Vue normale

Il y a de nouveaux articles disponibles, cliquez pour rafraîchir la page.
À partir d’avant-hierBoyaux de la tête
  • ✇C'est pas mon idée !
  • La blockchain impose des compromis
    Voilà plus de 10 ans que la blockchain, popularisée par son implémentation avec le bitcoin, fait rêver des décideurs crédules du secteur financier. La Banque d'Angleterre en est ainsi encore à organiser des défis d'innovation pour dégager le vrai du faux. Mais ses dernières conclusions identifient (enfin !) quelques-uns de ses défauts.Dans un monde rationnel, on imaginerait qu'une décennie de débats, d'études, d'expérimentations… sans résultats probants suffirait à abandonner une idée, aussi pr

La blockchain impose des compromis

Par : Patrice
20 mai 2026 à 21:30
Banque d'Angleterre
Voilà plus de 10 ans que la blockchain, popularisée par son implémentation avec le bitcoin, fait rêver des décideurs crédules du secteur financier. La Banque d'Angleterre en est ainsi encore à organiser des défis d'innovation pour dégager le vrai du faux. Mais ses dernières conclusions identifient (enfin !) quelques-uns de ses défauts.

Dans un monde rationnel, on imaginerait qu'une décennie de débats, d'études, d'expérimentations… sans résultats probants suffirait à abandonner une idée, aussi prometteuse soit-elle à sa naissance. Mais non. Spécialement dans le domaine de la compensation des échanges de gros qui intéresse ici l'institution britannique, les responsables s'acharnent, en voulant croire que la technologie progresse rapidement et qu'elle sauvera le concept. Pas de chance, c'est bien ce dernier qui est déficient.

C'est, en tous cas, ce que révèle ce énième rapport d'analyse, élaboré à partir des réponses de la petite dizaine de participants au « DLT Innovation Challenge » aux demandes de recherche approfondie formulées sur quatre axes complémentaires, centraux pour l'évaluation des capacités de la blockchain à « gérer les transactions et la compensation entre intervenants via un registre externalisé programmable, sans mécanisme de confiance natif et sur lequel la banque centrale n'a aucun contrôle ».

Parmi les caractéristiques évaluées, la première concerne les qualités fondamentales du concept, à savoir la faculté de combiner finalité (la certitude qu'une transaction est définitivement et irréversiblement validée), résilience (grâce à la distribution de l'information) et rapidité d'exécution. Sans surprise, les conclusions confirment que, si des solutions existents pour optimiser l'une d'elles, elles impliquent obligatoirement des concessions sur les autres. Aucune n'est parfaite sans perte de confiance.

Bank of England – DLT Innovation Challenge

Par ailleurs, l'analyse sur la dimension de la montée en charge (c'est-à-dire la possibilité de traiter des volumes croissants sans baisse de performance) montre également qu'elle ne peut être garantie que moyennant la mise en place d'appareillages complémentaires complexes et néfastes aux exigences précédentes. En résumé, la blockchain n'est pas en mesure de satisfaire les besoins élémentaires du cas d'usage envisagé… et requiert des contorsions coûteuses et fragiles pour en remplir ne serait-ce qu'une partie.

Quelle découverte ! Il existe depuis au moins 40 ans une loi qui établit qu'il est impossible d'avoir simultanément résilience, fiabilité et rapidité dans un système de base de données. Rien n'a encore été inventé qui la rendrait caduque, tout au plus des options, vendues à prix d'or, en repoussent-elles un peu les limites. Ceux qui prétendent que la blockchain parvient à briser cet axiome (et j'en entendais encore un récemment l'affirmer devant une audience de banquiers) devraient se taire face aux faits.

  • ✇C'est pas mon idée !
  • Trois vœux pour 2026
    L'année écoulée n'ayant pas été un millésime brillant pour l'innovation dans les services financiers, j'espère sincèrement que 2026 corrigera la tendance. Dans cette perspective, je formule trois vœux à l'intention de l'industrie : un pour mettre fin à une aberration, un pour un meilleur avenir et le dernier à la croisée de ces deux exigences contradictoires.En finir avec la blockchainVoilà une quinzaine d'années que la sécurisation décentralisée des opérations sur bitcoin a engendré le mirage d

Trois vœux pour 2026

Par : Patrice
1 janvier 2026 à 22:30
2026
L'année écoulée n'ayant pas été un millésime brillant pour l'innovation dans les services financiers, j'espère sincèrement que 2026 corrigera la tendance. Dans cette perspective, je formule trois vœux à l'intention de l'industrie : un pour mettre fin à une aberration, un pour un meilleur avenir et le dernier à la croisée de ces deux exigences contradictoires.

En finir avec la blockchain

Voilà une quinzaine d'années que la sécurisation décentralisée des opérations sur bitcoin a engendré le mirage d'une technologie capable de révolutionner la manière dont sont gérés les échanges financiers de toutes sortes (entre autres). Après tout ce temps, trop de responsables n'ont pas encore perçu le ridicule qu'il y avait à soutenir une promesse de décentralisation – de toutes manières dénaturée dans son implémentation, dans la plupart des cas – portée par une organisation elle-même centralisée.

Quand, en plus, la blockchain est placée au service de « monnaies digitales de banque centrale » ou de « stablecoins », le gaspillage d'énergie et de ressources atteint son comble. Plutôt que de défendre des chimères inventées par des technocrates (au sens étymologique), les porteurs de projet feraient certainement mieux de se pencher sur les véritables besoins des consommateurs et des entreprises… dont il pourrait être « intéressant » de commencer par les explorer et les analyser plutôt que les fantasmer.

Priorité à l'environnement

Le recul sur la responsabilité sociale et environnementale a été particulièrement marqué ces derniers mois, entre abandon de grandes initiatives internationales et restrictions budgétaires tous azimuts, il serait grand temps de la remettre au premier plan. Une telle relance serait en outre l'occasion de repenser les démarches sur le fond afin de ranger définitivement au placard les velléités permanentes d'éco-blanchiment et autres campagnes focalisées exclusivement sur la communication.

Je pense d'abord aux programmes internes des institutions financières, trop souvent focalisés sur des aspects sinon cosmétiques du moins secondaires, alors que la priorité devrait être accordée à l'efficacité énergétique, aujourd'hui directement menacée par l'explosion des applications de l'intelligence artificielle. D'autre part, l'accompagnement des clients requiert de dépasser le stade de l'information et de développer un conseil proactif personnalisé, qui leur manque cruellement… et constitue une opportunité.

Ramener l'IA sur terre

Dernier souhait, après la fièvre de l'IA qui a pris le monde entier, je rêve que 2026 signale le retour à la raison. Il faudra, pour ce faire, arrêter de croire que ces algorithmes parfois très bêtes sont capables de résoudre tous les problèmes et étudier minutieusement, pour chaque proposition d'usage et avant toute mise en œuvre d'ampleur (les expérimentations restant bien sûr utiles), les bénéfices réels que peut procurer l'intelligence artificielle par rapport aux solutions existantes.

L'équation économique comprendra évidemment les coûts, de conception et développement, bien sûr, mais aussi d'exploitation, même quand ceux-ci sont masqués (notamment dans les contrats nébuleux dont certains fournisseurs ont le secret), et sans oublier, naturellement, les impacts environnementaux, eux aussi enfouis dans les dossiers. À cette aune, les applications utiles de l'intelligence artificielle (surtout générative) deviendront beaucoup plus aisées à maîtriser, incidemment.

En espérant que ces vœux vous inspirent, je vous souhaite une belle année 2026, en espérant, dans tous les cas, qu'elle soit propice à l'innovation sous toutes ses formes !

2026

  • ✇C'est pas mon idée !
  • Les illusions absurdes des monnaies digitales
    À nouvelle expérimentation avec une monnaie « digitale », en l'occurrence celle de DBS Hong Kong au sein du programme e-HKD de l'autorité monétaire locale, nouvelle occasion de consternation : la valeur démontrée paraît si absurdement dérisoire qu'on se demande qui peut croire aux discours triomphateurs accompagnant l'annonce.Nous voici donc devant un projet pilote, apparemment organisé en champ clos, donc sans même quelques cobayes pour donner un peu de réalité aux résultats, qui promet de cap

Les illusions absurdes des monnaies digitales

Par : Patrice
19 septembre 2025 à 23:00
DBS
À nouvelle expérimentation avec une monnaie « digitale », en l'occurrence celle de DBS Hong Kong au sein du programme e-HKD de l'autorité monétaire locale, nouvelle occasion de consternation : la valeur démontrée paraît si absurdement dérisoire qu'on se demande qui peut croire aux discours triomphateurs accompagnant l'annonce.

Nous voici donc devant un projet pilote, apparemment organisé en champ clos, donc sans même quelques cobayes pour donner un peu de réalité aux résultats, qui promet de capitaliser sur la « tokénisation » (je cherche toujours un équivalent français) et la programmabilité du dollar virtuel pour optimiser le fonctionnement d'un système de bons d'achat spécialisés. Pour la démonstration, ces derniers sont émis par la plate-forme dédiée ZERO2, en contrepartie d'actions en faveur de l'environnement.

Ces récompenses comportent une limitation, supposée justifier les efforts déployés : elles ne peuvent être utilisées que pour des emplettes dans des commerces pré-déterminés (partenaires de l'opération). Le mécanisme mis en œuvre consiste donc à restreindre les transactions possibles avec les e-HKD distribués dans ce cadre (contrairement à ceux, identiques, qui seraient accessibles sous forme générique), grâce à un de ces contrats intelligents qui font tant rêver les passionnés de blockchain.

Or ce genre de capacité de filtrage de l'acceptation existe depuis des années sur le plus populaire des instruments de paiement traditionnels. Des centaines d'établissements à travers le monde entier – banques historiques et jeunes pousses confondues – en font la promotion dans leurs offres de cartes à destination des enfants ou des salariés d'entreprises, notamment. Et, dans tous ces cas, la spécification des autorisations accordées est en outre déléguée de manière plus ou moins sélective.

Si les responsables de ces initiatives tiennent vraiment à évaluer les mérites des monnaies « digitales », ils devraient se pencher en priorité sur des bénéfices inédits, sur des cas d'usage irréalisables avec les moyens universellement disponibles aujourd'hui, qui ont fait leurs preuves. Pourquoi chercher à défendre une innovation technologique si elle ne procure aucun avantage dans ses usages ? Pourquoi investir des budgets conséquents dans des tests répliquant ce que nous savons déjà faire ?

Une décennie plus tard, la blockchain et sa déclinaison sur les euros, dollars, livres sterling, yuans… continuent de projeter un mirage auprès de décideurs qui choisissent d'ignorer le principe élémentaire d'une innovation réussie : la focalisation sur ses applications et ses utilisateurs (ou clients) plutôt que sur l'ingénierie de sa conception. Des ressources considérables sont malheureusement gaspillées à poursuivre des chimères faute de commencer par la bonne question : quel est le besoin ?

e-HKD Pilot Programme

  • ✇C'est pas mon idée !
  • Coinbase rêve aussi de super app
    Il y a quelques jours, le spécialiste des cryptomonnaies Coinbase présentait sa prochaine révolution : derrière le changement de nom de son porte-monnaie mobile en « Base », son ambition est désormais de développer une « super app », à la manière des dragons chinois. Aura-t-elle plus de succès que les tentatives similaires récentes ?Décidément, personne ne semble vouloir admettre que le concept venu de l'empire du milieu – avec sa star WeChat, née dans un contexte bien particulier, impossible à

Coinbase rêve aussi de super app

Par : Patrice
20 juillet 2025 à 21:30
Coinbase
Il y a quelques jours, le spécialiste des cryptomonnaies Coinbase présentait sa prochaine révolution : derrière le changement de nom de son porte-monnaie mobile en « Base », son ambition est désormais de développer une « super app », à la manière des dragons chinois. Aura-t-elle plus de succès que les tentatives similaires récentes ?

Décidément, personne ne semble vouloir admettre que le concept venu de l'empire du milieu – avec sa star WeChat, née dans un contexte bien particulier, impossible à répliquer aujourd'hui – n'a pas d'avenir dans les écosystèmes mobiles de 2025. Le rêve d'atteindre le même niveau de succès, en visant une échelle mondiale tant qu'à faire, continue donc à séduire les dirigeants des grandes entreprises technologiques… surtout quand ils s'échinent à trouver de nouvelles opportunités de croissance.

Telle est la situation dans laquelle se trouve maintenant Coinbase, avec une audience solide pour sa plate-forme d'échanges et sa solution de conservation de cryptoactifs mais qu'il devient difficile de mieux rentabiliser à travers ces seules activités. Alors la jeune pousse propose des services supplémentaires, de manière à démultiplier les occasions de transactions pour les utilisateurs existants et, dans la mesure du possible, attirer une clientèle additionnelle moins sensible à l'univers du bitcoin et consorts.

L'option retenue ressemble à s'y méprendre à son modèle, combinant un outil de paiement, un module de gestion d'identité, un réseau social et un socle ouvert pour la création de mini-apps en tout genre. L'objectif est, évidemment, de convaincre les adeptes de rester dans l'application pour toutes leurs interactions, avec leurs proches ou avec les fournisseurs des jeux ou autres produits dont ils ont besoin, en recourant au moyen de paiement intégré, avec une garantie inédite de protection de la vie privée.

Coinbase – A New. Day One

Techniquement, l'ensemble repose sur la « blockchain » propriétaire de Coinbase (elle-même baptisée « Base », pour entretenir la confusion ?) et chacune de ses composantes est conçue pour répondre à des besoins avérés. Ainsi, par exemple, la gestion d'identité adopte une approche décentralisée à l'état de l'art, permettant de limiter le partage et la diffusion de données sensibles, tandis que le système de paiement supporterait les cryptomonnaies mais aussi le « stable coin » USDC (via Apple Pay), évitant aux personnes réticentes d'avoir à créer un compte dédié.

Ces caractéristiques suffiront-elles à transformer l'essai ou l'initiative est-elle vouée à l'échec comme les précédentes ? Il n'est pas exclu que la communauté « crypto », y compris au-delà de la base de clients de Coinbase, se laisse conquérir par les arguments qui résonnent avec les motivations principales des tenants de monnaies alternatives. Mais il sera tout de même difficile d'embarquer les indifférents dans l'aventure, pour qui les promesses de « Base » se heurtent à une concurrence bien installée, que ce soit dans le domaine des réseaux sociaux ou de l'identité numérique.

  • ✇C'est pas mon idée !
  • Le mirage de la blockchain perdure
    Si l'emballement généralisé pour la blockchain et ses pseudo-miracles s'est fait plus discret depuis plusieurs mois, il s'avère que les projets – toujours aussi absurdes – n'en continuent pas moins de s'épanouir, comme en témoigne la dernière expérimentation en date de DBS, organisée dans le cadre du projet Orchid du régulateur singapourien.Comme aux plus grandes heures de la mythologie des origines, l'initiative de la banque recycle un cas d'usage maintes fois abordé – sous différents angles –

Le mirage de la blockchain perdure

Par : Patrice
23 août 2024 à 23:30
DBS
Si l'emballement généralisé pour la blockchain et ses pseudo-miracles s'est fait plus discret depuis plusieurs mois, il s'avère que les projets – toujours aussi absurdes – n'en continuent pas moins de s'épanouir, comme en témoigne la dernière expérimentation en date de DBS, organisée dans le cadre du projet Orchid du régulateur singapourien.

Comme aux plus grandes heures de la mythologie des origines, l'initiative de la banque recycle un cas d'usage maintes fois abordé – sous différents angles – et ses supposés bénéfices… dont on imaginerait que, après plus de dix ans de promesses non tenues et de démonstrations de leur vacuité, ils aient enfin été abandonnés. En l'occurrence, le test portait cette fois sur le versement « automatique » de subventions gouvernementales à 27 jeunes pousses locales de la FinTech.

En résumé, ce sont donc une poignée de virements dont la banque a – « grâce à la blockchain » et ses capacités de « contrats intelligents » – orchestré le déclenchement à partir d'un certain nombre d'événements externes (tels que la validation de dossier, l'accord de paiement, la disponibilité des fonds…) sans aucune intervention humaine, autorisant de la sorte une réactivité inédite, dans une transparence totale, l'ensemble du processus étant documenté (et, apparemment, accessible aux intéressés).

Présenté comme une véritable rupture majeure, le scénario proposé paraît pourtant ridicule. En effet, le premier outil de robotisation de processus (RPA) venu, de ceux qui prolifèrent aujourd'hui dans toutes les entreprises, voire une simple macro Excel ou un logiciel du genre d'IFTTT, est en mesure de l'exécuter avec la même efficacité, sans nécessiter la mise en œuvre de technologies coûteuses (à l'installation comme à l'utilisation) ni de quelconques compétences spécialisées. Quant à la visibilité des actions, elle relève évidemment d'une décision politique, pas d'un outil.

Naturellement, on peut se contenter de sourire face à ces farces, en se disant qu'il n'est pas bien grave pour de grands groupes aux moyens considérables de s'égarer parfois dans des opérations sans avenir. Malheureusement, dans un contexte de resserrement des budgets de l'innovation et de repli massif vis-à-vis de concepts émergents, leurs conséquences peuvent se révéler plus importantes et durables qu'il n'y paraît a priori. Et le constat est d'autant plus amer s'agissant d'un établissement tel que DBS.

Historiquement en pointe de l'industrie, la banque s'est assagie depuis quelque temps et – qu'il existe ou non une corrélation entre les deux phénomènes – doit aujourd'hui affronter un indispensable effort de modernisation sur son cœur de métier. Dans ses conditions, ses errements autour de la blockchain sont particulièrement délétères, mobilisant des ressources qui seraient mieux employées à de vraies transformations, au service de ses clients (et de leur bien-être financier, par exemple).

Dans un autre registre, l'entêtement marqué à rechercher de la valeur dans une tendance qui n'en recèle finalement aucune – alors que deux des premières règles à respecter dans des aventures incertaines, que, manifestement, DBS oublie, consistent, d'une part, à définir des critères de succès objectifs et, d'autre part, à savoir s'arrêter « à temps » – risque également de constituer un facteur de régression supplémentaire dans les stratégies d'innovation, en renforçant le scepticisme et le conservatisme.

Project Orchid

  • ✇C'est pas mon idée !
  • Quand la politique prime sur l'expertise…
    Un article de l'Agefi nous apprend que la secrétaire d'état au numérique, Marina Ferrari, déclarait à l'occasion de la Paris Blockchain Week que les institutions financières françaises et européennes n'avancent pas assez vite à son goût sur la blockchain. Et illustre ainsi tristement pourquoi une expertise technique minimale est désormais essentielle dans la gouvernance des entreprises… et de l'état.Mon propos ne concerne pas tant le manque de clairvoyance qu'exprime la responsable quant au pot

Quand la politique prime sur l'expertise…

Par : Patrice
12 avril 2024 à 21:30
Gouvernement Français
Un article de l'Agefi nous apprend que la secrétaire d'état au numérique, Marina Ferrari, déclarait à l'occasion de la Paris Blockchain Week que les institutions financières françaises et européennes n'avancent pas assez vite à son goût sur la blockchain. Et illustre ainsi tristement pourquoi une expertise technique minimale est désormais essentielle dans la gouvernance des entreprises… et de l'état.

Mon propos ne concerne pas tant le manque de clairvoyance qu'exprime la responsable quant au potentiel réel du concept en question, qui a longtemps fait illusion et continue à avoir ses adeptes (comme en témoigne l'événement qui rassemblait, paraît-il, 10 000 participants, sur une thématique toutefois élargie), que sa méconnaissance de son évolution dans le secteur financier au cours de la décennie écoulée, ayant abouti à moult déconvenues et, pour finir, à l'admission quasi généralisée de sa vacuité.

À un niveau caricatural caractéristique de l'univers politique, Marina Ferrari, qui n'a, apparemment, aucune formation ni expérience touchant de près ou de loin à l'informatique, cède au réflexe naturel du candide séduit par des idées présentées comme révolutionnaires, sans être en mesure d'y exercer son esprit critique. Elle succombe de la sorte aux sirènes de la blockchain mais aussi du web3, de l'intelligence artificielle… quitte à disperser les efforts et les budgets à un point d'inefficacité totale.

Marina Ferrari à la Paris Blockchain Week

Si j'aborde ce sujet ici, c'est parce que la situation est identique dans les grands groupes de la finance. Bien que le contrôle des dépenses ait tendance à limiter les dérives dans le temps, le phénomène d'émerveillement joue pleinement dans leurs choix stratégiques, avec les investissements correspondants, parfois démesurés. Raison pour laquelle les récentes résolutions de la BCE en matière de compétences « digitales » dans les instances dirigeantes sont salutaires et donc indispensables.

Dans des organisations où règne habituellement une prudence excessive, celle-ci devrait aussi être déployée face aux modes technologiques qui déferlent dorénavant à un rythme soutenu. Dans ce domaine comme dans n'importe quel autre, plus les promesses sont alléchantes, plus il faut les considérer avec précaution. Il peut toujours être utile de lancer quelques expérimentations mais il est impératif de réaliser une analyse objective et contradictoire, à 360°, avant tout engagement massif. À défaut, tout est prioritaire et les vraies opportunités finiront quand même par être manquées.

  • ✇C'est pas mon idée !
  • IA (et cryptomonnaies) : le défi énergétique
    Dans son rapport de situation et de tendances pour 2024, l'Agence Internationale de l'Énergie s'inquiète de la contribution des centres de production informatiques à la croissance attendue de la consommation d'électricité dans le monde. Elle pointe notamment du doigt les impacts de l'intelligence artificielle et des cryptomonnaies.La part des services « digitaux » s'élèverait à ce jour à 2% de la demande globale à l'échelle mondiale, à 4% aux États-Unis et en Europe – où les capacités se concen

IA (et cryptomonnaies) : le défi énergétique

Par : Patrice
28 janvier 2024 à 21:30
IEA
Dans son rapport de situation et de tendances pour 2024, l'Agence Internationale de l'Énergie s'inquiète de la contribution des centres de production informatiques à la croissance attendue de la consommation d'électricité dans le monde. Elle pointe notamment du doigt les impacts de l'intelligence artificielle et des cryptomonnaies.

La part des services « digitaux » s'élèverait à ce jour à 2% de la demande globale à l'échelle mondiale, à 4% aux États-Unis et en Europe – où les capacités se concentrent autour des capitales financières (Londres, Paris, Francfort…) – … et à 17% en Irlande, avec sa fiscalité attractive pour les multinationales. Ces taux sont voués à continuer à augmenter, avec des projections suggérant une progression de la consommation de 35 à 130% (jusqu'à atteindre un tiers du total en Irlande) d'ici à 2026.

Parmi les principaux facteurs de hausse des besoins, l'IEA souligne l'engouement suscité par l'IA. Elle illustre son propos avec un exemple éclairant : si les 9 milliards de recherches effectuées quotidiennement avec le moteur de Google se reportaient sur ChatGPT, elles engloutiraient un surcroît d'énergie de 10 TWh, soit plus de 2% de ce qu'absorbent aujourd'hui tous les serveurs de la planète. Et les prédictions de ventes de Nvidia (fournisseur n°1 du domaine) s'orientent clairement dans cette direction.

L'autre coupable désigné est donc l'univers des cryptodevises, qui, actuellement, représenterait déjà 0,4% de la demande générale. Malgré les efforts consentis par certaines applications telles qu'Ethereum (et qui dénaturent son fonctionnement, selon moi), les perspectives sont également pessimistes dans cette industrie, avec une recrudescence prévue de 40%, essentiellement en raison de la multiplication des instruments déployés, annulant les gains d'efficacité obtenus par ailleurs.

IEA – Electricity 2024

Que faire afin de renverser la tendance ? Une première piste consisterait à améliorer la performance énergétique des centres de production. Quand on découvre que 40% de leur consommation est convertie en puissance de calcul, la même proportion étant consacrée au refroidissement et les 20% restant à des équipements divers, il existe là une réserve d'optimisation évidente (pour mémoire les infrastructures de Google limitent les déperditions à environ 10%… loin de cette moyenne de 150%).

Deuxième possibilité, qui provoque fréquemment une sorte de réflexe (entre autres chez les crypto-fanatiques), il s'agirait d'encourager le recours à des sources renouvelables pour ces utilisations. En réalité, cette solution est un leurre, puisque, d'une part, elle devrait se décliner sur tous les usages et, d'autre part, elle ne change rien à l'équilibre global, tant qu'une partie (conséquente) reste issue de combustibles fossiles.

Enfin, à l'écart des propositions de l'IEA, la dernière idée à explorer, en particulier dans les institutions financières, grosses consommatrices d'informatique, tournerait autour d'une logique de rationalisation. Outre les démarches, utiles mais marginales, d'éco-conception logicielle, il devient probablement indispensable d'anticiper l'impact environnemental des projets – encore plus ceux impliquant l'IA – avant leur lancement et intégrer celui-ci dans les critères de faisabilité et de retour sur investissement. Il faudra alors apprendre à renoncer quand le bilan estimé s'avère calamiteux.

❌
❌