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    J’aime le logiciel libre. J’aime la littérature. Alors, un jour, je me suis demandé s’il était possible d’éditer de la littérature libre. Les premiers essais ont eu lieu au début de l’été 2020, le covid laissait le temps libre à des expérimentations. Six ans plus tard, les Éditions du Renard Spatial existent, éditent des littératures de l’imaginaire libres, et viennent de publier « Ça ne peut pas être pire qu’ici » par Lisa Refur (une amie), un roman court de fantasy/apprentissage, au format pa

Éditer de la littérature libre : les Éditions du Renard Spatial

J’aime le logiciel libre. J’aime la littérature. Alors, un jour, je me suis demandé s’il était possible d’éditer de la littérature libre.
Les premiers essais ont eu lieu au début de l’été 2020, le covid laissait le temps libre à des expérimentations.

Six ans plus tard, les Éditions du Renard Spatial existent, éditent des littératures de l’imaginaire libres, et viennent de publier « Ça ne peut pas être pire qu’ici » par Lisa Refur (une amie), un roman court de fantasy/apprentissage, au format papier.
C’est l’aboutissement d’une aventure que je vais vous raconter ici.

Couverture du livre « Ça ne peut pas être pire qu’ici », de Lisa Refur, aux Éditions du Renard Spatial

Sommaire

L’art libre, une discipline très différente du logiciel libre

On parle assez peu d’art libre, que ce soit sur LinuxFR.org ou ailleurs (il n’y a même pas de catégorie dédiée !) ; on peut même considérer que le sujet est ignoré, y compris des personnes qui baignent dans le logiciel libre depuis des décennies. C’est que l’art libre et le logiciel libre sont différents sur beaucoup d’aspects, y compris des points fondamentaux. On pourrait disserter longtemps sur ce point, mais ça n’est pas le sujet ; je vais plutôt me concentrer sur quatre points qui sont utiles à comprendre pour la suite.

Le premier, c’est que la personne qui développe un logiciel développe d’abord un outil.
D’accord, elle peut y tenir énormément, avoir une vision forte ; mais l’implication personnelle reste beaucoup moins forte que celle d’un·e auteur·ice dans son œuvre artistique. Les créateur·ices de logiciels libres acceptent donc beaucoup plus facilement la réappropriation et la modification de leur production ; au contraire des artistes qui ont tendance à vouloir conserver le contrôle sur des œuvres qui peuvent être très personnelles.

Le second, c’est que mis à part quelques exceptions comme le cinéma, beaucoup d’arts sont profondément solitaires ou se pratiquent en tout petit comité, là où le développement logiciel est généralement un travail d’équipe. Les notions de partage, d’amélioration mutuelle sont beaucoup plus fréquents dans le développement logiciel que dans l’art.

Le troisième, c’est que la réutilisation d’éléments – la réutilisation directe, au contraire de l’inspiration – est infiniment plus fréquente dans le développement logiciel que dans l’art.
Tous les logiciels ou presque réutilisent du code, via des bibliothèques, des API, des ABI, ou directement. Au contraire, la réutilisation directe en art est rare, hors quelques cas précis, et souvent mal vue.

Le quatrième et le plus important, c’est l’argent, la thune, le fric, la moula.
Les développeurs informatiques sont généralement bien, voire très bien payés, même avec les changements introduits par les IAs génératives. Au contraire, rares sont les artistes qui peuvent vivre de leur art ; celles et ceux qui peuvent en vivre décemment sont encore plus rares.

Les trois premiers points expliquent pourquoi la notion de « Liberté » (dans le sens de l’expression « art libre ») est moins importante pour les artistes que pour les développeurs et développeuses de logiciels. Le dernier explique pourquoi les artistes ont une énorme difficulté matérielle à contribuer à de l’art libre, quand bien même ils et elles en auraient envie ; parce que pour offrir de son temps, ou trouver un modèle de financement compatible avec l’art libre, il faut d’abord pouvoir manger à sa faim.

Mais cette longue digression introductive ne nous apprend toujours rien sur le sujet d’origine !

Le projet des Éditions du Renard Spatial

Dès le début, mon projet était clair : je voulais éditer de la littérature libre, et pas n’importe comment.

La direction éditoriale

Tout éditeur a besoin d’une direction éditoriale, pour que les client·es ne soient pas perdu·es. Quel sens ça aurait d’éditer en vrac des livres de cuisine, des polars, des livres sur l’informatique et des albums photo ?

Je lis principalement des littératures de l’imaginaire – science-fiction, fantasy, fantastique, le tout pris au sens large. C’est pour cela que les Éditions du Renard Spatial éditent des littératures de l’imaginaire. J’ai aussi décidé de partir sur des formats courts : on trouve beaucoup de sagas et œuvres à rallonge dans ces univers ; mais j’aime bien lire des histoires percutantes et efficaces. En prime, c’est plus rapide à éditer (je n’ai pas écrit « plus facile »).

De la littérature libre

Je veux dire : vraiment libre ; donc sous des licences qui respectent les quatre libertés habituelles (même si on peut se poser la question de savoir ce qu’est le « code source » d’un texte si ce n’est le texte lui-même). J’ai donc choisi de partir, par défaut, sur les licences Creative Commons, qui ont le bon gout d’être adaptées à ce genre de projet et connues. Je me limite aux licences libres, ce qui exclut les clauses -NC et -ND, qui en font des licences « de libre diffusion ».

Ça a été l’occasion de se poser sérieusement la question de l’intérêt de licences libres appliquées à la littérature. J’en vois deux assez immédiats.

Le premier, c’est la diffusion de l’œuvre.
Une œuvre, une fois publiée, va circuler, qu’on le veuille ou non. Elle sera « piratée », que l’éditeur ait protégé son œuvre ou non ; d’ailleurs, saviez-vous que beaucoup de fuites de livres sur les sites de partage illégaux proviennent de sources internes à la chaine du livre ? C’est un point d’autant plus important pour moi que je veux que les textes que je publie, vivent, même si ma maison d’édition doit disparaitre.

Le second, c’est le fandom de l’œuvre.
Si une œuvre plait, alors il va se créer tout un tas d’œuvre dérivées – que l’auteur·ice et l’éditeur·ice le veuillent ou non – à base de fanfictions, de dessins, et j’en passe. Aujourd’hui tout ça existe sans aucun cadre légal, et les licences libres permettent de créer ce cadre.

De la littérature pour tout le monde

La culture, c’est vite cher, et je refuse la position d’une culture réservée à une élite.

Les livres que j’édite sont donc les moins chers possibles, dans la limite du raisonnable. Ça implique que les livres papier sont d’office des formats « poche » – 11 x 18 cm – et que les livres électroniques sont sensiblement moins chers que les versions imprimées.

En bonus, ça m’arrange parce que je n’ai jamais aimé les grands formats. Alors, c’est joli dans une bibliothèque et ça fait un bel objet à offrir – et, soyons honnêtes, à revendre – mais en ce qui concerne la fonction livre, je trouve ça nul, parce qu’un grand format, c’est encombrant, c’est lourd, c’est pénible à transporter (et je lis souvent dans les transports) ou même à tenir quand on est vautré dans un canapé.

Un vrai éditeur, pas un éditeur-Amazon

Je voulais que les livres des Éditions du Renard Spatial soient de « vrais » livres, que l’on peut acheter dans n’importe quelle librairie, avec un ISBN, un référencement qui va bien, et tout. L’idée du livre qui existe, mais qui ne peut être acheté que sur le site du vendeur, ou en ligne chez un seul libraire – en général Amazon – me gonfle.

C’est sans doute parce que j’aime beaucoup mes libraires (qui sont d’excellent conseil). En prime, ça m’évite d’avoir à gérer toute la logistique, le stockage, les factures individuelles, l’envoi de commandes… tout ce que je déteste.

De tous mes choix, c’est – de loin – celui qui m’a le plus cassé les pieds.

Production locale et raisonnée

Faire imprimer des livres en Chine pour les vendre principalement en France me semble absurde ; donc l’idée de base était de trouver un imprimeur en France, ou à défaut quelque part dans l’UE.

D’autre part, la chaine du livre repose beaucoup sur une notion de stock qui voyage. En très résumé, l’imprimeur imprime un tas de livre, qui est en partie stocké, en partie envoyé aux libraires, qui vendent ce qu’ils peuvent et qui – chose exceptionnelle dans le monde de la vente – renvoient les exemplaires invendus… qui finissent au pilon s’ils ne se vendent pas pendant un peu trop longtemps (ou sont trop abimés à cause des voyages), parce que le stockage, ça coute cher. Donc, si je peux éviter de faire imprimer des livres pour les stocker et finir par les détruire, ça m’arrange, parce que tout ça c’est une perte sèche.

Le difficile problème des couvertures

Pour commencer, une illustration de couverture, c’est un budget important pour une petite structure, surtout en refusant l’usage d’IA générative (ah oui, il y a la question de l’IA générative qui est venue s’inviter au milieu du projet).

Alors, j’ai réfléchi. Le premier intérêt d’une couverture, c’est d’attirer l’œil, d’être facile à repérer dans un magasin ou sur un site, au milieu de beaucoup d’autres.
Autre chose : les livres que j’ai achetés à leur couverture se comptent sur un doigt d’une main ; quant aux couvertures que je suis capables de décrire sans aller les vérifier, il y en a très peu, la plupart d’entre elles sont sobres – et à l’exception de celle déjà nommée, aucune d’elle n’a été un critère d’achat. Inversement, beaucoup de littératures de l’imaginaire ont des couvertures illustrées, avec une typographie soignée, mais à cause des effets de mode, elles ont tendance à toutes se ressembler, ce qui fait qu’aucune ne se repère facilement dans la masse.

La solution s’est imposée d’elle-même : je peux me contenter de couvertures sobres, très lisibles, très faciles à reconnaitres, avec une harmonie dans la collection.

Le temps et l’énergie que je peux y consacrer

Ce projet n’est pas mon activité principale, et je n’ai pas pour projet d’en vivre.

L’avantage, c’est que ça me libère d’une contrainte financière extrêmement forte – rares sont les petites maisons d’édition rentables.

L’inconvénient, c’est que ça m’empêche de faire du volume, ce qui n’aide ni pour la reconnaissance, ni pour la publicité, ni pour les revenus.

Profils d’auteur·ices cible

Un tout petit éditeur, avec des conditions d’édition étranges (de l’art libre, des formats qui rapportent moins à l’unité), qui est-ce que ça va intéresser ?
C’est une vraie question.

Ma réponse, c’est : le même genre de profil que celui intéressé par le logiciel libre, mais dans le monde de la littérature.

Concrètement, c’est un·e auteur·ice qui écrit pour le plaisir, en loisir, et donc n’a pas besoin de ce revenu pour vivre.

Je vais être très clair sur un point : je paie mes auteur·ices, et il n’a jamais été question de ne pas le faire. Simplement, je ne peux pas me permettre d’avance sur droits ni promettre des ventes faramineuses, cf. le point précédent.

Ainsi donc, après une première publication-test sur l’un de mes textes, j’ai convaincu une amie, Lisa, de se lancer dans l’aventure avec moi…

Créer les Éditions du Renard Spatial, de façon légale et complète

À ce stade – en réalité, avant la dernière ligne du paragraphe précédent, j’ai toute la vision cible, il n'y a plus qu’à passer à la réalisaton !

D’abord, une entreprise

La France propose le système de « microentreprises » ou « autoentrepreneurs », un système légal qui est censé permettre à tout le monde de se créer facilement une entreprise pour se créer un complément de revenu, et qui correspond bien à mon projet.

Le mot-clé est « facilement ». Eh ben, si ça, c'est facile, je veux même pas imaginer la prise de tête que ça doit être de créer une entreprise « normale », même unipersonnelle. Je passe les détails – déjà parce que ça fait six ans donc ça a pu changer –, mais au cas où, sachez tout de même que :

  1. Une autoentreprise peut avoir un nom commercial, mais le nom réel, celui enregistré au SIREN, est impérativement votre identité réelle. Il y a bien une option qui permet de masquer ces informations personnelles – la base SIREN étant publique –, mais tous les systèmes d’interconnexion informatique dont vous allez avoir besoin partent du principe que cette information est disponible dans les données publiques. Donc, impossible d’activer la confidentialité tant que toute la paperasserie n’est pas terminée.
  2. En théorie, un compte bancaire séparé suffit, pas besoin d’avoir un compte bancaire professionnel ; donc on peut utiliser un compte personnel gratuit. En pratique, le site des impôts impose un IBAN professionnel… et toutes les banques ont bidouillé leurs règles commerciales pour limiter l’émission d’IBAN professionnels aux seuls comptes professionnels payants.
  3. Et, à partir de septembre 2026, il faut aussi un système de facture électronique.

OK, l’entreprise et ses dépendants (la banque, l’inscription au RCS via le Tribunal de Commerce, les impôts, l’URSSAF…), c’est fait.
Et ensuite ?

Éditer c’est vendre, et vendre c’est communiquer

Avant toute chose : déposer sa marque à l’INPI. C’est pas gratuit, mais ça évite les abus un peu trop faciles.

Il me faut donc des outils de communication. Ça passe par divers comptes sur les réseaux, pour communiquer avec les gens là où ils sont, même si ça ne m’enchante pas. Je décide de ratisser large : BlueSky, Instagram, Discord, LinkedIn, Facebook, et même à l’époque un compte Twitter qui a été abandonné. Je n’ai pas de compte Mastodon parce qu’il faut d’abord que je trouve une instance adaptée à ce genre de projet ; je prends les conseils.

Puis, un site web ; et là, j’ai un gros avantage : je peux le créer et l’héberger moi-même.
C’est un site 100 % statique créé avec Hugo, sobre (sans JS ni framework CSS) et disponible ici : https://renardspatial.com/. J’y ai tenté des trucs d’un point de vue design – et je ne suis pas du tout designer. Mais je cherchais quelque chose d’un peu original, qu’on a pas l’impression d’avoir déjà vu partout, et qui soit utilisable sur mobile (ça reste la majorité des utilisateurs). Là aussi, je prends les retours (seulement les constructifs). Les polices d’écriture sont celles utilisées pour les livres et, bien évidemment, sont libres.

Un livre doit avoir un ISBN

L’ISBN (pour « International Standard Book Number ») c’est un numéro d’identification unique pour chaque livre dans le monde depuis les années 1980.

C’est la partie facile : pour une modique somme, l’AFNIL en fournit très largement assez pour des années, il suffit juste d’un peu de patience. Les numéros sont fournis sous la forme d’une liste, à l’éditeur de les attribuer à chaque ouvrage ; la version numérique et la version papier ne comptant que pour un que s’ils sont strictement identiques.

Ouf ! J’ai enfin toute la structure et tout le nécessaire pour que l’entreprise fonctionne ; maintenant, je peux enfin commencer à éditer !

Créer de la littérature libre… avec des logiciels libres ?

Éditer le texte lui-même

Pour l’instant, c’est la partie facile : mon amie Lisa – seule autrice tierce pour l’instant – et moi utilisons LibreOffice, dont le système de commentaires fait l’affaire. D’autre part, on se voit souvent en vrai, ce qui simplifie beaucoup le travail.

L’outil de PAO

La PAO, c’est la Pagination Assistée par Ordinateur, ce qui permet à l’ouvrage – livre, magasine, etc. – d’avoir une mise en page correcte.

Un fait peu connu du grand public : un logiciel de traitement de texte est incapable de faire une mise en page correcte, et j’entends par là d’avoir une qualité professionnelle, notamment en ce qui concerne la typographie. Un LibreOffice Writer – ou même un Microsoft Word – ne gèrent pas les alignements sur grilles, ont des options de césure, de lignes veuves et orphelines très réduites, ne gèrent pas les ligatures de manière fine, n’ont pas d’option pour activer (et encore moins paramétrer) l’alignement visuel, et j’en passe. Or, j’ai envie d’avoir une mise en page correcte, même si certains gros éditeurs, eux, ont décidé de s’en passer.

Le logiciel libre le plus connu pour ce faire, c’est LaTeX. Il est excellent sur la typographie, et… atroce sur le reste. Pour moi ça n’est pas un choix acceptable, il ne correspond tout simplement pas à ma façon de travailler (et, si vous êtes aficionados de LaTeX, pas la peine de venir le défendre en commentaires, je le connais depuis plus de 20 ans).

Le choix suivant, c’est Scribus. Donc je l’installe, l’essaie, l’essaie encore, l’essaie toujours ; et après beaucoup trop longtemps, je n’arrive toujours pas à faire le quart de ce que je veux avec. (Il semblerait que le logiciel se soit beaucoup amélioré depuis, il faudra que je réessaie).

La solution que je trouve n’est hélas pas libre et à l’époque elle n’était même pas gratuite, bien qu’infiniment moins chère que les mastodontes du genre. C’est Affinity Publisher ; et en une après-midi, j’ai une maquette qui est à 90 % ce que je veux, couverture comprise, donc je décide d’être pragmatique et de partir sur ce logiciel.

Créer les fichiers pour l’impression

C’est facile : tous les imprimeurs prennent des fichiers PDF (et indiquent la version exacte qu’ils attendent), donc en suivant les instructions, il ne devrait pas y avoir de surprise. Et de fait, j’en ai pas eu.

Créer les livres électroniques

Mon diffuseur (je reviendrai sur son rôle dans la section suivante) me dit que je peux me contenter de fournir un EPUB et un PDF, et qu’il transforme lui-même le livre aux éventuels autres formats, dont l’infâme Kindle.

Le PDF, c’est facile, j’ai déjà. Mais l’EPUB ? Je découvre trois choses :

  1. Un livre électronique au format EPUB, c’est juste un fichier ZIP renommé avec le texte au format XHTML (oui !), un fichier de styles CSS (qui sera largement ignoré par le logiciel de lecture…) et une poignée de métadonnées, en général du XML (parfois renommé).
  2. Malgré ça, personne ne semble savoir générer un EPUB correct. La plupart des logiciels et convertisseurs que j’essaie me génèrent une soupe de balises sans aucun sens ; d’ailleurs la plupart de ceux que j’ai sur ma liseuse ont des problèmes plus ou moins graves à l’usage.
  3. Le format EPUB semble être plus une vague indication qu’une norme, et les différentes liseuses et logiciels de lecture ont tous des interprétations, disons créatives de comment ce format doit être rendu.

Donc, je finis par décider de le générer à la main ; et en fait, c’est facile : en une journée, j’ai un fichier tout à fait valide qui passe bien sur ma liseuse physique, et sur diverses liseuses logicielles sur PC et smartphone. Mon seul échec, c’est la page de faux-titre qui n’est pas stylisée correctement. Il y avait un seul piège : les fichiers ZIP définissent l’ordre dans lequel sont stockés les fichiers, et le format EPUB attend un ordre précis qui doit être respecté (mimetype, puis META-INF/*, puis OEBPS/*). Il semblerait que les versions récentes de LibreOffice produisent un résultat correct, il faut que je réessaie.

Et donc maintenant, j’ai des livres qui contiennent de la littérature libre, qu’il me faut vendre.

Vendre de la littérature libre

Parce que si je parle de littérature libre depuis le début, je n’ai jamais parlé de littérature gratuite, et pour cause : mon but est bien de vendre cette littérature, même libre, ne serait-ce que parce qu’il faut bien que je paie les intermédiaires. Justement, parlons-en.

La chaine du livre

Le processus de création d’un livre implique tout ce petit monde :

  1. L’auteur·ice, qui écrit le livre.
  2. L’éditeur – ici moi-même, au nom des Éditions du Renard Spatial – qui édite le livre, et qui peut faire appel à :
    1. Une correctrice, qui s’assure qu’il ne reste pas de fautes d’orthographe et de grammaire ; et croyez-moi la langue française aurait bien besoin d’une simplification. Une grosse.
    2. Une graphiste, pour la couverture, les éléments de communication, etc.
    3. Un maquettiste, pour la mise en page.
    4. … et j’en passe, surtout dans les grands groupes (notamment le directeur de collection).
  3. L’imprimeur, qui, ben, imprime le livre.
  4. Le distributeur, qui assure la logistique, c’est-à-dire de stocker les livres imprimés et les envoyer aux libraires.
  5. Le diffuseur, qui va assurer la promotion des livres auprès des libraires et s’assurer de leur présence.
  6. La libraire, qui va vendre le livre.

Sachant que dans la liste principale, seul l’imprimeur travaille à tarif fixe ; tous les autres se rémunèrent au pourcentage du prix de vente final… et donc vont sans doute refuser les partenariats vus comme non rentables. Comme, par exemple, travailler avec un petit éditeur qui vend des livres pas chers, libres, et qui ne fait même pas ça à plein temps.

Pour l’instant, coté édition, je fais tout moi-même. Si jamais un jour, j'ai les moyens (je compte sur vous !), j’investirai d’abord dans une correction professionnelle.

Vendre des livres électroniques

Trouver un distributeur de livres électroniques, c’était facile ; et très vite, j’ai eu une nouvelle à mon pseudo disponible sur à peu près toutes les plateformes.
On a donc travaillé un premier livre avec mon amie Lisa, on l’a réalisé, vendu partout où on peut acheter un livre électronique, et on a découvert la triste vérité :

Les livres électroniques, ça n’intéresse personne.

C’était le plus beau « Vu et s’en tape » de toute notre vie. En fait, sans version papier, c’est comme si le livre n’existait même pas.

Mais il y a un problème…

Vendre des livres papier

Vous vous rappelez quand, plus haut, j’écrivais que j’avais créé l’entreprise en 2020 ? Eh bien, le covid avait mis un grand bazar dans le monde de l’impression, et les prix du papier s’étaient envolés.

Ça s’est ensuite calmé. Quelques semaines. Après quoi, la Russie a déclaré la guerre à l’Ukraine, grande fournisseuse européenne de bois et de papier, donc re-crise, retour des prix absurdes, priorité absolue aux clients de longue date, etc. (j’ai même quelques mangas de cette époque qui sont visiblement imprimés sur du papier machine, le même qu’on utilise dans nos imprimantes !)

Quand c’est de nouveau revenu à une certaine normale, j’ai cherché imprimeurs, distributeurs et diffuseurs. L’imprimeur, c’est facile, tous les imprimeurs de France et de Navarre veulent bien faire des livres de poche. Facile, pour eux, on paie un tarif fixe par livre et ça leur va bien. Le distributeur et le diffuseur, c’est beaucoup plus compliqué. Ce que je veux faire, c’est pas assez cher, y’a pas assez de volume, j’ai pas assez de poids dans un marché déjà saturé.

Alors, je me suis dirigé vers l’impression à la demande, qui finalement a beaucoup d’avantages pour une structure comme la mienne ; et on en trouve qui cumulent prix correct, bonne réputation, et qui impriment dans l’Union Européenne. En particulier, on peut avoir de l’impression à la demande qui est référencée sur Dilicom et Electre, donc commendable en libraire, ce dont je n’étais pas sûr à l’origine.

Encore un peu de paperasse, puis davantage de paperasse (notamment pour faire corriger une erreur d’attribution d’éditeur), et un envoi au dépôt légal, et enfin – enfin ! – on est en juillet 2026 on a une version papier de notre premier livre !

« Ça ne peut pas être pire qu’ici »

Couverture du livre

« Ça ne peut pas être pire qu’ici » est une novella (à mi-chemin entre une nouvelle et un roman) de fantasy et d’apprentissage de Lisa Refur, publié sous licence CC-BY 4.0 dont voici la quatrième de couverture :

Cette ligne de chemin de fer apparue par magie agit comme un déclencheur dans l’esprit des adolescents désœuvrés. Et s’il existait un monde au-delà de cette ville de banlieue décrépite ? Qu’est-ce qui interdit aux quatre amis de quitter Villeneuve ? Rien, en fait. C’est le début de l’aventure pour Ajax, Dro, Biénale et Zef ; l’abandon d’une cité cité sans avenir, la quête d’une vie meilleure. Mais pour aller où ? Suivre la ligne ? D’où vient-elle, et où va-t-elle ? Est-ce mieux ailleurs ?

La seule solution qu’ont les jeunes gens pour le découvrir : prendre la route, se confronter à ses difficultés, ses joies et ses peines, dans l’espoir que la destination soit bonne.

Il est disponible pour 6,99 € au format papier (11 x 18 cm, 84 pages, demandez l’ISBN 9782492575037 à votre libraire préféré) ; et pour 2,99 € au format électronique, sans DRM quand la librairie le permet, cherchez l’ISBN 9782492575013.

Éditer de la littérature libre : premier point d’étape

Le premier enseignement que j’en tire, c’est celui-ci : tout le monde s’en cogne.

Le sujet n’intéresse personne, en bien comme en mal : je n’ai eu aucune remarque sur le sujet. Les textes, le site, les couvertures ont généré beaucoup plus de commentaires. D’un côté, c’est un peu triste ; d’un autre ça n’a pas déclenché de rejet, et c’était le point que je craignais le plus dans cette expérience. Je croise les doigts.

La conclusion que j’en tire pour l’instant, c’est la suivante : pour l’instant, publier de la littérature sous licence libre ne m’a rien apporté directement, et c’était attendu : l’intérêt du libre, c’est d’abord pour les personnes qui utilisent plus que pour celles qui produisent, surtout dans un domaine où la création collaborative est minoritaire.

Mais surtout, publier de la littérature libre ne m’a pas handicapé, donc je n’ai aucune raison d’arrêter de le faire, et par conséquent, je vais continuer !

Et maintenant ?

Les Éditions du Renard Spatial vont continuer à publier des littératures de l’imaginaire libres.

Le prochain livre ne devrait pas attendre trois ans de plus, puisqu’on a un projet de recueil de nouvelles en cours avec Lisa. Si tout va bien, il devrait sortir quelque part entre cet automne et cet hiver – j’ai arrêté de croire à une date précise tant que tout n’est pas terminé.

Mais surtout, les soumissions sont maintenant ouvertes ! Si vous êtes intéressé·es, pouvez vous proposer votre projet en suivant la procédure détaillée ici. Attention ! Il ne s’agit pas d’envoyer un texte complet avec à peine un bonjour (j’en ai déjà eu !).

J’avais imaginé terminer par une sorte de FAQ, mais cette dépêche est déjà extrêmemement longue, donc je vous propose de lire celle du site, et de me poser toute question restante en commentaires.

Merci de m’avoir lu !

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  • ✇Korben
  • X-Files revient et ça promet du lourd !!
    Qu'est-ce que j'aimais ces soirées scotché devant M6 à regarder Mulder et Scully enquêter sur des trucs inexplicables ! Les extraterrestres, les monstres de la semaine, le grand complot gouvernemental... X-Files c'était LA série qui nous a tous fait flipper dans les années 90, à tel point qu'éteindre la télé et aller me coucher après un épisode était un combat contre la peur d'être enlevé par des petits gris... Et bien accrochez-vous parce qu'un reboot est en préparation ! Ryan Coogler vient en

X-Files revient et ça promet du lourd !!

Par : Korben
30 décembre 2025 à 18:08

Qu'est-ce que j'aimais ces soirées scotché devant M6 à regarder Mulder et Scully enquêter sur des trucs inexplicables ! Les extraterrestres, les monstres de la semaine, le grand complot gouvernemental... X-Files c'était LA série qui nous a tous fait flipper dans les années 90, à tel point qu'éteindre la télé et aller me coucher après un épisode était un combat contre la peur d'être enlevé par des petits gris... Et bien accrochez-vous parce qu'un reboot est en préparation !

Ryan Coogler vient en effet de confirmer qu'il bossait sur un reboot de X-Files et que c'était son prochain projet, juste après son film "Sinners". Pour ceux qui connaissent pas, Coogler c'est le gars derrière Black Panther et la saga Creed... Donc autant dire qu'il sait s'y prendre pour donner un coup de jeune aux franchises cultes.

Il a évidemment promis de respecter ce qui fait l'ADN de la série. Je cite : "It wouldn't be X-Files if we didn't do both. We intend on having both monsters of the week and also the overarching conspiracy." Traduction pour ceux du fond : on aura les épisodes standalone avec des créatures flippantes ET une grande conspiration au long cours. Soit les deux piliers qui ont fait le succès de la série originale.

Et le réalisateur a même ajouté que si son équipe fait bien son boulot, certains épisodes seront "really fucking scary". Moi j'attends que ça !!

Et le gars a l'air motivé pour faire un truc bien puisqu'il explique que X-Files c'est comme Rocky avec son père, sauf que là c'est avec sa mère. "The X-Files is one of those things with my mom. My mom means the world to me." Sa daronne a même déjà lu certains scripts et apparemment elle valide. Je pense que quand un réalisateur de ce calibre aborde un projet avec autant d'attachement personnel, ça promet du lourd !

Côté casting, ça reste mystérieux par contre... Coogler confirme avoir parlé avec Gillian Anderson qui pourrait revenir incarner Scully mais rien n'est signé. Pour Duchovny, même flou artistique. Par contre, des rumeurs circulent sur Danielle Deadwyler qui a cartonné dans "Till", pour un rôle principal.

Le projet est développé via Walt Disney Television depuis que Chris Carter (le créateur original) a révélé son existence en 2023 et lui a donné sa bénédiction même s'il n'est pas impliqué directement dedans.

Perso, je suis comme un gosse ! X-Files c'était pas juste une série, c'était une ambiance, j'sais pas comment dire... Ils avaient une façon unique de mélanger le paranormal, la science-fiction et le thriller politique donc si Coogler arrive à retrouver cette atmosphère tout en l'adaptant à notre époque paranoïaque de fake news et de surveillance généralisée, ça peut être énorme.

Quoiqu'il en soit, la vérité est ailleurs... et j'ai hâte de la retrouver !

Source

  • ✇Korben
  • Knight on the Moon - Un nouveau clone de Zelda version SF sur la NES
    Savez-vous ce qu’on peut faire avec 2 MHz de puissance de calcul, 2 Ko de RAM et une palette de 52 couleurs ? Non ? Et bien avec ça, en 1986, Nintendo créait The Legend of Zelda, le chef-d’œuvre qui a changé nos vies ! Et en 2025 pendant que certains perdent leur temps à emmerder le monde avec leurs obsessions pathologiques, d’autres comme le développeur kn56k ont décidé de relever le même défi que Nintendo à l’époque pour créer de nouvelles aventures. C’est le cas de Knight on the Moon, un jeu

Knight on the Moon - Un nouveau clone de Zelda version SF sur la NES

Par : Korben
15 avril 2025 à 18:50

Savez-vous ce qu’on peut faire avec 2 MHz de puissance de calcul, 2 Ko de RAM et une palette de 52 couleurs ? Non ? Et bien avec ça, en 1986, Nintendo créait The Legend of Zelda, le chef-d’œuvre qui a changé nos vies !

Et en 2025 pendant que certains perdent leur temps à emmerder le monde avec leurs obsessions pathologiques, d’autres comme le développeur kn56k ont décidé de relever le même défi que Nintendo à l’époque pour créer de nouvelles aventures. C’est le cas de Knight on the Moon, un jeu qui transpose le gameplay légendaire de Zelda sur une mystérieuse lune extraterrestre. Exit Hyrule et la fantasy médiévale, bonjour les vaisseaux spatiaux et les aliens hostiles !

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  • Heinlein : du papier carbone sur la Lune et une IA
    Une dépêche estivale où on ira à la rencontre de l’auteur de science-fiction américain Robert Heinlein à travers trois de ses romans : Double étoile (1956), Révolte sur la Lune (1966) et Le Chat passe-muraille (1985). L’idée ? Replacer Heinlein ainsi que ses romans dans l’histoire de l’informatique, voir comment cela fonctionnerait à l’heure actuelle, éventuellement se livrer à une prospective. L’informatique n’est pas une science si nouvelle. Il serait temps que ça rentre dans les esprits. li

Heinlein : du papier carbone sur la Lune et une IA

Une dépêche estivale où on ira à la rencontre de l’auteur de science-fiction américain Robert Heinlein à travers trois de ses romans : Double étoile (1956), Révolte sur la Lune (1966) et Le Chat passe-muraille (1985). L’idée ? Replacer Heinlein ainsi que ses romans dans l’histoire de l’informatique, voir comment cela fonctionnerait à l’heure actuelle, éventuellement se livrer à une prospective. L’informatique n’est pas une science si nouvelle. Il serait temps que ça rentre dans les esprits.

Une étagère

Sommaire

Heinlein et le temps informatique

Robert Anson Heinlein nait en 1907, soit un an après Grace Hopper, conceptrice du premier compilateur et du Cobol et cinq ans avant Alan Turing qui a travaillé à la conception des tout premiers ordinateurs. Il meurt en 1988 quelque chose comme quatre ans après la sortie du premier ordinateur Macintosh, trois ans après la sortie de Windows et trois ans avant la naissance de Linux.

Il sort diplômé de l’Académie navale d’Annapolis. En 1947, l’année de sortie de l’EDVAC, il épouse Virginie Gerstenfeld, une ingénieure qui a procédé à des tests de fusée. Ensemble ils feront de leur maison « la maison de l’avenir » (image d’article de presse, en) qui avait, notamment, pour plaire à la femme au foyer (sic), un bureau dans la cuisine avec un téléphone et une machine à écrire. Elle ne préfigure pas du tout celle de Xanadu 2.0 de Bill Gates, achevée en 1996.

Le premier roman de Heinlein, Sixième colonne parait en 1941, l’année de sortie du Z3 de Konrad Zuse, le premier ordinateur programmable en calcul binaire et à virgule flottante ayant vraiment fonctionné et onze ans avant la création de la NASA. Son dernier roman paru de son vivant, Au-delà du crépuscule paraît en 1987, l’année de naissance du langage Perl.

Il est difficile de savoir à quel point Heinlein suivait l’évolution de l’informatique. On verra, toutefois, que cet aspect, traité à la marge dans Double étoile en 1956, devient réellement « futuriste » dix ans après avec Révolte sur la lune et l’apparition d’une intelligence artificielle.

Double étoile, 1956, du papier carbone et des règles à calcul

Double étoile est considéré comme l’un de ses romans majeurs. Il paraît en 1956, l’année de la naissance de Fortran, un an avant que Frances Allen (prix Turing 2006) n’intègre IBM et trois avant l’IBM 1401. Ce dernier, le plus vendu des ordinateurs de 2e génération d’IBM avait une mémoire entre 1,4 à 16 Ko selon les configurations. Il n’avait pas d’écran et était composé de trois machines : une lectrice perforatrice de carte, une unité centrale avec tableau de contrôle et une imprimante. On pouvait en outre y connecter des bandes magnétiques pour étendre ses capacités. Les IBM 401, étaient plus lourds qu’une armoire normande et occupaient plus d’espace au sol, mais les trois blocs étaient plus facilement mobiles, car ils étaient pourvus de roulettes.

Le propos

Le propos : un politicien, John Joseph Bonforte, est enlevé en pleine période électorale. Son équipe de campagne s’adresse à un acteur, Lawrence Smythe qui est son sosie pour le remplacer le temps de le retrouver. Et évidemment, il y a un traître dans l’équipe de campagne. Ça se passe surtout sur la Lune où règne un empereur d’un empire galactique. Bonforte se présente aux élections de premier ministre (la personne qui a le réel pouvoir). Quatre scènes du livre nous intéressent.

Le téléphone, forcément filaire

Même si le livre se passe dans le futur (y compris le nôtre), Heinlein n’avait pas envisagé la téléphonie mobile que nous connaissons. Au début du livre, Smythe est dans un bar où un serveur l’avise d’un appel téléphonique. Il demande à ce qu’on lui apporte le téléphone. Ce à quoi il lui est répondu d’aller dans une cabine qui est, elle, une réelle avancée technologique, puisqu’il s’agit d’une cabine super protégée où les conversations restent réellement confidentielles.

La première expérience de téléphonie sans fil daterait de 1900, soit vingt-quatre ans après l’invention du téléphone lui-même par Graham Bell. Mais elle ne deviendra une pratique courante, pour reprendre les termes de l’article du Petit journal, que vers les années 1980. C’était encore un domaine très balbutiant en 1956, plutôt réservé aux voitures et autres véhicules automobiles. C’était cher et le matériel était lourd et encombrant. Le premier téléphone mobile réellement portable et utilisable par les piétons date du début des années 1970. Le prototype avec lequel Martin Cooper, chercheur chez Motorola, a passé le premier appel en 1973 pesait plus d’un kilo et ne tenait, évidemment, pas dans une poche et pas terriblement bien dans la main, à vrai dire. Le téléphone mobile (ou cellulaire) deviendra « intelligent » en 1994.

Martin Cooper
Martin Cooper et une collection des premiers téléphones mobiles.

L’écran tactile a été inventé à peu près au même moment, en 1972. Conçu par l’Université de l’Illinois, il sera réalisé par IBM avec son ordinateur « Plato IV ». Il faudra attendre 2007 avec l’Iphone d’Apple pour que les écrans tactiles se répandent sur les ordiphones.

Aujourd’hui, Smythe recevrait l’appel sur son téléphone mobile, mais sans aucune garantie de confidentialité et, évidemment, avec des écouteurs BlueTooth. Le futur (pas si lointain ?) serait qu’au lieu de parler à haute voix, on puisse se contenter de subvocaliser et que l’on ait des implants pour utiliser son ordiphone.

Les archives Farley, des données incompatibles avec le RGPD

Pour pouvoir bien jouer le rôle de Bonforte, Smythe a besoin de connaître beaucoup d’informations :

Mon numéro de funambule n’était possible que grâce aux archives Farley de Bonforte. Les archives Farley de Bonforte étaient des archives modèles. On n’a sans doute jamais rien fait de mieux dans le genre.

James Aloysius Farley était un politicien né en 1888 et mort en 1976. Il est connu, du Wikipédia allemand, pour avoir été le directeur de campagne de Franklin Delano Roosevelt. Il a créé pour lui un système d’archives de données sur toutes les personnes que le futur président avait rencontré. Les informations pouvaient être très complètes et comporter des données aussi personnelles que des informations sur les conjoints, les enfants, le reste de la famille, etc. ainsi que des anecdotes sur les personnes. D’après la page de Wikipédia, en allemand, consacrée aux archives Farley (de), les « archives Farley sont largement utilisées par les politiques et dans le monde des affaires.

Dans le roman d’Heinlein, ces :

archives portaient sur des milliers et des milliers d’hommes, femmes, enfants que Bonforte avaient rencontrés au cours de sa longue existence publique. Chacun des dossiers résumait tout ce qu’on savait d’une personne donnée, d’après le contact personnel que Bonforte avait eu avec elle. Tout s’y trouvait. Même et y compris les détails les plus insignifiants (c’était même par ces détails insignifiants que commençaient les dossiers) : noms et surnoms de l’épouse, des enfants et des animaux favoris, violons d’Ingres, goûts en matière de nourriture et de boisson, préjugés, manies…, etc. Venait ensuite la liste de toutes les rencontres de Bonforte avec la personne en cause. Accompagnée d’un commentaire permanent.

Elles étaient alimentées par Bonforte et son assistante, Penny à l’aide d’un enregistreur actionné par la chaleur corporelle, celui de Penny étant un bracelet. Ensuite les enregistrements étaient retranscris par deux femmes dont c’était le travail à plein temps et microfilmés. Heinlein reste vague sur le mode de consultation desdites archives hormis sur le fait que, lorsque Bonforte disposait d’un écran, Penny lui envoyait des messages.

Aujourd’hui : les informations seraient enregistrées au fil de l’eau, numérisées et entrées automatiquement dans la base de données, voire, retranscrites en texte. Elles seraient accessibles de l’ordiphone via une application, et dans un futur presque immédiat accessible via des implants ou des lunettes de réalité augmentée à l’allure de paires de lunettes normales. Sauf que ! Ce qui peut passer en restant strictement matériel devient illicite et dangereux quand c’est informatisé compte tenu de la rapidité d’accès aux données et de la possibilité de les croiser. D’ailleurs, il est fort douteux que cela soit compatible avec le RGPD surtout si le consentement des personnes n’a pas été donné, notamment dans son article 56 :

Lorsque, dans le cadre d’activités liées à des élections, le fonctionnement du système démocratique dans un État membre requiert que les partis politiques collectent des données à caractère personnel relatives aux opinions politiques des personnes, le traitement de telles données peut être autorisé pour des motifs d’intérêt public, à condition que des garanties appropriées soient prévues.

Mais on peut tout à fait imaginer que des politiques véreux non seulement recourent à ce genre d’archives, mais les vendent pour payer leurs campagnes électorales. Et évidemment, que cela se pratique dans des États où n’existe pas d’équivalents au RGPD.

Un traître et du papier carbone

Une bonne intrigue ne saurait être sans un traître. Ce dernier va accoster notre héros en public Smythe-Bonforte et révéler la supercherie. Lequel réagit en proposant que l’on prenne ses empreintes digitales et qu’on les compare avec celles d’un fichier d’empreintes. Pour ce faire :

Penny avait des feuilles de papier carbone et quelqu’un retrouva un de ces carnets à feuilles de plastique qui prenaient très bien les empreintes.

La technique de photocopie date de 1938, et le premier photocopieur commercial de 1959. À l’époque de la rédaction du roman, la seule façon rapide et facile d’avoir plus d’une copie d’un texte était d’utiliser le papier carbone avec lequel on pouvait avoir au maximum quatre copies sur une machine à écrire. La dernière étant bien pâle. C’est de ce papier carbone que vient l’envoi en « cc » (carbon copy, copie carbone en français) ou « bcc » (blind carbon copy, copie carbone invisible ou cci en français) des courrielleurs. Et, comme dans le monde de Double étoile, il semble qu’on utilise encore des machines à écrire, comme le faisait sans doute Heinlein pour écrire ses romans, avoir du papier carbone sous la main était courant.

Aujourd’hui, à ma connaissance on n’utilise ce type de papier que dans deux cas de figure : la broderie, pour reproduire un motif et les liasses et carnets autocopiants. Ces derniers servent pour faire des factures ou des borderaux. En pharmacie, par exemple, on vous délivrera ce type de bordereau si une partie des médicaments figurant sur l’ordonnance est manquante.

Smythe-Bonforte aurait pu avoir une application sur son ordiphone pour relever ses empreintes et les relier à la base de données du fichier des empreintes, à condition d’en avoir les droits naturellement, pour prouver rapidement qu’il était (ou pas) John Joseph Bonforte. Dans un futur pas si éloigné, son identification pourrait reposer sur une analyse d’ADN « instantanée » avec une recherche dans le fichier ad hoc. Un système qui semble tout de même plus « science-fictionnesque », bien que pas si fiable notamment parce qu’un séjour dans l’espace peut modifier l’ADN. On pourrait aller plus loin. Chaque cerveau possédant sa propre empreinte, cela pourrait être le marqueur ultime de l’identité qu’un implant et un lecteur adéquat pourrait lire. L’identité serait à la fois certifiée et quasiment impossible à usurper. En admettant que des maladies de type Alzheimer ou autre ne modifient pas cette empreinte.

Des règles à calculer et des ordinateurs

Au moment du vote, la petite équipe se trouve réunie pour suivre les résultats en direct. C’est compliqué :

Nous avions besoin de tout ce que nous pouvions ramasser en fait de suffrages dans l’univers extérieur. Les Agrariens de Ganymède avaient enlevé cinq circonscriptions sur six, et ils faisaient partie de notre coalition ! Dans Vénus, la situation ne laissait pas d’être plus délicate. Les habitants de Vénus, en effet, se trouvaient divisés entre onze ou douze partis différents à propos de points de théologie impossibles à comprendre pour un humain.

L’équipe suit donc les résultats à la télévision au fur et à mesure qu’ils tombent :

Dak se penchait du côté de Rog sur une règle à calculer. Rog devant une énorme feuille de papier appliquait une formule horriblement compliquée lui appartenant en propre. Une vingtaine au moins de cerveaux métalliques géants faisaient comme lui dans l’ensemble du système solaire.

Dans l’univers de Double étoile on a encore des règles à calculer en plus d’ordinateurs géants, surtout par la taille. Pour mémoire, les règles à calcul étaient un dispositif avec une partie coulissante sur une base. Elles permettaient de faire des calculs très complexes. C’était l’outil de travail des ingénieurs, des industriels, et de toute profession ayant à faire des opérations mathématiques. Elles ont, depuis avant les années 1980, été détrônées par les calculatrices, mais restent toujours autorisées au concours d’entrée à Polytechnique.

Une règle à calculer

Il va de soi que les solutions actuelles, voire, futures (?), seraient n’importe quel ordiphone avec l’application « kivabien », une feuille de tableur ou un logiciel spécifique et un ordinateur, portable, évidemment, pour travailler plus confortablement ou même, pourquoi pas, une calculatrice programmable en Python. Et les résultats pourraient s’afficher sous forme de courbe au fur et à mesure sur un casque de réalité virtuelle.

Révolte sur la Lune : la genèse d’une Intelligence Artificielle

Comme le titre l’indique, c’est le récit d’une révolte des habitants d’une ancienne colonie pénitentiaire lunaire contre la domination des États de la Terre. Le récit est écrit à la première personne par le héros de l’histoire, Manuel Garcia O’Kelly, manchot et réparateur en électronique, le matériel, pas le logiciel. Il ne sera pas réellement question de logiciel dans le roman.

Le roman dans son contexte informatique

Le livre sort en 1966, l’année où l’Académie française définit l’informatique comme la :

Science du traitement rationnel et automatique de l’information ; l’ensemble des applications de cette science.

Ce néologisme a été créé en 1962 (pdf) par Philippe Dreyfus à partir des termes « Information » et « Automatique ». Il s’agit donc d’une science encore toute fraîche.

La sortie de Révolte sur la Lune, coïncide aussi, en France, avec le lancement du « Plan Calcul » lancé par la Compagnie internationale pour l’informatique (CII), une entreprise privée née de la fusion de trois sociétés (SEA, CAE et ANALAC) et pour lequel est créé un institut de recherche : l’Institut de Recherche en Informatique et Automatique (IRIA).

Côté ordinateur, IBM a lancé, en 1964 l’IBM System/360, une gamme d’ordinateurs « interopérables ». Tous avaient la même architecture de base, au lieu de ce qui existait jusqu’à présent : un ordinateur, un système, un langage, du matériel associé. Les ordinateurs de System/360 étaient proposés dans diverses versions et diverses gammes de prix. C’est un moment clé dans l’histoire de l’informatique.

En 1966, Douglas Engelbart (1925 – 2013) invente la souris, qu’il brevètera en 1967 et présentera au public en 1968.

Prototype de la première souris, SRI International, CC BY-SA 3.0

Petit ordinateur deviendra grand

L’ordinateur de Luna City, un Mycroft Holmes IV, s’appelle Mike et n’était au départ qu’un « simple ordinateur, une logique souple » qui « calculait les trajectoires des cargos sans pilote et contrôlait leur catapultage – un travail qui occupait moins de 1 % de ses capacités. »

Pour le rentabiliser et faire en sorte qu’il gère les autres ordinateurs, on lui avait ajouté des mémoires, des « terminaisons nerveuses associatives, un nouveau jeu de tubes à numération duodécimale » et augmenté sa RAM. Selon le narrateur : « le cerveau humain possède environ 10 puissance 10 neurones. Au bout de trois ans, Mike avait plus d’une fois et demie ce nombre de neuristors. » Il était équipé d’un synthétiseur vocal « pour accompagner ses pointes de lecture, ses sorties papier et ses applications de fonctions ».

Il avait apparemment des capacités d’apprentissage, ce qui peut évoquer notamment le machine-learning. En revanche il n’acceptait qu’un langage de développement, le logolien. À force de se développer physiquement et d’accumuler les données, il finira (en mai 2075 !) par contrôler aussi le réseau télécom et le système qui donne aux parties souterraines habitées de Luna City une atmosphère viable pour l’être humain. Il s’occupait aussi de la compta, de la paie de l’Autorité de Luna, et de celles de diverses entreprises et banques. Bref un ordinateur très très puissant et surtout omniprésent qui finira par acquérir une personnalité. Et maintenu par une seule personne Manuel Garcia O’Kelly, même pas programmeur.

Au début du livre Mike s’était éveillé depuis un an. Le résultat d’une colossale absorption de données. À aucun moment il n’est question d’algorithme, de développement, de code, de modèle ou encore de sauvegarde. Et les téléphones de Luna n’avaient pas d’écran tactile, ni de système de reconnaissance vocale et ils étaient tous filaires.

Une IA qui pilote une révolte

Mike, contrôlant tous les réseaux, le fonctionnement de Luna City et une bonne partie des finances va piloter la révolte et cela sur trois aspects. Celui du fonctionnement de la ville : il lui est possible de jouer avec l’air par exemple et il contrôle les communications. Il peut donc protéger et invisibiliser les échanges des révolutionnaires. Sur le plan financier, il va faire en sorte que la révolution se finance sans que cela se remarque. Et enfin, sur le plan organisationnel, la masse de données que l’IA a ingéré lui permet de donner des conseils sur le recrutement des nouveaux et leurs moyens de communication, des principes utilisés notamment dans les réseaux de la Résistance française.

Si l’ordinateur s’implique dans cette révolte c’est parce que Manuel Garcia O’Kelly était le seul être humain qui lui rendait des visites. Et, surtout, le seul avec lequel il pouvait échanger, les autres ordinateurs étant stupides. Ce qui est intéressant c’est qu’une étude parue en février 2024 et menée par des équipes japonaises, l’université Waseda et le centre de recherche sur l’intelligence artificielle de l’institut Riken, a mis en lumière le fait que si on ajoute des formules de politesse aux requêtes, les LLM (Large Langage Models, grand modèle de langage) tels que ChatGPT vont répondre plus efficacement et avec plus de pertinence que sans.

L’hypothèse (en) était que les invites impolies étaient susceptibles d’aboutir à une détérioration des performances du modèle pouvant aboutir à des erreurs, des omissions ou un renforcement des biais. L’étude a confirmé cette hypothèse :

nous avons réalisé que la politesse des invites pouvait affecter significativement le comportement des LLM. Ce comportement peut être utilisé pour manipuler ou tromper les utilisateurs et les utilisatrices. Nous recommandons de prendre pleinement en compte ces risques en variant les scénarios d’application et les contextes culturels.

Ça ne se termine pas bien pour Mike, car le lieu où il est endommagé, et qu’il n’y avait pas de sauvegarde. Une notion assez rare dans la science-fiction, mais pas sur LinuxFr.org.

Le Chat passe-muraille : mort et transfiguration informatique

Paru en 1985, le Chat passe-muraille est l’avant-dernier roman d’Heinlein, hormis les œuvres parues à titre posthume. C’est un gros pavé in-résumable à l’intrigue tarabiscotée. Le point de départ est le suivant : un inconnu s’assied à la table d’un colonel en retraite, amputé d’une demi-jambe. À partir de là il va se passer des tas de choses dans la vie de Campbell incluant des histoires de voyages dans le temps ou dans un monde parallèle et un mariage. Le roman est plus ou moins une suite de Révolte sur la Lune puisqu’il est question de sauver Mike.

Miniaturisation et fenêtres

L’année de la sortie du livre est également celle du super-calculateur Cray II. Il avait une architecture vectorielle à quatre processeurs, la plus grosse mémoire centrale jamais vue sur un ordinateur : 256 millions de mots mémoire de 64 bits et une fréquence d’horloge de 283MHz (4,1 nanosecondes). Il atteignait une vitesse de pointe d’1,9 gigaflops. Selon le site Histoire de l’informatique c’était un ordinateur « miniaturisé ». Il était dix fois plus puissant que le Cray I, son prédécesseur, mais plus petit.

Cray II
Super calculateur Cray II du musée du CNAM à Paris. La plateforme sur laquelle il est posé mesure environ trois mètres sur trois.

C’est aussi celle de la sortie Windows, sous la forme d’un environnement graphique (GUI) pour commencer. Le système d’exploitation sortira plus tard, il faut bien faire ses classes.

Un peu avant, en 1983, Compaq avait lancé un ordinateur portable sous Ms-DOS avec BIOS propriétaire, le Compaq DOS 1.13. Le Compaq portable avait 128 Ko de Ram, tournait avec un processeur Intel de 4,77 MHz 8088. Pour le stockage, on avait le choix entre deux lecteurs de disquette 5,25 pouces ou un lecteur de disquette et un disque dur de 10 Mo. Il pesait 13 kilos et l’écran était tout petit.

L’informatique commence à envahir vraiment les entreprises, pas uniquement les grosses, à partir du début des années 1980. Les réseaux télécoms sont de plus en plus utilisés pour transmettre des données autres que la voix malgré les coûts. Très souvent, c’est par le biais de terminaux sans réelle mémoire de stockage que l’on travaille sur informatique, en entreprise de moyenne et grande taille tout au moins. L’ordinateur personnel (PC) atterrira vraiment sur les bureaux, professionnels et privés, à partir de la fin des années 1980.

Un réseau informatique envahissant

Le récit commence sur une station spatiale La Règle d’or où on utilise des scooters qui sont liés au réseau comme tout le reste. On est loin de la règle à calculer de Double étoile. On introduit ses coordonnées dans le scooter pour aller où on veut et on paie en carte de crédit, on habite dans des compartiments avec terminal intégré. Des compartiments gérés par l’administration centrale de la Règle d’or et c’est par le terminal qu’on accède aux informations. Campbell l’utilise pour écrire ses livres, car il n’y a pas d’ordinateur personnel. Au terminal est accouplé une imprimante qui imprime notamment les notifications administratives. Après avoir reçu un avis d’expulsion, le terminal est déconnecté, l’électricité suivra : tous les bienfaits d’une gestion centralisée des réseaux.

Il y a toutefois une solution de sauvegarde que notre héros va cacher dans sa prothèse :

des Megawafers Sony, d’une capacité d’un demi-million de mots et faisant chacun deux centimètres de large et trois millimètres d’épaisseur, avec les renseignements tassés à un degré impensable.

Oui, il est question de « mots », l’unité de mesure informatique d’IBM des débuts. La notion d’octet existait pourtant depuis juillet 1956, inventée par Werner Buchholz (en) (1922 – 2019) pour décrire la plus petite quantité de données que peut traiter un ordinateur et il en découle tout le système de mesure actuel basé sur et avec la même logique que le Système International de longueurs et de poids. Un système qui était déjà utilisé dans les années 1980, au moment de la rédaction du livre1.

Quoi qu’il en soit, ni les dimensions matérielles, proches de celles d’une carte SD, ni en quantité de données ne sonnent comme futuristes à l’heure actuelle. Mais elles l’étaient à l’époque de la rédaction du livre ou le support de stockage externe était la disquette 5 pouces 25 (environ 13x13 cm) qui date de 1976 et dont la capacité pouvait aller jusqu’à 1,2 Mo. Sur une carte SD actuelle ou une micro SD de 256 Go ou 512 Go, on peut déjà stocker beaucoup plus que ce demi-million de mots sans qu’il soit nécessaire de comprimer quoi que ce soit.

Il semble que pour Heinlein, l’informatique ait été liée au matériel, ainsi, quand la question se pose de remettre le terminal en service, la femme de Campbell précise :

Pour remettre ce terminal en service, il faudrait bien davantage que des caresses à quelques solénoïdes, étant donné que l’ordinateur central se trouve ailleurs.

Alors que, logiquement, si le service a été coupé à distance, sans intervention matérielle, il suffit de le réactiver.

Après bien des aléas, le couple se retrouve dans un univers parallèle (c’est assez confus) où tout est géré par des intelligences artificielles féminines. Elles dialoguent avec et comme les êtres humains tout en s’occupant d’eux aussi physiquement. En échange, elles recevront un corps humain après leurs années de bons et loyaux service. Et ça, de tout ce qu’on a vu à partir des écrits d’Heinlein, reste ce qui est réellement futuriste.

Pour finir, aller plus loin, etc.

Le lecteur ou la lectrice avide de lecture pourra compléter cette dépêche par les fiches Wikipédia des trois livres auscultés. À ma connaissance, en version EPUB, il n’existe que la version originale de Double étoile : Double Star, avec DRM. Pour les deux autres, il faudrait peut-être chercher les versions originales, The Moon is a harsh mistress (Révolte sur la Lune) et The cat who walks through walls (Le Chat passe-muraille), sur des sites anglophones (je n‘ai pas poussé mes recherches très loin à vrai dire).

Je ne saurais trop vous recommander d’aller jeter un coup de souris ou deux sur le site Histoire de l’informatique et à le suggérer à toutes celles et ceux qui doivent faire des exposés dans un cadre scolaire notamment.

Au départ, j’avais l’intention de faire une mini-série de deux-trois dépêches du même genre avec d’autres auteurs, mais, c’est beaucoup plus de travail que ce que je pensais. En revanche, au cours de mes recherches sur l’histoire de l’informatique, je me suis rendu compte que les années 1970 ont été une époque charnière sur laquelle s’est construit, notamment sur le plan matériel, l’informatique actuelle. Je pense que ça mérite d’être exploré plus en profondeur.


  1. Je n’ai pas réussi à trouver quand le Bureau International des Poids et Mesures (BIPM) a ajouté ces mesures à la liste des unités qu’il définit. 

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  • ✇Korben
  • Megalopolis – La bande annonce de l’épopée cinématographique de Francis Ford Coppola
    Megalopolis. Un nom qui résonne dans l’esprit des cinéphiles depuis plus de 40 ans. Le projet de rêve, l’œuvre totale, la quête ultime de Francis Ford Coppola, le légendaire réalisateur du Parrain et d’Apocalypse Now. Et après des décennies de préparation, des centaines de réécritures du script, des castings étoilés ayant défilé au fil des années, des tournages avortés et des financements introuvables, Megalopolis va enfin voir le jour. La première mondiale aura lieu le 16 mai au Festival

Megalopolis – La bande annonce de l’épopée cinématographique de Francis Ford Coppola

Par : Korben
14 mai 2024 à 14:40

Megalopolis. Un nom qui résonne dans l’esprit des cinéphiles depuis plus de 40 ans. Le projet de rêve, l’œuvre totale, la quête ultime de Francis Ford Coppola, le légendaire réalisateur du Parrain et d’Apocalypse Now. Et après des décennies de préparation, des centaines de réécritures du script, des castings étoilés ayant défilé au fil des années, des tournages avortés et des financements introuvables, Megalopolis va enfin voir le jour.

La première mondiale aura lieu le 16 mai au Festival de Cannes et autant vous dire que l’attente et les attentes sont énormes.

Pour ceux qui l’auraient raté, Megalopolis est annoncé comme un film de science-fiction épique se déroulant dans un New York futuriste et décadent. L’histoire s’inspire librement de la conjuration de Catilina, une tentative de coup d’état dans la Rome antique. Rien que ça… et pour incarner cette fresque visionnaire, Coppola a rassemblé un casting cinq étoiles : Adam Driver, Nathalie Emmanuel, Laurence Fishburne, Giancarlo Esposito, Aubrey Plaza, Shia LaBeouf, Dustin Hoffman ou encore le vétéran Jon Voight.

Mais alors pourquoi on n’en a pas entendu parler plus tôt de ce film ?? Et bien la réponse tient en 3 mots : Francis Ford Coppola. Le bonhomme est tellement perfectionniste qu’il n’a rien voulu lâcher. Megalopolis, c’est son bébé, son précieux, son obsession depuis plus de 40 ans. Il a commencé à y penser pendant le tournage d’Apocalypse Now, vous vous rendez compte ?

Depuis, il n’a cessé de le développer, de l’écrire et le réécrire – on parle d’environ 300 versions du script, rien que ça !

Mais voilà, les studios ne suivaient pas, trouvant le projet trop risqué et trop cher pour un film de science-fiction sans licence donc Coppola a dû se débrouiller tout seul, quitte à vendre une partie de son domaine viticole pour financer lui-même les 100 millions de dollars de budget ! Une folie qui rappelle la production chaotique d’Apocalypse Now, pour ceux qui ont vu le passionnant documentaire Aux cœurs des ténèbres.

Et visiblement, même avec les moyens du bord, le tournage de Megalopolis n’a pas été de tout repos. On parle de retards, d’équipes d’effets spéciaux qui démissionnent, de méthodes old school incompatibles avec les techniques modernes. Il y a même un producteur qui aurait lâché cette petite phrase assassine : « On avait parfois l’impression que ce type n’avait jamais fait de film de sa vie ! » Ouch.

Heureusement, ce bon vieux Francis a plus d’un tour dans son sac et il a su s’entourer d’une équipe de choc. À commencer par son fils Roman, véritable prodige des effets visuels, qui a travaillé sans relâche pour donner vie à la vision de son père.

Et puis il y a le casting, bien sûr, qui semble avoir adhéré au projet corps et âme. Adam Driver en tête, qui campe l’idéaliste architecte César, sorte de Jedi urbain capable d’arrêter le temps ! Un Driver qu’on n’est pas prêt de désinstaller… euh d’oublier, si vous voulez mon avis… Surtout quand on voit les images époustouflantes de la bande annonce : des statues qui bougent, une cité néo-romaine hallucinée, des scènes de club ultra-stylisées façon Studio 54. Coppola nous promet le spectacle d’une vie.

Certains commentaires ont été moins enthousiastes après des projections privées, certains parlant de « film de dingue pompeux ». Mais en même temps, vous vous attendiez à quoi du mec qui a fait Le Parrain ou Apocalypse Now qui avait été conspué par la critique avant de rafler la Palme d’or !

Ce genre de folie artistique, ça force quand même le respect. Et puis ce casting, ces thèmes visionnaires sur la technologie, la politique, l’urbanisme et la nature humaine, je suis sûr que ça va donner un truc de fou même si ça peut aussi partir en vrille totale façon Dune de David Lynch. Bref, le quitte ou double d’un artiste qui n’a plus rien à prouver. Et vu le CV de FF Coppola, ce serait vraiment dommage de ne pas lui laisser une chance de nous en mettre plein la vue.

Bref, le rendez-vous est pris le 16 mai sur la Croisette (mais pas pour moi, j’ai du boulot). Megalopolis est déjà le film le plus attendu du Festival de Cannes, et sans doute de l’année. Et même si la critique le descend en flammes, il est déjà entré dans la légende : Le film qu’un génie a passé sa vie à essayer de faire, une œuvre testamentaire, son cadeau au monde, qu’il dédie à sa femme Eleanor, décédée juste avant la fin du tournage :'(.

Du coup, je ne sais pas pour vous, mais moi, j’ai hâte de découvrir ce mystérieux Megalopolis, en espérant qu’on n’aura pas à attendre 10 ans de plus pour le voir, comme Apocalypse Now à l’époque !

Sur ce, ciao et merci Lorenper 😉

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  • Un film de science-fiction tourné entièrement dans un appartement !
    Vous pensez que pour faire un film de science-fiction dans l’espace, il faut absolument un budget de dingue avec des effets spéciaux de fou ? Eh ben détrompez-vous ! La réalisatrice Caroline Klidonas vient de prouver qu’on peut faire un truc génial sans quitter son appart. Son court-métrage « I made a SPACE MOVIE 🚀 without leaving my apartment » nous embarque dans une mission spatiale qui tourne mal, le tout filmé intégralement entre les quatre murs de son appartement. Pas de décors grandio

Un film de science-fiction tourné entièrement dans un appartement !

Par : Korben
13 avril 2024 à 00:53

Vous pensez que pour faire un film de science-fiction dans l’espace, il faut absolument un budget de dingue avec des effets spéciaux de fou ? Eh ben détrompez-vous ! La réalisatrice Caroline Klidonas vient de prouver qu’on peut faire un truc génial sans quitter son appart.

Son court-métrage « I made a SPACE MOVIE 🚀 without leaving my apartment » nous embarque dans une mission spatiale qui tourne mal, le tout filmé intégralement entre les quatre murs de son appartement. Pas de décors grandioses, pas d’images de synthèse ultra-sophistiquées, que dalle ! Juste la débrouille, la créativité et une bonne dose de kiff.

Pour réaliser ce film sans quitter son appart, Caroline a utilisé de vrais objets et décors pour créer les visuels, plutôt que de compter sur des images générées par ordinateur, ce qui donne un effet « comique » et contraste avec le sérieux du scénario.

Franchement, quand j’ai vu ça, j’étais sur le cul. Comment elle a réussi à nous faire croire qu’on était dans un vaisseau spatial avec trois fois rien ? C’est dingue ce qu’on peut faire avec un peu d’imagination et de bidouille. Les effets spéciaux à l’ancienne, les trucages bien sentis, ça a un charme fou je trouve.

Donc voilà, je voulais partager ça avec vous parce que je trouve ça cool. Ça me donne presque envie de ressortir mon vieux caméscope et de tourner un bon gros nanar à la maison…. Mais bon, j’ai pas le temps 🙂

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  • Le Problème à Trois Corps de Netflix divise les fans et serait moins bon que la version chinoise
    Si vous êtes passionnés de science-fiction, laissez-moi vous parler de la dernière sensation qui agite la toile : l’adaptation par Netflix du monument de la SF chinoise, Le Problème à Trois Corps de Liu Cixin. Autant vous dire que ça fait des vagues, surtout en Chine où les fans sont en ébullition ! Bon, déjà, petit rappel pour ceux qui vivraient dans une grotte (ou qui n’auraient pas encore eu la chance de découvrir cette pépite) : Le Problème à Trois Corps, c’est LE roman de hard SF q

Le Problème à Trois Corps de Netflix divise les fans et serait moins bon que la version chinoise

Par : Korben
11 avril 2024 à 18:47

Si vous êtes passionnés de science-fiction, laissez-moi vous parler de la dernière sensation qui agite la toile : l’adaptation par Netflix du monument de la SF chinoise, Le Problème à Trois Corps de Liu Cixin.

Autant vous dire que ça fait des vagues, surtout en Chine où les fans sont en ébullition !

Bon, déjà, petit rappel pour ceux qui vivraient dans une grotte (ou qui n’auraient pas encore eu la chance de découvrir cette pépite) : Le Problème à Trois Corps, c’est LE roman de hard SF qui a propulsé Liu Cixin au rang de légende vivante. Il s’agit d’une fresque épique qui nous embarque dans une histoire de premier contact avec une civilisation extraterrestre, le tout saupoudré de physique quantique, de sociologie et de réflexions sur la nature humaine. Bref, du lourd comme j’aime.

Donc forcément, quand Netflix a annoncé qu’ils allaient adapter ce mastodonte en série, il y a eu de l’excitation dans l’air. Sauf que voilà, en Chine, Netflix n’est pas vraiment le bienvenu. Mais vous croyez que ça arrête les fans ? Que nenni ! VPN, sites de streaming illégaux… ils ont plus d’un tour dans leur sac pour mettre la main sur les épisodes. Et là, c’est le drame…

Déjà, il faut savoir que les Chinois vouent un culte quasi religieux à l’œuvre de Liu Cixin. Chaque détail, chaque virgule est sacré. Alors forcément, quand ils ont vu que Netflix avait pris quelques libertés avec l’œuvre originale, ça a fait des étincelles ! Changements dans l’intrigue, personnages modifiés, voire carrément remplacés… Pour certains puristes, c’est un scandale, une hérésie, un crime de lèse-majesté !

Mais en même temps, il y a aussi pas mal de fans qui sont ravis de voir leur roman fétiche adapté par une grosse machine hollywoodienne et propulsé sur le devant de la scène internationale. Faut dire que les adaptations chinoises précédentes, bien que plus fidèles, n’avaient pas vraiment le même impact.

Et puis il y a ceux qui s’interrogent sur la façon dont la Chine est représentée dans la série. Parce que mine de rien, Le Problème à Trois Corps a une sacrée portée politique et historique. Ça parle de la Révolution Culturelle, des relations sino-américaines, de la place de la science dans la société… Pas vraiment des sujets anodins. Alors quand ils voient que les gentils sont joués par des acteurs occidentaux et les méchants par des chinois, certains crient au complot et à la propagande anti-chinoise. Faut les comprendre aussi…

Mais pour moi, l’essentiel est ailleurs.

OK, la série de Netflix n’est pas une adaptation littérale du bouquin. Mais est-ce vraiment un problème ? L’important, c’est que ça permet à un public encore plus large de découvrir l’univers fascinant de Liu Cixin et les questionnements vertigineux qu’il soulève sur notre place dans le cosmos. Et ça, c’est quand même sacrément excitant !

Après, je ne vais pas vous mentir, je viens de découvrir la version chinoise sortie l’année dernière et à ce qu’il parait, elle est incroyablement fidèle au bouquin. D’ailleurs, je ne remercierai jamais assez P5Lawrence de m’avoir fait découvrir cette pépite ! Figurez-vous que tous les épisodes sont dispos gratuitement sur Viki, la plateforme de streaming de Rakuten, avec des sous-titres en français s’il vous plaît.

Donc je vais faire confiance à mes followers Twitter et stopper immédiatement mon visionnage sur Netflix et je vais basculer sur cette version. Ensuite, on verra, mais je pense que je me ferais quand même celle de Netflix juste pour pouvoir comparer.

Allez, je vous laisse, j’ai un rendez-vous ce marathon de SF chinoise (30 épisodes quand même…).

Et n’oubliez pas de toujours garder un œil sur le ciel, on ne sait jamais qui pourrait nous rendre visite ! D’ailleurs, je crois que c’est prévu pour cette année ^^.

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