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    Il y a visiblement une profession qui déteste l’IA plus que toute autre, ce sont les assureurs chargés du traitement des sinistres, rapporte Wired. Ils sont les premiers à se plaindre de « dirigeants obsédés par l’IA qui l’imposent, à eux et à leurs clients ». C’est en tout cas ce qu’on apprend d’une étude de Glassdoor sur le ressenti des travailleurs face à l’IA qui a étudié les réflexions des employés sur l’IA issue des avis qu’ils laissent sur leur employeur sur le grand site participatif d’é

Quels travailleurs détestent le plus l’IA ?

23 septembre 2026 à 07:00

Il y a visiblement une profession qui déteste l’IA plus que toute autre, ce sont les assureurs chargés du traitement des sinistres, rapporte Wired. Ils sont les premiers à se plaindre de « dirigeants obsédés par l’IA qui l’imposent, à eux et à leurs clients ». C’est en tout cas ce qu’on apprend d’une étude de Glassdoor sur le ressenti des travailleurs face à l’IA qui a étudié les réflexions des employés sur l’IA issue des avis qu’ils laissent sur leur employeur sur le grand site participatif d’évaluation des environnements de travail. Tout secteur confondu, rapporte l’étude, les mentions de l’IA dans les avis Glassdoor ont augmenté de 240 % entre mai 2025 et mai 2026. Mais si par le passé, les avis mentionnant l’IA étaient majoritairement positifs (81 % d’avis positifs en 2019), cette tendance s’inverse : en 2026, on ne compte plus que 43 % d’avis positifs, 4 % d’avis mitigés et 53 % d’avis négatifs. 

L’étude empirique de Glassdoor montre un renforcement de la tension sociale autour de l’IA. Hormis les dirigeants d’entreprises qui demeurent le groupe le plus favorable à l’IA, certains métiers adhèrent à ses avantages, comme les responsables des ventes et des produits, les recruteurs, les architectes logiciels ainsi que les analystes et ingénieurs de données. A l’inverse, d’autres professions y sont majoritairement hostiles, notamment les rédacteurs, les journalistes, les comptables, les agents de service client, les designers et professionnels de l’informatique. Mais les plus hostiles restent les gestionnaires de sinistres : 98 % de leurs commentaires étant négatifs.

Les femmes et la génération Z (nés entre 1997-2012) sont les plus critiques à l’égard de l’IA. Les travailleurs plus âgés ont tendance à avoir une opinion plus positive de l’IA, tandis que les plus jeunes sont plus critiques. Au sein de chaque génération, les hommes sont plus enclins à mentionner l’IA, et les femmes se montrent plus critiques que les hommes à son sujet. Chez les hommes de la génération X (nés entre 1960 et 1980), 50 % des commentaires sur l’IA sont positifs, alors que 42 % des commentaires des femmes de cette même génération sont négatifs. Les différences liées au poste occupé et au secteur d’activité expliquent entièrement cet écart. Les commentaires des hommes de la génération Y (milléniaux, nés entre 1980 et 1997) sont positifs à 44 %, contre 33 % pour les femmes. Les différences de poste et de secteur n’expliquent qu’un quart de cet écart. Les hommes de la génération Z affichent 42 % d’avis positifs, contre 21 % pour les femmes de la même génération ; ici, le poste et le secteur d’activité n’entrent pas en ligne de compte. Cet écart persiste même après ajustements statistiques. 

Les commentaires sur l’IA reflètent des opinions tranchées Les mentions de l’IA apparaissent généralement dans des avis Glassdoor très positifs ou très négatifs, en particulier concernant la direction et les perspectives de l’entreprise. Seuls 23 % des auteurs d’avis critiques envers l’IA approuvent le PDG, et 18 % perçoivent des perspectives commerciales positives. À l’inverse, 86 % des auteurs d’avis positifs sur l’IA approuvent le PDG et 81 % envisagent des perspectives commerciales favorables. Les auteurs d’avis positifs sur l’IA sont plus attachés à leur entreprise Les employés ayant cité l’IA comme un point positif sont 47 % moins susceptibles de postuler à d’autres emplois sur Glassdoor. Ceux qui émettent des critiques sur l’IA postulent à d’autres emplois dans des proportions similaires aux employés ne mentionnant pas l’IA. Aucun secteur ni aucune taille d’entreprise ne recueille une majorité de commentaires positifs sur l’IA, mais certains affichent un taux de critique élevé. Les travailleurs du secteur technologique mentionnent l’IA 3,6 fois plus souvent que la moyenne. Les secteurs suivants en termes de fréquence sont les médias et la communication (1,8 fois) ainsi que la gestion et le conseil (1,1 fois le taux de référence). L’IA est la plus populaire dans le secteur juridique, bien que les avis y soient partagés à parts égales (50/50). D’autres secteurs se montrent extrêmement critiques à l’égard de l’IA, notamment les arts (89 % d’avis négatifs), les organisations à but non lucratif (85 %), les assurances (81 %), les télécommunications (80 %) et le transport/la logistique (79 %). Les petites entreprises (200 employés ou moins) ont tendance à susciter davantage de commentaires positifs sur l’IA (50 % d’avis positifs), un chiffre qui tombe à 33 % pour les entreprises de plus de 10 000 employés. 

Bon, revenons à nos agents d’assurances. « Nous sommes épuisés par la quantité d’IA qu’on nous impose », témoigne l’un d’eux à Wired. En fait, la profession traverse une crise majeure. Le nombre de postes a baissé de 5% au cours de la dernière décennie et de plus de 21% entre mai 2025 et 2026, et les postes de débutants ont chuté de plus de 50% depuis 2025. Pour le bureau des statistiques du travail américain, cette chute serait liée au déploiement technique. « Des startups spécialisées, comme Liberate ou Pace, ont levé des millions de dollars en promettant de « réinventer » l’assurance, tandis que les assureurs ont intensifié le recours à l’IA pour traiter un volume croissant de dossiers. Concrètement, cela peut se traduire par un échange avec un chatbot plutôt qu’avec une personne physique pour déclarer un sinistre. Au lieu d’envoyer des agents inspecter une habitation endommagée, des outils d’IA peuvent analyser des photos ou des vidéos pour estimer le montant des indemnisations. L’IA peut également résumer des centaines de pages de dossiers médicaux afin d’en extraire les informations essentielles. Ou bien, l’outil d’IA d’un assureur pourrait traiter les informations transmises par un assuré – photos, vidéos, documents, reçus – puis effectuer un versement, le tout en quelques secondes », comme le propose Lemonade dont le chatbot traiterait 55% de l’ensemble des dossiers de sinistres, laissant à ses employés la gestion des dossiers les plus complexes. Mais les professionnels du secteur ont surtout l’impression d’être remplacés par des modèles d’IA… sans que les clients ne comprennent très bien que les conclusions d’une expertise (et ses erreurs) sont bien plus le fait de robots que d’experts. 

Comme le résume l’historien Brian Merchant sur son blog qui s’est également intéressé à l’étude : « les personnes qui décrivent l’IA en termes très positifs occupent, pour la grande majorité, des postes de direction ; ce sont les cadres de niveau directeur ou supérieur qui manifestent le plus d’enthousiasme à son égard. Les responsables des ventes – en somme, les chefs d’équipe commerciale – se montraient également bien plus favorables que défavorables à l’IA, dans une proportion d’environ deux pour un. Les chefs de produit, les recruteurs et les ingénieurs logiciels affichent eux aussi un avis plutôt positif, avant que les opinions ne tendent vers un certain équilibre ». A l’inverse, remarque l’historien, si l’on observe les professions qui décrivent l’IA en termes très négatifs, on voit apparaître une toute autre configuration sociale. Merchant souligne que le basculement des avis négatifs a progressé et qu’il s’affirme à mesure que les entreprises adoptent massivement des solutions d’automatisation basées sur l’IA. Mais, il semble que « plus les travailleurs sont exposés à l’IA, moins ils l’apprécient ». Pour Merchant, « le ressenti vis-à-vis de l’IA au travail dépend probablement du pouvoir dont vous disposez au sein de l’entreprise ». Le rapport à l’IA est distribué selon le pouvoir dont on dispose sur ces outils. L’appréciation est directement liée à la position sociale qu’on occupe. 

« Pour percevoir l’IA de manière positive, il faut avoir la main sur les décisions concernant son utilisation (ou non) et disposer d’une marge de manœuvre suffisante pour se sentir protégé contre le risque de remplacement, de surveillance ou de dégradation des conditions de travail ». Les cadres et les patrons ont bien peu de comptes à rendre quant à leur utilisation de l’IA. A l’inverse, les employés, eux, n’ont bien souvent aucune liberté dans leur rapport à l’IA. Pour Brian Merchant, la question de la responsabilité éclaire la différence de perception. C’est pourquoi les emplois d’employés sont bien plus en colère contre l’IA que les cadres. Cela explique que les comptables, les conseillers clientèles ou les informaticiens de base soient mis en difficulté par ces outils, car c’est sur eux que repose la tension de la vérification entre « le patron exige que toute l’entreprise utilise l’IA » et « la moindre erreur est de votre faute et vous en êtes responsable ». Entre ceux qui sont contraints et ceux qui restent libres. La tension entre ceux que ces outils assistent et libèrent et ceux que ces outils contrôlent et limitent, n’est pas tant une différence d’approche de l’IA, qu’une différence sociale entre le haut et le bas du déploiement de l’IA.

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  • Qonto s'aligne sur les profils de ses clients
    Bien qu'elles clament haut et fort placer leurs clients au centre de leurs préoccupations, la plupart des banques restent focalisées en priorité sur leurs produits… et leurs plates-formes « digitales » sont les premières à refléter ce biais. Qonto, qui, jusqu'à maintenant, n'échappait pas au défaut, commence à faire évoluer sa perspective.Pour être honnête, il n'y a pas encore de quoi s'emballer. Ainsi, la page d'accueil et les menus présents sur le site web de la jeune pousse continuent à fair

Qonto s'aligne sur les profils de ses clients

Par : Patrice
22 septembre 2026 à 21:30
Qonto
Bien qu'elles clament haut et fort placer leurs clients au centre de leurs préoccupations, la plupart des banques restent focalisées en priorité sur leurs produits… et leurs plates-formes « digitales » sont les premières à refléter ce biais. Qonto, qui, jusqu'à maintenant, n'échappait pas au défaut, commence à faire évoluer sa perspective.

Pour être honnête, il n'y a pas encore de quoi s'emballer. Ainsi, la page d'accueil et les menus présents sur le site web de la jeune pousse continuent à faire la part belle à son catalogue, y compris avec ses offres périphériques, par exemple sur ses usages de l'intelligence artificielle ou autour de la facturation électronique. Pourtant, en cherchant un peu, le visiteur trouvera sans trop de difficulté une série de rubriques spécifiques à différents métiers, tels que le conseil, le BTP, la technologie, les médias…

Chacune d'elles est organisée de manière à mettre en avant – parmi une palette dont la richesse tend à réduire la visibilité (comme c'est souvent le cas dans les établissements traditionnels) – les solutions les plus appropriées pour le secteur sélectionné, en les déclinant dans son contexte particulier. L'objectif est de s'adresser non plus à un entrepreneur générique qui souhaite ouvrir un compte bancaire mais à un professionnel qui cherche des réponses opérationnelles à ses problématiques quotidiennes.

Prenons les commerçants. Une de leurs attentes principales concerne l'encaissement, pour lequel Qonto propose plusieurs dispositifs techniques, du terminal dédié à l'option virtuelle sur téléphone, assortis de fonctions complémentaires, à l'image du logiciel de caisse, synchronisé. Viennent ensuite les possibilités de financement, pour remplacer un équipement ou réassortir un stock, là encore à travers divers supports, dont les avantages et inconvénients sont détaillés, par rapport à des situations concrètes.

Qonto – Le Compte Pro des Commerçants

Naturellement, l'effort est, à ce stade, purement cosmétique. Mais sa seule description laisse rapidement entrevoir toutes les opportunités qu'un tel renversement de vision pourrait ouvrir. Et je ne pense pas uniquement à une idée aussi triviale que la commercialisation de « paquets » de services prêts à l'emploi par domaine d'activité. Il s'agirait aussi de développer des synergies et des interactions directes entre les différentes solutions, adaptées selon la connaissance des profils types des clients.

Imaginons donc comment l'analyse des flux intermédiés, entre les encaissements d'un côté et les factures fournisseurs de l'autre, permettrait à la banque de préconiser spontanément la meilleure offre de financement, dans l'optique de lisser la trésorerie tout au long de l'année, avec activation en un clic. Ou bien, grâce à l'identification anticipée des clients, dûment enregistrés dans la plate-forme de la banque, la pré-approbation d'une proposition d'affacturage en cas de tension sur les disponibilités.

Aujourd'hui, la « centricité » client ne peut plus se contenter de déclarations et de marketing, elle doit s'accompagner d'une réalité tangible, qui fasse clairement écho aux préoccupations de l'audience visée. Ce genre de démarche devrait devenir incontournable, non seulement parce qu'elle crée les conditions de la fidélité mais aussi parce qu'elle représentera de plus en plus un facteur majeur de différenciation concurrentielle (le scénario de financement évoqué ci-dessus existe, chez Amazon).

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  • Musique : le piège du droit d’auteur génératif
    Pour le magazine canadien Maisonneuve, le journaliste Michael Rancic, qui fait partie de la coopérative de journalistes musicaux New Feeling, se désole de l’omniprésence de la musique générative partout. Mais si les plateformes de streaming sont déjà envahies des morceaux produits notamment via les outils proposés par Suno et Udio, les acteurs majeurs de la musique (stations de radio, organismes de réglementation et maison de disques), eux, tergiversent, hésitant entre intégrer ou au contraire à

Musique : le piège du droit d’auteur génératif

22 septembre 2026 à 07:00

Pour le magazine canadien Maisonneuve, le journaliste Michael Rancic, qui fait partie de la coopérative de journalistes musicaux New Feeling, se désole de l’omniprésence de la musique générative partout. Mais si les plateformes de streaming sont déjà envahies des morceaux produits notamment via les outils proposés par Suno et Udio, les acteurs majeurs de la musique (stations de radio, organismes de réglementation et maison de disques), eux, tergiversent, hésitant entre intégrer ou au contraire à contrer la musique générative. 

En octobre 2025, la Socan (Société canadienne des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique) a annoncé avoir harmonisé sa position sur la génération de musique avec son homologue américain, l’Ascap (la société américaine des compositeurs, auteurs et éditeurs). 

Désormais, « les auteurs-compositeurs peuvent enregistrer des chansons partiellement générées par l’IA pour percevoir des redevances ». Pour Rancic, c’est là un tournant : les œuvres créées avec l’aide de l’IA générative peuvent être intégrées aux systèmes existants de propriété et de rémunération. L’annonce précise soigneusement que, pour être éligible aux redevances, une chanson doit toujours comporter des « éléments de création humaine ». Cependant, elle légitime simultanément une technologie que beaucoup perçoivent comme une menace pour le savoir-faire musical humain.

Or, rappelle Rancic, Suno a reconnu avoir entraîné son modèle depuis toute la musique enregistrée disponible. L’entreprise n’avait aucune autorisation pour ce faire et n’a offert aux artistes aucun moyen de retirer leurs œuvres, qu’elles soient protégées ou non par le droit d’auteur. Des plateformes comme Suno absorbent ainsi des décennies de travail humain et produisent des imitations convaincantes en quelques secondes. Entraînée sur des milliers d’œuvres protégées par le droit d’auteur, la production est alors considérée comme une « nouvelle » chanson. Durant leurs premières années d’activité, Suno et Udio ont également mis en place des cadres propriétaires autour de ces nouvelles chansons : celles-ci peuvent être immédiatement acquises par quiconque saisit l’instruction de génération. Ce contournement des droits d’auteur a, à juste titre, suscité l’inquiétude des artistes.

Premièrement, il a permis aux entreprises d’IA de tirer profit d’œuvres pour lesquelles elles n’avaient pas nécessairement acquis de licence. Deuxièmement, il permet aux utilisateurs de générer des quantités massives de musique sans rémunérer les artistes – un système qui pourrait entraîner la perte de revenus pour de nombreux musiciens. Une lettre ouverte de 2024, signée par des artistes tels que Billie Eilish, Chappell Roan et Arkells, qualifiait l’entraînement d’IA sur de la musique sans compensation d’« atteinte à la créativité humaine ».

Ces tensions ne sont pas propres à la musique. Les artistes visuels ont exprimé des préoccupations quasi identiques concernant les générateurs d’images entraînés sur leurs œuvres, tandis que les cinéastes et les acteurs ont commencé à se confronter aux outils d’IA capables de reproduire des voix, des textes et même des images.

En annonçant les nouvelles lignes directrices sur les redevances, la Socan a décrit l’IA comme un outil précieux largement adopté par les musiciens. Dans le même temps, la déclaration critique le fonctionnement actuel de cet outil censément utile : « l’utilisation par les entreprises de technologies d’IA de modèles basés sur des œuvres musicales protégées par le droit d’auteur, sans autorisation, compensation ni mention des créateurs, ne relève pas de l’usage loyal, mais du vol ». La Socan a réitéré ce point de vue lors d’une récente campagne publique, appelant le gouvernement fédéral à « dire non à l’entraînement de l’IA sur de la musique sans licence ». Mais si la Socan le croit vraiment, pourquoi autoriser la perception de redevances sur des œuvres produites à l’aide de telles plateformes ?

Les lignes directrices de la Socan concernant l’enregistrement de l’IA font la distinction entre les « productions générées par l’IA », qui ne sont pas admissibles à l’enregistrement, et les « œuvres assistées par l’IA ». Or, les déclarants n’ont pas à divulguer l’utilisation de l’IA dans leurs œuvres assistées par l’IA, ce qui signifie que la Socan fait preuve d’une grande confiance, explique Michael Rancic. Déterminer si une chanson a été partiellement ou entièrement créée avec l’IA semble reposer sur une simple intuition. Seule compte une directive vague selon laquelle « la créativité de l’auteur humain doit être centrale ». Il serait envisageable de déposer une chanson avec des voix humaines sur une musique instrumentale générée par IA – entraînée sur les meilleurs rythmes jamais créés – et de satisfaire ainsi aux exigences minimales fixées. Si certains défenseurs font la distinction entre la musique utilisant simplement des composants d’IA et celle entièrement produite par IA, cette frontière est de plus en plus difficile à maintenir. En pratique, les deux reposent souvent sur les mêmes infrastructures d’entraînement et l’extraction de données à partir d’enregistrements humains, ce qui rend la distinction moins pertinente qu’il n’y paraît et pourrait même contribuer à redorer l’image de la génération par IA.

Bien que toutes les plateformes de musique générée par IA ne soient pas entraînées sur de la musique sans licence, la nouvelle réglementation n’identifie aucun mécanisme permettant de distinguer la musique générée par IA utilisant ou non des chansons sans licence, et crée un précédent en faveur de l’adoption de cette technologie. Parallèlement, la déclaration souligne l’importance de soutenir les artistes et de favoriser la créativité. « L’avenir de la musique peut intégrer l’IA tout en restant profondément humain », affirme Jennifer Brown, PDG de la Socan. Ce cadre confère de fait la propriété intellectuelle aux utilisateurs d’IA générative et fragilise les structures de propriété antérieures, censées protéger les artistes. Il révèle une asymétrie dans le traitement de la paternité, du travail et des risques au sein de l’industrie musicale. « Les associations musicales s’empressent d’adopter les nouvelles technologies et plateformes, tout en les critiquant, reflétant une tendance générale du secteur à privilégier les plateformes au détriment des artistes ».

Alors que des organismes comme la Socan acceptent la musique générée par l’IA, les acteurs gouvernementaux et industriels élaborent leurs propres approches. Le gouvernement fédéral canadien consulte actuellement les intervenants du secteur, notamment la Socan, sur l’interaction entre l’IA générative et le droit d’auteur. Ces consultations, menées auprès du Groupe de travail sur la stratégie en matière d’IA du gouvernement et du Comité permanent du patrimoine canadien, visent à éclairer l’élaboration de la stratégie canadienne en matière d’IA pour les années à venir. Malgré la croissance rapide de l’IA générative, le Canada ne dispose actuellement d’aucune loi spécifiquement conçue pour traiter de ses implications en matière de droit d’auteur et de droits des créateurs. Toutes les questions relatives au droit d’auteur relèvent de la Loi sur le droit d’auteur. Actuellement, la Loi sur le droit d’auteur limite l’« utilisation équitable » à des fins spécifiques comme la recherche, la critique, l’éducation ou la parodie. Autrement dit, il est légal d’utiliser des œuvres protégées par le droit d’auteur sans autorisation à ces fins et dans certains contextes. Ces fins n’incluent pas explicitement les entreprises d’IA qui entraînent leurs modèles sur de la musique sans autorisation. « Dans ce contexte, la décision de la Socan d’intégrer la musique générée par l’IA à son système de redevances, avant même que le Canada n’ait établi si cette technologie est conforme à la loi sur le droit d’auteur, revient à mettre la charrue avant les bœufs ».

Il est paradoxal de voir les organisations de l’industrie s’empresser de créer des voies d’accès pour l’IA, explique Michael Rancic. « Prenons l’exemple des plateformes musicales. Lorsque de nouvelles technologies ont bouleversé les normes créatives par le passé, l’industrie n’a pas hésité à intervenir pour protéger les titulaires de droits et sanctionner ceux qui opéraient en dehors du cadre établi. Le sampling (ou échantillonnage), par exemple, a suscité des décennies de litiges, d’accords de licence stricts et une dynamique inéquitable où la charge du risque juridique lié à l’autorisation des échantillons incombait à celui qui les utilisait. Dans les années 1980 et 1990, les différends canadiens liés au sampling ont été largement influencés par les grandes maisons de disques et les titulaires de droits américains. John Oswald, pionnier de l’approche de collage musical par échantillonnage baptisée « plunderphonics », a ressenti le poids et l’influence de la Canadian Recording Industry Association (CRIA, aujourd’hui Music Canada). L’œuvre d’Oswald transformait des tubes classés en tête des palmarès en mosaïques sonores abstraites, métamorphosant le familier en quelque chose d’étrange et d’insolite – une prouesse alliant virtuosité technique et créativité. La CRIA a agi pour le compte des majors américaines en adressant à Oswald une mise en demeure, obtenant finalement la destruction de son œuvre. »

Le régime actuel du droit d’auteur favorise les artistes établis représentés par de grandes maisons de disques, ces dernières disposant des ressources nécessaires pour identifier les titulaires de droits, négocier les licences et régler les frais initiaux éventuels, rappelle Michael Rancic. « Ce système opaque et bureaucratique pénalise lourdement les artistes émergents : il rend risquée l’utilisation transparente d’échantillons et les empêche souvent de détenir légalement les droits sur leurs œuvres – et donc d’en tirer profit. Une chanson contenant un seul échantillon non autorisé ne peut être enregistrée pour percevoir des redevances ; en revanche, une chanson créée par des plateformes entraînées sur une quantité colossale de musique non autorisée semble, elle, échapper à ces contraintes. »

« Les structures du droit d’auteur dans l’industrie musicale sont conçues pour servir ses membres les plus puissants » (voir notre article, « Mais qui décide de comment on compte ? », qui prenait justement l’exemple des Majors de la musique). « Les nouvelles technologies contribuent à perpétuer ce mécanisme : il est révélateur, par exemple, qu’avant même de pouvoir générer de la musique, les outils d’IA aient été utilisés par l’industrie pour surveiller les violations du droit d’auteur ». Spotify a acquis The Echo Nest en 2014 après que cette entreprise a mis au point une technologie d’empreinte acoustique (audio fingerprinting), capable d’analyser les caractéristiques sonores uniques d’un enregistrement pour les convertir en une signature numérique compacte. Concrètement, cette technologie permet aux plateformes de reconnaître les chansons dès leur mise en ligne et d’empêcher la diffusion de copies non autorisées. Aujourd’hui, les plateformes de streaming utilisent des technologies similaires – telles que des « filtres anti-spam musical » – pour identifier la musique générée par IA et les violations potentielles du droit d’auteur. Ces outils sont présentés comme une réponse aux violations du droit d’auteur liées à la génération de musique par IA, alors même qu’ils reposent eux aussi sur cette technologie, explique Rancic. Lorsque l’IA est à la fois le problème et la solution, il semble qu’il n’y ait plus vraiment de choix.

« Le déploiement rapide, au cours de la dernière décennie, d’outils de protection des droits basés sur l’IA témoigne de la priorité accordée de longue date à la préservation de la propriété intellectuelle et des redevances associées. Pourtant, lorsque ces mêmes technologies sous-jacentes permettent la production automatisée de musique, la réaction du secteur se fait nettement plus permissive, voire complaisante. » Au départ, l’industrie a semblé céder à la panique face à l’émergence de la musique générée par IA, les grandes maisons de disques intentant des procès aux entreprises technologiques à l’origine de ces outils. Aujourd’hui, certains de ces mêmes acteurs cherchent activement à collaborer avec ces entreprises. Warner Music Group a récemment trouvé un terrain d’entente avec Suno et Udio concernant les méthodes d’entraînement de leurs modèles d’IA, et Universal Music Group a également conclu un accord avec Udio, sans que les détails financiers et une grande partie des clauses contractuelles de ces accords ne soient ni publics ni transparents, rappelle le journaliste. « Ce que l’on sait, en revanche, c’est que ces accords s’accompagnent de l’annonce d’un partenariat entre Warner, Universal et Udio visant à créer une nouvelle plateforme de génération de musique par IA. Les accords conclus par Udio avec ces deux labels, tout comme celui passé entre Warner et Suno, prévoiraient des mécanismes permettant aux artistes de choisir si leur musique peut ou non servir à l’entraînement des modèles d’IA. Udio et Suno promettent tous deux d’abandonner progressivement les modèles actuels de leurs plateformes – entraînés à partir de musiques non autorisées -, bien que ces modèles soient toujours en service à l’heure où nous écrivons ces lignes. »

Cette attitude permissive de l’industrie face au vol de contenu par les plateformes devient plus compréhensible si l’on reconsidère la véritable finalité de la génération de musique par IA, explique Rancic. Le discours marketing d’Udio affirme que l’entreprise « développe des outils d’IA pour permettre à la prochaine génération de créateurs musicaux d’émerger », tout en soulignant sa capacité à « élargir les horizons musicaux et à permettre à chacun de créer une musique extraordinaire ». Cette présentation de l’IA comme un outil de création se retrouve dans les déclarations de la Socan ainsi que dans des articles du secteur vantant les innombrables possibilités offertes par la musique générée par IA ; comme de générer « des genres musicaux nouveaux ». « Mais tout cela relève de la communication. La véritable proposition de valeur des plateformes de musique générative ne réside ni dans l’innovation esthétique, ni dans un meilleur accès aux outils musicaux, ni même dans l’enrichissement de la création. Elle consiste avant tout à produire des contenus sonores dont on peut immédiatement s’approprier les droits. » Avant les poursuites engagées à leur encontre par les grandes maisons de disques, Suno et Udio permettaient toutes deux aux utilisateurs de télécharger et, de fait, de s’approprier les morceaux générés par l’IA. Dans le cadre de son accord à l’amiable, Udio ne permet plus aux utilisateurs de télécharger et de posséder des chansons générées par IA. Tandis que Suno impose désormais aux utilisateurs de payer pour télécharger les morceaux créés sur sa plateforme. Le nouvel abonnement « Pro » de Suno promet aux utilisateurs la possibilité de générer jusqu’à 500 chansons par mois et l’octroi immédiat des « droits d’utilisation commerciale pour les nouvelles créations ». 

« Vous n’avez pas les moyens d’obtenir les droits d’utilisation d’un sample d’artistes Warner comme Neil Young ou Ed Sheeran ? Aucun souci. Vous pouvez désormais créer une chanson dans le style de ces artistes. Vous en devenez immédiatement propriétaire, vous pouvez l’échantillonner à volonté et, grâce à l’annonce de la Socan, vous pouvez même percevoir des droits d’auteur, à condition d’avoir écrit les paroles. Ce nouveau modèle contourne complètement les structures de droits d’auteur et de propriété de l’industrie musicale, le tout dans le but de générer de la valeur pour les investisseurs du secteur technologique (et, grâce à leurs accords, les maisons de disques s’assurent toutefois de conserver leur part du gâteau). Il est franchement lassant de voir ce cycle se répéter sans cesse et de constater que ceux qui, dans l’industrie, ont le pouvoir d’influencer le changement, traitent ces évolutions comme s’il s’agissait de nouveautés – une énième technologie présentée comme un outil de démocratisation de la musique, alors qu’elle sert surtout à consolider leur pouvoir et à s’approprier le travail d’autrui. »

L’abonnement « Pro » offrant « 500 chansons par mois » fait qu’il est difficile de voir Suno autrement que comme un outil de production de masse de musique sous licence pour la publicité, la télévision, les réseaux sociaux et les espaces publics. Cette stratégie est tout à fait logique étant donné la financiarisation croissante de l’industrie, où la propriété des compositions est devenue primordiale. Posséder les droits sur la composition d’une chanson – non seulement l’enregistrement sonore, que l’industrie a toujours exploité, mais aussi la musique et les paroles – est devenu un bien précieux. Des musiciens canadiens comme Young et Justin Bieber ont vendu les droits d’une part importante de leur catalogue. « L’argent dans l’industrie musicale provient désormais des contrats de licence, et non plus des ventes de disques, et les chansons constituent un actif financier », rappelle pertinemment le journaliste. « Grâce à l’IA, les grandes maisons de disques peuvent exploiter davantage ces actifs pour créer de la musique à l’image de leurs artistes sans nécessairement leur verser de royalties ». Un phénomène qui se manifeste dans l’ensemble des industries créatives, à l’image du monde des acteurs et des scénaristes… « Si l’industrie musicale s’est d’abord montrée méfiante face à la menace que représente l’IA pour le droit d’auteur, elle a désormais compris qu’elle pouvait intégrer cette technologie à ce système à son propre avantage ». Au final, tout cela se traduit par moins de travail et probablement une baisse des revenus pour les artistes.

La question n’est plus de savoir si l’IA va transformer la musique, mais dans quelles conditions cette transformation aura lieu. « Des décisions comme celle de la Socan, et les récents accords conclus entre les grandes maisons de disques et les principales entreprises de musique générée par IA, laissent penser que l’industrie se prépare à intégrer les systèmes génératifs avant même d’avoir mis en place des garde-fous capables de protéger les créateurs que ces systèmes exploitent. Les nouvelles politiques de la Socan, et leur exclusion des œuvres entièrement générées par IA, pourraient constituer les prémices de tels garde-fous, mais leur portée reste floue et leur application encore plus complexe. En l’absence de normes contraignantes concernant les données d’entraînement, le consentement et la rémunération, la normalisation de la paternité assistée par IA risque de consolider les inégalités plutôt que de les résoudre. Les cadres émergents permettent aux plus influents de tirer profit de la musique générée par IA, tandis que les artistes moins connus, dont le travail a été volé, sont exploités de manière perpétuelle à chaque utilisation de ces plateformes. »

« Bien que je ne partage pas leur analyse selon laquelle les craintes suscitées par l’IA sont comparables à celles qui ont accompagné l’apparition des synthétiseurs et des boîtes à rythmes, Gordon A. Gow et Brian Fauteux proposent une idée pertinente pour un cadre potentiel encadrant l’IA », explique encore Rancic. S’appuyant sur le précédent du système de classification canadien MAPL – un label apposé sur la musique canadienne indiquant qu’elle répond à un certain niveau de contribution canadienne -, ils proposent d’étiqueter les chansons générées par l’IA. Des labels physiques et numériques pour l’IA pourraient à tout le moins favoriser la transparence et permettre aux consommateurs de faire des choix éclairés, souligne le journaliste pour qui « la transparence est essentielle et doit guider tout cadre réglementaire futur ». « Les plateformes d’IA générative doivent divulguer leurs sources de données d’entraînement et fournir une documentation sur leurs modèles d’IA (taille de l’ensemble de données, répartition par genre et méthodologie). »

Certains de ces changements sont en cours : Suno a annoncé en 2025 qu’elle abandonnerait ses modèles d’IA actuels et les remplacerait par de nouveaux modèles « plus avancés », entraînés exclusivement sur des données autorisées, dans le cadre de son accord avec Warner. Toutefois, on peut soutenir que les plateformes ayant bâti leur valeur grâce à de la musique non autorisée devraient être explicitement exclues de tout cadre réglementaire régissant la musique générée par IA. Les récompenser aujourd’hui ne ferait qu’encourager, à l’avenir, ces mêmes modèles fondés sur le principe « construire d’abord, demander ensuite ».

« L’IA générative menace de déstabiliser non seulement les revenus des artistes, mais aussi le lien conceptuel entre la créativité et les créateurs eux-mêmes ». Contrairement au sampling ou à l’imitation – pratiques ancrées dans des choix guidés par un dialogue artistique et une longue tradition de la citation musicale -, « l’IA générative évince totalement le créateur ». Il ne s’agit pas d’un outil de création retravaillant ou répondant à une œuvre existante, mais d’un processus qui dépossède les artistes de leur propre travail. « Si les accords conclus entre les grandes maisons de disques et les plateformes d’IA peuvent sembler positifs pour les artistes, il convient de rappeler qu’ils sont conçus dans l’intérêt des dirigeants et des actionnaires, et non nécessairement de celui des artistes et musiciens ; ces derniers risquent de subir des pressions pour s’intégrer à ces nouveaux systèmes d’IA, alors même que leurs opportunités s’amenuisent face à la production de masse de chansons ».

« Si les décideurs politiques n’agissent pas avec détermination, les artistes pourraient se retrouver confrontés à un avenir où prospèrent des structures de propriété prédatrices et des plateformes dominantes, tandis que la pratique musicale humaine deviendrait de plus en plus précaire au sein des systèmes qui reposent pourtant sur elle. Il n’en résulterait pas nécessairement le silence, mais une profusion de musique à la tonalité étrangement anonyme : un flux ininterrompu de chansons aux styles familiers, générées pour imiter des artistes et des genres populaires, mais déconnectées des communautés et des relations qui les avaient fait naître. Dans ce scénario, la musique de demain se caractériserait par une présence sonore constante doublée d’une absence croissante d’auteur identifiable. »

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  • Quelles formations recherchez-vous ? La réponse dépend toujours de là où vous habitez
    « La plupart des étudiants commencent leur recherche d’université sur Google. Une simple requête comme « université » génère un mélange de résumés produits par l’IA, de résultats sponsorisés provenant d’établissements à but lucratif, de résultats organiques issus d’établissements publics ou à but non lucratif, ainsi que de classements provenant de sources telles que les classements des établissements. Le tout généralement adapté à la localisation de l’étudiant. » Ce processus peut paraître an

Quelles formations recherchez-vous ? La réponse dépend toujours de là où vous habitez

21 septembre 2026 à 07:00

« La plupart des étudiants commencent leur recherche d’université sur Google. Une simple requête comme « université » génère un mélange de résumés produits par l’IA, de résultats sponsorisés provenant d’établissements à but lucratif, de résultats organiques issus d’établissements publics ou à but non lucratif, ainsi que de classements provenant de sources telles que les classements des établissements. Le tout généralement adapté à la localisation de l’étudiant. »

Ce processus peut paraître anodin et égalitaire. Il ne l’est pas, rapporte Washington Monthly à la suite d’une publication de sociologues de l’université Northwestern menés par le professeur Lincoln Quillian. « En moyenne, Google affiche des résultats de moindre qualité pour les étudiants résidant dans des zones géographiques (codes postaux) à faibles revenus. » 

« En évaluant chaque établissement selon des critères tels que le taux d’obtention du diplôme, le taux de défaut de remboursement des prêts, le revenu médian et les taux de mobilité sociale, ils ont déterminé que les étudiants aisés ont jusqu’à trois fois plus de chances que leurs homologues moins favorisés de voir apparaître dans leurs résultats des universités offrant les meilleures perspectives d’avenir après l’obtention du diplôme. » Un porte-parole de Google s’est défendu en expliquant que « nos systèmes de recherche ne personnalisent pas les résultats en fonction de niveaux de revenus déduits ». Mais la situation géographique depuis laquelle un étudiant fait ses recherches sert en fait de proxy sur son niveau économique… Les chercheurs de Northwestern affirment que, si la situation géographique explique entre 40 et 80 % des tendances observées dans les résultats de recherche, une part résiduelle semble dépendre d’autres indicateurs : l’algorithme prend également en compte les taux de clics, les données personnelles et le ciblage publicitaire payé par les établissements eux-mêmes. « Surtout pour les élèves brillants issus de zones à faibles revenus, le système semble fournir des résultats qui les orientent souvent vers de mauvais choix. » 

Les experts qualifient ce phénomène d’undermatched (sous-appariement) : une situation qui existait déjà avant que la recherche en ligne ne devienne le principal moyen de découvrir les établissements d’enseignement supérieur. « Ces élèves étaient systématiquement orientés vers des établissements en deçà de leur potentiel, bien avant même l’apparition de l’IA et d’autres outils en ligne, comme si l’algorithme reproduisait ce que faisait la société auparavant. »

« En réalité, selon l’étude de Northwestern, les recherches Google effectuées depuis des zones géographiques à faibles revenus génèrent davantage de résultats renvoyant vers des établissements à but lucratif. » les écoles aux « résultats médiocres » représentaient 30 % des résultats pour les étudiants issus de foyers gagnant 50 000 dollars par an, contre moins de 10 % pour ceux issus de foyers dont les revenus dépassaient 150 000 dollars. Google n’est pas le seul en cause. Une étude publiée en 2024 par des chercheurs de Princeton et de l’Université de Californie du Sud a révélé que l’algorithme de Meta avait tendance à afficher, aux utilisateurs noirs, davantage de publicités pour des établissements d’enseignement supérieur à but lucratif aux pratiques « prédatrices », qui ont d’ailleurs tendance à avoir recours à des stratégies publicitaires agressives. »

« Le principal moteur de recherche du pays entrave davantage l’accès à un enseignement supérieur de qualité pour les étudiants qui en bénéficieraient le plus », conclut le journal. 

La prise en compte problématique de la situation géographique de celui qui fait des requêtes sur un service en ligne (et de son historique) n’est pas sans effet sur les résultats qui lui sont proposés. Le risque est fort de renforcer une forme de discrimination numérique territoriale (digital redlining) et sociale, peu visible. Le problème de cette discrimination numérique est qu’elle reste documentée depuis longtemps (on se souvient notamment du livre de Safiya Umoja Noble, Algorithm of oppression, NYU Press, 2018, non traduit) et que peu est proposé pour la résoudre.

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  • Liens vagabonds : IA, le marketing de la peur ?
    « L’IA va-t-elle tous nous tuer ? » La question, digne d’un scénario de Black Mirror, s’est rapidement imposée dans les médias après l’alerte lancée par Jacob Coxon, ancien chercheur chez Anthropic. « Les personnes qui construisent l’IA croient sincèrement qu’elle pourrait nous tuer tous d’ici la fin de la décennie. Ce n’est pas une […] The post Liens vagabonds : IA, le marketing de la peur ? first appeared on Méta-media | La révolution de l'information.

Liens vagabonds : IA, le marketing de la peur ?

« L’IA va-t-elle tous nous tuer ? » La question, digne d’un scénario de Black Mirror, s’est rapidement imposée dans les médias après l’alerte lancée par Jacob Coxon, ancien chercheur chez Anthropic. « Les personnes qui construisent l’IA croient sincèrement qu’elle pourrait nous tuer tous d’ici la fin de la décennie. Ce n’est pas une […]

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  • La transcription automatique en ses limites
    On avait déjà souligné les grandes limites de la synthèse automatisée. Un organisme de surveillance du service national de santé (NHS) britannique, Healthwatch England, met en garde : les assistants de transcription par IA – qui écoutent et transcrivent les consultations médicales – utilisés par de plus en plus de docteurs, se trompent sur les noms de médicaments et les diagnostics, rapporte The Guardian. « Si elles ne sont pas détectées, ces erreurs risquent de se retrouver dans les dossiers mé

La transcription automatique en ses limites

18 septembre 2026 à 07:00

On avait déjà souligné les grandes limites de la synthèse automatisée. Un organisme de surveillance du service national de santé (NHS) britannique, Healthwatch England, met en garde : les assistants de transcription par IA – qui écoutent et transcrivent les consultations médicales – utilisés par de plus en plus de docteurs, se trompent sur les noms de médicaments et les diagnostics, rapporte The Guardian. « Si elles ne sont pas détectées, ces erreurs risquent de se retrouver dans les dossiers médicaux des patients et d’affecter leur prise en charge ». Le problème, souligne Healthwatch England, c’est que les dispositifs de transcription automatiques des consultations sont au cœur du « grand virage » prévu pour le NHS, visant à transformer un service fonctionnant sur des méthodes analogiques en un service numérique. Ces erreurs, souvent repérées par les patients eux-mêmes, nécessitent de mettre en place un système de signalement et de rectification adapté. Le problème, pointe encore l’organisme, c’est que l’Agence de réglementation des médicaments et des produits de santé a décidé de ne pas classer ces outils de transcription par IA comme des dispositifs médicaux ; cela signifie qu’il n’y aura aucune supervision à l’échelle de l’Angleterre pour garantir leur sécurité et leur efficacité. 

Pour Charlotte Blease, experte en utilisation de l’IA dans le secteur de la santé à l’université d’Uppsala (Suède), les erreurs sont plus susceptibles de se glisser dans les dossiers lorsque la consultation implique plusieurs personnes, que les patients ont des antécédents médicaux complexes ou les patients maîtrisent mal l’anglais.

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  • Comprendre les défaillances de la chaîne d’élimination automatisée
    L’AI Now Institute en collaboration avec Airwars.org, un site qui depuis 2014 documente les conflits, ont publié un excellent reportage visuel pour comprendre les enjeux de l’IA sur le champ de bataille sous forme d’un récit, fictif et simplifié, d’une attaque menée avec l’IA, augmenté d’explications spécifiques. « Pour démystifier l’IA militaire, nous construisons une chaîne de destruction abstraite qui reflète un cycle de ciblage par IA. Plutôt que de copier un cadre formel de chaîne de destru

Comprendre les défaillances de la chaîne d’élimination automatisée

17 septembre 2026 à 07:00

L’AI Now Institute en collaboration avec Airwars.org, un site qui depuis 2014 documente les conflits, ont publié un excellent reportage visuel pour comprendre les enjeux de l’IA sur le champ de bataille sous forme d’un récit, fictif et simplifié, d’une attaque menée avec l’IA, augmenté d’explications spécifiques. « Pour démystifier l’IA militaire, nous construisons une chaîne de destruction abstraite qui reflète un cycle de ciblage par IA. Plutôt que de copier un cadre formel de chaîne de destruction utilisé par un État spécifique, notre schéma illustre les activités tactiques et les décisions impliquant l’utilisation de systèmes d’IA à travers six étapes : 1. Capteurs et données, 2. Surveillance, 3. Renseignement et identification, 4. Sélection, 5. Frappe et 6. Évaluation post-frappe. » 

« Les systèmes d’aide à la décision assistés par l’IA – qu’ils s’appuient sur de grands modèles de langage (LLM) ou sur d’autres types d’algorithmes d’apprentissage automatique – intègrent des informations provenant de capteurs couvrant les zones d’opérations militaires. Il peut s’agir de textes issus d’Internet, d’images satellites, de données audio provenant de télécommunications ou de vidéos captées par des drones. Ces données sont synthétisées sur une interface unique et conviviale.

Le problème : les données des capteurs peuvent être incomplètes ou altérées en raison de défaillances, d’interruptions des communications ou d’incertitudes environnementales. Des données comportant des erreurs d’étiquetage (par exemple, des inversions, des omissions ou des étiquettes superflues) peuvent entraîner une dégradation significative, bien que difficile à déceler, des performances de l’IA. L’écosystème d’information dans lequel évoluent les LLM ou autres réseaux de neurones peut également contenir des informations obsolètes ou délibérément corrompues. Ces sources de données sont par ailleurs vulnérables aux afflux massifs d’événements, aux campagnes de désinformation, au détournement de tendances et aux manœuvres de leurre militaire, autant d’éléments qui finissent par compromettre l’efficacité des technologies d’IA en matière de ciblage. » En fait, contrairement au discours qui voudrait que toutes les données utilisées soient parfaitement fiables, c’est en fait assez peu le cas, rappellent les chercheurs. 

Si l’histoire est fictive, les technologies décrites, elles, sont bien réelles. Et les explications permettent de comprendre les enjeux de chacune, comme la détection d’anomalie par exemple, qui vise à repérer des schémas inhabituels ou des changements dans l’imagerie  satellitaire, les données radar et autres flux de télédétection provenant de zones d’opérations militaires. Ces systèmes peuvent recourir à des réseaux de neurones à convolution ou à des auto-encodeurs pour traiter des volumes massifs de données et repérer des éléments susceptibles d’indiquer des mouvements de troupes, des déploiements de missiles, des infrastructures endommagées ou des modifications inattendues du terrain. Le problème avec ces technologies de détection d’anomalies c’est qu’elles peinent à distinguer des menaces réelles des variations environnementales ordinaires. « Les conditions météorologiques, les ombres, le bruit des capteurs et les différences d’angles de vue peuvent entraîner des erreurs de classification. De même, les auto-encodeurs sont entraînés à différencier les schémas correspondant à une classification spécifique des anomalies qui s’en écartent. Toutefois, ces modèles manquent de généralisabilité et de fiabilité ; par ailleurs, les données utilisées pour leur apprentissage peuvent être biaisées, présenter une distribution limitée ou reposer sur des classifications stéréotypées, conduisant à une mauvaise identification de la nature ou de l’identité d’une menace imminente. En 2025 par exemple, il a été démontré que la précision de Maven peut chuter en dessous de 30 % lorsqu’il est déployé sur un terrain inconnu ou dans des conditions environnementales incertaines entravant sa capacité à reconnaître et à signaler des objets », comme le rappelait Katrina Manson dans son livre. 

Parmi les nombreuses techniques utilisées, il y a aussi le géorepérage de ces mêmes cibles pour détecter les véhicules ou téléphones qui entrent dans une zone, déclenchant une surveillance et un suivi de la localisation des téléphones et véhicules et une interception des communications : les messages sont automatiquement relayés et traduits en direct, avec des termes qui déclenchent des alertes renforcées (notamment des termes temporels, comme « imminent » ou « bientôt »). Les propriétaires des cartes Sim sont bien sûr identifiés pour contrôler s’ils ne sont pas déjà sur des listes de suspects ou contrôler leur score de risque (un système de notation sociale qui passe au crible toutes les données collectées passivement sur les habitants, données issues de caméras et des réseaux sociaux, pour créer un score de probabilité qu’ils appartiennent à l’armée adverse, voir notre dossier). Si le score de menace est élevé, l’opérateur peut accéder aux sources afférentes pour enquêter et confirmer ou infirmer la menace depuis toutes les données collectées. Parmi celles-ci : les déplacements provenant du GPS du téléphone, les informations relatives aux plaques minéralogiques du propriétaires du véhicules (et donc les déplacements associés à ces véhicules), ses SMS, l’enregistrement de ses derniers appels, l’enregistrement de son visage ou de ses empreintes pour débloquer son téléphone, ses mails, savoir s’il s’est déjà trouvé dans une zone géorepérée… Des tonnes d’informations que l’opérateur n’a souvent pas le temps d’examiner car son temps est compté. Mais surtout, les liens et les activités sur les réseaux sociaux constituent l’un des facteurs du score de risque. Une analyse des publications est produite, traduite et analysée automatiquement notamment pour y détecter des émotions, comme le fait que leur auteur soit susceptible d’apprécier des actions de l’ennemi, ou que ces échanges aient été likés par des membres avérés de l’armée adverse. Dans ces analyses traduites, automatisées, il est impossible de vérifier si les publications en question sont bien réelles ou si les traductions sont fidèles. Ses relations sur les réseaux sociaux ou via ses appels et SMS sont également analysées pour montrer si ses abonnés sont membres de l’armée adverse ou s’il a pu échanger avec des ennemis confirmés. En accédant à son profil, on peut récupérer des photos permettant de lancer automatiquement une requête dans les réseaux de caméras de vidéosurveillance et observer si ses déplacements ont un rapport avec des sites surveillés et sensibles. Là encore les erreurs d’identification peuvent être innombrables. Compte tenu du temps limité, l’opérateur a tendance à valider ce que le système de notation sociale suggère. Si l’identification a un caractère d’urgence, un drone de surveillance peut être déployé pour suivre la personne identifiée. 

Capture d’écran de la fiction explicative de l’AI Now Institute et AIrwars. On voit sur la carte un téléphone géorepéré dans un bâtiment et sur la gauche, tous les éléments du téléphone auquel accède le système.
Autre capture, le système repère les téléphones, les véhicules et le matériel en leur attribuant des caractéristiques spécifiques.

Dans ce cas, le flux vidéo permet d’identifier qui est présent. Les personnes, les véhicules… et les personnes sont distinguées entre civils et membres de l’armée ennemie. Selon leur taille ou leur gabarit, il identifie les objets et les personnes, par exemple en les classant comme des « hommes en âge de combattre ». Chaque image du scénario permet d’accéder à des fenêtres contextuelles permettant de mettre en perspective la fiabilité des technologies utilisées. Par exemple, l’animation rappelle que la détection de formes et d’objets reste peu fiable. « Des recherches ont par exemple révélé que les systèmes peuvent classer de manière erronée 97 % des objets s’ils apparaissent dans des postures s’écartant de celles figurant dans les données d’apprentissage. Par ailleurs, diverses études montrent qu’une grande précision lors des phases de test ne garantit pas nécessairement une précision ou des performances élevées lors du déploiement en conditions réelles. En 2021, l’US Air Force a mené un programme pilote de reconnaissance de cibles affichant un taux de précision de 95 % dans des scénarios d’entraînement. Ce chiffre a toutefois chuté à seulement 25 % en environnement réel. Dans la grande majorité des cas, des algorithmes entraînés à reconnaître des images de missiles sol-sol sous un angle oblique se sont révélés incapables d’identifier ces mêmes objets lorsqu’ils apparaissaient dans des positions différentes. »

Une fois la frappe accomplie, l’opérateur reçoit un rapport d’évaluation, généré par un système d’évaluation des dommages de combat assisté par IA. Ces rapports ont tendance à renforcer les erreurs de classification déjà commises par les systèmes. Les réseaux sociaux sur place et les publications journalistiques locales donnent souvent une autre vision de ces résultats, mais ces informations ne sont pas réintégrées dans le système pour apprécier ses erreurs. Ils montrent aussi parfois que les personnes ciblées ne sont pas aussi menaçantes qu’elles semblaient l’être, en rappelant leur parcours et leurs fonctions. 

« À Gaza, l’armée israélienne a publié une vidéo d’une frappe tuant un homme qui transportait ce qu’elle a identifié comme un lance-roquettes. Elle a par la suite reconnu que ses forces avaient mal identifié l’objet : il s’agissait d’un vélo. » La vidéo est d’ailleurs confondante. Vue de haut, on ne sait pas ce que l’homme tient à son bras. Mais, si le système vous indique que c’est un lance-roquette, alors assurément, cela semble en être un. En fait, on comprend que c’est la manière dont ces outils regardent le monde qui est problématique. Pour un système de ce type, tout est menace, tout est orienté pour détecter des menaces, et à force de regarder le monde comme une menace, il le devient. 

« Les partisans de l’IA soutiennent qu’elle peut atténuer et réduire ces erreurs. Toutefois, ces systèmes risquent aussi de provoquer l’effet inverse, notamment en augmentant les taux d’erreur tout au long de la chaîne de ciblage et de frappe. Au cours d’une campagne de frappes de 40 jours contre l’Iran ce printemps, l’armée américaine a déclaré avoir atteint plus de 13 000 cibles, un rythme d’opérations quasi impossible à tenir avant l’avènement de l’IA.

L’IA pourrait également compliquer l’identification des défaillances et entraver l’obligation de rendre des comptes. À la suite d’une enquête d’Airwars sur une série de frappes assistées par l’IA ayant tué un étudiant irakien, l’armée américaine a déclaré n’avoir « aucun moyen de savoir » si la frappe meurtrière avait reposé sur l’IA.

Le livre Project Maven (voire notre critique), consacré à l’IA militaire américaine a révélé que, dans certaines opérations, seules deux des six étapes de la chaîne de ciblage et de frappe impliquent désormais une intervention humaine directe, une troisième nécessitant une certaine supervision humaine. Les autres étapes sont aujourd’hui entièrement automatisées. »

Dans une interview pour Democracy Now, Heidy Khlaaf, directrice scientifique chargée de l’IA à l’AI Now Institute et responsable de la publication avec AIrwars de cette fiction explicative, rappelle que derrière ces systèmes automatisés il n’y a pas de robot tueur, mais des chaînes de systèmes algorithmiques qui ont tous leurs propres pièges et leurs propres défauts. « Ils présentent tous une fiabilité et une précision très faibles. Ces systèmes s’appuient les uns sur les autres et s’alimentent mutuellement pour aboutir, malheureusement, à des pertes civiles, comme nous l’avons souvent constaté lors de leur utilisation. » « La distinction entre systèmes autonomes et systèmes de soutien est assez superficielle en pratique ». En réalité, quand on utilise ces systèmes, les biais d’automatisation sont très forts, rappelle-t-elle : tout y est présenté comme un risque. C’est le cas par exemple des systèmes de traduction automatisés, comme l’a montré une enquête d’Associated Press, qui montrait que l’usage de systèmes de traduction avaient du mal avec l’arabe. Prendre un mot pour un autre peut suffire pour vous inscrire sur une liste de personnes cibles. « Il est très difficile de comprendre pourquoi une IA a pris une décision donnée lorsqu’il s’agit de grands modèles de langage, en raison de leur envergure et de leur mode de fonctionnement. Était-ce dû à des données erronées ? L’IA a-t-elle reçu des instructions en ce sens ? S’agissait-il d’hallucinations ? Quiconque a utilisé ChatGPT sait que ces agents conversationnels inventent souvent des informations. C’est, je pense, la situation dans laquelle nous nous trouvons actuellement. La cause exacte de ces événements reste incertaine. En fait, je dirais même que c’est là l’une des finalités des systèmes d’IA : ils servent souvent à diluer la responsabilité », comme le pointait très bien le sociologue Ori Schwarz également (voir notre article). 

« En fin de compte, ces entreprises sont en train de réinventer la notion de sécurité. Elles s’approprient bon nombre de termes traditionnellement utilisés dans l’ingénierie de la sûreté et de la sécurité pour les appliquer à des formes de sécurité différentes. Au lieu de se demander : « Nos systèmes sont-ils fiables ? Sont-ils précis ? Fonctionnent-ils comme prévu ? Sont-ils adaptés à leur usage, de sorte qu’aucun être humain ne subisse de préjudice du fait des décisions ou des recommandations qu’ils génèrent ? » Au lieu de cela, nous nous retrouvons avec des cadres relatifs à la sécurité et à l’éthique qui portent sur des questions telles que l’autonomie, l’intentionnalité ou la conscience de ces systèmes. Or, il s’agit là d’une question tout à fait différente. Ces systèmes peuvent souvent donner l’illusion de posséder ces caractéristiques, ce qui conduit à anthropomorphiser le langage ou les actions de ces modèles. Nous avons vu récemment, par exemple, les capacités de cybersécurité être présentées comme si ces systèmes étaient autonomes – comme s’ils agissaient de leur propre chef, ce qui correspondrait à une attente que nous aurions à leur égard. Pourtant, dans la réalité, ces entreprises les déployaient dans des environnements très peu sécurisés et amenaient délibérément ces modèles à mener des cyberattaques dans le cadre de tests ou d’évaluations comparatives. »

« C’est précisément ce qui me pose problème : ces entreprises tentent, une fois de plus, d’attribuer la responsabilité à l’IA plutôt qu’à elles-mêmes. Or, l’IA ne fait que ce que nous lui ordonnons de faire ; elle n’est capable que de ce pour quoi nous l’avons conçue. »

« Il est donc crucial de garder à l’esprit que, certes, ces systèmes sont performants. Oui, ils sont capables de mener des actions telles que des cyberattaques ou des frappes. Et ils accélèrent effectivement les opérations ; c’est indéniable. C’est même l’une de leurs caractéristiques fondamentales. Toutefois, si l’on dispose d’un outil qui accélère les opérations mais dont la fiabilité et la précision de base se situent entre 30 et 60 %, le résultat ne diffère guère d’un ciblage aveugle, n’est-ce pas ? » Nous ne sommes pas confrontés à des robots tueurs dotés d’intentions propres, mais à une conception délibérée, défaillante, produite par des personnes qui « décident de le déployer, en toute connaissance de cause des systèmes à la fiabilité et à la précision médiocres – surtout dans des situations inédites, un cas de figure plus probable encore en temps de guerre que lors de cyberattaques.»

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  • Les nettoyeurs de résultats d’IA
    Comme beaucoup de graphistes, Lisa a vu son activité se transformer depuis le lancement de ChatGPT en 2022, rapporte The Guardian. Elle est passée de missions ponctuelles et espacées pour créer des logos ou des illustrations, à des demandes pour corriger des réalisations produites par l’IA. Un travail pour lequel les tarifs pratiqués sont dérisoires (alors que ce nettoyage prend parfois plus de temps qu’une création) : elle a perdu 60 à 70% de ses revenus annuels et commence à refuser ces missio

Les nettoyeurs de résultats d’IA

16 septembre 2026 à 07:00

Comme beaucoup de graphistes, Lisa a vu son activité se transformer depuis le lancement de ChatGPT en 2022, rapporte The Guardian. Elle est passée de missions ponctuelles et espacées pour créer des logos ou des illustrations, à des demandes pour corriger des réalisations produites par l’IA. Un travail pour lequel les tarifs pratiqués sont dérisoires (alors que ce nettoyage prend parfois plus de temps qu’une création) : elle a perdu 60 à 70% de ses revenus annuels et commence à refuser ces missions. 

« Sur Freelancer.com, une plateforme de travail indépendant comptant plus de 88 millions d’utilisateurs, les offres d’emploi comportant des termes tels que « correction IA », « hallucination IA » ou « erreur IA » ont augmenté de 87 % à l’échelle mondiale entre août 2025 et juin 2026, pour atteindre 10 760 annonces. Ces missions concernaient principalement le graphisme, suivi du montage vidéo, de la relecture et de la rédaction de contenu. De son côté, Upwork a enregistré une hausse de 70 % sur un an des missions de correction liées à l’IA, tandis que Fiverr a vu le volume de recherches par mots-clés pour des services de « nettoyage IA » être multiplié par plus de 20 entre 2023 et 2026. L’essor de l’IA pourrait menacer le marché du travail des créatifs indépendants. Le nombre d’offres d’emploi en freelance exposées à l’automatisation a chuté de 21 % dans les huit mois suivant le lancement de ChatGPT, et les missions de création d’images ont reculé de 17 % après l’arrivée des générateurs d’images par IA, selon une étude de 2025 publiée dans la revue universitaire Management Science. Cette tendance à la baisse s’est poursuivie, comme le confirme une étude de 2026. »

Les entreprises ont de plus en plus recours à des freelances pour leurs projets, comme le montre le rapport annuel de Freelancer.com, avec notamment une forte augmentation des travaux de finition au détriment des travaux de création. Pour les freelances, la difficulté est de maintenir leur tarif à l’heure, quelle que soit la tâche demandée. Car ces retouches et nettoyages sont parfois « Impossible à rattraper ». Le problème, souligne le journal, c’est que « rien ne garantit que le nettoyage de contenus médiocres générés par IA restera une source de travail viable ». 

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  • L’étrange symphonie des moteurs électriques
    Si l’on s’approche d’un mixeur, d’un aspirateur, d’une chaudière ou d’une pompe de piscine, on remarque un constat troublant : ils émettent un son constant, un bourdonnement grave qui ne varie pas selon la puissance de l’appareil. Pourquoi cette note est-elle toujours la même ? La réponse est à la fois physique et musicale, et elle se trouve dans votre prise murale. Source

L’étrange symphonie des moteurs électriques

15 septembre 2026 à 09:55

Si l’on s’approche d’un mixeur, d’un aspirateur, d’une chaudière ou d’une pompe de piscine, on remarque un constat troublant : ils émettent un son constant, un bourdonnement grave qui ne varie pas selon la puissance de l’appareil. Pourquoi cette note est-elle toujours la même ? La réponse est à la fois physique et musicale, et elle se trouve dans votre prise murale.

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  • Dépasser les binarismes de la tech
    L’essai que signe Irénée Régnauld à la Fabrique, La sommation technologique se veut une rapide cartographie politique de la tech française. Le cofondateur de l’association technocritique le Mouton numérique, le blogueur (Mais où va le web), l’essayiste (avec Yaël Benayoun puis avec Arnaud Saint-Martin), désormais chercheur observant le rapport des développeurs à l’IA, signe une mise à distance des discours contemporains autour de la tech, renvoyant dos à dos, les simplismes de droite et de gauch

Dépasser les binarismes de la tech

15 septembre 2026 à 07:00

L’essai que signe Irénée Régnauld à la Fabrique, La sommation technologique se veut une rapide cartographie politique de la tech française. Le cofondateur de l’association technocritique le Mouton numérique, le blogueur (Mais où va le web), l’essayiste (avec Yaël Benayoun puis avec Arnaud Saint-Martin), désormais chercheur observant le rapport des développeurs à l’IA, signe une mise à distance des discours contemporains autour de la tech, renvoyant dos à dos, les simplismes de droite et de gauche sur ces sujets. Ce faisant, il permet justement de dépasser les impuissances que mobilisent tant les discours protech que leurs exacts envers, antitech. Le livre permet d’éclairer les positions et de resituer la critique pour mieux dépasser les simplifications des uns comme des autres. 

Protech : la radicalisation capitaliste ordinaire

La première partie du livre cartographie les positions techno autoritaires françaises. Ce panorama rapide, qui égratigne quelques figures médiatiques, passe en revue la galaxie protech. Il rappelle que les évangélistes de la tech ont les mêmes profils ici qu’ailleurs. Ce sont d’abord des patrons et des cadres pro business, ultra libéraux, très alignés avec l’obsession sécuritaire qui a d’ailleurs prospéré avec la montée de l’autoritarisme politique. Sous couvert de soutien à l’innovation, a prospéré un secteur techno sécuritaire, composé d’instruments de surveillance et de répression, ainsi qu’un secteur numérique à qui l’on a délégué nombre de missions publiques depuis une logique austéritaire. Pour Régnauld, il n’y a pas tant un techno-fascisme, c’est-à-dire un déterminisme technique intrinsèque au numérique, qu’une « fascisation ordinaire de l’Etat (…) contenue dans des dynamiques plus générales déjà à l’oeuvre : centralité de l’Etat régalien, culture administrative du fichier, extension des pouvoirs policiers, durcissement du droit migratoire et de la chasse aux pauvres ». 

Ce conservatisme radical a été prolongé par des entreprises, des discours et des personnes, venant appuyer et défendre le solutionnisme technologique comme l’homélie néolibérale toujours présentées sans alternatives ni espaces de compromis. Un solutionnisme orienté vers un déploiement technologique sans limite, porté par des entreprises, des personnalités et des thinks tanks, capables de cultiver thèses délirantes et discours médiatiquement simplistes et vendeurs. Des formes de discours venant accompagner les déploiements technologiques à l’œuvre, teinté de propos problématiques, à l’image de l’eugénisme et de la focalisation sur le QI, quand ce ne sont pas des discours de pur racisme. Régnauld tire le portrait problématique de nombre d’entre eux, à l’image de Laurent Alexandre, d’Olivier Babeau, de Carlos Diaz et leur clique de freaks illuminés. Entrepreneurs obsédés provenant de cercles très libéraux voire de plus en plus extrémistes. « Experts autoproclamés, courtiers du monde des startups, chercheurs reconvertis dans l’influence »… Ces discours et ces solutions techniques permettent de réaliser et diffuser un travail de cadrage qui célèbre le progrès technologique, valorise l’innovation entrepreneuriale, la dérégulation, tapant en continue sur l’assistanat et les défaillances du secteur publique…Ils déroulent tous les mêmes éléments de langages, comme le rejet de la régulation accusé de freiner l’innovation… Le but de cet épanchement sans fin : « changer le climat d’opinion » pour distiller l’idée que face à la techno, nous n’avons pas d’autre choix que de nous adapter, d’embrasser l’injonction technologique… ou disparaître. 

Des discours en roue libre, qui ressemblent aux propos que l’on entend ailleurs, qui vantent tant le miracle du numérique et de l’IA que les coupes à la tronçonneuse des services publics, éblouis par les miracles du Doge, de Musk, de Google comme de Palantir… Les financeurs ici comme ailleurs, imposent avec leur argent des produits problématiques, que ce soient ceux promus par Pierre-Edouard Stérin, Charles Beigbeder ou Pierre Entremont (ce dernier promettant de financer d’abord des entrepreneurs dont le QI serait supérieur à 130, ou investissant dans Orasio, qui veut s’imposer comme le Palantir de la vidéo surveillance intelligente). Régnauld décrit ainsi un petit monde où les financements vont beaucoup à des projets problématiques. L’investissement est de plus en plus un outil idéologique au service du profit, mais également d’un agenda politique qui ne se cache plus vraiment, comme le décrivait la sociologue Marlène Benquet dans La finance aux extrêmes (voir notre compte-rendu). Il sert des projets en phase avec les valeurs de cet entrepreneuriat ultra-libéral, autoritaire quand ce n’est pas clairement d’extrême-droite. Il finance d’abord des outils de contournement de droit, comme quand Thiel et les siens ont financé Paypal, Uber, Clearview ou Palantir… Le modèle a fait école. 

Autant de discours qui instillent l’idée que l’économie doit être pilotée par le privé, toujours jugé plus efficace, sans que les preuves ne soient saillantes, bien au contraire. Tous encapsulent une idéologie où la compétence serait uniquement celle des plus riches et de leurs ingénieurs. Au final, le monde patronal en se radicalisant, comme le montrait Benquet, adhère de plus en plus à des idéaux libertariens, allant de la primauté des choix individuels à la détestation du moindre contre pouvoir, notamment syndical, en passant par une célébration d’un mérite en roue libre qui n’abouberait que les plus nantis… 

Face à ces orientations de plus en plus problématiques d’une grande partie de la tech, Régnauld souligne le grand silence des entrepreneurs qui ne les partagent pas. « Une partie de la bourgeoisie bon teint, unanimement qualifiée de libérale, est acquise à un idéal répressif, hostile à l’Etat et aux migrants, et a déjà dans les faits rallié l’extrême-droite ». Les positions politiques du monde entrepreneurial se radicalisent et se cristallisent sur des postures en passe de devenir des dogmes indéboulonnables, débités en continue d’une tribune l’autre. Le symbole le plus marquant en étant certainement, récemment, les rires du membres du Medef quand le candidat insoumis à la présidentielle déclarait qu’il fallait augmenter les salaires. Cette expression uniforme par le rire de convictions enracinées soulignait parfaitement les blocages idéologiques à l’œuvre, indifférente à la récession qui se profile, alors que les marges des entreprises continuent de s’améliorer. 

Reste que le discours protech est emplit de confusion, souligne Régnauld. Avec par exemple des discours à géométrie variable autour de la souveraineté numérique, qui « dénonce(nt) la dépendance aux plateformes américaines, mais s’en inquiète(nt) lorsque l’État entreprend de construire lui-même, en logiciel libre, des outils adaptés à ses propres besoins », pour défendre au final un capitalisme national poreux aux intérêts des géants de la tech et au profit, quand ce n’est aligné aux thématiques nationalistes. Le souverainisme numérique se réduit à un « rejet de façade des Gafams et à la promesse d’un soutien massif aux entreprises françaises », pour dérouler les mêmes projets : faire fructifier leurs produits de surveillance. Pour tous, l’Etat semble n’avoir plus d’autres fonctions que de devoir devenir un « levier d’entraînement pour les marchés » : privatiser les profits et socialiser les risques. Les discours protechs tournent en boucle sur eux-mêmes, indifférents aux surveillances mises en place au profit de leurs affaires, indifférents aux échecs de leurs solutions et plus encore indifférents aux protections publiques. Les discours pro-IA ne présentent l’ultime innovation du capitalisme que comme un levier de relance productive alors que ses effets sur la productivité peinent à apporter des preuves concrètes. Les conséquences écologiques ou sociales sont minorées. Le milieu protech se fige dans son rêve probusiness quelles que soient les conséquences. Et chante désormais les louanges de l’IA, une technologie au service du capital pour enraciner plus encore un technosolutisme toujours plus simpliste. 

AntiTech : la dérive moraliste

La seconde partie du livre, plus éclairante encore, nous invite à mettre la même distance face aux positions antitech tout aussi radicalisées. « A la radicalisation des technocapitalismes états-uniens et français, répond depuis une vingtaine d’années un durcissement des critiques auxquelles le numérique fait face », qu’elles soient anti-industrielles ou anti-modernistes. Régnauld décortique les positions des fronts radicaux dits de gauche, comme ceux d’Anti-Tech Résistance devenu Anti-Tech Revolution ou de Pièces et main d’œuvre, bien plus réactionnaires qu’ils ne s’en donnent l’air. Cet anti-industrialisme radical fonctionne lui aussi depuis un regard simpliste sur la technologie et son déterminisme. Aux libertariens obtus répond des antitechs à courte vue, qui finissent par rejeter en bloc la machine industrielle, y compris le système de santé et de médecine moderne. « Les dispositifs de réanimation sont renvoyés au même registre que les pesticides ou les data centers ». Ces mouvements anti-industriels sont particulièrement virulents à l’encontre de tous ceux qui viennent proposer d’autres critiques du numérique que la leur et s’en prend à « tout ce qui introduit de l’ambivalence ou du compromis ». La critique réactionnaire du progrès n’a rien a envié au simplisme pro-business. Régnauld égratigne jusqu’à Jacques Ellul lui-même qui, s’il a montré que la technique appelle toujours plus de technique, a fini par caricaturer cette mise en avant, en la décorrélant du capitalisme et en nous faisant croire qu’il n’y a pas d’oppositions ou de régulation possibles. Ellul n’était pas étanche pourtant à des propos moralistes voire racistes, homophobes ou antisanitaires. Aux totalisations des uns répondent donc celles des autres. Pour Régnauld, ces fronts technocritiques distribuent « les usages sur un axe moral plutôt que de les politiser ». Les ambivalences et les compromis deviennent des fautes morales ou de conduite, comme s’il n’y avait aucune issue qu’un rejet total de la technologie de ce côté, exact pendant de l’asservissement sans discussion que proposent les protechs. 

En réalité, la technocritique est plus diverse et souvent bien moins radicale. Elle est composée de courants anarchistes, de sciences participatives, de mouvements libristes ou écologiques, de mobilisations syndicales ou citoyennes qui se parlent. Si de nombreux thèmes technocritiques se sont imposés dans l’espace public (de la place des écrans, au rapport à l’IA, à la critique de la surnumérisation), la technocritique est plus diffuse que radicale. Personne ne souhaite retourner à la vie de chasseur-cueilleur. « Les critiques qui appellent au grand débranchement ne proposent ni cap ni méthode crédible. Dans les faits, très peu de gens veulent réellement tout éteindre ». « Un récit qui se contente d’énoncer le retrait sans se donner les moyens matériels d’une substitution graduelle ne fait pas obstacle aux technofascistes : il leur abandonne l’initiative ». La critique antitech est certes pure, mais faiblement opérante, constate Régnauld. Peu reliée aux réalités situées de ceux qui luttent contre le développement du techno-capitalisme. Comme l’explique l’anthropologue Payal Arora dans From Pessimism to Promise (MIT Press, 2024 – dont Régnauld avait produit un compte-rendu sur son blog), il est plus que nécessaire de « déplacer la critique du registre moral vers le registre matériel ». 

Dans cette même critique antitech, Régnauld renvoie également les doomers, ces critiques des milieux rationalistes qui pensent que l’IA fait peser un risque existentiel sur l’humanité. Une critique où grenouille à la fois nombre de grands patrons de la tech, qui sous couvert d’annonce de l’apocalypse, invisibilisent les relations de pouvoirs, les conflits sociaux et environnementaux de cette industrie. De Pause AI aux associations transhumanistes, ces alertes sur l’IA semblent surtout reprendre les discours qu’ils prétendent combattre. Pour Régnauld, tous ces mouvements ne sont pas tant des alliés que des gens qui servent la confusion. Que proposent-ils vraiment ? « Un moratoire. Sur quels systèmes exactement ? » Le risque est fort que ces encadrements de l’IA orientent le débat vers des questions d’ingénieurs « désirant gérer a posteriori les risques, sans discuter des finalités, des usages, des rapports de pouvoir ». Une régulation par les risques qui risque surtout de « préempter la discussion politique », la confisquer.

Ce qui me semble marquant d’ailleurs, dans les discours pro comme anti tech, c’est la façon dont tout ces mondes semblent nier les conflits sociaux autour de la tech. Comme s’ils n’existaient pas, comme s’ils n’étaient pas innombrables, au profit de recadrages moraux ou économiques. Un peu comme si, pour les uns comme pour les autres, la société et la politique n’existaient pas.

Pour une critique de la tech démocratique et située

Après avoir rejeté les simplismes, le binarisme paresseux des uns et des autres, Régnauld livre une perspective parfois brouillonne mais stimulante, en appelant une critique de la tech démocratique et située, multiple, prolifique, désordonnée même, telle qu’elle est le plus souvent, tout en appelant à gouverner autrement la technologie. Si certains problèmes de la tech pourraient être expédiés (l’interdiction de la reconnaissance faciale sans exception, l’obligation à la réparabilité par exemple), nous avons besoin d’une transformation critique et maîtrisée du développement technologique, qui ouvre la voie aux compromis, à la délibération. L’idolâtrie de la tech comme son rejet sans concession est surtout « aveugle à la variété des artefacts et des contextes ». Pour Régnauld, le chemin technologique n’est jamais tout tracé. « Les technologies gagnantes sont le produit de compromis, de normes ou de rapports de force ». « Si historiquement, capitalisme comme communisme réel ont poursuivi la productivité par le machinisme, ce n’est pas parce que la technique l’exigeait en soi : c’est parce qu’ils ont érigé la productivité en boussole politique, en centralisant les décisions et en restant indifférents aux conditions de travail ». Pour Régnauld, il n’y a pas de technologie sans contrôle social : « la technocritique sans la lutte des classes, c’est du bricolage » ! Cela ne signifie pas qu’il y a des formes de réappropriation démocratiques pour toutes les technologies : il n’y a pas de surveillance de masse démocratique par exemple, ni d’extractivisme des ressources qui ne soit pas problématique. La démocratie n’est pas le seule réponse dans l’arsenal des réponses : la régulation drastique, les compensations fortes, le démantèlement, la redirection, l’abolition en sont d’autres. Pour Régnauld, il nous faut discuter au cas par cas plutôt que de refuser en bloc. Si les technologies ne sont pas neutres, ce n’est pas pour autant que tout se vaut. 

Pour Régnauld, il nous faut discuter, comme le montrait David Robinson dans son livre ou comme le défendaient Nicolas Rio et Manon Loisel dans le leur. D’ailleurs, souligne-t-il également, le marché n’est pas la seule réponse technologique disponible, contrairement à ce que voudraient nous faire croire les protechs. Coopératives, Communs, structures associatives et infrastructures publiques devraient encore avoir un espace. Régnauld rappelle pourtant que les débats sur le rôle et la place des technologies sont innombrables, comme le montre notamment l’historien François Jarrige dans ses livres, notamment Technocritiques. Dès l’apparition de l’informatisation, les conflits étaient déjà là, même si ces séquences ont souvent été écrasées par les vagues néolibérales. La privatisation a réduit les capacités de reprise collective. Pourtant, aujourd’hui encore, les argumentaires les plus offensifs contre l’IA émanent toujours des travailleurs qui y sont confrontés et des syndicats qui les défendent, rappelle Régnauld. « Lorsque que les travailleurs parlent, ils démontent la propagande des industriels ». « Sans rapport de force, la technologie s’aligne sur le pouvoir ». Pour Irénée Régnauld, les configurations humains machines sont plurielles et ne débouchent pas fatalement sur la surveillance et la réduction des compétences, comme le défendent par exemple Daron Acemoglu, David Autor et Simon Johnson en plaidant pour pour une IA pro-travailleurs (et qui s’inquiète, par ailleurs, des liens entre l’automatisation et la répression). 

Pour cela, plaide Irénée Régnauld, nous avons besoin de « réinstituer » la technologie, c’est-à-dire faire advenir les structures de discussions et de décisions. Alors que ce devrait être le rôle de l’Etat d’organiser les espaces pour trouver les compromis et d’organiser les espaces de refus, les citoyens se retrouvent pris au dépourvu dans des espaces où la discussion démocratique finalement semble escamotée, comme l’ont été les propositions de la convention citoyenne sur le climat. Réinstituer le débat sur les orientations et les développements technologiques semble à la fois urgent et impossible, notamment parce que nombre d’entre eux, comme les tentatives de régulation, semblent n’aboutir nulle part. Ces formes de réinstitutions peuvent être multiples, elle peuvent se déplacer selon les enjeux, les situations, pour autant qu’elles produisent des déplacements, comme quand le maire de New York valide la décision du département de l’Éducation, qui, après des consultations nourries, interdit l’utilisation de l’IA en primaire et au collège et limite la durée de temps passé devant les écrans à l’école, rapporte le New York Times. 

Le problème, rappelle Régnauld, c’est que nos besoins sont dynamiques et peu stables. Nous avons passé des milliers d’années sans réfrigérateurs, mais qui pourrait désormais sans passer ? L’IA semble inutile à la plupart d’entre nous, mais en sera-t-il de même demain ? Ou pourrions-nous en avoir besoin et où est-ce inutile ? Régnauld invite à réinterroger nos besoins à l’aune des enjeux, à interroger les trajectoires de nos choix possibles, à délibérer collectivement et cela nécessite de trouver la bonne échelle de discussion. Localement, discuter de l’installation de centres de données risque surtout de favoriser l’acceptation des projets, quand c’est leur déploiement d’ensemble qui devraient discuter de l’adaptation aux scénarios de besoins. Nous devrions privilégier une logique des besoins, pour discuter des ressources mobilisées et politiser les usages, comme le proposaient par exemple Cédric Durand et Razmig Keucheyan dans Comment bifurquer. 

Toutes les technologies n’ont pas vocation à devenir démocratiques, prévient néanmoins Régnauld. Des diplomaties s’imposent pour assurer la concurrence, l’interopérabilité, la portabilité comme les alternatives et éviter l’intégration unique et par défaut. « Si on n’interdit pas, au moins empêcher qu’ils règnent sans partage ». Limiter les abus, toujours. Démanteler parfois. Limiter l’invasion. Dénumériser même. « Le vivier de technologies financées pour rien où déployées inutilement et immense ». Même les promesses les plus enthousiastes se fracassent bien souvent contre la réalité. Régnault prend l’exemple des robots soignants japonais décortiqués par l’anthropologue James Wright dans un livre. « Plus la promesse est tapageuse, plus la vigilance critique devrait être grande ». 

« Que retirer ? Dans quel ordre ? A quelle vitesse ? Que mettre en place ? » Si ces enjeux ne sont pas posés institutionnellement, ce seront les luttes sociales qui s’y attaqueront pour tenter de « décapitaliser la production technique » et son monde, pour réinscrire l’informatique et le numérique dans nos limites planétaires, économiques et sociales. 

Régnauld ne propose ni grande solution ni grand soir. Juste de trouver les possibilités d’ajustement, qui nécessiteront parfois de démanteler, d’autres de domestiquer. Consolider ce que les ingénieurs du chaos abhorrent : « des infrastructures socialisées, gouvernées en commun et orientées vers des finalités délibérées ». Disputer des fins plutôt qu’y être soumis. Renforcer la démocratie partout où l’on fait de la technique. Refuser la sommation. Dans un essai qui lance un appel à la discussion, pour dépasser les positions de principes, en montrant nombres d’endroits où elle a déjà lieu et où elle pourrait fleurir.

Pour stimulante qu’elle soit, la perspective d’élargir la démocratie technique reste la seule réponse face au renforcement du technocapital. La limite de cette perspective est que l’autoritarisme de la tech comme la seule boussole pro-business, n’ont que faire des espaces de débats. En continuant de nier les débats, les conflits, le risque est de les radicaliser et de les rendre toujours moins possibles. Pour résister au fascisme qui vient, il est assurément certain que nous avons besoin plus que jamais d’ouvrir non seulement des  arènes de débats, mais bien des arènes de décision, de confier à la diversité des publics l’enjeu de faire leurs compromis. Or, ici, les autorités n’ont pas un rôle clair, orientant les débats plutôt que d’en être les garants. C’est peut-être la grande limite du rêve de démocratie technique. Mais son abandon ne nous propose qu’un cauchemar sans fin. 

Hubert Guillaud

La couverture du livre d’Irénée Régnauld, La sommation technologique.
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  • RAMageddon
    Le boom de l’IA renchérit le marché des puces… et à des conséquences bien au-delà du prix des téléphones, serveurs et ordinateurs qui s’envolent. « Les entreprises spécialisées dans l’IA accaparent autant de mémoire que possible pour leurs centres de données, provoquant une pénurie de RAM qui a fait grimper considérablement le prix des téléphones, des ordinateurs portables et de pratiquement tous les appareils électroniques grand public  ». Tant et si bien que cette pénurie qui devrait durer est

RAMageddon

14 septembre 2026 à 07:00

Le boom de l’IA renchérit le marché des puces… et à des conséquences bien au-delà du prix des téléphones, serveurs et ordinateurs qui s’envolent. « Les entreprises spécialisées dans l’IA accaparent autant de mémoire que possible pour leurs centres de données, provoquant une pénurie de RAM qui a fait grimper considérablement le prix des téléphones, des ordinateurs portables et de pratiquement tous les appareils électroniques grand public  ». Tant et si bien que cette pénurie qui devrait durer est appelée « RAMageddon », la bataille finale pour la mémoire vive. Et cette pénurie conduit à renchérir… le coût des voitures, explique Matteo Wong pour The Atlantic. Les puces ne servent pas seulement à alimenter les écrans de plus en plus grands que l’on trouve au tableau de bord. « La transformation des voitures en ordinateurs a débuté dans les années 1970, lorsque de nouvelles normes d’émission ont rendu nécessaires les systèmes électroniques pour gérer l’allumage et l’injection de carburant. Depuis lors, on assiste à une prolifération progressive des logiciels embarqués : vitres électriques, régulateur de vitesse adaptatif, systèmes de freinage antiblocage (ABS). » Les systèmes sont eux-mêmes de plus en plus centralisés et nécessitent des puces de plus en plus sophistiquées, à mesure que les normes de sécurité évoluent avec la technologie. A terme, les puces pourraient représenter jusqu’à 20% du coût total du véhicule. L’envolée des prix des voitures neuves conduit à l’envolée des prix des voitures d’occasion sur laquelle le public, en manque de moyen, se rabat. « Si les constructeurs automobiles continuent de privilégier la conception de véhicules dotés de davantage de logiciels, d’écrans et de fonctionnalités de conduite autonome, cela risque d’exclure de plus en plus de consommateurs… au risque d’entraver la possibilité pour beaucoup à se déplacer. »

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  • Serveur GPU vs API : le calcul économique
    Depuis quelques années, l’intégration des modèles de langage (LLM) dans les processus administratifs s’est faite, pour une large part, par le biais d’API externes. Le modèle est appelé à la demande, et la collectivité ou l’entreprise paie en fonction du volume de tokens traités. Cette approche présente des avantages indéniables en phase de test ou de faible volume : aucune acquisition de… Source

Serveur GPU vs API : le calcul économique

12 septembre 2026 à 13:30

Depuis quelques années, l’intégration des modèles de langage (LLM) dans les processus administratifs s’est faite, pour une large part, par le biais d’API externes. Le modèle est appelé à la demande, et la collectivité ou l’entreprise paie en fonction du volume de tokens traités. Cette approche présente des avantages indéniables en phase de test ou de faible volume : aucune acquisition de…

Source

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  • QSPTAG #333 — 11 septembre 2026
    Bonjour à toutes et à tous ! Cette semaine on exprime notre soutien à Autistici/Inventati, on revient sur les mesures sécuritaires votées cet été dans la loi RIPOST, et on sera à la Fête de l’Huma ce week-end. Bonne lecture à vous ! Alex, Bastien, Eva, Marne, Mathieu, Myriam, Noémie et Nono Lire sur le site Loi RIPOST : le grand bazar de la surveillance Nous avions déjà parlé avant l’été de la loi RIPOST de Laurent Nuñez, ministre de l’intérieur. Ensemble hétéroclite de mesures sécuritaires, la

QSPTAG #333 — 11 septembre 2026

Par : robinson
11 septembre 2026 à 17:24

Bonjour à toutes et à tous !

Cette semaine on exprime notre soutien à Autistici/Inventati, on revient sur les mesures sécuritaires votées cet été dans la loi RIPOST, et on sera à la Fête de l’Huma ce week-end.
Bonne lecture à vous !
Alex, Bastien, Eva, Marne, Mathieu, Myriam, Noémie et Nono

Lire sur le site

Loi RIPOST : le grand bazar de la surveillance

Nous avions déjà parlé avant l’été de la loi RIPOST de Laurent Nuñez, ministre de l’intérieur. Ensemble hétéroclite de mesures sécuritaires, la loi a été votée en juin dernier, puis examinée par le Conseil constitutionnel. Celui-ci a approuvé la quasi-totalité du texte. Nous passons en revue les mesures les plus importantes à nos yeux : l’extension de « l’expérimentation » de la vidéosurveillance algorithmique (VSA), l’extension de l’usage des lecteurs automatiques de plaques d’immatriculations (LAPI), l’extension des possibilités de contrôle d’identité, les caméras-piéton, les drones… Pour faire le tour de ce grand bazar de la surveillance et découvrir les nouvelles mesures en détail, lisez notre article !

Lire l’article du 9 septembre : Loi RIPOST adoptée : faisons le bilan

Soutien à Autistici/Inventati

Le collectif italien Autistici/Inventati proposait des services d’hébergement associatif : sites web, e-mails, listes de diffusion, blogs, et autres moyens de communication. La particularité de leur offre, c’est la prise en compte des besoins propres à l’espace militant. La confidentialité des échanges, la sécurité des données, tout ce qui permet de se mettre à l’abri des volontés de répression, de la part des États ou des adversaires politiques malintentionnés. Des hackerspaces, des mouvements sociaux, des médias du monde entier utilisaient volontiers ces services. Et c’est pour cela que les États-Unis de Donald Trump ont décidé de s’en prendre à Autistici/Inventati.

Sous prétexte de soutien logistique à « Antifa » – le terrible mouvement antifasciste (voire communiste !) qui menace de l’intérieur l’Amérique grande again de l’idéologie trumpiste – le gouvernement fédéral a décidé d’inscrire le collectif numérique sur une liste d’organisations terroristes mondiales et sur la liste des organisations avec lesquelles il est interdit de commercer sous peine de sanctions. Tous les fournisseur de Autistici/Inventati avaient donc jusqu’au 25 septembre pour mettre un terme à leur relation commerciale avec la structure. Son travail rendu impossible, le collectif a annoncé lundi 7 septembre la cessation de ses activités.

La décision étatsunienne pose évidemment beaucoup de problèmes. Un hébergeur n’est en rien responsable des paroles ou des actions organisées par les personnes qui utilisent ses services. Alors qu’un hébergeur commercial n’aurait pas été menacé dans son activité, la coloration politique du collectif le transforme en cible pour un État tout puissant. Face à cet abus de pouvoir, les hébergeurs associatifs européens ont rédigé une tribune de soutien à Autistici/Inventati, traduite en français par le collectif CHATONS. Nous publions, en signe de soutien, cette tribune sur notre site web.

Lire la tribune : Soutien à Autistici/Inventati, hébergeur désigné comme « terroriste » par l’administration Trump

Nous serons à la Fête de l’Huma !

Cette année, nous serons présent·es à plusieurs tables-rondes lors de la Fête de l’Huma. Samedi, nous discuterons à 14h de l’État policier et de la Technopolice et de la montée de l’extrême-droite dans les médias à 17h. Puis, dimanche, nous débattrons de la questions de la souveraineté numérique à 13h.
N’hésitez pas à passer une tête et à venir discuter après si vous venez à la Fête de l’Huma !

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  • 12 et 13 septembre 2026 : La Quadrature du Net sera à la Fête de l’Huma, base 217, le Plessis-Pâté, Brétigny-sur-Orge (voir plus haut).
  • 21 septembre 2026 : Réunion mensuelle d’ATTAC Rennes avec une intervention de Myriam de la Quadrature du Net. Les questions de surveillance qui inquiètent : fichage, vidéosurveillance et vidéosurveillance algorithmique, reconnaissance faciale, surveillance en ligne mais aussi interconnexion des fichiers des administrations, avec un focus sur la surveillance des militant⋅es et sur ce qui se passe autour de Rennes. À partir de 18h30, Maison Internationale de Rennes, 2e étage, 7 quai Chateaubriand, Rennes.

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Felix Simon : « Pour la grande majorité des individus, la trajectoire pour s’informer sera de passer par des intermédiaires et des chatbots »

En 2026, les assistants conversationnels restent une porte d’entrée minoritaire vers l’actualité : seulement 10 % des répondants les utilisent pour s’informer, une proportion qui monte à 16 % chez les moins de 35 ans, selon le Digital News Report 2026. Si la tendance est anecdotique, sa croissance exponentielle questionne directement les canaux de distribution des médias. Dès 2019, Felix […]

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Liens vagabonds : De « Kinda Chic » aux « solitude influencers » : la nouvelle esthétique du quotidien 

À l’été 2024, « brat », né de l’album de Charli XCX, avait imposé son esthétique vert acide et son goût pour l’imperfection ; en 2025, « very demure, very mindful », popularisé par Jools Lebron, transformait une formule ironique en gimmick applicable à toutes les situations. Cet été, « kinda chic » a poussé […]

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  • De l’opposition d’extrême-droite aux data centers en Amérique
    Molly Taft pour Wired revient sur la lutte d’extrême-droite contre les data centers aux Etats-Unis. Ces dernières décennies, des centres de données ont été construits en toute discrétion aux 4 coins des Etats-Unis sans vraiment déclencher de contestations, rappelle-t-elle. Discrets, on pouvait habiter à côté d’un centre de données sans jamais en entendre parler. Ils étaient construits dans des zones bénéficiant à la fois d’une connexion par fibre optique et d’un accès à l’énergie, comme la Silic

De l’opposition d’extrême-droite aux data centers en Amérique

10 septembre 2026 à 07:00

Molly Taft pour Wired revient sur la lutte d’extrême-droite contre les data centers aux Etats-Unis. Ces dernières décennies, des centres de données ont été construits en toute discrétion aux 4 coins des Etats-Unis sans vraiment déclencher de contestations, rappelle-t-elle. Discrets, on pouvait habiter à côté d’un centre de données sans jamais en entendre parler. Ils étaient construits dans des zones bénéficiant à la fois d’une connexion par fibre optique et d’un accès à l’énergie, comme la Silicon Valley et la région de Washington DC. Mais, avec l’arrivée de l’IA, les data centers ont changé : désormais, on parle de versions gigantesques, qui se construisent rapidement après avoir obtenu des dérogations environnementales. Les gens ont commencé à se poser des questions sur ces constructions qui devenaient visibles par leur gigantisme même. Avec la montée de la contestation, de nombreux Etats ont introduit des moratoires voire interdit leur construction (sans compter les villes et comtés qui ont également pris des décisions en ce sens, y compris dans des zones très conservatrices comme le comté de Hill, au Texas). Des personnes ont été arrêtées, placées en détention ou expulsées alors qu’elles manifestaient contre des centres de données lors de réunions publiques dans le New Jersey, en Californie, dans le Wisconsin et dans l’Indiana.

Face à ces constructions, on évoque souvent la mobilisation de gauche, menée tant par des associations et des collectifs (cf. « Aux Etats-Unis, la résistance contre les data centers s’organise »), que par des politiciens, dont les démocrates Bernie Sanders et Alexandria Ocasio-Cortez, inspirateurs de moratoires sur l’IA qui essaiment depuis à travers les Etats-Unis. Paris Marx remarquait d’ailleurs, pertinemment, que si Sanders et AOC étaient d’actifs fourbisseurs de critiques de l’IA, ils n’ont pas la même approche. Alors que Sanders s’inquiète des potentialités de l’IA, reprenant les arguments de nombre des entrepreneurs de la Tech, AOC, elle met plutôt en garde contre les innombrables problèmes que génère déjà l’IA et notamment contre les dommages économiques susceptibles de découler de l’éclatement de la bulle financière entourant l’IA. Elle a également joué un rôle moteur pour fournir aux victimes de deepfakes générés par IA les moyens de tenir les auteurs responsables de leurs actes.  

Mais, si la contestation de gauche des data centers et de l’IA est bien documentée, celle de l’extrême-droite américaine l’est beaucoup moins. Elle est pourtant vive. Molly Taft raconte que les premiers politiques américains qui se sont inquiétés de ces projets étaient des politiciens d’extrême droite, Marjorie Taylor Greene et Thomas Massie. Mais pour Taft, celui qui a beaucoup dénoncé la technologie et l’IA, c’est assurément Steve Bannon, l’ancien conseiller de Trump. Dans son émission War Room, Bannon explique que les hyperscalers sont des « laboratoires d’armement braqués contre la population ». Mais la critique est surtout portée par l’un de ses éditorialistes, Joe Allen, auteur de Dark Aeon: Transhumanism and the War Against Humanity (auto-édité). Joe Allen s’est fait connaître par un slogan : Humans First (l’humain d’abord) devenu un cri de ralliement sur les ondes de la War Room. Le moto s’est transformée en organisation et en tournée, visant à mobiliser le grand public à l’encontre de l’IA pour exiger un encadrement fort de l’IA. Comme le raconte NBC, l’organisation incite les responsables politiques à refuser les contributions financières des grandes entreprises de l’IA… Human First se définit comme apolitique, avec des membres tant progressistes que conservateurs. Ce qui a l’air de déplaire à Musk et quelques thuriféraires de l’IA. Dans une newsletter d’extrême-droite américaine, Jordan Schachtel a affirmé que l’organisation Humans First avait été créée pour attirer des sympathisants conservateurs par des personnes entretenant des liens étroits avec « l’altruisme efficace », un mouvement visant à soutenir des causes et à allouer des ressources en se fondant sur des preuves d’impact positif, dont la base de donateurs serait entièrement composée de progressistes de la région de la baie de San Francisco… (et notamment le Center for AI Safety fondateur de l’initiative Humans First) pour en faire une sorte de cheval de Troie, visant à rendre les questions de sécurité de l’IA plus acceptables pour un public politique conservateur. Joe Allen a rejeté avec véhémence ces accusations, mais a reconnu que la publication de Schachtel soulevait des questions d’influences opaques… alimentant la paranoïa complotiste, marque de fabrique des délires des conservateurs Maga. Mais on pourrait tout autant inverser la question et se demander si la droite ultraconservatrice américaine ne serait pas en train d’essayer de récupérer le succès de la contestation de gauche contre l’IA et les data centers. 

Pour Molly Taft, la colère contre les data centers est en train de rejoindre celle contre le déploiement de l’IA partout. « La colère contre les centres de données et les inquiétudes du public concernant l’IA sont généralement traitées, dans les sondages et les politiques publiques, comme des sujets distincts : d’un côté, l’expression de préoccupations environnementales et civiques ; de l’autre, la crainte de pertes d’emplois et des inquiétudes liées aux chatbots. Pourtant, de plus en plus d’éléments indiquent que la frontière n’est pas si nette. Une étude publiée en juin, portant sur un échantillon restreint d’électeurs, montre par exemple que très peu de personnes opposées aux centres de données vivent à proximité de ces installations, et que la plupart de ceux qui s’y opposent sont également sceptiques à l’égard de l’IA » (d’autres données, dont nous avons rendu compte, montrent plutôt que la critique des data centers est au contraire, très située). 

Molly Taft s’est rendue en Georgie, lors d’une des réunions de Human First, dans un amphithéâtre de l’université Georgia Tech. « On y trouvait des étudiants, notamment des membres d’un club naissant dédié à la sécurité de l’IA qui avait invité Allen. (Deux d’entre eux m’ont avoué n’être venus que grâce aux affiches placardées sur le campus.) Un caméraman de More Perfect Union – une chaîne de contenu progressiste devenue une plateforme incontournable pour les vidéos dénonçant les centres de données – rôdait dans la salle pour filmer la scène. »

Les conférences d’Allen suivent un schéma bien connu, explique Taft : « des arguments de droite qui détonnent mêlés à des descriptions cauchemardesques et hallucinatoires de notre avenir (l’idée qu’une cabale mondialiste d’oligarques de la tech voudrait remplacer toute l’humanité par des robots). Tout cela pourrait sembler totalement délirant, jusqu’à ce que l’on se rappelle que ce sont aussi des arguments qu’ont employés la plupart des grands patrons de la tech ». « Ah oui, c’est vrai. Elon Musk possède bien une entreprise d’implantation de puces cérébrales. Sam Altman a écrit sur un blog que les humains serviraient de programme d’amorçage biologique pour l’intelligence numérique avant de s’effacer au profit d’une nouvelle branche de l’arbre de l’évolution ». 

« Même si l’on créait des machines plus intelligentes que vous, même si l’on créait des machines plus puissantes que vous, il vous faudrait continuer à vous battre ; car si vous ne le faites pas, vous êtes des mauviettes », lance Allen à l’assistance. « Si vous ne le faites pas, vous vous couchez par terre et vous laissez la machine vous écraser comme un monster truck dans une arène de beaufs, et personne – personne – ne veut de ça. Personne, sauf le plus masochiste des individus. »

Allen a conclu son discours par un cri du cœur : « Aux écolos présents dans la salle, je dis : la Terre d’abord ! Pas vrai, les écolos ? » (Je ne savais pas trop si c’était à moi qu’il s’adressait.) « Aux patriotes présents dans la salle, je dis : l’Amérique d’abord ! Et pour tous ceux qui ont du sang qui pulse dans les veines, pour tous ceux qui ont le feu au ventre et à l’esprit, n’oubliez jamais : à l’ère des machines, l’humain d’abord. »

Dans son livre, Allen raconte avec vivacité comment il est tombé sur le manifeste de Unabomber à la fin des années 1990, alors qu’il surfait sur le Web dans la salle d’écriture de son collège communautaire. Ted Kaczynski, mathématicien brisé par les travers du monde moderne, a rédigé La Société industrielle et son avenir tout en envoyant des bombes à des universités et à des dirigeants d’entreprise. « Le discours de « Oncle Ted » était plus sensé que ne veulent bien l’admettre les pacifistes ou les technophiles », écrit Allen.

« L’influence est manifeste. Dans War Room, Allen adopte l’attitude d’un prédicateur en chaire, nous mettant tous en garde contre l’ère dystopique à venir. Une grande partie de son œuvre flirte avec le « body horror » : que deviennent nos âmes, se demande-t-il, lorsque nos corps et nos environnements sont de plus en plus numérisés ? Je lui demande pourquoi, selon lui, les gens détestent les centres de données. Il répond : « Si vous observez le développement d’un fœtus, la croissance du cerveau et la formation des neurones, c’est fascinant. Les centres de données… si l’on considère qu’ils sont les neurones de l’Antéchrist, c’est bien ce à quoi nous assistons. Le faux messie ». » Le discours d’Allen, complètement claqué au sol, ressemble finalement énormément aux propos problématiques des patrons de la Tech qu’évoquait le journaliste Thibault Prévost dans Les prophètes de l’IA. Pour les soutiens de l’extrême droite américaine, le problème des centres de données n’est pas dans les injustices sociales qu’ils induisent, mais sont combattus parce qu’ils sont installés pour surveiller la population. Reste qu’ils le sont depuis une bouillie argumentative qui ressemble bien plus aux délires d’une IA qu’à un raisonnement argumentatif. 

Les contestations de gauche, comme celle initiée par Gage Bailey au sud d’Atlanta, qui documente les problèmes énergétiques et les tensions sur les ressources que font peser les projets de data centers géants sur les populations locales, sont de plus en plus rejointes par de nouveaux gens également en colère, mais pas pour les mêmes raisons. Les militants de gauche font le travail de terrain pour faire adopter des arrêtés locaux, quand les arguties de droites brodent sur les visions cauchemardesques de notre avenir robotisé. Mais, si le groupe Facebook de Bailey n’a cessé de s’agrandir, les tensions politiques semblent rester minimes. « De droite comme de gauche, tous les membres s’opposent aux centres de données et la plupart d’entre eux sont très sceptiques quant à l’IA. Ces coalitions improbables semblent également tenir bon en dehors du comté de Bailey. Lors d’une récente manifestation contre les centres de données dans le New Jersey, j’ai interrogé un manifestant masqué – qui m’a dit accepter « tous » les pronoms et se préoccuper vivement de l’« éthique » de l’IA – au sujet de l’influence de la droite sur le mouvement. Il a haussé les épaules, visiblement mal à l’aise. « Tout ennemi de mon ennemi est, au moins, un allié temporaire », a-t-il répondu.»

Taft relit Kaczynski et se rappelle que celui-ci était particulièrement remonté contre la gauche moderne, celle de la défense des droits des homosexuels, du féminisme et autres causes similaires. S’il en avait autant après les conservateurs (qu’il qualifie « d’imbéciles, qui se lamentent sur le déclin des valeurs traditionnelles tout en soutenant avec enthousiasme le progrès technologique et la croissance économique »), pour Kaczynski, le gauchisme était un sous-produit inévitable de la société moderne, laquelle dresse l’être humain contre l’ordre naturel du monde ; une situation à laquelle il fallait résister. D’ailleurs, celui-ci est autant célébré à droite qu’à gauche de l’échiquier politique. 

Pour Taft, les confusions politiques sont innombrables. On trouve des échos de la pensée de Kaczynski dans les résistances, nombreuses, aux énergies renouvelables. Dans le Vermont, cette opposition a même dressé des écologistes radicaux contre le solaire et l’éolien. Une étude de 2025 a révélé que plus de 450 comtés et municipalités, répartis dans la quasi-totalité des États, avaient mis en place des restrictions concernant l’énergie solaire ou éolienne, soit une augmentation de 16 % par rapport à l’année précédente. Le mouvement conservateur et complotiste, « Make America Healthy Again », « peut lui aussi être perçu comme l’expression d’un écologisme à la Kaczynski (qui tient surtout d’un anti-industrialisme radical, NDT) : l’idée que la société moderne empoisonne nos terres, notre air et notre eau, et que les inventions contemporaines telles que les vaccins ou les antidépresseurs sont en réalité néfastes pour nous. Bon nombre de ces idées se rejoignent parfois dans des contextes inattendus. Actuellement, l’un des auteurs les plus populaires de la catégorie « Climat et Environnement » sur la plateforme Substack est un agriculteur adepte d’un mode de vie écologique qui, ces derniers mois, s’en est pris aux installations solaires dans le nord de l’État de New York, affirmant (à tort) que les panneaux peuvent empoisonner les sols et détruire les terres agricoles. »

Le livre d’Allen est une lecture plus déconcertante encore que La Société industrielle et son avenir, confie Taft. « L’annexe, intitulée « Mon plan en 55 points pour rester humain » – qui propose notamment de « dire bonjour à ses voisins » ou d’« acheter un téléphone à clapet » – ferait pourtant un tabac lors de n’importe quelle lecture publique organisée par la gauche », ironise la journaliste, tout en soulignant la grande confusion dans laquelle il baigne. 

Les centres de données, qui rapprochent des voisins aux profils très disparates dans toutes les régions du pays, pourraient offrir l’occasion de mener un combat véritable et unifié contre les oligarques de la tech. Un rêve se dessine ici, perceptible jusque dans les colonnes du New York Times qui, début mai, qualifiait les centres de données de sujet « faisant le plus consensus entre les deux partis depuis la bière ». 

En tout cas, souligne la journaliste, la droite radicale est en train de s’emparer totalement du débat sur les centres de données. Des personnalités comme Tucker Carlson et Matt Walsh publient des vidéos virales remettant en question la construction de projets spécifiques. Nancy Mace, candidate au poste de gouverneure de Caroline du Sud, annonce qu’elle soutient un moratoire d’un an. Le gouverneur de Floride, Ron DeSantis – devenu un critique virulent de l’IA et des centres de données -, promulgue une loi inédite visant notamment à garantir « que les autorités locales conservent le pouvoir de refuser l’implantation de centres de données sur leur territoire ».

La politique a finit par rattraper Humans First également. Fin mars, une vive altercation éclate en ligne : des alliés de la Maison Blanche favorables à l’IA, comme Marc Andreessen et David Sacks, retweetent un article critique à l’égard de Humans First. Peu après, l’organisation se scinde selon des clivages partisans. L’aile conservatrice conserve le nom Humans First et nomme à sa tête Amy Kremer, militante politique d’ultra-droite, figure du Tea Party ayant contribué à l’organisation du rassemblement Save America du 6 janvier à Washington et ayant fondé les mouvements Women for Trump et Women for America First. Allen quitte le groupe. « Lorsque je l’interroge sur ce changement, il se montre curieusement évasif (tout en restant fidèle à son goût pour les métaphores liées aux horreurs corporelles) : le groupe était en train de « subir une mitose », dit-il. « Je suis désormais un organite solitaire flottant dans le cytoplasme résiduel. » (sic)

Convergence ou confusionnisme des luttes ?

La journaliste Shira Ovide pour le Washington Post, dresse le même constat. L’ampleur de la contestation des centres de données fait converger des Américains bien différents, qui s’en prennent aux symboles concrets d’un système politique et économique qu’ils perçoivent comme leur étant défavorable. « Les centres de données incarnent physiquement toute l’anxiété que les gens ressentent face à l’IA et à l’économie », a déclaré le gouverneur de l’Utah, Spencer Cox (Républicain), lors d’une interview. M. Cox, qui a essuyé des critiques pour son soutien à un projet de centre de données, a ajouté que les gens ont le sentiment de pouvoir combattre ces installations. « Le mouvement de contestation contre les centres de données estompe les clivages politiques et sociaux traditionnels. Le sénateur Bernie Sanders (indépendant, Vermont) souhaite interdire les centres de données, et Humans First, mouvement dirigé par Amy Kremer, ancienne figure du Tea Party, organise des manifestations nationales contre ces centres ce samedi. Le comté de Hill, au Texas, où Donald Trump a recueilli 82 % des voix en 2024, a interdit la construction de centres de données cette année. Les habitants de Monterey Park, en Californie, ville ouvrière à prédominance asiatique et latino-américaine située à l’est de Los Angeles, ont fait de même. »

Scott Babwah Brennen, directeur du Centre de politique technologique de l’université de New York, s’est dit stupéfait de la rapidité avec laquelle l’indignation populaire suscitée par les centres de données influence les politiques publiques. Pendant 15 ans, a-t-il déclaré, les collectivités locales ont déroulé le tapis rouge pour la construction de centres de données dans des régions comme l’est de l’État de Washington et le nord de la Virginie. Des entreprises telles que Google, Amazon, Meta et Microsoft ont souvent bénéficié d’allégements fiscaux, les élus estimant qu’ils garantiraient des recettes fiscales futures stables. La contestation depuis deux ans se focalise beaucoup sur le fait que les factures énergétiques des habitants à côté de centres de données s’envolent. L’opposition, tant dans les régions républicaines que démocrates, s’est envolé. « Il y a ici un clivage partisan bien plus marqué que l’an dernier », explique Babwah Brennen.

Shaena Crossland, originaire de Virginie-Occidentale, s’inquiète de voir les centres de données reproduire le schéma d’industries telles que l’extraction du charbon et l’exploitation forestière, qui ont exploité les ressources de Virginie-Occidentale tandis que l’État restait majoritairement pauvre. « J’espère que ce cycle d’exploitation et de manipulation des populations prendra fin », a déclaré Crossland. Avec une autre habitante, Amy Margolies, elle est à la pointe de l’opposition à un projet de complexe de centres de données dans l’est de l’État.

Partout aux États-Unis, la population se montre de plus en plus sceptique quant aux promesses de création d’emplois locaux et d’avantages technologiques offertes par les centres de données, explique Abre’ Conner, directrice du Centre pour la justice environnementale et climatique de la NAACP, l’Association nationale pour la promotion des gens de couleur, l’une des organisations ayant intenté une action en justice contre le projet d’expansion du complexe de centres de données d’Elon Musk dans la région de Memphis.

Les centres de données incitent désormais les citoyens à résister aux influences économiques et politiques. « C’est l’une des plus importantes manifestations de la prise de conscience du pouvoir citoyen », affirme Conner.

Katherine Levine Einstein, politologue à l’Université de Boston et spécialiste des résistances locales à la construction de nouveaux logements, explique que l’opposition aux centres de données partage certains points communs avec cette résistance de longue date, mais seulement jusqu’à un certain point. Comme les décisions en matière de zonage et de permis de construire sont généralement prises au niveau local aux États-Unis, explique-t-elle, « une vingtaine de voisins mécontents » peuvent bloquer la construction de maisons ou de centres de données à proximité, même si ces nouvelles constructions pourraient profiter à beaucoup d’autres. Mais si l’opinion à l’égard de nouveaux logements consiste à y être favorable sans en vouloir à proximité, « l’opinion publique sur les centres de données est différente : les gens n’en veulent nulle part.»

Pour la journaliste Gaby Del Valle de The Verge, dans le comté d’Hernando, en Floride, c’est Carole, une femme de 71 ans, qui mène la lutte contre le projet local. Animatrice de radio spécialisée dans la musique country, elle est une conservatrice convaincue et anime l’une des 150 manifestations liées au mouvement Humans First. Mais loin d’un mouvement rationnel, les contestations de Carol sont toutes plus hallucinantes les unes que les autres. « Elle a affirmé que les vaches élevées dans des fermes situées à proximité de ces installations mettaient bas des veaux mort-nés. Les infrastructures à très grande échelle (« hyperscale ») s’approvisionnent en composants auprès de la Chine – un adversaire des États-Unis -, ce qui menacerait la sécurité nationale. « Nous courons au désastre », m’a dit Carol. « Savez-vous ce que contiennent ces puces ? » Je lui ai répondu que non. « Nous faisons aveuglément confiance aux Chinois ? » a-t-elle poursuivi, incrédule. « Pour nous fournir des puces ? » De leur côté, les partisans conservateurs des centres de données soutiennent que la Chine finance des campagnes anti-IA aux États-Unis. » 

Si les Américains sont peut-être plus polarisés que jamais, la levée de boucliers contre ces installations transcende les clivages partisans, au point de pouvoir sceller des alliances politiques inédites et surprenantes. Car malgré les délires dans lesquelles baignent les arguments de la contestation ultra-conservatrice, elles rejoignent celles des progressistes sur certains points : le coût environnemental de la construction et de la maintenance des centres de données ; les enjeux éthiques liés à l’IA, allant de son utilisation pour une surveillance gouvernementale de masse à ses répercussions sur la santé mentale des utilisateurs ; ainsi que la crainte des habitants de voir leur qualité de vie dégradée par la proximité d’une telle installation.

Toutefois, la levée de boucliers de la droite contre les centres de données est également motivée par des préoccupations partisanes, notamment la menace d’une infiltration chinoise dans les technologies américaines, dans un délire sinophobe qui traverse toute l’Amérique, des militaires aux milieux de la Tech.

Patti Zirhut, organisatrice de la rencontre et du groupe No Data Center de Hernando County, se confie : « « Je suis très conservatrice et je n’adhère absolument pas aux idées des démocrates », m’a expliqué Zirhut. Toutefois, elle se sent également trahie par la direction républicaine de la Floride. Elle soutenait ardemment le gouverneur Ron DeSantis – au début. Mais durant son second mandat, a-t-elle déploré, « il n’a fait que favoriser le développement immobilier, invitant tout le monde à s’installer ici et défigurant notre État ». DeSantis s’est positionné comme un sceptique vis-à-vis de l’IA et a promulgué, en mai, une loi obligeant les centres de données à prendre en charge leurs propres coûts énergétiques, tout en autorisant les autorités locales à réglementer la consommation d’eau pour ces projets. Cependant, son administration a accordé des millions de dollars d’allégements fiscaux aux promoteurs de centres de données, selon le Tampa Bay Times. » De quoi le faire détester de sa base, rapporte The Verge. « Zirhut s’inquiète également d’un amendement soutenu par DeSantis, qui viserait à supprimer la taxe foncière pour la plupart des propriétaires ; une telle mesure priverait les comtés de recettes indispensables, rendant potentiellement plus attrayants des projets tels que les centres de données. » Le favori Républicain local pour le poste de gouverneur, Byron Donalds, est lui aussi un fervent partisan de la construction de centres de données en Floride et souhaite attirer davantage d’investissements extérieurs en Floride. « Ce n’est pas du tout ce que nous voulons ici en Floride », explique Zirhut. Le soutien de Donalds aux centres de données lui fait désormais perdre des partisans au sein de son propre parti. « De récentes publicités hostiles ont mis l’accent sur le soutien qu’il a reçu du secteur technologique, notamment plus de 5 millions de dollars de dons de la part de « Leading the Future » – un super PAC pro-IA doté de 100 millions de dollars et financé entre autres par Andreessen Horowitz et Joe Lonsdale de Palantir. Or, « en Floride, l’opposition aux centres de données est généralisée dans tout l’État ». Plus de 20 comtés et municipalités ont débattu de moratoires sur la construction de centres de données ou les ont adoptés, rapporte Politico. « Dans certaines localités, la levée de boucliers a été suffisamment forte pour dissuader les promoteurs. En juin, le porteur d’un projet controversé de centre de données dans le comté de Citrus a abandonné son projet. « Les moratoires locaux sur les centres de données envoient le signal que la région est fermée aux affaires, tant pour les centres de données que pour d’autres projets de développement économique importants », a déclaré à The Verge Dan Diorio, vice-président exécutif chargé des politiques étatiques et des relations gouvernementales au sein de la Data Center Coalition, un groupe de pression du secteur ».

Patti Zirhut, elle, n’est pas opposée à la croissance, mais elle ne veut pas que les pouvoirs publics accordent des avantages à de grands promoteurs n’ayant aucun lien avec la communauté. « Si l’on pouvait privilégier le niveau local, avec des constructeurs de la région, ce serait très bien, car ils savent comment gérer les spécificités de la Floride ». Elle s’inquiète de la façon dont l’IA peut alimenter la surveillance de masse, une question devenue particulièrement brûlante après que le bureau du shérif du comté de Hernando a commencé à installer des dispositifs Flock sur les routes locales. « Nous ne voulons pas que les gens perdent leur emploi, que notre pays soit dirigé par l’IA, ni vivre comme en Chine, où notre argent est contrôlé et chacun de nos faits et gestes surveillé ». Bien que Mme Zirhut soit républicaine de longue date, la question du centre de données – et celle, plus vaste, du développement – l’a amenée à faire des choix politiques inattendus. « Si Byron Donalds remporte la primaire, je voterai pour les démocrates. Je ne voterai pas pour lui » a-t-elle confié. « Je pense que beaucoup de gens sont dans ce cas. Ce n’est pas une question de parti. Vraiment pas. C’est une question de vie humaine. » 

Pour Ben Green, explique-t-il dans une tribune pour Tech Policy Press, « ce qui rend la question des centres de données particulièrement intéressante pour les démocrates, c’est sa capacité à séduire des électeurs au-delà de leur base électorale habituelle. De nombreuses contestations liées aux centres de données surviennent précisément dans les zones rurales et les États républicains ou disputés où les démocrates cherchent désespérément à gagner du terrain. Des communautés se sont mobilisées pour s’opposer à ces installations dans des États aux profils politiques très variés, tels que l’Indiana, le Michigan, le Missouri, le Nebraska, l’Ohio et la Virginie. Électeurs comme élus ont constaté que les centres de données constituent l’un des rares sujets capables d’amener les citoyens à voter en s’affranchissant des clivages partisans habituels. » Mais constatait-il également : « certains responsables républicains commencent eux aussi à adopter des positions fermes contre les centres de données. Si les démocrates n’agissent pas rapidement sur ce dossier, ils risquent de se faire devancer par leurs adversaires. » 

Reste que les délires de la droite Maga sur les data centers ne vont pas disparaître demain. Comme s’en moque Cory Doctorow sur son blog dans un billet édifiant sur les risques de l’éclatement de la coalition trumpiste après Trump, toute cette sphère de droite réactionnaire est saisit d’une paranoïa folle. « Ils baignent dans les théories du complot et sont en permanence intoxiqués par leurs propres délires. Ils croient dur comme fer aux conneries sur le grand remplacement ou sur le fait que la Chine pousse l’Amérique à détester les centres de données.» Trump n’a pas inventé ces délires, il leur a simplement donné de l’assurance. Et les délires semblent n’avoir plus besoin de leur grand ordonnateur pour s’épancher. Trump peut tenter d’apaiser sa base électorale en renouvelant son soutien à l’industrie de l’IA, il est peu probable que cela permette aux délires complotistes Maga de s’éteindre.

Hubert Guillaud

PS : The Verge propose également un long et édifiant reportage sur ce qu’on appelle le Data Center Alley, le comté de Loudoun en Virginie, où les data centers sont arrivés il y a plus de 20 ans et où l’on trouve plus de 250 data centers. « En quelques années, les centres de données sont passés du statut d’élément banal du quotidien à celui de sujet de préoccupation quotidienne pour de nombreux résidents. » La contestation a fini par grimper en flèche, et si les data centers ont permis une certaine prospérité, les nuisances finissent par l’emporter. « L’expansion des centres de données à Loudoun a pris une telle ampleur qu’elle semble désormais échapper à tout contrôle ». Car si le comté annonce ne pas vouloir davantage de centres de données, de nouvelles installations voient le jour, malgré tout. L’opposition quant à elle, se constitue tardivement. Mais désormais, les propriétaires locaux sont confrontés non seulement au bruit des générateurs électriques mais également aux pylônes électriques en tout sens quand ce n’est pas à l’expropriation pour l’extension des projets. « On entend à peine les oiseaux désormais » confie une habitante et nombre d’arbres ont été abattus pour permettre aux fils électriques à haute tension de passer sans encombre.

  • ✇La Quadrature du Net
  • Loi RIPOST adoptée : faisons le bilan
    Au cœur de l’été, le Conseil constitutionnel a validé la quasi totalité de la loi dite « RIPOST », dernier cadeau sécuritaire du ministre de l’intérieur Laurent Nuñez avant les élections de 2027. Si elle a concentré beaucoup d’attention en raison de la criminalisation disproportionnée des free-parties qu’elle instaure, cette loi augmente encore considérablement l’arsenal de surveillance – déjà bien fourni – de la police. Voici un récapitulatif des principales mesures adoptées. Vidéosurveillance

Loi RIPOST adoptée : faisons le bilan

Par : noemie
9 septembre 2026 à 11:49

Au cœur de l’été, le Conseil constitutionnel a validé la quasi totalité de la loi dite « RIPOST », dernier cadeau sécuritaire du ministre de l’intérieur Laurent Nuñez avant les élections de 2027. Si elle a concentré beaucoup d’attention en raison de la criminalisation disproportionnée des free-parties qu’elle instaure, cette loi augmente encore considérablement l’arsenal de surveillance – déjà bien fourni – de la police. Voici un récapitulatif des principales mesures adoptées.

  • Vidéosurveillance algorithmique (VSA)

Depuis des années, les entreprises travaillent main dans la main avec les responsables politiques pour légaliser la VSA. Ces logiciels analysent les comportements filmés par les caméras des villes de France pour trouver d’éventuelles personnes « suspectes ». Opposé⋅es à cette dangereuse technologie, nous dénonçons la « stratégie des petits pas » qui l’installe doucement dans notre quotidien et empêche tout réel débat public permettant de s’y opposer. Ainsi, la VSA a d’abord été introduite comme une « expérimentation » en 2023 en prévision des Jeux Olympiques 2024 (en réalité pour un périmètre et une durée bien plus larges), puis ce cadre a été reconduit jusqu’en 2027 au prétexte des JO 2030. Désormais, l’article 50 de la loi RIPOST étend l’utilisation de la VSA jusqu’en 2030, en affichant toujours un caractère « expérimental » alors qu’à ce stade l’inscription dans la durée est plus que visible.

Le texte élargit aussi le champ d’application de la surveillance algorithmique de l’espace public. D’abord limités à des évènements ponctuels (matchs de foot, concerts ou festivals), ces logiciels pourront désormais être déployés aux abords des « bâtiments ou des lieux ouverts au public qui, par leur nature, sont de façon permanente ou en raison de circonstances exceptionnelles particulièrement exposés » à des risques « d’actes de terrorisme ou d’atteintes graves à la sécurité des personnes ». Rappelons que ces « risques » sont interprétés de façon très large, puisqu’ils ont pu être caractérisés pour des concerts de Taylor Swift, les NRJ Music Awards ou encore des matchs du PSG. Auparavant limitée à quelques semaines, la VSA pourra aussi durer plus longtemps. Désormais, cette surveillance pourra être autorisée jusqu’à trois mois, renouvelable indéfiniment tant que la menace persiste. Ce qui, en pratique, signifie qu’elle pourrait être autorisée de manière quasi-permanente.

La liste de ces bâtiments, encore inconnue car fixée par arrêté ministériel, est donc susceptible de concerner toutes les villes de France. D’autres questions restent également en suspens : quelles entreprises mettront en place cette VSA et qui les contrôlera ? S’agit-il des entreprises ayant gagné les appels d’offre en 2023, comme Wintics ou Videtics, ou bien de nouvelles entreprises rentreront-elles dans la danse ? Est-ce que le comité d’évaluation – qui avait directement critiqué l’efficacité et l’utilité de cette technologie – sera reconduit ?

Enfin, malgré tous ses efforts pour légaliser les logiciels de VSA dans les supermarchés, le député macroniste Paul Midy va encore devoir attendre. En effet, la commission mixte paritaire a écarté son amendement, qui reprenait le contenu d’une loi qu’il avait déposée, mais dont le parcours législatif patine. Son obstination est intacte : il veut venir à la rescousse des logiciels qui analysent les mouvements dans les supermarchés, dont ceux commercialisés par la société Veesion, pour leur donner un cadre juridique. Bien que déclarés illégaux par le Conseil d’État et la CNIL, ces logiciels continuent d’être massivement mis en place.

Si vous voyez des affiches indiquant leur présence dans vos commerces, n’hésitez pas à signaler leur illégalité au gérant et à vous y opposer  !

  • Lecteurs de plaques d’immatriculation des voitures (LAPI)

Les capteurs de plaques d’immatriculation disposés sur les routes de France permettent d’identifier et de suivre les véhicules, et donc leurs propriétaires. Avec la loi RIPOST, les capacités de l’État pour cette analyse des plaques d’immatriculation va considérablement changer d’échelle. Les articles 44 et 45 étendent à un an la durée de conservation de ces données, créent la possibilité de consulter l’historique de cette surveillance même en dehors d’une enquête judiciaire, favorisent l’accès aux caméras des villes et des parkings, et permettent aux services de renseignement de faire de l’analyse algorithmique de ces déplacements. Alors qu’aux États-Unis, la colère monte contre ces systèmes de surveillance opérés par l’entreprise Flock, qui sont devenus un symbole de la surveillance de masse, la France, elle, opte pour le développement massif de cette technologie permettant de traquer les déplacements. Pour plus de détails, vous pouvez relire notre article publié au mois de juin sur le sujet.

  • Contrôle d’identité aux frontières

Il existe d’ores et déjà différents cadres juridiques permettant à la police de contrôler l’identité des personnes, que nous avons détaillés dans notre récent guide juridique. L’article 35 de la loi RIPOST offre encore une nouvelle possibilité calquée sur le régime des douanes. Désormais, certains agents de police et de gendarmerie pourront, sans réquisition du procureur, contrôler l’identité des personnes et fouiller des véhicules et bagages dans un périmètre de 40 kilomètres aux frontières, ainsi que dans les gares, les aéroports et les trains internationaux, au nom de la prévention de certaines infractions de criminalité organisée et en dehors de toute procédure judiciaire. Parmi les délits permettant ce type de contrôle, on retrouve « l’aide à l’entrée, à la circulation et au séjour irréguliers », laissant donc craindre que ce nouveau type de contrôle d’identité pourra notamment être opéré contre les militant·es organisant la solidarité aux frontières françaises.

  • Caméra-piétons

Les caméras-piétons incarnent la gourmandise insatiable des acteurs de la répression. Ce petit boîtier-caméra, installé sur le torse des agents, ne sert pas à grand-chose pour la sécurité des personnes d’après les quelques évaluations publiées. En revanche, les caméras-piétons constituent bel et bien des outils pour la « guerre des images » de la police et contribuent à instaurer un rapport de force face à la population (et quand ces images n’arrangent pas la police, il faut compter sur les rares fuites dans la presse). Après la police et la gendarmerie nationales, les sapeurs-pompiers, les gardes-champêtres, l’administration pénitentiaire, les polices municipales, les services de sécurité de la RATP et de la SNCF et les contrôleurs dans les transports – on reprend sa respiration –, l’article 47 de la loi RIPOST permettra désormais aux agents des douanes de disposer eux aussi de ces caméras-piétons. L’article 53, quant à lui, les met à disposition des agents de sécurité privée pour une « expérimentation » de 3 ans qui sera très probablement pérennisée. En revanche, le Conseil constitutionnel a censuré la possibilité pour les gestionnaires d’autoroutes de disposer de ces caméras.

  • Caméras en garde à vue

L’article 54 supprime l’obligation d’enregistrer les images de vidéosurveillance au sein des cellules de garde à vue et de retenue douanière, qui était auparavant prévue par le code de la sécurité intérieure. Si les caméras ne sont structurellement pas là pour nous protéger, cette mesure va tout de même priver de preuve toute personne qui subirait des violences ou des atteintes aux droits dans sa cellule lors de sa garde à vue, et qui auraient pu être démontrées avec ces enregistrements.

  • Drones

Légalisés en 2022, les drones policiers sont entrés massivement dans notre quotidien. Leurs utilisations sont si fréquentes qu’il est difficile de les compter, et le cadre juridique est interprété de manière tellement disproportionnée qu’il laisse le champ libre à une surveillance générale. Pour donner un récent exemple, la préfecture d’Ille-et-Vilaine a autorisé la surveillance de Rennes pour tout le mois de septembre 2026, au nom de la lutte contre le trafic de stupéfiants. Pour tenter de garder une apparence de proportionnalité, la mesure est découpée en cinq arrêtés préfectoraux, chacun autorisant le survol d’une zone précise par quatre drones – soit en réalité 20 engins qui pourront survoler la quasi-totalité de la ville pendant un mois.

La loi RIPOST va contribuer à accélérer davantage cette dynamique débridée. D’une part, l’article 7 offre à la police et à la gendarmerie une nouvelle possibilité de faire voler des drones, pour la prévention «d’infractions routières d’une particulière gravité en raison des troubles qu’elles présentent pour la sécurité et la tranquillité publiques» (en d’autres termes : les rodéos urbains).

D’autre part, l’article 42 créé une procédure d’urgence permettant d’utiliser les drones sans autorisation préfectorale formelle « face à une situation d’urgence caractérisée nécessitant une intervention immédiate afin de renforcer la réactivité et l’efficacité des opérations menées tout en assurant la sécurité des agents sur le terrain. ». Dans ce cas très vague, le préfet peut s’affranchir des règles de droit commun et donner autorisation « par tout moyen permettant d’assurer sa matérialité », à la seule condition de régulariser la situation par une publication formelle de l’autorisation dans l’heure. Cette procédure dérogatoire empêchera donc la population de pouvoir s’informer sur le survol d’un drone et éventuellement de contester la légalité de l’autorisation, alors que que cette information est déjà difficilement accessible. Jusqu’à présent, les arrêtés préfectoraux autorisant des drones étaient publiés dans les recueils des actes administratifs des préfectures, des sortes de journaux officiels locaux mais qui sont de véritables labyrinthes. C’est pour limiter les effets de cette opacité que nous développons depuis 2024 un moteur de recherche des arrêtés préfectoraux, Attrap. En supprimant tout formalisme lorsque la police estime qu’il y a urgence, la loi RIPOST supprime ainsi une condition indispensable à la contestation de la légalité de ces autorisations.

  • Caméras embarquées et frontales

S’ils n’ont pas réussi à obtenir de caméras-piétons, les agents gestionnaires du réseau routier auront néanmoins le droit d’utiliser des caméras embarquées sur leurs véhicules pendant cinq ans, et donc d’enregistrer leurs interventions, le tout aux fins d’« assurer la prévention et l’analyse des accidents routiers » (article 47). Aussi, l’article 43 renouvelle une expérimentation démarrée en 2021 de mise en place de caméras frontales à l’avant des trains, pour « prévenir et analyser les accidents »..

Si cette liste est longue, elle ne représente malheureusement qu’une petite partie de la loi RIPOST qui renforce la répression à bien d’autres égards. Ce texte sanctionne par exemple la possession de feux d’artifices, durcit la lutte contre les squats dans la continuité de la loi Kasbarian, s’en prend une fois de plus au mode de vie des voyageur·euses ou encore élargit le pouvoir des préfets en matière d’expulsion d’occupants de logements sociaux, autorisée depuis la loi Narcotrafic.

Si le rythme d’adoption des lois va ralentir au Parlement à l’approche des élections, les deux quinquennats d’Emmanuel Macron auront définitivement installé un édifice sécuritaire vertigineux, dont le prochain gouvernement n’aura plus qu’à s’emparer à son avantage. Pour nous aider dans notre combat et pour que l’on puisse continuer à lutter dans ce futur assombri, n’hésitez pas à nous faire un don.

  • ✇Dans les algorithmes
  • La gauche doit-elle céder au chant de l’IA générative ? Non ! 
    « Depuis que le camp de l’émancipation a renoncé à combattre l’aliénation et a adopté les « innovations » du capital en les saluant comme des progrès, il ne cesse de multiplier les défaites. Parce que, précisément, ces innovations garantissent une passivité face à la réalité capitaliste qui sape les bases de toute tentative sérieuse d’émancipation. » Pour le journaliste Romaric Godin de Mediapart, l’IA générative ne conduira la gauche nulle part. « Le capital est le principe dominant de cette te

La gauche doit-elle céder au chant de l’IA générative ? Non ! 

9 septembre 2026 à 07:00

« Depuis que le camp de l’émancipation a renoncé à combattre l’aliénation et a adopté les « innovations » du capital en les saluant comme des progrès, il ne cesse de multiplier les défaites. Parce que, précisément, ces innovations garantissent une passivité face à la réalité capitaliste qui sape les bases de toute tentative sérieuse d’émancipation. » Pour le journaliste Romaric Godin de Mediapart, l’IA générative ne conduira la gauche nulle part. « Le capital est le principe dominant de cette technologie qui est à son service. » « Si l’État prenait le contrôle de l’IA aujourd’hui, il la mettrait au service de la société capitaliste comme une matière première. Il en assurerait donc l’abondance bien davantage que la sobriété. Cela changerait certes les rapports de force au sein du capital, mais cela ne changerait rien à la centralité du capital dans la société. »

Mais surtout, rappelle le journaliste, à quoi sert l’IAG dans la lutte pour l’émancipation ? « En réalité, cette technologie n’est pas qu’un simple outil que l’on pourrait aisément retourner. La gestion de l’économie du capitalisme tardif passe par le déni des crises économiques, anthropologiques et écologiques. Et l’IAG est l’outil conçu pour organiser ce déni. Son développement est un choix du capital qui a investi et continue d’investir dans cette technologie au détriment d’autres technologies qui pourraient davantage répondre aux besoins de l’humanité. »

  • ✇C'est pas mon idée !
  • Sync rapproche l'épargne de la paye
    Dans un monde où les sollicitations à la dépense sont permanentes, les consommateurs rencontrent de plus en plus de difficultés à mettre de l'argent de côté. En réponse, la britannique Sync Savings essaie de rendre l'épargne toujours plus simple, automatique et indolore, en intégrant son pilotage au plus près du versement du salaire.Naturellement, les solutions ne manquent pas pour encourager les citoyens à se constituer une réserve, que l'objectif en soit de pouvoir faire face à un imprévu ou

Sync rapproche l'épargne de la paye

Par : Patrice
21 septembre 2026 à 21:40
Sync Savings
Dans un monde où les sollicitations à la dépense sont permanentes, les consommateurs rencontrent de plus en plus de difficultés à mettre de l'argent de côté. En réponse, la britannique Sync Savings essaie de rendre l'épargne toujours plus simple, automatique et indolore, en intégrant son pilotage au plus près du versement du salaire.

Naturellement, les solutions ne manquent pas pour encourager les citoyens à se constituer une réserve, que l'objectif en soit de pouvoir faire face à un imprévu ou de préparer un projet plus ou moins ambitieux. Au plus trivial, les banques offrent la faculté de créer un virement récurrent vers un compte dédié à la réception de la rémunération. À un niveau un peu plus élaboré, il existe également quelques outils spécialisés qui ajoutent à cette option brute un accompagnement destiné à stimuler les usages.

En surface, Sync Savings n'apporte rien de révolutionnaire dans le paysage et son approche est sensiblement équivalente à cet état de l'art, avec un module qui permet classiquement à l'utilisateur final de spécifier les cagnottes qu'ils veut constituer, en leur donnant un objet (un voyage, un objet à acquérir, des travaux à financer…) et en indiquant le montant à leur affecter à chaque cycle de paye. Une fois les règles mises en place, il dispose d'un tableau de bord sur lequel il suit la progression de son plan.

En revanche, la jeune pousse estime que les services existants – du moins les plus sophistiqués – restent d'un abord trop complexe ou trop déconnecté de leur quotidien pour être totalement séduisants, surtout à long terme. Alors elle immerge le système au cœur des plates-formes de gestion des rémunérations dans les entreprises et peut de la sorte faciliter l'ouverture du compte d'épargne (sans requérir aucun justificatif) et orienter les fonds vers ce dernier à la source, selon les desiderata du collaborateur.

Accueil Sync Savings

La démarche s'inscrit aussi dans la tendance de fond qui consiste à commercialiser des fonctions dédiées au bien-être financier à l'intention des employeurs. Si cette stratégie vise en priorité à ouvrir la voie à un modèle économique viable (ce qui reste un défi majeur dans ce domaine), elle apporte d'autres avantages potentiels, dont, en premier lieu, le soutien actif des entreprises à l'enrôlement de leurs effectifs, une fois qu'elles mesurent l'impact qu'ont les préoccupations d'argent sur leur productivité.

Dans l'ensemble, du point de vue du consommateur, Sync Savings introduit donc une amélioration incrémentale à un concept connu et éprouvé… mais qui peine à s'imposer, jusqu'à maintenant. Chaque pas en avant compte pour essayer de surmonter le plafond de verre mais il ne faut probablement pas attendre de miracle. En outre, l'épargne ne représente qu'un volet de la problématique beaucoup plus vaste du bien-être financier : le chemin qui reste à parcourir en vue de sa démocratisation est encore long…

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  • L'IA impose ses exigences
    Les traditionnelles prédictions stratégiques annuelles de Gartner sont, pour 2027 et au-delà, exclusivement consacrées à l'intelligence artificielle. Cependant, ce qui me surprend le plus est le prisme retenu : il n'est pratiquement question que des défis et des contraintes qu'elle imposera aux entreprises et non des opportunités qu'elle leur offre.Dans ce dernier registre, les analystes ne retiennent que deux propositions. L'une, élémentaire, concerne l'irruption de l'IA « physique » aux côtés

L'IA impose ses exigences

Par : Patrice
20 septembre 2026 à 21:40
Gartner
Les traditionnelles prédictions stratégiques annuelles de Gartner sont, pour 2027 et au-delà, exclusivement consacrées à l'intelligence artificielle. Cependant, ce qui me surprend le plus est le prisme retenu : il n'est pratiquement question que des défis et des contraintes qu'elle imposera aux entreprises et non des opportunités qu'elle leur offre.

Dans ce dernier registre, les analystes ne retiennent que deux propositions. L'une, élémentaire, concerne l'irruption de l'IA « physique » aux côtés des employés, que ce soit sous forme de robots à proprement parler ou de véhicules autonomes, de drones et autres appareils interagissant avec leur environnement. En la matière, une recommandation notable porte sur les impératifs de sécurité, qui devraient être placés en tête des préoccupations. La seconde est indirecte puisqu'elle esquisse l'émergence d'une activité de distribution d'énergie dans les grands groupes qui déploient leurs propres capacités de production face aux besoins engendrés par leurs usages.

Une idée intéressante, qui changerait radicalement le fonctionnement des directions informatiques, touche aux nouvelles méthodes de développement logiciel. Il ne s'agit pas ici uniquement de considérer les impacts sur la programmation, dont l'assistance constitue un des premiers cas de mise en œuvre de l'intelligence artificielle, mais aussi du changement de perspective sur le patrimoine applicatif que son efficacité induit : d'ici 2029, 80% des applications générées seraient jetables, par conception, en réponse à des demandes ponctuelles ou pour une adaptation rapide à un contexte mouvant.

Dans la catégorie des challenges, ensuite, Gartner voit apparaître une classe d'acteurs opérant nativement via l'IA, ce qui leur procure la faculté de mettre sur le marché des produits personnalisés à grande échelle qui déstabiliseront les organisations restées à la traîne de la tendance, notamment par leurs conséquences sur la fidélité de leurs clients… et de leurs collaborateurs. Ce genre de prophéties est classique de l'exercice, mais elle a le mérite d'insister sur l'importance, indiscutable, de l'innovation et, en arrière-plan, de la nécessité de définir un cadre qui la stimule continuellement.

Gartner – Prédictions Stratégiques 2027

Mais les aspects financiers sont ce qui inquiète le plus le cabinet. Si la problématique des coûts directs du recours à des modèles intelligents est désormais relativement bien intégrée, divers risques périphériques sont également à envisager, tels que les attaques par épuisement de tokens – quand des personnes malintentionnées abusent de services exposés au grand public afin de provoquer une consommation excessive de ressources – et le débordement de capacité – quand les utilisateurs légitimes exploitent de plus en plus massivement des agents pour exécuter leurs tâches automatiquement.

La défense passera par la mise en œuvre d'une gouvernance spécifique. À un niveau tactique, il faudra installer des solutions de suivi et de contrôle en temps réel, fournissant un socle de pilotage aux décideurs. À un stade plus stratégique, ces outils devront être aptes à un rapprochement avec une mesure du retour sur investissement, et donner ainsi de la visibilité sur la valeur réelle dégagée par les initiatives, afin, le cas échéant, d'engager les arbitrages nécessaires. Dans ce but, 6 entreprises sur 10 disposeraient en 2029 d'une fonction dédiée à cette surveillance de l'équilibre coûts-bénéfices de l'IA.

Enfin, il restera à traiter le (vaste) sujet de la responsabilité qui, dans certains secteurs, dont le secteur financier, relève aussi d'un enjeu réglementaire. Pour Gartner, le directeur informatique ou, si le poste existe, le directeur de l'intelligence artificielle devra assumer cette charge supplémentaire de définition des règles applicables et se porter garant de leur implémentation effective. Dernière note, toujours dans ce domaine, ce sont les assureurs et non les régulateurs qui en établiront les normes, à travers les contraintes qu'ils édicteront pour offrir une couverture abordable à leurs clients.

En conclusion, les firmes qui aujourd'hui se concentrent sur des expérimentations avec l'IA, en essayant de déterminer comment elle peuvent tirer parti de ses opportunités, ont tout intérêt à se pencher au plus tôt sur le cadre général dans lequel elles devront se projeter quand elle sera devenue une composante stratégique de leurs infrastructures.

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  • L'éducation financière en question, toujours
    Fortement investie dans la distribution de services d'aide au bien-être financier des salariés, PNC réalise une enquête annuelle afin d'évaluer la situation et les attentes de ces derniers. L'édition 2026 révèle que, alors qu'ils s'estiment en mesure de gérer leurs flux au quotidien, ils manquent totalement de préparation pour leurs grands projets de vie.Les études se succèdent et, qu'elles soient menées aux États-Unis ou ailleurs dans le monde, leurs résultats sont invariablement identiques. C

L'éducation financière en question, toujours

Par : Patrice
19 septembre 2026 à 21:45
PNC Bank
Fortement investie dans la distribution de services d'aide au bien-être financier des salariés, PNC réalise une enquête annuelle afin d'évaluer la situation et les attentes de ces derniers. L'édition 2026 révèle que, alors qu'ils s'estiment en mesure de gérer leurs flux au quotidien, ils manquent totalement de préparation pour leurs grands projets de vie.

Les études se succèdent et, qu'elles soient menées aux États-Unis ou ailleurs dans le monde, leurs résultats sont invariablement identiques. Celle-ci adopte une démarche extrêmement concrète qui met en lumière quelques conclusions saillantes : par exemple, 7 personnes interrogées sur dix affirment savoir ouvrir un compte d'épargne, tandis qu'un tiers seulement de l'échantillon possède les compétences économiques et financières élémentaires (telles que l'impact de l'inflation sur leur cagnotte).

Interrogés sur leur perception de leur avenir, de sérieuses inquiétudes émergent chez les collaborateurs des entreprises. Pour ne citer que ce sujet spécifique, partagé par tout le monde (ou presque), moins de la moitié des sondés (45%) se déclarent confiants pour leur retraite… quand trois quarts de leurs employeurs croient qu'ils se sentent prêts, au moins en partie. Seuls ceux qui ont la chance – ou les moyens – de disposer d'un accompagnement professionnel dédié exhibent une certaine assurance en la matière.

Au-delà des statistiques consternantes mais récurrentes à propos des effets sur l'efficacité au travail du stress vis-à-vis de l'argent, voilà précisément ce qui ouvre une perspective légèrement différente sur les lacunes de littératie financière des populations. Elles ont des conséquences d'autant plus délétères qu'une majorité d'individus a l'illusion de maîtriser son porte-monnaie. Le rapport ne l'aborde (évidemment) pas mais je considère que les banques ont une responsabilité dans ce désastre.

PNC – Financial Wellness

Je pense particulièrement à la manière dont ses métiers sont abordés par l'industrie avec son audience. Si j'exclus le suivi des opérations courantes, sur lequel les clients se déclarent justement plutôt à l'aise, les acteurs présentent (presque) exclusivement des produits, que ce soit sur leurs plates-formes « digitales » ou par la voix d'un « conseiller » (qui n'est souvent qu'un simple vendeur). Assortis de caractéristiques brutes, ils laissent supposer qu'une bonne gestion de finances personnelles se résume à choisir le bon support, sans requérir d'en comprendre le fonctionnement ni d'en mesurer l'adéquation (ou non) au besoin qu'ils cherchent à satisfaire.

Raison pour laquelle je milite pour une éducation financière immersive. Les programmes pédagogiques autonomes, décorrélés de la réalité de l'apprenant, n'ont qu'une portée limitée, à la fois parce qu'ils paraissent trop théoriques et parce qu'ils sont décalés par rapport aux messages implicites des fournisseurs. Apporter une information complète et personnalisée, avec toutes les explications nécessaires en vue d'en appréhender toutes les dimensions, dans le contexte de la recherche d'une réponse à un besoin ou d'un conseil authentique, est la seule approche valable.

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  • Une IA pour remplacer les actuaires
    Huscarl, qui vient d'opérer une première levée de fonds au début du mois, s'attaque à une forteresse historique de l'analyse de données : l'actuariat. Elle développe en effet, à l'intention des entreprises auto-assurées, des outils d'intelligence artificielle capables de calculer des projections de pertes et de primes sur des scénarios personnalisés.Bien sûr, il n'est pas question – en tous cas pour l'instant (?) – de remplacer les experts qui, dans les compagnies, affinent presque quotidiennem

Une IA pour remplacer les actuaires

Par : Patrice
18 septembre 2026 à 21:45
Huscarl
Huscarl, qui vient d'opérer une première levée de fonds au début du mois, s'attaque à une forteresse historique de l'analyse de données : l'actuariat. Elle développe en effet, à l'intention des entreprises auto-assurées, des outils d'intelligence artificielle capables de calculer des projections de pertes et de primes sur des scénarios personnalisés.

Bien sûr, il n'est pas question – en tous cas pour l'instant (?) – de remplacer les experts qui, dans les compagnies, affinent presque quotidiennement les évaluations de risques sur les produits courants de l'industrie avec des modèles mis au point et étalonnés sur de longues années. En revanche, la jeune pousse (française) défend ses atouts pour s'implanter dans des domaines plus spécialisés, tels que ceux que prennent en charge les entités captives, correspondant fréquemment à des besoins atypiques.

Huscarl propose ainsi de réaliser des études de faisabilité ad hoc ou bien de construire un véritable plan d'affaires pour une couverture donnée. À partir d'informations plus ou moins riches et d'une description des attentes, ses algorithmes vont élaborer un dossier d'étude sur cinq ans, illustrant l'équation économique d'un projet, y compris en conditions extrêmes, ou bien estimer le coût à prévoir, ligne par ligne, prenant même en compte les évolutions structurelles, par exemple autour des aléas liés au changement climatique.

Dans une large mesure, la startup cherche plus à combler les niches dans lesquelles les professionnels ne peuvent s'engager qu'à remplacer le travail des actuaires, ce qui explique son positionnement. Elle promet notamment, de manière explicite, de fournir des résultats exploitables sur des risques que les acteurs traditionnels ne veulent pas considérer ou, du moins, pas avec le niveau de personnalisation souhaité, que ce soit par manque de données de référence ou en raison de leur mauvaise qualité.

Accueil Muscarl

Aujourd'hui, vus de l'extérieur, les actuaires représentent une élite intouchable dans l'univers de l'assurance. Pourtant, ils ne seront pas épargnés par la révolution de l'intelligence artificielle, bien au contraire. Leurs compétences en matières de statistiques sont évidemment parmi les plus exposées à l'automatisation… et, conscients du progrès, ils ont su s'approprier les générations précédentes de science de données en vue de décupler leur efficacité. Désormais, c'est le second pan de leur savoir-faire qui est menacé : la compréhension des sous-jacents d'un risque et d'une couverture. Certes les IA n'en ont pas une réelle perception mais elles sont néanmoins en mesure de les capturer dans des documents ou autre sources d'information et cette capacité peut probablement suffire à reproduire une expertise convaincante.

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  • AmEx rêve de banque
    Entre autres sous la pression concurrentielle qu'elle subit de toutes parts, American Express recherche depuis quelques années des relais de développement. Dans ce contexte, après le lancement d'un compte de dépôt à l'intention du grand public en 2022, elle enrichit maintenant son offre de services bancaires destinée au marché des entreprises.Conçue en priorité, quoique sans exclusivité, pour les membres de son réseau d'acceptation, la nouvelle gamme « Business Banking » de la firme complète do

AmEx rêve de banque

Par : Patrice
17 septembre 2026 à 21:45
American Express
Entre autres sous la pression concurrentielle qu'elle subit de toutes parts, American Express recherche depuis quelques années des relais de développement. Dans ce contexte, après le lancement d'un compte de dépôt à l'intention du grand public en 2022, elle enrichit maintenant son offre de services bancaires destinée au marché des entreprises.

Conçue en priorité, quoique sans exclusivité, pour les membres de son réseau d'acceptation, la nouvelle gamme « Business Banking » de la firme complète donc le compte de dépôt déployé récemment avec un compte d'épargne à rendement élevé, sans frais. L'ambition sous-jacente est claire… et, franchement, peu originale, puisqu'elle parle de proposer aux PME des solutions de confiance leur permettant de piloter leur activité de manière plus efficace, en particulier en ce qui concerne leur trésorerie.

L'évolution n'en est qu'à ses débuts. AmEx promet ainsi, pour le début de l'année prochaine, d'intégrer à son catalogue un module de gestion de paye, en collaboration avec le spécialiste en la matière Gusto. Le principe consiste classiquement à fournir aux responsables de structures les moyens de résorber une de leurs plus grandes sources de frustration, validée, en l'occurrence, par une enquête, notamment dans sa dimension de suivi et de visibilité autant que du point de vue de la rationalisation du traitement.

American Express Business Banking

La démarche de l'américaine fait directement écho à une tendance observée jusqu'à maintenant surtout dans les jeunes pousses de la FinTech, qui consiste à étendre son périmètre de compétences à d'autres produits bancaires dès que les perspectives de progression dans la niche occupée initialement commencent à se tarir. Dans une conjoncture incertaine, la méthode fait particulièrement sens pour American Express qui peut espérer financer à coûts maîtrisés son métier d'origine dans le crédit grâce aux dépôts collectés avec ses comptes courants et d'épargne, comme une vraie banque.

En revanche, comme avec chaque expansion de ce genre, je m'interroge : quels arguments différenciateurs peut brandir l'établissement face à une concurrence déjà nombreuse, souvent plus avancée en matière d'expérience client, du côté des nouveaux entrants, ou disposant d'un catalogue beaucoup plus riche, susceptible de mieux répondre à des besoins spécifiques, chez les acteurs historiques. Au-delà de la promesse générique de simplifier la vie des entreprises, AmEx n'a que des avantages relativement triviaux à défendre, cashback sur les dépenses et rémunération attractive.

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  • Des IA pour les conseillers financiers
    Coup sur coup, OpenAI puis Anthropic ont présenté leurs solutions d'intelligence artificielle générative à l'intention des conseillers financiers. Au milieu de la frénésie pour les agents IA, leurs prétentions, largement circonscrites à la documentation, paraissent timides : l'extrême prudence qui règne dans le secteur impose ses conditions.Pour être précis, les annonces des deux firmes ne concernent pas exactement les mêmes populations : la déclinaison de ChatGPT s'adresse plutôt aux équipes d

Des IA pour les conseillers financiers

Par : Patrice
16 septembre 2026 à 21:45
Claude
Coup sur coup, OpenAI puis Anthropic ont présenté leurs solutions d'intelligence artificielle générative à l'intention des conseillers financiers. Au milieu de la frénésie pour les agents IA, leurs prétentions, largement circonscrites à la documentation, paraissent timides : l'extrême prudence qui règne dans le secteur impose ses conditions.

Pour être précis, les annonces des deux firmes ne concernent pas exactement les mêmes populations : la déclinaison de ChatGPT s'adresse plutôt aux équipes de banque d'investissement tandis que celle de Claude est véritablement dédiée aux professionnels de l'accompagnement des particuliers. J'estime néanmoins intéressant de constater à quel point les approches s'avèrent similaires et, finalement, portent sur un périmètre contraint qui, en pratique, en limite la valeur en tant qu'offre tierce.

Les solutions visent ainsi un même objectif de simplifier les phases documentaires et préparatoires au travail des spécialistes. Dans cette perspective, l'accent est mis sur les connecteurs pré-intégrés, qui permettent à l'IA d'accéder directement et de manière aussi transparente que possible (donc sans requérir des configurations techniques parfois complexes) aux sources d'information habituelles de ses utilisateurs. À partir de cette matière, elle réalise les tâches administratives classiques de son audience cible.

Pour ChatGPT, qui rattrape ici son grand concurrent sur un produit datant de plus d'un an, il s'agit de produire des documents d'analyse financière – sous divers formats, y compris graphiques, adaptés aux chartes de chaque client, le cas échéant – en combinant des sources multiples et en opérant sur des dimensions variables (statique, temporelle…). Naturellement, OpenAI insiste sur les garanties de sécurité et de confidentialité qu'elle engage vis-à-vis des données ingérées par son modèle.

L'IA pour les Conseillers Financiers

Du côté de Claude, c'est une batterie de fonctions unitaires qui est mise à la disposition des conseillers, également dans l'optique de faciliter leur quotidien : études préalables à un entretien, portant, selon les cas, sur les investissements alternatifs, sur les aspects réglementaires, sur la fiscalité, la revue des équilibres du portefeuille… Les protections sont partiellement automatisées, par exemple le contrôle des exigences de la SEC sur les communications aux clients, ou déléguées à l'humain, dont la validation est requise pour les livrables potentiellement sensibles (notamment s'ils sont partagés).

En synthèse, les géants de l'IA proposent à l'industrie de la finance des outils qui se contentent d'implémenter les « basiques » de l'intelligence artificielle générative dans ses métiers, à savoir, en simplifiant le concept, l'acquisition d'information, son traitement, et la restitution de contenus dérivés plus ou moins originaux. Cette démarche évite certes les inquiétudes suscitées par des modèles qui élaboreraient des stratégies d'investissement ou émettraient des recommandations. Mais ne correspond-elle pas à ce que les institutions construisent déjà en interne depuis quelques temps ?

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  • KBC propose un ange gardien contre la fraude
    La fraude bancaire provenant de plus en plus de manipulations sociales et non d'attaques technologiques, KBC généralise, après quelques mois d'une expérimentation concluante, un nouveau système de protection pour ses clients – notamment les plus vulnérables, mais pas seulement – basé sur la relation humaine et la confiance.Le principe, que l'établissement belge se déclare officiellement disposé à partager avec l'industrie, s'avère simple. Le détenteur de compte, préalablement sensibilité, comme

KBC propose un ange gardien contre la fraude

Par : Patrice
15 septembre 2026 à 21:40
KBC
La fraude bancaire provenant de plus en plus de manipulations sociales et non d'attaques technologiques, KBC généralise, après quelques mois d'une expérimentation concluante, un nouveau système de protection pour ses clients – notamment les plus vulnérables, mais pas seulement – basé sur la relation humaine et la confiance.

Le principe, que l'établissement belge se déclare officiellement disposé à partager avec l'industrie, s'avère simple. Le détenteur de compte, préalablement sensibilité, commence par désigner un ange gardien, à savoir une personne, en général de son entourage, susceptible de lui prêter assistance en cas de besoin. Dès lors, lorsque les mécanismes de défense de la banque détectent une transaction suspecte, le contact sélectionné est interpellé afin de vérifier sa légitimité avant qu'elle ne soit effectivement exécutée.

La mise en place et le fonctionnement du dispositif sont eux-mêmes sécurisés. La configuration initiale ne peut ainsi se réaliser qu'en proximité : l'activation à partir de l'application mobile affiche un QR code que le délégataire doit capturer pour la finalisation de l'opération. Ensuite, en cas d'incident, le transfert est suspendu jusqu'à ce que son émetteur et son ange gardien aient tous deux fourni leur confirmation, de préférence après avoir échangé entre eux, selon le scénario privilégié par KBC.

Cet aspect fait la différence avec les solutions proches, plutôt destinées au contexte des personnes dépendantes et à leurs aidants, que quelques autres acteurs – jeunes pousses, la plupart du temps – ont pu déployer précédemment, dans lesquelles un ou plusieurs observateurs externes se voient octroyer la possibilité de surveiller les mouvements d'argent de leur protégé(e), de manière plus passive. Ici, la confidentialité reste en outre globalement préservée, seuls les cas problématiques étant divulgués.

KBC – Ange Gardien

Le procédé comporte cependant une étape dont je ne comprends pas l'utilité. Alors que l'analyse des flux et l'identification des fraudes sont entièrement automatisées, jusqu'à l'envoi d'une notification à l'ange gardien, les équipes centrales de suivi de la fraude dans la banque appellent ce dernier pour lui demander de contrôler l'alerte. Cette sollicitation semble redondante et sans grande valeur ajoutée, potentiellement irritante pour son destinataire, et probablement coûteuse à mettre en œuvre.

Afin de justifier son initiative, KBC décrit une mésaventure survenue durant la phase pilote, organisée avec 2 000 cobayes, dans laquelle un de ses clients était en passe de perdre ses économies et a été « sauvé » par sa fille tandis qu'il était encore en communication avec son « assaillant », qui le pressait de réaliser un virement à son profit. Il ne fait guère de doute que le concept revêt une certaine efficacité pour un effort d'implémentation relativement raisonnable. Mais, comme bien des services anti-fraude, il n'a de valeur que si les consommateurs l'adoptent. L'enjeu sera de les convaincre.

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  • Toyota prépare une fausse conduite autonome
    La course à la conduite 100% autonome est lancée un peu partout dans le monde et les constructeurs automobiles traditionnels essaient d'éviter de se laisser distancer. Toyota annonce ainsi son entrée dans la danse d'ici 2028… mais son refus d'assumer toutes ses responsabilités risque de gêner consommateurs et assureurs.Sa fébrilité face à la pression explique probablement pourquoi la firme veut démontrer qu'elle sera au rendez-vous de la prochaine grande avancée technologique de son secteur alo

Toyota prépare une fausse conduite autonome

Par : Patrice
14 septembre 2026 à 21:30
Toyota
La course à la conduite 100% autonome est lancée un peu partout dans le monde et les constructeurs automobiles traditionnels essaient d'éviter de se laisser distancer. Toyota annonce ainsi son entrée dans la danse d'ici 2028… mais son refus d'assumer toutes ses responsabilités risque de gêner consommateurs et assureurs.

Sa fébrilité face à la pression explique probablement pourquoi la firme veut démontrer qu'elle sera au rendez-vous de la prochaine grande avancée technologique de son secteur alors qu'elle n'est visiblement pas prête. Pour commencer, il n'est donc question d'un lancement officiel de son dispositif autonome que dans 18 à 24 mois et uniquement sur sa gamme de luxe Lexus, ce qui lui permettra de mieux maîtriser le déploiement que sur des modèles commercialisés par centaines de milliers d'exemplaires.

Beaucoup plus gênant, elle déclare qu'elle veut proposer un système capable de prendre en charge la conduite sans aucune assistance humaine, ce qui, en jargon technique, correspond à une automatisation de niveau 4, mais elle se contentera d'une classification officielle de niveau 2++, qui impose au conducteur de rester vigilant et d'être prêt à reprendre le contrôle à tout moment. Un module de suivi du comportement du véhicule est même prévu pour lui restituer les commandes dès que nécessaire.

Concrètement, ce choix de prudence implique que l'entreprise dégage sa responsabilité en cas d'accident, celle-ci étant reportée sans équivoque sur la personne installée au volant au moment des faits. Évidemment, il ne va pas inspirer une grande confiance chez les clients de la marque, ce qui constituera un handicap majeur dans l'adoption de la conduite autonome et, par rebond, dans la compétition concurrentielle, d'autres acteurs allant jusqu'à couvrir eux-mêmes les éventuels sinistres.

Toyota – Autonomous Driving

La position des assureurs dans ce futur paysage pourrait devenir intéressante à observer. Étant contractuellement engagés derrière le conducteur, ce sont eux qui, in fine, portent le risque. Se satisferont-ils des artifices de Toyota ou bien seront-ils tentés de contester son attitude, notamment quand ses discours admettent implicitement que son logiciel de pilotage est susceptible de commettre des erreurs, qu'il laissera le soin à un humain de rectifier tant bien que mal, potentiellement dans l'urgence ?

La situation a bien sûr le temps d'évoluer avant la concrétisation de la promesse de Toyota (qui pourra également changer d'avis d'ici là) mais la démarche offre une perspective supplémentaire sur les enjeux de l'assurance automobile de demain. Pour une bonne partie des spécialistes (la majorité ?), la responsabilité de la conduite autonome incombe au constructeur (ou à son fournisseur de logiciel). Mais qu'arrivera-t-il s'il refuse de l'assumer ? Ses voitures seront-elles exclues, donc invendables ?

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  • La banque privée au-delà de la banque
    Comme en écho à la récente enquête de McKinsey sur l'évolution des attentes des clients de la gestion de patrimoine, Citi Wealth ajoute à sa palette de services l'accès à une sélection d'entreprises et d'experts dans sept domaines extra-financiers prioritaires, parmi lesquels les nouveaux enjeux technologiques occupent une place prépondérante.La banque privée affirme observer la même tendance que le cabinet de conseil : les familles (notamment à travers leurs « family offices ») et les personne

La banque privée au-delà de la banque

Par : Patrice
13 septembre 2026 à 22:00
Citi
Comme en écho à la récente enquête de McKinsey sur l'évolution des attentes des clients de la gestion de patrimoine, Citi Wealth ajoute à sa palette de services l'accès à une sélection d'entreprises et d'experts dans sept domaines extra-financiers prioritaires, parmi lesquels les nouveaux enjeux technologiques occupent une place prépondérante.

La banque privée affirme observer la même tendance que le cabinet de conseil : les familles (notamment à travers leurs « family offices ») et les personnes qu'elle sert demandent plus que le pilotage de leur fortune et de leurs biens. Elles souhaitent également être accompagnées dans leurs besoins opérationnels ou dans leurs choix de vie et semblent considérer que leur partenaire financier pourrait assumer ce rôle.

Avec The Specialist Collection, Citi veut donc répondre à ces aspirations. Il n'est cependant pas question pour elle de se lancer dans des aventures tous azimuts, sur des thématiques où elle ne possède aucune expérience ni la moindre légitimité. Alors, elle se fait intermédiaire à forte valeur ajoutée, sans coût supplémentaire, en recherchant les meilleurs fournisseurs disponibles sur les différents métiers qu'elle veut couvrir et, apparemment, en se positionnant ensuite comme entremetteuse pour leur sollicitation.

Si, comme je l'imagine, les secteurs d'intervention retenus sont aussi issus d'une étude attentive des requêtes – latents ou explicites – des clients, ils reflètent des préoccupations qui méritent certainement l'attention. Il n'y a certes guère de surprise à retrouver dans la liste des catégories telles que les voyages personnels et l'aviation, le conseil en matière de santé et de bien-être, le recrutement de dirigeants (pour la sphère professionnelle), la sécurité physique individuelle et autres du même acabit.

En revanche, l'époque contemporaine marque clairement son empreinte avec deux spécialités : l'assistance technologique et la cybersécurité. La première, qui s'adresse principalement aux « family offices », constitue probablement l'indicateur d'une volonté de moderniser les méthodes traditionnelles de gestion de ce genre de « boutique »… qui, à n'en pas douter, exercera à son tour un impact sur la manière dont la banque privée interagit avec ces clients. Des changements de comportement sont prévisibles.

De son côté, la cybersécurité devient un sujet incontournable pour tout le monde et les plus nantis ne sont évidemment pas immunisés. Au contraire, ils peuvent représenter des cibles privilégiées et leur situation particulière exige des moyens de protection adaptés, ultra-personnalisés et aussi peu intrusifs que possible. Indépendamment des efforts de défense de leur banque sur ce qui est sous son contrôle plus ou moins direct, la mise en œuvre d'une couverture efficace constitue un impératif de notre temps.

Avec cette offre gratuite, Citi ne développe pas son modèle économique. Son objectif est ailleurs : dans un contexte de transformation progressive de la gestion de patrimoine et des attentes de sa clientèle, il s'agit avant tout de renforcer la confiance et le sentiment de proximité. Ceux-ci sont ainsi une composante sous-jacente de la prise en compte de demandes aujourd'hui mal satisfaites, notamment hors du champ financier.

Citi Wealth

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  • RBC aux petits soins pour les nouveaux arrivants
    Contrairement à son grand voisin et à la plupart des pays du monde, le Canada reste à ce jour une terre d'accueil pour les étrangers et c'est dans ce contexte que RBC dévoile une offre bancaire dédiée, destinée à faciliter leur arrivée et leur installation sur le territoire… mais qui, malheureusement, trébuche sur la dernière marche de son parcours.Les résidents de Chine, de Hong Kong, d'Inde, des Philippines, du Vietnam, du Costa Rica et de trois petits états des Caraïbes ont donc désormais la

RBC aux petits soins pour les nouveaux arrivants

Par : Patrice
12 septembre 2026 à 22:00
RBC
Contrairement à son grand voisin et à la plupart des pays du monde, le Canada reste à ce jour une terre d'accueil pour les étrangers et c'est dans ce contexte que RBC dévoile une offre bancaire dédiée, destinée à faciliter leur arrivée et leur installation sur le territoire… mais qui, malheureusement, trébuche sur la dernière marche de son parcours.

Les résidents de Chine, de Hong Kong, d'Inde, des Philippines, du Vietnam, du Costa Rica et de trois petits états des Caraïbes ont donc désormais la possibilité d'ouvrir un compte courant jusqu'à 12 mois avant la date prévue pour leur entrée au Canada et d'y déposer jusqu'à 75 000 dollars en une à trois fois. À la seule condition de posséder un justificatif d'identité valide émis par les autorités du pays d'origine, la procédure se déroule entièrement en ligne et prend, en principe, moins de quinze minutes.

Après leur arrivée, les clients pré-enregistrés de la sorte devront activer leur compte, ce qui leur donne immédiatement accès à une carte de crédit, quasiment indispensable pour survivre en Amérique du Nord, délivrée sans score de crédit ou autre analyse de solvabilité, son plafond étant alors déterminé à partir des revenus déclarés (et justifiés). Elle est gratuite au démarrage, tout comme le compte, et (évidemment) accompagnée d'avantages classiques (de type « cashback »), bonifiés durant les premiers mois.

Indépendamment de ses propres objectifs commerciaux avec une population vaste et potentiellement lucrative, l'ambition de RBC est de limiter le stress du déménagement dans une contrée souvent inconnue pour les candidats à l'immigration, permanente ou temporaire. En effet, de nombreuses démarches requièrent un compte bancaire domestique, par exemple pour la perception des salaires ou encore afin de faciliter la fourniture du document de preuve de fonds exigé pour la délivrance d'un visa.

RBC Nouveal Arrivant

La solution présente tout de même un défaut gênant, à savoir cette étape imposée d'activation après le débarquement sur le sol canadien. Non seulement le passage obligatoire dans une agence de l'établissement, probablement pour la validation de l'identité du bénéficiaire réel, paraît-il un peu saugrenu, il empêche surtout de profiter pleinement du compte pré-ouvert avant le franchissement de la frontière, alors qu'il serait utile pour certains actes (le règlement des frais d'inscription à l'université, au hasard).

Malgré ce petit couac, l'initiative de RBC est une excellente illustration d'une approche centrée sur les attentes des clients et elle se traduit par d'autres attentions à l'intention de cette population de nouveaux arrivants, telles que la disponibilité de conseillers – dont une bonne partie ont d'ailleurs connu cette situation de première découverte d'un pays étranger – couvrant 200 langues différentes, pour une communication plus efficace (encore faudra-t-il parvenir à localiser celui dont on a besoin à tout moment).

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  • L'agent d'Alipay automatise le café du matin
    À l'occasion d'une conférence qui se tenait à Shanghai, Alipay présentait, en collaboration avec Starbucks, un nouveau service implémenté par son agent IA Ah Bao, permettant, par exemple, de commander un café tous les matins à 10 heures et plus généralement, à terme, d'exécuter diverses tâches sur demande.Lancé en juin dernier, Ah Bao propose déjà des milliers de services pilotés par l'intelligence artificielle maison, allant de la simple recherche d'information – dans des domaines aussi varié

L'agent d'Alipay automatise le café du matin

Par : Patrice
11 septembre 2026 à 21:30
Alipay
À l'occasion d'une conférence qui se tenait à Shanghai, Alipay présentait, en collaboration avec Starbucks, un nouveau service implémenté par son agent IA Ah Bao, permettant, par exemple, de commander un café tous les matins à 10 heures et plus généralement, à terme, d'exécuter diverses tâches sur demande.

Lancé en juin dernier, Ah Bao propose déjà des milliers de services pilotés par l'intelligence artificielle maison, allant de la simple recherche d'information – dans des domaines aussi variés que les loisirs, les sorties, la mobilité, le voyage, les soins vétérinaires… – à la possibilité d'exécuter des opérations – héler un taxi autonome, régler une facture… Avec sa dernière démonstration, il devient aussi capable de prendre en charge des commandes de bout en bout, y compris pour une date future.

En pratique, l'utilisateur exprime son besoin en langage naturel dans l'application dédiée, soit, dans la démonstration : « prépare-moi un latte glacé tous les matins à 10 heures ». Si nécessaire, l'outil lui demande des informations complémentaires. Une fois l'ordre confirmé, il assume en totale autonomie sa transmission à Starbucks, son paiement et émet un rappel lors de chaque occurrence. Une option autorise bien sûr la modification ou l'annulation de la tâche à tout moment (mais pourquoi pas via la conversation ?).

Alipay x Starbucks

Aussi séduisantes qu'elles paraissent (à certains consommateurs), ces évolutions technologiques soulèvent quelques sérieuses questions sociétales… Le modèle qu'esquisse Alipay, comme tous les promoteurs forcenés de l'IA, tend vers un monde de robots : les clients ne communiquent presque plus qu'avec des agents, des machines dirigent les employés des entreprises, en attendant de les remplacer entièrement, et la « livraison », surtout dans le cas des partenaires privilégiés du géant chinois (McDonald's, KFC…), est industrialisée à outrance. Une telle perspective, focalisée exclusivement sur la productivité maximisée, fait-elle rêver tant de personnes ?

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  • Un compte au Crédit Agricole dès 10 ans
    En plein rattrapage de son retard « digital », le Crédit Agricole ajoute désormais à sa nouvelle capacité d'ouverture de compte 100% en ligne une option – en partie inédite en France – accessible aux enfants de ses clients, à partir de 10 ans, qui vient donc compléter le livret d'épargne proposé dès la naissance, beaucoup plus ancien.Les deux gammes de produits sont maintenant ouvertes à la souscription, de bout en bout, depuis l'application mobile de l'enseigne. Gratuite jusqu'à la majorité, l

Un compte au Crédit Agricole dès 10 ans

Par : Patrice
10 septembre 2026 à 21:30
Crédit Agricole
En plein rattrapage de son retard « digital », le Crédit Agricole ajoute désormais à sa nouvelle capacité d'ouverture de compte 100% en ligne une option – en partie inédite en France – accessible aux enfants de ses clients, à partir de 10 ans, qui vient donc compléter le livret d'épargne proposé dès la naissance, beaucoup plus ancien.

Les deux gammes de produits sont maintenant ouvertes à la souscription, de bout en bout, depuis l'application mobile de l'enseigne. Gratuite jusqu'à la majorité, l'offre de compte courant est assortie d'une carte de paiement, qui peut également être dématérialisée sur le téléphone du bambin. Naturellement, les parents disposent d'une totale visibilité sur l'activité de leur progéniture avec son argent, ainsi que de fonctions classiques de suivi des opérations et diverses possibilités de contrôles personnalisés.

La banque verte justifie son initiative par la nécessité d'apprendre au plus tôt les ficelles de la gestion financière… sans oublier de vanter le côté pratique pour les adultes de disposer d'un moyen simple de distribuer l'argent de poche (et d'en surveiller l'utilisation). En soutien à son premier argument, l'enfant aura tout intérêt à installer l'application du Crédit Agricole sur son propre « smartphone » afin d'y retrouver les services de pilotage budgétaire qui l'aideront à parfaire son apprentissage.

Crédit Agricole – Un Compte à 10 Ans

Le prétexte de l'éducation financière présente certes une certaine légitimité mais, en l'état, l'approche retenue est handicapée par une implémentation défaillante sur ce plan. De toute évidence, la consultation des transactions réalisées, en temps réel, ou les alertes lors de mouvements importants (par exemple la réception d'un versement, j'imagine) sont ridiculement insuffisants pour une démarche pédagogique sérieuse. Et si l'effort est reporté sur les parents, il leur faut un minimum d'accompagnement.

La littératie financière constitue un enjeu majeur dans les sociétés numériques du XXIème siècle, où l'argent, ayant perdu toute matérialité, n'est plus représenté que par des chiffres sur un écran. À défaut de continuer à donner des billets et des pièces aux enfants, afin de leur inculquer la notion initiale de ce qui rentre, ce qui sort et ce qui reste de leur cagnotte (revenus, dépenses, épargne), une méthode éducative adaptée est indispensable pour prétendre participer à la formation des futures consommateurs.

Sans cette composante critique, une offre de produit bancaire pour de très jeunes enfants ne relève que d'une démarche commerciale, dont on peut alors débattre de son caractère éthique, quand bien même les adultes conservent un droit de regard.

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  • Le bien-être financier devient incontournable
    En Amérique du Nord, le bien-être financier comme avantage salarié prend de l'ampleur depuis quelques années. Une initiative un peu saugrenue de la part de PNC Bank tend à démontrer que le sujet est désormais incontournable et répond à une attente majeure des consommateurs… que l'industrie a encore du mal à appréhender.J'admets que mon raisonnement est légèrement tiré par les cheveux mais l'histoire nous enseigne que les concepts saillants, ceux qui marquent leur époque, passent toujours par un

Le bien-être financier devient incontournable

Par : Patrice
9 septembre 2026 à 21:30
PNC Bank
En Amérique du Nord, le bien-être financier comme avantage salarié prend de l'ampleur depuis quelques années. Une initiative un peu saugrenue de la part de PNC Bank tend à démontrer que le sujet est désormais incontournable et répond à une attente majeure des consommateurs… que l'industrie a encore du mal à appréhender.

J'admets que mon raisonnement est légèrement tiré par les cheveux mais l'histoire nous enseigne que les concepts saillants, ceux qui marquent leur époque, passent toujours par une phase de « blanchiment », c'est-à-dire leur adoption superficielle par des acteurs pressés de se donner une image avant-gardiste, sans faire l'effort d'une implémentation sérieuse, voire sans même comprendre ce dont il est question. Voilà donc le premier signe de l'atteinte de ce stade pour le bien-être financier.

Historiquement, le domaine était l'apanage de spécialistes des avantages pour les salariés, d'abord jeunes pousses (dont la regrettée Kaira, au Québec) puis entreprises établies, en complément d'offres plus globales pour ces dernières. Désormais, une banque vient donc se positionner, ce qui semble légitime au premier abord : quoi de plus logique qu'un établissement dont le métier est de fournir des services financiers pour aider ses clients – ou la population – à se sentir en confiance avec leur argent.

Hélas, PNC usurpe sans vergogne le principe du bien-être aux seules fins de développer ses ventes. Sous le nom Workplace Advantage, elle propose en effet aux entreprises de plus de 100 employés de distribuer son compte bancaire classique, assorti du programme de récompenses normalement réservé à ceux qui justifient de plus de 25 000 dollars de dépôt, de contenus pédagogiques en ligne, de conférences éducatives et d'un accès à des conseillers supposés experts de la thématique.

PNC Workplace Advantage

Cet assemblage relativement classique dans bien des banques a-t-il la moindre chance d'infléchir les tristes statistiques sur l'impact des soucis d'argent sur la productivité des collaborateurs – entre autres les plus de 3 entreprises sur 4 qui constatent l'effet du stress de leurs effectifs sur leurs opérations ou les 4 heures par semaine, en moyenne, que passent les travailleurs à penser à leur situation au lieu de se concentrer sur leur mission ? C'est peu vraisemblable. Mais les employeurs pourront le mesurer !

L'accompagnement du bien-être financier demande beaucoup plus pour être efficace, notamment en termes de coaching de proximité, adapté au contexte de chaque individu. Que PNC Bank s'approprie l'expression afin de déguiser une offre extrêmement banale, en espérant de la sorte lui redonner du lustre est typique des démarches trompeuses affectant les idées émergentes dont le seul nom suffirait à séduire les clients. Si le bien-être financier se trouve aujourd'hui dans cette position, c'est une preuve de l'importance qu'il revêt et c'est de bon augure pour son développement « sincère ».

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  • La banque en ligne de mire pour Lydia
    Quinze ans après ses débuts et quelques épisodes mouvementés, Lydia Solutions annonce aujourd'hui atteindre la rentabilité pour l'ensemble de ses activités – échanges d'argent et comptes de paiement – et profite de l'occasion pour exposer sa vision d'avenir, qui passera par l'acquisition d'une licence bancaire de plein exercice.Le jalon est extrêmement important, pour la jeune pousse, bien sûr, mais aussi comme une illustration de la manière par laquelle la FinTech – celle des origines, pas cel

La banque en ligne de mire pour Lydia

Par : Patrice
8 septembre 2026 à 21:33
Sumeria
Quinze ans après ses débuts et quelques épisodes mouvementés, Lydia Solutions annonce aujourd'hui atteindre la rentabilité pour l'ensemble de ses activités – échanges d'argent et comptes de paiement – et profite de l'occasion pour exposer sa vision d'avenir, qui passera par l'acquisition d'une licence bancaire de plein exercice.

Le jalon est extrêmement important, pour la jeune pousse, bien sûr, mais aussi comme une illustration de la manière par laquelle la FinTech – celle des origines, pas celle qui se contente de créer des produits technologiques pour l'industrie financière – est réellement capable de révolutionner les modèles économiques en vigueur depuis la nuit des temps. Qu'on y réfléchisse : Sumeria, la marque qui portera ses ambitions bancaires futures, parvient à l'équilibre à peine plus de deux ans après son lancement.

Certes, elle n'est pas partie de rien et s'est appuyée sur l'expertise et les composants élaborés dans le cadre de l'application de règlements entre proches Lydia. Mais elle existe maintenant comme une solution financièrement autonome, exclusivement grâce à son compte courant dont, notamment, un client sur cinq choisit l'offre payante, dans une tendance qui voit en outre de plus en plus d'utilisations comme compte principal, ce que reflète un autre chiffre : 26 paiements mensuels par carte émise, en moyenne.

La recette du succès comporte deux composantes essentielles, qui valident brillamment toutes les promesses de la FinTech telle qu'elle est née vers 2007-2008. Il s'agit d'abord d'offrir aux consommateurs (en l'occurrence) une expérience incomparable, toujours pensée selon leur point de vue. Deuxième point, la maîtrise technique inscrite au cœur de l'entreprise lui procure un avantage extraordinaire sur ses coûts structurels… ce qui facilite évidemment sa capacité à créer un modèle profitable.

Dans ce contexte et plus particulièrement au vu des attentes de ses clients les plus fidèles (dont, en priorité, ceux qui gèrent l'essentiel de leur relation à l'argent avec Sumeria), Lydia Solutions souhaite donc passer à l'étape suivante et proposer en propre, dans la continuité de sa stratégie, un catalogue de produits plus complet, incluant par exemple crédit, épargne, investissement… Pour cette raison, elle a entamé en 2025 les démarches en vue d'obtenir un agrément d'établissement de crédit.

En filigrane, la licorne réagit d'une certaine manière (en la citant explicitement) à l'annonce récente par Revolut de sa toute nouvelle licence en France. Cette dernière démontre que l'initiative n'est pas une chimère. Plus important, je pense, elle constitue un défi à relever pour Lydia, de s'imposer comme un concurrent sérieux à ce qui ressemble à un rouleau compresseur mondial aux plus de 80 millions de clients. Le pari est ambitieux mais pas si fou qu'il y paraît : l'ancrage local a aussi de la valeur !

Sumeria

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  • Flock : quel niveau de surveillance êtes-vous prêts à tolérer ?
    Aux Etats-Unis, la fronde contre le développement des détecteurs automatiques des numéros de plaques d’immatriculations est forte. Si quelques caméras Flock ont été vandalisées, ce sont surtout nombre de conseils municipaux abonnés au système qui rejettent et résilient leurs contrats avec l’entreprise qui les installe, suite notamment aux révélations de l’utilisation du système par l’ICE, la police qui de l’immigration américaine, qui s’en sert pour traquer les étrangers sans lien avec des infra

Flock : quel niveau de surveillance êtes-vous prêts à tolérer ?

8 septembre 2026 à 07:00

Aux Etats-Unis, la fronde contre le développement des détecteurs automatiques des numéros de plaques d’immatriculations est forte. Si quelques caméras Flock ont été vandalisées, ce sont surtout nombre de conseils municipaux abonnés au système qui rejettent et résilient leurs contrats avec l’entreprise qui les installe, suite notamment aux révélations de l’utilisation du système par l’ICE, la police qui de l’immigration américaine, qui s’en sert pour traquer les étrangers sans lien avec des infractions de circulations. 

Pour faire face à la fronde, Flock a fini par réagir et a annoncé une série de changements dans les modalités de partage d’information avec les forces de l’ordre américaine. Des changements surtout cosmétiques, ironise Gizmodo. L’entreprise, en effet, propose désormais que par défaut, la durée de conservation des informations passe de 30 à 7 jours. Mais en fait, précise l’entreprise, « les forces de l’ordre peuvent prolonger ou réduire cette période. Chaque collectivité continuera de choisir la durée de conservation adaptée à sa stratégie de sécurité publique et conforme aux politiques locales ou étatiques. » Elle annonce également un dispositif supplémentaire (le mode « Preuve ») qui permettra à la police de conserver « des données LAPI (systèmes de Lecture automatisée de plaques d’immatriculation) spécifiques à titre de preuve pour une enquête en cours, dans un stockage à long terme ». L’ACLU (American Civil Liberties Union) a publié une réponse moqueuse (« Flock semble davantage viser à résoudre un problème d’image qu’à s’attaquer aux atteintes majeures à la vie privée et aux autres préjudices engendrés par ses produits ») et maintient sa campagne invitant les citoyens à agir pour « se débarrasser du Flock » (Get the Flock out). L’Institut pour la Justice a pour sa part publié une base de données pour recenser les abus d’utilisation des systèmes de lecture automatisée de plaques d’immatriculation. L’ACLU rappelle que si Flock souhaite évaluer l’efficacité de son outil et notamment mieux surveiller les usages abusifs qu’en fait la police, l’entreprise devrait le soumettre à l’analyse d’un évaluateur indépendant. Flock a déjà par le passé annoncé des mesures de sécurité liées au motif de recherche, mais elles n’ont produit aucune amélioration, bien au contraire. Comme, le rappelle Gizmodo, « il est difficile d’imaginer qu’une personne prête à détruire une caméra Flock changera d’avis simplement parce que la durée recommandée de conservation des données passe de 30 à 7 jours ». 

Dans un entretien à la BBC, le PDG de Flock, Garrett Langley, ajoute qu’il s’est rallié à l’idée d’organisations telles que l’ACLU et l’Electronic Frontier Foundation (EFF), selon lesquelles la police devrait disposer d’un numéro de dossier en cours pour pouvoir consulter les données de Flock. Pour Cooper Quentin, de l’EFF, « les requêtes dans les bases de données [de lecteurs automatiques de plaques d’immatriculation], devraient impérativement faire l’objet d’un mandat judiciaire ». Ce n’est pas le cas. 

Alors que le gouvernement américain surveille activement sur les réseaux sociaux les publications anti-Flock devenues virales, rapporte 404 media, et menace le site DeFlock, qui cartographie la présence des caméras, son initiateur, Will Freeman, rappelle qu’il n’a jamais appelé à neutraliser les caméras ni à masquer les plaques d’immatriculation, contrairement à ce qu’affirment les récents bulletins des forces de l’ordre. Le vandalisme montre surtout que les gens sont mécontents de voir ces systèmes installés à leur insu ou sans leur consentement. Mais le sabotage semble surtout assez anecdotique, bien moindre en tout cas que la contestation qui pousse les citoyens à demander des comptes aux autorités locales qui tissent des partenariats avec l’entreprise Flock. 

Comme l’explique une enquête de New Republic sur la montée de la contestation contre les systèmes de caméras LAPI, « Flock constitue un système de surveillance de masse d’une puissance – et d’une rentabilité – stupéfiante. Ses caméras LAPI sont utilisées par plus de 1 000 entreprises et environ un tiers des 18 000 services de police des États-Unis ». L’ACLU l’estime à le nombre de caméras de surveillance des plaques d’immatriculations déployées aux Etats-Unis à 90 000. Quant à l’entreprise, elle a généré un chiffre d’affaires de 285 millions de dollars en 2024. Le géant du capital-risque Andreessen Horowitz a récemment valorisé l’entreprise à 7,5 milliards de dollars. 

Alors qu’il valorise son entreprise en promettant rien de moins que l’élimination de la criminalité des Etats-Unis d’ici une décennie, l’année dernière, Garrett Langley a qualifié DeFlock d’« organisation terroriste ». A l’heure où les actions de résistance anti-tech sont devenues, aux Etats-Unis, une menace terroriste, Will Freeman répond que son site, DeFlock, est surtout un outil de transparence. 

Les études (2019 et 2024), jusqu’à présent, montrent surtout que l’efficacité des caméras à prévenir le crime est plus que douteuse. « En 2022, l’entreprise s’est vantée que ses caméras à San Marino, en Californie, avaient entraîné une baisse de 80 % des cambriolages en cinq mois ; Forbes a révélé par la suite que les cambriolages avaient en réalité augmenté dans les années suivant l’installation des caméras de Flock ». « Même si les caméras et le réseau de surveillance de Flock contribuent à élucider certains crimes, les critiques estiment que le prix à payer en matière de vie privée est trop élevé. La police a été prise en flagrant délit d’utilisation illégale des données de Flock pour localiser une femme cherchant à avorter, pour traquer et harceler des individus, surveiller des manifestations ou prêter main-forte aux services d’immigration de l’ICE pour arrêter des individus depuis de simples suspiscions. » 

« Au minimum, cette surveillance de masse implique le suivi, sans mandat, de toute personne circulant sur la voie publique », a averti l’ACLU. « Au pire, elle instaure un État policier numérique où les forces de l’ordre […] peuvent traquer manifestants, opposants politiques, immigrés, patients et autres personnes non soupçonnées de crime, et utiliser ces informations pour leur nuire. »

Une contestation de droite comme de gauche

Sous la pression populaire d’opposants à Flocks, locaux et actifs, « Austin, au Texas, a suspendu son programme Flock en juin dernier face à la contestation locale, tandis qu’Evanston, dans l’Illinois, y a mis fin en août. Selon la NPR, au moins 30 localités « ont soit désactivé leurs caméras Flock, soit annulé leurs contrats depuis le début de l’année 2025 ». » A Ithaca, les manifestations ont fait reculer la police. Par des pétitions, des interventions publiques et des tribunes dans la presse locale, le collectif local, Flock Off, a quelque peu freiné les activités de l’entreprise. En octobre, le bureau du shérif du comté a cessé de partager les données Flock avec les comtés collaborant avec l’ICE. En février, suite à une  manifestation devant l’hôtel de ville, la police locale a réduit le nombre de services avec lesquels elle partageait les données. « À bien des égards, cela prouve qu’au niveau local, la démocratie peut encore fonctionner », estime le responsable du groupe Flock Off local. Le prochain objectif de Flock Off est de faire résilier purement et simplement le contrat passé avec la ville.

« Si les groupes opposés à Flock émergent généralement de bastions progressistes, certains États dirigés par des républicains ont également pris des mesures pour restreindre la surveillance par ces systèmes. Les libertariens, en particulier, s’opposent à Flock : le magazine libertarien Reason a publié plusieurs articles critiquant l’entreprise, qu’il accuse de mener un programme de surveillance de masse orwellien », rapporte New Republic. 

Le New York Times s’est également intéressé à « ces caméras que la police adore et que les citoyens détestent ». Au Texas, rapportent les journalistes Fernando Alfonso III et Kashmir Hill, « il est un point sur lequel progressistes et conservateurs s’accordent : ils ne veulent pas de caméras braquées sur leurs voitures ». Pourtant, les Américains sont habitués à la vidéosurveillance. « Ils en installent sur leurs sonnettes et les acceptent au coin des rues, dans les bureaux et les restaurants ». Mais, ce qui distingue les caméras Flock, rappellent les journalistes, « c’est qu’elles sont connectées entre elles, formant un vaste réseau national interrogeable ; cette situation surprend souvent les habitants – qui ignoraient que leurs autorités locales avaient souscrit à ce service – et suscite des craintes d’une surveillance digne de « Big Brother ». De plus, il est difficile de ne plus les voir une fois qu’on a commencé à les remarquer. » Le Texas est devenu un baromètre, estiment les journalistes. « Flock a commencé à vendre ses services aux services de police début 2020, en installant quelques dizaines de caméras dans une banlieue de Houston. Six ans plus tard, 700 services de police texans ont passé contrat avec l’entreprise. L’opposition regroupe des progressistes inquiets de la surveillance gouvernementale, des conservateurs méfiants à l’égard de l’extension du pouvoir de l’État, ainsi que des citoyens et des élus soucieux de leur vie privée et préoccupés par les possibles dérives du réseau. » A l’image de Hannah Foust, qui vit à Carrollton (Texas), qui a commencé à publier des messages sur les lecteurs de plaques d’immatriculation dans des groupes Reddit et a lancé une pétition en ligne pour obtenir le retrait de ces caméras de sa commune. Devant le conseil municipal, elle explique : « Je ne commets aucun délit, mais je ne veux pas nécessairement que quiconque – et encore moins des agences gouvernementales ou une entreprise privée – puisse voir où je dépose mes enfants, quel itinéraire je privilégie pour me rendre au travail, si je préfère H-E-B ou Kroger, ou quel lieu de culte je fréquente. » À travers le Texas, l’opposition à ces caméras transcende les clivages partisans. Les contrats de Flock ont ​​été résiliés aussi bien à Austin, ville progressiste, qu’à Bandera, une localité conservatrice de la région de Hill Country comptant environ 900 habitants. « Au Congrès, Keith Self, un républicain dont la circonscription se situe au nord de Dallas, a déposé un projet de loi en juillet. Ce texte imposerait aux agences fédérales chargées de l’application de la loi d’obtenir un mandat avant d’accéder aux données collectées par les systèmes de surveillance étatiques et locaux – notamment les lecteurs de plaques d’immatriculation – ou de les interroger. » Pour un colonel de l’armée à la retraite et ancien juge de comté, « nous sommes en train de basculer vers un État de surveillance », estime-t-il, en flirtant avec des dénonciations que l’on retrouve dans les pire propos conspirationnistes d’extrême-droite, comme ceux que colporte, à longueur d’émission, la War Room de Steve Bannon.

Flock, la plateforme d’hypersurveillance des déplacements

« Flock facture environ 3 000 dollars par caméra et par an, a précisé M. Langley. En contrepartie, l’entreprise installe et entretient les caméras, fournit une base de données consultable répertoriant tous les véhicules qui passent devant elles et envoie des alertes si les caméras repèrent des voitures figurant sur une liste de surveillance prioritaire – comme la base de données du FBI recensant les véhicules volés et les plaques d’immatriculation associées à des personnes disparues ou recherchées. Ces dernières années, grâce aux progrès de l’intelligence artificielle, Flock a ajouté une fonctionnalité permettant de rechercher des voitures en fonction de leur marque, de leur type, de leur couleur ou de détails spécifiques, tels que des autocollants sur le pare-chocs ou des dommages visibles.» 

« Pour effectuer une recherche, les agents précisent le type de délit, allant de la cruauté envers les animaux à l’homicide. Ils saisissent ensuite un numéro de plaque d’immatriculation ou une description du véhicule ainsi qu’un lieu, ou optent simplement pour l’option par défaut : « Tous les réseaux sélectionnés ». La recherche affiche les images des voitures correspondantes, en indiquant précisément l’heure et le lieu où elles ont été repérées, ainsi que le service de police auquel appartenaient les caméras. Par défaut, les photos prises par les caméras sont supprimées au bout de 30 jours, bien que les services de police puissent modifier la durée de conservation.

Si un service de police souhaite accéder à d’autres caméras ailleurs dans l’État ou dans le pays, il doit partager l’accès aux siennes. La plupart des organismes effectuent des recherches et partagent des informations à l’échelle nationale. » 

L’éditorialiste et animateur de télévision de droite radicale américain Tucker Carlson, qui pourrait être candidat à la prochaine élection présidentielle américaine, s’est récemment moqué de l’assimilation faite par M. Langley entre un projet de cartographie participative et le terrorisme. Carlson a déclaré n’avoir pris conscience que récemment de l’ampleur du réseau Flock après avoir consulté le site de DeFlock ; il a confié au New York Times que cette découverte l’avait « horrifié ». Il s’est dit surpris qu’un système de surveillance aussi vaste ait pu se développer en suscitant si peu d’attention de la part du public… Tant et si bien que le PDG de Flock a depuis présenté ses excuses pour ses propos assimilant le site DeFlock au terrorisme. 

« Que l’on soit libertarien, conservateur, partisan du mouvement MAGA ou progressiste, tout le monde a des objections à l’encontre de Flock », a déclaré Chad Marlow de l’ACLU. Reste que si l’opposition au Texas attire peut-être l’attention, elle n’a pas freiné la croissance de Flock. À travers l’État, de nouvelles villes signent des contrats plus rapidement que d’autres ne les résilient, a indiqué Jennifer Szimanski, porte-parole de la Combined Law Enforcement Associations of Texas, un syndicat de police représentant plus de 28 000 agents. Selon elle, la raison repose sur les résultats impressionnants du réseau. Certains services de police texans ont retrouvé des centaines de véhicules volés après avoir installé ces caméras, a-t-elle précisé, et dans les petites municipalités, les vols dans les véhicules ont pratiquement cessé. Pour elle, le risque d’utilisation abusive du système par les policiers texans n’était pas plus élevé qu’avec les autres bases de données auxquelles ils ont accès, et que Flock fournissait un historique de chaque recherche, précisant qui l’avait effectuée et pour quel motif.

La possibilité de rechercher n’importe quel véhicule circulant sur les routes du pays est certes pratique pour les autorités, mais Barry Friedman, professeur de droit et directeur du Policing Project, soutient que la création d’une vaste base de données sur les déplacements des Américains est inconstitutionnelle : « il s’agit d’une collecte de données indiscriminée, et non d’une surveillance ciblant des infractions spécifiques ». « Si le quatrième amendement existe, c’est parce que l’on estimait que le gouvernement ne devrait pas pouvoir s’en prendre à n’importe qui, même en l’absence de tout acte répréhensible. » 

Jusqu’à présent, les tribunaux ont rejeté cette interprétation, tout en laissant entendre que la situation pourrait évoluer à mesure que la technologie se généralise. Dans une affaire où des habitants avaient poursuivi la ville de Norfolk (Virginie) pour l’installation de 172 caméras Flock, un juge fédéral a statué que les lecteurs de plaques pourraient un jour devenir si omniprésents que leur utilisation s’apparenterait à une surveillance de masse indiscriminée et inconstitutionnelle, mais que ce n’était pas encore le cas. « Je ne pense pas que les juges réalisent que le pays est désormais couvert par ces dispositifs et qu’ils sont tous interconnectés », a déclaré Sid Thaxter, de l’Association nationale des avocats de la défense pénale.

En attendant, la police américaine invite les agents à ne plus mentionner le fait qu’ils ont eu recours à une technologie de détection automatique des numéros de plaques d’immatriculations dans leur rapports ou auprès des personnes qu’ils appréhendent, rapporte 404media. « Lorsque les forces de l’ordre utilisent Flock pour procéder à une arrestation dans le comté de Wapello, en Iowa, elles ne souhaitent pas que la personne concernée le sache. Une politique d’utilisation des caméras de lecture automatique de plaques du comté ordonne explicitement à la police de garder ce dispositif secret. » Un moyen de rendre encore plus invisible les abus que Flock annonce vouloir limiter. 

Pour Tech Policy Press, Jake Laperruque responsable du projet « Sécurité et surveillance » au sein du Center for Democracy & Technology (CDT), « les systèmes de lecture automatisée de plaques d’immatriculation en général, et le fournisseur de premier plan Flock en particulier, sont confrontés à un moment de prise de conscience publique aux États-Unis. Cette technologie de surveillance provoque des réactions négatives majeures dans tout le pays et devient un sujet de campagne majeur ». Mais pour Laperruque, les risques actuels liés à la vie privée liés aux systèmes de détection des plaques d’immatriculation ne sont que la pointe de l’iceberg et vont s’étendre considérablement dans les années à venir. « À moins qu’ils ne soient sérieusement maîtrisés, ces systèmes deviendront un outil de surveillance de masse bien plus répandu qu’aujourd’hui ». La raison, notamment : de nouvelles fonctionnalités ajoutées à Flock à partir d’analyses automatisées par l’agence fédérale des douanes créant des alertes sur des comportements de conduite suspects et signalant des véhicules à arrêter, rapporte AP News. Un comportement innocent au volant, comme prendre une route secondaire, conduire à des heures indues ou se rendre dans un endroit inhabituel, pourrait devenir des motifs de contrôle. 404 media a révélé également que les vidéos captées par les caméras étaient utilisées pour identifier des formes ou des conducteurs. Une fonctionnalité de recherche en texte libre permet de trouver des personnes tatouées ou portant des maillots de sport spécifiques ; ces recherches incluent parfois l’origine ethnique de la personne visée. A terme, connectée à la reconnaissance faciale, elle pourrait permettre de rechercher des personnes partout sur les routes. « Ces systèmes risquent fort de se transformer en un « œil omniscient » permettant de rechercher n’importe quel type de véhicule, d’objet ou de personne, avec la même facilité que nous recherchons aujourd’hui des mots dans un fichier texte ». Reste à savoir s’il faut limiter ce pouvoir par une accréditation judiciaire pour chercher dans ces images, comme le propose Laperruque ou limiter le développement du réseau. 

Wired rappelle que Flock Safety, géant de la surveillance des véhicules, affirme depuis des années que sa technologie « ne peut ni reconnaître, ni identifier, ni suivre des individus ». Ses pages dédiées à la confiance du public assurent aux clients que la technologie est conçue pour des enquêtes spécifiques, au cas par cas, et « non pour surveiller les gens ». Ce n’est plus le cas, notamment via l’ajout d’innombrables outils qui donnent accès « aux métadonnées des caméras, aux dossiers d’arrestation, aux dossiers d’enquête, aux journaux d’appels, aux résultats d’analyses balistiques ainsi qu’à des bases de données commerciales contenant des numéros de sécurité sociale, dates de naissance, numéros de téléphone, adresses e-mail, informations sur les proches et les associés ». Les requêtes préconfigurées d’OS Investigate, le logiciel de Flock, inversent la logique de recherche. « Un agent n’a plus besoin de plaque, de nom ou d’infraction pour lancer une recherche : il lui suffit d’indiquer un lieu, une période et un schéma comportemental, et le système identifie les personnes correspondant à ces critères. » Pour utiliser ce moteur de recherche, Flock propose des requêtes préconfigurées, comme «« Trouve-moi des témoins en te basant sur les véhicules les plus aperçus dans [tel quartier] au cours des [X derniers jours] durant [telle plage horaire quotidienne] ». Un agent remplit les champs vides et valide la demande. Le résultat est une liste de plaques d’immatriculation que d’autres outils du logiciel convertissent ensuite en noms et adresses de domicile.»

« Dix-neuf de ces requêtes visent à identifier des schémas comportementaux plutôt qu’à consulter un dossier spécifique. Quatorze d’entre elles ne nécessitent ni plaque d’immatriculation, ni nom, ni description physique ; l’agent indique simplement un lieu, un créneau horaire et un comportement.

Certaines requêtes ciblent des véhicules ayant visité au moins trois commerces dans une ville en trois jours, plusieurs banques en une semaine ou plusieurs stations-service entre minuit et 5 heures du matin. Aucune de ces cinq requêtes ne mentionne de cible ou d’incident précis.

L’outil utilisé pour ces recherches intègre un filtre qui exclut les bus, les semi-remorques, les fourgonnettes utilitaires et les remorques ; ainsi, un livreur visitant cinq magasins est retiré de la liste, tandis qu’un conducteur ordinaire effectuant la même tournée y figure toujours. Ce type de recherche s’applique également aux déplacements interurbains : véhicules ayant quitté une ville pour une autre avant d’y revenir dans la semaine, ayant effectué plusieurs allers-retours sur une période de 14 jours ou ayant traversé trois zones successivement.»

Flock se défend en expliquant que ce produit en cours de développement ne proposera pas à terme toutes ces fonctionnalités lors de son lancement commercial. Pour Jay Stanley de l’ACLU : « Nous assistons à un déploiement agressif de l’IA par Flock ; on observe, à certains égards, une frontière très mince entre ce qui est techniquement possible et ce qui est réellement mis en œuvre. » Pour Chad Marlow, avocat à la tête de la campagne « Get The Flock Out » de l’ACLU, le danger est de passer de : « Voyez-vous des schémas criminels ? à Trouvez-moi des schémas criminels, car ces requêtes donneront des résultats différents ». Le risque est de glisser très vite au moment où un agent demandera à une IA quelles personnes elle considère comme les plus susceptibles de commettre des crimes. « Elle ne se fondera pas sur une norme juridique de suspicion criminelle, mais sur ses propres critères internes. » Le code définit déjà les filtres auxquels la requête sera soumise. Le logiciel de Flock associe des recherches de véhicules à des interrogations de fichiers de police classant les individus selon le sexe, la race, l’origine ethnique, la taille, le poids, la corpulence, ainsi que la présence de cicatrices, de marques distinctives et de tatouages. Une fonction permet d’effectuer une recherche uniquement à partir d’une description, en ciblant des enregistrements correspondant à des critères tels que « homme, environ 1,80 m, sweat à capuche noir, tatouage sur l’avant-bras » à proximité d’un lieu donné. L’outil permet à l’agent de délimiter ces critères en choisissant un rayon d’action ou en dessinant des formes libres sur une carte. Selon Stanley, cette pratique s’apparente étroitement à la question examinée par la Cour suprême des États-Unis en juin dernier : la Cour a alors statué que les individus conservent un droit à la vie privée concernant les données retraçant leurs déplacements et que le quatrième amendement s’applique lorsque la police réclame ces informations à une entreprise. Dans le cas présent, les services de police achètent directement cette capacité technologique, ouvrant la voie à des recherches exploratoires (fishing expeditions) d’une ampleur inédite.

L’année dernière, un policier du Texas a effectué des recherches sur plus de 83 000 caméras à travers le pays pour retrouver une femme ayant pratiqué un avortement elle-même, selon des journaux de recherche obtenus initialement par 404 Media. Une enquête récente du Washington Post a révélé qu’une cinquantaine d’agents de police avaient été inculpés ou accusés d’usage abusif des systèmes de lecture de plaques d’immatriculation : 26 d’entre eux les utilisaient pour surveiller leur épouse, leur petite amie, leur ex-compagne ou des femmes qu’ils souhaitaient rencontrer. En août dernier, les autorités de régulation de l’Illinois ont conclu que Flock avait enfreint la loi de l’État en menant un programme pilote – aujourd’hui suspendu – qui donnait au service des douanes et de la protection des frontières accès aux caméras situées dans l’État.

Flock laisse à ses clients le soin de définir la plupart des règles. Les responsables des services décident qui obtient des identifiants, si les données des caméras doivent être partagées au-delà des limites de la ville ou de l’État, et s’il convient d’activer les paramètres proposés par l’entreprise pour prévenir les abus. L’outil d’audit, conçu pour repérer les schémas suspects dans les recherches effectuées par un service, a été lancé en avril 2026 en tant qu’option activable par les forces de l’ordre. Or, selon le Washington Post, de nombreux services de police ont jusqu’à présent peu surveillé les recherches qu’accomplissent leurs agents sur ces systèmes.

L’Electronic Frontier Foundation a examiné des ensembles de données portant sur plus de 12 millions de recherches enregistrées sur une période de 10 mois ; elle a constaté qu’environ 20 % d’entre elles ne mentionnaient qu’un terme vague tel que « enquête », « suspect » ou « requête ». Plus de 50 services ont effectué des centaines de recherches dont le champ « motif » faisait référence à des manifestations.

Comment réguler le changement de nature de la surveillance ?

« Flock ambitionne bien au-delà de la simple lecture automatique des plaques d’immatriculation ; l’objectif est de devenir une plateforme numérique pour le maintien de l’ordre », explique Bob Ferguson, gouverneur de Washington, à l’origine d’une proposition de loi pour réguler le déploiement des caméras. « Nous sommes à l’aube de l’ère de la police automatisée et la capacité à créer des chatbots en langage naturel capables d’effectuer des recherches dans d’immenses bases de données deviendra bientôt la norme. »

Pour Jason Pye, du Due Process Institute, il y a peu de preuves que ces technologies contribuent à faire baisser la criminalité. Il rappelle que, contrairement à ce qu’affirme l’administration Trump, la criminalité violente américaine est en baisse depuis les années 90 (758,2 crimes pour 100 000 habitants en 1991 contre 348,6 en 2024). La raison de cette baisse n’est pas unique, elle n’est pas liée uniquement à l’augmentation de l’incarcération (qui s’est stabilisée dans les années 2000 alors que la criminalité a continué à chuter), mais également à l’amélioration des perspectives économiques, aux mutations des marchés de la drogue, voire même au vieillissement de la population. Si des études montrent que les LAPI peuvent aider la police à identifier des véhicules volés, à générer des pistes d’enquête et, parfois, à élucider des crimes. Établir qu’ils jouent un rôle significatif dans la baisse de la criminalité observée après 2020 est une tout autre affaire, bien plus complexe à démontrer. 

Et Pye de citer deux études portant sur l’effet des LAPI : la première note que le déploiement à Atlantic City est associé à une baisse des fusillades, des vols de véhicules et des atteintes aux bien, mais sans reconnaître que le déploiement des caméras puisse être le seul facteur explicatif. La seconde passe en revue l’ensemble des recherches sur le sujet et montre que les preuves que ces systèmes génèrent des avantages plus larges en matière de lutte contre la criminalité restent mitigées. Pye observe ensuite Atlanta, qui compte plus de 3000 systèmes Flock. Or, malgré ce réseau de surveillance sans précédent, les taux d’élucidation des crimes ne se sont pas améliorés. « Par exemple, une arrestation a eu lieu dans 54,3 % des cas d’homicide en 2021. En 2025, seuls 48 % des homicides ont été élucidés. Il existe toutefois des catégories de crimes pour lesquelles les taux d’élucidation se sont améliorés, notamment les cambriolages et les vols dans des véhicules. » De plus, malgré l’un des plus importants réseaux de surveillance des Etats-Unis, le taux de crimes violents à Atlanta a augmenté entre 2024 et 2025 (mais a beaucoup diminué, elle aussi, depuis au moins 2011). Cela ne signifie pas que les LAPI n’apportent rien à la sécurité publique, estime Pye. Ils peuvent être efficaces pour certaines tâches ou certains crimes, mais cela ne signifie pas qu’ils soient à l’origine de la baisse de la criminalité aux Etats-Unis. Et quand bien même ce serait le cas, la question de savoir quel niveau de surveillance l’Amérique est-elle prête à accepter en contrepartie de sa sécurité reste entière, estime Pye. Qui rappelle qu’avec ces systèmes, « il n’est pas nécessaire d’être soupçonné d’un crime pour que les autorités disposent potentiellement d’un relevé indiquant que votre voiture se trouvait à proximité d’une manifestation politique, d’une église, d’une armurerie, d’une clinique médicale ou du domicile d’un tiers. Il s’agit d’une forme de surveillance fondamentalement différente de celle d’un policier vérifiant ponctuellement une plaque d’immatriculation sur l’autoroute ». Le problème, c’est bien le caractère amplificateur de la surveillance que produit la mise en réseau des caméras et la possibilité de les interroger. « Cette situation soulève des questions quant aux personnes habilitées à consulter ces données, aux justifications requises pour effectuer une recherche, à l’étendue du partage de l’information, à la durée de conservation des données et aux conséquences d’une utilisation abusive du système – une éventualité inévitable. Ces questions ne disparaissent pas pour autant du simple fait que les systèmes de lecture automatique de plaques d’immatriculation aident parfois la police à élucider des crimes. » Reste que c’est « une chose qu’un agent de police voit votre voiture traverser un carrefour. C’est tout autre chose qu’un réseau de caméras enregistre discrètement chaque apparition de votre véhicule, stocke ces informations et les rend consultables dans le temps et entre différentes juridictions ». « La question est de savoir si le gouvernement devrait pouvoir exploiter des millions, voire des milliards, d’observations publiques ordinaires et légales pour en faire une carte détaillée et consultable des déplacements des personnes, sans aucun soupçon individualisé ni contrôle significatif ». 

« Supposons que des preuves plus solides finissent par démontrer que Flock prévient certains crimes. Je resterais néanmoins mal à l’aise avec ce compromis. La sécurité publique est importante, certes, mais ce n’est pas le seul critère essentiel dans une société libre. Le respect de la vie privée et l’autonomie sont tout aussi importants. Pouvoir vaquer à ses occupations quotidiennes sans que le gouvernement n’enregistre discrètement ses déplacements est fondamental. Les caméras de Flock ne se limitent pas aux personnes soupçonnées d’avoir commis des crimes. Elles collectent des informations sur tous les automobilistes qui passent devant elles, dont l’immense majorité n’a absolument rien fait de mal.

Bien sûr, ces informations peuvent être utiles à la police. C’est précisément ce qui rend la question si complexe. Presque n’importe quel système de surveillance peut améliorer la sécurité publique s’il fournit au gouvernement davantage d’informations sur nous. Installez suffisamment de caméras à des endroits stratégiques, conservez suffisamment de données et donnez-y accès à un nombre suffisant d’agences : tôt ou tard, ces informations contribueront à résoudre des crimes. L’argument selon lequel « le gouvernement pourrait trouver cela utile un jour » est un critère inacceptable pour déterminer le niveau de surveillance que les Américains sont prêts à tolérer. » Pour Pye, la surveillance omniprésente ne devrait pas devenir une composante normale de la vie américaine. 

Pour The Conversation, le philosophe et criminologue de l’Institut catholique de Lille, Tony Ferri, rappelait que c’est la nature des systèmes de surveillance, quels qu’ils soient, de s’étendre (même si dans son article, il n’évoque pas les dispositifs de lecture automatisés des plaques d’immatriculation). « Un dispositif de contrôle naît pour une cible précise, dans un contexte qui rend son acceptation facile » (…) « puis, par la force de son infrastructure technique désormais disponible, il s’étend, se prolonge, se banalise, bien au-delà de sa justification initiale ». Pris isolément, ces solutions peuvent paraître légitimes. Mais, comme le disait la CNIL elle-même dans un avis de 2022 : « ces outils ne constituent pas une simple évolution technologique, mais une modification de la nature des dispositifs ». Un changement de nature et pas seulement de degré, face auquel nous avons pour l’instant bien peu de réponses pour en limiter la déflagration à l’encontre des libertés publiques.

Ah, oui, les systèmes LAPI se déploient également en France, même si pour l’instant, ce n’est pas avec la même intensité qu’aux Etats-Unis (on compterait 700 lecteurs en France mis en œuvre par la police nationale, la gendarmerie et les douanes, sans compter ceux des municipalités et des acteurs privés, comme les opérateurs de parkings et d’autoroute). Depuis 2024, un système de traitement central a été mis en place. En 2026, le récent projet de loi RIPOST renforce leur utilisation (par exemple à des fins administratives sans avoir à justifier d’une enquête spécifique), étend le régime d’infraction permettant leur consultation ainsi que la durée de conservation des informations à un an, comme s’en inquiétait, bien légitimement, la Quadrature du Net. La plateforme d’hypersurveillance des déplacements se porte bien chez nous aussi !

Hubert Guillaud

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  • Rentrée 2026 : Deviens bénévole pour lutter contre la précarité numérique et sociale
    Inscription à la cantine, abonnement de transport, achat d’un ordinateur… La rentrée, c’est souvent un nouveau départ mais aussi de nombreuses galères numériques qui peuvent devenir de vrais freins pour les personnes qui en sont éloignées. Pour aider les 16 millions de personnes en difficulté sur le numérique, Emmaüs Connect lance un grand appel au bénévolat pour mobiliser de nouveaux volontaires. Comment suivre des études quand on n’a pas les moyens d’acheter un équipement adapté e

Rentrée 2026 : Deviens bénévole pour lutter contre la précarité numérique et sociale

7 septembre 2026 à 09:53

Inscription à la cantine, abonnement de transport, achat d’un ordinateur… La rentrée, c’est souvent un nouveau départ mais aussi de nombreuses galères numériques qui peuvent devenir de vrais freins pour les personnes qui en sont éloignées. Pour aider les 16 millions de personnes en difficulté sur le numérique, Emmaüs Connect lance un grand appel au bénévolat pour mobiliser de nouveaux volontaires.

Comment suivre des études quand on n’a pas les moyens d’acheter un équipement adapté et fonctionnel ? Comment accéder en ligne à ses droits de retraite ou souscrire un abonnement de transport quand on ne possède pas de compétences numériques ? Et comment inscrire son enfant aux services essentiels de son école si l'on ne dispose pas de moyen de connexion ? Lorsque l'on ne maîtrise pas les outils numériques ou que l'on ne possède pas de matériel adapté (ordinateur, tablette, smartphone), ces démarches du quotidien deviennent impossibles. 

En France, 16 millions de personnes sont en difficulté car elles n’ont pas de connexion, n’utilisent jamais Internet ou ne savent pas suffisamment s’en servir. Et cette exclusion numérique touche une large partie de la population où tous les profils sont concernés : étudiants, jeunes en insertion, demandeurs d’emploi, seniors, parents.

Parmi les situations les plus fréquentes, celle des étudiants est particulièrement révélatrice. Chaque année, des milliers d'entre eux commencent leur année universitaire sans ordinateur adapté. Sans matériel numérique, impossible de suivre les cours en ligne, de rendre ses devoirs, d'accéder à la plateforme de son établissement ou simplement de travailler dans de bonnes conditions. Selon l'Observatoire national de la vie étudiante, 26 % des étudiants déclarent rencontrer d'importantes difficultés financières, rendant l'achat d'un ordinateur souvent inaccessible.

Devenir bénévole pour agir concrètement contre l’exclusion numérique

Chaque année, des centaines de bénévoles s’engagent aux côtés d’Emmaüs Connect pour accompagner les personnes en difficulté vers plus d’autonomie numérique. Depuis 13 ans, l’association a aidé plus de 250 000 personnes grâce à son réseau de 1500 bénévoles dans 7 régions de France.

En rejoignant Emmaüs Connect, chacun peut contribuer selon ses envies, son expérience et le temps dont il dispose. Il n'est pas nécessaire d'être un expert en informatique : la motivation, l'écoute et l'envie d'aider sont les qualités les plus importantes.

Des missions bénévoles variées

Dans les lieux d’action de l’association, de nombreuses missions bénévoles sont proposées :

  • accueillir et orienter les publics dans les espaces de solidarité numérique ;
  • animer des ateliers sur le numérique pour apprendre aux personnes débutantes à utiliser un ordinateur, un smartphone ou réaliser leurs démarches en ligne ;
  • répondre aux problématiques spécifiques des personnes lors des accompagnements individuels (accès à leurs droits, à l’emploi, à la mobilité, etc.) ;
  • participer aux distributions solidaires d'ordinateurs, de smartphones ou de tablettes ;
    conseiller les personnes dans le choix d'un équipement adapté à leurs besoins ;
  • participer au réemploi solidaire en reconditionnant des équipements numériques afin de leur offrir une seconde vie ;
  • devenir ambassadeur·rice de l’association et aller à la rencontre des partenaires et nouveaux volontaires pendant des événements.

Pour chaque mission, les bénévoles sont accompagnés et formés par les équipes bénévoles et salariées. Que tu sois actif, étudiant, retraité, il y a forcément une mission pour toi !

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  • Liens vagabonds : L’agent qui navigue plus vite que son ombre
    Le 3 septembre, juste après une panne géante de Grok, Claude et ChatGPT (dont les raisons restent obscures), OpenAI a lancé GPT-6 Astra en le présentant comme l’état de l’art sur l’usage de l’ordinateur et du navigateur, “le modèle le plus intelligent et aligné au monde”. Son président, Greg Brockman, a résumé l’exploit : le […] The post Liens vagabonds : L’agent qui navigue plus vite que son ombre first appeared on Méta-media | La révolution de l'information.

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  • Médias : les 10 choses à retenir de l’été 2026
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Médias : les 10 choses à retenir de l’été 2026

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    Dans de nombreux pays dans le monde, les consommateurs sont officiellement notés sur leur fiabilité financière, ce qui conditionne notamment leur accès au crédit et les modalités qui leur sont appliquées. En France, le système est différent et plus opaque. Mais le spécialiste Algoan permet désormais à chacun de consulter son score.La jeune pousse développe depuis plusieurs années un mécanisme d'évaluation du comportement des personnes (ou des ménages) avec leur argent, que mettent en œuvre de p

Un score de crédit accessible à tous les français

Par : Patrice
7 septembre 2026 à 21:30
Qapso
Dans de nombreux pays dans le monde, les consommateurs sont officiellement notés sur leur fiabilité financière, ce qui conditionne notamment leur accès au crédit et les modalités qui leur sont appliquées. En France, le système est différent et plus opaque. Mais le spécialiste Algoan permet désormais à chacun de consulter son score.

La jeune pousse développe depuis plusieurs années un mécanisme d'évaluation du comportement des personnes (ou des ménages) avec leur argent, que mettent en œuvre de plus en plus d'établissements afin de déterminer leur éligibilité à un prêt. Grâce à Qapso, sa nouvelle marque dédiée, elle ajoute une transparence bienvenue à sa solution en offrant aux utilisateurs de Bankin', l'outil de gestion budgétaire bien connu, la possibilité de découvrir gratuitement comment ils se situent sur cette échelle.

Concrètement, il suffit de connecter ses comptes bancaires dans l'application et une analyse des transactions enregistrées au cours des trois derniers mois produit un score de synthèse, assorti des faits saillants qui le déterminent et de commentaires objectifs, par exemple sur la faculté d'emprunt. Car la large diffusion de la technologie d'Algoan dans l'industrie fait de la réponse de Qapso, basée sur les mêmes algorithmes, une référence sérieuse et légitime en la matière, même si elle n'est pas universelle.

En outre la démarche ne s'arrête pas en si bon chemin. Ceux qui s'intéressent plus à leur santé financière qu'à l'obtention d'un crédit bénéficient d'un suivi dans le temps. Ainsi, au fil de leur existence, ils voient la progression de leur score, toujours avec des explications sur les facteurs importants qui l'affectent. Surtout, dans une logique d'accompagnement opérationnel, le service émet des recommandations personnalisées en vue de les aider à optimiser leur position, quel que soit leur point de départ.

Accueil Qapso

L'initiative d'Algoan, qui se rapproche de celles des officines de notation internationales (Equifax, Experian…), ouvre une fenêtre essentielle sur les processus jusqu'à maintenant un peu mystérieux qui conduisent les banques à accorder ou non un prêt. Il ne s'agit pas seulement de comprendre comment le système fonctionne mais plutôt d'en appréhender les ressorts internes afin d'apprendre à devenir un « meilleur » client… et se mettre de la sorte en capacité de réaliser ses projets, petits et grands.

L'intégration du service de Qapso dans l'application Bankin' représente aussi un événement notable, en complétant (enfin !) son approche historique principalement centrée sur l'observation du passé (et quelques projections vers l'avenir, tout au plus) avec une composante qui commence à prodiguer des conseils proactifs. Dans cette perspective, j'attends maintenant que ce qui est fait en priorité pour l'éligibilité au crédit se prolonge dans une vision globale d'amélioration du bien-être financier…

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  • L'excès de confiance expose les jeunes à la fraude
    Historiquement, la fraude en ligne, notamment bancaire, affectait en priorité les seniors, particulièrement fragiles dans un univers qu'ils maîtrisaient mal. Or, aujourd'hui, l'évolution des menaces expose de plus en plus les jeunes adultes qui considèrent que leur culture « digitale » native suffit toujours à leur permettre de les reconnaître.Elle est loin, l'époque où les messages des cybercriminels étaient faciles à repérer grâce à l'invraisemblance de leur contenus et les erreurs manifestes

L'excès de confiance expose les jeunes à la fraude

Par : Patrice
6 septembre 2026 à 21:35
ABN AMRO
Historiquement, la fraude en ligne, notamment bancaire, affectait en priorité les seniors, particulièrement fragiles dans un univers qu'ils maîtrisaient mal. Or, aujourd'hui, l'évolution des menaces expose de plus en plus les jeunes adultes qui considèrent que leur culture « digitale » native suffit toujours à leur permettre de les reconnaître.

Elle est loin, l'époque où les messages des cybercriminels étaient faciles à repérer grâce à l'invraisemblance de leur contenus et les erreurs manifestes qu'ils comportaient. Seules les personnes encore novices du web, essentiellement parmi les plus âgées, se laissaient piéger… surtout en raison de l'inquiétude que suscitaient ces sollicitations insolites et inattendues, d'ailleurs, plus que par leur « qualité » intrinsèque.

Désormais, l'intelligence artificielle a changé la donne. Les attaques deviennent extrêmement sophistiquées – empruntant fréquemment des photos, des voix ou des vidéos de correspondants familiers impossibles à distinguer de leurs équivalents réels, comme le révèlent régulièrement les tests à l'aveugle – et rendent obsolètes les méthodes classiques de détection des arnaques que chacun connaît bien, maintenant.

Cette mutation du risque renverse aussi profondément le profil des victimes privilégiées. Selon une étude citée par ABN AMRO, et contrairement à ce que l'on observait il y a quelques années, les 18-35 ans sont en première ligne, devant les 65 ans et plus : 14% de cette classe d'âge a subi une fraude au cours de l'année précédente. Et les principales raisons d'une telle hécatombe sont l'excès de confiance dans sa capacité à repérer une escroquerie… et le mépris des nouvelles règles de prudence.

ABN AMRO – Better Smart Safe

Dans un retournement ironique de contexte, les consommateurs d'un certain âge, qui se sont également appropriés les usages numériques entretemps, sont plutôt prompts à écouter les recommandations de leur banquier et à mettre en œuvre les outils qu'ils leur fournissent en support, tandis que les jeunes générations, beaucoup plus investies dans des comportements à risque, ont tendance à les dédaigner. Selon l'institution néerlandaise, ils ne sont, par exemple, que 4 sur 10 à vérifier, qu'un appel de leur conseiller est légitime via l'option ad hoc de leur application mobile.

Plus généralement, leur habitude d'échanger en continu sur les réseaux sociaux, pour tous leurs besoins, dont leurs achats, et d'y réagir instantanément leur joue des tours. Deux autres statistiques le révèlent indirectement : 58% de cette catégorie ne prennent pas le temps de vérifier les contacts sur les boutiques en ligne qu'ils fréquentent et à peine plus de la moitié consultent leur réputation sur les sites spécialisés. En résumé, les préconisations élémentaires prodiguées pour leur sécurité ne les atteignent pas.

Pour ABN AMRO, ces constats procurent une occasion de lancer une campagne de sensibilisation dédiée. Une de plus ! La compréhension des erreurs commises par les victimes de la fraude devrait pourtant encourager à repenser fondamentalement les stratégies de défense. Concrètement, si les jeunes ne répondent pas aux injonctions actuelles face aux dangers auxquels ils s'exposent, il ne semble guère utile de redoubler de conseils. Une autre approche, adaptée à leurs pratiques, est indispensable.

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  • RBC aide au développement de l'énergie solaire
    Avec son programme d'énergie solaire pour les collectivités, RBC imagine un moyen astucieux de respecter ses engagements en matière de responsabilité environnementale tout en permettant à des organismes publics ou associatifs de réduire leurs charges financières pour l'équipement de leurs locaux en panneaux photovoltaïques.L'audience visée, qui, concrètement, comprend tous les acteurs porteurs de projets communautaires du Canada, est souvent confrontée à une équation économique difficile pour s

RBC aide au développement de l'énergie solaire

Par : Patrice
5 septembre 2026 à 22:05
RBC
Avec son programme d'énergie solaire pour les collectivités, RBC imagine un moyen astucieux de respecter ses engagements en matière de responsabilité environnementale tout en permettant à des organismes publics ou associatifs de réduire leurs charges financières pour l'équipement de leurs locaux en panneaux photovoltaïques.

L'audience visée, qui, concrètement, comprend tous les acteurs porteurs de projets communautaires du Canada, est souvent confrontée à une équation économique difficile pour sa transition vers les énergies renouvelables, qui représente un investissement significatif face auquel il est généralement impossible de démontrer un flux de revenus : le seul impact mesurable est une réduction du montant des factures d'électricité… qui ne suffit guère à faire accepter un dossier de financement.

De son côté, la banque se veut proactive dans sa démarche de « neutralité » carbone, notamment à travers son approvisionnement généralisé en énergie verte. Elle a cependant ses limites, certaines infranchissables. Ainsi, par exemple, étant locataire – et non propriétaire – d'une grande partie de son parc immobilier, elle n'est pas en mesure d'installer elle-même des panneaux solaires pour l'alimentation de ses locaux. Elle doit alors se résoudre à compenser ses émissions résiduelles de gaz à effet de serre.

RBC – Community Solar Program

Le programme d'énergie solaire consiste « simplement » à mettre en correspondance les deux problématiques. En pratique, RBC propose aux collectivités participantes de signer une convention sur 10 ans pour l'acquisition des crédits d'énergie renouvelable générés par leur installation, qui leur procurera un flux de trésorerie garanti, autorisant une réduction de leurs coûts. En amont, la mise en place du dispositif est également susceptible de mieux convaincre les décideurs de la viabilité du projet.

Naturellement, le système n'est pérenne qu'en fonction de la stabilité dans le temps des mécanismes de crédits sur lesquels il s'appuie. Une fois cette réserve posée, une idée complémentaire surgit immédiatement : serait-il envisageable d'implémenter une solution similaire au cœur des outils de financement de la transition écologique ? La banque pourrait intégrer directement dans ses offres de prêt l'achat de certificats de compensation, qui viendrait donc en déduction des échéances de remboursement…

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  • La MAS investit dans la FinTech
    Les autorités monétaires des grands pays de l'innovation financière ont mis en place de long date des initiatives de soutien au développement de la FinTech. Elles prennent des formes variées mais celle que vient de lancer la MAS à Singapour se distingue par son investissement, à hauteur de 220 millions de dollars (environ 150 millions d'euros).Avec la place de Londres, l'île du sud-est asiatique s'est imposée au fil des années comme une terre d'accueil incontournable pour les entrepreneurs de l

La MAS investit dans la FinTech

Par : Patrice
4 septembre 2026 à 21:30
MAS
Les autorités monétaires des grands pays de l'innovation financière ont mis en place de long date des initiatives de soutien au développement de la FinTech. Elles prennent des formes variées mais celle que vient de lancer la MAS à Singapour se distingue par son investissement, à hauteur de 220 millions de dollars (environ 150 millions d'euros).

Avec la place de Londres, l'île du sud-est asiatique s'est imposée au fil des années comme une terre d'accueil incontournable pour les entrepreneurs de la finance et quelques 1 800 firmes, faisant travailler 10 000 personnes directement, y sont implantées, en général en vue de rayonner à l'international. Mais le contexte évolue toujours plus vite, les ruptures technologiques s'accumulent et la prochaine génération de jeunes pousses émerge aujourd'hui, autour de l'IA, l'informatique quantique…

Afin de ne pas perdre – voire de renforcer – la position de leader du pays, la banque centrale prend des mesures agressives, avec un plan d'aide opérationnel. Avec son budget conséquent, fixé pour les trois années à venir, il prend en compte toutes les dimensions de la promotion d'un secteur essentiel pour son économie avec quatre objectifs en ligne de mire : consolider les initiatives, accélérer les avancées de la FinTech, implémenter une infrastructure technologique et soutenir l'accès aux talents.

MAS – FinTech Innovation

En pratique, les fonds alloués se répartiront entre six canaux complémentaires :
  • La main-d'œuvre, comprenant entre autres la mise en place d'un mécanisme spécifique, subventionné, pour le recrutement de stagiaires ;
  • Le projet institutionnel, visant à encourager la création et le déploiement d'outils innovants, notamment dans les domaines de pointe, autant par les acteurs historiques que par les jeunes pousses ;
  • L'intelligence artificielle, pour l'enrichissement et l'adoption des composants dédiés à la FinTech, dont certains sont déjà identifiés ;
  • Les plates-formes, destinées à participer à l'élaboration et la propagation de solutions à l'intention de l'industrie dans son ensemble, dans une logique de contribution à la définition de standards mondiaux ;
  • Le centre d'excellence, portant la vocation de rassembler les fonctions innovantes, y compris celles d'acteurs globaux, sur le territoire de Singapour ;
  • Le prix de l'expansion, dans le cadre d'une compétition existante, qui accompagnera les structures entrant dans une phase de croissance à l'échelle (« scale-up »).
De toute évidence, la MAS a de grandes ambitions pour l'avenir de son secteur financier et elle met les moyens nécessaires à leur concrétisation. Les pays qui, aujourd'hui, se lamentent sur leurs difficultés à créer un écosystème d'innovation compétitif dans leur environnement pourraient en prendre de la graine…

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  • L'Australie sceptique sur la monnaie digitale
    Après les doutes exprimés par la Banque d'Italie sur les « stablecoins », voilà que son homologue australienne égratigne un autre concept en vogue, la monnaie numérique de banque centrale (MNBC), qui en constitue en quelque sorte le pendant public. Cette fois, l'avis officiel est aussi explicitement partagé par les consommateurs.L'organisme s'était déjà prononcé en propre en 2024, concluant à un faible intérêt de ce genre d'instrument, à l'intention du grand public, pour l'économie du pays. Afi

L'Australie sceptique sur la monnaie digitale

Par : Patrice
3 septembre 2026 à 21:30
Reserve Bank of Australia
Après les doutes exprimés par la Banque d'Italie sur les « stablecoins », voilà que son homologue australienne égratigne un autre concept en vogue, la monnaie numérique de banque centrale (MNBC), qui en constitue en quelque sorte le pendant public. Cette fois, l'avis officiel est aussi explicitement partagé par les consommateurs.

L'organisme s'était déjà prononcé en propre en 2024, concluant à un faible intérêt de ce genre d'instrument, à l'intention du grand public, pour l'économie du pays. Afin de compléter ce point de vue, dans une démarche louable, qui mériterait d'inspirer le reste du monde, les premiers concernés ont été consultés, à travers des réunions d'échange, afin de connaître leur perception sur le sujet, notamment en termes de bénéfices et de défis potentiels par rapport à la situation qu'ils connaissent aujourd'hui.

La nouvelle étude, enrichie de ces résultats, prend également en compte l'évolution des réflexions et des initiatives menées dans différentes régions, la Chine et la zone euro étant spécifiquement citées. Sur ce plan, elle observe un ralentissement marqué des projets et elle réitère sa position selon laquelle les objectifs poursuivis dans ces différents cas ne semblent pas pertinents dans son contexte, ce qui ne l'incite pas, de toute évidence, à réviser son opinion initiale et lui suggère de rester passive.

Du côté des citoyens interrogés, les réactions sont claires et nettes, sur la même ligne. Globalement, ils sont indifférents aux promesses d'une MNBC, en considérant que les systèmes de paiement dont ils disposent actuellement répondent largement à leurs besoins, y compris à travers les innovations introduites ces derniers temps, capables de couvrir des cas d'usage émergents. Les risques induits par le rôle des banques commerciales dans ces mécanismes ne les font pas plus changer d'attitude.

Digital Currency in Australia

Point notable, la Reserve Bank of Australia souligne que les commentaires formulés à l'encontre d'une monnaie de banque centrale valent tout autant pour toutes les variantes de « tokenisation » de l'argent, qu'il s'agisse de dépôt bancaire virtualisé ou bien de « stablecoin ». Elle en déduit logiquement que l'avenir de ces outils privatisés dans le paysage des paiements vaut d'être questionné sans préjugés.

Naturellement, tous les passionnés d'innovation savent qu'il ne faut pas nécessairement s'arrêter aux avis de futurs utilisateurs pour créer des solutions révolutionnaires. L'enquête de la RBA ne signe donc pas automatiquement un rejet définitif. Il n'en reste pas moins que la proposition de valeur des MNBC – et des autres formes de monnaie numérique, donc –, telle qu'elle est présentée pour l'instant, ne séduit pas une de ses cibles. Ce constat, lui, représente un obstacle rédhibitoire à un éventuel succès.

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  • Orange adopte Wero, prudemment
    Six ans après le lancement de l'initiative européenne de paiement souverain, Orange devient la première entreprise française à accepter les paiements marchand avec Wero, pour le règlement des factures de ses abonnés aux offres Sosh. Le jalon, quoique important et attendu, porte cependant sur un périmètre extrêmement limité.D'abord utilisable exclusivement pour des transactions entre particuliers, le déploiement de ce qui est vanté comme la future alternative aux réseaux de cartes américains dan

Orange adopte Wero, prudemment

Par : Patrice
2 septembre 2026 à 21:45
WERO
Six ans après le lancement de l'initiative européenne de paiement souverain, Orange devient la première entreprise française à accepter les paiements marchand avec Wero, pour le règlement des factures de ses abonnés aux offres Sosh. Le jalon, quoique important et attendu, porte cependant sur un périmètre extrêmement limité.

D'abord utilisable exclusivement pour des transactions entre particuliers, le déploiement de ce qui est vanté comme la future alternative aux réseaux de cartes américains dans le commerce, en ligne dans un premier temps, a commencé, doucement, dans plusieurs pays… et l'hexagone les rejoint donc aujourd'hui, grâce à Orange. Les clients de l'enseigne verront ainsi apparaître une nouvelle option lors de leur passage en caisse virtuelle, leur permettant de finaliser la transaction dans leur application bancaire.

Sans aller jusqu'à estimer qu'il s'agit d'une pure opération de communication, la démarche reste toutefois tellement circonscrite qu'elle paraît relever de l'expérimentation. En effet, à ce stade, seuls les clients de BNP Paribas pourront effectivement profiter de la nouveauté, l'établissement ayant été retenu, selon toute vraisemblance, en raison du recours à la plate-forme d'acceptation de sa filiale Axepta. Les clients d'autres banques devraient pouvoir en bénéficier d'ici la fin de l'année.

Wero x Orange

Surtout, le cas d'usage retenu est marginal. En effet, les opérateurs de télécommunication se montrent très insistants auprès de leurs abonnés pour qu'ils adoptent le prélèvement automatique. En conséquence, je pense que la population susceptible d'être exposée au choix de Wero sera restreinte, comprenant uniquement les quelques personnes qui ont refusé le mode de règlement privilégié et les cas de régularisation sur incident. Les responsables du projet avancent prudemment…

L'annonce d'Orange constitue une excellente nouvelle pour l'EPI et son porte-monnaie virtuel. Néanmoins, chacune de ses étapes prend un temps infini et laisse de la sorte les consommateurs et les commerçants s'accoutumer toujours un peu plus aux systèmes existants. Alors que les opérations en boutique physique ne sont pas encore prises en charge (et que leurs modalités de mise en œuvre suscite des doutes), la phase la plus longue et la plus délicate – de séduction et d'enrôlement des utilisateurs au-delà des seuls échanges d'argent entre proches – n'est toujours pas sérieusement engagée.

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  • J.P. Morgan investit encore pour le chèque
    Quand certains pays se préparent à abandonner le chèque imprimé, vestige d'un autre temps, aux États-Unis, J.P. Morgan Chase entame le déploiement de robots sophistiqués et d'outils à base d'intelligence artificielle afin d'optimiser leur traitement pour les entreprises qui en dépendent encore fortement dans leurs opérations courantes.Comme observé dans le reste du monde, les américains délaissent peu à peu le chèque au profit d'instruments de paiement plus modernes et plus efficaces, avec un v

J.P. Morgan investit encore pour le chèque

Par : Patrice
1 septembre 2026 à 21:30
J.P. Morgan Chase
Quand certains pays se préparent à abandonner le chèque imprimé, vestige d'un autre temps, aux États-Unis, J.P. Morgan Chase entame le déploiement de robots sophistiqués et d'outils à base d'intelligence artificielle afin d'optimiser leur traitement pour les entreprises qui en dépendent encore fortement dans leurs opérations courantes.

Comme observé dans le reste du monde, les américains délaissent peu à peu le chèque au profit d'instruments de paiement plus modernes et plus efficaces, avec un volume annuel en baisse de plus de 85% depuis son pic à la fin du siècle dernier. Pourtant son usage résiste, à hauteur de 2,8 milliards d'opérations en 2025, dans certains secteurs et chez certaines classes de population ou d'entreprises. Apparemment, ce niveau persistant suffit donc à justifier un investissement significatif de la part de la banque.

En l'occurrence, la première motivation réside dans le maintien de la confiance des clients pour lesquels le besoin est particulièrement criant, à savoir les organisations qui reçoivent des chèques en masse, avec un nombre important de correspondants, et recourent pour ce faire à l'offre de « lockbox ». Il s'agit d'une boîte aux lettres sécurisée dédiée, placée sous la responsabilité directe de la banque, auxquelles les payeurs adressent leurs règlements, pris en charge pour le compte du bénéficiaire.

Naturellement, la lecture et l'encaissement de chèque sont automatisés depuis des décennies ; il s'agit même d'une des plus anciennes mises en œuvre industrielle de la reconnaissance de caractères, y compris manuscrits. À cet existant, J.P. Morgan ajoute cependant une dimension supplémentaire : un robot mécanique capable, en totale autonomie, d'ouvrir les enveloppes, retirer les éventuelles agrafes et décoder tous les documents transmis, notamment pour faciliter les réconciliations de facture.

Dans un premier temps, l'institution équipe un de ses six centres, à Chicago, les autres devant suivre si les résultats sont au rendez-vous. Aucune indication n'est fournie quant au coût du projet mais on peut penser qu'il est loin d'être négligeable, entre les composants nécessaires, matériels et logiciels, et les probables exigences d'aménagement adapté des locaux. Est-il bien raisonnable d'engager des frais conséquents pour l'amélioration marginale d'un service voué à disparaître à terme ?

Après tout, même si la banque ne souhaite pas l'élimination du chèque (ce qui serait surprenant), ses clients, eux, préféreraient majoritairement, selon toute vraisemblance, l'éradiquer au profit de solutions plus rapides, mieux sécurisées et moins propices à la fraude, moins onéreuses… C'est bien dans cette direction que des initiatives devraient donc être menées en priorité, de manière à faciliter la transition des émetteurs de chèque, en prenant en compte les contraintes auxquelles il sont confrontés.

J.P. Morgan Chase – Lockbox

Soutien à Autistici/Inventati, hébergeur désigné comme « terroriste » par l’administration Trump

Par : nono
1 septembre 2026 à 15:08

La Quadrature du Net, comme d’autres organisations, est signataire d’une lettre ouverte publiée sur Sabot Media dénonçant la répression dont est victime Autistici/Inventati, hébergeur associatif italien, de la part du gouvernement états-unien. Nous republions cette lettre traduite en français par la communauté CHATONS.org.

En tant qu’organisation de défense des droits humains et numériques, La Quadrature du Net apporte tout son soutien au collectif Autistici/Inventati. Vous pouvez retrouver la lettre originale sur le site de Sabot Media.

Le 26 août 2026, les États-Unis ont désigné le collectif numérique italien Autistici/Inventati comme « Specially Designated Global Terrorist » (Terroristes internationaux) et l’ont ajouté à la liste d’organisations placées sous sanctions états-uniennes appelée « Specially Designated Nationals list », sous l’ordre exécutif 13224. Les organisations états-uniennes en lien avec Autistici/Inventati (banques, fournisseurs…) bénéficient d’une autorisation temporaire de mener à bien les transactions déjà engagées avec A/I avant cette classification. Cette autorisation prend fin le 25 septembre 2026 à 00h01 à l’heure de Washington. Après cette date limite, les relations devront être suspendues, sous peine de sanctions.

Autistici/Inventati héberge depuis 2001 des services en ligne non marchands : email, sites web, listes d’email, la plateforme Noblogs, et autres moyens de communication. L’organisation émerge de hackerspaces italiens, de médias autonomes et de mouvements sociaux. Son infrastructure est construite en réponse à la censure, à la surveillance furtive et aux saisies de serveurs. Elle minimise les données personnelles, utilise des systèmes distribués et traite la confidentialité comme un bien commun nécessaire à la participation politique plutôt que comme un produit.

L’annonce publique des États-Unis pointe des organisations qui sont censées avoir utilisé l’infrastructure d’A/I. Elle ne montre pas qu’A/I a planifié les actions citées, choisi des cibles, dirigé ses utilisateurs et utilisatrices ou créé le contenu hébergé. Cette annonce soulève une question qui va bien plus loin que la question du collectif A/I : est-ce que le fait de maintenir une infrastructure dédiée à des communications confidentielles de mouvements défavorisés, peut lui-même être traité comme du terrorisme ?

Cette théorie met en danger les hébergeurs indépendants, les services de communication chiffrés, les librairies radicales, les archives des mouvements sociaux, les éditeurs et les petits projets bénévoles, partout dans le monde. Elle encourage les banques, les registraires de noms de domaine, les entreprises d’hébergement à couper tout accord immédiatement, et à poser les questions juridiques ensuite. Elle transforme la minimisation de la collecte des données en quelque chose de suspect, la confidentialité en dissimulation, et l’infrastructure en culpabilité par association.

Les grandes plateformes numériques commerciales sont habituellement distinguées du discours et du comportement de leurs utilisateurs et utilisatrices par un principe de responsabilité limitée, en tant qu’intermédiaires. Ces protections ne sont pas absolues et ne permettent pas de déroger à la loi sur les sanctions. C’est précisément pour cela que cette annonce est si lourde de conséquences : le pouvoir de sanction de l’exécutif états-unien peut imposer une isolation économique sans qu’un tribunal ait jugé si un hébergeur est légalement responsable du contenu tiers.

Autistici/Inventati n’est pas neutre politiquement, tout comme les bibliothèques, syndicats, hébergeurs et associations de défense des libertés individuelles qui pourraient signer cette lettre. Mais l’affinité politique est distincte d’un contrôle opérationnel. Fournir un compte d’email, une plateforme de publication ou un serveur n’est pas la même chose que de planifier tout ce qu’un utilisateur ou une utilisatrice pourrait ensuite faire ou dire.

Nous appelons donc à :

La révocation immédiate de cette classification, ou son réexamen rapide et transparent, accompagné de la publication de la base factuelle et légale sur laquelle s’appuie cette décision. Cette transparence doit être suffisante pour une analyse et une contestation publiques.

Une distinction claire entre la fourniture d’infrastructure de communication et la direction des agissements de ses utilisateurs et utilisatrices.

La confidentialité, le chiffrement, le pseudonymat et le refus de conserver des données identifiantes ne doivent pas être traités comme des preuves d’activité ou d’intention terroriste.

Une protection pour l’investigation, la recherche, l’archivage et le plaidoyer indépendants.

Les journalistes, les bibliothèques, les chercheurs et chercheuses et les archivistes communautaires devraient être en capacité de documenter cette affaire sans être traités comme des parties intégrantes de l’entité désignée.

La résistance à la sur-conformité des institutions.

Les banques, les registraires, les hébergeurs, les fournisseurs de certifications et les entreprises des NTIC devraient rendre publiques les restrictions auxquelles elles sont soumises, notifier leurs contraintes légales chaque fois que c’est permis, et éviter de détruire de l’information ou des relations au-delà de ce que la loi requiert réellement.

Une réponse publique de la part des institutions qui défendent les libertés numériques, la liberté d’expression et les libertés individuelles.

Garder le silence, ce serait permettre la création d’un précédent sur le ciblage des infrastructures autonomes.

Nous n’attendons pas de chaque signataire qu’il ou elle cautionne toute publication ou position politique d’A/I, ou de ses utilisateurs et utilisatrices. Nous attendons des signataires qu’ils et elles défendent une distinction structurelle : l’infrastructure de communication n’est pas la même chose que les discours ou agissements qui transitent à travers elle.

Le but de la classification économique, c’est l’isolation. Notre réponse est une solidarité indépendante, informée et disciplinée. Nous voulons préserver les archives publiques, analyser les allégations du gouvernement états-unien, résister à la sur-conformité et défendre la capacité des mouvements à communiquer sans se soumettre à la surveillance des entreprises ou des États.

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  • Un cas d'usage de stablecoin disqualifié
    Comme la ruée vers la blockchain (toujours en cours), l'engouement actuel de l'industrie financière pour les stablecoins me semble reposer sur des illusions technologiques. Mais les messages ayant plus de portée quand ils émanent d'institutions respectables, découvrons ce qu'en pense la Banque d'Italie pour les transferts internationaux.Afin d'analyser la situation du marché et vérifier une des promesses de la coqueluche du secteur, les chercheurs de l'établissement ont conduit une expérimentat

Un cas d'usage de stablecoin disqualifié

Par : Patrice
31 août 2026 à 21:30
Banca d'Italia
Comme la ruée vers la blockchain (toujours en cours), l'engouement actuel de l'industrie financière pour les stablecoins me semble reposer sur des illusions technologiques. Mais les messages ayant plus de portée quand ils émanent d'institutions respectables, découvrons ce qu'en pense la Banque d'Italie pour les transferts internationaux.

Afin d'analyser la situation du marché et vérifier une des promesses de la coqueluche du secteur, les chercheurs de l'établissement ont conduit une expérimentation anonyme, en conditions réelles, sur dix couloirs différents (dans les deux directions entre leur propre pays et l'Argentine, le Brésil, l'Afrique du Sud, les Émirats Arabes Unis et le Japon), représentatifs de contextes diversifiés, à travers l'envoi et la réception de 200 USDC (un des stablecoins les plus populaires du moment, lié au dollar américain).

Les résultats sont éloquents (et, franchement, sans surprise). D'emblée, les contraintes réglementaires en vigueur au Japon excluent ce dernier du champ de l'étude. Ensuite, en dehors d'un cas particulier (de l'Italie vers l'Argentine, étonnamment compétitif), le coût des opérations (jusqu'à 9% !) n'est pas systématiquement avantageux, ni en comparaison avec les moyennes publiées par la Banque Mondiale ni, surtout, par rapport aux tarifs pratiqués par Wise, leader de fait des échanges transfrontaliers.

Par ailleurs, les délais de traitement sont essentiellement régis par la disponibilité d'un réseau de paiement instantané aux extrémités de la chaîne de transmission (dont le cœur était assuré par la blockchain d'Ethereum), l'objectif du test étant bien de simuler une transaction typique du grand public, partant de et aboutissant à un compte bancaire en devise locale. En général inférieurs à 20 minutes de bout en bout, ils peuvent atteindre un ou deux jours, notamment avec les Émirats. Là aussi, Wise est compétitif.

Banca d'Italia – Stablecoin

La Banque d'Italie enfonce des portes ouvertes – mais c'est probablement nécessaire au vu des mythes qui circulent – en soulignant que, sur les deux aspects, le facteur limitant réside dans les mécanismes de conversion entre les monnaies fiduciaires et le stablecoin traversant effectivement les frontières. Ils ont toujours constitué le point de friction principal du domaine, certes sous des formes variées (par exemple avec les systèmes de correspondants), mais ce n'est pas en changeant de canal intermédiaire qu'il a la moindre chance d'être résolu. Détail amusant, le rapport déclare que la capacité à utiliser l'USDC (ou autre ?) directement, dans les commerces, éliminerait le problème : il pourrait en dire autant d'une monnaie mondiale universelle !

Ces constats ne devraient pas être une découverte : depuis les premières aventures des acteurs de la finance avec la blockchain, il est évident que son interface avec le monde réel représente le nœud de contention insurmontable, pour toutes sortes de considérations, de coûts, de délais, de sécurité, de confidentialité… À l'inverse, il n'est nul besoin de cette technologie terriblement inefficace pour optimiser ce qui peut l'être par un « simple » travail de refonte des processus et des infrastructures qui les supportent… comme l'a brillamment démontré Wise pour les transferts internationaux.

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  • Infonuagique, la fin des illusions
    Depuis une vingtaine d'années, les entreprises de tous secteurs, petites puis grandes, se sont laissées séduire par les promesses de l'infonuagique public… sans toujours bien en appréhender les contraintes. Aujourd'hui, un article d'Information Week suggère qu'un retour de balancier est en cours, avec un rapatriement interne de plus en plus fréquent de certaines applications.Pour beaucoup de clients des services « cloud » d'Amazon, Google, Microsoft…, une des principales motivations de leur choi

Infonuagique, la fin des illusions

Par : Patrice
30 août 2026 à 21:30
Nuage
Depuis une vingtaine d'années, les entreprises de tous secteurs, petites puis grandes, se sont laissées séduire par les promesses de l'infonuagique public… sans toujours bien en appréhender les contraintes. Aujourd'hui, un article d'Information Week suggère qu'un retour de balancier est en cours, avec un rapatriement interne de plus en plus fréquent de certaines applications.

Pour beaucoup de clients des services « cloud » d'Amazon, Google, Microsoft…, une des principales motivations de leur choix résidait dans la réduction des coûts d'infrastructure qu'ils espéraient en dégager au vu des tarifs agressifs pratiqués, rendus possibles par l'industrialisation à outrance de ces géants de l'informatique. Il est vrai que les investissements en matériel, les frais de personnel engendrés par leur pilotage et leur exploitation, les factures annexes (électricité)… résistent mal à la comparaison.

Hélas, à l'usage, il ressort que l'avantage économique supposé ne s'est que rarement matérialisé, ce qui conduit donc les responsables à considérer une ré-internalisation, surtout pour les charges de calcul stratégiques, pour lesquelles le besoin de reprise de contrôle se fait également sentir (quelques incidents retentissants, bien qu'ils restent exceptionnels, donnent à réfléchir). Les politiques de déploiement par défaut, voire systématique, dans l'infonuagique cèdent la place à une approche pragmatique.

La période actuelle n'est pourtant pas particulièrement propice à une telle transition, avec l'explosion des coût de la mémoire qui risque d'impacter fortement les budgets des projets d'équipement. Ne vaudrait-il pas mieux chercher à optimiser l'existant plutôt que de revenir à une situation antérieure dont les inconvénients n'ont évidemment pas disparu entre temps ? Dans cette perspective, il faudrait commencer par effectuer une analyse sérieuse de l'état du système d'information et de ses faiblesses structurelles.

Ainsi, les déceptions attribuées aux solutions du marché sont en fait dues à un grave malentendu (que je souligne depuis longtemps). Il était absurde, notamment dans les grands groupes, de croire que l'infonuagique allait permettre d'abaisser les coûts de manière significative sans prévoir au préalable une remise en question du patrimoine informatique, celui-ci comportant bien trop de spécificités uniques et s'appuyant sur des composants disparates et parfois exotiques pour s'adapter sans difficulté.

Le seul véritable moyen de réaliser des économies sur la puissance de calcul, avec le « cloud » privé comme public, incidemment, consiste à uniformiser et rendre flexibles les logiciels qui l'exploitent. L'implémentation d'un modèle banalisé de serveur (virtuel) universel et d'une capacité intrinsèque de déploiement à la demande constitue un pré-requis indispensable autant à l'optimisation économique qu'à la maîtrise de son destin. C'est un travail en profondeur sur l'architecture qui devrait être engagé avant même de se poser la moindre question sur l'hébergement des applications.

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  • Visa avance dans la cybersécurité
    Tandis que le recours à l'intelligence artificielle prend de l'ampleur dans les offensives contre tous les secteurs économiques, Visa enrichit sa solution propulsée à l'IA d'analyse de vulnérabilités, mise au point dans le sillage de sa collaboration avec Anthropic, et lui ajoute des capacités d'assistance à la remédiation qui deviennent indispensables.Le constat qui justifie la nouveauté aurait pu être fait dès la publication de la première version du « Vulnerability Agentic Harness », mais il

Visa avance dans la cybersécurité

Par : Patrice
29 août 2026 à 22:00
Visa
Tandis que le recours à l'intelligence artificielle prend de l'ampleur dans les offensives contre tous les secteurs économiques, Visa enrichit sa solution propulsée à l'IA d'analyse de vulnérabilités, mise au point dans le sillage de sa collaboration avec Anthropic, et lui ajoute des capacités d'assistance à la remédiation qui deviennent indispensables.

Le constat qui justifie la nouveauté aurait pu être fait dès la publication de la première version du « Vulnerability Agentic Harness », mais il fallait bien laisser un peu de temps à ses concepteurs pour lui adjoindre ces fonctions supplémentaires. C'est que la détection de failles de sécurité grâce à l'IA n'a désormais plus rien d'exceptionnel, y compris pour les cybercriminels. Le défi réside aujourd'hui plutôt dans la faculté des firmes à colmater les innombrables brèches repérées avec la réactivité nécessaire.

Les signalements automatisés arrivent à un rythme tellement effréné que bien des organisations admettent que leurs équipes informatiques (et leurs fournisseurs) n'arrivent plus à suivre. Conséquence principale, les corrections prennent du retard et les délais induits sont mis à profit par les personnes mal intentionnées afin de réaliser leurs méfaits. La seule solution envisageable, et concrétisée par Visa, consiste donc à miser aussi sur l'intelligence artificielle lors des travaux de remise à niveau.

Outre une ouverture sur d'autres modèles d'IA que celui d'Anthropic, l'évolution qu'apporte l'institution à son outil porte donc en priorité sur cet aspect. Un module additionnel propose ainsi des modifications de code destinées à neutraliser les défauts identifiés. Pour plus d'efficacité, il opère en boucle fermée : il est en mesure d'évaluer les changements réalisés et d'informer les développeurs des erreurs résiduelles, jusqu'à validation finale, matérialisée par l'éradication « officielle » de l'anomalie en cause.

Visa Vulnerability Agentic Harness

En parallèle de cette mise à jour technologique, sachant que VVAH (son petit nom) est distribué sous licence libre, Visa complète également son offre d'accompagnement. Celle-ci comporte notamment diverses composantes pédagogiques, permettant entre autres aux entreprises de s'approprier la plate-forme, et une formule d'assistance sur le terrain, en vue d'aider ses clients dans son utilisation, par exemple pour l'analyse des résultats, la définition des priorités et l'établissement d'une stratégie à long terme.

Depuis la récente apparition d'applications capables de rechercher les vulnérabilités des logiciels à une échelle industrielle grâce à l'intelligence artificielle, les responsables de sécurité ont tendance à perdre le sommeil, surtout dans les industries les plus sensibles, en raison autant de l'ampleur des risques qu'ils découvrent soudainement que du nombre ingérable d'alertes qu'ils reçoivent et qu'ils doivent trier dans la précipitation et donc avec de fortes probabilités d'erreur. Ils ont besoin en urgence absolue de solutions – informatiques et humaines – telles que celles que déploie Visa.

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  • Liens vagabonds: Vers une démystification de la Silicon Valley ?
    La Silicon Valley perdrait-elle ses derniers lauriers ? Aux États-Unis comme en Europe, les critiques se multiplient : addiction des adolescents aux réseaux sociaux, opacité des algorithmes, prolifération des centres de données ou mise en lumière d’une idéologie techno-fasciste. Dernier épisode en date : l’accord transactionnel scellé le 26 août par Meta avec plusieurs États […] The post Liens vagabonds: Vers une démystification de la Silicon Valley ? first appeared on Méta-media | La révolution

Liens vagabonds: Vers une démystification de la Silicon Valley ?

La Silicon Valley perdrait-elle ses derniers lauriers ? Aux États-Unis comme en Europe, les critiques se multiplient : addiction des adolescents aux réseaux sociaux, opacité des algorithmes, prolifération des centres de données ou mise en lumière d’une idéologie techno-fasciste. Dernier épisode en date : l’accord transactionnel scellé le 26 août par Meta avec plusieurs États […]

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  • AXA aide les parents solos
    Dans un monde qui change en permanence, l'assurance doit régulièrement s'adapter aux grandes évolutions sociétales. Les garanties contre le harcèlement, notamment scolaire, se sont ainsi fortement développées depuis quelques années. AXA s'attaque maintenant aux défis qu'affrontent les parents solos au quotidien.Les médias abordent de plus en plus fréquemment le sujet, surtout en période de rentrée des classes, pendant laquelle la pression est particulièrement sensible. Aujourd'hui, environ une

AXA aide les parents solos

Par : Patrice
28 août 2026 à 23:30
AXA
Dans un monde qui change en permanence, l'assurance doit régulièrement s'adapter aux grandes évolutions sociétales. Les garanties contre le harcèlement, notamment scolaire, se sont ainsi fortement développées depuis quelques années. AXA s'attaque maintenant aux défis qu'affrontent les parents solos au quotidien.

Les médias abordent de plus en plus fréquemment le sujet, surtout en période de rentrée des classes, pendant laquelle la pression est particulièrement sensible. Aujourd'hui, environ une famille sur quatre est composée d'un seul adulte et, dans une immense majorité des cas (82%), c'est une femme, dans une position statistiquement plus fragile qu'un homme, qui assume seule la charge des enfants, avec ses impacts importants sur son budget, son emploi du temps, sa santé psychologique…

Ces risques sont donc ceux que couvre dorénavant le contrat « Accidents de la Vie » d'AXA France. Les parents concernés – quelles qu'en soient les conditions, divorce, séparation ou deuil – bénéficieront ainsi pendant les 12 mois qui suivent l'événement déclencheur de services d'assistance qui leur permettront de faire face aux urgences de leur nouvelle situation et de reprendre pied progressivement dans leur vie d'après : garde des enfants, soutien scolaire, support psychologique (par téléphone)…

AXA – Parents Solos

Un second volet ajoute en outre un accompagnement administratif et juridique au dispositif. Il inclut notamment un accès à des informations qui peuvent s'avérer difficiles à obtenir par soi-même pour qui se trouve soudainement confronté au besoin d'effectuer des demandes d'aide sociale ou de connaître ses droits, par exemple. Si nécessaire, l'assureur propose également la mise en relation avec des associations spécialisés et des recommandations d'avocats (sans inclure leurs prestations, toutefois).

Traditionnellement, les accidents de la vie, tels que les conçoit l'industrie, englobaient les accidents et la maladie (dont, soit dit en passant, la couverture d'AXA introduit désormais aussi des composantes dédiées aux parents solos). Cependant, les comportements et les habitudes de la population évoluent avec le temps. Naturellement, la transition vers un modèle familial monoparental a toujours représenté un cataclysme pour ceux qui la subissent mais, au XXIème siècle, il s'agit presque de la norme. Il paraît donc indispensable de prévoir une assistance ad hoc dans ces circonstances.

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  • Nous ne lisons pas les conditions d’utilisation, et c’est problématique
    Il y a quelques années, on vous offrait un cadeau virtuel sur un réseau social. En échange, il suffisait de cliquer sur un « J’accepte » ou de cocher une case déjà cochée. Personne n’a lu le document qui s’ouvrait alors. Personne. C’est le destin commun de presque tous les internautes, le vôtre et le mien compris. Pourtant, ce clic discret n’est pas anodin. Il est le petit rouage invisible d’… Source

Nous ne lisons pas les conditions d’utilisation, et c’est problématique

28 août 2026 à 14:08

Il y a quelques années, on vous offrait un cadeau virtuel sur un réseau social. En échange, il suffisait de cliquer sur un « J’accepte » ou de cocher une case déjà cochée. Personne n’a lu le document qui s’ouvrait alors. Personne. C’est le destin commun de presque tous les internautes, le vôtre et le mien compris. Pourtant, ce clic discret n’est pas anodin. Il est le petit rouage invisible d’…

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