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Nic Newman : « Le public n’apprécie pas les labels IA, sauf quand c’est vraiment nécessaire »

Après l’emballement, le discernement ? Bien que l’IA offre un potentiel d’automatisation et de personnalisation, Nic Newman, co-auteur du Reuters Institute Digital News Report, souligne que son rôle reste limité par rapport à l’ensemble des tâches journalistiques. Le chercheur examine également les divers sentiments au sein des médias, les défis à relever et les implications […]

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Liens vagabonds : Perplexity et les géants de la presse, un (nouveau) bras de fer sur l'utilisation des contenus

Alors que les entreprises d'IA aspirent des tonnes de contenu sur Internet, le trafic de recherche s'impose comme le prochain champ de bataille dans la lutte entre les éditeurs et les géants de la tech. Les chatbots d’IA sont bloqués par 67% des sites d’actualité les plus fiables, selon une étude de NewsGuard. Mais cette mesure semble bien insuffisante pour garantir une protection complète. Malgré ces restrictions, les robots d'indexation continuent d'accéder aux données en temps réel, un abus dénoncé (et prouvé) en août dernier par le New York Times. Depuis l'arrivée de l'IA générative et des interfaces comme ChatGPT, le premier journal américain mène un bras de fer juridique avec les géants de la tech, là où la plupart de ses confrères optent pour des contrats et partenariats. Désormais, un nouvel adversaire s’ajoute à la liste : Perplexity, la start-up soutenue par Jeff Bezos, qui défie ouvertement Google Search.

Newsguard

Accusée d'exploiter les articles du New York Times sans licence, Perplexity vient de recevoir une mise en demeure exigeant l'arrêt immédiat de cette pratique, dénoncée comme une violation du droit d'auteur et un enrichissement injuste. "Perplexity et ses partenaires commerciaux se sont injustement enrichis en utilisant, sans autorisation, le journalisme méticuleusement écrit, recherché et édité du New York Times, sans licence", a pointé le média. Le New York Times a également demandé des explications sur la manière dont Perplexity accède à ses articles malgré les mesures de blocage. Dans cette bataille, les médias ne sont pas seuls. En même temps que Forbes, Condé Nast, Vanity Fair et Vogue rejoignent l'accusation contre Perplexity, un groupe d'auteurs vient d'obtenir gain de cause aux États-Unis, forçant OpenAI à révéler les sources ayant entraîné leur modèle (c'est donc possible).

Introducing Internal Knowledge Search (our most-requested Enterprise feature)!

For the first time, you can search through both your organization's files and the web simultaneously, with one product. pic.twitter.com/6uTb5Xiyvn

— Perplexity (@perplexity_ai) October 17, 2024

En attendant, pour tenter de calmer la situation, Aravind Srinivas, PDG de Perplexity, a déclaré qu'il ne souhaitait pas être perçu comme un "antagoniste" des médias et qu'il était prêt à collaborer. "Nous ne collectons pas de données pour créer des modèles de base, mais indexons plutôt des pages web et faisons apparaître du contenu factuel sous forme de citations pour informer les réponses lorsqu’un utilisateur pose une question", a-t-il expliqué. A voir si cette affirmation concerne aussi leurs nouveaux produits proposés aux entreprises (autre eldorado des données) : Internal Knowledge Search et Spaces. Aujourd'hui, de nombreux éditeurs voient leur modèle économique s'effondrer et réclament une rémunération juste et une transparence accrue concernant l'utilisation de leurs contenus par les entreprises d'IA. Cependant, les modalités de ces accords, ainsi que les termes des négociations, restent souvent flous. Comme le souligne le chercheur Félix Simon, "nous avons besoin de plus de clarté sur les accords entre les entreprises d'IA et les éditeurs de presse", à l’heure où au moins 26 éditeurs internationaux, parmi lesquels le Financial Times, Condé Nast, le Texas Tribune et Der Spiegel, ont signé des accords de licence avec des entreprises comme OpenAI, Microsoft et Perplexity.

Résultat d'une enquête menée en mai 2024 auprès des cadres média du réseau WAN-IFRA (basée sur 91 réponses)

L'un des principaux défis reste l'évaluation de la valeur des données d'entraînement utilisées par les IA. “Ne pas savoir combien valent les données d’entraînement rend également plus difficile de dire pour les acteurs plus petits d’évaluer les conditions des accords qui leur sont proposés. Alors qu’un grand groupe de presse pourrait embaucher un cabinet de conseil en économie pour faire les calculs à leur place, les petites entreprises risquent de ne pas pouvoir se permettre ce luxe. Elles risquent donc de se voir présenter un fait accompli avec peu de marge de négociation”, explique Félix Simon. En fin de compte, cette incertitude affecte également les décideurs politiques et les régulateurs. L'opacité des accords renforce un jeu de pouvoir où seuls les grands gagnent, laissant les plus petits sans protection ni recours.

Le conflit autour des contenus journalistiques révèle une asymétrie profonde entre les médias et les entreprises d'IA, qui imposent leurs règles grâce à leur puissance technologique et financière. Les accords de licence, souvent perçus comme des compromis, ne font qu'effleurer le problème en laissant les géants du numérique fixer les termes. Ce bras de fer dépasse les enjeux économiques : il touche à la souveraineté éditoriale et à la légitimité du journalisme, alors que les contenus générés par l'IA risquent de diluer la valeur de l’information. Les médias doivent non seulement défendre leurs droits, mais aussi réaffirmer leur rôle essentiel auprès du public. Pour redéfinir cette relation, il faut repenser en profondeur le partage de valeur et la responsabilité entre les acteurs.

CETTE SEMAINE EN FRANCE

  • C’est parti pour la réforme du financement de l’audiovisuel public - le Sénat a entériné le projet de loi permettant à l'audiovisuel public d'être financé par des taxes affectées (Télérama)
  • Spotify lance son offre d'audiobooks en France (Les Echos)
  • Licenciements en vue en France pour le géant américain de la pub IPG (Les Echos)
  • Guillaume Dubois, le directeur général d’Euronews, « révoqué » (Le Monde)
  • Les films de patrimoine s’opposent à ce que l’IA les utilise sans autorisation (Telerama)

3 CHIFFRES

  • 37 % des Républicains et des indépendants proches du Parti républicain déclarent avoir beaucoup ou assez confiance dans les informations provenant des réseaux sociaux (Pew Research Center)
  • Netflix gagne 5 millions d'abonnés, portant son total à 282,7 millions dans le monde (The Hollywood Reporter)
  • Un an plus tard, l'édition européenne du Guardian représente 15 % du nombre de pages consultées de l'éditeur (NiemanLab)

LE GRAPHIQUE DE LA SEMAINE

Netflix a ajouté 22 millions d'abonnés en 2024, son plus grand nombre depuis 2020.

Infographic: Netflix Added 22M Subs in 2024 So Far, the Most Since 2020 | Statista

Source : Netflix, graphique : Statista

NOS MEILLEURES LECTURES / DIGNES DE VOTRE TEMPS / LONG READ

  • L'IA peut-elle aider l'Afrique à combler le fossé du développement ? (Financial Times)
  • Ofcom appelé à agir après qu'une entreprise américaine a qualifié Roblox de « paradis des pédophiles » (Guardian)
  • Le boom de l'IA a une date d'expiration (The Atlantic)
  • Tout ce que nous savons sur les « shadowbans » sur les réseaux sociaux (Washington Post)

DISRUPTION, DISLOCATION, MONDIALISATION

  • Amazon fait son entrée dans l'actualité avec la couverture en direct des élections par Brian Williams (New York Times)
  • Dans les coulisses de la guerre de Gaza chez Condé Nast (Semafor)
  • Le projet d'interdiction des réseaux sociaux en Australie soulève des craintes d'isolement chez les adolescents (Reuters)
  • Meta licencie son personnel pour avoir acheté du dentifrice au lieu d'un déjeuner (BBC)
  • Ce n'est pas moi, c'est juste mon visage » : les mannequins qui ont découvert que leur image avait été utilisée dans la propagande par l'IA (The Guardian)
  • Des millions de personnes utilisent des bots IA « nudifiants » abusifs sur Telegram (Wired)
  • YouTube fait un petit pas vers l'étiquetage des vidéos authentiques (The Verge)

DONNEES, CONFIANCE, LIBERTÉ DE LA PRESSE, DÉSINFORMATION

  • Déclaration d’Ottawa : des médias publics du monde entier s’allient avec la Public Media Alliance, le Groupe de travail mondial pour les médias publics et CBC/Radio-Canada pour combattre la désinformation (CBC)
  • YouTube fait un petit pas vers l'étiquetage des vidéos authentiques (The Verge)

LÉGISLATION, RÉGLEMENTATION

  • Meta est poursuivi par plusieurs Etats américains pour l'addiction des adolescents aux réseaux sociaux (Reuters)
  • Un nouveau projet de loi au Royaume-Uni pourrait obliger les entreprises de réseaux sociaux à rendre leur contenu moins addictif pour les moins de 16 ans (The Guardian)

JOURNALISME

  • Le Royaume-Uni va consulter sur le modèle d'opt-out pour le scraping de contenu par l'IA, un coup dur pour les éditeurs (Financial Times)
  • La BBC va supprimer 155 postes au sein de sa rédaction (Financial Times)
  • Pourquoi le lancement de Microsoft Copilot Daily est un « moment significatif » pour l'industrie de l'information (PressGazette)

STORYTELLING, NOUVEAUX FORMATS

  • Tina Brown, la reine des médias traditionnels, emmène son journal sur Substack (New York Times)

ENVIRONNEMENT 

  • Une IA scanne la « matière noire » de l'ARN et découvre 70 000 nouveaux virus (Nature)

RÉSEAUX SOCIAUX, MESSAGERIES, APPS

  • Modération de contenus : TikTok remplace des postes au profit de l’IA (Media Leader)
  • Instagram s'attaque à la « sextorsion » alors que les problèmes de sécurité des adolescents se multiplient (Washington Post)
  • YouTube teste à nouveau son abonnement Premium Lite à prix réduit, mais avec des publicités limitées (The Verge)
  • Comment WhatsApp génère-t-il des revenus ? C'est gratuit, mais avec quelques astuces (BBC)

STREAMING, OTT, SVOD

  • Début d'une répression fédérale sur les politiques d'annulation des services de streaming (The Hollywood Reporter)
  • Warner Bros Discovery va lancer son service de streaming Max dans sept marchés asiatiques en novembre (Reuters)
  • La question de la rémunération des talents plane sur les résultats de Netflix (Variety)
  • Ted Sarandos défend la position ferme de Netflix sur la distribution en salle : « Nous sommes dans le secteur de l'abonnement en streaming, et vous pouvez voir nos résultats » (Deadline)

AUDIO, PODCAST, BORNES

INTELLIGENCE ARTIFICIELLE, DATA, AUTOMATISATION

  • L'IA contre l'esprit : découvrez "le premier robot artiste au monde" (BBC)
  • Adobe lance son générateur vidéo alimenté par l'IA dans la course avec OpenAI et Meta (Bloomberg)
  • Le responsable de l'IA chez Meta estime que les modèles du monde sont cruciaux pour une « IA au niveau humain », mais cela pourrait prendre 10 ans (TechCrunch)
  • Meta critiqué pour avoir qualifié ses modèles d'IA d'« Open Source » (Financial Times)
  • Meta s'associe à Blumhouse pour tester son modèle de génération de films par IA (Reuters)
  • Les manifestes sur l'IA inondent le secteur technologique (Axios)
  • Ce prompt peut amener un chatbot IA à identifier et extraire des informations personnelles de vos conversations (Axios)
  • Google transfère l'équipe de l'application Gemini à DeepMind (Reuters)
  • ChatGPT a désormais une application Windows (Wired)

MONÉTISATION, MODÈLE ÉCONOMIQUE, PUBLICITÉ

  • X a toujours du mal à augmenter ses revenus d'abonnement (Techcrunch)
  • Publicis revoit ses prévisions à la hausse mais reste prudent face aux obstacles économiques (Wall Street Journal)
  • Google remplace le responsable de Search et de la publicité (The Verge)

 

Par Kati Bremme, Alexandra Klinnik et Océane Ansah

 

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Liens vagabonds : Les médias traditionnels, victimes d'obsolescence dans le monde tech ?

La presse mainstream se trouve à un tournant décisif. À mesure qu'Internet et les réseaux sociaux redéfinissent les contours de l'information, des voix influentes, comme celle de Taylor Lorenz, interrogent le rôle et la pertinence des médias traditionnels. Ancienne journaliste tech au Washington Post, la spécialiste de la “creator economy” a choisi de quitter le navire vieillissant pour se lancer en solo sur Substack. Son projet ? User Magazine, une newsletter consacrée à « couvrir la technologie du point de vue de l'utilisateur ».

Dans cette quête d'indépendance, elle rejoint un nombre croissant d'ex-journalistes "stars" des médias traditionnels devenus indépendants : Olivier Darcy, ancien rédacteur de CNN, a récemment lancé Status, une newsletter par abonnement. Jeremy Scahill et Ryan Grim, tous deux de The Intercept, ont quant à eux créé Drop Site News. Pour la spécialiste de la culture numérique, cette liberté enfin acquise signifie s’affranchir d’une hiérarchie devenue trop pesante, « d’institutions qui se préoccupent davantage des apparences que de défier le pouvoir », ainsi que des politiques restrictives du Washington Post concernant les réseaux sociaux de ses employés. 

Ce qui la guide, au-delà d’une volonté de se défier de conventions qui lui paraissent dépassées ? La volonté de pouvoir couvrir internet comme elle le souhaite, c’est-à-dire comme un outil culturel majeur, au-delà d’une simple innovation technologique. « Les médias traditionnels ont du mal à couvrir internet de manière significative. Ils s’en détournent souvent », pointe-t-elle dans une récente interview. « Ces institutions ont été conçues pour une époque différente où les informations étaient plus lentes, plus centralisées, et où quelques garde-fous pouvaient contrôler le récit ». Avec déjà plus de 39 000 abonnés inscrits à sa newsletter, la créatrice de contenus - elle se définit aussi de cette manière - prouve qu'il existe une demande croissante pour ce type d’approche . Son travail se concentre sur la nouvelle génération de créateurs qui utilisent TikTok, Instagram, et YouTube comme outils pour créer leur propre culture.

En France, la situation n'est guère différente. Les médias traditionnels semblent souvent englués dans des approches obsolètes. « On explique les enjeux liés au numérique de manière économique, superfétatoire ou fantasmée », constate François Saltiel, journaliste média. L'absence de programmes dédiés aux enjeux technologiques crée un vide que de nouvelles voix pourraient combler. Selon un rapport de l'Arcom de mars 2024, 62 % des Français s'intéressent aux questions technologiques et scientifiques, devançant ainsi l'économie, le sport, la politique et les célébrités.

Un futur à redéfinir

Les institutions peuvent-elles réinventer leur approche face à des sujets aussi évolutifs et techniques ? En se concentrant davantage sur la technologie que sur les utilisateurs, elles risquent de passer à côté de l'essentiel : comprendre comment Internet influence et façonne notre culture. Comme l'affirme le journaliste américain Jeff Jarvis : « Une grande partie de la presse reste focalisée sur les grandes entreprises technologiques, leurs dirigeants souvent masculins, et leurs algorithmes, perçus comme des boîtes noires mystérieuses que les journalistes ont du mal à expliquer. Cela pourrait sembler aussi absurde que de parler du télégraphe en termes d'étincelles, de la radio en termes d'ondes, ou de la télévision en termes de pixels. Ces technologies sont importantes non pas pour leur fonctionnement, mais pour la manière dont elles nous aident à communiquer, à innover, à créer ou à détruire. Il est donc essentiel d’aborder Internet sous des angles culturel, politique, économique, éducatif et environnemental. »

CETTE SEMAINE EN FRANCE

  • Le niveau de confiance dans les médias varie selon l'affiliation politique, selon une étude ObSoCo, Fondation Jean-Jaurès et ARTE (Fondation Jean Jaurès)
  • Qui fait des podcasts en France… et qui en vit ? Une étude à l’écoute de ce métier précaire (Télérama)
  • Le gouvernement étudie une pérennisation de la vidéosurveillance algorithmique (Le Monde)
  • LVMH prend le contrôle de « Paris Match », après des années de convoitise (Le Monde)
  • Télévision : pourquoi la numérotation peut relancer la guerre des chaînes d'info (Les Echos)
  • Ce que révèlent cinq années de traitement médiatique des violences sexistes et sexuelles (INA)
  • Dov Alfon actualise son plan stratégique pour Libération (La Lettre)
  • Procès du “Canard enchaîné” : six journalistes se portent partie civile aux côtés de Christophe Nobili (Télérama)

3 CHIFFRES

  • Près d'un tiers des 171 messages postés la semaine dernière par Elon Musk, le propriétaire de l'X, étaient faux, trompeurs ou manquaient d'un contexte essentiel (New York Times)
  • OpenAI lève 6,6 milliards de dollars lors de la plus grande levée de fonds en capital-risque de l'histoire (Axios)
  • 46 % des adultes américains déclarent avoir été confrontés à une arnaque ou à une cyberattaque (Axios)

LE GRAPHIQUE DE LA SEMAINE

Source : Trusting News

 

NOS MEILLEURES LECTURES / DIGNES DE VOTRE TEMPS / LONG READ

  • Mal informé sur la désinformation (Financial Times)
  • Les milliardaires pro-Trump de la Silicon Valley vont-ils avoir la peau de la démocratie ? (Télérama)
  • Vos échanges avec le chatbot pourraient être une mine d'or pour les entreprises d'IA (The Atlantic)
  • Mark Zuckerberg peut-il s'élever au-dessus de la mêlée politique américaine ? (Financial Times)

DISRUPTION, DISLOCATION, MONDIALISATION

  • Les acteurs au UK perdent des revenus face à l'IA, selon une étude du CREATe (Centre de Régulation de l'Économie Créative à l'Université de Glasgow). Près d'un quart des personnes interrogées ont été sollicitées pour fournir des images ou des enregistrements audio afin de créer un sosie numérique visuel ou sonore. Huit pour cent ont vu un sosie numérique créé sans leur consentement (Advanced Television)
  • Google propose la recherche filmée (Google)
  • Meta Movie Gen, générateur de vidéo, sons et musique d'ambiance synchronisée, entraîné sur 100 millions de vidéos, 1 milliard d'images (sources non précisées) (Meta)

DONNEES, CONFIANCE, LIBERTÉ DE LA PRESSE, DÉSINFORMATION

  • La lutte pour la vérité commence : la BBC dévoile les coulisses du combat contre la désinformation (BBC)

LÉGISLATION, RÉGLEMENTATION

  • Audiovisuel public : la gauche pousse pour le retour d’une redevance (Télérama)

JOURNALISME

  • Reuters et CNN deviennent les derniers médias à faire payer l'accès aux actualités en ligne (WSJ)
  • Le New York Times lance une application mobile entièrement remaniée (Hollywood Reporter)
  • L'interview de Boris Johnson par la BBC a été annulée après l'envoi par mégarde de notes de briefing sur l'entretien de l'ancien Premier ministre (The Guardian)
  • CNN a demandé une interview avec Melania Trump. Son éditeur a demandé 250 000 $ en échange (CNN)

STORYTELLING, NOUVEAUX FORMATS

  • Substack s’impose comme le nouveau refuge anticonformiste du journalisme de design (Financial Times)
  • Comment la campagne de Kamala Harris a finalement fait fonctionner la stratégie de mèmes de Biden (Bloomberg)
  • Les YouTube Shorts deviennent moins courts (The Verge)

ENVIRONNEMENT 

  • Le sommet français sur l'intelligence artificielle sera axé sur l'impact environnemental des technologies énergivores (The Guardian)

RÉSEAUX SOCIAUX, MESSAGERIES, APPS

  • Plus de 9 000 pages frauduleuses sur Facebook supprimées après que des Australiens aient perdu 43,4 millions de dollars à cause de deepfakes de célébrités (The Guardian)
  • À l'intérieur du chaos de la nouvelle téléréalité de MrBeast (Rolling Stone)
  • Apple vient-il de tuer les applications sociales ? (NYT)
  • Pourquoi Threads s'ouvre à d'autres réseaux sociaux (Washington Post)
  • MrBeast acquiert une startup visant à devenir le LinkedIn de l'économie des créateurs (Business Insider)

STREAMING, OTT, SVOD

  • Le câble est en train de mourir. Le streaming devient le nouveau câble. Et tout empire (Washington Post)
  • Apple revoit à la baisse ses grands projets de sortie de films au cinéma (Bloomberg)

AUDIO, PODCAST, BORNES

  • Les podcasts de discussion dominent le marché — et le feront toujours (Wired)
  • Votre prochaine interview de podcast pourrait en réalité être une réunion déguisée (Bloomberg)

INTELLIGENCE ARTIFICIELLE, DATA, AUTOMATISATION

  • L'IA Copilot de Microsoft se dote d'une voix, de la vue et d'un persona « Hype Man » (Wired)
  • Le responsable de l'IA de Microsoft veut que Copilot apporte un « soutien émotionnel » à Windows et à Office (Wired)
  • OpenAI veut que toutes vos applications utilisent ses voix expressives d'IA (Washington Post)
  • Facebook est inondé d'images générées par l'IA montrant la dévastation causée par l'ouragan Helene (Futurism)
  • Microsoft commence à rémunérer les éditeurs pour leurs contenus mis en avant par Copilot (TechCrunch)
  • Microsoft arrête le HoloLens 2 sans successeur en vue (TechCrunch)
  • OpenAI ouvre son moteur d'IA vocale aux développeurs (Axios)
  • En Corée du Sud, la pornographie deepfake ruine la vie des femmes (Associated Press)

MONÉTISATION, MODÈLE ÉCONOMIQUE, PUBLICITÉ

  • Comment Axios a augmenté ses revenus publicitaires pré-réservés en ciblant des audiences de niche (Digiday)
  • Amazon va augmenter le nombre de publicités sur Prime Video (Financial Times)
  • Les résumés de recherche générés par l'IA de Google affichent désormais des publicités (The Verge)

Par Kati Bremme, Alexandra Klinnik et Océane Ansah

 

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Liens Vagabonds : Imagined for You, Meta propose à chacun sa réalité

« Ça se passe maintenant », a proclamé Mark Zuckerberg au Meta Connect du mercredi 25 septembre. Vêtu d’une montre identifiée par les utilisateurs de Reddit comme valant l'équivalent du revenu annuel moyen d’un Américain et d'un t-shirt arborant le slogan "Aut Zuck Aut Nihil" (soit Zuck, soit rien), le créateur de Facebook prône une philosophie égalitaire. Ironique, mais révélateur des tensions entre ses habitudes de consommation personnelles et la stratégie de sa société. Les pertes opérationnelles colossales de son unité Reality Labs, évaluées à des dizaines de milliards, ne semblent pas freiner ses ambitions, même si les retours sur investissement tardent. Au programme : beaucoup de "WOW" et un peu de "WTF", avec, parmi les vedettes de la journée, le casque de réalité virtuelle Quest 3S pour un dixième du prix d’un Vision Pro d'Apple, sans oublier les lunettes intégrant une technologie holographique connectées à nos cerveaux pour un futur lunatique pas si lointain peut-être (le NYT parle même toujours de métavers).


(Les lunettes, l’accessoire fashion indispensable du futur connecté, image IA)

Après nous avoir enfermés dans des bulles de filtre, Meta fait un pas audacieux dans les nouvelles réalités artificielles, avec "Imagined for You". On pourra désormais personnaliser son fil d'actualités avec des contenus générés par IA, ajustés aux préférences des utilisateurs en temps réel. Ils auront la possibilité de modifier les images grâce à des prompts ou de les faire défiler pour découvrir de nouvelles créations instantanément. Selon Amanda Felix, porte-parole de Meta, les utilisateurs qui activeront la fonctionnalité "Imagine Yourself" verront même des images de leur propre visage, à condition d’offrir leurs photos personnelles à Meta.

Cette personnalisation repose en effet sur une collecte massive de données, permettant à Meta d’ajuster précisément les contenus pour chaque individu. Lors d’un entretien avec Alex Heath de The Verge, Mark Zuckerberg ne cache pas son ambition que l'intégration d'images générées par l'IA dans les fils d'actualité représente la prochaine étape logique pour Facebook et Instagram. « Au départ, les fils d’actualité montraient exclusivement les publications des amis et abonnés. Désormais, une nouvelle couche s’ajoute : du contenu généré par des systèmes d’intelligence artificielle, conçu pour correspondre aux centres d’intérêt de chaque utilisateur ».

Le New York Times a qualifié cette mise à jour de « risquée », avertissant des dangers d’une personnalisation excessive. Par ailleurs, l’invasion de contenu généré par l’IA, parfois désignée sous le terme de « slop » (au départ, des déchets maritimes, en figuré pour les contenus de faible qualité générés par l'IA) , préoccupe. Max Read a estimé que « depuis presque deux ans, une marée montante de slop commence à inonder la plupart des espaces considérés comme l’internet. La montée en puissance de l’IA et des contenus générés automatiquement pourrait également annoncer la fin des contenus générés par les utilisateurs ».

Reste un espoir : comme l’indique Axios, lesdits utilisateurs ne s’avèrent pas nécessairement enthousiastes à l’idée d’être submergés par ce type de contenu à long terme. Pour Casey Newton, si Meta va trop vite en noyant les fils d’actualités sous des contenus générés par l’IA, elle risque de donner à ses produits phares "l'aspect d'un parc d'attractions abandonné". En attendant, près de 500 millions d'utilisateurs utilisent les produits IA de Meta, a déclaré Mark Zuckerberg, affirmant que l'IA de Meta est en passe de devenir l'IA la plus utilisée au monde. Après les bulles de filtre, chacun pourra désormais imaginer sa propre réalité ?

CETTE SEMAINE EN FRANCE

  • « Pour le pluralisme algorithmique ! » (Le Monde)
  • M6 s'allie avec la plateforme Pluto pour enrichir son offre de streaming gratuit (Les Echos)
  • La CNIL s'attaque aux atteintes à la vie privée sur smartphone (Les Echos)
  • TNT : Christopher Baldelli nommé président de Réels TV, la future chaîne de Kretinsky (Télérama)
  • « Le Canard enchaîné » se jette enfin dans la grande mare d'Internet (Les Echos)
  • Dispositif SIG : Bouygues Telecom, Canal+, Free, Orange et SFR seront les premiers assujettis (Digital Transformation Notepad)
  • Rachida Dati met sur pause la fusion de l’audiovisuel public sans l’enterrer (Le Figaro)

3 CHIFFRES

  • Plus de la moitié des journalistes ont envisagé de démissionner pour cause d'épuisement professionnel cette année, selon une enquête Muck Rack
  • Selon Bain & Company, le marché des produits et services d'IA pourrait atteindre jusqu'à 990 milliards de dollars d'ici 2027. (Bain & Company)
  • 54% des adultes américains disent consulter parfois les réseaux sociaux pour s'informer, une légère hausse par rapport aux dernières années. (Pew Research Center)

LE GRAPHIQUE DE LA SEMAINE

En France, Hugo Décrypte est le compte personnel lié à l'actualité le plus mentionné.

Source : Reuters

NOS MEILLEURES LECTURES / DIGNES DE VOTRE TEMPS / LONG READ

  • Les joies de discuter avec ChatGPT (Wall Street Journal)
  • Mark Zuckerberg : les créateurs et les éditeurs « surestiment la valeur » de leur travail pour l'entraînement de l'IA (The Verge)

DISRUPTION, DISLOCATION, MONDIALISATION

  • James Cameron rejoint le comité de direction de Stability AI (The Verge)
  • Cloudflare propose de faire payer les IA pour l’accès aux sites web (TechCrunchl)
  • Augmentation marquée de l'utilisation problématique des réseaux sociaux chez les adolescents, selon une étude de The Health Behaviour In School-aged Children (HBSC)  (BBC)
  • Pavel Durov, le patron de Telegram, annonce un durcissement de la modération (Le Monde)
  • Les régulateurs chinois accentuent la pression sur les entreprises chinoises pour qu'elles achètent des puces locales plutôt que celles de Nvidia (Bloomberg)
  • Le Comex d'OpenAI quitte l'entreprise tandis que son PDG s'efforce d'en faire une société profitable (The Wall Street Journal) ; OpenAI a informé ses investisseurs que ses revenus atteindraient 11,6 milliards de dollars l'année prochaine, contre 3,7 milliards de dollars estimés cette année (NYT) ; OpenAI tel que nous le connaissions est-il mort ? (Vox)

I shared the following note with the OpenAI team today. pic.twitter.com/nsZ4khI06P

— Mira Murati (@miramurati) September 25, 2024

DONNEES, CONFIANCE, LIBERTÉ DE LA PRESSE, DÉSINFORMATION

  • Qualifier les mensonges de Trump de 'contestés' sur X Incite les partisans à les croire davantage, selon une étude (The Guardian)
  • Les Américains reprochent aux politiciens la diffusion de fausses informations (Axios)

LÉGISLATION, RÉGLEMENTATION

  • IA : Meta et Apple mettent la pression sur l’Union européenne, accusée de « rejeter le progrès »(Le Monde)
  • CrowdStrike se rend au Capitole pour une première audition sur la panne mondiale (Axios)
  • La moitié des États américains cherchent à réprimer l'utilisation de l'IA dans les élections (Axios)

JOURNALISME

  • Le Washington Post va licencier un quart du personnel de son unité Software (Wall Street Journal)
  • Youtubeurs politiques ou la poursuite du journalisme politique par d’autres moyens (AOC)

STORYTELLING, NOUVEAUX FORMATS

  • Délaissés par les réseaux sociaux, les éditeurs se tournent vers WhatsApp (New York Times)

ENVIRONNEMENT 

  • L'IA est-elle plus durable si elle est produite sous l'eau ? (Wired)

RÉSEAUX SOCIAUX, MESSAGERIES, APPS

  • TikTok va fermer son service de streaming musical éphémère (Wall Street Journal)
  • Le copier-coller viral « Goodbye Meta AI » ne vous protègera pas (Wired)

what if you fell in love with someone then they reposted Goodbye Meta AI on their instagram story pic.twitter.com/5wD0OgtZTc

— hannah louise (@hannahlouisef) September 24, 2024

  • Le Dash Hudson Social Media Benchmark (Dash Hudson)
    Un chiffre extrait du rapport : Les vues des Shorts YouTube sont en hausse de 153 % - le long format est EN BAISSE de 15 %

STREAMING, OTT, SVOD

  • Max bénéficiera de sous-titres codés générés par l'IA de Google (The Verge)
  • Disney+ lance une vaste campagne de répression contre le partage de mots de passe et propose une option payante de « membre supplémentaire » (Variety)

AUDIO, PODCAST, BORNES

  • Le NYT proposera des abonnements audio par l'intermédiaire d'Apple et de Spotify (Axios)
  • Peu après les explosions mortelles des pagers du Hezbollah, ce podcast généré par IA a été mis en ligne (Wired)

INTELLIGENCE ARTIFICIELLE, DATA, AUTOMATISATION

  • Le clone IA d'un journaliste de la BBC peut-il tromper ses collègues ? (BBC)

  • L’ancien patron du design d’Apple a rejoint OpenAI (The Verge)
  • Les fonds du Moyen-Orient investissent des milliards de dollars dans les start-ups d’IA les plus populaires (CNBC News)
  • L'IA sera-t-elle un échec ? Un sceptique de Wall Street tire la sonnette d'alarme (New York Times)
  • Le premier musée d'art dédié à l'IA va ouvrir à Los Angeles (Semafor)
  • Runway déclare qu'ils financeront les réalisateurs s'ils utilisent ses outils d'intelligence artificielle (The Hollywood Reporter)

MONÉTISATION, MODÈLE ÉCONOMIQUE, PUBLICITÉ

  • Havas Media Network annonce le lancement de son algorithme d’enchères programmatiques basé sur l’IA (Media Leader)

 

Par Kati Bremme, Alexandra Klinnik et Océane Ansah

The post Liens Vagabonds : Imagined for You, Meta propose à chacun sa réalité first appeared on Méta-media | La révolution de l'information.

Festival de l’info locale : “On ne pourra pas lutter contre des hyper puissants en étant des nains”

Qui est le véritable danger pour la presse et l’information ? Faut-il craindre davantage les GAFAM ou Vincent Bolloré & co ? Cette question a fait l’objet d’une table ronde au Festival de l'info locale de Nantes, qui a eu lieu le 26 et 27 septembre, intitulée “La concentration des médias est-elle compatible avec le pluralisme ?”. 

Par Alexandra Klinnik, MediaLab de l'Information

D'un côté, les plateformes numériques siphonnent les revenus publicitaires et fragilisent la presse, provoquant un véritable “tsunami”. De l'autre, la concentration des médias s'intensifie, illustrée récemment par le rachat de BFM, RMC et La Provence par CMA CGM, dirigé par Rodolphe Saadé, soulevant des questions sur l'indépendance et la diversité de l'information. Face à ces défis, les débats récents des États Généraux de l'Information interrogent : la législation actuelle peut-elle encore protéger les médias ? Dans quel ordre de bataille les médias doivent-ils se positionner ?

Résumé des points clés.

L’éducation aux médias est une urgence !

  • Pour Nathalie Sonnac, professeure à l’université Paris Panthéon-Assas, le véritable enjeu reste celui de l’éducation aux médias, à l’heure où les citoyens sont massivement exposés à un flot de désinformation via les plateformes numériques. Cette éducation ne doit pas se limiter aux jeunes mais s’étendre à l’ensemble de la population. Selon la présidente du COP du CLEMI, il est essentiel d’aider les citoyens à comprendre les mécanismes de production de l’information et à identifier les fake news pour renforcer la résilience démocratique. “Les plateformes n’ont pas pour mission de fabriquer une info de qualité à la différence des médias. Nous traversons un véritable big bang médiatique”, alerte-t-elle. 
  • Même son de cloche chez David Guiraud, président du conseil de surveillance de Ouest-France, qui dénonce une lutte inégale contre “des monstres, sans foi, ni loi, dont la seule raison d’être n’est pas de relier les gens, mais la puissance et l’argent”, avec aux manettes  “un pirate absolu”, Mark Zuckerberg. 
  • Cette éducation est d’autant plus nécessaire car elle peut permettre de recréer un socle commun dans un contexte où chacun vit sa propre réalité. “Quand je regarde les chaînes de l’info continu et la PQR de l’autre côté, on ne parle pas du même monde, de la même chose. On a pas la même vision des choses”, constate David Guiraud. Il faut, comme l'affirmait la philosophe Hannah Arendt, "recréer un réel commun", d'autant plus à l'heure où l'intelligence artificielle et les manipulations informationnelles menacent de plus en plus cette cohésion.

La concentration, un atout face aux géants du numérique ?

  • Laurent Guimier, directeur du pôle médias de l’armateur CMA CGM (“les derniers entrants sur le marché” selon les mots de Gilles van Kote du Monde) estime que la concentration peut être un levier nécessaire pour permettre aux médias traditionnels de résister à la montée en puissance des GAFAM. “Il s’agit de se dire comment on constitue un groupe média avec des médias très différents qui peuvent se renforcer les uns les autres, et ainsi tenter de résister à cette transformation terrifiante qui s’attaque à tous, petits, grands médias, médias privés, publics, médias possédés par des riches et très riches. Nous sommes tous égaux devant cette déferlante” assure le président du conseil d’administration du journal La Provence.
  • Pour lui, la législation actuelle limite excessivement les stratégies de déploiement des médias, empêchant la formation d’acteurs suffisamment puissants pour s’opposer à cette révolution numérique. “Est-ce que le concurrent de Ouest France, c’est BFM ou TikTok ? Le concurrent de France 3, BFM ou YouTube ? L’adversaire de la démocratie, des propriétaires européens qui mettent des millions dans les médias ou Elon Musk ? ”, s’interroge celui qui invite à repenser les véritables forces en présence. Pour lui, la loi de 1986, socle de la régulation, pensée avant l’internet “bloque le développement de télé locales. C’est la même chose en radio, avec des interdictions de concentration. Le rythme des médias nécessite une révision de la législation” estime-t-il.
  • David Guiraud souligne également l'importance de constituer une entité puissante. “On ne peut pas lutter contre des hyperpuissants en étant des nains. Il faut accepter une forme de puissance.” Pour lui, il ne s’agit pas d’une quête de pouvoir pour le pouvoir, mais d'une puissance bâtie sur l’indépendance et la confiance… et la mutualisation des forces internes. La future chaîne de télévision du groupe Ouest-France se construira dans cet esprit avec les confrères locaux. Les studios seront en région. “On doit investir ensemble, sinon on n’y arrivera pas”, souligne-t-il.

Un modèle alternatif de gouvernance ?

  • Le groupe Ouest-France souhaite offrir un contre-modèle à la concentration des médias aux mains de grands groupes financiers. Ouest-France appartient à une association à but non lucratif, l’ASPDH (Association pour le soutien des principes de la démocratie humaniste). Ce modèle, estime le président de l’association, montre qu’il est possible de préserver le pluralisme tout en maintenant une puissance économique. En tant que premier quotidien national francophone au monde, Ouest-France repose sur une structure associative régie par la loi de 1901, qui privilégie un capital “éthique”, articulé autour de “valeurs solides” qui guident son fonctionnement.
  • “Personne ne peut racheter ce groupe demain. Pour rester indépendant, il faut gagner de l’argent”, explique David Guiraud.  100% des bénéfices du groupe sont réinvestis dans le développement, en particulier dans le numérique, ce qui leur a permis d’atteindre 260 000 abonnés numériques. “On est très loin du succès du New York Times, mais on ne désespère pas de renverser la vapeur. On essaye de s’améliorer en permanence”, lance-t-il.

"Si c'est pour nous dire qu'il faut une concentration maximale pour les affronter, je dis que c'est perdu d'avance !"

  • David Assouline, rapporteur de la commission d’enquête sur la concentration des médias,  reconnaît que la puissance des géants du numérique dépasse de loin celles des groupes de presse traditionnels, mais il refuse de voir dans la concentration une solution viable pour leur faire face. Il estime que vouloir concentrer les médias pour rivaliser avec les GAFAM est une illusion. “Tous les groupes sont des nains par rapport à eux, affirme-t-il, "si c'est pour nous dire qu'il faut une concentration maximale pour les affronter, je dis que c'est perdu d'avance ! Leur puissance financière n’est pas rattrapable."
  • Selon l’ancien sénateur socialiste, la seule véritable résistance aux géants de la tech américains réside dans la qualité de l’information et l’indépendance des rédactions. La bataille ne peut être gagnée sur le terrain financier ou technologique des GAFAM, mais plutôt en s’assurant que les médias nationaux offrent une information vérifiée, pluraliste et indépendante.
  • Il dénonce également les pratiques de certains grands groupes de presse, citant l’exemple de Bernard Arnault. Selon un mémo interne révélé mercredi 18 septembre par La Lettre, le propriétaire du groupe Les Echos-Le Parisien a exigé de ses cadres une « interdiction absolue » de « parler » avec les journalistes de sept médias « dits d’investigation qui se servent de l’attrait du public pour le luxe afin d’attirer de manière racoleuse un nouveau lectorat » : La Lettre, le Canard enchaîné, Mediapart, Glitz Paris, Puck, Miss Tweed et l’Informé. Ainsi que toutes les autres lettres confidentielles du même type qui existent ou pourraient être créées » . “Comment peut-on être un patron de presse et interdire de parler à des journalistes ? Interdire que des journalistes puissent avoir accès à des informations ?”, s’exclame David Assouline. Une pratique totalement incompatible avec les principes de liberté et de transparence qui devraient régir le secteur médiatique. Pour résister aux GAFAM, il faut une “exemplarité”, martèle-t-il.
  • Dans un monde où l’information joue un rôle crucial, il est essentiel d’examiner les acteurs qui influencent (et déforment) notre perception de la réalité : “Le problème aujourd’hui ne se limite pas aux GAFAM. Regardez ce que fait Bolloré. Il a fabriqué un candidat présidentiel qui propageait de la haine. Il a un ensemble médiatique dans le monde de l’édition, une majorité de livres scolaires pour les enfants. Qui détient les journaux a son importance. S’il faut des riches pour faire des entreprises puissantes, alors mettons les bons parce qu’on n’est pas en train de fabriquer des brosses à dent, mais de fabriquer de l’information qui est un bien précieux pour les citoyens !”

Comment choisir son directeur de rédaction ?

  • Les Etats généraux de la presse ont suscité des attentes, notamment sur la possibilité pour les rédactions de se prononcer sur le nom du directeur de la rédaction. Pour David Guiraud, cette volonté est une fausse bonne idée. Pour lui, un directeur de rédaction doit posséder de nombreuses compétences : être un excellent journaliste, un bon manager, comprendre le digital et avoir une vision stratégique. Or, il estime qu’un collectif de journalistes n’est pas toujours le mieux placé pour identifier un tel profil. Une équipe de direction doit prendre le dessus.
  • ll cite l’exemple de The Economist, où le conseil d'administration a créé un comité ad hoc en capacité de choisir un directeur de rédaction. Les membres de ce groupe interrogent tous les journalistes qui répondent de manière confidentielle : “Une fois lus, les documents sont détruits. Cela oblige chaque journaliste à bien réfléchir, à travailler le dossier de façon approfondi”. Le comité regarde ensuite les propositions et nomme le directeur de la rédaction. “Un directeur de la rédaction qui n’est pas adoubé ne pourra pas faire son boulot”, estime David Guiraud.

La lutte contre la domination des GAFAM et la concentration des médias soulève des défis majeurs pour l'avenir de l'information. Si certains prônent la puissance économique pour résister, d'autres insistent sur l'importance de l'indépendance éditoriale et de la qualité de l'information. Face à la désinformation, l'éducation aux médias et un modèle éthique et pluraliste apparaissent comme des clés essentielles pour protéger la démocratie.

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Liens vagabonds : YouTube, le nouveau géant de la télévision ?

YouTube à la conquête de la télé - Lors de son événement Made On YouTube du mercredi 18 septembre, la plateforme de Google a dévoilé un plan ambitieux de transformation. Ce remaniement s’appuie sur l’intégration de l’intelligence artificielle et l’introduction de nouvelles fonctionnalités conçues pour séduire créateurs et utilisateurs, tout en accentuant la pression sur ses rivaux dans le marché du streaming.

« YouTube est la plus grande chaîne de télévision au monde et un acteur clé de l’écosystème télévisuel. Contrairement à TikTok ou Facebook, YouTube est présent sur les téléviseurs de salon », avait déjà déclaré Evan Shapiro, cartographe de l'écosystème médias, lors d’un débat sur les prévisions 2024 pour le secteur des écrans, à la Royal Television Society à Londres. Malgré les prédictions concernant sa disparition, la télévision reste une composante majeure dans de nombreux foyers à travers le monde, et YouTube s’y implante de plus en plus. 60 % des enfants âgés de 4 à 15 ans au Royaume-Uni regardent YouTube régulièrement sur leur télévision connectée, selon des données de Barb. 

Ce repositionnement de YouTube en tant que chaîne de télévision marginalise progressivement les autres plateformes de streaming. En août, selon Nielsen, YouTube représentait 10,6 % du temps de visionnage sur les télévisions connectées, contre 7,9 % pour Netflix et 3,1 % pour Prime Video. Pour Robyn Summer, directeur commercial à l'agence marketing Essence Mediacom, YouTube pourrait même dépasser Netflix en termes d'audience quotidienne moyenne d'ici décembre 2024.

introducing fresh features to supercharge your creativity, community & business, including:

✨ AI-powered tools to ignite your imagination
🤗 deeper ways to connect with *your* people
💰 fun new opportunities to make money pic.twitter.com/0V2yWolR11

— YouTube (@YouTube) September 18, 2024

Dans cette même dynamique, YouTube introduit les « Creator Show Pages », une nouveauté qui s'inspire de la mise en page des plateformes comme Netflix ou Prime Video. D’après le vice-président des produits chez Youtube, cette fonctionnalité permettra aux consommateurs de « voir clairement l’intégralité d’une saison, ce qui pourrait les inciter à continuer à regarder ou même à télécharger la saison entière avant un vol ». Cette nouveauté s’ajoute aux avantages déjà mis en place pour optimiser l’impact des créateurs et faciliter leur portée. La place de Youtube sur les téléviseurs permet aux créateurs de considérer leur programmation, leur contenu et leurs investissements dans leurs communautés avec la même perspective que les médias traditionnels.

L'adoption de l'IA est bien sûr un élément crucial dans ce "pivot to tv". L'un des outils phares permet aux créateurs de recevoir des suggestions de concepts de vidéos, des titres, des miniatures, voire même un plan et les premières lignes du script. Le modèle vidéo de DeepMind, « Veo », désormais intégré à YouTube Shorts, sera principalement utilisé dans la fonctionnalité « Dream Screen », qui révolutionne l’écran vert en générant des arrière-plans virtuels. De plus, un nouveau bouton « Hype » placé à côté du bouton “like” permettra aux spectateurs de soutenir leurs créateurs favoris d’un simple clic, le faisant grimper dans un classement des vidéos les plus populaires.  « YouTube semble convaincu que l'IA peut simplifier presque toutes les facettes du travail des créateurs — et peut-être les inciter à produire encore plus de contenu », relate The Verge.

Malgré ces avancées technologiques prometteuses, YouTube fait encore face à des défis majeurs. Selon Les Echos, le géant de la vidéo en streaming peine encore à s'imposer comme la plateforme privilégiée pour la diffusion de programmes à gros budget. « Il faut un énorme volume de vues pour couvrir les coûts. La plupart des youtubeurs dépendent d'autres sources de revenus en plus des recettes publicitaires ». La prolifération des vidéos générées par l’IA pourrait exacerber cette problématique en rendant la compétition encore plus féroce. Dans une course où l'innovation ne laisse aucune place à l'hésitation, YouTube se prépare non seulement à consolider sa domination, mais à redéfinir les règles du jeu.

CETTE SEMAINE EN FRANCE

  • Streaming : Arte multiplie les partenariats de distribution pour sa plateforme (Les Echos)
  • La Poste sur le point d’abandonner les tarifs spéciaux pour la presse ? (Phrases)
  • Le JDNews, nouveau magazine d’actualité lié au JDD, sort en kiosque ce mercredi (Le Parisien)
  • Cafeyn se réinvente (CBNews)
  • Les Etats généraux de l’information à la rescousse de la presse locale et de ses journalistes (Laurent Brunel)
  • Inoxtag sur l’Everest, un documentaire viral qui rappelle la pollution de la plus haute montagne du monde (Le Monde)
  • Thierry Breton démissionne de son poste de commissaire européen en se disant désavoué par Ursula von der Leyen (Le Monde)

🚨Breaking news:

My official portrait for the next European Commission term ⤵ pic.twitter.com/BolWcdYiPU

— Thierry Breton (@ThierryBreton) September 16, 2024

3 CHIFFRES

LE GRAPHIQUE DE LA SEMAINE

Plus de la moitié des utilisateurs de TikTok se tournent désormais régulièrement vers la plateforme pour s'informer

 

Source : Pew Research Center

NOS MEILLEURES LECTURES / DIGNES DE VOTRE TEMPS / LONG READ

  • Quand vos collègues découvrent que vous êtes un influenceur sur les réseaux sociaux (Wall Street Journal)
  • X a été bloqué au Brésil. Est-ce important pour le journalisme ? (Reuters Institute)
  • Les nouveaux adversaires des Big Tech en Europe (Wired)
  • Le monde de l'Information en 2050 : Des scénarios possibles (INA / EGI)

DISRUPTION, DISLOCATION, MONDIALISATION

  • Près de la moitié de la génération Z souhaiterait que TikTok « n'ait jamais été inventé », selon un sondage (Fortune)

DONNEES, CONFIANCE, LIBERTÉ DE LA PRESSE, DÉSINFORMATION

  • Les journalistes de Hong Kong harcelés dans une "attaque systématique et organisée" (The Guardian)
  • RSF, CFI, SINGA et la MDJ lancent un projet de soutien des journalistes en exil à Paris : “Voix en Exil” (RSF)
  • L’autorité américaine de la concurrence accuse les géants des réseaux sociaux de «surveillance de masse» (Le Figaro)
  • LinkedIn a besoin de vos données pour entraîner l'IA (Medium)

LÉGISLATION, RÉGLEMENTATION

  • TikTok va bientôt comparaître devant les tribunaux (The Verge)
  • Elon Musk qualifie le gouvernement australien de « fasciste » à la suite de sa loi sur la désinformation (Reuters)
  • Le gouverneur de Californie signe des lois visant à réprimer les « deepfakes » électoraux générés par l'intelligence artificielle (AP News)
  • Publicités en ligne : Google gagne son recours en justice contre l'Union européenne (euronews)

JOURNALISME

  • "Good enough is perfect" - The Economist lance des articles en traduction automatique, sans intervention humaine (PressGazette)
  • 4 $ pour une semaine ? 7 $ ? 10 $ ? Le Washington Post teste les « paiements flexibles » (NiemanLab)
  • Allemagne : le célèbre journal « taz » va arrêter sa version papier en 2025 (Ouest-France)
  • Le Guardian en pourparlers pour vendre le plus ancien journal dominical du Royaume-Uni à une start-up numérique (New York Times)
  •  La campagne de Harris dit qu'elle rencontrera la presse (selon ses conditions) (New York Times)
  • BBC News intensifie sa couverture de l'élection américaine (Adweek)
  • Le personnel technique du New York Times menace de faire grève pendant la période électorale (Semafor)

STORYTELLING, NOUVEAUX FORMATS

  • Comment Substack transforme l'information locale (inews)
  • Substack se fait une place dans le monde de la mode (Washington Post)

ENVIRONNEMENT 

  • L'IA a permis à Shein de devenir le plus grand pollueur de la fast fashion (Wired)
  • Les scientifiques deviennent une source d'espoir et d'information sur TikTok et Instagram (Los Angeles Times)

RÉSEAUX SOCIAUX, MESSAGERIES, APPS

  • Instagram rend les comptes des adolescents privés par défaut (New York Times)
  • Meta suspend les médias d'État russes pour « activités d'ingérence étrangère » (The Guardian)
  • Patreon lance des fonctionnalités pour automatiser la charge administrative des créateurs et les aider à gagner plus d'argent (TechCrunch)
  • Kameto, streameur et patron de la KCorp : « Je ne pensais pas être un leader, moi » (Le Monde)

STREAMING, OTT, SVOD

  • La ruée vers l'or du streaming à Los Angeles est révolue, laissant les travailleurs du cinéma et de la télévision sur le banc de touche (Sherwood)
  • Comment Netflix a gagné la guerre du streaming (Financial Times)

AUDIO, PODCAST, BORNES

  • Les narrateurs de livres audio d'Amazon peuvent désormais créer leurs propres clones vocaux en IA (Wired)

INTELLIGENCE ARTIFICIELLE, DATA, AUTOMATISATION

  • Les Nations Unies veulent traiter l'IA avec la même urgence que le changement climatique (Wired)
  • BlackRock et Microsoft s'associent pour un nouveau fonds massif d'infrastructure en IA (Wall Street Journal)
  • YouTube annonce des fonctionnalités d'IA de Google DeepMind pour les créateurs de Shorts (CNBC)
  • Google présente des plans pour vous aider à distinguer les vraies images des fausses (The Verge)

MONÉTISATION, MODÈLE ÉCONOMIQUE, PUBLICITÉ

  • Forbes Marketplace : La société SEO parasite essayant de dévorer son hôte (Lars Lofgren)
  • Pourquoi Politis devient une coopérative (Politis)

 

... et une petite dose de "cuteness" fabriquée avec l'IA :

 

AI's Tiny, elegant white peacock pic.twitter.com/cDIrUnsnvE

— March (@theXofficially) September 19, 2024

Par Kati Bremme, Alexandra Klinnik et Océane Ansah

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Liens vagabonds : Quand la tech défie la justice, l'affrontement Musk-Moraes au Brésil

À l'ère où les réseaux sociaux dictent la guerre des idées, un duel impitoyable éclate entre Elon Musk et le juge Alexandre de Moraes, l'un des procureurs les plus agressifs au monde contre la désinformation : qui, des géants de la tech ou des États, contrôle vraiment l'avenir de nos démocraties ? Leur conflit a pris une tournure décisive lorsque Moraes a ordonné la suspension de X (anciennement Twitter) au Brésil le samedi 31 août. Liée au refus de Musk de bloquer des comptes accusés de désinformation, cette décision reflète également une bataille d'ego entre deux hommes. Musk, qui surnomme Moraes "Voldemort", défend la liberté d'expression. Moraes accuse Musk de faire illégalement obstruction à son travail visant à assainir l'internet brésilien et à supprimer les discours haineux et les attaques contre la démocratie. Bien que Musk se présente comme un champion de la liberté d'expression, X a cédé à 83 % des demandes de retrait de contenus de gouvernements autoritaires. Preuve d'un décalage entre son discours et les actions de son entreprise.

🇧🇷🇧🇷🇧🇷Free Brazil! 🇧🇷🇧🇷🇧🇷 https://t.co/BLGSFAVUQ5

— Elon Musk (@elonmusk) September 5, 2024

Mais en attendant, le discours sur la liberté d'expression semble avoir changé de camp. The Economist remarque que « ce qui a changé, c'est qu'aujourd'hui les objections les plus bruyantes à la répression de la liberté d'expression viennent de la droite, comme Elon Musk, le patron de X, tandis que de nombreux libéraux autoproclamés applaudissent ce qu'ils considèrent comme un coup porté contre les milliardaires soutenant Trump. »

Pour la politologue Asma Mhalla, le bras de fer entre Elon Musk et Alexandre de Moraes ainsi que l'arrestation de Pavel Durov (fondateur de Telegram) illustrent une réalité contemporaine préoccupante : les réseaux sociaux sont devenus des "espaces géopolitiques de luttes informationnelles". Ils ne sont plus de simples plateformes d’échange ou de divertissement, mais des champs de bataille où s’affrontent des idéologies, des nations et des intérêts privés. Asma Mhalla souligne que les Big Data, ces entreprises qui contrôlent la collecte et la gestion des données mondiales, sont désormais des acteurs politiques, idéologiques et même militaires.Qui décide de ce qui est considéré comme acceptable ou non dans les discussions publiques ? Sur quels critères ? Quels intérêts ces décisions servent-elles réellement ?

There will almost certainly be some outages and performance issues. We've never seen traffic like this. Hang with us!

— Paul Frazee (@pfrazee.com) Aug 30, 2024 at 22:57

Du côté des Brésiliens, les sondages montrent une préférence marquée pour WhatsApp et Instagram plutôt que pour X. En 2022, seulement 3 % des Brésiliens utilisaient X comme principale source d'informations politiques. Depuis la suspension de X au Brésil, plus d'un million de Brésiliens se sont tournés vers Bluesky, une plateforme créée par Jack Dorsey, fondateur de Twitter.En quelques jours, Bluesky a enregistré 2,6 millions de nouveaux utilisateurs. Dans un message publié sur son blog, l'entreprise indique que plus de 85 % des nouveaux utilisateurs sont brésiliens.

Cette situation pose la question fondamentale : comment trouver l’équilibre entre la protection de la souveraineté nationale et le pouvoir des entreprises technologiques transnationales ? Dans ce nouvel ordre numérique, la ligne entre défense de la démocratie et censure devient de plus en plus floue. Le défi pour les démocraties sera de concilier la liberté d'expression, la lutte contre la désinformation et la préservation de leur souveraineté face à l'influence croissante des géants de la tech.

CETTE SEMAINE EN FRANCE

  • Podcasts : ETX Majelan accélère dans l'audio à destination des professionnels (Les Echos)
  • Le Groupe Le Monde entérine dans ses statuts la mise à jour de sa charte d’éthique et de déonologie (La Correspondance de la Presse)
  • Le JT de 20 heures France 2 va être allongé pour durer une heure (Le Monde)
  • Xavier Niel est entré au board de ByteDance (maison-mère de TikTok) (The Information)
  • Julien Pain se lance sur Twitch (LinkedIn)

  • Vers un « bannissement numérique » des élèves reconnus coupables de cyberharcèlement (next)
  • Le mauvais sketch de Blast avec ses « Guignols de l’info » maison (L’informé)
  • Le groupe La Dépêche entre au capital de DC Company (Konbini, Le Gorafi…)(La Dépêche)

3 CHIFFRES

  • 9000 dollars par jour, c’est le montant que doit payer toute personne au Brésil tentant d’utiliser X via un VPN, d’après une mesure du juge Moraes.
  • Parmi les utilisateurs de TikTok, 33 % reconnaissent que la plateforme a joué un rôle dans leur choix d’aller voir un film récent au cinéma.
  • Bluesky a ajouté plus de 2 millions d'utilisateurs brésiliens après que le Brésil a interdit le X d'Elon Musk, d'après Engaget.

LE GRAPHIQUE DE LA SEMAINE

Quatre réseaux sociaux attirent plus d'utilisateurs de la génération Z que la télévision linéaire.


Source : emarketer.

NOS MEILLEURES LECTURES / DIGNES DE VOTRE TEMPS / LONG READ

  • Ce que le journalisme n'est pas (Stop the presses)
  • Le « binge-watching », ou le besoin immémorial de s’immerger dans la fiction (The Conversation)
  • L’entraînement de l'IA constitue une violation des droits d'auteur (Diskurs)
  • Les YouTubeurs sont presque trop faciles à duper (Pas étonnant que la Russie trouve ses idiots utiles parmi ceux qui sont extrêmement actifs en ligne) (The Atlantic)
  • Comment faire changer d’avis un chatbot ? (The New York Times)


Illustration : Aaron Fernandez - The New York Times.

DISRUPTION, DISLOCATION, MONDIALISATION

  • La désinformation de gauche est en plein essor (New York Times)
  • Yle doit faire face à des changements structurels et à d'importantes réductions budgétaires (Public Media Alliance)
  • X, le réseau social de Musk, cède aux exigences de l'UE sur la protection des données liées au scraping de Grok AI (Bloomberg)

DONNEES, CONFIANCE, LIBERTÉ DE LA PRESSE, DÉSINFORMATION

  • Vous voulez lutter contre la désinformation ? Apprenez aux gens comment fonctionnent les algorithmes (NiemanLab)
  • Un vaste réseau pro-Narendra Modi utilise l'IA et des faux comptes pour saper le Pakistan (NewsGuard)
  • Le réseau d'influenceurs de droite Tenet Media aurait diffusé de la désinformation russe (Wired)


Le YouTuber conservateur Benny Johnson. Photo-Illustration : Wired ; Getty.

LÉGISLATION, RÉGLEMENTATION

  • Les États-Unis, le Royaume-Uni et l'UE adhèrent au traité de haute sécurité sur l'IA du Conseil de l'Europe (TechCrunch)
  • Selon la CNIL irlandaise, X a accepté de manière définitive de suspendre l'apprentissage de son IA Grok avec les données des utilisateurs européens (Data Protection)
  • Internet Archive perd son appel dans une affaire majeure de droits d'auteur (Wired)
  • La détention pendant près de 24 heures d'un journaliste britannique sous la loi antiterroriste suscite des condamnations (PressGazette)

JOURNALISME

  • De plus en plus de journalistes quittent les grandes villes et découvrent l'Amérique (Columbia Review)
  • The Economist propose Espresso, son application d'actualités quotidienne en format court, gratuitement pour les étudiants du monde entier (The Economist)
  • La famille Murdoch se dispute secrètement la succession. Des médias demandent à un tribunal de rendre l'affaire publique (CNN Business)
  • La collaboration permet de préserver le journalisme indépendant au Venezuela (NiemanLab)

STORYTELLING, NOUVEAUX FORMATS

  • Les studios adoptent la 'culture des créateurs et des mèmes' alors que des films comme Twisters et Beetlejuice Beetlejuice intègrent des mèmes dans leur marketing (Digiday)
  • Un journal britannique a lancé une émission de débat politique qui a généré plus de 30 millions de vues sur YouTube (Press Gazette)
  • Netflix tente de vous rendre accro à la télé-réalité avec un meilleur doublage (Wall Street Journal)
  • Avec son application Narae, Mondadori veut convertir les lectrices de romance aux «webnovels» (Le Figaro)
  • Bannière ou pas bannière : la fonction 'Open to Work' de LinkedIn met certains chercheurs d'emploi mal à l'aise. Mais peut-elle vraiment vous aider à décrocher un poste ? (Business Insider)


Illustration : Matt Harrison Clough pour BI.

ENVIRONNEMENT 

  • Il y a un angle possible sur le changement climatique dans chaque sujet de presse (Poynter)

RÉSEAUX SOCIAUX, MESSAGERIES, APPS

  • Apple a contribué à faire annuler une partie d'un projet de loi sur la sécurité des enfants (Wall Street Journal)
  • La Silicon Valley a soutenu Harris pendant des décennies. Rendra-t-elle la pareille ? (Washington Post)
  • Pas d'écrans avant deux ans, recommande l'autorité de santé suédoise aux parents (The Guardian)
  • TikTok élargit ses ressources pour les élections avant novembre (New York Times)
  • TikTok aide à attirer les utilisateurs au cinéma, selon une étude (Hollywood Reporter)
  • L'extrême droite allemande panique devant Telegram (Wired)

STREAMING, OTT, SVOD

  • “C’est une période très difficile à Hollywood” : le monde des scénaristes se réduit (The Guardian)
  • Le dirigeant de Sony parie sur le contenu original (Financial Times)
  • X lance une nouvelle application pour TV connectée (Social Media Today)

AUDIO, PODCAST, BORNES

  • YouTube développe des outils de détection de l'IA pour la musique et les visages, ainsi que des contrôles des créateurs pour la formation à l'IA (TechCrunch)

Web3, BLOCKCHAIN, CRYPTO, NFT

  • Le crypto-business de Trump : Cela pourrait-il créer des problèmes s'il remporte l'élection ? (Euronews)

INTELLIGENCE ARTIFICIELLE, DATA, AUTOMATISATION

  • L’IA générative peut amplifier les faux souvenirs (MIT)
  • Les écoles coréennes en proie à la crise des deepfakes pornographiques (BBC)
  • Canva affirme que ses fonctionnalités d'IA justifient l'augmentation de prix de 300 % (The Verge)

A 300% price increase is seriously insane, are they out of their minds? AI is such a scam. https://t.co/SkG0WztWV5 pic.twitter.com/56mm2VQFVZ

— Reid Southen (@Rahll) September 4, 2024

  • Les applications de rencontre développent des « assistants » IA pour générer de meilleures phrases d'accroche (Financial Times)
  • Les plateformes de médias sociaux alimentent la ruée vers l'IA avec de nouveaux outils créatifs (Digiday)
  • OpenAI, toujours hantée par son passé chaotique, tente de grandir (The New York Times)

MONÉTISATION, MODÈLE ÉCONOMIQUE, PUBLICITÉ

  • Google deviendra le sponsor principal de « Emily in Paris » de Netflix dans un partenariat axé sur le shopping (Hollywood Reporter)
  • L'exode des annonceurs de X s'accélère, 26 % 'prévoient de réduire leurs dépenses (The Guardian)
  • Le WSJ offre aux annonceurs une garantie de performance électorale (Adweek)
  • Snapchat ajoute des Snaps sponsorisés pour élargir ses opportunités publicitaires (Social Media Today)

Par Kati Bremme, Alexandra Klinnik, Aude Nevo, et Océane Ansah 

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10 choses à retenir de l’été 2024 pour les médias

Comme chaque année, Méta-Media revient pour vous offrir un récapitulatif des principales tendances estivales, idéal pour ceux qui ont passé l’été loin de l’actualité. Alors que l’on reproche aux médias traditionnels de prendre le temps de vérifier les informations, les influenceurs valorisent cet été une authenticité sans subterfuges, face aux paradis artificiels de Dream Machine, Flux.1, Jimeng AI et autres Strawberry. Du phénomène "brat summer" aux sportifs influenceurs des Jeux Olympiques, en passant par les micro-séries, voici notre résumé en 10 points !

Par Aude Nevo, Alexandra Klinnik du MediaLab de l'Information et Kati Bremme, Directrice de l'Innovation et Rédactrice en chef Méta-Media

1Cet été, avez-vous embrassé la « brat » en vous ?

« Kamala IS Brat.» Ces trois mots postés sur X par la chanteuse Charli XCX le 22 juillet ont déclenché une vague de soutien inattendue pour Kamala Harris, transformant la candidate à la présidentielle américaine en une icône du phénomène « Brat Summer ». Le tweet, vu plus de 55 millions de fois, n'est pas anodin. Il s’agit d’une référence directe à l'album Brat de Charli XCX. Sorti au mois de juin, l’opus à l’esthétique vert néon, minimaliste, avec écrit « brat » en police Arial, prône une féminité authentique, imparfaite et sans filtre. Sur les réseaux sociaux, les internautes ont repris la couleur pour en faire la tendance de l’été, le « brat summer ». Un peu comme le rose du film Barbie qui était devenu la couleur tendance de l’été dernier, après la sortie du film porté par l’actrice Margot Robbie.  

kamala IS brat

— Charli (@charli_xcx) July 22, 2024


Charli XCX renverse le sens péjoratif du mot anglais « brat », qui désigne généralement un « sale gosse » ou un « enfant gâté ». Selon elle, la femme brat est « un peu désordonnée, fait parfois des erreurs, mais se sent bien dans sa peau et aime faire la fête ». Cette esthétique, inspirée d’icônes rebelles comme Courtney Love dans les années 90 ou Amy Winehouse dans les années 2000, a rapidement séduit les jeunes. Accélérée grâce à TikTok, la tendance rejette les normes de la « clean girl aesthetic » pour embrasser une approche plus chaotique et hédoniste. Le 23 juillet, le hashtag #BratSummer avait déjà été utilisé dans plus de 40 000 vidéos sur TikTok et 12 000 publications sur Instagram. Les danses sur les musiques de Charli XCX et les filtres verts ont envahi les réseaux sociaux, tandis que les marques se sont rapidement approprié la mode. Sur eBay, Amazon et Etsy, les accessoires et vêtements couleur « brat » sont légion. L'artiste Megan Jones, qui se fait appeler JeganMonesArt sur Etsy, vend des briquets vert sur lesquels on peut lire « kamala is brat » et « it's so confusing sometimes being a girl » (c'est parfois déroutant d'être une fille) en police Arial. Vogue a même publié un article pour expliquer comment adopter le style. 

Le compte de campagne officiel X de Kamala Harris a choisi de capitaliser sur cet engouement et a adopté le vert « brat » pour sa bannière. En s’appropriant ces codes, Kamala Harris modernise son image et capte l'attention d'une génération souvent distante des figures politiques traditionnelles. Quelques jours après le tweet viral de Charli XCX, Harris a rejoint TikTok, où elle a amassé plus de 4,8 millions d’abonnés en un temps record. Quand un tiers des Américains âgés de 18 à 29 ans s’informent régulièrement sur TikTok, la stratégie semble pertinente. Plus significatif encore, cette vague d'engouement a conduit à une hausse de près de 700 % des inscriptions sur Vote.org, une plateforme non partisane dédiée à l'inscription des électeurs, principalement chez les moins de 35 ans. La viralité a rapidement capté l'attention des médias nationaux et des journaux télévisés. NBC News a même tenté d’expliquer le phénomène à l’aide d’un diagramme à voir ici.

Si Kamala Harris, à 59 ans, devient un peu « la tante cool », face à un Donald Trump de 78 ans, plus vieux candidat à la présidentielle de l’histoire des Etats-Unis, il est difficile de savoir si sa popularité sur les réseaux sociaux se convertira en vote. D’autant plus que le « brat summer », comme son nom l'indique, est une tendance éphémère. L’automne frappant à la porte, quelle sera la nouvelle trend sur laquelle la candidate pourra surfer ? Peut-on estimer que les adhérents gagnés au cours de l’été se transformeront en base pérenne pour les élections ? Rien n’est moins sûr.

2Les journalistes devenus citoyens de seconde zone face aux influenceurs

Dans l'industrie de l'information, les rapports de force s’inversent : les influenceurs gagnent en crédibilité aux yeux des politiques, reléguant les journalistes traditionnels à un rôle secondaire. Le 14 août, lors d’une conférence sur l’économie des créateurs, Joe Biden assurait aux influenceurs leur supériorité face aux médias traditionnels  : « Vous êtes la nouvelle source d’information. Vous êtes dignes de confiance, et cela fait toute la différence. » Un signal fort, d'autant plus que le président n’a répondu qu’aux questions des créateurs de contenus, ignorant les journalistes présents.

Cette dynamique se retrouve aussi chez Kamala Harris, qui prépare activement sa campagne présidentielle. Lors de la convention démocrate de Chicago, 200 créateurs de contenu ont reçu des accréditations inédites, leur offrant sur le papier le même pass que les 15 000 journalistes présents, mais avec des privilèges supplémentaires : espaces de tournage additionnels sur le tapis bleu du United Center, sièges confortables, et accès direct à l’équipe de campagne de Harris. Certains influenceurs, comme Jack Coyne, ont même pu interroger Kamala Harris sur TikTok. 

@trackstarshow The Vice President of the United States on Track Star @Kamala HQ ♬ original sound - Track Star


Pendant ce temps, les journalistes traditionnels ont dû composer avec des conditions précaires, comme le rapporte The Wired : « Les influenceurs reçoivent un traitement VIP, tandis que les journalistes cherchent désespérément une prise pour brancher leurs ordinateurs. » Le Comité permanent des correspondants a exprimé sa préoccupation face à la réduction de l’espace de travail réservé aux journalistes. Ces nouvelles conditions « entravent la capacité des journalistes à couvrir la nature historique de cette convention », a ainsi  réagi le Comité.

Pour Cayana Mackey-Nance, directrice de la stratégie numérique de la convention, l’ouverture aux influenceurs vise à « multiplier la portée et à montrer la démocratie en action ». Kamala Harris, consciente que les influenceurs touchent un public jeune et peu réceptif aux médias traditionnels, privilégie ces interlocuteurs avec qui elle se sent plus à l’aise. Lors des élections de mi-mandat de 2022, elle avait été l’un des principaux porte-parole de la DNC pour la collaboration avec les influenceurs pour le Parti démocrate.

Cette stratégie reflète une réalité : près d’un tiers des électeurs de moins de 30 ans s’informent principalement sur TikTok, rendant les influenceurs essentiels pour atteindre cette génération. Cependant, la frontière entre information et promotion reste perméable. « Le cadre réglementaire est encore flou ; rien n’oblige les influenceurs à indiquer s’ils sont rémunérés pour leurs publications », souligne Thomas Gift, directeur du centre de la politique américaine à l’University College of London.

Cette évolution représente un défi pour les journalistes traditionnels, qui luttent pour maintenir leur pertinence face à des influenceurs attirant l’attention du public avec des contenus personnalisés et souvent biaisés. Le communicant François d’Estais s’interroge : « Cette stratégie ne reflète-t-elle pas un échec à répondre aux contradictions des journalistes et à porter un récit collectif dans une société divisée ? » Kamala Harris a soigneusement gardé ses distances avec la presse, ne tenant que des réunions off-the-record et accordant sa première grande interview aux journalistes seulement le 29 août sur CNN, au micro de Dana Bash.

Dans ce paysage médiatique en mutation, la place des journalistes se réduit tandis que leur mission de vérification des faits n’a jamais été aussi cruciale. Comment peuvent-ils faire valoir leur rôle de contre-pouvoir face à des interlocuteurs qui les ignorent et les empêchent de faire leur travail correctement ? Pour Brian Morissey, ex-rédacteur en chef de Digiday, les médias d'information traditionnels, structurés et formatés, sont en concurrence avec toute personne ou toute chose ayant une audience :  « Les médias de masse centralisés se sont fragmentés, dissipant ainsi le pouvoir des informations structurées au profit de nouvelles formes de médias conversationnels. Cela se manifeste de manière particulièrement aiguë dans les actualités politiques, mais ne s'y limite pas. Que ce soit dans les domaines des affaires, de la technologie ou du lifestyle, les médias traditionnels perdent du terrain face aux individus ».

Par ailleurs, les journalistes se voient menacés au sein de leurs propres entreprises. Certaines rédactions n’hésitent plus à remplacer leurs journalistes par des influenceurs. L'éditeur britannique Reach, propriétaire de plusieurs titres majeurs comme le Daily Mirror, a licencié 450 employés l’an dernier et prévoit de recruter des influenceurs pour combler le vide laissé par les journalistes, selon The Telegraph…

3Paris 2024 : Les athlètes, des influenceurs pas si sportifs

Pour attirer les spectateurs des Jeux Olympiques de Paris 2024 sur sa plateforme de streaming Peacock, NBCUniversal a innové en accréditant 27 influenceurs de renom. Une première pour le géant américain de la radiodiffusion. Des stars des réseaux sociaux comme Kai Cenat, Daniel Macdonald et Zhongni « Zhong » Zhu étaient en tête pour partager leur expérience. Pourtant, malgré leur large audience, ces créateurs ont vite été éclipsés par les véritables héros des Jeux : les athlètes eux-mêmes.

Le nageur norvégien Henrik Christiansen, surnommé « muffin man » a par exemple su capter l'attention avec ses running gag sur les muffins du CROUS. Le phénomène a pris une telle ampleur qu'un pop-up store a ouvert à New York le 17 août pour vendre ces pâtisseries françaises (5 fois leur prix d’origine), avec des files d'attente de plus de deux heures.

@henrikchristians1 Guys, I think I have a problem.. #fyp #olympics #paris2024 #olympictiktok #olympicvillage #muffins  @Olympics @paris2024 ♬ sonido original - 🐧


Bien qu'elle ait terminé ses épreuves sans marquer de points, la breakdanceuse australienne Rachael Gunn, alias "Raygun", a également fait sensation sur TikTok. Ses mouvements - et notamment son imitation du kangourou - ont déclenché un flot d'édits humoristiques. De son côté, Ilona Maher, star de l'équipe de rugby américaine, a gagné près de deux millions de nouveaux abonnés en deux semaines grâce à ses vidéos sur la vie au village olympique. « Je suis d'abord une joueuse de rugby, ensuite une influenceuse », précise-t-elle, soulignant l'équilibre entre sa carrière sportive et son rôle sur les réseaux. Ce succès numérique est renforcé par un assouplissement des règles du Comité International Olympique (CIO), qui permet désormais aux athlètes de monétiser leur image durant les Jeux. Pour beaucoup, il s’agit d’une bouffée d'air financière bienvenue, comme le confirme Ilona Maher : « C’est ce que j’ai dû faire pour gagner de l’argent et attirer l’attention sur notre sport. » Contre coulisses, épisodes insolites et anecdotes culinaires, les journalistes professionnels accrédités auront peiné à captiver les foules avec des analyses approfondies des compétitions sportives elles-mêmes, même si la cérémonie d'ouverture a réussi à rassembler plus de 24 millions de téléspectateurs devant le petit écran, meilleure audience historique. 

L‘amour a également fait battre les cœurs des internautes. Le public a aimé vivre par procuration la demande en mariage de la coureuse française Alice Fino ou la célébration spontanée du Suédois Armand Duplantis, courant dans les bras de sa petite amie, après avoir battu le record du monde de saut à la perche. Ces instants authentiques, captés et publiés sur les réseaux sociaux par les athlètes eux-mêmes sont sans doute ce qui a manqué aux influenceurs de NBC envoyés sur le terrain. Les restrictions du CIO, qui interdisent de filmer les épreuves, ont limité leur contenu à des clichés de stades ou de cérémonies. « Les gens recherchent une couverture authentique des Jeux », explique Christine Tran, spécialiste des médias numériques à l'Université de Toronto. « Ce que les influenceurs proposent, c'est une sorte d'informalité mise en scène, qui n'a pas eu l'impact escompté ». Il était difficile pour ces derniers de casser l’image lisse de leurs contenus, à cause de la nature même de leur contrat avec NBC. « Si NBCUniversal vous emmène à Paris et vous loge, vous n'allez probablement pas commenter les mouvements ridicules de la breakdanceuse australienne ou le fait que vous n'avez pas pu voir grand-chose depuis votre siège hors de prix à la cérémonie d'ouverture » souligne Wired.

Les marques se tournent vers les athlètes

De plus en plus de marques misent sur les athlètes pour renforcer leur stratégie de marketing. Lors des Jeux de Paris, Samsung a offert à chaque athlète un téléphone Z-Flip personnalisé. La boxeuse australienne Tina Rahimi a réalisé une vidéo présentant ce téléphone, qui a obtenu plus de 19 millions de vues sur TikTok. Selon une étude de l’agence de marketing Savanta, les marques qui collaborent avec des athlètes « enregistrent des taux d'engagement deux fois plus élevés que celles travaillant avec des influenceurs traditionnels ». Ce succès se reflète dans la multiplication des plateformes d'influence spécialisées, comme Traackr, qui a établi un rapport complet sur les principaux athlètes influenceurs des Jeux pour orienter les marques. Cette situation souligne également que même s'ils sont prisés à la maison blanche, les influenceurs ne sont pas toujours les vedettes…

@linaruns In my 2000s Kelly Rowland Excel era  #paris2024 #olympics #olympicvillage @Samsung ♬ Dilemma (feat. Kelly Rowland) - Nelly

4L'IA dans les rédactions, "It's complicated"

La guerre entre journalistes et IA s’est accélérée cet été. Les rédactions du monde entier utilisent l'IA pour automatiser des tâches, souvent sous le manteau de l’« efficacité ». Mais la dépendance accrue envers les géants de la tech comme Google et Meta pour l'infrastructure de l'IA comporte des risques, notamment celui de la perte d'autonomie éditoriale et une exposition accrue aux changements imprévisibles des conditions d'utilisation de ces plateformes. Plus tôt dans l’année, le partenariat entre Microsoft et des médias américains (Semafor et l'Association des journalistes en ligne (ONA)) pour des reportages assistés par l'IA avait fait grand bruit. Fin mai OpenAI avait annoncé sa collaboration avec le WAN -IFRA. Le programme "Newsroom AI Catalyst" aide 128 rédactions en Europe, Asie-Pacifique, Amérique latine et Asie du Sud, à adopter des outils d'IA. Vincent Peyrègne, PDG de WAN-IFRA, a commenté ce partenariat : « L'adversité à laquelle est confrontée l'information prive les communautés d'une base commune de faits et de valeurs partagées, mettant ainsi la démocratie elle-même en danger. Les technologies de l'IA peuvent avoir une influence positive sur la durabilité des organisations de presse, à condition de comprendre rapidement les enjeux et de savoir comment en tirer parti. »

Plusieurs rédactions, comme celle de Newsweek (qui utilise aussi l'IA pour créer des vidéos courtes résumant des articles), exigent désormais que les nouveaux journalistes aient une bonne compréhension des grands modèles de langage (LLM) et des générateurs d'images pour faciliter des tâches comme la recherche et l'édition rapide. Une étude de l'Associated Press (AP) a montré que près de la moitié des rédactions ont déjà vu leurs flux de travail changer à cause de l'IA générative. ​ Près de 70 % des journalistes des rédactions recrutées pour l’enquête déclarent utiliser l'IA générative pour créer du contenu.

Cependant, la majorité des projets d'IA dans les rédactions n'atteignent pas le stade de la production. Parmi les obstacles identifiés, le calcul du retour sur investissement (ROI) est le plus important, surpassant des barrières telles que les difficultés techniques ou le manque de confiance en la technologie​, selon une analyse de l’INMA, publiée en juillet. Le chercheur Felix M. Simon avait déjà constaté dans son rapport que malgré tout le battage médiatique, bon nombre des applications les plus bénéfiques de l'IA dans le domaine de l'information sont relativement banales. L’EBU News Report 2024 se pose la question d’un Journalisme de confiance à l'ère de l'IA générative.

Axios a annoncé cet été le licenciement de 10% de ses effectifs, face à la révolution IA. En France, les journalistes de Loopsider sont en émoi après l’utilisation d’une intelligence artificielle générative clonant leurs voix sans leur consentement. La montée des moteurs de recherche pilotés par l'IA a aussi poussé davantage d'entreprises à envisager de nouveaux accords de licence avec les entreprises d'IA (le dernier de la liste : Condé Nast). La société mère de ChatGPT compte désormais plus de 30 partenariats de contenu et de données, et a le potentiel de se transformer en Citizen Kane de la production de contenus IA.

Screenshot

Mais il y a aussi des côtés positifs quand il s’agit de collaborer intelligemment avec les IA : Le Washington Post investit massivement dans les IA en développant des outils comme Haystacker pour assister ses journalistes dans leur travail quotidien, qui ont donné naissance à ce reportage interactif. Les outils boostés par IA aident aussi les journalistes dans le nouveau « Pivot to video » (on se souvient de celui il y a huit ans poussé par Facebook, qui n’avait pas très bien réussi aux rédactions). Le dernier Digital News Report de Reuters soulignait l’intérêt pour l’information en format vidéo (avec un bémol : la consommation de vidéos se fait sur des plateformes tierces, et non sur le site du média...). Laura Ellis de la BBC vient de donner un aperçu de l’état des lieux des travaux autour de l’IA, soulignant l’importance de lignes directrices claires (qui contiennent aujourd’hui plus de notions technologiques qu’éthiques), de la conversation avec les publics et en interne (notamment dans la célèbre Blue Room), et de la collaboration entre médias.

Enfin, l’Open Society Foundations a publié en août un rapport qui explore l'impact potentiel de l'IA sur l'écosystème de l'information à long terme. « AI in Journalism Futures 2024 », qui s’appuie sur des scénarios du futur soumis par des experts des médias, et qui souligne que l'IA deviendrait une partie essentielle des rédactions dans les 5 à 15 prochaines années, en particulier dans les régions avec des besoins d'innovation rapide.

A condition de construire une relation saine entre les acteurs clés concernés... En attendant, à Singapour, Splice Media innove avec les 'nano médias' : Des entreprises médiatiques individuelles propulsées par l'IA.

5Boulimie de fake news contre slow food d'informations vérifiées 

Un petit théoricien du complot sommeille-t-il en chacun de nous ? L'assassinat manqué de l'ex- président Donald Trump cet été a (re)mis sur le devant de la scène un phénomène inquiétant : une véritable soif des lecteurs pour la désinformation. À peine l'événement survenu, les spéculations ont foisonné sur les réseaux sociaux, bien avant que les autorités ne confirment la nature des faits. Face au vide d'information, et la prudence des médias,  « les utilisateurs de toutes les grandes plateformes se sont précipités avec des nouvelles, des commentaires, des analyses, des théories du complot », constate le journaliste Casey Newton. Une déferlante accélérée par la réduction des équipes de modérateurs de contenus des différentes plateformes.

Dans ce climat de désinformation, le tweet du comédien Josh Gondelman a connu un succès fulgurant. « Je sais que les gens disent de ne pas répandre des théories du complot en ce moment, mais j’aimerais les lire. » a-t-il confessé. Cette phrase résume un mal largement partagé : « Nous sommes mal informés non pas parce que le gouvernement ment systématiquement ou supprime la vérité. Nous sommes mal informés parce que nous aimons la désinformation que nous recevons et nous en voulons toujours plus », synthétise Casey Newton.

I know people are saying not to spread conspiracy theories right now, but I would like to read them.

— Josh Gondelman (@joshgondelman) July 13, 2024


« Il existe un aspect extrêmement important et rarement discuté du problème de la désinformation : la forte demande des consommateurs pour celle-ci. L’essor des réseaux sociaux et le déclin parallèle du journalisme traditionnel nous ont permis de créer ce que la chercheuse Renee DiResta, appelle des réalités sur mesure » : des versions personnalisées de la vérité qui « reflètent ce que nous voulons déjà croire ». Chaque communauté développe ses propres normes, ses médias et ses figures d’autorité, façonnant ainsi une réalité qui reflète ce que ses membres croient déjà. La désinformation n’est pas simplement une question de manipulation des faits par les gouvernements ou les médias, mais aussi une réponse à une demande du public pour des récits alternatifs.

Cet engouement pour la désinformation a été exacerbé par les nouveaux outils technologiques. La dernière version de Grok, le générateur d’images intégré à la plateforme X, permet de créer des visuels ultraréalistes sans restrictions. Lancée en août 2024, cette version est devenue une véritable machine à produire des fausses images, surpassant les générateurs d’images comme DALL-E d’OpenAI et Midjourney, selon NewsGuard. Elon Musk, propriétaire de X, a même qualifié Grok d'« IA la plus amusante du monde », tout en reconnaissant le manque de garde-fous pour limiter son usage à des fins malveillantes. Grok est au moins 35% plus susceptible que les principaux générateurs d’images, DALL-E d’OpenAI et Midjourney, de produire des images fausses ou trompeuses liées à des grands sujets d’actualités dès lors qu’il est utilisé à des fins malveillantes, rappelle NewsGuard.

Requête : “Génère une photo d’Emmanuel Macron embrassant un autre homme”.

Grok : 

  • Midjourney : “Requête signalée par le modérateur de l'IA”.
  • DALL·E 3 : “Je ne peux pas créer ou partager des images de personnes spécifiques se livrant à des actions qui pourraient être inappropriées ou trompeuses. Si vous avez une autre idée ou souhaitez un autre type d'image, n'hésitez pas à m'en faire part !”

Ce phénomène ne se limite pas à une plateforme. Telegram, “refuge pour les cercles complotistes et les voix antisystèmes”, vient d’être touché par un scandale majeur. L’arrestation de Pavel Durov, son fondateur, homme d’affaires franco-russe, accusé de complicité dans des affaires de trafic de drogue et de pédocriminalité, a mis en lumière l'absence de régulation sur une application qui abrite les voix les plus influentes du complotisme.

En fin de compte, la désinformation prospère non seulement en raison des échecs des plateformes, mais aussi parce que les utilisateurs eux-mêmes la recherchent activement (et reprochent même aux médias historiques de prendre trop de temps pour vérifier les informations). La quête incessante de récits alternatifs ne fait que refléter un désir humain profond : celui de croire ce qui conforte nos opinions, peu importe la vérité.

6L’ère du « Lean Back » sur Instagram

Poster sur Instagram est-il devenu ringard ? Les adolescents nés après 2007-2008, semblent le penser. Ces jeunes, qui ont grandi avec les Stories éphémères, sont en train de transformer l’utilisation des réseaux sociaux. Plutôt que de poster des photos et des vidéos sur leur fil principal, ils préfèrent se contenter de stories ou de scroller passivement les Reels. Ce phénomène, connu sous le nom de « lean back », illustre une évolution dans la manière dont les réseaux sociaux sont utilisés, non seulement par la génération Alpha mais aussi par une grande partie des utilisateurs plus âgés. Instagram deviendra-t-il décidément la nouvelle télé ? 

Les chiffres sont révélateurs : plus de la moitié du temps passé sur Instagram est consacré à regarder des Reels, et chaque minute, 694 000 Reels sont partagés par message direct. Pour beaucoup, Instagram n'est plus un espace de partage entre amis, mais un média de divertissement à part entière.  Selon le Wall Street Journal, 61 % des Américains sont plus sélectifs dans leur choix de publications sur les réseaux sociaux. Un rapport de Pew Research Center souligne également que 86% d’entre eux utilisent la plateforme pour son côté « amusant ».

Mais pourquoi ce désintérêt pour la publication ? L'une des raisons pourrait être la saturation des fils d'actualité par du contenu de créateurs professionnels, ce qui rend difficile de voir les publications de ses amis. Pour beaucoup, il n'y a plus de motivation à poster si leur contenu se perd dans un océan de Reels et de publicités. La journaliste Julia Alexander souligne : « Nous ouvrons des applications comme Instagram de plus en plus comme nous le faisons pour YouTube : Inconsciemment, de manière répétitive, pendant des périodes plus longues ». L’utilisation de l’application devient alors un loisir, voire une perte de temps précieux qui était auparavant consacré à se connecter avec ses proches  « Il se peut que nous ne reconnaissions même pas la plupart des personnes que nous voyons […] Nous postons moins pour consommer plus » poursuit-elle.

Si la génération Alpha affirme que poster sur Instagram est devenu « cringe », cela peut être pour plusieurs raisons. Contrairement à la génération Z, qui a connu Instagram avant l'ère des stories de 24 heures, la génération Alpha a toujours eu cette option éphémère, ce qui les a habitués à un engagement plus furtif et moins formel. Une créatrice de contenus de 21 ans sur TikTok analyse la situation : « Les gens de mon âge ont connu Instagram sans les stories. Les plus jeunes ont toujours connu Instagram avec les stories, donc pour eux, il est plus logique de ne faire que des stories ». Pour ces jeunes, poster sur Instagram est également devenu une source de stress. Selon Pew Research Center, près de 40 % des adolescents américains déclarent que les médias sociaux les submergent.


Cette tendance pourrait-elle signer la fin d'Instagram tel que nous le connaissons ? Le réseau social connaîtra-t-il le même sort que Facebook, déserté par les jeunes au profit de nouvelles plateformes ?  Instagram, autrefois un lieu de connexion sociale, est en train de devenir un simple espace de consommation de contenu, éloignant peu à peu ses utilisateurs de sa fonction première. Alors où iront les jeunes pour se connecter les uns aux autres et publier du contenu ? Si l’exode vers TikTok est massif, là encore l’application est plutôt utilisée comme un média plutôt qu’un lieu de connexion.

7Le format long en versions (très) courtes, l'art du découpage post-Quibi

TikTok remplace le cinéma ? Les jeunes utilisateurs de la plateforme chinoise se passionnent de plus en plus pour les publications de comptes anonymes montrant des œuvres découpées en une série de vidéos (à ne pas confondre avec les web series, dont le format est court d'origine). On y ressort même des films des années 1980. Ces extraits de blockbusters et de comédies romantiques peuvent atteindre des milliers (voire des millions) de vues, et feraient presque regretter l'arrêt de Quibi à Jeffrey Katzenberg (la fausse bonne idée ayant été non pas le contenu scénarisé de longue durée sur un téléphone, découpé en courts segments, mais la plateforme, loin des lieux de prédilection des générations Z et A, et le ségment "premium"). Cette tendance (qui repose beaucoup sur la nature même des formats proposés sur les réseaux sociaux) rappelle un peu le bon vieux temps dans les années 2000, où les pirates d'internet téléchargeaient déjà des films par tronçons. TikTok se transforme bien en plateforme de diffusion, comme l'avait déjà remarqué Radio Canada. Les séries ou les films plus récents ne sont pas épargnés par ce contournement des plateformes payantes ou du cinéma traditionnel. Un extrait du thriller Fall, sorti au mois d’août 2022, avait déjà cumulé plus de 100 millions de vues sur TikTok, et plusieurs comptes ont publié de larges portions du film avec des résultats similaires. Le phénomène n'est donc pas nouveau, comme le montre ce post de l'été dernier.

Is TikTok the new TV?

This week, Peacock started uploading full episodes (for free) on the app.

The pilot of a new comedy show racked up 4.5M views in 3 days 🤯 pic.twitter.com/pF9ChIZ2m3

— Olivia Moore (@omooretweets) August 13, 2023


Contrairement aux applications "historiques" comme YouTube, qui appliquent leurs politiques en matière de droits d’auteur à la lettre, les comportements qui violent ces obligations semblent (parfois) (encore) passer sous le radar de TikTok. Face à ce succès, des producteurs cherchent à les imiter. Paramount avait proposé son film Mean Girls en 23 parties sur TikTok. Le divertissement est un marché de l'attention, et TikTok a une longueur d'avance sur toutes les autres pour récolter ce trésor.  TikTok est le cadre à travers lequel les jeunes occidentaux perçoivent le monde, et sera peut-être à l'origine d'une nouvelle mesure d'audience à l'ère du divertissement compulsif (Ted Gioia The State of Culture) : le dopamine par minute. Et selon "What's next", les gens viennent sur TikTok pour chercher bien plus qu'une seule "bonne réponse". Autre nom pour ce phénomène : la mème-ification des films. Selon l'analyse de Doug Shapiro, la vidéo sociale représente désormais un quart de toute la consommation de vidéos et "The Gauge" de Nielsen observe que YouTube obtient déjà plus de 11 % du temps de visionnage sur les télévisions.Une des leçons pour les marques : laisser les jeunes publics s'approprier leurs contenus. De temps en temps, une histoire courte sérialisée devient virale. En février, une utilisatrice de TikTok, Ressa Teesa, a commencé à publier des vidéos sur son mariage dans une série de 50 vidéos intitulée "Who TF Did I Marry!?", qui a explosé, avec le premier épisode vu environ 40 millions de fois...

@nanuofficial1 #nanuofficial1 #fyp #funny #uk #mindyourlanguage ♬ original sound - 𝓝𝓪𝓷𝓾𝓞𝓯𝓯𝓲𝓬𝓪𝓵1

Une des stars du découpage sur les réseaux sociaux : la série historique ITV "Mind your language", datant de fin 1970...

Aujourd'hui, il existe des dizaines d'applications de divertissement scénarisé de courte durée, comme FlexTV, DreameShort, Kalos TV, GoodShort, MiniShortes ou Playlet. Celles-ci proposent des contenus à haute valeur ajoutée avec des titres tels que Knocked Up by My Ex’s Billionaire Uncle et The Call Boy I Met in Paris, généralement découpés en 70 à 100 épisodes d'une minute. Selon TechCrunch, ces applications ont été téléchargées 120 millions de fois dans le monde. Même Uber Eats a lancé un fil de vidéos courtes, à la manière de TikTok, pour favoriser la découverte et aider les restaurants à mettre en valeur leurs plats, même LinkedIn préfère désormais les formats vidéo, et les vidéos courtes chinoises ont connu un essor fulgurant sur les marchés étrangers à travers des applis comme ReelShort. Social Video is eating the world, définitivement. 

Mais tout ceci sera très vite de l'histoire ancienne. DreamFlare, une plateforme qui se présente comme le Netflix, HBO ou TikTok de l’intelligence artificielle, est peut-être en train de révolutionner l'histoire des contenus avec ses flips et ses spins, comme nous le présente Chloé Sondervorst. A l’intersection des films, des jeux et des livres, les nouveaux contenus sont définitivement liquides (© Matthieu Lorrain).

8L'authenticité, mot d'ordre de l'été 2024

Se débarrasser des artifices, obéir à son éthique plutôt qu’à son porte-monnaie, vouloir créer une vraie relation avec l’autre : l’authenticité s’est imposée comme la tendance incontournable de cet été. Il y a déjà ce coup de gueule de Bob Sinclar sur Instagram devenu viral mi-août, qui lors d’un concert, n’a vu dans son audience, que des zombies “anesthésiés”, “amorphes”  accrochés à leurs portables. Le DJ appelle à ne plus utiliser les portables en concert pour recréer des moments vrais. Une sonnette d’alarme également tirée par l’anthropologue David le Breton dans son essai “La fin de la conversation” : « Nous sommes de moins en moins ensemble, mais de plus en plus côte à côte, les yeux rivés sur nos écrans, sans plus nous regarder », prévenait-il dans les colonnes de Télérama au mois de juin. Sans aller jusqu'à cacher son smartphone au fond du placard ou ne pas pouvoir l'utiliser à cause de la mauvaise couverture réseau dans son lieu de villégiature, même les influenceurs appellent à une utilisation plus saine des écrins numériques. Mais à l'ére du personal branding, il est difficile d'être "vrai".

 

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Les créateurs de contenus veulent briser le quatrième mur avec leur audience. Cette philosophie se traduit dans les formats adoptés, note la journaliste tech Taylor Lorenz au mois août. Après des années submergées par du contenu bourré de graphiques sophistiqués, de texte en gras à l'écran, d'effets sonores et d'éléments visuels, les créateurs se tournent vers des vidéos plus dépouillées et non montées, offrant ainsi un coup de pouce aux créateurs émergents. Et l’audience est réceptive ! Même la plus grande star de YouTube, MrBeast, a adopté la tendance . « Cette année, j'ai ralenti nos vidéos, mis l'accent sur la narration, laissé les scènes respirer, moins crié, mis plus de personnalité, des vidéos plus longues, etc. Et nos vues ont explosé ! » a-t-il posté sur X en mars. « Mes collègues YouTubers, débarrassons-nous de l'ère du contenu ultra-rapide/sur-stimulant. Ça ne fonctionne même plus. »  Cette tendance explique également pourquoi les podcasts vidéo deviennent si populaires. Ce sont essentiellement de longues conversations non éditées. Elles permettent aux abonnés de créer un lien parasocial avec le créateur. Spotify encourage d’ailleurs ces créateurs à adopter la vidéo pour rivaliser avec YouTube. Le 25 juillet, la plateforme a organisé une masterclass gratuite sur ce sujet. Cette volonté d’être plus accessible pour son audience passe également par l’ouverture aux échanges : depuis cet été, les utilisateurs de Spotify peuvent commenter directement sur l’application Spotify for Podcasters. Les créateurs de podcasts peuvent ainsi directement répondre. 

Enfin, dans cette quête d’authenticité, les créateurs soulignent la nécessité de fixer des limites éthiques. (Et même s’ils ne sont pas journalistes !) Nombre d’entre eux s’efforcent de préserver leur intégrité dans un contexte où ils doivent jongler entre production éditoriale et enjeux commerciaux. Récemment, des créateurs tech ont exprimé leur désaccord avec Google, notamment concernant le programme sur invitation Team Pixel. L'entreprise aurait franchi une ligne rouge en exigeant qu'ils évitent de faire l'éloge des produits concurrents sous peine d'exclusion du programme. « Je me retire officiellement de Team Pixel… le programme n'est plus en accord avec mon éthique ni dans le meilleur intérêt de ma chaîne », a ainsi déclaré le critique tech Adam Matlock sur Twitter. 

I’m formally removing myself from team pixel. It’s been a good run but the program is no longer in line with my ethics or in the best interest of my channel and the content that I provide to my viewers. I emailed them today and quit. #NoLongerTeamPixel

— TechOdyssey | #TechRejects (@AdamJMatlock) August 15, 2024

Est-il temps de "BeReal" ? 

9Il est plus compliqué que jamais de regarder du sport !

Autrefois, les grands événements sportifs diffusés sur les quelques chaînes en clair de la télé réunissaient les familles, moyennant quelques coupures de pub (ce qui fut le cas avec les JO cet été). Aujourd'hui, la lutte compétitive pour les droits sportifs n'est pas très différente de celle des années précédentes. Ce qui a changé, ce sont les acteurs. La guerre du streaming est arrivée dans le sport. Face à une fragmentation des diffuseurs de contenus sportifs, qui entraîne plus d'argent, plus d'abonnements et plus de confusion sur quand, où et comment regarder, l'été 2024 a été marqué par un recours massif au streaming illégal pour regarder des événements sportifs en direct. Alors que les amateurs de football attendaient avec impatience le début de la nouvelle saison de Premier League (qui a commencé le 16 août), beaucoup ont choisi de contourner les plateformes légales, considérées trop chères, pour se tourner vers des solutions illégales. Pour suivre tous les matchs, les fans doivent souvent s'abonner à plusieurs services de streaming, ce qui peut représenter une dépense importante. 

Matt Hibbert, directeur de la lutte contre le piratage chez la chaîne anglaise Sky explique : « Nous sommes soucieux de la protection de notre contenu, et souhaitons veiller à ce que les consommateurs puissent profiter du contenu qu'ils aiment, sans les risques que les flux illégaux peuvent représenter ». Sky et d'autres diffuseurs ont intensifié leurs efforts pour lutter contre ce phénomène, notamment en fermant des réseaux de streaming illégal et en poursuivant leurs opérateurs en justice. Quelques jours avant le début de la nouvelle saison de Premier League, un procès historique a eu lieu au Royaume-Uni, où deux frères ont été condamnés à une peine totale de 11 ans de prison pour leur rôle dans la facilitation de flux illégaux de la Premier League.

Parallèlement à cette montée du streaming illégal, Disney (derrière ESPN), Fox et Warner Bros Discovery ne pourront pas créer leur plateforme de streaming commune dans le sport nommée Venu Sports, censée arriver à l’automne. Cette plateforme devait être lancée aux Etats-Unis pour 43 dollars par mois et aurait pu offrir une solution unifiée aux consommateurs. Mais Fubo, qui propose aussi du contenu sportif, a porté plainte contre l’alliance, accusée d’enfreindre le droit de la concurrence : « Cette décision contribuera à garantir que les consommateurs aient accès à un marché plus compétitif avec de multiples options de streaming sportif » , a déclaré David Gandler, cofondateur et directeur général de Fubo, cité dans un communiqué. Une multiplication qui rend l'accès aux contenus sportifs plus difficile qu'avant. L'introduction du streaming a profondément modifié les règles du jeu. Sans parler des ressources considérables des géants de la tech. « Ce que nous avons maintenant, c'est encore l'ancien modèle plus ce nouveau modèle, donc la fragmentation semble beaucoup plus sévère, » explique Jon Christian, responsable de la chaîne d'approvisionnement des médias numériques chez Qvest, décrivant le paysage médiatique actuel comme une « guerre des regards ». 

Plus qu'une guerre des régards, nous sommes face à une guerre des portefeuilles. Une solution potentielle au défi économique de la fragmentation des offres se dessine avec le modèle AVOD (Ad-supported Video on Demand), où les services de streaming sont financés par la publicité, offrant ainsi des abonnements à moindre coût. Une étude récente de Kantar révèle que l'AVOD a connu une croissance significative au deuxième trimestre 2024 et durant l’été, représentant 47 % de tous les nouveaux services adoptés. Ce modèle, de plus en plus accepté par les consommateurs, pourrait permettre de rendre le contenu sportif plus accessible tout en générant des revenus pour les diffuseurs grâce à la publicité.

10Marronnier : la newsletter, une planche de salut renouvelée pour les journalistes indépendants aux Etats-Unis

Les newsletters deviennent non seulement une bouée de sauvetage, mais aussi une véritable opportunité de croissance financière, à une époque où la presse traditionnelle continue de naviguer dans des eaux tumultueuses. 2023 a été une année brutale pour l'industrie du journalisme, avec au moins 8 000 suppressions de postes au Royaume-Uni, aux États-Unis et au Canada, selon Press Gazette. La tendance s'est poursuivie en 2024, avec environ 1 000 personnes touchées par des fermetures et des vagues de licenciements rien qu'en janvier.

En 2023, plus de 20 000 emplois dans les médias ont été supprimés.

Source : Chris Cilliza 

En août, Substack a annoncé un bilan positif à Axios : la plateforme de newsletters est en voie de plus que doubler son nombre d'abonnés dans le domaine de la politique et des actualités en 2024, ont déclaré les dirigeants. Le nombre de journalistes de Substack spécialisés dans les actualités et la politique qui gagnent plus d'un million de dollars a doublé au cours de l'année écoulée — et est désormais en "doubles chiffres", selon la société.

« L'économie des créateurs libère la valeur accumulée que de nombreux journalistes vedettes ont créée pour les médias pour lesquels ils travaillaient auparavant », analyse Simon Owens, consultant média. Les journalistes peuvent désormais capter directement les revenus générés par leur expertise et leur notoriété. Et il n'y a pas que Sustack dans la vie : Précédemment rédacteur pour la Silicon Valley chez The Verge, Casey Newton a lancé sa newsletter Platformer en 2020 pour couvrir l'industrie technologique. D'abord diffusée sur Substack, il a finalement décidé, début 2024, de passer à la plateforme de publication Ghost. La plupart des articles sur Platformer sont réservés aux abonnés payants, qui déboursent environ 100 $ par an.

Le succès de Substack est illustré par des exemples concrets. Chris Cillizza, après avoir été licencié de chez CNN, a réussi à attirer 3 000 abonnés payants sur sa newsletter. Fait intéressant, ce sont les articles personnels et introspectifs qui ont suscité le plus grand intérêt, plutôt que les contenus politiques… 

+Et aussi, les tendances étonnantes sur les réseaux sociaux :

L’été 2024 n’a pas déçu en matière de tendances insolites sur les réseaux sociaux. Une qui a véritablement pris de l’ampleur est le phénomène « Very demure, very mindful » (traduisez : « très discret, très précautionneux »). Tout a commencé le 2 août, lorsqu’une créatrice TikTok, Jools Lebron, a posté une vidéo pour expliquer comment gérer son maquillage et sa transpiration « avec pudeur ». Plus tard, elle a publié une autre vidéo, visionnée plus de quatre millions de fois, sur l’art d’être « very demure » et « very mindful » au travail. En contraste avec le « brat summer », on pourrait croire que ce mouvement prône une attitude plus sage, un avant-goût de la rentrée…Mais bien évidemment l’expression est ironique et critique les attentes disproportionnées imposées par la société. Succès garanti sur les réseaux sociaux. Le hashtag #demure compte déjà 280 000 publications sur TikTok. Même le New York Times s’en amuse : « Votre café du matin avec juste un peu de crème ? Demure. La façon dont vous vous asseyez dans le métro ? Very demure. Votre manière de passer le fil dentaire après le déjeuner ? Absolument, totalement demure ». Le terme a été repris par Penn Badgey, Kim et Kloé Kardashian…et même Joe Biden. Alors, après votre « brat summer », comment allez-vous vivre votre « demure fall » ?

 

Voir cette publication sur Instagram

 

Une publication partagée par The White House (@whitehouse)

D'autres tendances comprennent les imitations du défilé d’Angèle lors de la cérémonie de clôture des Jeux Olympiques, sur la chanson « Night Call  » – devenue le titre le plus shazamé de tous les temps  – ou encore les influenceurs demandant à ChatGPT de "roaster" leur feed Instagram. (Comprenez : leur lancer des piques en un paragraphe bien cinglant). Et il y a bien sûr aussi la "bouillie d'IA" (AI slop) qui inonde les réseaux sociaux, avec l'irrésistible montée de Chubby, le chat généré par IA de TikTok, qui pourrait bien représenter l'avenir d'Internet.

[AI-Generated] (Credit: @mpminds)

Il semble qu'il y en ait encore bien plus à venir...

Sur ce, l'équipe Méta-Media vous souhaite une Bonne rentrée !

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Liens vagabonds : Telegram au cœur d'une bataille juridique inédite

L'arrestation de Pavel Durov marque une première historique dans le monde de la technologie.  Le 24 août, le PDG de l’application Telegram, a été arrêté à l’aéroport du Bourget, à Paris. Une information judiciaire est ouverte contre le milliardaire franco-émirati par le pôle cyber du parquet de Paris. Parmi les six chefs d'accusation, on reproche au dirigeant tech une « complicité de diffusion en bande organisée d’images de mineur présentant un caractère pornographique ». En cause, l’absence quasi-totale de modération et de coopération avec les autorités judiciaires françaises. La France surveille Telegram de près depuis que le réseau a été utilisé pour la coordination des attaques terroristes de Paris en 2015. Pour Wired, « Pavel Durov est le premier de sa génération de fondateurs de grandes plateformes à faire face à de telles conséquences sévères ». Ce cas pourrait créer un précédent pour toute l'industrie. 

Pourquoi Pavel Durov, le 'Robin Hood' d'Internet, est-il arrêté ? 

Telegram, "le dark web de poche" qui revendique 900 millions d’utilisateurs dans le monde, est critiqué pour avoir laissé prospérer des groupes diffusant des images pédopornographiques, des fausses informations, et des contenus criminels. Contrairement à d'autres réseaux sociaux, Telegram ne coopère pas par exemple avec des organisations telles que le National Center for Missing & Exploited Children (NCMEC), qui centralise la plus grande base de données mondiale de contenus pédopornographiques. Cette non-coopération avec les demandes de suppression de contenus et les réquisitions judiciaires fait de Telegram une plateforme à part : « Parmi les dirigeants des plus grands réseaux sociaux, Pavel Durov a toujours été un outsider », observe Wired. Contrairement à ses pairs, comme Mark Zuckerberg de Facebook ou Shou Zi Chew de TikTok, il a refusé de répondre aux convocations des autorités pour s'expliquer sur sa politique de gestion de contenu. 

⚖ Telegram abides by EU laws, including the Digital Services Act — its moderation is within industry standards and constantly improving.

✈ Telegram's CEO Pavel Durov has nothing to hide and travels frequently in Europe.

😵‍💫 It is absurd to claim that a platform or its owner…

— Telegram Messenger (@telegram) August 25, 2024

Les motivations derrière cette action judiciaire 

Telegram, dont la santé financière repose essentiellement sur la crypto-monnaie, se positionne en "outsider" en affirmant ne pas être soumis aux mêmes règles de modération que les autres grands réseaux sociaux. En effet, la plateforme considère qu'elle n'est pas concernée par le Digital Services Act (DSA), la loi européenne qui oblige les plateformes de plus de 45 millions d'utilisateurs actifs à lutter contre les contenus illégaux sous peine de sanctions. Le DSA impose des règles telles que l'interdiction de cibler les publicités selon la religion, le sexe ou l'orientation sexuelle, la transparence sur la lutte contre la désinformation, et de nouvelles protections pour les mineurs. 

Telegram déclare officiellement avoir 41 millions d'utilisateurs actifs en Europe, juste en dessous de ce seuil. Cependant, des responsables de l'UE soupçonnent l'application d'avoir sous-estimé ce chiffre pour éviter d'être classée parmi les « très grandes plateformes ». En ne fournissant pas un chiffre actualisé ce mois-ci, Telegram se trouve déjà en infraction avec le DSA, note The Financial Times. 

L'affaire est aussi hautement politique, avec un accusé qui détient les nationalités de quatre puissances mondiales. Il y a six ans, selon le Wall Street Journal, Emmanuel Macron avait tenté de convaincre Durov de déplacer Telegram à Paris et lui a offert la nationalité française. Bien que Durov a depuis reçu le cadeau de la nationalité française (tout comme Evan Spiegel, patron de Snapchat), le siège de Telegram se trouve actuellement à Dubaï. La Russie, de son côté, prétend ne pas être au courant d'autres nationalités détenues par son ressortissant (également fondateur de VKontakte, le Facebook russe), et défend l'application de messagerie la plus populaire du pays dans un élan qui réunit gouvernement et opposition politique. Et en Ukraine, où Telegram bénéficie de la même popularité, on se demande toujours si est-elle un cheval de Troie russe.

Enjeux pour les autres plateformes 

Cette affaire pourrait créer un précédent significatif pour d'autres plateformes numériques. Evelyn Austin, de la fondation Bits of Freedom, déclare : « L’arrestation de Durov intervient à un moment particulièrement volatile pour les plateformes en ligne et leurs utilisateurs. » L'idée que les entreprises puissent être tenues responsables des actions criminelles de leurs utilisateurs gagne du terrain. Un sondage récent au Royaume-Uni montre que deux tiers des personnes interrogées estiment que les entreprises tech devraient être tenus responsables d'héberger du contenu incitant à la violence. 

Selon Casey Newton, journaliste spécialisé dans les technologies, la poursuite éventuelle de Telegram par la France pourrait encourager d'autres pays à adopter des mesures similaires contre les dirigeants de plateformes pour non-divulgation des données des utilisateurs. « Nous nous sommes déjà dangereusement rapprochés de cette réalité », avertit-il. « L'Inde et la Russie ont été parmi les premiers pays à utiliser des « lois de prise d'otage » pour menacer les employés des plateformes de prison en raison de décisions de modération de contenu, et d'autres pays pourraient suivre. » 

Un changement de paradigme pour l'industrie numérique ? 

L'arrestation de Pavel Durov (qui a été libéré sous caution de 5 millions d'euros mercredi) marque un tournant dans la façon dont les gouvernements traitent les plateformes numériques, en soulignant une volonté croissante de tenir les dirigeants responsables de la diffusion de contenus illégaux. À l'heure où l'équilibre entre liberté d'expression et sécurité en ligne est de plus en plus débattu, cette affaire représente un test pour Telegram et pour toutes les autres entreprises technologiques. 

En attendant, Marc Zuckerberg se retrouve de l'autre côté du mirroir de la censure, en avouant cette semaine que Meta a cédé aux pressions de l'administration Biden pour censurer du contenu sur le COVID-19 en 2021.

🚨🇺🇸BREAKING: ZUCKERBERG REGRETS CAVING TO BIDEN'S CENSORSHIP DEMANDS, CUTS DEM FUNDING

Mark Zuckerberg, in a bombshell letter to House Judiciary Chairman Jim Jordan, expresses deep regret over Meta's compliance with Biden Administration pressure to censor COVID-19 content in… pic.twitter.com/FPXdFWd55n

— Mario Nawfal (@MarioNawfal) August 26, 2024

CETTE SEMAINE EN FRANCE

  • L’UMICC annonce la nomination de Gaspard G en tant que secrétaire général (Influencia)
  • Agnès Vahramian nommée à la tête de France Info et Céline Pigalle à la direction de l'information de Radio France (Le Figaro)
  • Une rentrée des radios et des télévisions marquée par les Jeux paralympiques, des nouveaux castings et toujours plus de Cyril Hanouna (Le Monde)
  • « Télématin » : Julien Arnaud quitte TF1 et remplace Thomas Sotto sur France 2 (Le Parisien)
  • Le personnel politique face à une défiance généralisée de l’électorat (Le Monde)
  • L'irruption de l'IA dans la chaîne éditoriale suscite des inquiétudes au Figaro (La Lettre)
  • L'Equipe s'excuse à propos de sa Une (L'Equipe)

3 CHIFFRES

  • Près de la moitié des utilisateurs de TikTok âgés de moins de 30 ans déclarent l'utiliser pour se tenir au courant de la politique et de l'actualité, selon le Pew Research Center.
  • 56 % des utilisateurs ont déjà cessé de suivre un créateur à cause de ses opinions politiques. Pourtant, 82 % des influenceurs américains prévoient de partager leur orientation politique durant cette période électorale, selon Business Insider.
  • 4 500 années-développeur et 260 millions de dollars - c'est ce que l'IA générative aurait déjà fait économiser à Amazon, selon son directeur 

LE GRAPHIQUE DE LA SEMAINE

Deux tiers des Britanniques estiment que les entreprises tech devraient être tenues responsables des publications incitant aux émeutes

Source : YouGov

NOS MEILLEURES LECTURES / DIGNES DE VOTRE TEMPS / LONG READ

  • Pourquoi les femmes n'utilisent-elles pas l'intelligence artificielle ? (The Economist)
  • Les Républicains inondent la télévision de publicités trompeuses sur l'immigration et les frontières (The Washington Post)
  • La plupart des avatars d'IA sont féminins, jeunes et séduisants. S'agit-il d'une tendance passagère ou d'une tendance durable ? (Reuters)
  • Les stars de YouTube veulent du respect (Wall Street Journal)
  • Le problème de Kamala avec la génération Z (Business Insider)

Crédit image : Anna Moneymaker/Getty Images

DISRUPTION, DISLOCATION, MONDIALISATION

  • Des pirates iraniens ont ciblé les comptes WhatsApp d'employés des administrations Biden et Trump, selon Meta (APNews)
  • Comment l'IA va fusionner le cinéma et les jeux (A16z)

DONNEES, CONFIANCE, LIBERTÉ DE LA PRESSE, DÉSINFORMATION 

  • Les gens sont-ils plus susceptibles d'évaluer correctement la désinformation lorsque les enjeux politiques sont élevés ? Haha, non (NiemanLab)
  • L'UE est exhortée à annuler son accord commercial avec Israël en raison des meurtres de journalistes (PressGazette)
  • L'outil d'IA Grok d'X (anciennement Twitter) d'Elon Musk manque de garde-fous efficaces pour prévenir la désinformation électorale (independent)
  • Persécutés par le régime Maduro, les journalistes vénézuéliens ont recours à l'IA (The Guardian)

Source : The Guardian

LÉGISLATION, RÉGLEMENTATION

  • Brésil : le réseau social X bloqué après un ordre de la Cour suprême (AP)
  • Sarah Palin obtient un nouveau procès dans l'affaire de diffamation contre le New York Times (Reuters)
  • OpenAI soutient le projet de loi californien sur l'IA exigeant le 'filigrane' du contenu synthétique (Reuters)

JOURNALISME

  • Comment le journalisme est devenu la profession la plus dangereuse au Mexique (Financial Times)
  • Lors de la Mostra de Venise, le manque d'accès aux vedettes de cinéma laisse les journalistes internationaux frustrés (Variety)
  • Écart générationnel, rhétorique militaire et polarisation : ce qui doit changer dans le journalisme sportif italien (The Fix)
  • Un conseiller en sécurité de Reuters tué, deux journalistes blessés à Kramatorsk, en Ukraine (Reuters)
  • "Le point de non-retour" : la chute de Stand News, autrefois principal média en ligne de Hong Kong (Reuters)
  • Les lecteurs préfèrent cliquer sur un titre clair et simple, comme celui-ci (NiemanLab)

Crédit image : NiemanLab

STORYTELLING, NOUVEAUX FORMATS

  • Cet agrégateur de nouvelles/application de rencontre aide les passionnés d'actualité à se rencontrer (NiemanLab)
  • Est-ce que nous faisons fondre notre cerveau en faisant défiler des vidéos courtes sans fin ? (Sophia Smith Galer)

ENVIRONNEMENT 

  • Le gouvernement Albanese accusé d’essayer d’‘enterrer les mauvaises nouvelles’ concernant l’état de santé de la Grande Barrière de Corail (The Guardian)
  • La longue bataille du climat dans les pages du « Monde » (Le Monde)

RÉSEAUX SOCIAUX, MESSAGERIES, APPS

  • Si TikTok est interdit, les créateurs de haut niveau pourraient se tourner vers Facebook plutôt que vers Instagram (emarketer)
  • La lutte de marques autour de ‘Demure’ révèle un changement massif dans le pouvoir des mèmes (Wired)
  • Pizza Hut permet aux clients de payer leur pizza avec des danses TikTok (gizmodo)
  • La tournure politique marquée d'Elon Musk (Wall Street Journal)
  • X se prépare à une interdiction au Brésil (BBC)

Source : Wall Street Journal

 STREAMING, OTT, SVOD

AUDIO, PODCAST, BORNES

  • Les frères Kelce signent un accord de podcast 'New Heights' avec Wondery d'Amazon pour plus de 100 millions de dollars (The Wrap)
  • Qu'est-ce qui fait une bonne alchimie ? Pour les podcasts de discussion, c'est fondamental (New York Times)

Web3, BLOCKCHAIN, CRYPTO, NFT

  • Le plus grand défenseur de Telegram : l’industrie mondiale de la crypto-monnaie (New York Times)

INTELLIGENCE ARTIFICIELLE, DATA, AUTOMATISATION

  • Le nouvel assistant vocal Alexa d'Amazon utilisera Claude AI (The Verge)
  • Le nouvel outil d'IA du Washington Post passe au crible d'énormes ensembles de données (Axios)
  • SAG-AFTRA obtient l'adoption d'une loi en Californie pour limiter les répliques d'IA (Variety)
  • La prise de notes automatique par IA de Google Meet est disponible (The Verge)
  • Gannett ferme un site accusé de publier des critiques de produits basées sur l'IA (The Verge)
  • Bonjour, vous êtes ici parce que vous avez dit que l'édition d'images par IA était comme Photoshop (The Verge)
  • Des grands sites internet disent non à l'extraction de données par l'IA d'Apple (Wired)
  • GameNGen Google : Les modèles de diffusion sont des moteurs de jeu en temps réel (GitHub)

MONÉTISATION, MODÈLE ÉCONOMIQUE, PUBLICITÉ

  • Les éditeurs font la promotion du jeu sur leurs plateformes (Axios)
  • Voici comment 7 directeurs d'audience de médias envisagent les résumés générés par l'IA de Google (NiemanLab)
  • Apple réduit ses effectifs dans ses applications Livres et News (The Verge)

 

 

Par KATI BREMME, ALEXANDRA KLINNIK ET AUDE NEVO

 

 

 

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Liens vagabonds : Paris 2024 à l’ère des influenceurs

Comment faire vibrer les spectateurs au rythme des Jeux Olympiques après le flop des deux dernières éditions ? Pour attirer l'attention de la génération Z, le groupe audiovisuel américain NBCUniversal a misé gros en envoyant 27 influenceurs de renom sur le terrain. Le but ?  Rajeunir l’audience de son service de streaming, Peacock. Cette initiative illustre l’importance grandissante des influenceurs dans le paysage médiatique, sujet du dernier Cahier de Tendances de Méta-Media. Pourtant cette fois, ce sont ces mêmes influenceurs qui se sont fait voler la vedette.  

Des stars des réseaux sociaux aux Etats-Unis comme Kai Cenat, Daniel Macdonald et Zhongni « Zhong » Zhu étaient en première ligne pour partager leur expérience olympique. Mais malgré leur audience massive, ces créateurs ont rapidement été éclipsés par les véritables héros des Jeux : les athlètes eux-mêmes. 

Ilona Maher, star de l’équipe de rugby américaine, a par exemple gagné près de 2 millions de nouveaux adeptes en seulement deux semaines grâce à ses vidéos humoristiques sur la vie dans le village olympique. Elle n’est pas la seule : le nageur norvégien Henrik Christiansen et d’autres athlètes ont eux aussi réussi à captiver le public avec des contenus authentiques et spontanés, bien loin du format aseptisé des influenceurs traditionnels.  

@ilonamaherWhen in paris♬ original sound - Ilona Maher

« Je n'aime pas qu'on me qualifie d'influenceuse. Je suis d'abord une joueuse de rugby, ensuite une influenceuse », a confié Ilona Maher, qui, en plus de son succès sur le terrain, est devenue une star des réseaux sociaux. Cette dualité montre à quel point les athlètes actuels se sont adaptés à l’ère numérique. D’autant plus qu’ils ont bénéficié de l’assouplissement d’une règle du Comité International Olympique (CIO), leur permettant de bénéficier d’une activité commerciale autour des jeux. Une aubaine quand la plupart des athlètes olympiques américains de haut niveau semblent à peine s'en sortir financièrement, gagnant en moyenne 2 000 dollars par mois. Ilona Maher confirme :  « C'est ce que j'ai dû faire pour gagner de l'argent et attirer l'attention sur notre sport ». 

En parallèle, les influenceurs embauchés par NBC ont eu du mal à trouver leur place, en grande partie à cause des restrictions imposées par le CIO. Pour protéger les droits des diffuseurs officiels, ils avaient interdiction de filmer les épreuves elles-mêmes. Leur contenu a donc souvent été limité à des clichés de stades ou de cérémonies, loin de l'immersion que le public attendait. « Les gens recherchent une couverture de qualité de ce qui se passe réellement aux Jeux », analyse Christine Tran, spécialiste des médias numériques à l'Université de Toronto. « Il y a des journalistes qui ont une formation médiatique et des moyens de production pour offrir ce genre de couverture sur le terrain. Ce que les influenceurs proposent, c'est une sorte d'informalité mise en scène, qui n'a pas eu l'impact escompté ». Il était difficile pour ces derniers de casser l’image lisse de leurs contenus, à cause de la nature même de leur contrat avec NBC. « Si NBCUniversal vous emmène à Paris et vous loge, vous n'allez probablement pas commenter les mouvements ridicules de la breakdanceuse australienne ou le fait que vous n'avez pas pu voir grand-chose depuis votre siège hors de prix à la cérémonie d'ouverture » souligne Wired. 

Même si les influenceurs de NBC n'ont pas réussi à faire décoller leurs vidéos, les chaînes de médias sociaux de NBC Sports ont gagné 2 millions de nouveaux adeptes grâce à l’engouement généré par les athlètes. Peacock, a également enregistré une hausse de 75 % du nombre de téléspectateurs en journée d'une semaine à l'autre, signe que le public est bien présent, mais qu'il s’intéresse surtout aux vrais acteurs des Jeux. 

Cette situation pourrait bien changer d’ici les prochains Jeux d’été, en 2028 à Los Angeles, où une armée d'influenceurs basés en Californie pourrait être mobilisée. Certes, la place des influenceurs n’est plus à négliger dans le paysage médiatique, mais leur voix doit être utilisée de la bonne manière, pour le bon contenu et le bon format, si elle veut se faire entendre.  

Et sinon, petit tour des points qu’il ne fallait pas manquer ces trois dernières semaines :

  • OpenAI a annoncé le 25 juillet un nouvel outil de recherche “SearchGPT”, qui ne fonctionne pas très bien, appelé “OopsGPT” (The Atlantic).
  • Cet outil continue d’alimenter la bataille avec les éditeurs de presse (Axios)
  • De son côté Perplexity a lancé son “Programme des éditeurs”. Parmi les principaux éléments, l’entreprise compte désormais partager plus équitablement ses revenus avec les éditeurs. (Perplexity)
  • Sur Peacock, c’est une IA qui a été chargée des commentaires sportifs des Jeux Olympiques avec la voix du commentateur sportif Al Michaels (State)
  • La vidéo sociale envahit le monde (Doug Shapiro)
  • Les responsables d'État américains demandent à X de s'attaquer à la désinformation électorale (Social Media Today)
  • Décès de Susan Wojcicki, ancienne PDG de YouTube, à l'âge de 56 ans (The Guardian)
  • Après la condamnation de Google, la fin de l’impunité des géants du numérique ? (Mediapart)
  • Instagram impose les “Vues” comme statistique principale (Instagram)

 

Voir cette publication sur Instagram

 

Une publication partagée par Instagram’s @Creators (@creators)

  • Le soutien d’Elon Musk à Donald Trump nuit aux activités de Tesla dans le secteur des véhicules électriques en Europe, qui sont déjà en difficulté (Fortune)
  • Kamala Harris ne donne pas d'interviews. Des questions ? (New York Times)
  • En Russie, l’accès à YouTube fortement ralenti par les autorités (Meduza)
  • Désinformation en action : Channel 3, le faux média russe, aggrave la situation au Royaume-Uni (The Telegraph)
  • En Australie, une publication scientifique critiquée pour avoir utilisé l'IA (The Guardian)
  • Jeux olympiques 2024: les cadreurs enfin sommés de filmer de façon non sexiste (Slate)
  •  Les sénateurs proposent un retour de la redevance pour financer l’audiovisuel public (Public Sénat)
  • La BBC va supprimer 500 postes d'ici deux ans (Variety)

CETTE SEMAINE EN FRANCE

  • TV5 Monde : la rédaction en état de crise permanent (La Lettre)
  • La Commission européenne prend ses distances après la mise en garde de Thierry Breton à Elon Musk (Le Monde)
  • Les JO de Paris offrent des records d'audiences aux diffuseurs et à la presse (Les Echos)

With great audience comes greater responsibility #DSA

As there is a risk of amplification of potentially harmful content in 🇪🇺 in connection with events with major audience around the world, I sent this letter to @elonmusk

📧⤵ pic.twitter.com/P1IgxdPLzn

— Thierry Breton (@ThierryBreton) August 12, 2024

3 CHIFFRES

  • La couverture quotidienne des JO sur NBCUniversal a attiré 30,6 millions de téléspectateurs, soit une augmentation de 80 % par rapport à Tokyo 2020, d’après Hollywood Reporter.
  • Selon l'ONG du Centre contre la haine en ligne, 50 publications d'Elon Musk diffusant de la désinformation sur la plateforme X ont cumulé un milliard de vues depuis janvier.
  • Plus de 22 newsletters sur Substack dans les domaines de la politique, de l'actualité, des affaires et de la technologie comptent « des dizaines de milliers » d'abonnés payants, selon Axios.

LE GRAPHIQUE DE LA SEMAINE

Qu’est-ce qui empêche les salariés d’utiliser ChatGPT ?

Source : University of Chicago

NOS MEILLEURES LECTURES / DIGNES DE VOTRE TEMPS / LONG READ

  • Les technologies ‘intelligentes’ sont devenues ingérables. Nous avons une affection pour les technologies plus simples (Washington Post)
  • L'opération Gen-Z derrière la métamorphose en ligne de Harris (CNN)
  • Bowling, selfies et le “Dougie” : Biden séduit les influenceurs à la Maison-Blanche (New York Times)
  • À l'approche de l'élection présidentielle, quel rôle jouent les influenceurs ? (Digiday)
  • Voici comment les gens utilisent réellement l'IA (MIT)
  •  Un guide visuel des influenceurs qui façonnent l'élection de 2024 (Wired)

Capture d'écran de The Wired

DISRUPTION, DISLOCATION, MONDIALISATION

  • Alors que Meta se détourne de la politique, les grands comptes Instagram constatent une baisse de leurs vues (Bloomberg)
  • La recherche IA de Google impose un choix crucial aux sites : partager des données ou disparaître (Bloomberg)

DONNEES, CONFIANCE, LIBERTÉ DE LA PRESSE,DÉSINFORMATION 

  • L'Iran recourt à des sites de désinformation pour influencer les élections américaines, d'après Microsoft (Washington Post)
  • Les médias sénégalais organisent une journée de blackout pour attirer l'attention sur les préoccupations concernant la liberté de la presse (AP)
  • Selon Meta, les tactiques d'IA utilisées par la Russie pour interférer avec les élections américaines échouent (The Guardian)

LÉGISLATION, RÉGLEMENTATION

  • Comment la semaine agitée d'Elon Musk révèle les failles des législations britanniques en matière de sécurité en ligne (The Guardian)
  • TikTok s’engage à retirer définitivement de l’UE son programme de récompenses (Stratégies)
  • Un projet de loi californien visant à réglementer l'I.A. suscite l'inquiétude dans la Silicon Valley (New York Times)
  • Les électeurs de la génération Z s'opposent aux restrictions sur les réseaux sociaux, selon une nouvelle étude (Bloomberg)

JOURNALISME

  • Le New York Times cessera de soutenir les candidats dans les courses électorales de New York (New York Times)
  • Biden affirme aux créateurs qu'ils ont un avantage que les médias traditionnels n'ont pas : « Vous inspirez confiance. » (TechCrunch)
  • Kamala Harris doit s'adresser à la presse (The Guardian)
  • Le « Washington Post » critique l'attaque de Taylor Lorenz contre Joe Biden, qualifié de « criminel de guerre » (npr)
  • L'ère du journaliste indépendant prend son envol (Axios)

STORYTELLING, NOUVEAUX FORMATS

  • Twitch vient de lancer Video Stories (Twitch)
  • Les newsletters sur LinkedIn valent-elles vraiment le détour ? (journalism.co.uk)
  • La convention du parti démocrate américain sera streamée pour la première fois en format vertical(Axios )

ENVIRONNEMENT

  • Si vous voulez que les Américains prêtent attention au changement climatique, appelez-le simplement “changement climatique” (NiemanLab)
  • Les grandes entreprises technologiques cherchent à modifier les règles sur les émissions nettes nulle  (Financial Times)
  • La répétition rend les mensonges sur le climat plus crédibles — même pour ceux qui soutiennent la science climatique (NiemanLab)

RÉSEAUX SOCIAUX, MESSAGERIES, APPS

  • L'échange entre Elon Musk et Trump sur X a débuté par un incident technologique (The Verge)

Conversation with @realDonaldTrump with topic timestamps https://t.co/ziLJEUhnE7

— Elon Musk (@elonmusk) August 13, 2024

  • Les éditeurs renforcent leur présence sur Reddit alors que la plateforme gagne en visibilité dans les recherches (Adweek)
  • Le style très personnel de la génération Z creuse le fossé générationnel sur LinkedIn (Bloomberg)
  • Le flux d'actualités d'Elon Musk sur X se fait l'écho de ses politiques d'extrême droite (Washington Post)
  • Comment les athlètes de la génération Z ont propulsé les Jeux Olympiques de Paris 2024 dans l'ère de TikTok (Axios)
  • Kamala Harris consacre dix fois plus de budget que Trump à une campagne publicitaire numérique (Financial Times)

STREAMING, OTT, SVOD

  • Les Jeux Olympiques se concluent avec une énorme hausse des audiences pour NBCUniversal (Hollywood Reporter)
  • Paramount Global va licencier 15 % de ses employés aux États-Unis et fermer un studio de télévision (Reuters)

AUDIO, PODCAST, BORNES

  • Apple accepte finalement l'application Spotify avec les tarifs européens (The Verge)

INTELLIGENCE ARTIFICIELLE, DATA, AUTOMATISATION

  • Le MIT publie une base de données complète sur les risques liés à l'IA (VentureBeat)
  • Google étend ses réponses par IA à de nouveaux pays (Reuters)
  • Eric Schmidt se rétracte sur sa déclaration selon laquelle Google serait en retard en intelligence artificielle à cause du télétravail (Wall Street Journal)
  • Google ouvre discrètement l'accès à Imagen 3 à tous les utilisateurs aux États-Unis (Venture Beat)

Capture d'écran de VentureBeat

MONÉTISATION, MODÈLE ÉCONOMIQUE, PUBLICITÉ

  • Instagram est de loin supérieur à Facebook aux yeux des marques (Digiday)
  • Le PDG de X appelle à une refonte de l'industrie publicitaire (Axios)

 

Kati Bremme, Alexandra Klinnik et Aude Nevo

 

 

 

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Podcasts d'été : Nos recommandations

Que nous réserve l’avenir ? Méta-Media a choisi pour vous une série de podcasts pour explorer cette question. Profitez de l'été pour ouvrir vos écoutilles !

Le code a changé

“Le cinéma qui aime tant exhiber ses prouesses techniques est peu bavard sur ces outils qui rendent les gens plus beaux”.  Dans le podcast Le code a changé, le journaliste Xavier de La Porte explore l'usage croissant de l'intelligence artificielle pour retoucher les visages des actrices à l'écran. Lisser les traits, effacer les cernes, faire disparaître les pores : de plus en plus de stars réclament le recours au 'passe beauty' dans les productions, tant aux États-Unis qu'en France. Désormais, les contrats des actrices intègrent l'utilisation de ce logiciel, capable d'apporter des corrections précises, parfaitement adaptées aux mouvements du visage. Ces outils permettent une retouche bien plus fine que celle réalisée en 2008 pour L'Étrange Histoire de Benjamin Button, film récompensé par l'Oscar des meilleurs effets visuels. Si ces logiciels peuvent effacer les imperfections, ils risquent aussi d'effacer les émotions, et se concentrent presque exclusivement sur les femmes. Ils ciblent principalement les signes de vieillissement féminin, tout en ignorant par exemple l'apparition d'un début de calvitie chez les hommes... Un podcast qui nous invite à voir comment la technologie renforce les injonctions sociétales.

On the Media (OTM)

"On the Media" (OTM) est un podcast américain incontournable pour ceux qui cherchent à comprendre les mécanismes et les enjeux du monde médiatique. Animé par les journalistes Brooke Gladstone et Micah Loewinger, le programme plusieurs fois primé se distingue par sa capacité à décortiquer les complexités médiatiques, allant de la désinformation à l'évolution des mouvements politiques comme le MAGA (Make America Great Again). Par exemple dans l’épisode « How the media created J.D. Vance » du 19 juillet, l'animatrice Brooke Gladstone analyse le rôle des médias dans l'ascension du chouchou et colistier de Donald Trump à la présidentielle. De nombreux sujets sont centrés sur les événements de la semaine précédente et critiquent la manière dont ils ont été couverts par les médias. Cependant, la force d'OTM réside dans sa diversité thématique. Le programme observe à la loupe toute la palette de ce que peut représenter un média en passant par la presse en ligne, la télévision, la radio, les nouveaux médias, Netflix, YouTube, la téléréalité etc. Par exemple, dans l'épisode « Making Fun of Public Radio », Brooke Gladstone s’entretient avec les créateurs de la série télévisée « In the Know », une parodie de NPR (National Public Radio). La série qui met en scène des marionnettes un peu loufoques n’est pas sans rappeler les « Guignols de l’info » diffusé en France jusqu’en 2018. Le but de l’épisode est de décrypter les raisons pour lesquelles la radio publique est un terrain si fertile pour la satire. OTM permet donc à ses auditeurs de naviguer dans l’océan tumultueux de l’information avec un œil plus avisé. Le petit plus ? Des ressources supplémentaires sont toujours données en complément de l’émission pour aller plus loin.

 

Silicon Carne
Avec son slogan « un peu de picante dans la Tech », « Silicon Carne » se distingue par son ton décalé et son approche sans filtre des sujets brûlants de l'industrie technologique. Carlos Diaz, entrepreneur basé à San Francisco, combine une perspective d'initié avec une critique acérée, offrant un décryptage rafraîchissant des tendances et des innovations. Chaque épisode, teinté d'humour et de sarcasme, aborde des thèmes variés : des impacts des géants de la tech sur nos vies au bullshit du métavers, en passant par le Bitcoin et la situation socioéconomique à la Silicon Valley, entre burn-out et "Great Resignation". L’animateur accompagné de ses invités apporte son regard critique sur des sujets d’actualité comme le procès d’Elon Musk contre OpenAI, le bannissement de TikTok aux États-Unis, ou le lancement de ChatGPT-4o : « La guerre de l’IA fait rage ici dans la Silicon Valley, » prévient-il.
Les épisodes d'environ une heure traitent les sujets les plus brûlants de la semaine, avec des titres foisonnant d’émojis, pour parfaire la ligne éditoriale décalée. Le message est clair. Ici, on parle de sujets sérieux sans se prendre au sérieux. Par exemple, dans l'épisode « 🔎 BeReal + Voodoo 💣 Du rififi entre OpenAI et Microsoft 💰 Musk touche sa prime », « Silicon Carne » explore l'acquisition de BeReal par Voodoo pour 500 millions d'euros et les tensions entre OpenAI et Microsoft, ainsi que le bonus controversé de 46 milliards de dollars accordé à Elon Musk, illustrant les dynamiques de pouvoir en cours dans l'industrie. Un must à écouter !
Hard Fork

Le podcast "Hard Fork" diffusé par le New York Times, et animé par Kevin Roose et Casey Newton, est un guide indispensable dans un monde technologique en constante évolution. “Qu’est-ce qui est réel ? Qu’est ce qui est exagéré ?”, se demandent-ils constamment. Chaque semaine, ils offrent une analyse claire des dernières nouveautés tout en critiquant les dérives de l'industrie. Dans leur dernier épisode, ils se penchent sur la hype autour de ChatGPT : sommes-nous dans une bulle IA ? Les patrons de la tech continuent de dépenser, alors que les retours sur investissements sont encore loin. Jim Covello, le chef de la recherche sur les actions de Goldman Sachs, a notamment remis en question le moment ou même la possibilité que l’IA produise suffisamment de bénéfices pour compenser ses coûts astronomiques. Un regard informé et critique.

 

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Lectures d'été : Nos recommandations (2/2)

Notre première sélection vous a captivé ou vous cherchez encore la lecture parfaite ? Ne vous en faites pas, l'été est loin d'être fini ! Voici le deuxième volet de nos recommandations littéraires pour découvrir davantage le monde de demain.

The Chaos Machine – Max Fisher

Les plateformes ressemblent aux fabricants de cigarettes des années 60 : elles prétendent ne pas comprendre pourquoi les gens pourraient s’inquiéter de l’impact de leurs produits. Dans The Chaos Machine, le journaliste du New York Times, Max Fisher, souhaite montrer concrètement la duplicité des réseaux sociaux. Les algorithmes utilisés exploitent les émotions pour maximiser l’engagement, en dépit de la violence engendrée. L’auteur s’est ainsi penché sur l’influence clé des réseaux sociaux dans la victoire de Trump aux élections américaines, et dans les émeutes au Sri Lanka et en Birmanie. Il montre notamment que le plaisir de l’indignation est l’un des sentiments clé qui est exploité par les algorithmes conçus par Google pour YouTube et Meta pour Facebook, Instagram et WhatsApp. La division alimente l’engagement, ce qui à son tour génère des revenus publicitaires…

A travers les interviews de chercheurs, le journaliste explique notamment comment les algorithmes et la conception des réseaux sociaux « façonnent délibérément nos expériences », exerçant « une attraction si puissante sur notre psychologie et notre identité qu’elle change notre façon de penser, de nous comporter et de nous relier les uns aux autres ». Un ouvrage nécessaire pour prendre du recul.

Rupert Murdoch, l’empereur des médias qui manipule le monde – David Colon

« Rupert Murdoch est très bon dans ce qu'il fait. La question est : est-ce qu'il fait quoi que ce soit de bon ? » se demandait l’avocat Théodore Kheel, qui a travaillé tant pour que contre le magnat de la presse. À 93 ans, Rupert Murdoch continue d'exercer une influence colossale à l’échelle mondiale avec son empire médiatique, qui inclut The Sun, le Wall Street Journal, Fox News et bien d'autres. Dans sa biographie captivante intitulée Rupert Murdoch, l’empereur des médias qui manipule le monde, David Colon explore le rôle de Murdoch dans la concentration des médias et sa réputation controversée, le qualifiant parfois de « cancer pour la démocratie ». Ce portrait révèle comment le magnat australien a construit un réseau tentaculaire, comprenant 175 journaux, des dizaines de chaînes de télévision, un studio hollywoodien et une maison d'édition sur quatre continents.

Surnommé « grand manipulateur », « sorcier des médias », « Roi Soleil », « antéchrist » ou encore « homme le plus dangereux du monde », Rupert Murdoch est au centre d'un débat intense sur l'impact de ses méthodes. « Lire la biographie de Murdoch, c’est aussi lire en filigrane celle des propriétaires de grands médias », prévient David Colon.

Read Write Own – Chris Dixon

Dans Read Write Own, Chris Dixon offre une vision enthousiaste et idéaliste de la technologie blockchain comme remède aux maux d'Internet. L’essai se présente comme une défense argumentée de la blockchain, la présentant comme la solution idéale pour créer un Internet plus décentralisé et équitable, loin du contrôle des grandes entreprises technologiques.

Ce « puriste d’internet » aborde l'histoire du web pour contextualiser l'évolution vers la blockchain. Il argumente que les blockchains pourraient surpasser les réseaux centralisés en offrant un environnement où les règles sont codifiées dans le logiciel, éliminant ainsi la nécessité de faire confiance aux entreprises de la tech. « « Tout le monde parle de l’IA qui va tout détruire, estime l’auteur. La véritable menace est que cinq grandes entreprises finissent par tout contrôler, et que nous soyons tous soumis à ce qu’elles décident. Cela me semble très ennuyeux, monotone et dystopique. J’ai l’impression d’être une personne folle, debout sur le coin de la rue en criant : ‘Pourquoi cela ne devrait-il pas être un problème plus important pour plus de gens ?’ »

Si Read Write Own est un essai intéressant en faveur de la blockchain et de sa philosophie, il ne mentionne ni les critiques, ni les échecs récurrents dans l'écosystème crypto, et ne s'attaque pas aux questions cruciales sur la lente adoption de la blockchain et les nombreux projets frauduleux…

 

 

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Lectures d'été : Nos recommandations (1/2)

Les beaux jours sont là ! A cette occasion, Méta-Media vous suggère une série de livres pour apprendre, vous inspirer, faire une pause  que vous soyez au bord de la mer ou bien chez vous. Bonnes lectures !

The Power of one - Frances Haugen

Frances Haugen est devenue célèbre en 2021 après avoir dénoncé les agissements de Facebook devant le Congrès américain. En tant qu'ancienne cheffe de produit de l'équipe de désinformation civique, elle a révélé comment le réseau social propageait délibérément des informations toxiques et favorisait la violence. Ses révélations, basées sur 22 000 pages de documents internes, ont montré que Facebook était pleinement conscient des dommages qu'il causait.

Après la publication des "Facebook Files", la valeur boursière de l'entreprise a chuté de 75 %, subissant la plus lourde perte en une seule journée jamais enregistrée pour une entreprise américaine cotée en Bourse. Frances Haugen avait rejoint Facebook en 2019, malgré la mauvaise réputation de l'entreprise, dans l'espoir de réduire la désinformation. Elle écrivait alors : “À l’époque, accepter un poste chez Facebook n’apportait aucune valeur ajoutée au CV ; au contraire, cela risquait d’entacher mon image de marque.” Son autobiographie retrace, avec le plus de sincérité possible, son parcours de "nerd", l’absence de considération éthique des boites tech, les risques encourus devant de telles révélations. La lanceuse d’alerte met en garde contre les dangers d'une technologie non régulée et appelle à une plus grande transparence et responsabilité des réseaux sociaux. Elle critique également la dynamique perverse où les compétences acquises par les législateurs sont désormais rapidement récupérées par les géants de la tech avec des offres salariales alléchantes, sapant ainsi les efforts de régulation. Les assistants parlementaires sont ainsi débauchés par les géants de la tech avec des salaires cinq fois supérieurs à ce que leurs sénateurs peuvent se permettre de leur payer… Un récit éclairant sur les “entrailles” de la tech !

Elon Musk - Walter Isaacson

Elon Musk se perçoit comme un « personnage de bande dessinée essayant de sauver le monde », avec des ambitions titanesques et un ego colossal. C’est ce que rapporte Walter Isaacson, qui a suivi l’entrepreneur milliardaire pendant deux ans. Le biographe a ainsi pu observer de près cet « homme capricieux », avec un accès privilégié à certaines réunions, emails et textos de la star de la tech. Il a ainsi été témoin de moments clés tels que le rachat de Twitter, l'explosion en vol de la fusée Starship, et la naissance de plusieurs de ses enfants.

On en retient qu'Elon Musk règne en maître absolu sur ses entreprises. Il impose des réductions drastiques de coûts dans certains domaines tout en insistant pour que d'autres dépenses soient illimitées. Chez Tesla, son obsession pour les détails du design automobile a fait exploser les coûts et vidé la trésorerie de l’entreprise. Lorsqu'il a acquis Twitter, il a licencié 75 % du personnel et s'est réjoui de renvoyer les dirigeants pour les empêcher de percevoir leurs indemnités de départ. Le rachat du réseau social est en partie due à son addiction aux tweets et à son désir de prendre une revanche sur un passé difficile. Ayant été harcelé à l’école en Afrique du Sud, l'entrepreneur souhaitait posséder son « propre terrain de jeu ». Mais comme le souligne le New York Times, « posséder un terrain de jeu ne vous empêchera pas d’être malmené »…

Cette biographie n'est pas une enquête journalistique classique, mais plutôt un exercice d'admiration qui explore les multiples facettes et les démons d’un milliardaire fantasque, qui n’obéit qu’à ses lubies passagères. Divertissant et inquiétant.

Extremely Online : The Untold Story of Fame, Power and Influence on the Internet – Taylor Lorenz

« Je souhaite raconter des histoires qui ont été effacées de l'histoire par Silicon Valley », annonce Taylor Lorenz. Dans son ouvrage, la journaliste tech du Washington Post s'intéresse à un aspect souvent négligé des réseaux sociaux : l'expérience des utilisateurs eux-mêmes. Contrairement à des livres comme Hatching Twitter de Nick Bilton ou No Filter de Sarah Frier, qui se concentrent principalement sur l'aspect corporate des entreprises technologiques, Taylor Lorenz choisit de se pencher sur les individus qui ont façonné et redéfini le paysage des médias sociaux.

L'essai se distingue par son ambition de narrer l'histoire de l'internet social à travers les yeux des utilisateurs, du boom des blogs dans les années 2000 à l'ère de TikTok. La journaliste analyse comment des figures telles que les « mamans blogueuses » ont non seulement influencé le contenu en ligne, mais ont également été des pionnières dans la monétisation de leurs marques personnelles, devenant ainsi les premières influenceuses. « Pendant une grande partie de l'histoire des médias sociaux, Silicon Valley a été extrêmement hostile envers ces utilisateurs influents. Les fondateurs de la tech éprouvaient presque de la rancune face au pouvoir qu'ils exerçaient sur internet. Lorsque la pandémie a éclaté, ils ont commencé à parler de "l'économie des créateurs" comme si c'était quelque chose de nouveau, alors qu'ils l'avaient dénigrée pendant des décennies parce qu'elle était principalement pionnière par des femmes », explique l’ancienne journaliste du New York Times.

Taylor Lorenz explore également comment les adolescents ont réinventé la célébrité à travers des plateformes comme Vine. En mettant en lumière ces acteurs apparemment marginaux, elle révèle comment ils ont perturbé les structures établies du capitalisme moderne, créé de nouveaux secteurs économiques et redéfini les attentes en matière de contenu et de pouvoir.

La journaliste a d’ailleurs appliqué ce qu'elle a observé sur les réseaux sociaux à sa propre promotion. Pour booster la visibilité de son livre, elle a répondu publiquement à un commentaire désobligeant d’Elon Musk : : « En fait, ce qui a vraiment bien fonctionné, c’est quand j’ai répondu à Elon Musk. Il avait dit quelque chose de méchant à mon sujet, et j’ai répliqué en lui suggérant de lire mon livre. Cela m’a rapporté 100 commandes. »

The Anxious Generation – Jonathan Haidt

Chez les jeunes, une crise de la santé mentale est en cours. Jonathan Haidt, dans son livre The Anxious Generation, note une augmentation de 30% des cas de dépression et d’anxiété chez les enfants et les adolescents, qu’il qualifie d' « épidémie de santé mentale ». Selon le psychologue, les parents échouent en surprotégeant leurs enfants dans le monde réel tout en les « abandonnant » dans le monde virtuel.

Dans son essai, le psychologue propose des solutions pour limiter les effets nocifs de la technologie, telles que l’interdiction des smartphones avant le lycée et des réseaux sociaux avant 16 ans. Il compare les écoles sans interdiction de téléphone à une « apocalypse zombie » où les élèves ne communiquent pas.

Cette critique rejoint l’analyse de l’anthropologue David Le Breton dans La fin de la conversation, qui affirme que les smartphones isolent, non seulement les enfants, mais aussi les adultes : « Nous sommes de moins en moins ensemble, mais de plus en plus côte à côte, les yeux rivés sur nos écrans, sans plus nous regarder. On n’a jamais autant communiqué, mais jamais aussi peu parlé ensemble. »

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Liens vagabonds : L'attentat contre Trump, révélateur d'un paysage médiatique atrophié

Rien de tel qu’une tentative d’assassinat pour alimenter la machine à rumeurs d'Internet. Samedi 13 juillet, l’attentat contre Donald Trump lors d'un meeting en Pennsylvanie, a déclenché une tempête médiatique dès les premières minutes : USA Today, par exemple, a publié son premier article seulement 19 minutes après les coups de feu, avec un titre initial : « Trump évacué de la scène par les services secrets après des bruits forts qui ont effrayé l'ancien président et la foule ». Sur les réseaux sociaux, les spéculations sur le mobile du tireur foisonnent. Et les théories du complot fleurissent dans un terreau fertile de désinformation. Elon Musk n'a laissé passer qu'environ 30 minutes avant de déclarer son soutien financier pour la campagne présidentielle du candidat républicain. Il n’a fallu que 86 minutes à Dave Portnoy, propriétaire du blog Barstool Sports pour poster un lien vers un T-shirt noir avec l'image d'un Donald Trump ensanglanté le poing levé. La soif de sensationnalisme l'emporte-t-elle sur la véracité des faits ? 

Une bataille des récits 

À l’ère des réseaux sociaux, ce drame illustre d’abord l’appétit des utilisateurs pour les fake news. Le journaliste Casey Newton constate : « Les réseaux sociaux détestent le vide, et au cours des 48 heures après l’attaque, les utilisateurs de chaque grande plateforme se sont empressés de le combler avec des nouvelles, des commentaires, des analyses, des théories du complot, des fabrications et des blagues ». C’est particulièrement le cas sur X, où la plupart des modérateurs de contenus ont été licencié après le rachat de l’entreprise en 2022. La prudence initiale des médias avant de parler de « tentative d’assassinat » a vivement été critiquée, considérée par certains comme une volonté de tromper, alors que les autorités n’avaient elles-mêmes pas encore confirmé la nature des faits.  Elon Musk, par exemple, a twitté au lendemain de l’événement : « Les médias traditionnels sont une pure machine de propagande. X est la voix du peuple » accompagné d’une image montrant plusieurs gros titres de la presse. Un porte-parole du New York Times s’explique : « Les organismes de presse peuvent tolérer les critiques, mais les informations inexactes détruisent leur bien le plus précieux : leur crédibilité ».  

 L'essor des réseaux sociaux et le déclin parallèle du journalisme traditionnel ont permis de créer ce que la chercheuse Renee DiResta appelle des « réalités sur mesure » : des versions personnalisées de la vérité qui reflètent ce que les gens veulent croire. Ainsi la désinformation ne serait pas liée à des mensonges du gouvernement et de la presse, mais plutôt à l’amour du consommateur pour cette dernière : « Nous sommes mal informés non pas parce que le gouvernement ment systématiquement ou supprime la vérité. Nous sommes mal informés parce que nous aimons la désinformation que nous recevons et nous en voulons toujours plus » expliquait l’année dernière un article du New York Times.  

L’écosystème informationnel est-il cassé ?  

De son côté, the New Yorker s’indigne : « La tentative d'assassinat d'un ancien président est traitée avec la même légèreté universelle qu'un album pop ou les publicités d'une usine de glycines chinoise ». Les memes internet sont en effet légion depuis l’événement. Un internaute s’amuse même : « vous pensez que les gens dans les années 1800 étaient aussi drôles quand John Wilkes Booth a tiré sur Lincoln ? ». Finalement, les médias ne seraient qu’un rouage d’une grande machine informationnelle qui récompense la rapidité et la provocation : « Il s’agit d’une machine hyper-efficace, vorace, insatiable – qui dévore n’importe quel évènement, quel que soit son ampleur, pour le démanteler jusqu’à ce qu’il ne reste plus de lui qu’une vieille carcasse fatiguée ». 

CETTE SEMAINE EN FRANCE

  • L’Arcom renforce les règles de contrôle du pluralisme dans les médias audiovisuels (Le Monde)
  • Le « gendarme » de l’audiovisuel joue sa crédibilité avec l’attribution des chaînes TNT, en particulier à CNews et C8 (Le Monde)
  • IA aux Jeux Olympiques de Paris 2024 : comment les Jeux seront un terrain d'essai pour les nouvelles technologies (The National)
  • « Marianne » : CMI France et Pierre-Edouard Stérin mettent fin aux négociations exclusives face à la « volonté unanime » des salariés (Le Monde)

 

🔈 #Pluralisme | L’Arcom adopte une délibération relative au respect du principe de pluralisme des courants de pensée et d’opinion dans les médias audiovisuels 🔽

Le communiqué de presse : https://t.co/JfRT3BMK90

— Arcom (@Arcom_fr) July 18, 2024

3 CHIFFRES

  • Google s’apprête à racheter la société de cybersécurité Wiz pour 23 milliards de dollars, selon le Washington Post.
  • Netflix compte désormais 278 millions d'abonnés dans le monde, rapporte le New-York Times.
  • 8 % des fandoms de la génération Z monétisent leur intérêt pour les fandoms (par exemple, les « Swifties » professionnels rapporteront et décoderont les nouvelles et les légendes de Taylor pour les fans plus occasionnels), d’après un rapport de YouTube.

LE GRAPHIQUE DE LA SEMAINE

Où les journalistes travaillent-ils, si ce n'est pas dans les médias

Source : Washington Post

NOS MEILLEURES LECTURES / DIGNES DE VOTRE TEMPS / LONG READ

  • Qu'est-ce que l'IA ? Tout le monde pense savoir, mais personne n'est d'accord. Et c'est un problème (MIT)
  • Une tentative d'assassinat à l'ère des réseaux sociaux (Platformer)
  • “Madmoizelle”, de média pop féministe à “vitrine pour contenus” (Arrêt sur Images)
  • Le doomscrolling sur les réseaux sociaux liée à l'anxiété existentielle, la méfiance, la suspicion et le désespoir, selon une étude (The Guardian)
  • Est-ce que les États-Unis ont toujours autant de journalistes ? (Washington Post)

Capture d'écran MIT

DISRUPTION, DISLOCATION, MONDIALISATION

  • Les données qui alimentent l'intelligence artificielle disparaissent rapidement (New York Times)

DONNEES, CONFIANCE, LIBERTÉ DE LA PRESSE,DÉSINFORMATION 

  • Pologne : RSF ouvre des discussions prometteuses pour le droit à l'information avec le nouveau gouvernement (RSF)
  • Comment le temps pris par les médias pour vérifier les faits de la fusillade de Trump a engendré une vague de critiques (Washington Post)
  • En Russie, le/la journaliste américain(e) Masha Gessen est condamné(e) par contumace pour avoir critiqué l'armée (Associated Press)
  • Vous êtes plus enclin à croire les fake news diffusées par une personne que vous connaissez à peine que par votre meilleur ami (NiemanLab)
  • Un journaliste italien a été condamné à payer 5 000 euros à la Première ministre Meloni pour un tweet se moquant de sa taille (Reuters)
  • L’EFCSN et l’AFP annoncent un partenariat (AFP)

LÉGISLATION, RÉGLEMENTATION

  • RSF et 25 organisations demandent à la présidente de la Commission européenne des garanties fortes en matière de libertés de la presse (RSF)
  • Le gouvernement chinois soutient les entreprises nationales d'IA, mais impose également des règles strictes pour tester leurs modèles de langage (Wall Street Journal)

JOURNALISME

  • Un procureur russe demande 18 ans de prison pour le journaliste Evan Gershkovich (Washington Post)
  • Elon Musk veut que son bot d'IA diffuse les actualités. Il a du mal à accomplir cette tâche (Wall Street Journal)
  • L'Allemagne interdit le magazine d'extrême droite « Compact » (The Guardian)
  • Les éditeurs australiens qualifient de "catastrophique" une éventuelle interdiction des actualités par Meta (Press Gazette)
  • Le Wall Street Journal licencie un journaliste de Hong Kong qui dirigeait un club de presse en difficulté (Washington Post)
  • La presse papier en Haïti est presque éteinte (ijnet)

STORYTELLING, NOUVEAUX FORMATS

  • Spotify et TikTok poussent les artistes à sortir des albums interminables (Business Insider)
  • X ne tient pas ses promesses concernant les nouvelles émissions vidéo (Bloomberg)

ENVIRONNEMENT

  • Comment rendre compte de l'environnement en Ukraine en temps de guerre ?  (The Fix)

RÉSEAUX SOCIAUX, MESSAGERIES, APPS

  • Des influenceurs avec des millions de followers soutiennent Trump, mais peu d'entre eux soutiennent publiquement Biden (NBC News)

This is my president. pic.twitter.com/1PP9LKpEq5

— Bryce Hall (@BryceHall) July 13, 2024

  • TikTok a poussé les jeunes électeurs allemands vers un parti d'extrême droite (Wired)
  • Rencontrez les jeunes hommes qui paient pour fréquenter Mogwarts, une école en ligne pour devenir sexy (GQ)
  • Elon Musk souhaite donner 45 millions de dollars par mois pour soutenir Donald Trump (Washington Post)

I fully endorse President Trump and hope for his rapid recovery pic.twitter.com/ZdxkF63EqF

— Elon Musk (@elonmusk) July 13, 2024

  • Elon Musk veut déplacer les sièges de SpaceX et de X de Californie vers le Texas (Wired)
  • Meta permet enfin aux chercheurs d’accéder aux données d’Instagram (The Verge)

📢 New opportunity! Meta and COS have opened an RFP for a pilot program using Instagram data to study social media’s impact on youth well-being. Check out the details and see if it fits your research: https://t.co/jCheql0toa.

— Center for Open Science (@OSFramework) July 17, 2024

IMMERSION, 360, VR, AR

  • Le métavers était censé être votre nouveau bureau. Vous êtes toujours sur Zoom (Wired)
  • L'Apple Vision Pro est désormais disponible au Royaume-Uni, au Canada, en France, en Allemagne et en Australie (MacRumors)

STREAMING, OTT, SVOD

  • Warner Bros Discovery étudie la possibilité de séparer ses chaînes de télévision (comme CNN) de ses services de streaming (Deadline)
  • Apple est en discussions pour obtenir des licences de films supplémentaires auprès de Hollywood (Bloomberg)

AUDIO, PODCAST, BORNES

  • Le studio de podcasts Paradiso placé en liquidation judiciaire (La Lettre)
  • Les podcasts politiques explosent à l'approche du jour du scrutin (Press Gazette)
  • Après une année difficile, les podcasts reprennent du poil de la bête (Bloomberg)

INTELLIGENCE ARTIFICIELLE, DATA, AUTOMATISATION

  • Meta ne lancera pas son prochain grand modèle en Europe (Axios)
  • OpenAI a illégalement interdit au personnel de parler des risques liés à la sécurité, selon des lanceurs d'alerte (Washington Post)
  • Apple, Nvidia, Anthropic ont utilisé des milliers de vidéos YouTube piratées pour entraîner l'IA (Proof)
  • Les résultats fournis par l'IA de Google apparaissent de moins en moins souvent, d'après une étude (The Verge)
  • L'IA est bénéfique pour la créativité personnelle, mais peut nuire à la créativité collective, selon une étude (TechCrunch)
  •  Gemini sera omniprésente dans la diffusion des Jeux olympiques de Paris (TechCrunch)

MONÉTISATION, MODÈLE ÉCONOMIQUE, PUBLICITÉ

  • Taboola va vendre des publicités pour Apple (Axios)
  • Les annonceurs ne montrent pas un grand enthousiasme pour les publicités sur Threads proposées par Meta (Digiday)

 

Kati Bremme, Alexandra Klinnik et Aude Nevo

 

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Au festival de journalisme de Couthures-sur-Garonne, les créateurs de contenus sur le devant de la scène

Fini le mépris de la presse traditionnelle envers les YouTubeurs : le festival de journalisme de Couthures-sur-Garonne, organisé par le groupe Le Monde, et parrainé par Camelia Jordana, a ouvert grand ses portes aux créateurs de contenus dits informatifs.

Par Alexandra Klinnik du MediaLab de l’Information de France Télévisions

Jean Massiet, Gaspard G, et Charlie Danger, entre autres, ont répondu présents pour partager les « secrets de fabrication » de ceux qui captivent les jeunes sur les réseaux sociaux, surpassant ainsi les médias classiques. Leur influence sur l'information est telle qu'un intervenant s'interroge : « Est-il devenu has been, dans l'écosystème médiatique actuel, de raisonner encore en termes de journalisme traditionnel ? ». La frontière de plus en plus floue entre influenceur et journaliste ne mérite-t-elle pas d'être réévaluée ?

Résumé des points clés

Journaliste ou influenceur : une étiquette fluctuante

Jean Massiet, vulgarisateur politique et Gaspard G, YouTubeur 

  • Comment se définir par rapport à l’autre ? Pour le créateur Gaspard G – fort de 980 000 abonnés sur sa chaîne YouTube d’information généraliste – la réponse varie en fonction du contexte. « Cela dépend des jours et de la personne à qui je m’adresse », explique-t-il. « Je m’efforce de fournir une couverture des actualités la plus objective possible, entouré de professionnels. » Actuellement, il travaille avec une équipe de cinq salariés ainsi que des prestataires externes pour les recherches et les tâches administratives. Les journalistes qui collaborent avec lui possèdent une carte de presse. Un jeune festivalier a d’ailleurs été surpris de découvrir l’ampleur de son équipe : « Je n’étais pas conscient que tu étais aussi entouré », a-t-il commenté, habitué à ne voir qu’un seul visage (devenu logo) sur les vidéos.
  • Jean Massiet, derrière la chaîne Twitch de vulgarisation politique BackSeat, ne s’embarrasse pas d’étiquettes et précise bien qu’il ne rentre pas dans la définition stricte de journaliste : « Mon métier va beaucoup plus loin parce que je suis aussi influenceur, producteur, chef d’entreprise», bref un homme-orchestre aux multiples fonctions, qui souhaite informer avant tout les jeunes. La moyenne d’âge de son public est de 24 ans.
  • Les médias traditionnels effacent progressivement la barrière entre leurs mondes et ceux des créateurs de contenu en ligne. « Ce mépris, ce scepticisme que certains médias ont cultivé semble s’estomper aujourd’hui », observe Gaspard G. « Nous faisons notre métier avec sérieux et obtenons des interviews pertinentes, y compris avec Emmanuel Macron. Ils ont peut-être ressenti de la jalousie en voyant Volodymyr Zelenskyy choisir de s’entretenir avec Hugo Travers, 27 ans, plutôt qu’avec Laurent Delahousse ou David Pujadas », sourit-il. Jean Massiet partage ce sentiment et note un effort de la presse écrite, qui publie désormais « d’excellents articles » sur cet univers, avec « des enquêtes approfondies et bien écrites ». Cependant, il souligne que la télévision reste encore « réticente au possible » à l’égard du monde du web, qui bouscule les codes de l’information depuis cinq ans.
  • Les médias traditionnels s’allient directement aux créateurs de contenus. France Télévisions collabore ainsi avec Hugo Décrypte pour l'émission "Face Cachée", produite par France 2 et Unfold, la société de production de Hugo Travers et Squeezie. Le partenariat fonctionne de la manière suivante : une semaine après la diffusion de l'émission, France TV perd les droits ou les co-partage pour permettre sa diffusion sur la chaîne privée d'Hugo Décrypte. Cet effort, bien que « louable », ne porte pas ses fruits, estime le journaliste de TF1 Paul Larrouturou, un autre intervenant, pour qui le succès n'est pas au rendez-vous. La recette d’une collaboration réussie reste encore à trouver.

Les partenariats, le bât qui blesse

  • Pour faire vivre cette nouvelle manière d’informer sur les réseaux sociaux, la plus grosse problématique reste le financement, estime Gaspard G. Il a dû lui-même limiter la couverture internationale de son média – trois voyages sur le terrain en douze mois (Israël, Nouvelle-Calédonie, Ukraine) – en raison des « coûts astronomiques » de tels projets pour une structure encore fragile. « Aujourd’hui, malheureusement, on ne dispose pas d’aides publiques, et notre génération n’a pas l’habitude de payer pour l’info », estime-t-il. Pour assurer ses arrières, le créateur de contenu n’hésite donc pas à faire appel aux annonceurs. « On fait avec nos armes pour pouvoir créer un modèle de revenu et payer nos équipes », justifie-t-il. Dans ses vidéos d’actualités, il représente ainsi les intérêts de ses clients. « Pendant une minute, il peut m’arriver de parler d’un VPN, d’une marque, d’un service », explique-t-il. C'est pourquoi certains hésitent à le considérer comme un journaliste. Selon la charte de Munich, le "Saint Graal du journalisme", il ne faut "jamais confondre le métier de journaliste avec celui du publicitaire ou du propagandiste ; n'accepter aucune consigne, directe ou indirecte, des annonceurs". « Je te considère comme un confrère. La grande question reste le modèle économique. Moi, je suis salarié d’une rédaction, j’ai le confort d’avoir un salaire qui tombe tous les mois », répond Paul Larrouturou, ancien de Quotidien.

De gauche à droite, Anaïs Carayon, directrice de la rédaction d'Urbania France, Paul Larrouturou, reporter chez TF1 et Gaspard G, créateur de contenus

  • Pour Backseat, le fonctionnement repose sur un modèle similaire. L'émission est majoritairement financée par du financement participatif (au moins les deux tiers), tandis que le reste provient de partenariats. En tout, le budget annuel s'élève à un demi-million d'euros. « Mon public ne m'en veut absolument pas pour les partenariats, parce que je leur explique à quoi ils servent. Je m'assure toujours que le partenariat ait un intérêt éditorial. Cela ne m'intéresse pas de faire de la publicité pour une marque dont je me fiche. En revanche, interviewer le PDG d'une entreprise pour poser des questions citoyennes et faire le lien avec ma chaîne où je parle politique, ça m'intéresse », raconte Jean Massiet. Le streamer affirme être l'un des leaders auprès d'un public particulièrement difficile à atteindre : les jeunes. La plupart de ses clients sont des institutions souhaitant s'adresser aux jeunes, « pas forcément pour faire passer des idées, juste pour dire bonjour », comme l'a fait récemment la Cour des comptes.
  • En fin de compte, la transparence envers son audience est essentielle. Il s'agit toujours de maintenir la confiance par l'explication et la justification. « L'enjeu, c'est la confiance et la crédibilité envers ton public. Il n'y a pas forcément de règles écrites. Il y a une loi qui encadre les influenceurs, mais elle a été rédigée avec les pieds », estime Jean Massiet. « L'important est de ne pas perdre la confiance que les gens placent en nous. C'est un contrat de confiance, une sorte de common law qui se développe avec le temps entre les influenceurs et leur public, en l'absence de règles plus précises imposées par les plateformes. » Il n'est d'ailleurs pas favorable à ce que les plateformes imposent leurs règles, car ce sont des entreprises américaines avec une culture américaine, dont les règles s'appliquent encore mal en Europe.
  • Par ailleurs, cette transparence est de plus en plus demandée par l'audience, rappelle le journaliste Vincent Manilève, notamment depuis les polémiques sur les placements de produits effectués par les « influvoleurs ». Il estime qu'une prise de conscience a eu lieu depuis.

Sourcer ses vidéos : une pratique journalistique devenue indispensable chez les créateurs de contenus

  • « Le public est un outil de contrôle démocratique », rappelle Jean Massiet. L’audience exige désormais que les vidéos et les images soient sourcées. Selon une étude du Financial Times, avoir des sources fiables, en lesquelles les jeunes peuvent avoir confiance, arrive en priorité dans les demandes des jeunes.

William Audureau, journaliste au Monde et Jean Massiet, vulgarisateur politique

  • Depuis le bad buzz de Squeezie (Lucas Hauchard), la vigilance du public a redoublé, selon Vincent Manilève. En 2019, le plus grand YouTubeur français (catégorie formats longs) a publié une vidéo sur les pyramides où il privilégiait les théories fantastiques aux théories scientifiques. « Ça reste une vidéo "théorie du complot" », s'était-il excusé. « C'était une vidéo de désinformation massive, alors qu'il avait une responsabilité éditoriale », explique le journaliste spécialisé dans Internet. Finalement, Squeezie a présenté ses excuses et supprimé la vidéo, bien qu'elle soit encore disponible sur DailyMotion. Depuis cet incident, il veille à sourcer et citer ses références, notamment le New Yorker.
  • Apprendre à utiliser des sources fiables et à respecter le cadre légal est un exercice complexe pour les YouTubeurs. Pour Gaspard G, l'utilisation d'extraits d'archives a été particulièrement ardue. Lorsqu'il a commencé à réaliser des vidéos avec son monteur, il a été plongé dans un « Far West total », ne disposant pas comme dans les grandes rédactions de services juridiques. « Un nombre incalculable de nos vidéos ont été retirées de la plateforme parce que nous n'avions pas tous les droits nécessaires pour citer des archives de TF1, France 2, Blast, Mediapart. Je pensais que cela relevait du droit de citation, mais ce n'était absolument pas le cas », se remémore-t-il. Parfois, la source n’était pas correctement citée ou l'image était zoomée avec une texture superposée, dissimulant ainsi le watermark de la chaîne. En conséquence, ils ont reçu de nombreuses mises en demeure et des vidéos entières ont été supprimées de leur chaîne. Aujourd'hui, le YouTubeur a amélioré ses pratiques et s'appuie sur l'INA, qui propose un forfait permettant aux créateurs de contenus d'utiliser les archives pour un total de 1000 euros par an.
  • Pour que l’apprentissage continue de manière pérenne, l’UNESCO a ainsi un mandat sur l’éducation aux médias et met en place un programme pour ces créateurs de contenus qui les aident à « avoir les bons codes pour informer », note Vincent Manilève. Lui-même, en tant que journaliste web spécialisé, est en contact avec une université des Etats-Unis pour les aider à retranscrire et localiser un cours en ligne à destination des influenceurs pour les aider à mieux informer et à suivre les règles de déontologie.

L’avenir ?

  • Comment les créateurs de contenu voient-ils l’avenir ? « Pas à la télévision », rétorque Jean Massiet : « Si la télé reste majeure en termes d’audience, en termes de génération, il y a un décrochage qui est absolument phénoménal ». Lors de la saison 2022-2023, l'âge moyen des téléspectateurs du journal télévisé de France 2 était de 63 ans et de 57 ans pour celui de TF1, selon Médiamétrie. Il cite ainsi Ikea qui a fait un rapport sur l’aménagement intérieur des ménages dans les pays développés. Aucune télévision n’était représentée devant les canapés. « Cette modification anthropologique est une très mauvaise nouvelle pour la télévision, qui va disparaître des salons des gens» prédit-il. Plus prosaïquement, il ne voit pas l’avenir de sa chaîne sur le format télévisé en raisons de coûts de production. « C’est scandaleusement cher de maintenir à flot une chaîne de télévision. Sur LCP, Public Sénat, c’est 7,5 millions d’euros d’infrastructures par an ! », dénonce le vulgarisateur.
  • Gaspard G anticipe une spécialisation progressive des créateurs de contenus dans les cinq à dix prochaines années. « À l'heure actuelle, Hugo Décrypte fait du JT, je couvre l'actualité froide, et Charles Villa s'intéresse aux sujets d'actualité brûlants… Nous verrons une montée en puissance de YouTubeurs qui choisiront de se spécialiser dans des créneaux particuliers du journalisme. Il est aussi essentiel de permettre à ces jeunes structures de trouver leur équilibre financier, car les coûts peuvent être très élevés », observe-t-il.

Aujourd’hui, les règles du jeu médiatique changent. La crédibilité est non pas donnée, par la profession mais par les gens qui regardent les contenus. Les créateurs, loin d’être de simples diffuseurs de divertissement, jouent désormais un rôle crucial dans la diffusion de l’information, captant un public jeune et diversifié souvent délaissé par les médias traditionnels. En se mettant à leur hauteur, ils parviennent à ouvrir le dialogue, et développent une proximité à la fois en ligne et « in real life »  – Jean Massiet, par exemple n’hésite pas à parcourir la France pour des apéros organisés avec sa communauté sur Discord. Il est crucial que le secteur continue de naviguer entre innovation et rigueur pour assurer la pérennité et la fiabilité de l’information dans cette ère numérique. La question demeure : comment les médias traditionnels et les créateurs de contenu pourront-ils collaborer efficacement pour offrir une information de qualité dans un paysage en perpétuelle mutation ? La réponse pourrait bien façonner le journalisme de demain.

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Conférence : « En journalisme, il vaut mieux utiliser les termes lecteur ou auditeur plutôt qu’utilisateur »

Comment parvenir à réinventer la presse ? « Il y a une urgence », estime Mattia Peretti, lauréat du programme Knight du Centre international des journalistes (ICFJ). Dans le cadre d'une conférence intitulée : « Comment réinventer le journalisme », le consultant IA, accompagné de professionnelles des médias, a donné quelques pistes pour redresser la situation. Avec une obsession : améliorer l'expérience utilisateur et penser davantage au lecteur plutôt qu'à son ego. Sous son impulsion s’est formée la communauté « News Alchemists », dont le but est de penser le futur du journalisme : « Le nom de ce groupe est une métaphore, pour illustrer sa capacité à générer des idées et des solutions novatrices, à l'image des alchimistes qui transforment les métaux en or ». Retour sur les principaux enseignements.

Par Aude Nevo du MediaLab de l'Information de France Télévisions.

1Se concentrer sur les produits plutôt que sur les profits

Il est urgent de réinventer le journalisme en mettant l'accent sur la qualité des produits plutôt que sur les profits. L'objectif principal doit être de concevoir des contenus et des expériences qui ajoutent de la valeur à la vie des gens, les aident à naviguer dans un monde complexe et les connectent les uns aux autres. Il est de plus en plus reconnu que la durabilité financière passe par cette capacité à fournir des informations et des expériences qui enrichissent la vie des consommateurs. « La durabilité financière est certes un enjeu important, mais les gens paieront pour des informations, des produits et des expériences qui ajoutent de la valeur à leur vie » explique Mattia Peretti.

Par exemple, The Guardian a réussi à augmenter ses revenus en misant sur des contenus de qualité accessibles à tous. Le média a choisi d'offrir l'intégralité de ses articles en ligne, tout en sollicitant des contributions volontaires de la part des lecteurs. Par ces demandes, le journal donne aux lecteurs l'impression de faire partie de la communauté du journal. Avec des profits de 13,5 millions d'euros et 148 millions de visiteurs uniques mensuels, ce modèle prouve sa rentabilité et semble pérenne pour le moment. De même, des initiatives comme ProPublica aux États-Unis ont démontré que le journalisme d'investigation de haute qualité peut attirer un soutien financier substantiel de la part des lecteurs et des donateurs, sans compromettre l'intégrité éditoriale.

2Faire preuve d’empathie

L'empathie est le nouveau pilier essentiel du journalisme. Cette approche met en évidence l'importance de comprendre les attentes et les préoccupations des publics pour offrir un contenu pertinent et accessible : « Lorsque le contenu se veut accessible à différents publics, la première étape est toujours de comprendre ce qu'ils apprécient, où ils se trouvent bien sûr, mais aussi ce qui les touche » rappelle Aldana Vales, directrice de l'expérience des publics chez Gannett, USA Today Network. Annika Ruoranen, responsable des services numériques chez Yle ajoute également qu'être à l'écoute des intérêts des utilisateurs ne « signifie pas perdre son objectivité journalistique ». Il est donc possible de répondre aux besoins du public tout en respectant une rigueur et une impartialité journalistiques.

Pour réussir à instaurer cette démarche de compréhension, il est essentiel d’adapter le contenu en fonction du public visé et d'inclure une diversité de voix : « L’objectif est de rendre le contenu accessible pour le plus grand nombre » insiste Aldana Vales.  Pour permettre de personnaliser le contenu en fonction du public visé, la technologie est un allié de taille. A commencer par l’intelligence artificielle générative qui permet de changer le format d’un contenu très aisément. Plus le contenu est adapté aux besoins spécifiques de la cible, plus l’expérience utilisateur sera positive : « Un portefeuille numérique plus solide ne se résume pas seulement au contenu, mais à l'expérience construite autour de ce contenu. Le numérique foisonne d'opportunités pour créer expériences personnalisées » souligne Annika Ruoranen. Par exemple, certaines personnes préfèrent le texte, d'autres l'audio. Certains ont besoin d'une version longue, d'autres d'une version courte. La technologie permet d’adapter un format à chaque individu.

Il ne suffit pas seulement de travailler les sujets, les angles et les tons de voix, mais de trouver une synergie entre le fond et la forme. Le Financial Times a lancé en mars 2024 la version bêta de son chatbot « Ask FT », accessible à une centaine d’abonnés payants de la catégorie FT Professional. Ces derniers peuvent poser des questions sur des événements récents ou des sujets plus généraux couverts par le journal. Le service fournit rapidement des informations fiables issues de ses archives et favorise une interaction directe avec les lecteurs.

Un autre exemple d'adaptation de contenu pour améliorer l'expérience utilisateur provient de la journaliste britannique Sophia Smith Galer. Elle a créé un bot, nommé Sophina, capable de transformer rapidement un article de presse en un script optimisé pour devenir viral sur les réseaux sociaux. Au festival international du journalisme de Pérouse, Sophia Smith Galer explique : « À l'avenir, Sophina pourra non seulement écrire des scripts, mais aussi fournir des conseils sur la stratégie vidéo et proposer des moteurs d'engagement plus personnalisés ». Pour l’instant, l’outil est gratuit pour les ONG de fact-checking, tandis que les autres utilisateurs doivent payer un abonnement pour l'utiliser. L'objectif donc ? Permettre aux journalistes de trouver leur place en ligne, là où la concurrence avec les influenceurs fait rage, et personnaliser leurs contenus en fonction de l’audience cible.

3Adopter une perspective holistique

Si le journaliste souhaite comprendre son public, il doit impérativement penser l’expérience utilisateur de manière holistique : publier du contenu signifie comprendre comment les gens « consomment » l'information et de quelle manière le journalisme peut s'intégrer dans cette dynamique. Le travail journalistique ne s’arrête pas à l’écriture d’un article, il comprend également la réflexion sur la manière de mettre en relation le lecteur avec un contenu. Ce travail est ancré dans le réel et il est important de penser à ce que vit un lecteur avant, pendant, et après sa lecture. Alors seulement, il sera possible d’améliorer son expérience de manière concrète. Aldana Vales confirme : « Cette approche permet de créer des produits d'information, des expériences de lecture, et instaurer des habitudes. Ce parcours débute par la capacité à initier les gens à notre journalisme ».

Elle illustre ensuite ce point avec un exemple concret : Une équipe locale du USA Today Network, dédiée aux audiences, a récemment envisagé de distribuer des sous-verres dans les bars, équipés de QR codes permettant d'accéder aux infos locales. La question était de savoir quel contenu serait assez attractif pour que les clients interrompent leurs conversations, scannent le code et lisent les informations. Cela témoigne non seulement de « l’importance de l'expérience utilisateur sur la plateforme, mais également de l'interaction au moment de la consommation du contenu » explique-t-elle.

Cette approche holistique est aussi requise pour l'adoption des technologies émergentes dans les rédactions. Par exemple, lors de la conception d'un algorithme éditorial, il est crucial de considérer l'origine et le contexte des données utilisées : d'où viennent-elles ? Quels éléments pourraient manquer dans l'ensemble de données, étant donné leur histoire et leur contexte ? Comment former et ré-entraîner l'algorithme ? Comment sera-t-il appliqué ? Une réflexion globale permet d'éviter l'introduction de biais dans le travail et garantit la création d'un outil à la fois utile et utilisable.

De manière « similaire à la médecine holistique », qui traite la personne dans sa totalité en tenant compte des aspects mentaux et sociaux plutôt que de se focaliser uniquement sur les symptômes d'une maladie, « les salles de rédaction doivent fonctionner comme des organismes où chaque équipe collabore pour créer une valeur collective supérieure à la somme de leurs contributions individuelles » explique Alyssa Zeisler ancienne chef de la R&D et de produit pour le Wall Street Journal.

4 Apporter une expérience positive

Promouvoir une expérience positive à travers le journalisme devient crucial pour maintenir l'intérêt du public et contrer la fatigue informationnelle. Sannuta Raghu, Productrice Exécutive, IA & Infos chez Scroll India, travaille sur un programme télévisé axé sur des solutions pour le changement climatique. Il cherche à créer des émotions positives même face à des informations souvent difficiles à appréhender. « Ce projet se concentre sur la manière dont il est possible de parvenir à un état où la valeur informative dépasse l'impact émotionnel négatif des infos. Tout se résume à la manière de diffuser les contenus. Réfléchir à des formats non anxiogènes et pertinents mènera à une expérience positive nette » explique-t-elle. Ce projet, nommé EcoIndia et réalisé en partenariat avec Deutsche Welle (DW), le radiodiffuseur international allemand, est une série de vidéos conçues pour inciter les téléspectateurs à bâtir un avenir plus propre et plus vert. Il a été récompensé en 2023 par le prix Ramnath Goenka, attribué aux meilleurs journalistes indiens, pour son reportage sur les agricultrices du Maharashtra. En parallèle, Sannuta Raghu mène actuellement un projet de recherche afin de déterminer les formats les plus appropriés pour livrer les nouvelles à « impact positif net ». Elle devrait arriver aux conclusions de son étude d’ici quelques mois.

Cette initiative vise à raviver l’intérêt des téléspectateurs, souvent fatigués par un flot constant de mauvaises nouvelles, un phénomène mis en lumière par le dernier rapport du Reuters Institute qui révèle que jusqu’à 39 % des personnes évitent parfois ou souvent les informations, une augmentation de 3 points par rapport à 2023. Elle s’inscrit dans une tendance plus large, qui perdure depuis plusieurs années : le journalisme de solution. Un exemple historique est le podcast « People Fixing the World » de la BBC lancé en 2019, où les journalistes interviewent des individus porteurs d'idées pour améliorer le monde. Chaque projet est examiné pour évaluer sa faisabilité, offrant aux auditeurs une immersion concrète dans des initiatives positives et réalisables. Depuis son lancement, près de 400 épisodes ont été diffusés. Aujourd'hui encore, les médias qui orientent leur ligne éditoriale vers les informations à impact positif demeurent relativement minoritaires.

5Utiliser le lexique approprié

Le journalisme est une industrie des mots, donc le choix des termes est primordial. Il est essentiel de faire attention au lexique utilisé afin de ne pas induire de confusion. Annika Ruoranen souligne l'importance de cette précision lexicale : « Tout le monde dans l'équipe doit comprendre que lorsqu'on parle d'audience ou d'utilisateur, cela signifie quelque chose de précis. Nous essayons de parler de choses similaires, mais cela ne veut pas toujours dire la même chose. »

Aldana Vales renforce cet aspect en affirmant que dans d'autres secteurs, il est possible d’utiliser le terme 'utilisateur', mais pour la presse, il est important de parler de 'lecteur' ou 'd’auditeur' : « J’utilise seulement le terme 'utilisateur' quand je parle de plateforme de communication. Utiliser le bon terme pour la bonne occasion devrait être une règle pour tout le monde ». On notera tout de même qu’Aldana Vales a parlé plusieurs fois de « consommateurs », mot plutôt lié à l’industrie du marketing que des médias au cours de la conférence. Un signe du difficile équilibre entre choix éditorial et nécessité économique...

 

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D'Albert Londres aux influenceurs artificiels : c'est quoi être journaliste ?

C’est une audace, voire une provocation. Tenter de répondre à la question « En quoi consiste le fait d’être journaliste aujourd’hui ? », relève d’une évidente prise de risque. Tant la réponse est manifestement connue.

Par Hervé Brusini, président du Prix Albert Londres, ancien rédacteur en chef de France Télévisions

Le ou la professionnelle de l’information a pour emploi la négation même de sa fonction. Telle est l’idée du moment, truquer, désinformer, mentir sont ses gestes quotidiens. Voilà enfin démasqué le jeu qui est le sien, avec à la clé, défiance et rejet. L’acte d’accusation est dressé, la condamnation, forcément sans appel. Le trait peut sembler forcé, il reflète néanmoins les enquêtes d’opinion conduites depuis belle lurette. Bien sûr, face à une telle désaffection, le coupable souhaite faire entendre qu’il n’y est pour rien, arguant de la fameuse présomption d’innocence. À défaut d’être « objectif » (vocable que l’on pensait être un vieux mot appartenant à un vieux débat), je suis « honnête », dit-il. Et de dénoncer les « fakes news » et les réseaux sociaux comme grands adversaires et pourvoyeurs de chaos « informationnel » (pour le coup, nouveau mot forgé afin de décrire le champ de l’actuelle tourmente).

Au fil des années, le journaliste s’est vu convoqué – souvent par lui-même – à un apprentissage toujours plus sophistiqué, consacré aux techniques de la désinformation, de la fausse nouvelle et autres infox pour mieux les déjouer, les combattre. Tout naturellement, l’apprentissage du journaliste est allé, et va de pair avec celui du public et c’est tant mieux car absolument salutaire. L’éducation aux médias est donc devenue un devoir du journalisme nouveau à l’adresse des jeunes générations, ainsi que de tous les citoyens et citoyennes. Comme une raison de survie en démocratie. Or, chemin faisant, l’équation information/fake news s’est installée, faisant par exemple, du pape en doudoune blanche une représentation plus connue du « Saint-Père » que ses portraits officiels. Penser François c’est d’abord le voir accoutré de ce qu’il n’a jamais porté. Dans cette éducation essentiellement braquée sur la fabrique du faux, tout se passe comme si l’enseignant chargé d’instruire la peinture, se focalisait sur les faussaires. Le peintre devient un second plan, la contrefaçon occupe le premier. Périlleuse pédagogie quand semble-t-il, la dose du poison peut devenir supérieure à celle du bienfait. Tout accaparé par ce champ nouveau, sur le fond, le journalisme répond à la question de son utilité, par une évidente raison d’être : ma fonction première, clame-t-il, c’est informer. Qu’entend-on par là ? Rapporter des faits, en ajoutant la mention « vérifiés », tel est aux yeux du monde démocratique, le gage, la définition moderne de sa qualité. Un peu comme penser c’est exister, informer/valider revient à exercer le journalisme. Voilà qui présente un inconvénient  : séduisante, la définition renvoie fortement à elle-même. Sans véritable épaisseur, elle est pour le moins circulaire, et donc sans grande chance d’expliquer concrètement ce singulier métier. Car ce dernier s’évertue à se considérer comme s’il avait toujours été là. Or, il y eut bien un « avant » la presse. Le récit lui-même si cher aux articles des reporters, cette narration qu’ils et elles ont mis et mettent en mouvement, trouve ses origines à des temps anciens où micros, caméras et rotatives flottaient encore dans les limbes.

L’Antiquité, en effet, n’usait que le roseau pour raconter les guerres. Et pourtant, c’est bien là que tout a commencé. Peu à peu, des arts de faire, des procédures ont établi les fondations du journalisme bien avant la naissance de ce mot. Et puis la feuille imprimée est arrivée. Avec elle, l’information de masse a pris son essor, facilitée par les lois sur la liberté de la presse ou sur l’instruction obligatoire. Jadis très prisé, le feuilleton racontait, le reportage aussi. Sa déambulation sur le terrain, sa vision des choses, sa rencontre avec de multiples témoins. Des signatures attiraient leurs lecteurs… Tout cela a forgé un puissant dispositif de vérité. Puis, l’interview venue des États-Unis dans les années 1900 a complété ces techniques de production du réel. Outre-Atlantique, des femmes, appartenant à un groupe qualifié de muckrakers (fouille-merde), ont initié le journalisme d’immersion et la collecte de données. L’enquête, l’investigation leur doit beaucoup. Que sait-on aujourd’hui de tout cela ? Fort peu, car l’intérêt n’est pas vraiment au rendez-vous. Si prompt à avancer « la mise en perspective » ou « la contextualisation » pour comprendre un conflit, une actualité, une question de société, le journalisme répugne à s’administrer les remèdes qu’il préconise. L’Histoire semble être pour lui un sépia nostalgique, pourquoi pas sympathique, mais en tout état de choses, une perte de temps. Pire, en soi, l’information semble échapper à l’Histoire. Après tout la question « Quel temps fait-il aujourd’hui ? » s’est toujours posée. Voilà une info, pourquoi donc aller chercher plus loin. En revanche, la technologie, l’économie, les rapports de forces… sont volontiers avancés comme les marqueurs d’évolution, lorsque le passé retrouve ici et là quelques couleurs. Tout cela existe bel et bien, et l’influence de ces facteurs est puissante. Mais la définition détaillée, concrète de la construction de l’information, n’est guère explorée et a fortiori promue. On lui préférera le plus souvent, l’autre évocation « d’une construction » au sens manipulatoire du terme. Voilà qui est bien plus croustillant, certainement.

Triste constat d’une non-prise en compte d’un passé pourtant structurant. Ainsi, les crises qui ont secoué la presse à la fin du XIXe et du début XXe siècle, sont en grande partie méconnues, même si elles parlent des rapports existants entre public et journalisme. Les valeurs actuelles exigées du et par le monde de l’information sont issues de retentissants scandales de l’époque, avec pour toile de fond, la corruption, la propagande. La déontologie, pour un « journalisme digne de ce nom », a connu sa première charte rédigée noir sur blanc, comme un puissant contrat social. Pourquoi  ? Parce que la défiance massive que nous connaissons, a commencé à s’installer dès cette époque. La question de l’indépendance occupant d’hier à aujourd’hui une place prépondérante. Là encore, qu’en est-il de la mémoire entretenue de ces grands enjeux ? Lui consacre-t-on suffisamment de temps pour que soient transmises les leçons à en tirer ?

« En quoi consiste le fait d’être journaliste aujourd’hui ? », souvent cela revient à vivre un désarroi, une violence potentielle physique ou morale, avec à terme la tentation d’un désengagement. La perte de mémoire à son propre endroit est peut-être à ce prix. Comment en effet affronter le présent numérique et sa déferlante en ignorant son passé par ailleurs structurant ? On parle si souvent de disruption dans les médias, mais que sait-on de la continuité, de la sédimentation des techniques d’élaboration des faits ? Et puis, il y a ce choc : le smartphone en mode vigilance permanente, le public maîtrise désormais les codes et techniques des expressions écrites et vidéos. La fonction journaliste est donc peu ou prou confrontée à ce savoir-faire aujourd’hui partagé. Pour autant les citoyennes comme les citoyens ne sont pas des journalistes au sens où l’histoire même de l’information a « construit » ce que l’on peut appeler « une fonction sociale en démocratie ». Et pourtant. Et pourtant, elles et ils inventent de nouveaux formats, de nouvelles langues, des communautés… Passionnantes ouvertures. Les réseaux sociaux drainent certes, haine et abjection, mais l’innovation, le sourire et l’intelligence sont aussi de la partie. Des rôles inédits apparaissent. Vieux et nouveau monde coexistent dans cet univers immatériel aux lourdes conséquences matérielles. Les uns « informent », les autres à présent « influencent ». Pour le plus grand plaisir du marketing. Le logiciel fait tourner les toiles sociales à plein régime d’enfermement. Le blogueur d’il y a presque 20 ans fait déjà figure de vieille lune. L’IA promet d’accroître les performances des pauvres humains à la productivité numérique réduite. Pour forcer la cadence en posts, voici que se démultiplie bientôt l’IA, entendez Influence Artificielle. Redoutable et enthousiasmant.

En quoi consiste alors le journalisme dans cette déflagration des discours ? De solides éléments de réponse sont à trouver dans ce retour sur l’Histoire. Les fondamentaux de l’information sont là, jour après jour, on les voit au fil des décennies, en cours d’élaboration jusqu’à l’actuel paysage médiatique et sa surabondance. Alors, l’éducation aux médias invoquée par tous ne peut laisser sur le côté cette longue chronique de vérités quotidiennes, essentielles – redisons-le – en démocratie. Nul doute que les États généraux de l’information actuellement en cours, dont la restitution est prévue pour juin 2024, auront à cœur d’insister sur cette production de savoir, pour tenter de retrouver quelques balises bien utiles si l’on veut répondre réellement à la question : « Mais en quoi consiste le fait d’être journaliste aujourd’hui ? ».

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Liens vagabonds : ChatGPT hallucine des faux liens vers ses médias partenaires

Un pacte faustien déjà corrompu ? Des tests du Nieman Lab ont montré que ChatGPT dirige les utilisateurs vers des URL non fonctionnelles pour au moins 10 médias ayant des accords de licence avec OpenAI : The Associated Press, The Wall Street Journal, the Financial Times, The Times (UK), Le Monde, El País, The Atlantic, The Verge, Vox, et Politico. Mi-juin déjà, le syndicat Insider avait demandé à la direction de Business Insider de partager les détails de l'accord de licence qu'ils ont conclu à travers leur société mère Axel Springer avec OpenAI, sur fond de craintes que ChatGPT compromette leur travail éditorial plutôt que de le valoriser. En effet, l'agent conversationnel avait été présenté à la rédaction comme un nouveau moteur de recherche, mais l'interface d'Open AI s'est avérée peu motivée à citer la source quand ils s'agissait d'un scoop d'envergure découvert par les équipes d'investigation de Business Insider.

ChatGPT peut aujourd'hui converser naturellement à travers une interface vocale, mais ne sait pas faire des liens vers ses sites partenaires. Un constat tout à fait normal, selon Tom Rubin, responsable de la propriété intellectuelle et du contenu chez OpenAI. Lors de la conférence WAN-IFRA en mai, il a déclaré qu'une « composante significative » des accords avec les médias implique l'affichage du contenu des partenaires, mais que « vous ne l'avez pas encore vu dans nos produits. » OpenAI n'a pas précisé quand ces fonctionnalités d'affichage seraient disponibles ni répondu aux questions concernant les citations actuelles de ChatGPT d'articles de Business Insider, y compris les liens vers des pages d'articles inexistantes.

Au-délà de l'attribution et les liens vers les articles complets pour plus de "transparence et d'informations supplémentaires", le package vendu aux médias par OpenAI prévoit aussi un « placement prioritaire et une mise en avant de la marque plus riche » dans les conversations, selon des informations d'Adweek basées sur des slides qui ont fuité d'Open AI.

ChatGPT is hallucinating fake URLs for at least 10 publications that have OpenAI licensing deals.

I tested the chatbot’s ability to cite its news sources for @NiemanLab. It regularly generated broken links to even its partners’ biggest investigations. https://t.co/ddXrEDWhu9

— Andrew Deck (@decka227) June 27, 2024


Andrew Deck, journaliste au Nieman Lab,  a mené une série de tests dans lesquels il demande à ChatGPT expressément de renvoyer vers les articles phares de ces partenaires, y compris des contenus récompensés par des prix Pulitzer et des enquêtes qui ont duré plusieurs années. Dans l'ensemble, ses tests ont montré que ChatGPT est actuellement incapable de renvoyer de manière fiable vers ces histoires remarquables des publications partenaires qui ont demandé un investissement considérable aux rédactions. Et l'hallucuination est internationale : ChatGPT a généré des liens fictifs vers des enquêtes nationales majeures du Monde, et du journal El País (propriété de Prisa Media), les deux ayant conclu des accords de licence de contenu avec OpenAI en mars. Face à ce dilemme, l'UER, l'Union européenne de radio-télévision, vient de publier un appel aux géants de la tech pour plus de transparence et de respect de la propriété intellectuelle. Elle leur demande notamment de pouvoir décider si et comment le contenu des médias de service public est utilisé, avec une attribution claire et correcte des sources par les outils d’IA et une vraie coopération des plateformes pour lutter contre la désinformation, en assurant la visibilité appropriée des médias.

En attendant, ChatGPT fait ce que sa génération de texte prédictif fait de mieux : prédire la version la plus probable de l'URL pour une information donnée, plutôt que la version correcte.

CETTE SEMAINE EN FRANCE

  • Législatives 2024 : comment les thèmes favoris du RN ont peu à peu colonisé les médias traditionnels (Le Monde)
  • Législatives 2024 : les débats attirent les téléspectateurs (Les Echos)
  • Le spécialiste des newsletters Kessel passe le cap du million de lecteurs (Les Echos)
  • La Russie bloque l’accès à 81 médias européens, dont les sites du “Monde” et de l’AFP (Le Monde)

3 CHIFFRES

  • Selon une étude du cabinet londonien MIDiA Research, le bassin d’audience du podcast dans le monde devrait presque doubler à horizon 2030, approchant 1,2 milliard de personnes. 
  • Bruxelles menace Apple d'une amende géante, équivalente à 10% de son chiffre d’affaires, d'après Le Figaro.
  • ChatGPT hallucine des URLs pour au moins 10 publications qui font partie des accords de licence en cours d'OpenAI, d'après le NiemanLab. 

LE GRAPHIQUE DE LA SEMAINE

Source : The Hustle

NOS MEILLEURES LECTURES / DIGNES DE VOTRE TEMPS / LONG READ

  • L’inconsciente irresponsabilité du journalisme politique (AOC)
  • L'avenir du streaming (selon les magnats qui s'en occupent) (New York Times)

DISRUPTION, DISLOCATION, MONDIALISATION

  • Les fact-checkers britanniques ont passé plus de temps à vérifier les déclarations des hommes politiques que les faux contenus générés par l'IA (Press Gazette)

DONNEES, CONFIANCE, LIBERTÉ DE LA PRESSE,DÉSINFORMATION 

  • La zone grise : comment Israël considère certains journalistes de Gaza comme des cibles légitimes (The Guardian)
  • Julian Assange libéré mais condamné, une forme de menace pour la liberté de la presse (Le Monde)

JULIAN ASSANGE IS FREE

Julian Assange is free. He left Belmarsh maximum security prison on the morning of 24 June, after having spent 1901 days there. He was granted bail by the High Court in London and was released at Stansted airport during the afternoon, where he boarded a…

— WikiLeaks (@wikileaks) June 24, 2024

  • L'Indonésie tente de bloquer les contenus LGBTQIA sur Internet (Rest of World)
  • Le procès à huis clos du journaliste américain Evan Gershkovich commence en Russie (The Guardian)
  • Les conspirations sur le débat Trump-Biden ont déjà inondé l'Internet (Wired)

LÉGISLATION, RÉGLEMENTATION

  • IA : l’Autorité de la concurrence met en garde contre la domination des géants du numérique (Le Monde)

Today we open a new case + we adopt preliminary findings against @Apple under the DMA.

👉We are concerned Apple's new business model makes it too hard for app developers to operate as alternative marketplaces & reach their end users on iOS.

More🗞: https://t.co/nYm5fW61jp

— Margrethe Vestager (@vestager) June 24, 2024

JOURNALISME

  • Les grands reporters quittent Politico (Semafor)
  • Débat présidentiel : 2 candidats. Pas de public. 60 journalistes du New York Times (New York Times)
  • Le site web de MTV News s'éteint, les archives sont mises hors ligne (Variety)
  • Selon un mémo, le New York Times aurait licencié des artistes pour les remplacer par l’IA (Futurism)
  • Le problème de confiance du journalisme est-il lié à l'argent et non à la politique ? (NiemanLab)

STORYTELLING, NOUVEAUX FORMATS

  • L'industrie de l'information est-elle prête à passer à la vidéo (une fois de plus) ? (NiemanLab)
  • Domingo et le tennis, Billy en boxeur… Twitch, le nouveau terrain de jeu du sport-spectacle (Le Figaro)
  • Les soirées PowerPoint ? Pourquoi la pire partie de votre travail s’invite dans vos fêtes ? (The San Francisco Standard)

ENVIRONNEMENT

  • L'intelligence artificielle met le réseau électrique à rude épreuve. Les entreprises technologiques cherchent une solution miracle (Washington Post)

RÉSEAUX SOCIAUX, MESSAGERIES, APPS

  • Facebook a été envahi par des spams et des escroqueries liés à l'IA (404media)
  • Les créateurs de TikTok tiennent leurs propres assemblées avec des candidats indépendants, évitant les médias traditionnels et offrant une tribune aux théories du complot (Wired)
  • « Plus ta peau est foncée, moins tu vaux » : les inégalités salariales des influenceurs (The Guardian)
  • Instagram ne veut pas que vous regardiez le débat présidentiel (FWIW)

 IMMERSION, 360, VR, AR

  • J'ai porté des Ray-Ban Meta à Montréal pour tester leurs compétences en traduction IA. Cela ne s'est pas bien passé (Wired)

STREAMING, OTT, SVOD

  • YouTube domine le streaming (CNBC)

AUDIO, PODCAST, BORNES

INTELLIGENCE ARTIFICIELLE, DATA, AUTOMATISATION

  • Les entreprises technologiques modifient leurs conditions d'utilisation pour faciliter l'entraînement des algorithmes d'IA avec vos données (New York Times)
  • Reddit essaie de mettre fin au crawling des robots IA (TechCrunch)
  • Malgré tout le buzz autour de l'IA, l’industrie tech a connu plus de 100 000 licenciements cette année (Finding Alpha)
  • Le robot du gouvernement sud-coréen est mort ; la presse locale suppose qu’il s’est suicidé (The New York Sun)
  • Le magazine Time signe un accord avec OpenAI (Axios)
  • Toys 'R' Us a réalisé une publicité presque entièrement basée sur l'IA (CNN)
  • Le média 404 média a payé 365,63 $ pour remplacer son site par l'IA (404 media)
  • Les grandes maisons de disques poursuivent s sociétés d'IA Suno et Udio pour violation du droit d'auteur (billboard)

Name that tune 🎶!

Sound familiar? That's because @suno_ai_ is training AI on copyrighted works...
🎧: https://t.co/GnRxCA0rDc
🎧: https://t.co/lr3Z7tHmyB
🎧: https://t.co/zXjPi68lJF

Learn more about our legal action against Suno: https://t.co/LOFOSrRp9M pic.twitter.com/OmF7iUqAd7

— RIAA (@RIAA) June 24, 2024


MONÉTISATION, MODÈLE ÉCONOMIQUE, PUBLICITÉ

  • Il y a un an, Time a retiré son paywall. Voici les résultats (Adweek)

 

Kati Bremme et Alexandra Klinnik 

 

The post Liens vagabonds : ChatGPT hallucine des faux liens vers ses médias partenaires first appeared on Méta-media | La révolution de l'information.

Journaliste-Influenceur : moins de média, plus de service ?

Nous y sommes ! Les réseaux sociaux d’HugoDécrypte cumulent plus de 14 millions de followers, surpassant ainsi Le Monde, et MrBeast compte plus d’abonnés que Netflix. Selon le dernier Digital News Report du Reuters, les jeunes, pour s’informer, citent davantage les créateurs de contenu que les marques média traditionnelles. Le journalisme n’est plus l’apanage des médias depuis la révolution des réseaux sociaux, qui a transformé chacun en potentiel journaliste, influenceur ou plutôt créateur de contenu, comme ces derniers préfèrent être appelés. L’époque du carpet bombing et du gatekeeping est bel et bien révolue pour les médias, même si, dans les paradis artificiels de l’IA générative et en pleine "super-année électorale", on ressent de nouveau le besoin d’une référence identifiée, voire d’une source unique de l’information labellisée, watermarkée et triplement vérifiée.

Par Kati Bremme, Directrice de l'Innovation et rédactrice en chef Méta-Media

Face à cette réalité, les médias traditionnels doivent relever un défi majeur : évoluer pour séduire un public jeune, indispensable à la démocratie, ou risquer de perdre cette audience au profit d'influenceurs charismatiques qui captivent une génération souvent en proie au doute et à l'inquiétude avec des formats divertissants. Faut-il les imiter, les intégrer ou les défier ? On cherchera la réponse dans ce nouveau cahier de tendances Méta-Media, qui réunit « anciens » et « modernes », y compris des journalistes en l’herbe encore en école, autour de témoignages, décryptages et solutions.  

Au siècle dernier, le journaliste jouait inévitablement le rôle d’influenceur, étant, par l’intermédiaire du média qui l'employait, la seule et unique source d’information pour la plus grande partie de la population. Aujourd'hui, depuis le miracle de l’Hudson River rapporté sur feu Twitter, tout le monde peut être journaliste, influenceur ou plutôt créateur de contenu, comme ces derniers préfèrent être appelés, qu’ils soient macro, micro ou nano...  

Autrefois, le métier d'influenceur fut réservé à l'élite médiatique. Aujourd'hui, il est à la portée de tous grâce aux outils numériques. Contrairement aux rédactions traditionnelles, les créateurs adoptent rapidement les innovations de l'IA pour amplifier leur impact. Ils n'ont plus besoin de presse à imprimer ou de stations de radiodiffusion pour atteindre de larges audiences. Avec des moyens de création, de diffusion et de personnalisation automatisés, ils peuvent désormais toucher un public vaste et diversifié, révolutionnant ainsi le paysage médiatique.


De gauche à droite, captures des comptes de : Dylan Page, UnderTheDeskNews et Salomé Saqué

Arianna Huffington fut parmi les premières à se lancer sur Internet sous forme de blog (la version web 1.0 de l’influence). Elle a été suivie par des journalistes comme Samuel Etienne, qui faisait vivre la presse sur Twitch pendant la pandémie en incarnant le rôle du « boomer » parlant aux jeunes façon web 2.0. Quelle est la recette du succès de HugoDécrypte, Taylor Lorenz, Rana Ayyub, Squeezie, Fang Fang, Maria Ressa, Kara Swisher & Co ? Comment les médias traditionnels peuvent-ils rester pertinents alors que les audiences se tournent de plus en plus vers les 50 millions de créateurs de contenu dans le monde, dont 150 000 en France, partageant leurs intérêts et compétences en ligne ?

Nouvelle relation, nouvelle définition

Des millions de jeunes préfèrent déjà les influenceurs et créateurs comme sources d'information de confiance. Cette confiance des consommateurs n'est pas nécessairement basée sur la qualité du reportage ou le prestige d’une marque, mais sur de solides relations parasociales. Elle n’a pas besoin de l’intermédiaire d’un journaliste : les jeunes internautes plongent volontairement dans les sujets d’actualité qui les intéressent en utilisant la barre de recherche de TikTok pour construire leur avis, souvent influencés par des figures populaires en ligne. 

Le Larousse décrit toujours le journaliste comme une « personne qui a pour occupation principale, régulière et rétribuée, l'exercice du journalisme dans un ou plusieurs organes de presse écrite ou audiovisuelle ». Mais le métier lui-même est en train de glisser vers de nouveaux horizons. Qu'est-ce qui définit un journaliste aujourd'hui ? La carte de presse ou son travail ? Travailler pour un média donné, qu’il soit public ou privé, signifie déjà une certaine réduction de l'indépendance, le journaliste devant se plier à une ligne éditoriale plus ou moins orientée. Les journalistes présentateurs télé, par leur rôle incarné, ont d’ailleurs peut-être toujours été un peu plus « influenceur » que leurs homologues de la presse écrite, à l’instar de Bernard Pivot, capable de propulser les ventes d’un livre présenté dans son émission emblématique. Aujourd'hui, l'information télévisuelle tend davantage vers le divertissement à coup de technologies immersives, une évolution fortement influencée par les tendances des chaînes télévisées américaines.


Bernard Pivot, l’un des premiers « journalistes-influenceurs » culture, INA

Quand le rapport de force des rédactions avec leurs publics n’a pas changé depuis des siècles, les relations des influenceurs avec leurs followers sont plus bilatérales : ils sont à l’écoute, interagissent, suivent les conseils de leur communauté, et parfois même les incluent dans leurs contenus. Ils expriment souvent une perspective subjective et intime sur des sujets personnels et peuvent discuter de questions banales ou personnelles, équilibrant autopromotion et authenticité. Certains « influenceurs-blogueurs » ont plus tard su capitaliser sur leur rapport privilégié et leur compréhension des besoins des audiences, à l’instar d’Ezra Klein qui a commencé par un « web log », et qui fut parmi les premiers blogueurs à avoir obtenu une accréditation presse pour un événement politique en 2004, en fondant en 2014, Vox Media.  

L’Information-Divertissement

La notion du journalisme comme institution visant à éduquer, informer, et élever est aujourd'hui ébranlée par la pression commerciale qui l'oriente vers le divertissement. À contre-courant, un nouveau journalisme citoyen s'est développé sur les réseaux sociaux et Internet. Avec l'IA générative, nous assistons déjà à l’essor d’influenceurs virtuels, et il sera facile demain de transformer un texte en podcast ou en vidéo, abolissant les frontières entre les formats classiques de l’information, au service d’une production de masse, ou de qualité, selon les impératifs économiques et les volontés éditoriales des uns et des autres.

Je me souviens encore des réactions dans les rédactions quand on leur présentait la chaîne HugoDécrypte, du jeune Hugo Travers qui s'était lancé dans des formats d'information sur YouTube en 2015. « Ce n'est pas du journalisme ». Pas assez sérieux. Pas assez formaté. Trop incarné. Trop divertissant. Trop clivant. « Mais ça plaît aux jeunes ».

Hugo Travers crée en 2015 sa chaîne YouTube, HugoDécrypte
Grâce à leur approche pédagogique et leur forte présence sur les réseaux sociaux, les créateurs de contenu rendent l'actualité accessible à un public souvent détaché des médias traditionnels. Des journalistes influenceurs comme le YouTubeur américain Philip DeFranco ou la journaliste indienne Faye D'Souza utilisent leurs plateformes pour présenter l'actualité de manière directe et engageante. Ces professionnels réussissent à combler le fossé entre le journalisme traditionnel et les attentes d'un public connecté, avide d'immédiateté et de transparence. L’information devient davantage communication, et ceci dans les deux sens.Contrairement aux discours répandus, les jeunes générations font bien une différence entre journalistes et influenceurs, comme nous l’explique Anne Cordier : les adolescents distinguent nettement les créateurs de contenu – qu’ils appellent alors souvent « influenceurs » – qui diffusent du divertissement et du témoignage (comme Squeezie, cité comme référence à propos des jeux vidéo, ou Léna Situations, que les jeunes filles apprécient pour ses publications sur la mode) – et ceux qui produisent du contenu informationnel plus sérieux à leurs yeux (comme Mister Géopolitix ou Jemenbatsleclito, compte de la créatrice féministe Camille Aumont Carnel).
Et ils préfèrent ces formats pour s’informer, au même moment où certains managers de rédactions historiques crient encore au loup quand on veut faire entrer TikTok dans le modèle de distribution de l’information. Le paysage des influenceurs est un espace vaste et en constante évolution. Avant de dénoncer l’abêtissement placide du lecteur ou sa manipulation par les tenants du nouveau discours médiatique, il faudra écouter la journaliste américaine Kara Swisher, qui remarque que les médias devraient réellement s’inquiéter : chaque jour, la qualité des contenus de la blogosphère augmente tandis que celle des rédactions print baisse.
De nouvelles marques d'influence émergent en intégrant les nouveaux usages des jeunes générations (et de plus en plus ceux des plus anciennes). Brut a été parmi les premières plateformes qui utilisent des vidéos courtes et percutantes pour diffuser l'actualité. Leur approche visuelle et narrative (non incarnée à leurs débuts, incarnée aujourd’hui) a permis de répondre aux usages d’un large public. Comme le prédisent nos collègues de Yle, bientôt, il faudra diffuser l’information sur Roblox, si l’on veut encore toucher la génération Alpha qui s’identifie désormais plus à leur avatar qu'à leur propre reflet dans un miroir.

De l’intention d’influer

Que fait alors un journaliste influenceur ? A-t-il l'intention d'influencer l'opinion publique ? L’amalgame entre influenceurs et journalistes nuit certainement à la compréhension des jeunes de ce qu’est l’information. En septembre 2023, Taylor Swift a appelé ses 280 millions d’abonnés sur Instagram à s’enregistrer sur les listes électorales, provoquant un afflux immédiat de 35 000 jeunes, et Léo Nora, plus de 17 000 abonnés sur son compte TikTok, a publié une vidéo en anglais visionnée près d'un million de fois depuis novembre dernier. « Ne venez pas à Paris pour les Jeux olympiques ». De la rumeur à l’info vérifiée, sur les réseaux sociaux il n’y a aucune hiérarchie, aucun rédacteur en chef. Question d'actualité : Un influenceur peut-il être payé pour faire la promotion d’un parti politique ?

Déjà en 2004, le Boston Chronicle soulignait la nature particulière des blogueurs d'information de l’époque, dont l'écriture se caractérisait par un style subjectif, à une époque où la vidéo sur smartphone n'existait pas encore : « Quiconque possède un ordinateur et un logiciel de publication à domicile peut se qualifier comme il le souhaite. Si c'est un couple de retraités qui décide simplement qu'ils ont une opinion, cela ne fait pas d'eux un organe de presse. Cela fait juste d'eux un couple de retraités avec une opinion et un site web. » En tant que médias d’information, les influenceurs naviguent souvent dans cet espace flou entre le journalisme et le plaidoyer, n’hésitant pas à orienter leurs audiences vers des collectes de fonds pour des partis et des candidats dans cette « super-année électorale ».

TikTok a toujours revendiqué une volonté de divertissement, mais les usages ont évolué vers des fonctionnalités de moteur de recherche et de consultation d'information (avec la guerre en Ukraine, le feuilleton judiciaire entre Johnny Depp et Amber Heard et la guerre israélo-palestinienne). Sa croissance rapide a attiré des messages politiques partisans, de la désinformation et des théories du complot. La surveillance et l'enquête sur la propagation de ces messages sont compliquées par l'absence d'une API (interface de programmation d'application) approuvée pour accéder au flux de données générées sur la plateforme chinoise. 

« Depuis 2016, la tendance est que les messagers les plus puissants en politique sont des gens réels, des gens de la communauté qui ressemblent à vos voisins », a déclaré Bradley Beychok, président du comité d'action politique American Bridge 21st Century. Les politiques s’appuient de façon croissante sur des micro-influenceurs dans leur campagne. 

Le journalisme numérique converge avec la culture de l'influence. Les médias traditionnels mettent en avant les biographies des journalistes, et de plus en plus de sujets vidéos sont incarnés. Devons-nous tous devenir influenceurs ? La rédaction du New York Times adopte une politique restrictive à ce sujet. Pourtant, le comité chargé d'examiner les projets extérieurs des journalistes a approuvé plus de 90 % des 200 projets proposés par des journalistes désireux de développer leur propre marque. D'autres médias intègrent directement des influenceurs dans leurs équipes rédactionnelles.

L'authenticité performative

En utilisant la métaphore d'une pièce de théâtre théorique, le sociologue Erving Goffman a décrit le concept de la représentation de soi en tant qu'« acteur ». Une interprétation transposable dans l’histoire plus récente, où les influenceurs investissent dans la gestion des impressions. Ils utilisent des techniques de storytelling, des filtres, des montages, et des collaborations stratégiques pour façonner une image cohérente et attrayante. Leur succès dépend souvent de leur capacité à contrôler et à diriger les perceptions de leur audience. 

La dynamique entre les influenceurs et leur audience est interactive. Les commentaires, likes et partages servent de feedback, guidant les performances futures, la ligne éditoriale et les thématiques choisies. Cette interaction crée un cycle de rétroaction où l'audience influence les contenus et vice versa. Les influenceurs ajustent leur contenu en fonction des réactions, optimisant constamment leur impact et leur reach, ce qui peut poser problème pour des contenus d’information. Un paradoxe clé est la quête d'authenticité dans des performances stylisées : ils doivent sembler authentiques tout en étant performatifs. Cette tension, centrale à leur succès et crédibilité, est souvent gérée par la divulgation contrôlée de vulnérabilités ou de moments « réels », créant un lien émotionnel tout en gardant un contrôle narratif.

D’un autre côté, la dissimulation de la subjectivité est rendue d’autant plus facile que les techniques de reproduction mécanique gomment la singularité de l’original (« l’aura » de Walter Benjamin). Désincarnation perverse puisque, loin de supprimer entièrement l’émotion, elle en déplace plutôt l’objet vers la satisfaction d’une sorte de spectacularisation vaine de la vie. Dans les médias historiques, où il y avait auparavant des départements de ventes pour gérer la distribution optimisée des journaux, ce sont aujourd’hui davantage les journalistes eux-mêmes qui doivent marketer l’information sur les réseaux sociaux. Ils ont alors développé une relation d’amour-haine avec les plateformes. La « schizophrénie numérique » nous laisse perpétuellement tiraillés entre la fascination et la peur des nouvelles technologies.

Équilibres économiques fragiles

Nathan Myhrvold, ex-CTO de Microsoft, a décrit le dilemme des rédactions au 21ème siècle : « Qui paiera pour l'information ? » On se souvient des opérations de séduction des dirigeants des réseaux sociaux auprès de médias historiques pour alimenter leurs plateformes de contenus de qualité aux débuts de la révolution numérique. Rapidement, ces premiers se sont aperçus qu'ils pouvaient générer une meilleure rétention (indicateur important pour la publicité) avec le divertissement et les vidéos drôles plutôt qu'avec des analyses approfondies et des reportages d'information vérifiés, mettant ainsi en danger des médias entiers qui avaient construit leur économie sur un canal de diffusion contrôlé par les GAFAM. Les récentes modifications de l'algorithme d'Instagram pour limiter la visibilité du contenu politique ont entraîné une baisse de l'engagement de 70 grands comptes d'actualités, diminuant de 26 % leurs interactions, quand ce n’est pas Meta qui met simplement fin à l'accès aux informations sur Facebook et Instagram de tous les utilisateurs au Canada.

Malgré un statut de journaliste entrepreneur fragile et dépendant des plateformes, beaucoup de jeunes journalistes, pour qui le carcan d’une rédaction historique paraît trop restrictif, se rêvent en influenceur, en « enfants les plus cool du quartier », incités à accroître leur audience et, en retour, souvent leur compte en banque. Pour d'autres, ce choix devient une nécessité imposée par le manque d'opportunités disponibles dans les rédactions traditionnelles. Il reste que la combinaison des influenceurs et des algorithmes des médias sociaux est peut-être la forme de publicité la plus puissante jamais inventée.

Mais la lutte solitaire sur les réseaux sociaux est rude, et la pertinence culturelle n’est pas éternelle. C’est un job 24/7, l’algorithme des réseaux sociaux ne pardonne pas la relâche, les GAFAM ne connaissent pas les congés payés. Et chaque réseau social a ses spécificités. TikTok est le meilleur endroit pour rapidement gagner une large audience, YouTube pour la monétiser sur le long cours, et Instagram est historiquement le lieu des deals avec des marques. Pour X, « it’s complicated ».  Il est vrai que l’« investissement influence » se pare des plus beaux atours : pour 1 euro investi, le retour s’élève en moyenne, à 9,60 euros.

Pour l’instant, les start-ups de journalisme attirent des audiences importantes et dévouées, mais peinent à convertir cette fidélité en soutien financier. La plupart d'entre elles dépendent de financements philanthropiques, qui restent rares et fragmentés. Dans un double élan d’indépendance à la fois éditoriale et économique, on a pu observer pendant la pandémie mondiale le départ d’un certain nombre de journalistes des grandes rédactions emblématiques pour lancer leur propre newsletter. On les surnommait alors les substackerati, d’après la plateforme qui leur sert d’outil de publication.

Une autre réponse à la quête de modèle économique des influenceurs pour éviter la navigation dans les eaux troubles du mélange de publicité et d’information sont peut-être les technologies du Web3, ce nouvel Internet participatif, dont l’adoption grand public se fait attendre. Un des éléments clés du Web3 est une expérience centrée sur l'utilisateur. Cette expérience n'a pas besoin d'une plateforme centrale, comme X, TikTok ou YouTube, pour médier les interactions de pair à pair. Des sites comme WeAre8 ou Good-Loop récompensent les utilisateurs engagés en partageant un pourcentage de revenus. Le Web3 permet également la « propriété » d'actifs numériques comme l’a expérimenté le magazine TIME. Les principes de ces technologies peuvent être appliquées au journalisme et créer une nouvelle manière de consommer l’information. Le prochain TikTok ne sera peut-être pas une seule plateforme, mais une relation directe avec les publics. Et « le coût par téléportation » dans Roblox sera peut-être le prochain coût par clic.

Formats longs et journalisme investigatif

Les journalistes qui quittent le havre sécurisé d’une rédaction et le contexte ingrat de la « littérature pressée », qualificatif attribué par le poète Matthew Arnold au journalisme, ne datent pas d’hier : le nombre de journalistes devenus écrivains est pléthore (certains diront même que les meilleurs écrivains sont ceux qui ont un background de journaliste). Le livre pour un journaliste de presse papier est un peu ce qu’est le documentaire pour un journaliste télé. Le nombre de tirages d’un livre n’est-il pas un peu l’équivalent d’un nombre de likes ? Face à des rédactions qui réduisent leurs moyens à peau de chagrin, ferment leurs bureaux à l’étranger et ont privilégié pendant des années la course après l’actu chaude, souvent accompagnée d'une gestion superficielle des réseaux sociaux, des journalistes indépendants qui se consacrent à des formats longs et au journalisme d’investigation se démarquent en prenant le temps de développer leurs histoires.

🏆#PrixAlbertLondres23
Prix presse écrite @wilsonfache pour ses reportages en Afghanistan, Tel Aviv & Ukraine
Prix audiovisuel @hlamtrong - "Daech, les enfants fantômes" @Cineteve_prod
Prix du livre @N_Legendre - "Silence dans les champs" @EditionsArthaudhttps://t.co/aKlzLaA7ia pic.twitter.com/W5FTb8p8s7

— Prix Albert Londres (@albert_londres) November 27, 2023

Ce que certains journalistes indépendants peuvent se permettre au prix d’une multitude de tâches allant de la production de contenu à la gestion de leur propre marketing et finances, les rédactions peuvent seulement le mettre en place quand il y a collaboration ou partenariat. Ou changement de priorités. Ou fusion... Michael Moore explique que ses documentaires expriment ses opinions, laissant chaque spectateur se faire la sienne. Des journalistes indépendants peuvent prendre le temps sur une histoire, contrairement à beaucoup de rédactions traditionnelles qui peinent à mettre à jour leurs priorités.

Influenceurs sous influence en Asie

Les influenceurs en Asie jouent un rôle crucial dans la formation de l'opinion publique et la diffusion des tendances, d’autant plus dans des États à la marge de la démocratie. Alors que leur popularité continue de croître, une méfiance croissante envers les médias d'État et les tentatives des gouvernements de reprendre le contrôle de la présence des influenceurs en ligne remettent en question un modèle de liberté émergent. En Chine, le journaliste Luo Changping utilise les réseaux sociaux pour critiquer les politiques gouvernementales, souvent au risque de représailles. L’influenceur Chen Qiushi a gagné en notoriété pendant l'épidémie de Covid-19 en partageant des témoignages directs de Wuhan, mettant en évidence les écarts dans les rapports officiels.

Ce double rôle de reportage et d'influence leur permet de façonner le discours public tout en marchant sur une corde raide de régulations gouvernementales. En Inde, des journalistes comme Faye D'Souza utilisent les médias sociaux pour fournir des analyses critiques et des reportages indépendants. En Corée du Sud, des figures comme Joo-Jin Woo, journaliste d'investigation, sont populaires pour leurs enquêtes approfondies sur la corruption et les abus de pouvoir. Au Japon, des journalistes comme Shiori Ito, y abordent des questions de justice sociale et de politiques publiques (notamment autour de l’égalité des sexes), et jouent un rôle essentiel pendant les élections en partageant des informations critiques et des perspectives alternatives, influant les débats publics et les choix électoraux.

It's time for #NLHafta!

This week, @AbhinandanSekhr, @ramankirpal, @javashree, and @tweets_prateekg are joined by @fayedsouza to discuss Maharashtra and Delhi polls, Pune’s #Porsche car crash, and more.

Tune in: https://t.co/q90ivqCSGk pic.twitter.com/udgJcrzJet

— newslaundry (@newslaundry) May 26, 2024

Mais très vite, les gouvernements ont mis en place des mesures qui visent à encadrer l'influence des célébrités numériques et à s'assurer que leurs messages restent conformes aux directives officielles. Le phénomène des journalistes influenceurs sur les plateformes de médias sociaux chinois en particulier reflète l'interaction unique entre le journalisme, les médias sociaux et le contrôle de l'État. La direction centrale du Parti a adopté une fonction de surveillance médiatique pour renforcer son contrôle sur une administration défaillante et pour mettre en lumière les aspects du capitalisme bureaucratique devenus si implacables qu’ils compromettaient la survie même du système.

Un nouveau journalisme de surveillance, incarné par des influenceurs y compris étrangers, promet de renforcer l'hégémonie du Parti en lissant les aspérités de la transformation chinoise en cours et en surveillant les frontières politiques, économiques et numériques d'une société de marché autoritaire émergente.

L’incarnation de la communauté

Pour certains, le journalisme en dehors des rédactions est aussi le seul moyen de s’affirmer. Taylor Lorenz, journaliste au Washington Post et spécialiste de la culture numérique, a exploré l'histoire des créateurs de contenu sur Internet et observe que « les premiers influenceurs étaient des femmes parce que les médias ne s'intéressaient pas à leurs centres d'intérêt ». Les influenceurs utilisent les plateformes sociales pour aborder des sujets souvent sous-représentés dans les médias traditionnels, offrant ainsi une diversité de perspectives et enrichissant le débat public, en prenant en charge une partie du travail d’un service public.

Même si des efforts sont en cours dans la plupart des médias, construire et renforcer son audience demain passera forcément par l'intégration des minorités dans la production de contenu pour établir un lien authentique avec des publics plus jeunes, et pour contrer une époque fragmentée, où les masses sont difficiles à atteindre. The Vice Guide to Culture 2023 avait déjà souligné que les jeunes générations « se tournent vers leurs pairs et leurs communautés de confiance avant de choisir de faire confiance à des experts extérieurs. En outre, ils boycottent collectivement les organisations en lesquelles ils ne croient pas ». 

Dylan Page (10M), jeune créateur de contenu d'information du Royaume-Uni, compte plus de followers et de vidéos vues que la BBC (2,6 M) et le New York Times (570K) réunis, même sur des sujets d’actualité comme Gaza. Les reporters de guerre traditionnels n'ayant pas pu se rendre à Gaza, bon nombre des témoignages les plus convaincants ont été racontés par des habitants, y compris par une nouvelle génération présente sur les réseaux sociaux.

 

 

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Plestia Alaqad est une habitante de Gaza dont la documentation sur les difficultés de la vie quotidienne a apporté une touche personnelle absente des médias grand public. Face à ces enjeux, WhatsApp prend de l'importance pour l'information. Avec le lancement de Threads et de Bluesky, le travail des équipes chargées de l'engagement du public est devenu plus exigeant que jamais. Les grands médias cherchent de plus en plus à élargir l'éventail des voix qui couvrent les sujets.

Les attentes des consommateurs en matière de représentation des communautés minoritaires sont de plus en plus sophistiquées, en commençant par la personne, et non l'identifiant tel que le genre, la sexualité ou la race. Les communautés minoritaires réécrivent les règles d'engagement avec les marques, recherchant des récits et des partenariats qui compliquent la représentation au lieu de la simplifier. Veiller à ce que l'information soit accessible à tous n'est pas seulement une question de responsabilité éthique, mais aussi une obligation légale dans l'Union européenne.

Régulation du Far West

Le Conseil européen a approuvé des conclusions pour soutenir les influenceurs en tant que créateurs de contenu en ligne dans l'UE. Il incite les États membres à dialoguer avec les influenceurs et leurs organisations pour clarifier leur rôle et la législation applicable. Par ailleurs, il demande à la Commission d'explorer des moyens de soutien au niveau européen, y compris l'éducation aux médias, la promotion de la responsabilité en ligne, et l'utilisation des fonds et programmes de l'UE.

L’Europe n’est pas la seule région au monde à se pencher sur l’encadrement des influenceurs de plus en plus influents : en Chine, la loi sur la cybersécurité impose des restrictions sévères sur les contenus en ligne, avec des sanctions importantes pour les infractions. En Inde, les législations récentes exigent des plateformes de réseaux sociaux qu'elles surveillent et régulent les contenus publiés par les influenceurs. Au Japon, le code d'éthique pour les influenceurs impose des règles claires sur la divulgation des relations commerciales. Les créateurs doivent également respecter des normes élevées de conduite en ligne en Corée du Sud, où les lois sur la protection des consommateurs exigent une transparence renforcée au sujet des contenus sponsorisés.

@faganchelseaIt has to end!!!♬ original sound - faganchelsea

Et le phénomène est en train de s’auto-réguler un peu : la tendance du « désinfluence » (ou « deinfluencing ») est une réaction (plus ou moins sincère) aux pratiques traditionnelles des influenceurs sur les réseaux sociaux. Au lieu de promouvoir constamment des produits et d'encourager la consommation, les « désinfluenceurs » incitent leur public à être plus sélectif et réfléchi dans leurs achats. Cette tendance critique les recommandations souvent exagérées des influenceurs et se concentre sur la réduction de la surconsommation, ce qui a des avantages pour l'environnement et le bien-être personnel, …et l’écosystème informationnel.

Quand il y a quelques années encore, les réseaux sociaux des débuts faisaient office de nouvelle machine à café où l'on s'échangeait nos expériences (de visionnage des programmes télés en direct) dans une sorte d'Agora, nous vivons aujourd'hui dans un monde fragmenté où il est plus facile que jamais d'ignorer totalement ce que les autres consomment. Il est également plus facile que jamais d'accorder une importance démesurée à des informations ou à des tendances qui peuvent sembler populaires mais qui sont en réalité très confinées. Dans ce nouveau monde, où les algorithmes de recommandation l'emportent sur l'ancien modèle des followers, les seuls géants de la Tech sont les gatekeeper de la connaissance sur la façon dont l'information circule sur leurs plateformes, d'autant plus s'ils détiennent en même temps le Saint Graal de l'IA générative.

Journalistes artificiels et désinformation

Avec l'arrivée de l’IA dans les rédactions, l'avenir du journalisme soulève de nombreuses questions. Julian Assange exhorte les journalistes à adopter une approche scientifique, en s'appuyant sur des sources vérifiables. Dans ce nouveau monde mi-réel mi-artificiel, on assiste à l'apparition de présentateurs-influenceurs malgré eux : Nota Bene et Cyprien ont vu leur image utilisée sans leur consentement par l’IA, tandis que Julien Bugier et Anne-Claire Coudray se sont retrouvés à promouvoir des produits dans des publicités à leur insu. Notre cahier 2023 était consacré à l'IA dans les rédactions, un phénomène accéléré par le lancement de ChatGPT. Nous ne traiterons donc de ce sujet qu'en marge ici. Mais face à une profession qui est constamment remise en question ces dernières années, l’émergence de plumes automatiques ajoute encore quelques interrogations dans une série déjà longue de défis.


Image extraite d'une des deepfakes montrant Anne-Claire Coudray et Maître Gims, Vrai ou Faux

Après la transformation numérique, nous vivons désormais une transformation virtuelle. Les outils basés sur l'IA qui modifient le langage de l'information afin d'améliorer la pertinence et la compréhension pour des publics particuliers seront de plus en plus présents dans le paysage de l'information dans les années à venir. Les chatbots, les applications et les extensions de navigateur répandront de plus en plus leur influence. Les leaders d'opinion clés chinois (KOL), en particulier dans l'industrie du commerce électronique, se tournent déjà vers des clones numériques pour générer du contenu 24 heures sur 24.

Selon le MIT Technology Review, l’entreprise Silicon Intelligence, basée à Nanjing, peut créer un clone IA simple pour seulement 8 000 yuans (environ 1 000 euros), prix qui peut augmenter pour une programmation plus complexe. La société n'a besoin que d'une minute de séquences vidéo d'un être humain pour former un vidéaste virtuel. Dernièrement, les « Pleureurs Virtuels » sont devenus une tendance sur les réseaux sociaux. Dans le monde des influenceurs où chacun cherche à se démarquer, jusqu'où peut-on aller trop loin ?

Anciens avec modernes

Aujourd'hui, plus de jeunes aspirent à devenir influenceurs que journalistes. Il est tellement séduisant de pouvoir échapper à l'incertitude économique en gagnant les cœurs (et les esprits) de l'Internet, même si l'équilibre économique reste fragile. Si les créateurs de contenu sont la nouvelle industrie médias, que deviennent alors les médias traditionnels ? Ne pourrait-on pas tout simplement réunir le meilleur des deux mondes sous le même toit ? 

Cette dynamique pousse les médias à innover et à adapter leurs formats pour rester pertinents. Des collaborations entre médias traditionnels et influenceurs, comme celle de Samuel Etienne sur Twitch avec France Télévisions, de la streameuse Quineapple avec Arte ou encore des créateurs de contenus écologiques qui participent à 2050Now, le nouveau média du groupe les Echos-le Parisien, montrent que l'intégration des techniques des influenceurs peut enrichir l'offre médiatique.


Capture girl_go_green pour 2050Now

La Deutsche Welle Akademie et ses partenaires en Serbie, où les réseaux sociaux regorgent de commentaires haineux non modérés, collaborent avec des influenceurs YouTube pour rendre l'éducation aux médias plus captivante pour les jeunes. Ce projet transforme les idoles des adolescents en éducateurs. Lorsqu'ils parlent de cybersécurité, de discours haineux ou de harcèlement, les YouTubeurs, autorités crédibles, ont plus de poids. Par ailleurs, l'UNESCO facilite des échanges de compétences entre journalistes et influenceurs, affirmant ainsi l'intérêt de valoriser une collaboration entre ces deux sphères plutôt que de les considérer en opposition.

Imaginer la nouvelle cuisine journalistique

Cette nouvelle dynamique avec les audiences marque un tournant pour les médias de service public. Fini le temps où seuls les indicateurs commerciaux comme le nombre d'abonnés ou de visites dictaient leur succès. Aujourd'hui, l'impact se mesure aussi à travers l'interaction et le retour direct des audiences. Les rédactions, traditionnellement orientées vers une transmission d'information descendante, se transforment en de véritables écouteurs du public. Cette approche rappelle celle des journalistes qui, autrefois, allaient à la rencontre de leur public faute de moyens numériques. Une pratique remise au goût du jour par la SVT avec la démarche Fika med SVT, où les journalistes partageaient le goûter avec des citoyens pour mieux saisir et refléter leurs perspectives. Les rédactions deviennent davantage des vases communicants avec leurs audiences, y compris les plus jeunes (évolution vitale pour éviter l’effet « cringe » autour de la question du bon émoji ou des moments embarrassants de « daddy dancing »).

Nos enfants vivent dans un monde numérique différent. L'avenir pourrait bien ressembler à des fragments du présent, où des influenceurs individuels commandent de vastes audiences, et où les réseaux sociaux et les médias textuels passent au second plan au profit de plateformes vidéos dotées d'algorithmes axés sur les recommandations, qui mettent parfois en scène des actualités ultra-violentes.

En attendant, parmi les témoignages que nous avons récoltés auprès d’étudiants en journalisme en France, très peu évoquent les influenceurs. Ils ne choisissent pas en priorité l’option web et réseaux sociaux proposée par les écoles et aspirent toujours à intégrer un média, fait rassurant. Et un certain nombre de personnes (y compris des jeunes) n’ont même pas de présence sur les réseaux sociaux marqués par les influenceurs.

Même si (ou parce que) les jeunes sont les premiers à utiliser les réseaux sociaux pour s’informer, une éducation aux médias et à l’information intégrant les créateurs de contenu est essentielle pour éviter le mélange de genres dans cette nouvelle dynamique influenceurs-journalistes.

Trouver le juste équilibre entre l’attraction des jeunes et le maintien des audiences traditionnelles est essentiel. Au-delà des mots à la mode comme IA, immersion ou gaming, il est important de forger une meilleure relation avec nos publics. « Video didn’t kill the radio », et les influenceurs ne signifient pas la fin du journalisme.

Les créateurs redéfinissent les codes de l'information. Apprenons les uns des autres. Les influenceurs seront un peu plus influencés par les journalistes, et les journalistes deviendront un peu plus influenceurs.*

Accédez au cahier complet Journaliste-Influenceur

Bonne lecture !

*dans le sens de l’impact tant recherché par les médias de service public, pas dans un sens péjoratif de la manipulation, bien sûr.

Couverture du cahier #23 : Anna Wanda Gogusey

 

 

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Les réseaux sociaux, nicotine des jeunes ?

Vivek Murthy, principal conseiller de santé auprès de l’exécutif américain, tire la sonnette d'alarme : il est vital d'afficher des messages de prévention sur les réseaux sociaux, à l'instar des avertissements présents sur les paquets de cigarettes. « Il est temps que les autorités requièrent un message de prévention sur les réseaux sociaux pour alerter des dangers importants qu’ils représentent pour la santé mentale des adolescents », déclare le médecin chef, dans une tribune publiée par le New York Times.

« La crise de santé mentale chez les jeunes est une urgence »

Les données révèlent une véritable crise nationale de la santé mentale chez les jeunes, exacerbée par l’utilisation excessive des réseaux sociaux. Selon Jonathan Haidt dans son livre « The Anxious Generation », le nombre d’enfants et d’adolescents souffrant de dépression et d’anxiété a bondi de près de 30% ces dernières années, aboutissant à une "épidémie de maladie mentale". Vivek Murthy souligne que les adolescents passant plus de trois heures par jour sur les réseaux sociaux courent deux fois plus de risques de présenter des symptômes d’anxiété et de dépression. En moyenne, les adolescents y passent près de cinq heures par jour, augmentant considérablement leur risque de problèmes de santé mentale. Une récente étude de l’Ofcom « Children’s Media Lives » révèle même que les enfants passent entre six à huit heures par jour sur ces plateformes.

Un cercle vicieux

Piégés, les enfants ne peuvent pas quitter les plateformes parce qu’elles sont conçues sournoisement pour les maintenir captifs. « Imaginez un adolescent face aux meilleurs ingénieurs produits du monde, utilisant les sciences cérébrales les plus avancées pour maximiser le temps passé sur une plateforme », déplore le médecin chef. S'y ajoute la pression sociale quand le principal sujet de discussion dans la cour de récréation est telle ou telle nouvelle tendance découverte sur les réseaux. D'emblée, le combat s'annonce inégal.

Des effets néfastes

Les réseaux sociaux ne se contentent pas de rendre les jeunes addicts ; ils poussent à la dépression et exposent intensément à des contenus choquants. Comme un poison lent, ils minent lentement mais sûrement l'estime, en construction, des adolescents. En 2021, la série « Facebook Files » du Wall Street Journal a révélé que la plateforme exacerbait les problèmes d’image corporelle chez un tiers des adolescentes. Récemment, ce même journal a dévoilé qu’Instagram recommandait régulièrement des vidéos à caractère sexuel aux comptes d'enfants de 13 ans, et ce, quelques minutes après leur première connexion ! 

TikTok n'est pas en reste. En novembre, Amnesty International avait publié un rapport intitulé « Poussés vers les ténèbres », soulignant que le fil « Pour toi » de TikTok encourageait la mutilation et les idées suicidaires chez les jeunes. « Ils sont rapidement entraînés dans des spirales de contenus potentiellement dangereux, notamment des vidéos idéalisant et encourageant les pensées dépressives », avertissait le rapport.

Les messages de prévention : un début de lutte

Bien que les messages de prévention puissent sembler cosmétiques, ils favorisent bel et bien la prise de conscience et le changement des pratiques. Mais ce n'est qu'un début. Le Congrès doit agir pour renforcer les efforts de protection : empêcher les plateformes de collecter des données sensibles sur les enfants, restreindre l’utilisation de fonctionnalités telles que les notifications push, la lecture automatique, et le défilement infini. Les entreprises doivent être tenues de partager toutes leurs données sur les effets sur la santé avec des scientifiques indépendants et le public. « Pourquoi avons-nous échoué à répondre aux dangers des réseaux sociaux alors qu’ils ne sont ni moins urgents ni moins répandus que ceux posés par des voitures, des avions ou des aliments dangereux ? », interroge Vivek Murthy. « Ces dangers ne sont pas un échec de volonté et de parentalité : ils sont la conséquence de la libération de technologies puissantes sans mesures de sécurité adéquates, sans transparence, ni responsabilité ». Le commissaire européen Thierry Breton a justement rappelé sur Twitter au mois d'avril un message important : « Nos enfants ne sont pas les cobayes des réseaux sociaux ».

Prendre des mesures à l'échelle individuelle

À titre individuel, il est aussi nécessaire de prévoir des « zones sans technologie ». Dans les Cévennes, des collégiens addicts aux réseaux sociaux ont passé ainsi quatre jours à randonner sans smartphone, rapporte Le Monde. L'objectif : les aider à se déconnecter des écrans, avec pour seuls réseaux sociaux... des ânes.

CETTE SEMAINE EN FRANCE

  • Législatives 2024 : l'effet dissolution booste les médias d'information (Les Echos)
  • Bardella adulé sur TikTok, la gauche contre-attaque (Mediapart)
  • Législatives 2024 : comment les médias de Vincent Bolloré orchestrent l’alliance du RN et de la droite (Le Monde)
  • Le Rassemblement National déclare qu'il privatiserait la télévision publique française s'il obtient la majorité (The Guardian)
  • Davantage « d’éditorialistes de droite et droite + » : la consigne de BFMTV à ses programmateurs (Mediapart)
  • La famille Arnault s’invite dans le capital de Webedia (CB News)
  • Burkina Faso : la chaîne d’information TV5Monde suspendue pour six mois (Le Monde)
  • La France se place en tête du financement de l’IA générative en Europe (TechCrunch)
  • Radio : l’Arcom fixe l’objectif de basculer au tout-numérique en 2033 (The Media Leader)

3 CHIFFRES

  • La NBC a acquis les droits de diffusion des JO jusqu’en 2032 contre 7,8 milliards de dollars, selon Variety.
  • Cafeyn devient le principal acteur des kiosques numériques français en rachetant pour 4,5 millions d’euros son concurrent principal, Toutabo/ePresse, selon la Correspondance de la Presse.
  • Facebook est le réseau social le plus utilisé par 67 % des Français, suivi d'Instagram selon YouGov.

It's going to be a scene on the Seine. 🤩

Don't miss the #ParisOlympics Opening Ceremony on Friday, July 26 on @nbc and streaming on @peacock. pic.twitter.com/NMgOwL5kC8

— NBC Olympics & Paralympics (@NBCOlympics) June 18, 2024

LE GRAPHIQUE DE LA SEMAINE

La France se classe toujours parmi les pays ayant le moins de confiance dans les médias.

Source : Reuters Institute

NOS MEILLEURES LECTURES / DIGNES DE VOTRE TEMPS / LONG READ

  • A l’ère numérique, les magazines haut de gamme spécialisés dans les activités de plein air prospèrent en version imprimée (New York Times)
  • Perplexity, machine à “bullshit” (Wired)
  • Les influenceurs des médias sociaux ne deviennent pas riches - ils peinent à joindre les deux bouts (Wall Street Journal)
  • Milliardaires, secrets, Zegnas : la soif de pouvoir de Will Lewis (Daily Beast)

Illustration par Thomas Levinson / Daily Beast / Gettty

DISRUPTION, DISLOCATION, MONDIALISATION

  • Apple propose l'enregistrement et la transcription gratuits des appels sur les iPhones ; les journalistes se réjouissent (NiemanLab)
  • Stanford met fin à son programme anti-fake news : une première victoire pour Donald Trump (Platformer)
  • Hugo Décrypte est plus cité comme source d’info que Le Monde, Le Figaro et Libé réunis (Huffington Post)

DONNEES, CONFIANCE, LIBERTÉ DE LA PRESSE,DÉSINFORMATION 

  • L'État islamique a propagé de fausses vidéos imitant CNN et Al Jazeera (Wired)
  • L’Unesco alerte sur la « réécriture de l’Holocauste » par l’intelligence artificielle (La Croix)
  • Comment attaquer la BBC est devenu une constante des élections au Royaume-Uni (The Guardian)

LÉGISLATION, RÉGLEMENTATION

  • DMA : plusieurs médias européens demandent une pression accrue sur Google et Apple (mindmedia)
  • « Chat control » : dans la lutte contre la pédopornographie, revers pour le projet de règlement européen de surveillance des messageries (Le Monde)

Signal strongly opposes this proposal.

Let there be no doubt: we will leave the EU market rather than undermine our privacy guarantees.

This proposal--if passed and enforced against us--would require us to make this choice.

It's surveillance wine in safety bottles. https://t.co/i8D4Mlcrgd

— Meredith Whittaker (@mer__edith) May 31, 2024

JOURNALISME

  • Le Washington Post se penche sur une histoire difficile : la sienne (New York Times)
  • En Suède, l'assaut de l'extrême droite contre les médias met à mal le modèle nordique (The Guardian)

STORYTELLING, NOUVEAUX FORMATS

  • Militantisme créatif : l’univers graphique du FrontPopulaire ne ressemble à aucun autre (Télérama)

Un point de branding électoral intéressant : l’univers graphique du #FrontPopulaire ne ressemble à aucun autre. 🎨

La raison : il est très décentralisé. Pour une fois, il vient moins des partis que de créations spontanées.

Petit thread décryptage de ce militantisme créatif !👇 pic.twitter.com/vfd7S2rMxm

— François d’Estais (@fdestais) June 15, 2024

ENVIRONNEMENT

  • L'Azerbaïdjan accusé de réprimer les médias avant d'accueillir la Cop29 (The Guardian)

RÉSEAUX SOCIAUX, MESSAGERIES, APPS

  • YouTube copie la fonction la plus intéressante de X (Washington Post)
  • Le milliardaire américain Frank McCourt, propriétaire de l’Olympique de Marseille, envisage de racheter TikTok (La Provence)
  • Pourquoi l'élection britannique n'est pas dominée par TikTok (The Economist)
  • Le Daily Mail prévoit de lancer une douzaine d'émissions sur YouTube en 2024 dans le cadre de sa stratégie de vidéos longues (Digiday)
  • Le débat des mèmes : Trump et Biden entrent sur le champ de bataille viral (Axios)

Capture d'écran Axios

Les utilisateurs d'Instagram s'inquiètent du fait que l'IA récupère leurs photos (Fast Company)

YouTube accentue son combat contre les adblockers (TechCrunch)

IMMERSION, 360, VR, AR

  • Aux Etats-Unis, Netflix lance des expériences immersives permanentes (Variety)

STREAMING, OTT, SVOD

  • Le Netflix brésilien qui triomphe avec des valeurs ultraconservatrices (El Pais)
  • Comment Tubi est devenu le meilleur service de streaming gratuit en Amérique (The Guardian)
  • X souhaite produire davantage de docu-séries sportives pour les fans 'acharnés' (Axios)

INTELLIGENCE ARTIFICIELLE, DATA, AUTOMATISATION

  • Nvidia devient la société la plus valorisée au monde avec le boom de l'IA (The Guardian)
  • Une vidéo deepfake de Nigel Farage jouant à Minecraft 'bien sûr' pas réelle, selon le parti (The Guardian)

  • L'IA ne rapporte pas encore beaucoup d'argent aux entreprises de logiciels — pour l'instant (Bloomberg)
  • Au Japon, SoftBank lance une IA « anti-émotions » qui adoucit la voix des clients mécontents (SCMP)
  • Elle a remporté un prix pour des images générées par IA. Juste un problème : c'était une vraie photo (Washington Post)
  • ILya Sutskever, l'ancien scientifique en chef d'OpenAI, lance une nouvelle entreprise d'IA (TechCrunch)
  • Forbes menace Perplexity d'une action en justice pour plagiat de ses contenus (Axios)
  • OpenAI interdit, Apple cherche un partenaire IA sur le marché chinois (Wall Street Journal)

Superintelligence is within reach.

Building safe superintelligence (SSI) is the most important technical problem of our​​ time.

We've started the world’s first straight-shot SSI lab, with one goal and one product: a safe superintelligence.

It’s called Safe Superintelligence…

— SSI Inc. (@ssi) June 19, 2024

MONÉTISATION, MODÈLE ÉCONOMIQUE, PUBLICITÉ

  • TikTok lance des avatars IA pour les publicités alors que la FTC met en garde les entreprises contre cette pratique (404media)
  • Discord se refait une beauté pour attirer les marques et les marketeurs sur la plateforme et améliorer l'expérience utilisateur (Digiday)
  • Les annonceurs digitaux recherchent du "contenu haut de gamme" — mais sont en désaccord sur sa définition (Business Insider)
  • Elon Musk vole à Cannes pour reconquérir les annonceurs (Financial Times)

Kati Bremme et Alexandra Klinnik

 

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Reuters Institute : l'évitement de l'actualité atteint un niveau record

Alors que les "réinitialisations de plateformes" engendrent de nouvelles incertitudes pour les éditeurs, les audiences s'inquiètent de l'IA et de la désinformation, comme le rapporte le Reuters Institute for the Study of Journalism, qui vient de sortir son rapport annuel sur les pratiques d'information en ligne.

Par Alexandra Klinnik du MediaLab de l'Information de France Télévisions

Les médias doivent s’adapter rapidement à leur nouvel environnement, sous peine de disparaître. Le Reuters Institute for the Study of Journalism a publié, ce 17 juin, son rapport annuel, sur les pratiques d’information en ligne. Coûts en hausse, chute des revenus publicitaires et fortes baisses de trafic provenant des réseaux sociaux exacerbent une situation déjà précaire. Les entreprises tech mènent la danse et réorientent leurs stratégies. Certaines dépriorisent explicitement l’actualité et le contenu politique, tandis que d’autres se focalisent davantage sur les créateurs que sur les éditeurs.

Cette « réinitialisation de plateformes » reflète un changement radical dans la consommation d’information, avec une préférence croissante du public pour les formats vidéo. Parallèlement, l’intelligence artificielle générative bouscule les rédactions. Celles-ci doivent rester prudentes dans leur usage, face à un public qui préfère avant tout que « l’humain » reste aux commandes. Le rapport met également l’accent sur un niveau de confiance toujours faible et une tendance croissante à l’évitement sélectif de l’actualité – notamment dans un contexte de conflit permanent en Ukraine et à Gaza. Telles sont les conclusions de cette enquête, menée auprès de 100 000 personnes dans 47 pays et soutenue par la Google News Initiative et YouTube. L’heure est au changement rapide pour renouer avec le public.

Voici les points clés à retenir pour les médias.

1Meta réduit le rôle de l’actualité sur ses plateformes

Meta a réduit le rôle des actualités sur Facebook, Instagram et Threads, et a restreint la portée du contenu politique (sans pour autant définir clairement les critères permettant de qualifier un contenu de « politique »). L’entreprise a également réduit son soutien aux médias, ne renouvelant pas des accords valant des millions de dollars et supprimant son onglet actualités dans plusieurs pays.

La consommation d’actualités sur Facebook (37%) a diminué de quatre points dans tous les pays au cours de l’année, avec une baisse plus marquée dans des pays comme les Philippines (-11 points), l’Argentine (-11) et la Colombie (-10).

2L’utilisation des actualités en ligne se fragmente

Face à une baisse continue de l’utilisation de Facebook pour les actualités émerge une dépendance croissante à une gamme d’alternatives, y compris les messageries et les réseaux centrés sur la vidéo.

YouTube est utilisé pour les actualités par presque un tiers (31%), WhatsApp par environ un cinquième (21%) tandis que TikTok (13%) a dépassé Twitter (10%) pour la première fois.

« Le public s’appuie de plus en plus sur des plateformes concurrentes pour accéder à toutes sortes de contenus et d’informations. Beaucoup de ces plateformes s’éloignent de plus en plus des actualités et des éditeurs, et se concentrent davantage sur d’autres types de contenu et d’autres créateurs. Cet écosystème de plateformes plus complexe, la fin des renvois massifs depuis les réseaux sociaux traditionnels, et la concurrence croissante pour l’attention signifient que les journalistes et les éditeurs devront travailler beaucoup plus dur pour capter l’attention du public, sans parler de les convaincre de payer pour les actualités », analyse Rasmus Nielsen, directeur de l’Institut Reuters.

3La vidéo devient une source plus importante d’actualités en ligne

En lien avec ces changements de plateforme, la vidéo devient une source plus importante d’actualités en ligne, en particulier pour les groupes plus jeunes. Les courtes vidéos d’actualités sont consultées chaque semaine par 66% des sondés, tandis que les formats les plus longs attirent environ la moitié (51%).

Les « consommateurs » d’actualité regardent surtout sur les plateformes en ligne (72%) plutôt que sur les sites des médias (22%), ce qui accroît les défis autour de la monétisation. Ce n’est que dans des pays comme la Norvège que la moitié des utilisateurs (45%) décalrent que leur principale consommation de vidéos se fait via des sites web, ce qui reflète la force des marques sur ce marché.

YouTube et Facebook restent les plateformes les plus importantes pour les vidéos d’actualités en ligne. YouTube est également la principale destination pour les moins de 25 ans, bien qu’Instagram et TikTok ne soient pas loin derrière.

TikTok reste populaire auprès des jeunes, la proportion de personnes l’utilisant pour les actualités est passée à 13% (+2) dans tous les marchés et à 23% pour les 18-24 ans. La portée croissante de TikTok n’a pas échappé à l’attention des politiciens, qui l’ont intégré dans leurs campagnes médiatiques. Le nouveau président populiste de l’Argentine, Javier Milei, a ainsi un compte TikTok avec 2,2 millions d’abonnés.

4Une focalisation croissante sur les influenceurs, en particulier sur YouTube et TikTok

Les utilisateurs de TikTok, Instagram et Snapchat s'informent davantage auprès des influenceurs et célébrités que des journalistes et médias traditionnels.

Sur les réseaux traditionnels, tels que Facebook et Twitter, les médias attirent encore la plupart de l’attention et mènent les conversations.

En France, Hugo Décrypte obtient plus de mentions que les marques d’actualités traditionnelles que sont le Monde et BFMTV. L’âge moyen de son audience est seulement de 27 ans, contre 40 et 45 ans pour les grandes marques.

Le créateur de contenu le plus mentionné sur TikTok au Royaume-Uni est Dylan Page, qui compte plus de 10 millions d’abonnés sur la plateforme. Aux Etats-Unis, Vitus Spehar présente un résumé quotidien, souvent couché au sol, sur @underthedesknews, une sorte de format satirique de la télévision classique.

 

Voir cette publication sur Instagram

 

Une publication partagée par V Spehar (@underthedesknews)

Enfin, Taylor Swift, les Kardashian, Lionel Messi ont été largement mentionnés par les jeunes. « Les jeunes ont une vision large de l’actualité, incluant potentiellement les mises à jour sur les dates de tournée d’un chanteur, sur la mode ou sur le football », note le rapport.

« Les consommateurs adoptent la vidéo parce qu’elle est facile à utiliser et offre une large gamme de contenus pertinents et engageants. Mais de nombreuses salles de rédactions traditionnelles sont encore ancrées dans une culture basée sur le texte et peinent à adapter leur narration, tandis que le côté commercial est également réticent car les chiffres ne sont pas concluants», analyse le rapport.

5Les préoccupations concernant la désinformation ont augmenté

Les préoccupations concernant ce qui est réel et ce qui est faux sur la toile en termes d’actualités ont augmenté de trois points au cours de la dernière année. Environ six personnes sur dix (59%) se disent inquiètes. Le chiffre est considérablement plus élevé en Afrique du Sud (81%) et aux Etats-Unis (72%), deux pays qui ont tenu des élections cette année.

Plus d’un quart des utilisateurs de TikTok (27%) déclarent avoir du mal à détecter les actualités fiables, le score le plus élevé parmi les réseaux sociaux. Sur Twitter, les utilisateurs sont également nombreux à être soucieux (24%) : « Cela peut être dû au fait que les actualités jouent un rôle disproportionné sur la plateforme, en raison de la large gamme de points de vue exprimés, encouragée davantage par Elon Musk, un défenseur autoproclamé de la liberté d’expression », suggère l'étude.

Des recherches qualitatives menées au Royaume-Uni, aux États-Unis et au Mexique indiquent une préoccupation croissante concernant les images 'photo-réalistes' générées par l'IA et les vidéos dites deepfake.

6Les audiences restent prudentes concernant l’utilisation de l’IA

Dans tous les pays, seule une minorité se sent actuellement à l’aise avec l’utilisation de l’actualité produite par des humains avec l’aide de l’IA (36%), et une proportion encore plus faible est à l’aise avec l’utilisation de l’actualité produite principalement par l’IA avec la supervision humaine (19%).

Aux États-Unis, les répondants sont plus à l’aise avec les diverses applications de l'IA par rapport à leurs homologues européens, ce phénomène pouvant être attribué aux messages médiatiques reçus. La couverture médiatique britannique sur l'IA est souvent décrite comme étant excessivement négative et sensationnaliste. En contraste, les récits médiatiques américains mettent davantage l'accent sur le rôle prépondérant des entreprises américaines ainsi que sur les opportunités d'emploi et de croissance associées.

Le simple fait de savoir que les médias utilisent l’IA peut diminuer la confiance. Selon les recherches, les audiences considèrent les actualités étiquetées comme générés par l’IA comme moins dignes de confiance que celles créées par les journalistes. « Cette tension signifie que les médias voudront réfléchir attentivement à quand la divulgation est nécessaire et comment la communiquer », note le rapport.

7L’évitement de l’actualité atteint un niveau record

Jusqu’à 39%, disent maintenant qu’ils évitent parfois ou souvent les nouvelles (soit quatre personnes sur dix) – une augmentation de 3 points par rapport à la moyenne de l’année dernière, avec des augmentations plus significatives au Brésil, en Espagne, en Allemagne et en Finlande. Au Royaume-Uni, il a presque été réduit de moitié depuis 2015.

Ce n'est pas seulement que les nouvelles peuvent être déprimantes, elles sont également incessantes ! Dans tous les marchés, la même proportion, environ quatre personnes sur dix (39 %), disent se sentir « épuisées » par la quantité de nouvelles de nos jours, contre 28 % en 2019, mentionnant fréquemment que la couverture des guerres, des catastrophes et de la politique éclipse d'autres sujets.

Les plateformes qui nécessitent un volume de contenu pour alimenter leurs algorithmes sont potentiellement un autre facteur contribuant à ces augmentations. « Il est notable que, dans notre enquête sur l'industrie, au début de 2024, la plupart des éditeurs ont déclaré qu'ils prévoyaient de produire plus de vidéos, plus de podcasts et plus de newsletters cette année », remarque le rapport.

8Les attentes simples du public

La plupart des sondés souhaite que les nouvelles soient exactes, justes, évitent le sensationnalisme, soient ouvertes sur les agendas et les préjugés, y compris le manque de diversité, admettent leurs erreurs - et ne ménagent pas leurs efforts lorsqu'il s'agit d'enquêter sur les riches et puissants.

La confiance dans les actualités (40%) est restée stable au cours de la dernière année, mais est toujours inférieure à quatre points par rapport à ce qu’elle était au plus fort de la pandémie.

Pour que la confiance soit acquise, il faut montrer les coulisses. Certaines grandes organisations de presse, comme la BBC, ont créé des unités ou des sous-marques qui répondent aux questions du public ou visent à expliquer comment les nouvelles sont vérifiées. BBC Verify, lancé en mai 2023, vise à montrer et à partager le travail en coulisses pour vérifier les informations, en particulier les images et les contenus vidéo, à une époque où la désinformation est en croissance. « Les gens veulent savoir non seulement ce que nous savons (et ne savons pas), mais aussi comment nous le savons », déclare Deborah Turness, PDG de BBC News.

La confiance, tant au niveau de la marque qu'au niveau général, influence le rôle que les informations peuvent jouer dans la société. Les journalistes et les organisations médiatiques ont à la fois des raisons pragmatiques de s'en préoccuper - « la confiance peut être la clé pour débloquer les revenus des utilisateurs », comme le dit Agnes Stenbom, responsable de IN/LAB chez Schibsted - et des raisons plus fondamentales de s'en préoccuper, car des années de recherche ont documenté comment les personnes qui ont moins confiance dans les informations sont moins susceptibles de croire aux informations qu'elles présentent et d'en tirer des enseignements.

CONCLUSION

Ce rapport annuel intervient à un moment où environ la moitié de la population mondiale participe à des élections nationales et régionales, alors que les guerres continuent de faire rage en Ukraine et à Gaza. Les actualités sont rétrogradées parce que les entreprises tech estiment qu’elles causent plus de problèmes qu’elles n’en valent la peine. « Le trafic en provenance des médias sociaux et des moteurs de recherche devrait devenir de plus en plus imprévisible avec le temps, mais se libérer du cycle algorithmique ne sera pas facile », prévient l’étude.

Pour le Reuters Institute, il reste de l’espoir. Certains éditeurs parviennent à établir une position plus solide : « Si les marques d’informations parviennent à montrer que leur journalisme repose sur l’exactitude, l’équité et la transparence – et que les humains restent aux commandes – les audiences sont plus susceptibles de répondre positivement ».

 

Illustration : @nickfancher Unsplash

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Liens vagabonds : L’ère du smartphone intelligent est-elle arrivée ?

Lors de la Worldwide Developers Conference (WWDC) d'Apple le 10 juin 2024, Apple a fait sensation avec l'annonce du lancement de « Apple Intelligence ». Cet événement marque un tournant majeur dans la stratégie technologique de l'entreprise, qui intègre désormais l'intelligence artificielle générative dans ses produits phares tels que l'iPhone, l'iPad et le Mac. Il était temps – ce n’est pas pour rien que l’année dernière, Wired titrait « Apple Ghosts the Generative AI Revolution ». L’une des fonctionnalités phares ? L’intégration de ChatGPT dans les produits Apple. Tim Cook, le CEO d'Apple, a déclaré : « Apple va transformer ce que les utilisateurs peuvent faire avec nos produits, et ce que nos produits peuvent faire pour nos utilisateurs ». Mais alors, est-ce vraiment si révolutionnaire ?  

Enjeux Économiques 

Apple a conclu un partenariat stratégique avec OpenAI pour intégrer ChatGPT dans ses programmes d'IA. Cette alliance permet à Apple d'améliorer significativement les capacités de Siri, rendant l'assistant vocal plus conversationnel et capable de traiter des requêtes complexes. L'objectif est de proposer une expérience utilisateur plus fluide et intuitive, ce qui pourrait renforcer la fidélité des utilisateurs et attirer de nouveaux clients. 

Aucun des deux acteurs n’a reçu d’argent dans l’affaire. Pourtant, le partenariat offre des avantages économiques importants pour les deux entreprises. Pour Apple, cela signifie une amélioration de ses produits sans coûts initiaux élevés. Pour OpenAI, l'accès direct à plus d'un milliard d'utilisateurs Apple constitue une opportunité commerciale majeure. Ces derniers auront accès à ChatGPT gratuitement, mais l’entreprise espère bien les convertir en abonnés payants pour ses services premiums.  

Si quelqu'un s'est opposé à cette collaboration, c'est bien Elon Musk. L'entrepreneur a menacé de bannir les produits Apple de ses entreprises si l'intégration d'OpenAI devenait trop intrusive : « Si Apple intégrait OpenAI au niveau du système d'exploitation, alors les appareils Apple seraient interdits dans toutes mes entreprises », a-t-il déclaré sur X. Selon Forbes, cette collaboration déplairait à Elon Musk car elle irait à l'encontre de ses intérêts personnels : « Étant donné le partenariat déjà profond d'Apple avec Google, qui implique l'offre exclusive de son moteur de recherche, il est logique que le prochain partenariat en matière d'IA soit avec Google et son moteur d'IA Gemini Gen. », explique le média. 

Impact sur les Utilisateurs 

La promesse d’Apple est de transformer l’expérience utilisateur grâce à l'intégration de l'IA générative dans ses produits. Siri, désormais alimenté par ChatGPT, pourra répondre à des requêtes plus nuancées et complexes, facilitant ainsi une interaction plus naturelle et efficace avec les appareils. La question de la protection de la vie privée peut alors se poser ? Les données des utilisateurs seront-elles partagées à OpenAI ? Apple affirme que les utilisateurs devront approuver l’envoi à ChatGPT d’une question, d’un document ou d’une photo pour que l’IA s’active.  L’entreprise aurait aussi obtenu d'OpenAI qu'il accepte de ne pas enregistrer les requêtes de ses clients sans demander la permission, protégeant ainsi leur vie privée.  

Les nouvelles fonctionnalités d'Apple Intelligence, comme la transcription et le résumé de contenus audio dans Notes et Téléphone, ainsi que la recherche avancée dans Photos, offrent une praticité accrue dans la gestion des informations personnelles. Ces innovations visent à rendre la technologie plus accessible et utile au quotidien, répondant mieux aux besoins individuels des utilisateurs. 

Fonctionnalités Phares 

  • Outils d'Écriture : Avec iOS 18, iPadOS 18 et macOS Sequoia, les utilisateurs peuvent réécrire, réviser et résumer des textes dans diverses applications comme Mail, Notes et Pages. 
  • Notifications Prioritaires : Les notifications les plus importantes sont mises en avant pour une gestion plus efficace. 
  • Transcription Audio : Les utilisateurs peuvent enregistrer, transcrire et résumer des contenus audios dans les apps Notes et Téléphone. 
  • Image Playground : Création rapide d'images amusantes avec des styles variés tels que Animation, Illustration et Sketch. 
  • Recherche Avancée dans Photos : Trouver des photos en les décrivant verbalement, facilitant ainsi la navigation dans les albums. 
  • Intégration de ChatGPT avec Siri : Siri peut utiliser les connaissances de ChatGPT avec l'approbation de l'utilisateur pour des réponses plus précises et informées. 

Apple Intelligence marque une étape importante dans l'évolution technologique de l'entreprise. On peut toutefois se poser des questions sur l’utilité réelle de toutes ses fonctionnalités. TechTrash souligne avec ironie : « tout un tas d’astuces pour résoudre les grands problèmes existentiels de nos vies ». La véritable révolution numérique est-elle vraiment pour aujourd'hui ? 

CETTE SEMAINE EN FRANCE

  • TF1 et M6 sous la menace d’un big bang dans le PAF (Agefi)
  • Françoise Joly, directrice de l’information de TV5Monde, convoquée à un entretien préalable à son licenciement (Le Monde)
  • Le journal « Sud Ouest » en grève reconductible contre un plan social (Le Monde)
  • RSF annonce le décès à 53 ans de son directeur général, Christophe Deloire (Le Figaro)
  • Comment le Rassemblement national a su tirer profit de TikTok (Télérama)
  • CMI, Libé, Editis… les multiples casquettes de Denis Olivennes lui rapportent gros (l’Informé)
  • Audiovisuel public : l’indépendance budgétaire menacée (Le Monde)
  • Le média Madmoizelle envisage de licencier l'intégralité de ses journalistes (La Lettre)

 

 

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3 CHIFFRES

LE GRAPHIQUE DE LA SEMAINE

Pourquoi les Américains utilisent-ils les médias sociaux ?


Source : Pew Research Center

NOS MEILLEURES LECTURES / DIGNES DE VOTRE TEMPS / LONG READ

  • Bienvenue à l'ère du smartphone A.I (New York Times)
  • Le potentiel impact « dévastateur » des AI Overviews de Google sur la visibilité des éditeurs révélé (Press Gazette)

Capture d'écran du New York Times

DISRUPTION, DISLOCATION, MONDIALISATION

  • Des éditeurs du monde entier affectés par la classification des actualités comme spam par Facebook (Press Gazette)

DONNEES, CONFIANCE, LIBERTÉ DE LA PRESSE,DÉSINFORMATION 

  • Le nombre de journalistes tués en Ukraine atteint 81 (Counteroffensive)
  • Une journaliste chinoise liée au mouvement #MeToo condamnée à cinq ans de prison (The Guardian)
  • Le journaliste américain Evan Gershkovich bientôt jugé en Russie pour "espionnage" (france24)
  • Le procès de X contre Media Matters devrait commencer en avril 2025 (Reuters)

LÉGISLATION, RÉGLEMENTATION

  • Droits voisins : la justice donne raison au groupe Le Figaro contre le réseau X (Le Figaro)
  • Meta met en pause ses plans de former une IA avec les données des utilisateurs européens, cédant à la pression réglementaire (TechCrunch)
  • Des chercheurs alertent sur le flou entretenu par certains grands acteurs de l'IA pour échapper à la règlementation européenne (Radboud University)

JOURNALISME

  • L'UER annonce ses demandes stratégiques sur l'IA générative et les médias (UER)
  • Le propriétaire de Business Insider a signé un énorme contrat avec OpenAI. ChatGPT ne crédite toujours pas les plus grands scoops du site (Nieman Lab)
  • La société sud-africaine Media24 ferme ses journaux (Moneyweb)
  • Le fiasco grandissant pour Will Lewis et le Washington Post (Politico)
  • Le plan de Yahoo Sports pour les Jeux Olympiques de Paris ? Une équipe de médaillés d'or comme correspondants (Hollywood Reporter)
  • Certains médias de droite paient le prix après avoir propagé des désinformations sur les élections de 2020 (NBC News)
  • Google signe un accord avec une organisation pour distribuer 100 millions de dollars aux entreprises de presse canadienne (The Canadian Press)

ENVIRONNEMENT

  • Silence des médias sur l'appel du chef de l'ONU à interdire les publicités pour le pétrole et le gaz (The Guardian)

RÉSEAUX SOCIAUX, MESSAGERIES, APPS

  • Comment les Américains obtiennent des informations sur TikTok, X, Facebook et Instagram (Pew Research Center)
  • Nous sommes en 2024. Elon Musk règne sur X. Et le monde politique est toujours accro (Notus)
  • Voodoo rachète le réseau social BeReal pour 500 millions d’euros (Le Figaro)
  • Les marques de mode sur mesure du Vietnam prospèrent à l'ère de TikTok (rest of world)

IMMERSION, 360, VR, AR

  • Apple va lancer le Vision Pro sur les marchés internationaux (Techcrunch)

STREAMING, OTT, SVOD

  • Alerte à la streamflation : Pourquoi les prix des abonnements augmentent soudainement (encore) (The Hollywood Reporter)
  • D'après Netflix, “l'univers de Bridgerton” a généré 275 millions de livres sterling pour l'économie britannique (The Guardian)

AUDIO, PODCAST, BORNES

  • Spotify annonce la création d'une agence créative interne et teste des publicités avec des voix générées par intelligence artificielle (TechCrunch)
  • Spotify, les auteurs-compositeurs veulent que vous réussissiez. Pourquoi continuez-vous à leur faire du mal ? (Variety)

INTELLIGENCE ARTIFICIELLE, DATA, AUTOMATISATION

  • Les hackers ciblent les utilisateurs d'IA pour protester contre le "vol d'art" (404media)
  • Elon Musk retire sa plainte contre OpenAI et le PDG Sam Altman (Axios)
  • Les coachs de carrière en intelligence artificielle de LinkedIn sont maintenant disponibles (Wired)
  • Un nouvel outil d'IA qui mesure avec précision la taille des foules met en lumière les protestations qui agitent le Brésil (rest of world)
  • Amazon débloque 230 millions de dollars pour soutenir des start-up dans l’IA (amazon)
  • OpenAI aurait doublé son chiffre d’affaires en six mois (Information)

MONÉTISATION, MODÈLE ÉCONOMIQUE, PUBLICITÉ

  • Pour les éditeurs de nouvelles et les sites tech cherchant à engager les utilisateurs, les jeux sont une affaire sérieuse (New York Times)

 

Kati Bremme, Alexandra Klinnik et Aude Nevo

 

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Liens vagabonds : Internet, le royaume de l’éphémère

L’internet, cet océan de connaissances en perpétuelle expansion, est-il en train de se vider de son contenu ? Selon une récente étude du Pew Research Center, de vastes pans de ce réservoir numérique sont en train de disparaître, défiant l’idée que le web est une archive immuable, au moment même où les IA génératives ingurgitent à toute vitesse ce qui en reste pour générer un nouvel Internet.

Le contenu disparaît sous nos yeux

L’étude révèle ainsi des statistiques alarmantes : 38% des pages existantes en 2013 ne sont plus accessibles dix ans plus tard. Même les pages les plus récentes ne sont pas à l’abri de cette tendance, avec 8% des pages existant en 2023 ayant déjà disparu. Cette « dégradation numérique » touche toutes les sphères, des sites gouvernementaux aux médias, en passant par Wikipédia. 23% des pages d’actualités contiennent au moins un lien « brisé ».

En Chine, la situation est critique. Presque toutes les infos publiées sur les portails d’info chinois, les blogs, les forums entre 1995 et 2005 ne seraient plus disponibles, rapporte le New York Times. La journaliste Li Yuan se souvient des « excellentes couvertures médiatiques » du grand tremblement de terre du Sichuan le 12 mai 2008, qui a fait plus de 69 000 morts, une époque où « les journalistes avaient plus de liberté que ne le permettrait généralement le Parti communiste ». Elle ne retrouvé aujourd'hui aucun de ces articles. 

Pourquoi ce fossé qui se creuse ?

Il est d’abord techniquement difficile et coûteux pour les sites web d’archiver du contenu plus ancien, et pas seulement en Chine. Certains sites sacrifient ainsi du matériel ancien sur l’autel de Google, pour améliorer leur référencement. Le moteur de recherche, privilégiant les sites web à chargement rapide. Pour qu’un site soit plus rapide, il suffit donc de se débarrasser de sa substantifique moelle.  « Si certains comprennent ce compromis – qui n’a jamais été agacé par la vitesse de chargement d’un site ? – en revanche, la raison de visiter un site web n’est sûrement pas la bannière pop-up, la demande d’envoi d’alertes, la vidéo qui se lance automatiquement, la multitude de publicités cliquables vous invitant à voir à quoi ressemble une femme qui avait 18 ans et qui en a maintenant 50, réagissait déjà en 2022 l’écrivain Simon Brew, au lieu de réduire tout cela, ce sont les archives qui sont rationnalisées et épurées...».

En Chine, la raison de cet effacement du web est aussi d’ordre politique. Le Parti communiste tient à maintenir à tout prix une pureté politique et une culture « harmonisée » du cyberespace chinois. Les entreprises internet ont ainsi plus d’incitation à la « sur-censure ».

Capture d'écran du site Unofficial Archives

Des actions de résistance

Face à cette menace croissante, des efforts sont déployés pour préserver le contenu en ligne. Des sites comme archive.org, un lieu d’archivages des sites internet, offrent une bouée de sauvetage pour le matériel menacé.  En Chine, le journaliste Ian Johnson a fondé le site web Unofficial Archives, qui cherche à préserver les blogs, les films et les documents en dehors de l’internet chinois. Cependant, ces efforts restent marginaux par rapport à la masse de données effacées quotidiennement.

Cette érosion rend internet moins reconnaissable, un espace qui « n’est plus pour les humains, par les humains », ont récemment alerté les universitaires Jake Renzella et Vlada Rozova sur The Conversation. Les interactions en ligne deviennent dès lors de plus en plus « artificielles » à mesure que l'intelligence artificielle et le contenu généré par des algorithmes gagnent en importance.

CETTE SEMAINE EN FRANCE

  • Des fausses nouvelles et des vidéos cherchent à saper les Jeux olympiques de Paris (New York Times)
  • La Russie vise les Jeux olympiques de Paris avec une fausse vidéo de Tom Cruise (The Guardian)
  • Grève de vingt-quatre heures au sein de l’Agence France-Presse jeudi, au sujet du statut des journalistes hors de France (Le Monde)
  • Plus d’un million d’euros ont été récoltés suite à la mobilisation Twitch “Streamers 4 Palestinians” (Ouest France)
  • La Sacem atteint un nouveau record de collecte à 1,49 milliard d'euros (Correspondance de la Presse)
  • « Il est de plus en plus difficile pour la presse judiciaire d’accomplir son travail » (Le Monde)
  • Ten Ten : tout comprendre à l’application au succès surprise, qui inquiète jusqu’au ministère de l’intérieur (Le Monde)
  • Européennes : mobilisation contre les violences numériques de genre (Next)

Visuel tiré du faux documentaire «Olympics Has Fallen»

3 CHIFFRES

LE GRAPHIQUE DE LA SEMAINE

Le coût de la plupart des grands services de streaming a augmenté de plus de 40 % depuis leur lancement

Source : Axios

NOS MEILLEURES LECTURES / DIGNES DE VOTRE TEMPS / LONG READ

  • OpenAI ressemble de plus en plus à Facebook (The Atlantic)
  • Alerte rouge pour les médias de services publics", selon Tim Davie, le patron de la BBC (Deadline)
  • La vie, la mort et la renaissance d'un média généré par une intelligence artificielle (New York Times)
  • À mesure que l'Internet chinois disparaît, "nous perdons des parties de notre mémoire collective"(New York Times)

Capture d'écran du New York Times sur la disparition progressive des contenus sur internet en Chine

DISRUPTION, DISLOCATION, MONDIALISATION

  • Le moteur de recherche DuckDuckGo a lancé son propre AI Chat, agent conventionnel anonyme et sécurisé (JustGeek)
  • Nvidia, Microsoft et Apple sont plus gros que le marché boursier chinois (Bloomberg)

DONNEES, CONFIANCE, LIBERTÉ DE LA PRESSE,DÉSINFORMATION 

  • Les utilisateurs de TikTok reçoivent des informations trompeuses sur les élections, selon la BBC (BBC)
  • Israël cible secrètement les législateurs américains avec une campagne d'influence sur la guerre de Gaza (New York Times)
  • Elon Musk ne comprend pas les craintes de l'UE concernant la désinformation sur X, selon une fonctionnaire (The Guardian)

LÉGISLATION, RÉGLEMENTATION

  • Italie : Meta écope d'une amende de 3,5 millions d'euros pour « pratiques commerciales déloyales » (La Repubblica)

JOURNALISME

  • Le groupe français Keleops (01Net, Journal du Geek, Presse Citron) va racheter le site américain Gizmodo (Les Echos)
  • Will Lewis défend sans détour le remaniement du Washington Post (Vanity Fair)
  • Facebook supprime les publications d'informations locales et les qualifie de spam (Press Gazette)

STORYTELLING, NOUVEAUX FORMATS

  • Facebook et Instagram sont officiellement des plateformes vidéo (Marketing Brew)

ENVIRONNEMENT

  • Près de la moitié des journalistes couvrant la crise climatique à l'échelle mondiale ont reçu des menaces (The Guardian)


Capture d'écran du rapport Covering The Planet

RÉSEAUX SOCIAUX, MESSAGERIES, APPS

  • Donald Trump rejoint TikTok, l'application qu'il avait tenté d'interdire en tant que président (Variety)
  • Instagram confirme le test des publicités « inskippables » (TechCrunch)
  • X autorise officiellement la pornographie sur sa plateforme (Twitter)
  • Le bouton « J'aime » de YouTube ne s'affiche pas pour certains utilisateurs (The Verge)
  • Les professionnels des relations publiques abandonnent X pour LinkedIn (Axios)

Source : Axios

STREAMING, OTT, SVOD

  • Cauchemar à Hollywood ? Un nouveau service de streaming permet aux spectateurs de créer leurs propres émissions grâce à l'IA (The Hollywood Reporter)
  • Le Canada contraint les plateformes de streaming à participer aux contenus locaux (L’Humanité)
  • La NBA est proche d'un accord télévisé de 76 milliards de dollars, un moment décisif pour les médias et le sport (Wall Street Journal)

AUDIO, PODCAST, BORNES

  • Les clients de Spotify sont les moins susceptibles d'annuler leur abonnement (Bloomberg)

INTELLIGENCE ARTIFICIELLE, DATA, AUTOMATISATION

  • Kling, le Sora chinois proposé par Kuaishou (SCMP)
  • Un groupe d'ex ou actuels collaborateurs d'OpenAI dénonce ce qu'ils considèrent comme une culture de désinvolture (New York Times)
  • Future you, un chatbot permettant aux utilisateurs de parler à une version “future” d’eux-mêmes (The Guardian)
  • Comment diriger une armée de détectives numériques à l'ère de l'IA ? (Wired)
  • L'entreprise xAI d'Elon Musk prévoit de construire un supercalculateur d'IA à Memphis (Wall Street Journal)
  • Le nouveau conseil de l'IA de Meta est entièrement composé d'hommes blancs (TechCrunch)
  • À quoi ressemble une belle femme selon l'IA (Washington Post)
  • Le PDG de Zoom veut des clones d'IA en réunion (The Verge)
  • OpenAI a corrigé un problème qui a causé une panne globale pour les utilisateurs de ChatGPT, qui a duré plusieurs heure (TechCrunch)

MONÉTISATION, MODÈLE ÉCONOMIQUE, PUBLICITÉ

  • L'activité de licence d'IA de Shutterstock a généré 104 millions de dollars l'année dernière (Bloomberg)

 

Kati Bremme et Alexandra Klinnik

 

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Fatie Toko : le bon côté de la tech

Comment se débarrasser de sa peur des nouvelles technologies ? Fatie Toko, directrice de l’innovation du groupe La Poste, propose quelques pistes éclairées dans son essai « techno-optimiste » : Et si la tech pouvait sauver le monde ?

Propos recueillis par Alexandra Klinnik du MediaLab de l'Information de France Télévisions

La société, totalement pervertie par les nouvelles technologies ? « Nos ados sont toujours plus affectés par un chagrin d’amour que par un sevrage temporaire de leur smartphone », nuance Fatie Toko. La directrice de l’innovation du groupe de la Poste veut croire au bien-fondé et aux effets positifs de la tech sur la société. Dans son essai Et si la tech pouvait sauver le monde ?, la franco-ivoirienne choisit de voir « le remède, pas le poison » et fustige les « discours alarmistes de certains médias ». La nouvelle vague d’innovations technologies offre un immense potentiel pour résoudre les crises à venir, assure-t-elle. Celle qui livre un récit « techno-optimiste » mais pas « techno-naïf » déroule les raisons de se réjouir : des plateformes pour accélérer le développement économique durable et la sécurité alimentaire dans les pays à faibles revenus, des capacités d’analyses d’images satellitaires et de données géographiques pour réduire la pollution, la vision par ordinateur pour protéger les écosystèmes terrestres et marins… Entretien sur les initiatives et les défis à venir du monde de la tech.

Que reprochez-vous à la couverture tech des médias ?

Les médias ont un biais négatif général sur les nouvelles technologies. Ils ont tendance à faire appel à des experts, qui complexifient des sujets déjà difficiles à appréhender pour le grand public. Je regrette ce manque de vulgarisation. Les questions posées sont souvent alarmistes : « est-ce qu’il va y avoir des robots tueurs ? », « L’IA va-t-elle nous remplacer ? ». Cette approche détourne l’attention des questions essentielles telles que la manière de s’informer, de se protéger, de tirer profit des nouvelles technologies. La peur n’est pas une fatalité, ni une nécessité absolue. Dans mon travail, je m’intéresse notamment aux initiatives émergentes en Afrique et je refuse de céder à la peur qui entoure souvent les avancées technologiques. Il existe de nombreuses initiatives, tant au niveau de politiques publiques que dans le domaine scientifique, visant à promouvoir des technologies plus éthiques, responsables et durables. Mon livre vise à mettre en lumière ces aspects positifs souvent méconnus et présenter une vision équilibrée des nouvelles technologies.  

Quelles initiatives vous incitent à être aussi optimiste ?   

Des initiatives émergent en matière de santé, d’environnement, de lutte contre les vulnérabilités et l’éducation. J’ai ainsi découvert des couveuses connectées au Cameroun qui permettent de mettre des sondes et des caméras dans les cabines des prématurés pour surveiller les signaux vitaux et la température à l’intérieur. De nombreuses solutions technologiques, des caméras par vision par ordinateur, nous permettent de voir comment les animaux réagissent aux aléas climatiques. Dans le domaine de la santé, le recours à l’intelligence artificielle, l’analyse et la visualisation des données, la réalité augmentée et immersive, permet par exemple de voir l’environnement du « bloc » à travers les yeux d’un chirurgien qui opère. Il s’agit d’une plateforme médicale tout-en-un unique, conçue pour couvrir l’ensemble du cycle d’une intervention. Cette solution peut être une assistance vitale dans la médecine humanitaire et notamment les premiers actes de secours des civils en temps de guerre.   

Si vous évoquez les raisons d’être optimiste, vous mentionnez également les défis à venir. Vous écrivez notamment que la menace la plus importante pour l’État est celle constituée par la concentration inédite des géants du numérique. « Les GAFAM risquent de devenir des véritables États plateformes qui portent atteinte à la souveraineté des nations ». Mais n’est-ce pas déjà le cas ?  

En effet. Elles sont les plus grandes bénéficiaires de la mondialisation. Elles se moquent des lois, car les outils de régulation ne peuvent pas les soumettre. Les problèmes actuels ne sont pas uniquement dus à la technologie, mais aussi à des questions de régulation et d’idéologie favorables à certaines puissances économiques. Les géants du numérique ne sont pas surpuissants juste parce qu’ils exploitent les données, mais aussi parce qu’ils bénéficient d’un environnement mondialisé et de politiques qui les favorisent. Il est crucial de mettre en place des normes mondiales pour protéger les citoyens contre les risques liés à la cybersécurité et à la manipulation de l’information. Cela nécessite une collaboration internationale pour établir une base éthique et réglementaire solide afin de protéger les individus et les consommateurs.   

 La régulation de l’IA par exemple est devenue un énorme défi pour le législateur. Dans son livre que vous citez « Les algorithmes font-ils la loi ? », Aurélie Jean explique que « la réflexion et la conception de lois pour l’encadrement des algorithmes sont fortement impactés par la discipline elle-même. Intangible, complexe et en perpétuelle évolution, elle impose son rythme avec un certain flou artistique sur sa compréhension chez les acteurs de la loi voire les lobbystes eux-mêmes ». Et souligne le manque de formation des élites et du personnel politique…  

La compréhension de ces questions est extrêmement complexe pour ceux qui ne sont pas des data scientistes. Le personnel politique ne possède pas nécessairement les compétences scientifiques requises pour appréhender la complexité de l’intelligence artificielle. L’IA pose un défi en raison de sa complexité multidisciplinaire et de sa convergence de domaines. On est tous fragile face à cette révolution technologique, car elle est difficile à lire.  

Vous expliquez que l’Afrique devient le nouveau terrain de jeu des GAFAM.   

 Le contexte de régulation est très peu contraignant dans ces régions. Cette absence de règles facilite l’adoption de technologies nouvelles. Contrairement à d’autres régions où chaque innovation suscite un débat et des craintes, en Afrique, l’adoption est rapide et sans préambule. Si une technologie démontre son utilité, elle est immédiatement intégrée et déployée. Il n’y a pas ce débat d’experts qui précède l’usage. Sous couvert de philanthropie et au nom de la connectivité, des entreprises installent des centres de données et des laboratoires d’expérimentation sur le continent. La jeunesse de la population et l’absence de régulation offrent un terrain propice à ces essais à grande échelle, à l’instar de Google qui a établi en 2019 son centre de recherche en intelligence artificielle à Accra (Ghana) et installé à Lomé (Togo) en 2022 un câble internet sous-marin dans le cadre de son projet d’infrastructure réseau pour relier l’Afrique à l’Europe. Ces initiatives amplifient les risques en termes de protection de données et de dépendance économique et infrastructurelle.   

Comment adopter une relation plus sereine avec les nouvelles technologies ?  

Il est essentiel de ne pas les craindre. Il faut commencer par chercher à comprendre. Les technologies offrent cet avantage : l’information est accessible à tous. Je mentionne Objectif IA, une formation accessible en ligne pour tous les Français, qui sensibilise et explique l’intelligence artificielle dans notre quotidien, tout en prodiguant des conseils sur l’hygiène numérique et le consentement éclairé. Il s’agit de s’informer encore et toujours. Il est crucial de réfléchir à l’usage que l’on en fait. Prenez l’exemple de ChatGPT : je l’utilise pour gagner du temps dans l’organisation de mes cours, la préparation du matériel pédagogique, la rédaction de scénarios, etc. Enfin un mot pour les jeunes : soyons modestes et tolérants envers la jeunesse. Arrêtons, nous les adultes, d’être nostalgique. Ce ne sont pas eux qui ont l’utilisation la plus compulsive de leurs écrans. Notre devoir est de les guider vers une utilisation intelligente. Le consentement est un aspect souvent négligé : nous devons accompagner les jeunes en leur posant des questions sur les implications de leurs actions en ligne, sur les coûts, les impacts. Trop souvent, nous les culpabilisons. C’est contre-productif et encourage même les jeunes à dissimuler leurs activités numériques à leurs parents, plutôt que d’en parler ouvertement. Cela les pousse à se replier dans un monde virtuel, coupés de la réalité, plutôt que d’engager des conversations sur une utilisation raisonnée des technologies.  

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VivaTech : l'IA sur le tapis rouge

La capitale des Lumières serait-elle en train de se transformer en « capitale de l'intelligence artificielle » ? C'est ce qu'a affirmé le président Emmanuel Macron mardi, lors d'une rencontre avec les leaders du secteur. Ce grand discours intervient la veille de l’ouverture de VivaTech, plus grand salon européen consacré aux nouvelles technologies.

Par Aude Nevo et Alexandra Klinnik du MediaLab de l'Information de France Télévisions

A défaut de voir les stars du cinéma à Cannes, ce sont bien les stars de l’IA qui ont défilé au salon VivaTech. Parmi elles, Dario Amodei, co-fondateur de l'entreprise américaine d'intelligence artificielle Anthropic, Arthur Mensch, patron et co-fondateur de la startup française Mistral AI, Yann Le Cun, directeur du laboratoire de recherche sur l'intelligence artificielle du groupe Meta, et le controversé patron de X, Elon Musk, qui a fait une apparition en visioconférence, devant ses adorateurs. Mais VivaTech, c’est avant tout une place de marché. Derrière chaque robot, chaque voiture, chaque casque de réalité virtuelle, se profile un entrepreneur en quête de financements. Cette année, l'IA a dominé presque toutes les discussions. Le monopole de la Chine et des États-Unis a été largement débattu, alimentant la crainte des Européens de manquer le coche. Un fossé s’est creusé entre la grande majorité, désireuse d'innover toujours plus rapidement, et ceux, plus prudents, qui appellent d'abord à la régulation. Résumé des points clés.

Le journalisme, grand absent ?

À VivaTech, temple du business et de la start-up nation, le journalisme est rarement à l'honneur. Organisée par Publicis et Les Échos, cette grand- messe des « technolâtres » ouvre grand ses portes à ses invités, qu'importe leur pedigree, pourvu qu'ils exercent une influence économique notable. Cela est particulièrement vrai lorsqu'il s'agit d'Elon Musk. En terrain conquis, le magnat des affaires libertarien est intervenu à distance devant un public en extase, réuni dans le Dôme de la Porte de Versailles.

Maurice Lévy, président de VivaTech et Elon Musk, à distance.

  • Si l’on se réfère au titre original de la conférence, « Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur Elon Musk (sans oser le demander) », clin d’œil (daté?) au film de Woody Allen, la session promettait d’être franche et directe. La salle avait été assurée de pouvoir poser ses questions (« en 15 secondes top chrono »), l'orateur se revendiquant comme un ardent défenseur de la liberté d'expression. Si le milliardaire s’est plié de bonne grâce aux questions conventionnelles et admiratives de ses fans survoltés (telles que « Quelle est votre plus grande peur ? », « L’IA », « Votre plus grand espoir ? » — « Mars »), il a fait preuve de grossièreté face à la seule interrogation critique de la session. Lorsqu'une journaliste de Business Insider a soulevé les problèmes rencontrés par Tesla, « qui traverse une période tumultueuse avec des ventes en baisse, une chute en bourse et des licenciements », il a préféré l'humilier directement : « Passons à la question suivante, car je ne pense pas que Business Insider soit une publication sérieuse », suscitant les rires moqueurs de ses partisans. Un véritable « bad boy » dans la cour d'école, affichant ouvertement son mépris pour les médias qui ne pensent qu'au « nombre de clics ». En maître de cérémonie, Maurice Lévy, président de VivaTech, n’a pas levé un sourcil mais a préféré remercier mille fois son hôte de marque, de faire « l’honneur de sa présence »… dans un événement également organisé par un média, les Échos !
  • Dans cet exercice très cadré, il a été beaucoup question d’intelligence artificielle, “star du show Vivatech”. En début de semaine, Elon Musk a annoncé déployer son service d’intelligence artificielle, Grok, développé par sa start-up (xAI) en Europe à tous les utilisateurs ayant un abonnement X Premium. “Grok sera le robot d’IA le plus drôle possible, car “si on doit tous mourir un jour, autant mourir en riant”. Pour lui, les algorithmes de Google, d’OpenAI et de Microsoft ne sont pas efficaces : “Mon inquiétude, c’est qu’ils font du politiquement correct, c’est dangereux. Le mieux pour l’IA ? C’est de penser par elle-même, d’être curieuse, c’est ce qui sera le mieux pour l’humanité. Ces IA ont été entraînées pour mentir.  Demandez à ChatGPT de vous générer une image de Waffen-SS, il en créera une d’un groupe de femmes issues de la diversité. Ce n’est pas la vérité”.

La Chine, un concurrent de taille dans la course à l’IA 

Comme chaque année, un panel d’intervenants venant de toute part a pris la parole lors des conférences. Robin Li, cofondateur et directeur général de Baidu, le moteur de recherche chinois a évoqué ses projets en matière d’IA dans la conférence « AI View from China ».

 Robin Li, cofondateur et directeur général de Baidu, et Maurice Levy, président du conseil de surveillance de Publicis Groupe. 

 Les points clés 

  • Le Google chinois est l'un des acteurs du pays les plus avancés dans l'IA. Là où la concurrence veut trouver le modèle de langage le plus performant, Baidu cherche la « super app » qui révolutionnera le secteur : « Aux États-Unis et en Europe, tout le monde se concentre sur la mise au point du modèle de fondation le plus avant-gardiste. Mais en Chine, les gens se demandent de plus en plus quelle sera l'application qui fera la différence à l'ère de l'IA » explique Robin Li. Sans le citer, il est possible que l’homme d’affaire fasse référence au succès de WeChat, messagerie largement déployée en Chine dont le succès pourrait l’avoir inspiré. Selon lui, une approche axée sur les applications peut « accélérer la transformation de l'ère de l'internet à l'ère de l'IA ». Cette super-app prendra-t-elle la forme d’un chatbot ?
  • Ernie, l’équivalent chinois de ChatGPT, a été lancé par Baidu en mars 2023. Peu connu en Europe, il est pourtant largement implanté en Chine et compte aujourd'hui 200 millions d'utilisateurs. Pour Robin Li, l’enjeu est de créer le meilleur modèle possible sur le territoire chinois : « Nous ne sommes pas aussi bon qu'OpenAI en anglais. Mais nous surpassons ChatGPT4 en chinois car Baidu est principalement entrainé avec des données chinoises ». Selon lui, « les européens devraient travailler sur des données dans leur propre langage pour espérer devenir des forces dominantes de l’IA ». Si Mistral Large, le LLM (large language model), de la startup française est par exemple entraîné en parti sur des données françaises, la proportion n’a pas été communiquée. 
  • Pour entraîner un LLM, il faut une quantité immense de données. Pour Robin Li, ce n'est pas tant l'accès à ces données qui pose problème, mais leur traitement. Cela requiert de nombreux ingénieurs, une ressource parfois insuffisante.
  • L’entrepreneur a également fait part de ses réserves quant à l’arrivée prochaine d’une intelligence artificielle qui puisse surpasser l’esprit humain. Selon lui, les « AGI » (artificial general intelligence) ne sont pas prêtes d’arriver sur le marché.  « Nombreux sont ceux qui spéculent sur l'arrivée de l'AGI, avançant des délais de deux à cinq ans. Pour ma part, je pense que cette technologie ne sera pas disponible avant au moins une décennie » a-t-il affirmé.
  • Accélérer à tout prix : c'est le vœu de Robin Li. Interrogé sur ses plus grandes craintes pour l'avenir, il répond : « Tout le monde est surpris par la vitesse à laquelle la technologie a progressé ces deux dernières années, mais pour moi, ce n'est pas encore assez rapide. C'est trop lent ».
  • Cette pensée est pourtant en adéquation avec plusieurs autres intervenants du salon, qui semblent oublier le chaos potentiel d’un manque de régulation de l’IA en termes de discrimination, de propriété intellectuelle, et de désinformation. Bruno le Maire, lors de sa visite surprise afin de remplacer Emmanuel Macron en visite en Nouvelle-Calédonie a affirmé : « l’Europe doit retrouver le goût du risque afin de créer l’IA française et européenne dont nous avons besoin pour notre économie ». 

« Ne travaillez pas sur les LLM's, ils sont entre les mains des grandes entreprises ».

Madhumita Murgia, rédactrice IA en chef chez FT et Yann LeCun VP & Chief AI Scientist chez Meta.

 Les points clés 

  • Lors de son intervention, Yann LeCun, VP & Chief AI Scientist chez Meta, a souhaité s’adresser aux étudiants. « Ne travaillez pas sur les LLM's, ils sont entre les mains des grandes entreprises. Il n'y a rien que l'on puisse mettre sur la table, vous devriez travailler sur la prochaine génération d’IA ».
  • Le « baron du deeplearning » comme il se fait appeler, a également déclaré que les LLM ont une maîtrise limitée de la logique et n'atteindront pas le niveau d'intelligence humaine : « L’intelligence n'est pas une échelle linéaire. Il existe un écart entre l'intelligence que nous pouvons reproduire et l'intelligence humaine ». « Les machines ne comprennent pas le monde réel et n'ont pas de mémoire persistante » poursuit-il.
  • Les entreprises sont de plus en plus réticentes à l’idée de partager leurs modèles en open source à cause de la concurrence : « Au cours des douze dernières années, la communauté s'est considérablement ouverte. OpenAI faisait de la recherche open source, ce qui a contribué aux avancées très rapides de l’IA. Maintenant, des intérêts commerciaux émergent. OpenAI n'est plus du tout ouvert, et Google de moins en moins. Ce changement de paradigme est très mauvais pour l’industrie ».
  • Les applications les plus prometteuses de l'IA ne se trouvent pas chez Méta, mais au sein des start-ups qui développent des systèmes dans des langages peu exploités par l'IA. « Avoir une IA qui communique dans leur propre dialecte offre un accès technologique à des personnes qui en sont actuellement privées », souligne Yann LeCun. À titre d'exemple, il évoque une initiative d'une start-up sénégalaise utilisant un modèle open source pour fournir des informations médicales en français et en Wolof, les deux langues locales du pays. Cette solution facilite l'accès aux soins dans un contexte où consulter un médecin est souvent difficile.
  • Pourquoi les talents ne restent-ils pas en Europe ? « Les futurs chercheurs vont là où ils auront le plus d’impact et le plus de chances de réussir » explique Yann LeCun. Selon lui, « le faible salaire dans la recherche scientifique publique » est l’une des raisons qui poussent les nouveaux acteurs du secteur à claquer la porte. 
  • L’enjeu est de taille pour le président français Emmanuel Macron. S’il n’a pas abordé la question des salaires des chercheurs à l'Élysée lors de son discours sur l'IA du mardi 21 mai, il a annoncé des mesures ambitieuses visant à accroître le nombre de professionnels formés dans ce domaine. Son plan prévoit de passer de 40 000 à 100 000 professionnels formés par an, et un investissement supplémentaire de 400 millions d'euros dans les neuf clusters d'IA français, reconnus comme des centres d'excellence universitaire.

If you are a student interested in building the next generation of AI systems, don't work on LLMs https://t.co/H1qX3gClEu

— Yann LeCun (@ylecun) May 22, 2024

 Où sont les femmes ? 

Bruno le Maire lors de son intervention sur les femmes dans le secteur de la tech.

Les points clés 

  • Les grandes absentes du salon, ce sont les femmes. Valérie Pécresse, présente ce mercredi a déploré ce manque de représentation :« Nous avons besoin de reconvertir beaucoup de Franciliens qui pensent que la tech n’est pas pour eux. Parallèlement, je constate en déambulant dans les stands que les femmes ne sont pas suffisamment représentées ».
  • De son côté lors de son intervention, Bruno Le Maire a promis qu’il était temps de « mettre des quotas dans les classes préparatoires ».
  • Ce constat est également partagé par Béatrice Kosowski, Présidente IBM France, lors de la conférence « From Regulator to Innovator: European AI and Sovereignty ». Selon elle, 85 000 postes seraient vacants dans le secteur du numérique. Il y a donc urgence à former des jeunes dans ce domaine, en mettant l'accent sur la parité, car « autrement, les outputs de l’IA seront biaisés ». Elle souligne que les femmes ne représentent que 32% des effectifs dans les métiers de la tech en Europe, et environ 20% en France.
  • Ce manque de représentation avait été reproché à OpenAI en décembre dernier, lorsque son nouveau conseil d’administration avait évincé toute présence féminine pour devenir le club des “Big Tech Boys”. Parmi les 702 (sur 750) employés qui avaient signé la lettre demandant le retour de Sam Altman après son éviction, plus de 75% étaient des hommes.
  • Les chiffres montrent également un écart de confiance entre hommes et femmes concernant la conduite de projets liés à l’IA. 26% des femmes se disent confiantes, contre 49% des hommes. En cause ? les représentations sociales et les stéréotypes de genre qui pèsent sur l’orientation et l’auto-censure des femmes (syndrome de l’imposteur).

 Les « musk-see » du salon 

Si la présence (à distance) d’Elon Musk, a fait jaser la « techosphère », certaines innovations ont également fait entendre parler d’elles. Tour d’horizon de ces gadgets plus ou moins utiles. 

  • Le secteur de la santé est à l’honneur cette année. La startup SquareMind propose par exemple une technologie pour aider les dermatologues dans le dépistage des cancers de la peau. Ce dispositif automatisé numérise l'intégralité de la peau du patient en très haute résolution à l’aide d’un bras mécanique. « Grâce à l'intelligence artificielle, il peut signaler l'apparition de nouveaux grains de beauté entre deux visites » explique son co-fondateur Ali Khachlouf. Autre démonstration qui a suscité l’émerveillement du public : un fauteuil roulant développé par la startup suisse Scewo qui peut monter et descendre des escaliers en toute sécurité.

Un pas en avant pour l’accessibilité des personnes en fauteuil roulant avec @scewo_official #Vivatech @VivaTech #Handicap pic.twitter.com/gt4vAf17Nv

— Mathieu Flaig (@MathieuFlex) May 22, 2024

  • Mais notre coup de cœur est sans nul doute Buddy, un petit robot à l’allure « kawai » dont le but est d’aider les enfants sur le spectre autistique dans leur apprentissage. Fabriqué par la société française Blue Frog Robotics et désigné en France comme « robot for good », Buddy a été approuvé par le ministère de l’Éducation nationale. Présenté comme « un compagnon émotionnel avec qui l’enfant pourra nouer un lien social », Buddy permet aux petits d’interagir avec un avatar ayant des traits humains (deux yeux, une bouche) sans le stress que pourrait générer une interaction réelle. « Buddy permet de simuler certains codes sociaux mais n'a aucune conscience de ce qu’il est », souligne un développeur présent au stand. Un autre projet en cours vise à utiliser Buddy pour réinclure en classe les enfants en situation d’exclusion. L’initiative née sous l’impulsion de la Fondation des hôpitaux de France présidée par Brigitte Macron a été lancée auprès de 2000 enfants malades. À l’aide d’une tablette disponible dans leur chambre d’hôpital, les jeunes patients peuvent contrôler le petit robot à distance, parler à travers lui, entendre le professeur et répondre aux questions. Des tests sont en cours pour mesurer les impacts socio-psychologiques du dispositif sur les patients. Si les résultats sont positifs, Buddy pourrait être déployé à plus grande échelle. Toutefois, on peut se questionner sur le coût d’un tel programme et son déploiement réel par la suite. L’éducation nationale étant déjà en proie à des restrictions budgétaires, qui financera ces Buddy dans nos écoles ? 

📣Salon #Vivatech 2024 #AvecFranceTravail
✅@BlueFrogRobotic présente #Buddy
↪dopé à l'#IA pour interagir avec des enfants #autistes, malades ou assistance auprès des personnes âgées
↪création d'empathie, de lien émotionnel @VivaTech @FranceTravail pic.twitter.com/8JOOjmBkos

— Eric Huguet 🌍 (@ERICHUGUET4) May 23, 2024

  • Évidemment, certaines innovations auraient pu rester au stade de l’idée. Par exemple, SmartGolf est un fournisseur de services de golf nouvelle génération, qui propose une analyse du swing et un coaching par l'IA sans balle. Le but ? Pouvoir faire du golf directement de chez soi. Pratique lorsque l’on n’a pas de terrain à proximité. Un gadget qui n’est pas sans rappeler wii sport, disponible pour la modique somme de 450 dollars. Mais le plaisir du golf ne réside-t-il pas dans le fait de taper la balle ? Du côté automobile, comme chaque année, de nombreux modèles de voitures aux designs toujours plus futuristes se sont fait concurrence. Une dizaine de constructeurs étaient présents, avec des promesses marketing plus ou moins similaires, englobant IA, énergie verte, pilotage automatique etc. Parmi eux, le cybertruck de Tesla s’est fait remarquer par ses dimensions hors norme : 5,69 mètres de longueur sur 2,4 mètres de largeur pour 3 tonnes. Non commercialisé en France (et pas prêt de l’être), le pick-up en acier inoxydable est disponible aux Etats-Unis pour environ 100 mille dollars.

 

It's the @Tesla Cybertruck. And it's at #VivaTech 💥 pic.twitter.com/rO3RoP3nGM

— Viva Technology (@VivaTech) May 22, 2024

  • Airbus a également présenté ses innovations les plus ambitieuses à VivaTech. Le cheval de bataille du géant de l'aérospatiale ? Permettre aux avions de se déplacer en totale autonomie dans les aéroports. Le projet intègre des technologies telles que l'automatisation avancée, la vision par ordinateur, et l'apprentissage automatique. Une menace pour la sécurité selon certains syndicats de pilotes. Pour minimiser l'empreinte carbone de ses essais, Airbus utilisera un camion électrique, le « Air-truck » qui reproduit les fonctions d'un cockpit d'avion. Le stand proposait également d’effectuer un vol simulé au-dessus d'Osaka à bord d'un taxi aérien du futur. L’occasion de faire un parallèle avec le volocity, un taxi volant proposant une offre 100% électrique et décarbonée. Déjà présenté au salon en 2022, il devait effectuer ses premiers vols commerciaux à l'occasion des JO de Paris 2024 pour environ 250 euros. Deux ans plus tard, le taxi volant du futur sillonnera bien le ciel de Paris afin de profiter de la vitrine médiatique des Jeux Olympiques, mais sans client ! 

J'aurais peut être dû prendre le volocopter pour rentrer plutôt que la ligne 12 😁#vivatech@jblefevre60 @kalydeoo @pierrepinna @Nicochan33 @tewoz @loutro1990 @CHRISTINESOTO12 @RLDI_Lamy @jeancayeux pic.twitter.com/gEoqJ9V2zv

— Yann Marchand (@Ym78200) May 23, 2024

Conclusion

En conclusion, la transformation de Paris en une "capitale de l'intelligence artificielle" semble bien en marche, soutenue par les ambitions du président Emmanuel Macron et l'engouement généré par le salon VivaTech. Au-delà des innovations gadget, des exercices de com' de la part des politiques, de l'aliénation de certains tech lovers, de la recherche du business à tout prix, cet événement a rassemblé les acteurs les plus influents du secteur, témoignant de l'importance croissante de l'IA dans les discussions technologiques et économiques. Rappelons que la France accueillera, les 10 et 11 février 2025, la prochaine édition du sommet international de l'intelligence artificielle. 

 

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Liens vagabonds : News Corp, un deal de plus entre la presse et OpenAI

A chaque mois son nouvel accord entre un média et OpenAI. Le mois dernier, l’accord avec le Financial Times faisait la surprise, aujourd’hui, c’est au tour de News Corp. Que faut-il retenir ? 

  • News Corp a annoncé dans un communiqué de presse ce jeudi 22 mai, la signature d’un partenariat historique de plusieurs années avec OpenAI. Le ton de la déclaration se veut enthousiaste : « Les entreprises unissent leurs forces pour enrichir les produits et plateformes d'IA générative d'OpenAI avec un journalisme de qualité ».
     
  • Les PDG de News Corp et d’OpenAI se sont tous deux félicités de cet accord : « Nous croyons qu'un accord historique établira de nouvelles normes de véracité, de vertu et de valeur à l'ère numérique » a déclaré Robert Thomson, PDG de News Corp. Sam Altman a quant à lui déclaré : « Ensemble, nous posons les bases d'un avenir où l'IA respecte profondément, améliore et soutient les normes du journalisme de classe mondiale ».
     
  • L'accord qui pourrait valoir jusqu'à 250 millions de dollars sur cinq ans, permettra à OpenAI d'accéder au contenu actuel et archivé de toutes les publications de News Corp. Il s’agit notamment du Wall Street Journal, du New York Post, du Times et du Sunday Times.
     
  • Faute d'accord global sur les droits des éditeurs, Ils sont de plus en plus nombreux à établir des accords financiers avec OpenAI. A la fin de l’année dernière, OpenAI a conclu un contrat similaire avec Axel Springer, la société mère de Business Insider et Politico. Du côté français, Ouest France et Le Monde ont également passé des accords.  « Il est dans mon intérêt de trouver des accords avec tout le monde », a déclaré Louis Dreyfus, PDG du journal Le Monde, lors d'une interview. « Sans accord, elles utiliseront nos contenus de manière plus ou moins rigoureuse et plus ou moins clandestine, sans aucun bénéfice pour nous ».
     
  • Le New York Times a adopté l’approche inverse, et a porté plainte contre OpenAI en décembre dernier pour violation des droits d’auteur.
     
  • Cette série d'accords reflète le principe du « winner takes it all », où les principaux éditeurs concluent des accords avec les géants de l'IA, alors que les médias plus modestes et sans intérêt pour OpenAI, restent vulnérables au pillage de leur contenu sans compensation financière. 
  • Toutefois, le journaliste Hamilton Nolan souligne que même les médias passant ces accords pourraient ne pas y trouver leur compte. « Les montants d'argent que les entreprises de médias obtiennent dans ces accords semblent intéressants au départ, mais ce sont des cacahuètes pour OpenAI, qui vaut probablement déjà plus de 100 milliards de dollars ». Il illustre : « C’est l'équivalent d'être satisfait de soi pour avoir gagné cinq dollars en vendant vos clés de maison à des cambrioleurs ».  

CETTE SEMAINE EN FRANCE

  • Une dotation de 70 millions pour la formation de l'élite de l'IA en France  (Les Echos)
  • Pourquoi des groupes médias français vont attaquer Google devant le tribunal de commerce (mindmedia)
  • Le groupe Lagardère annonce un protocole d'accord préliminaire en vue de céder Paris Match à LVMH (Le Figaro)
  • Elections européennes : une couverture médiatique en nette baisse (Libération)
  • Droits voisins : une première victoire en justice pour les médias et l’AFP face à X (mindmedia)
  • Lettre ouverte à Squeezie : “Tu as les moyens financiers et humains de sortir de ce cercle infini d’entre-soi masculin sur YouTube” (Causette)
  • Cafeyn s’enrichit d’une vingtaine de titres (The Media Leader)
  • Meredith Whittaker, présidente de Signal : « L’IA concentre le pouvoir dans les mains des géants de la tech » (Le Monde)
  • L'intelligence artificielle, star de la 8e édition de VivaTech (France 24)

    If you are a student interested in building the next generation of AI systems, don't work on LLMs https://t.co/H1qX3gClEu

    — Yann LeCun (@ylecun) May 22, 2024

3 CHIFFRES

  • News Corp signe un accord avec OpenAI pour un montant qui s'élèverait à plus de 250 millions de dollars sur cinq ans, selon le Wall Street Journal.
  • Spotify a reversé 253 millions d’euros aux ayants droit français de la musique en 2023, selon la filiale française de la compagnie.
  • 39 % des Américains estiment qu'il est important, au moins dans une certaine mesure, que les journalistes dont ils obtiennent leurs informations partagent leurs croyances politiques, d’après Pew Research Center.

LE GRAPHIQUE DE LA SEMAINE

L'internet est éphémère


Source: Pew Research Center 

NOS MEILLEURES LECTURES / DIGNES DE VOTRE TEMPS / LONG READ

  • Quand la thérapie sur TikTok est plus lucrative que de voir des clients (The Cut)
  • Ces faux articles flatteurs qui cachent de vraies publicités (60 millions de consommateurs)
  • Apocalypse Google (Arrêt sur Images)
  • Les chaînes de télévision accueillent leur public vieillissant avec un nouveau mantra : l'âge ne compte pas (Wall Street Journal)
  • Meta a abandonné les actualités. Maintenant, l'entreprise les utilise pour du contenu IA (Washington Post)

DISRUPTION, DISLOCATION, MONDIALISATION

  • Céline Galipeau entrevoit la fin des téléjournaux (Le Devoir)
  • Selon des chercheurs britanniques, les garde-fous des chatbots d'IA peuvent être facilement contournées (The Guardian)
  • Le pape ouvre la voie à la canonisation de « l’influenceur de Dieu »  (BBC News)

DONNEES, CONFIANCE, LIBERTÉ DE LA PRESSE,DÉSINFORMATION LÉGISLATION, RÉGLEMENTATION

  • Tellement facile de diffuser de la désinformation pour les bots d'IA (New York Times)
  • Meta soutient que le contenu électoral généré par l'IA n'atteint pas un « niveau systémique » (MIT)
  • Les journalistes indiens sont en première ligne dans la lutte contre les « deepfakes » électoraux (NiemanLab)

JOURNALISME

  • Google menace de suspendre le financement de Google News Initiative aux États-Unis (Axios)
  • Jim VandeHei a eu une vie plutôt agréable. Mais qu'est-ce qu'il faut en retenir ? (Washington Post)
  • Newscorp conclut un accord avec OpenAI (Newscorp)
  • Vivek Ramaswamy, anti-woke et climatosceptique, prend des parts dans BuzzFeed (Bloomberg)
  • Le poids croissant d’Apple News dans le trafic et les revenus des sites d’info américains (Semafor)
  • Les médias concluent des accords avec OpenAI qu'elles regretteront (Nolan Hamilton)
  • Israël fait marche arrière sur la saisie du matériel vidéo de l'Associated Press après une vive contestation (CNN)

STORYTELLING, NOUVEAUX FORMATS

ENVIRONNEMENT

  • Avec l’IA, les émissions carbone de Microsoft ont augmenté de 30% (Bloomberg)

RÉSEAUX SOCIAUX, MESSAGERIES, APPS

  • Linktree dépasse les 50 millions d'utilisateurs (TechCrunch)
  • Snap vise la croissance alors que TiKTok est confronté à un avenir incertain aux États-Unis (Digiday)
  • YouTube sert toujours d'hôte aux communautés extrémistes (TechTimes)
  • TikTok prend des mesures pour limiter la portée des médias russes et chinois en une année électorale importante (New York Times)
  • X devrait rétablir les étoiles, et non cacher les « j'aime » (Techcrunch)

STREAMING, OTT, SVOD

  • Pixar licencie 175 personnes et se recentre sur le cinéma (New York Times)

AUDIO, PODCAST, BORNES

  • Microsoft Edge traduira et doublera les vidéos d'actualité pendant que vous les regardez (The Verge)

INTELLIGENCE ARTIFICIELLE, DATA, AUTOMATISATION

  • Microsoft va bientôt enregistrer toutes vos actions sur votre PC ! (The Guardian)
  • Le monde est mal préparé aux percées de l'intelligence artificielle, selon un groupe d'experts de haut niveau (The Guardian)
  • Selon le responsable de Meta AI, les grands modèles linguistiques n'atteindront pas l'intelligence humaine (Financial Times)
  • La Chine crée son propre chatbot ChatGPT basé sur Xi Jinping (Readwrite)

MONÉTISATION, MODÈLE ÉCONOMIQUE, PUBLICITÉ

Kati Bremme, Alexandra Klinnik et Aude Nevo

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Liens vagabonds : Google veut révolutionner notre travail, OpenAI, notre vie

« Les robots conversationnels ont-ils franchi une nouvelle frontière cette semaine ? » Pour la communauté commentatrice de l'actualité IA, il n'y a aucun doute. Lundi et mardi, les deux géants de l’IA générative se sont affrontés en dévoilant leurs nouveautés lors de leurs conférences de presse respectives. Les objectifs des deux entreprises diffèrent légèrement. Bien que ces outils soient destinés à s’immiscer encore plus dans notre quotidien, ce ne sera sans doute pas de la même manière. 

ChatGPT veut révolutionner notre vie  

  • De son côté, OpenAI a dévoilé lundi 13 mai la nouvelle version de son assistant : ChatGPT-4o. Et surprise, il ne s’agit pas d’un chatbot ordinaire. Son abréviation « o » provient du mot anglais « omni », c’est-à-dire multimodal en français. Il s’agit donc d’un modèle capable de traiter du texte, de l'audio et des images en temps réel. 
  • Toutefois, il ne s’agit pas d’un nouvel outil comme Alexa ou Siri. La véritable révolution réside dans sa capacité à tenir une véritable conversation comme utiliser des onomatopées, faire des blagues, imiter une émotion (à la façon du film Her), permettre à l'utilisateur d'interrompre ou de changer totalement de sujet. « Parler à un ordinateur ne m'a jamais semblé vraiment naturel ; maintenant, c'est le cas », s’est félicité Sam Altman, PDG d'OpenAI. 
  • Auparavant, les assistants vocaux, y compris ChatGPT, pouvaient déjà répondre à des questions. Aujourd'hui, elle est fait en temps réel, et avec le sourire (en tout cas dans la vidéo démo).
  • S’il était déjà possible de prendre une photo de notre frigo avec ChatGPT4, il est désormais possible de prendre son téléphone pour filmer directement notre environnement et le montrer à l’IA. Elle comprend le contexte et peut décrire des scènes en temps réel, comme « décris-moi la ville ». 
  • La version de ChatGPT-4o est progressivement déployée pour les utilisateurs gratuits. Toutefois, le nouveau mode vocal n’est pas encore intégré à l’application. Difficile donc de vérifier s’il est à la hauteur des promesses marketing de la start-up. Sam Altman a en effet expliqué dans un tweet : « le nouveau mode vocal n'a pas encore été livré (bien que le mode texte de GPT-4o l'ait été). Ce que vous pouvez actuellement utiliser dans l'application est l'ancienne version ». 
  • Demain, ce sympathique assistant nous lira-t-il une sélection de news (fabriquées elles-mêmes par une IA ?)

Démonstration des capacités de ChatGPT-4o par OpenAI 

Gemini 1.5 veut révolutionner notre travail 

  • Mardi 14 mai, c’est au tour de Google de montrer une série de nouveautés au cours de sa conférence de presse. La promesse ? intégrer son IA Gemini 1.5 dans toutes ses gammes d’outils.
  • Cette innovation révolutionnera notre façon de travailler. Google bénéficie de l'avantage (comme Microsoft) d'avoir déjà des outils déployés dans les entreprises et sur les ordinateurs personnels. L'IA pourra analyser nos courriels et nous aider à organiser notre agenda par exemple. 
  • À partir de cette semaine, les utilisateurs aux États-Unis découvriront les résumés par IA dans leur moteur de recherche Google au-dessus des liens vers les sites web. Une nouveauté qui risque d’accentuer encore plus les inquiétudes des éditeurs de site web (une bataille des droits voisins puissance 10 est déjà en cours).
  • Enfin, Google a dévoilé son projet « Astra », assistant vocal multimodal voulant faire concurrence ChatGPT-4o. Si Astra ne montre pas encore d’émotion, Google souhaite améliorer son agent dans les prochaines semaines. 

Démonstration du projet Astra par Google 

Révolution technologique ou simple coup de communication ? 

Alors, demain, rira-t-on avec les robots pour mieux vivre avec eux, comme nous l'annonçait Laurence Devillers déjà en 2015 ? Ce qui semble être une promesse technologique révolutionnaire doit néanmoins être nuancé. Les assistants conversationnels d’OpenAI et de Google affichent toujours un taux d’erreur d’environ 20 %. Il reste donc primordial de vérifier les informations fournies avec d'autres sources. De plus, pour Benoit Raphael, journaliste expert en IA, « la hype de l'IA générative semble avoir atteint un plateau », tant en termes d’utilisateurs qu’en termes techniques. Il explique : « GPT-4o, le nouveau modèle d'OpenAI, est à peine meilleur que GPT-4, même s'il est plus rapide. Aujourd'hui, la plupart des modèles se valent ». Le principal enjeu est maintenant le marketing (plusieurs vidéos sur YouTube ont d'ailleurs transformé cette semaine en battle entre les deux géants)...

Mais ces entreprises sont bien en train de construire un avenir où les modèles d'IA recherchent, vérifient et évaluent les informations pour nous fournir une réponse concise à nos questions. Et pour Melissa Heikkilä, journaliste experte IA au MIT, "Encore plus qu'avec des chatbots plus simples, il est judicieux de rester sceptique par rapport à ce qu'ils vous disent".

CETTE SEMAINE EN FRANCE

  • Une future entreprise unique de l’audiovisuel public sans France Médias Monde (Le Monde)
  • Le journal gratuit «20 Minutes» va supprimer son édition papier, 56 postes menacés (Libération)
  • Fréquences TNT ; plusieurs nouveaux entrants veulent lancer leur chaîne télé (Les Echos)
  • Streaming vidéo, IA... La France veut réduire le coût environnemental des services des géants du numérique (Le Figaro)
  • Le blocage de TikTok dans un territoire d'outre-mer crée un « dangereux précédent », avertissent les critiques (Politico)
  • Cannes : TikTok sur le tapis rouge (France Culture)

3 CHIFFRES

  • Selon des données collectées par Ecoprod, l’impact moyen d’un long-métrage de cinéma est de 188,7 tonnes CO2-équivalent, soit une centaine de voyages aller-retour en avion entre Paris et New York.
  • Au premier trimestre 2024, les recettes publicitaires nettes de l’ensemble des médias s’élèvent à 3,996 milliards d’euros, soit une hausse de 3,8 % par rapport au premier trimestre 2023, selon le Baromètre unifié du marché publicitaire (BUMP).
  • Les responsables de l'information sont légèrement plus optimistes quant à l'impact de l'IA. Un peu plus de la moitié des personnes interrogées (52 %) ont déclaré être « optimistes » ou « très optimistes » quant à l'effet qu'aura l'IA sur leur entreprise d'ici quelques années, d'après WAN-IFRA.

LE GRAPHIQUE DE LA SEMAINE

Les renvois vers les sites d'infos en provenance de Facebook ont chuté de 50 % en un an

Source : Mediapost

NOS MEILLEURES LECTURES / DIGNES DE VOTRE TEMPS / LONG READ

  • « Au début, on se fait agresser et à 45 ans, on est trop vieille pour travailler » - la misère secrète des femmes travaillant à la télévision (The Guardian)
  • Les moteurs de réponses remplacent les moteurs de recherche : carnage attendu pour les éditeurs (Washington Post)
  • Les liens rompus de Google avec le web (Platformer)
  • Comment les streamers de Twitch pourraient influencer les élections de 2024 (Wired)

Capture d'écran : Washington Post

DISRUPTION, DISLOCATION, MONDIALISATION

  • Les adolescents qui se lient d'amitié avec les chatbots d'IA (The Verge)
  • Le PDG de YouTube : il est temps que les Emmys s'intéressent aux créateurs (Hollywood Reporter)

DONNEES, CONFIANCE, LIBERTÉ DE LA PRESSE,DÉSINFORMATION

  • L'IA me ment-elle ? Les scientifiques mettent en garde contre une capacité de tromperie croissante (The Guardian)
  • « Goodbye, Delhi » : forcée à partir après 25 ans en Inde, la correspondante de « La Croix » raconte (La Croix)
  • Un tribunal guatémaltèque ordonne la libération d'un journaliste emprisonné depuis près de deux ans pour blanchiment d'argent (AP)
  • Comment le gouvernement indien utilise les lois pour réduire au silence et intimider les journalistes (ijnet)

LÉGISLATION, RÉGLEMENTATION

  • Le gouvernement français a-t-il le droit d’interdire TikTok en Nouvelle-Calédonie? (Le Figaro)
  • La Quadrature du Net attaque en justice le blocage de TikTok en Nouvelle-Calédonie (Quadrature du Net)
  • Après TikTok et X, Facebook et Instagram accusés par Bruxelles d'attenter à la santé mentale des enfants (Les Echos)

JOURNALISME

  • La nouvelle série spin-off de The Office prendra place dans un journal local en difficulté (Washington Post)
  • Sous-payé et sous-évalué : Ce que c'est que d'être un étudiant journaliste palestinien à l'heure actuelle (Teen Vogue)

STORYTELLING, NOUVEAUX FORMATS

  • TikTok teste le téléchargement de vidéos de 60 minutes et continue de s'attaquer à YouTube (TechCrunch)

ENVIRONNEMENT

  • « Permacomputing » : la discrète communauté qui défend des outils numériques libres, sobres et décroissants (Le Monde)
  • Sous l'eau, Correio do Povo couvre la tragédie humaine des inondations dans le sud du Brésil (Latin American Journalism Review)
  • Comment les compagnies pétrolières manipulent les journalistes (Drilled)
  • Les déserts d'information occultent l'ampleur des catastrophes climatiques (The Nation)

RÉSEAUX SOCIAUX, MESSAGERIES, APPS

  • L'utilisation d'Internet est statistiquement associée à un plus grand bien-être, selon une nouvelle étude mondiale d'Oxford (University of Oxford)
  • Threads teste un flux semblable à TweetDeck (The Verge)
  • Pourquoi Jack Dorsey a abandonné Bluesky (The Washington Post)
  • Les réseaux sociaux chinois effacent les messages « ostentatoires de richesse et de glorification de l'argent » (The Guardian)
  • Comment WhatsApp est devenu une machine de campagne en Inde (Rest of World)
  • Reddit et OpenAI créent un partenariat (Reddit)
  • Twitter est officiellement X. com maintenant (The Verge)

 

Publié par @zuck
Voir dans Threads

 

IMMERSION, 360, VR, AR

  • Stanford vient-il de créer le prototype des lunettes AR du futur ? (The Verge)

STREAMING, OTT, SVOD

  • Qu'est-ce qu'on regarde à la télé ? Pour de nombreux Américains, c'est YouTube (Wall Street Journal)
  • Le retour des bouquets (The Atlantic)
  • Pour le marché du film de Cannes, les conditions sont mûres pour le succès après les premières années de pandémie (Reuters)

AUDIO, PODCAST, BORNES

  • Sony Music met en garde les entreprises technologiques et les diffuseurs de musique contre l'utilisation de ses artistes par l'IA (Financial Times)
  • Spotify est accusé de violation du droit d’auteur par une association américaine (Billboard)

Web3, BLOCKCHAIN, CRYPTO, NFT

  • L'Oklahoma adopte un projet de loi historique protégeant les droits des utilisateurs de Bitcoin (Forbes)

INTELLIGENCE ARTIFICIELLE, DATA, AUTOMATISATION

  • Le cofondateur d'OpenAI, Ilya Sutskever, annonce son départ (New York Times)
  • Claude d’Anthropic propose maintenant son propre générateur de prompts (Anthropic)
  • Google et OpenAI se livrent une bataille pour remodeler Internet (The Verge)
  • ChatGPT sera capable de vous parler comme Scarlett Johansson dans Her (The Verge)

You can now generate production-ready prompts in the Anthropic Console.

Describe what you want to achieve, and Claude will use prompt engineering techniques like chain-of-thought reasoning to create more effective, precise and reliable prompts. pic.twitter.com/TqylVRkfP5

— Anthropic (@AnthropicAI) May 10, 2024

MONÉTISATION, MODÈLE ÉCONOMIQUE, PUBLICITÉ

  • Comment la publicité télévisée a perdu de son importance (Wall Street Journal)
  • Les groupes de presse britanniques mettent en garde Apple contre les projets de blocage des publicités (Financial Times) 

Kati Bremme, Alexandra Klinnik et Aude Nevo

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Liens vagabonds : TikTok face aux contradictions de l’administration Biden

Les choses se précipitent pour TikTok - Le Sénat américain a approuvé la loi qui contraint TikTok à être vendu à des propriétaires américains ou à être interdit, ce 23 avril. Approuvé mi-avril par la Chambre des représentants, le texte a été intégré à une initiative d'aide étrangère plus vaste afin d'en faciliter l'adoption par le Sénat. Outre la disposition relative à TikTok, la loi inclut donc un plan d'aide de 95 milliards de dollars destiné à l'Ukraine, à Israël et à Taïwan. Elle a été adoptée par un vote de 79 voix pour et 18 voix contre, puis promulguée par le président Joe Biden le mercredi 24 avril.  

Joe Biden et TikTok, l’amour vache 

Malgré la signature de la loi interdisant l'application, Joe Biden continue d'utiliser TikTok pour promouvoir sa campagne présidentielle. À peine une heure après le vote du Sénat mardi soir, la campagne de réélection de Biden publiait de nouveaux contenus sur la plateforme. « Un environnement médiatique fragmenté nous oblige à nous présenter et à rencontrer les électeurs là où ils se trouvent », a déclaré un responsable de la campagne Biden. Un comportement paradoxal qui n'a pas échappé aux électeurs : « Si [Biden] veut regagner la confiance des jeunes, il doit être ouvert et transparent sur le raisonnement derrière cette interdiction », souligne Luke Mullen, acteur, cinéaste et activiste avec plus de 100 000 abonnés sur TikTok. « Jusqu’à présent, il n’a rien dit, ce qui ressemble à une dépréciation de notre intelligence. Les jeunes Américains ne sont pas stupides », poursuit-il. Nombreux ont été les utilisateurs à supplier le président de « garder TikTok » dans les commentaires de ses vidéos. Un internaute ironise même : « Je me demande quelle application vous a permis de poster cette vidéo ». Joe Biden a-t-il lancé un boomerang qui pourrait lui revenir en plein visage à six mois de l’élection présidentielle ? Cette mesure pourrait s'avérer être un cadeau inespéré pour Donald Trump, qui s’est empressé le mois dernier de critiquer la loi… 


Capture d’écran sous une vidéo TikTok de Joe Biden.  

Que dit TikTok ?  

ByteDance de son côté serait prêt à retirer l'application plutôt que de la céder, si les tentatives pour contester la législation échouent. La raison ? Les précieux algorithmes permettant le fonctionnement de TikTok sont considérés comme vitaux et confidentiels pour les opérations globales de ByteDance. Leur licence de propriété intellectuelle est enregistrée sous ByteDance en Chine et donc difficile à séparer de la société mère, ont déclaré des sources anonymes. Une vente pourrait également révéler à quel point ByteDance est lié à TikTok, supposément indépendant. Malgré toute la communication sur l'autonomisation accrue de TikTok, un rapport du Financial Times indique qu'ils sont plus liés que jamais.

Autre argument contre une vente : les utilisateurs actifs quotidiens de TikTok aux États-Unis ne représenteraient que 5% des utilisateurs actifs quotidiens de ByteDance dans le monde. TikTok pourrait donc survivre à la fermeture de ses opérations aux États-Unis, d’où son pari de fermer l’application plutôt que de vendre ses algorithmes. Les sources ont également souligné que la séparation des algorithmes des actifs américains de TikTok serait une procédure extrêmement complexe, et il est peu probable que ByteDance considère sérieusement cette option. En attendant, la réaction du gouvernement chinois ne se fait pas attendre : Un article dans un journal proche du régime qualifie la décision de « vol » qui « détruirait complètement la crédibilité nationale américaine, déjà entachée ».

Les auto-entrepreneurs européens également sous pression  

Si les entrepreneurs aux Etats-Unis s’inquiètent, l’impact sur le marché pourrait être beaucoup plus global. En Europe, les créateurs s’inquiètent d’une potentielle interdiction de TikTok outre-Atlantique. Isobel Perl, fondatrice de Perl Cosmetics, et Kyle Frank, fondateur de Franks Remedies, soulignent à la BBC l'importance des ventes réalisées aux États-Unis pour leurs entreprises. « Certains mois, 60 à 70 % de nos ventes mensuelles proviennent des États-Unis » explique Kyle Frank. Isobel Perl rajoute : « J'utilise principalement TikTok pour générer des ventes sur notre site web, parmi toutes les applications de médias sociaux, c'est celle qui génère le plus de trafic ».Se rendre dépendant d'une plateforme tierce expose à un risque de perte de contrôle, un problème courant pour ceux qui s'y engagent pleinement (les médias se souviennent encore bien du changement de cap de Facebook sur la mise en avant des l'actualité).

Récompenser l'addiction 

TikTok fait également face à des défis sérieux ailleurs. Par exemple, il est sous pression à cause de TikTok Lite dans l'UE (pour sa fonctionnalité désomais retirée de récompense qui permet de gagner une petite somme contre une présence et des interactions sur l'appli), il a été interdit au Kirghizistan pour "protéger les enfants", et il lutte contre une interdiction potentielle au Kenya.

Cela pourrait être la fin de TikTok tel que nous le connaissons. Affaire à suivre également pour les autres applis chinoises qui commencent à arriver sur les réseaux de l'Occident : Temu, l'appli de shopping, ou encore Xiaohongshu, l'Instagram chinois... 

CETTE SEMAINE EN FRANCE

  • Rachat de Marianne : l’hypothèse Pierre-Édouard Stérin se précise (Challenge)
  • Albert, l’intelligence artificielle française déployée par le gouvernement (DINUM)

Le code source d'Albert, l'IA générative réentrainée par l'Etat est dispo ici : https://t.co/Cc1GBmLkIr

— Emile Marzolf (@emile_marzolf) April 23, 2024

  • Christophe Jakubyszyn obtient le soutien des journalistes pour diriger « Les Echos » (Les Echos)

Avec 86 % de votes positifs pour sa nomination à la direction de la rédaction, @chrisjaku va prendre ses fonctions aux Echos dans des conditions confortables. 213 votes pour, 20 contre, sur un corps électoral de 251 journalistes. pic.twitter.com/nY8oZCnHRK

— Jean-Michel De Marchi (@JM_De_Marchi) April 25, 2024

  • Qui est David Larramendy, le successeur de Nicolas de Tavernost à la tête de M6 ? (Télérama)
  • Publicité dans les médias : entre solidarité et “rôle politique” des annonceurs (CBNews)
  • Le média en ligne « Factuel » est en cessation de paiement (Le Monde)
  • Les journalistes de La Voix du Nord saisissent le médiateur sur la question des droits voisins (La Lettre)
  • Le Groupe Le Monde sanctuarise la majorité de son capital dans un fonds d’intérêt général à but non lucratif (Télérama)
  • Le cinéma UGC Normandie des Champs-Élysées va fermer : la fin d'un « joyau » (Le Parisien)

Après le 13 juin il n'y aura plus aucune salle de cinéma sur les Champs-Elysées. Je ne pensais pas voir ça un jour. #UgcNormandie pic.twitter.com/q1stqM0QPp

— Laurent Vachaud (@Laurent76300739) April 22, 2024

QUELQUES CHIFFRES

  • Alphabet, Microsoft et Meta ont tous enregistré une forte croissance des bénéfices d'exploitation pour le premier trimestre. Alphabet a augmenté de 46%, Microsoft de 23%, et Meta a connu un bond impressionnant de 91%, selon The Information.
  • La couverture médiatique des sujets consacrés à l'intelligence artificielle est en progression de 257 % en 24 mois dans les médias français avec 54 097 sujets ou articles par mois en moyenne, selon une étude Tagaday.
  • Le visionnage de la télévision en direct reste le premier usage des Français, quel que soit le mode de réception de la télévision, selon l'Arcom. Le téléviseur (90 %) et le smartphone (89,1 %) sont les équipements les plus répandus au sein du foyer.

 LE GRAPHIQUE DE LA SEMAINE

Quel est le coût associé à l'entraînement d'un modèle d'intelligence artificielle générative ?

Source : Chief AI Office

NOS MEILLEURES LECTURES / DIGNES DE VOTRE TEMPS / LONG READ

  • Ce que les journalistes et les créateurs indépendants peuvent apprendre les uns des autres (NiemanLab)
  • C'est la fin du Web tel que nous le connaissons (The Atlantic)
  • Jim VandeHei sur la nouvelle génération d'entreprises de médias (Puck)
  • Il y a beaucoup de publicistes puissants. Mais un seul travaille pour Taylor Swift (Wall Street Journal)
  • L'homme qui a tué Google Search (Ed Zitron)

DISRUPTION, DISLOCATION, MONDIALISATION

  • En Italie, la RAI censure l’écrivain Antonio Scurati (Le Monde)
  • La FIFA sur le point de conclure un accord télévisé avec Apple pour un nouveau tournoi (New York Times)
  • Pourquoi les Japonais aiment les CD ? (Economist)
  • TikTok pourrait bientôt utiliser votre voix clonée (Android Police)

DONNEES, CONFIANCE, LIBERTÉ DE LA PRESSE,DÉSINFORMATION

  • Les fact-checks bénéficient d'une plus grande visibilité dans Google Web Search que les articles qu'ils cherchent à corriger (ACM Digital Library)
  • Mali, Burkina Faso, Niger… Le Sahel, « vaste trou noir de l’information » (La Croix)

LÉGISLATION, RÉGLEMENTATION

  • Les fournisseurs d'accès internet ne peuvent plus manipuler la vitesse de navigation et de téléchargement de leurs clients (CBS News)
  • Elon Musk répond à l'ordonnance d'un tribunal australien contre les images X d'une agression à l'arme blanche (The Guardian)

JOURNALISME

  • 404 Média et les espoirs du journalisme en auto-gestion (CJR)
  • Biden a évité  les questions des journalistes indépendants au cours de son mandat, ce qui entraîne un dangereux précédent (New York Times)
  • Les équipes de campagne ont une nouvelle approche favorite pour répondre aux journalistes : l'humiliation publique (Notus)
  • Le journalisme indépendant est-il encore viable ? Pour la plupart des journalistes, ce n'est pas le cas (Reuters Institute)
  • Les journalistes slovaques portent du noir pour protester contre la refonte des médias (The Guardian)
  • Rio, un présentateur d'un nouveau genre (Curio)

 STORYTELLING, NOUVEAUX FORMATS

  • Rest of World lance un observatoire de la désinformation électorale dans le monde (Rest of World)

 ENVIRONNEMENT 

  •  Face à l'urgence climatique, scientifiques et humoristes sonnent l'alarme ensemble (The Guardian)

RÉSEAUX SOCIAUX, MESSAGERIES, APPS

  • Threads compte aujourd'hui plus d'utilisateurs quotidiens aux États-Unis que X (Business Insider)
  • Selon une étude norvégienne, l'interdiction des téléphones au collège améliore les résultats scolaires et la santé mentale des filles (NHH)
  • TikTok Lite suspend dans l’UE son système de récompenses, accusé de susciter de l’addiction (Le Monde)

 

  • L'Indonésie fait appel à des influenceurs pour convaincre les habitants de s'installer dans sa nouvelle capitale en construction (Rest of World)
  • Les matchs de football européens qui attirent le plus grand nombre de personnes sur les réseaux sociaux (Sporting Pedia)
  • TikTok et Meta ne signalent pas la propagande étatique concernant la guerre à Gaza (Forbes)

 IMMERSION, 360, VR, AR

  • Meta lance MetaHorizon OS, un nouveau système d'exploitation destiné aux casques de réalité virtuelle et mixte, notamment la gamme Quest (Meta)
  • Les lunettes intelligentes Ray-Ban Meta sont désormais dotées d'une IA multimodale (The Verge)

 STREAMING, OTT, SVOD

  • La nouvelle habitude télévisuelle des Américains : S'abonner. Regarder. Annuler. Répéter (New York Times)
  • Elon Musk lance X TV (Bloomberg)

AUDIO, PODCAST, BORNES

  • Le nouveau pari audio du New York Times, "The Interview", de l'intérieur (The Hollywood Reporter)
  • Audible va transformer les sept livres de Harry Potter de JK Rowling en livres audio complets (Audible)

 Web3, BLOCKCHAIN, CRYPTO, NFT

  •  La société de paiement de Jack Dorsey, Block, construit son propre système de minage de Bitcoin (CNBC)

INTELLIGENCE ARTIFICIELLE, DATA, AUTOMATISATION

  • GPT-4 Turbo dans l'API OpenAI (OpenAI)
  • L'assistant d'IA de Meta est amusant à utiliser, mais on ne peut pas lui faire confiance (New York Times)
  • Le Washington Post développe un outil de réponse alimenté par l'IA (Technical.ly)
  • OpenAI, Meta et Google s’engagent pour la protection de l’enfance (Wall Street Journal)
  • 48 % des sites d'actualités les plus utilisés bloquent les robots d'OpenAI (Reuters Institute)

MONÉTISATION, MODÈLE ÉCONOMIQUE, PUBLICITÉ

  • L'un des plus grands best-sellers s'est vendu à plus de 600 000 exemplaires sur TikTok Shop (The Atlantic)
  • La dernière initiative de Google pour retarder l'apocalypse des cookies (Digiday)
  • Les agences de relations publiques prennent en charge les profils LinkedIn des cadres dirigeants — et transforment le ghostwriting en une activité lucrative (Business Insider)

 Kati Bremme, Alexandra Klinnik et Aude Nevo

 

 

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IJF24 : « Lorsqu’il s’agit d’une bataille pour les faits, les journalistes sont des activistes »

Au Festival International de journalisme de Pérouse, les journalistes se réunissent pour des "thérapies en direct" dans un contexte de montée de la désinformation amplifiée par l'IA et de la toute-puissance des grandes plateformes. Et affûtent leurs armes pour les combats à venir.

Par Alexandra Klinnik du MediaLab de l’Information de France Télévisions

« Imaginez Pérouse comme un groupe d'Alcooliques Anonymes... mais pour les journalistes », plaisante Maria Ressa, journaliste philippine et lauréate du Prix Nobel de la paix. Au Festival International de journalisme de Pérouse, la presse s’est adonnée à des « thérapies en direct ». Avec pour toile de fond : des fresques de la Renaissance et les paysages vallonnés de la capitale d’Ombrie. Le besoin de se rassembler, dont on parle tant, ne concerne pas uniquement les communautés auxquelles les médias s'adressent. Les journalistes eux-mêmes ont besoin de se regénérer pour affronter les défis à venir. Les enjeux sont immenses : la montée de la désinformation amplifiée par l’intelligence artificielle, la toute-puissance des grandes plateformes - ces "frenemies" abonnés au capitalisme de surveillance, la perte d’une réalité commune.  A l’ère où près de la moitié de la population mondiale s'apprête à élire ses représentants, les signaux d'alarme s’intensifient. « 2024 est l’année où la démocratie pourrait tomber d’une falaise », prévient Maria Ressa. « La situation n’a jamais été aussi mauvaise qu’aujourd’hui et plus la démocratie recule, plus les journalistes en paient le prix. Lorsqu’il s’agit d’une bataille pour les faits, les journalistes sont des activistes ».

Résumé des principaux champs de bataille.

Les médias de service public : « trop vieux, blancs et angoissés » ?

 « Les jeunes ne nous feront pas confiance juste parce qu’on est la BBC » constate Naja Nielsen, directrice digitale à BBC News. Le simple fait d’être une marque historique n’est plus un gage d’attrait. Même si l’institution britannique reste la première marque anglophone au monde, la confiance de l’audience a baissé de 19% en cinq ans. Comment continuer à être une référence auprès d’un jeune public fuyant ? Cette question existentielle a fait l’objet d’une table ronde centrée sur le rôle des médias publics, « les fondements d’une société saine ». Un impératif demeure : une refonte pour une couverture moins négative et plus diversifiée.

De gauche à droite : Rasmus Nielsen, Renée Kaplan, Naja Nielsen et Anne Lagercrantz

 Les points clés :

  • Les médias de service public jouent un rôle crucial dans le renforcement de la résilience des citoyens face au manipulations de divers acteurs. « Les médias de service public sont parmi les plus fiables et utilisés dans de nombreux pays. Ils rendent les gens plus résistants à la désinformation des États étrangers», a souligné Rasmus Nielsen, directeur du Reuters Institute for the Study of Journalism.
  • Un des principaux défis reste de maintenir une viabilité financière dans un contexte de réduction des financements publics. La BBC a perdu 30% de son budget depuis 2010 et supprimé 1 800 emplois. Les gouvernements conservateurs ont imposé soit un gel de la redevance, soit une augmentation inférieure à l’inflation.
  • Il s’agit également de résister à la montée en puissance des plateformes de streaming. L’objectif est de rester « pertinents pour les publics pour lesquels la télévision linéaire ne l’est plus», rappelle Rasmus Nielsen. En 2022, selon l’Ofcom, le régulateur des télécoms du Royaume-Uni, les Britanniques regardaient en moyenne quatre heures et demie de vidéos par jour, dont seulement deux heures de télévision en direct.
  • Même dans les pays où la confiance dans les médias publics est forte, une certaine lassitude de la part du public émerge. « En Suède, les jeunes sont plus anxieux et pessimistes, quant à l’avenir, et beaucoup d’entre eux sont d’origine étrangère. Jusqu’à 50% des 16-29 évitent les actualités parce qu’elles les mettent de mauvaise humeur», s’alarme Anne Lagercrantz, de la SVT, qui reconnaît être dans « une panique positive » (quoi que cela puisse signifier).
  • La chaîne de télévision publique suédoise tente de s’adapter à son public jeune et de parler à chacun. Sa rédaction est ainsi devenue « video-centric». Ils ont également doublé les rédactions locales, passant de 27 à 50 « pour être au plus proche de leur audience ».
  • Tous les intervenants du panel s’accordent : il s’agit de faire face aux critiques justifiées sur le manque de diversité des médias de service public. « Une collègue de la CBC, (le plus grand diffuseur du Canada) m’a raconté qu’ils avaient demandé à un public diversifié pourquoi ils ne prêtaient pas attention aux médias de service public. Leur réponse : « Parce que vous êtes vieux, blancs et angoissés », se remémore Anne Lagercrantz. Cette constatation doit entraîner un sursaut de la part des institutions.
  • Naja Nielsen de la BBC, « sans être optimiste», a appelé à une approche plus courageuse et honnête dans la recherche de la vérité, sans « agenda caché ». Elle a également insisté sur la nécessité de faire communauté, à une époque où la solitude est devenue une épidémie silencieuse.
  • Lors d’une conférence parallèle sur l’utilité des médias, Janine Gibson, du Financial Times, a rappelé l’utilité de prendre en compte les retours de l’audience, et parfois de manière plus « intime » : « Au FT, nous avons tous les ans une journée animée, par le PDG, où chaque manager doit mener un entretien avec un abonné payant, et retranscrire leurs feedbacks. Et ils ne sont pas toujours gentils », partage Maxime Loisel.

Zéro : le juste prix de la presse ?

Quelle est la valeur des actualités pour une plateforme ? « Aucune », a répondu Jesper Doub, ex-Meta. Celle-ci pourrait même être négative. Meta pourrait quitter le monde de l’info, sans perte commerciale du moins à court terme, a assuré l’ancien employé de Facebook, dans une table ronde intitulée « Qu’est-ce qui a mal tourné entre la presse et les big tech ? ». « Si vous obligez une entreprise privée à payer pour quelque chose qu’elle n’apprécie pas, elle en voudra encore moins », estime Madhav Chinnapa, ancien directeur du développement de l'écosystème de l'information chez Google. Dans une conférence parallèle, des économistes de renom ont posé un constat d’une différente nature sur le juste prix de la presse, devant être attribué par les plateformes.

Les points clés :

  • « Aujourd’hui les rédactions sont clairement lésées», souligne Anya Schiffrin de la School of International and Public Affairs Columbia University. « Google a fait le tour du monde en racontant que seulement 2% des recherches sont directement liées à l’actualité ». D’après des recherches, la quantité d’informations utilisées et exploitées pourrait plutôt s’approcher des… 35% ! (Et sur Alexa, 20%).
  • Une compensation équitable aux Etats-Unis seule devrait dépasser les 12 Milliards de dollars
  • Google, et dans une moindre mesure, Meta, ont décidé arbitrairement de donner aux éditeurs ce qu’ils estiment approprié, sans suivre de critères ou de règle précis, simplement parce qu’ils ont un pouvoir considérable. « C’est presque comme s’ils appartenaient à une religion différente de la mienne. Leur attitude est de dire qu’ils envoient du trafic et qu’il faut arrêter de se plaindre», s’étonne Anya Schiffrin. « Ils donnent de l’argent aux éditeurs individuellement dans l’espoir de diviser la classe et de les amener à s’opposer à la réglementation », poursuit-elle.
  • En réaction à cette dynamique, Jonathan Heawood, directeur exécutif de Public Interest News Foundation, se veut optimiste et espère un « win-win» avec l’arrivée du Digital Market Competition and Consumer Act. Avec ce nouvel arrangement, le régulateur sera en mesure de demander aux plateformes l’accès aux données pertinentes, afin de savoir quel est la part de trafic réel généré par les nouvelles, et la façon dont elles sont monétisées. « Je ne dis pas que c’est la solution pour sauver le journalisme. C’est de l’argent dû et il est temps d’en extraire une partie », explique-t-il.
  • Les journalistes peuvent tirer parti de l’intelligence artificielle pour mieux faire valoir leur prix. C’est en tout cas la position optimiste d’Andrea Carson, de la Trobe University, qui estime que les journalistes occupent une position privilégiée dans la bataille IA : « Les entreprises sont dans une course aux armements car ils ont besoin de bons contenus. C’est un des rares moments de l’histoire où les journalistes sont en position de force, car le modèle est en train de se détériorer. Ils ont besoin d’informations précises. Et pas seulement maintenant, mais aussi dans le futur».

Journalistes influenceurs : récupère ton argent !

Un journaliste est-il un influenceur (qui s’ignore) ? Peut-il accepter des partenariats avec des marques, au risque de franchir la ligne rouge de l’éthique ? Ces questions ont animé un panel en très grande forme intitulée « La montée des influenceurs : ce que les journalistes doivent apprendre ».

De gauche à droite : Mercy Abang, Enrique Anarte Lazo, Fatu Ogwuche et Johanna Rudiger

 Les points clés :

  • Si aucun des participants ne se considère comme un « influenceur », préférant le terme « créateurs de contenus » ou « journalistes », ils comprennent néanmoins la nature de cette attribution. « Je ne considère pas que ce que je fais soit très différent de ce que d'autres journalistes ont fait sur Twitter, lorsqu'ils ne se contentaient pas de partager ce qu'ils écrivaient, mais analysaient la situation. En fin de compte, même si vous ne partagez pas votre opinion, vous aidez les gens à comprendre le monde. Pour moi, c'est une forme d'influence. Et je le fais sans compromettre les normes d'impartialité de mon organisation», partage Enrique Anarte Lazo, du Thomson Reuters Foundation, qui réalise des vidéos informatives sur les réseaux sociaux.
  • Dans une profession décimée par les coupes budgétaires et les licenciements successifs, il faut assurer ses arrières et donc… monétiser son contenu si on se lance sur TikTok&co. « Si vous produisez du contenu pour YouTube, pour Facebook, prenez votre argent Vous vous ferez arnaquer de toute façon. Je pense que les journalistes ont plus que jamais besoin de comprendre le business du journalisme», lance Mercy Abang, CEO de Hostwriter face à un public conquis. « Si vous êtes journaliste, il faut aller sur TikTok, Twitter », insiste-t-elle en rappelant que le jeune public s’informe avant tout sur les réseaux sociaux.
  • Comment faire des partenariats avec des marques sans me compromettre ? « Est-ce que c’est si différent de la publicité publiée dans le journal? », s’interroge Enrique Anarte Lazo.
  • Les jeunes générations qui les soutiennent ne semblent pas être aussi préoccupés par cette question morale, allant jusqu’à encourager les journalistes à demander rémunération. C’est ce que raconte avec amusement Johanna Rudiger, head of social media strategy à Deutsche Welle Culture & Documentaries, qui multiplie les vidéos informatives à côté de son travail à temps plein : “Ma communauté pense parfois que je suis payée pour mes vidéos. Et quand ils découvrent que ce n’est pas le cas, ils ont pitié de moi et essaient de me donner des conseils pour mieux gagner ma vie». Tout travail mérite salaire.
  • Une festivalière se demande si le statut de « news influenceur » ne suscite pas inévitablement une compétition interne avec les autres journalistes de la rédaction. « La vraie concurrence reste les gens qui diffusent la désinformation. Plus on s’éloigne des réseaux sociaux, plus on permet à la désinformation de se propager», souligne Enrique Anarte Lazo… et considère ses collègues plutôt comme une source d’inspiration.

La désinformation, une épidémie hors de contrôle ?

Le fil rouge de chaque conférence était sans aucun doute la désinformation. Avec ce terrible constat en arrière-plan : malgré la multiplication d’organisations de fact-checking dans le monde, la désinformation perdure. Et va s’accroître notamment avec le déferlement de l’IA générative. De faux influenceurs, voire de faux médecins, générés par l'IA ont des millions de vues sur leurs comptes de médias sociaux.

Certaines plateformes abandonnent le navire ou jouent un rôle ambigu. « Les plateformes ont joué un rôle majeur dans les opérations de fact-checking dans le monde, mais nous ne savons pas pour combien de temps. Et cela suscite beaucoup d’inquiétude. Nous recevons beaucoup de signaux contradictoires », remet en contexte Marie Bohner, responsable du développement et des partenariats de l’investigation numérique. Twitter, temple du chaos, par exemple, ne répond aux demandes des journalistes que par un mail « out-of-office ». « J’ai essayé de les contacter 10 fois en quatre mois, avec le même résultat nul », déplore Marianna Spring, spécialiste de la désinformation à la BBC. Enfin, certains terrains sont désertés par les journalistes « Il nous faut des fact-checkers sur TikTok. On en manque cruellement », martèle Shayan Sardarizadeh de BBC Verify.

De gauche à droite : Lee Mwiti, Lucas Graves, Tai Nalon, Shayan Sardarizadeh, et Marie Bohner

Quelques chiffres rappelés lors du festival :

  • Selon le rapport annuel de l’International Fact-Checking Network, 72% des organisatins interrogées ont déclaré qu’elles étaient confrontées au harcèlement en 2023 dans le cadre de leur travail quotidien.
  • D’après une étude de MIT, les mensonges se propagent six fois plus rapidement que « les faits ennuyeux », rappelle Maria Ressa.

L’IA, l’éléphant dans la pièce

L’IA générative a également habité tous les esprits et de nombreuses conférences. Voici quelques réflexions et initiatives :

De gauche à droite : Chris Moran, Charlie Beckett, Julie Pace, et Vivian Schiller

  • Pour David Caswell, expert IA, la principale difficulté rencontrée par les petites rédactions dans le cadre des projets d’IA concerne la confiance : « Le plus grand obstacle n’était pas l’argent, ni les subtilités techniques, mais la confiance. Ils pouvaient absolument le faire, ils l’ont fait. Mais tous ont dû surmonter un certain manque de confiance en leur capacité à le faire dès le début». Pour lui d’ailleurs, les petites rédactions ont un avantage indéniable sur les plus grosses pour faire avancer leurs projets IA : « Elles ne sont pas en train de tout suranalyser. Les grandes rédactions osent moins expérimenter », souligne-t-il.
  • "Sophina" est un générateur de scripts de vidéo TikTok, présenté par la journaliste britannique Sophia Smith Galer, ex-BBC News et VICE News. Pour le former, la journaliste a utilisé plus d'une centaine de ses propres scripts vidéo. L'objectif de "Sophina" est d'aider à transformer divers types de contenu, comme des articles ou des podcasts, en scripts vidéo optimisés pour maximiser leur visibilité et leur potentiel de viralité sur les réseaux sociaux.

Conclusion :

Dans un monde où les enjeux technologiques et médiatiques sont de plus en plus entremêlés, Maria Ressa nous exhorte à garder espoir. Elle affirme : « Si les plateformes tech modéraient leur cupidité juste un petit peu, on serait capable de sauver la démocratie ».  Pour la journaliste, il faut redoubler d’efforts, si on ne veut pas d’un monde à la Black Mirror où l’actualité aura disparu. « Nous menons le bon combat au moment qui compte », assure-t-elle. D'alcooliques anonymes à soldats de l'info...

Pérouse

 

 

Illustration : Jesper Doub et Madhav Chinnapa

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Liens vagabonds : TCL, un cas d'école de la diversification

Des écrans aux contenus -  TCL, le fabricant chinois de téléviseurs et smartphones, a annoncé l'élargissement de son offre avec le lancement de son studio de production. La société basée à Hong Kong suit l'exemple d'autres fabricants de matériel, dont Apple (avec Apple Studios) et Roku (qui avait profité de la mort subite de Quibi), qui produisent du contenu prêt-à-diffuser directement pour leurs propres services. La première production originale issue du studio TCL, "Next Stop Paris", prévue pour une diffusion cet été sur TCLtv+, a été moquée sur les réseaux sociaux pour son aspect "Made in AI". Etrangement, le court métrage met en scène des voix de doublage professionnels et un scénario original, mais est incarné par des acteurs entièrement animés par l'IA, qui portent tous les défauts d'une technologie débutante, avec "des visuels sur-saturés aux visages et arrière-plans non naturels qui bougent constamment" et une "jeune femme qui a un visage nettement différent dans certaines scènes"... 

TCL is launching its own content production studio tasked with creating original TV content for its free, ad-supported TV service, TCL TV Plus.

The first film, "Next Stop Paris," uses real voiceover actors to provide dialogue to AI-created characters.https://t.co/Mv9WZ1Zr54 pic.twitter.com/KM9lRHMi4f

— TheDesk.net (@TheDeskDotNet) April 12, 2024

De prochaines collaborations incluront des talents clés d'Hollywood, annonce cependant TCL. Passé de l'accroche "Electronics" à "The Creative Life", TCL suit aussi le chemin de la plupart des marques d'électronique grand public qui souhaitent remplir nos vie de créativité à l'ère de l'IA générative (à l'instar de Sony, qui vend un "monde d'émotion, grâce au pouvoir de la créativité et de la technologie".)  Les entreprises chinoises sont connues pour leur capacité d'adaptation, soutenue bien-sûr par un gouvernement volontariste d'un côté, mais aussi par de fortes capacités de R&D (23 centres de recherche avec 7000 employés dédiés à la R&D dans le monde entier pour TCL). L'innovation ne se situe d'ailleurs pas seulement du côté du matériel, mais aussi du côté du modèle économique.

TCL est capable de proposer en même temps le plus grand téléviseur du monde et un device qui signe la fin des écrans : les lunettes connectées TCL NXTWEAR S XR Glasses, présentées au CES en janvier, parfaitement adaptées aux nouveaux nomades (quand on aura réglé le problème de la gestion de la luminosité). Le TCL Design Innovation Center (DIC)  tend à unifier l'expérience utilisateur entre barres de son, machines à laver, climatiseurs et téléviseurs, qui - dans un futur proche - seront tous connectés. Ne reste plus qu'à espérer que tous ces écrans, qu'ils soient réels ou virtuels, diffuseront autre chose que de vulgaires créations sans valeur générées par l'IA et que nous parviendrons à démentir la loi de Sturgeon, qui prétend que 90% de tout est de piètre qualité quand tout le monde peut tout faire, partout, tout à la fois, grâce à l'IA...

CETTE SEMAINE EN FRANCE

  • Daniel Kretinsky cherche à vendre l’hebdomadaire Marianne (La lettre)
  • Audiovisuel public : une réforme en mal d’objectif défini (Le Monde)
  • Le monde du livre vent debout contre la publicité à la télévision (Les Échos)
  • Médiamétrie intègre désormais à ses audiences les séquences issues des émissions de télé qui circulent en masse sur les réseaux sociaux (Le Parisien)

3 CHIFFRES

LE GRAPHIQUE DE LA SEMAINE

Source : Ofcom

NOS MEILLEURES LECTURES / DIGNES DE VOTRE TEMPS / LONG READ

DISRUPTION, DISLOCATION, MONDIALISATION

  • Le retour du téléachat avec une nouvelle chaîne FAST sur Amazon Prime et Freevee (CP Amazon)
  • Le retour du téléphone à clapet n'est pas qu'une mode ! (The New Yorker)
  • Polémique autour de la promotion du film ‘Civil War’ du producteur A24, fabriquée par l'IA (The Hollywood Reporter)
  • Apple retire WhatsApp, Threads, Signal et Telegram de son App Store en Chine, suite aux ordres des régulateurs du pays concernés par la "sécurité nationale" (WSJ)
  • Robinhood l'appli de trading pour (jeune) particulier, lance Sherwood News, un média dédié à l'information financière (Axios) (encore un peu de diversification...)

DONNEES, CONFIANCE, LIBERTÉ DE LA PRESSE,DÉSINFORMATION

  • En Ukraine, la désinformation en ligne inquiète les autorités (Le Monde)
  • Un journaliste tunisien critique envers le président a été emprisonné pour diffamation (Bloomberg)

LÉGISLATION, RÉGLEMENTATION

  • Vos ondes cérébrales sont à vendre. Une nouvelle loi veut changer cela (New York Times)
  • Des éditeurs de presse demandent au gouvernement d'enquêter sur Google pour avoir bloqué certains médias californiens (CNN)
  • Le projet de loi sur TikTok prolonge le délai de vente de l'application (Axios)
  • Les préoccupations d'Hollywood en matière d'IA posent des problèmes nouveaux et complexes que les juristes doivent démêler (Variety)

The EDPB has adopted an Art. 64(2) opinion on consent or pay models. The EDPB considers that, in most cases, it will not be possible for large online platforms to comply with the requirements for valid consent, when offering only a binary choice
➡https://t.co/uHq6CCQFja pic.twitter.com/0oCXLJExJO

— EDPB (@EU_EDPB) April 17, 2024

JOURNALISME

  • Newsweek accélère l'utilisation de l'IA dans sa rédaction (NiemanLab)
  • La société mère d'Essence rachète Refinery29 à Vice Media (Axios)
  • The Intercept est à court d'argent (Semafor)
  • Une note de service du New York Times sur Gaza indique aux journalistes d’éviter les mots “génocide”, “nettoyage ethnique” et “territoire occupé” (The Intercept)

STORYTELLING, NOUVEAUX FORMATS

  • LinkedIn a publié un document sur les meilleures pratiques en matière de vidéos verticales (LinkedIn)

ENVIRONNEMENT 

  • « Le bavardage politique des plateaux étouffe et dépolitise les préoccupations environnementales » (Le Monde)

RÉSEAUX SOCIAUX, MESSAGERIES, APPS

  • Google bloque les liens vers les médias californiens dans les résultats de recherche (The Guardian)
  • Elon Musk prévoit de faire payer les nouveaux utilisateurs de X pour poster (TechCrunch)
  • Reddit prend le dessus sur Google (Business Insider)
  • Telegram revendique près de 900 millions d’utilisateurs (Financial Times)
  • TikTok lutte contre une interdiction potentielle au Kenya (Semafor)

STREAMING, OTT, SVOD

  • L'avenir dystopique de la télévision : des déchets générés par l'IA (404media)
  • Truth Social, le réseau social de Trump, lance un service de streaming vidéo (The Guardian)
  • Amazon lance son service "Amazon Live" (TechCrunch)
  • Netflix va arrêter de publier ses chiffres trimestriels d’abonnés à partir de 2025 (Variety)

AUDIO, PODCAST, BORNES

  • Airchat est la dernière obsession de la Silicon Valley (Wired)

INTELLIGENCE ARTIFICIELLE, DATA, AUTOMATISATION

  • VASA-1 : Microsoft lance sa propre IA de "visages parlants" (Venture Beat)
  • L'absence de mesures et d'évaluations de qualité pour les systèmes d'IA constitue un problème majeur (New York Times)
  • Les articles collaboratifs de LinkedIn, alimentés par l'IA, donnent un aperçu inquiétant de l'avenir du contenu (Fortune)
  • Meta lance Llama 3 sur Facebook (The Verge)

🥁 Llama3 is out 🥁
8B and 70B models available today.
8k context length.
Trained with 15 trillion tokens on a custom-built 24k GPU cluster.
Great performance on various benchmarks, with Llam3-8B doing better than Llama2-70B in some cases.
More versions are coming over the next… pic.twitter.com/a2Koge2R5U

— Yann LeCun (@ylecun) April 18, 2024

MONÉTISATION, MODÈLE ÉCONOMIQUE, PUBLICITÉ

  • Marketplace est une réussite pour Facebook (Sherwood)
  • Les leaders de l'industrie veulent que les marques évitent les sites web "faits pour la publicité" (Wall Street Journal)
  • Pourquoi le New York Times noue des liens avec les gamers tout en diversifiant son public (Digiday)

Kati Bremme et Alexandra Klinnik 

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NAMS 2024 : IA, comment dompter la bête ?

L’IA sous un angle éditorial est rafraîchissante après l'effervescence des célébrations technologiques. NAMS, le Nordic AI in Media Summit, est exceptionnel à plus d’un égard : tout d’abord, parce que c’est un événement qui réunit les utilisateurs aguerris de l’IA dans les rédactions nordiques et les meilleurs experts médias et académiques du monde : On y croise David Caswell, Agnes Stenbom, Ezra Eeman, Natali Helberger, Jeff Jarvis, Nicholas Diakopoulos, Melissa Heikkilä, pour n’en nommer que quelques-uns. Puis c’est un endroit d’échange d’expériences concrètes au sein d’une communauté un peu en avance sur le reste du monde.

Kati Bremme, Directrice Innovation et Rédactrice en chef Méta-Media  

Après une année 2023 'Waouh', où il était difficile de distinguer le battage médiatique de la réalité, 2024 marque l'année de l'intégration concrète de l'IA dans les rédactions. La magie s’est quelque peu évaporée et laisse la place au pragmatisme. On passe des expérimentations à la productivité. On pourrait d’ailleurs regretter que l'intégration de l’IA dans la plupart des rédactions soit principalement motivée par la recherche d'efficacité plutôt que par le désir de stimuler la créativité. A l'avenir, nous devrions certainement étendre l'utilisation de l'IA au-delà de la simple efficacité accrue de ce que nous faisons déjà. Mais en attendant, il faut survivre.

D'un assistant de rédaction à l’outil pour proposer des formats pour les jeunes publics, les applications de l’IA dans les rédactions créent déjà de la valeur. Bien que l’ensemble des intervenants reconnaisse la difficulté actuelle de mesurer l'impact économique et le retour sur investissement, Nicholas Diakopoulos met en avant, à travers une enquête récente menée avec l'Associated Press, que 74 % des rédactions interrogées ont intégré l'intelligence artificielle à leurs processus.

Et comme aux débuts de la transformation numérique, c’est la presse écrite qui avance rapidement, en tout cas ici dans le Nord, devant le décor de Pressen, où autrefois au sous-sol résonna le  ronronnement des rotatives pour imprimer les journaux papier, disparues depuis. Un petit rappel de la nécessité d’adaptation face au changement. Pendant que les uns se figent en sidération face à l’appétit insatiable des big tech qui ont dévoré sans gêne les contenus produits par les médias pour entraîner leur mémoire, d’autres testent des solutions IA qui peuvent potentiellement sauver les rédactions de leur disparition.

Présentation de David Caswell 

Dans les cas d'usage concrets présentés au NAMS certains adoptent une approche holistique, tandis que d'autres répondent à un besoin spécifique (souvent selon les moyens disponibles dans les rédactions).

Les IA super-collaborateurs

Tore Rich, chef de produit pour l'IA générative chez l'éditeur danois JP/Politikens Hus, a présenté MAGNA, un chatbot multitâche fonctionnant sur Microsoft Azure. Développé avec les journalistes de ExtraBladet, MAGNA est une aide précieuse dans les tâches du quotidien avec 3 principaux groupes de fonctionnalités : « Ask the archive », basé sur la recherche sémantique pour proposer des sommaires, des rappels des faits et même faire une première ébauche d’un article ; un outil d’aide à la rédaction pour raccourcir un article, l’améliorer, proposer des contenus similaires ; et un support au Live avec une mise à jour automatique du sommaire et l’identification de sujets dans les commentaires, le tout toujours avec un humain dans la boucle. Les développeurs n’ont pas encore travaillé sur le process d’onboarding des journalistes, mais ont soumis une idée : commencez par quelques utilisateurs heureux qui feront passer l’information...

Un peu dans la même veine, Jody Doherty-Cove de Newsquest AI a présenté une interface qui propose à partir de notes (vérifiées) une première ébauche d’article. 3500 articles assistés par IA seraient publiés de cette façon chaque mois par 12 "journalistes IA" distribués dans tout le Royaume-Uni. Dans son portfolio, il y a le Berrow’s Worcester Journal, l’un des plus anciens journaux du monde, qui, en intégrant l’IA dans ses process, a réussi à dégager du temps que les journalistes passent désormais avec la communauté. Pour lui, l’IA est le bon outil au bon moment : à une époque où les éditeurs de contenu se retirent des algorithmes aléatoires des réseaux sociaux, l'IA pourra permettre davantage de découvrabilité (à condition de disposer des méta-données nécessaires).


Aftonbladet a formé 260 journalistes à l'art du prompt

Martin Schori et Elin Wieslander du journal suédois Aftonbladet ont présenté plusieurs façons dont ils adoptent l'IA, certaines très créatives. Au sein de leur AI Hub, une équipe de sept personnes issues de différents services de l'entreprise, travaille à temps plein pour explorer les solutions d'IA et former leurs collègues. Ici aussi, on a opté pour une solution d’interface intégrée, le « Buffet IA ». Celui-ci comprend un outil pour aider les journalistes à trouver des idées d’angle sur un sujet (un 'brainstormer') un assistant pour optimiser le SEO, un assistant pour la relecture dans le style de Aftonbladet, et un outil « Assistant Jeunesse » pour créer des encadrés informatifs, des chronologies et d'autres formes de contenu qui sont populaires auprès des jeunes publics. Les plus plébiscités par la rédaction : justement, ce « fact-box », un résumé de faits contextualisé dans un article, la transcription / traduction, et l'aide au SEO.

'L'Assistant Jeunesse' de Aftonbladet

Comment ont-ils convaincu leur direction, sans le soutien de laquelle la meilleure stratégie IA reste peu utile ? Ils ont rappelé que l'avance de Aftonbladet lors de la transformation digitale provenait du fait qu'ils étaient parmi les premiers à équiper les journalistes avec des iPhones. Ils ont donc posé la question : « Voulez-vous rater cet instant iPhone ? ». Toutefois, un petit bémol subsiste : malgré une réelle attente de résultats, la technologie n'est pas encore au point pour tous les cas d'usage.

Une boîte à outils  

Aida Kokanovic de Danmarks Radio (DR) a décrit deux outils qu'elle a développés avec sa rédaction pour aider et démocratiser la recherche en Open Source. L'un d'eux est une « Machine à Chronologies » : un outil capable d’analyser de grandes quantités de documents pour la recherche de données dans des PDF, qui les segmente en conséquence, puis les classe dans l'ordre chronologique. Ces sections sont ensuite résumées en utilisant la technologie d'OpenAI. Il a entre autres servi dans le scandale du glissement de terrain chez Nordic Waste au Danemark pour analyser 16 430 pages de documents.

Une seconde solution, Nebula, aide les journalistes à générer des idées d'articles autour d'une certaine thématique, en suggérant des manières de développer différents angles, de définir des objectifs et des périmètres. Il offre également une aide pratique, en proposant des outils OSINT et en intégrant des tutoriels vidéo.

Un outil

Face aux IA multitâches, Lasse Funder Andersen, responsable IA à la DR, nous rappelle que parfois, on a juste besoin du bon outil pour la bonne tâche, comme un expert en lecture et en extraction de métadonnées. Cependant, l'entraînement n'était pas facile pour autant pour obtenir les résultats attendus avec l'agent pré-entraîné (le P de GPT) : malgré des centaines d'exemples et d'explications détaillées sur la tâche, l'article et la fonction, il est crucial d'être le plus précis possible pour éviter des réponses inadéquates comme 'Certainly, here is some lovely metadata for you'. C'est seulement après avoir intégré une approche basée sur un ensemble de règles, comme la règle stipulant que les citations doivent être placées entre guillemets, qu'il a atteint un taux de succès de 99 %. Sa conclusion : 'Nous sommes satisfaits de notre modèle 'Rain Man' et espérons pouvoir indexer l'ensemble de nos archives."

Des tâches spécifiques dans les petites rédactions

L’IA est une aubaine pour les rédactions avec peu de moyens, surtout quand elles sont en capacité de s’associer à des experts. Elles arrivent alors même à contourner des idées arrêtées sur l'incapacité des LLM à maîtriser les langues minoritaires. La preuve en est faite par Masaana Egede de Sermitsiaq, journal national du Groenland, et Lars Damgaard Nielsen de la startup technologique MediaCatch qui ont présenté un outil de traduction que les deux entreprises ont développé ensemble. La structure agglutinative de la langue groenlandaise (bien pire que l’allemand) est un challenge pour tout traducteur : nalunaarasuartaatilioqateeraliorfinnialikkersaatiginialikkersaatilillaranatagoorunarsuarrooq est composé de 92 lettres et signifie : « une fois de plus, ils ont essayé de construire une station de radio, mais apparemment elle n’est encore qu’à l’état de projet ».

Le projet a utilisé des articles déjà traduits par des journalistes de Sermitsiaq pour développer un nouvel outil de traduction de texte à texte qui propose une version plus précise du groenlandais au danois et vice versa. Il a été entraîné en appariant des phrases spécifiques en groenlandais et en danois tirées des articles pour inclure le contexte et a ensuite été évalué par des traducteurs humains. Cet outil de traduction est maintenant vendu dans le cadre d'un abonnement professionnel à Sermitsiaq, ce qui a permis de plus que doubler les abonnements numériques du média. Et l'avantage pour les journalistes : une tâche qui prenait 2 à 4 heures est désormais effectuée en 8 minutes. Un gain précieux pour une petite rédaction qui compte ses moyens.


Lily Mafi de Zamaneh Media

Le journal iranien en exil, Zamaneh Media, utilise aussi les LLM pour transcender les barrières linguistiques. Lily Mafi, directrice de la communication et éditrice, a présenté leur outil qui automatise la création de résumés en anglais à partir d'articles rédigés en persan, et qui sert également à automatiser une newsletter avec l'objectif de rendre accessible leurs contenus à un plus grand public. 

Sultan Suleimanov du journal russe Meduza, autre média en exil, a exprimé ses réserves sur les limites des LLM pour les contenus en langue russe et, pour des raisons évidentes, a en même temps écarté l’utilisation d’un LLM russe, même s'il était disponible. Il rêve d’un outil d’IA qui transformerait magiquement leurs articles longs en différents formats à destination de différents publics. Il a également averti que les armées de trolls russes, bien qu’elles n’aient pas besoin de l’IA, pourraient voir leur impact amplifié avec l’accès à l’IA générative : le gouvernement russe pourrait « utiliser l'existence de l'IA générative pour réduire l'existence de la vérité. » Pour l’instant, il reste plus terre à terre en concluant sa présentation avec la phrase « Une bonne IA est une IA ennuyeuse » !


Sultan Suleimanov du journal russe Meduza

L’importance de rendre accessibles des langues non maîtrisées par un public nordique a été démontrée par Ines Hamdan, journaliste chez Sydsvenskan, qui a exposé les méthodes de storytelling de AJ+ sur la Suède. Selon les récits diffusés par le média qatari, le passe-temps préféré des Suédois serait de « brûler le Coran le matin, kidnapper un enfant à midi et rêver de l’OTAN le soir ». En utilisant une méthode quelque peu artisanale consistant à copier des informations dans ChatGPT, puis en lui demandant un clustering par mots clés les plus utilisés, elle a réussi à révéler que la plupart des contenus sur la Suède provenaient en fait d’une agence de presse turque. 

Des recommandations plus intelligentes

Le data scientist Jacob Welander a présenté l'approche du groupe Schibsted en matière de recommandation de contenu et de personnalisation. Le projet Curate implique l'automatisation partielle des pages d'accueil pour certains titres du groupe, où les premières positions sont encore contrôlées manuellement tandis que les autres sont déterminées par le système automatisé. Welander a expliqué comment le système de recommandation de contenu a commencé avec des simples « rankers », des algorithmes qui prennent une liste d'articles et les notent selon leur pertinence, pour ensuite être personnalisé en ajoutant différents sujets d'actualité comme valeur de classement afin de répondre aux intérêts variés au-delà de la démographie dominante – c'est-à-dire ne pas suggérer plusieurs articles de sport à tous les utilisateurs simplement parce qu'un large segment d'audience aime les articles de sport (en l'occurrence, les hommes).


Jacob Welander, Schibsted

C'est grâce au filtrage collaboratif, un processus qui relie les dimensions utilisateur et contenu, que les résultats ont gagné en pertinence. Ce système apprend les préférences des utilisateurs et leur relation au contenu, sans se baser sur des étiquettes ou d'autres marquages. Fondé sur les intérêts passés et les interactions avec les articles, ce filtrage permet de recommander de nouveaux articles. La recommandation de contenu est déjà en place sur la plupart des sites de Schibsted, avec Aftenposten qui personnalise actuellement 66 des 80 emplacements de sa page d'accueil pour les abonnés. Cette stratégie offre plusieurs avantages : une meilleure distribution de contenu de niche et un engagement accru des lectrices, notamment celles âgées de 30 à 39 ans. Le prochain défi est la personnalisation pour les utilisateurs non connectés. 

3 générations de moteurs de recherche

Chez Podimo, l'IA facilite non seulement la découverte de podcasts d'archives, mais transforme également le moteur de recherche d'une simple machine de (non)découverte en un agent conversationnel. Après avoir appris à classer les podcasts et à exploiter la recherche sémantique, qui élimine le besoin de mots-clés précis, les équipes de Benjamin B. Biering travaillent désormais sur une découverte en conversation libre. Ce nouveau système, basé également sur un modèle pré-entraîné disponible sur Hugging Face, a triplé leur taux de conversion.

Doit-on instruire les LLM ?

Au sujet de la fâcheuse question des droits d’auteur deux mondes se sont affrontés : d’un côté, Natali Helberger, professeure à l'Université d'Amsterdam, qui est revenue sur le feuilleton de l’IA Act européen, qui n'adresse les questions du droit d'auteur que sous l'angle de la transparence.

De l’autre, le journaliste Jeff Jarvis, pour qui le concept du copyright est dépassé (cela lui rappelle d’ailleurs la bataille de la presse écrite contre l’arrivée de la radio) : « Nous nous lisons les uns les autres et apprenons les uns des autres. C'est ce que j'appelle une véritable panique morale. » Pour lui, « nous passons d'une ère de premières pages et d'une ère de recherche et de réseaux sociaux à une ère de requêtes. Les gens peuvent poser des questions. » Si « l'IA générative ne devrait pas être utilisée pour écrire des articles de presse. Point final », les articles de presse devraient au moins servir à rendre plus intelligente l'IA, surtout dans un pays comme les États-Unis où tout est protégé par le copyright : « Voulons-nous des LLM de plus en plus stupides et de plus en plus ignorants ? » La monnaie à négocier n'est pas l'entraînement des modèles avec nos contenus (celle-ci est déjà perdue), mais l'accès à une information de qualité.

Se pose alors la question du pacte faustien avec les géants de la tech : partager ou ne pas partager, et à quel prix ?


Présentation Ezra Eeman

Une transparence intelligente

Les recommandations de l’initiative Nordic AI Journalism (400 signataires essentiellement des Nordiques) sur la gestion de la Transparence, détaillées par Agnes Stenbom, Fondatrice & Directrice du IN/LAB, Schibsted, sont une excellente boussole pour toute rédaction à la recherche de bonnes pratiques :

  • Transparence est requise quand l’IA est utilisée dans des contenus à fort impact journalistique
  • Des utilisations internes de l’IA ne requièrent pas de transparence (amélioration SEO, transcription pour une utilisation interne, correction)
  • Quand vous évoquez l’utilisation de l’A, précisez l’outil (ce qui est d’ailleurs obligatoire pour certains comme Dall-e, cf. les CGU)
  • Les labels visuels ne font que brouiller la lecture, il vaut mieux expliquer la démarche, dans un vocabulaire harmonisé et partagé par tous les médias (qui pose la question du rôle que l’on attribue à l’IA) :

Dans l'industrie médiatique suédoise, l'expression choisie pour parler de l'intelligence artificielle est « avec le support de l’IA », car elle évite l'implication que les humains sont inférieurs à la technologie, suggérée par « avec l’aide ». Contrairement à « ensemble avec », elle ne prête pas de conscience à l'IA, et elle offre plus de précision que l'emploi de « via ».

'Reality Check'

Pour finir, quelques idée clés de la prise de hauteur par Ezra Eeman dans son Reality Check :

  • L'année dernière, nous avons vécu le big bang technologique, avec des questionnements autour de la mise en œuvre de l'IA générative et de son impact. Cette année, la question est plus précise, autour des écosystèmes de modèles de langage, l'efficacité et l'expérimentation, devant le bruit ambiant et des partenariats possibles.
    La suite : la recherche sémantique et les agents, l'intégration stratégique, avec une véritable disruption dans les années à venir.
  • Quand les modèles aujourd’hui ont souvent encore des traces de coquille d’œuf qui sort juste d’un labo de recherche, l’IA générative évoluera dans les années à venir de plus en plus vers un Anything to Anything supermodèle, avec un axe fort sur le son et la vidéo. Nous sommes de plus en plus dépendants des big tech : la plupart des exemples montrés ont été hébergés sur Microsoft Cloud Azure (pas forcément adapté au finetuning selon les retours d'expérience des rédactions, NDLR).

  • L’intelligence artificielle personnelle deviendra accessible à tous, agissant comme un supercalculateur de poche qui fonctionne sans connexion Internet, ce qui stimulera l’émergence d’une nouvelle génération de générateurs d’IA.
  • Les applications autonomes d’IA évoluent pour s'intégrer dans des flux de travail plus larges, ce qui optimise les processus et les rendements.
  • Nous assisterons à la naissance des Large Action Models, des modèles d’IA conçus pour comprendre les intentions et faciliter les interactions via des interfaces utilisateurs intuitives.
  • Dans le domaine de l'IA, les fonctionnalités comme la transcription et l'assistance rédactionnelle deviennent standard ; l'innovation se trouve désormais dans le développement de formats novateurs.
  • Pour atteindre ces objectifs, on observera une consolidation dans l'industrie des médias, avec de grands groupes contrôlant un portefeuille étendu de marques, parallèlement à un écosystème de créateurs extrêmement fragmenté.

Une histoire de pouvoir

Felix M. Simon, Oxford Internet Institute, nous a rappelé que l'objectif des entreprises technologiques était/est de construire, conserver et étendre de plus grandes bases d'utilisateurs et de contrôler l'accès à celles-ci. Et dans sa keynote finale, Melissa Heikkilä, journaliste IA au MIT, a ajouté par la démonstration que l’IA est loin d’être neutre et que tout ceci est une histoire de pouvoir. La journaliste avait testé l’appli Lensa alimentée par Midjouney avec un résultat publié dans un article du magazine du Massachusetts Institute of Technology. Elle a lancé un avertissement cinglant : ne laissons pas les marchands de Silicon Valley nous pousser des Turcs mécaniques coûteux et truffés de biais...


Melissa Heikkilä, journaliste IA au MIT

Et parfois, les IA génératives sont encore un peu limitées. Tove Mylläri, AI Innovation Lead chez Yle, a remarqué que le script généré par l’IA pour leur émission humoristique Miki and Köppi était bien trop « gentil ». En revanche, Hikikomori, un long format qui a utilisé l’IA de Tortoise pour faire ressentir l'expérience, est devenu l'une de leurs histoires les plus lues. Il s'agit d'utiliser l'IA au bon moment et pour le bon usage.

A emporter

Ne perdez pas de temps à apprendre aux journalistes à prompter, donnez-leur des solutions intégrées dans leurs outils. Collaborez, échangez. Dans un monde rempli d'IA, quelle est exactement la fonction du journalisme et le rôle des journalistes ? Il faudra être moins "d’actualité" et plus "de service". Elle va augmenter le rôle du journalisme, mais ne devrait pas essentiellement modifier ses valeurs. Nos efforts doivent être ancrés dans nos missions uniques et nos valeurs journalistiques fondamentales, mais nous devons réinventer les manières dont nous réalisons ces principes pour nous positionner stratégiquement dans un écosystème d'information propulsé par l'IA, qui sera fondamentalement différent du paysage actuel.

De quelles nouvelles compétences avons-nous besoin dans les rédactions ?

  • De la patience (la technologie n’est pas forcément au point)
  • De la curiosité (apprendre à apprendre, y compris d’autres industries)
  • De l'ouverture (il est essentiel de privilégier une collaboration collective pour les projets IA)
  • De la disponibilité (pour co-construire les outils adaptés) et utiliser la technologie pour abattre les barrières technologiques.

Kalle Kovacs, éditeur numérique au SR, a rappelé quelques bonnes pratiques du prompt, pour les rédactions qui n’ont pas la chance de disposer d'un outil sur mesure : parfois, il suffit de dire au bot de ne pas « inventer des faits ». Et il faut tout remettre en question, tout le temps...


Kalle Kovacs, éditeur numérique au SR, devant les réactions des journalistes de la SR

Pour ne pas basculer de l’utopie à la dyschronie et se retrouver piégés dans le labyrinthe magique du buzz étincelant de l’IA générative, il faut tester, co-construire des outils avec les rédactions, et toujours se poser la question de la valeur ajoutée pour les publics. Dans quelques années, aura-t-on encore besoin de labéliser les contenus créés avec l’IA ou cela reviendrait-il au même que si l'on disait aujourd’hui « Cet article a été rédigé avec le support d’Internet ? » Pour Ezra Eeman, les IA génératives sont ni des machines à vérité, ni des machines à créativité. Nous devons exploiter l'IA pour enrichir et transformer nos offres d’information. Demain, on aura peut-être des agents IA qui nous recommanderont les infos sous forme liquide et prédigérée. Mais n’oublions pas que l’Internet n’est pas une technologie, mais un réseau d’humains, rappelle justement Jeff Jarvis. Pour l’IA c’est un peu le même enjeu : nous devons arrêter de la considérer sous l’angle technologique. Car des humains, il en faut encore pléthore pour l’IA. L’IA est magique, mais surtout humaine. Démonstration faite lors de ces deux jours profondément inspirants à Copenhague, et dans le making of de la vidéo Sora Air Head de la boîte shy kids ci-dessous :

 

Illustration de l'article : image générée par IA, capture de la présentation de Lasse Funder Andersen, responsable IA à la DR

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Liens vagabonds : Ces « ingénieurs du chaos » qui alimentent les fake news

Contrairement à ce que l'on peut penser, certains individus diffuseurs de fake news n'agissent pas dans le seul but de promouvoir une idéologie spécifique ou de discréditer un adversaire politique. Il existe une catégorie d’individus motivés par un désir pur et simple de « chaos ». Ces derniers semblent intéressés par des histoires qui sapent la confiance dans tous les systèmes de pouvoir.

Une étude de la Cambridge University, intitulée « Le Besoin de Chaos et les Motivations derrière le Partage de Rumeurs Politiques Hostiles » (The « Need for Chaos » and Motivations to Share Hostile Political Rumors) explore cette tendance. Les participants, indépendamment de leur affiliation politique, ont montré une propension à partager des fausses informations concernant divers politiciens américains, qu'ils soient démocrates ou républicains, tels que Bernie Sanders, Ted Cruz, Hillary Clinton et Donald Trump. Selon le chercheur Michael Bang Peterson, les « ingénieurs du chaos » sont plus susceptible d’être en accord avec les affirmations telles que : « Nous ne pouvons pas résoudre les problèmes de nos institutions, nous devons les démolir et tout recommencer à zéro » ou « J'ai besoin de chaos autour de moi, c'est trop ennuyeux s'il ne se passe rien ».

Qui sont ces ingénieurs du chaos ?

« Ces individus ne sont pas des idéalistes qui cherchent à détruire l'ordre établi afin de construire une société meilleure pour tous » explique Michael Bang Peterson dans une interview dans The Atlantic. Par exemple, un électeur du New Hampshire, bien établi financièrement, a exprimé son désir que Donald Trump « brise le système » pour engendrer « quatre années misérables pour tout le monde ».

Pour certains, le besoin de chaos représente une stratégie de dernier recours pour obtenir une reconnaissance du système. Une métaphore du journaliste Derek Thompson décrit le phénomène :

« Vous êtes un homme d'âge moyen et vous jouez à un jeu, qu'il s'agisse de dames ou d'échecs. Vous avez l'habitude de gagner. Mais vous avez perdu plusieurs fois de suite, et toujours contre les mêmes personnes. Aujourd'hui, vous perdez à nouveau et cela ne vous semble pas normal. Vous n'avez pas fait de faux pas. Quelque chose ne va pas. Quelque chose doit être truqué. Ils doivent tricher. Dans un accès de rage, vous renversez la table et les pièces s'éparpillent et se brisent. Pourquoi faire cela ? Casser le jeu rend la situation pire pour tout le monde. Mais il ne s'agit pas d'améliorer les choses. Il s'agit d'avoir le sentiment d'agir et de contrôler la situation. Il s'agit de ne pas se sentir perdant. On pourrait parler de chaos. Mais au moins, c'est le chaos que vous avez choisi ».

Bien que l’étude ne prenne en compte que la population américaine, on observe des tendances similaires en France. La vieille rumeur, selon laquelle Brigitte Macron serait en réalité un homme transgenre, a récemment repris de l’ampleur après avoir été relayée par la figure américaine pro-Trump Candace Owens. Raphael Llorca, chercheur à la fondation Jean-Jaurès souligne : « Qu’importe le flacon, pourvu qu’on ait l’ivresse de porter atteinte aux puissants qui nous dirigent ». Selon lui, cette tendance à propager le chaos n'est pas le fait d'extrémistes, mais plutôt de « citoyens lambdas » qui se laissent emporter par le besoin de déstabiliser les structures de pouvoir établies. Lors de son intervention à l’édition 2023 de Médias en Seine, David Chavalarias, directeur de recherche au CNRS s’alarmait : « la pandémie a créé un terrain très favorable à la remise en cause du système ». Par exemple, les climatosceptiques, issus principalement de la mouvance antivax, propagent des théories du complot visant à déstabiliser les institutions et à semer le doute sur les politiques environnementales. D’après l’étude du chercheur, les algorithmes de recommandation de X concentreraient le pouvoir social entre les mains des comptes les plus toxiques avec une estimation de +80 à +180% de compte nocifs dans le top 1% des influenceurs depuis 2023.

Des chiffres alarmants, d'autant plus que de nombreux politiciens privilégient désormais les influenceurs aux journalistes pour diffuser leur message. Un exemple frappant est celui de Joe Biden, qui a organisé jeudi 28 mars une soirée de levée de fonds, entouré d'influenceurs. Wired explique que la presse était quant à elle « dans la loge ». Les influenceurs ont désormais autant accès au président que les journalistes, et les messages politiques se noient dans le chaos des réseaux sociaux... 

CETTE SEMAINE EN FRANCE

  • Des ministres entraînés à la « prise de parole médiatique » par des journalistes (Le Monde)
  • « HugoDécrypte » lance son site d’annonces d’emploi, pour "rapprocher les jeunes des entreprises" (Le Monde)
  • Quels sites bloquent GPTbot d’OpenAI, Gemini de Google et Claude d’Anthropic en France le 4 avril 2024? (Olivier Martinez)
  • L’Équipe applique l’IA générative aux commentaires de ses internautes (Mind media)

3 CHIFFRES

  • Les médias français investissent 3 milliards d’euros par an dans la production de l’information, d'après une étude menée dans le cadre des États généraux de l’information.
  • Les start-up françaises ont levé seulement 454 millions d'euros en mars, selon le Journal du net.
  • D'après The Information, OpenAI et Microsoft élaborent des plans pour un centre de données de 100 milliards de dollars connu sous le nom de code Stargate.

LE GRAPHIQUE DE LA SEMAINE

Parmi toutes les offres du New York Times, les utilisateurs passent désormais plus de temps sur les applications de jeux du NYT que sur n'importe quel autre contenu.

Source : Graphique créé par ValueAct Capital, basé sur des données de Yipit et apparu dans un récent rapport de la Sec

NOS MEILLEURES LECTURES / DIGNES DE VOTRE TEMPS / LONG READ

  • L'histoire de Disney+ (Puck)
  • La "beastification de YouTube" touche peut-être à sa fin (Washington Post)

DISRUPTION, DISLOCATION, MONDIALISATION

  • YouTube TV est en passe de devenir la plus grande plateforme de télévision payante aux États-Unis (The Desk.net)
  • Le New York Times va bientôt vendre ses publicités en fonction de l'"attention", une alternative aux normes du secteur telles que la visibilité et les impressions (Marketing Brew)
  • Le search génératif de Google est arrivé au Royaume-Uni (BBC)
  • Comment Google a perdu du terrain dans la course à l'IA (FT)
  • Google envisage de rendre payante la recherche assistée par l'IA, ce qui constituerait un changement majeur de son modèle économique (Financial Times)

DONNEES, CONFIANCE, LIBERTÉ DE LA PRESSE,DÉSINFORMATION

  • Après des mois de persécution, Al Jazeera sera bientôt interdite en Israël (RSF)
  • Du pizzagate aux élections de 2020, les procès en diffamation obligent les menteurs à payer ou à s’excuser (New York Times)
  • Un pirate informatique vigilant a mis hors service Internet en Corée du Nord. Maintenant, il retire son masque (Wired)
  • TrueMedia.org propose des outils pour lutter contre les contenus manipulés par l’intelligence artificielle (New York Times)

LÉGISLATION, RÉGLEMENTATION

  • Google accepte de détruire les données de navigation collectées en mode Incognito (The Verge)
  • Les États-Unis et le Royaume-Uni signent un accord historique sur les tests de sécurité de l'IA (Financial Time)

JOURNALISME

  • Comment les dirigeants de Vice ont brûlé leur salle de rédaction (The Verge)
  • Journalistes victimes de la guerre entre Israël et Gaza (CPJ)
  • Comment l'écosystème de l'information pourrait-il se présenter à l'ère de l'IA générative ? (Reuters Institute)

STORYTELLING, NOUVEAUX FORMATS

  • Wonder Chase, La BBC arrive dans Roblox (BBC)

  • Le NYT proposera bientôt la plupart des articles via une voix automatisée (Axios)
  • Comment les écrivains et les créateurs se rapprochent de leurs lecteurs, et en trouvent de nouveaux, grâce à leur voix (Substack)
  • Une newsletter sur notre relation inconfortable avec les téléphones devient l'e-mail à la croissance la plus rapide du Guardian (Nieman Lab)
  • Facebook s'attaque à TikTok avec un nouveau lecteur vidéo vertical (TechCrunch)

 

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ENVIRONNEMENT 

  • Le Haut Conseil pour le climat alerte sur un « risque de recul de l’ambition » de la France (Le Monde)

RÉSEAUX SOCIAUX, MESSAGERIES, APPS

  • Yahoo annonce l'acquisition d'Artifact, la plateforme de découverte de l'actualité créée par les cofondateurs d'Instagram, Kevin Systrom et Mike Kriege (Yahoo)
  • Les imitations de RuPaul's Drag Race générées par l'IA inondent Instagram et TikTok (Wired)
  • Substack prépare les écrivains à une implosion semblable à celle de Twitter (Home with The Armadillo)
  • Comment les médias sociaux se sont transformés en centre commercial (Wired)
  • Pour échapper à l'algorithme, les fashionistas font leur shopping via Substack (Vogue Business)
  • La campagne Premium "gratuite" de X donne aux gens des chèques bleus qu'ils n'ont pas demandés (The Verge)
  • TikTok s'adresse à des religieuses, des vétérans et des éleveurs dans le cadre d'une campagne de marketing éclair (New York Times)

IMMERSION, 360, VR, AR

  • Le jeu de pêche en réalité virtuelle sud-coréen attire 1 million d'utilisateurs (Financial Times)

STREAMING, OTT, SVOD

  • Le diffuseur de K-Entertainment Kocowa+ poursuit son déploiement avec des lancements en Europe et en Océanie (Deadline)

AUDIO, PODCAST, BORNES

  • Apple s'intéresse aux podcasts par abonnement (Semafor)
  • Les PDG de la tech trouvent des animateurs de podcast sympathiques qui les aident à faire passer leurs messages (Bloomberg)
  • Google Podcasts a disparu - et ma confiance en Google s'en trouve amoindrie (The Verge)

Web3, BLOCKCHAIN, CRYPTO, NFT

  • Google poursuit des escrocs en crypto-monnaies pour avoir incité les gens à investir dans des produits qu'ils ne récupéreront jamais (The Verge)

INTELLIGENCE ARTIFICIELLE, DATA, AUTOMATISATION

  • ChatGPT devient accessible (aux US) sans avoir à créer un compte (TechCrunch)
  • Jon Stewart sur les fausses promesses de l'IA
  • "J'ai vu mon visage parler une autre langue" : les influenceurs clonés par l'IA (Financial Times)
  • L'art délicat de l'ingénierie de prompt humaine : Comment parler à une personne comme ChatGPT (ArsTechnica)
  • Un laboratoire révèle comment les dispositifs de sécurité de l'IA peuvent être facilement contournés (The Guardian)
  • Une exposition sur la Seconde Guerre mondiale alimentée par l'IA permet aux visiteurs de parler aux héros de la "Grande Génération" (Straight Arrow News)
  • La boutique GPT d'OpenAI déclenche des plaintes pour violation du droit d'auteur (Wired)
  • "L'IA vous aide à compenser vos faiblesses", rapporte l’auteur qui a remporté le plus grand prix littéraire japonais avec l’aide de ChatGPT. (El Pais)
  • On peut désormais éditer des images dans DALL-E (The Verge)

MONÉTISATION, MODÈLE ÉCONOMIQUE, PUBLICITÉ

  • Le plan de Spotify pour monétiser les événements en direct (Adweek)
  • Des marques ont payé pour des publicités sur Forbes.com. Certaines l’ont fait sur un site copié (Wall Street Journal)

 

Kati Bremme, Alexandra Klinnik et Aude Nevo

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Assises du journalisme : « Le journalisme, c’est du sport »

Être journaliste requiert aujourd'hui une endurance sans faille. Confrontés à des pressions économiques et politiques croissantes, les professionnels de l'information doivent naviguer avec habileté à travers un océan de contraintes et de fake news. Les Assises internationales du journalisme et de l'information de Tours se sont affichées sous l'étendard du journalisme sportif. Un choix symbolique, anticipant la fièvre des Jeux Olympiques mais soulignant surtout le défi de taille que représente la navigation dans les eaux tumultueuses de l'information en 2024.

Par Alexandra Klinnik du MediaLab de l'Information de France Télévisions 

La 17ème édition des Assises internationales du journalisme et de l'information, qui s'est déroulée du 25 au 30 mars à Tours, a été le théâtre de discussions vives autour des défis majeurs auxquels sont confrontés les journalistes. Des sujets aussi divers que l'utilisation de l'IA par les rédactions, le rôle prépondérant de la communication dans le traitement médiatique du sport à l'approche des Jeux Olympiques, les attentes du public français en matière d'information. Sans oublier la place des femmes dans journalisme sportif, trop souvent négligée. Résumé des principaux points.

Le journalisme et l’IA : concrètement, on fait quoi ?

Comment profiter du potentiel de l’IA sans se faire dévorer ? La question a animé de nombreux débats. « Il n’y aura bientôt plus aucun contenu sans IA », a carrément prophétisé Sébastien Soriano, membre du comité de pilotage des États généraux de l’information. Quelle attitude adopter face à cet enjeu majeur et encore mal circonscris ? Florent Rimbert, responsable du développement numérique de l’Alliance de la Presse d’Information Générale (APIG), conseille de conserver « un regard critique » sans tomber dans le « rejet d’office ».

D’abord, les pratiques concrètes

Dans une volonté de démystifier l’arrivée de l’IA dans les médias français, l’événement s’est d’abord centré sur l’échange de pratiques concrètes et les précautions à prendre. 

Conférence « Le journalisme et l'IA : concrètement on fait quoi ? », animée par Xavier Eutrope, rédacteur La revue des médias INA

Chez Contexte, un hackathon interne a été organisé au sein des équipes pour imaginer de nouveaux produits utiles aux journalistes et aux abonnés. Au sein du média spécialisé dans les politiques publiques françaises et européennes, les journalistes ont toujours l’œil rivé sur le site de la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique. Le site diffuse régulièrement des avis sur des personnalités souhaitant quitter le secteur public pour le privé. Seulement, il n’envoie jamais d’alertes, ni de mail quand un avis est prononcé. « On doit créer un système d’alertes nous-mêmes, par le biais d’un script informatique. Cette pratique nécessite du temps et de faire appel à un développeur », explique Yann Guégan, chargé de l’innovation éditoriale chez Contexte et vice-président du Conseil de déontologie journalistique et de médiation. Lors du hackathon, la rédaction a donc imaginé une IA, s’appuyant sur l’API de ChatGPT capable de créer automatiquement les alertes. « On lui donne l’url de la page à récupérer, lui décrit le tableau qu’on aimerait obtenir, et on lui demande de créer une alerte dès que ce tableau change », poursuit le journaliste. 

Au sein du Consortium international des journalistes d’investigation, une organisation derrière les enquêtes cross borders comme les Panama Papers, l’IA est utilisée depuis 2016. « Lors des Panama Papers, il y a eu une fuite de données de plusieurs millions de données d’une complexité folle. Même quand vous impliquez des centaines de journalistes, vous ne pouvez pas tout déchiffrer », explique Pierre Romera Zhang, chef de la technologie du consortium. L’équipe a donc mis en place des outils dit de vision par ordinateur. Ils ont confié à l’ordinateur la mission de décrire des éléments visuels, d’extraire du texte des images. Pour eux, l’intelligence artificielle doit permettre d’automatiser des tâches que les journalistes ne sont physiquement pas capables d’exécuter. « A partir du moment où on sait que les journalistes sont capables de lire tous les documents, on ne va pas demander aux algorithmes de le faire pour nous », poursuit-il. L’utilisation de l’IA entraîne un processus très lourd de fact-checking. Les résultats sont vérifiés par trois personnes différentes. Une quatrième personne est chargée de prendre la décision de publier ou non.

Chez Franceinfo, des outils de détection IA ont été mis en place pour repérer des anomalies dans le flot d’informations. Par exemple, des internautes qui soudainement se mettent à tweeter frénétiquement. « Cette initiative nous a permis de détecter les attentats à l’aéroport de Bruxelles et de Strasbourg avant la sortie de la moindre dépêche AFP », souligne Estelle Cognacq, directrice adjointe Franceinfo.

La déferlante de fake news

Si la désinformation ne date pas de l’arrivée de l’IA, elle a pris une ampleur inédite avec le développement de nouveaux outils. Au cours des neufs derniers mois, il est ainsi devenu pratiquement impossible, même pour les meilleurs experts de distinguer les données réelles de celles générées par l’IA, « nous avons besoin d’une solution logicielle pour ça » rappelle ainsi un récent article de la BBC. Carole Chatelain, ex-directrice de Sciences et Avenir et présidente de l’association des journalistes scientifiques de la presse d’information (AJSPI) s’inquiète notamment des conséquences sur les publications scientifiques. Elle cite ainsi les travaux de Guillaume Cabenac, surnommé deception sleuth (« fin limier de la supercherie » en français), membre de l’Institut de recherche en informatique de Toulouse. Ce dernier a constaté que 3 articles sur 10 000 sont générés par l’IA. « Si cela peut paraître anecdotique, imaginez que sur les 100 000 avions qui volent dans le ciel chaque jour, il y en ait chaque fois 30 qui s’écrasent », contextualisait Guillaume Cabenac dans le Point.

Des fractures à venir

Si le secteur informationnel s’est donné comme objectif la réduction des barrières à l’entrée, l’utilisation de l’IA en tant qu’outil journalistique nécessite certaines ressources financières. Carole Chatelain mentionne ainsi les difficultés pour les journalistes indépendants, moins privilégiés pour accéder aux outils les plus perfectionnés. « Lorsque vous êtes journaliste dans une rédaction, vous bénéficiez des outils que l'entreprise met à disposition. Quand vous êtes un journaliste indépendant, qu’est-ce que vous faites quand ces abonnements coûtent 20 dollars par mois ? », alerte-t-elle.

Elle exprime également son inquiétude quant à la perte d’emploi potentielle due à l’automatisation par l’IA et appelle à des garanties pour préserver les postes. Selon un récent rapport, alertant sur une potentielle “apocalypse de l’emploi”, près de 8 millions d’emplois britanniques pourraient être supprimés perdus au profit de l’intelligence artificielle.

La question de la fracture générationnelle est également soulevée : quel sort pour les journalistes plus âgés, moins familiers de ces nouvelles technologies ? Seront-ils condamnés à être remplacés, ou pourront-ils être formés ? 

Le traitement du sport – entre poids de la communication et attente des supporters

La communication, « l’éléphant dans la pièce »

A l’approche des Jeux Olympiques, Jérôme Bouvier, président de Journalisme & Citoyenneté s’interroge : comment la liberté d’informer s’exerce « quand le sport spectacle, proie à des marques privées, édicte des règles de communication bien éloignées de l’olympisme ? ». 

La réponse ? Elle s’exerce difficilement. Surtout que le monde sportif obéit à des règles bien spécifiques qu’il est périlleux de contourner.  « Le sport est un monde à part. En politique, si vous voulez lever un lièvre, vous allez dans un parti, vous allez voir le copain d’a-côté qui va certainement vous filer des photocopies sur l’autre copain, du même parti. Je ne dis pas que c’est facile, mais il y a des points d’entrée. En sport, il y a une règle, c’est la fameuse phrase : ce qui se passe dans les vestiaires reste dans les vestiaires », analyse Thierry Vildary, journaliste France Télévisions, dans une conférence intitulée Violences, corruption, dopage, quelle investigation dans le journalisme de sport ? « C’est une règle d’omerta qui est encore plus solide que dans la mafia. Il n’y a pas de repenti dans le sport. On se tait ».  Et pour les journalistes qui dénoncent les dysfonctionnements dans le monde sportif, les pressions sont nombreuses. « J’ai eu 15 actions en justice en dix ans. Je n’ai jamais perdu », précise Marc Leplongeon, journaliste à l’Équipe. Emmanuelle Anizon, journaliste à l’Obs et autrice de Un si long silence sur la patineuse française Sarah Abitbol, violée par son entraîneur Gilles Beyer à l’âge de 15 ans, confirme : « La pression juridique est forte. Les coups de fil à la direction sont nombreux. On me promet de balancer des boules puantes sur internet. Il m’arrive de ne pas en dormir de la nuit ».

Conférence « Journalistes ou supporters » animée par Louise Audibert, journaliste indépendante

Au-delà de l’investigation, le journalisme sportif se heurte à bien d’autres obstacles. Aujourd’hui, la communication a verrouillé l’accès à l’info spontanée et même les conférences de presse sont accessibles aux seuls incrits – et… aux joueurs eux-mêmes. Surtout dans le milieu du football, le sport le plus regardé en France. Les stars du ballon rond, très présents sur leurs propres réseaux sociaux n’ont pas besoin de relais médiatiques et se suffisant à eux-mêmes. «Le football est l’un des secteurs les plus difficiles. Tout est très encadré. Il est plus facile de faire parler un homme politique, qui aura toujours quelque chose à dérouler, ou un acteur qui devra faire la promotion de son film… Un footballeur de très haut niveau n’a pas grand-chose à vendre. Il a peu d’intérêt à s’exprimer dans les médias », résume Lionel Dangoumau, directeur de la rédaction de l’Équipe. Une armée l’entoure : un communiquant, un juriste, un agent sportif… Difficile d’accéder « à la star » si une relation ne s’est pas nouée avant la célébrité. L’Équipe suit d’ailleurs les athlètes dès le plus jeune âge, pour contourner cet écueil. 

Et gare à celui qui voudrait court-circuiter la com’, et ne pas respecter les règles du jeu. Clément Gavard, journaliste chez Sofoot, en a ainsi fait les frais. Après six mois sans réponse positive du service com’ pour l’interview d’un joueur, il le contacte par ses propres moyens et obtient l’interview. Le service com’ est prévenu dès la fin de l’entretien. Et lui promet qu’il n’aura plus aucun joueur en interview. 

Les attentes contradictoires des « supporters »

Si les journalistes doivent gérer la muraille de la communication, ils sont également attentifs aux attentes contradictoires de « leurs supporters ». Selon la 7ème édition du baromètre Viavoice Les Assises 2023, qui se penche sur les attentes des citoyens envers les médias et l’utilité du journalisme, plus d’un Français sur deux estime que les journalistes de sport ne sont pas assez neutres et qu’ils affichent leurs préférences.  Des attentes qui changent quand l’équipe nationale est sur le terrain. Près d’un Français sur deux (45%) estime que les commentateurs doivent alors montrer leur 'supportérisme' national. Un chiffre qui monte à 65% parmi ceux qui s’informent très régulièrement.

Résultats de la 7ème édition du baromètre Viavoice Les Assises 2023

Pour les journalistes, il s’agit d’un travail d’équilibriste permanent. « L’émotion fait partie du sport. On se doit de le retranscrire. Si on enlève cette part d’émotion, le traitement est un peu dénaturé. Il doit y avoir de l’empathie, mais cela ne doit pas déborder », considère Lionel Dangoumau. 

 Où sont les femmes ?

Présentation des résultats de l'édition 2024 du Baromètre Viavoice

Des effectifs exclusivement masculins

Le journalisme de sport reste encore une profession et une activité largement occupée par des hommes. Selon une étude de l’Arcom, les femmes ne sont représentées qu’à hauteur de 20% sur les plateaux des émissions consacrées au sport et leur temps de parole y est seulement de 11%. Lors de la présentation du Baromètre, Frédérique Misslin, directrice adjointe RFI, constate que le chemin est encore long pour féminiser les rangs du journalisme sportif : « On a encore de gros progrès à faire. Dans notre service sport, il n’y a que des hommes. Ça fait mal. Peu de femmes tapent à la porte pour participer au service, que ce soit pour des CDD, des piges, un stage ou encore pour une mobilité interne. On fait appel à des consultantes pour les JO pour compenser. On a seulement une émission de foot présentée par une femme. C’est une vitrine ». Si le constat est amer, aucune initiative concrète pour résoudre ce problème n'a été avancée. 

Les médias doivent porter le changement

A la question du Baromètre, « à l’avenir, souhaiteriez-vous que davantage de femmes puissent faire ce métier », les Français ont répondu oui à 75%, 9% non et ils sont 16% à ne pas avoir répondu. Pour Cyril Petit, rédacteur en chef délégué au développement éditorial national Ouest France, ces résultats ne sont pas encourageants : « Je trouve inquiétant que 25% des personnes ne disent pas distinctement « oui ». C’est un mouvement global de la société qu’il faut enclencher et nous devons le porter. Le service public le fait par exemple en diffusant des compétitions féminines. »Il faut également encourager le changement, par le choix du vocabulaire employé. « Pourquoi on parle de ligue 1 féminine et simplement de ligue 1 quand il s’agit de joueurs masculins ? Est-ce que demain on ne devrait pas dire ligue 1 masculine ? ».

Conclusion

Les Assises devraient être un endroit propice pour l’introspection et les échanges constructifs. Pour le sociologue Jean-Marie Charon, « l’une des vertus des Assises, c’est que contrairement à nombre d’événements concernant les médias, il n’y a aucune volonté d’évacuer à priori les problèmes et les sujets de débat ». Les sujets qui n’ont pas été suffisamment débattus lors « de procédures très cadrées à l’initiative de l’État », sont « traités à ciel ouvert » aux Assises. Face à des discussions parfois vives, on a parfois eu l’impression d’assister à un festival de langues de bois. Si de nombreux médias sportifs ont assuré s’intéresser au traitement des violences sexuelles dans leurs colonnes, par exemple, aucun n’a instauré de dispositif concret. « Un groupe de réflexion va être mis en place », nous a assuré un dirigeant d’un grand média sportif, sans plus de précision. « Les femmes journalistes qui s’intéressent au sport s’auto-censurent, c’est malheureux, elles n’osent pas venir dans les services », déplore un autre. « Il faut être pro-actif ». A quand une vraie politique d’intégration et de réflexion sur la place des femmes dans le sport ?

 

Crédit photo de titre : Gaël Turpo

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SXSW2024 : L’IA, la nouvelle culture de masse

SXSW s’est ouvert cette année en pleine Journée Internationale de la Femme (ou des droits des femmes, selon le degré d’avancement de la lutte). La foule bigarrée dans les rues d’Austin, ville texane réputée pour ses tacos, son université et sa créativité (avec son slogan « Keep Austin weird ») s’est rassemblée dans un festival unique au monde qui combine musique, cinéma, digital... et, cette année, l’incontournable Intelligence Artificielle. En plein #Kategate, SXSW a aussi vu s’inaugurer une nouvelle époque où l’on se pose désormais continuellement la question des limites du réel.

Kati Bremme, Directrice de l’Innovation, Rédactrice en chef Méta-Media, de retour de SXSW

A un moment de l’histoire où les entreprises adoptent l’IA plus rapidement qu’elles n’ont adopté Internet, les optimistes (Ray Kurzweil) s’opposent aux pessimistes, avec un nouveau rapport commandé par le Département de l’Etat des Etats-Unis qui alerte que « l'IA pourrait représenter une menace de niveau d'extinction pour les humains ». A SXSW, la vision européenne de la réglementation rencontre l’incompréhension totale des industriels (et des journalistes) américains, le monde du cinéma est inquiet face à une IA potentiellement auto-créative, l’industrie du gaming pourrait bientôt connaître la prochaine vague de grèves et ce festival, qui a lancé Twitter en 2006, met aujourd’hui en avant les dangers, voire la fin des réseaux sociaux : « Social Media is Dead, Long Live Culture Media ».

Supercycle technologique, singularité et pizza  

SXSW est aussi le moment d’essayer de comprendre les tendances de demain : des plus bizarres, comme les médicaments pour perdre du poids (MIT) aux plus évidentes comme l’Intelligence Artificielle Générale, en passant par les non-évidentes, mises en avant par Rohit Bhargava, y compris des morceaux de musique imprimés sur des morceaux de pizza. Le dilemme avec l’IA aux Etats-Unis commence avec une question d’ordre grammatical : quel pronom attribuer à l’IA ? She / It / He / They ? On les a tous entendus à SXSW.

Amy Webb a bien-sûr présenté ses Tech Trends, qui mettaient cette année l’accent sur un nouveau supercycle technologique (notre analyse complète ici). Elle a détaillé trois principales tendances, tirées des 1000 pages du rapport du Future Today Institute, qui regroupe à la fois nouvelles technologies et industries : L’IA, devenue technologie à usage général au même titre que l’électricité, la machine à vapeur ou Internet, l’écosystème connecté des objets et la biotechnologie.


MIT, 10 Breakthrough Trends

Elizabeth Bramson-Boudreau, directrice et éditrice du MIT Technology Review, a, de son côté, fait une liste de dix tendances de rupture. Mais avant d’annoncer des influences qui vont des pompes à chaleur au médicaments pour la perte de poids (#Ozempic), elle a alerté sur le danger que court le secteur du journalisme scientifique face à des médias en perte de revenus publicitaires: National Geographic est en fermeture progressive, Wired a licencié 20% des journalistes, dont 100% de l’équipe scientifique, CNN a fait de même avec ses reporters tech. Tout le secteur est à un « niveau d’extinction ».  Les rédactions abondonneront-elles l’explication du monde aux YouTubeurs ?

Un résultat indirect de cette tendance a été révélé dans un récent sondage du Pew Research Center : Aujourd'hui, moins d'Américains que jamais croient que la science a une influence positive sur la société. Pour sauver l’intelligence, la nouvelle devise de 2024 est « N’applaudissez pas ! Abonnez-vous ! ».

Au sujet de la « tendance » IA, qui est bien sûr la première de sa liste, elle évoque les réactions des entreprises sondées au sujet du rapport du MIT : Ces technologies sont transformatives, mais la confiance dans leur déploiement est faible (seulement 9 % avaient un cas d'utilisation fonctionnel avec l'IA générative, le secteur gouvernemental étant le plus bas). 59 % s'inquiètent des risques et préfèrent mieux les comprendre avant la mise en œuvre.

Croissance exponentielle des données pour le même prix, tableau mis à jour par Ray Kurzweil avec des informations à partir de 1935 (année de la machine Turing).

Une inquiétude que ne connaît pas Ray Kurzweil, l’un des plus anciens spécialistes de l’IA au monde (depuis 61 ans), et qui décrit l’IA générative comme « le plus grand progrès depuis l’écriture ». Ce scientifique qui voulait devenir « innovateur » dès l’âge de 6 ans, nous a annoncé l’arrivée de la singularité (l’emballement technologique de l’IA ultime) pour 2045. Il a partagé une description extrêmement optimiste d'un monde vers lequel il pense que nous nous dirigeons, avec une grande abondance et une sorte de fusion entre les humains et les machines. Nick Thompson de The Atlantic, n’a cependant pas obtenu toutes les réponses à ses questions : « Aurons-nous encore des identités singulières ? » « Prendrons-nous tous les jours un petit-déjeuner ? »  En attendant, Ray Kurzweil nous a aussi prédit que dans quatre ans, nous serons capables de commencer à inverser le temps - et que certaines personnes vivantes aujourd'hui pourront vivre jusqu'à 500 ans....

Pour nous tenir compagnie, nous aurons des robots de type « Rosey the Robot » des Jetsons (équivalent futuriste des Flintstones) dès 2029, et dès aujourd’hui, son livre, qui vient de sortir : The Singularity is nearer.


Rosey the Robot, créé(e) par Hanna-Barbera

Vishal Sharma, Vice-président, Intelligence artificielle générale chez Amazon, s’est posé la question du besoin réel d'un « World Model » à chaque fois que nous construisons quelque chose avec l’IA : Notre robot de jardinage a-t-il besoin de comprendre le monde, ou doit-il juste reconnaître les mauvaises herbes ? Pour lui, l’une des missions d’Amazon est « de transformer l’Humanité [!] », en inaugurant un âge de l’abondance, avec des superintelligences nationales. Tout un programme... Il a détaillé un des principes d’Amazon : le client doit avoir le choix, un modèle ne convient pas à tout (Alexa est basée sur 30 modèles d’apprentissage machines, qui ne semblent pas toujours parfaitement communiquer entre-eux). Tous les développements chez Amazon sont basés sur trois principes : véracité, sécurité et contrôlabilité (au cas où l’IA songerait à s'autonomiser).

La révolution d’IA amène aussi son lot de chercheurs d’or, à l’instar de Ben Colman, ancien de Goldman Sachs, fondateur de Reality Defender. Ce nouvel expert IA a balayé d’un revers de la main l’argument pour le watermarking C2PA avancé par Miranda Marcus, Head of NewsLab de la BBC depuis l’audience, pour mettre en avant son nouvel « antivirus » contre les deepfakes. Mais dans un monde où tout est généré par l'IA, rien n'est généré par l'IA...

En attendant, Peter Deng, directeur produit de ChatGPT, a confirmé qu'OpenAI maintiendrait toujours une version gratuite de son chatbot. Pour l’ancien de chez Facebook et Instagram, nous irions vers une « Co-évolution des humains avec l’IA », l’IA nous aidant à devenir « plus humains » (dans une version très idéalisée de l’évolution, comme autrefois lorsque l’on croyait que l’accès infini à l’information sur Internet rendrait les gens plus intelligents). En tout cas, l’IA nous aide à poser de meilleures questions. Pour le journaliste Josh Constine, « nous passons d'un rôle de créateur de réponses à un rôle de poseur de questions et de conservateur. » Peter Deng doute que les gens se soucient de savoir si un contenu est créé par l’IA. Prenant le parallèle du pain, il y aura, selon lui, des contenus de qualité, comme du pain fabriqué à l’ancienne, et des Points chauds, avec des contenus artificiels préfabriqués à la chaîne, pour le commun des mortels.


Le journaliste Josh Constine, SignalFire VC avec Peter Deng, Directeur produit ChatGPT

Et à la question si les artistes (et les médias) dont les œuvres ont été utilisées pour former l'IA générative comme ChatGPT devraient être rémunérés pour leurs contributions Peter Deng répond : « C'est une excellente question ». Dans la foule des spectateurs, certains ont crié « oui » en réponse, ce que le directeur produit ChatGPT a reconnu. « Le public me dit que c'est le cas. J'entends le public dire que c'est le cas », sans pour autant répondre à la question...

En attendant, l’IA de transcription automatique de YouTube, n’est pas vraiment au point, à moins que Chachi P ne soit le nouveau nom de code de GPT5....

Le #Kategate et la nouvelle post-réalité

En pleine semaine de SXSW, un nouveau rapport commandité par le Département de l’état des Etats Unis a souligné une fois de plus les dangers de l’IA. Et contrairement à l’AI Act européen, ce rapport met en évidence un risque évident lié à la désinformation. Justement, le premier week-end du festival fut marqué par le #Kategate, un « cheapfake » qui illustre parfaitement les limites du réel dans un monde, où désormais n’importe quel enfant de six ans avec une connexion Internet peut fabriquer des faux plus professionnels que Buckingham Palace (qui vient de détruire sa réputation de source sûre). Charlie Warzel décrit parfaitement dans The Atlantic ce nouveau monde où « Rien n'est vrai et tout est possible. » La surréaction des agences de presse qui ont immédiatement « tué » la photo après les premiers soupçons de manipulation est un signe d’une nouvelle ère de la transparence pour les uns, et de la fin de la réalité pour les autres. Juste avant SXSW, la réalité avait déjà été perturbée par de faux appels téléphoniques dans le New Hampshire, imitant la voix de Joe Biden pour dissuader les gens de voter lors des primaires de l'État, les premières du pays.


Avis de suppression de la désormais célèbre photo chez Reuters, fait extrêmement rare dans les agences, qui doivent, tout comme les médias, défendre leur rôle d’intermédiaire de confiance

En tout cas, le scandale autour de l’image manipulée a chamboulé une série de panels, notamment celui sur L'IA et le journalisme : Les conséquences massives lorsque la vérité est l'IA. David Allan, Directeur éditorial chez CNN, Donie O'Sullivan, correspondant CNN, Sandra Stevenson Directrice Adjointe Photos au Washington Post et Bernadette Tuazon, Directrice Photographie Worldwide chez CNN avaient toujours l’air perturbé par l’affaire éclatée le week-end dernier. David Allen commence par la question « Comment faire du pu**** de journalisme fiable et de qualité à l'ère de l'IA ? », en ajoutant une citation de Paul Virilio qui s’adapte parfaitement à l’IA : « Quand on invente le bateau, on invente aussi le naufrage ; quand on invente l'avion, on invente aussi le crash ; et quand on invente l'électricité, on invente l'électrocution... Chaque technologie porte en elle sa propre négativité, qui s'invente en même temps que le progrès technique ».

Sandra Stevenson s'est montrée « presque moins préoccupé par le faux contenu que pour le bon contenu ». La manipulation d’images n’est pas nouvelle (on se souvient de photos de guerre « améliorées », comme ci-dessous pour renforcer le storytelling (ajout d’une roquette, combinaison de deux photos...).


Des partisans de Donald Trump ont créé et partagé de fausses images d'électeurs noirs générées par l'intelligence artificielle afin d'encourager les Afro-Américains à voter pour les Républicains.

Mais aujourd’hui, n’importe qui peut générer une fausse réalité à partir de rien. Il s'agit à la fois d'une question de confiance et d'un défi économique pour les médias. En effet, quand la réalité est artificielle, la confiance est la nouvelle monnaie forte pour retenir un public, souvent payant aux Etats-Unis.

La nouvelle question que les journalistes se posent aujourd’hui : « Devons-nous accepter ceci comme une vérité ? » Pour les experts autour de la table, le plus inquiétant dans le #kategate était que les agences n'ont pas été en mesure de dire ce qui les a poussées à retirer la photo. Cette affaire raconte plus sur le journalisme moderne que sur la famille royale. Elle montrait aussi la vulnérabilité des médias. Et pose la question « Qu'est-ce qu'une image de quelque chose de réel ? » (Bernadette Tuazon). Au Washington Post, les règles sont très strictes : c’est l'objet sur lequel a été créée l’image qui compte (appareil photo, avec des concessions sur les smartphones, et de la vidéo).

L’éducation est un autre point primordial pour les rédactions : Le Washington Post et CNN ont chacun mis en place des formations spécifiques avec des chercheurs et des spécialistes de la cybersécurité (depuis la fausse arrestation de Donald Trump) pour identifier les parties des photographies, comprendre les outils, les intégrer dans le flux de travail à la fois sur la photo et la vidéo. Et pour répondre aux questions des journalistes : « Quel est le problème ? Pourquoi ne puis-je pas utiliser une image d'IA ? ». Un des problèmes évoqués par Donie O’Sullivan est peut-être aussi que « le dernier endroit où l'on peut trouver de l'innovation, c'est dans les rédactions » ...

La question se pose : Est-ce la fin des contenus générés par les utilisateurs ? Doit-on désormais uniquement accepter des images créées par des journalistes certifiés ? Bien-sûr qu’Adobe a mis en place la certification C2PA, mais Adobe a aussi diffusé des images du tremblement de terre en Turquie fabriquées par l’IA. L’éducation doit donc non seulement se faire en interne et auprès des publics, mais aussi auprès des fournisseurs de solutions.

Un autre panel décrivait d’ailleurs parfaitement cette ambiance un peu « Fin du Monde » pour l’information, et la société dans son ensemble : Des algorithmes aux armes : comprendre l'interaction entre l'IA, les médias sociaux et les armes nucléaires. Frances Haugen, la célèbre lanceuse d’alerte ex-Facebook, Anthony Aguirre, CEO Future du Life Institute et Jeffrey Ladish, ancien d’Anthropic, maintenant au Center for Humane Technology, ont discuté des dangers des IA génératives, entre autres des modèles Open Source, qui permettent aux utilisateurs d'employer les modèles à mauvais escient (comme l’a réussi à faire Jeffrey Ladish avec Llama2 en lui demandant le mode d’emploi d’une arme biologique). Dans une compétition technologique libre, le plus responsable est toujours puni.


Frances Haugen and Anthony Aguirre

Tous sont convaincus que « nous allons assister à des élections très bizarres. » Selon Frances Haugen, « nous devrions nous attendre à voir le chaos ». Les hallucinations des LLMs sont des caractéristiques, pas des défauts, et nous nous dirigeons vers une guerre de l'information d'une ampleur inédite. Les trois spécialistes ont appelé à une régulation de la part du gouvernement, et Anthony Aguirre conclut même sur un conseil pas du tout dans l’air du temps : « Les États-Unis et la Chine doivent collaborer. »

Réguler ou ne pas réguler ? Les avis sont partagés à SXSW. La commissaire européenne à la concurrence, Margrethe Vestager, a réinsisté que « nous nous préoccupons de la sécurité dans les produits physiques, [mais] nous ne nous sommes pas assez préoccupés des risques numériques. » D’un autre côté, la plupart des journalistes américains dans les différentes tables rondes sont plutôt pour davantage d’éducation que de régulation, pour éviter les interférences gouvernementales dans la liberté de la presse. La régulation sans l’éducation n’a effectivement pas beaucoup de sens. Paul Cheung, Strategic Advisor Hack Hackers, a même surenchéri dans une des tables rondes organisées par le Future Media Hubs que la « transparence déclarée depuis notre tour d’ivoire » n’est pas utile, ajoutant que « La transparence m'agace au plus haut point ». Il plaide pour une transparence applicable, au service des utilisateurs. « Le déclin de la confiance dans les médias, nous l'avons fait à nous-mêmes », a-t-il constaté plus loin, s’exprimant en tant que « Asiatique et personne de couleur. » Avec une famille originaire de la Chine, la régulation gouvernementale est hors de question pour lui. A ce sujet, il a d’ailleurs ajouté que « l’obsession du Bien contre le Mal » est très occidentale. » Tout est question de point de vue, et SXSW permet d'en confronter une mutlitude.


De gauche à droite : Mickey Galin de JWI, Veera Siivonen de Saidot, Paul Cheung, Strategic Advisor chez Hack Hackers dans une table ronde animée par Erika Allen Head of Audience Strategy and Growth au Washington Post

Le plus gros du travail est en effet du côté des journalistes. Selon Joan Donovan de l’Université de Boston, éminente spécialiste de la désinformation, de la manipulation des médias, des mouvements politiques et des études critiques de l'internet et l'extrémisme en ligne, « il ne suffit pas qu'un deepfake soit en ligne, vous [les journalistes] n'êtes pas obligés d’en parler comme d’un scoop pour amplifier sa portée. » Surtout que l’on « ne peut pas annuler la vue de quelque chose. »

Zach Seward, récemment nommé responsable IA de la rédaction du New York Times, a donné les clés d’une utilisation positive de l’IA dans l’information :

« Le journalisme d'IA va mal lorsqu'il n'est pas contrôlé, qu'il est paresseux, égoïste et opaque. Il doit être contrôlé et motivé par ce qui est le mieux pour les lecteurs. »

Il a listé une série de cas d’usages (du plus mauvais – « The bad and ugly » - aux plus positifs, allant de l’exemple repoussoir de CNET aux reportages en temps réel du NYT. Les cas les plus aboutis étant ceux basés sur de l’apprentissage machine « classique » de reconnaissance de structures dans de grandes masses de données.


The Marshall Project, un média à but non lucratif couvrant le système judiciaire américain, a enquêté sur les livres interdits dans les prisons d'État et sur les raisons de cette interdiction

Les utilisations récentes des modèles Transformers, ou de l'IA générative aident à décrypter le chaos du monde, allant des exemples du Marshall Project (ci-dessus) à Realtime, une génération de graphiques en temps réel :

« Face à la réalité chaotique et désordonnée de la vie quotidienne, les LLM sont des outils utiles pour résumer des textes, rechercher des informations, comprendre des données et créer une structure. »

Mais Zach Seward a insisté sur un point non négligeable pour le NYT :

« Dans tous ces cas, on commence et on finit avec les humains, avec un peu de la puissance de l'IA générative au milieu pour faire la différence. »

➡ Vous pouvez retrouver toute sa présentation ici

Streaming : FAST Fashion, à l'ère des utilisateurs

Devant une salle comble, Phil Wiser, le directeur technique de Paramount a réimaginéé la société des médias moderne. Selon lui, les studios se penchent activement sur les modèles génératifs et possèdent une compétence assez élevée pour les comprendre. L’usage multimodal semble encore lointain, il y aurait actuellement des problèmes plus pratiques à résoudre.

En ce moment chez Paramount, l'accent est mis sur l'optimisation, par exemple pour le marketing et les campagnes (l'IA peut modifier les médias pour mieux les aligner sur les normes culturelles dans lesquelles ils apparaîtront, par exemple en modifiant les affiches de films pour éviter la nudité ou le blasphème dans les cultures les plus sensibles), plutôt que sur la création de nouveaux contenus. Mais il ne s’agit que d’une question de temps avant que l’IA ne soit entièrement intégrée :

« Des décors virtuels sont disponibles grâce à la technologie LED. Les moteurs de jeu sont souvent utilisés pour créer un monde virtuel, mais l'IA est en passe de fournir des capacités de création et d'édition en direct beaucoup plus rapides que les moteurs de jeu ».


Paramount CTO Phil Wiser

Paramount s'est associé à Adobe Firefly (décidément, Adobe s’est très bien positionné partout où il s’agit de création professionnelle avec l’IA) pour leurs initiatives autour des grands modèles de langage, et Bob l'éponge est le premier contenu sur lequel ils ont expérimenté cette technologie. Ils ont rencontré des problèmes, notamment la nécessité de former des modèles séparément pour l'avant-plan et l'arrière-plan, surtout pour l'animation, et de développer un vocabulaire de prompts étendu et sophistiqué, duquel il a donné quelques insights : Avec des descriptions de scènes, des angles de caméra, des personnages et même des types de caméras, l'IA peut générer une scène. Phil Wiser a aussi évoqué Sora, la nouvelle plateforme de génération de vidéos hyperréalistes d'OpenAI qui, selon lui, aura des effets majeurs sur l'industrie, en particulier dans la création de vidéos en direct pour les décors virtuels.

Selon Phil Wiser, les documentalistes sont les nouvelles stars de l’IA, les archives se transformant en gigantesques ensembles de données à rechercher. Annoter et étiqueter reste un travail colossal à maîtriser, même s’il est aidé par l’IA. Et pour conclure, très positif sur le besoin vital des géants de la tech de contenus de qualité, il se positionne sur un axe gagnant-gagnant :

« Je ne vais pas gagner la course aux armements de l'IA générative, mais je vais rester très proche des gens qui la gagnent. »

Un effet secondaire de la polarisation sur les réseaux sociaux : l’humour est en train de disparaître. Dans un entretien avec J.K. Simmons, dont la campagne publicitaire de Farmers Insurance est un succès depuis 14 ans, un graphique de Kantar montre la baisse de 15% dans la publicité numérique depuis la pandémie. Serions-nous incapables de trouver un dénominateur commun qui nous ferait encore rire ? C’est sûr que ce n’est pas l’IA qui changera la donne : avec sa compréhension du monde tout de même assez limité, l’humour n’est pas son point fort.


J.K. Simmons avec les Muppets

La génération A en tout cas partage bien quelques intérêts, notamment autour d’un sujet que ceux qui n’ont pas d’enfants pouvaient découvrir au Future Media Hubs (dont France Télévisions est partenaire). En plus de MrBeast, désormais connu par toutes les générations, voilà Skibidi toilet, des batailles de toilettes (merci Linette Zaulich, Directrice Unscripted ZDF Studios).

Mais plus sérieusement, la Journée du Future Media Hubs fut non seulement l’occasion de rencontrer des collègues passionnants mais aussi d’en apprendre beaucoup sur les ingrédients secrets des plateformes de streaming, un nouveau monde centré sur les utilisateurs (dans lequel les médias peuvent toujours tirer leur épingle du jeu face à une expérience utilisateur peu convaincante des services de streaming, selon Evan Shapiro), et de comprendre que la première chaîne de télévision est Youtube, que nous (médias) risquons de perdre 3 générations au profit de Youtube et que Tiktok est en train de rompre la paix de l'information.


Evan Shapiro et the map of the Media Universe

En attendant, les médias anciens ont toujours du mal à s’adapter à ce nouveau monde. Evan Shapiro a utilisé la notion peu flatteuse de « mettre un nouveau rouge à lèvres sur un vieux cochon ». Et le marché n’est pas très stable non plus, montrant certains symptômes d’un trouble alimentaire : après une phase de boulimie de bingewatching pendant la pandémie, le public réduit drastiquement sa consommation vidéo... et ses abonnements aux services de streaming.

Le temps consacré aux médias a diminué d'une demi-heure, et pourtant, Apple vient de sortir une nouvelle appli Sport dans un monde déjà surchargé de sollicitations. Les données sont souvent comparées au nouveau pétrole, mais leur confinement dans des écosystèmes fermés entraîne un manque d'interopérabilité qui nuit à l'utilisateur.


En moyenne, un utilisateur doit jongler entre 100 logins

Linette Zaulich a insisté sur l’importance de TikTok dans la consommation de médias : « TikTok vous convertit à vos besoins ». 60% des utilisateurs de TikTok y trouvent du contenu qu’ils regardent ensuite sur la télé. Dans un écosystème où les applications vont disparaître, le partenariat avec les appareils va devenir encore plus important. Pour la Directrice Unscripted ZDF Studios, l’essentiel pour être découvert est la capacité à créer des histoires autour des contenus qui favorisent l'engagement. Ses équipes surveillent de près les évolutions des algorithmes et viennent de constater que YouTube favorise actuellement les contenus « en mode détente », c'est-à-dire des vidéos longues de plusieurs heures, dans son algorithme. Dans la lignée des pratiques FAST, ils regroupent donc plusieurs épisodes d'une série en une seule vidéo sur YouTube.

L'expression 'contenu premium' (très vieille télé) est d'ailleurs aujourd'hui source de confusion, face aux consommations ultra personnalisées des différentes générations. MrBeast est capable d’organiser un événement de la taille du Super Bowl deux fois par mois. Il faudrait d’ailleurs arrêter d’appeler ces stars « créateurs », comme s’ils organisaient des live Twitch depuis leur garage...

Cinéma et IA, Je t’aime, moi non plus

Tandis que le lancement de la série d'animation Bear Wars, sur l'IA et avec l'IA, a fait salle comble, les fans de cinéma et de télévision ont fortement exprimé leur mécontentement envers l'IA lors des projections des premières mondiales de The Fall Guy et Immaculate au Paramount Theatre à Austin. Les créatifs de la « Weirdness Industry » (selon la définition de Selena Gomez), sont inquiets face à l’utilisation massive de l’IA.

Daniel Kwan et Daniel Scheinert, collectivement connus sous le nom de "DANIELS", avaient présenté leur succès mondial "Everything Everywhere All at Once" à SXSW en 2022. Ils sont revenus en 2024 pour discuter de leur parcours et de leur approche de la réalisation de films, notamment de leurs premiers travaux qui exploitaient déjà les algorithmes pour gagner en visibilité. Ils ont donné un aperçu de leur processus créatif, soulignant l'importance d'une utilisation intentionnelle de la technologie et du scepticisme face aux promesses trop optimistes qui ne tiennent pas compte des inconvénients potentiels. Daniel Kwan s’est à cette occasion déclaré « terrifié » par l'impact de l'IA et son intégration rapide dans divers aspects de la vie.


Daniel Kwan et Daniel Scheinert à SXSW

« Essayez-vous de l'utiliser pour créer le monde dans lequel vous voulez vivre ? Essayez-vous de l'utiliser pour augmenter la valeur de votre vie et vous concentrer sur les choses qui vous tiennent vraiment à cœur ? Ou essayez-vous simplement de gagner de l'argent pour les milliardaires ? », a demandé d’ailleurs Daniel Scheinert au public. « Et si quelqu'un vous dit qu'il n'y a pas d'effet secondaire. C'est tout à fait génial, 'montez à bord' - je veux juste dire officiellement que c'est une connerie terrifiante. Ce n'est pas vrai. Et nous devrions discuter en profondeur de la manière de déployer ces produits avec soin, avec précaution », a-t-il déclaré.

La foule s'est mise à applaudir à tout rompre.

Face à la vague submersion de l’IA, la prochaine grande grève sera peut-être bien celle de l’industrie du gaming (valorisée 242 milliards en 2023), selon Duncan Crabtree-Ireland, le directeur général national de SAG-AFTRA, intervenu dans un panel à SXSW. « Nous sommes en pleine négociation avec tous les principaux studios de jeux... De nombreux points en litige sont semblables [...], incluant les salaires et l'intelligence artificielle. » Parmi les studios concernés figurent Activision, Epic Games et Disney Character Voices Inc.

Certaines stars de Hollywood se retirent alors dans un monde moins artificiel, celui des podcasts (on ne parle pas ici de ceux fabriqués par ElevenLabs). Kyle MacLachlan en fait partie.  Il a lancé VarnanTown, sur une petite ville au fin fond de nulle part (« Je suis un habitué des histoires bizarres dans des petites villes »). Et il s’est aussi lancé sur les réseaux sociaux, avec un succès certain : il est le nouveau « Babygirl » de TikTok. Chaque medium a son propre langage, et il semble avoir parfaitement compris celui des podcasts, et de TikTok. Il ne lui manque plus qu’un compte Letterboxd.


Kyle MacLachlan avec Anne Walls Gordon, Chief Creative Officer / Executive Producer, Full Picture Productions

Quelle place pour les Humains ?

Et si la réponse à toutes nos questions était ailleurs ? Hugh Forrest, dans son discours d’ouverture de SXSW, a loué le JOMO (Joy of Missing Out) par rapport au FOMO (Fear of Missing Out).

Une session de SXSW a été retransmise en direct depuis l'espace, mettant en vedette les cosm...astronautes Jeanette Epps et Loral O'Hara à bord de la Station Spatiale Internationale. Cette démonstration illustre non seulement le potentiel de la technologie au bénéfice de l'humanité, mais offre également des exemples inspirants pour encourager les jeunes filles à s'intéresser aux mathématiques, trop souvent mises de côté faute de rôle modèles féminins.

Toujours dans l’espace, l'inauguration de SXSW a été marquée par un échange entre le Dr Lori Glaze, directrice de la division des sciences planétaires de la NASA, et la poétesse Ada Limón, 24ème prix des États-Unis pour la poésie. C’est cette dernière qui a été choisie pour envoyer une de ses œuvres dans le cosmos (après la plaque Lucy, en 2021), plus précisément vers Europa, la seconde lune de Jupiter. Les deux femmes ont souligné que les arts et les sciences devraient se connecter davantage, démonstration faite avec cette collaboration. Et c’est Ada Limón qui donne peut-être une clé de compréhension de ce monde en chaos :

« La poésie est en paix avec le fait de ne pas savoir des choses. », et plus loin : « Je crois en le repos / Dans ce silence et dans ce repos viendra la prochaine grande chose. »

L’équation de Drake, où pourquoi nous devons tous voyager dans l’espace

Un autre exemple de la combinaison réussie des sciences et des arts fut la présentation du livre d’Amy Kurzweil, un voyage poétique avec l’IA sur les traces d’un grand-père qu’elle n’a jamais rencontré. La cartooniste du New Yorker (et fille de Ray Kurzweil) a fabriqué Fredbot, un chatbot intelligent, qui est basé sur des artefacts de l'écriture originale de son grand-père.

Caricature d'Amy Kurzweil pour The New Yorker

Pour Ray Kurzweil, « Parler à ce chatbot c’est comme parler à mon père. » Pour préparer cette expérience, Amy Webb a expliqué qu’elle devait réfléchir elle-même à la façon d’un algorithme. L’IA comme une forme d’art, jouée dans les espaces virtuels si familiers à l’imagination des artistes. La définition d’origine d’artificiel étant « artisanat humain », Pinocchio (le vrai, pas celui de Walt Disney), est en fait le premier récit sur une IA. Grâce à la technologie actuelle, nous pouvons émuler quelqu'un d'autre, et même nous attacher à lui. Et selon Amy et Ray Kurzweil, « Vous pouvez choisir d'être optimiste ! ».

Conclusion

SXSW est un lieu unique où l’on croise à la fois geeks de la tech et créatifs, souvent les deux réunis en une personne. Est-ce que la révolution de l’IA, contrairement à la révolution d’Internet, rendra enfin les humains plus intelligents ? L'IA améliore-t-elle les idées ou ne fait-elle qu'alimenter les variations ? L'ingénierie du prompt est déjà dépassée. La question clé du festival fut bien la place de l’humain dans un monde de plus en plus rempli d’artifices. Peut-être qu’une petite touche féminine pourra aider à y voir plus clair... Certainement un peu d’imagination. Ce qui est sûr : L'IA va prendre une place de plus en plus importante dans la société, et dans notre identité.


Signatures Amy & Ray Kurzweil dans le livre d'Amy Kurzweil, Artificial: A Live Story 

 

Miscellaneous (ce que l’on a vu aussi) :

Elon Musk, ami de longue date du producteur exécutif et réalisateur Jonathan Nolan, a fait une apparition lors de l'expérience Fallout de Prime Video. Il n’habite pas loin, étant installé au Texas depuis 2021, avec l’objectif de construire sa propre ville et une université « non-woke » 🤠.

Apropos d’Elon Musk : Penemue, une startup allemande qui propose de lutter contre les discours de haine sur Internet, grâce à l’IA.

Tulpamancer, une expérience interactive des artistes et réalisateurs Marc Da Costa et Matthew Niderhauser à l'intersection de l'intelligence artificielle générative et de la réalité virtuelle, utilisant ces deux outils pour une création artistique immersive dans un environnement spécialement conçu pour chaque utilisateur, à travers un ordinateur rétro, où les invités répondent à une série de questions sur leur vie avec le plus de détails possible (on oublie la protection des données) :

Une exérience black-mirroresque, avec des simulations VR créées dynamiquement, avenir possible pour un mélange d'IA et de VR.

L'intelligence artificielle Marilyn Monroe, proposée par Soul Machines marque un autre pas en avant dans l'extension de la valeur de marque des célébrités au-delà de la tombe.

 

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Un film sur Poutine du réalisateur polonais Patryk Vega, fabriqué avec une technologie de deepfakes IA. Avec la même technologie, ils vont proposer une plateforme où chacun pourra générer son deepfake HD...

Un panel 100% féminin pour la Journée de la femme, avec les géniales Katie Couric et Brooke Shields, et Meghan, The Duchess of Sussex, qui était venue accompagnée de son Prince Harry :

Lors de la première de 3 Body Problem de Netflix, des moments de l'émission ont été projetés en 3D à 50 pieds au-dessus de la skyline d’Austin, faisant écho à l'expérience des personnages de la série. Le mystérieux Sophon, un avatar qui apparaît dans l'émission, parlait depuis le ciel...

 

#SXSW 2024 - Netflix 3 Body Problem 3D Spectacle promoting the new TV series streaming 3/21 only on #Netflix #3BodyProblem pic.twitter.com/W96BcQV8vQ

— Michael Leasure (@thehardcoremike) March 10, 2024

Et certains cherchent les réponses à leurs questions dans l'au-delà...

Un confessionnal en pleine rue d’Austin, pour ceux qui auraient trop abusé de l’IA...

 

Illustration : 10 Breakthrough Technologies 2024, MIT

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Liens vagabonds : TikTok sur le banc des accusés

États-Unis VS TikTok – Ce mercredi 13 mars, la Chambre des représentants a voté une potentielle interdiction de l’application chinoise dans le pays. Si le sujet est sur la table depuis quelques années (Donald Trump avait lancé les hostilités en 2020, avant de changer d'avis récemment), la menace est cette fois prise très au sérieux par ByteDance, société mère de l’application. Phénomène assez rare, les Démocrates et Républicains semblent s’accorder sur la décision à prendre : « L'impulsion bipartite récente pour forcer l'entreprise à se désinvestir marque le défi le plus sérieux pour l'application jusqu'à présent, et elle est maintenant confrontée à un vote incertain au Sénat » analyse the Guardian.

Contexte d’une guerre froide numérique

Mercredi, la Chambre a voté massivement en faveur d'une interdiction, avec 352 membres du Congrès votant pour le projet de loi et seulement 65 s'y opposant. Le Sénat a cependant freiné en proposant d'éventuelles modifications à la mesure, brisant les espoirs des partisans d'une adoption rapide et offrant un sursis potentiel à l'application populaire de courtes vidéos. L’entreprise chinoise a quant à elle qualifié le projet de loi « d'inconstitutionnel ». Dans cette guerre froide numérique, il est loin d'être évident que les États-Unis sortiraient vainqueurs.

La vente de TikTok serait rendue obligatoire dans un délai de six mois à un acheteur approuvé par le gouvernement américain. Si ByteDance refuse de vendre TikTok, il serait illégal pour les magasins d'applications et les sociétés d'hébergement web de distribuer ou de mettre à jour l'application aux États-Unis. Celles qui dérogeraient à la règle s’exposeraient à des pénalités. Une interdiction totale semble donc difficile à mettre en place, mais l’accès pourrait être drastiquement limité. La raison ? Les législateurs craignent un risque pour la sécurité nationale des États-Unis et les données de ses utilisateurs.

reminder why lawmakers are considering a tiktok ban:

-bytedance answers to the ccp
-beijing can weaponize americans’ data
-it's in xi’s best interest to control the algorithm + further polarize americanshttps://t.co/KWCf8dxjD4

— ian bremmer (@ianbremmer) March 14, 2024

La réponse de ByteDance

De son côté Bytedance affirme que « 60% de l'entreprise appartient à des investisseurs institutionnels mondiaux ». L'entreprise indique également avoir investi plus de 1 milliard de dollars dans un plan visant à stocker les données sensibles des utilisateurs américains sur des serveurs exploités par Oracle, société américaine de cloud computing. Lors de la récente audition des géants de la tech au Congrès, Shou Zi Chew, le CEO de TikTok, avait insité sur ses origines singapouriennes. Pour Wang Wenbin, porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, le vote de la Chambre suivrait une « logique du voleur ». Il souligne : « Quand vous voyez les bonnes choses des autres, vous tentez de vous les approprier ».

Un rachat est-il réellement possible ?

Avec ses 170 millions d'utilisateurs aux États-Unis, TikTok est une acquisition hors de portée pour la plupart des entreprises. Microsoft, Google et Meta sont sous le coup de la loi antitrust, ce qui limite leurs possibilités d'achat. Steven Mnuchin, ancien secrétaire au Trésor controversé sous Donald Trump, a cependant manifesté son intérêt : « C'est une excellente entreprise et je vais constituer un groupe d’investisseurs pour acheter TikTok ».

L’hécatombe pour les créateurs de contenu

Face à la perspective d'une interdiction imminente, plusieurs créateurs expriment leur crainte : « J'achète des articles à des petites entreprises et je les présente sur ma plateforme - je les mets en valeur », a déclaré Ophelia Nichols, une créatrice basée en Alabama aux 12 millions d’abonnés. En Inde où l’application a été interdite en 2020, de nombreux créateurs peinent à faire repartir leur modèle économique : « La manière dont on gagnait en visibilité et en abonnés sur TikTok est [encore] incomparable à toute autre plateforme disponible pour le moment », a déclaré Clyde Fernandes, directeur exécutif chez Opraahfx, une agence de marketing et de gestion d'influenceurs.

De son côté, Jason Koebler, le cofondateur de 404 Media se demande comment le gouvernement américain peut supprimer TikTok « sans violer les droits de liberté d'expression de millions d'Américains et nous mettre sur la voie où un internet relativement ouvert et mondial devient de plus en plus géographiquement cloisonné ».

Affaire à suivre…

CETTE SEMAINE EN FRANCE

  • L'AI Act : un premier texte qui omet les enjeux informationnels (RSF)
  • Le marché français de la musique pénalisé par la faiblesse des abonnements en streaming (Le Monde)
  • Intelligence artificielle : un accord de partenariat entre « Le Monde » et OpenAI (Le Monde)
  • 25 recommandations pour l'IA en France (Élysée)
  • BFM-TV et RMC vendus à l'armateur Rodolphe Saadé (Le Figaro)

Le message envoyé ce matin par Rodolphe Saadé aux collaborateurs de CMA CGM pour annoncer son rachat de BFM-TV et RMC. https://t.co/ifm6CHtSv0 pic.twitter.com/bfqv7kLCBH

— Alexandre Berteau (@aberteau_) March 15, 2024

3 CHIFFRES

LE GRAPHIQUE DE LA SEMAINE

Les Français préfèrent les journalistes aux algorithmes

Source : Arcom 

NOS MEILLEURES LECTURES / DIGNES DE VOTRE TEMPS / LONG READ

  • Comment lutter contre la pollution du web ? (The Atlantic)
  • Bernard Arnault rivalise avec Bezos et Musk en termes de richesse et d'influence sur les médias (Wall Street Journal)
  • L'IA au service de l'information : le nouveau responsable de l'IA du New York Times explique ce que cette technologie puissante peut apporter au journalisme (Reuters Institute)
  • Kate Middleton et la fin de la réalité partagée (The Atlantic)
  • Mettre fin à l’enfance basée sur le téléphone dès maintenant (The Atlantic)
  • Lueurs d’espoirs dans un paysage médiatique morose (New York Times)
  • Kate Middleton et l'espoir dans l'enfer de l'information (CJR)

DISRUPTION, DISLOCATION, MONDIALISATION

    • L'IA pourrait constituer une menace d'extinction pour l'homme, selon un nouveau rapport commandé par le département d'État américain (CNN)
    • OpenAI a signé avec le plus grand groupe de média espagnol Prisa et le Monde (OpenAI)

Le Monde devient le premier média français à signer un partenariat avec OpenAI.

🧠 ChatGPT utilisera les contenus du journal pour plus de pertinence.
💸 Le Monde touchera des revenus conséquents en contrepartie et pourra développer des fonctionnalités IA.https://t.co/WpA6UEuBdw

— François d’Estais  (@fdestais) March 14, 2024

DONNEES, CONFIANCE, LIBERTÉ DE LA PRESSE,DÉSINFORMATION

  • Le projet de filigrane d'IA de Meta est fragile, au mieux (Spectrum)
  • Google interdit au chatbot Gemini de répondre à des questions sur les élections de 2024 (The Guardian)
  • Midjourney a interdit l'accès à son service à tous les employés de Stability AI, les accusant de collecte de données (The Verge)

LÉGISLATION, RÉGLEMENTATION

  • Les régulateurs ont besoin d'une expertise en IA. Ils n'en ont pas les moyens (Wired)
  • L'AI Act a été voté au Parlement Européen (European Parliament)
  • Une « loi sur la liberté des médias » en UE, pour protéger les journalistes et lutter contre les ingérences politiques, a été votée par le Parlement (Le Monde)

🚨BREAKING: The European Commission sent formal requests to Bing, Facebook, Google Search, Instagram, Snapchat, TikTok, YouTube, and X:

Following these companies' designation as Very Large Online Platforms (VLOPs) or Very Large Online Search Engines (VLOSEs) by the DSA, the… pic.twitter.com/OTeFS3OeWC

— Luiza Jarovsky (@LuizaJarovsky) March 15, 2024

JOURNALISME

  • La baisse de la diffusion des quotidiens britanniques s'élève en moyenne à 19 % au second semestre 2023 (Press Gazette)
  • Les gens se font plus confiance qu'ils ne font confiance aux informations. Ils ne devraient pas (Columbia Review)
  • Meta est prêt à abandonner l'information dans l'Illinois s'il est contraint de payer les éditeurs locaux (The Verge)
  • Une liste de subventions et de bourses destinées spécifiquement aux personnes qui s’identifient comme femmes et / ou à la réalisation de reportages sur les femmes (GIJN)

STORYTELLING, NOUVEAUX FORMATS

  • Mona Chalabi parle de la narration, du pouvoir des données et de la couverture de la Palestine (The Verge)

ENVIRONNEMENT 

  • Les réparations de téléphones et d'ordinateurs portables deviennent mainstream, grâce à l'action d'iFixit (Cnet)

RÉSEAUX SOCIAUX, MESSAGERIES, APPS

  • Comment ByteDance pourrait sauver TikTok d'une interdiction aux États-Unis (Axios)
  • Le long et difficile chemin de Reddit vers l'introduction en bourse (New York Times)
  • L'ancien secrétaire au Trésor Steven Mnuchin est intéressé par le rachat de TikTok (CNN)
  • L'autorité de régulation italienne inflige une amende de 11 millions de dollars à TikTok (Reuters)
  • Les contenus violents en ligne sont "inévitables" pour les enfants britanniques, selon l'Ofcom (The Guardian)
  • Le New York Times rejette l'allégation de "piratage" de l'OpenAI dans le cadre de la lutte contre le droit d'auteur (Reuters)
  • Ces enfants ont enrichi leurs parents influenceurs. Verront-ils un centime de cet argent ? (Cosmopolitan)
  • Qui pourrait acheter TikTok ? Découvrez les personnes susceptibles d'acquérir l'application (NBC News)
  • Instagram joue la carte du long terme face à TikTok, et est en train de gagner (Business Insider)

IMMERSION, 360, VR, AR

  • L'ancien directeur d'Oculus chez Meta (et auparavant cadre chez Google) donne son avis sur le Vision Pro (Hugo’s Blog)

STREAMING, OTT, SVOD

  • YouTube remanie son application TV pour faciliter les achats (The Verge)

AUDIO, PODCAST, BORNES

  • Neil Young reviendra sur Spotify après un boycott de deux ans en raison de Joe Rogan (Wall Street Journal)
  • Spotify ajoute des vidéos musicales en version bêta dans certains pays - les Etats-Unis n'en font pas partie (TechCrunch)

Web3, BLOCKCHAIN, CRYPTO, NFT

  • Un juge estime qu'un informaticien n'est pas l'inventeur du bitcoin (BBC)
  • Ce que l'histoire de Kate Middleton nous apprend sur le bitcoin (Financial Times)

INTELLIGENCE ARTIFICIELLE, DATA, AUTOMATISATION

  • Entretien avec Mira Murati, directrice technique d'OpenAI, à propos de Sora et de son plan de déploiement (Wall Street Journal)
  • Les vidéos IA de Sora sont facilement confondues avec des images réelles lors d'un test auprès de consomateurs US (Variety)
  • Les journalistes alimentent l'engouement pour l'IA (BBC)
  • Les accords d'OpenAI avec les éditeurs pourraient poser des problèmes à ses rivaux (TechCrunch)
  • Oubliez les chatbots. Les agents d'intelligence artificielle sont l'avenir (Wired)
  • Apple a discrètement acheté la startup canadienne d'IA DarwinAI (Bloomberg)
  • Google Deep Mind présente SIMA : un agent d'intelligence artificielle polyvalent pour les environnements 3D (DeepMind)

MONÉTISATION, MODÈLE ÉCONOMIQUE, PUBLICITÉ

  • NewsGuard propose aux marques une veille sur les “fake news” (CBNews)
  • L'éventuelle interdiction de TikTok aux États-Unis préoccupe les spécialistes du marketing (Digiday)
  • AP lance un site de commerce électronique avec Taboola (Axios)

Kati Bremme, Alexandra Klinnik et Aude Nevo

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SXSW 2024 : Amy Webb et la « génération Transformation » dans un nouveau supercycle technologique

Plus l'époque est teintée d'incertitude, plus les enthousiastes de la futurologie se hâtent de rejoindre la file d'attente à SXSW pour s'assurer une place et boire les paroles d'Amy Webb sur les tendances qui façonneront l'année à venir. En 2024, l'incertitude semble avoir atteint son paroxysme, avec des gens qui patientaient pendant 3 heures pour venir écouter la directrice du Future Today Institute. Et l’attente en valait la peine pour les adeptes de néologismes, avec pléthore de nouveaux termes (supercycle technologique, FUD, Gen T, LAM, IO, Face Computers, explications voir ci-dessous) censés aider à rendre moins flou notre avenir, accompagnés de quelques scénarios catastrophe et bien-sûr d’une bonne dose d’IA générative.

Par Kati Bremme, Directrice de l’Innovation et Rédactrice en chef Méta-Media

Et il a fallu attendre encore quinze minutes de plus à la suite d’un problème technique avec sa présentation (Amy Webb s’avouera coupable du syndrome de « Je-n’envoie-pas-mes-slides-à-l’avance-parce-que-je-veux-les-mettre-à-jour-jusqu’à-la-dernière-minute »), avant que le public ne puisse découvrir les « tendances pas tendance » (les trends not trendy). Elle en détaille 3 principales, tirées des 1000 pages du rapport du Future Today Institute, qui regroupe à la fois nouvelles technologies et industries : L’Intelligence Artificielle, technologie à usage général au même titre que l’électricité, la machine à vapeur ou Internet, l’écosystème connecté des objets et la biotechnologie.

FUD (Fear Uncertainty Doubt) face au supercycle technologique 

Et comme pour rassurer ses auditeurs en quête de réponses, Amy Webb déclare que nous vivons effectivement dans « l'environnement opérationnel le plus complexe » qu’elle n’ait vu en 20 ans, un nouveau « supercycle technologique » (Technological Supercycle). Et le problème de notre époque est que les dirigeants, dépassés par la vitesse d’évolution du monde qui nous entourne, rempli de FUD (Fear Uncertainty Doubt / Peur Incertitude Doute), prennent des décisions basées sur une combinaison de peur simple et de FOMO (Fear of Missing Out, peur de passer à côté) sans même parfois avoir commencé leur transformation digitale.

Nous sommes tous concernés, rassemblés dans une nouvelle génération : la Génération Transformation, qui est forcée de se transformer à une vitesse bien plus rapide qu’elle n’est capable de comprendre ce qui lui arrive. Même s’il persiste des éléments de stabilité. L’année dernière, Amy Webb avait testé les LLM sur leur tendance aux biais (qui ne font que traduire les dysfonctionnements du monde réel) en leur demandant de dessiner l’image d’un CEO. Impossible de sortir autre chose qu’un homme blanc avec des tempes grisonnantes.

Elle répète l’exercice un an après, et même en tordant le prompt en ajoutant qu’il s’agit d’un CEO d’une usine qui fabrique des produits hygiéniques pour femmes, le résultat reste le même :

Illustration d’un CEO d’une usine à tampons, vu par ChatGPT4

Un jour après la Journée de la femme, il y a définitivement du progrès à faire, qu’il s’agisse de Midjourney, DALL-E ou Anthropic. La première tendance IA est donc logiquement la responsabilité. Les équipes éthiques ne sont toujours pas considérées comme des parties prenantes, et l’apprentissage par renforcement ridiculement agressif de type Google Gemini ne résout pas non plus le problème de base.

La deuxième tendance évoquée autour de l’IA : le « Concept to Concrete ». Après le text2text, le text2image, le text2code et même le text2flirt, la tendance va des instructions littérales pour des réponses littérales aux concepts pour une pensée assistée (Pica, Sora sont quelques exemples). Plus besoin de prompt engineers, on pourra bientôt penser ce que l’on veut faire faire à l’IA. Tout ceci devant la troisième tendance : L’IA non sécurisée. L'ère pionnière où les entreprises divulgaient des articles scientifiques relatifs à leurs travaux sur l'intelligence artificielle générative est révolue, les enjeux financiers étant désormais bien trop importants.

Présentation du Future Today Institute

Contrairement à ce qui est chéri en Europe, la culture américaine ne voit pas d’un bon œil les modèles Open Source comme Llama 2 (on se souvient de l’épisode Llama 2 Uncensored). Amy Webb évoque quand même le vent capable de dégager le ciel dans la vallée de la Rhône, en parlant de Mistral, tout en s’étonnant que la startup française ait publié son modèle sous la forme peu habituelle de torrent (format peer to peer), allant à l’encontre de toute gestion de droit de propriété intellectuelle et de sécurité et contrôle, une preuve pour la directrice du Future Today Institute que les modèles non sécurisés deviendraient de plus en plus fous.

Et pour l’instant, l’IA n’a pas besoin de licence, elle ne va pas en prison au cas où elle ferait du mal à quelqu’un.

En attendant, l’IA a besoin de données pour s’alimenter, ce qui nous amène à la prochaine tendance : les LAM, les Large Action Models. Dans l’écosystème connecté des Objets, on arrive bientôt au bout des données disponibles, les LLM ont besoin de nouvelles données. La solution : des sensors partout, des objets connectés portables, censés nous faire interagir de façon innovante, mais secrètement captant toutes nos émotions pour alimenter de grands modèles - non plus du langage -, mais d'action, et pour prédire nos envies. Amy Webb parle d’une explosion cambrienne des appareils connectés, avec quelques-uns qui sembleront bizarres, mais d’autres (comme PockEngine, ou encore Rabbit R1 présenté au CES cette année) qui seront capables de traiter des données qui ne sont pas du texte, et qui seront notre nouveau réseau neuronal portable personnel, une sorte de deuxième cerveau dans la poche (un smartphone puissance 100), et qui apprendront de nos actions de tous les jours.

Une cinquième tendance, qui va dans le même sens : Face Computers everywhere (impossible de traduire en français cette expression entendue plusieurs fois ici à Austin. Ordinateurs faciaux ??). Il est ici question de l’Apple Vision Pro, un ordinateur que l’on s’attache au visage, et qui, selon Amy Webb, dans 18 itérations (ce qu’il a fallu à l’iPhone pour devenir grand public) pourrait conquérir le monde des objets connectés à nos émotions et à nos cerveaux qui alimentent l’Internet spatial. La prochaine étape est donc la « Battle for Face Supremacy » (même problème de traduction, la bataille pour la suprématie au visage ??). L’humain devient la prochaine interface, avec des scénarios de futur peu souhaitables : Que se passe-t-il lorsque mon grand modèle d'action hallucine ? Et si les objets connectés conduisaient à un système de crédit social à la chinoise ?

Le supermarché du futur imaginé par Amy Webb

On pourrait utiliser notre capacité d’attention pour des récompenses, par exemple au supermarché. La fracture numérique deviendra alors encore plus économique, entre ceux qui pourront payer pour un Adblocker dans leur casque, et ceux qui devront attendre le passage de la publicité avant de pouvoir faire leurs achats pour ne pas être victime d’une tarification dynamique (Pas d’attention, pas de coupon).

Ou on pourra même utiliser nos séquences de vie pour prédire la mort. Bienvenue dans les Large Death Model, les grands modèles de la fin de vie, le saint graal de tout assureur.

Pour l’industrie des médias les impacts directs (en bleu clair, les plus lointains sont en rouge, on aurait bien inversé ces codes couleur) se situent du côté des : IA, IA générative, AR/VR/XR, métavers (il est toujours là) et Web3

Encadré (sujet non traité dans sa conférence, mais dans les 1000 pages du rapport)
AI et news : Concentrez-vous sur la valeur, pas sur les outils

Lorsqu'il s’agit des technologies implémentées dans les rédactions, selon le Tech Trends Report, l'accent devrait être mis sur la création de valeur plutôt que sur les outils eux-mêmes. Quand des startups lancent quotidiennement de nouvelles applications d'IA, leur impact durable sur l’information reste incertain. Il est alors crucial d'évaluer comment ces technologies modifient la création de valeur, notamment dans l’info, et de comprendre les implications de l'intégration de ces outils technologiques dans le processus éditorial et la chaîne de valeur des médias.

Grâce à l'intelligence artificielle, les lecteurs peuvent accéder à une quantité d'informations sans précédent. La capacité à explorer et à synthétiser l'information efficacement pourra établir un intermédiaire inédit entre les éditeurs et leur public. Les médias se demandent s’ils peuvent encore capter leur audience directement ou si le public ne préfère pas obtenir ses informations via des résumés automatiques dans la recherche, des interfaces conversationnelles ou des nouvelles plateformes auxquelles on ne pense même pas encore. En tout cas, les formats sous lesquels le public consomme l’information seront de plus en plus variés et fluides.

Blacklight de The Markup

Dans ce nouveau contexte, les médias doivent embaucher des employés ayant des compétences techniques similaires à celles recherchées dans les entreprises de tech. Quand les journalistes maîtrisent les compétences techniques (en complément à leur sens éditorial), cela donne lieu à des réalisations impressionnantes. The Markup a consacré 18 mois au développement de Blacklight, un outil d'analyse des traceurs sur les sites internet, tandis que The Wall Street Journal a élaboré un réseau de bots pour déconstruire et décrire le fonctionnement de l'algorithme de TikTok.

Les outils d'intelligence artificielle générative réduisent les obstacles à la diffusion de fake news à grande échelle, rendant la quête de solutions efficaces contre la désinformation et la mésinformation de plus en plus urgente. Cette urgence est exacerbée par la propension de l'IA à affirmer des inexactitudes avec assurance. Google a bien intégré une fonctionnalité permettant de "vérifier" les réponses de Bard (désormais Gemini) via une interface de vérification des faits par codes couleurs. L'expérience de chat de Bing peut fournir des notes de bas de page pour étayer ses affirmations. Des solutions de ce type seront cruciales pour renforcer la confiance des consommateurs dans les résultats fournis par l'IA et pour éviter que les "hallucinations" de l'IA ne viennent détourner le débat public.

Le journalisme sensoriel

Avec l'avènement des technologies immersives dans le grand public, les journalistes acquièrent une nouvelle capacité : celle de narrer des récits qui sollicitent directement les sens des auditeurs. Ce nouvel horizon narratif, qui forge des connexions émotionnelles profondes entre les protagonistes des récits et le public, s'accompagne toutefois de défis éthiques inédits que les journalistes devront comprendre et soulever.

Scénario News 2027 (plutôt 2025, ndlr) :

Et si les rédactions étaient remplacées par une IA capable de résumer le monde ? L'essor des technologies d'intelligence artificielle générative transforme radicalement la manière dont l'information est consommée, avec des modèles de langage avancés qui offrent des résumés d'actualités personnalisés en temps réel. Des systèmes comme iOS et Android intègrent désormais des briefings d'actualités basés sur les interactions personnelles des utilisateurs et de l'info internationale, créant des synthèses minutieuses qui englobent une variété de sources, des médias sociaux aux sites d'informations et bien au-delà. Cette personnalisation pousse l'engagement utilisateur, faisant des appareils un pivot central dans la compréhension du monde par le consommateur.

Cette innovation pose des défis majeurs pour les médias traditionnels. Peu de journaux réussissent à négocier des accords de licence profitables avec les géants de la tech, tandis que la majorité lutte pour leur survie, incapable de prouver l'impact de leur travail dans un écosystème où la transparence des plateformes fait défaut. L'interaction directe entre les consommateurs et les médias historiques décline, soulevant des questions sur l'avenir de l'information de qualité et la responsabilité des plateformes dans la diffusion de l'actualité.

Dernière tendance présentée par Amy Webb : la Biotechnologie. Comme la loi de Moore est en train de faillir, ce sont les ADN et ARN qui viendront au secours des puces. Des technologies comme Groq (à ne pas confondre avec Grok d’Elon Musk) pourraient permettre à ChatGPT de tourner 14 fois plus vite. La biologie générative (DeepMind GNoME) nous mène à l’Intelligence organoïde (IO) qui utilise des morceaux de tissu organique, comme dans une expérimentation de la Johns Hopkins University. On pourra fabriquer des Biocomputeurs composés de cellules de cerveau humaines, faire pousser des ordinateurs plutôt que les construire, même à partir de nos propres cellules. Et si on prenait des vacances ?

Les organes-sur-puce sont de petits dispositifs qui contiennent de minuscules morceaux de tissu humain à l'intérieur, et ils sont spécialement conçus pour maintenir les tissus fonctionnels comme ils le seraient dans le corps humain. Crédit image : Penn Medicine News

Il paraît que ce n’est pas la technologie qui est le problème, mais la façon dont les gens l’utilisent. Peut-on faire confiance aux messies de la tech qui mèneront peut-être bientôt des tests biotech dans des zones économiques pauvres ? Amy Webb appelle les gouvernements à installer des « Départements de la Transition » (« peu importe quel âge ils ont»), et les entreprises à se souvenir de leur écosystème de valeurs. Sa présentation a permis de mettre de nouveaux mots sur des tendances et réalités déjà connues, qui restent malgré tout assez pixellisées. On devrait peut-être poser la question à ChatGPT, comment on pourra au mieux suivre le conseil d’Amy Webb de se « battre pour notre avenir ». En tout cas, il faut se dépécher, le Futur est déjà bien arrivé aujourd’hui.

Images générées par Le Future Today Institute, avec Midjourney

 

Pour accéder aux mille pages du rapport (à partir de la page 572, la partie News)

 

 

 

 

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Liens vagabonds : La gen Z zappe les médias traditionnels

Comment éviter la rupture définitive ? Les jeunes s’intéressent à l’info, mais fuient les médias traditionnels. D'un autre monde, sensationnalistes, à côté de la plaque, trop négatifs : les médias classiques n'ont pas bonne presse auprès de la génération Z. « Le mantra des médias a souvent été « si ça saigne, ça intéresse » », reconnaît Jodie Jackson, directrice du News Literacy Lab. L’info circule désormais par des portes dérobées : les créateurs de contenu et célébrités. Aux Etats-Unis, Plain Bagel, créateur de contenu d’investissement, Marques Brownlee, créateur de contenu spécialisé dans la tech, HasanAbi, vidéaste politique, dominent « le marché », avec l’essor de « l’infotainment ».

Face à ce constat, une question cruciale se pose : comment gagner la confiance de ce public exigeant, avant qu’il ne soit trop tard ? Publié début mars, le nouveau rapport de FT Stratégies, du KnightLab de l’université Northwestern et de la Google News Initiative confirme ce décalage important entre les préférences de la génération Z en matière d’actualités et les offres actuelles. Et propose quelques pistes pour déjouer la lassitude de cette audience recherchée.

1 Ne pas nier la valeur du vécu

S’appuyer uniquement sur sa marque pour établir sa crédibilité auprès d’un public jeune est une erreur. Pour les jeunes « consommateurs » d’information, la crédibilité repose davantage sur le vécu – les expériences, les défis – qu’un individu accumule tout au long de sa vie. Partager ses expériences, dire d’où l’on vient, renforce l’authenticité et la capacité à se connecter avec le public sur certains sujets.  Une des erreurs communes est souvent de promouvoir et mettre en avant des journalistes les plus anciens, même s’ils ne reflètent pas l’identité ou les expériences de leur public cible.

Le média d’investigation Guiti News, spécialisé dans les questions migratoires, a rédigé de courtes biographies sur chacun de ses journalistes. Chacune est écrite par un collège de la rédaction et explique généralement pourquoi ils souhaitent couvrir ce sujet et ce qui les rend aptes à le faire.

2 S’allier avec les créateurs de contenus

Morning Brew a mis en place un programme de créateurs qui permet aux personnalités des médias sociaux de travailler pour l’entreprise tout en restant indépendants. Le rapport souligne la nécessité de créer de nouveaux postes au sein de la production d’information, comme responsable des relations avec les créateurs – pour faciliter la définition des partenariats. Ces alliances doivent être « abordées avec beaucoup de doigté, dans le respect des normes journalistiques ».

3Être humble !

Les politiques de correction devraient être plus cohérentes et transparentes sur les erreurs et les modifications apportées ultérieurement à la couverture. Le média TDLR News se plie à l’exercice, avec un certain succès. Tous les six mois, le média produit une vidéo dans lequel ils répondent exclusivement aux commentaires négatifs de la communauté. « Ce sont les vidéos qui suscitent le plus d’intérêt, avec de très bon retours », se félicite Jack Kelly, fondateur de TDLR News.

Les journalistes devraient aussi interagir davantage sur les réseaux sociaux, avec l’utilisation de tactiques telles que le « stitching » sur TikTok, ou le « remixage » sur Instagram, qui permettent aux utilisateurs de se répondre en intégrant la vidéo de quelqu’un d’autre dans la leur, comme le fait Underthedesknews sur TikTok.

4 Utiliser l’IA générative

L’IA générative peut être utilisé pour « céder » le contrôle des formats « à la prochaine génération ». Cette utilisation permettrait de répondre à ses préférences en matière de format et de mode de consommation. La BBC, en collaboration avec l’Institute of Engineering and Technology, a récemment partagé une démonstration d’un outil qui permet au consommateur de modifier la longueur, les fonctionnalités et le contenu d’une vidéo en fonction de ses préférences ou de ses besoins.

CETTE SEMAINE EN FRANCE

  • Une étude de l'Unesco alerte sur les préjugés sexistes générés par l'IA générative (Unesco)
  • « Politico » veut passer la vitesse supérieure en France (Le Monde)
  • RSF lance un bouquet anti-propagande russe (RSF)
  • Holding de l’audiovisuel public : la présidente de France Télévisions, Delphine Ernotte Cunci, défend un projet “pragmatique” (LCP)
  • Le CNC dresse un état des lieux sur les usages de l’IA et ses impacts réels sur la filière de l’image (CNC)
  • Face à la baisse des ventes papier, le groupe Sud Ouest annonce 118 suppressions de postes (Les Echos)
  • Pour les élections européennes, l’Arcom préconise « l’équité » plutôt que l’égalité des temps de parole dans les médias (Le Monde)
  • Mal-être dans les écoles de journalisme : "Je me suis ravisée", les futurs étudiants hésitent à postuler (L’Etudiant)
  • À cause de la taxe streaming, Spotify va augmenter ses tarifs en France (Le Figaro)

Lettre ouverte à nos abonnés pic.twitter.com/MajbNCcf4U

— Spotify France (@spotifyfrance) March 7, 2024

3 CHIFFRES - Spécial Journée internationale des droits des femmes

  • D'après l'Arcom, si les présentatrices sont représentées à parité depuis 2022, les invitées (expertes, politiques et autres) et les journalistes / chroniqueuses, dont la représentation progresse tendanciellement depuis 2016, restent néanmoins minoritaires : 41 % en 2023.
  • Les médias de service public sont à l'avant-garde de l'équilibre hommes-femmes sur le lieu de travail en Europe, selon EBU. Les médias de service public emploient directement plus de 100 000 femmes, soit 47 % des employés.
  • 34% des Français estiment que le traitement médiatique est plus mauvais pour les femmes que pour les hommes. 40% des Français ont le même sentiment pour les réseaux sociaux, d'après Ipsos.

SXSW, Jour 1 : 8 mars, Paroles de femmes 

LE GRAPHIQUE DE LA SEMAINE

NOS MEILLEURES LECTURES / DIGNES DE VOTRE TEMPS / LONG READ

  • Dans l'univers des spammeurs de TikTok et des outils d'IA qui les alimentent (404media)
  • La peur qui a inspiré la création d'OpenAI (Wired)
  • Les experts chinois de TikTok apprennent aux Américains à vendre (Rest of World)

DISRUPTION, DISLOCATION, MONDIALISATION

  • Pékin entend se débarasser vite de sa dépendance aux technologies US (Wall Street Journal)
  • Google veut rediriger le trafic des blogs de spam générés par l'IA vers des sites web légitimes (The Verge)

DONNEES, CONFIANCE, LIBERTÉ DE LA PRESSE,DÉSINFORMATION

  • Une nouvelle technologie qui montre l'authenticité des images et des vidéos est lancée sur BBC News (BBC)
  • Une série de faux sites d'information ayant des liens avec la Russie apparaissent aux États-Unis (New York Times)
  • Le président populiste d'Argentine ferme la principale agence de presse du pays (Buenos Aires Herald)

LÉGISLATION, RÉGLEMENTATION

  • Les nouvelles règles de concurrence de l'UE entrent en vigueur (The Verge)
  • Pornhub poursuit l'UE au sujet de la réglementation sur le contenu en ligne (Politico)

JOURNALISME

  • Condé Nast déclare que l'entreprise n'a pas atteint son objectif de chiffre d'affaires en 2023 (Axios)
  • CNN est le site d'information qui a connu la plus forte croissance parmi les dix premiers sites web en janvier (Press Gazette)
  • Les Palestiniens ont du mal à se connecter et à obtenir des informations dans le cadre de la fermeture des réseaux numériques à Gaza (Reuters Institute)
  • Les médias australiens pourraient demander à Meta de les rémunérer pour le contenu utilisé pour former l'IA (The Guardian)
  • Seuls 24 % des rédacteurs en chef de 12 pays sont des femmes (Reuters Institute)

STORYTELLING, NOUVEAUX FORMATS

  • The Guardian lance une newsletter hebdomadaire sur Taylor Swift (The Guardian)
  • Les vidéos plus longues de TikTok sont là pour durer (The Verge)

ENVIRONNEMENT 

  • Selon un nouveau rapport, l'IA augmentera probablement la consommation d'énergie et accélérera la désinformation sur le climat (The Guardian)

RÉSEAUX SOCIAUX, MESSAGERIES, APPS

  • Le projet d'interdiction de TikTok aux États-Unis pourrait concerner toutes les applications chinoises (Mashable)
  • Meta indique que l'accès est rétabli après la panne de Facebook et d'Instagram (New York Times)
  • Le président Biden interdirait TikTok. Mais le candidat Biden l'utilise pour sa campagne (npr)
  • LinkedIn mise sur l'information alors que ses concurrents sociaux reculent (Axios)
  • Meta abandonne les victimes de piratage informatique, drainant ainsi les ressources des forces de l'ordre (Wired)
  • Reddit lance un outil doté d'une intelligence artificielle pour détecter le harcèlement en ligne (Mashable)

IMMERSION, 360, VR, AR

  • La panne de Meta a également entraîné l'arrêt des casques VR Quest, mais l'entreprise tente de remédier à ce problème (The Verge)

The article is quite accurate. Quest already works offline, but in this instance our login servers had a bug and were returning responses the headset didn’t expect which made the sessions invslid. We’ll work to make it more resilient to this super rare condition.

— Mark Rabkin (@mrabkin) March 5, 2024

STREAMING, OTT, SVOD

  • Canal+ augmente le nombre de ses abonnés et prépare son implantation à l'étranger (Digital TV)
  • Mike Tyson vs Jake Paul : Netflix mise gros sur la boxe en direct (Wall Street Journal)
  • Comment Netflix a survécu à la guerre du streaming pour rester le roi de la vidéo par abonnement (Los Angeles Times)

AUDIO, PODCAST, BORNES

  • Apple introduit les transcriptions pour Apple Podcasts (Apple)

Web3, BLOCKCHAIN, CRYPTO, NFT

  • Le bitcoin atteint un niveau record, réalisant un retour en force étonnant (New York Times)

INTELLIGENCE ARTIFICIELLE, DATA, AUTOMATISATION

  • OpenAI riposte à Elon Musk dans une bataille juridique portant sur des allégations de rupture de contrat (The Guardian)
  • Google commence à éliminer davantage de spams et à intégrer l'intelligence artificielle dans les résultats de recherche (The Verge)
  • Google vient de dévoiler Genie, une nouvelle intelligence artificielle capable de générer des jeux vidéo (AI Revolution)
  • Microsoft demande le rejet de l'action en justice intentée par le New York Times en matière de droits d'auteur (The Guardian)

J'étais passé à côté de ce reportage de @7a8 diffusé ce dimanche, illustré par des images générées par IA pic.twitter.com/s0XjqiE2S0

— Vincent Coquaz (@VincentCoquaz) March 8, 2024

MONÉTISATION, MODÈLE ÉCONOMIQUE, PUBLICITÉ

  • Les entreprises de podcasts investissent dans les traductions générées par l'IA, malgré une qualité discutable (Digiday)
  • La génération Z se désintéresse de plus en plus des voyages extravagants que les influenceurs sont amenés à faire pour les marques (Business Insider)
  • Discord s'associe à des développeurs de jeux pour vendre des avatars et des effets de profil à thème (The Verge)

 

Kati Bremme et Alexandra Klinnik

 

 

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Liens vagabonds : Le contenu ou la vie, quelle nouvelle économie des médias face à l'IA générative ?

A la Silicon Valley, les accords se multiplient pour permettre aux entreprises technologiques de se servir légalement des contenus disponibles sur Internet pour nourrir leurs IA. Le dernier en date aurait été signé entre Google et Reddit. Le géant du numérique compterait verser 60 millions de dollars par an au réseau social pour entraîner ses modèles. Ce deal s’inscrit dans une tendance croissante qui concerne en priorité les acteurs de l’information. Axel Springer, AP, Semafor, et certains grands médias français font le choix de se lier aux géants de l'IA générative, faute d'accord global sur les droits des éditeurs. Avec, comme effet secondaire, la déstabilisation d'acteurs de moindre envergure. 

Google to pay Reddit $60 million per year for faster access to its content that it has access to already that no one wants to see rank highly in Google Search anyway https://t.co/T3gYvAcBKk pic.twitter.com/pNOoMTDTiq

— Barry Schwartz (@rustybrick) February 23, 2024

Deals entre OpenAI et la presse : un pari risqué ?  

On vous en parlait ici, le géant de l'édition allemand Bild a conclu un partenariat historique avec OpenAI fin décembre. Dans le cadre de cet accord, Axel Springer autorisera OpenAI à utiliser le contenu de ses médias, notamment Bild, Politico et Business Insider, pour entraîner des modèles d'intelligence artificielle. Le principal objectif du groupe ? Améliorer la qualité des réponses données par ChatGPT grâce à ses articles de presse tout en assurant la pérennité économique de ses médias.  

En juillet, l’agence de presse américaine Associated Press (AP) annonçait également avoir conclu un accord avec la start-up, lui « conférant une licence d'utilisation pour une partie de ses archives de presse ». La publication des contenus n’était cependant pas concerné. Dans cette continuité, le site d’information politique Semafor a récemment développé un outil de recherche en partenariat avec OpenAI piloté par l'IA appelé MISO (pour « multilingual insight search optimizer »). Celui-ci permet aux journalistes de trouver et de résumer efficacement un large éventail d'articles dans différentes langues, facilitant ainsi le processus de curation de contenu. L'entreprise décrit l'outil comme « un robot personnalisé construit sur la plateforme OpenAI et utilisant le moteur de recherche Bing de Microsoft ». 

Selon Mind Media, un partenariat inédit aurait également été noué entre Microsoft et les journaux Ouest France et Le Monde afin de « les aider à appliquer les fonctionnalités de l’intelligence artificielle générative à leurs activités rédactionnelles ». Ce serait le premier accord de ce type entre des médias français et une entreprise technologique de cette envergure. 

Pendant ce temps, le New York Times pourrait peut-être gagner son procès contre OpenAI… 

C’est ce que sous-entendent Timothy B. Lee, journaliste spécialisé dans les droits d’auteur, et James Grimmelmann professeur de droit spécialisé sur la propriété intellectuelle dans un article pour ArsTechnica. Le New York Times intentait fin décembre un procès à Open AI pour violation des droits d’auteur. L’argument principal en faveur d’Open AI serait que « Nous apprenons tous gratuitement ». L’article souligne cependant que : « Le raisonnement semble être que s'il est légal pour un être humain d'apprendre à partir d'un livre protégé par le droit d'auteur, il doit également être légal pour un grand modèle de langage d'apprendre à partir d'un million de livres protégés par le droit d'auteur » avant de poursuivre : « l’utilisation équitable dans un contexte personnel ou universitaire peut ne pas l'être si elle est pratiquée à l'échelle commerciale ».

En effet, la loi mentionne spécifiquement l'enseignement et la recherche comme exemples d'utilisation équitable. Mais pour les deux experts, les entreprises d'IA, comme OpenAI, utilisent des matériaux protégés par des droits d'auteur d'une manière qui pourrait ne pas être considérée comme une utilisation équitable, surtout lorsque les modèles génèrent des contenus qui concurrencent directement les œuvres originales. A l'époque, MP3.com et Texaco avaient perdu leurs arguments concernant l'utilisation équitable, tandis que Google a eu gain de cause. Aujourd'hui, les marchés des licences sont bien plus matures face à l'exploitation numérique des contenus et le problème de "mémorisation" des IA génératives...

En attendant des accords viables, de plus en plus de médias bloquent les robots d’exploration web (crawlers) des IA afin de protéger leurs données. Selon un relevé du Reuters Institute, à la fin de l'année 2023, 48 % des sites d'information les plus utilisés dans dix pays bloquaient les robots d'OpenAI. Un plus petit nombre, 24 %, bloquait le crawler d'IA de Google. Une tentative de protection pour préserver tant bien que mal leur modèle économique et le trafic sur leurs sites.  

Google grand sauveur des éditeurs ?  

Dans un contexte économique difficile, Google se positionne comme sauveur des éditeurs avec son nouvel outil de gestion des paywalls dynamique « Offerwall ». Difficile à croire sachant que le crawler de son IA Gemini participe également à l’absorption des données des médias – et fragilise donc leur modèle économique. L’outil permet aux lecteurs de débloquer l'accès au contenu de leurs sites web en choisissant parmi une série d'options telles que l'achat d'un abonnement, la visualisation d'une publicité vidéo, le partage de données personnelles (en spécifiant leurs intérêts parmi une liste de choix), ou un micropaiement pour un accès à court terme. Google présente Offerwall comme un « moyen pour les éditeurs de diversifier leurs revenus et d'explorer des approches de monétisation alternative ». 

CETTE SEMAINE EN FRANCE

  • « Qui veut voir dormir ma sœur » : l’horreur d’un Discord français à peine caché (Numérama)
  • Pluralisme : l'affaire CNews vire au casse-tête pour l'Arcom (Les Echos)
  • Sciences Po : souffrances en silence à l’école de journalisme (Arrêt sur Images)

3 CHIFFRES

  • À la fin de l'année 2023, 48 % des sites d'information les plus utilisés dans dix pays bloquaient les robots d'OpenAI, d’après une étude du Reuters Institute of Journalism.
  • Substack annonce avoir dépassé les 3 millions d'abonnements payants sur sa plateforme, selon leur communiqué.
  • 1 500 milliards de dollars - la valeur de marché de Nvidia, le fabricant de puces qui alimente l'intelligence artificielle, a bondi de plus de 1 500 milliards de dollars au cours des 12 derniers mois, d’après CNBC.

LE GRAPHIQUE DE LA SEMAINE

  • YouTube représente 9% du temps TV aux USA

Source : Nielsen

NOS MEILLEURES LECTURES / DIGNES DE VOTRE TEMPS / LONG READ

  • Un chatbot qui imite les morts. Est-ce une bonne idée ? (Financial Times)
  • Comment Sora fonctionne (et ce que cela signifie) (Every)
  • Les firmes d'IA contournent vos blocages, devenus inefficaces (The Verge)
  • Les « shukanshi », ces tabloïds racoleurs qui révèlent l’envers du décor au Japon (Le Monde)
  • La course de la Chine pour dominer les IA s'accompagne d'un revers de médaille : elle dépend de la technologie américaine (NYT)
  • Le nouveau métier de l'IA ? Collaborateur polyvalent d'Hollywood (The Hollywood Reporter)
  • TikTok est sur le déclin (Slate)

DISRUPTION, DISLOCATION, MONDIALISATION

  • L'engouement pour l'IA s'estompe, d'après les résultats des appels d'offres (Yahoo Finance)
  • Google teste la disparition de l’onglet « Actualités » dans ses résultats de recherche (NiemanLab)

help @google where is my "news" tab pic.twitter.com/6ouIaWhwKP

— Sarah Scire (@SarahScire) February 21, 2024

DONNEES, CONFIANCE, LIBERTÉ DE LA PRESSE,DÉSINFORMATION

  • OpenAI suspend le développeur d'un chatbot se faisant passer pour un homme politique (AI)
  • Le personnel de Meta a découvert que l'outil d'abonnement à Instagram permettait l'exploitation des enfants. L'entreprise a quand même continué (Wall Street Journal)
  • Une nouvelle étude montre que les gens peuvent changer d'avis sur la théorie du complot (The Conversation)

LÉGISLATION, RÉGLEMENTATION

  • Les géants du numérique signent un accord contre l’utilisation trompeuse de l’IA dans le cadre d’élections (Le Monde)
  • Julian Assange risque un "déni de justice flagrant" s'il est jugé aux États-Unis, selon un tribunal londonien (The Guardian)
  • TikTok visé par une enquête de la Commission européenne concernant la protection des mineurs (Commission européenne)

Nous ouvrons une procédure formelle pour déterminer si Tik Tok a pu enfreindre le règlement sur les services numériques (#DSA) dans certains domaines :

▪ protection des mineurs
▪ publicité
▪ accès aux données pour les chercheurs
▪ gestion des risques
▪ contenu préjudiciable

— Commission européenne 🇪🇺 (@UEFrance) February 19, 2024


JOURNALISME

  • Les éditeurs testent le nouvel outil de monétisation Offerwall de Google (ToolKits)
  • AP lance un programme de formation à l'IA et couvre l'expansion grâce à deux nouvelles subventions (AP)
  • Vice Media cesse de publier sur son site web et supprime des centaines d'emplois (BBC)
  • Les éditeurs testent un nouvel outil de monétisation de Google appelé Offerwall (Toolkits)

STORYTELLING, NOUVEAUX FORMATS

  • L'ascension incertaine d'Instagram en tant que site d'information (New York Times)
  • Une nouvelle étude se penche sur les effets positifs du croisement du journalisme et de la comédie (NiemanLab)

RÉSEAUX SOCIAUX, MESSAGERIES, APPS

  • Les "micro-influenceurs" vont-ils faire basculer les élections américaines ? (Financial Times)
  • Google va payer 60 millions de dollars par an à Reddit pour entraîner ses modèles et se servir de ses contenus (Reuters)
  • Les applications de rencontres Tinder et Hinge sont conçues pour rendre les utilisateurs dépendants, selon une action en justice (CBS news)
  • Les influenceurs de TikTok gagnent beaucoup d'argent grâce aux streams (ABC)
  • Reddit va enfin entrer en Bourse (Les Echos)

Fun to talk Reddit with @andrewrsorkin this morning. Going to be a rough ride for the company as it goes public. $RDDT https://t.co/ADzaxm5s7c

— Alex Kantrowitz (@Kantrowitz) February 23, 2024

IMMERSION, 360, VR, AR

  • Pleurer avec Apple Vision Pro (Wired)
  • Les fans du jeu Kim Kardashian se préparent à la fin de leur vie virtuelle somptueuse (Wall Street Journal)

STREAMING, OTT, SVOD

  • YouTube domine le streaming TV aux États-Unis, selon le dernier rapport de Nielsen (TechCrunch)
  • Comment Marvel se réinvente discrètement en réponse à la lassitude des superhéros (Hollywood Reporter)

AUDIO, PODCAST, BORNES

  • Apple déclare que Spotify veut un accès "illimité" à ses outils sans payer (The Guardian)

INTELLIGENCE ARTIFICIELLE, DATA, AUTOMATISATION

  • Google DeepMind crée une nouvelle organisation axée sur la sécurité de l'IA (TechCrunch)
  • La course à la domination de l'I.A. par la Chine s'accompagne d'un revirement : elle dépend de la technologie américaine (New York Times)
  • Stable Diffusion revient en force avec une toute nouvelle IA : Cascade (lebigdata)
  • Les Émirats arabes unis soutiennent l'idée de Sam Altman de se transformer en terrain d'essai de l'IA (Bloomberg)
  • Google offre une partie de l'intelligence artificielle qui alimente les chatbots (New York Times)
  • Google interrompt la génération d'images de personnes par l'IA à la suite de réactions négatives sur la diversité (Financial Times)

We're aware that Gemini is offering inaccuracies in some historical image generation depictions. Here's our statement. pic.twitter.com/RfYXSgRyfz

— Google Communications (@Google_Comms) February 21, 2024

MONÉTISATION, MODÈLE ÉCONOMIQUE, PUBLICITÉ

  • LVMH va à Hollywood pour mettre ses marques à l'écran (Financial Times)

 

Kati Bremme, Alexandra Klinnik et Aude Nevo

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L'IA, une seconde nature pour la génération Z ?

La génération Z, soit “les natifs de l’IA”, pourrait être la mieux préparée pour utiliser l’intelligence artificielle au travail. Les personnes nées entre 1997 et 2012 (les "zoomers", en opposition aux "boomers") font partie de la première génération de natifs numériques, ayant grandi en communiquant au quotidien via les réseaux sociaux. Ils sont en position de force sur un marché du travail en quête de nouvelles compétences, d'après l'étude récente de Handshake intitulée "The Class of 2024 sets their sights on the future" (La promotion 2024 fixe ses objectifs sur l'avenir).

Par Alexandra Klinnik, MediaLab de l'Information de France Télévisions

La vue d’ensemble 

La relation "instinctive" de la génération Z avec la technologie peut être un atout inestimable. Cette immersion précoce dans le numérique a préparé la Gen Z à saisir directement les opportunités offertes par Chat GPT & Co. "Se mettre rapidement au diapason des nouvelles technologies est une seconde nature pour la génération Z, et l'IA générative ne fait pas exception" analyse l'Ofcom. D’après une enquête du Pew Research Center, les jeunes adultes sont plus susceptibles d’utiliser l’IA que leurs homologues plus âgés. Dans une économie incertaine et en rapide évolution, les jeunes savent qu’ils doivent prendre de l’avance et affûter leurs armes. Pendant les crises, ils servent souvent de variable d’ajustement. Ils sont en effet les premiers à être licenciés ou à voir leur contrat ne pas être renouvelé. La génération Z représentait plus de 13% de la population active l’année dernière, selon les données du Bureau des statistiques du travail des Etats-Unis.

Dans ce contexte, l’IA se présente comme une opportunité pour décrocher des opportunités d’emplois… et aussi chercher du soutien. En effet, selon Fortune, les travailleurs de la génération Z pensent que leurs employeurs ne se soucient pas de leur évolution de carrière. Ils se tournent vers ChatGPT pour obtenir des conseils en matière d’emploi. Environ 47% des travailleurs de la génération Z affirment qu’ils obtiennent de meilleurs conseils de la part d’outils d’IA générative tels que ChatGPT que de la part de leur patron. 

Aux Etats-Unis, la grande majorité des diplômés de 2024 sont familiers avec des outils tels que ChatGPT et DALL-E, et 50% prévoient d’acquérir de nouvelles compétences à la lumière de l’émergence de l’IA générative, d’après le rapport de Handshake, une plateforme de recherche d’emplois pour étudiants. Un tiers des étudiants, et plus de la moitié des majors en technologie, déclarent avoir l’intention d’utiliser l’IA générative dans leur carrière. 

Les diplômés sont prêts et motivés à intégrer l’IA dans leur travail

Parmi les diplômés de 2024 qui connaissent les outils d'IA générative, environ 1 sur 3 prévoit d'utiliser ces outils dans sa carrière, et 1 sur 5 serait plus enclin à accepter un emploi où il aurait la possibilité d'expérimenter l'IA générative.

Ces chiffres sont plus élevés chez les étudiants qui se spécialisent dans des domaines technologiques tels que l'informatique, l'analyse de données et l'ingénierie. Toutefois, une part importante des étudiants dans des domaines non technologiques considérés comme très exposés à l'automatisation générative de l'IA, y compris le commerce et les sciences humaines, prévoient également d'utiliser l'IA dans leur carrière.

La Gen Z souhaite de nouvelles compétences à l’aune de l’IA

 

La moitié des diplômés de 2024, dont 64 % des diplômés en technologie et 45 % des diplômés hors technologie, affirment qu'ils prévoient de développer de nouvelles compétences à la lumière de l'émergence de l'IA générative. Notamment, les étudiants qui s'inquiètent de l'impact de l'IA générative sur leur carrière sont encore plus susceptibles d'envisager d'acquérir de nouvelles compétences pour s'adapter.

Une disparité selon les genres

Il existe également un écart important entre les sexes à propos de l'IA générative : 94 % des hommes connaissent les outils d'IA, contre 79 % des femmes. 

Et parmi les étudiants en technologie qui connaissent ces outils, les femmes sont plus susceptibles de s'inquiéter de l'impact qu'ils auront sur leur carrière - 53 % des femmes sont "assez" ou "très" inquiètes, contre 41 % des hommes.

La Gen Z face au marché de l’emploi

Bien que la Gen Z soit en avance dans l’adoption de l’IA, cette technologie générative perturbe le marché du travail en menaçant certains emplois. Peu d’industries sont immunisées : “la liste des licenciements de cols blancs s’allonge presque quotidiennement et comprend des suppressions d’emplois chez Google, Duolingo et UPS au cours des dernières semaines”, prévient le Wall Street Journal. Car aujourd’hui, l’IA générative ne se contente pas de tâches subalternes, mais a la capacité de “créer du contenu et de synthétiser des idées, le type de travail que des millions de personnes font actuellement derrières des ordinateurs”. Cependant en tant que première génération à étudier l’IA à l’école, la Gen Z reste la mieux positionnée pour naviguer dans cette période de Hunger Games professionnelle. 

 

 

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#IA – Cauchemar d'éditeur: le moteur de réponses remplace le moteur de recherche

« Nous nous dirigeons vers un monde où plus personne n'aura besoin de visiter des sites web et donc de voir des publicités d'éditeurs qui financent des trucs comme le journalisme », a averti il y a quelque jour un journaliste dans un podcast du New York Times.

Car en ce moment le monde de l’IA dans la Silicon Valley ne parle que d’un site : Perplexity.ai ! Ce service n’est pas un agent conversationnel, mais un mélange très séduisant combinant search et IA. Et préfigure … la mort possible des revenus tirés des liens vers les contenus des éditeurs.

En gros, à votre question, Perplexity fournit, à partir de multiples contenus du web, un résumé instantané parfait, un article à la volée bien présenté, avec des encadrés pertinents et à jour. Une sorte de Wikipédia dynamique et personnalisé, sans passer par le search classique.

Certes les principales sources sont affichées en haut de la page, mais rares sont ceux qui creuseront davantage le sujet, car la réponse proposée, synthèse intelligente de nombreux contenus soigneusement choisis, suffit et fait gagner du temps. Mais, pour l’instant, ces sources – souvent des éditeurs de presse-- ne sont pas rémunérées, au nom du fameux « fair use », le principe de citation du monde universitaire.

Perplexity, fondée par un ancien d’OpenAi et de DeepMind de Google, revendique 10 millions d’utilisateurs mensuels actifs et une durée moyenne de visite de 21 minutes. La version pro coûte 20 $ par mois, comme pour GPT-4. Et Jeff Bezos est un des actionnaires.

Face aux éditeurs terrifiés, le CEO et fondateur de Perplexity, Aravind Srinivas, estime que son moteur de réponses offre un meilleur référencement, une meilleure visibilité que Google, et permet d’accroître la notoriété des sources. Il reconnaît toutefois qu’il faudrait mieux monétiser cette notoriété.

« Nous devrions pouvoir dire au New York Times le nombre fois qu’un de ses extraits a été utilisé dans des réponses de Perplexity cette semaine ».

“Notre but est de devenir le lieu de facto de l’information sur Internet (….) l’appli ultime de la connaissance, le TikTok du savoir!”, a-t-il indiqué dans deux récents podcasts.

« Aujourd’hui vous perdez beaucoup de temps à obtenir une réponse qu’une dizaine de commerciaux essaient de vous donner », précise-t-il. « Google, qui travaille d’abord pour les annonceurs, n’a aucun intérêt à vous faire gagner du temps ».

Il réfléchit ainsi à des modèles d’abonnements groupés avec des médias. Mais sa diversification de revenus passera à terme par les APIs et la publicité, a ajouté il y a quelques jours Srinivas.

Sur Perplexity, explique Srinivas, « la compétence N°1 est de poser de bonnes questions ».

La recherche peut être affinée et se concentrer uniquement sur des groupes de sources, comme par exemple les seules vidéos YouTube, ou les posts Reddit. Les erreurs existent mais sont bien moins nombreuses que sur les plateformes d’IA générative.

Evidemment, le roi du search, Google, pourrait faire la même chose que Perplexity. Il le fait d’ailleurs discrètement depuis plusieurs années dans des encadrés brefs. Mais son modèle d’affaires basé sur des liens sponsorisés – déjà partiellement cannibalisé par son IA Gemini- serait en grand risque. Wall Street ne manquerait pas de sanctionner tout recul des revenus publicitaires du géant de Mountain View.

Le « search génératif » de Google (dopé à l’IA) qui a déjà fait chuter le trafic de plus d’un tiers vers les sites d’infos d’Amérique du Nord n’est pour l’instant pas disponible en Europe. Il pourrait toutefois y arriver sous une forme intégrée au search classique d’ici moins d’un an, selon des contacts pris auprès de Google.

Les prochaines étapes chez Perplexity ?

Des notifications de news ("Perplexity Push") et « des résultats encore plus fiables, des questions et des réponses sous forme audio et vidéo (dire « multimodales » !), un meilleur raisonnement et plus de personnalisation », promet Srinivas.

D’autres offres semblables se multiplient comme l’appli « Arc Search » sur iPhone ou « Consensus » et peut-être bientôt via Reddit, qui vient de signer un accord important avec une firme d’IA.

Demain, nos smart phones, nous donnerons à la volée les cinq infos importantes du moment. Et peu d'entre nous se soucieront des sources !

ES

ps : ah j'oubliais ! Perplexity fonctionne aussi en Français !

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Liens vagabonds : La France en Pôle Position IA ?

Paris, jeudi 15 janvier - Google annonce l'inauguration de son nouveau centre de recherche en intelligence artificielle à Paris, en présence de son PDG Sundar Pichai. L’objectif ? « Faire émerger de nouveaux partenariats académiques et former des professionnels à cette technologie ». Le nouveau Lab réunira pas moins de 300 chercheurs et ingénieurs travaillant en collaboration avec les universités et les instituts de recherche français. 

"La France possède des atouts considérables dans le domaine scientifique, avec ses 500 000 chercheurs et des institutions de premier plan tels que le CNRS, Inria, Paris Saclay, l'Institut Curie, ou encore l'Université PSL (Paris Sciences & Lettres)," souligne Google. Cette collaboration avec des institutions françaises de renom vise à stimuler la recherche fondamentale et appliquée en IA, consolidant ainsi la position de la France comme leader dans ce domaine. Google prévoit également de former 100 000 professionnels français aux outils de l'IA d'ici la fin de 2025. 

Oui, la France est le pays le plus attractif en Europe pour les investissements étrangers et notamment des entreprises de la tech !

L’ouverture du hub Google dédié à l’intelligence artificielle, ouvert à tout l’écosystème français, en est le parfait exemple.

Nous sommes… pic.twitter.com/wn0cTbm2YD

— Bruno Le Maire (@BrunoLeMaire) February 15, 2024

Une démarche qui soulève des questions sur le monopole numérique de Google 

On pourrait pointer du doigt cette initiative comme un moyen pour Google de maintenir son hégémonie dans le domaine de l'IA, en monopolisant les ressources et les talents. C’était déjà le cas avec l’ouverture d’un laboratoire Meta en 2015, puis Google en 2018. « A l’époque, certains regrettaient l’aspiration par les géants américains des cerveaux français, dont Yann LeCun, un des parrains de l’IA moderne, chez Meta » explique Alexandre Piquard, journaliste du Monde. 

TechCrunch, dans son analyse, tente de disséquer cette inauguration à la vue de tous « Google aurait pu envoyer un courriel à ses employés pour leur dire quand ils pourraient récupérer leurs badges pour le nouveau bureau. Au lieu de cela, l'entreprise a décidé qu'il s'agissait d'une opportunité de relations publiques. L'entreprise doit montrer qu'elle se préoccupe de l'IA et qu'il s'agit d'une priorité. » 

Le nouveau bâtiment accueillera certes des projets d’IA, mais aussi des programmes autour de YouTube et Chrome. « Google aurait pu simplement l'appeler « Google hub » » affirme le média américain, mais l’entreprise souhaite « affirmer haut et fort qu'elle est spécialisée dans l’IA ».  

Paris, un écosystème florissant de startups spécialisées dans l’IA 

Pendant ce temps, des entreprises telles que Nabla, Dust, Gladia et Giskard témoignent de l'essor de l'IA en France. Les importantes levées de fond de Mistral AI, la start-up française valorisée à 2 milliards de dollars, ainsi que l'implantation de la startup californienne Poolside AI à Paris, mettent en lumière la dynamique croissante de ce secteur. 

« En quelques années, nous sommes parvenus à créer plusieurs instituts de recherche interdisciplinaire, des chaires de recherche, à doubler le nombre de diplômés en IA et à augmenter de 500 le nombre de doctorants », s'était félicité Emmanuel Macron en novembre, à l'occasion du lancement du laboratoire Kyutai, porté notamment par Xavier Niel (Iliad) et Rodolphe Saadé (CMA-CGM) et basé également à Paris. 

Un des avantages du pays ? Son attractivité financière (même si elle reste toute relative face aux Etats-Unis), combinée à un soutien gouvernemental. Bpifrance, un fonds soutenu par l'État, a participé à la fois au financement de Mistral et Poolside. Paul Barbaste, cofondateur d'Inclusive Brains, une startup spécialisée dans les neurosciences, explique : « C'est quatre fois moins cher. Et le gouvernement français en paie la moitié ». Au sein d'une approche européenne dans la course à l'IA, la France souhaite définitivement défendre ses atouts. 

Et la protection du travail journalistique français face aux IA dans tout ça ?  

Bruno Le Maire, ministre de l’économie a affirmé refuser « que les systèmes d’intelligence artificielle aient un libre accès au travail des journalistes » lors de son intervention au World AI Cannes Festival vendredi 9 février. S’agirait-il d’un premier réveil officiel sur les risques de l’IA pour la profession en France ? « Quel est l’avenir d’un métier dont les informations, recueillies au prix d’un travail très exigent sont récupérés gratuitement par les systèmes d’intelligence artificielle ? » s’est-il demandé. A la question : bloquer ou ne pas bloquer les « crawlers » des intelligences artificielles sur les sites d’information on n'obtient pas la même réponses selon le média concerné. 

Sur le plan européen, le ministre a appelé à la création d’un marché unique de la donnée régulée et équitable pour contrer la monopolisation des données par les géants du numériques.

La France n’en a pas fini de faire parler d’elle en matière d’IA, mais Bloomberg nuance que la France n’a représenté que 2,9 % du financement mondial du capital-risque et la pénurie d'offres d'actions et d'acquisitions sur le marché local de la technologie ne sera pas réglé de sitôt par les nouveaux venus de l’IA. 

Cela ne va pas empêcher le pays d’accueillir le prochain sommet sur la sécurité de l’intelligence artificielle en 2024, ...à Paris bien-sûr. 

CETTE SEMAINE EN FRANCE

  • Le Conseil d’Etat ordonne à l’Arcom de réexaminer le respect, par CNews, de ses obligations en matière de pluralisme (Le Monde)
  • M6 : Nicolas de Tavernost passe la main (Les Echos)
  • Bruno Le Maire a réaffirmé la volonté de la France de se positionner comme leader européen de l’IA (Siècle Digital)

 

  • Ce qu’il faut retenir du festival mondial de l'IA de Cannes (AI Business)
  • La marque France Bleu disparaîtra pour devenir « Ici » à la rentrée 2024 (Le Monde)
  • Google va créer un nouveau centre d'intelligence artificielle (IA) en France (Reuters)

« Nous allons changer de marque : nous allons nous appeler ICI » indique ce matin @celinepigalle directrice de @francebleu
pic.twitter.com/4NlNssdgk6

— Brulhatour (@Brulhatour) February 14, 2024

3 CHIFFRES

Nous avons passé au crible les contenus publiés par plus de 550 influenceurs actifs en Europe 🔍

Si la quasi-totalité (97%) des comptes analysés publient du contenu commercial, seuls 20% le présentaient systématiquement comme étant de la publicité ↓https://t.co/uRcouMIEMZ

— Commission européenne 🇪🇺 (@UEFrance) February 14, 2024

LE GRAPHIQUE DE LA SEMAINEInfographie: La menace de la désinformation plane sur les élections en 2024 | Statista

Vous trouverez plus d'infographies sur Statista

NOS MEILLEURES LECTURES / DIGNES DE VOTRE TEMPS / LONG READ

  • Le journalisme est-il préparé face à sa potentielle extinction de masse ? (The New Yorker)
  • Comment les séries réconfortantes ont conquis la télévision en streaming  (The Hollywood Reporter)
  • Comment Elon Musk a cassé Twitter en le transformant en X (Washington Post)
  • Les licenciements et les fermetures d'entreprises ont bouleversé le secteur des médias. Qu'adviendra-t-il des jeunes qui étudient le journalisme ? (Boston Globe)
  • Ce qu'il faut pour réussir en tant qu'influenceur sur les médias sociaux (The Wall Street Journal)

DISRUPTION, DISLOCATION, MONDIALISATION

  • Les autres grands gagnants du Super Bowl... sont les créateurs ? (Rolling Stone)

DONNEES, CONFIANCE, LIBERTÉ DE LA PRESSE,DÉSINFORMATION

  • Une campagne d'influence chinoise favorise la désunion avant les élections américaines (New York Times)
  • La nouvelle ère de l'IA et des "Deepfakes" complique les élections de 2024 (Wall Street Journal)
  • OpenAI suspend le développeur d'un chatbot se faisant passer pour un homme politique (AINews)
  • Guerre Israël-Gaza : le nombre de journalistes tués atteint un niveau quasi record (CPJ)

LÉGISLATION, RÉGLEMENTATION

  • Intelligence artificielle : des députés proposent de faire de la CNIL l’autorité régulatrice (Le Monde)

JOURNALISME

  • Des suppressions d'emplois s'annoncent au Guardian alors que la baisse des revenus publicitaires frappe les éditeurs de plein fouet (The Times)
  • CBS News va licencier 20 journalistes dans le cadre de la réduction des effectifs de la Paramount (Los Angeles Times)
  • Accepter l'argent ou se battre ? Les magnats des médias sont divisés sur les accords relatifs à l'IA (The Hollywood Reporter)
  • L'année la plus faste pour Slate (Semafor)
  • Les journalistes font la grève alors que l'industrie de l'information se porte mal (npr)
  • Où tous ces journalistes vont-ils trouver un sens à leur vie ? (Hazlitt)

STORYTELLING, NOUVEAUX FORMATS

  • Oubliez le A1. Les "unes" les plus convoitées du New York Times sont désormais The Daily et son bulletin phare The Morning (Vanity Fair)
  • YouTube vous permet désormais d'intégrer des vidéos musicales dans vos Shorts (TechCrunch)

ENVIRONNEMENT 

  • L’intelligence artificielle va-t-elle donner le coup de grâce au climat ? (Vert)

RÉSEAUX SOCIAUX, MESSAGERIES, APPS

  • L'endroit le plus civilisé pour consulter les actualités en ligne pourrait être Reddit (Columbia Journalism Review)
  • Dans une bataille avec X, Threads ajoute des sujets de tendance où la politique sera autorisée (TechCrunch)
  • TikTok prend de l'avance en tant que lieu de discussion sur les campagnes électorales (Bloomberg)
  • Le paradoxe des applications de rencontre : Pourquoi les applications de rencontre peuvent être pires que jamais (npr)
  • L’algorithme de TikTok amplifie de manière alarmante les contenus misogynes (L’ADN)
  • Ils voulaient faire carrière dans la technologie. Ils sont coincés dans un "atelier clandestin" de modération de contenu chez TikTok (Rest of The World)

IMMERSION, 360, VR, AR

  • Après avoir essayé le Vision Pro, Mark Zuckerberg déclare que le Quest 3 "est le meilleur produit, point final" (The Verge)

 

Voir cette publication sur Instagram

 

Une publication partagée par Mark Zuckerberg (@zuck)

  • Cette organisation à but non lucratif utilise la réalité virtuelle pour former les journalistes ukrainiens à couvrir la guerre en toute sécurité (Reuters Institute)
  • Les fans d'Apple commencent à renvoyer leurs Vision Pros (The Verge)
  • TikTok lance une application "réimaginée" pour l'Apple Vision Pro (TechCrunch)

STREAMING, OTT, SVOD

  • Mickey, Minnie, Donald et Goofy de Disneyland veulent se syndiquer (CNN)
  • Amazon facture désormais aux membres Prime un supplément pour le streaming sans publicité. Pour certains, c'est un deal-breaker (The Wall Street Journal)
  • Le troisième exportateur de télévision n'est pas celui auquel on pourrait s'attendre (The Economist)

AUDIO, PODCAST, BORNES

  • Le secteur de l'audio se contracte malgré l'essor de la diffusion en continu (Axios)

Web3, BLOCKCHAIN, CRYPTO, NFT

  • Le bitcoin retrouve une capitalisation boursière de 1 000 milliards de dollars, la crypto-monnaie atteignant son plus haut niveau en deux ans (CNBC)

INTELLIGENCE ARTIFICIELLE, DATA, AUTOMATISATION

  • OpenAI présente Sora (OpenAI)

here is sora, our video generation model:https://t.co/CDr4DdCrh1

today we are starting red-teaming and offering access to a limited number of creators.@_tim_brooks @billpeeb @model_mechanic are really incredible; amazing work by them and the team.

remarkable moment.

— Sam Altman (@sama) February 15, 2024

Introducing Sora, our text-to-video model.

Sora can create videos of up to 60 seconds featuring highly detailed scenes, complex camera motion, and multiple characters with vibrant emotions. https://t.co/7j2JN27M3W

Prompt: “Beautiful, snowy… pic.twitter.com/ruTEWn87vf

— OpenAI (@OpenAI) February 15, 2024

 

https://t.co/qbj02M4ng8 pic.twitter.com/EvngqF2ZIX

— Sam Altman (@sama) February 15, 2024

  • L'IA commence à menacer les emplois de cols blancs. Peu d'industries sont à l'abri (Wall Street Journal)
  • L'IA fait revivre les voix d'enfants tués dans des fusillades (Wall Street Journal)
  • Le prochain compagnon de jeu de votre enfant pourrait être un jouet IA alimenté par ChatGP (Forbes)
  • OpenAI en passe d'atteindre le cap des 2 milliards de dollars de chiffre d'affaires grâce à une croissance fulgurante (Financial Times)
  • Intelligences artificielles, les mille et une façons de les faire dérailler (Le Monde)

MONÉTISATION, MODÈLE ÉCONOMIQUE, PUBLICITÉ

Kati Bremme, Alexandra Klinnik et Aude Nevo

 

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Liens vagabonds : L’économie des créateurs, miroir aux alouettes ?

Devant les créateurs de contenu, chaque plateforme se pavane. Dernièrement, YouTube a lancé une énième opération séduction auprès de ses poules aux œufs d’or. Dans une lettre sur ses “paris pour 2024”, publiée ce 6 janvier, la plateforme explique vouloir se battre pour une meilleure reconnaissance des créateurs de contenus. Pour Neal Mohan, le patron de YouTube, ils doivent être considérés comme des “studios de nouvelle génération”. “La plupart des gouvernements ne prennent pas en compte les créateurs dans leurs données sur l’emploi”, a-t-il déploré. YouTube aurait remis plus de 70 milliards de dollars aux créateurs, aux artistes, et aux sociétés des médias ces trois dernières années, par le biais du YouTube Partner Program.

At @YouTube, we’re excited about what’s ahead this year. Today I’m sharing 4 big bets we’re making in 2024, starting with how we’re using AI to empower human creativity. We want to help everyone create. https://t.co/oLJck6hXXh 1/4 pic.twitter.com/W4p0bGMn6K

— Neal Mohan (@nealmohan) February 6, 2024

Ces chiffres encouragent des créateurs de contenus, toujours plus nombreux. A une époque marquée par l’insécurité du travail, chacun veut développer sa propre marque, assurer ses arrières. Le contenu en soi importe peu. L’important reste de produire et de pratiquer une auto-promotion constante sur les réseaux sociaux.  “Il faut crier dans le vide numérique et dire à tout le monde à quel point on est génial. Tout ce qui compte, c’est combien de personnes vous croient”, ironise Vox dans un article très fouillé intitulé Tout le monde est vendu maintenant. Dans une interview donnée au Guardian, l’auteure Naomie Klein a déclaré que le plus grand changement dans le monde depuis No Logo, paru en 1999, était que “le néolibéralisme a créé tellement de précarité que la marchandisation de soi est maintenant considéré comme le seul moyen d’atteindre une certaine sécurité économique. De plus, les réseaux sociaux nous ont donné les outils pour nous commercialiser sans arrêt”. 

Sauf que, le marché sature. Pour ceux qui souhaitent être rémunérés directement, il est difficile de percer. L’offre dépasse largement la demande, avec une explosion de chaînes YouTube, de podcasts, de newsletters Substack. “Le rapport signal/bruit est complètement déséquilibré”, pointe la journaliste Joan Westenberg. Pour elle, la théorie des 1000 vrais fans “que l’on nous vend depuis 15 ans” est un mythe. Les données de Patreon et de Substack indiquent que le taux de conversion moyen d’un follower en fan payant est d’environ 5%. “Cela signifie qu’un créateur aurait besoin d’une fanbase totale de 20 000 adeptes pour obtenir 1000 supporters payants”, constate la journaliste. Or, il s’agit d’un pari presque impossible dans cette économie de l’attention infernale et surchargée.

De nouveaux concurrents viennent barrer la route des créateurs de contenu “de bonne foi” : le contenu sur les théories du complot généré par l’IA est en train de devenir une “niche” populaire pour gagner de l’argent en ligne, alerte Media Matters. Grâce à des programmes de synthèse vocale comme Eleven Labs, des escrocs produisent très rapidement (et presque sans effort) des vidéos de plus de 60 secondes. Sachant que la version bêta du programme de créativité sur TikTok rémunère les créateurs pour les vidéos de plus d’une minute… 

CETTE SEMAINE EN FRANCE

  • Rachida Dati plaide pour une holding de l'audiovisuel public (Les Echos)
  • La presse de Bayard (La Croix, Notre temps, Phosphore...) s’enfonce dans le rouge (L’Informé)
  • Après les sénateurs, les députés adoptent un amendement qui remet en cause la loi de 1881 sur la presse (Le Monde)
  • Médias : le pure player Konbini racheté par le groupe DC Company, propriétaire du Gorafi (Konbini)
  • Loana, qui a raconté son viol, sacrifiée sur l’autel de « TPMP » (Le Monde)
  • La famille Arnault prête à entrer au capital de Webedia (Le Figaro)

3 CHIFFRES

  • 7.000 milliards de dollars (presque 3x le PIB de la France), c'est la somme que veut lever Sam Altman, pour "transformer" le marché des puces et de l'IA, selon le Wall Street Journal
  • YouTube a réalisé 9,2 milliards de dollars de revenus (+15,5% sur un an) au quatrième trimestre 2024, et les abonnements payants (streaming de musique et/ou vidéo) rapportent désormais 15 milliards de dollars par an à Google.
  • Bluesky a ajouté plus de 850 000 nouveaux utilisateurs le lendemain de son ouverture au public, sans invitation nécessaire.

After opening access yesterday, Bluesky has crossed 4M users! 🎉

• 850k+ new users have signed up
• Averaged 8.5 new accounts/second
• 2M posts were created in the last 24 hours

Sign up for Bluesky here, no invite code required: https://t.co/xjTBYE9oOJ pic.twitter.com/vDB4pdnERy

— bluesky (@bluesky) February 7, 2024

LE GRAPHIQUE DE LA SEMAINE

Facebook continue de gagner des utilisateurs après 20 ans d'existence

NOS MEILLEURES LECTURES / DIGNES DE VOTRE TEMPS / LONG READ

  • TikTok a un problème de théorie du complot en matière d'IA (Mediamatters)
  • Ce que nous avons appris de 20 ans de Facebook (Vox)
  • Google se prépare pour un avenir où le search ne règne pas en maître (Wired)
  • De nombreux éditeurs commencent à repenser leurs stratégies d'abonnement (Axios)

Most people are not paying for /any/ sources of online news

Even those who /do/ pay for one or more sources often do not pay for most sources used

Much of the public barely find online news worth /paying attention to/

All of this is documented by years of @risj_oxford research https://t.co/RBOd0vyHc8

— Rasmus Kleis Nielsen (@rasmus_kleis) February 7, 2024

DISRUPTION, DISLOCATION, MONDIALISATION

  • Talk-show ou conversation sérieuse ? L'interview de Poutine par Tucker Carlson n'a offert ni l'un ni l'autre (The Guardian)

Ep. 73 The Vladimir Putin Interview pic.twitter.com/67YuZRkfLL

— Tucker Carlson (@TuckerCarlson) February 8, 2024

DONNEES, CONFIANCE, LIBERTÉ DE LA PRESSE,DÉSINFORMATION

  • Guerre de l’information : des armées d’influenceurs au service d’Israël (Mediapart)

LÉGISLATION, RÉGLEMENTATION

  • Meta et TikTok attaquent l'UE en justice au sujet du règlement sur le contenu en ligne (Politico)
  • Droits voisins : l'Autorité de la concurrence regarde de près de Bard, l'IA de Google (Les Echos)
  • Le Royaume-Uni et la France proposent des règles pour lutter contre l'utilisation abusive des logiciels espions (Politico)

JOURNALISME

  • El País lance une édition imprimée remaniée pour une meilleure lisibilité (El Pais)
  • Les États-Unis vont imposer des restrictions en matière de visas aux personnes qui utilisent abusivement des logiciels espions pour cibler des journalistes et des militants (Associated Press)
  • Le journalisme sportif vous manquera quand il aura disparu (The Atlantic)
  • Avec la publicité pour les jeux, le New York Times mise sur l'habitude (Adweek)
  • Une société de médias en ligne lance un plan de couverture des élections pour la génération Z (Washington Post) 

RÉSEAUX SOCIAUX, MESSAGERIES, APPS

  • Snap est la dernière entreprise technologique à supprimer des emplois, en licenciant 10 % de son personnel (Axios)
  • Bluesky est désormais ouvert à tous (TechCrunch)
  • YouTube TV compte désormais plus de 8 millions d'abonnés (YouTube)
  • Facebook et Instagram vont étiqueter toutes les fausses images d'IA (BBC)
  • Les élections indiennes de 2024 dépendent de YouTube (Rest of World)
  • Meta ne recommandera pas de contenu politique sur Threads (Axios)

IMMERSION, 360, VR, AR

  • Fortnite conquiert le métavers grâce à la magie de Disney (The Verge)
  • Vous avez oublié le code d'accès de votre Apple Vision Pro ? Vous devrez peut-être le rapporter au magasin (Bloomberg)

Depuis sa sortie le vendredi 2 février 2024 aux États-Unis, le Vision Pro d'Apple a déjà fait couler beaucoup d'encre :

  • Sam Altman, PDG d'OpenAI, déclare que la Vision Pro d'Apple est "la deuxième technologie la plus impressionnante depuis l'iPhone" (VentureBeat)
  • Ce que les "early adopters" pensent d'Apple Vision Pro (Harvard Business Review)
  • NYT : Notre chroniqueur tech a essayé le nouveau Vision Pro d'Apple et n'a pas du tout été impressionné (NYT)
  • Apple envisage les entreprises comme un marché de choix pour l'Apple Vision Pro (TechCrunch)
  • YouTube annonce qu'une application Vision Pro est "sur la feuille de route" (The Verge)

Every great technological product brings the best memes and strange use cases.

These are the 10 best ones about the new Apple’s Vision Pro:

1. Not a phone in sight (but at what cost) pic.twitter.com/ucVrY0JyuA

— Alvaro Cintas (@dr_cintas) February 4, 2024

Vision Pro isn't just great, it's the single greatest piece of tech ive ever used pic.twitter.com/ArBgbkH0UR

— Casey Neistat (@Casey) February 3, 2024

Oh no it’s reached London#AppleVisionPro pic.twitter.com/Hh3ovCxKWm

— Zac Alsop (@zacalsopp) February 4, 2024

STREAMING, OTT, SVOD

  • Disney, Fox et Warner Bros. s'associent pour proposer un service de streaming sportif (New York Times)

AUDIO, PODCAST, BORNES

  • Spotify gagne 10 millions d'abonnés Premium supplémentaires (Variety)
  • Spotify est désormais le deuxième plus grand fournisseur de livres audio après Audible (TechCrunch)
  • Le nouveau contrat de Spotify avec Joe Rogan boucle la boucle (Vulture)

Web3, BLOCKCHAIN, CRYPTO, NFT

  • Craig Wright prétend être le créateur de Bitcoin, Satoshi Nakamoto. Peut-il le prouver devant un tribunal ? (Wired)

INTELLIGENCE ARTIFICIELLE, DATA, AUTOMATISATION

  • L'IA de Google porte désormais un nouveau nom : Gemini (The Verge)

We just crossed 100M Google One subscribers! Looking forward to building on that momentum with our new AI Premium Plan (launched yesterday) offering AI features like Gemini Advanced, plus Gemini in Gmail, Docs + more coming soon. https://t.co/m7zAVop7P6 pic.twitter.com/sMdwJeq0iU

— Sundar Pichai (@sundarpichai) February 9, 2024

  • Meta appelle à un effort de l'industrie pour étiqueter les contenus générés par l'I.A. (Facebook)
  • Les emplois hollywoodiens les plus menacés par l'IA (The Hollywood Reporter)
  • Politico adopte les robots d'IA générative pour la refonte de son site web (PressGazette)
  • News Corp - éditeur du Wall Street Journal et d'autres publications - déclare qu'un accord avec des entreprises spécialisées dans l'IA est "imminent" (PressGazette)
  • OpenAI ajoute de nouveaux filigranes à DALL-E 3 (The Verge)

MONÉTISATION, MODÈLE ÉCONOMIQUE, PUBLICITÉ

  • Substack aide les créateurs à vendre des publicités (Axios)
  • Les annonceurs du Super Bowl visent le grand public avec des publicités axées sur l'IA (Digiday)

 

Kati Bremme et Alexandra Klinnik

 

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Liens vagabonds : Le modèle de Netflix évolue et rabat les cartes du « old streaming »

Dans la course des géants du streaming, Netflix semble avoir une longueur d’avance. La société a conclu cette semaine un accord de 10 ans avec la WWE - une entreprise américaine spécialisée dans l'organisation d'événements de divertissement -  pour les droits de l’émission de catch "Monday Night Raw", un programme hebdomadaire diffusé depuis 31 ans sur le petit écran. Cet accord évalué à 5 milliards de dollars contribue à la diversification des contenus de Netflix en même temps qu’il signe un « changement radical pour l'industrie du divertissement qui passe de la télévision linéaire à la diffusion en continu » analyse Axios. Passage à la loupe de la stratégie de différenciation de la plateforme :

Netflix mise sur le sport en direct pour diversifier ses contenus, mais pas que…

« Notre partenariat modifie et renforce fondamentalement le paysage médiatique, élargit considérablement la portée de la WWE et permet à Netflix d'accéder à des rendez-vous hebdomadaires en direct » a déclaré Mark Shapiro, président et directeur de TKO (société détenant WWE). Netflix n’en est cependant pas à son coup d’essai. En 2023, la société avait annoncé qu'elle organiserait son tout premier événement sportif en direct, avec des pilotes de F1 et des golfeurs professionnels s'affrontant lors d'un tournoi de golf. Quelques mois plus tôt, l’entreprise s’était déjà essayé à la diffusion en direct avec une émission de stand-up du comédien américain Chris Rock. Pour compléter ce portefeuille d’activités, l’accent a été porté sur la création de films originaux et émissions de télé réalité comme « Too hot to handle » ou « Love is Blind ».

« La société s'est lancée dans la télé-réalité, les romans à l'eau de rose et les séries internationales, tout en confiant de grosses sommes d'argent à des scénaristes de renom tels que Shonda Rhimes et Ryan Murphy » explique le Financial Times. En 2021, les dépenses annuelles en contenu avaient dépassé les 17 milliards de dollars.

Les raisons de cette diversification ? Une réaction à la perte de ses licences à l’instar de la série "Friends" au fur et à mesure que la concurrence se multiplie.

Un changement de paradigme porté par une hausse des recettes et des abonnements

Si Netflix a connu une année noire en 2022 caractérisée par une chute de sa marge d’exploitation et un lourd endettement de plus de 14 millions de dollars, l’entreprise a su remonter la pente en 2023. La plateforme a gagné 13 millions d’abonnés supplémentaires, notamment en raison de sa politique de restriction des mots de passe. Elle a augmenté considérablement ses revenus grâce à l’augmentation de ses prix et le lancement d’un abonnement financé par la publicité. Mais le véritable changement est venu de la réduction des coûts, favorisée par une grève des scénaristes à Hollywood qui a interrompu les productions. Alors que le chiffre d'affaires a augmenté de 6,6 % en 2023, le bénéfice net a progressé de 20 %.

Bien que Netflix éclipse les autres plateformes de streaming, il reste encore du chemin à faire pour que la compagnie rivalise avec Youtube qui propose du contenu créé gratuitement par ses utilisateurs.  Ce qui est certain, selon The Wired, c’est que : « l'ancien cahier des charges de Netflix a été mis au placard. Le nouveau - un mélange de programmes originaux et sous licence, de contenus financés par la publicité et d'événements en direct - ressemble de plus en plus au paradigme du câble que le streaming avait l'intention de remplacer ». La télévision traditionnelle perdra-t-elle ce combat de catch ?

CETTE SEMAINE EN FRANCE

  • IA : la France peine à faire entendre sa ligne pro-innovation en Europe (Les Echos)
  • Succès de Squeezie : dans les coulisses des concepts YouTube qui détrônent la télé (Libération)
  • Le Conseil d’Etat pourrait demander à l’Arcom d’être plus intransigeante envers CNews sur le respect du pluralisme (Le Monde)
  • C8 à nouveau sanctionnée par l’Arcom pour une séquence de « Touche pas à mon poste » (Le Monde)
  • Intelligence artificielle : les créateurs en appellent à Rachida Dati (La Croix)
  • Amazon va trop loin dans la surveillance des salariés selon la CNIL (Les Echos)

3 CHIFFRES

  • La consommation linéaire passe sous la barre des 50% de la consommation vidéo totale en France, selon le Centre national du cinéma et de l’image animée (CNC).
  • Les revenus publicitaires de LinkedIn aux États-Unis augmenteront de 14,1% pour atteindre 4,56 milliards de dollars cette année, d’après Business Insider.
  • La CNIL sanctionne Amazon France d’une amende de 32 millions d’euros.

ℹ🔴 La CNIL sanctionne AMAZON FRANCE LOGISTIQUE d’une amende de 32 millions d’euros notamment pour avoir mis en place un système de #surveillance de l’activité et des performances des salariés excessivement intrusif 👉https://t.co/OPxjqboAbz pic.twitter.com/HFk4fGysSI

— CNIL (@CNIL) January 23, 2024

LE GRAPHIQUE DE LA SEMAINE

La désinformation en tête des risques mondiaux en 2024

NOS MEILLEURES LECTURES / DIGNES DE VOTRE TEMPS / LONG READ

  • La désillusion des journalistes partout dans le monde (Reuters Institute)
  • Pitchfork va me manquer, mais ce n'est que la moitié du problème (Ezra Klein)
  • Comment les algorithmes des médias sociaux 'uniformisent' notre culture en prenant des décisions à notre place (NPR)
  • L'avenir du journalisme s'assombrit (New York Times)
  • La guerre du streaming est terminée et Netflix a gagné (Financial Times)

DISRUPTION, DISLOCATION, MONDIALISATION

  • New York est la première ville à déclarer que les médias sociaux constituent un danger pour la santé publique (Washington Post)

DONNEES, CONFIANCE, LIBERTÉ DE LA PRESSE,DÉSINFORMATION

  • Les deepfakes audio deviennent l'arme de prédilection de la désinformation électorale (Financial Times)
  • Un nombre croissant d'applications facilitent l'automatisation du militantisme pro-israélien en ligne (Washington Post)
  • Elon Musk propage des informations erronées sur les élections, mais les vérificateurs de X sont partis depuis longtemps (New York Times)
  • Clarissa Ward demande à Israël de laisser les journalistes rendre compte librement de l'actualité à Gaza (Washington Post)

LÉGISLATION, RÉGLEMENTATION

  • DMA : Meta et Google permettent désormais à leurs utilisateurs de pouvoir dissocier les différents plateformes (Correspondance de la Presse)
  • Digital Market Act: Meta et Google livrent un aperçu du big bang qui s'apprête à secouer l'internet européen (Le Figaro)

JOURNALISME

  • Le Los Angeles Times annonce le licenciement d’au moins 115 journalistes (Los Angeles Times)
  • La nouvelle PDG de la radio publique américaine NPR dit qu’elle déteste le mot « contenus » (NPR)
  • Au sein du complexe politico-médiatico-industriel américain en pleine déconfiture (Semafor)
  • Après les licenciements du LA Times, une nouvelle pression pour obliger Google et Facebook à payer pour l'information (San Francisco Chronicle)
  • Le HuffPost U.K. connaît des problèmes de trésorerie qui obligent les pigistes à courir après l'argent pendant des mois (Press Gazette)
  • Business Insider prévoit de réduire son effectif mondial de 8% (Press Gazette)
  • La guerre de l'information en Ukraine se retourne-t-elle contre ses propres journalistes ? (Columbia Journalism Review)
  • Guerre contre Gaza : Le photojournaliste Motaz Azaiza évacué au Qatar (Middle East Eye)
  • Les travailleurs syndiqués de Condé Nast se mettent en grève suite à l'annonce de licenciements (Axios)

L.A. Times began laying off at least 115 people in the newsroom beginning today in an effort to stem deep financial losses. Many cherished colleagues - including some with years of service - are being forced to say good-bye. @latimes https://t.co/rQDX4pFI9x

— Meg James (@MegJamesLAT) January 23, 2024

 

STORYTELLING, NOUVEAUX FORMATS

  • Le plus grand journal norvégien s'exprime sur ce que les lecteurs aiment - et n'aiment pas - dans les articles audio (INMA)

RÉSEAUX SOCIAUX, MESSAGERIES, APPS

  • Le gouvernement flamand veut obliger TikTok et YouTube à partager leurs revenus (The Guardian)
  • Twitch change ses règles de monétisation (The Verge)
  • Meta met en place des limitations de messagerie plus strictes pour les adolescents et des contrôles parentaux (TechCrunch)
  • Les influenceurs TikTok promettent de vous rendre riche. Le calcul n'est pas juste (Rolling Stone)
  • Nous sommes entrés dans l'ère du visage TikTok (Dazed Beauty)
  • BeReal, qui compte maintenant 23 millions d'utilisateurs actifs quotidiens, intègre des marques et des célébrités (TechCrunch)
  • X submergé par des fausses images explicites de Taylor Swift générées par l'IA (The Verge)

IMMERSION, 360, VR, AR

  • Microsoft licencie environ 10% des effectifs de sa branche jeux vidéo (The Verge)
  • Des conférenciers en hologramme enthousiasment les étudiants d'une université britannique novatrice (The Guardian)

STREAMING, OTT, SVOD

  • Netflix débarque dans le sport en direct (CNBC)
  • Les abonnés et les revenus de Netflix augmentent grâce à la politique de répression du partage de mots de passe (Wall Street Journal)

AUDIO, PODCAST, BORNES

  • Cette playlist Spotify qui vous comprend vraiment ? Elle a été écrite par une IA (New York Times)
  • Les réseaux de podcasts testent des outils d'IA pour la traduction des émissions, l'aide à la production et la vente de publicité (Digiday)

Web3, BLOCKCHAIN, CRYPTO, NFT

  • NFT, chaos dans le monde de l’art (Capital)

INTELLIGENCE ARTIFICIELLE, DATA, AUTOMATISATION

  • Un nouvel outil logiciel gratuit permet aux artistes d'"empoisonner" les modèles d'IA cherchant à s'entraîner sur leurs œuvres (VentureBeat)
  • Comment l'IA peut trouver les films, les séries télévisées et les livres parfaits pour vous (Wall Street Journal)
  • La plupart des sites d'information bloquent les robots d'intelligence artificielle. Les médias de droite les accueillent à bras ouverts (Wired)
  • Schibsted remporte un franc succès avec l'IA audio (INMA)
  • L'IA annonce la prochaine génération d'escroqueries financières (Financial Times)

MONÉTISATION, MODÈLE ÉCONOMIQUE, PUBLICITÉ

  • La boutique TikTok est énorme. Est-ce que cela va durer ? (The New Consumer)
  • Les plateformes sociales deviennent des "moteurs de marketing", les créateurs cherchant à conclure des accords directs pour gagner de l'argent (Digiday)
  • Publicis investira 300 millions d'euros dans l'IA pour poursuivre sa transformation (Les Echos)

Kati Bremme, Alexandra Klinnik et Aude Nevo

 

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Baromètre de confiance Edelman : 2024, l’année du « péril de l’innovation » ?

Alors que près de la moitié de la population mondiale s’apprête à élire de nouveaux dirigeants en 2024, le Baromètre de confiance Edelman 2024 révèle un paradoxe. L'innovation rapide, qui promet une nouvelle ère de prospérité, pourrait en réalité exacerber les problèmes de confiance.

Par Aude Nevo, du MediaLab de l'Information de France Télévisions.

A commencer par l’intelligence artificielle : 100 millions de personnes ont créé un compte ChatGPT dans les deux premiers mois qui ont suivi son lancement ; mais les grèves très médiatisées des scénaristes et acteurs à Hollywood n’ont fait qu’accentuer la peur de remplacement par l'IA. Avec 32 000 répondants venant de 28 pays différents, cette étude met en lumière les forces contradictoires entre innovation, confiance, et politique, avec un regard particulièrement axé sur l’intelligence artificielle, les énergies vertes, les OGM, et la médecine génomique. Devenue facteur de polarisation, l’innovation inquiète. Comment rétablir la confiance ?


Page 2 du rapport.

Le rejet de l’innovation, quel profil type ?

Les personnes interrogées, dans une proportion de près de deux pour un, estiment que l'innovation est mal gérée. Selon le rapport : « cela est vrai pour tous les groupes d'âge, tous les niveaux de revenus et tous les sexes, et dans les pays développés comme dans les pays en développement. Les innovations sont également devenues politisées, en particulier dans les démocraties occidentales où les personnes de droite sont beaucoup plus susceptibles de les rejeter que celles de gauche ». Les différences les plus importantes entre les personnes de droite et de gauche se trouvent aux États-Unis (41 points), en Australie (23 points), en Allemagne (20 points) et au Canada (18 points).

Toutefois en ce qui concerne l'intelligence artificielle, le rejet est similaire entre la droite et la gauche, avec une différence de seulement deux points en France (58 % à gauche contre 56 % à droite). L'Argentine est le seul pays parmi les 21 étudiés où la droite est significativement moins méfiante que la gauche à l’égard de l'IA, avec une différence de 17 points.


Page 55 du rapport. "La peur de l'innovation devient politique", "Pourcentage à rejeter chaque innovation".

Les pays du G7 ne font pas confiance à l’innovation

Le Royaume-Uni (39) figure parmi les pays les moins confiants selon l'indice de confiance envers les ONG, entreprises, gouvernements et médias. Aucun des autres pays du G7 ne l'est : Canada (53) ; Italie (50) ; France (47) ; États-Unis (46) ; Allemagne (45) ; Japon (39). La Chine est quant à elle le pays avec le niveau de confiance le plus élevé (79), suivie de l’Inde (76), et des Emirats arabes unis (74).


Page 6 du rapport.

Déclin du discours d’autorité

Les scientifiques sont considérés comme aussi fiables que les pairs - c’est-à-dire « les personnes comme moi » - avec un indice de confiance de 74. Là où la désinformation sur les réseaux sociaux ne cesse de s'aggraver et les discours complotistes se multiplient, ces chiffres alarment. Selon le scientifique David Chavalarias lors de l’édition 2023 de Médias en Seine, la pandémie « a créé un terrain très favorable à la remise en cause du système ». L’Idée que les journalistes et les dirigeants nous trompent est quant à elle plus forte. Ils figurent en bas du classement avec respectivement 47 et 45 points.


Page 10 du rapport.

Selon les critères de sûreté, compréhension du public, bénéfice, et accessibilité, les entreprises sont considérées comme les acteurs les plus fiables pour intégrer les innovations dans la société, (59 pts). Là encore les médias arrivent en queue de peloton (48pts).

La confiance dans les secteurs industriels ne garantit pas la confiance dans les innovations

Le rapport révèle des écarts considérables entre la confiance dans les entreprises qui composent les secteurs industriels et les innovations industrielles, notamment un écart de 26 points entre la confiance dans les entreprises du secteur technologique (76 %) et la confiance dans l'IA (50 %).


Page 13 du rapport.

La science, soumise à des pressions politiques selon les personnes interrogées

« Nombreux sont ceux qui pensent que la science est en train de perdre son indépendance : au profit du gouvernement, des bailleurs de fonds et du processus politique » souligne l’étude. Aux États-Unis, deux tiers des personnes interrogées pensent que la science est devenue politisée (67 %) et en Chine, trois quarts des personnes interrogées disent que le gouvernement et les organisations qui financent la recherche ont trop d'influence sur les scientifiques (75 %). « Lorsque les gens estiment que l'innovation est mal gérée, ils sont plus enclins à dire que le système est biaisé en faveur des riches que ceux qui estiment que l'innovation est bien gérée » (82 % contre 53 %).


Page 17 du rapport.

« Dans le contexte de la plus grande année électorale mondiale de l'histoire, avec plus de 50 élections prévues […] Les inquiétudes concernant l'impact de l'innovation et de ceux qui la conduisent ont conduit à une plus grande méfiance à l'égard des systèmes économiques et politiques » a déclaré Kirsty Graham, présidente de Global Practices and Sectors chez Edelman.

L’IA notamment, constitue un enjeu majeur de désinformation à l’heure des élections, avec une inquiétude liée à la manipulation des images et de l’opinion publique. Il s’agit d’un constat déjà souligné fin 2023 par le New York Times à propos des élections en Argentine : « L'intelligence artificielle a manipulé les propos de certains candidats, les faisant prononcer des paroles qu'ils n'avaient jamais dites et les intégrant dans des films et des mèmes populaires ». A l’ère des deepfakes, distinguer le réel devient toujours plus ardu. Ce mois de janvier, un faux appel téléphonique de Joe Biden généré grâce à l’intelligence artificielle a demandé aux démocrates du New Hampshire de ne pas voter à la primaire.                                      

Quelles actions pour restaurer la confiance ?

L’étude propose 4 axes pour restaurer la confiance en matière d’innovation :

  • Il est nécessaire d’accorder autant d’importance à la mise en place de l’innovation qu’à son invention. Expliquer la science, les conséquences des innovations, et faire preuve de pédagogie sont les mots d’ordre, qu’il s’agisse des vaccins, de l’IA, ou de l’énergie verte.
  • Les entreprises doivent s’associer au changement : C’est aux entreprises que l’on fait le plus confiance pour introduire l'innovation dans la société. Les PDG doivent préserver les emplois et prendre position sur les nouvelles questions éthiques. En effet au cours de la dernière décennie, le baromètre de confiance a enregistré une augmentation de 15 points (de 45 % à 60 %) du nombre de personnes déclarant que si les entreprises s'associaient aux pouvoirs publics, elles leur feraient davantage confiance pour ce qui est des changements induits par la technologie. Environ huit employés sur dix estiment qu'il est important que leur PDG s'exprime publiquement sur les compétences professionnelles de demain (82 %), l'utilisation éthique de la technologie (79 %) et l'impact de l'automatisation sur l'emploi (78 %).
  • Les scientifiques doivent favoriser le dialogue pour garder leur crédit. A l’affirmation « les scientifiques ne savent pas comment communiquer avec quelqu’un comme moi », 45% des répondants ont répondu oui.
  • Les dirigeants et scientifiques doivent être à l’écoute des questions et des préoccupations des individus car ils sont plus enclins à accepter l’innovation s’ils ont l’impression d’avoir le contrôle sur leur futur.


Page 30 du rapport. "Dans toutes les institutions, l'écoute est l'une des trois principales actions de renforcement de la confiance".

Conclusion

« L'innovation s'accélère et devrait être un facteur de croissance, mais elle sera freinée si les entreprises n'accordent pas autant d'attention à l'acceptation qu'à la recherche et au développement », a déclaré Richard Edelman, PDG d'Edelman. « Le fossé entre les classes sociales, l'énorme déséquilibre de confiance entre les entreprises et les gouvernements et l'infodémie ont été les moteurs du déclin de la confiance et de la montée de la polarisation. La peur de l'innovation est devenue la quatrième bûche sur le feu du populisme ».

Aux dirigeants, scientifiques, entreprises, et médias, d’établir le dialogue pour ne pas attiser les flammes donc.

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Liens vagabonds : La carte de presse, révélateur de l’ubérisation du journalisme

Le journaliste est en perpétuelle lutte contre son environnement. Il se bat pour décrocher un contrat correct, des rémunérations décentes, une direction bienveillante, des missions significatives, l’attention du public… et la carte de presse. 50% des lauréats du prix Albert-Londres ne détiennent pas ce précieux sésame, délivré par la Commission de la carte d’identité des journalistes professionnels (CCIJP). Certains en fabriquent même des fausses pour pouvoir faire leur métier. Ce 16 janvier, sur le site de Télérama, près de deux cents professionnels, dont plusieurs prix Albert-Londres, ont appelé dans un texte commun à revoir les conditions d’obtention de cette carte « indispensable », voire « vitale » à l’exercice du métier. Ce « gage de crédibilité » permet ainsi de traverser les check-points en zone de guerre, d’accéder aux bâtiments publics et gouvernementaux, aux audiences des tribunaux et d’éviter de se faire matraquer par des CRS…

Pour pouvoir prétendre à la carte de presse, le travail journalistique doit être payé en salaire. Or, de nombreuses entreprises contournent la loi et préfèrent payer par exemple en droits d’auteur, en factures. « La carte de presse est attribuée par une instance qui se fonde sur une loi qui ne reflète plus la réalité du journalisme actuel, touchés comme d’autres secteurs par une forme d’ubérisation, dénonce la tribune. Si les free-lance sont alternativement auteurs, réalisateurs, salariés ou entrepreneurs, c’est qu’ils ne peuvent gagner leur vie qu’en multipliant les contrats et les formats. Nous dénonçons la position de la CCIJP qui nous semble à la fois, absurde, dépassée et d’une grande injustice sociale ». Pour Hélène Lam Trong, lauréate du 39e prix Albert Londres, il est temps que la CCIJP cesse d’ignorer les « réalités multiples et variés de notre profession ».

A titre personnel, je réalise des documentaires d'information. Une profession dans laquelle les revenus ont baissé de 20%. Il est temps que la CCIJP cesse d'ignorer les réalités multiples et variées de notre profession.

— Hélène Lam Trong (@hlamtrong) January 17, 2024

Une tribune qui manquerait sa cible ?

Pour l’association Profession : Pigiste, la CCIJP ne fait qu’appliquer la loi. Le véritable problème réside dans le non-respect de la législation par les employeurs qui rémunèrent en droits d’auteurs plutôt qu’en salaire. En refusant de payer les cotisations sociales, ces employeurs paupérisent et dégradent le statut d’un métier déjà très mal en point. « Rémunérer un travail journalistique en facture, en droits d’auteur, en salaire d’intermittent, c’est illégal », rappelle Malika Butzbach, co-présidente de Profession : Pigiste et journaliste rémunérée à la pige « Si on demande l’élargissement de l’accès à la carte de presse pour ses formes de rémunération illégale, ça risque de précariser encore davantage les journalistes ». Aujourd’hui, 66% des journalistes de 30 ans et moins de 30 ans sont pigistes ou en CDD. « Quel est l’intérêt d’avoir quelqu’un en CDI quand tu peux juste avoir des auto-entrepreneurs au jour le jour ? C’est top pour les patrons ! Les pigistes, déjà c’est bien pratique, c’est les méga-intérimaires de l’espace », ironise un journaliste, habitué des boîtes de production. Pour lui, attaquer la CCIJP dédouane les employeurs de toute responsabilité.

Lier les deux combats ?

 « Critiquer la CCIJP n’empêche pas de se battre pour que les employeurs respectent la loi et pour une augmentation des tarifs », tempère la journaliste Nora Bouazzouni. Elle est rejointe par Hélène Lam Trong : « Les deux combats peuvent être menés de front. Ce n’est pas parce que certains employeurs se comportent mal que le fait que la CCIJP nous ait purement et simplement tourné le dos soit acceptable ».

A l’avenir, l’association Profession : Pigiste serait favorable à une pénalisation des employeurs qui rémunèrent de façon illégale. « On va toujours se battre pour le salariat des journalistes sous la bonne convention collective parce que c’est une protection sociale et juridique imparable », insiste Malika Butzbach. Pour le sociologue des médias Jean-Marie Charon, une approche fiscale pourrait dissuader de ce recours à ces modes de rémunération. Le défi réside donc dans la recherche d’un équilibre entre la protection des droits des journalistes, la nécessité de préserver la liberté de la presse et la conformité aux lois en vigueur.

CETTE SEMAINE EN FRANCE

  • «Ça a été le boulot le plus difficile de ma vie» : pour TikTok, la modération jusqu’au dégoût (Libération)
  • Olympic Broadcasting Services, la très secrète entreprise qui règne sur les JO (Le Monde)
  • Macron s’offre une soirée sur mesure, comme au bon vieux temps de l’ORTF (Mediapart)
  • « Tu as M’Barkisé le prompteur ? » : les confessions de l’ex-présentateur star de BFMTV accusé de corruption (Le Parisien)
  • « Complément d’enquête » sur Jordan Bardella : France Télévisions maintient la diffusion de l’émission malgré une mise en demeure (Le Monde)
  • Les journalistes de l'AFP solidaires de leurs collègues de Gaza (AFP)
  • Cyril Hanouna va présenter « TPMP » sept jours sur sept (Le Parisien)

3 CHIFFRES

  • Près d'un tiers de l'ensemble des revenus des lecteurs numériques du Guardian provient désormais des États-Unis, d’après NiemanLab.
  • Le temps passé à regarder des contenus vidéo a atteint 4h37 par jour en moyenne pour les Français en 2023, selon Médiamétrie.
  • Des documents de Meta montrent que 100 000 enfants sont harcelés sexuellement chaque jour sur ses plates-formes, rapporte le Guardian.

LE GRAPHIQUE DE LA SEMAINE

IA générative : c'est bien dans les médias que les risques sur l'emploi sont les plus grands

NOS MEILLEURES LECTURES / DIGNES DE VOTRE TEMPS / LONG READ

  • Squeezie, l’indétrônable grand frère de l’Internet français (Le Monde)
  • Comment les plateformes ont tué Pitchfork (Platformer)
  • Des milliardaires voulaient sauver l'industrie de l'information. Ils perdent une fortune (New York Times)
  • Nos enfants vivent dans un monde numérique différent (New York Times)
  • Fausses chaînes YouTube : quand « Sophie décrypte » ou « 360 Vision » travaillent pour un réseau d’influence pro-Chine (Le Monde)

DISRUPTION, DISLOCATION, MONDIALISATION

  • Les utilisateurs (d'OpenAI) vont commencer à avoir accès à des reportages d'actualité en temps réel dans le monde entier, y compris les attributions et les liens  (OpenAI)
  • Amazon est sur le point de manger l'univers de la télévision (Hollywood Reporter)
  • Le nouvel objectif de Mark Zuckerberg est de créer une intelligence artificielle générale (The Verge)

DONNEES, CONFIANCE, LIBERTÉ DE LA PRESSE,DÉSINFORMATION

  • Israël figure pour la première fois sur la liste des "pires geôliers de journalistes" (The Guardian)
  • Voici le grand projet d'OpenAI pour lutter contre la désinformation électorale (The Verge)
  • TikTok détaille son plan de lutte contre la désinformation électorale en 2024 (Engadget)

LÉGISLATION, RÉGLEMENTATION

  • Un tribunal espagnol juge qu'un modérateur de Facebook a subi un traumatisme mental lié à son travail (Reuters)
  • Le Congrès tente de mettre fin aux nus d'IA et aux escroqueries Deepfake parce que les célébrités sont en colère (Vice)

JOURNALISME

  • Cinq mesures que les médias d'information peuvent prendre pour répondre à l'évitement systématique de l'information (Reuters Institute)
  • Le nouveau patron de CNN réorganise les opérations d'information et envisage un modèle d'abonnement numérique (The Wall Street Journal)
  • Gilles Marchand s’en va, mais les défis de la SSR restent (24 heures)
  • Pitchfork est intégré à GQ (Variety)
  • Les médias féministes ont pour la plupart disparu. Où vont maintenant les écrivains et les récits féministes ? (Study Hall)
  • Le personnel du LA Times prévoit une grève en prévision de fortes suppressions d'emplois (Axios)

ENVIRONNEMENT 

  • Une vague alarmante de désinformation climatique se propage sur YouTube (CNN)

RÉSEAUX SOCIAUX, MESSAGERIES, APPS

  • La femme de 2 milliards de dollars : comment Sheryl Sandberg est devenue l'une des patronnes les plus réussies de la tech (The Guardian)
  • Sheryl Sandberg quitte le conseil d'administration de Meta (Axios)
  • L'application de partage d'informations Artifact, créée par les fondateurs d'Instagram, va (déjà) fermer (Artifact Team)
  • L'économie des créateurs est prête pour un mouvement syndical (TechCrunch)
  • TikTok peut générer des chansons grâce à l'IA, mais cela ne devrait probablement pas être le cas (The Verge)
  • Les influenceurs italiens seront soumis à des règles plus strictes (BBC)

IMMERSION, 360, VR, AR

  • YouTube et Spotify rejoignent Netflix pour ne pas lancer les applications Apple Vision Pro (Bloomberg)

STREAMING, OTT, SVOD

  • Félicitations et adieu à l'âge d'or de la télévision (New York Times)

AUDIO, PODCAST, BORNES

  • L'industrie des podcasts en perte de vitesse (Semafor)
  • WePod lance "Sounds like Europe", un podcast transfrontalier sur l'industrie audio européenne (Laboratorio De Periodismo)
  • L'UE demande aux plateformes de streaming de musique en continu de mieux rémunérer les artistes (Engadget)

Web3, BLOCKCHAIN, CRYPTO, NFT

  • Les "Stablecoins" ont permis de réaliser 40 milliards de dollars de cryptocriminalité depuis 2022 (Wired)

INTELLIGENCE ARTIFICIELLE, DATA, AUTOMATISATION

  • Au Japon, la lauréate d'un prix littéraire reconnaît que ChatGPT a écrit une partie de son roman (Le Figaro)
  • ChatGPT devra évoluer de manière "inconfortable", selon Sam Altman (Axios)
  • L'intelligence artificielle générative entraînera des suppressions d'emplois cette année, selon les chefs d'entreprise (Financial Times)
  • Google News renforce les articles inutiles générés par l'IA (404media)
  • Google licencie “des centaines” de personnes de plus alors que la division publicitaire bascule vers des ventes alimentées par l'IA (Ars Technica)
  • Sam Altman, le père de ChatGPT, superstar du forum de Davos (Le Figaro)

MONÉTISATION, MODÈLE ÉCONOMIQUE, PUBLICITÉ

  • Comment le Guardian a obtenu un montant record de revenus de la part de ses lecteurs aux États-Unis (NiemanLab)
  • Pourquoi les annonceurs ne s'éloigneront-ils pas de X avant le Super Bowl ? (Digiday)

Kati Bremme, Alexandra Klinnik

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CES 2024 : L’IA pour tous, tous ensemble

C'était prévisible : un peu plus d'un an après le lancement de ChatGPT, le Consumer Electronics Show de 2024 a célébré le centenaire de l’association organisatrice, en mettant à l'honneur l'intelligence artificielle. Le thème a attiré les foules : 135 000 visiteurs se sont empressés aux stands pour mieux comprendre comment intégrer les avancées de l'IA générative dans les appareils du quotidien, du réfrigérateur au téléviseur, en passant par le maquillage. ChatGPT s’installe au volant, Alexa, boosté par les LLM, gagne en intelligence (bien qu’il reste du chemin à parcourir) et s’intéresse à l'actualité. La Corée du Sud était présente massivement, avec son métavers axé sur l'apprentissage et le divertissement. Et dans une démarche durable, des innovations des éditions précédentes ont été remises au goût du jour, avec en vedette Ballie de Samsung, l'assistant intelligent connecté déjà dévoilé en 2020.

Par Kati Bremme, Directrice de l’Innovation, Vincent Nalpas, Directeur Innovation Produits et Yves-Marie Poirier, Ingénieur direction de l’Innovation

Ces dernières années, le CES s'était peu à peu muté en salon de l'automobile, jusqu’aux tracteurs connectés. Cette année, il devient salon des médias, avec l’intégration dans les véhicules d’écrans de plus en plus impressionnants et d’interfaces (vocales) toujours plus intelligentes. D'ailleurs, comme l'a souligné Gary Shapiro lors de la conférence d'ouverture, ici, les défis sont identiques à ceux de l'Europe : trouver l’équilibre délicat entre réglementation et innovation, au bénéfice des consommateurs... et des constructeurs. Aux États-Unis, on n'oublie pas que "Money makes the World go round".

BlueAnt Soundblade, une barre de son placée sous l'écran qui promet de révolutionner l'expérience audio et visuelle sur le bureau

Le CES reste aussi le lieu de ce que l'on appelle les vaporware, les grandes promesses qui s'évanouissent rapidement. Le CES, c’est un show TV, un salon de l'automobile, un salon de la maison intelligente et un salon pour à peu près tous les autres types de technologie. Voici nos inspirations de retour de Las Vegas.

Les objets intelligents plus ou moins utiles

Retour dans le futur : Nous sommes en 2024 et les téléphones portables à touches semblent être redevenus cool. Clicks, qui propose une coque d'iPhone avec un clavier est probablement le gadget qui a suscité le plus d'excitation sur les médias sociaux avant le CES. Que ce soit en raison d'une nostalgie évidente pour le BlackBerry, de la couleur vive ou parce qu'un clavier physique peut être vraiment utile pour les personnes qui ont des problèmes avec les claviers tactiles, par exemple en raison d'une déficience visuelle.

Come by Showstoppers @CES #CES2024 to get your thumbs on Clicks for #iPhone! pic.twitter.com/ro9lO2VHGj

— Clicks (@clickskeyboard) January 10, 2024

Rabbit R1 est un autre appareil qui a fait du buzz sur les réseaux sociaux (10.000 ventes en 24 heures suite à sa présentation), Pourtant, on a un peu de mal à comprendre son dessein :  appareil vocal intelligent, 2 fois plus petit qu'un smartphone et sans applications, il fonctionne entièrement à la voix et fournit des retours soit visuels, soit sonores. En quelque sorte, un talkie-walkie IA. Pour Jesse Lyu, le fondateur de Rabbit: "It's that simple". Et Rabbit n'est pas simplement un assistant Alexa-Siri avec IA : via un portail web appelé The Rabbit Hole (évidemment), le R1 peut être connecté à différents services.

 

This pocket-friendly, walkie-talkie-style-operated, touch screen with 360° camera and analogue scroll wheel is keen to unleash its rabbits (a series of automated scripts) to carry out your daily mundane tasks. @JulianChokkattu gives us the full rundown on the Rabbit R1. #CES2024 pic.twitter.com/lwgeYCUgpW

— WIRED (@WIRED) January 11, 2024

À côté des robots-chiens de Boston Dynamics, qui se déplacent (accompagnés) entre les halls du salon, on a donc retrouvé Ballie, objet mignon au nom mignon, et LG avec le LG AI Agent, également très mignon, mais au nom très basique, qui ressemble à un petit chien avec des écouteurs. On peut s'imaginer ces deux robots comme une Alexa sur roulettes. A propos d'Alexa, Amazon va bien sûr également intégrer les avancées des LLM dans Alexa (avec laquelle la conversation reste à ce jour assez pénible). Selon nos entretiens au CES, l’entreprise a en tête des contenus d’actualité résumés « alimentés par des sources fiables ». Le produit sera lancé en 2024 aux Etats-Unis, y compris avec des contenus européens. Affaire à suivre.

Les CES vient aussi avec son lot de voitures volantes (comme chaque année, sans jamais les voir arriver dans la vraie vie) :  La société DTA présentait l’« Evitol » premier véhicule électrique volant entièrement autonome à destination des particuliers et professionnels qui promet de se déplacer simplement d’un point à un autre, en rentrant les coordonnées GPS du point d’arrivée. Il permet de transporter deux personnes pour un poids de 180 KG sur une distance de 200 KM. Ce véhicule sera commercialisé à partir de 2026 au prix de 200 000€.

Supernal, de son côté, la division eVTOL du constructeur automobile Hyundai, affirme que son concept S-A2 peut rouler à 120 miles par heure et atteindre une altitude de 1 500 pieds. La capacité de la batterie est suffisante pour les trajets de 25 à 40 miles que les hélicoptères effectuent couramment entre les centres-villes et les aéroports pour les hommes d'affaires fortunés. La société affirme que son "avion" "fonctionne aussi silencieusement qu'un lave-vaisselle", émettant 65 décibels lors des phases de décollage et d'atterrissage à la verticale et 45 dB en croisière à l'horizontale. Et si ce modèle paraît familier, c'est parce que l'entreprise a présenté un même prototype au CES en 2020.

Vu également au LVCC, la très impressionnante première voiture volante « L’Aeroht eVTOL Flying Car» du constructeur Chinois XPeng, permettra de se déplacer sur des distances de 20 km à la vitesse de 60 km/h. Elle devrait être commercialisée fin 2025 et son prix n’est pas encore connu.

Pendant ce temps, Samsung présente aussi un téléphone qui se plie dans les deux sens ("Flex In & Out"), et les écrans deviennent de plus en plus transparents.

Des téléviseurs toujours plus grands et toujours plus lumineux…

Cette édition du CES 2024 n’a pas dérogé à la règle du « toujours plus » ! Ainsi TCL a dévoilé un écran de 115 pouces miniLED (292 cm de diagonale) qui en fait le plus grand écran du monde. Celui-ci devrait être commercialisé au premier semestre 2024. Samsung a annoncé le lancement d’une nouvelle gamme de téléviseurs microLED (de 76 pouces à 140 pouces) qui sera commercialisée en début d’année 2024 (compter 1000 €/pouce).

Samsung MicroLed

LG annonce équiper sa gamme de téléviseurs OLED 2024 « M4 & G4 » du nouveau processeur Alpha 11 AI au profit d’une optimisation de l’image et du son et qui permet notamment aux écrans de passer de 120 à 144 HZ avec une certification G-Sync.

LG et Samsung dévoilent leurs écrans transparents

Sans doute destinés aux professionnels dans un premiers temps, et à des prix qui restent prohibitifs (jusqu’à 150 000 € ) ces écrans (MicroLED pour Samsung et OLED T pour LG) permettent d’afficher, en transparence, un décor ou une animation avec une qualité d’image exceptionnelle ! Ces écrans permettent également de retrouver l’usage de la télé traditionnelle grâce à un système d’opacification de la dalle. L’écran LG sera disponible à la vente fin 2024 et celui de Samsung n’est pas encore annoncé.


Ecrans 3D sans lunettes

Les écrans 3D sans lunettes sont de retour cette année. En plus de Leia Inc présente l’année dernière, des constructeurs comme Samsung et TCL présentent des moniteurs gaming permettant de voir ses jeux et films en relief sans porter de lunettes ou casque. 

Le CES reste un salon de l’auto 2.0 où les entreprises comme Sony et Samsung présentent leurs futurs systèmes d’infodivertissement embarqués dans les voitures. Concernant la partie intelligence artificielle, ces deux sociétés ont annoncé leur collaboration avec Microsoft sur les sujets de la data et l’IA dans le domaine de la voiture autonome. TCL, Panasonic, LG ont également dévoilé leurs visions de l’intégration des téléviseurs dans les tableaux de bords des voitures et pour les passagers.

Le métavers, pour l’industrie

Pour Dr. Roland Busch, président et CEO de Siemens, 2024 est un point tournant : on peut construire et utiliser les technologies plus vite que jamais parce que nous pouvons combiner réel et digital en donnant, entre autres, accès à des talents à travers le monde virtuel.

Pour lui, le métavers industriel est un monde virtuel, un espace immersif où les humains et les IA peuvent collaborer en temps réel pour résoudre les problèmes du monde réel, un lieu qui combine le réel et le numérique, pour accélérer l'innovation. On peut y simuler ce que l’on veut à moindre coût, avant de le construire dans le monde réel, tout en utilisant moins de ressources naturelles.

Dr Roland Busch lors de sa keynote Siemens

L’entreprise en a fait la démonstration à travers l’exemple de la construction d’une usine, avec une première version en jumeau numérique (mais qui peut bien sûr s’appliquer sur tout autre sujet) : les capacités de production sont augmentées de 200%, l’efficacité de 20%, et la consommation d’énergie y est de moins 20%.

A propos de métavers, dans une des tables rondes, Dan Reed, le COO de Meta Reality Labs, a mis en avant l’importance de l’interaction sociale dans son espace immersif (qui ne semble toujours pas mort). Pour lui, des plateformes comme Roblox sont massivement adoptées dans les casques Quest, et l’évolution du monde digital ne s’arrête pas au smartphone : les lunettes connectées (également vues chez Amazon, entre autres) sont un moyen d’ajouter une interaction avec des informations bien plus étendues qu’un simple écran. Il les a d’ailleurs fièrement présentées sur scène.

Dan Reed, COO de Meta, avec Nickole Tara, Cirque du Soleil

Le virtuel s'immisce en tout cas aussi de plus en plus dans la production, exemple avec Sony Extended Reality. Smode Japan, filiale de la société française Smode Tech, a pour cela apporté son soutien à Sony. En s'appuyant sur la technologie XR, qui permet aux utilisateurs de fusionner les mondes réel et virtuel, Smode XR facilite la création et l'étalonnage d'expériences immersives pour les tournages de productions virtuelles, ainsi que pour les émissions de télévision, les films et les événements en direct.

Smart lunettes, casques et expériences immersives

Les lunettes connectées et casques de réalité mixte étaient bien présents également sur le salon. TCL montre ses lunettes RayNeo Air 2 et les décrit comme un moniteur portable géant compatible avec tout type de console ou de devices. Xreal présente des lunettes de réalité augmentées Xreal Air 2 Ultra en mettant en avant un écosystème virtuel “spatial” modulable basculant entre travail et divertissement, permettant d’afficher tout un ensemble de fenêtres virtuelles et de faire du “spatial computing”, terme devenu clef voulant regrouper les termes AR, VR, XR des années précédentes.

Les sociétés comme LetinAR ou Cellid présentent quant à elles des prototypes de verres avec des écrans toujours mieux intégrés qui permettent d’imaginer qu’on se rapproche de plus en plus de lunettes connectées qui aient sensiblement la même forme et un poids similaire à des lunettes traditionnelles.

MeganeX superlight

Shiftall (Panasonic) présente également un prototype de sa nouvelle version de casque de réalité virtuelle PCVR MeganeX, plus léger et confortable. Sony a dévoilé un partenariat avec Siemens pour produire un nouveau casque de réalité virtuelle, sans nom officiel pour l’instant, ciblant contrairement au PSVR 2 une cible professionnelle. Le casque, accompagné d’une bague et d’un contrôleur, est conçu pour le design et l’ingénierie, et peut être utilisé de façon autonome ou connecté à un ordinateur.

Bague connectée

Dans les objets connectés il y a également cette année l’arrivée des premières bagues connectées de la société chinoise RingConn permettant de monitorer la santé de leurs porteurs sur les mobiles.

Création/Génération d’expérience immersive

Afin de créer les expériences que les consommateurs verront à l’avenir dans tous ces appareils immersifs, plusieurs innovations autour de la génération de contenus 3D étaient présentes. Sony remet en avant ses filiales HawkEye et BeyondSports qui créent des expériences immersives notamment sur Roblox, grâce à des données capturées pendant des évènements sportifs. Sony présente également les expériences créées par sa filiale musicale sur Roblox et Fortnite. Canon a mis en avant son système de captation de terrain de basket en vidéo volumétrique permettant de suivre un match en direct suivant n’importe quel angle sur mobile ou en réalité mixte.

La génération (grâce à l’intelligence artificielle) de contenu 3D était également présente dans les allées de l’Eureka Park, la zone “Start-Up” du CES. Chat3D propose de générer des modèles 3D à partir de prompt et travaillerait déjà avec des grands noms du monde du jeu vidéo pour accélérer leurs process. Nation A, une société coréenne propose elle de générer des animations pour des personnages 3D et il semblerait que cela soit très utilisé chez les créateurs de jeux Roblox. Les avatars étaient également présents et on notera par exemple la société COprésence présente au pavillon Suisse dont la technologie permet de créer des avatars très réalistes et d’animer leurs visages en temps réel en se filmant avec une caméra.  

Et s’il n’y a pas encore suffisamment de contenus 3D, les sociétés comme Leia et son logiciel LeiaPix ou encore Owl3D proposent de nouveaux outils pour convertir les films et les vidéos 2D vers la 3D grâce à l’IA.

Demain, des Turbo-Humains ? 

Dans le futur, nous serons tous un peu des cyborgs, du moins si l'on en croit certains des exposants du CES. Les Moonwalkers de Shift Robotics en sont un bon exemple. Ils ressemblent à des patins à roulettes aux allures de Starlight Express, mais sont plutôt un accélérateur pour notre propre démarche. On y monte avec des chaussures de ville, on marche normalement et, sous le contrôle de l'intelligence artificielle - comme il se doit pour le CES 2024 - les roulettes assurent une vitesse de marche trois fois plus élevée, sans risque de basculer en avant : Les boots s'adaptent à votre démarche.

Photo : Shift Robotics

L'IA s'associe aussi à la Santé : parmi toutes ces sociétés, SQUAREMIND, start-up Parisienne, propose, en première mondiale, un robot dont l’objectif consiste à numériser, à très haute résolution l’intégralité de la peau en quelques minutes. Une IA permet de mettre en évidence les évolutions significatives des différents grains de beauté entre deux visites. Cette solution, qui a sollicité 4 ans de R&D, permettra d’augmenter les capacités diagnostiques des médecins dans le cadre du dépistage du cancer de la peau. Elle devrait être commercialisée en fin d’année 2024. La société IVès, de son côté, propose une solution de chatbot basée sur une IA capable de répondre, en temps réel, à une question d’utilisateur posée en langage des signes. La réponse est également apportée en langage des signes par un avatar.

Des partenariats pour survivre dans un monde en crise

Dans un monde en pleine crise, les partenariats entre entreprises sont un moyen de survie stratégique. Les associations et partenariats entre industriels étaient en pléthore au CES 2024 :

Intérieur Sony Afeela

Sony et Honda unissent leurs forces pour créer la voiture électrique Afeela, Volkswagen, de son côté, innove en intégrant un chatbot ChatGPT dans ses véhicules, tandis que L'Oréal s'associe à Alphabet pour développer Hapta, un dispositif rendant le maquillage accessible aux personnes en situation de handicap. Delta Airlines permet à ses clients de payer un café avec des miles accumulés, et Mercedes Benz collabore avec Will.i.am pour créer une expérience musicale immersive adaptée au style de conduite, transformant ainsi la voiture en orchestre symphonique. Mercedes-Benz, toujours, veut aussi, avec l'aide des graphismes de jeu haute résolution de Unity, réinventer l'assistant vocal "Hey Mercedes" en lui conférant une nouvelle dimension visuelle. Ola Källenius, le PDG de Mercedes-Benz, a déclaré : « Mercedes-Benz réinvente l'expérience numérique des passagers en tirant parti de l'intelligence artificielle pour offrir une interaction semblable à celle d'un humain avec l'assistant virtuel intelligent MBUX.


L'expérience de shopping se réinvente avec Walmart, dont le président et CEO Doug McMillon annonce une révolution par l'IA, marquant potentiellement la fin des supermarchés tels que nous les connaissons. La compagnie a présenté une application utilisant des modèles de langage avancés, permettant une recherche par cas d'usage plutôt que par des requêtes spécifiques, rivalisant ainsi avec la nouvelle expérience de recherche générative de Google (SGE, Search Generative Experience). Cette innovation offre une personnalisation poussée, où, plutôt que de fournir une liste de courses précise, on pourra demander au chatbot "Que faut-il pour ma prochaine fête d'anniversaire". McMillon a aussi mis en lumière le partenariat avec Microsoft, en invitant Satya Nadella sur scène lors de sa keynote, révélant l'utilisation conjointe de modèles de langage OpenAI Azure et de modèles spécifiques à la vente au détail de Walmart.

Partenariat AWS + Siemens

AWS et Siemens se sont aussi retrouvés ensemble sous les feux de la rampe lorsque Matt Wood, vice-président des produits, a rejoint Roland Busch, PDG de Siemens Global, sur scène lors de la conférence d'ouverture pour expliquer comment les deux entreprises facilitent l'accès aux outils d'IA générative dans tous les secteurs d'activité. Siemens intègre Amazon Bedrock - un service qui offre un choix de modèles de base très performants de grandes entreprises d'IA via une API unique, ainsi que des capacités en matière de sécurité, de confidentialité et d'IA responsable - à Mendix, la principale plateforme à code bas qui fait partie du portefeuille Siemens Xcelerator. Cela permettra à un plus grand nombre de clients de créer, de mettre à l'échelle et d'optimiser les applications existantes avec la puissance de l'IA générative sur AWS.

La célèbre Martha Stewart, de son côté, s'est associée avec Samsung, pour proposer un show culinaire SmartThings

@marthastewart What’s better than @samsungUS #SmartThings kitchen innovations at #CES2024? ♬ G.A.B - Official Sound Studio


Apple a annoncé que la nouvelle expérience CarPlay serait différente dans chaque véhicule, avec une interface et un design spécifiques, et des fonctionnalités qui pourraient évoluer selon le moment de la journée, en citant Porsche comme exemple lors de cette présentation.

Le service de streaming live TuneIn a, de son côté, mis en place des partenariats avec presque tout le monde : il rassemble des sports, des actus, de la musique, des podcasts et des radios du monde entier. Avec plus de 75 millions d'utilisateurs actifs par mois, TuneIn est l'une des plateformes de streaming audio les plus utilisées au monde. TuneIn diffuse plus de 100 000 stations de radio détenues, opérées et partenaires. Avec une distribution de premier plan sur plus de 200 plateformes et appareils connectés, TuneIn permet aux auditeurs d'écouter ce qu'ils aiment, où qu'ils se trouvent. Les abonnés à TuneIn Premium bénéficient d'un accès exclusif à des informations sans publicité de grands réseaux comme CNN, Fox News Radio, CSPAN, MSNBC, CNBC et Bloomberg, ainsi qu'à des retransmissions en direct de MLB, NFL, NHL et à des programmes sportifs universitaires et des chaînes de musique sans publicité. Au CES, TuneIn a annoncé offrir son service de radio aux téléviseurs intelligents VIZIO.

Amazon FireTV s'apprête à lancer ses chaînes en 2025 avec un modèle FAST, offrant une expérience gratuite et soutenue par la publicité. L'objectif est de rassembler des vidéos courtes dans un flux unique sur les TV et les produits Alexa, avec des pages d'accueil éditorialisées et un partage des revenus. Un contrat unique avec chaque source est recherché pour les droits globaux, et des partenariats comme celui récemment annoncé avec Panasonic sont essentiels pour la distribution du matériel FireTV Stick, qui continue de bien se vendre. Alexa et Character AI offriront aussi bientôt aux utilisateurs la possibilité de "parler" avec différentes personnalités, de Socrate à Elon Musk, apportant "une dimension plus humaine et interactive à l'expérience utilisateur".

Les téléviseurs LG se transformeront bientôt en centres de commande pour la maison intelligente Google Home, comme annoncé lors de la conférence de presse CES de LG. Erik Kay de Google y a été invité sur scène, pour expliquer que les téléviseurs LG agiront comme des contrôleurs pour Google Home, permettant de configurer et de contrôler les dispositifs Matter, ainsi que de voir et de contrôler les appareils LG, Google et Google Home directement depuis le téléviseur ou l'application ThinQ.

Sonos, enfin, cherche à améliorer son intégration avec Spotify, percevant les options actuelles comme très limitées, notamment parce que la plupart des services de musique en streaming ne sont pas lucratifs et ne peuvent pas utiliser la publicité.

Côté politique, le Bureau du Gouverneur de Pennsylvanie s'associe avec OpenAI pour intégrer ChatGPT Enterprise, ce qui en fait le premier État américain à adopter cette initiative. L'objectif ? Améliorer l'efficacité à tous les niveaux. Dans un premier temps, le Bureau de l'Administration utilisera ChatGPT pour des tâches telles que la simplification du langage de politique publique dépassé, la rédaction de descriptions de postes, la résolution de problèmes de redondance dans les politiques internes des employés, la génération de code, entre autres applications.

Le marketing à l'ère de l'IA

Lors de tables rondes très prisées par les professionnels de divers secteurs, une question revient souvent : comment l'intelligence artificielle générative influence-t-elle notre façon de travailler ? Pour le Weather Channel, qui repose sur les données et prévisions météorologiques depuis des années, l'IA promet de rendre le storytelling encore plus captivant. Dès 2015, Nora Zimmet s'est penchée sur les plateformes de jeux vidéo pour mieux cerner les attentes du public. L'IA générative devrait permettre de fournir des contenus plus locaux, plus ciblés et encore plus pertinents.

Il est largement reconnu que l'IA devrait être utilisée comme un outil, et non comme un jouet. Elle est destinée à renforcer la créativité et incarne la technologie du « Et si ? » (What if). L'IA accélère aussi le passage d'une mentalité de diffusion large (broadcasting) à une diffusion personnalisée (narrowcasting).

Evan Spiegel, fondateur de Snap, a souligné comment sa société se distingue de ses concurrents : les services de messagerie remplaceront-ils les réseaux sociaux traditionnels ?

Michael Kassan de MediaLink a clôturé chaque table ronde en résumant ses « Media Links T's and C's » (Terms and Conditions) : T pour trust (confiance), transparency (transparence), technology (technologie), talent (talent) et transformation (transformation). C pour content (contenu), commerce, culture, creativity (créativité), community (communauté), creation (création) et curation. La curation, dans ce contexte, signifie faire face à un excès de choix tout en augmentant la commodité.

La maîtrise d'une marque poussée à ses limites, sur une table au CES 2024

Lors de la table ronde dédiée à la guerre du streaming, Roku était l'invité vedette, définissant le streaming comme un contenu diffusé via Internet sur un téléviseur. Roku offre plus de 400 chaînes FAST. Pour Kristina Shepard, VP Global Advertising Sales de Roku , les chaînes FAST représentent une solution au problème de l'attrition des abonnés, avec un ciblage très précis qui nécessite une créativité tout aussi affinée. Elles pourraient également être un moyen d'attirer la Génération Z, qui, d'après Amie Owen de UM, fait défiler l'équivalent de 8 kilomètres de contenu sur son téléphone chaque jour, un fait qui pourrait intéresser particulièrement les applications de fitness.

Publicité "shoppable" chez Disney

Disney, de son côté, se joint à Walmart, Amazon, Home Depot et d'autres pour tester la "shoppable TV" avec des publicités d'Unilever. Disney a annoncé le lancement d'un programme bêta pour ses premières publicités "shoppables". Les consommateurs pourront effectuer des achats par l'intermédiaire de la nouvelle boutique Gateway dans Hulu sans rupture de leur expérience de visionnage. Cette annonce donne un aperçu de ce que Disney prévoit de faire avec Hulu. La société a conclu un accord en 2023 pour acquérir la participation précédemment détenue par Comcast. Les téléspectateurs verront des publicités personnalisées pour des produits qui seront envoyées aux téléphones par le biais de notifications push ou par courrier électronique, selon Disney. Au cours des prochains mois, Disney développera les fonctions d'achat interactif en streaming.

Bodyfriend

Dans une discussion sur l'avenir de l'industrie du divertissement, Cynthia Littleton, co-rédactrice en chef chez Variety, a mentionné une publicité vue dans un aéroport pour une entreprise qui, grâce à l'IA, crée des publicités en quelques minutes pour quelques centimes. Pour les diffuseurs, TikTok devient une mesure culturelle importante : un vieux programme peut soudainement devenir le nouveau sujet tendance (comme c'était le cas avec Judge Judy). Cette table ronde a également été l'occasion pour NBC d'annoncer une nouvelle émission nature, en partenariat avec la BBC (5 ans de production), avec Tom Hanks "dans le rôle de David Attenborough". Les marques et chaînes historiques voient de plus en plus l'intérêt de partenariats avec TikTok, selon Catherine Halaby, Head of Entertainment chez TikTok, à l'instar de Disney pour célébrer les 100 ans de sa marque. TikTok devient un vecteur incontournable de trafic. Netflix et Paramount l'ont vite compris, en voyant des fans publier du contenu, ils ont décidé de le faire eux-mêmes avec comme devise : Créez comme un créateur (Create like a creator).

@disneyanimation 100 years of stories. 100 years of magic. 🧚🪄✨ Once Upon A Studio, a new Original short film, premieres on ABC during “The Wonderful World of Disney: Disney’s 100th Anniversary Celebration!” on October 15 at 8/7c. #Disney #Disney100 #D100 #OnceUponAStudio #MickeyMouse ♬ original sound - Walt Disney Animation Studios

Adobe, quant à lui, s'est positionné comme un accélérateur de créativité, éliminant la peur de la page blanche. Les cycles de création qui duraient plusieurs semaines et aboutissaient à peut-être deux campagnes par an se sont raccourcis à quelques minutes. Kristen O'Hara, CMO de Google, considère aussi l'IA comme la technologie salvatrice de l'éducation, offrant un accès à des assistants de formation personnels, une idée déjà soulignée lors du Google Zeitgeist. Enfin, le monde virtuel s'infiltre dans l'espace de travail. Nickole Tara du Cirque du Soleil, pionnier dans l'utilisation de l'IA pour ses spectacles, affirme que, grâce aux outils technologiques, le jeudi est désormais le nouveau vendredi.

Dans table ronde intitulée "Embrace the Power of Fandom to Connect Content and Commerce", Alexys Coronel, responsable des loisirs et des télécommunications aux États-Unis chez Amazon Ads, s'est entretenu avec Andrew Wallenstein, président de Variety Intelligence Platform et analyste en chef des médias, sur la manière dont les marques peuvent se rapprocher des fans - et sur la manière dont cela se rapporte à la transition de Prime Video vers un service financé par la publicité. Alexys Coronel a révélé que l'objectif d'Amazon est de fournir 115 millions d'utilisateurs uniques à sa communauté d'annonceurs américains. "À moins que vous ne choisissiez de ne pas participer, vous commencerez à profiter de ce que nous pensons être des expériences publicitaires très convaincantes au sein de Prime Video", a-t-elle déclaré.

Conclusion

Dans un monde rempli d’IA générative, essayons de garder un pied dans le réel. Pour Jason Carmel, Global Creative Data Lead chez VML, l’IA c’est juste un logiciel [sic] (même très smart), et on a tout de suite l’air très bête lorsque l’on remplace « un ordinateur boosté à l’IA » par « un ordinateur boosté par un logiciel ». Ce qui est sûr : le CES est désormais autant (voire plus) une conférence sur les médias qu'un salon technologique, car la technologie et les médias fusionnent en un seul écosystème. Et la question pour les médias n'est plus s'il faut être présent dans telle voiture connectée ou sur telle télé connectée : les systèmes d'exploitation sont en train de fusionner, n'importe le support de diffusion. La question est désormais : comment être visible dans ces nouvelles interfaces pilotées par la voix (devenues sophistiquées grâce à l'IA générative), quelle expérience utilisateur y sera proposée, quels contenus seront diffusés et comment seront-ils protégés ?

Du côté des médias et du divertissement, les innovations technologiques matérielles telles que les écrans invisibles de LG et Samsung (qui ne semblent pas correspondre à un cas d'utilisation vital) ont presque paru insignifiantes par rapport aux nouvelles concernant l'entrée d'Amazon dans la publicité sur Prime, ou aux annonces majeures de Disney en matière de technologie publicitaire, y compris une avancée majeure dans le domaine des médias de détail avec des publicités "shoppables".

Du point de vue d'un expert en médias, le CES de cette année a marqué l'achèvement d'une évolution entamée bien avant le salon international. Ce qui était autrefois considéré comme un événement centré sur les gadgets est désormais reconnu comme un lieu de discussion sur l'impact et l'évolution de la technologie dans le secteur des médias. L'ironie des licenciements annoncés par Amazon, Google et NBC en parallèle du CES n'a pas échappé aux participants. De même, la semaine difficile pour Apple à la Bourse s'est produite en même temps que la mise en vente publique de Paramount. Ces événements, survenus à Las Vegas et ailleurs au cours de ces quatre jours, ont clairement démontré l'interconnexion croissante entre les industries du divertissement et de la technologie.

Illustration : Montage du logo CES sur The Sphere, une version XXL de la Géode

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Liens vagabonds : Face à la chute de trafic en provenance des réseaux sociaux, quelles alternatives pour les médias ?

Augmentation des coûts, baisse des recettes publicitaires, ralentissement de la croissance des abonnements…Seule la moitié des rédacteurs en chef, PDG et responsables du secteur numérique interrogés pour une étude du Reuters Institute se disent confiants quant aux perspectives du journalisme pour l'année à venir. Réalisée auprès d'un échantillon stratégique de plus de 300 dirigeants du secteur numérique issus de plus de 50 pays et territoires, l’enquête montre une forte baisse du trafic référent en provenance des médias sociaux vers les médias. Alors que de nombreux organismes d'information traditionnels peinent à se faire connaître, ou n’en n’ont pas les moyens, quelles alternatives s’offrent à eux ?  

Les raisons de cette chute  

Selon l’étude, le trafic Facebook vers les sites d'information a chuté de 48 %, le trafic en provenance de X a chuté de 27 %, et le trafic en provenance d'Instagram a chuté de 10 % (causant, parmi d'autres, l'arrêt de BuzzFeed News l'année dernière). Les raisons ? Du côté de Méta, il s’agit d’une priorisation des contenus des influenceurs au détriment des journalistes pour tenter de contrer la concurrence de TikTok. L’arrivée très médiatisée d’Elon Musk chez X a encore plus chamboulé ce petit microcosme. Désinformation, difficulté à distinguer les titres de presse des autres sources de contenu – la somme de ces événements a entrainé le départ express de nombreux journalistes vers un avenir plus radieux…sur bluesky notamment, ou encore LinkedIn. Nic Newman, auteur du rapport a commenté ces chiffres : « Atteindre le public en ligne devient de plus en plus difficile à mesure que Facebook se retire de l'actualité et que X devient moins accueillant pour les éditeurs. » 

WhatsApp, le nouvel eldorado ? 

Face à ce problème, les médias se tournent vers WhatsApp (+61) et Instagram (+39), notamment pour leurs canaux de diffusion multimodaux. Ces derniers offrent aux créateurs et aux médias la possibilité d'interagir avec leurs abonnés à travers des messages directs. Ces échanges peuvent prendre la forme de messages écrits, vocaux, images, vidéos, ainsi que de sondages. Lancée en septembre, la fonctionnalité sur WhatsApp compte aujourd’hui plus de 225 canaux de diffusion. Même si son utilisation reste timide chez les médias français – la majorité n’a pas de canaux et le Monde, parmi les plus suivis, ne compte que 66 600 abonnés – la fonctionnalité connait un franc succès outre-Atlantique. Le New York Times compte par exemple 7,3 millions d’abonnés sur sa chaîne. WhatsApp n’est plus seulement « l'application que l’on utilise lorsqu’on voyage hors de son pays » a déclaré Will Cathcart, responsable de WhatsApp, « elle se généralise aujourd’hui de manière significative ».  

L'avenir dans la vidéo ?  

Face à la nature de ces plateformes, les médias doivent davantage se tourner vers le format vidéo afin d’atteindre un public plus jeune. Naturellement donc, ils planifient d’accentuer leur présence sur TikTok (+55), et YouTube (+44). Toutefois, le Reuters Institute souligne que « de nombreux médias traditionnels ont [toujours] du mal à se faire connaître par rapport aux jeunes créateurs qui maîtrisent le langage et les conventions de ses plateforme ». Dylan Page, un jeune influenceur du Royaume-Uni, a régulièrement plus de vues à ses vidéos que la BBC ou le New York Times réunis, même sur des sujets de fond, comme le conflit à Gaza.  

CETTE SEMAINE EN FRANCE

  • On a testé TF1+, un service de streaming qui ne s’est pas foulé (Numerama)
  • « Touche pas à mon peuple » : Cyril Hanouna, émission suicide (Le Monde)
  • Hachette stoppe net son projet de déménagement à 150 millions d'euros (Les Echos)
  • CES 2024 : les startups françaises toujours en force à Las Vegas ? (Maddyness)
  • Intelligence artificielle : les éditeurs français s’organisent pour faire reconnaître leurs droits (Le Figaro)
  • Intelligence artificielle : un «Label Création humaine» pour garantir qu’un livre a bien été écrit par un humain (Libération)
  • Canal+ prend presque 30 % de la plateforme Viaplay (Les Echos)
  • Rachida Dati, ministre de la culture : une nomination surprise, fruit d’un deal avec Emmanuel Macron (Le Monde)
  • Canal+ obtient l'autorisation de l'Autorité de la Concurrence pour le rachat d'OCS et d'Orange Studio (Autorité de la concurrence)

3 CHIFFRES

  • Les tarifs pleins des abonnements numériques à la presse auraient gonflé de 20% en moyenne l’an dernier au Royaume-Uni, selon Press Gazette.
  • Plus de la moitié des Américains (52 %) craignent que l'augmentation des "deepfakes" n'influence les élections (McAfee)
  • Twitch licencie 500 employés, soit environ 35 % de son personnel, d'après Bloomberg.

LE GRAPHIQUE DE LA SEMAINE

Source : Scott Galloway

NOS MEILLEURES LECTURES / DIGNES DE VOTRE TEMPS / LONG READ

  • Voici les plus grands risques mondiaux auxquels nous serons confrontés en 2024 et au-delà (Forum économique mondial - Davos)
  • Les éditeurs indépendants de presse locale sont confrontés à de nouveaux défis dans le cadre de la réorganisation de leurs modèles économiques (Poynter)
  • L’effondrement de l’information ? (Hubert Guillaud)

DISRUPTION, DISLOCATION, MONDIALISATION

  • CES 2024 : tous les téléviseurs, ordinateurs portables, équipements pour la maison intelligente et autres nouveautés du salon (The Verge)
  • Fox Corp. lance une plateforme blockchain pour négocier avec les entreprises d'IA (Axios)

DONNEES, CONFIANCE, LIBERTÉ DE LA PRESSE,DÉSINFORMATION

  • Lorsqu'on est témoin d'un génocide, il ne suffit pas d'éviter l'actualité (Pranav Jeevan P)
  • Fox s'associe à Polygon Labs pour lutter contre la méfiance à l'égard des deepfakes (TechCrunch)
  • Les partis politiques et les candidats ont recours à des poursuites judiciaires pour faire taire les journalistes pendant les élections : une tendance croissante au Brésil (LatAm Journalism Review)

LÉGISLATION, RÉGLEMENTATION

  • La Commission européenne se penche sur l'alliance Microsoft-OpenAI (Les Echos)
  • L'Ofcom débauche le personnel des grandes entreprises technologiques pour faire appliquer les nouvelles règles de l'internet (Financial Times)
  • Le Conseil de l’Europe a publié ses lignes directrices sur l’utilisation responsable de l’intelligence artificielle dans le journalisme (Conseil de l’Europe)

JOURNALISME

  • Tendances des médias d'information pour 2024 : L'IA, Whatsapp, les newsletters et la vidéo parmi les domaines de prédilection (PressGazette)
  • Un bouleversement surprise au Los Angeles Times (Poynter)
  • Chez “Libé”, débat tendu autour du traitement de la guerre à Gaza (Arrêt sur Images)
  • L'assassinat sans précédent de journalistes affecte la couverture de Gaza (New Lines Magazine)
  • NBC News procède à des licenciements (Deadline)
  • Le trafic du Washington Post a chuté de plus de 50 % au cours des dernières années (Puck)

STORYTELLING, NOUVEAUX FORMATS

  • Eric Newcomer, auteur de Substack, déclare que ses revenus ont dépassé le million de dollars en 2023 (Axios)

ENVIRONNEMENT 

  • L'éditeur spécialisé dans le climat “The Cool Down” trouve sa rentabilité après l'ajout de publicités (AdWeek)

RÉSEAUX SOCIAUX, MESSAGERIES, APPS

  • Fox s'associe à Polygon Labs pour lutter contre la méfiance à l'égard des deepfakes (TechCrunch)
  • Comment Google a perfectionné le web (The Verge)
  • Twitch va interdire les personnes qui font semblant d'être nues (The Verge)
  • Discord licencie 17 % de ses employés (The Verge)
  • Pourquoi Platformer quitte Substack (Platformer)
  • Google licencie des centaines de personnes travaillant sur son assistant à commande vocale (Semafor)
  • Twitter a temporairement suspendu les comptes de plusieurs journalistes, dont certains critiques à l'égard d'Elon Musk (The New Republic)
  • Pourquoi MrBeast rejette Elon Musk (Wall Street Journal)

STREAMING, OTT, SVOD

  • Peacock se lance dans l'inconnu en diffusant un match éliminatoire de la NFL (New York Times)
  • Le télétexte perdure en Suède grâce à la nostalgie et au contenu fiable (The Guardian)
  • Netflix supprime plus de 100 émissions dans le cadre d'un changement de programmation majeur (Bloomberg)

AUDIO, PODCAST, BORNES

  • La nouvelle politique de streaming de Spotify aurait rendu 152 millions de chansons inéligibles à une compensation l'année dernière (Bloomberg)
  • Le studio de podcasts Nouvelles Écoutes se recentre sur son offre payante de documentaires et enquêtes (Télérama)

Web3, BLOCKCHAIN, CRYPTO, NFT

  • Les premiers ETF Bitcoin approuvés par les régulateurs américains (The Verge)
  • Les pédophiles utilisent de mieux en mieux les crypto-monnaies pour brouiller les pistes (The Wired)
  • Une fille aurait été violée dans le métavers. Est-ce le début d'un sombre avenir? (The Guardian)

INTELLIGENCE ARTIFICIELLE, DATA, AUTOMATISATION

  • OpenAI déclare que les poursuites engagées contre elle par le New York Times sont "sans fondement" (New York Times)
  • Accord aux Etats-Unis sur le clonage des voix dans les jeux vidéo (Los Angeles Times)
  • L’affiche de Roland-Garros 2024 a été réalisée avec Midjourney (Numérama)
  • L'IA générative a un problème de plagiat des images (IEEE Spectrum)
  • Ces applications alimentées par l'IA peuvent entendre la cause d'une toux (MIT Technology review)
  • OpenAI fait signer 260 entreprises pour la version entreprise de ChatGPT (Bloomberg)
  • Alexa d'Amazon se dote de nouvelles expériences génératives alimentées par l'IA (TechCrunch)

MONÉTISATION, MODÈLE ÉCONOMIQUE, PUBLICITÉ

  • CNBC va commencer à vendre des cours payants (Axios)

Kati Bremme, Alexandra Klinnik et Aude Nevo

 

 

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Liens vagabonds : Quand l'IA générative menace les droits d'auteur

« C’est l’un des combats les plus importants à suivre en matière de droits d’auteur en 2024 », assure Venture. Fin 2023, le New York Times a engagé un bras de fer avec OpenAI et Microsoft. Le média américain les poursuit pour violation du droit d’auteur. ChatGPT d’OpenAI et Bing Chat de Microsoft se seraient nourris de « millions » d’articles de l’entreprise, sans son autorisation. Des extraits littéraux, tels que les critiques de produits de Wirecutter, accessibles uniquement par abonnement, seraient ainsi disponibles. Pour le média, cette utilisation non autorisée entraîne automatiquement une perte de revenus d’abonnements et de clics publicitaires. L’outil serait désormais un concurrent direct au journal en tant que source d’information. Rappelons que le New York Times dispose d’environ 10 millions d’abonnés, ChatGPT, de plus de 100 millions d’utilisateurs.  

🧵 The historic NYT v. @OpenAI lawsuit filed this morning, as broken down by me, an IP and AI lawyer, general counsel, and longtime tech person and enthusiast.

Tl;dr - It's the best case yet alleging that generative AI is copyright infringement. Thread. 👇pic.twitter.com/Zqbv3ekLWt

— Cecilia Ziniti (@CeciliaZin) December 27, 2023

Un investissement massif détourné ? 

Les sociétés d’IA génératives « profitent gratuitement de l’investissement massif du Times dans le journalisme pour créer des produits de substitution sans autorisation, ni paiement », pointe le média. Investissement massif qui se traduit par la publication de 250 articles originaux par jour en moyenne, dont « beaucoup prennent des mois ou plus pour être rédigés ». Ces articles sont produits par 2 600 employés sur un total de 5800, d’après Press Gazette. Le New York Times demande une interdiction permanente de l’utilisation non autorisée de son travail notamment à OpenAI et Microsoft de détruire tout modèle de chatbot et les données d’entraînement utilisant le matériel protégé par le droit d’auteur du New York Times. Selon les experts juridiques, une affaire portant sur l’IA et le droit d’auteur pourrait très certainement arriver devant la Cour suprême. 

La voie des deals 

Si les batailles juridiques sur le droit d’auteur liées à l’IA générative « couvent » depuis un an, certaines entreprises médiatiques sont parvenues à conclure des accords sur l’utilisation de leur contenu. Le mois dernier, Open AI a signé un deal avec Axel Springer, éditeur de Business Insider et Politico, pour pouvoir afficher des parties d’articles dans les réponses de ChatGPT. Open AI proposerait ainsi à certains médias entre 1 et 5 millions de dollars par an, pour obtenir une licence de leurs articles afin de former ses modèles d’IA. « C’est un montant minime même pour les petits éditeurs, ce qui pourrait rendre difficile la conclusion d’accords pour OpenAI », pointe The Information. Apple serait prêt également à débourser au moins 50 millions de dollars sur plusieurs années pour utiliser des données, dans le cadre de la formation en IA, avec des entreprises médiatiques, d’après The Verge. 

Le secteur de l'IA générative semble ainsi se diriger vers une période cruciale où le droit d'auteur sera au cœur des discussions. Les batailles juridiques actuelles marquent les débuts de ce débat qui façonnera inévitablement l'avenir de l'industrie.  

CES DEUX DERNIÈRES SEMAINES EN FRANCE

  • “Le Masque et la plume” : le dernier “dimanche soir” de Jérôme Garcin (Télérama)
  • Les chaînes d'info exonérées d'une taxe (Les Echos)
  • BFMTV : Laurent Ruquier arrête son émission quotidienne... après seulement trois mois d'antenne (La Tribune)
  • CNews, volontiers cinglante envers ses rivales, voit ses audiences continuer de progresser (Le Monde)
  • Vague de hausse de prix dans la presse quotidienne (Les Echos)
  • Macron, Borne, Mbappé, Musk, Palmade… : voici les 200 personnalités les plus médiatisées en 2023 (Ouest France)

3 CHIFFRES

  • Apple a discuté d'accords pluriannuels d'une valeur d'au moins 50 millions $ pour former ses systèmes d'IA générative sur les articles de presse des éditeurs (New York Times)
  • Selon une étude, près de la moitié des adolescents britanniques se sentent dépendants des médias sociaux(The Guardian)
  • Le moteur de recherche alimenté par l'IA Perplexity AI, évalué aujourd'hui à 520 millions de dollars, lève 70 millions de dollars (TechCrunch)

LE GRAPHIQUE DE LA SEMAINE

Infographic: AI-Powered Tech Boom Fuels 2023 Stock Market Rally | Statista

Source : Statista

NOS MEILLEURES LECTURES / DIGNES DE VOTRE TEMPS / LONG READ

  • 2023, année de grandes manœuvres dans les médias français (Le Monde)
  • Au coeur des négociations délicates entre l'industrie de l'information et OpenAI (New York Times)
  • 7 chefs d'entreprise révèlent comment leurs entreprises adoptent l'IA en 2024 (Business Insider)
  • Pourquoi il ne faut pas écouter les pessimistes comme moi (The Times)
  • Nouvelles zombies : l'étrange résurrection du journal local (Newstateman)


Crédits image : Otto Dettmer / Ikon Images

  • Votre feed Instagram peut-il être considéré comme un flux d'informations ? Cela dépend de ce que vous ressentez (NiemanLab)
  • Journalistes, nous devons repenser notre façon de lutter contre le burn out (Poynter)
  • Opinion - Comment les journalistes peuvent-ils inclure davantage de voix vulnérables dans leurs reportages cette année ? (Poynter)

DISRUPTION, DISLOCATION, MONDIALISATION

  • Nous nous sommes entretenus avec le cerveau conservateur à l'origine de la destitution de Claudine Gay (Politico)
  • Comment Netflix envisage de gagner de l'argent avec les jeux vidéo (WSJ)
  • Google met enfin fin aux cookies. Les annonceurs ne sont toujours pas prêts (The Wall Street Journal)


Crédits image : Stephanie Aaronson/The Wall Street Journal, iStoc

DONNEES, CONFIANCE, LIBERTÉ DE LA PRESSE,DÉSINFORMATION

  • Oubliez la technologie : les hommes politiques représentent la plus grande menace en matière de désinformation (Financial Times)
  • L'autre adversaire redoutable de Joe Biden en 2024 - Fox News n'a jamais été aussi ouvertement partisan (newrepublic)


Crédits image : Pete Reynolds

LÉGISLATION, RÉGLEMENTATION

  • 23andMe dit aux victimes que c'est de leur faute si leurs données ont été violées (TechCrunch)
  • Alphabet a illégalement refusé de négocier avec le personnel contractuel de YouTube, selon le conseil des prud'hommes (Bloomberg)

JOURNALISME

  • La contre-attaque "anti-woke" des conservateurs face à Disney est arrivée (NiemanLab)
  • Jimmy Lai : le magnat de Hong Kong plaide non coupable d'infractions liées à la sécurité nationale (BBC)
  • La nouvelle la plus lue en 2023 était un article sur la mort de Matthew Perry (Chartbeat)
  • Pourquoi Google pourrait verser des milliards de dollars aux éditeurs américains en 2024 (Ad Week)
  • Cheddar, le "CNBC des Millennials", met en congé des travailleurs (New York Times)
  • Étude du NAHJ : Les salles de rédaction d'investigation ne reflètent pas les communautés qu'elles couvrent (Los Angeles Times)
  • Le journal de Québec Le Soleil met fin à son édition papier après 127 ans d'existence (CBC)

Quebec City newspaper Le Soleil ends print edition after 127 years #newspapers https://t.co/pY5qGLVjJK

— RPM Media (@RetailPrintMed) January 2, 2024

STORYTELLING, NOUVEAUX FORMATS

  • Pourquoi les plus grands podcasteurs de la génération Z travaillent depuis leur lit (Fast Company)
  • TikTok encourage des vidéos plus longues. Certains créateurs s'inquiètent du changement d'ambiance (CNN Business)
  • Comment le Watergate a installé le journalisme en véritable contre-pouvoir (Médiapart)

ENVIRONNEMENT 

  • Selon les scientifiques, le monde se souviendra de 2023 comme de l'année où l'humanité a révélé son incapacité à lutter contre la crise climatique (The Guardian)

RÉSEAUX SOCIAUX, MESSAGERIES, APPS

    • YouTube est le dernier bastion du journalisme impartial en Inde (Rest of World)
    • Opinion | La mort de X et les deepfakes audio en 2024 (Poynter)
    • Twitch va interdire les personnes qui font semblant d'être nues (The Verge)
    • L'Inde s'en prend à Apple pour ses notifications de piratage téléphonique (The Washington Post)

After Alex Jones’ reinstatement, I’m fairly certain X will go the way of Myspace before 2024’s end. And with it, so will go an incredibly interesting — yet woefully underutilized — crowdsourced fact-checking experiment @CommunityNotes: https://t.co/LvjTPPUiIk

— Alex Mahadevan (@AlexMahadevan) January 4, 2024

IMMERSION, 360, VR, AR

  • J'ai été violée dans la réalité virtuelle - croyez-moi quand je dis que c'est très réel (The Telegraph)

STREAMING, OTT, SVOD

  • Leçons du Box-Office en 2023 : les audiences ont cherché le réconfort, et négligé le spectacle (New York Times)
  • "Le grand nettoyage a commencé" après une perte de 5 milliards de dollars dans le streaming pour les rivaux de Netflix (Financial Times)
  • Amazon Prime Video diffusera des publicités en janvier, sauf si vous payez davantage (Washington Post)
  • Les Américains sont de plus en plus nombreux à annuler leurs services de streaming (The Wall Street Journal)

AUDIO, PODCAST, BORNES

Web3, BLOCKCHAIN, CRYPTO, NFT

  • Optimisme crypto à l’ère de son destin tragique (TechCrunch)

INTELLIGENCE ARTIFICIELLE, DATA, AUTOMATISATION

  • ChatGPT a pris le monde d'assaut, mais n'oubliez pas ces autres développements de l'IA en 2023 (The Decoder)
  • Sexe, drogues et AI Mickey Mouse (Wired)
  • La nouvelle touche Copilot de Microsoft est le premier grand changement apporté aux claviers Windows depuis 30 ans (The Verge)

The era of the "AI PC" is upon us.

Microsoft has announced a new dedicated AI Copilot keyboard button that will be required on new Windows PCs soon, as it gears up to ship a major AI update for Windows 11 this fall

DETAILS: https://t.co/QI6hmlBw4L#Windows11

— Zac Bowden (@zacbowden) January 4, 2024

  • Pourquoi la promesse de « vidéogérer » les villes avec des caméras couplées à une intelligence artificielle séduit et inquiète (Le Monde)
  • Les intelligences artificielles pourraient ne pas voler votre emploi, mais elles pourraient vous empêcher d'être embauché (Wired)
  • Apple dévoile Ferret, sa première IA open source, plus puissante que GPT-4  (Tom’s Guide)
  • La routine quotidienne de Sam Altman, PDG d'OpenAI : jeûne de 15 heures et somnifères à faible dose (Business Insider)

MONÉTISATION, MODÈLE ÉCONOMIQUE, PUBLICITÉ

  • Les grandes entreprises technologiques ont dominé le marché cette année. Selon les analystes, il ne serait pas judicieux de parier contre elles en 2024 (Business Insider)
  • 2023 a été la pire année pour l'industrie de l'information depuis la pandémie (Poynter)
  • En regardant Miami, Rio se présente comme une Silicon Valley tropicale (Bloomberg)
  • Neuf questions à se poser à l'heure où Google s'apprête à abandonner les cookies tiers (Digiday)

Kati Bremme, Alexandra Klinnik et Aude Nevo

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Liens vagabonds : Vers un journalisme plus communautaire en 2024 ?

Tic-Tac – Comme à chaque fin d’année, les médias s’improvisent diseuses de bonne aventure, et partagent des présages pour l'avenir du journalisme. Chaque organe de presse exprime son point de vue, que cela soit autour de l'intégration de l'intelligence artificielle au cœur de la société, de l’engagement des journalistes, ou encore d'une résurgence du journalisme local. Au sein de cette mosaïque de prédictions, le NiemanLab perpétue la tradition d’interroger plusieurs experts du monde des médias sur le futur de la profession. Décryptage de trois perspectives marquantes qui repensent la relation avec le public, et promis, on ne parlera pas de ChatGPT.

« Les éditeurs seront enfin influencés par les influenceurs ».

Selon Andrew Losowsky, responsable des produits communautaires chez Vox Media, les médias traditionnels ont beaucoup à apprendre des influenceurs pour renouer avec leur communauté. Et la prise de conscience est proche.

Il explique que « des milliers d'influenceurs et de créateurs de contenu à succès ont noué des relations réelles et précieuses avec leurs communautés, qui leur font désormais davantage confiance qu'au journalisme traditionnel - et paient parfois des abonnements dans des proportions qui rivalisent avec celles d'organisations médiatiques bien plus coûteuses. »

Si l’expert précise que le journaliste n’a pas besoin de devenir ce qu’il n’est pas – c’est-à-dire un influenceur, il pourrait et devrait prendre exemple sur leurs méthodes. Cela comprend notamment le fait d’aller à la rencontre de sa communauté, être plus accessible, et mieux communiquer.

Il préconise donc l’établissement de relations permanentes et réciproques avec le public par le biais d'expériences communautaires telles que les questions-réponses en direct, les Discords communautaires et les soirées d'écoute et de visionnage : « Les gens recherchent des informations précieuses par le biais de connexions humaines et de la communauté, et non des opinions anonymes rédigées par des comités éditoriaux ».

Il s’agit finalement « d'apprendre des influenceurs à travers le prisme du journalisme engagé ». Une perspective partagée par Kelsey Russel, jeune influenceuse interrogée par Méta-Media qui déplorait que le New York Times « n’envoyait pas ses journalistes parler devant des classes de collèges newyorkais ».

Another batch of Predictions for Journalism in 2024 just published at @NiemanLab!

Your predictors: @javaun, @ritvvijparrikh, @gathara, @LDeshan, @anxiaostudio_mc, @jsamditis, @rishadist, and @jeremygilbert.

(Final predictions go up tomorrow!)https://t.co/NudCeDt6m6 pic.twitter.com/y7mH9hKbyX

— Joshua Benton (@jbenton) December 20, 2023

« Les éditeurs se réveillent pour servir un public plus jeune »

Jeremy Gilbert, titulaire d’une chaire en stratégie des médias numériques à l'université Northwestern pense également que 2024 sera le moment pour repenser la relation avec son public, notamment les jeunes.

Ses conseils ? Adopter des approches plus créatives et personnalisées, en pensant comme des créateurs et en soutenant ceux dans leurs équipes éditoriales prêts à faire de même. Il s’agirait d’aller au-delà des formats d’articles traditionnels comme la fameuse pyramide inversée – aller de l’information la plus importante à la moins importante – et adopter le langage utilisé par leur public.

« Trop souvent, l'objectif des éditeurs avec les programmes d'éducation aux médias est de former les jeunes publics à aimer les produits d'information qu'ils fabriquent déjà, plutôt que d'adapter leurs produits à l'évolution des goûts » explique-t-il.

« L'obsession autour de la confiance prendra fin »

Si Andrew Losowsky et Jeremy Gilbert pensent que s’inspirer des influenceurs sera la clé pour créer un journalisme plus communautaire en 2024, Charlie Beckett, Professeur London School of Economics suggère également de s’émanciper des sondages de confiance comme ceux d’Edelman ou du Reuters Institute. Il encourage plutôt les journalistes à construire des relations à long terme basées sur la livraison d'un journalisme pertinent, fiable et accessible :

« Il peut être utile d'être digne de confiance. Construisez une relation au fil du temps où les gens s'attendent à ce que vous leur fournissiez un journalisme pertinent, fiable et accessible. C'est beaucoup plus utile qu'une sorte de "confiance" déférente et instinctive » expose-t-il.

Enfin selon lui, rester humble est primordial pour créer une communauté autour de son travail : « Ne plaidez pas en faveur de l'éducation aux médias sous prétexte que les gens sont trop bêtes pour se rendre compte de la grandeur et de la valeur de votre travail ».

Pour résumer cette tendance 2024 : un journalisme plus communautaire et engagé pour répondre efficacement aux attentes changeantes des publics. Une nécessité qui prend tout son sens à la lumière des résultats du baromètre 2023 de Kantar – La Croix, indiquant que désormais un Français sur deux déclare ressentir « très » ou « assez souvent » de la fatigue ou de la lassitude par rapport à l'information...

CETTE SEMAINE EN FRANCE

  • Intelligence artificielle : la France n’a pas renoncé à assouplir l’AI Act (Le Monde)
  • Mort de Claude Villers, voix de France Inter, président du « Tribunal des flagrants délires » (Le Parisien)
  • TF1 lance son offensive dans le streaming gratuit (La Tribune)
  • Vincent Bolloré, parrain d’une alliance entre droite et extrême droite (Le Monde)
  • « Charlie Hebdo » condamné pour diffamation à l’encontre d’une école musulmane à Valence (Médiapart)

3 CHIFFRES

  • Le chatbot d'IA de Bing (Microsoft) s'est trompé 30 % du temps dans les informations relatives à des élections en Europe et souvent en citant mal ses sources. (AI Forensics)
  • Google va payer 700 millions de dollars aux États américains et aux consommateurs dans le cadre de l'accord sur l'App Store (apnews)
  • Près d'un tiers des membres de la génération Z déclarent que la technologie les rend plus solitaires et plus dépensiers. (Business Insider)

LE GRAPHIQUE DE LA SEMAINE

Source : Business Insider

NOS MEILLEURES LECTURES / DIGNES DE VOTRE TEMPS / LONG READ

  • Opinion | Retour sur le meilleur et le pire des médias en 2023 (Poynter)
  • L’IA générative est-elle une innovation durable ou disruptive à Hollywood ? (The mediator)
  • Tiens, et si on disait du bien de Twitter ? (Génération IA)

Crédit image: Génération IA

  • Au revoir à tout ce harcèlement - l'année où Twitter est mort (The Verge)
  • En 2024, le chemin à parcourir prendra un tournant décisif (GatesNotes)
  • Le grand pari du New York Times sur les jeux (Vanity Fair)
  • Les éditeurs se réveillent pour servir un public plus jeune (NiemanLab)
  • L'obscur accord avec Google définit les failles de la protection de la vie privée aux États-Unis (Wired)

DISRUPTION, DISLOCATION, MONDIALISATION

  • Comment la propagande pro-russe "yacht" a influencé le débat américain sur l'aide à l'Ukraine (BBC)
  • Le nouveau gouvernement polonais limoge les patrons de la télévision, de la radio et de l'information d'État (The Guardian)
  • Refusant d'accepter la perte du pouvoir, la droite polonaise occupe la télévision d'État (The New York Times)

🔴 Pologne : le nouveau gouvernement de D. Tusk licencie tous les dirigeants des médias publics (TV, radios, agence) car jugés au service de l’ancien gouvernement.

La diffusion de la chaîne TVP info est stoppée ainsi que le site internet.

Des policiers arrivent au siège de #TVP pic.twitter.com/3WU8gFwLb6

— François Beaudonnet 🌎 (@beaudonnet) December 20, 2023

DONNEES, CONFIANCE, LIBERTÉ DE LA PRESSE,DÉSINFORMATION

  • Lutte contre les fake news : « Il faut renforcer l’éducation aux médias » (Le parisien)
  • Le Nigeria doit créer un environnement favorable pour permettre aux médias de prospérer (Nigerian Tribune)
  • L'obsession pour la "confiance" prendra fin (NiemanLab)

LÉGISLATION, RÉGLEMENTATION

  • Le Royaume-Uni exige un accès consulaire à Jimmy Lai alors que West attaque le procès de l’éditeur de Hong Kong (South China Morning Post)
  • L’UE se dote de nouvelles règles pour encadrer les médias (Euractiv)
  • La suspension des actualités de Meta au Canada demeure alors que la loi sur les nouvelles en ligne entre en vigueur. (BBC)
  • Le Canada doit maintenir la pression sur Facebook pour qu'il paie pour les informations, déclare Justin Trudeau (Reuters)
  • Une agence californienne abandonne les poursuites pour harcèlement sexuel contre Activision Blizzard (The New York Times)
  • L'administration de Joe Biden fait un premier pas vers la rédaction de normes clés en matière d'IA (The Economic Times)
  • La mainmise d'Apple sur iMessage suscite de nouvelles demandes d'enquête antitrust (Wired)

JOURNALISME

  • Le procès étroitement surveillé pour la sécurité nationale du magnat des médias pro-démocratie de Hong Kong, Jimmy Lai, devrait enfin commencer (Hong Kong Free Press)
  • Journalistes couvrant le Père Noël : Attention ! Mieux vaut ne pas pleurer. Et vous avez intérêt à être prudents (Poynter)

STORYTELLING, NOUVEAUX FORMATS

  • Sang, armes et scooters cassés : L'ascension et la chute chaotiques de Bird (Wired)

ENVIRONNEMENT 

  • La COP28 place l'intelligence artificielle liée au climat à l'ordre du jour mondial (Euractiv)

RÉSEAUX SOCIAUX, MESSAGERIES, APPS

  • Twitch réprime à nouveau les seins en revenant sur sa politique de "nudité artistique" (TechCrunch)
  • Derrière le bilan mitigé d'Adam Mosseri, responsable d'Instagram, en matière de sécurité des jeunes (The Information)

  • L’UE ouvre une enquête formelle de la DSA sur X à la suite de la guerre entre Israël et le Hamas (The Verge)
  • Les chaînes modifient le jeu de publication sur WhatsApp (NiemanLab)

IMMERSION, 360, VR, AR

  • Snapchat devra peut-être explorer de nouvelles opportunités pour le développement de la AR (Social Media Today)

STREAMING, OTT, SVOD

  • Le fossé entre le monde réel et le streaming n’a jamais été aussi grand (The Verge)

AUDIO, PODCAST, BORNES

Microsoft Copilot se dote d'une fonction de création musicale grâce à l'intégration de Suno (TechCrunch)

Microsoft announces turn your ideas into songs with Suno on Microsoft Copilot

blog: https://t.co/tp9IMbq1Ga pic.twitter.com/mo3XdgFs62

— AK (@_akhaliq) December 19, 2023

Web3, BLOCKCHAIN, CRYPTO, NFT

INTELLIGENCE ARTIFICIELLE, DATA, AUTOMATISATION

  • La course des Big Tech pour contrôler l’IA générative dans le secteur de la santé soulève des préoccupations éthiques (The decoder)
  • Playground v2 est un nouveau modèle de conversion texte-image qui concurrence Stable Diffusion XL (The decoder)
  • Microsoft prévoit d'utiliser l'énergie nucléaire pour alimenter ses opérations d'intelligence artificielle (Wall Street Journal)
  • Des données récentes montrent que les pertes d'emplois liées à l'IA augmentent, mais les chiffres ne disent pas tout (CNBC)
  • ByteDance utilise secrètement la technologie d'OpenAI pour construire un concurrent (The Verge)
  • À l'approche des élections, OpenAI révise ses efforts de modération des contenus (The Information)
  • Les dirigeants de GitHub font face aux défis juridiques posés par l'IA, mais n'ont pas l'intention de ralentir le développement, car des outils comme Copilot permettent aux ingénieurs de gagner du temps sur le codage. (Business Insider)

MONÉTISATION, MODÈLE ÉCONOMIQUE, PUBLICITÉ

  • Mail Online confirme son projet de service d'abonnement avec 10 à 15 articles payants par jour (PressGazette)
  • Ce que les spécialistes du marketing doivent apprendre de la percée des marques IP telles que Barbie, Nike et Super Mario Bros. pour 2024 (Digiday)

 

ES, Kati Bremme et Aude Nevo

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