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TD simplifie l'approvisionnement de compte

TD Bank
Décidément, les initiatives destinées à faciliter la mobilité bancaire ont le vent en poupe dans l'industrie. Cette fois, c'est TD Bank qui dévoile une nouvelle option – en plus de la bientôt classique domiciliation de salaire – grâce à laquelle les clients ont la faculté de déclencher l'approvisionnement de leur compte sans quitter son application mobile.

Le principe en est relativement trivial : au lieu de devoir accéder aux services d'un autre établissement afin d'effectuer un virement, l'utilisateur a maintenant la possibilité de demander le transfert depuis son espace TD. Il doit alors sélectionner l'institution financière concernée et le montant réclamé. Il lui reste à confirmer l'opération sur le compte d'origine et les fonds sont mis à sa disposition en quelques secondes.

En arrière-plan, le mécanisme met à contribution une fonction de requête (« Request Money »), distribuée par Interac, le réseau d'échanges interbancaires canadien, via laquelle un détenteur de compte sollicite un versement auprès d'un tiers, identifié par son adresse de courriel ou son numéro de téléphone. En l'occurrence, le cas d'usage concernant ici la même personne aux deux extrémités de la transaction, la procédure est simplifiée puisqu'elle n'exige même plus la saisie de ses identifiants, déjà connus.

L'objectif visé est naturellement de faciliter la migration des clients qui possèdent un autre compte, notamment lorsque ce dernier est primaire, et d'encourager l'exploitation de l'offre de TD Bank, en commençant par les paiements. Qu'il s'agisse, par exemple, de verser une somme à l'approche d'une échéance de remboursement, d'anticiper un règlement de facture en instance ou d'effectuer un dépôt pour profiter de récompenses, la solution permet d'éviter de jongler entre plusieurs outils.

TD Bank – Request Money

En revanche, le parcours souffre malgré tout d'une rupture regrettable, dans la mesure où le client est finalement contraint d'accéder au compte « source » afin de confirmer le transfert qu'il a lui-même engagé. Le recours à une approche par la « banque ouverte », telle que ce qu'autorise l'initiation de paiement incluse dans la directive européenne DSP2, rendrait possible une intégration de toutes les étapes au sein de l'application de la banque, au profit de la fluidité de l'expérience… et de la rétention du client.

Le secteur financier traditionnel a tellement lutté contre les réglementations sur l'« open banking » que la plupart des entreprises, qui ont dû se résoudre à les mettre en œuvre, ont perdu de vue les opportunités que le concept leur ouvrait (en dehors de quelques tentatives, parfois abandonnées et presque toujours limitées, de vue agrégée de l'ensemble de la situation financière du client). Celle que manque TD dans cette annonce, dans un pays moins avancé en la matière, pourrait éveiller des vocations.

Danske Bank ouvre ses API à l'IA

Danske Bank
Comme pour contredire mes propos d'hier, Danske Bank a récemment déployé pour sa clientèle d'entreprises des interfaces au standard MCP afin de permettre aux plates-formes d'intelligence artificielle générative d'accéder aux données de leurs comptes et être de la sorte en mesure de répondre à leurs questions sur leur situation financière.

La démarche n'est pas totalement originale (je pense à Qonto, entre autres) mais, émanant d'une banque traditionnelle, elle est tout de même digne d'attention… surtout dans la tendance actuelle de l'industrie à se défier des agents IA prenant le contrôle, à un degré plus ou moins élevé, des comptes des clients. La scandinave ne s'illustre d'ailleurs pas par son audace, en n'autorisant que des fonctions de consultation, à l'exclusion de toute exécution de transactions (notamment de paiement).

L'ambition sous-jacente est d'offrir aux directeurs financiers la possibilité d'exploiter les informations bancaires depuis leur outil préféré (ChatGPT, Claude…), via une simple connexion à l'établissement, pour des requêtes qui vont au-delà de ce que leur fournisent les applications classiques, qu'il s'agisse d'analyser les dépenses selon des critères personnalisés, d'effectuer des projections de trésorerie avec des hypothèses spécifiques, de rédiger des rapports combinant différentes sources de données…

Du point de vue de la sécurité, les services dédiés à l'IA sont construits au-dessus des API existantes. Ils héritent ainsi des mécanismes mis en place pour leur protection (configuration initiale, certificats, habilitations, procédures d'identification et d'authentification…), conçus précisément pour des interactions entre des systèmes logiciels et évitant les risques de partage de mot de passe avec un robot, qui terrorisent tant de responsables (dans les organisations et leurs institutions financières).

Danske Bank – MCP Interface

Grâce à ces différentes précautions et sauf faille de sécurité (que l'IA pourrait détecter), Danske Bank peut être confiante sur les usages de ses clients, avec l'avantage notable, en comparaison de ses propres solutions, de pouvoir dégager sa responsabilité sur les éventuelles divagations des modèles tiers d'intelligence artificielle auxquels ils recourent. Il n'est même pas nécessaire, dans un périmètre circonscrit à la lecture de données, de se préoccuper des intentions de l'humain agissant en arrière-plan.

Cependant, une fois la porte entrouverte, les firmes qui adoptent cette option souhaiteront rapidement avoir aussi la faculté de piloter leurs comptes, par exemple avec l'automatisation des règlements (pour commencer). L'initiative de Danske Bank ne peut donc être considérée que comme une première étape… et la prochaine sera bien plus complexe à mettre en œuvre. En parallèle, la déclinaison de l'approche sur le marché des particuliers constitue un autre défi à envisager. Quoi qu'il en soit, il est critique de mettre le pied à l'étrier au plus tôt, face à des besoins qui évoluent vite.

CaixaBank lance son app ChatGPT

CaixaBank
Plusieurs mois après sa concurrente BBVA (pour ses filiales italiennes et allemandes), CaixaBank vient d'annoncer le déploiement de son application dans la place de marché de ChatGPT. Le principe est identique, limité à une vitrine commerciale, ce qui me conduit à m'interroger sur la stratégie IA des banques vis-à-vis de leurs clients.

Les personnes intéressées sont donc invitées à « installer » le module de l'établissement sur leur compte. Une fois cette étape franchie, ils peuvent interagir en mode conversationnel avec leur chatbot habituel afin d'obtenir des informations sur les produits de la banque, réaliser des comparaisons entre ses solutions et, de manière générale, consulter les contenus publiés sur son site. Je soupçonne que ChatGPT est capable de répondre lui-même à ce genre de questions sans une app dédiée.

En tout état de cause, Je doute que beaucoup de monde soit conquis par une promesse aussi basique jusqu'à s'embarrasser d'une installation, aussi rapide soit-elle. Et CaixaBank n'évoque même pas de plans pour l'ajout de services plus sophistiqués à l'avenir. En fait, l'initiative ressemble surtout à une expérimentation interne, destinée à découvrir et évaluer les possibilités de la plate-forme déployée par OpenAI. Avoir attendu l'automne 2026 pour ce faire est toutefois tardif et aurait justifié la discrétion.

Cependant, la démarche provoque un débat plus important sur les grandes orientations en matière d'intelligence artificielle, dépassant largement le cas spécifique de l'institution espagnole. Au fil du temps, il semble se dégager une certaine confusion et une incontestable ambiguïté sur les outils que les banques veulent – ou préfèrent – que leurs clients utilisent ou n'utilisent pas. Or de telles hésitations risquent fort de leur coûter leur position historique de prescriptrice, voir leur relation avec leur audience.

CaixaBank – ChatGPT App

En effet, d'un côté, l'industrie est engagée dans un mouvement visant à interdire aux agents IA l'accès aux comptes de leurs clients. Autant par sécurité que pour protéger ses intérêts, elle les pousse vers ses propres solutions – et la communication de CaixaBank sur son travail avec ChatGPT ne manque pas de le souligner. Pourtant, les chatbots proposés à ce jour sont, dans la plupart des cas, loin de répondre aux demandes des consommateurs, ce qui explique pourquoi ces derniers se tournent de plus en plus vers les plates-formes généralistes pour obtenir des conseils financiers.

Maintenant, en parallèle, voilà que quelques établissements installent une présence chez ces mêmes acteurs, en en réduisant sévèrement le périmètre fonctionnel. C'est une manière de dire – certes indirectement – qu'ils sont dignes de confiance et que rien ne s'oppose à l'utilisation de leurs logiciels sur des sujets d'argent. Malheureusement, les restrictions imposées vont alors leur paraître incohérentes. Emmenés ainsi dans une double impasse, les clients auront de bonnes raisons d'exprimer leur insatisfaction.

Comment Apple fait face à la pénurie de GPU

Apple
Comme tant d'autres entreprises dans le monde, Apple est confrontée à la crise des puces électroniques (« GPU ») devenues indispensables aux applications d'intelligence artificielle. Sa solution, désormais documentée, consiste à mettre à contribution les composants sous-utilisés des micro-ordinateurs de ses collaborateurs.

Il y a très longtemps, de grandes banques (d'investissement, pour la plupart) avait imaginé de constituer une sorte de calculateur virtuel géant, complémentaire des ressources existantes dans leurs « data centers », en fédérant les PC laissés allumés par leurs salariés, absents, durant la nuit. La firme à la pomme reprend aujourd'hui le même principe, avec un raffinement supplémentaire, afin de résorber les délais de traitement de ses modèles d'inférence, atteignant parfois plus de 10 heures.

Apple Minions, de son petit nom, est un système complexe qui permet de mobiliser à tout moment, et surtout durant la journée, les processeurs graphiques des Mac de l'ensemble de ses effectifs. Ces composants sont justement les plus performants pour les tâches d'IA (et d'apprentissage automatique) et il se trouve qu'ils sont relativement peu sollicités par de nombreux usages informatiques, par exemple bureautiques, qui s'appuient presque exclusivement sur les processeurs généralistes des machines.

Naturellement, il ne peut être question de perturber d'aucune manière les utilisateurs pendant leur travail et cette exigence basique explique pourquoi la mise en œuvre opérationnelle est assez sophistiquée. En premier lieu, les demandes soumises au server central sont subdivisées en tâches élémentaires. Ce sont alors les micro-ordinateurs individuels qui s'emparent de ces dernières en cas de temps mort sur la GPU. Un module dédié gère enfin les erreurs : extinction, perte de connexion…

Dans une organisation de la taille d'Apple, les équipements des employés représentent une réserve d'infrastructure colossale qui, mise à profit à bon escient, soulage des problèmes apparemment insolubles. En l'occurrence, au-delà des investissements qui peuvent de la sorte être retardés, l'entreprise se vante d'avoir réduit l'attente pour les calculs concernés à quelques minutes, d'effacer entièrement sa facture de nouveaux matériels (pour l'instant)… et d'offrir une adaptabilité native aux variations de charge.

Pour autant que je puisse en juger, l'article de recherche d'Apple se limite à une description théorique, sans aucun détail d'implémentation. On attend maintenant que le dispositif soit distribué au reste du monde – commercialement ou pas – de manière à non seulement libérer d'autres entreprises de leurs difficultés d'approvisionnement mais également diminuer un tant soit peu l'empreinte environnementale de l'intelligence artificielle, grâce à la réutilisation efficiente de composants disponibles.

Apple Minions

10 tendances technologiques pour l'IA

Gartner
Après sa liste de prédictions il y a quelques semaines, Gartner sacrifie à une autre de ses traditions avec sa sélection de 10 tendances technologiques pour les années qui viennent, à travers laquelle elle confirme une fois encore sa réorientation éditoriale puisqu'elle se consacre exclusivement à la thématique de l'intelligence artificielle.

Alors que les entreprises restent généralement sur la réserve vis-à-vis de l'IA générative, leurs projets ne produisant pas le retour sur investissement initialement attendu, le cabinet se projette déjà sur les prochaines générations de solutions. Comme toujours, l'exercice donne une certaine impression de futilité, tant il semble éloigné des préoccupations des responsables informatiques, souvent focalisées sur le court terme, mais il leur procure tout de même une boussole intéressante afin de préparer l'avenir.

Dans ce sens, les trois grandes catégories dans lesquelles se répartissent les propositions des analystes répondent directement à des problématiques existantes ou en passe d'émerger et qui sont ou deviendront bientôt les casse-têtes à résoudre pour une exploitation sereine des outils tellement prometteurs, qu'il s'agisse de dépasser les limitations des modèles actuels, d'encadrer les compétences des agents ou encore de faire face à une transformation radicale des structures du système d'information.

Dans la première catégorie, et dans l'ordre chronologique du futurisme, il faudra compter sous peu avec des capacités de raisonnement conversationnel, à même d'intégrer le contexte et les intentions dans les échanges, puis avec une modélisation des dimensions physiques d'espace et de temps (et, donc, de causalité) pour des prédictions rationalisées et, enfin, d'approches quantitatives permettant de s'affranchir des approximations et autres dérives des systèmes probabilistes optimisés pour le langage.

Gartner – Top 10 Strategic Technology Trends 2027

Concernant les agents, la première urgence, largement identifiée dans les firmes, concernera les garde-fous requis dans la programmation informatique, assurant la validation automatique des artefacts générés sur un des cas d'usages les plus populaires, dont, hélas, le besoin de contrôle humain annihile aujourd'hui les bénéfices de productivité. Le déploiement de plates-formes dédiées aux contextes est un autre axe prioritaire, ne serait-ce que pour la maîtrise des risques (de sécurité, de surcoûts…).

L'identité des agents représente un autre défi majeur, surtout dans les nombreuses organisations où les exigences en la matière sur toutes les interfaces entre machines, même via de simples API, ne sont pas toujours correctement prises en charge ou, a minima, pas avec une maturité suffisante. À une échéance plus lointaine, on peut espérer que les questions de cybersécurité pourront aussi être confiées à des outils autonomes de bout en bout, de la détection à la correction des vulnérabilités.

Dans le dernier domaine, il est question d'architecture d'entreprise entre les velléités de souveraineté, à la fois géographique (ou géopolitique) et vis-à-vis de fournisseurs de solutions propriétaires, et de renversement des pratiques historiques avec la prolifération d'applications jetables. Les enjeux sont particulièrement critiques en raison non seulement de la révolution qui se prépare mais également de la disparition insidieuse des expertises nécessaires au maintien de la cohérence des SI dans bien des firmes.

Je m'inquiète de voir Gartner se concentrer uniquement sur l'intelligence artificielle et, avec son influence dans les grands groupes, continuer de la sorte à persuader les dirigeants qu'elle constitue l'alpha et l'omega de leur stratégie, voire qu'elle offre la réponse à toutes leurs difficultés. C'est pourquoi je suggère de prendre du recul sur ces tendances et à en considérer les impacts sur leur situation actuelle. Le conseil devrait prendre tout son relief sur, entre autres, la gestion d'identité ou l'architecture, sur lesquelles des chantiers de remise à niveau seraient souvent indispensables, indépendamment de l'IA (qui fournit toutefois un excellent prétexte à leur lancement).

U.S. Bank facilite encore la mobilité bancaire

U.S. Bank
Dans sa bataille permanente pour la relation bancaire primaire de ses clients, U.S. Bank a récemment introduit une capacité inédite (?) de migration automatique des paiements récurrents vers ses cartes de débit ou de crédit, qui vient compléter son initiative précédente destinée à simplifier la domiciliation du salaire sur un nouveau compte.

Élaborée avec le même partenaire spécialisé (Atomic) que cette dernière, la nouvelle option permet aux clients de l'établissement qui le souhaitent de rapatrier rapidement la plupart de leurs abonnements (plates-formes de vidéo, jeux, services en ligne…) et autres règlements de factures périodiques (téléphonie, électricité, eau…) – selon l'éligibilité du fournisseur correspondant – depuis l'espace dédié de leur application mobile, sans requérir une visite du site web de chacune des entreprises concernées.

Le concept vise évidemment en priorité à encourager les consommateurs à transférer leurs opérations principales vers U.S. Bank, qu'ils s'inscrivent dans une démarche d'ouverture de compte ou bien qu'ils en possèdent déjà un à titre de complément à leur banque habituelle. Dans cette logique, il peut également faire valoir un autre avantage susceptible d'intéresser les personnes en délicatesse avec leur budget, surtout en cette période de pouvoir d'achat en berne : son module de suivi des paiements récurrents.

Celui-ci, certes moins original, constitue néanmoins un outil indispensable pour une bonne maîtrise de sa situation financière. Il permet en effet de disposer d'une vue permanente sur les dépenses qui, parce qu'elles sont exécutées sans intervention manuelle, tendent à être oubliées… et finissent par s'accumuler. Les remettre en avant de la sorte offre un moyen de reprendre le contrôle, sans compter les alertes émises quand un montant subit une augmentation ou quand un prélèvement imprévu survient.

U.S. Bank – Payment Switching

Depuis des années, la mobilité bancaire représente un enjeu majeur, pour les régulateurs qui rêvent d'exacerber la concurrence entre les acteurs comme pour les institutions financières qui aimeraient conquérir plus de clients dans un marché largement saturé (mais qui, pour beaucoup d'entre elles, profitent de l'inertie généralisée). Or le principal problème qui se pose aux candidats est celui des impacts d'un changement de compte sur une myriade de paramètres de la vie courante, dont la modification est une corvée que nul ne peut envisager sereinement.

Le mécanisme instauré par les autorités britanniques en 2013, qui, grâce à un registre centralisé des transitions, autorise un report transparent vers un nouveau compte des transactions émises sur un plus ancien, avait réussi, à l'époque, à faire bouger les taux de transfert, mais jamais dans des proportions importantes, peut-être parce que le système n'était pas exhaustif (notamment par rapport aux cartes). L'approche retenue par U.S. Bank – dont il me faut rappeler qu'elle est également distribuée par Mastercard, apparemment sans grand succès – se montrera-t-elle plus efficace ?

Qui a dit que l'IA détruisait des emplois ?

Bank of America
Pour les responsables de grandes entreprises, l'intelligence artificielle équivaut à une promesse de gains de productivité et, même s'ils ne le disent pas tout haut, de réduction des effectifs. Mais, dans le même temps, elle peut aussi déclencher des besoins de recrutement inédits, comme le révèlent les mésaventures de Bank of America.

Vous vous souvenez certainement du lancement par Anthropic, en avril dernier, de Claude Mythos, capable de détecter les failles de sécurité les plus obscures des systèmes informatiques, au point que sa distribution reste restreinte à des organisations dûment contrôlées. Selon son directeur général, après en avoir obtenu l'accès, Bank of America a mis en œuvre un plan d'urgence afin de corriger les problèmes identifiés.

Ne pouvant se permettre de laisser des portes ouvertes à d'éventuelles cyberattaques, l'établissement a fait appel, depuis le deuxième trimestre, à un millier de prestataires en renfort de ses équipes, déjà fortes de 3 000 personnes, dans le but de confirmer la réalité des défauts exposés par l'outil puis leur apporter une solution dans les meilleurs délais. Il sont encore en poste aujourd'hui et le coût se chiffre en millions.

En marge du sujet principal, cette histoire montre hélas (mais sans surprise) que, en dépit de déclarations rassurantes sur les niveaux de sécurité en vigueur dans le secteur financier, les institutions sont loin d'être infaillibles et sont susceptibles d'être attaquées à tout moment. L'arrivée de l'intelligence artificielle pour diminuer la surface de risques constitue incontestablement une excellente nouvelle, selon cette perspective.

Plus intéressante, donc, est cette inflation massive de travail humain qu'impose soudain l'introduction d'une solution perçue a priori comme porteuse d'économies, surtout dans ses utilisations actuelles. Pour Brian Moynihan (CEO de Bank of America), qui doit évidemment justifier son impact auprès des investisseurs, la situation serait temporaire et la facture devrait baisser au fur et à mesure du colmatage des failles en cours.

Anthropic – Claude Mythos

Est-ce vraiment réaliste ? Certes, le nombre d'erreurs dans les logiciels déployés va automatiquement décroître, bien que pas obligatoirement à l'allure imaginée initialement. En effet, les interventions exécutées dans la précipitation, notamment par des individus qui ne possèdent pas l'historique de l'entreprise et n'ont pas le temps de l'acquérir, amènent inévitablement leur lot d'anomalies, relevant ou non de la sécurité.

Cependant, l'informatique des grands groupes est en passe d'entrer dans une nouvelle ère de génération continue d'applications, par l'IA, bien sûr, dans les départements informatiques et, de plus en plus, ailleurs. Outre les difficultés de maîtrise du patrimoine qu'elle entraînera, cette révolution provoquera aussi une démultiplication des risques de cybersécurité, d'autant que les robots actuels ne sont pas très mûrs en la matière.

Pour l'instant et pour une certaine durée, il faudra donc continuer à entretenir une armada de spécialistes humains auxquels sera confiée la tâche, non plus d'éradiquer les défauts accumulés pendant des décennies d'expansion du système d'information, mais de vérifier le travail de l'intelligence artificielle et de combler ses lacunes au fil de ses développements, car, dans la banque, l'inviolabilité absolue reste un impératif qui ne peut pas, à ce stade, être confié à des machines sans une supervision permanente.

Mastercard Max, pour stimuler l'usage de la carte

Mastercard
Mastercard propose depuis peu aux émetteurs d'intégrer dans leurs applications un assistant conversationnel – à base d'intelligence artificielle, naturellement – afin d'aider les porteurs de carte à mieux profiter des avantages accompagnant celle-ci. L'objectif consiste surtout à relancer l'intérêt pour un argument commercial qui s'essouffle.

Traditionnellement, les consommateurs peuvent se laisser tenter par les offres alléchantes que les banques mettent en avant sur les différents supports qu'elles distribuent, notamment en Amérique du Nord où les cartes de crédit sont assorties de cagnottes ou du remboursement d'une fraction des dépenses dans des catégories prédéterminées. Mais l'attraction initiale s'estompe souvent très vite avec l'habitude de bénéficier de ces bonus ou, au contraire, avec l'oubli des promotions disponibles.

Mastercard Max veut donc remédier à ce défaut. Pour ce faire, une fois activé par le client, il détecte automatiquement les achats pour lesquels il est susceptible d'émettre des recommandations appropriées. Le cas classique est celui d'une commande pour un voyage : il est alors capable de rappeler au moment opportun les différentes possibilités d'être récompensé, dont les restaurants, escapades, divertissements… à découvrir sur le lieu de destination, les salons accessibles dans les aéroports visités…

La promesse sous-jacente résonnera indubitablement auprès des institutions financières puisqu'elle porte sur la satisfaction et la fidélité des utilisateurs, qui, outre la sorte de conseil contextuel et personnalisé que fournit le service – évolutif dans le temps et avec l'approfondissement progressif de la connaissance de leurs préférences –, se voient constamment rappeler les petits plus que leur procure leur carte… en comparaison, potentiellement, des autres qui occupent une place dans leur portefeuille.

Mastercard Max

Cependant, derrière ces discours orientés vers les usagers, la préoccupation principale de Mastercard et, dans une large mesure, de ses établissements partenaires est d'abord mercantile. Dans cette perspective, l'assistant a pour mission de stimuler le recours à la carte, de manière à développer le volume d'activité de paiement. Dans ce but, l'entreprise n'hésite pas à mettre en place un système qui va capturer une masse d'information supplémentaire sur les comportements des porteurs de ses instruments.

Dans un marché qui remet en cause le niveau des commissions sur les transactions, cet ajout représente aussi un critère de justification vis-à-vis des commerçants. En fait, la démarche dans son ensemble ressemble à une tentative de redonner un élan aux pratiques marketing qui entourent la carte de crédit depuis sa naissance et dont la banalisation tend à les dévaloriser. Mais les consommateurs continueront-ils à être séduits par des offres de plus en plus intrusives envers leur vie privée ?

En marge de ces considérations, je note dans l'annonce de Mastercard une nouveauté qui est vraisemblablement appelée à se généraliser. Son assistant virtuel étant conçu pour une intégration dans les applications web et mobile des banques, il est mis à disposition de ces dernières sous la forme d'un kit de développement (via API), de composants web prêts à l'emploi… et d'interfaces inter-agentiques pour une utilisation transparente depuis les plates-formes d'IA qu'elles auraient elles-mêmes déployées.

Nationwide contre les violences domestiques

Nationwide
Depuis 2024, Nationwide offre à tou(te)s les britanniques victimes de violences domestiques des espaces de sécurité dans ses près de 500 agences réparties sur le territoire. Elle complète maintenant ce dispositif avec une option en ligne destinée à orienter les personnes concernées vers les services susceptibles de leur fournir assistance.

Que ce soit par confort d'une recherche d'aide via le web ou par impossibilité pratique de se rendre dans un de ses « safe spaces » (y compris en raison de leur éloignement), celles et ceux qui se trouvent dans une situation d'abus peuvent désormais compter sur le site de Nationwide, qu'elles ou ils en soient client(e)s ou non (bien que, dans ce dernier cas, la visite d'un site bancaire ne constitue probablement pas le premier réflexe), afin d'obtenir des informations sur quelques solutions de support.

La section consacrée au sujet, vers laquelle un lien est présent au bas de toutes les pages web de l'établissement, est conçue en prenant soigneusement en compte le contexte particulier de ses utilisateurs. Ainsi, afin d'assurer le maximum de discrétion vis-à-vis de leur entourage, son accès reste totalement invisible de l'historique de navigation et il est possible de la quitter en urgence, d'un seul geste (un clic sur un grand bouton ou un appui sur la touche d'échappement du PC), auquel cas la session est transférée automatiquement vers une application neutre (de météo, en l'occurrence).

Nationwide – Supporting You

L'initiative prolongée de Nationwide répond à un enjeu national (qui n'est malheureusement pas exclusif au Royaume-Uni), considérant qu'une estimation fait état de quelques 3,8 millions d'adultes ayant subi une forme ou une autre de violence domestique sur 12 mois. L'institution justifie par ailleurs son implication directe sur ce thème par le fait que, selon ses propres recherches, environ un quart des victimes vivent des abus financiers et plus de la moitié ne disposent pas de leur argent librement.

Cependant, au-delà de l'aspect philanthropique de la démarche face à un phénomène sociétal tragique, la banque a trouvé là une cause à travers laquelle elle peut mettre en exergue son engagement pour la communauté, au cœur de son modèle mutualiste. À l'heure où la plupart de ses consœurs, notamment en France, tendent à se fondre dans la masse commerciale de l'industrie de la finance, ce genre de services lui permet de redonner son sens à l'esprit coopératif dont elle est l'émanation historique.

Qui l'eût cru ? Le conseil financier laisse à désirer

ACPR
Dans le cadre de leur collaboration, les deux principaux régulateurs financiers de l'hexagone, ACPR et AMF, présentent une synthèse de leurs constats sur les pratiques commerciales des établissements qu'ils supervisent, élaborée à partir des résultats d'une soixantaine de contrôles réalisés entre 2020 et 2024 (ce qui paraît bien peu !).

La démarche s'inscrit dans les travaux engagés afin de renforcer les exigences de protection des consommateurs telles qu'elles sont portées par les directives européennes. À ce titre, elle concerne seulement la distribution d'instruments financiers et d'assurance-vie, qui, certes, avec le crédit, font effectivement partie des domaines les plus sensibles du secteur… d'autant qu'ils comptent aussi parmi les plus exposés aux escroqueries et qu'il est donc important de veiller à la qualité des offres légitimes.

Les conclusions de ce chantier ne réservent aucune surprise. En particulier, les deux organismes pointent du doigt l'abus fréquent de standardisation dans les approches de « certains » acteurs, à la fois au niveau de la définition des produits (dont, plus spécifiquement, les audiences auxquelles ils s'adressent) et dans le conseil qui accompagne la vente, qui manque de personnalisation jusqu'à parfois aboutir à des préconisations qui vont à l'encontre des besoins réels (exprimés ou non).

Le diagnostic que font les auteurs de ces défaillances révèle qu'elles tirent leur origine d'insuffisances dans la collecte d'informations auprès des demandeurs. C'est hélas une évidence : dans de nombreux cas, les critères déterminants pour, par exemple, la sélection de supports d'investissement se limitent aux réponses aux questionnaires de sensibilité aux risques, eux-mêmes souvent conçus dans un but exclusif de conformité réglementaire et sans grande préoccupation pour l'exploration des attentes du client.

Contrôle ACPR - AMF

Depuis des années, les « conseillers » se sont transformés en vendeurs, maîtrisant chacun l'argumentaire d'une petite sélection de produits qu'ils ont l'habitude de présenter (à l'extrême, il ne reste que les livrets à taux fixe et l'assurance-vie : faites le test). Ils recommandent alors ceux-là à l'emporte-pièce, sans prendre le temps de comprendre leur interlocuteur, faute, notamment, de support opérationnel – depuis la formation jusqu'aux outils d'assistance – dans cette phase pourtant critique de la relation.

Face à cette tendance inquiétante et malgré leurs discours, les autorités européennes prennent du retard, au risque de laisser les citoyens se tourner vers d'autres sources susceptibles de leur fournir des préconisations mieux adaptées à leur situation, réellement ou en apparence, et donc de laisser émerger et proliférer de nouveaux dangers. Sans qu'elle soit parfaite, la notion de « consumer duty » imposée au Royaume-Uni depuis quelques années montre la voie vers une solution appropriée.

Nouvelle offensive contre la banque ouverte

J.P. Morgan Chase
On croyait que la bataille de la finance ouverte était terminée, avec un consensus autour du déploiement d'interfaces standardisées et sécurisées. Voilà que les agents intelligents viennent remettre tout en cause ! Les banques américaines commencent en effet à leur interdire plus ou moins strictement l'accès aux comptes de leurs clients.

Jamie Dimon, directeur général de JPMorgan Chase, était un des premiers à s'exprimer publiquement sur le sujet, au cours d'une récente conférence avec les analystes. Et les arguments qu'il brandit rappellent étrangement ceux qu'on entendait il y a encore quelques années face aux entreprises qui voulaient proposer des services à valeur ajoutée aux consommateurs et aux entreprises moyennant une connexion à leurs comptes. Hélas, le compromis trouvé alors semble désormais devenu caduc.

Les craintes pour la sécurité de l'argent et des données confidentielles des clients, mais aussi de la banque elle-même, reviennent donc au premier plan du débat. Et la réponse est identique à celle d'autrefois : des mécanismes de protection sont mis en place afin d'empêcher les robots d'entrer dans les systèmes ou, pour les établissements les moins radicaux, de leur refuser toute possibilité d'exécuter des mouvements de fonds (mais, si on lit entre les lignes, en leur accordant tout de même des droits de consultation).

Si elle n'était pas aussi pathétique, cette réaction prêterait à sourire. Il faut se souvenir que les tentatives de blocage des outils de capture de données des pionniers de l'agrégation de compte ont toujours fini par montrer leur inefficacité. Comment les mêmes méthodes peuvent-elles aujourd'hui rivaliser avec des intelligences artificielles dont l'actualité nous relate chaque jour les exploits et son habileté à contourner les obstacles dressés devant elle dans l'exécution des tâches qui lui sont confiées ?

En revanche, je reconnais qu'il existe un vrai problème de fond concernant les risques d'interactions incontrôlées entre les agents IA et les comptes de leurs utilisateurs. Les institutions financières peuvent légitimement s'inquiéter de leur responsabilité en cas d'agissement indésirable. Il devient indispensable de définir des règles claires, relevant notamment de la validation d'intention, partagées en toute transparence avec les clients, en s'assurant que ces derniers les comprennent et les acceptent sans réserves.

Au lieu de perdre de l'énergie à essayer vainement de rejeter les accès à leurs applications par des agents IA, qui risquent aussi de perturber des demandes régulières par excès de zèle, les banques devraient surtout se pencher d'urgence sur les moyens d'accommoder les besoins émergents. La délégation de pouvoir à l'intelligence artificielle n'en est qu'à ses prémices, elle va rapidement prendre de l'ampleur sans aucune possibilité de la stopper, et il est futile d'imaginer que ceux qui y ont recours accepteront sans broncher de se voir fermer les portes de leurs comptes.

Banque en Ligne

Dernières opportunités sur l'identité digitale

ABN AMRO
Près de deux décennies après les premiers projets sérieux de création de solutions d'identité « digitale » adaptées à l'ère numérique et tandis que se rapprochent les échéances de mise en œuvre de la réglementation européenne en la matière (eIDAS), un consortium essentiellement bancaire propose son produit au marché néerlandais.

La relation entre l'industrie financière et la gestion d'identité est une longue histoire. Compte tenu des fortes exigences de contrôle naturellement impliquées par leurs métiers et des procédures mises en place depuis toujours afin de les garantir, les banques montrent depuis longtemps des velléités récurrentes d'offrir des outils conçus pour la vie en ligne, désormais généralisée. Pourtant, hormis quelques exceptions, la plupart ont reculé devant les responsabilités qu'entrainaient de tels projets.

C'est ainsi que, parmi les candidats déclarés pour le déploiement de la vision européenne, rares sont les banques participantes (sauf en Belgique avec ItsMe), bon nombre d'initiatives étant portées par des organismes gouvernementaux ou assimilés. Les opportunités restent malgré tout attractives, raison pour laquelle, au Pays-Bas, où, apparemment, les efforts d'équipement sont encore embryonnaires, quatre groupes financiers se sont rassemblés (avec KPN et Deloitte) pour développer leur « wallet ».

Baptisé « MyCheck », ce portefeuille virtuel prend (évidemment) en charge toutes les fonctions prévues dans la législation eIDAS 2, dont, principalement, la vérification d'identité vis-à-vis des administrations et entreprises conformes, l'identification et l'authentification accélérées dans les applications en ligne, le partage d'information éclairé (avec autorisation sur les données explicitement demandées) et limité (par exemple sur un seuil d'âge, sans divulguer celui-ci), la signature électronique.

MyCheck

Les membres fondateurs se déclarent prêts à accueillir d'autres firmes – et plusieurs commencent à répondre à l'appel – au sein de leur coalition afin, vraisemblablement, d'en étendre l'audience et la notoriété, critères essentiels d'acceptation, autant par les consommateurs que par les structures susceptibles de l'intégrer dans leurs processus. En parallèle, dans la perspective de faire reconnaître « MyCheck » au niveau national, ils appellent le gouvernement – qui, par ailleurs, encourage les expérimentations dans le domaine – à collaborer à son implémentation, présentée comme stratégique.

Les années ont passé et l'intérêt de l'industrie bancaire pour la gestion des identités demeurent intactes, le seul nouveau paramètre étant la réglementation et la perspective qu'elle ouvre d'un mise en œuvre qui lui échappe. Celle-ci tend à lever les réticences antérieures au vu des bénéfices potentiels, de fidélisation de la clientèle et, surtout, d'une source de revenus additionnelle (en dépit de la gratuité promise pour les citoyens et les administrations, le secteur privé représente un marché juteux). Dans les pays où les jeux eIDAS sont déjà faits, les banques finiront peut-être par regretter leur inertie.

Barclays adapte son offre aux entrepreneurs

Barclays
Contrairement à certaines banques qui croient trouver des solutions magiques à leurs déficiences historiques grâce à l'intelligence artificielle, Barclays facilite désormais l'accès des entrepreneurs au crédit hypothécaire, simplement en prenant mieux en compte la performance de leur société dans l'évaluation de leur fiabilité.

Alors que le Royaume-Uni compte aujourd'hui plus de 5 millions de compagnies – « limited », un peu l'équivalent des SARL françaises – enregistrées, il était temps de penser à leurs dirigeants et autres propriétaires ! La nouvelle offre, qui s'adresse donc à ces derniers, dès lors qu'ils détiennent au moins la moitié de leur firme, intègre maintenant dans ses critères d'éligibilité au prêt non seulement leur salaire mais également le bénéfice après impôt de cette dernière en proportion de leurs parts.

L'ajout est assorti d'une autre limitation, à savoir qu'il n'est retenu qu'à partir d'un seuil donné de revenus (totaux), relativement élevé puisqu'il est de 75 000 livres pour un emprunteur individuel et 100 000 livres pour une demande avec un co-emprunteur. Toujours est-il que l'initiative permettra à un nombre important de personnes de faire valoir un complément de rémunération, non versé mais bien réel, lors du dépôt de leur dossier, plus représentatif que les dividendes (qu'il remplace, le cas échéant).

Naturellement, comme dans tous les cas où les banques ajustent leurs pratiques de sélection à des non salariés, dont les rentrées d'argent sont, par essence, variables et imprévisibles, les règles mises en place reflètent une approche extrêmement prudente, qui peut paraître exagérée. Les restrictions imposées par Barclays s'inscrivent dans ce contexte et il est également facile d'imaginer que, sans qu'aucun détail ne soit fourni en la matière, les profits inclus dans les calculs sont pondérés sur plusieurs exercices.

Barclays – Mortgage Access

Les méthodes sont diverses selon les cultures et les habitudes, mais la démarche de l'établissement britannique constitue le dernier exemple en date d'une longue lignée de projets menés par ses alter ego dans le monde entier afin de répondre à la transformation sociétale en cours, qui voit les entrepreneurs devenir rapidement une classe de population nombreuse et incontournable (mais aussi hétéroclite, soit dit en passant), pour laquelle la plupart des produits existants ne sont pas conçus.

Une course est donc engagée, d'abord autour des solutions dont les entreprises que ces individus fondent et dirigent ont besoin. Le développement de modèles de banque pour les professionnels depuis quelques années en est l'écho direct. Cette première phase étant dorénavant (plus ou moins) en cours de stabilisation, la prochaine étape consiste à appréhender les attentes des personnes qui se cachent derrière ces structures et sont à ce jour ignorées par les processus traditionnels des banques. Et il y a fort à faire !

L'IA aide à réinventer l'eau tiède

Fifth Third Bank
L'américaine Fifth Third Bank est fière de clamer que, grâce à l'intelligence artificielle, elle est désormais capable d'améliorer ses évaluations de la capacité de remboursement de ses clients et, par conséquent, d'élargir sa base de clientèle éligible au crédit. Et rattrape ainsi plus d'une décennie de retard… avec une approche discutable.

Concrètement, selon la relation que fait l'article de FinAI d'une intervention en conférence, un responsable de l'établissement se réjouit de débloquer quelques 2 à 3 milliards de dollars de prêts potentiels supplémentaires avec un système d'analyse de la fiabilité financière des demandeurs portant sur des données jusqu'alors difficiles à exploiter. Et, à l'en croire, voilà encore un succès retentissant pour l'IA, en complément des gains d'efficacité qu'elle génère déjà dans les processus de décision.

Dans un pays où le critère principal et presque exclusif qui détermine l'accord ou le refus est le score de crédit, tel qu'il est fourni par les agences spécialisés, il n'est guère surprenant que le recours à d'autres facteurs soit susceptible de changer significativement le périmètre d'audience adressable, ne serait-ce qu'en raison du nombre toujours plus important de personnes qui, faute d'entrer dans le système bancaire traditionnel, sont aujourd'hui plus ou moins invisibles ou a minima dévaluées.

En fait, l'idée est tellement évidente, depuis que les technologies ont permis la capture et l'enregistrement électronique d'information à une échelle industrielle, qu'elle n'a pas attendu l'avènement de l'intelligence artificielle pour se développer. Je peux prendre l'exemple pionnier, parmi d'autres, de Lenddo et son score social, dès 2011, mais les illustrations les plus flagrantes sont les services à valeur ajoutée proposés par presque tous les acteurs de l'agrégation de comptes et dont l'usage est généralisé.

Certes, il n'est jamais trop tard pour corriger ses lacunes. Encore faut-il procéder rationnellement, sans se laisser divertir par les paillettes de la nouveauté. Car il semble non seulement regrettable que Fifth Third explore les opportunités de l'IA pour redécouvrir une possibilité qu'elle avait sous les yeux depuis belle lurette mais, en outre, elle ne constitue pas nécessairement une réponse appropriée à une problématique dont les antécédents démontrent qu'elle supporte des solutions relativement simples.

En effet, les modèles déterministes de science des données des années 2010 suffisent vraisemblablement à comprendre les comportements des consommateurs à partir d'informations telles que leur historique d'opérations et, de la sorte, à estimer leur risque de crédit. A contrario, l'intelligence artificielle impose ses contraintes spécifiques – de contrôle des dérives, voire des hallucinations, d'explicabilité, de coûts de mise en œuvre et d'exploitation… – pour des bénéfices additionnels qui resteraient à quantifier.

La leçon à tirer de cette initiative n'est plus originale mais l'actualité prouve qu'elle est encore mal ancrée dans les organisations : évitez impérativement de lancer des projets IA – c'est-à-dire dont elle est la justification – mais partez d'un besoin – celui qui définit le projet – et recherchez ensuite les technologies les plus adaptées afin d'y répondre.

Welcome to Fifth Third Bank

Capsafa, coffre-fort virtuel du patrimoine

Capsafa
À l'ère analogique, le suivi de ses affaires financières personnelles était simple : un dossier destiné à ranger tous les documents et le tour était joué. Aujourd'hui, tous les supports sont virtualisés et accessibles en ligne… mais éparpillés aux quatre coins du web. Alors Capsafa propose une solution pour remettre de l'ordre dans cette pagaille.

Le courtier qui en est à l'origine est régulièrement confronté au même problème avec ses clients : ils connaissent leur situation et savent qu'ils peuvent accéder à leurs comptes mais, lorsqu'il leur faut produire des relevés, des justificatifs…, ils perdent un temps absurde à les retrouver et les rassembler. Et puis, quand survient l'inévitable, ce sont les conjoints et les enfants qui héritent des complications, potentiellement démultipliées, par exemple par ignorance de l'ensemble des contrats existants.

À ces tracas, Capsafa apporte une réponse simple (et gratuite) sous la forme d'un coffre-fort digital dans lequel vous pouvez déposer facilement, rapidement et en totale sécurité toutes les informations indispensables à la gestion de vos finances, avec le parti-pris, original, de non seulement laisser le choix à chacun de ce qu'il souhaite effectivement conserver dans son espace privé mais également de limiter à l'essentiel, par design, les éléments enregistrés par rapport à l'objectif visé d'accès sans effort.

Ainsi, il n'est pas question d'autoriser la moindre connexion aux comptes bancaires (ou autres) ni même de consigner leurs références complètes. L'utilisateur est d'abord invité à spécifier dans des notes où les différentes données utiles sont disponibles et, seulement s'il en ressent le besoin, de télécharger des documents (notamment ceux qu'il ne possède qu'en version physique, pour archivage). Il peut en outre associer à chaque item une date de rappel afin d'être notifié d'éventuelles actions à exécuter.

Capsafa

Une fois équipé, le consommateur n'est plus jamais pris au dépourvu lorsque son interlocuteur lui réclame une information : un coup d'œil dans son coffre-fort et il sait immédiatement où trouver ses titres de propriété, papiers d'identité et autres pièces légales, ses intermédiaires financiers et la localisation de leurs comptes en ligne, ses contrats d'assurance… D'autre part, la possibilité de désigner des délégataires, avec des droits ajustables, permet de parer aux difficultés d'une disparition non anticipée.

Capsafa promet de maintenir la gratuité de ce cœur d'offre pour le grand public et envisage de développer un modèle commercial d'une part en lui ajoutant des services premium (payants) et, d'autre part, à travers des collaborations avec des acteurs de l'industrie – courtiers de crédit, conseillers en patrimoine… – qui seraient intéressés par sa distribution auprès de leur clientèle. Le principe pourrait inspirer des établissements soucieux de fournir à leur audience un outil facile à prendre en main, constituant un premier pas – de recensement – vers le pilotage des finances personnelles.

Arkéa crée une vigie de cybersécurité

Crédit Mutuel Arkéa
À l'occasion de la première édition de la conférence Bank Acceleration organisée le 8 octobre par l'Agefi, le Crédit Mutuel Arkéa était récompensé pour une initiative originale, visant à fournir à ses dirigeants un outil pratique et opérationnel afin de mieux maîtriser ses enjeux de cybersécurité, critiques dans l'époque contemporaine.

Aujourd'hui, avec la médiatisation permanente (et anxiogène) du sujet, les institutions financières – qui sont en première ligne des offensives – n'ont plus vraiment besoin d'être sensibilisées aux menaces qui pèsent sur leurs infrastructures numériques. En revanche, elles manquent encore, en général, de moyens concrets de rationaliser leurs approches et de vérifier objectivement leur niveau de préparation à grande échelle, ce qui limite leur capacité à focaliser efficacement leurs efforts de défense.

Avec son Indice de Menace Cyber (IMC), conçu et déployé par les équipes de gestion des données, le Crédit Mutuel Arkéa vise donc à combler ce déficit chronique. Élaboré sur les mêmes principes qu'une méthode reconnue d'évaluation des risques génériques (FAIR), il exploite les informations élémentaires issues du terrain afin de restituer une vision synthétique et claire de la situation de la banque à tout moment. Il procure ainsi aux responsables un socle opérationnel pour anticiper et prévenir le danger.

Arkéa – Indice de Menace Cyber

La démarche se veut pragmatique : il n'est pas question de produire un énième tableau de bord déposé sur les bureaux de la direction générale et aussitôt oublié. L'IMC est imaginé comme un instrument de pilotage, visuel, pour en faciliter la lecture – y compris au plus haut niveau de la hiérarchie, de manière à maintenir la continuité de l'engagement –, basé sur des données mesurables, dans le but de garantir sa fiabilité, et « actionnable », pour accélérer la mise en œuvre des adaptations nécessaires.

Aussi anodine que paraisse l'initiative, elle possède un intérêt stratégique indéniable dans un contexte d'évolution ininterrompue des risques et des usages. Il semble en effet critique pour les organisations de mettre en place une vigie capable de déclencher des alertes et suggérer des actions correctives au fur et à mesure de l'apparition de nouvelles cybermenaces (par exemple des failles de sécurité détectées récemment ou des formes de fraudes émergentes) et de l'implémentation de nouvelles technologies (les modèles d'intelligence artificielle viennent immédiatement à l'esprit).

Un contrat d'assurance n'est pas immuable

Flitter
Le directeur général de la jeune pousse de l'assurance automobile Flitter, expliquait fièrement il y a peu que ses clients ont la possibilité de modifier les garanties de leur contrat à tout moment, notamment en vue de les adapter au vieillissement de leur véhicule. Une évidence fréquemment oubliée ou négligée… dans de nombreux contextes.

Alors que l'âge moyen du parc en circulation est en progression, le cas évoqué résonnera avec l'expérience des conducteurs. S'ils assument sans hésitation le surcoût d'une couverture des dommages sur tous les accidents lorsque leur voiture est neuve, elle perd progressivement de son sens au fur et à mesure de sa dépréciation. Dans ces circonstances, il paraît logique de leur proposer un ajustement des conditions sans complication administrative, en quelques clics dans l'application dédiée.

Notons d'emblée que le choix d'offrir cette faculté aux clients est probablement judicieux d'un point de vue économique, aussi contre-intuitive que l'idée puisse paraître. En effet, la réaction immédiate se focalisera sur la perte de revenus qu'engendre une réduction des garanties (et des primes associées). Elle est certainement à l'origine des réticences de certains acteurs à rendre le changement trop facile. Mais quelle est l'alternative pour la personne qui souhaite faire baisser sa facture ? Si son assureur ne lui apporte pas une réponse simple et rapide, elle risque de se reporter vers la concurrence.

En revanche, je pense qu'il faudrait aller plus loin dans le raisonnement. Permettre les évolutions sur le contrat représente un bon début mais cette capacité est regrettablement passive. L'entreprise possède suffisamment d'informations sur son client pour adopter une posture pro-active. Il s'agirait alors de mettre en avant les solutions les plus appropriées aux moments clés de la relation, par exemple quand le véhicule assuré atteint un âge donné… ou quand des difficultés de paiement émergent.

Flitter – Changement de Garanties

Là encore, la perspective de baisse de chiffre d'affaires que laisse imaginer une telle approche (en suggérant de l'enterrer derechef) est vraisemblablement compensée non seulement par le surcroît de confiance et de fidélité qu'entraîne presque automatiquement l'attention aux attentes des consommateurs mais encore par l'applicabilité du même mécanisme pour suggérer, quand le contexte est propice, la souscription de garanties supplémentaires ou, plus généralement, capitaliser sur ces opportunités de contact avec des opérations susceptibles de stimuler les ventes.

Naturellement, ces principes ne sont pas réservés à l'automobile ; au contraire, tous les domaines de l'assurance devraient s'en inspirer. L'objet des couvertures – de l'appareil électronique jusqu'à la santé, en passant par l'habitation et bien d'autres – se transforme avec le temps. Or les compagnies se préoccupent très rarement de ces changements et elles sont encore moins enclines à mettre en place les moyens de les détecter afin d'y réagir pro-activement. Voilà un service que leurs clients apprécieraient !

U.S. Bank lance une offre de cyberprotection

U.S. Bank
L'idée de capitaliser sur la confiance des consommateurs en la banque, en tant qu'institution sécurisée, n'est pas récente. Aujourd'hui U.S. Bank la transforme en un nouveau produit commercial, destiné à fournir à ses clients, de plus en plus préoccupés par le sujet, un premier niveau de défense contre les dangers de la cybercriminalité.

Dans le sillage des services de surveillance des informations de crédit (auprès des agences de notation), devenus plus ou moins la norme dans les établissements anglo-saxons, U.S. Bank ajoute au sein de ses applications web et mobile diverses capacités de suivi des risques en matière d'identité et de données personnelles. Ceux-ci font en effet partie des domaines de sécurité les plus sensibles et les plus inquiétants, entre autres en raison de la forte médiatisation des nombreux incidents détectés.

La solution Protect 360 se décompose en deux versions. L'une, gratuite mais qui demande toutefois un enrôlement actif, intègre des options principalement orientée vers le contrôle du score de crédit, y compris à travers la recherche d'informations propagées sur le « dark web » et autres plates-formes de revente de données qui seraient susceptibles de l'affecter. Pour leur élimination, un accompagnement limité est proposé. Dans un registre un peu anecdotique, l'analyse de l'endettement est aussi incluse.

En revanche, dans sa déclinaison « premium », facturée 9,99 dollars par mois, l'offre se positionne clairement sur la protection extensive contre la fraude. Outre les (relativement) classiques alertes sur des dépenses inhabituelles, des déclarations de changement d'adresse, les arnaques en cours, l'observation des réseaux sociaux…, elle couvre les mouvements suspects sur les titres de propriété, le retrait de données divulguées, la restauration et l'indemnisation en cas d'usurpation d'identité…

U.S. Bank Protect 360

La démarche d'U.S. Bank, qui s'inscrit dans la tendance souvent décevante des services extra-bancaires, a cette fois plusieurs facteurs qui jouent en sa faveur. D'une part, elle répond à une vraie attente des clients, même si elle ne s'exprime, implicitement, qu'à travers des craintes d'être victime d'une escroquerie ou autre malversation. D'autre part, les intéressés sont fréquemment démunis face aux menaces : ils sont en permanence bombardés de recommandations de vigilance et de prudence mais il ne savent pas nécessairement vers qui se tourner pour une protection opérationnelle.

Enfin, sur ce dernier plan, la banque occupe une place privilégiée dans l'esprit de ses clients. Perçue, en général, comme un interlocuteur de confiance sur les thématiques de sécurité, elle paraît immédiatement légitime pour offrir son assistance en la matière. D'autre part, la relation étroite qu'entretiennent la plupart des personnes avec leur application bancaire constitue un atout pour des outils à vocation de surveillance, dont les alertes doivent être prises autant au sérieux que celles qui affectent les comptes…

Mastercard déploie le paiement hors ligne

Mastercard
De nos jours, le paiement électronique est devenu une composante critique de notre quotidien et il ne peut plus, en tant que tel, supporter des indisponibilités, à l'instar de celle qui affectait plus de 50 millions de personnes dans la péninsule ibérique en avril 2025. Mastercard déploie donc maintenant en Europe une solution fonctionnant sans réseau.

De plus en plus de consommateurs dans le monde abandonnent les pièces et les billets qui constituaient la base des échanges commerciaux depuis plusieurs siècles et les remplacent par les cartes et autres porte-monnaie mobiles, dont l'acceptation tend vers l'universalité. Nulle part ailleurs que dans les pays nordiques cette révolution s'est-elle imposée, ce qui explique pourquoi Mastercard s'emploie depuis quelques temps déjà à adapter sa technologie au Danemark, en Suède, en Estonie et en Lettonie.

Le principe, éprouvé sur le terrain lors d'une récente tempête (en Lettonie) et d'une interruption partielle de service (au Danemark), consiste à introduire une capacité supplémentaire dans les puces équipant les cartes modernes. Il s'agit « simplement » d'y enregistrer un plafond de paiement local, déterminé par la banque émettrice, que le terminal d'encaissement consulte et actualise lors de l'exécution d'une transaction hors ligne, avant de la transmettre normalement dès que la connexion est rétablie.

Satisfaite du déroulement de ses expérimentations initiales, Mastercard passe dorénavant à la phase de généralisation dans l'UE… qui prendra tout de même quelques années, en raison des contraintes logistiques. En premier lieu, à partir de février prochain, toutes les nouvelles cartes distribuées sur le continent possèderont l'option ad hoc. En parallèle, à compter du mois de mai, les fournisseurs de terminaux devront eux-mêmes être en mesure de prendre en charge le mode déconnecté.

Naturellement, la méthode retenue laisse certains détails dans l'ombre. Je ne m'attarderai pas sur l'obstacle que représente le cas fréquent de la perte d'alimentation électrique pour les appareils qu'exploitent la plupart des commerçants. Peut-être plus gênant, alors que la carte en plastique cède peu à peu la place à sa déclinaison virtuelle sur téléphone (ou tout autre gadget), parfois de manière exclusive (les comptes sans carte physique se répandent), le mécanisme proposé n'est adapté qu'à celle-ci.

La démarche de Mastercard n'en est pas moins bienvenue dans un contexte où les responsables politiques s'inquiètent de résilience des infrastructures essentielles face à diverses menaces. Mais, selon toute vraisemblance et quoique indirectement, le géant américain vise aussi d'autres enjeux… notamment en réponse aux velléités de souveraineté de l'Europe. Sa solution vient en effet combler une lacune qui affecte également les alternatives locales, monnaie « digitale » de banque centrale ou paiement de compte à compte, et maintient de la sorte un avantage concurrentiel indiscutable.

Mastercard

LCL facilite l'emprunt immobilier des freelances

L By LCL Pro
Alors que le statut indépendant poursuit sa progression dans la population française, sans que, hélas, les habitudes du secteur financier ne se soient toujours bien adaptées à cette évolution sociétale profonde, LCL entame un partenariat avec la plate-forme spécialisée Malt afin de faciliter l'accès des freelances au crédit immobilier.

Cette catégorie de travailleurs constitue depuis longtemps un angle mort des banques, dont, en particulier, les outils d'analyse de risque – qui déterminent la décision d'accorder ou non un prêt – sont conçus pour un monde de salariés. Aujourd'hui, entre un million et un million et demi de personnes (selon les estimations) sont sorties de ce modèle en France, dont une immense majorité par choix délibéré et sans intention de revenir en arrière. Il n'est plus possible d'ignorer leur existence et leurs besoins.

Le problème le plus criant concerne, naturellement, l'accession à la propriété, dont le financement requiert en général de justifier d'un niveau de revenu suffisant dans une position stable. Ce dernier critère est celui qui pêche le plus pour ceux qui ne possèdent pas un contrat de travail (à durée indéterminée). En guise d'alignement approximatif avec le standard de l'industrie, ils se retrouvent à devoir justifier d'un chiffre d'affaires significatif, sans creux d'activité marqué, sur une durée de plusieurs années.

LCL s'attaque donc frontalement à cette injustice en exploitant les données dont dispose Malt sur les utilisateurs de ses services – seuls ceux-ci pourront bénéficier de l'offre… mais ils sont tout de même plus de 650 000 – afin d'évaluer leur éligibilité sur des paramètres correspondant à leur profil. Entre autres avantages, un seul bilan suffit alors pour autoriser une étude de dossier de crédit et, en cas d'accord, les débutants pourront obtenir un différé partiel de remboursement pendant les douze premiers mois.

LCL x Malt

Si le dispositif représente pour Malt un moyen de développer sa palette de compétences à l'intention de son audience, au-delà de sa mission originelle de mise en contact des freelances avec des clients, l'enjeu pour la banque est plus critique, puisqu'il s'agit, d'un point de vue tactique, de continuer à proposer un produit phare à un segment de clientèle important, qui risque l'exclusion, et, à un niveau plus stratégique, de maintenir son positionnement généraliste dans un environnement en pleine mutation.

Sur ce plan, LCL joue également sa différenciation concurrentielle. En effet, le parcours de demande de prêt immobilier est disponible à la fois en agence, en interaction avec un conseiller, et dans la plate-forme 100% « digitale » destinée aux professionnels que l'établissement a lancée au début de 2026. Face à des trublions désormais bien installés dans le paysage hexagonal, Qonto en tête, la filiale du Crédit Agricole, qui entrait dans la danse tardivement, peut enfin démontrer un avantage par rapport à ces acteurs.

Sur la sécurité, NAB joue la bataille d'hier

NAB
De nos jours, l'usurpation d'identité fait partie des principaux fléaux qui affectent les finances personnelles des consommateurs (sans parler des entreprises), face à laquelle l'australienne NAB met donc en place une nouvelle solution de contrôle… dans ses agences. La priorité n'aurait-elle pourtant pas dû porter sur les interactions à distance ?

Le nouveau dispositif est déployé progressivement dans le Queensland, seul état du pays à avoir instauré les conditions techniques nécessaires avec un permis de conduire virtualisé, sur mobile. Son principe est simple et sans originalité puisqu'il s'agit d'un partage des informations d'identité par transfert électronique depuis le téléphone du client vers la banque, sous un protocole conforme aux standards internationaux, vanté avec insistance comme inviolable (ce qui paraît être la moindre des choses).

Concrètement, au moment opportun, tel qu'une signature de contrat, le visiteur est invité à ouvrir l'application correspondante pour capture par son conseiller. Il se voit alors présenter les données dont il lui est demandé de confirmer la transmission. Une fois cette étape franchie, les détails requis sont communiqués directement aux systèmes de l'établissement, sans risque de falsification ou de détournement, et en évitant une saisie manuelle fastidieuse qui constitue également une source potentielle d'erreurs.

Si je peux aisément admettre que le dispositif autorise un gain de temps et de fiabilité, la mise en avant acharnée des arguments de sécurité me laisse beaucoup plus sceptique. Tout d'abord, tout le monde n'étant pas équipé du précieux sésame électronique, il n'est pas question de remplacer les vérifications classiques avec des documents physiques. Les cybercriminels n'auront donc qu'à recourir à cette méthode pour contourner le surcroît de protection promis de manière indiscriminée aux clients.

NAB – Identity Verification

Mais le défaut le plus embarrassant réside dans le choix de mise en œuvre dans les relations face à face avec un employé. À l'ère « digitale », dans laquelle les malversations se déroulent essentiellement en ligne, il semblerait plus important d'exploiter un système d'identité numérique, justement, en vue de renforcer les défenses contre ces dernières. L'ironie atteint son comble quand on se souvient que les banques exprimaient jusqu'à récemment (et parfois encore aujourd'hui) leurs réticences à réaliser des opérations sensibles via internet, préférant la sécurité d'un échange en agence.

Dans un autre registre, je suis toujours étonné des écarts de maturité qu'on peut observer entre différentes régions du monde. Ainsi, avec les avancées de la dématérialisation des documents officiels, le contrôle d'identité 100% « digital » est aujourd'hui généralisé dans de nombreux pays (l'Ukraine est le premier exemple qui vient à l'esprit) tandis que d'autres en sont encore à un stade expérimental. L'ouverture au reste du monde, surtout dans les démarches d'innovation, a des progrès à faire…

Un outil pour contrôler les agents IA

Incognia
Depuis toujours, les institutions financières engagent des efforts considérables dans la protection de l'argent de leurs clients. Et soudain, avec l'irruption des agents propulsés à l'intelligence artificielle auxquels ils sont de plus en plus enclins à confier toutes sortes de tâches, ce travail est remis en question. Incognia promet une solution.

Les outils de lutte contre la fraude « digitale », en particulier, sont constamment enrichis, à grands frais, afin de prendre en compte les menaces émergentes au fur et à mesure de leur apparition et leur fonctionnement repose en grande partie sur la connaissance de l'utilisateur qui interagit avec les applications de l'entreprise à un moment donné, qu'il s'agisse de l'identifier et l'authentifier ou de s'assurer, par exemple, que les transactions qu'il cherche à exécuter sont légitimes et réellement délibérées.

Or quand un agent IA se substitue au client, les mécanismes existants ne peuvent plus œuvrer de la même manière. Des problématiques différentes surgissent, complémentaires de celles qui sont déjà prises en compte. Au premier plan, bien sûr, la priorité consiste à garantir que l'automatisme qui se connecte est effectivement mandaté par la personne qu'il déclare représenter. Mais, par la suite, il faut également vérifier que les opérations qu'il exécute correspondent bien à la demande de son « maître ».

La solution d'Incognia promet de répondre à ces multiples niveaux d'enjeu. Elle sait d'abord distinguer les robots en tout genre des humains lorsqu'ils naviguent dans les logiciels qui leur sont exposés. Deuxième étape, les intelligences artificielles repérées font l'objet d'un filtrage préliminaire afin d'écarter celles qui paraissent suspectes par essence. Puis vient le contrôle de la délégation, dans laquelle le lien avec l'individu finalement responsable du comportement de l'agent est établi et validé.

Incognia – Beyond AI Agent Detection

À ce stade, l'évaluation de l'utilisateur à l'origine de la session est terminée. Entre alors en jeu une couche supplémentaire, destinée cette fois à surveiller les actions engagées. Outre l'inspection du certificat d'intention – qui devrait s'imposer rapidement comme un standard – et son enregistrement (comme les autres éléments de preuve du processus), la plate-forme analyse les opérations initiées en regard des habitudes du client, de manière à prévenir des écarts indicatifs d'éventuelles dérives.

En parallèle de leurs propres projets d'IA, les institutions financières doivent appréhender en urgence les dangers qu'implique l'adoption d'agents plus ou moins autonomes par les consommateurs. Elles ne pourront se contenter longtemps des réflexions initiales sur la traçabilité des contrôles passifs qu'elles mettent en œuvre. Elles devront très vite investir dans des mécanismes de protection proactifs si elles ne veulent pas se voir reprocher un laxisme coupable relevant potentiellement d'un défaut de conseil. Dans ce contexte, l'approche d'Incognia mérite largement l'attention.

Cette drôle de relation entre finance et voyage

BBVA
Il y avait, historiquement, cette habitude des cartes de crédit affinitaires distribuées avec les compagnies aériennes, qui ont dérivé vers une généralisation des avantages associés au paiement dans l'univers du voyage. Il y eut aussi le cas, assez différent, de Revolut. Et maintenant les entités « digitales » de BBVA se lancent dans l'aventure.

En dépit d'une promesse de synergies à long terme, le partenariat entre le groupe espagnol et le spécialiste eDreams ne changera pas la face du monde, au moins dans un premier temps. En effet, à ce stade, il s'agira d'offrir, pour un an, aux nouveaux clients des filiales allemandes et italiennes du premier l'abonnement aux services « premium » du second (sous la marque Opodo), leur octroyant l'accès à diverses promotions exclusives sur des vols, trajets en train, séjours à l'hôtel, locations de voiture…

La proposition de valeur à l'intention de l'audience ciblée n'est guère plus élaborée. Pour le versant bancaire, l'ambition consiste à étendre le périmètre de la relation au-delà des problématiques seulement financières (laissant entrevoir une ouverture future à d'autres domaines) tandis qu'eDreams vise avant tout une exposition de ses produits à une population additionnelle, dans une démarche 100% marketing. Je ne sens pas dans cette description une préoccupation profonde pour les attentes des clients.

La seule dimension périphérique de l'opération susceptible d'avoir du sens pour les détenteurs de comptes BBVA, dans une vision globale du voyage, concerne l'absence de frais sur les dépenses en devises étrangères. Non seulement cette caractéristique – parfois trompeuse quand les taux de change ne sont pas évoqués – tend-elle désormais à s'imposer progressivement comme un standard, elle est ici brandie essentiellement en argument justifiant une surreprésentation de voyageurs attractive pour Opodo.

BBVA x eDreams

Je suis toujours mystifié par la persistance des entreprises (en tout genre) à développer des programmes promotionnels basiques… et tout autant par la séduction qu'ils parviennent à exercer auprès des consommateurs (sinon, ils auraient disparu). Toujours est-il que plus la récompense est minime et de courte durée (en l'occurrence, une valeur de moins de 120 euros, sur un an), moins son effet sera durable, ce qui en rend automatiquement l'équilibre économique difficile, voire impossible, à atteindre.

À ce stade de l'analyse, il faut évidemment traiter le cas spécifique de Revolut. Pour le trublion aussi, le voyage est un vecteur de conquête, depuis sa naissance, en fait. En revanche, son approche est aux antipodes de ces méthodes traditionnelles puisqu'elle est entièrement conçue à partir des besoins des globe-trotters, dans l'optique de leur fournir non des gadgets qui peuvent les amuser un moment mais bien de leur offrir une solution complète qui s'adapte à leurs habitudes et à leurs pratiques.

Si les banques rêvent encore d'intégrer le voyage dans leur périmètre d'activité, elles doivent comprendre que leur procurer une expérience personnalisée représente aujourd'hui la seule manière d'en conquérir et d'en fidéliser durablement les adeptes.

La gouvernance de l'IA s'organise

Bank of America
Alors que les institutions financières se ruent sur les promesses de l'intelligence artificielle, elle en voient les coûts s'accumuler, parfois jusqu'à paraître hors de contrôle. Face au risque de dérive, la mise en place de règles concrètes d'utilisation devient impérative et Bank of America a créé une couche d'orchestration pour les implémenter.

Dans toutes les entreprises, la vague de fascination pour la nouvelle technologie à la mode a rapidement donné lieu à une dangereuse (mais classique) tendance à vouloir l'appliquer à tous les besoins et autres problèmes rencontrés. Le phénomène a désormais atteint un stade où il n'est plus tenable, ne serait-ce qu'en raison des factures qu'il engendre. Les entreprises les plus mûres commencent donc à définir une gouvernance rigoureuse afin de maîtriser la situation sans rater les opportunités.

Pour Bank of America, le premier principe relève du bon sens : avant de lancer un projet et de foncer sans plus réfléchir vers le recours à l'IA, les équipes doivent s'assurer de la pertinence de l'option envisagée. La démarche débute par une analyse soigneuse de la demande à traiter, qui permettra de trancher. Selon le directeur informatique de l'établissement, une approche traditionnelle – application mobile, logiciel déterministe… – est fréquemment reconnue comme la plus appropriée et sera donc développée.

Ensuite, dans le cas où l'intelligence artificielle est effectivement retenue, le dispositif impose le filtre d'une revue extensive, couvrant 16 piliers de risques (à éviter). Sont par exemple abordés, en amont des études, les enjeux de respect de la vie privée, de biais potentiels, d'impacts sur les collaborateurs, de propriété intellectuelle… Il est hors de question d'entamer la moindre exécution sans avoir au préalable vérifié que la solution proposée respectait les exigences communes dans ces différents domaines.

Enfin, au moment de sélectionner la plate-forme technique adéquate pour l'objectif visé, une couche d'orchestration (baptisée Orchestra) détermine le ou les modèles à privilégier en fonction des tâches à prendre en charge. De ce point de vue, la banque se veut agnostique des fournisseurs et des outils. Elle peut ainsi confier des besognes de classification à des modèles ouverts, implémentés sur ses propres infrastructures, et se tourner vers des solutions externes fermées pour des calculs sophistiqués.

Quand Bank of America dépense 400 millions de dollars pour quelques 140 applications d'IA et prévoit de doubler ce budget l'année prochaine, il ne peut plus être question de se cantonner à un mode expérimental dans lequel chacun serait libre de choisir ses méthodes de travail. Elle ne peut s'éviter l'instauration d'une gouvernance formelle… qui doit s'accompagner également, même si l'article en référence ne le détaille pas, d'une réflexion sur la rentabilité des initiatives et les indicateurs de mesure associés.

Bank of America – Erica

Bradesco organise un festival de l'innovation

Bradesco Seguros
Il y a quelques années, quand les exigences de « digitalisation » imposaient leur rythme effréné et les nouveaux entrants menaçaient les empires installés, le festival d'innovation que Bradesco Seguros organise régulièrement aurait paru banal. Aujourd'hui il fait figure d'exception et Qorus le distingue parmi ses prix dans l'assurance.

La dernière édition en date a eu lieu il y a un an, en adoptant un nouveau format, plus approprié pour les objectifs visés. Ainsi, plutôt que de se cantonner à des conférences et autres présentations passives, les participants, collaborateurs et personnes externes, étaient invités à s'immerger dans un certain nombre d'expériences concrètes, destinées à leur faire prendre profondément conscience des capacités des solutions, notamment technologiques, qui transforment les métiers de la compagnie.

Sur une durée de trois jours, organisés dans une progression logique depuis les compétences émergentes jusqu'à la mesure des impacts attendus dans la vie professionnelle et personnelle, en passant par l'écoute des signaux de rupture, l'ambition du dispositif était de faire appréhender à son audience le besoin de s'adapter aux changements qu'ils subissent, parfois avec un sentiment d'impuissance, et les qualités qu'ils doivent cultiver afin de maintenir la valeur de l'humain dans leurs activités.

Dans cette optique, l'événement mélangeait donc des employés de Bradesco Seguros avec, entre autres, des représentants de partenaires (dont des courtiers), de jeunes pousses de l'InsurTech… et proposait à cette population diversifiée un programme aux multiples facettes, composé d'interventions classiques, de séances de « pitch » de startups, d'animations interactives… et de la désignation de l'innovation (interne) de l'année. Le tout est conçu pour stimuler les échanges et promouvoir l'esprit de collaboration, qui représentent justement un des enjeux des mutations en cours.

Bradesco – Festival da Inovação

Après une vague de popularité dans le sillage de la grande révolution numérique, ce genre d'événements dédiés à l'innovation – dont il faut avouer que certaines déclinaisons manquaient de focalisation claire – semble être désormais tombé en désuétude. Et pourtant, la période actuelle, avec ses mutations radicales (l'irruption soudaine de l'intelligence artificielle, partout, n'en est que la manifestation la plus visible) et les incertitudes qu'elles engendrent, mériterait bien de réhabiliter le principe.

Deux raisons au moins militent pour cette remise au goût du jour. D'une part, les firmes ont un devoir d'accompagnement de leurs salariés dans les évolutions qu'elles leur font subir. Elles ne peuvent pas les laisser dans le noir face aux nouveaux outils et aux nouvelles méthodes qu'elles imposent ou elles risquent de laisser s'installer des fantasmes qui mèneront à la démotivation et à la perte de productivité. Un effort de rationalisation, passant par la démystification des technologies, est indispensable.

D'autre part, dans une industrie qui en est toujours à rechercher comment profiter au mieux des dernières inventions à la mode, il est plus que jamais critique d'enrôler tous les employés dans cette exploration. Et là encore, il faut préparer le terrain, avec une dose d'éducation et d'aide à l'appropriation des concepts et des solutions émergentes afin de rendre la démarche d'innovation participative aussi efficace que possible.

IA et droits d'auteur dans la banque

CommBank
L'irruption soudaine de l'intelligence artificielle générative dans les entreprises soulève une multitude de questions dans de nombreux domaines mais, hormis pour les principaux intéressés, celles qui concernent les droits des auteurs de contenus originaux figurent rarement en tête de liste. CommBank commence à rectifier cet oubli.

Bien entendu, le sujet engendre depuis des mois des débats passionnés sur la rémunération que mériterait l'exploitation que font les plates-formes des articles de presse, romans, et autres textes en tous genres (sans parler des images, vidéos, sons…) mais il est généralement cantonné aux géants technologiques et à la manière dont ils entraînent leurs modèles avec cette matière première indispensable à la performance de leurs produits. En quoi la banque serait-elle donc impliquée ?

Après tout, comme les autres firmes utilisatrices, elles adoptent des solutions dont les fournisseurs ont la responsabilité de s'assurer du respect des exigences légales relatives à la propriété intellectuelle et, lorsqu'elles développent leurs propres outils, elles les mettent au point avec leurs propres données… parce qu'elles visent à spécialiser les résultats sur leur expertise et leur culture internes. Il reste pourtant un cas à couvrir, quand les employés reprennent des extraits d'information dans leurs interrogations.

CommBank – AI Copyright Fees

Alors, afin de ne laisser aucune place à la moindre lacune, CommBank choisit de compléter son accord avec l'agence australienne de gestion des droits d'auteur pour intégrer cette nouvelle possibilité. Sa licence existante, qui autorisait précédemment, moyennant rétribution, les collaborateurs de l'institution financière à copier et partager des éléments issus de l'actualité, de rapports de recherche, de livres…, admet désormais aussi leur usage dans les invites soumises aux plates-formes d'intelligence artificielle, par exemple en vue d'en obtenir un résumé ou en dériver une présentation.

L'initiative ne représentera évidemment qu'une goutte d'eau pour les ayant-droits, dont les principales demandes restent insatisfaites. Mais elle a le mérite de démontrer une volonté de la part de l'établissement d'appréhender l'IA dans une démarche responsable, sous tous ses aspects, que ce soit vis-à-vis de ses clients, de ses effectifs ou de la société. En arrière-plan, elle reflète également les efforts d'analyse conduits dans le but de comprendre et maîtriser à 360° les enjeux et les impacts de la technologie.

Santander se déleste des clients vulnérables ?

Santander
Après l'avoir accueillie, il y a deux ans, dans son concours de jeunes pousses, la filiale britannique de Santander entame maintenant une collaboration avec Sibstar, à travers laquelle elle renverra ses clients vulnérables (ou leurs proches) vers cette dernière, qui leur proposera une solution de banque du quotidien conçue pour leur protection.

Entre, notamment, les personnes atteintes de maladies neuro-dégénératives (presque un million au Royaume-Uni), dont la fréquence augmente au fur et à mesure du vieillissement de la population, celles qui rencontrent des difficultés d'apprentissage ou, plus simplement, celles que les dangers du monde numérique paralysent, le besoin de contrôle sur son argent et de certitudes quant à son immunité vis-à-vis des escroqueries qui font désormais partie de la vie courante concerne énormément de monde.

À ces consommateurs, Sibstar offre une réponse relativement classique qui prend la forme d'une carte de débit et d'une application mobile destinée à en piloter les caractéristiques. Elle permet ainsi de définir des plafonds d'utilisation sur différents critères, de spécifier des catégories de dépenses autorisées ou encore d'émettre des notifications, au porteur et/ou à un tiers, lors de chaque opération, selon les préférences de chacun. Le maître mot reste l'autonomie de l'usager, dans un espace de confiance.

Sibstar

Ce qui m'interpelle dans cette actualité est le choix de Santander de s'appuyer sur un partenaire pour combler une attente qui, de toute évidence, touche déjà une fraction notable de sa clientèle. Après tout, même si le principe de ne pas tout faire en interne est louable, le service de Sibstar ne représente rien de révolutionnaire et il pourrait être aisément répliqué par l'établissement… Ses options seraient d'ailleurs susceptibles d'être utiles à d'autres catégories d'individus (par exemple les plus jeunes).

En l'occurrence, la banque donne l'impression de dire à ses clients fragiles – dont bon nombre seront les plus anciens et les plus fidèles – qu'elle n'est plus en mesure d'assurer la sécurité de leurs comptes et qu'il vaut mieux, par précaution, qu'ils se tournent vers une entreprise dont il n'auront jamais entendu parler. J'ose espérer que ce n'est pas le fond de la pensée des porteurs du projet mais la communication paraît pour le moins un peu maladroite. N'aurait-il pas été envisageable, a minima, qu'elle d'intègre dans son catalogue une version en marque blanche de la solution de Sibstar ?

Un réseau de paiement pour l'assurance

One Inc
En parallèle de ses solutions adaptées à l'indemnisation directe des sinistrés, la spécialiste One Inc dévoile une nouvelle version de ce qu'elle présente comme un réseau de paiement dédié à l'assurance, destiné, celui-ci, à simplifier les règlements auprès des partenaires et autres fournisseurs intervenant dans la réparation des dommages.

Au premier abord, le principe d'une infrastructure conçue pour les besoins particuliers d'un secteur peut surprendre, alors qu'il existe aujourd'hui des systèmes de paiements robustes, rapides et quasiment universels. Mais le périmètre de ces derniers se cantonne aux mouvements de fonds et ils laissent donc à la charge de leurs utilisateurs l'intégration dans leurs processus, fréquemment complexes et dépendant des interlocuteurs concernés, dont, surtout aux États-Unis, de leur localisation.

La mission que se donne One Inc, qui met déjà en relation 1,3 millions d'entreprises avec 320 assureurs, consiste donc à offrir une plate-forme unifiée qui permet aux premières de s'affranchir de toutes les spécificités auxquelles elles sont confrontées avec chaque nouvelle collaboration et de fluidifier et accélérer le traitement des transactions grâce à son absorption transparente, en arrière-plan, des contraintes techniques, réglementaires, fiscales et administratives propres à chaque opérateur.

Naturellement, XpressOne (c'est son nom) s'appuie sur les mécanismes de paiement existants afin d'exécuter les versements. Pour l'instant, elle comporte deux options – un mécanisme à base de carte configurée selon les conditions définies par l'assureur et un dispositif basique de virement bancaire – qui seront complétées prochainement avec les deux principaux services de transfert instantané disponibles dans le pays. L'objectif visé est de procurer le maximum de flexibilité à toutes les parties prenantes.

Xpress One

La promesse de valeur mise en avant par One Inc réside essentiellement dans la réduction des frictions pour les fournisseurs. Non seulement l'interface commune leur permet-elle de faciliter leur gestion (entre autres avec l'automatisation des réconciliations, un sujet toujours sensible), elle laisse en outre espérer une diminution des incidents, des demandes de ré-émission et, de manière générale, des sollicitations au support. Il en va donc d'enjeux d'efficacité opérationnelle et de réduction des coûts.

Aujourd'hui, les réseaux de paiement sont industrialisés et ne représentent plus guère d'opportunités majeures de différenciation. En revanche, leur « digitalisation » autorise la création de couches de services supplémentaires susceptibles de répondre à des besoins divers et variés, dans différents contextes et pour différentes industries. La démarche adoptée par One Inc, qui délivre un bénéfice tangible aux acteurs de l'assurance dommages, pourrait probablement se décliner dans d'autres domaines…

Revolut propose de payer d'un sourire

Revolut
Dans le sillage de plusieurs expérimentations du même genre au fil des ans, ici et là (entre autres), Revolut déploie au Royaume-Uni le paiement par reconnaissance faciale. Au-delà de la promesse d'une expérience optimale, cette initiative pose encore plus de questions que celles qui l'ont précédée. Simple coup marketing ou vraie innovation ?

Le principe reste invariable : après enrôlement des consommateurs, ceux-ci peuvent régler leurs achats chez les commerçants dûment équipés simplement en présentant leur visage à la caméra de la caisse. Revolut implémente cette fonction aujourd'hui dans le cadre du lancement de son offre de terminal d'encaissement, qui prend donc en charge cette option nativement. Afin de séduire les professionnels, son utilisation ne portera aucun frais de traitement (sans précision sur la durée de cette promotion).

En comparaison d'autres systèmes similaires, la déclinaison qu'en fait le trublion a un avantage certain à défendre. Si les personnes intéressées sont invitées à s'enregistrer afin de pouvoir en profiter, la procédure correspondante devrait s'avérer triviale puisque les informations biométriques qui serviront à identifier et authentifier le payeur seront celles qui ont été capturées lors de la création de leur compte Revolut (au fait, cet usage a posteriori est-il conforme à la réglementation sur la protection des données ?). Car, en effet, seuls les clients de la banque semblent éligibles au règlement par un sourire.

Il est difficile d'imaginer que l'ambition de la néo-banque se limite à son propre environnement, quand bien même elle compte des millions d'adeptes. En revanche, les mécanismes qui lui permettent d'associer les caractéristiques d'un visage à un compte bancaire sont étroitement liés à ce fonctionnement en circuit fermé. Une extension hors de ce périmètre risque d'être complexe à mettre en œuvre sans ajouter des frustrations du côté des utilisateurs… pour un usage initialement limité à quelques enseignes.

Revolut – Pay with a Smile

Sur le fond, j'ai toujours les mêmes réserves, autour de la notion de validation active de la transaction. Avec tous les instruments classiques, y compris ceux qui exploitent la biométrie sur les téléphones mobiles (en l'occurrence, le porte-monnaie d'Apple a même fait l'objet d'une sorte de régression sur ce point), l'individu doit effectuer un geste volontaire afin d'exprimer sans ambiguïté son accord pour le paiement. L'acquisition photographique est au contraire passive, ce qui est susceptible de créer divers problèmes, tels que des erreurs techniques ou des refus de responsabilité.

Dernière remarque, relevant plus de la démarche d'innovation : comme toujours avec des idées anciennes et recyclées (celle-ci ayant plus d'une décennie de tentatives derrière elle), il est essentiel de s'interroger sur les raisons qui font qu'elles n'ont pas conquis le marché plus tôt, puis de s'assurer que celles-ci sont éliminées. Dans le cas présent, je ne crois pas que des limitations technologiques, que des outils modernes pourraient résoudre, soient en cause. Le plus probable est une défiance de la part des consommateurs… et ce n'est pas avec un cadeau modeste (d'une valeur d'une livre) ou un rabais pour les marchands qu'elle a le plus de chances d'être vaincue.

BNPP unifie son offre pour les marchands

BNP Paribas
Les commerçants – en ligne comme « en dur » – disposent désormais d'une riche palette de services financiers au sein de laquelle ils ont parfois du mal à se retrouver. Dans une démarche véritablement centrée sur les besoins de ses clients, BNP Paribas apporte une simplification bienvenue avec une entité chargée de fédérer son offre.

Ne serait-ce que pour l'encaissement, les boutiques ont aujourd'hui accès à des solutions qui autorisent les règlements via différents instruments (cartes, porte-monnaie mobiles… divers et variés) mais sont également en mesure de proposer des options de financement (crédit simple, échelonnement… avec, là encore, une multitude de variantes). La mise en place de ces possibilités, devenues indispensables pour la transformation des ventes, représente une complexité qui n'est plus acceptable.

Grâce à ses filiales spécialisées, le groupe BNP Paribas possède des expertises dans tous ces domaines… mais, elles étaient jusqu'à maintenant indépendantes les unes des autres et laissaient justement à ses clients le soin de les intégrer dans leur environnement. La création de l'enseigne unifiée « Merchant Services », capable de présenter un point d'entrée commun pour l'ensemble des produits existants répond donc clairement à une attente majeure de simplification, organisationnelle et opérationnelle.

En premier lieu, les commerçants devraient bénéficier d'un contact unique pour leur relation avec Axepta (pour l'encaissement « classique »), Floa (pour le financement, en particulier de type paiement fractionné), BNPP Personal Finance (pour le crédit à la consommation), BNPP Leasing Solutions (pour les options de financement spécialisées à l'intention des professionnels et des entreprises), BNPP Factoring (pour l'affacturage), ainsi que 1Point6 pour les situations spécifiques (dont les places de marché).

BNP Paribas Merchant Services

L'équipe dédiée pourra en outre s'appuyer sur une nouvelle plate-forme rassemblant les outils de chacune des entreprises participantes, sans exclure l'ouverture à des solutions tierces, si elle ont du sens dans un contexte donné. Elle fournit, au sein d'un système cohérent et flexible, donc plus facile à déployer et permettant un pilotage à 360° sans effort supplémentaire, toutes les capacités d'encaissement et de financement qu'un marchand peut souhaiter pour répondre au mieux à la demande de ses clients.

L'initiative de BNP Paribas constitue un excellent exemple de transition d'un modèle de distribution focalisé sur les produits vers une approche centrée sur les clients, en prenant conscience de ce que recherchent ces derniers et en se mettant dans leur peau afin de comprendre comment leur délivrer le meilleur service possible. Notons que le projet est extrêmement ambitieux pour la banque, dont les métiers sont traditionnellement isolés entre eux. Derrière la promesse initiale, il faudra probablement s'attendre à une période de mise au point, surtout pour sa partie technique.

Chase centralise la gestion des connexions bancaires

Chase
La « banque ouverte » est désormais une réalité pour de nombreux clients, qui connectent leurs comptes à divers services tiers afin de se faciliter la vie. Tandis que tous les établissements n'en permettent pas même un contrôle minimal, Chase déploie un « centre de sécurité des données » qui en autorise le pilotage dans les moindres détails.

Même dans les pays où elle n'est pas imposée par la réglementation, la faculté de partager avec des tiers ses informations financières, extraites directement à la source, est maintenant largement répandue et les consommateurs (pour ne parler que de cette catégorie) en usent et en abusent pour toutes sortes de besoins, depuis l'application de suivi de budget ou d'assistance à l'épargne, jusqu'à la demande de crédit et les nouvelles méthodes de calcul d'éligibilité par analyse de l'historique de transactions.

Naturellement, les accès ainsi ouverts sont soumis à des contraintes strictes, parfois légales, dans le but de protéger la sécurité et la confidentialité des données exposées de la sorte, par exemple, et selon les cas, sous la forme d'une validation explicite des demandes de la part de l'utilisateur auprès de sa banque, de la spécification du périmètre concerné, ou de la limitation dans le temps de la permission accordée. Mais avec la multiplication des usages, il n'est pas toujours aisé de surveiller la situation.

Dans l'optique de donner de la visibilité à ses clients, Chase avait mis en place depuis quelque temps, dans ses services en ligne, un tableau de bord récapitulant la liste des fournisseurs qui disposent d'une porte d'entrée sur les comptes, assortie d'une option de résiliation pour chacun d'eux. Bien que relativement sommaire, il s'agit de l'état de l'art du moment en la matière, que l'industrie est toutefois encore très loin d'avoir adopté massivement, seules quelques institutions financières offrant ce genre d'outil.

Aujourd'hui, dans un contexte d'attention aux risques exacerbée, l'américaine veut aller beaucoup plus loin et elle met progressivement à la disposition de ses clients un centre de pilotage enrichi, où ils retrouvent les autorisations accordées, avec toutes leurs caractéristiques – notamment les dates d'expiration et les comptes effectivement communiqués – qu'ils peuvent également rectifier instantanément, ainsi qu'un journal des connexions enregistrées afin de mieux comprendre les traitements réalisés.

La conjonction de la popularité croissante de la « finance ouverte » et des enjeux de sécurité constituent une puissante motivation pour la mise en œuvre d'une solution procurant une totale transparence sur l'exploitation des informations bancaires. Cependant, elle peut aussi remplir un autre rôle, dans une perspective d'amélioration de l'expérience utilisateur, à travers un espace centralisé au sein duquel il est possible de définir ses préférences pour tous les accès validés, via une interface universelle.

Chase

Aborder l'IA en confiance, selon Monzo

Monzo
Dans sa série des leçons apprises sur le terrain qu'elle partage avec le reste du monde, Monzo relate sa récente expérience avec l'intelligence artificielle placée entre les mains de ses clients, dans le cadre d'un programme de test en conditions réelles implémenté par le régulateur britannique. Pragmatisme au menu, comme toujours !

Pour une jeune pousse comme pour une banque historique, l'IA et les incertitudes sur les résultats qu'elle produit constituent un défi inédit par rapport aux algorithmes traditionnels, plus prédictibles (si on laisse de côté les anomalies de programmation). Plus encore que dans tout autre secteur économique, il est impossible de distribuer des services susceptibles d'induire leurs utilisateurs en erreur, autant pour préserver leur confiance que dans le but d'éviter des sanctions réglementaires impitoyables.

C'est pourquoi Monzo a choisi de participer à l'initiative de la FCA, qui consistait à expérimenter, avec des entreprises possédant déjà une certaine maturité avec l'intelligence artificielle, une application opérationnelle dans un environnement contrôlé, c'est-à-dire avec, entre autres, le support des équipes de l'autorité publique pour l'évaluation en temps réel des risques et la définition de bonnes pratiques permettant d'atteindre les objectifs visés, notamment en termes d'expérience client.

Le cas de mise en œuvre retenu pour cet exercice porte sur une classique fonction d'assistance à l'épargne : le client spécifie un projet – réserve de secours, voyage, objet à acquérir… – et l'outil l'aide ensuite à mettre de l'argent de côté afin de le réaliser, avec une faculté de réajustements intermédiaires. Le cadre est volontairement circonscrit à un périmètre réduit et il s'agit du premier enseignement à tirer de la démarche : seule une cible précise et resserrée autorise une maîtrise complète.

Monzo – Helping People Save with AI

Une fois l'objectif clairement établi, il devient en effet facile de formaliser ce qui déterminera le succès et, à l'inverse, ce qui pourrait mal tourner. Sur cette base, il reste alors à identifier, en accord avec les obligations à respecter, les preuves de justesse et de pertinence requises ainsi que les moyens à déployer pour gérer les incertitudes et vérifier la compréhension par l'utilisateur de ce qui lui est proposé. Ce dernier point est particulièrement critique car le danger de l'IA ne se résume pas à ses hallucinations. Son excès d'assurance, ses hypothèses implicites… sont tout aussi néfastes.

Enfin, Monzo rappelle que chaque application est à considérer comme un ensemble évolutif. Au fil des changements de technologie, de données, de comportement des clients…, il faudra veiller en permanence à sa stabilité. Cela implique d'assigner des responsabilités explicites sur le long terme, ainsi que d'anticiper au plus tôt les règles de pilotage des modifications et de prise en charge des alertes. Là encore, l'approche privilégiée sera celle qui s'appuie non sur des contraintes techniques qui ne résistent pas à l'usure du temps mais sur quelques principes et sur les résultats attendus.

Citi lance sa plate-forme publicitaire

Citi
C'est une idée qui circule depuis des années parmi les institutions financières… mais elle reste dans les cartons, notamment par crainte de braquer leurs clients. Aujourd'hui, Citi la relance avec sa nouvelle plate-forme de distribution de publicités ultra-personnalisées grâce à l'exploitation des données collectées sur ses cartes de crédit.

Naturellement, depuis longtemps, une déclinaison spécifique du principe s'est développée, plutôt discrètement, que l'américaine prévoit aussi d'intégrer à son catalogue, à terme : dans une approche qui se veut directement bénéfique pour les utilisateurs de services bancaires en ligne ou mobiles, elle leur propose, en général après un enrôlement explicite, d'obtenir des offres de réduction ou autres avantages ciblés selon leurs habitudes de consommation, telles que les reflètent leurs dépenses.

Avec Citi Commerce Media, il s'agit maintenant de franchir une nouvelle frontière puisqu'il est question de commercialiser de l'espace média sur les propriétés « digitales » de l'établissement, toujours avec les mêmes possibilités de filtrage sur les profils de visiteurs. Bienvenue dans l'ère de la publicité dans les applications bancaires, avec les promesses d'accès à 70 millions d'individus, dont les préférences sont connues avec une précision incomparable, et de placement privilégié des messages.

Entre autres, Citi vante sa capacité unique à identifier plus de 700 catégories d'achats au sein des quelques 6,5 milliards de transactions annuelles qu'elle gère pour le compte de ses clients. Cette masse d'information lui procure une visibilité diabolique sur leur comportement, jusqu'à lui permettre d'affirmer être en mesure de détecter leurs intentions, et pouvoir ainsi placer les communications de ses partenaires en amont de leur décision, pour un rendement cinq fois supérieur à une campagne classique.

Citi Commerce Media

La solution, qui émane de l'acquisition récente du spécialiste des récompenses sur la carte de crédit Kard, s'accompagne évidemment d'outils de suivi et de mesure, avec lesquels les annonceurs disposeront d'indicateurs complets et objectifs sur la performance de leurs insertions, en vue de justifier leurs investissements. La banque capitalise là encore sur sa position d'intermédiaire des opérations des consommateurs pour connaître l'impact effectif des publicités auxquelles elle les a exposés.

Du point de vue de Citi, la démarche constitue une évidence, avec un modèle dans lequel toutes les composantes de la réussite s'emboîtent parfaitement. Mais n'aurait-elle pas oublié un préalable essentiel dans son initiative ? Ses clients, qui n'ont apparemment pas leur mot à dire et dont les intérêts ne semblent pas considérés une seule seconde, seront-ils enthousiasmés par la présence de publicités intempestives au cœur de leurs applications financières ? Accepteront-ils sans broncher que leurs données personnelles soient mises à profit pour un tel objectif ? Les précédents en la matière laissent présager un retour de bâton potentiellement brutal et douloureux.

BBVA explore la causalité dans l'IA

BBVA
Forcément intéressée, ne serait-ce que pour répondre aux exigences réglementaires, à développer l'explicabilité et, plus généralement, la transparence des résultats des modèles d'intelligence artificielle qu'elle met en œuvre, BBVA soutient un travail de recherche formel sur la causalité dans les prédictions qu'ils sont susceptibles de formuler.

Pour beaucoup de monde, l'IA, comme la plus modeste science des données, constitue une sorte d'outil magique capable de détecter des liens subtils et dissimulés entre des données apparemment indépendantes, ce qui lui octroierait le pouvoir de prévoir des conséquences futures à partir d'observations du passé et du présent. Or cette perception est fausse et accepter les prédicats qu'elle produit sans comprendre le « raisonnement » sous-jacent revient à assumer une illusion potentiellement dangereuse.

Il faudra probablement le répéter encore et encore, mais la technologie actuelle est relativement bête, en dépit de sa dénomination. Elle ne suit pas, comme un humain le fait (ou, du moins, devrait toujours le faire), un processus logique pour analyser un problème et aboutir à une conclusion. Elle opère par voie de statistiques et peut de la sorte identifier des corrélations entre des informations qui lui sont soumises, puis, sur cette base, projeter des déclinaisons ultérieures. Mais corrélation n'est pas raison.

De multiples facteurs, y compris le pur hasard, peuvent entrer en jeu dans ces relations apparentes et les exploiter sans s'inquiéter de leur fiabilité rationnelle induit un risque de malentendus. Naturellement, les institutions financières, entre autres, ne peuvent se permettre de prendre de tels risques. Voilà pourquoi BBVA se penche sérieusement sur les possibilités de restituer les paramètres d'entrée et les étapes de « réflexion » conduisant l'IA à un résultat, de manière à les valider ou les questionner.

BBVA – Causality in AI

Pour peu qu'elle soit soumise ensuite au discernement d'un expert humain, l'approche a plusieurs mérites, au-delà de sa première utilité pour la détection de prémisses erronées et la prévention de dérives qu'elles peuvent engendrer ou encore afin d'établir une preuve auditable de la fiabilité des algorithmes. Tout d'abord, elle favorise la compréhension de mécanismes précédemment ignorés, reflétés par les données étudiées, qu'il sera alors possible de mettre à l'épreuve dans d'autres applications.

Autre opportunité, la connaissance des éléments entrant en ligne de compte dans un « raisonnement » artificiel sera certainement utile au raffinement des modèles déployés, par exemple en les encourageant à s'appuyer sur des connexions confirmées, tandis que, à l'inverse, les dépendances abusives pourront être écartées au plus tôt. En prolongeant un peu les hypothèses, ces défauts offriraient peut-être également des moyens de repérer (et éradiquer) des biais dans les jeux de données sources.

Mais le plus important n'est-il pas ailleurs ? Les banques sont avides d'IA mais se trouvent fréquemment freinées dans leurs initiatives par manque de confiance dans le fonctionnement au long cours de leurs applications. Dans cette perspective, la visibilité sur ce qui passe au cœur des logiciels représente aussi un levier de réassurance susceptible d'aider à mieux accepter les usages, jusque dans des contextes sensibles.

Le paiement entre pairs se cherche toujours

Moov Financial
Un quart de siècle après PayPal, qui en avait fait un de ses premiers axes de développement, les paiements entre personnes restent considérés comme un marché en attente de solution. C'est, en tous cas, le point de vue défendu par Moov Financial à l'occasion du lancement de son nouveau produit, basé sur les cartes de débit.

Selon ses observations, parmi les options disponibles aux États-Unis, dont Zelle, qui avait été mise au point initialement par les banques, aucune n'atteint un taux de pénétration de 35% dans la population. En effet, sa principale critique envers le secteur porte sur l'obligation pour les utilisateurs de faire partie du même réseau et d'adopter la même application s'ils souhaitent s'échanger de l'argent. À l'inverse, la jeune pousse constate que 90% des américains ont une carte de débit dans leur portefeuille.

Son idée consiste donc à exploiter la popularité de cet instrument pour proposer un moyen de transfert immédiatement accessible à presque tout le monde. Dans cette perpective, elle s'appuie sur les fonctions de versement de fonds implémentées par les deux acteurs majeurs Visa et Mastercard, au dessus desquelles elles ajoute une couche de service assurant l'interopérabilité entre les deux. En l'occurrence, il s'agit d'une sorte de registre qui répertoriera pour chaque participant son identifiant – généralement un numéro de téléphone, de manière tout à fait classique – et sa carte de paiement.

Moov Money

La démarche interroge tout de même, à plus d'un titre. Tout d'abord, la plupart des systèmes de règlement entre pairs (quelles qu'en soient l'origine et la nationalité) facilitent l'enrôlement des bénéficiaires qui ne seraient pas encore inscrits. La simplicité de la démarche constitue même, de toute évidence, un enjeu critique de viralité, qui ne peut être ignoré. D'autre part, Moov distribue sa plate-forme auprès des banques et les mécanismes de Visa et Mastercard mis en œuvre dépendent de leur intégration par ces dernières, ce qui limite automatiquement la portée de la solution à ses partenaires.

En réalité, les échanges entre particuliers continuent à attirer les convoitises de tous les acteurs, du secteur financier et au-delà, qui rêvent de capter une relation persistante avec les consommateurs. Dans leur vision, ils représentent un point d'entrée pour l'acquisition et la rétention de clients, sur des modèles d'activité potentiellement très divers. Naturellement, ces approches comportent la plupart du temps un défaut important, à savoir d'ignorer les attentes réelles de leur audience cible. Et c'est ainsi que les acteurs « natifs » maintiennent leur avantage et leur emprise sur le marché.

Qonto s'aligne sur les profils de ses clients

Qonto
Bien qu'elles clament haut et fort placer leurs clients au centre de leurs préoccupations, la plupart des banques restent focalisées en priorité sur leurs produits… et leurs plates-formes « digitales » sont les premières à refléter ce biais. Qonto, qui, jusqu'à maintenant, n'échappait pas au défaut, commence à faire évoluer sa perspective.

Pour être honnête, il n'y a pas encore de quoi s'emballer. Ainsi, la page d'accueil et les menus présents sur le site web de la jeune pousse continuent à faire la part belle à son catalogue, y compris avec ses offres périphériques, par exemple sur ses usages de l'intelligence artificielle ou autour de la facturation électronique. Pourtant, en cherchant un peu, le visiteur trouvera sans trop de difficulté une série de rubriques spécifiques à différents métiers, tels que le conseil, le BTP, la technologie, les médias…

Chacune d'elles est organisée de manière à mettre en avant – parmi une palette dont la richesse tend à réduire la visibilité (comme c'est souvent le cas dans les établissements traditionnels) – les solutions les plus appropriées pour le secteur sélectionné, en les déclinant dans son contexte particulier. L'objectif est de s'adresser non plus à un entrepreneur générique qui souhaite ouvrir un compte bancaire mais à un professionnel qui cherche des réponses opérationnelles à ses problématiques quotidiennes.

Prenons les commerçants. Une de leurs attentes principales concerne l'encaissement, pour lequel Qonto propose plusieurs dispositifs techniques, du terminal dédié à l'option virtuelle sur téléphone, assortis de fonctions complémentaires, à l'image du logiciel de caisse, synchronisé. Viennent ensuite les possibilités de financement, pour remplacer un équipement ou réassortir un stock, là encore à travers divers supports, dont les avantages et inconvénients sont détaillés, par rapport à des situations concrètes.

Qonto – Le Compte Pro des Commerçants

Naturellement, l'effort est, à ce stade, purement cosmétique. Mais sa seule description laisse rapidement entrevoir toutes les opportunités qu'un tel renversement de vision pourrait ouvrir. Et je ne pense pas uniquement à une idée aussi triviale que la commercialisation de « paquets » de services prêts à l'emploi par domaine d'activité. Il s'agirait aussi de développer des synergies et des interactions directes entre les différentes solutions, adaptées selon la connaissance des profils types des clients.

Imaginons donc comment l'analyse des flux intermédiés, entre les encaissements d'un côté et les factures fournisseurs de l'autre, permettrait à la banque de préconiser spontanément la meilleure offre de financement, dans l'optique de lisser la trésorerie tout au long de l'année, avec activation en un clic. Ou bien, grâce à l'identification anticipée des clients, dûment enregistrés dans la plate-forme de la banque, la pré-approbation d'une proposition d'affacturage en cas de tension sur les disponibilités.

Aujourd'hui, la « centricité » client ne peut plus se contenter de déclarations et de marketing, elle doit s'accompagner d'une réalité tangible, qui fasse clairement écho aux préoccupations de l'audience visée. Ce genre de démarche devrait devenir incontournable, non seulement parce qu'elle crée les conditions de la fidélité mais aussi parce qu'elle représentera de plus en plus un facteur majeur de différenciation concurrentielle (le scénario de financement évoqué ci-dessus existe, chez Amazon).

Sync rapproche l'épargne de la paye

Sync Savings
Dans un monde où les sollicitations à la dépense sont permanentes, les consommateurs rencontrent de plus en plus de difficultés à mettre de l'argent de côté. En réponse, la britannique Sync Savings essaie de rendre l'épargne toujours plus simple, automatique et indolore, en intégrant son pilotage au plus près du versement du salaire.

Naturellement, les solutions ne manquent pas pour encourager les citoyens à se constituer une réserve, que l'objectif en soit de pouvoir faire face à un imprévu ou de préparer un projet plus ou moins ambitieux. Au plus trivial, les banques offrent la faculté de créer un virement récurrent vers un compte dédié à la réception de la rémunération. À un niveau un peu plus élaboré, il existe également quelques outils spécialisés qui ajoutent à cette option brute un accompagnement destiné à stimuler les usages.

En surface, Sync Savings n'apporte rien de révolutionnaire dans le paysage et son approche est sensiblement équivalente à cet état de l'art, avec un module qui permet classiquement à l'utilisateur final de spécifier les cagnottes qu'ils veut constituer, en leur donnant un objet (un voyage, un objet à acquérir, des travaux à financer…) et en indiquant le montant à leur affecter à chaque cycle de paye. Une fois les règles mises en place, il dispose d'un tableau de bord sur lequel il suit la progression de son plan.

En revanche, la jeune pousse estime que les services existants – du moins les plus sophistiqués – restent d'un abord trop complexe ou trop déconnecté de leur quotidien pour être totalement séduisants, surtout à long terme. Alors elle immerge le système au cœur des plates-formes de gestion des rémunérations dans les entreprises et peut de la sorte faciliter l'ouverture du compte d'épargne (sans requérir aucun justificatif) et orienter les fonds vers ce dernier à la source, selon les desiderata du collaborateur.

Accueil Sync Savings

La démarche s'inscrit aussi dans la tendance de fond qui consiste à commercialiser des fonctions dédiées au bien-être financier à l'intention des employeurs. Si cette stratégie vise en priorité à ouvrir la voie à un modèle économique viable (ce qui reste un défi majeur dans ce domaine), elle apporte d'autres avantages potentiels, dont, en premier lieu, le soutien actif des entreprises à l'enrôlement de leurs effectifs, une fois qu'elles mesurent l'impact qu'ont les préoccupations d'argent sur leur productivité.

Dans l'ensemble, du point de vue du consommateur, Sync Savings introduit donc une amélioration incrémentale à un concept connu et éprouvé… mais qui peine à s'imposer, jusqu'à maintenant. Chaque pas en avant compte pour essayer de surmonter le plafond de verre mais il ne faut probablement pas attendre de miracle. En outre, l'épargne ne représente qu'un volet de la problématique beaucoup plus vaste du bien-être financier : le chemin qui reste à parcourir en vue de sa démocratisation est encore long…

L'IA impose ses exigences

Gartner
Les traditionnelles prédictions stratégiques annuelles de Gartner sont, pour 2027 et au-delà, exclusivement consacrées à l'intelligence artificielle. Cependant, ce qui me surprend le plus est le prisme retenu : il n'est pratiquement question que des défis et des contraintes qu'elle imposera aux entreprises et non des opportunités qu'elle leur offre.

Dans ce dernier registre, les analystes ne retiennent que deux propositions. L'une, élémentaire, concerne l'irruption de l'IA « physique » aux côtés des employés, que ce soit sous forme de robots à proprement parler ou de véhicules autonomes, de drones et autres appareils interagissant avec leur environnement. En la matière, une recommandation notable porte sur les impératifs de sécurité, qui devraient être placés en tête des préoccupations. La seconde est indirecte puisqu'elle esquisse l'émergence d'une activité de distribution d'énergie dans les grands groupes qui déploient leurs propres capacités de production face aux besoins engendrés par leurs usages.

Une idée intéressante, qui changerait radicalement le fonctionnement des directions informatiques, touche aux nouvelles méthodes de développement logiciel. Il ne s'agit pas ici uniquement de considérer les impacts sur la programmation, dont l'assistance constitue un des premiers cas de mise en œuvre de l'intelligence artificielle, mais aussi du changement de perspective sur le patrimoine applicatif que son efficacité induit : d'ici 2029, 80% des applications générées seraient jetables, par conception, en réponse à des demandes ponctuelles ou pour une adaptation rapide à un contexte mouvant.

Dans la catégorie des challenges, ensuite, Gartner voit apparaître une classe d'acteurs opérant nativement via l'IA, ce qui leur procure la faculté de mettre sur le marché des produits personnalisés à grande échelle qui déstabiliseront les organisations restées à la traîne de la tendance, notamment par leurs conséquences sur la fidélité de leurs clients… et de leurs collaborateurs. Ce genre de prophéties est classique de l'exercice, mais elle a le mérite d'insister sur l'importance, indiscutable, de l'innovation et, en arrière-plan, de la nécessité de définir un cadre qui la stimule continuellement.

Gartner – Prédictions Stratégiques 2027

Mais les aspects financiers sont ce qui inquiète le plus le cabinet. Si la problématique des coûts directs du recours à des modèles intelligents est désormais relativement bien intégrée, divers risques périphériques sont également à envisager, tels que les attaques par épuisement de tokens – quand des personnes malintentionnées abusent de services exposés au grand public afin de provoquer une consommation excessive de ressources – et le débordement de capacité – quand les utilisateurs légitimes exploitent de plus en plus massivement des agents pour exécuter leurs tâches automatiquement.

La défense passera par la mise en œuvre d'une gouvernance spécifique. À un niveau tactique, il faudra installer des solutions de suivi et de contrôle en temps réel, fournissant un socle de pilotage aux décideurs. À un stade plus stratégique, ces outils devront être aptes à un rapprochement avec une mesure du retour sur investissement, et donner ainsi de la visibilité sur la valeur réelle dégagée par les initiatives, afin, le cas échéant, d'engager les arbitrages nécessaires. Dans ce but, 6 entreprises sur 10 disposeraient en 2029 d'une fonction dédiée à cette surveillance de l'équilibre coûts-bénéfices de l'IA.

Enfin, il restera à traiter le (vaste) sujet de la responsabilité qui, dans certains secteurs, dont le secteur financier, relève aussi d'un enjeu réglementaire. Pour Gartner, le directeur informatique ou, si le poste existe, le directeur de l'intelligence artificielle devra assumer cette charge supplémentaire de définition des règles applicables et se porter garant de leur implémentation effective. Dernière note, toujours dans ce domaine, ce sont les assureurs et non les régulateurs qui en établiront les normes, à travers les contraintes qu'ils édicteront pour offrir une couverture abordable à leurs clients.

En conclusion, les firmes qui aujourd'hui se concentrent sur des expérimentations avec l'IA, en essayant de déterminer comment elle peuvent tirer parti de ses opportunités, ont tout intérêt à se pencher au plus tôt sur le cadre général dans lequel elles devront se projeter quand elle sera devenue une composante stratégique de leurs infrastructures.

L'éducation financière en question, toujours

PNC Bank
Fortement investie dans la distribution de services d'aide au bien-être financier des salariés, PNC réalise une enquête annuelle afin d'évaluer la situation et les attentes de ces derniers. L'édition 2026 révèle que, alors qu'ils s'estiment en mesure de gérer leurs flux au quotidien, ils manquent totalement de préparation pour leurs grands projets de vie.

Les études se succèdent et, qu'elles soient menées aux États-Unis ou ailleurs dans le monde, leurs résultats sont invariablement identiques. Celle-ci adopte une démarche extrêmement concrète qui met en lumière quelques conclusions saillantes : par exemple, 7 personnes interrogées sur dix affirment savoir ouvrir un compte d'épargne, tandis qu'un tiers seulement de l'échantillon possède les compétences économiques et financières élémentaires (telles que l'impact de l'inflation sur leur cagnotte).

Interrogés sur leur perception de leur avenir, de sérieuses inquiétudes émergent chez les collaborateurs des entreprises. Pour ne citer que ce sujet spécifique, partagé par tout le monde (ou presque), moins de la moitié des sondés (45%) se déclarent confiants pour leur retraite… quand trois quarts de leurs employeurs croient qu'ils se sentent prêts, au moins en partie. Seuls ceux qui ont la chance – ou les moyens – de disposer d'un accompagnement professionnel dédié exhibent une certaine assurance en la matière.

Au-delà des statistiques consternantes mais récurrentes à propos des effets sur l'efficacité au travail du stress vis-à-vis de l'argent, voilà précisément ce qui ouvre une perspective légèrement différente sur les lacunes de littératie financière des populations. Elles ont des conséquences d'autant plus délétères qu'une majorité d'individus a l'illusion de maîtriser son porte-monnaie. Le rapport ne l'aborde (évidemment) pas mais je considère que les banques ont une responsabilité dans ce désastre.

PNC – Financial Wellness

Je pense particulièrement à la manière dont ses métiers sont abordés par l'industrie avec son audience. Si j'exclus le suivi des opérations courantes, sur lequel les clients se déclarent justement plutôt à l'aise, les acteurs présentent (presque) exclusivement des produits, que ce soit sur leurs plates-formes « digitales » ou par la voix d'un « conseiller » (qui n'est souvent qu'un simple vendeur). Assortis de caractéristiques brutes, ils laissent supposer qu'une bonne gestion de finances personnelles se résume à choisir le bon support, sans requérir d'en comprendre le fonctionnement ni d'en mesurer l'adéquation (ou non) au besoin qu'ils cherchent à satisfaire.

Raison pour laquelle je milite pour une éducation financière immersive. Les programmes pédagogiques autonomes, décorrélés de la réalité de l'apprenant, n'ont qu'une portée limitée, à la fois parce qu'ils paraissent trop théoriques et parce qu'ils sont décalés par rapport aux messages implicites des fournisseurs. Apporter une information complète et personnalisée, avec toutes les explications nécessaires en vue d'en appréhender toutes les dimensions, dans le contexte de la recherche d'une réponse à un besoin ou d'un conseil authentique, est la seule approche valable.

Une IA pour remplacer les actuaires

Huscarl
Huscarl, qui vient d'opérer une première levée de fonds au début du mois, s'attaque à une forteresse historique de l'analyse de données : l'actuariat. Elle développe en effet, à l'intention des entreprises auto-assurées, des outils d'intelligence artificielle capables de calculer des projections de pertes et de primes sur des scénarios personnalisés.

Bien sûr, il n'est pas question – en tous cas pour l'instant (?) – de remplacer les experts qui, dans les compagnies, affinent presque quotidiennement les évaluations de risques sur les produits courants de l'industrie avec des modèles mis au point et étalonnés sur de longues années. En revanche, la jeune pousse (française) défend ses atouts pour s'implanter dans des domaines plus spécialisés, tels que ceux que prennent en charge les entités captives, correspondant fréquemment à des besoins atypiques.

Huscarl propose ainsi de réaliser des études de faisabilité ad hoc ou bien de construire un véritable plan d'affaires pour une couverture donnée. À partir d'informations plus ou moins riches et d'une description des attentes, ses algorithmes vont élaborer un dossier d'étude sur cinq ans, illustrant l'équation économique d'un projet, y compris en conditions extrêmes, ou bien estimer le coût à prévoir, ligne par ligne, prenant même en compte les évolutions structurelles, par exemple autour des aléas liés au changement climatique.

Dans une large mesure, la startup cherche plus à combler les niches dans lesquelles les professionnels ne peuvent s'engager qu'à remplacer le travail des actuaires, ce qui explique son positionnement. Elle promet notamment, de manière explicite, de fournir des résultats exploitables sur des risques que les acteurs traditionnels ne veulent pas considérer ou, du moins, pas avec le niveau de personnalisation souhaité, que ce soit par manque de données de référence ou en raison de leur mauvaise qualité.

Accueil Muscarl

Aujourd'hui, vus de l'extérieur, les actuaires représentent une élite intouchable dans l'univers de l'assurance. Pourtant, ils ne seront pas épargnés par la révolution de l'intelligence artificielle, bien au contraire. Leurs compétences en matières de statistiques sont évidemment parmi les plus exposées à l'automatisation… et, conscients du progrès, ils ont su s'approprier les générations précédentes de science de données en vue de décupler leur efficacité. Désormais, c'est le second pan de leur savoir-faire qui est menacé : la compréhension des sous-jacents d'un risque et d'une couverture. Certes les IA n'en ont pas une réelle perception mais elles sont néanmoins en mesure de les capturer dans des documents ou autre sources d'information et cette capacité peut probablement suffire à reproduire une expertise convaincante.

AmEx rêve de banque

American Express
Entre autres sous la pression concurrentielle qu'elle subit de toutes parts, American Express recherche depuis quelques années des relais de développement. Dans ce contexte, après le lancement d'un compte de dépôt à l'intention du grand public en 2022, elle enrichit maintenant son offre de services bancaires destinée au marché des entreprises.

Conçue en priorité, quoique sans exclusivité, pour les membres de son réseau d'acceptation, la nouvelle gamme « Business Banking » de la firme complète donc le compte de dépôt déployé récemment avec un compte d'épargne à rendement élevé, sans frais. L'ambition sous-jacente est claire… et, franchement, peu originale, puisqu'elle parle de proposer aux PME des solutions de confiance leur permettant de piloter leur activité de manière plus efficace, en particulier en ce qui concerne leur trésorerie.

L'évolution n'en est qu'à ses débuts. AmEx promet ainsi, pour le début de l'année prochaine, d'intégrer à son catalogue un module de gestion de paye, en collaboration avec le spécialiste en la matière Gusto. Le principe consiste classiquement à fournir aux responsables de structures les moyens de résorber une de leurs plus grandes sources de frustration, validée, en l'occurrence, par une enquête, notamment dans sa dimension de suivi et de visibilité autant que du point de vue de la rationalisation du traitement.

American Express Business Banking

La démarche de l'américaine fait directement écho à une tendance observée jusqu'à maintenant surtout dans les jeunes pousses de la FinTech, qui consiste à étendre son périmètre de compétences à d'autres produits bancaires dès que les perspectives de progression dans la niche occupée initialement commencent à se tarir. Dans une conjoncture incertaine, la méthode fait particulièrement sens pour American Express qui peut espérer financer à coûts maîtrisés son métier d'origine dans le crédit grâce aux dépôts collectés avec ses comptes courants et d'épargne, comme une vraie banque.

En revanche, comme avec chaque expansion de ce genre, je m'interroge : quels arguments différenciateurs peut brandir l'établissement face à une concurrence déjà nombreuse, souvent plus avancée en matière d'expérience client, du côté des nouveaux entrants, ou disposant d'un catalogue beaucoup plus riche, susceptible de mieux répondre à des besoins spécifiques, chez les acteurs historiques. Au-delà de la promesse générique de simplifier la vie des entreprises, AmEx n'a que des avantages relativement triviaux à défendre, cashback sur les dépenses et rémunération attractive.

Des IA pour les conseillers financiers

Claude
Coup sur coup, OpenAI puis Anthropic ont présenté leurs solutions d'intelligence artificielle générative à l'intention des conseillers financiers. Au milieu de la frénésie pour les agents IA, leurs prétentions, largement circonscrites à la documentation, paraissent timides : l'extrême prudence qui règne dans le secteur impose ses conditions.

Pour être précis, les annonces des deux firmes ne concernent pas exactement les mêmes populations : la déclinaison de ChatGPT s'adresse plutôt aux équipes de banque d'investissement tandis que celle de Claude est véritablement dédiée aux professionnels de l'accompagnement des particuliers. J'estime néanmoins intéressant de constater à quel point les approches s'avèrent similaires et, finalement, portent sur un périmètre contraint qui, en pratique, en limite la valeur en tant qu'offre tierce.

Les solutions visent ainsi un même objectif de simplifier les phases documentaires et préparatoires au travail des spécialistes. Dans cette perspective, l'accent est mis sur les connecteurs pré-intégrés, qui permettent à l'IA d'accéder directement et de manière aussi transparente que possible (donc sans requérir des configurations techniques parfois complexes) aux sources d'information habituelles de ses utilisateurs. À partir de cette matière, elle réalise les tâches administratives classiques de son audience cible.

Pour ChatGPT, qui rattrape ici son grand concurrent sur un produit datant de plus d'un an, il s'agit de produire des documents d'analyse financière – sous divers formats, y compris graphiques, adaptés aux chartes de chaque client, le cas échéant – en combinant des sources multiples et en opérant sur des dimensions variables (statique, temporelle…). Naturellement, OpenAI insiste sur les garanties de sécurité et de confidentialité qu'elle engage vis-à-vis des données ingérées par son modèle.

L'IA pour les Conseillers Financiers

Du côté de Claude, c'est une batterie de fonctions unitaires qui est mise à la disposition des conseillers, également dans l'optique de faciliter leur quotidien : études préalables à un entretien, portant, selon les cas, sur les investissements alternatifs, sur les aspects réglementaires, sur la fiscalité, la revue des équilibres du portefeuille… Les protections sont partiellement automatisées, par exemple le contrôle des exigences de la SEC sur les communications aux clients, ou déléguées à l'humain, dont la validation est requise pour les livrables potentiellement sensibles (notamment s'ils sont partagés).

En synthèse, les géants de l'IA proposent à l'industrie de la finance des outils qui se contentent d'implémenter les « basiques » de l'intelligence artificielle générative dans ses métiers, à savoir, en simplifiant le concept, l'acquisition d'information, son traitement, et la restitution de contenus dérivés plus ou moins originaux. Cette démarche évite certes les inquiétudes suscitées par des modèles qui élaboreraient des stratégies d'investissement ou émettraient des recommandations. Mais ne correspond-elle pas à ce que les institutions construisent déjà en interne depuis quelques temps ?

KBC propose un ange gardien contre la fraude

KBC
La fraude bancaire provenant de plus en plus de manipulations sociales et non d'attaques technologiques, KBC généralise, après quelques mois d'une expérimentation concluante, un nouveau système de protection pour ses clients – notamment les plus vulnérables, mais pas seulement – basé sur la relation humaine et la confiance.

Le principe, que l'établissement belge se déclare officiellement disposé à partager avec l'industrie, s'avère simple. Le détenteur de compte, préalablement sensibilité, commence par désigner un ange gardien, à savoir une personne, en général de son entourage, susceptible de lui prêter assistance en cas de besoin. Dès lors, lorsque les mécanismes de défense de la banque détectent une transaction suspecte, le contact sélectionné est interpellé afin de vérifier sa légitimité avant qu'elle ne soit effectivement exécutée.

La mise en place et le fonctionnement du dispositif sont eux-mêmes sécurisés. La configuration initiale ne peut ainsi se réaliser qu'en proximité : l'activation à partir de l'application mobile affiche un QR code que le délégataire doit capturer pour la finalisation de l'opération. Ensuite, en cas d'incident, le transfert est suspendu jusqu'à ce que son émetteur et son ange gardien aient tous deux fourni leur confirmation, de préférence après avoir échangé entre eux, selon le scénario privilégié par KBC.

Cet aspect fait la différence avec les solutions proches, plutôt destinées au contexte des personnes dépendantes et à leurs aidants, que quelques autres acteurs – jeunes pousses, la plupart du temps – ont pu déployer précédemment, dans lesquelles un ou plusieurs observateurs externes se voient octroyer la possibilité de surveiller les mouvements d'argent de leur protégé(e), de manière plus passive. Ici, la confidentialité reste en outre globalement préservée, seuls les cas problématiques étant divulgués.

KBC – Ange Gardien

Le procédé comporte cependant une étape dont je ne comprends pas l'utilité. Alors que l'analyse des flux et l'identification des fraudes sont entièrement automatisées, jusqu'à l'envoi d'une notification à l'ange gardien, les équipes centrales de suivi de la fraude dans la banque appellent ce dernier pour lui demander de contrôler l'alerte. Cette sollicitation semble redondante et sans grande valeur ajoutée, potentiellement irritante pour son destinataire, et probablement coûteuse à mettre en œuvre.

Afin de justifier son initiative, KBC décrit une mésaventure survenue durant la phase pilote, organisée avec 2 000 cobayes, dans laquelle un de ses clients était en passe de perdre ses économies et a été « sauvé » par sa fille tandis qu'il était encore en communication avec son « assaillant », qui le pressait de réaliser un virement à son profit. Il ne fait guère de doute que le concept revêt une certaine efficacité pour un effort d'implémentation relativement raisonnable. Mais, comme bien des services anti-fraude, il n'a de valeur que si les consommateurs l'adoptent. L'enjeu sera de les convaincre.

Toyota prépare une fausse conduite autonome

Toyota
La course à la conduite 100% autonome est lancée un peu partout dans le monde et les constructeurs automobiles traditionnels essaient d'éviter de se laisser distancer. Toyota annonce ainsi son entrée dans la danse d'ici 2028… mais son refus d'assumer toutes ses responsabilités risque de gêner consommateurs et assureurs.

Sa fébrilité face à la pression explique probablement pourquoi la firme veut démontrer qu'elle sera au rendez-vous de la prochaine grande avancée technologique de son secteur alors qu'elle n'est visiblement pas prête. Pour commencer, il n'est donc question d'un lancement officiel de son dispositif autonome que dans 18 à 24 mois et uniquement sur sa gamme de luxe Lexus, ce qui lui permettra de mieux maîtriser le déploiement que sur des modèles commercialisés par centaines de milliers d'exemplaires.

Beaucoup plus gênant, elle déclare qu'elle veut proposer un système capable de prendre en charge la conduite sans aucune assistance humaine, ce qui, en jargon technique, correspond à une automatisation de niveau 4, mais elle se contentera d'une classification officielle de niveau 2++, qui impose au conducteur de rester vigilant et d'être prêt à reprendre le contrôle à tout moment. Un module de suivi du comportement du véhicule est même prévu pour lui restituer les commandes dès que nécessaire.

Concrètement, ce choix de prudence implique que l'entreprise dégage sa responsabilité en cas d'accident, celle-ci étant reportée sans équivoque sur la personne installée au volant au moment des faits. Évidemment, il ne va pas inspirer une grande confiance chez les clients de la marque, ce qui constituera un handicap majeur dans l'adoption de la conduite autonome et, par rebond, dans la compétition concurrentielle, d'autres acteurs allant jusqu'à couvrir eux-mêmes les éventuels sinistres.

Toyota – Autonomous Driving

La position des assureurs dans ce futur paysage pourrait devenir intéressante à observer. Étant contractuellement engagés derrière le conducteur, ce sont eux qui, in fine, portent le risque. Se satisferont-ils des artifices de Toyota ou bien seront-ils tentés de contester son attitude, notamment quand ses discours admettent implicitement que son logiciel de pilotage est susceptible de commettre des erreurs, qu'il laissera le soin à un humain de rectifier tant bien que mal, potentiellement dans l'urgence ?

La situation a bien sûr le temps d'évoluer avant la concrétisation de la promesse de Toyota (qui pourra également changer d'avis d'ici là) mais la démarche offre une perspective supplémentaire sur les enjeux de l'assurance automobile de demain. Pour une bonne partie des spécialistes (la majorité ?), la responsabilité de la conduite autonome incombe au constructeur (ou à son fournisseur de logiciel). Mais qu'arrivera-t-il s'il refuse de l'assumer ? Ses voitures seront-elles exclues, donc invendables ?

La banque privée au-delà de la banque

Citi
Comme en écho à la récente enquête de McKinsey sur l'évolution des attentes des clients de la gestion de patrimoine, Citi Wealth ajoute à sa palette de services l'accès à une sélection d'entreprises et d'experts dans sept domaines extra-financiers prioritaires, parmi lesquels les nouveaux enjeux technologiques occupent une place prépondérante.

La banque privée affirme observer la même tendance que le cabinet de conseil : les familles (notamment à travers leurs « family offices ») et les personnes qu'elle sert demandent plus que le pilotage de leur fortune et de leurs biens. Elles souhaitent également être accompagnées dans leurs besoins opérationnels ou dans leurs choix de vie et semblent considérer que leur partenaire financier pourrait assumer ce rôle.

Avec The Specialist Collection, Citi veut donc répondre à ces aspirations. Il n'est cependant pas question pour elle de se lancer dans des aventures tous azimuts, sur des thématiques où elle ne possède aucune expérience ni la moindre légitimité. Alors, elle se fait intermédiaire à forte valeur ajoutée, sans coût supplémentaire, en recherchant les meilleurs fournisseurs disponibles sur les différents métiers qu'elle veut couvrir et, apparemment, en se positionnant ensuite comme entremetteuse pour leur sollicitation.

Si, comme je l'imagine, les secteurs d'intervention retenus sont aussi issus d'une étude attentive des requêtes – latents ou explicites – des clients, ils reflètent des préoccupations qui méritent certainement l'attention. Il n'y a certes guère de surprise à retrouver dans la liste des catégories telles que les voyages personnels et l'aviation, le conseil en matière de santé et de bien-être, le recrutement de dirigeants (pour la sphère professionnelle), la sécurité physique individuelle et autres du même acabit.

En revanche, l'époque contemporaine marque clairement son empreinte avec deux spécialités : l'assistance technologique et la cybersécurité. La première, qui s'adresse principalement aux « family offices », constitue probablement l'indicateur d'une volonté de moderniser les méthodes traditionnelles de gestion de ce genre de « boutique »… qui, à n'en pas douter, exercera à son tour un impact sur la manière dont la banque privée interagit avec ces clients. Des changements de comportement sont prévisibles.

De son côté, la cybersécurité devient un sujet incontournable pour tout le monde et les plus nantis ne sont évidemment pas immunisés. Au contraire, ils peuvent représenter des cibles privilégiées et leur situation particulière exige des moyens de protection adaptés, ultra-personnalisés et aussi peu intrusifs que possible. Indépendamment des efforts de défense de leur banque sur ce qui est sous son contrôle plus ou moins direct, la mise en œuvre d'une couverture efficace constitue un impératif de notre temps.

Avec cette offre gratuite, Citi ne développe pas son modèle économique. Son objectif est ailleurs : dans un contexte de transformation progressive de la gestion de patrimoine et des attentes de sa clientèle, il s'agit avant tout de renforcer la confiance et le sentiment de proximité. Ceux-ci sont ainsi une composante sous-jacente de la prise en compte de demandes aujourd'hui mal satisfaites, notamment hors du champ financier.

Citi Wealth

RBC aux petits soins pour les nouveaux arrivants

RBC
Contrairement à son grand voisin et à la plupart des pays du monde, le Canada reste à ce jour une terre d'accueil pour les étrangers et c'est dans ce contexte que RBC dévoile une offre bancaire dédiée, destinée à faciliter leur arrivée et leur installation sur le territoire… mais qui, malheureusement, trébuche sur la dernière marche de son parcours.

Les résidents de Chine, de Hong Kong, d'Inde, des Philippines, du Vietnam, du Costa Rica et de trois petits états des Caraïbes ont donc désormais la possibilité d'ouvrir un compte courant jusqu'à 12 mois avant la date prévue pour leur entrée au Canada et d'y déposer jusqu'à 75 000 dollars en une à trois fois. À la seule condition de posséder un justificatif d'identité valide émis par les autorités du pays d'origine, la procédure se déroule entièrement en ligne et prend, en principe, moins de quinze minutes.

Après leur arrivée, les clients pré-enregistrés de la sorte devront activer leur compte, ce qui leur donne immédiatement accès à une carte de crédit, quasiment indispensable pour survivre en Amérique du Nord, délivrée sans score de crédit ou autre analyse de solvabilité, son plafond étant alors déterminé à partir des revenus déclarés (et justifiés). Elle est gratuite au démarrage, tout comme le compte, et (évidemment) accompagnée d'avantages classiques (de type « cashback »), bonifiés durant les premiers mois.

Indépendamment de ses propres objectifs commerciaux avec une population vaste et potentiellement lucrative, l'ambition de RBC est de limiter le stress du déménagement dans une contrée souvent inconnue pour les candidats à l'immigration, permanente ou temporaire. En effet, de nombreuses démarches requièrent un compte bancaire domestique, par exemple pour la perception des salaires ou encore afin de faciliter la fourniture du document de preuve de fonds exigé pour la délivrance d'un visa.

RBC Nouveal Arrivant

La solution présente tout de même un défaut gênant, à savoir cette étape imposée d'activation après le débarquement sur le sol canadien. Non seulement le passage obligatoire dans une agence de l'établissement, probablement pour la validation de l'identité du bénéficiaire réel, paraît-il un peu saugrenu, il empêche surtout de profiter pleinement du compte pré-ouvert avant le franchissement de la frontière, alors qu'il serait utile pour certains actes (le règlement des frais d'inscription à l'université, au hasard).

Malgré ce petit couac, l'initiative de RBC est une excellente illustration d'une approche centrée sur les attentes des clients et elle se traduit par d'autres attentions à l'intention de cette population de nouveaux arrivants, telles que la disponibilité de conseillers – dont une bonne partie ont d'ailleurs connu cette situation de première découverte d'un pays étranger – couvrant 200 langues différentes, pour une communication plus efficace (encore faudra-t-il parvenir à localiser celui dont on a besoin à tout moment).

L'agent d'Alipay automatise le café du matin

Alipay
À l'occasion d'une conférence qui se tenait à Shanghai, Alipay présentait, en collaboration avec Starbucks, un nouveau service implémenté par son agent IA Ah Bao, permettant, par exemple, de commander un café tous les matins à 10 heures et plus généralement, à terme, d'exécuter diverses tâches sur demande.

Lancé en juin dernier, Ah Bao propose déjà des milliers de services pilotés par l'intelligence artificielle maison, allant de la simple recherche d'information – dans des domaines aussi variés que les loisirs, les sorties, la mobilité, le voyage, les soins vétérinaires… – à la possibilité d'exécuter des opérations – héler un taxi autonome, régler une facture… Avec sa dernière démonstration, il devient aussi capable de prendre en charge des commandes de bout en bout, y compris pour une date future.

En pratique, l'utilisateur exprime son besoin en langage naturel dans l'application dédiée, soit, dans la démonstration : « prépare-moi un latte glacé tous les matins à 10 heures ». Si nécessaire, l'outil lui demande des informations complémentaires. Une fois l'ordre confirmé, il assume en totale autonomie sa transmission à Starbucks, son paiement et émet un rappel lors de chaque occurrence. Une option autorise bien sûr la modification ou l'annulation de la tâche à tout moment (mais pourquoi pas via la conversation ?).

Alipay x Starbucks

Aussi séduisantes qu'elles paraissent (à certains consommateurs), ces évolutions technologiques soulèvent quelques sérieuses questions sociétales… Le modèle qu'esquisse Alipay, comme tous les promoteurs forcenés de l'IA, tend vers un monde de robots : les clients ne communiquent presque plus qu'avec des agents, des machines dirigent les employés des entreprises, en attendant de les remplacer entièrement, et la « livraison », surtout dans le cas des partenaires privilégiés du géant chinois (McDonald's, KFC…), est industrialisée à outrance. Une telle perspective, focalisée exclusivement sur la productivité maximisée, fait-elle rêver tant de personnes ?

Un compte au Crédit Agricole dès 10 ans

Crédit Agricole
En plein rattrapage de son retard « digital », le Crédit Agricole ajoute désormais à sa nouvelle capacité d'ouverture de compte 100% en ligne une option – en partie inédite en France – accessible aux enfants de ses clients, à partir de 10 ans, qui vient donc compléter le livret d'épargne proposé dès la naissance, beaucoup plus ancien.

Les deux gammes de produits sont maintenant ouvertes à la souscription, de bout en bout, depuis l'application mobile de l'enseigne. Gratuite jusqu'à la majorité, l'offre de compte courant est assortie d'une carte de paiement, qui peut également être dématérialisée sur le téléphone du bambin. Naturellement, les parents disposent d'une totale visibilité sur l'activité de leur progéniture avec son argent, ainsi que de fonctions classiques de suivi des opérations et diverses possibilités de contrôles personnalisés.

La banque verte justifie son initiative par la nécessité d'apprendre au plus tôt les ficelles de la gestion financière… sans oublier de vanter le côté pratique pour les adultes de disposer d'un moyen simple de distribuer l'argent de poche (et d'en surveiller l'utilisation). En soutien à son premier argument, l'enfant aura tout intérêt à installer l'application du Crédit Agricole sur son propre « smartphone » afin d'y retrouver les services de pilotage budgétaire qui l'aideront à parfaire son apprentissage.

Crédit Agricole – Un Compte à 10 Ans

Le prétexte de l'éducation financière présente certes une certaine légitimité mais, en l'état, l'approche retenue est handicapée par une implémentation défaillante sur ce plan. De toute évidence, la consultation des transactions réalisées, en temps réel, ou les alertes lors de mouvements importants (par exemple la réception d'un versement, j'imagine) sont ridiculement insuffisants pour une démarche pédagogique sérieuse. Et si l'effort est reporté sur les parents, il leur faut un minimum d'accompagnement.

La littératie financière constitue un enjeu majeur dans les sociétés numériques du XXIème siècle, où l'argent, ayant perdu toute matérialité, n'est plus représenté que par des chiffres sur un écran. À défaut de continuer à donner des billets et des pièces aux enfants, afin de leur inculquer la notion initiale de ce qui rentre, ce qui sort et ce qui reste de leur cagnotte (revenus, dépenses, épargne), une méthode éducative adaptée est indispensable pour prétendre participer à la formation des futures consommateurs.

Sans cette composante critique, une offre de produit bancaire pour de très jeunes enfants ne relève que d'une démarche commerciale, dont on peut alors débattre de son caractère éthique, quand bien même les adultes conservent un droit de regard.

Le bien-être financier devient incontournable

PNC Bank
En Amérique du Nord, le bien-être financier comme avantage salarié prend de l'ampleur depuis quelques années. Une initiative un peu saugrenue de la part de PNC Bank tend à démontrer que le sujet est désormais incontournable et répond à une attente majeure des consommateurs… que l'industrie a encore du mal à appréhender.

J'admets que mon raisonnement est légèrement tiré par les cheveux mais l'histoire nous enseigne que les concepts saillants, ceux qui marquent leur époque, passent toujours par une phase de « blanchiment », c'est-à-dire leur adoption superficielle par des acteurs pressés de se donner une image avant-gardiste, sans faire l'effort d'une implémentation sérieuse, voire sans même comprendre ce dont il est question. Voilà donc le premier signe de l'atteinte de ce stade pour le bien-être financier.

Historiquement, le domaine était l'apanage de spécialistes des avantages pour les salariés, d'abord jeunes pousses (dont la regrettée Kaira, au Québec) puis entreprises établies, en complément d'offres plus globales pour ces dernières. Désormais, une banque vient donc se positionner, ce qui semble légitime au premier abord : quoi de plus logique qu'un établissement dont le métier est de fournir des services financiers pour aider ses clients – ou la population – à se sentir en confiance avec leur argent.

Hélas, PNC usurpe sans vergogne le principe du bien-être aux seules fins de développer ses ventes. Sous le nom Workplace Advantage, elle propose en effet aux entreprises de plus de 100 employés de distribuer son compte bancaire classique, assorti du programme de récompenses normalement réservé à ceux qui justifient de plus de 25 000 dollars de dépôt, de contenus pédagogiques en ligne, de conférences éducatives et d'un accès à des conseillers supposés experts de la thématique.

PNC Workplace Advantage

Cet assemblage relativement classique dans bien des banques a-t-il la moindre chance d'infléchir les tristes statistiques sur l'impact des soucis d'argent sur la productivité des collaborateurs – entre autres les plus de 3 entreprises sur 4 qui constatent l'effet du stress de leurs effectifs sur leurs opérations ou les 4 heures par semaine, en moyenne, que passent les travailleurs à penser à leur situation au lieu de se concentrer sur leur mission ? C'est peu vraisemblable. Mais les employeurs pourront le mesurer !

L'accompagnement du bien-être financier demande beaucoup plus pour être efficace, notamment en termes de coaching de proximité, adapté au contexte de chaque individu. Que PNC Bank s'approprie l'expression afin de déguiser une offre extrêmement banale, en espérant de la sorte lui redonner du lustre est typique des démarches trompeuses affectant les idées émergentes dont le seul nom suffirait à séduire les clients. Si le bien-être financier se trouve aujourd'hui dans cette position, c'est une preuve de l'importance qu'il revêt et c'est de bon augure pour son développement « sincère ».

La banque en ligne de mire pour Lydia

Sumeria
Quinze ans après ses débuts et quelques épisodes mouvementés, Lydia Solutions annonce aujourd'hui atteindre la rentabilité pour l'ensemble de ses activités – échanges d'argent et comptes de paiement – et profite de l'occasion pour exposer sa vision d'avenir, qui passera par l'acquisition d'une licence bancaire de plein exercice.

Le jalon est extrêmement important, pour la jeune pousse, bien sûr, mais aussi comme une illustration de la manière par laquelle la FinTech – celle des origines, pas celle qui se contente de créer des produits technologiques pour l'industrie financière – est réellement capable de révolutionner les modèles économiques en vigueur depuis la nuit des temps. Qu'on y réfléchisse : Sumeria, la marque qui portera ses ambitions bancaires futures, parvient à l'équilibre à peine plus de deux ans après son lancement.

Certes, elle n'est pas partie de rien et s'est appuyée sur l'expertise et les composants élaborés dans le cadre de l'application de règlements entre proches Lydia. Mais elle existe maintenant comme une solution financièrement autonome, exclusivement grâce à son compte courant dont, notamment, un client sur cinq choisit l'offre payante, dans une tendance qui voit en outre de plus en plus d'utilisations comme compte principal, ce que reflète un autre chiffre : 26 paiements mensuels par carte émise, en moyenne.

La recette du succès comporte deux composantes essentielles, qui valident brillamment toutes les promesses de la FinTech telle qu'elle est née vers 2007-2008. Il s'agit d'abord d'offrir aux consommateurs (en l'occurrence) une expérience incomparable, toujours pensée selon leur point de vue. Deuxième point, la maîtrise technique inscrite au cœur de l'entreprise lui procure un avantage extraordinaire sur ses coûts structurels… ce qui facilite évidemment sa capacité à créer un modèle profitable.

Dans ce contexte et plus particulièrement au vu des attentes de ses clients les plus fidèles (dont, en priorité, ceux qui gèrent l'essentiel de leur relation à l'argent avec Sumeria), Lydia Solutions souhaite donc passer à l'étape suivante et proposer en propre, dans la continuité de sa stratégie, un catalogue de produits plus complet, incluant par exemple crédit, épargne, investissement… Pour cette raison, elle a entamé en 2025 les démarches en vue d'obtenir un agrément d'établissement de crédit.

En filigrane, la licorne réagit d'une certaine manière (en la citant explicitement) à l'annonce récente par Revolut de sa toute nouvelle licence en France. Cette dernière démontre que l'initiative n'est pas une chimère. Plus important, je pense, elle constitue un défi à relever pour Lydia, de s'imposer comme un concurrent sérieux à ce qui ressemble à un rouleau compresseur mondial aux plus de 80 millions de clients. Le pari est ambitieux mais pas si fou qu'il y paraît : l'ancrage local a aussi de la valeur !

Sumeria

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