'assistant. Il n'est pas capable de révolutionner l'économie. En effet, l'IA ne peut pas s'occuper des tâches en dehors des bureaux. Selon une étude récente, l'IA n'a un impact que sur moins de 5% des tâches humaines dans l'économie. 

Un outil à court de ressources ?

Oui, la majorité des modèles IA ont déjà consommé la quasi-totalité des données sur internet. Mais ce n'est que le début des problèmes. En effet, les CPU des IA présentent aussi des dépenses majeures. Ce n'est pas tout, car il y a la question de l'énergie, qui plane sur les centres de données.

Focus sur l'écologie

Certes, plusieurs entreprises IA utilisent leurs technologies pour protéger l'environnement. Ces projets se focalisent surtout sur les barrières de corail. Par contre, ces approches ne suffisent pas à compenser les menaces de cette technologie sur l'environnement. 

“Il y a quelques années, l'idée la plus ridicule qui circulait était que l'IA contribuerait à résoudre le problème du changement climatique. Je n'ai jamais vraiment compris comment. Mais il est clair que l'IA va faire quelque chose pour le changement climatique, mais ce n'est pas positif” expliquent les chercheurs de Goldman Sachs. 

C'est une évidence, l'IA est surestimée par rapport à l'intelligence humaine

“Beaucoup de gens dans le secteur ne reconnaissent pas à quel point les compétences et les capacités humaines sont polyvalentes, talentueuses et multiformes” explique Acemoglu. 

Il a aussi ajouté “Et une fois que vous faites cela, vous avez tendance à surévaluer les machines au détriment des humains et à sous-estimer ces derniers”

Cette pratique est très répandue dans plusieurs entreprises. Mais espérons qu'elle ne va pas conquérir le monde du travail. 

Malgré ces raisons, l'intelligence artificielle reste un outil efficace pour certaines tâches. Il suffit de jongler entre les bénéfices et les risques de son utilisation. 

Cet article L’IA est-elle surcotée ? Voici 10 bonnes raisons de le penser a été publié sur LEBIGDATA.FR.

Amazon a trouvé comment créer la 1re IA solaire ! Une révolution ?

La haute technologie a toujours été la bête noire des écologistes. En effet, certaines infrastructures à l'instar des datas centers sont très énergivores. Mais a trouvé une solution pour améliorer le rendement énergétique de ces IA. L'intelligence artificielle sera-t-elle plus verte d'ici quelques années ?

Un nouveau système de stockage dans le désert de Mojave. Cette infrastructure est la nouvelle innovation d'Amazon. L'objectif est de diminuer l'utilisation des ressources énergétiques classiques. Pour s'y faire, le géant du commerce mondial va miser sur l'énergie solaire. De plus, une IA va superviser le tout, en assurant la gestion des dépenses énergétiques. Une approche audacieuse, qui pourrait faire plaisir aux écologistes.

Énergie solaire d'Amazon gérée par une IA : comment ça marche ?

Selon la dernière publication d'Amazon, sa « ferme solaire et de stockage » sera gérée par un système de Machine Learning d'AWS. Dénommée le projet Baldy Mesa, cette approche permet de distribuer le courant de manière à minimiser les coupures.

« L'IA est un outil important qui aide déjà notre société à faire la transition vers une énergie sans carbone à lutter contre le changement climatique à grande échelle. Associer les projets solaires activés par Amazon avec les technologies d'IA alimentées par AWS permet de garantir que le réseau et les clients qu'il dessert reçoivent un approvisionnement constant en énergie sans carbone pendant plus d'heures chaque jour, tout en aidant également Amazon à progresser vers notre engagement à être une entreprise plus durable » explique Kara Hurt, Vice-présidente du développement durable mondiale d'Amazon.

Amazon utilisera alors logiciel SageMaker pour superviser le tout. L'IA va alors analyser les données en temps réel, et agir fonction de la situation. Par exemple, en cas d'augmentation des besoins, le logiciel va tirer le meilleur parti du flux de courant. Dans le cas contraire, il va les stocker. L'achat, et la vente d'énergie solaire seront sous la supervision de cette IA.

Les spécialistes d'Amazon sont aussi sur le point de créer un système de ML pour optimiser la consommation d'énergie. Cet outil va se focaliser sur la performance des panneaux solaires, et aussi sur les données météorologiques. Amazon espère augmenter le stockage de ses batteries à 1,5 gigawatt.

Amazon's work with #AI can show up in some pretty unexpected places.

Like here – in the hot desert of Southern California, at the Baldy Mesa solar farm.

During the day, solar panels turn the ample sunlight into carbon-free energy, sending it into the grid. Once the sun sets,… pic.twitter.com/pxHDEcb78t

— Amazon (@amazon) May 22, 2024

Amazon : une pionnière vers la transition énergétique dans l'ère du numérique

Cette nouvelle mode de gestion alimentée par l'IA pourrait bien devenir une référence d'ici peu. L'augmentation de la température mondiale oblige les particuliers à utiliser plusieurs dispositifs pour refroidir l'air. Cette tendance a un impact sur les besoins énergétiques. Avec ses IA, Amazon et ses collaborateurs contribueront à l'amélioration de la distribution du courant dans ses infrastructures.

« Nous sommes très fiers de notre partenariat de longue date avec Amazon, qui soutient la démarche de l'entreprise pour faire correspondre l'électricité utilisée par ses centres de données, ses centres de distribution et ses autres opérations avec des sources d'énergie 100 % renouvelables d'ici 2025. Des projets comme Baldy Mesa et Bellefield fonctionnent 24 heures sur 24, et les unités de stockage d'énergie par batterie couplées au commerce activé par l'IA/ML sont essentielles pour garantir que nous optimisons et améliorons le déploiement des énergies renouvelables pour répondre à leurs besoins » explique Kleber Costa, directeur commercial d'AES.

Selon vous, les autres entreprises IA suivront la voie d'Amazon ? Ou est-ce qu'elles vont trouver d'autres solutions pour améliorer leurs consommations d'énergie ?

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