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Le grand partage : comment les plateformes redistribuent (ou non) les revenus des créateurs

Dans un marché de la creator economy en pleine expansion, les créateurs comptent sur les dispositifs de partage de revenus pour survivre. Tour d’horizon des solutions existantes proposées par les plateformes. Par Alexandra Klinnik, MediaLab de l’Information de France Télévisions D’ici 2028, les créateurs pourraient voir jusqu’à 24 % de leurs revenus mondiaux disparaître, d’après une […]

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  • L’IA est votre nouveau public : le défi de conception B2A(2C)
    Et si votre principal public n’était plus humain ? Alors que les assistants intelligents lisent, filtrent et synthétisent l’information à la place de leurs utilisateurs, une nouvelle chaîne s’impose : B2A2C – de l’entreprise à l’agent IA, puis au consommateur. Dans ce paysage en mutation, concevoir des contenus ne signifie plus seulement capter l’attention humaine, […] The post L’IA est votre nouveau public : le défi de conception B2A(2C) first appeared on Méta-media | La révolution de l'informa

L’IA est votre nouveau public : le défi de conception B2A(2C)

Et si votre principal public n’était plus humain ? Alors que les assistants intelligents lisent, filtrent et synthétisent l’information à la place de leurs utilisateurs, une nouvelle chaîne s’impose : B2A2C – de l’entreprise à l’agent IA, puis au consommateur. Dans ce paysage en mutation, concevoir des contenus ne signifie plus seulement capter l’attention humaine, […]

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  • 57 patrons stars du journalisme américain, au chevet d’une presse vacillante
    Le New York Magazine a demandé à 57 magnats de la presse de partager leurs réflexions sur l'avenir des médias, alors que les modèles économiques se fissurent et que la méfiance du public bat des records. Que disent-ils en scrutant leur boule de cristal ? Par Alexandra Klinnik du MediaLab de l’Information de France Télévisions « Nous avons demandé aux personnes qui continuent de vous licencier si les médias peuvent survivre », rit jaune le journaliste Matt Brown. Dans un dossier fleuve, le New Y

57 patrons stars du journalisme américain, au chevet d’une presse vacillante

Le New York Magazine a demandé à 57 magnats de la presse de partager leurs réflexions sur l'avenir des médias, alors que les modèles économiques se fissurent et que la méfiance du public bat des records. Que disent-ils en scrutant leur boule de cristal ?

Par Alexandra Klinnik du MediaLab de l’Information de France Télévisions

« Nous avons demandé aux personnes qui continuent de vous licencier si les médias peuvent survivre », rit jaune le journaliste Matt Brown. Dans un dossier fleuve, le New York Magazine – appartenant au groupe Vox Media – a donné la parole à 57 grands noms du journalisme américain pour prendre le pouls d'une presse épuisée. « En train de s'effondrer comme toujours, si l’on en croit ce qu'on me dit », ironise Ben Smith, co-fondateur de Semafor. (A part le New York Times, « l’Amazon des médias traditionnels », qui emploie plus de 7% des journalistes de presse écrite du pays !) Ici, les voix recueillies ne se limitent pas à celles de la presse mainstream. Neal Mohan, directeur de YouTube, où « les jeunes de la Génération Z s'informent de plus en plus », et Lauren Kern, directrice d'Apple News, « le plus grand kiosque à journaux au monde », se prêtent également à l’exercice. Un consensus se dégage : le pouvoir des médias existe toujours, mais il est de plus en plus menacé par l’effondrement rapide de l’accord commun sur les faits.

Revue de quelques points clés de l'examen de conscience.

Can the Media Survive ?

« Les jeunes sont trop mous »

  • Certains clichés collent fort à la jeunesse. Les journalistes débutants « ne sont pas aussi talentueux que les gens d’il y a 10, 15 ou 20 ans», affirme un vétéran de la presse, courageusement anonyme. Avec la pandémie et l’essor du télétravail, les jeunes employés n’ont pas pu bénéficier d’un mentorat. « Ils sont probablement moins qualifiés parce qu’ils ont reçu moins de formation et leur attitude est moins servile qu’avant », remarque un rédacteur en chef. « Ils veulent tout, tout de suite. Ils veulent que tout aille vite. Ils sont ultra-ambitieux, mais pas dans le bon sens. Ceux qui réussissent sont généralement ceux qui font du bon travail, se dépassent et partent du principe que les bonnes personnes vont s’en rendre compte (…) Ce qu’on ne veut surtout pas, c’est quelqu’un qui est là depuis neuf mois et qui demande déjà quel est son plan de carrière sur sept ans », renchérit un autre ponte.
  • Cette partie a suscité de nombreuses réactions en ligne. Dans sa newsletter entièrement dédiée à cette critique, la journaliste Ann Helen Petersen parle de « la connerie générationnelle à propos de l’éthique du travail ». Sopan Deb, qui écrit pour le New York Times, pointe le fait que si les jeunes journalistes ne bénéficient pas de mentorat autant qu’auparavant (« un argument spécieux qui suppose qu’il y avait beaucoup de mentorat avant la pandémie »), « la responsabilité en incombe entièrement aux institutions médiatiques qui les abandonnent, et non aux jeunes journalistes qui ne seraient pas aussi bons ». « Le travail que les journalistes en école réalisent aujourd'hui est impressionnant. Il est bien plus vaste et approfondi que ce que nous faisions à l'université. Les étudiants d'aujourd'hui doivent filmer, écrire, monter, réaliser des podcasts, etc., parfois tout en même temps. Ce n’était pas ce que faisaient les diplômés en journalisme il y a des décennies », défend-il.
  • Les jeunes journalistes vivent en effet aujourd’hui une période inédite en termes de fragilité de modèle économique, de remise en question des méthodes de travail. Selon les travaux du sociologue des médias Jean-Marie Charon, l’institution fait peser sur eux une bonne partie de la charge de la transformation nécessaire : « Il faut savoir travailler sur beaucoup de supports, et avec des outils nouveaux que les anciens ne savent parfois pas utiliser ». Ils évoluent aujourd’hui par ailleurs dans un contexte économique que leurs aînés n’ont pas eu à connaître. Depuis cette année, les États-Unis ont perdu plus d'un tiers de leurs journaux (3 300) par rapport à 2005 — une statistique projetée par l'école de journalisme Medill de l'Université Northwestern l'année dernière. Le nombre d'emplois dans la presse a chuté de 73 % durant cette période, « l'un des déclins les plus importants dans tout secteur d'emploi au cours des deux dernières décennies », rappelle Axios.

gross and not deserving of anonymity https://t.co/hYhE9sChXa pic.twitter.com/p3CJsodRhM

— Sopan Deb (@SopanDeb) October 23, 2024

  • Et qu’en pensent les principaux concernés ? Dans sa newsletter pour le New York Mag, appelé Dinner Party, Choire Sicha a interrrogé plusieurs membres de la génération Z sur leur avis à ce sujet. « Je pense que ce que certains de ces cadres appellent « super ambitieux » et « moins servile » est peut-être la manifestation d’une peur profondément enracinée (et pour eux complètement étrangère) de ne jamais gagner assez d’argent pour prendre sa retraite. Sur le point B, faire simplement du « bon travail » ne suffit plus pour se démarquer. Il faut être bruyant, impressionnant, ou parfois super-énervant », fait remarquer Paula Aceves, journaliste.

Apple News, un service qui « donne un coup de pouce énorme » aux articles

  • « Alors que les clics se font rares pour les sites d'actualités, l'application Apple News pourrait-elle être une bouée de sauvetage ?», s’interrogeait Semafor en mai 2024. En invitant notamment Lauren Kern à participer, directrice d’Apple News, et ex-directrice exécutive de New York Magazine, il a donc été question du pouvoir du kiosque de presse sur iPhone. Apple News+ facture 12,99$ par mois pour un abonnement regroupé aux articles de magazines et journaux premium, proposant des actualités en continu de sites et magazines américains majeurs, comme The New Yorker, The Atlantic, The Washington Post, la BBC, le LA Times, et des centaines d’autres.
  • Le fonctionnement ? Des journalistes « humains » sélectionnent des nouvelles provenant de diverses sources pour les utilisateurs, dont certains paient pour accéder à du journalisme que les éditeurs offrent uniquement à leurs abonnés. « Cela revient à une compétence très ancienne de curation humaine pour décider de que vous allez mettre en avant », résume Janice Min de The Ankler. « Apple News donne un coup de pouce énorme à nos articles. Nous atteignons un public vaste que nous ne pourrions pas toucher par nous-mêmes », constate Betsy Reed, éditrice au Guardian US. « Si vous êtes un petit éditeur, Apple News est une bénédiction. C’est du trafic gratuit », renchérit Sewell Chan, éditeur exécutif au Columbia Journalism Review.
  • Les éditeurs derrière le mur payant d’Apple News+ sont rémunérés selon un système similaire à celui de Spotify. Tous les frais mensuels sont mis en commun, et une partion est allouée aux éditeurs en fonction du nombre de minutes que les gens passent sur leurs articles. Le taux mensuel revient à quelques centimes pour chaque « minute d’engagement » qu’un article attire, explique l’article.
  • Pour le contexte : La version gratuite d'Apple News attire l'attention des lecteurs depuis son lancement en 2015. La version gratuite d'Apple News est l'une des plus grandes plateformes de nouvelles au monde, étant l'application d'actualités la plus utilisée aux États-Unis, au Royaume-Uni, au Canada et en Australie, avec plus de 125 millions d'utilisateurs mensuels en 2020.
  • Cela dit, ce partenariat soulève des questions. Il incite les utilisateurs à s’abonner à Apple News+ plutôt qu’aux publications elles-mêmes, avec un risque de cannibalisation des revenus. Cette situation influence les décisions des éditeurs, qui doivent encore ajuster leur stratégie de contenu pour répondre aux demandes d'une plateforme. Et « qu’est-ce qui empêche Apple News de couper les vivres ? Pas grand-chose », répond l'article. Apple pourrait décider, comme Facebook, de quitter le marché des actualités, sans préavis. « Il y a beaucoup d’entreprises médiatiques qui comptent sur Apple News en ce moment et probablement de manière trop dépendante. (…) C’est une épée à double tranchant », prévient Gus Wenner de Rolling Stone.

Qui passe une bonne année, selon ces patrons ? La NBA !

  • « Personne ne passe une meilleure année que le NBA en ce moment. Ils viennent de conclure une négociation historique qui rend leurs droits médiatiques presque aussi sérieux que ceux de la National Football League. Ils ont un modèle commercial incroyable avec des propriétaires engagés et confirmés, se réjouit Jon Kelly, co-fondateur de Puck, les propriétaires et Adam Silver (grand patron de la NBA) ont fait un excellent travail pour convaincre trois des plus grandes entreprises de divertissement que leur sport est essentiel à la survie à long terme de l’industrie ».
  •  Pour aller plus loin : A ce sujet, Digiday a récemment mis en avant le travail de la NBA pour promouvoir et populariser le basketball. La ligue a élargi sa collaboration avec des créateurs de contenu en faisant appel par exemple au streamer Twitch Kai Cenat et la créatrice TikTok Drew Afualo pour marquer le début de la saison 2024-2025 « avec une bande-annonce éclatante ». Par ailleurs, la NBA offre désormais aux créateurs l’accès à 25 000 heures d’images de match couvrant les dix dernières années de basketball, de 2014 à la saison 2023-2024. « L’idée ici est que si nous pouvons autonomiser un groupe très sélect de créateurs sur YouTube, cela nous aidera à toucher de nouveaux fans à l’échelle mondiale », a expliqué Bob Carney, vice-président principal des contenus sociaux et numériques de la NBA.

Les dirigeants des médias décrivent un paysage médiatique fragmenté, où les modèles historiques ont disparu et ne reviendront jamais. Les médias se battent pour se relever d’une ex- « relation symbiotique », avec les tzars de la Silicon Valley. Aujourd’hui, l’influence sur la culture et les perspectives semble davantage entre les mains des plateformes sociales et des moteurs de recherche, et… Elon Musk. Il est cependant crucial d’éviter un discours alarmiste. Sewell Chan, qui a passé trois ans à diriger le Texas Tribune, met en garde : « Nous devons faire attention à ne pas trop utiliser le récit de « péril », où les gens penseront que tout est déjà mort et qu’il n’y a plus rien à sauver. »

 

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  • De la presse à YouTube : des journalistes au service des créateurs de contenu
    Lena Situations, Seb la Frite, Simon Puech, Gaspard G, Hugo Décrypte : tous ces créateurs ont bien compris qu’un contenu de qualité nécessite le savoir-faire de journalistes. Ces derniers assurent un travail de fond, souvent dans les coulisses, proche des méthodes classiques de la télévision, comme la programmation et la recherche documentaire.  Par Alexandra Klinnik du MediaLab de l’Information de France Télévisions La communication a souvent servi de bouée de sauvetage pour les journalistes e

De la presse à YouTube : des journalistes au service des créateurs de contenu

Lena Situations, Seb la Frite, Simon Puech, Gaspard G, Hugo Décrypte : tous ces créateurs ont bien compris qu’un contenu de qualité nécessite le savoir-faire de journalistes. Ces derniers assurent un travail de fond, souvent dans les coulisses, proche des méthodes classiques de la télévision, comme la programmation et la recherche documentaire. 

Par Alexandra Klinnik du MediaLab de l’Information de France Télévisions

La communication a souvent servi de bouée de sauvetage pour les journalistes en quête de revenus supplémentaires. Aujourd’hui, une opportunité encore peu exploitée s’offre à eux : travailler pour les influenceurs. Et particulièrement sur YouTube. A une époque où les créateurs de contenu devancent les médias traditionnels auprès de la jeune génération, les acteurs du web cherchent activement des compétences journalistiques pour renforcer la crédibilité de leurs productions. Tous, des YouTubeurs divertissants aux plus informatifs, deviennent alors les rédacteurs en chef de journalistes professionnels, œuvrant dans l’ombre. 

Un contexte économique propice

« On va en partie crever. Les médias n'ont plus les moyens de nous payer correctement », lâche Vincent Bresson, journaliste pour Le Pèlerin et collaborateur occasionnel du youtubeur bordelais Simon Puech, spécialisé dans le divertissement. Avec des revenus publicitaires en déclin, une concentration accrue des médias et un marché saturé – entre 2 000 et 2 500 journalistes sont formés chaque année pour seulement 450 départs à la retraite, d’après la Scam – il devient difficile de trouver sa place (et même une place !) et de vivre simplement de sa plume. Plus de 40% des titulaires d’une carte de presse abandonnent la profession au bout de sept ans, selon une étude publiée en 2017 par les Observatoires des métiers de l’audiovisuel et de la presse. La Commission de la Carte d’Identité Professionnelle des Journalistes indique que 66% des journalistes âgés de 30 ans ou moins sont pigistes ou en CDD. Face à une telle précarité, et dans un contexte capitalistique ultra-compétitif, chaque possibilité d’emploi se révèle précieuse. « J’ai commencé à travailler avec les YouTubeurs parce que j’étais en grosse galère de piges. Je ne m’en sortais pas financièrement. J’étais hyper découragée par la presse écrite. Tu es parfois payée 150 balles pour 10 000 signes », témoigne la journaliste Marion Mayer ayant bifurqué un temps vers ce secteur en plein essor.

Des créateurs de contenus en demande

« Nous, on a besoin de débouchés économiques. Eux, sont en demande de gens rigoureux et fiables », constate Vincent Puech. « Depuis le Squeezie gate, tout l’écosystème YouTube fait attention à ses sources », souligne Paul Foucaud, ex-journaliste en alternance chez Hugo Décrypte. En 2019, le plus grand youtubeur français (catégorie formats longs) avait publié une vidéo sur les pyramides où il privilégiait les théories fantastiques au consensus scientifique. « C’était une vidéo de désinformation massive, alors qu’il avait une responsabilité éditoriale », pointe le journaliste média Vincent Manilève (qui a également publié un article sur le sujet). Depuis cet incident, non seulement le public est devenu plus exigeant, mais les youtubeurs ont réalisé l’importance des sources. Aujourd’hui, Squeezie collabore avec des journalistes pour ses vidéos, et leur recrutement suit un processus semblable à celui des rédactions classiques : phases de candidature, pré-sélection de journalistes, tests rémunérés sous forme de piges, où ils doivent par exemple proposer des idées de sujets vidéo. Pour sa vidéo intitulée « Cet agent secret est un énorme mytho », Lucas Hauchard (alias Squeezie) a fait appel à l’expertise de la journaliste Justine Reix, ex responsable société chez Vice. La vidéo, postée il y a deux mois, culmine aujourd’hui à 6,1 millions de vues.

Très contente de cette première collab avec le seul et l'unique @xSqueeZie avec lequel j'ai pu travailler sur sa dernière vidéo Histoire. De plus en plus de YouTubers font appel à des journaliste et on ne peut que les féliciter pour cette exigence d'info 🔥pic.twitter.com/3XhZqBCMAP

— Justine Reix (@Justine_Reix) August 5, 2024

Un score qui fait rêver en comparaison aux chiffres d’audience bien plus modestes des sites d'information. Travailler avec des YouTubeurs n’est pas qu’un choix pragmatique : ce tremplin permet également de toucher un public que les médias traditionnels peinent à atteindre. D’après le Digital News Report 2023 du Reuters Institute, 55 % des utilisateurs de TikTok et de Snapchat et 52 % des utilisateurs d'Instagram s’informent via des influenceurs. « J’ai couvert le phénomène des dark kitchens – ces services de livraison de repas uniquement accessibles en ligne - pour le média Politis et Simon Puech. La vidéo de Simon a donné une tout autre visibilité au sujet. Bien sûr, c’est gratifiant pour l’égo journalistique de travailler pour un grand média, mais je suis encore plus fier d’avoir sensibilisé un public qui ne suit pas les médias traditionnels », rapporte Vincent Bresson. La vidéo « Ce qu’Uber Eats et Deliveroo vous cachent », postée le 13 décembre 2022, a dépassé 1,3 million de vues. « Simon est déçu quand un contenu ne réunit que 300 000 ou 400 000 vues », précise le coauteur du reportage.

Des auteurs appelés à plus de clarté

Pour toucher ce jeune public, les créateurs de contenus réclament aux journalistes le plus de clarté possible. Un défi, comme le reconnaît Vincent Bresson : « Faire simple est bien plus difficile que de faire compliqué ». Leur objectif principal est de rendre l’information à la fois accessible et divertissante : simplifier sans verser dans le simplisme…  Un équilibre que les médias traditionnels n’atteignent pas toujours : pour la presse, le vrai défi n'est pas tant l’intelligence mais l’accessibilité de leurs articles. Et l’attente du public est là. Après le référendum sur le Brexit au Royaume-Uni en 2016, Google avait relevé une explosion de recherches comme « Qu’est-ce que l’Union Européenne ? », ou « Qu’est-ce que le Brexit ? », en pleine nuit.

Les influenceurs comme Gaspard G veillent à rendre les informations compréhensibles pour tous, pas seulement à transmettre des faits. Marion Mayer, ancienne coordinatrice éditoriale du YouTubeur explique à quel point la clarté restait la valeur suprême des contenus diffusés : « Quand Gaspard relit un script, si ce n'est pas parfaitement clair pour lui, s'il trouve que c'est trop complexe, il faut le simplifier. Il est essentiel que les gens ne butent pas sur une expression qu'ils ne comprennent pas. » 

Le journaliste, ce rat de bibliothèque

Écrire des vidéos, mener des recherches sur des sujets techniques, organiser des entretiens, visionner des documentaires, écouter des podcasts, faire le travail d’un « rat de bibliothèque »… Telles sont les missions de ces plumes qui s’activent en arrière-plan pour la marque de créateurs qui ont fondé leur business sur leur visage. « Quand on rejoint Hugo Décrypte, on sait très bien que ça va être comme ça. On est tous des travailleurs de l'ombre et nous n'avons pas cette volonté de prendre la lumière. Il n’y a pas trop de frustration par rapport à cela », assure Paul Bonnaud, ancien journaliste chez Hugo Décrypte. Cette position, aussi humble qu’elle soit, interroge dans un monde médiatique où la visibilité est souvent un facteur de réussite. Bien que les journalistes soient crédités, leur présence à l'écran reste quasi-inexistante. Des créateurs, comme Squeezie et Sofyan, choisissent de ne pas créditer leurs journalistes, de peur de se faire voler leurs « talents ». À une époque où le nom d’une personne est devenu sa carte de visite, cette approche soulève des questions. Le crédit ne relève pas d’une question d’ego : il s’agit d’un indicateur de la valeur perçue qu’une personne apporte à une organisation. Ceux qui sont crédités sont souvent ceux qui se voient offrir le plus d’opportunités, rappelle le NiemanLab.

Ce virage vers l’univers des influenceurs n'est pas qu'une adaptation technique ; c'est une mutation du rôle même du journaliste ou de l'idée que l'on s'en fait. « Je ne suis plus la journaliste qui va vous dire quelle pièce de théâtre regarder, mais une autrice qui va faire de son mieux pour vous faire comprendre quelque chose », confie Marion Mayer. Cette transition n’a pas été sans obstacles. Elle explique : « Il a fallu se désnober. Quand tu viens de la presse écrite et que tu écris pour un YouTubeur, tu redescends de quatre étages. » Cette évolution ne se limite pas à un simple changement de milieu ; elle ressemble plutôt à une « mission humilité », selon ses propres mots. Cela implique de renoncer à certaines aspirations idéalisées du métier pour se concentrer sur un travail plus ancré dans les réalités contemporaines, souvent perçu comme moins nobles. Un rôle pas si éloigné de celui d'un auteur ou d'un programmateur pour une émission de radio ou de télévision. Pour jauger ses attentes en matière de rémunération, un journaliste employé par un créateur de contenu confie ainsi avoir pris comme référence le salaire des auteurs de l’émission de France Inter Affaires sensibles.     

Ce travail en coulisses peut agacer certains, surtout quand les sommes en jeu paraissent dérisoires, et souvent réglées en factures... « On parle de travailler main dans la main entre influenceurs et journalistes, mais en réalité, je pense qu’on demande à des journalistes de travailler sous-payés pour des influenceurs qui gagnent des mille et des cents, afin que ces derniers puissent apparaître comme des journalistes », fustige une ex-collaboratrice. Dans cet univers, tout comme dans le domaine des médias, il n’existe pas de grille salariale transparente. Les montants circulent discrètement entre les journalistes, qui avancent à tâtons. Notons que chez Hugo Décrypte, on assure être bien traités : « Hugo tient à récompenser ses employés quand ils font du bon travail. Il y a régulièrement des augmentations. Des primes ont été versées, en particulier durant la présidentielle, lorsque la charge de travail était plus intense et que la valeur générée pour l’entreprise était plus élevée », affirme Paul Bonnaud, ex-rédacteur en chef chez Hugo Décrypte. 

Des rédacteurs en chef qui savent très bien ce qu’ils veulent

Les créateurs de contenu endossent leur rôle de rédacteur en chef. Au lieu de simplement reproduire le travail des journalistes qu'ils engagent, ils réadaptent constamment ce contenu selon leur propre vision. Lena Situations, animatrice du podcast Canapé Six Places sur Spotify, illustre bien cette approche. Pour la préparation de son podcast, elle collabore avec des journalistes professionnels, tels qu'Oumar Diawara (également présentateur sur France TV Slash), Arièle Bonte et Lucie Frobert entre autres, qui s’engagent à lui fournir un contenu rigoureux et vérifié.  Notons que ces journalistes deviennent auteurs et peuvent parfois être tenus par des contrats de confidentialité. 

« Lena s'appuie sur des journalistes pour mener un travail de fond, qu'elle adapte ensuite. Elle prend toujours le soin de retravailler le contenu, même lorsque les délais sont très serrés », raconte Lucie Frobert, rédactrice brand content chez Brut. En général, le journaliste élabore une trame de questions et organise une session rapide avec l'influenceur avant l'enregistrement pour affiner le contenu et poser des questions pertinentes. Lucie Frobert considère d’ailleurs cette collaboration comme l'une des meilleures de sa carrière, tant pour la fluidité des échanges que pour la gestion administrative. « J’ai été payée rapidement, contrairement à certains grands médias pour lesquels il me faut souvent des mois pour obtenir le règlement d'une facture de 200 euros. Il peut se passer des mois de paperasse, car il faut s’enregistrer sur des plateformes externalisées qui ne sont même pas maîtrisées par les médias pour lesquels tu travailles. Là, tout a été fluide »

Des créatrices comme Lena Situations ou encore Sally, spécialisée dans les contenus actu, politique et lifestyle choisissent elles-mêmes des invités et des angles d'approche pour leurs émissions diffusées sur la plateforme de streaming musical. « Les créateurs de contenu savent exactement quelles personnalités intéressent leur communauté et quels sujets s'y rapportent. Leur vision est souvent plus précise et plus pertinente que celle que nous, journalistes, pouvons avoir de l'extérieur », précise Claire Hazan, directrice des podcasts chez Spotify France et Benelux et productrice de Canapé Six Places. On pourrait relever qu’il s’agit plus d’une compétence marketing que journalistique : les créateurs de contenu savent qui inviter pour plaire à leur communauté, sans forcément chercher à explorer le sujet sous un angle inédit. Mais ce souci de l’invité qui « rapporte » se retrouve aussi chez les programmateurs journalistes en quête de gros poissons, ou dans les rédactions écrites qui cherchent le visage à mettre en Une pour vendre.

Les véritables rédacteurs en chef : les plateformes

Bien qu'ils agissent en tant que rédacteurs en chef, la priorité des vidéastes reste avant tout le divertissement. Les titres doivent claquer comme des slogans pour satisfaire les algorithmes qui favorisent souvent les vidéos qui attirent rapidement l'attention et jouent sur le sensationnalisme. « Pour la majorité des créateurs, y compris ceux qui adoptent une approche journalistique, divertir et générer des clics est essentiel. Les miniatures des vidéos illustrent bien ce phénomène. Simon Puech, par exemple, suit les tendances actuelles, ce qui, parfois, peut sembler peu journalistique et même un brin racoleur. Cette surenchère dans le contenu et les titres fait partie du jeu. Sur YouTube, capter l’attention est primordial ; c’est une véritable guerre pour l’attention des spectateurs. C’est différent de mes habitudes journalistiques. C’est sa patte YouTube », témoigne le co-auteur de Simon Puech, Vincent Bresson.

Les miniatures de la chaîne du YouTubeur Simon Puech

Marion Mayer, qui collaborait avec Gaspard G pour « Histoire de » (des vidéos qui racontent “l’histoire d’une personnalité ou d’une affaire qui a marqué la société”) partage un sentiment similaire : « Pour qu'une vidéo soit un succès, il faut impérativement qu'elle attire l'attention, en utilisant des noms qui résonnent avec le public. Cela peut être frustrant, surtout lorsque l'on souhaite traiter une personne moins connue mais tout aussi intéressante ; il est clair que cela attirera moins d’audience. En revanche, des figures de « gros méchants » comme Trump garantissent un bon nombre de vues. »

« Le plus grand défi de notre métier dans les 10 à 15 ans à venir, c’est la dépendance aux plateformes », ajoute Gaspard G, dont la chaîne continue néanmoins de croître, gagnant entre 50 000 et 60 000 abonnés par mois et qui compte plus d’un million d’abonnés sur YouTube. Il attribue ce succès au fait que peu de créateurs de contenu diffusent de l'information de manière “non militante”. Mais les véritables rédacteurs en chef des influenceurs sont les plateformes, comme il l’admet lui-même. Les créateurs doivent s’adapter aux exigences des algorithmes, qui déterminent la visibilité et le succès de leurs contenus. « Le distributeur est américain et chinois. Les Américains ont tendance à une censure économique si je parle d’un sujet comme le terrorisme, un génocide, un viol. Ce sont des mots importants. On ne va pas amoindrir nos mots pour parler de la réalité. Il y aura un amoindrissement des revenus publicitaires parce que c’est non-annonceur friendly. Sur une plateforme chinoise comme TikTok, ils ne s’embêtent pas. Ils enlèvent le contenu quand cela ne leur convient pas », résume-t-il sur le podcast Media Connect de l’AFP

Cette forme de censure sur les plateformes incite les créateurs et même les médias traditionnels à éviter certains thèmes sensibles par peur d’être pénalisés ou mal référencés. Cela restreint leur liberté d'expression et oriente les créateurs vers des contenus jugés plus « sûrs », mais souvent moins percutants. Ils assurent ainsi  leur viabilité financière. De nombreux médias ont autocensuré le mot viol par peur d’être sanctionnés par les grandes plateformes. Comment déchiffrer le monde si on ne peut pas correctement le décrire ? « On se cache alors derrière des euphémismes : viOl, vil, l'émoji grappe de raisin (en référence au mot anglais rape). On se plie aux règles implicites ou supposées des plateformes, quitte à invisibiliser la violence, à lui faire perdre ses contours », met en perspective la journaliste Lucie Ronfaut.  Ceux qui utilisent des mots "non conformes" aux critères des plateformes sont souvent victimes d'un "shadowban", ou bannissement silencieux : leur nom devient introuvable dans la barre de recherche, même si leur compte reste actif. Les plateformes ne communiquent jamais ces restrictions. Les utilisateurs ne s'en rendent compte que par la baisse de leurs statistiques, avec une diminution des vues, des partages, et des publications. 

Le modèle économique : un impact sur le travail des journalistes 

Le modèle économique des créateurs de contenu reste fragile. La génération qu’ils ciblent n’a pas l’habitude de payer pour l’information, et ils ne disposent pas d’aides publiques. Ces chaînes n'ont pas accès aux dispositifs de soutien dont bénéficient de nombreux créateurs, comme les aides financières du CNC Talents, qui sont disponibles pour les créateurs de vulgarisation à succès. Gaspard G, qui a même été membre de la commission d’aide aux créateurs vidéo du CNC, n’a pas été sélectionné, expliquant que « ce n’est pas faute d’avoir essayé ».

Dans une vidéo intitulée « Je réponds à mes haters », il détaille son modèle économique et ses résultats. Sur une saison complète, sa chaîne YouTube lui a permis de générer entre 275 000 et 300 000 euros. Toutefois, le coût total de toutes les vidéos produites durant cette période s’élève à environ 260 000 euros, englobant les salaires, le matériel et la location d’espace. « On est tout juste à l’équilibre », déclare-t-il. Ces financements proviennent principalement de l'AdSense – les publicités automatiques sur YouTube, qui lui rapportent environ 50 000 euros – ainsi que de partenariats avec des marques, du brand content. « Je m’attendais à une industrie qui roule sur l’or, mais ce n’est pas vraiment le cas, à part pour Squeezie et Hugo », observe une journaliste.

Les structures sont encore en construction, ce qui rend le paysage très chaotique.  Ce manque de financement influence les sujets abordés par les créateurs de contenu. Gaspard G a dû limiter la couverture internationale de son média à trois voyages sur le terrain en douze mois (Martinique, Nouvelle-Calédonie, Ukraine). « Le coût d’une enquête n’est jamais absorbé par le sponsor », admet-il. « Financièrement, les enquêtes me font perdre de l’argent. On essaie de les vendre à des diffuseurs, le but étant d’avoir une diffusion à la télé, puis de les rendre disponibles gratuitement sur YouTube une semaine après. C’est ce que fait Seb la Frite avec ses documentaires sur TFX, et Hugo avec ses interviews de Face Cachée diffusées sur France Télévisions. Cette stratégie permettrait d'entrer dans une logique rentable. »

Les créateurs de contenu le savent bien : les ressources se trouvent chez les médias traditionnels. Après avoir traversé un Far West en pleine évolution, les plumes des créateurs en sont tout aussi conscientes et tentent leur chance dans les rédactions. Pour Max Laulom, qui a travaillé aux côtés de Gaspard G, « le milieu du numérique n’est pas encore assez structuré financièrement en termes de moyens et de processus pour être un véritable nirvana [NDLR ou plutôt un eldorado] pour les journalistes ». Pour l’instant. Lui-même producteur et journaliste, il a décidé de collaborer à nouveau avec les médias traditionnels : « Il ne faut pas se leurrer, c’est là où se concentrent les plus gros budgets. » C’est aussi l’envie d’interagir avec des sources directes, plutôt que de se limiter à de la curation qui incite certains à rejoindre l’autre rive (même si la sédentarité y est toutefois aussi très présente, avec un travail de desk devenu la norme). L’interaction avec un historien en chair et en os, plutôt qu’avec un livre ou un podcast.

Des médias traditionnels attentifs aux journalistes passés par les créateurs de contenus

Les médias traditionnels portent un intérêt croissant aux journalistes habitués aux codes des créateurs de contenu. Ceux-ci, s'ils se sentent limités dans leurs missions auprès des YouTubeurs, ont moins de mal à décrocher des CDI que leurs collègues, notamment au sein des équipes dédiées aux réseaux sociaux. « Faire du bon travail pour les créateurs de contenus, c’est bon pour le CV. C’est mieux perçu qu’il y a dix ans, quand les gens nous regardaient mal », estime Paul Foucaud, ancien alternant chez Hugo Décrypte et désormais en CDI chez BFM, en tant que responsable de la stratégie éditoriale et community manager.

Le journalisme numérique intègre de plus en plus la culture de l’influence, avec une multiplication des sujets vidéos incarnés, comme on le voit avec Brut, Le Monde ou Le Parisien. Cette évolution reflète un changement de perspective dans les médias traditionnels, qui cherchent à se réinventer et à rendre l'information plus accessible à un jeune public. Alexis Delcambre, directeur adjoint du Monde chargé de la transformation numérique, souligne l'impact des réseaux sociaux sur le recrutement : « Nous portons une attention particulière à la maîtrise des nouveaux formats et à la capacité à connecter avec l'audience pour transmettre un message. » Le sociologue des médias Jean-Marie Charon, dans son enquête sur les jeunes journalistes, a également observé cette tendance. Il note que le moyen le plus simple aujourd'hui d'obtenir un CDI dans le journalisme se trouve dans des niches spécialisées, comme la gestion des réseaux sociaux Snapchat ou TikTok. « Les rédactions parisiennes n'hésitent pas à embaucher rapidement ces profils rares, avec l'intention de les garder », ajoute-t-il.

Paul Bonnaud, ancien rédacteur en chef chez Hugo Décrypte, a lui aussi fait le saut vers un média plus traditionnel en rejoignant l’équipe des réseaux sociaux de L’Équipe, en CDI. « J’ai toujours eu une affection particulière pour L’Équipe et l’envie de vivre les Jeux Olympiques au sein d’un média qui me faisait rêver. Je savais que j’aurais plus de moyens sur certains aspects, mais moins de libertés sur d'autres », confie-t-il. Ce transfert lui permet de retrouver une place dans une rédaction produisant des informations originales, alors qu’il se limitait principalement à de la curation lorsqu’il travaillait pour Hugo Décrypte. « J’avais par ailleurs envie d’être 100% responsabilisé sur mon sujet du début à la fin. Quand j’écrivais une vidéo pour Hugo, je ne pouvais pas forcément accentuer sur certains points. Hugo allait remettre à sa sauce. C’est normal, c’est son image qui est en jeu. Ici, je pousse l’exercice jusqu’au bout, je suis certainement un peu plus libre dans le traitement », poursuit-il.

Il serait finalement réducteur d'opposer ces deux univers, qui dialoguent et s'enrichissent mutuellement. Les allers-retours constants des journalistes entre ces deux mondes en sont la preuve. D'un côté, les créateurs de contenu, en pleine expansion, tâchent de bâtir un modèle économique encore incertain et souvent sans cadre précis. De l'autre, les médias traditionnels, bien que dotés de moyens plus importants, peinent à se réinventer face à des défis majeurs, notamment dans la manière dont leur récit est reçu. Cette tension créative entre ces deux sphères peut générer une dynamique positive, un élan vital nécessaire pour réinventer la production d'information. Comme le souligne Julien Potié, bras droit de Hugo Décrypte et chargé du cours “Nouveaux médias et créateurs” à Sciences Po Paris, « on ne souhaite pas présenter le monde des créateurs comme révolutionnaire, et tirer un trait sur ce qui s'est passé avant.  Si nous avons rejoint cet univers, c'est parce que nous sommes des passionnés des médias ». Le journalisme n'a de toute façon pas le choix. L’intégration des compétences liées aux réseaux sociaux et aux nouveaux formats numériques est une condition de son avenir. À la profession de poursuivre cette transformation tout en sachant préserver ses codes déontologiques et ses lignes rouges.

 

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Liens vagabonds : Les médias traditionnels, victimes d'obsolescence dans le monde tech ?

La presse mainstream se trouve à un tournant décisif. À mesure qu'Internet et les réseaux sociaux redéfinissent les contours de l'information, des voix influentes, comme celle de Taylor Lorenz, interrogent le rôle et la pertinence des médias traditionnels. Ancienne journaliste tech au Washington Post, la spécialiste de la “creator economy” a choisi de quitter le navire vieillissant pour se lancer en solo sur Substack. Son projet ? User Magazine, une newsletter consacrée à « couvrir la technologie du point de vue de l'utilisateur ».

Dans cette quête d'indépendance, elle rejoint un nombre croissant d'ex-journalistes "stars" des médias traditionnels devenus indépendants : Olivier Darcy, ancien rédacteur de CNN, a récemment lancé Status, une newsletter par abonnement. Jeremy Scahill et Ryan Grim, tous deux de The Intercept, ont quant à eux créé Drop Site News. Pour la spécialiste de la culture numérique, cette liberté enfin acquise signifie s’affranchir d’une hiérarchie devenue trop pesante, « d’institutions qui se préoccupent davantage des apparences que de défier le pouvoir », ainsi que des politiques restrictives du Washington Post concernant les réseaux sociaux de ses employés. 

Ce qui la guide, au-delà d’une volonté de se défier de conventions qui lui paraissent dépassées ? La volonté de pouvoir couvrir internet comme elle le souhaite, c’est-à-dire comme un outil culturel majeur, au-delà d’une simple innovation technologique. « Les médias traditionnels ont du mal à couvrir internet de manière significative. Ils s’en détournent souvent », pointe-t-elle dans une récente interview. « Ces institutions ont été conçues pour une époque différente où les informations étaient plus lentes, plus centralisées, et où quelques garde-fous pouvaient contrôler le récit ». Avec déjà plus de 39 000 abonnés inscrits à sa newsletter, la créatrice de contenus - elle se définit aussi de cette manière - prouve qu'il existe une demande croissante pour ce type d’approche . Son travail se concentre sur la nouvelle génération de créateurs qui utilisent TikTok, Instagram, et YouTube comme outils pour créer leur propre culture.

En France, la situation n'est guère différente. Les médias traditionnels semblent souvent englués dans des approches obsolètes. « On explique les enjeux liés au numérique de manière économique, superfétatoire ou fantasmée », constate François Saltiel, journaliste média. L'absence de programmes dédiés aux enjeux technologiques crée un vide que de nouvelles voix pourraient combler. Selon un rapport de l'Arcom de mars 2024, 62 % des Français s'intéressent aux questions technologiques et scientifiques, devançant ainsi l'économie, le sport, la politique et les célébrités.

Un futur à redéfinir

Les institutions peuvent-elles réinventer leur approche face à des sujets aussi évolutifs et techniques ? En se concentrant davantage sur la technologie que sur les utilisateurs, elles risquent de passer à côté de l'essentiel : comprendre comment Internet influence et façonne notre culture. Comme l'affirme le journaliste américain Jeff Jarvis : « Une grande partie de la presse reste focalisée sur les grandes entreprises technologiques, leurs dirigeants souvent masculins, et leurs algorithmes, perçus comme des boîtes noires mystérieuses que les journalistes ont du mal à expliquer. Cela pourrait sembler aussi absurde que de parler du télégraphe en termes d'étincelles, de la radio en termes d'ondes, ou de la télévision en termes de pixels. Ces technologies sont importantes non pas pour leur fonctionnement, mais pour la manière dont elles nous aident à communiquer, à innover, à créer ou à détruire. Il est donc essentiel d’aborder Internet sous des angles culturel, politique, économique, éducatif et environnemental. »

CETTE SEMAINE EN FRANCE

  • Le niveau de confiance dans les médias varie selon l'affiliation politique, selon une étude ObSoCo, Fondation Jean-Jaurès et ARTE (Fondation Jean Jaurès)
  • Qui fait des podcasts en France… et qui en vit ? Une étude à l’écoute de ce métier précaire (Télérama)
  • Le gouvernement étudie une pérennisation de la vidéosurveillance algorithmique (Le Monde)
  • LVMH prend le contrôle de « Paris Match », après des années de convoitise (Le Monde)
  • Télévision : pourquoi la numérotation peut relancer la guerre des chaînes d'info (Les Echos)
  • Ce que révèlent cinq années de traitement médiatique des violences sexistes et sexuelles (INA)
  • Dov Alfon actualise son plan stratégique pour Libération (La Lettre)
  • Procès du “Canard enchaîné” : six journalistes se portent partie civile aux côtés de Christophe Nobili (Télérama)

3 CHIFFRES

  • Près d'un tiers des 171 messages postés la semaine dernière par Elon Musk, le propriétaire de l'X, étaient faux, trompeurs ou manquaient d'un contexte essentiel (New York Times)
  • OpenAI lève 6,6 milliards de dollars lors de la plus grande levée de fonds en capital-risque de l'histoire (Axios)
  • 46 % des adultes américains déclarent avoir été confrontés à une arnaque ou à une cyberattaque (Axios)

LE GRAPHIQUE DE LA SEMAINE

Source : Trusting News

 

NOS MEILLEURES LECTURES / DIGNES DE VOTRE TEMPS / LONG READ

  • Mal informé sur la désinformation (Financial Times)
  • Les milliardaires pro-Trump de la Silicon Valley vont-ils avoir la peau de la démocratie ? (Télérama)
  • Vos échanges avec le chatbot pourraient être une mine d'or pour les entreprises d'IA (The Atlantic)
  • Mark Zuckerberg peut-il s'élever au-dessus de la mêlée politique américaine ? (Financial Times)

DISRUPTION, DISLOCATION, MONDIALISATION

  • Les acteurs au UK perdent des revenus face à l'IA, selon une étude du CREATe (Centre de Régulation de l'Économie Créative à l'Université de Glasgow). Près d'un quart des personnes interrogées ont été sollicitées pour fournir des images ou des enregistrements audio afin de créer un sosie numérique visuel ou sonore. Huit pour cent ont vu un sosie numérique créé sans leur consentement (Advanced Television)
  • Google propose la recherche filmée (Google)
  • Meta Movie Gen, générateur de vidéo, sons et musique d'ambiance synchronisée, entraîné sur 100 millions de vidéos, 1 milliard d'images (sources non précisées) (Meta)

DONNEES, CONFIANCE, LIBERTÉ DE LA PRESSE, DÉSINFORMATION

  • La lutte pour la vérité commence : la BBC dévoile les coulisses du combat contre la désinformation (BBC)

LÉGISLATION, RÉGLEMENTATION

  • Audiovisuel public : la gauche pousse pour le retour d’une redevance (Télérama)

JOURNALISME

  • Reuters et CNN deviennent les derniers médias à faire payer l'accès aux actualités en ligne (WSJ)
  • Le New York Times lance une application mobile entièrement remaniée (Hollywood Reporter)
  • L'interview de Boris Johnson par la BBC a été annulée après l'envoi par mégarde de notes de briefing sur l'entretien de l'ancien Premier ministre (The Guardian)
  • CNN a demandé une interview avec Melania Trump. Son éditeur a demandé 250 000 $ en échange (CNN)

STORYTELLING, NOUVEAUX FORMATS

  • Substack s’impose comme le nouveau refuge anticonformiste du journalisme de design (Financial Times)
  • Comment la campagne de Kamala Harris a finalement fait fonctionner la stratégie de mèmes de Biden (Bloomberg)
  • Les YouTube Shorts deviennent moins courts (The Verge)

ENVIRONNEMENT 

  • Le sommet français sur l'intelligence artificielle sera axé sur l'impact environnemental des technologies énergivores (The Guardian)

RÉSEAUX SOCIAUX, MESSAGERIES, APPS

  • Plus de 9 000 pages frauduleuses sur Facebook supprimées après que des Australiens aient perdu 43,4 millions de dollars à cause de deepfakes de célébrités (The Guardian)
  • À l'intérieur du chaos de la nouvelle téléréalité de MrBeast (Rolling Stone)
  • Apple vient-il de tuer les applications sociales ? (NYT)
  • Pourquoi Threads s'ouvre à d'autres réseaux sociaux (Washington Post)
  • MrBeast acquiert une startup visant à devenir le LinkedIn de l'économie des créateurs (Business Insider)

STREAMING, OTT, SVOD

  • Le câble est en train de mourir. Le streaming devient le nouveau câble. Et tout empire (Washington Post)
  • Apple revoit à la baisse ses grands projets de sortie de films au cinéma (Bloomberg)

AUDIO, PODCAST, BORNES

  • Les podcasts de discussion dominent le marché — et le feront toujours (Wired)
  • Votre prochaine interview de podcast pourrait en réalité être une réunion déguisée (Bloomberg)

INTELLIGENCE ARTIFICIELLE, DATA, AUTOMATISATION

  • L'IA Copilot de Microsoft se dote d'une voix, de la vue et d'un persona « Hype Man » (Wired)
  • Le responsable de l'IA de Microsoft veut que Copilot apporte un « soutien émotionnel » à Windows et à Office (Wired)
  • OpenAI veut que toutes vos applications utilisent ses voix expressives d'IA (Washington Post)
  • Facebook est inondé d'images générées par l'IA montrant la dévastation causée par l'ouragan Helene (Futurism)
  • Microsoft commence à rémunérer les éditeurs pour leurs contenus mis en avant par Copilot (TechCrunch)
  • Microsoft arrête le HoloLens 2 sans successeur en vue (TechCrunch)
  • OpenAI ouvre son moteur d'IA vocale aux développeurs (Axios)
  • En Corée du Sud, la pornographie deepfake ruine la vie des femmes (Associated Press)

MONÉTISATION, MODÈLE ÉCONOMIQUE, PUBLICITÉ

  • Comment Axios a augmenté ses revenus publicitaires pré-réservés en ciblant des audiences de niche (Digiday)
  • Amazon va augmenter le nombre de publicités sur Prime Video (Financial Times)
  • Les résumés de recherche générés par l'IA de Google affichent désormais des publicités (The Verge)

Par Kati Bremme, Alexandra Klinnik et Océane Ansah

 

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Festival de l’info locale : “On ne pourra pas lutter contre des hyper puissants en étant des nains”

Qui est le véritable danger pour la presse et l’information ? Faut-il craindre davantage les GAFAM ou Vincent Bolloré & co ? Cette question a fait l’objet d’une table ronde au Festival de l'info locale de Nantes, qui a eu lieu le 26 et 27 septembre, intitulée “La concentration des médias est-elle compatible avec le pluralisme ?”. 

Par Alexandra Klinnik, MediaLab de l'Information

D'un côté, les plateformes numériques siphonnent les revenus publicitaires et fragilisent la presse, provoquant un véritable “tsunami”. De l'autre, la concentration des médias s'intensifie, illustrée récemment par le rachat de BFM, RMC et La Provence par CMA CGM, dirigé par Rodolphe Saadé, soulevant des questions sur l'indépendance et la diversité de l'information. Face à ces défis, les débats récents des États Généraux de l'Information interrogent : la législation actuelle peut-elle encore protéger les médias ? Dans quel ordre de bataille les médias doivent-ils se positionner ?

Résumé des points clés.

L’éducation aux médias est une urgence !

  • Pour Nathalie Sonnac, professeure à l’université Paris Panthéon-Assas, le véritable enjeu reste celui de l’éducation aux médias, à l’heure où les citoyens sont massivement exposés à un flot de désinformation via les plateformes numériques. Cette éducation ne doit pas se limiter aux jeunes mais s’étendre à l’ensemble de la population. Selon la présidente du COP du CLEMI, il est essentiel d’aider les citoyens à comprendre les mécanismes de production de l’information et à identifier les fake news pour renforcer la résilience démocratique. “Les plateformes n’ont pas pour mission de fabriquer une info de qualité à la différence des médias. Nous traversons un véritable big bang médiatique”, alerte-t-elle. 
  • Même son de cloche chez David Guiraud, président du conseil de surveillance de Ouest-France, qui dénonce une lutte inégale contre “des monstres, sans foi, ni loi, dont la seule raison d’être n’est pas de relier les gens, mais la puissance et l’argent”, avec aux manettes  un pirate absolu”, Mark Zuckerberg. 
  • Cette éducation est d’autant plus nécessaire car elle peut permettre de recréer un socle commun dans un contexte où chacun vit sa propre réalité.Quand je regarde les chaînes de l’info continu et la PQR de l’autre côté, on ne parle pas du même monde, de la même chose. On a pas la même vision des choses”, constate David Guiraud. Il faut, comme l'affirmait la philosophe Hannah Arendt, "recréer un réel commun", d'autant plus à l'heure où l'intelligence artificielle et les manipulations informationnelles menacent de plus en plus cette cohésion.

La concentration, un atout face aux géants du numérique ?

  • Laurent Guimier, directeur du pôle médias de l’armateur CMA CGM (“les derniers entrants sur le marché” selon les mots de Gilles van Kote du Monde) estime que la concentration peut être un levier nécessaire pour permettre aux médias traditionnels de résister à la montée en puissance des GAFAM. “Il s’agit de se dire comment on constitue un groupe média avec des médias très différents qui peuvent se renforcer les uns les autres, et ainsi tenter de résister à cette transformation terrifiante qui s’attaque à tous, petits, grands médias, médias privés, publics, médias possédés par des riches et très riches. Nous sommes tous égaux devant cette déferlante” assure le président du conseil d’administration du journal La Provence.
  • Pour lui, la législation actuelle limite excessivement les stratégies de déploiement des médias, empêchant la formation d’acteurs suffisamment puissants pour s’opposer à cette révolution numérique. “Est-ce que le concurrent de Ouest France, c’est BFM ou TikTok ? Le concurrent de France 3, BFM ou YouTube ? L’adversaire de la démocratie, des propriétaires européens qui mettent des millions dans les médias ou Elon Musk ? ”, s’interroge celui qui invite à repenser les véritables forces en présence. Pour lui, la loi de 1986, socle de la régulation, pensée avant l’internet “bloque le développement de télé locales. C’est la même chose en radio, avec des interdictions de concentration. Le rythme des médias nécessite une révision de la législation” estime-t-il.
  • David Guiraud souligne également l'importance de constituer une entité puissante. “On ne peut pas lutter contre des hyperpuissants en étant des nains. Il faut accepter une forme de puissance.” Pour lui, il ne s’agit pas d’une quête de pouvoir pour le pouvoir, mais d'une puissance bâtie sur l’indépendance et la confiance… et la mutualisation des forces internes. La future chaîne de télévision du groupe Ouest-France se construira dans cet esprit avec les confrères locaux. Les studios seront en région. “On doit investir ensemble, sinon on n’y arrivera pas”, souligne-t-il.

Un modèle alternatif de gouvernance ?

  • Le groupe Ouest-France souhaite offrir un contre-modèle à la concentration des médias aux mains de grands groupes financiers. Ouest-France appartient à une association à but non lucratif, l’ASPDH (Association pour le soutien des principes de la démocratie humaniste). Ce modèle, estime le président de l’association, montre qu’il est possible de préserver le pluralisme tout en maintenant une puissance économique. En tant que premier quotidien national francophone au monde, Ouest-France repose sur une structure associative régie par la loi de 1901, qui privilégie un capital “éthique”, articulé autour de “valeurs solides” qui guident son fonctionnement.
  • Personne ne peut racheter ce groupe demain. Pour rester indépendant, il faut gagner de l’argent”, explique David Guiraud.  100% des bénéfices du groupe sont réinvestis dans le développement, en particulier dans le numérique, ce qui leur a permis d’atteindre 260 000 abonnés numériques. “On est très loin du succès du New York Times, mais on ne désespère pas de renverser la vapeur. On essaye de s’améliorer en permanence”, lance-t-il.

"Si c'est pour nous dire qu'il faut une concentration maximale pour les affronter, je dis que c'est perdu d'avance !"

  • David Assouline, rapporteur de la commission d’enquête sur la concentration des médias,  reconnaît que la puissance des géants du numérique dépasse de loin celles des groupes de presse traditionnels, mais il refuse de voir dans la concentration une solution viable pour leur faire face. Il estime que vouloir concentrer les médias pour rivaliser avec les GAFAM est une illusion. “Tous les groupes sont des nains par rapport à eux, affirme-t-il, "si c'est pour nous dire qu'il faut une concentration maximale pour les affronter, je dis que c'est perdu d'avance ! Leur puissance financière n’est pas rattrapable."
  • Selon l’ancien sénateur socialiste, la seule véritable résistance aux géants de la tech américains réside dans la qualité de l’information et l’indépendance des rédactions. La bataille ne peut être gagnée sur le terrain financier ou technologique des GAFAM, mais plutôt en s’assurant que les médias nationaux offrent une information vérifiée, pluraliste et indépendante.
  • Il dénonce également les pratiques de certains grands groupes de presse, citant l’exemple de Bernard Arnault. Selon un mémo interne révélé mercredi 18 septembre par La Lettre, le propriétaire du groupe Les Echos-Le Parisien a exigé de ses cadres une « interdiction absolue » de « parler » avec les journalistes de sept médias « dits d’investigation qui se servent de l’attrait du public pour le luxe afin d’attirer de manière racoleuse un nouveau lectorat » : La Lettre, le Canard enchaîné, Mediapart, Glitz Paris, Puck, Miss Tweed et l’InforméAinsi que toutes les autres lettres confidentielles du même type qui existent ou pourraient être créées » . Comment peut-on être un patron de presse et interdire de parler à des journalistes ? Interdire que des journalistes puissent avoir accès à des informations ?”, s’exclame David Assouline. Une pratique totalement incompatible avec les principes de liberté et de transparence qui devraient régir le secteur médiatique. Pour résister aux GAFAM, il faut une “exemplarité”, martèle-t-il.
  • Dans un monde où l’information joue un rôle crucial, il est essentiel d’examiner les acteurs qui influencent (et déforment) notre perception de la réalité : “Le problème aujourd’hui ne se limite pas aux GAFAM. Regardez ce que fait Bolloré. Il a fabriqué un candidat présidentiel qui propageait de la haine. Il a un ensemble médiatique dans le monde de l’édition, une majorité de livres scolaires pour les enfants. Qui détient les journaux a son importance. S’il faut des riches pour faire des entreprises puissantes, alors mettons les bons parce qu’on n’est pas en train de fabriquer des brosses à dent, mais de fabriquer de l’information qui est un bien précieux pour les citoyens !

Comment choisir son directeur de rédaction ?

  • Les Etats généraux de la presse ont suscité des attentes, notamment sur la possibilité pour les rédactions de se prononcer sur le nom du directeur de la rédaction. Pour David Guiraud, cette volonté est une fausse bonne idée. Pour lui, un directeur de rédaction doit posséder de nombreuses compétences : être un excellent journaliste, un bon manager, comprendre le digital et avoir une vision stratégique. Or, il estime qu’un collectif de journalistes n’est pas toujours le mieux placé pour identifier un tel profil. Une équipe de direction doit prendre le dessus.
  • ll cite l’exemple de The Economist, où le conseil d'administration a créé un comité ad hoc en capacité de choisir un directeur de rédaction. Les membres de ce groupe interrogent tous les journalistes qui répondent de manière confidentielle : “Une fois lus, les documents sont détruits. Cela oblige chaque journaliste à bien réfléchir, à travailler le dossier de façon approfondi”. Le comité regarde ensuite les propositions et nomme le directeur de la rédaction. “Un directeur de la rédaction qui n’est pas adoubé ne pourra pas faire son boulot”, estime David Guiraud.

La lutte contre la domination des GAFAM et la concentration des médias soulève des défis majeurs pour l'avenir de l'information. Si certains prônent la puissance économique pour résister, d'autres insistent sur l'importance de l'indépendance éditoriale et de la qualité de l'information. Face à la désinformation, l'éducation aux médias et un modèle éthique et pluraliste apparaissent comme des clés essentielles pour protéger la démocratie.

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  • Les nouvelles start-ups de l'info : le futur du journalisme ?
    Des rescapés des grands groupes aux jeunes loups de la start-up nation, une nouvelle vague de médias bouleverse le paysage journalistique. En quête d'impact, ces entrepreneurs de l'info expérimentent de nouveaux modèles économiques et éditoriaux pour s'adapter aux exigences d'une audience en mutation. Mais à quel prix pour l'intégrité éditoriale ? Le futur du journalisme se jouera-t-il avant tout sur les réseaux sociaux ? Par Alexandra Klinnik du MediaLab de l’Information de France Télévisions C

Les nouvelles start-ups de l'info : le futur du journalisme ?

Par : oansah
11 septembre 2024 à 15:41

Des rescapés des grands groupes aux jeunes loups de la start-up nation, une nouvelle vague de médias bouleverse le paysage journalistique. En quête d'impact, ces entrepreneurs de l'info expérimentent de nouveaux modèles économiques et éditoriaux pour s'adapter aux exigences d'une audience en mutation. Mais à quel prix pour l'intégrité éditoriale ? Le futur du journalisme se jouera-t-il avant tout sur les réseaux sociaux ?

Par Alexandra Klinnik du MediaLab de l’Information de France Télévisions

Créateurs de contenu, entrepreneurs, influenceurs, journalistes de formation, rescapés de la bollorisation : les acteurs qui souhaitent lancer leur propre média ne manquent pas !  Chacun a sa définition bien particulière de ce que doit être l’info. Pour les uns, un puissant outil marketing. Pour d’autres, un bien public essentiel. Face à un modèle économique du journalisme traditionnel à bout de souffle, ils expérimentent avec avidité de nouvelles stratégies en ligne, pour s’adapter à une cible jeune qui s’informe prioritairement sur les réseaux. Contrairement aux mastodontes historiques, ces nouveaux entrants bénéficient de structures agiles, leur permettant d’explorer de nouveaux formats et de s’adapter rapidement aux tendances changeantes de leur audience. Comment ces médias parviennent-ils à se financer ? Quels modèles économiques émergent pour répondre aux besoins de l’ère numérique ? Et quels sont les compromis à l’œuvre entre rentabilité commerciale et intégrité éditoriale ?

Les start-uppeurs de l’info

Ce sont les plus visibles sur les réseaux sociaux. Ils ont fait des études de commerce, ont suivi un cursus marketing, communication numérique et média, et aspirent à devenir les Xavier Niel de demain. Imprégnés de la culture « start-up », ils se lancent dans le monde de l’information avec l’ambition de bâtir des empires médiatiques. Pour eux, l’information est un produit, au service d’un business à faire prospérer. C’est ainsi la philosophie totalement assumée du Crayon, un média en ligne créé il y a quatre ans, qui selon France Culture, « taille dans le buzz » et compte près de sept cent mille abonnés sur les réseaux sociaux.

Fondé par quatre jeunes entrepreneurs et créateurs de contenus – Wallerand Moullé-Berteaux, Sixtine Moullé-Berteaux, Antonin Marin (qui lui a fait des études de mathématiques), et Jules Stimpfling (diplômé du master in International Security à l'École des affaires internationales (PSIA)) – ce pure-player vise à donner la parole à tous, au nom de la liberté d’expression. Des personnalités de tous horizons, y compris de l’extrême-droite, y ont été invitées : l’influenceuse et ancienne porte-parole de Génération Identitaire Thaïs d’Escufon, Florian Philippot, et même Éric Zemmour. Quelques jours avant l’élection européenne du 9 juin, Emmanuel Macron a lui aussi pris la parole sur ce média « de débat d’idées et d’opinions », dont l’audience est majoritairement composée de 18-34 ans. L’assurance de toucher une cible jeune, avant ses passages plus traditionnels sur les plateaux de TF1 et France 2. Le Président a compris la force de frappe de ces nouveaux types de médias.

La particularité du média ? Pas de journalistes ! « On traite et analyse des faits, puis on reçoit des personnalités selon les faits. On fait du journalisme mais on n’est pas des journalistes », justifie au micro de Mediarama, Antonin Marin, co-fondateur et directeur « des rédactions » du Crayon, redéfinissant ainsi le concept même du journalisme ! « Un média, tel que défini par Naval Ravikant (une figure emblématique de la Silicon Valley) est une audience ou une communauté qui se retrouve dans une proposition de contenu », précise sur LinkedIn Wallerand Moullé-Berteaux. Le Crayon est considéré comme le « vaisseau amiral » du groupe, aux activités commerciales diversifiées : ad breaks, sponsoring, brand content... Leur agence de RP, le Surligneur, représente 40 % de leur chiffre d’affaires. Ils ont également levé un million d’euros auprès de plusieurs investisseurs et business angels dont Xavier Niel et Pierre-Edouard Stérin, fondateur de Smartbox, et libertarien conservateur. « Nous cherchons à créer une entreprise rentable, d’où nos piliers d’agence. Si on annualise les trois derniers mois, on atteint deux millions de chiffre d’affaires. Nous sommes rentables depuis le début, une obsession qui découle de ma culture du ‘make money’ », affirme Wallerand Moullé-Berteaux, pour qui il s'agit de la troisième entreprise.

Dans les cinq ans, l’entreprise vise à être un « mass media incontournable » en adoptant la philosophie du « media led company » un concept que vulgarise le fondateur du Crayon sur LinkedIn : « La media-led-company est une entreprise qui dirige son développement avec le média comme première brique d’activité pour l’amener vers des business propriétaires à destination de l’audience. » Il cite ainsi l’exemple de Welcome to the Jungle, « qui a révolutionné le monde du recrutement grâce à la puissance de son média ». En d’autres termes, le média sert de vitrine pour faire fructifier d’autres business. « Les prochains leaders du marché ne seront pas ceux qui ont les meilleurs produits, mais ceux qui possèdent un excellent positionnement et un média puissant », expliquait-il dans le podcast Jeunes Branches.

Ces nouveaux entrants remplacent le mot « information » par « contenu », redéfinissant ainsi les fondements même du journalisme traditionnel. Pour une internaute LinkedIn, il s’agit dans d’autres termes « d’une agence de com’ avec la crédibilité d’une agence de com ». Cette remarque souligne la dilution de la frontière entre communication commerciale, influence et information journalistique, rendant les motivations des créateurs de contenu ambiguës. Selon ces jeunes entrepreneurs, la prochaine ère du marketing sera celle des médias. Cette vision pose un défi majeur : comment maintenir une information de qualité, équilibrée et vérifiable, dans un modèle où le contenu est principalement guidé, non pas par une ligne éditoriale et une déontologie professionnelle, mais par des objectifs commerciaux ? Il est crucial de réfléchir aux conséquences de cette transformation sur la démocratie, car l’information, lorsqu’elle est traitée comme un simple outil marketing, risque de perdre sa valeur en tant que bien public essentiel.

Le brand content, une source de revenus pour les nouveaux médias

Le Crayon n'est qu'un exemple parmi d'autres de nouveaux médias souhaitant établir un groupe médiatique grâce à des partenariats commerciaux. Les créateurs de contenu exploitent les plateformes pour diffuser leurs productions, attirant de vastes audiences et générant des revenus grâce à la publicité et aux collaborations avec des marques. HugoDécrypte, avec ses millions de vues sur YouTube et autres réseaux sociaux, illustre parfaitement cette nouvelle forme de média, inspirée par les géants de l’info-divertissement comme Brut et Konbini. Les réseaux sociaux d’HugoDécrypte cumulent désormais plus de 14 millions de followers, surpassant ainsi Le Monde.

Sur la page Instagram d’HugoDécrypte, qui compte 3,6 millions d’abonnés, les publications réalisées pour des marques coexistent, en sandwich, avec des contenus informatifs. Le 12 décembre 2023, Hugo Travers a ainsi fait la promotion de la marque Cartier sur le compte Hugodecrypte.pop (823 000 abonnés), avec une indication de collaboration commerciale. C’est ce qu’on appelle le brand content. Cette proximité peut brouiller la distinction entre information et communication. Pour un jeune public, il peut être difficile de reconnaître un partenariat rémunéré. C'est pourquoi le Clemi a mis à disposition des ressources sur son site pour aider à comprendre ce modèle économique, (également utilisé par les médias traditionnels).

Capture d’écran du compte Instagram Hugodecrypte.pop – Collaboration commerciale Cartier

Des journalistes « traditionnels » accompagnés par des entrepreneurs

À côté de créateurs de contenus, de nombreux journalistes quittent les grands groupes pour lancer leurs propres projets, motivés par le désir de retrouver une certaine liberté éditoriale et de s’engager dans des initiatives plus en phase avec leurs valeurs. Comme le remarque Julie Joly, directrice du Nouvel Obs : « Le lien d’antan entre les journalistes et les rédactions n’existe plus : ils ne sont plus liés à une rédaction du début à la fin de la carrière. » La désillusion peut parfois être un moteur puissant.

Grégory Raymond, ancien de Capital Magazine, Brief.me et Huffington Post, raconte en souriant : « J’ai financé Big Whale avec mon chèque de départ de Prisma, après son rachat par Vivendi. » Avec Raphaël Bloch (ancien de L'Express, Les Échos et Reuters), ils co-fondent le premier média européen dédié à la token économie. Pour compléter leur équipe, ils choisissent, non pas un journaliste mais Dimitri Granger, ancien de Publicis et « crypto believer ». « Il a dix ans de plus que nous et l’expérience de la gestion d’entreprise et de la comptabilité », soit un solide allié pour affronter les nuits blanches et les affres de l’entreprenariat.

Raphaël Bloch est d’ailleurs convaincu que le journalisme et l'entrepreneuriat sont étroitement liés. Selon lui, un bon journaliste est un entrepreneur dans l'âme, même s'il ne s'en rend pas compte. Il explique sur Médianes : « Au risque de choquer, je pense fondamentalement qu'un bon journaliste est un entrepreneur. Quels que soient nos supports, que ce soit radio, télé, écrit, on gère notre sujet, on va chercher nos sources à droite, à gauche, on rend compte de notre travail au quotidien, on est finalement des entrepreneurs qui s'ignorent. » Pour « l’infopreneur », l'entrepreneuriat est non seulement nécessaire pour la survie et le succès des médias modernes, mais aussi une extension naturelle du rôle du journaliste.

Cette vision guide la stratégie et le développement de Big Whale. À trois, ils développent un modèle économique diversifié avec une approche test and learn : abonnements groupés pour des entreprises offrant des fonctionnalités premium, participation payante à des événements où sont présentés des rapports de marché, analyses de projets… Dernièrement, ils réfléchissent à un modèle économique d’un nouveau genre, « sans sacrifice financier, avec un partage de revenus entre la plateforme de publication et la communauté qui l’utilise, avec des incitations économiques pour contribuer ou enrichir les contenus ». Un peu à la manière de Wikipédia où chacun est invité à enrichir une page ? « On peut effectivement y voir un modèle proche, sauf qu’il y aura un protocole blockchain sous l’interface et des incentives financières à participer pour créer du contenu ou de l’améliorer. » À plus long terme, l’ambiance est de « décentraliser la gouvernance de ce système lorsqu’il sera éprouvé ». La communauté joue un rôle central chez Big Whale. Sur leur plateforme Discord, 1 500 abonnés actifs incarnent les « têtes chercheuses » du média, enrichissant, précisant, rebondissant sans cesse sur des informations de l’écosystème. Cette approche participative contraste avec les médias traditionnels, où l'information est émise de manière verticale. « Un média veut dire beaucoup de choses et en même temps presque plus rien. On est tous capables aujourd’hui de produire de l’info », résume Raphaël Bloch.

Ils ne sont pas les seuls journalistes de formation à s’être lancés dans les nouveaux médias financiers. Léa Lejeune, après avoir couvert les rebondissements des entrepreneurs de la Tech pour Challenges pendant de nombreuses années, a créé Plan Cash, une newsletter féministe et gratuite qui parle d’argent… Qui s’est doublée avec le temps d’une plateforme d’éducation féministe « qui parle d’argent aux femmes sans tabou », dont elle fait la promotion sur la page Instagram du média (80 000 abonnés). Dans cette aventure entrepreneuriale, la journaliste est accompagnée de Morgane Dion, plus de 12 ans d’expérience corporate dans les licornes françaises. Le modèle économique repose, entre autres, sur des formations assurées par des « experts certifiés » à « une époque où les influenceurs donnent des mauvais conseils financiers sans avoir le background et sans respecter les règles de l’AMF (Autorité des marchés financiers) » : « Les médias ont du mal à s’en sortir avec un modèle économique dans lequel ils sont dans la délivrance d’infos parce qu’il y a trop de concurrence. L’idée, c’était de gagner de l’argent sur la partie servicielle du média. Aujourd’hui, les gens sont de moins en moins prêts à payer pour de l’information mais ils sont de plus en plus prêts à payer pour des formations », assure-t-elle. Pour l'instant, l'entreprise ne bénéficie pas du statut d'entreprise de presse, car il est nécessaire que plus de 50 % de ses revenus soient issus de la production d'informations pour obtenir cette classification.

Ces nouveaux médias qui ne veulent pas travailler avec les marques

Aujourd’hui, la collaboration avec les marques n’est pas la principale source des revenus des start-ups de l’info. Selon une nouvelle étude publiée par le Centre de recherche sur les médias et le journalisme et la fondation Maharat, elles sont seulement 18 % à indiquer générer des revenus grâce à la pub. En perspective, les abonnements et autres méthodes de financement participatif sont utilisés par 30 % des acteurs. Les médias indépendants se distinguent par leur volonté de préserver une indépendance éditoriale, loin des pressions économiques exercées par les annonceurs ou les grands groupes. Cette indépendance est souvent perçue comme essentielle pour garantir la qualité et l’intégrité de l’information.

Pour assurer leur viabilité économique, les médias indépendants adoptent des stratégies de financement variés. Le financement participatif par exemple est devenu une méthode courante pour lancer de nouveaux projets. La Déferlante, un média féministe sans pub, a réussi à fédérer sa communauté dès ses débuts grâce à une campagne de financement participatif, atteignant 10 000 abonnés et embauchant neuf employés. Elle a permis à son lectorat d’entrer au capital à partir de 100 euros, une initiative qui a séduit 750 personnes. Dernièrement, c’est le média Fracas, lancé par Philippe Vion-Dury, ex-rédacteur en chef de Socialter, qui a réalisé « le plus gros lancement de média indé écolo » : « Dans la catégorie média papier, on se place dans le top 10 des lancements de médias en financement participatif, derrière des médias comme Epsiloon, La Déferlante, SoGood, Zadig ou Ebdo » a écrit Philippe Vion-Dury le 16 mai sur LinkedIn. Le média a ainsi réussi à rassembler pour son lancement 160 000 euros, 1 500 abonnés à la revue papier, et une communauté de 16 000 membres sur Instagram. LinkedIn a notamment joué un rôle dans le succès de la campagne.  Le réseau est selon lui « très indiqué pour bâtir son lectorat et sa campagne : les CSP+ y sont largement représentés, et on ne construit que très difficilement l’équilibre d’un média sans attirer à soi un lectorat capable de soutenir par la dépense ».

Des modèles hybrides, combinant abonnements et dons, permettent également de maintenir une indépendance vis-à-vis des annonceurs. Blast, un média indépendant lancé grâce à une campagne de crowdfunding qui a récolté près d’un million d’euros (contre les 100 000 demandés), en est un exemple notable. Un succès que l’on peut attribuer aussi à la notoriété du fondateur, Denis Robert.

Malgré leur dynamisme, les médias indépendants font face à des défis importants, notamment en termes de pérennité financière et de capacité à maintenir une indépendance éditoriale dans un environnement économique difficile. Pour lancer un média dans de bonnes conditions, il faut par exemple bien compter sur 30 000 euros, selon Philippe Vion-Dury. De plus, la reconnaissance en tant qu’entreprise de presse, nécessaire pour obtenir certaines subventions et avantages fiscaux, peut être difficile à obtenir pour des structures innovantes. Et quand bien même ils toucheraient les aides à la presse, ils n’accèderaient en fait qu’à une part infime du gâteau, comme le souligne le fondateur de Mediapart Edwy Plenel : « les principaux bénéficiaires sont les médias possédés par des milliardaires, notamment le richissime Bernard Arnault », qui a ainsi touché pour ses journaux plus de 14 millions d’euros d’argent public en 2022.

Les nouveaux médias ne sont pas une solution miracle. Ils doivent encore faire face à des obstacles importants, notamment la réticence des utilisateurs à payer pour des informations et la difficulté à obtenir des subventions et des avantages fiscaux réservés aux entreprises de presse traditionnelles. La reconnaissance croissante de la nécessité de soutenir les médias d'intérêt public par les aides publiques, les organismes de réglementation, et les donateurs est un pas dans la bonne direction, mais elle doit s’intensifier pour créer un environnement où ces médias pourraient véritablement prospérer.

En outre, certaines start-ups de l’info traitent le journalisme comme une industrie ordinaire, en mettant l’accent sur le marketing et l’audience. Pas besoin de journalistes, mais de producteurs de contenus couteaux suisses… Peut-on se prétendre média sans son socle fondamental ? Si cette approche apporte de la flexibilité, elle soulève des défis majeurs en termes de crédibilité et d'intégrité. Par ailleurs, les nouvelles plateformes de Web3, encore en phase émergente, promettent de transformer radicalement les usages médiatiques. Bien que leurs impacts concrets se fassent encore attendre, elles offrent des perspectives inédites pour les journalistes et les « consommateurs » d'information, notamment par des modèles décentralisés et participatifs. En fin de compte, l'avenir des nouveaux médias dépendra de leur capacité à innover sans sacrifier l'intégrité de l'information et à s'adapter aux technologies de demain.

 

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  • Liens vagabonds : Telegram au cœur d'une bataille juridique inédite
    L'arrestation de Pavel Durov marque une première historique dans le monde de la technologie.  Le 24 août, le PDG de l’application Telegram, a été arrêté à l’aéroport du Bourget, à Paris. Une information judiciaire est ouverte contre le milliardaire franco-émirati par le pôle cyber du parquet de Paris. Parmi les six chefs d'accusation, on reproche au dirigeant tech une « complicité de diffusion en bande organisée d’images de mineur présentant un caractère pornographique ». En cause, l’absence qu

Liens vagabonds : Telegram au cœur d'une bataille juridique inédite

L'arrestation de Pavel Durov marque une première historique dans le monde de la technologie.  Le 24 août, le PDG de l’application Telegram, a été arrêté à l’aéroport du Bourget, à Paris. Une information judiciaire est ouverte contre le milliardaire franco-émirati par le pôle cyber du parquet de Paris. Parmi les six chefs d'accusation, on reproche au dirigeant tech une « complicité de diffusion en bande organisée d’images de mineur présentant un caractère pornographique ». En cause, l’absence quasi-totale de modération et de coopération avec les autorités judiciaires françaises. La France surveille Telegram de près depuis que le réseau a été utilisé pour la coordination des attaques terroristes de Paris en 2015. Pour Wired, « Pavel Durov est le premier de sa génération de fondateurs de grandes plateformes à faire face à de telles conséquences sévères ». Ce cas pourrait créer un précédent pour toute l'industrie. 

Pourquoi Pavel Durov, le 'Robin Hood' d'Internet, est-il arrêté ? 

Telegram, "le dark web de poche" qui revendique 900 millions d’utilisateurs dans le monde, est critiqué pour avoir laissé prospérer des groupes diffusant des images pédopornographiques, des fausses informations, et des contenus criminels. Contrairement à d'autres réseaux sociaux, Telegram ne coopère pas par exemple avec des organisations telles que le National Center for Missing & Exploited Children (NCMEC), qui centralise la plus grande base de données mondiale de contenus pédopornographiques. Cette non-coopération avec les demandes de suppression de contenus et les réquisitions judiciaires fait de Telegram une plateforme à part : « Parmi les dirigeants des plus grands réseaux sociaux, Pavel Durov a toujours été un outsider », observe Wired. Contrairement à ses pairs, comme Mark Zuckerberg de Facebook ou Shou Zi Chew de TikTok, il a refusé de répondre aux convocations des autorités pour s'expliquer sur sa politique de gestion de contenu. 

⚖ Telegram abides by EU laws, including the Digital Services Act — its moderation is within industry standards and constantly improving.

✈ Telegram's CEO Pavel Durov has nothing to hide and travels frequently in Europe.

😵‍💫 It is absurd to claim that a platform or its owner…

— Telegram Messenger (@telegram) August 25, 2024

Les motivations derrière cette action judiciaire 

Telegram, dont la santé financière repose essentiellement sur la crypto-monnaie, se positionne en "outsider" en affirmant ne pas être soumis aux mêmes règles de modération que les autres grands réseaux sociaux. En effet, la plateforme considère qu'elle n'est pas concernée par le Digital Services Act (DSA), la loi européenne qui oblige les plateformes de plus de 45 millions d'utilisateurs actifs à lutter contre les contenus illégaux sous peine de sanctions. Le DSA impose des règles telles que l'interdiction de cibler les publicités selon la religion, le sexe ou l'orientation sexuelle, la transparence sur la lutte contre la désinformation, et de nouvelles protections pour les mineurs. 

Telegram déclare officiellement avoir 41 millions d'utilisateurs actifs en Europe, juste en dessous de ce seuil. Cependant, des responsables de l'UE soupçonnent l'application d'avoir sous-estimé ce chiffre pour éviter d'être classée parmi les « très grandes plateformes ». En ne fournissant pas un chiffre actualisé ce mois-ci, Telegram se trouve déjà en infraction avec le DSA, note The Financial Times

L'affaire est aussi hautement politique, avec un accusé qui détient les nationalités de quatre puissances mondiales. Il y a six ans, selon le Wall Street Journal, Emmanuel Macron avait tenté de convaincre Durov de déplacer Telegram à Paris et lui a offert la nationalité française. Bien que Durov a depuis reçu le cadeau de la nationalité française (tout comme Evan Spiegel, patron de Snapchat), le siège de Telegram se trouve actuellement à Dubaï. La Russie, de son côté, prétend ne pas être au courant d'autres nationalités détenues par son ressortissant (également fondateur de VKontakte, le Facebook russe), et défend l'application de messagerie la plus populaire du pays dans un élan qui réunit gouvernement et opposition politique. Et en Ukraine, où Telegram bénéficie de la même popularité, on se demande toujours si est-elle un cheval de Troie russe.

Enjeux pour les autres plateformes 

Cette affaire pourrait créer un précédent significatif pour d'autres plateformes numériques. Evelyn Austin, de la fondation Bits of Freedom, déclare : « L’arrestation de Durov intervient à un moment particulièrement volatile pour les plateformes en ligne et leurs utilisateurs. » L'idée que les entreprises puissent être tenues responsables des actions criminelles de leurs utilisateurs gagne du terrain. Un sondage récent au Royaume-Uni montre que deux tiers des personnes interrogées estiment que les entreprises tech devraient être tenus responsables d'héberger du contenu incitant à la violence

Selon Casey Newton, journaliste spécialisé dans les technologies, la poursuite éventuelle de Telegram par la France pourrait encourager d'autres pays à adopter des mesures similaires contre les dirigeants de plateformes pour non-divulgation des données des utilisateurs. « Nous nous sommes déjà dangereusement rapprochés de cette réalité », avertit-il. « L'Inde et la Russie ont été parmi les premiers pays à utiliser des « lois de prise d'otage » pour menacer les employés des plateformes de prison en raison de décisions de modération de contenu, et d'autres pays pourraient suivre. » 

Un changement de paradigme pour l'industrie numérique ? 

L'arrestation de Pavel Durov (qui a été libéré sous caution de 5 millions d'euros mercredi) marque un tournant dans la façon dont les gouvernements traitent les plateformes numériques, en soulignant une volonté croissante de tenir les dirigeants responsables de la diffusion de contenus illégaux. À l'heure où l'équilibre entre liberté d'expression et sécurité en ligne est de plus en plus débattu, cette affaire représente un test pour Telegram et pour toutes les autres entreprises technologiques. 

En attendant, Marc Zuckerberg se retrouve de l'autre côté du mirroir de la censure, en avouant cette semaine que Meta a cédé aux pressions de l'administration Biden pour censurer du contenu sur le COVID-19 en 2021.

🚨🇺🇸BREAKING: ZUCKERBERG REGRETS CAVING TO BIDEN'S CENSORSHIP DEMANDS, CUTS DEM FUNDING

Mark Zuckerberg, in a bombshell letter to House Judiciary Chairman Jim Jordan, expresses deep regret over Meta's compliance with Biden Administration pressure to censor COVID-19 content in… pic.twitter.com/FPXdFWd55n

— Mario Nawfal (@MarioNawfal) August 26, 2024

CETTE SEMAINE EN FRANCE

  • L’UMICC annonce la nomination de Gaspard G en tant que secrétaire général (Influencia)
  • Agnès Vahramian nommée à la tête de France Info et Céline Pigalle à la direction de l'information de Radio France (Le Figaro)
  • Une rentrée des radios et des télévisions marquée par les Jeux paralympiques, des nouveaux castings et toujours plus de Cyril Hanouna (Le Monde)
  • « Télématin » : Julien Arnaud quitte TF1 et remplace Thomas Sotto sur France 2 (Le Parisien)
  • Le personnel politique face à une défiance généralisée de l’électorat (Le Monde)
  • L'irruption de l'IA dans la chaîne éditoriale suscite des inquiétudes au Figaro (La Lettre)
  • L'Equipe s'excuse à propos de sa Une (L'Equipe)

3 CHIFFRES

  • Près de la moitié des utilisateurs de TikTok âgés de moins de 30 ans déclarent l'utiliser pour se tenir au courant de la politique et de l'actualité, selon le Pew Research Center.
  • 56 % des utilisateurs ont déjà cessé de suivre un créateur à cause de ses opinions politiques. Pourtant, 82 % des influenceurs américains prévoient de partager leur orientation politique durant cette période électorale, selon Business Insider.
  • 4 500 années-développeur et 260 millions de dollars - c'est ce que l'IA générative aurait déjà fait économiser à Amazon, selon son directeur 

LE GRAPHIQUE DE LA SEMAINE

Deux tiers des Britanniques estiment que les entreprises tech devraient être tenues responsables des publications incitant aux émeutes

Source : YouGov

NOS MEILLEURES LECTURES / DIGNES DE VOTRE TEMPS / LONG READ

  • Pourquoi les femmes n'utilisent-elles pas l'intelligence artificielle ? (The Economist)
  • Les Républicains inondent la télévision de publicités trompeuses sur l'immigration et les frontières (The Washington Post)
  • La plupart des avatars d'IA sont féminins, jeunes et séduisants. S'agit-il d'une tendance passagère ou d'une tendance durable ? (Reuters)
  • Les stars de YouTube veulent du respect (Wall Street Journal)
  • Le problème de Kamala avec la génération Z (Business Insider)

Crédit image : Anna Moneymaker/Getty Images

DISRUPTION, DISLOCATION, MONDIALISATION

  • Des pirates iraniens ont ciblé les comptes WhatsApp d'employés des administrations Biden et Trump, selon Meta (APNews)
  • Comment l'IA va fusionner le cinéma et les jeux (A16z)

DONNEES, CONFIANCE, LIBERTÉ DE LA PRESSE, DÉSINFORMATION 

  • Les gens sont-ils plus susceptibles d'évaluer correctement la désinformation lorsque les enjeux politiques sont élevés ? Haha, non (NiemanLab)
  • L'UE est exhortée à annuler son accord commercial avec Israël en raison des meurtres de journalistes (PressGazette)
  • L'outil d'IA Grok d'X (anciennement Twitter) d'Elon Musk manque de garde-fous efficaces pour prévenir la désinformation électorale (independent)
  • Persécutés par le régime Maduro, les journalistes vénézuéliens ont recours à l'IA (The Guardian)

Source : The Guardian

LÉGISLATION, RÉGLEMENTATION

  • Brésil : le réseau social X bloqué après un ordre de la Cour suprême (AP)
  • Sarah Palin obtient un nouveau procès dans l'affaire de diffamation contre le New York Times (Reuters)
  • OpenAI soutient le projet de loi californien sur l'IA exigeant le 'filigrane' du contenu synthétique (Reuters)

JOURNALISME

  • Comment le journalisme est devenu la profession la plus dangereuse au Mexique (Financial Times)
  • Lors de la Mostra de Venise, le manque d'accès aux vedettes de cinéma laisse les journalistes internationaux frustrés (Variety)
  • Écart générationnel, rhétorique militaire et polarisation : ce qui doit changer dans le journalisme sportif italien (The Fix)
  • Un conseiller en sécurité de Reuters tué, deux journalistes blessés à Kramatorsk, en Ukraine (Reuters)
  • "Le point de non-retour" : la chute de Stand News, autrefois principal média en ligne de Hong Kong (Reuters)
  • Les lecteurs préfèrent cliquer sur un titre clair et simple, comme celui-ci (NiemanLab)

Crédit image : NiemanLab

STORYTELLING, NOUVEAUX FORMATS

  • Cet agrégateur de nouvelles/application de rencontre aide les passionnés d'actualité à se rencontrer (NiemanLab)
  • Est-ce que nous faisons fondre notre cerveau en faisant défiler des vidéos courtes sans fin ? (Sophia Smith Galer)

ENVIRONNEMENT 

  • Le gouvernement Albanese accusé d’essayer d’‘enterrer les mauvaises nouvelles’ concernant l’état de santé de la Grande Barrière de Corail (The Guardian)
  • La longue bataille du climat dans les pages du « Monde » (Le Monde)

RÉSEAUX SOCIAUX, MESSAGERIES, APPS

  • Si TikTok est interdit, les créateurs de haut niveau pourraient se tourner vers Facebook plutôt que vers Instagram (emarketer)
  • La lutte de marques autour de ‘Demure’ révèle un changement massif dans le pouvoir des mèmes (Wired)
  • Pizza Hut permet aux clients de payer leur pizza avec des danses TikTok (gizmodo)
  • La tournure politique marquée d'Elon Musk (Wall Street Journal)
  • X se prépare à une interdiction au Brésil (BBC)

Source : Wall Street Journal

 STREAMING, OTT, SVOD

AUDIO, PODCAST, BORNES

  • Les frères Kelce signent un accord de podcast 'New Heights' avec Wondery d'Amazon pour plus de 100 millions de dollars (The Wrap)
  • Qu'est-ce qui fait une bonne alchimie ? Pour les podcasts de discussion, c'est fondamental (New York Times)

Web3, BLOCKCHAIN, CRYPTO, NFT

  • Le plus grand défenseur de Telegram : l’industrie mondiale de la crypto-monnaie (New York Times)

INTELLIGENCE ARTIFICIELLE, DATA, AUTOMATISATION

  • Le nouvel assistant vocal Alexa d'Amazon utilisera Claude AI (The Verge)
  • Le nouvel outil d'IA du Washington Post passe au crible d'énormes ensembles de données (Axios)
  • SAG-AFTRA obtient l'adoption d'une loi en Californie pour limiter les répliques d'IA (Variety)
  • La prise de notes automatique par IA de Google Meet est disponible (The Verge)
  • Gannett ferme un site accusé de publier des critiques de produits basées sur l'IA (The Verge)
  • Bonjour, vous êtes ici parce que vous avez dit que l'édition d'images par IA était comme Photoshop (The Verge)
  • Des grands sites internet disent non à l'extraction de données par l'IA d'Apple (Wired)
  • GameNGen Google : Les modèles de diffusion sont des moteurs de jeu en temps réel (GitHub)

MONÉTISATION, MODÈLE ÉCONOMIQUE, PUBLICITÉ

  • Les éditeurs font la promotion du jeu sur leurs plateformes (Axios)
  • Voici comment 7 directeurs d'audience de médias envisagent les résumés générés par l'IA de Google (NiemanLab)
  • Apple réduit ses effectifs dans ses applications Livres et News (The Verge)

 

 

Par KATI BREMME, ALEXANDRA KLINNIK ET AUDE NEVO

 

 

 

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  • Liens vagabonds : Paris 2024 à l’ère des influenceurs
    Comment faire vibrer les spectateurs au rythme des Jeux Olympiques après le flop des deux dernières éditions ? Pour attirer l'attention de la génération Z, le groupe audiovisuel américain NBCUniversal a misé gros en envoyant 27 influenceurs de renom sur le terrain. Le but ?  Rajeunir l’audience de son service de streaming, Peacock. Cette initiative illustre l’importance grandissante des influenceurs dans le paysage médiatique, sujet du dernier Cahier de Tendances de Méta-Media. Pourtant cette f

Liens vagabonds : Paris 2024 à l’ère des influenceurs

Comment faire vibrer les spectateurs au rythme des Jeux Olympiques après le flop des deux dernières éditions ? Pour attirer l'attention de la génération Z, le groupe audiovisuel américain NBCUniversal a misé gros en envoyant 27 influenceurs de renom sur le terrain. Le but ?  Rajeunir l’audience de son service de streaming, Peacock. Cette initiative illustre l’importance grandissante des influenceurs dans le paysage médiatique, sujet du dernier Cahier de Tendances de Méta-Media. Pourtant cette fois, ce sont ces mêmes influenceurs qui se sont fait voler la vedette.  

Des stars des réseaux sociaux aux Etats-Unis comme Kai Cenat, Daniel Macdonald et Zhongni « Zhong » Zhu étaient en première ligne pour partager leur expérience olympique. Mais malgré leur audience massive, ces créateurs ont rapidement été éclipsés par les véritables héros des Jeux : les athlètes eux-mêmes. 

Ilona Maher, star de l’équipe de rugby américaine, a par exemple gagné près de 2 millions de nouveaux adeptes en seulement deux semaines grâce à ses vidéos humoristiques sur la vie dans le village olympique. Elle n’est pas la seule : le nageur norvégien Henrik Christiansen et d’autres athlètes ont eux aussi réussi à captiver le public avec des contenus authentiques et spontanés, bien loin du format aseptisé des influenceurs traditionnels.  

@ilonamaherWhen in paris♬ original sound - Ilona Maher

« Je n'aime pas qu'on me qualifie d'influenceuse. Je suis d'abord une joueuse de rugby, ensuite une influenceuse », a confié Ilona Maher, qui, en plus de son succès sur le terrain, est devenue une star des réseaux sociaux. Cette dualité montre à quel point les athlètes actuels se sont adaptés à l’ère numérique. D’autant plus qu’ils ont bénéficié de l’assouplissement d’une règle du Comité International Olympique (CIO), leur permettant de bénéficier d’une activité commerciale autour des jeux. Une aubaine quand la plupart des athlètes olympiques américains de haut niveau semblent à peine s'en sortir financièrement, gagnant en moyenne 2 000 dollars par mois. Ilona Maher confirme :  « C'est ce que j'ai dû faire pour gagner de l'argent et attirer l'attention sur notre sport ». 

En parallèle, les influenceurs embauchés par NBC ont eu du mal à trouver leur place, en grande partie à cause des restrictions imposées par le CIO. Pour protéger les droits des diffuseurs officiels, ils avaient interdiction de filmer les épreuves elles-mêmes. Leur contenu a donc souvent été limité à des clichés de stades ou de cérémonies, loin de l'immersion que le public attendait. « Les gens recherchent une couverture de qualité de ce qui se passe réellement aux Jeux », analyse Christine Tran, spécialiste des médias numériques à l'Université de Toronto. « Il y a des journalistes qui ont une formation médiatique et des moyens de production pour offrir ce genre de couverture sur le terrain. Ce que les influenceurs proposent, c'est une sorte d'informalité mise en scène, qui n'a pas eu l'impact escompté ». Il était difficile pour ces derniers de casser l’image lisse de leurs contenus, à cause de la nature même de leur contrat avec NBC. « Si NBCUniversal vous emmène à Paris et vous loge, vous n'allez probablement pas commenter les mouvements ridicules de la breakdanceuse australienne ou le fait que vous n'avez pas pu voir grand-chose depuis votre siège hors de prix à la cérémonie d'ouverture » souligne Wired. 

Même si les influenceurs de NBC n'ont pas réussi à faire décoller leurs vidéos, les chaînes de médias sociaux de NBC Sports ont gagné 2 millions de nouveaux adeptes grâce à l’engouement généré par les athlètes. Peacock, a également enregistré une hausse de 75 % du nombre de téléspectateurs en journée d'une semaine à l'autre, signe que le public est bien présent, mais qu'il s’intéresse surtout aux vrais acteurs des Jeux. 

Cette situation pourrait bien changer d’ici les prochains Jeux d’été, en 2028 à Los Angeles, où une armée d'influenceurs basés en Californie pourrait être mobilisée. Certes, la place des influenceurs n’est plus à négliger dans le paysage médiatique, mais leur voix doit être utilisée de la bonne manière, pour le bon contenu et le bon format, si elle veut se faire entendre.  

Et sinon, petit tour des points qu’il ne fallait pas manquer ces trois dernières semaines :

  • OpenAI a annoncé le 25 juillet un nouvel outil de recherche “SearchGPT”, qui ne fonctionne pas très bien, appelé “OopsGPT” (The Atlantic).
  • Cet outil continue d’alimenter la bataille avec les éditeurs de presse (Axios)
  • De son côté Perplexity a lancé son “Programme des éditeurs”. Parmi les principaux éléments, l’entreprise compte désormais partager plus équitablement ses revenus avec les éditeurs. (Perplexity)
  • Sur Peacock, c’est une IA qui a été chargée des commentaires sportifs des Jeux Olympiques avec la voix du commentateur sportif Al Michaels (State)
  • La vidéo sociale envahit le monde (Doug Shapiro)
  • Les responsables d'État américains demandent à X de s'attaquer à la désinformation électorale (Social Media Today)
  • Décès de Susan Wojcicki, ancienne PDG de YouTube, à l'âge de 56 ans (The Guardian)
  • Après la condamnation de Google, la fin de l’impunité des géants du numérique ? (Mediapart)
  • Instagram impose les “Vues” comme statistique principale (Instagram)

 

Voir cette publication sur Instagram

 

Une publication partagée par Instagram’s @Creators (@creators)

  • Le soutien d’Elon Musk à Donald Trump nuit aux activités de Tesla dans le secteur des véhicules électriques en Europe, qui sont déjà en difficulté (Fortune)
  • Kamala Harris ne donne pas d'interviews. Des questions ? (New York Times)
  • En Russie, l’accès à YouTube fortement ralenti par les autorités (Meduza)
  • Désinformation en action : Channel 3, le faux média russe, aggrave la situation au Royaume-Uni (The Telegraph)
  • En Australie, une publication scientifique critiquée pour avoir utilisé l'IA (The Guardian)
  • Jeux olympiques 2024: les cadreurs enfin sommés de filmer de façon non sexiste (Slate)
  •  Les sénateurs proposent un retour de la redevance pour financer l’audiovisuel public (Public Sénat)
  • La BBC va supprimer 500 postes d'ici deux ans (Variety)

CETTE SEMAINE EN FRANCE

  • TV5 Monde : la rédaction en état de crise permanent (La Lettre)
  • La Commission européenne prend ses distances après la mise en garde de Thierry Breton à Elon Musk (Le Monde)
  • Les JO de Paris offrent des records d'audiences aux diffuseurs et à la presse (Les Echos)

With great audience comes greater responsibility #DSA

As there is a risk of amplification of potentially harmful content in 🇪🇺 in connection with events with major audience around the world, I sent this letter to @elonmusk

📧⤵ pic.twitter.com/P1IgxdPLzn

— Thierry Breton (@ThierryBreton) August 12, 2024

3 CHIFFRES

  • La couverture quotidienne des JO sur NBCUniversal a attiré 30,6 millions de téléspectateurs, soit une augmentation de 80 % par rapport à Tokyo 2020, d’après Hollywood Reporter.
  • Selon l'ONG du Centre contre la haine en ligne, 50 publications d'Elon Musk diffusant de la désinformation sur la plateforme X ont cumulé un milliard de vues depuis janvier.
  • Plus de 22 newsletters sur Substack dans les domaines de la politique, de l'actualité, des affaires et de la technologie comptent « des dizaines de milliers » d'abonnés payants, selon Axios.

LE GRAPHIQUE DE LA SEMAINE

Qu’est-ce qui empêche les salariés d’utiliser ChatGPT ?

Source : University of Chicago

NOS MEILLEURES LECTURES / DIGNES DE VOTRE TEMPS / LONG READ

  • Les technologies ‘intelligentes’ sont devenues ingérables. Nous avons une affection pour les technologies plus simples (Washington Post)
  • L'opération Gen-Z derrière la métamorphose en ligne de Harris (CNN)
  • Bowling, selfies et le “Dougie” : Biden séduit les influenceurs à la Maison-Blanche (New York Times)
  • À l'approche de l'élection présidentielle, quel rôle jouent les influenceurs ? (Digiday)
  • Voici comment les gens utilisent réellement l'IA (MIT)
  •  Un guide visuel des influenceurs qui façonnent l'élection de 2024 (Wired)

Capture d'écran de The Wired

DISRUPTION, DISLOCATION, MONDIALISATION

  • Alors que Meta se détourne de la politique, les grands comptes Instagram constatent une baisse de leurs vues (Bloomberg)
  • La recherche IA de Google impose un choix crucial aux sites : partager des données ou disparaître (Bloomberg)

DONNEES, CONFIANCE, LIBERTÉ DE LA PRESSE,DÉSINFORMATION 

  • L'Iran recourt à des sites de désinformation pour influencer les élections américaines, d'après Microsoft (Washington Post)
  • Les médias sénégalais organisent une journée de blackout pour attirer l'attention sur les préoccupations concernant la liberté de la presse (AP)
  • Selon Meta, les tactiques d'IA utilisées par la Russie pour interférer avec les élections américaines échouent (The Guardian)

LÉGISLATION, RÉGLEMENTATION

  • Comment la semaine agitée d'Elon Musk révèle les failles des législations britanniques en matière de sécurité en ligne (The Guardian)
  • TikTok s’engage à retirer définitivement de l’UE son programme de récompenses (Stratégies)
  • Un projet de loi californien visant à réglementer l'I.A. suscite l'inquiétude dans la Silicon Valley (New York Times)
  • Les électeurs de la génération Z s'opposent aux restrictions sur les réseaux sociaux, selon une nouvelle étude (Bloomberg)

JOURNALISME

  • Le New York Times cessera de soutenir les candidats dans les courses électorales de New York (New York Times)
  • Biden affirme aux créateurs qu'ils ont un avantage que les médias traditionnels n'ont pas : « Vous inspirez confiance. » (TechCrunch)
  • Kamala Harris doit s'adresser à la presse (The Guardian)
  • Le « Washington Post » critique l'attaque de Taylor Lorenz contre Joe Biden, qualifié de « criminel de guerre » (npr)
  • L'ère du journaliste indépendant prend son envol (Axios)

STORYTELLING, NOUVEAUX FORMATS

  • Twitch vient de lancer Video Stories (Twitch)
  • Les newsletters sur LinkedIn valent-elles vraiment le détour ? (journalism.co.uk)
  • La convention du parti démocrate américain sera streamée pour la première fois en format vertical(Axios )

ENVIRONNEMENT

  • Si vous voulez que les Américains prêtent attention au changement climatique, appelez-le simplement “changement climatique” (NiemanLab)
  • Les grandes entreprises technologiques cherchent à modifier les règles sur les émissions nettes nulle  (Financial Times)
  • La répétition rend les mensonges sur le climat plus crédibles — même pour ceux qui soutiennent la science climatique (NiemanLab)

RÉSEAUX SOCIAUX, MESSAGERIES, APPS

  • L'échange entre Elon Musk et Trump sur X a débuté par un incident technologique (The Verge)

Conversation with @realDonaldTrump with topic timestamps https://t.co/ziLJEUhnE7

— Elon Musk (@elonmusk) August 13, 2024

  • Les éditeurs renforcent leur présence sur Reddit alors que la plateforme gagne en visibilité dans les recherches (Adweek)
  • Le style très personnel de la génération Z creuse le fossé générationnel sur LinkedIn (Bloomberg)
  • Le flux d'actualités d'Elon Musk sur X se fait l'écho de ses politiques d'extrême droite (Washington Post)
  • Comment les athlètes de la génération Z ont propulsé les Jeux Olympiques de Paris 2024 dans l'ère de TikTok (Axios)
  • Kamala Harris consacre dix fois plus de budget que Trump à une campagne publicitaire numérique (Financial Times)

STREAMING, OTT, SVOD

  • Les Jeux Olympiques se concluent avec une énorme hausse des audiences pour NBCUniversal (Hollywood Reporter)
  • Paramount Global va licencier 15 % de ses employés aux États-Unis et fermer un studio de télévision (Reuters)

AUDIO, PODCAST, BORNES

  • Apple accepte finalement l'application Spotify avec les tarifs européens (The Verge)

INTELLIGENCE ARTIFICIELLE, DATA, AUTOMATISATION

  • Le MIT publie une base de données complète sur les risques liés à l'IA (VentureBeat)
  • Google étend ses réponses par IA à de nouveaux pays (Reuters)
  • Eric Schmidt se rétracte sur sa déclaration selon laquelle Google serait en retard en intelligence artificielle à cause du télétravail (Wall Street Journal)
  • Google ouvre discrètement l'accès à Imagen 3 à tous les utilisateurs aux États-Unis (Venture Beat)

Capture d'écran de VentureBeat

MONÉTISATION, MODÈLE ÉCONOMIQUE, PUBLICITÉ

  • Instagram est de loin supérieur à Facebook aux yeux des marques (Digiday)
  • Le PDG de X appelle à une refonte de l'industrie publicitaire (Axios)

 

Kati Bremme, Alexandra Klinnik et Aude Nevo

 

 

 

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  • Podcasts d'été : Nos recommandations
    Que nous réserve l’avenir ? Méta-Media a choisi pour vous une série de podcasts pour explorer cette question. Profitez de l'été pour ouvrir vos écoutilles ! Le code a changé “Le cinéma qui aime tant exhiber ses prouesses techniques est peu bavard sur ces outils qui rendent les gens plus beaux”.  Dans le podcast Le code a changé, le journaliste Xavier de La Porte explore l'usage croissant de l'intelligence artificielle pour retoucher les visages des actrices à l'écran. Lisser les traits, effacer

Podcasts d'été : Nos recommandations

Que nous réserve l’avenir ? Méta-Media a choisi pour vous une série de podcasts pour explorer cette question. Profitez de l'été pour ouvrir vos écoutilles !

Le code a changé

“Le cinéma qui aime tant exhiber ses prouesses techniques est peu bavard sur ces outils qui rendent les gens plus beaux”.  Dans le podcast Le code a changé, le journaliste Xavier de La Porte explore l'usage croissant de l'intelligence artificielle pour retoucher les visages des actrices à l'écran. Lisser les traits, effacer les cernes, faire disparaître les pores : de plus en plus de stars réclament le recours au 'passe beauty' dans les productions, tant aux États-Unis qu'en France. Désormais, les contrats des actrices intègrent l'utilisation de ce logiciel, capable d'apporter des corrections précises, parfaitement adaptées aux mouvements du visage. Ces outils permettent une retouche bien plus fine que celle réalisée en 2008 pour L'Étrange Histoire de Benjamin Button, film récompensé par l'Oscar des meilleurs effets visuels. Si ces logiciels peuvent effacer les imperfections, ils risquent aussi d'effacer les émotions, et se concentrent presque exclusivement sur les femmes. Ils ciblent principalement les signes de vieillissement féminin, tout en ignorant par exemple l'apparition d'un début de calvitie chez les hommes... Un podcast qui nous invite à voir comment la technologie renforce les injonctions sociétales.

On the Media (OTM)

"On the Media" (OTM) est un podcast américain incontournable pour ceux qui cherchent à comprendre les mécanismes et les enjeux du monde médiatique. Animé par les journalistes Brooke Gladstone et Micah Loewinger, le programme plusieurs fois primé se distingue par sa capacité à décortiquer les complexités médiatiques, allant de la désinformation à l'évolution des mouvements politiques comme le MAGA (Make America Great Again). Par exemple dans l’épisode « How the media created J.D. Vance » du 19 juillet, l'animatrice Brooke Gladstone analyse le rôle des médias dans l'ascension du chouchou et colistier de Donald Trump à la présidentielle. De nombreux sujets sont centrés sur les événements de la semaine précédente et critiquent la manière dont ils ont été couverts par les médias. Cependant, la force d'OTM réside dans sa diversité thématique. Le programme observe à la loupe toute la palette de ce que peut représenter un média en passant par la presse en ligne, la télévision, la radio, les nouveaux médias, Netflix, YouTube, la téléréalité etc. Par exemple, dans l'épisode « Making Fun of Public Radio », Brooke Gladstone s’entretient avec les créateurs de la série télévisée « In the Know », une parodie de NPR (National Public Radio). La série qui met en scène des marionnettes un peu loufoques n’est pas sans rappeler les « Guignols de l’info » diffusé en France jusqu’en 2018. Le but de l’épisode est de décrypter les raisons pour lesquelles la radio publique est un terrain si fertile pour la satire. OTM permet donc à ses auditeurs de naviguer dans l’océan tumultueux de l’information avec un œil plus avisé. Le petit plus ? Des ressources supplémentaires sont toujours données en complément de l’émission pour aller plus loin.

 

Silicon Carne
Avec son slogan « un peu de picante dans la Tech », « Silicon Carne » se distingue par son ton décalé et son approche sans filtre des sujets brûlants de l'industrie technologique. Carlos Diaz, entrepreneur basé à San Francisco, combine une perspective d'initié avec une critique acérée, offrant un décryptage rafraîchissant des tendances et des innovations. Chaque épisode, teinté d'humour et de sarcasme, aborde des thèmes variés : des impacts des géants de la tech sur nos vies au bullshit du métavers, en passant par le Bitcoin et la situation socioéconomique à la Silicon Valley, entre burn-out et "Great Resignation". L’animateur accompagné de ses invités apporte son regard critique sur des sujets d’actualité comme le procès d’Elon Musk contre OpenAI, le bannissement de TikTok aux États-Unis, ou le lancement de ChatGPT-4o : « La guerre de l’IA fait rage ici dans la Silicon Valley, » prévient-il.
Les épisodes d'environ une heure traitent les sujets les plus brûlants de la semaine, avec des titres foisonnant d’émojis, pour parfaire la ligne éditoriale décalée. Le message est clair. Ici, on parle de sujets sérieux sans se prendre au sérieux. Par exemple, dans l'épisode « 🔎 BeReal + Voodoo 💣 Du rififi entre OpenAI et Microsoft 💰 Musk touche sa prime », « Silicon Carne » explore l'acquisition de BeReal par Voodoo pour 500 millions d'euros et les tensions entre OpenAI et Microsoft, ainsi que le bonus controversé de 46 milliards de dollars accordé à Elon Musk, illustrant les dynamiques de pouvoir en cours dans l'industrie. Un must à écouter !
Hard Fork

Le podcast "Hard Fork" diffusé par le New York Times, et animé par Kevin Roose et Casey Newton, est un guide indispensable dans un monde technologique en constante évolution. “Qu’est-ce qui est réel ? Qu’est ce qui est exagéré ?”, se demandent-ils constamment. Chaque semaine, ils offrent une analyse claire des dernières nouveautés tout en critiquant les dérives de l'industrie. Dans leur dernier épisode, ils se penchent sur la hype autour de ChatGPT : sommes-nous dans une bulle IA ? Les patrons de la tech continuent de dépenser, alors que les retours sur investissements sont encore loin. Jim Covello, le chef de la recherche sur les actions de Goldman Sachs, a notamment remis en question le moment ou même la possibilité que l’IA produise suffisamment de bénéfices pour compenser ses coûts astronomiques. Un regard informé et critique.

 

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  • Lectures d'été : Nos recommandations (2/2)
    Notre première sélection vous a captivé ou vous cherchez encore la lecture parfaite ? Ne vous en faites pas, l'été est loin d'être fini ! Voici le deuxième volet de nos recommandations littéraires pour découvrir davantage le monde de demain. The Chaos Machine – Max Fisher Les plateformes ressemblent aux fabricants de cigarettes des années 60 : elles prétendent ne pas comprendre pourquoi les gens pourraient s’inquiéter de l’impact de leurs produits. Dans The Chaos Machine, le journaliste du New Y

Lectures d'été : Nos recommandations (2/2)

Notre première sélection vous a captivé ou vous cherchez encore la lecture parfaite ? Ne vous en faites pas, l'été est loin d'être fini ! Voici le deuxième volet de nos recommandations littéraires pour découvrir davantage le monde de demain.

The Chaos Machine – Max Fisher

Les plateformes ressemblent aux fabricants de cigarettes des années 60 : elles prétendent ne pas comprendre pourquoi les gens pourraient s’inquiéter de l’impact de leurs produits. Dans The Chaos Machine, le journaliste du New York Times, Max Fisher, souhaite montrer concrètement la duplicité des réseaux sociaux. Les algorithmes utilisés exploitent les émotions pour maximiser l’engagement, en dépit de la violence engendrée. L’auteur s’est ainsi penché sur l’influence clé des réseaux sociaux dans la victoire de Trump aux élections américaines, et dans les émeutes au Sri Lanka et en Birmanie. Il montre notamment que le plaisir de l’indignation est l’un des sentiments clé qui est exploité par les algorithmes conçus par Google pour YouTube et Meta pour Facebook, Instagram et WhatsApp. La division alimente l’engagement, ce qui à son tour génère des revenus publicitaires…

A travers les interviews de chercheurs, le journaliste explique notamment comment les algorithmes et la conception des réseaux sociaux « façonnent délibérément nos expériences », exerçant « une attraction si puissante sur notre psychologie et notre identité qu’elle change notre façon de penser, de nous comporter et de nous relier les uns aux autres ». Un ouvrage nécessaire pour prendre du recul.

Rupert Murdoch, l’empereur des médias qui manipule le mondeDavid Colon

« Rupert Murdoch est très bon dans ce qu'il fait. La question est : est-ce qu'il fait quoi que ce soit de bon ? » se demandait l’avocat Théodore Kheel, qui a travaillé tant pour que contre le magnat de la presse. À 93 ans, Rupert Murdoch continue d'exercer une influence colossale à l’échelle mondiale avec son empire médiatique, qui inclut The Sun, le Wall Street Journal, Fox News et bien d'autres. Dans sa biographie captivante intitulée Rupert Murdoch, l’empereur des médias qui manipule le monde, David Colon explore le rôle de Murdoch dans la concentration des médias et sa réputation controversée, le qualifiant parfois de « cancer pour la démocratie ». Ce portrait révèle comment le magnat australien a construit un réseau tentaculaire, comprenant 175 journaux, des dizaines de chaînes de télévision, un studio hollywoodien et une maison d'édition sur quatre continents.

Surnommé « grand manipulateur », « sorcier des médias », « Roi Soleil », « antéchrist » ou encore « homme le plus dangereux du monde », Rupert Murdoch est au centre d'un débat intense sur l'impact de ses méthodes. « Lire la biographie de Murdoch, c’est aussi lire en filigrane celle des propriétaires de grands médias », prévient David Colon.

Read Write Own – Chris Dixon

Dans Read Write Own, Chris Dixon offre une vision enthousiaste et idéaliste de la technologie blockchain comme remède aux maux d'Internet. L’essai se présente comme une défense argumentée de la blockchain, la présentant comme la solution idéale pour créer un Internet plus décentralisé et équitable, loin du contrôle des grandes entreprises technologiques.

Ce « puriste d’internet » aborde l'histoire du web pour contextualiser l'évolution vers la blockchain. Il argumente que les blockchains pourraient surpasser les réseaux centralisés en offrant un environnement où les règles sont codifiées dans le logiciel, éliminant ainsi la nécessité de faire confiance aux entreprises de la tech. « « Tout le monde parle de l’IA qui va tout détruire, estime l’auteur. La véritable menace est que cinq grandes entreprises finissent par tout contrôler, et que nous soyons tous soumis à ce qu’elles décident. Cela me semble très ennuyeux, monotone et dystopique. J’ai l’impression d’être une personne folle, debout sur le coin de la rue en criant : ‘Pourquoi cela ne devrait-il pas être un problème plus important pour plus de gens ?’ »

Si Read Write Own est un essai intéressant en faveur de la blockchain et de sa philosophie, il ne mentionne ni les critiques, ni les échecs récurrents dans l'écosystème crypto, et ne s'attaque pas aux questions cruciales sur la lente adoption de la blockchain et les nombreux projets frauduleux…

 

 

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  • Lectures d'été : Nos recommandations (1/2)
    Les beaux jours sont là ! A cette occasion, Méta-Media vous suggère une série de livres pour apprendre, vous inspirer, faire une pause  que vous soyez au bord de la mer ou bien chez vous. Bonnes lectures ! The Power of one - Frances Haugen Frances Haugen est devenue célèbre en 2021 après avoir dénoncé les agissements de Facebook devant le Congrès américain. En tant qu'ancienne cheffe de produit de l'équipe de désinformation civique, elle a révélé comment le réseau social propageait délibérément

Lectures d'été : Nos recommandations (1/2)

Les beaux jours sont là ! A cette occasion, Méta-Media vous suggère une série de livres pour apprendre, vous inspirer, faire une pause  que vous soyez au bord de la mer ou bien chez vous. Bonnes lectures !

The Power of one - Frances Haugen

Frances Haugen est devenue célèbre en 2021 après avoir dénoncé les agissements de Facebook devant le Congrès américain. En tant qu'ancienne cheffe de produit de l'équipe de désinformation civique, elle a révélé comment le réseau social propageait délibérément des informations toxiques et favorisait la violence. Ses révélations, basées sur 22 000 pages de documents internes, ont montré que Facebook était pleinement conscient des dommages qu'il causait.

Après la publication des "Facebook Files", la valeur boursière de l'entreprise a chuté de 75 %, subissant la plus lourde perte en une seule journée jamais enregistrée pour une entreprise américaine cotée en Bourse. Frances Haugen avait rejoint Facebook en 2019, malgré la mauvaise réputation de l'entreprise, dans l'espoir de réduire la désinformation. Elle écrivait alors : “À l’époque, accepter un poste chez Facebook n’apportait aucune valeur ajoutée au CV ; au contraire, cela risquait d’entacher mon image de marque.” Son autobiographie retrace, avec le plus de sincérité possible, son parcours de "nerd", l’absence de considération éthique des boites tech, les risques encourus devant de telles révélations. La lanceuse d’alerte met en garde contre les dangers d'une technologie non régulée et appelle à une plus grande transparence et responsabilité des réseaux sociaux. Elle critique également la dynamique perverse où les compétences acquises par les législateurs sont désormais rapidement récupérées par les géants de la tech avec des offres salariales alléchantes, sapant ainsi les efforts de régulation. Les assistants parlementaires sont ainsi débauchés par les géants de la tech avec des salaires cinq fois supérieurs à ce que leurs sénateurs peuvent se permettre de leur payer… Un récit éclairant sur les “entrailles” de la tech !

Elon Musk - Walter Isaacson

Elon Musk se perçoit comme un « personnage de bande dessinée essayant de sauver le monde », avec des ambitions titanesques et un ego colossal. C’est ce que rapporte Walter Isaacson, qui a suivi l’entrepreneur milliardaire pendant deux ans. Le biographe a ainsi pu observer de près cet « homme capricieux », avec un accès privilégié à certaines réunions, emails et textos de la star de la tech. Il a ainsi été témoin de moments clés tels que le rachat de Twitter, l'explosion en vol de la fusée Starship, et la naissance de plusieurs de ses enfants.

On en retient qu'Elon Musk règne en maître absolu sur ses entreprises. Il impose des réductions drastiques de coûts dans certains domaines tout en insistant pour que d'autres dépenses soient illimitées. Chez Tesla, son obsession pour les détails du design automobile a fait exploser les coûts et vidé la trésorerie de l’entreprise. Lorsqu'il a acquis Twitter, il a licencié 75 % du personnel et s'est réjoui de renvoyer les dirigeants pour les empêcher de percevoir leurs indemnités de départ. Le rachat du réseau social est en partie due à son addiction aux tweets et à son désir de prendre une revanche sur un passé difficile. Ayant été harcelé à l’école en Afrique du Sud, l'entrepreneur souhaitait posséder son « propre terrain de jeu ». Mais comme le souligne le New York Times, « posséder un terrain de jeu ne vous empêchera pas d’être malmené »…

Cette biographie n'est pas une enquête journalistique classique, mais plutôt un exercice d'admiration qui explore les multiples facettes et les démons d’un milliardaire fantasque, qui n’obéit qu’à ses lubies passagères. Divertissant et inquiétant.

Extremely Online : The Untold Story of Fame, Power and Influence on the Internet – Taylor Lorenz

« Je souhaite raconter des histoires qui ont été effacées de l'histoire par Silicon Valley », annonce Taylor Lorenz. Dans son ouvrage, la journaliste tech du Washington Post s'intéresse à un aspect souvent négligé des réseaux sociaux : l'expérience des utilisateurs eux-mêmes. Contrairement à des livres comme Hatching Twitter de Nick Bilton ou No Filter de Sarah Frier, qui se concentrent principalement sur l'aspect corporate des entreprises technologiques, Taylor Lorenz choisit de se pencher sur les individus qui ont façonné et redéfini le paysage des médias sociaux.

L'essai se distingue par son ambition de narrer l'histoire de l'internet social à travers les yeux des utilisateurs, du boom des blogs dans les années 2000 à l'ère de TikTok. La journaliste analyse comment des figures telles que les « mamans blogueuses » ont non seulement influencé le contenu en ligne, mais ont également été des pionnières dans la monétisation de leurs marques personnelles, devenant ainsi les premières influenceuses. « Pendant une grande partie de l'histoire des médias sociaux, Silicon Valley a été extrêmement hostile envers ces utilisateurs influents. Les fondateurs de la tech éprouvaient presque de la rancune face au pouvoir qu'ils exerçaient sur internet. Lorsque la pandémie a éclaté, ils ont commencé à parler de "l'économie des créateurs" comme si c'était quelque chose de nouveau, alors qu'ils l'avaient dénigrée pendant des décennies parce qu'elle était principalement pionnière par des femmes », explique l’ancienne journaliste du New York Times.

Taylor Lorenz explore également comment les adolescents ont réinventé la célébrité à travers des plateformes comme Vine. En mettant en lumière ces acteurs apparemment marginaux, elle révèle comment ils ont perturbé les structures établies du capitalisme moderne, créé de nouveaux secteurs économiques et redéfini les attentes en matière de contenu et de pouvoir.

La journaliste a d’ailleurs appliqué ce qu'elle a observé sur les réseaux sociaux à sa propre promotion. Pour booster la visibilité de son livre, elle a répondu publiquement à un commentaire désobligeant d’Elon Musk : : « En fait, ce qui a vraiment bien fonctionné, c’est quand j’ai répondu à Elon Musk. Il avait dit quelque chose de méchant à mon sujet, et j’ai répliqué en lui suggérant de lire mon livre. Cela m’a rapporté 100 commandes. »

The Anxious Generation – Jonathan Haidt

Chez les jeunes, une crise de la santé mentale est en cours. Jonathan Haidt, dans son livre The Anxious Generation, note une augmentation de 30% des cas de dépression et d’anxiété chez les enfants et les adolescents, qu’il qualifie d' « épidémie de santé mentale ». Selon le psychologue, les parents échouent en surprotégeant leurs enfants dans le monde réel tout en les « abandonnant » dans le monde virtuel.

Dans son essai, le psychologue propose des solutions pour limiter les effets nocifs de la technologie, telles que l’interdiction des smartphones avant le lycée et des réseaux sociaux avant 16 ans. Il compare les écoles sans interdiction de téléphone à une « apocalypse zombie » où les élèves ne communiquent pas.

Cette critique rejoint l’analyse de l’anthropologue David Le Breton dans La fin de la conversation, qui affirme que les smartphones isolent, non seulement les enfants, mais aussi les adultes : « Nous sommes de moins en moins ensemble, mais de plus en plus côte à côte, les yeux rivés sur nos écrans, sans plus nous regarder. On n’a jamais autant communiqué, mais jamais aussi peu parlé ensemble. »

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Les micro-influenceurs : le porte-à-porte numérique de la présidentielle 2024 aux USA

Le secteur des influenceurs politiques est en passe de devenir une véritable économie aux États-Unis où des agences coordonnent les campagnes des candidats en faisant appel notamment à des micro-influenceurs. Suivis par quelques dizaines de milliers de personnes, ceux-ci bénéficient d’une audience restreinte mais extrêmement fidèle. Face à la polarisation des sociétés, l’heure n’est plus au seul mass media, mais bien à l’ajustement sur-mesure à chaque audience. En somme, une réinvention du porte-à-porte redoutablement efficace mais : est-elle saine pour la démocratie ?

Par François d’Estais, directeur conseil, responsable de la prospective et de l’innovation éditoriale chez Havas Paris Content

Qui fera l’élection présidentielle américaine de 2024 ? 

CNN et Fox News diront certains. Problème : les études nous montrent que la confiance en les médias ne cesse de dégringoler. Selon l’Edelman Trust Barometer 2024, 60 % des Américains estiment que les journalistes tentent délibérément d’induire les gens en erreur. Taylor Swift, écriront les plus audacieux. Les observateurs ont abondamment commenté sa supposée influence politique, depuis les élections de mi-mandat au Tennessee en 2018 jusqu’à l’effervescence du Super Bowl 2024, où les Républicains redoutaient qu’elle annonce son soutien à Joe Biden. Si la pop star est devenue un sujet politique, on oublie vite que Hillary Clinton était soutenue par Beyoncé et Bruce Springsteen en 2016… Ce qui devrait nous inciter à relativiser l’impact des célébrités sur une élection. Du côté des QG de campagne, une autre hypothèse se dessine. Ils s’appellent Annie Svan, Chelsy Christina, ou encore Harry Sisson. Leurs noms vous sont inconnus  ? C’est normal. Pourtant, les Démocrates américains, mais aussi le Labour en Grande-Bretagne, misent sur ces nouveaux acteurs de la fabrique de l’opinion. Ils n’ont que quelques dizaines de milliers d’abonnés sur les réseaux sociaux, mais leur influence agglomérée pourrait dépasser celle des partis. Ils mettent en scène une sacro-sainte authenticité, mais leurs messages sont en réalité très calculés. Leurs contenus semblent anodins, mais ils deviennent des armes de conviction massive. Bienvenue dans l’ère des micro-influenceurs.

Les influenceurs, solution miracle au désintérêt politique ?

Les communicants politiques ont depuis longtemps compris l’intérêt à faire appel aux influenceurs. Perçus comme plus sympathiques, drôles, accessibles, mais aussi plus faciles à orienter que les journalistes, les influenceurs feraient figure d’élixir pour les communicants politiques en panne d’inspiration. Joe Biden et ses équipes ont ainsi compris que l’enjeu n’était pas tant de faire du Président un personnage cool, mais plutôt de l’afficher aux côtés d’influenceurs populaires, comme le célèbre « Dude With Sign » en 2020 pour faire la promotion de la vaccination. Bénéficiant ainsi d’un « effet de halo », le président capte un peu de l’aura positive dégagée par ces stars du web. Une stratégie identique à celle employée par Emmanuel Macron lors de sa vidéo aux côtés de McFly et Carlito.

Le pouvoir des relations parasociales 

Le pouvoir prêté aux influenceurs n’est pas si éloigné de celui qui fut autrefois celui des stars de la télévision. Dans les années 1950, alors que la télévision s’installe dans les foyers américains, les chercheurs Donald Horton et Richard Wohl conceptualisent le sentiment d’intimité unilatéral entre téléspectateurs et animateurs en parlant de « relations parasociales ».

Quelques exemples d’influenceurs politiques sur TikTok (captures d’écran)

En 2024, la télévision n’est plus la star de l’information. Les influenceurs deviennent des référents dans la fabrique de l’opinion, les moins de 30 ans voyant désormais les réseaux sociaux (peut-être à tort) comme des sources d’information aussi fiables que la télévision nationale, selon le Pew Research Center. Signe des temps, des journalistes quittent leurs rédactions pour se lancer à 100 % sur les réseaux sociaux, à l’image de Bari Weiss du Wall Street Journal qui a créé sa newsletter sur Substack ou Cleo Abram, ancienne journaliste de Vox qui s’est lancée en indépendante sur YouTube, Instagram et TikTok.

En miroir, le militantisme n’échappe pas à cette transformation. Des influenceurs politisés émergent Outre-Atlantique, comme Schuyler Balar (450k abonnés sur Instagram), Harry J. Sisson (850k abonnés sur TikTok) ou Annie Wu (83k abonnés sur Instagram). Dans leurs vidéos verticales, ils traitent d’actualité politique américaine, de transidentité, des droits des femmes : en bref, de politique, avec un angle engagé. Ce secteur des influenceurs politiques devient une véritable économie et se structure même autour d’agences qui coordonnent les campagnes au service des candidats, contre rémunération. Objectif : générer de l’engagement sur les réseaux autour d’une cause ou d’un message. Le camp Biden tisse soigneusement des liens avec GoodInfluence, qui regroupe des créateurs de contenus progressistes ou ouvertement démocrates, quand l’équipe de Trump aurait payé plus d’un million de dollars en 2020 à l’organisation Legendary Campaigns, chargée d’organiser des campagnes numériques avec des influenceurs.

Capture d’écran du compte Instagram de « Dude with Sign »

Entre influenceurs et journalistes, une concurrence nouvelle

Alors qu’un tiers des électeurs de moins de 30 ans viennent s’informer sur TikTok, d’après le Pew Research Center, la Maison Blanche a bien compris l’importance de rallier à sa cause ces influenceurs. À la manière des journalistes accrédités, ils bénéficient de briefs sur l’actualité et parfois d’un accès direct au Président : « Ils sont désormais à peu près aussi impliqués dans l’écosystème de l’information politique que n’importe quel journaliste de la Maison Blanche » constate le magazine WIRED… Jusqu’à entrer en concurrence avec le quatrième pouvoir ? Dans les colonnes du New York Times, John Brabender, consultant pour la campagne de Donald Trump, les désigne même comme les « reporters en ligne de la génération d’aujourd’hui ». Pourtant, contrairement aux journalistes, ces influenceurs remplissent d’abord une fonction militante. Ils ne sont pas tenus au respect de la déontologie journalistique et peuvent donc s’écarter des faits, voire être rémunérés pour leurs prises de position, parfois sans grande transparence vis-à-vis des audiences. Dernier exemple en date de cette concurrence nouvelle entre influenceurs et journalistes : lors d’un événement de crowdfunding en mars réunissant Joe Biden, Barack Obama et Bill Clinton, la presse accréditée a été tenue à l’écart du discours introductif de la première dame. Elle a donc été condamnée à suivre les événements sur les réseaux sociaux des influenceurs pro-Biden. Difficile pour les journalistes de faire valoir leur rôle de contre-pouvoir, tenus à distance et nourris seulement d’images sélectionnées par des soutiens validés du Président…

Le règne du micro-ciblage

Au-delà de ces influenceurs aux audiences conséquentes, une stratégie plus fine et organique se déploie autour de « micro-influenceurs ». Suivis par quelques dizaines de milliers de personnes, ils ne sont pas des créateurs de contenu professionnels et arborent une esthétique « home made », spontanée, parfois kitsch. Emily Wilson (97k abonnés sur TikTok), commente ainsi le conflit israélo-palestinien depuis son canapé tout en soutenant les positions de Donald Trump, Latoi Storr (18k abonnés sur Instagram) publie des reels lifestyle colorés sur les meilleures adresses de Philadelphia tout en appelant à voter aux élections locales, et Tracy Garcia (537k abonnés sur Instagram) propose un tuto couture tout en défendant le Inflation Reduction Act de Joe Biden.

Exemples de contenus politiques publiés par des micro-influenceurs : emilysavesamerica, transformationsbytracy et toitimeblog (captures d’écran)

Ce dernier cas est fascinant. Au premier abord, ce reel ressemble à n’importe quelle vidéo DIY (Do It Yourself) comme il en paraît des centaines chaque jour sur Instagram. Gros plan sur les ciseaux. Plan large sur les tissus de la jupe longue qui sera bientôt transformée en chemisier, puis plan serré sur la découpe des tissus, minutieusement exécutée en suivant les contours des patrons. Jusque là, rien d’inattendu. C’est quand on active l’audio que l’on découvre que la créatrice de contenus profite de cette vidéo pour défendre le contenu d’un des textes emblématiques de la présidence Biden : « La loi sur la réduction de l’inflation devrait créer de nouveaux emplois dans davantage de secteurs de l’énergie verte. Nous avons tous notre propre responsabilité envers la planète. » Puis, sans transition  : « Mon ensemble deux-pièces est vraiment magnifique. J’adore donner une nouvelle vie aux pièces d’occasion. Maintenant, je peux porter cet ensemble, le styliser avec un blazer, ou assortir le haut avec un pantalon. » Un contenu pour lequel la créatrice de contenus a été rémunéré par le Super PAC démocrate « Priorities USA », qui a prévu d’investir 75 millions de dollars sur le numérique pour la réélection de Joe Biden.

Mélange des genres ou nouvelle forme de communication politique, le principal atout de ces contenus réside dans leur capacité à engager une audience restreinte mais extrêmement fidèle, autour de centres d’intérêt spécifiques et affinitaires. Une stratégie assumée par les responsables de campagne : « L’idée est d’utiliser les prochains mois pour tester de nouvelles façons de communiquer avec ces électeurs. Il s’agit notamment de l’utilisation de micro-influenceurs, qui sont populaires sur les réseaux sociaux, et de la campagne ‘relationnelle’, dans laquelle la campagne s’adresse aux électeurs par l’intermédiaire de leur réseau d’amis plutôt que par des publicités impersonnelles », expliquait ainsi le New York Times en novembre dans un article dédié à la difficile campagne de Joe Biden.

Une réinvention numérique du porte-à-porte ?

Au moment où les analystes de l’opinion mettent tour à tour en avant la polarisation et « l’archipellisation » des sociétés, où le paysage médiatique est de plus en plus fragmenté, où les marques sont obsédées par l’idée de créer leur communauté, rien de plus logique. L’heure n’est plus au seul mass media, mais bien à l’ajustement sur-mesure à chaque audience. On assiste ainsi à une réinvention du porte-à-porte, jadis considéré comme un antidote à l’apathie électorale. La campagne victorieuse de Barack Obama en 2008 reste un modèle d’orchestration de campagne de proximité, caractérisée par un porte-à-porte extrêmement ciblé au niveau local, intégrant des solutions numériques de Liegey Muller Pons pour prioriser efficacement les opérations sur le terrain. En identifiant avec précision les électeurs susceptibles de faire pencher la balance électorale à partir de données publiques telles que les revenus, le niveau d’éducation et le taux de chômage, la campagne d’Obama a su rallier les abstentionnistes grâce à un porte-à-porte efficace, organisé par des millions de militants anonymes, là où chaque vote comptait le plus. Les micro-influenceurs d’aujourd’hui remplissent d’une certaine façon la même fonction : ils pourraient être vos voisins, vous ressemblent, et vous incitent à voter sans que vous l’ayez demandé. Soigneusement coordonnés par les QG de campagne et guidés par les algorithmes, leurs contenus trouvent leur chemin jusqu’à vous. En 2024, au lieu de toquer à votre porte, on vient toquer à votre feed.

Les ingrédients du succès

Mais alors, pourquoi ça marche ? Trois leviers pour le comprendre. D’abord, une identification forte grâce à une incarnation des messages par des personnes ordinaires, qui pourraient être vos voisins ou vos amis. D’après le Trust Barometer 2024 d’Edelman, 67 % des Américains ont confiance en leur voisin… contre seulement 39 % en leurs dirigeants. Ensuite, une capacité à adopter les codes adaptés pour créer les conditions de l’affinité. Un impératif lorsqu’il s’agit de mobiliser des cibles éloignées du vote comme la Gen Z (plus démocrate mais aussi plus abstentionniste) ou les communautés latino-américains, qui ne parlent pas toujours anglais. Désintermédier la campagne permet de parler à toutes les communautés dans un langage, une esthétique et un récit qui leur sont propres. Une adhésion sur le fond enfin, grâce à une segmentation du propos hors des partis politiques. Portant moins sur les candidats que sur les causes spécifiques (droits des femmes et des LGBT, racisme, énergies renouvelables, défense du port des armes), la segmentation par des causes affinitaires entérine la désaffection de certains publics pour le jeu électoral bipolarisé et hyper-incarné. L’ancien chef de communication numérique de Donald Trump à la Maison Blanche a fondé une agence d’influenceurs, Urban Legend, dont le mantra ne pourrait pas être plus clair : « Promote issues, not products ». « Not candidates », serait-on tenté d’ajouter. Cette tendance du recours à la micro-influence n’est cependant pas sans poser quelques questions.

Première question : est-ce tout à fait honnête ?

Ces micro-influenceurs donnent l’illusion de mouvements populaires spontanés pour des causes ou des idées, à l’image « grassroots movements ». En réalité, leurs publications, souvent sponsorisées et coordonnées, s’apparentent plutôt à une forme d’astroturfing, ce procédé qui consiste, en ligne, à créer l’illusion de mouvements populaires spontanés (par exemple en bombardant Twitter du même hashtag au même moment pour le faire monter artificiellement dans les tendances). TikTok interdit toute forme de publicité politique directe, mais ces micro-influenceurs, moins visibles, passent au travers des mailles du régulateur et des plateformes. L’ambiguïté est aussi du côté des politiques : comment défendre l’interdiction de TikTok comme l’ont fait les Démocrates au Congrès si l’on s’en sert pour faire campagne ?

Deuxième question : est-ce transparent ?

Moins chers que des campagnes publicitaires, les partenariats avec des micro-influenceurs sont alléchants pour les stratèges. Les contenus étant en apparence si anodins, ils permettent de toucher des publics parfois éloignés ou méfiants de la politique, d’autant plus efficacement que « de nombreux influenceurs ne révèlent pas qu’ils ont été payés, et les paiements ont souvent lieu en dehors des plateformes de médias sociaux », nous apprend Samuel Woolley de l’Université d’Austin, Texas, autour d’un rapport sur le sujet à l’occasion de l’élection de 2020. Stuart Perelmuter, le CEO de l’agence d’influenceurs GoodInfluence, reconnaît lui-même que le fait de mentionner que la publication est sponsorisée peut affaiblir son impact. Personne n’a donc intérêt à faire transparence sur le système. Les équipes de campagne, PACs (ces puissants groupes d’intérêt souvent clés dans le financement des campagnes) et lobbies jouent volontiers avec les règles ambiguës de la Commission électorale fédérale américaine sur le recours aux influenceurs.

Les contenus promotionnels de l’agence Urban Legend : compte Instagram et homepage du site web (captures d’écran)

Enfin, dernier questionnement, et peut-être le plus important : est-ce souhaitable ?

Le recours massif aux micro-influenceurs ne signerait-il pas un triple échec politique ? Échec à stimuler un enthousiasme spontané et puissant pour mobiliser des militants volontaires, en leur préférant des partenariats rémunérés. Échec aussi à répondre à la contradiction des journalistes tenus à la vérification des faits, en donnant un accès prioritaire aux informations à des partisans biaisés. Échec enfin à porter un récit collectif pour résoudre des tensions et intérêts contraires qui animent la société. N’est-ce pourtant pas là le cœur de la promesse démocratique ? En optant pour une communication fragmentée, les partis politiques et les comités d’action politique renoncent à l’idéal de grands partis unificateurs et populaires, idéal renforcé aux États-Unis par le bipartisme. Les structures politiques externalisent le travail de persuasion à des individus rémunérés plutôt qu’à un effort collectif volontaire, laissant aux plateformes le choix des messages à diffuser auprès des électeurs. En somme, si le commentaire politique se concentre bien souvent sur Taylor Swift ou les YouTubeurs-stars, la réelle influence se joue peut-être ailleurs. On sait combien les messages WhatsApp échangés en famille ou entre amis avaient contribué à l’élection de Bolsonaro au Brésil. La même mécanique invisible fondée sur le pair-à-pair se joue ici. Derrière votre prochain vote se cachera peutêtre un de ces micro-influenceurs. Cependant, vous pourriez ne jamais en avoir conscience, car les contenus innocemment consommés sur TikTok auront pu influencer votre choix sans même que vous ne vous en rendiez compte. La stratégie du recours à la micro-influence est donc certainement rassurante pour les candidats. Mais l’est-elle pour la démocratie ?

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  • Liens vagabonds : ChatGPT hallucine des faux liens vers ses médias partenaires
    Un pacte faustien déjà corrompu ? Des tests du Nieman Lab ont montré que ChatGPT dirige les utilisateurs vers des URL non fonctionnelles pour au moins 10 médias ayant des accords de licence avec OpenAI : The Associated Press, The Wall Street Journal, the Financial Times, The Times (UK), Le Monde, El País, The Atlantic, The Verge, Vox, et Politico. Mi-juin déjà, le syndicat Insider avait demandé à la direction de Business Insider de partager les détails de l'accord de licence qu'ils ont conclu à

Liens vagabonds : ChatGPT hallucine des faux liens vers ses médias partenaires

Un pacte faustien déjà corrompu ? Des tests du Nieman Lab ont montré que ChatGPT dirige les utilisateurs vers des URL non fonctionnelles pour au moins 10 médias ayant des accords de licence avec OpenAI : The Associated Press, The Wall Street Journal, the Financial Times, The Times (UK), Le Monde, El País, The Atlantic, The Verge, Vox, et Politico. Mi-juin déjà, le syndicat Insider avait demandé à la direction de Business Insider de partager les détails de l'accord de licence qu'ils ont conclu à travers leur société mère Axel Springer avec OpenAI, sur fond de craintes que ChatGPT compromette leur travail éditorial plutôt que de le valoriser. En effet, l'agent conversationnel avait été présenté à la rédaction comme un nouveau moteur de recherche, mais l'interface d'Open AI s'est avérée peu motivée à citer la source quand ils s'agissait d'un scoop d'envergure découvert par les équipes d'investigation de Business Insider.

ChatGPT peut aujourd'hui converser naturellement à travers une interface vocale, mais ne sait pas faire des liens vers ses sites partenaires. Un constat tout à fait normal, selon Tom Rubin, responsable de la propriété intellectuelle et du contenu chez OpenAI. Lors de la conférence WAN-IFRA en mai, il a déclaré qu'une « composante significative » des accords avec les médias implique l'affichage du contenu des partenaires, mais que « vous ne l'avez pas encore vu dans nos produits. » OpenAI n'a pas précisé quand ces fonctionnalités d'affichage seraient disponibles ni répondu aux questions concernant les citations actuelles de ChatGPT d'articles de Business Insider, y compris les liens vers des pages d'articles inexistantes.

Au-délà de l'attribution et les liens vers les articles complets pour plus de "transparence et d'informations supplémentaires", le package vendu aux médias par OpenAI prévoit aussi un « placement prioritaire et une mise en avant de la marque plus riche » dans les conversations, selon des informations d'Adweek basées sur des slides qui ont fuité d'Open AI.

ChatGPT is hallucinating fake URLs for at least 10 publications that have OpenAI licensing deals.

I tested the chatbot’s ability to cite its news sources for @NiemanLab. It regularly generated broken links to even its partners’ biggest investigations. https://t.co/ddXrEDWhu9

— Andrew Deck (@decka227) June 27, 2024


Andrew Deck, journaliste au Nieman Lab,  a mené une série de tests dans lesquels il demande à ChatGPT expressément de renvoyer vers les articles phares de ces partenaires, y compris des contenus récompensés par des prix Pulitzer et des enquêtes qui ont duré plusieurs années. Dans l'ensemble, ses tests ont montré que ChatGPT est actuellement incapable de renvoyer de manière fiable vers ces histoires remarquables des publications partenaires qui ont demandé un investissement considérable aux rédactions. Et l'hallucuination est internationale : ChatGPT a généré des liens fictifs vers des enquêtes nationales majeures du Monde, et du journal El País (propriété de Prisa Media), les deux ayant conclu des accords de licence de contenu avec OpenAI en mars. Face à ce dilemme, l'UER, l'Union européenne de radio-télévision, vient de publier un appel aux géants de la tech pour plus de transparence et de respect de la propriété intellectuelle. Elle leur demande notamment de pouvoir décider si et comment le contenu des médias de service public est utilisé, avec une attribution claire et correcte des sources par les outils d’IA et une vraie coopération des plateformes pour lutter contre la désinformation, en assurant la visibilité appropriée des médias.

En attendant, ChatGPT fait ce que sa génération de texte prédictif fait de mieux : prédire la version la plus probable de l'URL pour une information donnée, plutôt que la version correcte.

CETTE SEMAINE EN FRANCE

  • Législatives 2024 : comment les thèmes favoris du RN ont peu à peu colonisé les médias traditionnels (Le Monde)
  • Législatives 2024 : les débats attirent les téléspectateurs (Les Echos)
  • Le spécialiste des newsletters Kessel passe le cap du million de lecteurs (Les Echos)
  • La Russie bloque l’accès à 81 médias européens, dont les sites du “Monde” et de l’AFP (Le Monde)

3 CHIFFRES

  • Selon une étude du cabinet londonien MIDiA Research, le bassin d’audience du podcast dans le monde devrait presque doubler à horizon 2030, approchant 1,2 milliard de personnes
  • Bruxelles menace Apple d'une amende géante, équivalente à 10% de son chiffre d’affaires, d'après Le Figaro.
  • ChatGPT hallucine des URLs pour au moins 10 publications qui font partie des accords de licence en cours d'OpenAI, d'après le NiemanLab. 

LE GRAPHIQUE DE LA SEMAINE

Source : The Hustle

NOS MEILLEURES LECTURES / DIGNES DE VOTRE TEMPS / LONG READ

  • L’inconsciente irresponsabilité du journalisme politique (AOC)
  • L'avenir du streaming (selon les magnats qui s'en occupent) (New York Times)

DISRUPTION, DISLOCATION, MONDIALISATION

  • Les fact-checkers britanniques ont passé plus de temps à vérifier les déclarations des hommes politiques que les faux contenus générés par l'IA (Press Gazette)

DONNEES, CONFIANCE, LIBERTÉ DE LA PRESSE,DÉSINFORMATION 

  • La zone grise : comment Israël considère certains journalistes de Gaza comme des cibles légitimes (The Guardian)
  • Julian Assange libéré mais condamné, une forme de menace pour la liberté de la presse (Le Monde)

JULIAN ASSANGE IS FREE

Julian Assange is free. He left Belmarsh maximum security prison on the morning of 24 June, after having spent 1901 days there. He was granted bail by the High Court in London and was released at Stansted airport during the afternoon, where he boarded a…

— WikiLeaks (@wikileaks) June 24, 2024

  • L'Indonésie tente de bloquer les contenus LGBTQIA sur Internet (Rest of World)
  • Le procès à huis clos du journaliste américain Evan Gershkovich commence en Russie (The Guardian)
  • Les conspirations sur le débat Trump-Biden ont déjà inondé l'Internet (Wired)

LÉGISLATION, RÉGLEMENTATION

  • IA : l’Autorité de la concurrence met en garde contre la domination des géants du numérique (Le Monde)

Today we open a new case + we adopt preliminary findings against @Apple under the DMA.

👉We are concerned Apple's new business model makes it too hard for app developers to operate as alternative marketplaces & reach their end users on iOS.

More🗞: https://t.co/nYm5fW61jp

— Margrethe Vestager (@vestager) June 24, 2024

JOURNALISME

  • Les grands reporters quittent Politico (Semafor)
  • Débat présidentiel : 2 candidats. Pas de public. 60 journalistes du New York Times (New York Times)
  • Le site web de MTV News s'éteint, les archives sont mises hors ligne (Variety)
  • Selon un mémo, le New York Times aurait licencié des artistes pour les remplacer par l’IA (Futurism)
  • Le problème de confiance du journalisme est-il lié à l'argent et non à la politique ? (NiemanLab)

STORYTELLING, NOUVEAUX FORMATS

  • L'industrie de l'information est-elle prête à passer à la vidéo (une fois de plus) ? (NiemanLab)
  • Domingo et le tennis, Billy en boxeur… Twitch, le nouveau terrain de jeu du sport-spectacle (Le Figaro)
  • Les soirées PowerPoint ? Pourquoi la pire partie de votre travail s’invite dans vos fêtes ? (The San Francisco Standard)

ENVIRONNEMENT

  • L'intelligence artificielle met le réseau électrique à rude épreuve. Les entreprises technologiques cherchent une solution miracle (Washington Post)

RÉSEAUX SOCIAUX, MESSAGERIES, APPS

  • Facebook a été envahi par des spams et des escroqueries liés à l'IA (404media)
  • Les créateurs de TikTok tiennent leurs propres assemblées avec des candidats indépendants, évitant les médias traditionnels et offrant une tribune aux théories du complot (Wired)
  • « Plus ta peau est foncée, moins tu vaux » : les inégalités salariales des influenceurs (The Guardian)
  • Instagram ne veut pas que vous regardiez le débat présidentiel (FWIW)

 IMMERSION, 360, VR, AR

  • J'ai porté des Ray-Ban Meta à Montréal pour tester leurs compétences en traduction IA. Cela ne s'est pas bien passé (Wired)

STREAMING, OTT, SVOD

  • YouTube domine le streaming (CNBC)

AUDIO, PODCAST, BORNES

INTELLIGENCE ARTIFICIELLE, DATA, AUTOMATISATION

  • Les entreprises technologiques modifient leurs conditions d'utilisation pour faciliter l'entraînement des algorithmes d'IA avec vos données (New York Times)
  • Reddit essaie de mettre fin au crawling des robots IA (TechCrunch)
  • Malgré tout le buzz autour de l'IA, l’industrie tech a connu plus de 100 000 licenciements cette année (Finding Alpha)
  • Le robot du gouvernement sud-coréen est mort ; la presse locale suppose qu’il s’est suicidé (The New York Sun)
  • Le magazine Time signe un accord avec OpenAI (Axios)
  • Toys 'R' Us a réalisé une publicité presque entièrement basée sur l'IA (CNN)
  • Le média 404 média a payé 365,63 $ pour remplacer son site par l'IA (404 media)
  • Les grandes maisons de disques poursuivent s sociétés d'IA Suno et Udio pour violation du droit d'auteur (billboard)

Name that tune 🎶!

Sound familiar? That's because @suno_ai_ is training AI on copyrighted works...
🎧: https://t.co/GnRxCA0rDc
🎧: https://t.co/lr3Z7tHmyB
🎧: https://t.co/zXjPi68lJF

Learn more about our legal action against Suno: https://t.co/LOFOSrRp9M pic.twitter.com/OmF7iUqAd7

— RIAA (@RIAA) June 24, 2024


MONÉTISATION, MODÈLE ÉCONOMIQUE, PUBLICITÉ

  • Il y a un an, Time a retiré son paywall. Voici les résultats (Adweek)

 

Kati Bremme et Alexandra Klinnik 

 

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  • Reuters Institute : l'évitement de l'actualité atteint un niveau record
    Alors que les "réinitialisations de plateformes" engendrent de nouvelles incertitudes pour les éditeurs, les audiences s'inquiètent de l'IA et de la désinformation, comme le rapporte le Reuters Institute for the Study of Journalism, qui vient de sortir son rapport annuel sur les pratiques d'information en ligne. Par Alexandra Klinnik du MediaLab de l'Information de France Télévisions Les médias doivent s’adapter rapidement à leur nouvel environnement, sous peine de disparaître. Le Reuters Instit

Reuters Institute : l'évitement de l'actualité atteint un niveau record

Alors que les "réinitialisations de plateformes" engendrent de nouvelles incertitudes pour les éditeurs, les audiences s'inquiètent de l'IA et de la désinformation, comme le rapporte le Reuters Institute for the Study of Journalism, qui vient de sortir son rapport annuel sur les pratiques d'information en ligne.

Par Alexandra Klinnik du MediaLab de l'Information de France Télévisions

Les médias doivent s’adapter rapidement à leur nouvel environnement, sous peine de disparaître. Le Reuters Institute for the Study of Journalism a publié, ce 17 juin, son rapport annuel, sur les pratiques d’information en ligne. Coûts en hausse, chute des revenus publicitaires et fortes baisses de trafic provenant des réseaux sociaux exacerbent une situation déjà précaire. Les entreprises tech mènent la danse et réorientent leurs stratégies. Certaines dépriorisent explicitement l’actualité et le contenu politique, tandis que d’autres se focalisent davantage sur les créateurs que sur les éditeurs.

Cette « réinitialisation de plateformes » reflète un changement radical dans la consommation d’information, avec une préférence croissante du public pour les formats vidéo. Parallèlement, l’intelligence artificielle générative bouscule les rédactions. Celles-ci doivent rester prudentes dans leur usage, face à un public qui préfère avant tout que « l’humain » reste aux commandes. Le rapport met également l’accent sur un niveau de confiance toujours faible et une tendance croissante à l’évitement sélectif de l’actualité – notamment dans un contexte de conflit permanent en Ukraine et à Gaza. Telles sont les conclusions de cette enquête, menée auprès de 100 000 personnes dans 47 pays et soutenue par la Google News Initiative et YouTube. L’heure est au changement rapide pour renouer avec le public.

Voici les points clés à retenir pour les médias.

1Meta réduit le rôle de l’actualité sur ses plateformes

Meta a réduit le rôle des actualités sur Facebook, Instagram et Threads, et a restreint la portée du contenu politique (sans pour autant définir clairement les critères permettant de qualifier un contenu de « politique »). L’entreprise a également réduit son soutien aux médias, ne renouvelant pas des accords valant des millions de dollars et supprimant son onglet actualités dans plusieurs pays.

La consommation d’actualités sur Facebook (37%) a diminué de quatre points dans tous les pays au cours de l’année, avec une baisse plus marquée dans des pays comme les Philippines (-11 points), l’Argentine (-11) et la Colombie (-10).

2L’utilisation des actualités en ligne se fragmente

Face à une baisse continue de l’utilisation de Facebook pour les actualités émerge une dépendance croissante à une gamme d’alternatives, y compris les messageries et les réseaux centrés sur la vidéo.

YouTube est utilisé pour les actualités par presque un tiers (31%), WhatsApp par environ un cinquième (21%) tandis que TikTok (13%) a dépassé Twitter (10%) pour la première fois.

« Le public s’appuie de plus en plus sur des plateformes concurrentes pour accéder à toutes sortes de contenus et d’informations. Beaucoup de ces plateformes s’éloignent de plus en plus des actualités et des éditeurs, et se concentrent davantage sur d’autres types de contenu et d’autres créateurs. Cet écosystème de plateformes plus complexe, la fin des renvois massifs depuis les réseaux sociaux traditionnels, et la concurrence croissante pour l’attention signifient que les journalistes et les éditeurs devront travailler beaucoup plus dur pour capter l’attention du public, sans parler de les convaincre de payer pour les actualités », analyse Rasmus Nielsen, directeur de l’Institut Reuters.

3La vidéo devient une source plus importante d’actualités en ligne

En lien avec ces changements de plateforme, la vidéo devient une source plus importante d’actualités en ligne, en particulier pour les groupes plus jeunes. Les courtes vidéos d’actualités sont consultées chaque semaine par 66% des sondés, tandis que les formats les plus longs attirent environ la moitié (51%).

Les « consommateurs » d’actualité regardent surtout sur les plateformes en ligne (72%) plutôt que sur les sites des médias (22%), ce qui accroît les défis autour de la monétisation. Ce n’est que dans des pays comme la Norvège que la moitié des utilisateurs (45%) décalrent que leur principale consommation de vidéos se fait via des sites web, ce qui reflète la force des marques sur ce marché.

YouTube et Facebook restent les plateformes les plus importantes pour les vidéos d’actualités en ligne. YouTube est également la principale destination pour les moins de 25 ans, bien qu’Instagram et TikTok ne soient pas loin derrière.

TikTok reste populaire auprès des jeunes, la proportion de personnes l’utilisant pour les actualités est passée à 13% (+2) dans tous les marchés et à 23% pour les 18-24 ans. La portée croissante de TikTok n’a pas échappé à l’attention des politiciens, qui l’ont intégré dans leurs campagnes médiatiques. Le nouveau président populiste de l’Argentine, Javier Milei, a ainsi un compte TikTok avec 2,2 millions d’abonnés.

4Une focalisation croissante sur les influenceurs, en particulier sur YouTube et TikTok

Les utilisateurs de TikTok, Instagram et Snapchat s'informent davantage auprès des influenceurs et célébrités que des journalistes et médias traditionnels.

Sur les réseaux traditionnels, tels que Facebook et Twitter, les médias attirent encore la plupart de l’attention et mènent les conversations.

En France, Hugo Décrypte obtient plus de mentions que les marques d’actualités traditionnelles que sont le Monde et BFMTV. L’âge moyen de son audience est seulement de 27 ans, contre 40 et 45 ans pour les grandes marques.

Le créateur de contenu le plus mentionné sur TikTok au Royaume-Uni est Dylan Page, qui compte plus de 10 millions d’abonnés sur la plateforme. Aux Etats-Unis, Vitus Spehar présente un résumé quotidien, souvent couché au sol, sur @underthedesknews, une sorte de format satirique de la télévision classique.

 

Voir cette publication sur Instagram

 

Une publication partagée par V Spehar (@underthedesknews)

Enfin, Taylor Swift, les Kardashian, Lionel Messi ont été largement mentionnés par les jeunes. « Les jeunes ont une vision large de l’actualité, incluant potentiellement les mises à jour sur les dates de tournée d’un chanteur, sur la mode ou sur le football », note le rapport.

« Les consommateurs adoptent la vidéo parce qu’elle est facile à utiliser et offre une large gamme de contenus pertinents et engageants. Mais de nombreuses salles de rédactions traditionnelles sont encore ancrées dans une culture basée sur le texte et peinent à adapter leur narration, tandis que le côté commercial est également réticent car les chiffres ne sont pas concluants», analyse le rapport.

5Les préoccupations concernant la désinformation ont augmenté

Les préoccupations concernant ce qui est réel et ce qui est faux sur la toile en termes d’actualités ont augmenté de trois points au cours de la dernière année. Environ six personnes sur dix (59%) se disent inquiètes. Le chiffre est considérablement plus élevé en Afrique du Sud (81%) et aux Etats-Unis (72%), deux pays qui ont tenu des élections cette année.

Plus d’un quart des utilisateurs de TikTok (27%) déclarent avoir du mal à détecter les actualités fiables, le score le plus élevé parmi les réseaux sociaux. Sur Twitter, les utilisateurs sont également nombreux à être soucieux (24%) : « Cela peut être dû au fait que les actualités jouent un rôle disproportionné sur la plateforme, en raison de la large gamme de points de vue exprimés, encouragée davantage par Elon Musk, un défenseur autoproclamé de la liberté d’expression », suggère l'étude.

Des recherches qualitatives menées au Royaume-Uni, aux États-Unis et au Mexique indiquent une préoccupation croissante concernant les images 'photo-réalistes' générées par l'IA et les vidéos dites deepfake.

6Les audiences restent prudentes concernant l’utilisation de l’IA

Dans tous les pays, seule une minorité se sent actuellement à l’aise avec l’utilisation de l’actualité produite par des humains avec l’aide de l’IA (36%), et une proportion encore plus faible est à l’aise avec l’utilisation de l’actualité produite principalement par l’IA avec la supervision humaine (19%).

Aux États-Unis, les répondants sont plus à l’aise avec les diverses applications de l'IA par rapport à leurs homologues européens, ce phénomène pouvant être attribué aux messages médiatiques reçus. La couverture médiatique britannique sur l'IA est souvent décrite comme étant excessivement négative et sensationnaliste. En contraste, les récits médiatiques américains mettent davantage l'accent sur le rôle prépondérant des entreprises américaines ainsi que sur les opportunités d'emploi et de croissance associées.

Le simple fait de savoir que les médias utilisent l’IA peut diminuer la confiance. Selon les recherches, les audiences considèrent les actualités étiquetées comme générés par l’IA comme moins dignes de confiance que celles créées par les journalistes. « Cette tension signifie que les médias voudront réfléchir attentivement à quand la divulgation est nécessaire et comment la communiquer », note le rapport.

7L’évitement de l’actualité atteint un niveau record

Jusqu’à 39%, disent maintenant qu’ils évitent parfois ou souvent les nouvelles (soit quatre personnes sur dix) – une augmentation de 3 points par rapport à la moyenne de l’année dernière, avec des augmentations plus significatives au Brésil, en Espagne, en Allemagne et en Finlande. Au Royaume-Uni, il a presque été réduit de moitié depuis 2015.

Ce n'est pas seulement que les nouvelles peuvent être déprimantes, elles sont également incessantes ! Dans tous les marchés, la même proportion, environ quatre personnes sur dix (39 %), disent se sentir « épuisées » par la quantité de nouvelles de nos jours, contre 28 % en 2019, mentionnant fréquemment que la couverture des guerres, des catastrophes et de la politique éclipse d'autres sujets.

Les plateformes qui nécessitent un volume de contenu pour alimenter leurs algorithmes sont potentiellement un autre facteur contribuant à ces augmentations. « Il est notable que, dans notre enquête sur l'industrie, au début de 2024, la plupart des éditeurs ont déclaré qu'ils prévoyaient de produire plus de vidéos, plus de podcasts et plus de newsletters cette année », remarque le rapport.

8Les attentes simples du public

La plupart des sondés souhaite que les nouvelles soient exactes, justes, évitent le sensationnalisme, soient ouvertes sur les agendas et les préjugés, y compris le manque de diversité, admettent leurs erreurs - et ne ménagent pas leurs efforts lorsqu'il s'agit d'enquêter sur les riches et puissants.

La confiance dans les actualités (40%) est restée stable au cours de la dernière année, mais est toujours inférieure à quatre points par rapport à ce qu’elle était au plus fort de la pandémie.

Pour que la confiance soit acquise, il faut montrer les coulisses. Certaines grandes organisations de presse, comme la BBC, ont créé des unités ou des sous-marques qui répondent aux questions du public ou visent à expliquer comment les nouvelles sont vérifiées. BBC Verify, lancé en mai 2023, vise à montrer et à partager le travail en coulisses pour vérifier les informations, en particulier les images et les contenus vidéo, à une époque où la désinformation est en croissance. « Les gens veulent savoir non seulement ce que nous savons (et ne savons pas), mais aussi comment nous le savons », déclare Deborah Turness, PDG de BBC News.

La confiance, tant au niveau de la marque qu'au niveau général, influence le rôle que les informations peuvent jouer dans la société. Les journalistes et les organisations médiatiques ont à la fois des raisons pragmatiques de s'en préoccuper - « la confiance peut être la clé pour débloquer les revenus des utilisateurs », comme le dit Agnes Stenbom, responsable de IN/LAB chez Schibsted - et des raisons plus fondamentales de s'en préoccuper, car des années de recherche ont documenté comment les personnes qui ont moins confiance dans les informations sont moins susceptibles de croire aux informations qu'elles présentent et d'en tirer des enseignements.

CONCLUSION

Ce rapport annuel intervient à un moment où environ la moitié de la population mondiale participe à des élections nationales et régionales, alors que les guerres continuent de faire rage en Ukraine et à Gaza. Les actualités sont rétrogradées parce que les entreprises tech estiment qu’elles causent plus de problèmes qu’elles n’en valent la peine. « Le trafic en provenance des médias sociaux et des moteurs de recherche devrait devenir de plus en plus imprévisible avec le temps, mais se libérer du cycle algorithmique ne sera pas facile », prévient l’étude.

Pour le Reuters Institute, il reste de l’espoir. Certains éditeurs parviennent à établir une position plus solide : « Si les marques d’informations parviennent à montrer que leur journalisme repose sur l’exactitude, l’équité et la transparence – et que les humains restent aux commandes – les audiences sont plus susceptibles de répondre positivement ».

 

Illustration : @nickfancher Unsplash

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  • Liens vagabonds : L’ère du smartphone intelligent est-elle arrivée ?
    Lors de la Worldwide Developers Conference (WWDC) d'Apple le 10 juin 2024, Apple a fait sensation avec l'annonce du lancement de « Apple Intelligence ». Cet événement marque un tournant majeur dans la stratégie technologique de l'entreprise, qui intègre désormais l'intelligence artificielle générative dans ses produits phares tels que l'iPhone, l'iPad et le Mac. Il était temps – ce n’est pas pour rien que l’année dernière, Wired titrait « Apple Ghosts the Generative AI Revolution ». L’une des f

Liens vagabonds : L’ère du smartphone intelligent est-elle arrivée ?

Lors de la Worldwide Developers Conference (WWDC) d'Apple le 10 juin 2024, Apple a fait sensation avec l'annonce du lancement de « Apple Intelligence ». Cet événement marque un tournant majeur dans la stratégie technologique de l'entreprise, qui intègre désormais l'intelligence artificielle générative dans ses produits phares tels que l'iPhone, l'iPad et le Mac. Il était temps – ce n’est pas pour rien que l’année dernière, Wired titrait « Apple Ghosts the Generative AI Revolution ». L’une des fonctionnalités phares ? L’intégration de ChatGPT dans les produits Apple. Tim Cook, le CEO d'Apple, a déclaré : « Apple va transformer ce que les utilisateurs peuvent faire avec nos produits, et ce que nos produits peuvent faire pour nos utilisateurs ». Mais alors, est-ce vraiment si révolutionnaire ?  

Enjeux Économiques 

Apple a conclu un partenariat stratégique avec OpenAI pour intégrer ChatGPT dans ses programmes d'IA. Cette alliance permet à Apple d'améliorer significativement les capacités de Siri, rendant l'assistant vocal plus conversationnel et capable de traiter des requêtes complexes. L'objectif est de proposer une expérience utilisateur plus fluide et intuitive, ce qui pourrait renforcer la fidélité des utilisateurs et attirer de nouveaux clients. 

Aucun des deux acteurs n’a reçu d’argent dans l’affaire. Pourtant, le partenariat offre des avantages économiques importants pour les deux entreprises. Pour Apple, cela signifie une amélioration de ses produits sans coûts initiaux élevés. Pour OpenAI, l'accès direct à plus d'un milliard d'utilisateurs Apple constitue une opportunité commerciale majeure. Ces derniers auront accès à ChatGPT gratuitement, mais l’entreprise espère bien les convertir en abonnés payants pour ses services premiums.  

Si quelqu'un s'est opposé à cette collaboration, c'est bien Elon Musk. L'entrepreneur a menacé de bannir les produits Apple de ses entreprises si l'intégration d'OpenAI devenait trop intrusive : « Si Apple intégrait OpenAI au niveau du système d'exploitation, alors les appareils Apple seraient interdits dans toutes mes entreprises », a-t-il déclaré sur X. Selon Forbes, cette collaboration déplairait à Elon Musk car elle irait à l'encontre de ses intérêts personnels : « Étant donné le partenariat déjà profond d'Apple avec Google, qui implique l'offre exclusive de son moteur de recherche, il est logique que le prochain partenariat en matière d'IA soit avec Google et son moteur d'IA Gemini Gen. », explique le média. 

Impact sur les Utilisateurs 

La promesse d’Apple est de transformer l’expérience utilisateur grâce à l'intégration de l'IA générative dans ses produits. Siri, désormais alimenté par ChatGPT, pourra répondre à des requêtes plus nuancées et complexes, facilitant ainsi une interaction plus naturelle et efficace avec les appareils. La question de la protection de la vie privée peut alors se poser ? Les données des utilisateurs seront-elles partagées à OpenAI ? Apple affirme que les utilisateurs devront approuver l’envoi à ChatGPT d’une question, d’un document ou d’une photo pour que l’IA s’active.  L’entreprise aurait aussi obtenu d'OpenAI qu'il accepte de ne pas enregistrer les requêtes de ses clients sans demander la permission, protégeant ainsi leur vie privée.  

Les nouvelles fonctionnalités d'Apple Intelligence, comme la transcription et le résumé de contenus audio dans Notes et Téléphone, ainsi que la recherche avancée dans Photos, offrent une praticité accrue dans la gestion des informations personnelles. Ces innovations visent à rendre la technologie plus accessible et utile au quotidien, répondant mieux aux besoins individuels des utilisateurs. 

Fonctionnalités Phares 

  • Outils d'Écriture : Avec iOS 18, iPadOS 18 et macOS Sequoia, les utilisateurs peuvent réécrire, réviser et résumer des textes dans diverses applications comme Mail, Notes et Pages. 
  • Notifications Prioritaires : Les notifications les plus importantes sont mises en avant pour une gestion plus efficace. 
  • Transcription Audio : Les utilisateurs peuvent enregistrer, transcrire et résumer des contenus audios dans les apps Notes et Téléphone. 
  • Image Playground : Création rapide d'images amusantes avec des styles variés tels que Animation, Illustration et Sketch. 
  • Recherche Avancée dans Photos : Trouver des photos en les décrivant verbalement, facilitant ainsi la navigation dans les albums. 
  • Intégration de ChatGPT avec Siri : Siri peut utiliser les connaissances de ChatGPT avec l'approbation de l'utilisateur pour des réponses plus précises et informées. 

Apple Intelligence marque une étape importante dans l'évolution technologique de l'entreprise. On peut toutefois se poser des questions sur l’utilité réelle de toutes ses fonctionnalités. TechTrash souligne avec ironie : « tout un tas d’astuces pour résoudre les grands problèmes existentiels de nos vies ». La véritable révolution numérique est-elle vraiment pour aujourd'hui ? 

CETTE SEMAINE EN FRANCE

  • TF1 et M6 sous la menace d’un big bang dans le PAF (Agefi)
  • Françoise Joly, directrice de l’information de TV5Monde, convoquée à un entretien préalable à son licenciement (Le Monde)
  • Le journal « Sud Ouest » en grève reconductible contre un plan social (Le Monde)
  • RSF annonce le décès à 53 ans de son directeur général, Christophe Deloire (Le Figaro)
  • Comment le Rassemblement national a su tirer profit de TikTok (Télérama)
  • CMI, Libé, Editis… les multiples casquettes de Denis Olivennes lui rapportent gros (l’Informé)
  • Audiovisuel public : l’indépendance budgétaire menacée (Le Monde)
  • Le média Madmoizelle envisage de licencier l'intégralité de ses journalistes (La Lettre)

 

 

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3 CHIFFRES

LE GRAPHIQUE DE LA SEMAINE

Pourquoi les Américains utilisent-ils les médias sociaux ?


Source : Pew Research Center

NOS MEILLEURES LECTURES / DIGNES DE VOTRE TEMPS / LONG READ

  • Bienvenue à l'ère du smartphone A.I (New York Times)
  • Le potentiel impact « dévastateur » des AI Overviews de Google sur la visibilité des éditeurs révélé (Press Gazette)

Capture d'écran du New York Times

DISRUPTION, DISLOCATION, MONDIALISATION

  • Des éditeurs du monde entier affectés par la classification des actualités comme spam par Facebook (Press Gazette)

DONNEES, CONFIANCE, LIBERTÉ DE LA PRESSE,DÉSINFORMATION 

  • Le nombre de journalistes tués en Ukraine atteint 81 (Counteroffensive)
  • Une journaliste chinoise liée au mouvement #MeToo condamnée à cinq ans de prison (The Guardian)
  • Le journaliste américain Evan Gershkovich bientôt jugé en Russie pour "espionnage" (france24)
  • Le procès de X contre Media Matters devrait commencer en avril 2025 (Reuters)

LÉGISLATION, RÉGLEMENTATION

  • Droits voisins : la justice donne raison au groupe Le Figaro contre le réseau X (Le Figaro)
  • Meta met en pause ses plans de former une IA avec les données des utilisateurs européens, cédant à la pression réglementaire (TechCrunch)
  • Des chercheurs alertent sur le flou entretenu par certains grands acteurs de l'IA pour échapper à la règlementation européenne (Radboud University)

JOURNALISME

  • L'UER annonce ses demandes stratégiques sur l'IA générative et les médias (UER)
  • Le propriétaire de Business Insider a signé un énorme contrat avec OpenAI. ChatGPT ne crédite toujours pas les plus grands scoops du site (Nieman Lab)
  • La société sud-africaine Media24 ferme ses journaux (Moneyweb)
  • Le fiasco grandissant pour Will Lewis et le Washington Post (Politico)
  • Le plan de Yahoo Sports pour les Jeux Olympiques de Paris ? Une équipe de médaillés d'or comme correspondants (Hollywood Reporter)
  • Certains médias de droite paient le prix après avoir propagé des désinformations sur les élections de 2020 (NBC News)
  • Google signe un accord avec une organisation pour distribuer 100 millions de dollars aux entreprises de presse canadienne (The Canadian Press)

ENVIRONNEMENT

  • Silence des médias sur l'appel du chef de l'ONU à interdire les publicités pour le pétrole et le gaz (The Guardian)

RÉSEAUX SOCIAUX, MESSAGERIES, APPS

  • Comment les Américains obtiennent des informations sur TikTok, X, Facebook et Instagram (Pew Research Center)
  • Nous sommes en 2024. Elon Musk règne sur X. Et le monde politique est toujours accro (Notus)
  • Voodoo rachète le réseau social BeReal pour 500 millions d’euros (Le Figaro)
  • Les marques de mode sur mesure du Vietnam prospèrent à l'ère de TikTok (rest of world)

IMMERSION, 360, VR, AR

  • Apple va lancer le Vision Pro sur les marchés internationaux (Techcrunch)

STREAMING, OTT, SVOD

  • Alerte à la streamflation : Pourquoi les prix des abonnements augmentent soudainement (encore) (The Hollywood Reporter)
  • D'après Netflix, “l'univers de Bridgerton” a généré 275 millions de livres sterling pour l'économie britannique (The Guardian)

AUDIO, PODCAST, BORNES

  • Spotify annonce la création d'une agence créative interne et teste des publicités avec des voix générées par intelligence artificielle (TechCrunch)
  • Spotify, les auteurs-compositeurs veulent que vous réussissiez. Pourquoi continuez-vous à leur faire du mal ? (Variety)

INTELLIGENCE ARTIFICIELLE, DATA, AUTOMATISATION

  • Les hackers ciblent les utilisateurs d'IA pour protester contre le "vol d'art" (404media)
  • Elon Musk retire sa plainte contre OpenAI et le PDG Sam Altman (Axios)
  • Les coachs de carrière en intelligence artificielle de LinkedIn sont maintenant disponibles (Wired)
  • Un nouvel outil d'IA qui mesure avec précision la taille des foules met en lumière les protestations qui agitent le Brésil (rest of world)
  • Amazon débloque 230 millions de dollars pour soutenir des start-up dans l’IA (amazon)
  • OpenAI aurait doublé son chiffre d’affaires en six mois (Information)

MONÉTISATION, MODÈLE ÉCONOMIQUE, PUBLICITÉ

  • Pour les éditeurs de nouvelles et les sites tech cherchant à engager les utilisateurs, les jeux sont une affaire sérieuse (New York Times)

 

Kati Bremme, Alexandra Klinnik et Aude Nevo

 

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  • Liens vagabonds : Internet, le royaume de l’éphémère
    L’internet, cet océan de connaissances en perpétuelle expansion, est-il en train de se vider de son contenu ? Selon une récente étude du Pew Research Center, de vastes pans de ce réservoir numérique sont en train de disparaître, défiant l’idée que le web est une archive immuable, au moment même où les IA génératives ingurgitent à toute vitesse ce qui en reste pour générer un nouvel Internet. Le contenu disparaît sous nos yeux L’étude révèle ainsi des statistiques alarmantes : 38% des pages exis

Liens vagabonds : Internet, le royaume de l’éphémère

L’internet, cet océan de connaissances en perpétuelle expansion, est-il en train de se vider de son contenu ? Selon une récente étude du Pew Research Center, de vastes pans de ce réservoir numérique sont en train de disparaître, défiant l’idée que le web est une archive immuable, au moment même où les IA génératives ingurgitent à toute vitesse ce qui en reste pour générer un nouvel Internet.

Le contenu disparaît sous nos yeux

L’étude révèle ainsi des statistiques alarmantes : 38% des pages existantes en 2013 ne sont plus accessibles dix ans plus tard. Même les pages les plus récentes ne sont pas à l’abri de cette tendance, avec 8% des pages existant en 2023 ayant déjà disparu. Cette « dégradation numérique » touche toutes les sphères, des sites gouvernementaux aux médias, en passant par Wikipédia. 23% des pages d’actualités contiennent au moins un lien « brisé ».

En Chine, la situation est critique. Presque toutes les infos publiées sur les portails d’info chinois, les blogs, les forums entre 1995 et 2005 ne seraient plus disponibles, rapporte le New York Times. La journaliste Li Yuan se souvient des « excellentes couvertures médiatiques » du grand tremblement de terre du Sichuan le 12 mai 2008, qui a fait plus de 69 000 morts, une époque où « les journalistes avaient plus de liberté que ne le permettrait généralement le Parti communiste ». Elle ne retrouvé aujourd'hui aucun de ces articles. 

Pourquoi ce fossé qui se creuse ?

Il est d’abord techniquement difficile et coûteux pour les sites web d’archiver du contenu plus ancien, et pas seulement en Chine. Certains sites sacrifient ainsi du matériel ancien sur l’autel de Google, pour améliorer leur référencement. Le moteur de recherche, privilégiant les sites web à chargement rapide. Pour qu’un site soit plus rapide, il suffit donc de se débarrasser de sa substantifique moelle.  « Si certains comprennent ce compromis – qui n’a jamais été agacé par la vitesse de chargement d’un site ? – en revanche, la raison de visiter un site web n’est sûrement pas la bannière pop-up, la demande d’envoi d’alertes, la vidéo qui se lance automatiquement, la multitude de publicités cliquables vous invitant à voir à quoi ressemble une femme qui avait 18 ans et qui en a maintenant 50, réagissait déjà en 2022 l’écrivain Simon Brew, au lieu de réduire tout cela, ce sont les archives qui sont rationnalisées et épurées...».

En Chine, la raison de cet effacement du web est aussi d’ordre politique. Le Parti communiste tient à maintenir à tout prix une pureté politique et une culture « harmonisée » du cyberespace chinois. Les entreprises internet ont ainsi plus d’incitation à la « sur-censure ».

Capture d'écran du site Unofficial Archives

Des actions de résistance

Face à cette menace croissante, des efforts sont déployés pour préserver le contenu en ligne. Des sites comme archive.org, un lieu d’archivages des sites internet, offrent une bouée de sauvetage pour le matériel menacé.  En Chine, le journaliste Ian Johnson a fondé le site web Unofficial Archives, qui cherche à préserver les blogs, les films et les documents en dehors de l’internet chinois. Cependant, ces efforts restent marginaux par rapport à la masse de données effacées quotidiennement.

Cette érosion rend internet moins reconnaissable, un espace qui « n’est plus pour les humains, par les humains », ont récemment alerté les universitaires Jake Renzella et Vlada Rozova sur The Conversation. Les interactions en ligne deviennent dès lors de plus en plus « artificielles » à mesure que l'intelligence artificielle et le contenu généré par des algorithmes gagnent en importance.

CETTE SEMAINE EN FRANCE

  • Des fausses nouvelles et des vidéos cherchent à saper les Jeux olympiques de Paris (New York Times)
  • La Russie vise les Jeux olympiques de Paris avec une fausse vidéo de Tom Cruise (The Guardian)
  • Grève de vingt-quatre heures au sein de l’Agence France-Presse jeudi, au sujet du statut des journalistes hors de France (Le Monde)
  • Plus d’un million d’euros ont été récoltés suite à la mobilisation Twitch “Streamers 4 Palestinians” (Ouest France)
  • La Sacem atteint un nouveau record de collecte à 1,49 milliard d'euros (Correspondance de la Presse)
  • « Il est de plus en plus difficile pour la presse judiciaire d’accomplir son travail » (Le Monde)
  • Ten Ten : tout comprendre à l’application au succès surprise, qui inquiète jusqu’au ministère de l’intérieur (Le Monde)
  • Européennes : mobilisation contre les violences numériques de genre (Next)

Visuel tiré du faux documentaire «Olympics Has Fallen»

3 CHIFFRES

LE GRAPHIQUE DE LA SEMAINE

Le coût de la plupart des grands services de streaming a augmenté de plus de 40 % depuis leur lancement

Source : Axios

NOS MEILLEURES LECTURES / DIGNES DE VOTRE TEMPS / LONG READ

  • OpenAI ressemble de plus en plus à Facebook (The Atlantic)
  • Alerte rouge pour les médias de services publics", selon Tim Davie, le patron de la BBC (Deadline)
  • La vie, la mort et la renaissance d'un média généré par une intelligence artificielle (New York Times)
  • À mesure que l'Internet chinois disparaît, "nous perdons des parties de notre mémoire collective"(New York Times)

Capture d'écran du New York Times sur la disparition progressive des contenus sur internet en Chine

DISRUPTION, DISLOCATION, MONDIALISATION

  • Le moteur de recherche DuckDuckGo a lancé son propre AI Chat, agent conventionnel anonyme et sécurisé (JustGeek)
  • Nvidia, Microsoft et Apple sont plus gros que le marché boursier chinois (Bloomberg)

DONNEES, CONFIANCE, LIBERTÉ DE LA PRESSE,DÉSINFORMATION 

  • Les utilisateurs de TikTok reçoivent des informations trompeuses sur les élections, selon la BBC (BBC)
  • Israël cible secrètement les législateurs américains avec une campagne d'influence sur la guerre de Gaza (New York Times)
  • Elon Musk ne comprend pas les craintes de l'UE concernant la désinformation sur X, selon une fonctionnaire (The Guardian)

LÉGISLATION, RÉGLEMENTATION

  • Italie : Meta écope d'une amende de 3,5 millions d'euros pour « pratiques commerciales déloyales » (La Repubblica)

JOURNALISME

  • Le groupe français Keleops (01Net, Journal du Geek, Presse Citron) va racheter le site américain Gizmodo (Les Echos)
  • Will Lewis défend sans détour le remaniement du Washington Post (Vanity Fair)
  • Facebook supprime les publications d'informations locales et les qualifie de spam (Press Gazette)

STORYTELLING, NOUVEAUX FORMATS

  • Facebook et Instagram sont officiellement des plateformes vidéo (Marketing Brew)

ENVIRONNEMENT

  • Près de la moitié des journalistes couvrant la crise climatique à l'échelle mondiale ont reçu des menaces (The Guardian)


Capture d'écran du rapport Covering The Planet

RÉSEAUX SOCIAUX, MESSAGERIES, APPS

  • Donald Trump rejoint TikTok, l'application qu'il avait tenté d'interdire en tant que président (Variety)
  • Instagram confirme le test des publicités « inskippables » (TechCrunch)
  • X autorise officiellement la pornographie sur sa plateforme (Twitter)
  • Le bouton « J'aime » de YouTube ne s'affiche pas pour certains utilisateurs (The Verge)
  • Les professionnels des relations publiques abandonnent X pour LinkedIn (Axios)

Source : Axios

STREAMING, OTT, SVOD

  • Cauchemar à Hollywood ? Un nouveau service de streaming permet aux spectateurs de créer leurs propres émissions grâce à l'IA (The Hollywood Reporter)
  • Le Canada contraint les plateformes de streaming à participer aux contenus locaux (L’Humanité)
  • La NBA est proche d'un accord télévisé de 76 milliards de dollars, un moment décisif pour les médias et le sport (Wall Street Journal)

AUDIO, PODCAST, BORNES

  • Les clients de Spotify sont les moins susceptibles d'annuler leur abonnement (Bloomberg)

INTELLIGENCE ARTIFICIELLE, DATA, AUTOMATISATION

  • Kling, le Sora chinois proposé par Kuaishou (SCMP)
  • Un groupe d'ex ou actuels collaborateurs d'OpenAI dénonce ce qu'ils considèrent comme une culture de désinvolture (New York Times)
  • Future you, un chatbot permettant aux utilisateurs de parler à une version “future” d’eux-mêmes (The Guardian)
  • Comment diriger une armée de détectives numériques à l'ère de l'IA ? (Wired)
  • L'entreprise xAI d'Elon Musk prévoit de construire un supercalculateur d'IA à Memphis (Wall Street Journal)
  • Le nouveau conseil de l'IA de Meta est entièrement composé d'hommes blancs (TechCrunch)
  • À quoi ressemble une belle femme selon l'IA (Washington Post)
  • Le PDG de Zoom veut des clones d'IA en réunion (The Verge)
  • OpenAI a corrigé un problème qui a causé une panne globale pour les utilisateurs de ChatGPT, qui a duré plusieurs heure (TechCrunch)

MONÉTISATION, MODÈLE ÉCONOMIQUE, PUBLICITÉ

  • L'activité de licence d'IA de Shutterstock a généré 104 millions de dollars l'année dernière (Bloomberg)

 

Kati Bremme et Alexandra Klinnik

 

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  • VivaTech : l'IA sur le tapis rouge
    La capitale des Lumières serait-elle en train de se transformer en « capitale de l'intelligence artificielle » ? C'est ce qu'a affirmé le président Emmanuel Macron mardi, lors d'une rencontre avec les leaders du secteur. Ce grand discours intervient la veille de l’ouverture de VivaTech, plus grand salon européen consacré aux nouvelles technologies. Par Aude Nevo et Alexandra Klinnik du MediaLab de l'Information de France Télévisions A défaut de voir les stars du cinéma à Cannes, ce sont bien le

VivaTech : l'IA sur le tapis rouge

La capitale des Lumières serait-elle en train de se transformer en « capitale de l'intelligence artificielle » ? C'est ce qu'a affirmé le président Emmanuel Macron mardi, lors d'une rencontre avec les leaders du secteur. Ce grand discours intervient la veille de l’ouverture de VivaTech, plus grand salon européen consacré aux nouvelles technologies.

Par Aude Nevo et Alexandra Klinnik du MediaLab de l'Information de France Télévisions

A défaut de voir les stars du cinéma à Cannes, ce sont bien les stars de l’IA qui ont défilé au salon VivaTech. Parmi elles, Dario Amodei, co-fondateur de l'entreprise américaine d'intelligence artificielle Anthropic, Arthur Mensch, patron et co-fondateur de la startup française Mistral AI, Yann Le Cun, directeur du laboratoire de recherche sur l'intelligence artificielle du groupe Meta, et le controversé patron de X, Elon Musk, qui a fait une apparition en visioconférence, devant ses adorateurs. Mais VivaTech, c’est avant tout une place de marché. Derrière chaque robot, chaque voiture, chaque casque de réalité virtuelle, se profile un entrepreneur en quête de financements. Cette année, l'IA a dominé presque toutes les discussions. Le monopole de la Chine et des États-Unis a été largement débattu, alimentant la crainte des Européens de manquer le coche. Un fossé s’est creusé entre la grande majorité, désireuse d'innover toujours plus rapidement, et ceux, plus prudents, qui appellent d'abord à la régulation. Résumé des points clés.

Le journalisme, grand absent ?

À VivaTech, temple du business et de la start-up nation, le journalisme est rarement à l'honneur. Organisée par Publicis et Les Échos, cette grand- messe des « technolâtres » ouvre grand ses portes à ses invités, qu'importe leur pedigree, pourvu qu'ils exercent une influence économique notable. Cela est particulièrement vrai lorsqu'il s'agit d'Elon Musk. En terrain conquis, le magnat des affaires libertarien est intervenu à distance devant un public en extase, réuni dans le Dôme de la Porte de Versailles.

Maurice Lévy, président de VivaTech et Elon Musk, à distance.

  • Si l’on se réfère au titre original de la conférence, « Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur Elon Musk (sans oser le demander) », clin d’œil (daté?) au film de Woody Allen, la session promettait d’être franche et directe. La salle avait été assurée de pouvoir poser ses questions (« en 15 secondes top chrono »), l'orateur se revendiquant comme un ardent défenseur de la liberté d'expression. Si le milliardaire s’est plié de bonne grâce aux questions conventionnelles et admiratives de ses fans survoltés (telles que « Quelle est votre plus grande peur ? », « L’IA », « Votre plus grand espoir ? » — « Mars »), il a fait preuve de grossièreté face à la seule interrogation critique de la session. Lorsqu'une journaliste de Business Insider a soulevé les problèmes rencontrés par Tesla, « qui traverse une période tumultueuse avec des ventes en baisse, une chute en bourse et des licenciements », il a préféré l'humilier directement : « Passons à la question suivante, car je ne pense pas que Business Insider soit une publication sérieuse », suscitant les rires moqueurs de ses partisans. Un véritable « bad boy » dans la cour d'école, affichant ouvertement son mépris pour les médias qui ne pensent qu'au « nombre de clics ». En maître de cérémonie, Maurice Lévy, président de VivaTech, n’a pas levé un sourcil mais a préféré remercier mille fois son hôte de marque, de faire « l’honneur de sa présence »… dans un événement également organisé par un média, les Échos !
  • Dans cet exercice très cadré, il a été beaucoup question d’intelligence artificielle, “star du show Vivatech”. En début de semaine, Elon Musk a annoncé déployer son service d’intelligence artificielle, Grok, développé par sa start-up (xAI) en Europe à tous les utilisateurs ayant un abonnement X Premium. Grok sera le robot d’IA le plus drôle possible, car “si on doit tous mourir un jour, autant mourir en riant”. Pour lui, les algorithmes de Google, d’OpenAI et de Microsoft ne sont pas efficaces : “Mon inquiétude, c’est qu’ils font du politiquement correct, c’est dangereux. Le mieux pour l’IA ? C’est de penser par elle-même, d’être curieuse, c’est ce qui sera le mieux pour l’humanité. Ces IA ont été entraînées pour mentir.  Demandez à ChatGPT de vous générer une image de Waffen-SS, il en créera une d’un groupe de femmes issues de la diversité. Ce n’est pas la vérité”.

La Chine, un concurrent de taille dans la course à l’IA 

Comme chaque année, un panel d’intervenants venant de toute part a pris la parole lors des conférences. Robin Li, cofondateur et directeur général de Baidu, le moteur de recherche chinois a évoqué ses projets en matière d’IA dans la conférence « AI View from China ».

 Robin Li, cofondateur et directeur général de Baidu, et Maurice Levy, président du conseil de surveillance de Publicis Groupe. 

 Les points clés 

  • Le Google chinois est l'un des acteurs du pays les plus avancés dans l'IA. Là où la concurrence veut trouver le modèle de langage le plus performant, Baidu cherche la « super app » qui révolutionnera le secteur : « Aux États-Unis et en Europe, tout le monde se concentre sur la mise au point du modèle de fondation le plus avant-gardiste. Mais en Chine, les gens se demandent de plus en plus quelle sera l'application qui fera la différence à l'ère de l'IA » explique Robin Li. Sans le citer, il est possible que l’homme d’affaire fasse référence au succès de WeChat, messagerie largement déployée en Chine dont le succès pourrait l’avoir inspiré. Selon lui, une approche axée sur les applications peut « accélérer la transformation de l'ère de l'internet à l'ère de l'IA ». Cette super-app prendra-t-elle la forme d’un chatbot ?
  • Ernie, l’équivalent chinois de ChatGPT, a été lancé par Baidu en mars 2023. Peu connu en Europe, il est pourtant largement implanté en Chine et compte aujourd'hui 200 millions d'utilisateurs. Pour Robin Li, l’enjeu est de créer le meilleur modèle possible sur le territoire chinois : « Nous ne sommes pas aussi bon qu'OpenAI en anglais. Mais nous surpassons ChatGPT4 en chinois car Baidu est principalement entrainé avec des données chinoises ». Selon lui, « les européens devraient travailler sur des données dans leur propre langage pour espérer devenir des forces dominantes de l’IA ». Si Mistral Large, le LLM (large language model), de la startup française est par exemple entraîné en parti sur des données françaises, la proportion n’a pas été communiquée. 
  • Pour entraîner un LLM, il faut une quantité immense de données. Pour Robin Li, ce n'est pas tant l'accès à ces données qui pose problème, mais leur traitement. Cela requiert de nombreux ingénieurs, une ressource parfois insuffisante.
  • L’entrepreneur a également fait part de ses réserves quant à l’arrivée prochaine d’une intelligence artificielle qui puisse surpasser l’esprit humain. Selon lui, les « AGI » (artificial general intelligence) ne sont pas prêtes d’arriver sur le marché.  « Nombreux sont ceux qui spéculent sur l'arrivée de l'AGI, avançant des délais de deux à cinq ans. Pour ma part, je pense que cette technologie ne sera pas disponible avant au moins une décennie » a-t-il affirmé.
  • Accélérer à tout prix : c'est le vœu de Robin Li. Interrogé sur ses plus grandes craintes pour l'avenir, il répond : « Tout le monde est surpris par la vitesse à laquelle la technologie a progressé ces deux dernières années, mais pour moi, ce n'est pas encore assez rapide. C'est trop lent ».
  • Cette pensée est pourtant en adéquation avec plusieurs autres intervenants du salon, qui semblent oublier le chaos potentiel d’un manque de régulation de l’IA en termes de discrimination, de propriété intellectuelle, et de désinformation. Bruno le Maire, lors de sa visite surprise afin de remplacer Emmanuel Macron en visite en Nouvelle-Calédonie a affirmé : « l’Europe doit retrouver le goût du risque afin de créer l’IA française et européenne dont nous avons besoin pour notre économie ». 

« Ne travaillez pas sur les LLM's, ils sont entre les mains des grandes entreprises ».

Madhumita Murgia, rédactrice IA en chef chez FT et Yann LeCun VP & Chief AI Scientist chez Meta.

 Les points clés 

  • Lors de son intervention, Yann LeCun, VP & Chief AI Scientist chez Meta, a souhaité s’adresser aux étudiants. « Ne travaillez pas sur les LLM's, ils sont entre les mains des grandes entreprises. Il n'y a rien que l'on puisse mettre sur la table, vous devriez travailler sur la prochaine génération d’IA ».
  • Le « baron du deeplearning » comme il se fait appeler, a également déclaré que les LLM ont une maîtrise limitée de la logique et n'atteindront pas le niveau d'intelligence humaine : « L’intelligence n'est pas une échelle linéaire. Il existe un écart entre l'intelligence que nous pouvons reproduire et l'intelligence humaine ». « Les machines ne comprennent pas le monde réel et n'ont pas de mémoire persistante » poursuit-il.
  • Les entreprises sont de plus en plus réticentes à l’idée de partager leurs modèles en open source à cause de la concurrence : « Au cours des douze dernières années, la communauté s'est considérablement ouverte. OpenAI faisait de la recherche open source, ce qui a contribué aux avancées très rapides de l’IA. Maintenant, des intérêts commerciaux émergent. OpenAI n'est plus du tout ouvert, et Google de moins en moins. Ce changement de paradigme est très mauvais pour l’industrie ».
  • Les applications les plus prometteuses de l'IA ne se trouvent pas chez Méta, mais au sein des start-ups qui développent des systèmes dans des langages peu exploités par l'IA. « Avoir une IA qui communique dans leur propre dialecte offre un accès technologique à des personnes qui en sont actuellement privées », souligne Yann LeCun. À titre d'exemple, il évoque une initiative d'une start-up sénégalaise utilisant un modèle open source pour fournir des informations médicales en français et en Wolof, les deux langues locales du pays. Cette solution facilite l'accès aux soins dans un contexte où consulter un médecin est souvent difficile.
  • Pourquoi les talents ne restent-ils pas en Europe ? « Les futurs chercheurs vont là où ils auront le plus d’impact et le plus de chances de réussir » explique Yann LeCun. Selon lui, « le faible salaire dans la recherche scientifique publique » est l’une des raisons qui poussent les nouveaux acteurs du secteur à claquer la porte. 
  • L’enjeu est de taille pour le président français Emmanuel Macron. S’il n’a pas abordé la question des salaires des chercheurs à l'Élysée lors de son discours sur l'IA du mardi 21 mai, il a annoncé des mesures ambitieuses visant à accroître le nombre de professionnels formés dans ce domaine. Son plan prévoit de passer de 40 000 à 100 000 professionnels formés par an, et un investissement supplémentaire de 400 millions d'euros dans les neuf clusters d'IA français, reconnus comme des centres d'excellence universitaire.

If you are a student interested in building the next generation of AI systems, don't work on LLMs https://t.co/H1qX3gClEu

— Yann LeCun (@ylecun) May 22, 2024

 Où sont les femmes ? 

Bruno le Maire lors de son intervention sur les femmes dans le secteur de la tech.

Les points clés 

  • Les grandes absentes du salon, ce sont les femmes. Valérie Pécresse, présente ce mercredi a déploré ce manque de représentation :« Nous avons besoin de reconvertir beaucoup de Franciliens qui pensent que la tech n’est pas pour eux. Parallèlement, je constate en déambulant dans les stands que les femmes ne sont pas suffisamment représentées ».
  • De son côté lors de son intervention, Bruno Le Maire a promis qu’il était temps de « mettre des quotas dans les classes préparatoires ».
  • Ce constat est également partagé par Béatrice Kosowski, Présidente IBM France, lors de la conférence « From Regulator to Innovator: European AI and Sovereignty ». Selon elle, 85 000 postes seraient vacants dans le secteur du numérique. Il y a donc urgence à former des jeunes dans ce domaine, en mettant l'accent sur la parité, car « autrement, les outputs de l’IA seront biaisés ». Elle souligne que les femmes ne représentent que 32% des effectifs dans les métiers de la tech en Europe, et environ 20% en France.
  • Ce manque de représentation avait été reproché à OpenAI en décembre dernier, lorsque son nouveau conseil d’administration avait évincé toute présence féminine pour devenir le club des “Big Tech Boys”. Parmi les 702 (sur 750) employés qui avaient signé la lettre demandant le retour de Sam Altman après son éviction, plus de 75% étaient des hommes.
  • Les chiffres montrent également un écart de confiance entre hommes et femmes concernant la conduite de projets liés à l’IA. 26% des femmes se disent confiantes, contre 49% des hommes. En cause ? les représentations sociales et les stéréotypes de genre qui pèsent sur l’orientation et l’auto-censure des femmes (syndrome de l’imposteur).

 Les « musk-see » du salon 

Si la présence (à distance) d’Elon Musk, a fait jaser la « techosphère », certaines innovations ont également fait entendre parler d’elles. Tour d’horizon de ces gadgets plus ou moins utiles. 

  • Le secteur de la santé est à l’honneur cette année. La startup SquareMind propose par exemple une technologie pour aider les dermatologues dans le dépistage des cancers de la peau. Ce dispositif automatisé numérise l'intégralité de la peau du patient en très haute résolution à l’aide d’un bras mécanique. « Grâce à l'intelligence artificielle, il peut signaler l'apparition de nouveaux grains de beauté entre deux visites » explique son co-fondateur Ali Khachlouf. Autre démonstration qui a suscité l’émerveillement du public : un fauteuil roulant développé par la startup suisse Scewo qui peut monter et descendre des escaliers en toute sécurité.

Un pas en avant pour l’accessibilité des personnes en fauteuil roulant avec @scewo_official #Vivatech @VivaTech #Handicap pic.twitter.com/gt4vAf17Nv

— Mathieu Flaig (@MathieuFlex) May 22, 2024

  • Mais notre coup de cœur est sans nul doute Buddy, un petit robot à l’allure « kawai » dont le but est d’aider les enfants sur le spectre autistique dans leur apprentissage. Fabriqué par la société française Blue Frog Robotics et désigné en France comme « robot for good », Buddy a été approuvé par le ministère de l’Éducation nationale. Présenté comme « un compagnon émotionnel avec qui l’enfant pourra nouer un lien social », Buddy permet aux petits d’interagir avec un avatar ayant des traits humains (deux yeux, une bouche) sans le stress que pourrait générer une interaction réelle. « Buddy permet de simuler certains codes sociaux mais n'a aucune conscience de ce qu’il est », souligne un développeur présent au stand. Un autre projet en cours vise à utiliser Buddy pour réinclure en classe les enfants en situation d’exclusion. L’initiative née sous l’impulsion de la Fondation des hôpitaux de France présidée par Brigitte Macron a été lancée auprès de 2000 enfants malades. À l’aide d’une tablette disponible dans leur chambre d’hôpital, les jeunes patients peuvent contrôler le petit robot à distance, parler à travers lui, entendre le professeur et répondre aux questions. Des tests sont en cours pour mesurer les impacts socio-psychologiques du dispositif sur les patients. Si les résultats sont positifs, Buddy pourrait être déployé à plus grande échelle. Toutefois, on peut se questionner sur le coût d’un tel programme et son déploiement réel par la suite. L’éducation nationale étant déjà en proie à des restrictions budgétaires, qui financera ces Buddy dans nos écoles ? 

📣Salon #Vivatech 2024 #AvecFranceTravail
✅@BlueFrogRobotic présente #Buddy
↪dopé à l'#IA pour interagir avec des enfants #autistes, malades ou assistance auprès des personnes âgées
↪création d'empathie, de lien émotionnel @VivaTech @FranceTravail pic.twitter.com/8JOOjmBkos

— Eric Huguet 🌍 (@ERICHUGUET4) May 23, 2024

  • Évidemment, certaines innovations auraient pu rester au stade de l’idée. Par exemple, SmartGolf est un fournisseur de services de golf nouvelle génération, qui propose une analyse du swing et un coaching par l'IA sans balle. Le but ? Pouvoir faire du golf directement de chez soi. Pratique lorsque l’on n’a pas de terrain à proximité. Un gadget qui n’est pas sans rappeler wii sport, disponible pour la modique somme de 450 dollars. Mais le plaisir du golf ne réside-t-il pas dans le fait de taper la balle ? Du côté automobile, comme chaque année, de nombreux modèles de voitures aux designs toujours plus futuristes se sont fait concurrence. Une dizaine de constructeurs étaient présents, avec des promesses marketing plus ou moins similaires, englobant IA, énergie verte, pilotage automatique etc. Parmi eux, le cybertruck de Tesla s’est fait remarquer par ses dimensions hors norme : 5,69 mètres de longueur sur 2,4 mètres de largeur pour 3 tonnes. Non commercialisé en France (et pas prêt de l’être), le pick-up en acier inoxydable est disponible aux Etats-Unis pour environ 100 mille dollars.

 

It's the @Tesla Cybertruck. And it's at #VivaTech 💥 pic.twitter.com/rO3RoP3nGM

— Viva Technology (@VivaTech) May 22, 2024

  • Airbus a également présenté ses innovations les plus ambitieuses à VivaTech. Le cheval de bataille du géant de l'aérospatiale ? Permettre aux avions de se déplacer en totale autonomie dans les aéroports. Le projet intègre des technologies telles que l'automatisation avancée, la vision par ordinateur, et l'apprentissage automatique. Une menace pour la sécurité selon certains syndicats de pilotes. Pour minimiser l'empreinte carbone de ses essais, Airbus utilisera un camion électrique, le « Air-truck » qui reproduit les fonctions d'un cockpit d'avion. Le stand proposait également d’effectuer un vol simulé au-dessus d'Osaka à bord d'un taxi aérien du futur. L’occasion de faire un parallèle avec le volocity, un taxi volant proposant une offre 100% électrique et décarbonée. Déjà présenté au salon en 2022, il devait effectuer ses premiers vols commerciaux à l'occasion des JO de Paris 2024 pour environ 250 euros. Deux ans plus tard, le taxi volant du futur sillonnera bien le ciel de Paris afin de profiter de la vitrine médiatique des Jeux Olympiques, mais sans client ! 

J'aurais peut être dû prendre le volocopter pour rentrer plutôt que la ligne 12 😁#vivatech@jblefevre60 @kalydeoo @pierrepinna @Nicochan33 @tewoz @loutro1990 @CHRISTINESOTO12 @RLDI_Lamy @jeancayeux pic.twitter.com/gEoqJ9V2zv

— Yann Marchand (@Ym78200) May 23, 2024

Conclusion

En conclusion, la transformation de Paris en une "capitale de l'intelligence artificielle" semble bien en marche, soutenue par les ambitions du président Emmanuel Macron et l'engouement généré par le salon VivaTech. Au-delà des innovations gadget, des exercices de com' de la part des politiques, de l'aliénation de certains tech lovers, de la recherche du business à tout prix, cet événement a rassemblé les acteurs les plus influents du secteur, témoignant de l'importance croissante de l'IA dans les discussions technologiques et économiques. Rappelons que la France accueillera, les 10 et 11 février 2025, la prochaine édition du sommet international de l'intelligence artificielle. 

 

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  • Liens vagabonds : TikTok face aux contradictions de l’administration Biden
    Les choses se précipitent pour TikTok - Le Sénat américain a approuvé la loi qui contraint TikTok à être vendu à des propriétaires américains ou à être interdit, ce 23 avril. Approuvé mi-avril par la Chambre des représentants, le texte a été intégré à une initiative d'aide étrangère plus vaste afin d'en faciliter l'adoption par le Sénat. Outre la disposition relative à TikTok, la loi inclut donc un plan d'aide de 95 milliards de dollars destiné à l'Ukraine, à Israël et à Taïwan. Elle a été adop

Liens vagabonds : TikTok face aux contradictions de l’administration Biden

Les choses se précipitent pour TikTok - Le Sénat américain a approuvé la loi qui contraint TikTok à être vendu à des propriétaires américains ou à être interdit, ce 23 avril. Approuvé mi-avril par la Chambre des représentants, le texte a été intégré à une initiative d'aide étrangère plus vaste afin d'en faciliter l'adoption par le Sénat. Outre la disposition relative à TikTok, la loi inclut donc un plan d'aide de 95 milliards de dollars destiné à l'Ukraine, à Israël et à Taïwan. Elle a été adoptée par un vote de 79 voix pour et 18 voix contre, puis promulguée par le président Joe Biden le mercredi 24 avril.  

Joe Biden et TikTok, l’amour vache 

Malgré la signature de la loi interdisant l'application, Joe Biden continue d'utiliser TikTok pour promouvoir sa campagne présidentielle. À peine une heure après le vote du Sénat mardi soir, la campagne de réélection de Biden publiait de nouveaux contenus sur la plateforme. « Un environnement médiatique fragmenté nous oblige à nous présenter et à rencontrer les électeurs là où ils se trouvent », a déclaré un responsable de la campagne Biden. Un comportement paradoxal qui n'a pas échappé aux électeurs : « Si [Biden] veut regagner la confiance des jeunes, il doit être ouvert et transparent sur le raisonnement derrière cette interdiction », souligne Luke Mullen, acteur, cinéaste et activiste avec plus de 100 000 abonnés sur TikTok. « Jusqu’à présent, il n’a rien dit, ce qui ressemble à une dépréciation de notre intelligence. Les jeunes Américains ne sont pas stupides », poursuit-il. Nombreux ont été les utilisateurs à supplier le président de « garder TikTok » dans les commentaires de ses vidéos. Un internaute ironise même : « Je me demande quelle application vous a permis de poster cette vidéo ». Joe Biden a-t-il lancé un boomerang qui pourrait lui revenir en plein visage à six mois de l’élection présidentielle ? Cette mesure pourrait s'avérer être un cadeau inespéré pour Donald Trump, qui s’est empressé le mois dernier de critiquer la loi… 


Capture d’écran sous une vidéo TikTok de Joe Biden.  

Que dit TikTok ?  

ByteDance de son côté serait prêt à retirer l'application plutôt que de la céder, si les tentatives pour contester la législation échouent. La raison ? Les précieux algorithmes permettant le fonctionnement de TikTok sont considérés comme vitaux et confidentiels pour les opérations globales de ByteDance. Leur licence de propriété intellectuelle est enregistrée sous ByteDance en Chine et donc difficile à séparer de la société mère, ont déclaré des sources anonymes. Une vente pourrait également révéler à quel point ByteDance est lié à TikTok, supposément indépendant. Malgré toute la communication sur l'autonomisation accrue de TikTok, un rapport du Financial Times indique qu'ils sont plus liés que jamais.

Autre argument contre une vente : les utilisateurs actifs quotidiens de TikTok aux États-Unis ne représenteraient que 5% des utilisateurs actifs quotidiens de ByteDance dans le monde. TikTok pourrait donc survivre à la fermeture de ses opérations aux États-Unis, d’où son pari de fermer l’application plutôt que de vendre ses algorithmes. Les sources ont également souligné que la séparation des algorithmes des actifs américains de TikTok serait une procédure extrêmement complexe, et il est peu probable que ByteDance considère sérieusement cette option. En attendant, la réaction du gouvernement chinois ne se fait pas attendre : Un article dans un journal proche du régime qualifie la décision de « vol » qui « détruirait complètement la crédibilité nationale américaine, déjà entachée ».

Les auto-entrepreneurs européens également sous pression  

Si les entrepreneurs aux Etats-Unis s’inquiètent, l’impact sur le marché pourrait être beaucoup plus global. En Europe, les créateurs s’inquiètent d’une potentielle interdiction de TikTok outre-Atlantique. Isobel Perl, fondatrice de Perl Cosmetics, et Kyle Frank, fondateur de Franks Remedies, soulignent à la BBC l'importance des ventes réalisées aux États-Unis pour leurs entreprises. « Certains mois, 60 à 70 % de nos ventes mensuelles proviennent des États-Unis » explique Kyle Frank. Isobel Perl rajoute : « J'utilise principalement TikTok pour générer des ventes sur notre site web, parmi toutes les applications de médias sociaux, c'est celle qui génère le plus de trafic ».Se rendre dépendant d'une plateforme tierce expose à un risque de perte de contrôle, un problème courant pour ceux qui s'y engagent pleinement (les médias se souviennent encore bien du changement de cap de Facebook sur la mise en avant des l'actualité).

Récompenser l'addiction 

TikTok fait également face à des défis sérieux ailleurs. Par exemple, il est sous pression à cause de TikTok Lite dans l'UE (pour sa fonctionnalité désomais retirée de récompense qui permet de gagner une petite somme contre une présence et des interactions sur l'appli), il a été interdit au Kirghizistan pour "protéger les enfants", et il lutte contre une interdiction potentielle au Kenya.

Cela pourrait être la fin de TikTok tel que nous le connaissons. Affaire à suivre également pour les autres applis chinoises qui commencent à arriver sur les réseaux de l'Occident : Temu, l'appli de shopping, ou encore Xiaohongshu, l'Instagram chinois... 

CETTE SEMAINE EN FRANCE

  • Rachat de Marianne : l’hypothèse Pierre-Édouard Stérin se précise (Challenge)
  • Albert, l’intelligence artificielle française déployée par le gouvernement (DINUM)

Le code source d'Albert, l'IA générative réentrainée par l'Etat est dispo ici : https://t.co/Cc1GBmLkIr

— Emile Marzolf (@emile_marzolf) April 23, 2024

  • Christophe Jakubyszyn obtient le soutien des journalistes pour diriger « Les Echos » (Les Echos)

Avec 86 % de votes positifs pour sa nomination à la direction de la rédaction, @chrisjaku va prendre ses fonctions aux Echos dans des conditions confortables. 213 votes pour, 20 contre, sur un corps électoral de 251 journalistes. pic.twitter.com/nY8oZCnHRK

— Jean-Michel De Marchi (@JM_De_Marchi) April 25, 2024

  • Qui est David Larramendy, le successeur de Nicolas de Tavernost à la tête de M6 ? (Télérama)
  • Publicité dans les médias : entre solidarité et “rôle politique” des annonceurs (CBNews)
  • Le média en ligne « Factuel » est en cessation de paiement (Le Monde)
  • Les journalistes de La Voix du Nord saisissent le médiateur sur la question des droits voisins (La Lettre)
  • Le Groupe Le Monde sanctuarise la majorité de son capital dans un fonds d’intérêt général à but non lucratif (Télérama)
  • Le cinéma UGC Normandie des Champs-Élysées va fermer : la fin d'un « joyau » (Le Parisien)

Après le 13 juin il n'y aura plus aucune salle de cinéma sur les Champs-Elysées. Je ne pensais pas voir ça un jour. #UgcNormandie pic.twitter.com/q1stqM0QPp

— Laurent Vachaud (@Laurent76300739) April 22, 2024

QUELQUES CHIFFRES

  • Alphabet, Microsoft et Meta ont tous enregistré une forte croissance des bénéfices d'exploitation pour le premier trimestre. Alphabet a augmenté de 46%, Microsoft de 23%, et Meta a connu un bond impressionnant de 91%, selon The Information.
  • La couverture médiatique des sujets consacrés à l'intelligence artificielle est en progression de 257 % en 24 mois dans les médias français avec 54 097 sujets ou articles par mois en moyenne, selon une étude Tagaday.
  • Le visionnage de la télévision en direct reste le premier usage des Français, quel que soit le mode de réception de la télévision, selon l'Arcom. Le téléviseur (90 %) et le smartphone (89,1 %) sont les équipements les plus répandus au sein du foyer.

 LE GRAPHIQUE DE LA SEMAINE

Quel est le coût associé à l'entraînement d'un modèle d'intelligence artificielle générative ?

Source : Chief AI Office

NOS MEILLEURES LECTURES / DIGNES DE VOTRE TEMPS / LONG READ

  • Ce que les journalistes et les créateurs indépendants peuvent apprendre les uns des autres (NiemanLab)
  • C'est la fin du Web tel que nous le connaissons (The Atlantic)
  • Jim VandeHei sur la nouvelle génération d'entreprises de médias (Puck)
  • Il y a beaucoup de publicistes puissants. Mais un seul travaille pour Taylor Swift (Wall Street Journal)
  • L'homme qui a tué Google Search (Ed Zitron)

DISRUPTION, DISLOCATION, MONDIALISATION

  • En Italie, la RAI censure l’écrivain Antonio Scurati (Le Monde)
  • La FIFA sur le point de conclure un accord télévisé avec Apple pour un nouveau tournoi (New York Times)
  • Pourquoi les Japonais aiment les CD ? (Economist)
  • TikTok pourrait bientôt utiliser votre voix clonée (Android Police)

DONNEES, CONFIANCE, LIBERTÉ DE LA PRESSE,DÉSINFORMATION

  • Les fact-checks bénéficient d'une plus grande visibilité dans Google Web Search que les articles qu'ils cherchent à corriger (ACM Digital Library)
  • Mali, Burkina Faso, Niger… Le Sahel, « vaste trou noir de l’information » (La Croix)

LÉGISLATION, RÉGLEMENTATION

  • Les fournisseurs d'accès internet ne peuvent plus manipuler la vitesse de navigation et de téléchargement de leurs clients (CBS News)
  • Elon Musk répond à l'ordonnance d'un tribunal australien contre les images X d'une agression à l'arme blanche (The Guardian)

JOURNALISME

  • 404 Média et les espoirs du journalisme en auto-gestion (CJR)
  • Biden a évité  les questions des journalistes indépendants au cours de son mandat, ce qui entraîne un dangereux précédent (New York Times)
  • Les équipes de campagne ont une nouvelle approche favorite pour répondre aux journalistes : l'humiliation publique (Notus)
  • Le journalisme indépendant est-il encore viable ? Pour la plupart des journalistes, ce n'est pas le cas (Reuters Institute)
  • Les journalistes slovaques portent du noir pour protester contre la refonte des médias (The Guardian)
  • Rio, un présentateur d'un nouveau genre (Curio)

 STORYTELLING, NOUVEAUX FORMATS

  • Rest of World lance un observatoire de la désinformation électorale dans le monde (Rest of World)

 ENVIRONNEMENT 

  •  Face à l'urgence climatique, scientifiques et humoristes sonnent l'alarme ensemble (The Guardian)

RÉSEAUX SOCIAUX, MESSAGERIES, APPS

  • Threads compte aujourd'hui plus d'utilisateurs quotidiens aux États-Unis que X (Business Insider)
  • Selon une étude norvégienne, l'interdiction des téléphones au collège améliore les résultats scolaires et la santé mentale des filles (NHH)
  • TikTok Lite suspend dans l’UE son système de récompenses, accusé de susciter de l’addiction (Le Monde)

 

  • L'Indonésie fait appel à des influenceurs pour convaincre les habitants de s'installer dans sa nouvelle capitale en construction (Rest of World)
  • Les matchs de football européens qui attirent le plus grand nombre de personnes sur les réseaux sociaux (Sporting Pedia)
  • TikTok et Meta ne signalent pas la propagande étatique concernant la guerre à Gaza (Forbes)

 IMMERSION, 360, VR, AR

  • Meta lance MetaHorizon OS, un nouveau système d'exploitation destiné aux casques de réalité virtuelle et mixte, notamment la gamme Quest (Meta)
  • Les lunettes intelligentes Ray-Ban Meta sont désormais dotées d'une IA multimodale (The Verge)

 STREAMING, OTT, SVOD

  • La nouvelle habitude télévisuelle des Américains : S'abonner. Regarder. Annuler. Répéter (New York Times)
  • Elon Musk lance X TV (Bloomberg)

AUDIO, PODCAST, BORNES

  • Le nouveau pari audio du New York Times, "The Interview", de l'intérieur (The Hollywood Reporter)
  • Audible va transformer les sept livres de Harry Potter de JK Rowling en livres audio complets (Audible)

 Web3, BLOCKCHAIN, CRYPTO, NFT

  •  La société de paiement de Jack Dorsey, Block, construit son propre système de minage de Bitcoin (CNBC)

INTELLIGENCE ARTIFICIELLE, DATA, AUTOMATISATION

  • GPT-4 Turbo dans l'API OpenAI (OpenAI)
  • L'assistant d'IA de Meta est amusant à utiliser, mais on ne peut pas lui faire confiance (New York Times)
  • Le Washington Post développe un outil de réponse alimenté par l'IA (Technical.ly)
  • OpenAI, Meta et Google s’engagent pour la protection de l’enfance (Wall Street Journal)
  • 48 % des sites d'actualités les plus utilisés bloquent les robots d'OpenAI (Reuters Institute)

MONÉTISATION, MODÈLE ÉCONOMIQUE, PUBLICITÉ

  • L'un des plus grands best-sellers s'est vendu à plus de 600 000 exemplaires sur TikTok Shop (The Atlantic)
  • La dernière initiative de Google pour retarder l'apocalypse des cookies (Digiday)
  • Les agences de relations publiques prennent en charge les profils LinkedIn des cadres dirigeants — et transforment le ghostwriting en une activité lucrative (Business Insider)

 Kati Bremme, Alexandra Klinnik et Aude Nevo

 

 

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  • Assises du journalisme : « Le journalisme, c’est du sport »
    Être journaliste requiert aujourd'hui une endurance sans faille. Confrontés à des pressions économiques et politiques croissantes, les professionnels de l'information doivent naviguer avec habileté à travers un océan de contraintes et de fake news. Les Assises internationales du journalisme et de l'information de Tours se sont affichées sous l'étendard du journalisme sportif. Un choix symbolique, anticipant la fièvre des Jeux Olympiques mais soulignant surtout le défi de taille que représente la

Assises du journalisme : « Le journalisme, c’est du sport »

Être journaliste requiert aujourd'hui une endurance sans faille. Confrontés à des pressions économiques et politiques croissantes, les professionnels de l'information doivent naviguer avec habileté à travers un océan de contraintes et de fake news. Les Assises internationales du journalisme et de l'information de Tours se sont affichées sous l'étendard du journalisme sportif. Un choix symbolique, anticipant la fièvre des Jeux Olympiques mais soulignant surtout le défi de taille que représente la navigation dans les eaux tumultueuses de l'information en 2024.

Par Alexandra Klinnik du MediaLab de l'Information de France Télévisions 

La 17ème édition des Assises internationales du journalisme et de l'information, qui s'est déroulée du 25 au 30 mars à Tours, a été le théâtre de discussions vives autour des défis majeurs auxquels sont confrontés les journalistes. Des sujets aussi divers que l'utilisation de l'IA par les rédactions, le rôle prépondérant de la communication dans le traitement médiatique du sport à l'approche des Jeux Olympiques, les attentes du public français en matière d'information. Sans oublier la place des femmes dans journalisme sportif, trop souvent négligée. Résumé des principaux points.

Le journalisme et l’IA : concrètement, on fait quoi ?

Comment profiter du potentiel de l’IA sans se faire dévorer ? La question a animé de nombreux débats. « Il n’y aura bientôt plus aucun contenu sans IA », a carrément prophétisé Sébastien Soriano, membre du comité de pilotage des États généraux de l’information. Quelle attitude adopter face à cet enjeu majeur et encore mal circonscris ? Florent Rimbert, responsable du développement numérique de l’Alliance de la Presse d’Information Générale (APIG), conseille de conserver « un regard critique » sans tomber dans le « rejet d’office ».

D’abord, les pratiques concrètes

Dans une volonté de démystifier l’arrivée de l’IA dans les médias français, l’événement s’est d’abord centré sur l’échange de pratiques concrètes et les précautions à prendre. 

Conférence « Le journalisme et l'IA : concrètement on fait quoi ? », animée par Xavier Eutrope, rédacteur La revue des médias INA

Chez Contexte, un hackathon interne a été organisé au sein des équipes pour imaginer de nouveaux produits utiles aux journalistes et aux abonnés. Au sein du média spécialisé dans les politiques publiques françaises et européennes, les journalistes ont toujours l’œil rivé sur le site de la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique. Le site diffuse régulièrement des avis sur des personnalités souhaitant quitter le secteur public pour le privé. Seulement, il n’envoie jamais d’alertes, ni de mail quand un avis est prononcé. « On doit créer un système d’alertes nous-mêmes, par le biais d’un script informatique. Cette pratique nécessite du temps et de faire appel à un développeur », explique Yann Guégan, chargé de l’innovation éditoriale chez Contexte et vice-président du Conseil de déontologie journalistique et de médiation. Lors du hackathon, la rédaction a donc imaginé une IA, s’appuyant sur l’API de ChatGPT capable de créer automatiquement les alertes. « On lui donne l’url de la page à récupérer, lui décrit le tableau qu’on aimerait obtenir, et on lui demande de créer une alerte dès que ce tableau change », poursuit le journaliste. 

Au sein du Consortium international des journalistes d’investigation, une organisation derrière les enquêtes cross borders comme les Panama Papers, l’IA est utilisée depuis 2016. « Lors des Panama Papers, il y a eu une fuite de données de plusieurs millions de données d’une complexité folle. Même quand vous impliquez des centaines de journalistes, vous ne pouvez pas tout déchiffrer », explique Pierre Romera Zhang, chef de la technologie du consortium. L’équipe a donc mis en place des outils dit de vision par ordinateur. Ils ont confié à l’ordinateur la mission de décrire des éléments visuels, d’extraire du texte des images. Pour eux, l’intelligence artificielle doit permettre d’automatiser des tâches que les journalistes ne sont physiquement pas capables d’exécuter. « A partir du moment où on sait que les journalistes sont capables de lire tous les documents, on ne va pas demander aux algorithmes de le faire pour nous », poursuit-il. L’utilisation de l’IA entraîne un processus très lourd de fact-checking. Les résultats sont vérifiés par trois personnes différentes. Une quatrième personne est chargée de prendre la décision de publier ou non.

Chez Franceinfo, des outils de détection IA ont été mis en place pour repérer des anomalies dans le flot d’informations. Par exemple, des internautes qui soudainement se mettent à tweeter frénétiquement. « Cette initiative nous a permis de détecter les attentats à l’aéroport de Bruxelles et de Strasbourg avant la sortie de la moindre dépêche AFP », souligne Estelle Cognacq, directrice adjointe Franceinfo.

La déferlante de fake news

Si la désinformation ne date pas de l’arrivée de l’IA, elle a pris une ampleur inédite avec le développement de nouveaux outils. Au cours des neufs derniers mois, il est ainsi devenu pratiquement impossible, même pour les meilleurs experts de distinguer les données réelles de celles générées par l’IA, « nous avons besoin d’une solution logicielle pour ça » rappelle ainsi un récent article de la BBC. Carole Chatelain, ex-directrice de Sciences et Avenir et présidente de l’association des journalistes scientifiques de la presse d’information (AJSPI) s’inquiète notamment des conséquences sur les publications scientifiques. Elle cite ainsi les travaux de Guillaume Cabenac, surnommé deception sleuth (« fin limier de la supercherie » en français), membre de l’Institut de recherche en informatique de Toulouse. Ce dernier a constaté que 3 articles sur 10 000 sont générés par l’IA. « Si cela peut paraître anecdotique, imaginez que sur les 100 000 avions qui volent dans le ciel chaque jour, il y en ait chaque fois 30 qui s’écrasent », contextualisait Guillaume Cabenac dans le Point.

Des fractures à venir

Si le secteur informationnel s’est donné comme objectif la réduction des barrières à l’entrée, l’utilisation de l’IA en tant qu’outil journalistique nécessite certaines ressources financières. Carole Chatelain mentionne ainsi les difficultés pour les journalistes indépendants, moins privilégiés pour accéder aux outils les plus perfectionnés. « Lorsque vous êtes journaliste dans une rédaction, vous bénéficiez des outils que l'entreprise met à disposition. Quand vous êtes un journaliste indépendant, qu’est-ce que vous faites quand ces abonnements coûtent 20 dollars par mois ? », alerte-t-elle.

Elle exprime également son inquiétude quant à la perte d’emploi potentielle due à l’automatisation par l’IA et appelle à des garanties pour préserver les postes. Selon un récent rapport, alertant sur une potentielle “apocalypse de l’emploi”, près de 8 millions d’emplois britanniques pourraient être supprimés perdus au profit de l’intelligence artificielle.

La question de la fracture générationnelle est également soulevée : quel sort pour les journalistes plus âgés, moins familiers de ces nouvelles technologies ? Seront-ils condamnés à être remplacés, ou pourront-ils être formés ? 

Le traitement du sport – entre poids de la communication et attente des supporters

La communication, « l’éléphant dans la pièce »

A l’approche des Jeux Olympiques, Jérôme Bouvier, président de Journalisme & Citoyenneté s’interroge : comment la liberté d’informer s’exerce « quand le sport spectacle, proie à des marques privées, édicte des règles de communication bien éloignées de l’olympisme ? ». 

La réponse ? Elle s’exerce difficilement. Surtout que le monde sportif obéit à des règles bien spécifiques qu’il est périlleux de contourner.  « Le sport est un monde à part. En politique, si vous voulez lever un lièvre, vous allez dans un parti, vous allez voir le copain d’a-côté qui va certainement vous filer des photocopies sur l’autre copain, du même parti. Je ne dis pas que c’est facile, mais il y a des points d’entrée. En sport, il y a une règle, c’est la fameuse phrase : ce qui se passe dans les vestiaires reste dans les vestiaires », analyse Thierry Vildary, journaliste France Télévisions, dans une conférence intitulée Violences, corruption, dopage, quelle investigation dans le journalisme de sport ? « C’est une règle d’omerta qui est encore plus solide que dans la mafia. Il n’y a pas de repenti dans le sport. On se tait ».  Et pour les journalistes qui dénoncent les dysfonctionnements dans le monde sportif, les pressions sont nombreuses. « J’ai eu 15 actions en justice en dix ans. Je n’ai jamais perdu », précise Marc Leplongeon, journaliste à l’Équipe. Emmanuelle Anizon, journaliste à l’Obs et autrice de Un si long silence sur la patineuse française Sarah Abitbol, violée par son entraîneur Gilles Beyer à l’âge de 15 ans, confirme : « La pression juridique est forte. Les coups de fil à la direction sont nombreux. On me promet de balancer des boules puantes sur internet. Il m’arrive de ne pas en dormir de la nuit ».

Conférence « Journalistes ou supporters » animée par Louise Audibert, journaliste indépendante

Au-delà de l’investigation, le journalisme sportif se heurte à bien d’autres obstacles. Aujourd’hui, la communication a verrouillé l’accès à l’info spontanée et même les conférences de presse sont accessibles aux seuls incrits – et… aux joueurs eux-mêmes. Surtout dans le milieu du football, le sport le plus regardé en France. Les stars du ballon rond, très présents sur leurs propres réseaux sociaux n’ont pas besoin de relais médiatiques et se suffisant à eux-mêmes. «Le football est l’un des secteurs les plus difficiles. Tout est très encadré. Il est plus facile de faire parler un homme politique, qui aura toujours quelque chose à dérouler, ou un acteur qui devra faire la promotion de son film… Un footballeur de très haut niveau n’a pas grand-chose à vendre. Il a peu d’intérêt à s’exprimer dans les médias », résume Lionel Dangoumau, directeur de la rédaction de l’Équipe. Une armée l’entoure : un communiquant, un juriste, un agent sportif… Difficile d’accéder « à la star » si une relation ne s’est pas nouée avant la célébrité. L’Équipe suit d’ailleurs les athlètes dès le plus jeune âge, pour contourner cet écueil. 

Et gare à celui qui voudrait court-circuiter la com’, et ne pas respecter les règles du jeu. Clément Gavard, journaliste chez Sofoot, en a ainsi fait les frais. Après six mois sans réponse positive du service com’ pour l’interview d’un joueur, il le contacte par ses propres moyens et obtient l’interview. Le service com’ est prévenu dès la fin de l’entretien. Et lui promet qu’il n’aura plus aucun joueur en interview. 

Les attentes contradictoires des « supporters »

Si les journalistes doivent gérer la muraille de la communication, ils sont également attentifs aux attentes contradictoires de « leurs supporters ». Selon la 7ème édition du baromètre Viavoice Les Assises 2023, qui se penche sur les attentes des citoyens envers les médias et l’utilité du journalisme, plus d’un Français sur deux estime que les journalistes de sport ne sont pas assez neutres et qu’ils affichent leurs préférences.  Des attentes qui changent quand l’équipe nationale est sur le terrain. Près d’un Français sur deux (45%) estime que les commentateurs doivent alors montrer leur 'supportérisme' national. Un chiffre qui monte à 65% parmi ceux qui s’informent très régulièrement.

Résultats de la 7ème édition du baromètre Viavoice Les Assises 2023

Pour les journalistes, il s’agit d’un travail d’équilibriste permanent. « L’émotion fait partie du sport. On se doit de le retranscrire. Si on enlève cette part d’émotion, le traitement est un peu dénaturé. Il doit y avoir de l’empathie, mais cela ne doit pas déborder », considère Lionel Dangoumau. 

 Où sont les femmes ?

Présentation des résultats de l'édition 2024 du Baromètre Viavoice

Des effectifs exclusivement masculins

Le journalisme de sport reste encore une profession et une activité largement occupée par des hommes. Selon une étude de l’Arcom, les femmes ne sont représentées qu’à hauteur de 20% sur les plateaux des émissions consacrées au sport et leur temps de parole y est seulement de 11%. Lors de la présentation du Baromètre, Frédérique Misslin, directrice adjointe RFI, constate que le chemin est encore long pour féminiser les rangs du journalisme sportif : « On a encore de gros progrès à faire. Dans notre service sport, il n’y a que des hommes. Ça fait mal. Peu de femmes tapent à la porte pour participer au service, que ce soit pour des CDD, des piges, un stage ou encore pour une mobilité interne. On fait appel à des consultantes pour les JO pour compenser. On a seulement une émission de foot présentée par une femme. C’est une vitrine ». Si le constat est amer, aucune initiative concrète pour résoudre ce problème n'a été avancée. 

Les médias doivent porter le changement

A la question du Baromètre, « à l’avenir, souhaiteriez-vous que davantage de femmes puissent faire ce métier », les Français ont répondu oui à 75%, 9% non et ils sont 16% à ne pas avoir répondu. Pour Cyril Petit, rédacteur en chef délégué au développement éditorial national Ouest France, ces résultats ne sont pas encourageants : « Je trouve inquiétant que 25% des personnes ne disent pas distinctement « oui ». C’est un mouvement global de la société qu’il faut enclencher et nous devons le porter. Le service public le fait par exemple en diffusant des compétitions féminines. »Il faut également encourager le changement, par le choix du vocabulaire employé. « Pourquoi on parle de ligue 1 féminine et simplement de ligue 1 quand il s’agit de joueurs masculins ? Est-ce que demain on ne devrait pas dire ligue 1 masculine ? ».

Conclusion

Les Assises devraient être un endroit propice pour l’introspection et les échanges constructifs. Pour le sociologue Jean-Marie Charon, « l’une des vertus des Assises, c’est que contrairement à nombre d’événements concernant les médias, il n’y a aucune volonté d’évacuer à priori les problèmes et les sujets de débat ». Les sujets qui n’ont pas été suffisamment débattus lors « de procédures très cadrées à l’initiative de l’État », sont « traités à ciel ouvert » aux Assises. Face à des discussions parfois vives, on a parfois eu l’impression d’assister à un festival de langues de bois. Si de nombreux médias sportifs ont assuré s’intéresser au traitement des violences sexuelles dans leurs colonnes, par exemple, aucun n’a instauré de dispositif concret. « Un groupe de réflexion va être mis en place », nous a assuré un dirigeant d’un grand média sportif, sans plus de précision. « Les femmes journalistes qui s’intéressent au sport s’auto-censurent, c’est malheureux, elles n’osent pas venir dans les services », déplore un autre. « Il faut être pro-actif ». A quand une vraie politique d’intégration et de réflexion sur la place des femmes dans le sport ?

 

Crédit photo de titre : Gaël Turpo

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  • Liens vagabonds : TikTok sur le banc des accusés
    États-Unis VS TikTok – Ce mercredi 13 mars, la Chambre des représentants a voté une potentielle interdiction de l’application chinoise dans le pays. Si le sujet est sur la table depuis quelques années (Donald Trump avait lancé les hostilités en 2020, avant de changer d'avis récemment), la menace est cette fois prise très au sérieux par ByteDance, société mère de l’application. Phénomène assez rare, les Démocrates et Républicains semblent s’accorder sur la décision à prendre : « L'impulsion bipa

Liens vagabonds : TikTok sur le banc des accusés

États-Unis VS TikTok – Ce mercredi 13 mars, la Chambre des représentants a voté une potentielle interdiction de l’application chinoise dans le pays. Si le sujet est sur la table depuis quelques années (Donald Trump avait lancé les hostilités en 2020, avant de changer d'avis récemment), la menace est cette fois prise très au sérieux par ByteDance, société mère de l’application. Phénomène assez rare, les Démocrates et Républicains semblent s’accorder sur la décision à prendre : « L'impulsion bipartite récente pour forcer l'entreprise à se désinvestir marque le défi le plus sérieux pour l'application jusqu'à présent, et elle est maintenant confrontée à un vote incertain au Sénat » analyse the Guardian.

Contexte d’une guerre froide numérique

Mercredi, la Chambre a voté massivement en faveur d'une interdiction, avec 352 membres du Congrès votant pour le projet de loi et seulement 65 s'y opposant. Le Sénat a cependant freiné en proposant d'éventuelles modifications à la mesure, brisant les espoirs des partisans d'une adoption rapide et offrant un sursis potentiel à l'application populaire de courtes vidéos. L’entreprise chinoise a quant à elle qualifié le projet de loi « d'inconstitutionnel ». Dans cette guerre froide numérique, il est loin d'être évident que les États-Unis sortiraient vainqueurs.

La vente de TikTok serait rendue obligatoire dans un délai de six mois à un acheteur approuvé par le gouvernement américain. Si ByteDance refuse de vendre TikTok, il serait illégal pour les magasins d'applications et les sociétés d'hébergement web de distribuer ou de mettre à jour l'application aux États-Unis. Celles qui dérogeraient à la règle s’exposeraient à des pénalités. Une interdiction totale semble donc difficile à mettre en place, mais l’accès pourrait être drastiquement limité. La raison ? Les législateurs craignent un risque pour la sécurité nationale des États-Unis et les données de ses utilisateurs.

reminder why lawmakers are considering a tiktok ban:

-bytedance answers to the ccp
-beijing can weaponize americans’ data
-it's in xi’s best interest to control the algorithm + further polarize americanshttps://t.co/KWCf8dxjD4

— ian bremmer (@ianbremmer) March 14, 2024

La réponse de ByteDance

De son côté Bytedance affirme que « 60% de l'entreprise appartient à des investisseurs institutionnels mondiaux ». L'entreprise indique également avoir investi plus de 1 milliard de dollars dans un plan visant à stocker les données sensibles des utilisateurs américains sur des serveurs exploités par Oracle, société américaine de cloud computing. Lors de la récente audition des géants de la tech au Congrès, Shou Zi Chew, le CEO de TikTok, avait insité sur ses origines singapouriennes. Pour Wang Wenbin, porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, le vote de la Chambre suivrait une « logique du voleur ». Il souligne : « Quand vous voyez les bonnes choses des autres, vous tentez de vous les approprier ».

Un rachat est-il réellement possible ?

Avec ses 170 millions d'utilisateurs aux États-Unis, TikTok est une acquisition hors de portée pour la plupart des entreprises. Microsoft, Google et Meta sont sous le coup de la loi antitrust, ce qui limite leurs possibilités d'achat. Steven Mnuchin, ancien secrétaire au Trésor controversé sous Donald Trump, a cependant manifesté son intérêt « C'est une excellente entreprise et je vais constituer un groupe d’investisseurs pour acheter TikTok ».

L’hécatombe pour les créateurs de contenu

Face à la perspective d'une interdiction imminente, plusieurs créateurs expriment leur crainte : « J'achète des articles à des petites entreprises et je les présente sur ma plateforme - je les mets en valeur », a déclaré Ophelia Nichols, une créatrice basée en Alabama aux 12 millions d’abonnés. En Inde où l’application a été interdite en 2020, de nombreux créateurs peinent à faire repartir leur modèle économique : « La manière dont on gagnait en visibilité et en abonnés sur TikTok est [encore] incomparable à toute autre plateforme disponible pour le moment », a déclaré Clyde Fernandes, directeur exécutif chez Opraahfx, une agence de marketing et de gestion d'influenceurs.

De son côté, Jason Koebler, le cofondateur de 404 Media se demande comment le gouvernement américain peut supprimer TikTok « sans violer les droits de liberté d'expression de millions d'Américains et nous mettre sur la voie où un internet relativement ouvert et mondial devient de plus en plus géographiquement cloisonné ».

Affaire à suivre…

CETTE SEMAINE EN FRANCE

  • L'AI Act : un premier texte qui omet les enjeux informationnels (RSF)
  • Le marché français de la musique pénalisé par la faiblesse des abonnements en streaming (Le Monde)
  • Intelligence artificielle : un accord de partenariat entre « Le Monde » et OpenAI (Le Monde)
  • 25 recommandations pour l'IA en France (Élysée)
  • BFM-TV et RMC vendus à l'armateur Rodolphe Saadé (Le Figaro)

Le message envoyé ce matin par Rodolphe Saadé aux collaborateurs de CMA CGM pour annoncer son rachat de BFM-TV et RMC. https://t.co/ifm6CHtSv0 pic.twitter.com/bfqv7kLCBH

— Alexandre Berteau (@aberteau_) March 15, 2024

3 CHIFFRES

LE GRAPHIQUE DE LA SEMAINE

Les Français préfèrent les journalistes aux algorithmes

Source : Arcom 

NOS MEILLEURES LECTURES / DIGNES DE VOTRE TEMPS / LONG READ

  • Comment lutter contre la pollution du web ? (The Atlantic)
  • Bernard Arnault rivalise avec Bezos et Musk en termes de richesse et d'influence sur les médias (Wall Street Journal)
  • L'IA au service de l'information : le nouveau responsable de l'IA du New York Times explique ce que cette technologie puissante peut apporter au journalisme (Reuters Institute)
  • Kate Middleton et la fin de la réalité partagée (The Atlantic)
  • Mettre fin à l’enfance basée sur le téléphone dès maintenant (The Atlantic)
  • Lueurs d’espoirs dans un paysage médiatique morose (New York Times)
  • Kate Middleton et l'espoir dans l'enfer de l'information (CJR)

DISRUPTION, DISLOCATION, MONDIALISATION

    • L'IA pourrait constituer une menace d'extinction pour l'homme, selon un nouveau rapport commandé par le département d'État américain (CNN)
    • OpenAI a signé avec le plus grand groupe de média espagnol Prisa et le Monde (OpenAI)

Le Monde devient le premier média français à signer un partenariat avec OpenAI.

🧠 ChatGPT utilisera les contenus du journal pour plus de pertinence.
💸 Le Monde touchera des revenus conséquents en contrepartie et pourra développer des fonctionnalités IA.https://t.co/WpA6UEuBdw

— François d’Estais  (@fdestais) March 14, 2024

DONNEES, CONFIANCE, LIBERTÉ DE LA PRESSE,DÉSINFORMATION

  • Le projet de filigrane d'IA de Meta est fragile, au mieux (Spectrum)
  • Google interdit au chatbot Gemini de répondre à des questions sur les élections de 2024 (The Guardian)
  • Midjourney a interdit l'accès à son service à tous les employés de Stability AI, les accusant de collecte de données (The Verge)

LÉGISLATION, RÉGLEMENTATION

  • Les régulateurs ont besoin d'une expertise en IA. Ils n'en ont pas les moyens (Wired)
  • L'AI Act a été voté au Parlement Européen (European Parliament)
  • Une « loi sur la liberté des médias » en UE, pour protéger les journalistes et lutter contre les ingérences politiques, a été votée par le Parlement (Le Monde)

🚨BREAKING: The European Commission sent formal requests to Bing, Facebook, Google Search, Instagram, Snapchat, TikTok, YouTube, and X:

Following these companies' designation as Very Large Online Platforms (VLOPs) or Very Large Online Search Engines (VLOSEs) by the DSA, the… pic.twitter.com/OTeFS3OeWC

— Luiza Jarovsky (@LuizaJarovsky) March 15, 2024

JOURNALISME

  • La baisse de la diffusion des quotidiens britanniques s'élève en moyenne à 19 % au second semestre 2023 (Press Gazette)
  • Les gens se font plus confiance qu'ils ne font confiance aux informations. Ils ne devraient pas (Columbia Review)
  • Meta est prêt à abandonner l'information dans l'Illinois s'il est contraint de payer les éditeurs locaux (The Verge)
  • Une liste de subventions et de bourses destinées spécifiquement aux personnes qui s’identifient comme femmes et / ou à la réalisation de reportages sur les femmes (GIJN)

STORYTELLING, NOUVEAUX FORMATS

  • Mona Chalabi parle de la narration, du pouvoir des données et de la couverture de la Palestine (The Verge)

ENVIRONNEMENT 

  • Les réparations de téléphones et d'ordinateurs portables deviennent mainstream, grâce à l'action d'iFixit (Cnet)

RÉSEAUX SOCIAUX, MESSAGERIES, APPS

  • Comment ByteDance pourrait sauver TikTok d'une interdiction aux États-Unis (Axios)
  • Le long et difficile chemin de Reddit vers l'introduction en bourse (New York Times)
  • L'ancien secrétaire au Trésor Steven Mnuchin est intéressé par le rachat de TikTok (CNN)
  • L'autorité de régulation italienne inflige une amende de 11 millions de dollars à TikTok (Reuters)
  • Les contenus violents en ligne sont "inévitables" pour les enfants britanniques, selon l'Ofcom (The Guardian)
  • Le New York Times rejette l'allégation de "piratage" de l'OpenAI dans le cadre de la lutte contre le droit d'auteur (Reuters)
  • Ces enfants ont enrichi leurs parents influenceurs. Verront-ils un centime de cet argent ? (Cosmopolitan)
  • Qui pourrait acheter TikTok ? Découvrez les personnes susceptibles d'acquérir l'application (NBC News)
  • Instagram joue la carte du long terme face à TikTok, et est en train de gagner (Business Insider)

IMMERSION, 360, VR, AR

  • L'ancien directeur d'Oculus chez Meta (et auparavant cadre chez Google) donne son avis sur le Vision Pro (Hugo’s Blog)

STREAMING, OTT, SVOD

  • YouTube remanie son application TV pour faciliter les achats (The Verge)

AUDIO, PODCAST, BORNES

  • Neil Young reviendra sur Spotify après un boycott de deux ans en raison de Joe Rogan (Wall Street Journal)
  • Spotify ajoute des vidéos musicales en version bêta dans certains pays - les Etats-Unis n'en font pas partie (TechCrunch)

Web3, BLOCKCHAIN, CRYPTO, NFT

  • Un juge estime qu'un informaticien n'est pas l'inventeur du bitcoin (BBC)
  • Ce que l'histoire de Kate Middleton nous apprend sur le bitcoin (Financial Times)

INTELLIGENCE ARTIFICIELLE, DATA, AUTOMATISATION

  • Entretien avec Mira Murati, directrice technique d'OpenAI, à propos de Sora et de son plan de déploiement (Wall Street Journal)
  • Les vidéos IA de Sora sont facilement confondues avec des images réelles lors d'un test auprès de consomateurs US (Variety)
  • Les journalistes alimentent l'engouement pour l'IA (BBC)
  • Les accords d'OpenAI avec les éditeurs pourraient poser des problèmes à ses rivaux (TechCrunch)
  • Oubliez les chatbots. Les agents d'intelligence artificielle sont l'avenir (Wired)
  • Apple a discrètement acheté la startup canadienne d'IA DarwinAI (Bloomberg)
  • Google Deep Mind présente SIMA : un agent d'intelligence artificielle polyvalent pour les environnements 3D (DeepMind)

MONÉTISATION, MODÈLE ÉCONOMIQUE, PUBLICITÉ

  • NewsGuard propose aux marques une veille sur les “fake news” (CBNews)
  • L'éventuelle interdiction de TikTok aux États-Unis préoccupe les spécialistes du marketing (Digiday)
  • AP lance un site de commerce électronique avec Taboola (Axios)

Kati Bremme, Alexandra Klinnik et Aude Nevo

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Liens vagabonds : Le contenu ou la vie, quelle nouvelle économie des médias face à l'IA générative ?

A la Silicon Valley, les accords se multiplient pour permettre aux entreprises technologiques de se servir légalement des contenus disponibles sur Internet pour nourrir leurs IA. Le dernier en date aurait été signé entre Google et Reddit. Le géant du numérique compterait verser 60 millions de dollars par an au réseau social pour entraîner ses modèles. Ce deal s’inscrit dans une tendance croissante qui concerne en priorité les acteurs de l’information. Axel Springer, AP, Semafor, et certains grands médias français font le choix de se lier aux géants de l'IA générative, faute d'accord global sur les droits des éditeurs. Avec, comme effet secondaire, la déstabilisation d'acteurs de moindre envergure. 

Google to pay Reddit $60 million per year for faster access to its content that it has access to already that no one wants to see rank highly in Google Search anyway https://t.co/T3gYvAcBKk pic.twitter.com/pNOoMTDTiq

— Barry Schwartz (@rustybrick) February 23, 2024

Deals entre OpenAI et la presse : un pari risqué ?  

On vous en parlait ici, le géant de l'édition allemand Bild a conclu un partenariat historique avec OpenAI fin décembre. Dans le cadre de cet accord, Axel Springer autorisera OpenAI à utiliser le contenu de ses médias, notamment Bild, Politico et Business Insider, pour entraîner des modèles d'intelligence artificielle. Le principal objectif du groupe ? Améliorer la qualité des réponses données par ChatGPT grâce à ses articles de presse tout en assurant la pérennité économique de ses médias.  

En juillet, l’agence de presse américaine Associated Press (AP) annonçait également avoir conclu un accord avec la start-up, lui « conférant une licence d'utilisation pour une partie de ses archives de presse ». La publication des contenus n’était cependant pas concerné. Dans cette continuité, le site d’information politique Semafor a récemment développé un outil de recherche en partenariat avec OpenAI piloté par l'IA appelé MISO (pour « multilingual insight search optimizer »). Celui-ci permet aux journalistes de trouver et de résumer efficacement un large éventail d'articles dans différentes langues, facilitant ainsi le processus de curation de contenu. L'entreprise décrit l'outil comme « un robot personnalisé construit sur la plateforme OpenAI et utilisant le moteur de recherche Bing de Microsoft ». 

Selon Mind Media, un partenariat inédit aurait également été noué entre Microsoft et les journaux Ouest France et Le Monde afin de « les aider à appliquer les fonctionnalités de l’intelligence artificielle générative à leurs activités rédactionnelles ». Ce serait le premier accord de ce type entre des médias français et une entreprise technologique de cette envergure. 

Pendant ce temps, le New York Times pourrait peut-être gagner son procès contre OpenAI… 

C’est ce que sous-entendent Timothy B. Lee, journaliste spécialisé dans les droits d’auteur, et James Grimmelmann professeur de droit spécialisé sur la propriété intellectuelle dans un article pour ArsTechnica. Le New York Times intentait fin décembre un procès à Open AI pour violation des droits d’auteur. L’argument principal en faveur d’Open AI serait que « Nous apprenons tous gratuitement ». L’article souligne cependant que : « Le raisonnement semble être que s'il est légal pour un être humain d'apprendre à partir d'un livre protégé par le droit d'auteur, il doit également être légal pour un grand modèle de langage d'apprendre à partir d'un million de livres protégés par le droit d'auteur » avant de poursuivre : « l’utilisation équitable dans un contexte personnel ou universitaire peut ne pas l'être si elle est pratiquée à l'échelle commerciale ».

En effet, la loi mentionne spécifiquement l'enseignement et la recherche comme exemples d'utilisation équitable. Mais pour les deux experts, les entreprises d'IA, comme OpenAI, utilisent des matériaux protégés par des droits d'auteur d'une manière qui pourrait ne pas être considérée comme une utilisation équitable, surtout lorsque les modèles génèrent des contenus qui concurrencent directement les œuvres originales. A l'époque, MP3.com et Texaco avaient perdu leurs arguments concernant l'utilisation équitable, tandis que Google a eu gain de cause. Aujourd'hui, les marchés des licences sont bien plus matures face à l'exploitation numérique des contenus et le problème de "mémorisation" des IA génératives...

En attendant des accords viables, de plus en plus de médias bloquent les robots d’exploration web (crawlers) des IA afin de protéger leurs données. Selon un relevé du Reuters Institute, à la fin de l'année 2023, 48 % des sites d'information les plus utilisés dans dix pays bloquaient les robots d'OpenAI. Un plus petit nombre, 24 %, bloquait le crawler d'IA de Google. Une tentative de protection pour préserver tant bien que mal leur modèle économique et le trafic sur leurs sites.  

Google grand sauveur des éditeurs ?  

Dans un contexte économique difficile, Google se positionne comme sauveur des éditeurs avec son nouvel outil de gestion des paywalls dynamique « Offerwall ». Difficile à croire sachant que le crawler de son IA Gemini participe également à l’absorption des données des médias – et fragilise donc leur modèle économique. L’outil permet aux lecteurs de débloquer l'accès au contenu de leurs sites web en choisissant parmi une série d'options telles que l'achat d'un abonnement, la visualisation d'une publicité vidéo, le partage de données personnelles (en spécifiant leurs intérêts parmi une liste de choix), ou un micropaiement pour un accès à court terme. Google présente Offerwall comme un « moyen pour les éditeurs de diversifier leurs revenus et d'explorer des approches de monétisation alternative ». 

CETTE SEMAINE EN FRANCE

  • « Qui veut voir dormir ma sœur » : l’horreur d’un Discord français à peine caché (Numérama)
  • Pluralisme : l'affaire CNews vire au casse-tête pour l'Arcom (Les Echos)
  • Sciences Po : souffrances en silence à l’école de journalisme (Arrêt sur Images)

3 CHIFFRES

  • À la fin de l'année 2023, 48 % des sites d'information les plus utilisés dans dix pays bloquaient les robots d'OpenAI, d’après une étude du Reuters Institute of Journalism.
  • Substack annonce avoir dépassé les 3 millions d'abonnements payants sur sa plateforme, selon leur communiqué.
  • 1 500 milliards de dollars - la valeur de marché de Nvidia, le fabricant de puces qui alimente l'intelligence artificielle, a bondi de plus de 1 500 milliards de dollars au cours des 12 derniers mois, d’après CNBC.

LE GRAPHIQUE DE LA SEMAINE

  • YouTube représente 9% du temps TV aux USA

Source : Nielsen

NOS MEILLEURES LECTURES / DIGNES DE VOTRE TEMPS / LONG READ

  • Un chatbot qui imite les morts. Est-ce une bonne idée ? (Financial Times)
  • Comment Sora fonctionne (et ce que cela signifie) (Every)
  • Les firmes d'IA contournent vos blocages, devenus inefficaces (The Verge)
  • Les « shukanshi », ces tabloïds racoleurs qui révèlent l’envers du décor au Japon (Le Monde)
  • La course de la Chine pour dominer les IA s'accompagne d'un revers de médaille : elle dépend de la technologie américaine (NYT)
  • Le nouveau métier de l'IA ? Collaborateur polyvalent d'Hollywood (The Hollywood Reporter)
  • TikTok est sur le déclin (Slate)

DISRUPTION, DISLOCATION, MONDIALISATION

  • L'engouement pour l'IA s'estompe, d'après les résultats des appels d'offres (Yahoo Finance)
  • Google teste la disparition de l’onglet « Actualités » dans ses résultats de recherche (NiemanLab)

help @google where is my "news" tab pic.twitter.com/6ouIaWhwKP

— Sarah Scire (@SarahScire) February 21, 2024

DONNEES, CONFIANCE, LIBERTÉ DE LA PRESSE,DÉSINFORMATION

  • OpenAI suspend le développeur d'un chatbot se faisant passer pour un homme politique (AI)
  • Le personnel de Meta a découvert que l'outil d'abonnement à Instagram permettait l'exploitation des enfants. L'entreprise a quand même continué (Wall Street Journal)
  • Une nouvelle étude montre que les gens peuvent changer d'avis sur la théorie du complot (The Conversation)

LÉGISLATION, RÉGLEMENTATION

  • Les géants du numérique signent un accord contre l’utilisation trompeuse de l’IA dans le cadre d’élections (Le Monde)
  • Julian Assange risque un "déni de justice flagrant" s'il est jugé aux États-Unis, selon un tribunal londonien (The Guardian)
  • TikTok visé par une enquête de la Commission européenne concernant la protection des mineurs (Commission européenne)

Nous ouvrons une procédure formelle pour déterminer si Tik Tok a pu enfreindre le règlement sur les services numériques (#DSA) dans certains domaines :

▪ protection des mineurs
▪ publicité
▪ accès aux données pour les chercheurs
▪ gestion des risques
▪ contenu préjudiciable

— Commission européenne 🇪🇺 (@UEFrance) February 19, 2024


JOURNALISME

  • Les éditeurs testent le nouvel outil de monétisation Offerwall de Google (ToolKits)
  • AP lance un programme de formation à l'IA et couvre l'expansion grâce à deux nouvelles subventions (AP)
  • Vice Media cesse de publier sur son site web et supprime des centaines d'emplois (BBC)
  • Les éditeurs testent un nouvel outil de monétisation de Google appelé Offerwall (Toolkits)

STORYTELLING, NOUVEAUX FORMATS

  • L'ascension incertaine d'Instagram en tant que site d'information (New York Times)
  • Une nouvelle étude se penche sur les effets positifs du croisement du journalisme et de la comédie (NiemanLab)

RÉSEAUX SOCIAUX, MESSAGERIES, APPS

  • Les "micro-influenceurs" vont-ils faire basculer les élections américaines ? (Financial Times)
  • Google va payer 60 millions de dollars par an à Reddit pour entraîner ses modèles et se servir de ses contenus (Reuters)
  • Les applications de rencontres Tinder et Hinge sont conçues pour rendre les utilisateurs dépendants, selon une action en justice (CBS news)
  • Les influenceurs de TikTok gagnent beaucoup d'argent grâce aux streams (ABC)
  • Reddit va enfin entrer en Bourse (Les Echos)

Fun to talk Reddit with @andrewrsorkin this morning. Going to be a rough ride for the company as it goes public. $RDDT https://t.co/ADzaxm5s7c

— Alex Kantrowitz (@Kantrowitz) February 23, 2024

IMMERSION, 360, VR, AR

  • Pleurer avec Apple Vision Pro (Wired)
  • Les fans du jeu Kim Kardashian se préparent à la fin de leur vie virtuelle somptueuse (Wall Street Journal)

STREAMING, OTT, SVOD

  • YouTube domine le streaming TV aux États-Unis, selon le dernier rapport de Nielsen (TechCrunch)
  • Comment Marvel se réinvente discrètement en réponse à la lassitude des superhéros (Hollywood Reporter)

AUDIO, PODCAST, BORNES

  • Apple déclare que Spotify veut un accès "illimité" à ses outils sans payer (The Guardian)

INTELLIGENCE ARTIFICIELLE, DATA, AUTOMATISATION

  • Google DeepMind crée une nouvelle organisation axée sur la sécurité de l'IA (TechCrunch)
  • La course à la domination de l'I.A. par la Chine s'accompagne d'un revirement : elle dépend de la technologie américaine (New York Times)
  • Stable Diffusion revient en force avec une toute nouvelle IA : Cascade (lebigdata)
  • Les Émirats arabes unis soutiennent l'idée de Sam Altman de se transformer en terrain d'essai de l'IA (Bloomberg)
  • Google offre une partie de l'intelligence artificielle qui alimente les chatbots (New York Times)
  • Google interrompt la génération d'images de personnes par l'IA à la suite de réactions négatives sur la diversité (Financial Times)

We're aware that Gemini is offering inaccuracies in some historical image generation depictions. Here's our statement. pic.twitter.com/RfYXSgRyfz

— Google Communications (@Google_Comms) February 21, 2024

MONÉTISATION, MODÈLE ÉCONOMIQUE, PUBLICITÉ

  • LVMH va à Hollywood pour mettre ses marques à l'écran (Financial Times)

 

Kati Bremme, Alexandra Klinnik et Aude Nevo

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#IA – Cauchemar d'éditeur: le moteur de réponses remplace le moteur de recherche

« Nous nous dirigeons vers un monde où plus personne n'aura besoin de visiter des sites web et donc de voir des publicités d'éditeurs qui financent des trucs comme le journalisme », a averti il y a quelque jour un journaliste dans un podcast du New York Times.

Car en ce moment le monde de l’IA dans la Silicon Valley ne parle que d’un site : Perplexity.ai ! Ce service n’est pas un agent conversationnel, mais un mélange très séduisant combinant search et IA. Et préfigure … la mort possible des revenus tirés des liens vers les contenus des éditeurs.

En gros, à votre question, Perplexity fournit, à partir de multiples contenus du web, un résumé instantané parfait, un article à la volée bien présenté, avec des encadrés pertinents et à jour. Une sorte de Wikipédia dynamique et personnalisé, sans passer par le search classique.

Certes les principales sources sont affichées en haut de la page, mais rares sont ceux qui creuseront davantage le sujet, car la réponse proposée, synthèse intelligente de nombreux contenus soigneusement choisis, suffit et fait gagner du temps. Mais, pour l’instant, ces sources – souvent des éditeurs de presse-- ne sont pas rémunérées, au nom du fameux « fair use », le principe de citation du monde universitaire.

Perplexity, fondée par un ancien d’OpenAi et de DeepMind de Google, revendique 10 millions d’utilisateurs mensuels actifs et une durée moyenne de visite de 21 minutes. La version pro coûte 20 $ par mois, comme pour GPT-4. Et Jeff Bezos est un des actionnaires.

Face aux éditeurs terrifiés, le CEO et fondateur de Perplexity, Aravind Srinivas, estime que son moteur de réponses offre un meilleur référencement, une meilleure visibilité que Google, et permet d’accroître la notoriété des sources. Il reconnaît toutefois qu’il faudrait mieux monétiser cette notoriété.

« Nous devrions pouvoir dire au New York Times le nombre fois qu’un de ses extraits a été utilisé dans des réponses de Perplexity cette semaine ».

Notre but est de devenir le lieu de facto de l’information sur Internet (….) l’appli ultime de la connaissance, le TikTok du savoir!”, a-t-il indiqué dans deux récents podcasts.

« Aujourd’hui vous perdez beaucoup de temps à obtenir une réponse qu’une dizaine de commerciaux essaient de vous donner », précise-t-il. « Google, qui travaille d’abord pour les annonceurs, n’a aucun intérêt à vous faire gagner du temps ».

Il réfléchit ainsi à des modèles d’abonnements groupés avec des médias. Mais sa diversification de revenus passera à terme par les APIs et la publicité, a ajouté il y a quelques jours Srinivas.

Sur Perplexity, explique Srinivas, « la compétence N°1 est de poser de bonnes questions ».

La recherche peut être affinée et se concentrer uniquement sur des groupes de sources, comme par exemple les seules vidéos YouTube, ou les posts Reddit. Les erreurs existent mais sont bien moins nombreuses que sur les plateformes d’IA générative.

Evidemment, le roi du search, Google, pourrait faire la même chose que Perplexity. Il le fait d’ailleurs discrètement depuis plusieurs années dans des encadrés brefs. Mais son modèle d’affaires basé sur des liens sponsorisés – déjà partiellement cannibalisé par son IA Gemini- serait en grand risque. Wall Street ne manquerait pas de sanctionner tout recul des revenus publicitaires du géant de Mountain View.

Le « search génératif » de Google (dopé à l’IA) qui a déjà fait chuter le trafic de plus d’un tiers vers les sites d’infos d’Amérique du Nord n’est pour l’instant pas disponible en Europe. Il pourrait toutefois y arriver sous une forme intégrée au search classique d’ici moins d’un an, selon des contacts pris auprès de Google.

Les prochaines étapes chez Perplexity ?

Des notifications de news ("Perplexity Push") et « des résultats encore plus fiables, des questions et des réponses sous forme audio et vidéo (dire « multimodales » !), un meilleur raisonnement et plus de personnalisation », promet Srinivas.

D’autres offres semblables se multiplient comme l’appli « Arc Search » sur iPhone ou « Consensus » et peut-être bientôt via Reddit, qui vient de signer un accord important avec une firme d’IA.

Demain, nos smart phones, nous donnerons à la volée les cinq infos importantes du moment. Et peu d'entre nous se soucieront des sources !

ES

ps : ah j'oubliais ! Perplexity fonctionne aussi en Français !

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    Paris, jeudi 15 janvier - Google annonce l'inauguration de son nouveau centre de recherche en intelligence artificielle à Paris, en présence de son PDG Sundar Pichai. L’objectif ? « Faire émerger de nouveaux partenariats académiques et former des professionnels à cette technologie ». Le nouveau Lab réunira pas moins de 300 chercheurs et ingénieurs travaillant en collaboration avec les universités et les instituts de recherche français.  "La France possède des atouts considérables dans le domaine

Liens vagabonds : La France en Pôle Position IA ?

Paris, jeudi 15 janvier - Google annonce l'inauguration de son nouveau centre de recherche en intelligence artificielle à Paris, en présence de son PDG Sundar Pichai. L’objectif ? « Faire émerger de nouveaux partenariats académiques et former des professionnels à cette technologie ». Le nouveau Lab réunira pas moins de 300 chercheurs et ingénieurs travaillant en collaboration avec les universités et les instituts de recherche français. 

"La France possède des atouts considérables dans le domaine scientifique, avec ses 500 000 chercheurs et des institutions de premier plan tels que le CNRS, Inria, Paris Saclay, l'Institut Curie, ou encore l'Université PSL (Paris Sciences & Lettres)," souligne Google. Cette collaboration avec des institutions françaises de renom vise à stimuler la recherche fondamentale et appliquée en IA, consolidant ainsi la position de la France comme leader dans ce domaine. Google prévoit également de former 100 000 professionnels français aux outils de l'IA d'ici la fin de 2025. 

Oui, la France est le pays le plus attractif en Europe pour les investissements étrangers et notamment des entreprises de la tech !

L’ouverture du hub Google dédié à l’intelligence artificielle, ouvert à tout l’écosystème français, en est le parfait exemple.

Nous sommes… pic.twitter.com/wn0cTbm2YD

— Bruno Le Maire (@BrunoLeMaire) February 15, 2024

Une démarche qui soulève des questions sur le monopole numérique de Google 

On pourrait pointer du doigt cette initiative comme un moyen pour Google de maintenir son hégémonie dans le domaine de l'IA, en monopolisant les ressources et les talents. C’était déjà le cas avec l’ouverture d’un laboratoire Meta en 2015, puis Google en 2018. « A l’époque, certains regrettaient l’aspiration par les géants américains des cerveaux français, dont Yann LeCun, un des parrains de l’IA moderne, chez Meta » explique Alexandre Piquard, journaliste du Monde

TechCrunch, dans son analyse, tente de disséquer cette inauguration à la vue de tous « Google aurait pu envoyer un courriel à ses employés pour leur dire quand ils pourraient récupérer leurs badges pour le nouveau bureau. Au lieu de cela, l'entreprise a décidé qu'il s'agissait d'une opportunité de relations publiques. L'entreprise doit montrer qu'elle se préoccupe de l'IA et qu'il s'agit d'une priorité. » 

Le nouveau bâtiment accueillera certes des projets d’IA, mais aussi des programmes autour de YouTube et Chrome. « Google aurait pu simplement l'appeler « Google hub » » affirme le média américain, mais l’entreprise souhaite « affirmer haut et fort qu'elle est spécialisée dans l’IA ».  

Paris, un écosystème florissant de startups spécialisées dans l’IA 

Pendant ce temps, des entreprises telles que Nabla, Dust, Gladia et Giskard témoignent de l'essor de l'IA en France. Les importantes levées de fond de Mistral AI, la start-up française valorisée à 2 milliards de dollars, ainsi que l'implantation de la startup californienne Poolside AI à Paris, mettent en lumière la dynamique croissante de ce secteur. 

« En quelques années, nous sommes parvenus à créer plusieurs instituts de recherche interdisciplinaire, des chaires de recherche, à doubler le nombre de diplômés en IA et à augmenter de 500 le nombre de doctorants », s'était félicité Emmanuel Macron en novembre, à l'occasion du lancement du laboratoire Kyutai, porté notamment par Xavier Niel (Iliad) et Rodolphe Saadé (CMA-CGM) et basé également à Paris. 

Un des avantages du pays ? Son attractivité financière (même si elle reste toute relative face aux Etats-Unis), combinée à un soutien gouvernemental. Bpifrance, un fonds soutenu par l'État, a participé à la fois au financement de Mistral et Poolside. Paul Barbaste, cofondateur d'Inclusive Brains, une startup spécialisée dans les neurosciences, explique : « C'est quatre fois moins cher. Et le gouvernement français en paie la moitié ». Au sein d'une approche européenne dans la course à l'IA, la France souhaite définitivement défendre ses atouts. 

Et la protection du travail journalistique français face aux IA dans tout ça ?  

Bruno Le Maire, ministre de l’économie a affirmé refuser « que les systèmes d’intelligence artificielle aient un libre accès au travail des journalistes » lors de son intervention au World AI Cannes Festival vendredi 9 février. S’agirait-il d’un premier réveil officiel sur les risques de l’IA pour la profession en France ? « Quel est l’avenir d’un métier dont les informations, recueillies au prix d’un travail très exigent sont récupérés gratuitement par les systèmes d’intelligence artificielle ? » s’est-il demandé. A la question : bloquer ou ne pas bloquer les « crawlers » des intelligences artificielles sur les sites d’information on n'obtient pas la même réponses selon le média concerné. 

Sur le plan européen, le ministre a appelé à la création d’un marché unique de la donnée régulée et équitable pour contrer la monopolisation des données par les géants du numériques.

La France n’en a pas fini de faire parler d’elle en matière d’IA, mais Bloomberg nuance que la France n’a représenté que 2,9 % du financement mondial du capital-risque et la pénurie d'offres d'actions et d'acquisitions sur le marché local de la technologie ne sera pas réglé de sitôt par les nouveaux venus de l’IA. 

Cela ne va pas empêcher le pays d’accueillir le prochain sommet sur la sécurité de l’intelligence artificielle en 2024, ...à Paris bien-sûr. 

CETTE SEMAINE EN FRANCE

  • Le Conseil d’Etat ordonne à l’Arcom de réexaminer le respect, par CNews, de ses obligations en matière de pluralisme (Le Monde)
  • M6 : Nicolas de Tavernost passe la main (Les Echos)
  • Bruno Le Maire a réaffirmé la volonté de la France de se positionner comme leader européen de l’IA (Siècle Digital)

 

  • Ce qu’il faut retenir du festival mondial de l'IA de Cannes (AI Business)
  • La marque France Bleu disparaîtra pour devenir « Ici » à la rentrée 2024 (Le Monde)
  • Google va créer un nouveau centre d'intelligence artificielle (IA) en France (Reuters)

« Nous allons changer de marque : nous allons nous appeler ICI » indique ce matin @celinepigalle directrice de @francebleu
pic.twitter.com/4NlNssdgk6

— Brulhatour (@Brulhatour) February 14, 2024

3 CHIFFRES

Nous avons passé au crible les contenus publiés par plus de 550 influenceurs actifs en Europe 🔍

Si la quasi-totalité (97%) des comptes analysés publient du contenu commercial, seuls 20% le présentaient systématiquement comme étant de la publicité ↓https://t.co/uRcouMIEMZ

— Commission européenne 🇪🇺 (@UEFrance) February 14, 2024

LE GRAPHIQUE DE LA SEMAINEInfographie: La menace de la désinformation plane sur les élections en 2024 | Statista

Vous trouverez plus d'infographies sur Statista

NOS MEILLEURES LECTURES / DIGNES DE VOTRE TEMPS / LONG READ

  • Le journalisme est-il préparé face à sa potentielle extinction de masse ? (The New Yorker)
  • Comment les séries réconfortantes ont conquis la télévision en streaming  (The Hollywood Reporter)
  • Comment Elon Musk a cassé Twitter en le transformant en X (Washington Post)
  • Les licenciements et les fermetures d'entreprises ont bouleversé le secteur des médias. Qu'adviendra-t-il des jeunes qui étudient le journalisme ? (Boston Globe)
  • Ce qu'il faut pour réussir en tant qu'influenceur sur les médias sociaux (The Wall Street Journal)

DISRUPTION, DISLOCATION, MONDIALISATION

  • Les autres grands gagnants du Super Bowl... sont les créateurs ? (Rolling Stone)

DONNEES, CONFIANCE, LIBERTÉ DE LA PRESSE,DÉSINFORMATION

  • Une campagne d'influence chinoise favorise la désunion avant les élections américaines (New York Times)
  • La nouvelle ère de l'IA et des "Deepfakes" complique les élections de 2024 (Wall Street Journal)
  • OpenAI suspend le développeur d'un chatbot se faisant passer pour un homme politique (AINews)
  • Guerre Israël-Gaza : le nombre de journalistes tués atteint un niveau quasi record (CPJ)

LÉGISLATION, RÉGLEMENTATION

  • Intelligence artificielle : des députés proposent de faire de la CNIL l’autorité régulatrice (Le Monde)

JOURNALISME

  • Des suppressions d'emplois s'annoncent au Guardian alors que la baisse des revenus publicitaires frappe les éditeurs de plein fouet (The Times)
  • CBS News va licencier 20 journalistes dans le cadre de la réduction des effectifs de la Paramount (Los Angeles Times)
  • Accepter l'argent ou se battre ? Les magnats des médias sont divisés sur les accords relatifs à l'IA (The Hollywood Reporter)
  • L'année la plus faste pour Slate (Semafor)
  • Les journalistes font la grève alors que l'industrie de l'information se porte mal (npr)
  • Où tous ces journalistes vont-ils trouver un sens à leur vie ? (Hazlitt)

STORYTELLING, NOUVEAUX FORMATS

  • Oubliez le A1. Les "unes" les plus convoitées du New York Times sont désormais The Daily et son bulletin phare The Morning (Vanity Fair)
  • YouTube vous permet désormais d'intégrer des vidéos musicales dans vos Shorts (TechCrunch)

ENVIRONNEMENT 

  • L’intelligence artificielle va-t-elle donner le coup de grâce au climat ? (Vert)

RÉSEAUX SOCIAUX, MESSAGERIES, APPS

  • L'endroit le plus civilisé pour consulter les actualités en ligne pourrait être Reddit (Columbia Journalism Review)
  • Dans une bataille avec X, Threads ajoute des sujets de tendance où la politique sera autorisée (TechCrunch)
  • TikTok prend de l'avance en tant que lieu de discussion sur les campagnes électorales (Bloomberg)
  • Le paradoxe des applications de rencontre : Pourquoi les applications de rencontre peuvent être pires que jamais (npr)
  • L’algorithme de TikTok amplifie de manière alarmante les contenus misogynes (L’ADN)
  • Ils voulaient faire carrière dans la technologie. Ils sont coincés dans un "atelier clandestin" de modération de contenu chez TikTok (Rest of The World)

IMMERSION, 360, VR, AR

  • Après avoir essayé le Vision Pro, Mark Zuckerberg déclare que le Quest 3 "est le meilleur produit, point final" (The Verge)

 

Voir cette publication sur Instagram

 

Une publication partagée par Mark Zuckerberg (@zuck)

  • Cette organisation à but non lucratif utilise la réalité virtuelle pour former les journalistes ukrainiens à couvrir la guerre en toute sécurité (Reuters Institute)
  • Les fans d'Apple commencent à renvoyer leurs Vision Pros (The Verge)
  • TikTok lance une application "réimaginée" pour l'Apple Vision Pro (TechCrunch)

STREAMING, OTT, SVOD

  • Mickey, Minnie, Donald et Goofy de Disneyland veulent se syndiquer (CNN)
  • Amazon facture désormais aux membres Prime un supplément pour le streaming sans publicité. Pour certains, c'est un deal-breaker (The Wall Street Journal)
  • Le troisième exportateur de télévision n'est pas celui auquel on pourrait s'attendre (The Economist)

AUDIO, PODCAST, BORNES

  • Le secteur de l'audio se contracte malgré l'essor de la diffusion en continu (Axios)

Web3, BLOCKCHAIN, CRYPTO, NFT

  • Le bitcoin retrouve une capitalisation boursière de 1 000 milliards de dollars, la crypto-monnaie atteignant son plus haut niveau en deux ans (CNBC)

INTELLIGENCE ARTIFICIELLE, DATA, AUTOMATISATION

  • OpenAI présente Sora (OpenAI)

here is sora, our video generation model:https://t.co/CDr4DdCrh1

today we are starting red-teaming and offering access to a limited number of creators.@_tim_brooks @billpeeb @model_mechanic are really incredible; amazing work by them and the team.

remarkable moment.

— Sam Altman (@sama) February 15, 2024

Introducing Sora, our text-to-video model.

Sora can create videos of up to 60 seconds featuring highly detailed scenes, complex camera motion, and multiple characters with vibrant emotions. https://t.co/7j2JN27M3W

Prompt: “Beautiful, snowy… pic.twitter.com/ruTEWn87vf

— OpenAI (@OpenAI) February 15, 2024

 

https://t.co/qbj02M4ng8 pic.twitter.com/EvngqF2ZIX

— Sam Altman (@sama) February 15, 2024

  • L'IA commence à menacer les emplois de cols blancs. Peu d'industries sont à l'abri (Wall Street Journal)
  • L'IA fait revivre les voix d'enfants tués dans des fusillades (Wall Street Journal)
  • Le prochain compagnon de jeu de votre enfant pourrait être un jouet IA alimenté par ChatGP (Forbes)
  • OpenAI en passe d'atteindre le cap des 2 milliards de dollars de chiffre d'affaires grâce à une croissance fulgurante (Financial Times)
  • Intelligences artificielles, les mille et une façons de les faire dérailler (Le Monde)

MONÉTISATION, MODÈLE ÉCONOMIQUE, PUBLICITÉ

Kati Bremme, Alexandra Klinnik et Aude Nevo

 

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  • Liens vagabonds : L’économie des créateurs, miroir aux alouettes ?
    Devant les créateurs de contenu, chaque plateforme se pavane. Dernièrement, YouTube a lancé une énième opération séduction auprès de ses poules aux œufs d’or. Dans une lettre sur ses “paris pour 2024”, publiée ce 6 janvier, la plateforme explique vouloir se battre pour une meilleure reconnaissance des créateurs de contenus. Pour Neal Mohan, le patron de YouTube, ils doivent être considérés comme des “studios de nouvelle génération”. “La plupart des gouvernements ne prennent pas en compte les cré

Liens vagabonds : L’économie des créateurs, miroir aux alouettes ?

Devant les créateurs de contenu, chaque plateforme se pavane. Dernièrement, YouTube a lancé une énième opération séduction auprès de ses poules aux œufs d’or. Dans une lettre sur ses “paris pour 2024”, publiée ce 6 janvier, la plateforme explique vouloir se battre pour une meilleure reconnaissance des créateurs de contenus. Pour Neal Mohan, le patron de YouTube, ils doivent être considérés comme des “studios de nouvelle génération. “La plupart des gouvernements ne prennent pas en compte les créateurs dans leurs données sur l’emploi”, a-t-il déploré. YouTube aurait remis plus de 70 milliards de dollars aux créateurs, aux artistes, et aux sociétés des médias ces trois dernières années, par le biais du YouTube Partner Program.

At @YouTube, we’re excited about what’s ahead this year. Today I’m sharing 4 big bets we’re making in 2024, starting with how we’re using AI to empower human creativity. We want to help everyone create. https://t.co/oLJck6hXXh 1/4 pic.twitter.com/W4p0bGMn6K

— Neal Mohan (@nealmohan) February 6, 2024

Ces chiffres encouragent des créateurs de contenus, toujours plus nombreux. A une époque marquée par l’insécurité du travail, chacun veut développer sa propre marque, assurer ses arrières. Le contenu en soi importe peu. L’important reste de produire et de pratiquer une auto-promotion constante sur les réseaux sociaux.  “Il faut crier dans le vide numérique et dire à tout le monde à quel point on est génial. Tout ce qui compte, c’est combien de personnes vous croient”, ironise Vox dans un article très fouillé intitulé Tout le monde est vendu maintenant. Dans une interview donnée au Guardian, l’auteure Naomie Klein a déclaré que le plus grand changement dans le monde depuis No Logo, paru en 1999, était que “le néolibéralisme a créé tellement de précarité que la marchandisation de soi est maintenant considéré comme le seul moyen d’atteindre une certaine sécurité économique. De plus, les réseaux sociaux nous ont donné les outils pour nous commercialiser sans arrêt”. 

Sauf que, le marché sature. Pour ceux qui souhaitent être rémunérés directement, il est difficile de percer. L’offre dépasse largement la demande, avec une explosion de chaînes YouTube, de podcasts, de newsletters Substack. “Le rapport signal/bruit est complètement déséquilibré”, pointe la journaliste Joan Westenberg. Pour elle, la théorie des 1000 vrais fans “que l’on nous vend depuis 15 ans” est un mythe. Les données de Patreon et de Substack indiquent que le taux de conversion moyen d’un follower en fan payant est d’environ 5%. “Cela signifie qu’un créateur aurait besoin d’une fanbase totale de 20 000 adeptes pour obtenir 1000 supporters payants”, constate la journaliste. Or, il s’agit d’un pari presque impossible dans cette économie de l’attention infernale et surchargée.

De nouveaux concurrents viennent barrer la route des créateurs de contenu “de bonne foi” : le contenu sur les théories du complot généré par l’IA est en train de devenir une “niche” populaire pour gagner de l’argent en ligne, alerte Media Matters. Grâce à des programmes de synthèse vocale comme Eleven Labs, des escrocs produisent très rapidement (et presque sans effort) des vidéos de plus de 60 secondes. Sachant que la version bêta du programme de créativité sur TikTok rémunère les créateurs pour les vidéos de plus d’une minute… 

CETTE SEMAINE EN FRANCE

  • Rachida Dati plaide pour une holding de l'audiovisuel public (Les Echos)
  • La presse de Bayard (La Croix, Notre temps, Phosphore...) s’enfonce dans le rouge (L’Informé)
  • Après les sénateurs, les députés adoptent un amendement qui remet en cause la loi de 1881 sur la presse (Le Monde)
  • Médias : le pure player Konbini racheté par le groupe DC Company, propriétaire du Gorafi (Konbini)
  • Loana, qui a raconté son viol, sacrifiée sur l’autel de « TPMP » (Le Monde)
  • La famille Arnault prête à entrer au capital de Webedia (Le Figaro)

3 CHIFFRES

  • 7.000 milliards de dollars (presque 3x le PIB de la France), c'est la somme que veut lever Sam Altman, pour "transformer" le marché des puces et de l'IA, selon le Wall Street Journal
  • YouTube a réalisé 9,2 milliards de dollars de revenus (+15,5% sur un an) au quatrième trimestre 2024, et les abonnements payants (streaming de musique et/ou vidéo) rapportent désormais 15 milliards de dollars par an à Google.
  • Bluesky a ajouté plus de 850 000 nouveaux utilisateurs le lendemain de son ouverture au public, sans invitation nécessaire.

After opening access yesterday, Bluesky has crossed 4M users! 🎉

• 850k+ new users have signed up
• Averaged 8.5 new accounts/second
• 2M posts were created in the last 24 hours

Sign up for Bluesky here, no invite code required: https://t.co/xjTBYE9oOJ pic.twitter.com/vDB4pdnERy

— bluesky (@bluesky) February 7, 2024

LE GRAPHIQUE DE LA SEMAINE

Facebook continue de gagner des utilisateurs après 20 ans d'existence

NOS MEILLEURES LECTURES / DIGNES DE VOTRE TEMPS / LONG READ

  • TikTok a un problème de théorie du complot en matière d'IA (Mediamatters)
  • Ce que nous avons appris de 20 ans de Facebook (Vox)
  • Google se prépare pour un avenir où le search ne règne pas en maître (Wired)
  • De nombreux éditeurs commencent à repenser leurs stratégies d'abonnement (Axios)

Most people are not paying for /any/ sources of online news

Even those who /do/ pay for one or more sources often do not pay for most sources used

Much of the public barely find online news worth /paying attention to/

All of this is documented by years of @risj_oxford research https://t.co/RBOd0vyHc8

— Rasmus Kleis Nielsen (@rasmus_kleis) February 7, 2024

DISRUPTION, DISLOCATION, MONDIALISATION

  • Talk-show ou conversation sérieuse ? L'interview de Poutine par Tucker Carlson n'a offert ni l'un ni l'autre (The Guardian)

Ep. 73 The Vladimir Putin Interview pic.twitter.com/67YuZRkfLL

— Tucker Carlson (@TuckerCarlson) February 8, 2024

DONNEES, CONFIANCE, LIBERTÉ DE LA PRESSE,DÉSINFORMATION

  • Guerre de l’information : des armées d’influenceurs au service d’Israël (Mediapart)

LÉGISLATION, RÉGLEMENTATION

  • Meta et TikTok attaquent l'UE en justice au sujet du règlement sur le contenu en ligne (Politico)
  • Droits voisins : l'Autorité de la concurrence regarde de près de Bard, l'IA de Google (Les Echos)
  • Le Royaume-Uni et la France proposent des règles pour lutter contre l'utilisation abusive des logiciels espions (Politico)

JOURNALISME

  • El País lance une édition imprimée remaniée pour une meilleure lisibilité (El Pais)
  • Les États-Unis vont imposer des restrictions en matière de visas aux personnes qui utilisent abusivement des logiciels espions pour cibler des journalistes et des militants (Associated Press)
  • Le journalisme sportif vous manquera quand il aura disparu (The Atlantic)
  • Avec la publicité pour les jeux, le New York Times mise sur l'habitude (Adweek)
  • Une société de médias en ligne lance un plan de couverture des élections pour la génération Z (Washington Post) 

RÉSEAUX SOCIAUX, MESSAGERIES, APPS

  • Snap est la dernière entreprise technologique à supprimer des emplois, en licenciant 10 % de son personnel (Axios)
  • Bluesky est désormais ouvert à tous (TechCrunch)
  • YouTube TV compte désormais plus de 8 millions d'abonnés (YouTube)
  • Facebook et Instagram vont étiqueter toutes les fausses images d'IA (BBC)
  • Les élections indiennes de 2024 dépendent de YouTube (Rest of World)
  • Meta ne recommandera pas de contenu politique sur Threads (Axios)

IMMERSION, 360, VR, AR

  • Fortnite conquiert le métavers grâce à la magie de Disney (The Verge)
  • Vous avez oublié le code d'accès de votre Apple Vision Pro ? Vous devrez peut-être le rapporter au magasin (Bloomberg)

Depuis sa sortie le vendredi 2 février 2024 aux États-Unis, le Vision Pro d'Apple a déjà fait couler beaucoup d'encre :

  • Sam Altman, PDG d'OpenAI, déclare que la Vision Pro d'Apple est "la deuxième technologie la plus impressionnante depuis l'iPhone" (VentureBeat)
  • Ce que les "early adopters" pensent d'Apple Vision Pro (Harvard Business Review)
  • NYT : Notre chroniqueur tech a essayé le nouveau Vision Pro d'Apple et n'a pas du tout été impressionné (NYT)
  • Apple envisage les entreprises comme un marché de choix pour l'Apple Vision Pro (TechCrunch)
  • YouTube annonce qu'une application Vision Pro est "sur la feuille de route" (The Verge)

Every great technological product brings the best memes and strange use cases.

These are the 10 best ones about the new Apple’s Vision Pro:

1. Not a phone in sight (but at what cost) pic.twitter.com/ucVrY0JyuA

— Alvaro Cintas (@dr_cintas) February 4, 2024

Vision Pro isn't just great, it's the single greatest piece of tech ive ever used pic.twitter.com/ArBgbkH0UR

— Casey Neistat (@Casey) February 3, 2024

Oh no it’s reached London#AppleVisionPro pic.twitter.com/Hh3ovCxKWm

— Zac Alsop (@zacalsopp) February 4, 2024

STREAMING, OTT, SVOD

  • Disney, Fox et Warner Bros. s'associent pour proposer un service de streaming sportif (New York Times)

AUDIO, PODCAST, BORNES

  • Spotify gagne 10 millions d'abonnés Premium supplémentaires (Variety)
  • Spotify est désormais le deuxième plus grand fournisseur de livres audio après Audible (TechCrunch)
  • Le nouveau contrat de Spotify avec Joe Rogan boucle la boucle (Vulture)

Web3, BLOCKCHAIN, CRYPTO, NFT

  • Craig Wright prétend être le créateur de Bitcoin, Satoshi Nakamoto. Peut-il le prouver devant un tribunal ? (Wired)

INTELLIGENCE ARTIFICIELLE, DATA, AUTOMATISATION

  • L'IA de Google porte désormais un nouveau nom : Gemini (The Verge)

We just crossed 100M Google One subscribers! Looking forward to building on that momentum with our new AI Premium Plan (launched yesterday) offering AI features like Gemini Advanced, plus Gemini in Gmail, Docs + more coming soon. https://t.co/m7zAVop7P6 pic.twitter.com/sMdwJeq0iU

— Sundar Pichai (@sundarpichai) February 9, 2024

  • Meta appelle à un effort de l'industrie pour étiqueter les contenus générés par l'I.A. (Facebook)
  • Les emplois hollywoodiens les plus menacés par l'IA (The Hollywood Reporter)
  • Politico adopte les robots d'IA générative pour la refonte de son site web (PressGazette)
  • News Corp - éditeur du Wall Street Journal et d'autres publications - déclare qu'un accord avec des entreprises spécialisées dans l'IA est "imminent" (PressGazette)
  • OpenAI ajoute de nouveaux filigranes à DALL-E 3 (The Verge)

MONÉTISATION, MODÈLE ÉCONOMIQUE, PUBLICITÉ

  • Substack aide les créateurs à vendre des publicités (Axios)
  • Les annonceurs du Super Bowl visent le grand public avec des publicités axées sur l'IA (Digiday)

 

Kati Bremme et Alexandra Klinnik

 

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Ryan Broderick : “Si les médias traditionnels licencient systématiquement leurs employés, ils peineront à rivaliser avec les créateurs”

Dans un paysage médiatique en constante mutation, les créateurs de contenu émergent comme des figures centrales, bousculant les conventions établies des médias traditionnels. Certains sont devenus, au fil de leurs vidéos, des médias à part entière. 

Propos recueillis par Alexandra Klinnik et Aude Nevo du MediaLab de l'Information de France Télévisions

Les créateurs de contenu dépasseraient-ils les médias traditionnels, en pleine tourmente économique ? De plus en plus de personnes se tournent vers TikTok, YouTube et Instagram plutôt que vers les sites Web des médias traditionnels, d'après le Reuters Institute. Afin d'explorer cette dynamique en pleine évolution, Ryan Broderick, journaliste spécialiste de la culture web et auteur de la newsletter américaine Garbage Day, apporte ses propres définitions : distinctions entre créateurs de contenu et journalistes, débat autour du terme "influenceur" en tant que concept, défis et opportunités des médias traditionnels face aux créateurs de contenus qui ont conquis le coeur des jeunes. Interview.

Les créateurs de contenus pourraient-ils représenter l’avenir des médias ? 

Pour le moment, les créateurs de contenu surpassent les médias numériques. Beaucoup comme MrBeast ou Marques Brownlee, deviennent eux-mêmes des entreprises médiatiques. Mais l’avenir reste assez flou. Les créateurs de contenu semblent appartenir à la gig economy, c’est-à-dire “l’économie des petits boulots”.

Quelles distinctions faites-vous entre créateurs de contenu et journalistes ?

Cela dépend de ce qu’ils font et comment ils le font. Est-ce que quelqu’un diffusant une vidéo de “lets play” (ndlr : un jeu vidéo avec le commentaire d’un joueur) se considère comme un critique de jeux vidéo ? Probablement pas, mais ils sont absolument engagés dans la critique des médias. Il peut y avoir des éléments journalistiques, mais cela se mêle aux besoins du support. Je ne dis pas que c'est du bon journalisme, mais cela se produit. 

Pensez-vous que le terme influenceur est un terme fourre-tout ?

La journaliste Taylor Lorenz aborde fréquemment cette question. Selon moi, le concept d’influenceur manque de fondement solide. Si l'on examine un influenceur au hasard, on découvrira souvent une personne impliquée dans la gestion d'une entreprise de médias numériques, voire d'une petite entreprise à part entière. Il est réducteur de regrouper ces modèles d'entreprises manifestement différents. Bien que l'on puisse ne pas apprécier personnellement les activités d'un modèle OnlyFans ou d'un vlogueur de voyage, il est crucial de distinguer la manière dont ils développent leurs audiences et génèrent des revenus en ligne. Cela nous permet d'apprendre de leurs pratiques et de les examiner avec la rigueur qu'elles méritent. Une situation similaire s'est produite lors de la panique généralisée entourant les YouTubers dans les années 2010. Lorsque les médias traditionnels cesseront de chercher à se démarquer de la communauté en ligne et reconnaîtront leur intégration dans le même écosystème, soumis aux mêmes dynamiques de plateforme que tous les autres, l’industrie et les pratiques journalistiques s’amélioreront considérablement.

Quels sont les défis et les opportunités pour les créateurs indépendants de contenu ?

L’épuisement professionnel et la qualité constante constituent les plus grands défis. Le créateur indépendant doit produire de nombreux contenus, à un rythme constant. C’est une tâche difficile à réaliser pour une seule personne ou un petit groupe. Mais les opportunités sont assez importantes. Il existe de vastes audiences fatiguées des grandes entreprises médiatiques. Elles souhaitent savoir qui se cache réellement derrière les médias. Nous en sommes maintenant à un stade où les lecteurs et les téléspectateurs veulent savoir qui leur transmet l'information. La démarche me paraît saine.

Les créateurs de contenu comblent-ils les “lacunes” des médias traditionnels ? 

Ils ont tendance à mieux comprendre comment fournir des informations en ligne. Une grande organisation médiatique ne peut tout simplement pas s’adapter aussi rapidement et aussi souvent qu’un créateur solo. Il y a aussi la question du ton. Au moins pour le moment, les internautes ne recherchent pas seulement l’authenticité, mais aussi un sentiment d’informalité. Si un journaliste du New York Times se lançait sur TikTok en essayant de suivre ses codes, il serait rapidement identifié comme maladroit et étrange. Alors qu’un créateur solo n’a pas le même problème.

A l’avenir, quel impact auront les créateurs de contenus sur les médias traditionnels ? 

Je suppose que les grands créateurs continueront à devenir des organisations médiatiques à part entière. Nous ne sommes pas loin du jour où un grand créateur achètera ou s'associera à un site de médias numériques et le dirigera. Je ne pense pas que cela influencera l'éthique du journalisme. Cela pourrait changer le fonctionnement des institutions journalistiques, de la même manière que l'essor des journalistes vedettes de magazines dans les années 70, ou des personnalités médiatiques comme Oprah lançant des magazines et des chaînes de télévision dans les années 2000. Le déclin des institutions médiatiques et la montée des créateurs indépendants sont au moins partiellement liés à la manière dont les organes de presse ont fonctionné pendant les années de Trump, du Brexit (et de Le Pen). Les audiences sont clairement polarisées et fatiguées par la manière de présenter les informations. Elles cherchent de nouvelles façons de les recevoir, que cela soit un podcast ou un compte TikTok qu'elles apprécient.

Que peuvent faire les médias traditionnels pour se protéger de la concurrence des créateurs de contenu en ligne ?

Les médias traditionnels peuvent collaborer avec des créateurs de contenu, apprendre de leurs techniques et valoriser leurs propres employés. S'ils paient correctement leurs collaborateurs et qu’ils soutiennent leurs carrières, ils découvriront des salles de rédaction remplies de créateurs lus et appréciés du public. Il s'agit d'établir un lien avec les lecteurs. Mes parents avaient l’habitude de choisir leurs journaux et programmes d’information télévisés en fonction des journalistes/animateurs qu’ils appréciaient. Il ne s’agit que de cela. Si les médias traditionnels licencient systématiquement leurs employés et se concentrent trop sur leur marque, ils peineront à rivaliser avec les créateurs qui s'adressent directement à leur public.

En quoi les créateurs de contenu en ligne ont-ils changé la façon dont les gens consomment l'information ?

Nous sommes actuellement dans une phase de transition, à cheval entre le passé et l’avenir. La prédominance de la vidéo me préoccupe, il s’agit selon moi d’une mauvaise façon de s'informer. Nous avons tendance à supposer que tout ce que nous voyons dans une vidéo est vrai. Et même si l'on découvre que ce n'est pas le cas, nous avons toujours l'envie de croire que cela pourrait être vrai ou refléter quelque chose de réel. Il s’agit d’une habitude dangereuse, régulièrement exploitée par l'extrême droite pour susciter la panique et le chaos.

Donner son opinion pour créer la polémique est également une pratique dangereuse qui ne cesse de refaire surface. La tendance la plus importante qui se profile à l'horizon - du moins aux États-Unis - est la montée des paniques morales. Et certains créateurs renforcent les clivages en s’improvisant leaders de foules armées de fourches.

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Liens vagabonds : Le modèle de Netflix évolue et rabat les cartes du « old streaming »

Dans la course des géants du streaming, Netflix semble avoir une longueur d’avance. La société a conclu cette semaine un accord de 10 ans avec la WWE - une entreprise américaine spécialisée dans l'organisation d'événements de divertissement -  pour les droits de l’émission de catch "Monday Night Raw", un programme hebdomadaire diffusé depuis 31 ans sur le petit écran. Cet accord évalué à 5 milliards de dollars contribue à la diversification des contenus de Netflix en même temps qu’il signe un « changement radical pour l'industrie du divertissement qui passe de la télévision linéaire à la diffusion en continu » analyse Axios. Passage à la loupe de la stratégie de différenciation de la plateforme :

Netflix mise sur le sport en direct pour diversifier ses contenus, mais pas que…

« Notre partenariat modifie et renforce fondamentalement le paysage médiatique, élargit considérablement la portée de la WWE et permet à Netflix d'accéder à des rendez-vous hebdomadaires en direct » a déclaré Mark Shapiro, président et directeur de TKO (société détenant WWE). Netflix n’en est cependant pas à son coup d’essai. En 2023, la société avait annoncé qu'elle organiserait son tout premier événement sportif en direct, avec des pilotes de F1 et des golfeurs professionnels s'affrontant lors d'un tournoi de golf. Quelques mois plus tôt, l’entreprise s’était déjà essayé à la diffusion en direct avec une émission de stand-up du comédien américain Chris Rock. Pour compléter ce portefeuille d’activités, l’accent a été porté sur la création de films originaux et émissions de télé réalité comme « Too hot to handle » ou « Love is Blind ».

« La société s'est lancée dans la télé-réalité, les romans à l'eau de rose et les séries internationales, tout en confiant de grosses sommes d'argent à des scénaristes de renom tels que Shonda Rhimes et Ryan Murphy » explique le Financial Times. En 2021, les dépenses annuelles en contenu avaient dépassé les 17 milliards de dollars.

Les raisons de cette diversification ? Une réaction à la perte de ses licences à l’instar de la série "Friends" au fur et à mesure que la concurrence se multiplie.

Un changement de paradigme porté par une hausse des recettes et des abonnements

Si Netflix a connu une année noire en 2022 caractérisée par une chute de sa marge d’exploitation et un lourd endettement de plus de 14 millions de dollars, l’entreprise a su remonter la pente en 2023. La plateforme a gagné 13 millions d’abonnés supplémentaires, notamment en raison de sa politique de restriction des mots de passe. Elle a augmenté considérablement ses revenus grâce à l’augmentation de ses prix et le lancement d’un abonnement financé par la publicité. Mais le véritable changement est venu de la réduction des coûts, favorisée par une grève des scénaristes à Hollywood qui a interrompu les productions. Alors que le chiffre d'affaires a augmenté de 6,6 % en 2023, le bénéfice net a progressé de 20 %.

Bien que Netflix éclipse les autres plateformes de streaming, il reste encore du chemin à faire pour que la compagnie rivalise avec Youtube qui propose du contenu créé gratuitement par ses utilisateurs.  Ce qui est certain, selon The Wired, c’est que : « l'ancien cahier des charges de Netflix a été mis au placard. Le nouveau - un mélange de programmes originaux et sous licence, de contenus financés par la publicité et d'événements en direct - ressemble de plus en plus au paradigme du câble que le streaming avait l'intention de remplacer ». La télévision traditionnelle perdra-t-elle ce combat de catch ?

CETTE SEMAINE EN FRANCE

  • IA : la France peine à faire entendre sa ligne pro-innovation en Europe (Les Echos)
  • Succès de Squeezie : dans les coulisses des concepts YouTube qui détrônent la télé (Libération)
  • Le Conseil d’Etat pourrait demander à l’Arcom d’être plus intransigeante envers CNews sur le respect du pluralisme (Le Monde)
  • C8 à nouveau sanctionnée par l’Arcom pour une séquence de « Touche pas à mon poste » (Le Monde)
  • Intelligence artificielle : les créateurs en appellent à Rachida Dati (La Croix)
  • Amazon va trop loin dans la surveillance des salariés selon la CNIL (Les Echos)

3 CHIFFRES

  • La consommation linéaire passe sous la barre des 50% de la consommation vidéo totale en France, selon le Centre national du cinéma et de l’image animée (CNC).
  • Les revenus publicitaires de LinkedIn aux États-Unis augmenteront de 14,1% pour atteindre 4,56 milliards de dollars cette année, d’après Business Insider.
  • La CNIL sanctionne Amazon France d’une amende de 32 millions d’euros.

ℹ🔴 La CNIL sanctionne AMAZON FRANCE LOGISTIQUE d’une amende de 32 millions d’euros notamment pour avoir mis en place un système de #surveillance de l’activité et des performances des salariés excessivement intrusif 👉https://t.co/OPxjqboAbz pic.twitter.com/HFk4fGysSI

— CNIL (@CNIL) January 23, 2024

LE GRAPHIQUE DE LA SEMAINE

La désinformation en tête des risques mondiaux en 2024

NOS MEILLEURES LECTURES / DIGNES DE VOTRE TEMPS / LONG READ

  • La désillusion des journalistes partout dans le monde (Reuters Institute)
  • Pitchfork va me manquer, mais ce n'est que la moitié du problème (Ezra Klein)
  • Comment les algorithmes des médias sociaux 'uniformisent' notre culture en prenant des décisions à notre place (NPR)
  • L'avenir du journalisme s'assombrit (New York Times)
  • La guerre du streaming est terminée et Netflix a gagné (Financial Times)

DISRUPTION, DISLOCATION, MONDIALISATION

  • New York est la première ville à déclarer que les médias sociaux constituent un danger pour la santé publique (Washington Post)

DONNEES, CONFIANCE, LIBERTÉ DE LA PRESSE,DÉSINFORMATION

  • Les deepfakes audio deviennent l'arme de prédilection de la désinformation électorale (Financial Times)
  • Un nombre croissant d'applications facilitent l'automatisation du militantisme pro-israélien en ligne (Washington Post)
  • Elon Musk propage des informations erronées sur les élections, mais les vérificateurs de X sont partis depuis longtemps (New York Times)
  • Clarissa Ward demande à Israël de laisser les journalistes rendre compte librement de l'actualité à Gaza (Washington Post)

LÉGISLATION, RÉGLEMENTATION

  • DMA : Meta et Google permettent désormais à leurs utilisateurs de pouvoir dissocier les différents plateformes (Correspondance de la Presse)
  • Digital Market Act: Meta et Google livrent un aperçu du big bang qui s'apprête à secouer l'internet européen (Le Figaro)

JOURNALISME

  • Le Los Angeles Times annonce le licenciement d’au moins 115 journalistes (Los Angeles Times)
  • La nouvelle PDG de la radio publique américaine NPR dit qu’elle déteste le mot « contenus » (NPR)
  • Au sein du complexe politico-médiatico-industriel américain en pleine déconfiture (Semafor)
  • Après les licenciements du LA Times, une nouvelle pression pour obliger Google et Facebook à payer pour l'information (San Francisco Chronicle)
  • Le HuffPost U.K. connaît des problèmes de trésorerie qui obligent les pigistes à courir après l'argent pendant des mois (Press Gazette)
  • Business Insider prévoit de réduire son effectif mondial de 8% (Press Gazette)
  • La guerre de l'information en Ukraine se retourne-t-elle contre ses propres journalistes ? (Columbia Journalism Review)
  • Guerre contre Gaza : Le photojournaliste Motaz Azaiza évacué au Qatar (Middle East Eye)
  • Les travailleurs syndiqués de Condé Nast se mettent en grève suite à l'annonce de licenciements (Axios)

L.A. Times began laying off at least 115 people in the newsroom beginning today in an effort to stem deep financial losses. Many cherished colleagues - including some with years of service - are being forced to say good-bye. @latimes https://t.co/rQDX4pFI9x

— Meg James (@MegJamesLAT) January 23, 2024

 

STORYTELLING, NOUVEAUX FORMATS

  • Le plus grand journal norvégien s'exprime sur ce que les lecteurs aiment - et n'aiment pas - dans les articles audio (INMA)

RÉSEAUX SOCIAUX, MESSAGERIES, APPS

  • Le gouvernement flamand veut obliger TikTok et YouTube à partager leurs revenus (The Guardian)
  • Twitch change ses règles de monétisation (The Verge)
  • Meta met en place des limitations de messagerie plus strictes pour les adolescents et des contrôles parentaux (TechCrunch)
  • Les influenceurs TikTok promettent de vous rendre riche. Le calcul n'est pas juste (Rolling Stone)
  • Nous sommes entrés dans l'ère du visage TikTok (Dazed Beauty)
  • BeReal, qui compte maintenant 23 millions d'utilisateurs actifs quotidiens, intègre des marques et des célébrités (TechCrunch)
  • X submergé par des fausses images explicites de Taylor Swift générées par l'IA (The Verge)

IMMERSION, 360, VR, AR

  • Microsoft licencie environ 10% des effectifs de sa branche jeux vidéo (The Verge)
  • Des conférenciers en hologramme enthousiasment les étudiants d'une université britannique novatrice (The Guardian)

STREAMING, OTT, SVOD

  • Netflix débarque dans le sport en direct (CNBC)
  • Les abonnés et les revenus de Netflix augmentent grâce à la politique de répression du partage de mots de passe (Wall Street Journal)

AUDIO, PODCAST, BORNES

  • Cette playlist Spotify qui vous comprend vraiment ? Elle a été écrite par une IA (New York Times)
  • Les réseaux de podcasts testent des outils d'IA pour la traduction des émissions, l'aide à la production et la vente de publicité (Digiday)

Web3, BLOCKCHAIN, CRYPTO, NFT

  • NFT, chaos dans le monde de l’art (Capital)

INTELLIGENCE ARTIFICIELLE, DATA, AUTOMATISATION

  • Un nouvel outil logiciel gratuit permet aux artistes d'"empoisonner" les modèles d'IA cherchant à s'entraîner sur leurs œuvres (VentureBeat)
  • Comment l'IA peut trouver les films, les séries télévisées et les livres parfaits pour vous (Wall Street Journal)
  • La plupart des sites d'information bloquent les robots d'intelligence artificielle. Les médias de droite les accueillent à bras ouverts (Wired)
  • Schibsted remporte un franc succès avec l'IA audio (INMA)
  • L'IA annonce la prochaine génération d'escroqueries financières (Financial Times)

MONÉTISATION, MODÈLE ÉCONOMIQUE, PUBLICITÉ

  • La boutique TikTok est énorme. Est-ce que cela va durer ? (The New Consumer)
  • Les plateformes sociales deviennent des "moteurs de marketing", les créateurs cherchant à conclure des accords directs pour gagner de l'argent (Digiday)
  • Publicis investira 300 millions d'euros dans l'IA pour poursuivre sa transformation (Les Echos)

Kati Bremme, Alexandra Klinnik et Aude Nevo

 

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Liens vagabonds : La carte de presse, révélateur de l’ubérisation du journalisme

Le journaliste est en perpétuelle lutte contre son environnement. Il se bat pour décrocher un contrat correct, des rémunérations décentes, une direction bienveillante, des missions significatives, l’attention du public… et la carte de presse. 50% des lauréats du prix Albert-Londres ne détiennent pas ce précieux sésame, délivré par la Commission de la carte d’identité des journalistes professionnels (CCIJP). Certains en fabriquent même des fausses pour pouvoir faire leur métier. Ce 16 janvier, sur le site de Télérama, près de deux cents professionnels, dont plusieurs prix Albert-Londres, ont appelé dans un texte commun à revoir les conditions d’obtention de cette carte « indispensable », voire « vitale » à l’exercice du métier. Ce « gage de crédibilité » permet ainsi de traverser les check-points en zone de guerre, d’accéder aux bâtiments publics et gouvernementaux, aux audiences des tribunaux et d’éviter de se faire matraquer par des CRS…

Pour pouvoir prétendre à la carte de presse, le travail journalistique doit être payé en salaire. Or, de nombreuses entreprises contournent la loi et préfèrent payer par exemple en droits d’auteur, en factures. « La carte de presse est attribuée par une instance qui se fonde sur une loi qui ne reflète plus la réalité du journalisme actuel, touchés comme d’autres secteurs par une forme d’ubérisation, dénonce la tribune. Si les free-lance sont alternativement auteurs, réalisateurs, salariés ou entrepreneurs, c’est qu’ils ne peuvent gagner leur vie qu’en multipliant les contrats et les formats. Nous dénonçons la position de la CCIJP qui nous semble à la fois, absurde, dépassée et d’une grande injustice sociale ». Pour Hélène Lam Trong, lauréate du 39e prix Albert Londres, il est temps que la CCIJP cesse d’ignorer les « réalités multiples et variés de notre profession ».

A titre personnel, je réalise des documentaires d'information. Une profession dans laquelle les revenus ont baissé de 20%. Il est temps que la CCIJP cesse d'ignorer les réalités multiples et variées de notre profession.

— Hélène Lam Trong (@hlamtrong) January 17, 2024

Une tribune qui manquerait sa cible ?

Pour l’association Profession : Pigiste, la CCIJP ne fait qu’appliquer la loi. Le véritable problème réside dans le non-respect de la législation par les employeurs qui rémunèrent en droits d’auteurs plutôt qu’en salaire. En refusant de payer les cotisations sociales, ces employeurs paupérisent et dégradent le statut d’un métier déjà très mal en point. « Rémunérer un travail journalistique en facture, en droits d’auteur, en salaire d’intermittent, c’est illégal », rappelle Malika Butzbach, co-présidente de Profession : Pigiste et journaliste rémunérée à la pige « Si on demande l’élargissement de l’accès à la carte de presse pour ses formes de rémunération illégale, ça risque de précariser encore davantage les journalistes ». Aujourd’hui, 66% des journalistes de 30 ans et moins de 30 ans sont pigistes ou en CDD. « Quel est l’intérêt d’avoir quelqu’un en CDI quand tu peux juste avoir des auto-entrepreneurs au jour le jour ? C’est top pour les patrons ! Les pigistes, déjà c’est bien pratique, c’est les méga-intérimaires de l’espace », ironise un journaliste, habitué des boîtes de production. Pour lui, attaquer la CCIJP dédouane les employeurs de toute responsabilité.

Lier les deux combats ?

 « Critiquer la CCIJP n’empêche pas de se battre pour que les employeurs respectent la loi et pour une augmentation des tarifs », tempère la journaliste Nora Bouazzouni. Elle est rejointe par Hélène Lam Trong : « Les deux combats peuvent être menés de front. Ce n’est pas parce que certains employeurs se comportent mal que le fait que la CCIJP nous ait purement et simplement tourné le dos soit acceptable ».

A l’avenir, l’association Profession : Pigiste serait favorable à une pénalisation des employeurs qui rémunèrent de façon illégale. « On va toujours se battre pour le salariat des journalistes sous la bonne convention collective parce que c’est une protection sociale et juridique imparable », insiste Malika Butzbach. Pour le sociologue des médias Jean-Marie Charon, une approche fiscale pourrait dissuader de ce recours à ces modes de rémunération. Le défi réside donc dans la recherche d’un équilibre entre la protection des droits des journalistes, la nécessité de préserver la liberté de la presse et la conformité aux lois en vigueur.

CETTE SEMAINE EN FRANCE

  • «Ça a été le boulot le plus difficile de ma vie» : pour TikTok, la modération jusqu’au dégoût (Libération)
  • Olympic Broadcasting Services, la très secrète entreprise qui règne sur les JO (Le Monde)
  • Macron s’offre une soirée sur mesure, comme au bon vieux temps de l’ORTF (Mediapart)
  • « Tu as M’Barkisé le prompteur ? » : les confessions de l’ex-présentateur star de BFMTV accusé de corruption (Le Parisien)
  • « Complément d’enquête » sur Jordan Bardella : France Télévisions maintient la diffusion de l’émission malgré une mise en demeure (Le Monde)
  • Les journalistes de l'AFP solidaires de leurs collègues de Gaza (AFP)
  • Cyril Hanouna va présenter « TPMP » sept jours sur sept (Le Parisien)

3 CHIFFRES

  • Près d'un tiers de l'ensemble des revenus des lecteurs numériques du Guardian provient désormais des États-Unis, d’après NiemanLab.
  • Le temps passé à regarder des contenus vidéo a atteint 4h37 par jour en moyenne pour les Français en 2023, selon Médiamétrie.
  • Des documents de Meta montrent que 100 000 enfants sont harcelés sexuellement chaque jour sur ses plates-formes, rapporte le Guardian.

LE GRAPHIQUE DE LA SEMAINE

IA générative : c'est bien dans les médias que les risques sur l'emploi sont les plus grands

NOS MEILLEURES LECTURES / DIGNES DE VOTRE TEMPS / LONG READ

  • Squeezie, l’indétrônable grand frère de l’Internet français (Le Monde)
  • Comment les plateformes ont tué Pitchfork (Platformer)
  • Des milliardaires voulaient sauver l'industrie de l'information. Ils perdent une fortune (New York Times)
  • Nos enfants vivent dans un monde numérique différent (New York Times)
  • Fausses chaînes YouTube : quand « Sophie décrypte » ou « 360 Vision » travaillent pour un réseau d’influence pro-Chine (Le Monde)

DISRUPTION, DISLOCATION, MONDIALISATION

  • Les utilisateurs (d'OpenAI) vont commencer à avoir accès à des reportages d'actualité en temps réel dans le monde entier, y compris les attributions et les liens  (OpenAI)
  • Amazon est sur le point de manger l'univers de la télévision (Hollywood Reporter)
  • Le nouvel objectif de Mark Zuckerberg est de créer une intelligence artificielle générale (The Verge)

DONNEES, CONFIANCE, LIBERTÉ DE LA PRESSE,DÉSINFORMATION

  • Israël figure pour la première fois sur la liste des "pires geôliers de journalistes" (The Guardian)
  • Voici le grand projet d'OpenAI pour lutter contre la désinformation électorale (The Verge)
  • TikTok détaille son plan de lutte contre la désinformation électorale en 2024 (Engadget)

LÉGISLATION, RÉGLEMENTATION

  • Un tribunal espagnol juge qu'un modérateur de Facebook a subi un traumatisme mental lié à son travail (Reuters)
  • Le Congrès tente de mettre fin aux nus d'IA et aux escroqueries Deepfake parce que les célébrités sont en colère (Vice)

JOURNALISME

  • Cinq mesures que les médias d'information peuvent prendre pour répondre à l'évitement systématique de l'information (Reuters Institute)
  • Le nouveau patron de CNN réorganise les opérations d'information et envisage un modèle d'abonnement numérique (The Wall Street Journal)
  • Gilles Marchand s’en va, mais les défis de la SSR restent (24 heures)
  • Pitchfork est intégré à GQ (Variety)
  • Les médias féministes ont pour la plupart disparu. Où vont maintenant les écrivains et les récits féministes ? (Study Hall)
  • Le personnel du LA Times prévoit une grève en prévision de fortes suppressions d'emplois (Axios)

ENVIRONNEMENT 

  • Une vague alarmante de désinformation climatique se propage sur YouTube (CNN)

RÉSEAUX SOCIAUX, MESSAGERIES, APPS

  • La femme de 2 milliards de dollars : comment Sheryl Sandberg est devenue l'une des patronnes les plus réussies de la tech (The Guardian)
  • Sheryl Sandberg quitte le conseil d'administration de Meta (Axios)
  • L'application de partage d'informations Artifact, créée par les fondateurs d'Instagram, va (déjà) fermer (Artifact Team)
  • L'économie des créateurs est prête pour un mouvement syndical (TechCrunch)
  • TikTok peut générer des chansons grâce à l'IA, mais cela ne devrait probablement pas être le cas (The Verge)
  • Les influenceurs italiens seront soumis à des règles plus strictes (BBC)

IMMERSION, 360, VR, AR

  • YouTube et Spotify rejoignent Netflix pour ne pas lancer les applications Apple Vision Pro (Bloomberg)

STREAMING, OTT, SVOD

  • Félicitations et adieu à l'âge d'or de la télévision (New York Times)

AUDIO, PODCAST, BORNES

  • L'industrie des podcasts en perte de vitesse (Semafor)
  • WePod lance "Sounds like Europe", un podcast transfrontalier sur l'industrie audio européenne (Laboratorio De Periodismo)
  • L'UE demande aux plateformes de streaming de musique en continu de mieux rémunérer les artistes (Engadget)

Web3, BLOCKCHAIN, CRYPTO, NFT

  • Les "Stablecoins" ont permis de réaliser 40 milliards de dollars de cryptocriminalité depuis 2022 (Wired)

INTELLIGENCE ARTIFICIELLE, DATA, AUTOMATISATION

  • Au Japon, la lauréate d'un prix littéraire reconnaît que ChatGPT a écrit une partie de son roman (Le Figaro)
  • ChatGPT devra évoluer de manière "inconfortable", selon Sam Altman (Axios)
  • L'intelligence artificielle générative entraînera des suppressions d'emplois cette année, selon les chefs d'entreprise (Financial Times)
  • Google News renforce les articles inutiles générés par l'IA (404media)
  • Google licencie “des centaines” de personnes de plus alors que la division publicitaire bascule vers des ventes alimentées par l'IA (Ars Technica)
  • Sam Altman, le père de ChatGPT, superstar du forum de Davos (Le Figaro)

MONÉTISATION, MODÈLE ÉCONOMIQUE, PUBLICITÉ

  • Comment le Guardian a obtenu un montant record de revenus de la part de ses lecteurs aux États-Unis (NiemanLab)
  • Pourquoi les annonceurs ne s'éloigneront-ils pas de X avant le Super Bowl ? (Digiday)

Kati Bremme, Alexandra Klinnik

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Benjamin Toff : « L'intolérance à l'information devient problématique lorsque les individus estiment qu'ils doivent l'ignorer complètement »

« De plus en plus de personnes ressentent une fatigue face à l'actualité et s'en détournent, ne serait-ce qu'occasionnellement. C’est aussi notre cas, alors même que nous étudions l’actualité pour gagner notre vie » expliquent les chercheurs en communication politique et en journalisme, Benjamin Toff, Ruth Palmer, and Rasmus Kleis Nielsen dans leur ouvrage Avoiding the News: Reluctant Audiences for Journalism [Éviter l'information : Les publics réticents au journalisme] officiellement sorti le 26 décembre 2023 aux États-Unis.

Propos recueillis par Alexandra Klinnik et Aude Nevo du MediaLab de l'Information de France Télévisions

Véritable phénomène de société, les nouveaux chiffres sur la défiance à l’égard des médias se retrouvent chaque année au cœur des sondages. Fatigue émotionnelle, manque de confiance, comment se repérer dans cette cacophonie de bruits inaudibles ? Selon l’ouvrage, 3 % des individus – sur six marchés étudiés – seraient des « infophobes » (news avoiders, en anglais), c’est-à-dire des personnes qui consomment l’actualité moins d’une fois par mois. Le chiffre irait même  jusqu’à 10 % dans certains pays et continuerait d’augmenter. Benjamin Toff, co-auteur de l’ouvrage a accepté de répondre à nos questions sur ces personnes allergiques aux infos. Qui sont-ils ? Comment leur parler ? Entretien.

Qui sont les « infophobes », ces personnes qui évitent intentionnellement les informations ? 

Je distingue les « infophobes systématiques », qui consultent peu ou pas d'informations, des « infophobes sélectifs », qui évitent uniquement un certain type d'information de façon délibérée. Les premiers nous préoccupent davantage, car ils accèdent peu ou pas à l'information, indépendamment de leur volonté. Ne pas y prêter attention les exclut de la vie publique alors même qu’ils sont déjà éloignés des sphères de pouvoir. Il existe une forte corrélation entre l'utilisation des informations et l'engagement politique.

Comment expliquez-vous l’augmentation du phénomène d’infophobie ? 

Les raisons sont variées et peuvent être liées à l'évolution des supports, à la valeur accordée à l'information dans nos sociétés, ou aux changements dans le journalisme. Des facteurs tels que l'âge, le statut socio-économique, ou le désintérêt pour la politique existent depuis longtemps. Cependant, de nos jours, les médias offrent une gamme de divertissements beaucoup plus large, rivalisant directement avec l'information pour capter l'attention. Face à une multitude infinie de perspectives sur le monde, il est plus difficile pour les personnes de donner un sens aux informations auxquelles elles ont accès. Elles sont alors de moins en moins disposées à développer des habitudes de consommation d'informations.

Qu'est-ce que cela signifie d'être un « infophobe systématique » dans un monde où l'offre d'informations est abondante et facilement accessible ?

Pour de nombreuses personnes qui évitent systématiquement les informations, cela ne demande pas beaucoup d'effort. Certaines ont complètement quitté les plateformes de réseaux sociaux, éliminant ainsi une source d'exposition aux nouvelles. D'autres utilisent ces plateformes mais sont rarement exposées à l’actualité. Cela peut s'expliquer par deux phénomènes. D’abord, les algorithmes des plateformes créent des bulles informationnelles. Ensuite, leurs connaissances sont également moins susceptibles de leur partager l'actualité.

De nombreux « infophobes systématiques » rejettent le journalisme traditionnel et lui préfèrent des sources alternatives d’information. Diriez-vous que la plupart d’entre eux n’évitent pas les informations mais les consomment autrement, via d’autres médias ? Quelles seraient ces alternatives ? 

Les « infophobes systématiques » ne consomment pas tous des sources d'informations alternatives, mais certains d'entre eux le font. Ils s'intéressent notamment aux influenceurs, qu'ils jugent plus authentiques et accessibles que les journalistes traditionnels. D'autres s'informent auprès de leurs proches, ce qui leur permet de rester informés des événements majeurs sans dépendre des médias.

Aux États-Unis, une partie significative des « infophobes » est politiquement engagée, principalement du côté conservateur. Ils s'informent via des voies alternatives, telles que les réseaux sociaux, qu'ils considèrent comme un contrepoids à la partialité libérale des médias traditionnels. Cependant, cette tendance reste minoritaire, et la plupart des « infophobes » demeurent politiquement désengagés.

Est-il vraiment problématique « d’éteindre les informations et de cultiver son jardin » comme le disait Lukas Nelson ? « Le bonheur réside-t-il dans l’ignorance » ?

Ce n'est pas nécessairement un problème. Mais les personnes submergées gagneraient plutôt à prendre du recul et à mettre en œuvre des stratégies informationnelles plus saines, davantage en adéquation avec leur personnalité et leur mode de vie. Elles pourraient privilégier des formes d'informations moins éprouvantes émotionnellement, comme la lecture d'un journal, ou l'écoute des actualités à la radio ou via un podcast. 

L'intolérance à l'information devient problématique lorsque les individus estiment qu'ils doivent l'ignorer complètement ou qu'ils n’ont pas les outils nécessaires pour développer des habitudes en matière de suivi des actualités. Ce phénomène est particulièrement visible chez les personnes déjà marginalisées dans la société. Un cercle vicieux se met alors en place car les organes de presse ne s’adressent pas à eux.

Vous constatez que : « Les individus se reprochent d'éviter l’actualité au moins aussi souvent qu'ils blâment les infos. » Comment l’expliquez-vous ? 

Le suivi des informations est souvent considéré comme une norme sociale. Il existe une dissonance cognitive chez les individus qui ont assimilé ces normes comme faisant partie de leur devoir de citoyen. Ils peinent à concilier ces croyances avec leurs comportements infophobes, ce qui les amène à exprimer des regrets de ne pas en faire plus pour suivre les informations.

Certaines personnes attribuent cette dissonance à une défaillance personnelle, même si elles estiment avoir de très bonnes raisons de ne pas consacrer plus de temps aux informations. Elles pointent leur personnalité anxieuse, leur manque d'éducation ou leur engagement politique. D'autres, en revanche, estiment que la faute incombe aux médias. Ils affirment qu'ils seraient plus intéressés si les organes d'information présentaient les nouvelles de manière plus pédagogique, moins déprimante, ou en lien avec leurs préoccupations.

Si notre attention est si précieuse, pourquoi souhaitons-nous l’allouer à quelque chose dont la pérennité peut prendre fin dès le lendemain ? 

Si nous faisons preuve d'honnêteté intellectuelle, il est clair que notre engagement dans l'information découle du désir de maintenir notre position dans nos communautés, afin de garantir les bénéfices sociaux qui en découlent. Il s'agit d'une raison majeure pour laquelle ceux qui suivent assidûment l'actualité le font. Ces avantages sociaux revêtent une signification et une valeur, constituant parfois les fondements même d'actions politiques efficaces.

L’une des bonnes stratégies pour éviter d'être submergé par l'actualité consiste à réduire les sources d'information tout-venante au profit des sources de qualité. Mais comment définir ce qu’est une source d'information de qualité ?

La définition d'une source d'information de qualité est inévitablement subjective. À mes yeux, cette évaluation repose sur deux aspects : comment les nouvelles sont-elles rapportées et de quelle nature sont-elles ? La question du "comment" se penche sur la manière dont le média cherche et rapporte des infos non accessibles autrement. Le fait-il de manière transparente, équitable et professionnelle ? Recherche-t-il à couvrir toutes les perspectives du sujet ?

La dimension du "quoi" explore si le média s'attaque à des sujets pour une société plus juste. Cette seconde composante divise sur la définition même de la qualité. Certains aiment la nuance et la complexité, tandis que d'autres préfèrent que les médias simplifient pour faciliter leur quotidien. La synthétisation est utile, mais il faut faire attention à ne pas la confondre avec la qualité fondamentale du média.

Conclusion : Comment parvenir à renouer avec l'« infophobe » ?  

Les journalistes doivent littéralement faire campagne pour le journalisme. « Pour une profession et une industrie presque entièrement fondées sur la communication, le journalisme et les médias peuvent parfois sembler curieusement inaptes à faire comprendre le sens de leur propre travail », résume l’étude du Reuters. Face à la rhétorique anti-média et les campagnes de délégitimation, il s’agit de pouvoir répondre aux critiques, de présenter des contre-arguments aux accusations portées contre le journalisme. Les arguments vagues sur la « sauvegarde de la démocratie » sont trop abstraits pour être efficaces. Cette défense est difficile à porter, dans un contexte où subsiste un flou général autour de la définition même du journalisme.  « Si le journalisme est un bien public, il mérite une défense publique bien articulée », insiste l’étude. Les lecteurs ne vont pas soudainement voir la vertu du travail des journalistes. Aux médias d’être pro-actifs,  de parler ouvertement de leurs lacunes (et de leurs qualités !) et de réaffirmer leurs valeurs devant le public. 

 D’autre part, il s’agit de prendre le lecteur par la main, de rendre son contenu le plus digeste possible. Il faut comprendre que « le cœur du problème n’est pas l’intelligence, mais l’intelligibilité » des articles. Les médias partent souvent du principe que le lecteur a déjà une certaine connaissance de la politique, des acteurs et des institutions. De manière révélatrice, en 2016, après le référendum du Royaume-Uni, sur son adhésion à l’Union européenne, Google a rapporté que les recherches sur « Qu’est-ce que l’Union européenne ? » et « Qu’est-ce que le Brexit » ont augmenté partout en Grande-Bretagne tard dans la nuit. Des résumés simples accompagnant des articles plus approfondis pourraient mieux répondre aux besoins des différents lecteurs. La personnalisation pourrait également offrir des histoires adaptées aux intérêts individuels des utilisateurs et à leurs niveaux antérieurs de connaissances. 

Enfin, il s’agit de créer un sentiment de communauté, et pas uniquement pour “l’élite”. Si les médias savent déjà comment soigner leur lectorat le plus aisé à travers des groupes LinkedIn par exemple ou en les « séduisant avec des critiques de produits de consommation et des rubriques de voyage liées à des revenus d’affiliation et à des recettes publicitaires », ils ne prennent pas soin des autres parties du public. Toute personne doit ressentir que son identité est reflétée et valorisée : les femmes, les jeunes, les classes socio-économiques inférieures… C’est-à-dire les profils qui évitent constamment l’actualité. « Faire de la représentation et de la réflexion des groupes historiquement mal desservis par les actualités nécessitera de chercher à mieux comprendre ces publics spécifiques - non pas sur quoi ils cliquent ou combien de temps ils passent sur une page web, mais leurs routines quotidiennes et leurs priorités », explique Reuters. Penser à l’humain avant le clic. 

 

 

 

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Liens vagabonds : Face à la chute de trafic en provenance des réseaux sociaux, quelles alternatives pour les médias ?

Augmentation des coûts, baisse des recettes publicitaires, ralentissement de la croissance des abonnements…Seule la moitié des rédacteurs en chef, PDG et responsables du secteur numérique interrogés pour une étude du Reuters Institute se disent confiants quant aux perspectives du journalisme pour l'année à venir. Réalisée auprès d'un échantillon stratégique de plus de 300 dirigeants du secteur numérique issus de plus de 50 pays et territoires, l’enquête montre une forte baisse du trafic référent en provenance des médias sociaux vers les médias. Alors que de nombreux organismes d'information traditionnels peinent à se faire connaître, ou n’en n’ont pas les moyens, quelles alternatives s’offrent à eux ?  

Les raisons de cette chute  

Selon l’étude, le trafic Facebook vers les sites d'information a chuté de 48 %, le trafic en provenance de X a chuté de 27 %, et le trafic en provenance d'Instagram a chuté de 10 % (causant, parmi d'autres, l'arrêt de BuzzFeed News l'année dernière). Les raisons ? Du côté de Méta, il s’agit d’une priorisation des contenus des influenceurs au détriment des journalistes pour tenter de contrer la concurrence de TikTok. L’arrivée très médiatisée d’Elon Musk chez X a encore plus chamboulé ce petit microcosme. Désinformation, difficulté à distinguer les titres de presse des autres sources de contenu – la somme de ces événements a entrainé le départ express de nombreux journalistes vers un avenir plus radieux…sur bluesky notamment, ou encore LinkedIn. Nic Newman, auteur du rapport a commenté ces chiffres : « Atteindre le public en ligne devient de plus en plus difficile à mesure que Facebook se retire de l'actualité et que X devient moins accueillant pour les éditeurs. » 

WhatsApp, le nouvel eldorado ? 

Face à ce problème, les médias se tournent vers WhatsApp (+61) et Instagram (+39), notamment pour leurs canaux de diffusion multimodaux. Ces derniers offrent aux créateurs et aux médias la possibilité d'interagir avec leurs abonnés à travers des messages directs. Ces échanges peuvent prendre la forme de messages écrits, vocaux, images, vidéos, ainsi que de sondages. Lancée en septembre, la fonctionnalité sur WhatsApp compte aujourd’hui plus de 225 canaux de diffusion. Même si son utilisation reste timide chez les médias français – la majorité n’a pas de canaux et le Monde, parmi les plus suivis, ne compte que 66 600 abonnés – la fonctionnalité connait un franc succès outre-Atlantique. Le New York Times compte par exemple 7,3 millions d’abonnés sur sa chaîne. WhatsApp n’est plus seulement « l'application que l’on utilise lorsqu’on voyage hors de son pays » a déclaré Will Cathcart, responsable de WhatsApp« elle se généralise aujourd’hui de manière significative ».  

L'avenir dans la vidéo ?  

Face à la nature de ces plateformes, les médias doivent davantage se tourner vers le format vidéo afin d’atteindre un public plus jeune. Naturellement donc, ils planifient d’accentuer leur présence sur TikTok (+55), et YouTube (+44). Toutefois, le Reuters Institute souligne que « de nombreux médias traditionnels ont [toujours] du mal à se faire connaître par rapport aux jeunes créateurs qui maîtrisent le langage et les conventions de ses plateforme ». Dylan Page, un jeune influenceur du Royaume-Uni, a régulièrement plus de vues à ses vidéos que la BBC ou le New York Times réunis, même sur des sujets de fond, comme le conflit à Gaza.  

CETTE SEMAINE EN FRANCE

  • On a testé TF1+, un service de streaming qui ne s’est pas foulé (Numerama)
  • « Touche pas à mon peuple » : Cyril Hanouna, émission suicide (Le Monde)
  • Hachette stoppe net son projet de déménagement à 150 millions d'euros (Les Echos)
  • CES 2024 : les startups françaises toujours en force à Las Vegas ? (Maddyness)
  • Intelligence artificielle : les éditeurs français s’organisent pour faire reconnaître leurs droits (Le Figaro)
  • Intelligence artificielle : un «Label Création humaine» pour garantir qu’un livre a bien été écrit par un humain (Libération)
  • Canal+ prend presque 30 % de la plateforme Viaplay (Les Echos)
  • Rachida Dati, ministre de la culture : une nomination surprise, fruit d’un deal avec Emmanuel Macron (Le Monde)
  • Canal+ obtient l'autorisation de l'Autorité de la Concurrence pour le rachat d'OCS et d'Orange Studio (Autorité de la concurrence)

3 CHIFFRES

  • Les tarifs pleins des abonnements numériques à la presse auraient gonflé de 20% en moyenne l’an dernier au Royaume-Uni, selon Press Gazette.
  • Plus de la moitié des Américains (52 %) craignent que l'augmentation des "deepfakes" n'influence les élections (McAfee)
  • Twitch licencie 500 employés, soit environ 35 % de son personnel, d'après Bloomberg.

LE GRAPHIQUE DE LA SEMAINE

Source : Scott Galloway

NOS MEILLEURES LECTURES / DIGNES DE VOTRE TEMPS / LONG READ

  • Voici les plus grands risques mondiaux auxquels nous serons confrontés en 2024 et au-delà (Forum économique mondial - Davos)
  • Les éditeurs indépendants de presse locale sont confrontés à de nouveaux défis dans le cadre de la réorganisation de leurs modèles économiques (Poynter)
  • L’effondrement de l’information ? (Hubert Guillaud)

DISRUPTION, DISLOCATION, MONDIALISATION

  • CES 2024 : tous les téléviseurs, ordinateurs portables, équipements pour la maison intelligente et autres nouveautés du salon (The Verge)
  • Fox Corp. lance une plateforme blockchain pour négocier avec les entreprises d'IA (Axios)

DONNEES, CONFIANCE, LIBERTÉ DE LA PRESSE,DÉSINFORMATION

  • Lorsqu'on est témoin d'un génocide, il ne suffit pas d'éviter l'actualité (Pranav Jeevan P)
  • Fox s'associe à Polygon Labs pour lutter contre la méfiance à l'égard des deepfakes (TechCrunch)
  • Les partis politiques et les candidats ont recours à des poursuites judiciaires pour faire taire les journalistes pendant les élections : une tendance croissante au Brésil (LatAm Journalism Review)

LÉGISLATION, RÉGLEMENTATION

  • La Commission européenne se penche sur l'alliance Microsoft-OpenAI (Les Echos)
  • L'Ofcom débauche le personnel des grandes entreprises technologiques pour faire appliquer les nouvelles règles de l'internet (Financial Times)
  • Le Conseil de l’Europe a publié ses lignes directrices sur l’utilisation responsable de l’intelligence artificielle dans le journalisme (Conseil de l’Europe)

JOURNALISME

  • Tendances des médias d'information pour 2024 : L'IA, Whatsapp, les newsletters et la vidéo parmi les domaines de prédilection (PressGazette)
  • Un bouleversement surprise au Los Angeles Times (Poynter)
  • Chez “Libé”, débat tendu autour du traitement de la guerre à Gaza (Arrêt sur Images)
  • L'assassinat sans précédent de journalistes affecte la couverture de Gaza (New Lines Magazine)
  • NBC News procède à des licenciements (Deadline)
  • Le trafic du Washington Post a chuté de plus de 50 % au cours des dernières années (Puck)

STORYTELLING, NOUVEAUX FORMATS

  • Eric Newcomer, auteur de Substack, déclare que ses revenus ont dépassé le million de dollars en 2023 (Axios)

ENVIRONNEMENT 

  • L'éditeur spécialisé dans le climat “The Cool Down” trouve sa rentabilité après l'ajout de publicités (AdWeek)

RÉSEAUX SOCIAUX, MESSAGERIES, APPS

  • Fox s'associe à Polygon Labs pour lutter contre la méfiance à l'égard des deepfakes (TechCrunch)
  • Comment Google a perfectionné le web (The Verge)
  • Twitch va interdire les personnes qui font semblant d'être nues (The Verge)
  • Discord licencie 17 % de ses employés (The Verge)
  • Pourquoi Platformer quitte Substack (Platformer)
  • Google licencie des centaines de personnes travaillant sur son assistant à commande vocale (Semafor)
  • Twitter a temporairement suspendu les comptes de plusieurs journalistes, dont certains critiques à l'égard d'Elon Musk (The New Republic)
  • Pourquoi MrBeast rejette Elon Musk (Wall Street Journal)

STREAMING, OTT, SVOD

  • Peacock se lance dans l'inconnu en diffusant un match éliminatoire de la NFL (New York Times)
  • Le télétexte perdure en Suède grâce à la nostalgie et au contenu fiable (The Guardian)
  • Netflix supprime plus de 100 émissions dans le cadre d'un changement de programmation majeur (Bloomberg)

AUDIO, PODCAST, BORNES

  • La nouvelle politique de streaming de Spotify aurait rendu 152 millions de chansons inéligibles à une compensation l'année dernière (Bloomberg)
  • Le studio de podcasts Nouvelles Écoutes se recentre sur son offre payante de documentaires et enquêtes (Télérama)

Web3, BLOCKCHAIN, CRYPTO, NFT

  • Les premiers ETF Bitcoin approuvés par les régulateurs américains (The Verge)
  • Les pédophiles utilisent de mieux en mieux les crypto-monnaies pour brouiller les pistes (The Wired)
  • Une fille aurait été violée dans le métavers. Est-ce le début d'un sombre avenir? (The Guardian)

INTELLIGENCE ARTIFICIELLE, DATA, AUTOMATISATION

  • OpenAI déclare que les poursuites engagées contre elle par le New York Times sont "sans fondement" (New York Times)
  • Accord aux Etats-Unis sur le clonage des voix dans les jeux vidéo (Los Angeles Times)
  • L’affiche de Roland-Garros 2024 a été réalisée avec Midjourney (Numérama)
  • L'IA générative a un problème de plagiat des images (IEEE Spectrum)
  • Ces applications alimentées par l'IA peuvent entendre la cause d'une toux (MIT Technology review)
  • OpenAI fait signer 260 entreprises pour la version entreprise de ChatGPT (Bloomberg)
  • Alexa d'Amazon se dote de nouvelles expériences génératives alimentées par l'IA (TechCrunch)

MONÉTISATION, MODÈLE ÉCONOMIQUE, PUBLICITÉ

  • CNBC va commencer à vendre des cours payants (Axios)

Kati Bremme, Alexandra Klinnik et Aude Nevo

 

 

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