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Ally exploite des personas intelligents

Ally Financial
Parmi les 10 lauréats de la deuxième édition de l'innovation de l'année organisée par la revue American Banker, celle d'Ally Financial retient mon attention avec sa création de personas d'un nouveau genre : au lieu des profils statiques utilisés habituellement pour représenter des clients types, les siens sont des agents IA spécialisés dynamiques.

Le principe n'est pas entièrement inédit… puisque j'avais évoqué ici même les premières expérimentations menées par une jeune pousse, Blok, quelques mois avant qu'Ally ne lance son projet. Ce dernier est désormais pleinement opérationnel et six collaborateurs virtuels – Alex, Charlie, Jessie, Jordan, Logan et Sam – endossent le rôle d'autant de segments de prospects et clients, avec leurs caractéristiques propres, telles que contexte financier, objectifs, valeurs, préférences, marques favorites…

Tout comme leurs versions statiques, ces sortes d'avatar servent à évaluer régulièrement comment les évolutions et changements envisagés sont susceptibles d'être perçus par les personnes impactées, avant leur mise en œuvre. En revanche, là où le concept historique repose sur un exercice de pensée largement subjectif et donc approximatif, le recours à des agents entraînés avec des données réelles (issues d'un historique considérable) permet d'obtenir des résultats plus objectifs et plus précis.

Outre cet aspect qualitatif, qui, lors des premiers essais sur 25 scénarios, a concrétisé son potentiel avec un engagement client multiplié par trois, l'adoption de l'intelligence artificielle pour cet usage présente aussi des avantages de réactivité. Il est ainsi possible de soumettre toute amélioration au crible des personas et d'obtenir instantanément des recommandations pour son optimisation. Le gain de temps est énorme par rapport à des tests avec des cobayes, pour une performance proche.

À titre d'illustration, l'établissement évoque sa mise en œuvre sur un service de gestion de portefeuille d'investissement. Le dispositif, notamment sous les traits d'un investisseur actif (entre autres attributs), pourra suggérer de compléter les informations fournies sur les portefeuilles qu'il jugerait insuffisantes. Notons que, dans tous les cas, c'est à un humain (dont l'emploi n'est pas menacé !) que reviendra la décision de suivre ou non le conseil, puis, naturellement, de définir les modalités d'implémentation.

Ally est tellement satisfaite de sa solution qu'elle a commencé à la décliner en interne, pour les systèmes destinés à ses employés. Ceux-ci sont donc maintenant aussi incarnés par des personas, avec lesquels le département des ressources humaines peut, par exemple, évaluer les réactions prévisibles à une modification de ses avantages salariés. De manière générale, l'ambition est limpide : il s'agit d'utiliser la technologie afin de garantir que le point de vue de l'usager est toujours au centre des préoccupations.

American Banker Innovation of the Year

BMO imagine un GPS de l'argent

BMO DollarGPS
Alors que je critiquais récemment ses initiatives dispersées en la matière, BMO annonce le lancement d'une nouvelle solution de pilotage des finances personnelles visant à en appréhender (presque) toutes les dimensions simultanément. Étonnamment, elle est distribuée en totale indépendance des services bancaires existants.

Au premier abord, DollarGPS, développée avec un partenaire, ressemble à la plupart des outils de PFM traditionnels. Cependant, une fois terminés l'enrôlement et la connexion aux différents établissements dans lesquels l'utilisateur détient des produits (à moins qu'il ne préfère saisir manuellement les informations), la perspective change radicalement. Il n'est plus question de porter un regard, aussi affûté soit-il, sur le passé et sur les quelques jours à venir mais de se projeter… sur plusieurs décennies.

L'application s'articule autour de quatre volets complémentaires. Le premier est celui de la prévision : à partir de l'analyse des revenus, des dépenses, de l'épargne, de l'endettement et du patrimoine, sous-tendue par une connaissance détaillée des instruments impliqués, elle propose une prédiction relativement précise de la situation globale à trente ans, qui servira ensuite de fondation aux autres fonctions disponibles.

La deuxième étape cible les initiatives tactiques destinées à accroître la « richesse » (pour tous), par exemple en suggérant de réévaluer la stratégie d'investissement ou la nature des crédits en cours. La troisième phase concerne les objectifs de vie, avec des conseils sur des grandes questions existentielles (louer ou acheter sa résidence ?) et une assistance à la préparation d'un plan d'action. Chaque recommandation s'accompagne évidemment d'une illustration de son impact sur la vue à long terme.

BMO DollarGPS

Le panorama se termine avec la gestion de budget. Elle arrive en dernier car elle synthétise l'ensemble. D'abord, elle invite l'utilisateur à se concentrer exclusivement sur ses dépenses courantes, la charge des emprunts étant automatiquement intégrée, à sa juste valeur. Plus important, les ajustements nécessaires afin d'accommoder l'ensemble des projets enregistrés précédemment sont aussi pris en compte. Il devient ainsi facile d'étudier des scénarios, en jouant sur tous les paramètres disponibles (montants, échéances, sacrifices, libéralités…), et de mesurer leurs effets sur le quotidien.

Comme je le mentionnais en introduction, DollarGPS est un logiciel autonome, entièrement déconnecté des services bancaires de BMO. Il est ainsi accessible à tous les consommateurs, clients ou non de l'établissement, et, parce qu'il se contente de prodiguer des conseils génériques sans jamais préconiser un produit précis (et encore moins suggérer de le souscrire directement), ses concepteurs vantent son objectivité. Dans ces conditions, son modèle économique repose logiquement sur un abonnement payant, dont on sait toutefois qu'il a du mal à prendre dans sa catégorie.

Il resterait à voir comment ces promesses se concrétisent mais la description de la solution est alléchante. Elle représente une des rares approches des finances personnelles qui appréhendent le sujet sous un angle cohérent avec celui qu'en connaît sa cible : comme un tout indissociable, au sein duquel il faut arbitrer des choix, entre plusieurs rêves, à plus ou moins brève échéance, la réduction de l'endettement, sans avoir à se priver au jour le jour… et le désir impérieux de se rassurer pour l'avenir.

Même Monzo oublie parfois ses clients

Monzo
Voici une nouvelle petite leçon de design proposée par Monzo, illustrant cette fois comment une équipe, aussi performante soit-elle, peut finir par perdre de vue son objectif prioritaire – répondre au besoin de ses clients –, comment elle a repéré et analysé son problème et comment elle a alors redressé la barre… de manière assez contre-intuitive.

Au départ, c'est une histoire comme on en rencontre dans toutes les entreprises, petites ou grandes, et en particulier dans les départements d'innovation. Une étude approfondie auprès de l'audience cible révèle une attente à combler, un premier produit est conçu afin d'y répondre et il rencontre le succès. Jusque là, tout va bien. Puis, de nouvelles fonctions viennent s'ajouter et, progressivement, les utilisateurs n'adhèrent plus : ils ont été oubliés en cours de route, par (fausse) certitude de les avoir compris.

Dans le récit de Monzo, le service en cause est celui qui permet aux clients d'intégrer leur crédit hypothécaire, quel qu'en soit le fournisseur, dans leur application bancaire de manière à pouvoir en suivre la vie et obtenir des conseils pendant toute sa durée, notamment à travers des scénarios de remboursement anticipé ou d'impact d'une évolution des taux d'intérêt… ainsi qu'un rappel à son échéance, pour envisager son renouvellement. Un demi-million de clients ont profité de l'option en à peine deux ans.

Forte de ses résultats, la jeune pousse a cherché à enrichir sa proposition de valeur avec toutes sortes de capacités complémentaires autour de ce socle. Parmi elles, l'idée d'offrir un accès à un courtier à la fin du contrat paraissait naturelle et elle a aussitôt été mise en œuvre, avec un partenaire. Las, après quelques itérations de ce genre, les responsables ont pris conscience que les usages ne progressaient plus et que les adeptes de la première heure ne semblaient pas intéressés par ces adjonctions.

Monzo Personas

Le premier enseignement de cette expérience est celui-ci : il faut en permanence vérifier sur le terrain que les évolutions apportées sont effectivement adoptées par les intéressés. Même s'il est normal de rencontrer des échecs sur une partie d'entre elles, il est important de savoir détecter quand le chemin emprunté s'écarte irrémédiablement de la réussite. Monzo a donc mis sur pied un groupe de travail afin d'explorer les raisons de son égarement… en commençant par une banale enquête auprès des clients.

Point essentiel de la démarche, en parallèle de cet exercice, tous les développements sur le périmètre du service en question étaient suspendus, les ingénieurs qui y étaient affectés étant redéployés sur d'autres sujets. Mais ces mouvements de personnels ont été formellement limités à deux mois, de telle sorte que, à l'issue de cette pause, les effectifs soient prêts pour le redressement. Incidemment, ces missions temporaires procurent aussi une occasion aux personnes concernées d'apprendre autre chose.

Quant aux conclusions de l'étude, elles ont exposé des erreurs élémentaires (détaillées à travers des personas illustrés en bande dessinée, cf. ci-dessus), démontrant ainsi combien la concentration des efforts sur la création de fonctions additionnelles est dangereuse si elle n'est pas régulièrement réalignée sur la réalité des clients. Entre la déception créée par le renvoi vers un site tiers pour la recherche d'un nouveau crédit, contraire aux valeurs fondamentales de Monzo, et la demande de contact humain de la part d'une partie des emprunteurs, les corrections nécessaires n'étaient pas trop complexes pour des employés remotivés après un épisode d'incertitude.

Monzo Remortgage

Arkéa capitalise sur la facture électronique

Crédit Mutuel Arkéa
Les grandes manœuvres sont toujours en cours autour de la facturation électronique, dont la réglementation qui l'impose aux entreprises approche à grands pas. En parallèle des banques qui offrent le service à leurs clients, une autre tendance, à laquelle cède aujourd'hui Arkéa, consiste à conquérir les cabinets comptables.

En acquérant le spécialiste Seqino l'année dernière, l'enseigne bretonne dessinait une stratégie originale dans le domaine, qui commence maintenant à se concrétiser. Elle proposera en effet, à partir de septembre prochain, d'associer à sa plate-forme de facturation électronique agréée une solution de compte bancaire et de paiement en marque blanche, avec laquelle elle espère donc développer sa clientèle professionnelle par l'intermédiaire des cabinets comptables qui en constitue la cible principale.

L'initiative rappelle évidemment celle de Tiime (elle-même en réponse probable à une offensive de Qonto vers la même audience), toutes ces évolutions démontrant combien l'opportunité de séduire ces acteurs – afin de mieux atteindre les entreprises, naturellement – déclenche les passions. Bien qu'elle se lance tardivement, Arkéa introduit dans cette bataille un argument différenciateur, à savoir la faculté pour chacun de ses partenaires de personnaliser les comptes à leurs propres couleurs.

Nous voyons ainsi désormais parmi les établissements financiers deux approches distinctes se profiler autour d'une même vision d'un fournisseur de services universel aux PME, qui représente le segment le moins bien servi par l'industrie. Les uns, se projettent directement dans ce rôle, et consolident une gamme complète de produits afin de combler les besoins. Les autres, tels qu'Arkéa, estiment que les comptables sont mieux placés et il s'agit alors de leur procurer les outils que requiert leur mission.

Ce dernier raisonnement est, a priori, plus réaliste dans la mesure où, en comparaison de la banque et de son conseiller généraliste, le comptable entretient une relation dans laquelle le niveau de confiance est proche mais qui présente l'avantage potentiel d'une connaissance plus précise du contexte spécifique de chaque entreprise, ne serait-ce que son métier et ses particularités. En revanche, l'inconnue dans cette démarche réside dans l'intérêt qu'auront réellement ces professionnels à diversifier leurs activités.

Seqino

Une baguette magique pour payer !

Cash App
Apparemment, la carte et le téléphone ne sont plus suffisants comme supports de paiement. Au fil du temps, sont apparus les montres, les bagues, les bracelets… connectés, censés faciliter la vie des consommateurs. Cash App a ajouté une « baguette magique » à la liste… et son succès ouvre la voie à d'autres gadgets du genre.

Oubliez les cartes personnalisées – qu'il s'agisse de designs originaux (et souvent en série limitée) ou de laisser au porteur le soin d'en créer le motif – qui représentent déjà une source de revenus non négligeable pour les émetteurs. Les clients, en particulier parmi les plus jeunes, en recherche permanente d'un moyen de se distinguer de leurs pairs ont commencé à créer des objets plus ou moins farfelus dans lesquels insérer leur bout de plastique, apparemment dans le sillage d'une tendance TikTok.

Elle-même très populaire auprès de la génération Z, Cash App n'a pas manqué de détecter le bon filon et s'est donc inspirée d'une des options les plus répandues chez ces bricoleurs – notamment dans le but de régler leurs achats dans les drive-ins sans contorsions inutiles – pour commercialiser, au prix de 25 dollars, cette baguette magique équipée d'une puce NFC qu'il suffit d'activer depuis l'application mobile de l'enseigne pour l'utiliser en substitution à la carte habituelle sur tout terminal compatible Visa.

Cash App Wand

En dépit des arguments de commodité d'usage, en comparaison du portefeuille ou du téléphone qu'il faut sortir de son sac à main ou de sa poche au passage en caisse, qui n'ont déjà plus de valeur avec, entre autres, la montre, il ne faut voir dans cette initiative qu'un coup marketing jouant sur l'appétence de sa cible à exprimer sa différence dans son style, même si celui-ci me paraît excessivement kitsch. Et la recette fonctionne admirablement : le stock fixe mis en vente a été écoulé en quelques heures.

Et parce que les jeunes sont prêts à dépenser régulièrement pour toute opportunité de montrer leur capacité à sortir du lot et à définir des modes, Cash App a la ferme intention de développer une offre dédiée de « Tags », renouvelée fréquemment, lui permettant de démultiplier les revenus qu'elle tire aujourd'hui des cartes personnalisées. Naturellement, les mécanismes sociaux sur lesquels elle joue lui donne aussi l'espoir de provoquer des phénomènes viraux susceptibles d'attirer une clientèle additionnelle.

Un assistant IA polyvalent chez CommBank

CommBank
La première génération d'assistants bancaires dopés à l'intelligence artificielle, qui se contentent de faciliter l'accès à l'information, est en train de laisser place, progressivement, à une deuxième vague, plus sérieusement axée sur l'aide au pilotage de l'argent. Pour CommBank, l'évolution s'adresse autant aux entreprises qu'au grand public.

Son « compagnon », intégré dans l'application mobile de l'établissement, mérite bien son nom puisqu'il est conçu, dans un mode conversationnel (écrit) désormais classique, pour répondre aux questions que se posent ses utilisateurs sur leurs finances personnelles ou professionnelles, au sens large. Qu'il s'agisse de mieux comprendre l'état de ses comptes ou d'explorer la possibilité d'un projet d'avenir, il livre ses recommandations personnalisées, prêtes à exécuter dans le même environnement.

À partir des données de transactions et d'épargne, combinées à une connaissance du contexte de la banque, l'outil est ainsi capable, par exemple, de suggérer un plan budgétaire en vue de préparer un prochain voyage, de décliner quelques scénarios pour l'acquisition d'un bien immobilier, en évaluant notamment leur impact sur les dépenses du quotidien… Mais il connaît ses limites : il ne prodigue pas de conseils dans des domaines réglementés et jamais il ne prendra de décision de manière autonome.

Pour les entreprises, il sait dès maintenant identifier des tendances, surtout quand elles sortent de l'ordinaire, et élaborer des prévisions de trésorerie, dans des termes simples, accessibles aux non spécialistes. Il peut aussi comparer des catégories de produits, tels qu'une autorisation de découvert et un crédit, et de la sorte éclairer des choix souvent faits arbitrairement. À l'avenir, il sera aussi en mesure d'appréhender des hypothèses (d'investissement, de recrutement…) et d'en déterminer les impacts probables.

CommBank Companion

À ce stade, le « compagnon » de CommBank est déployé auprès de quelques firmes cobayes et de ses propres employés, qui devraient bientôt être rejoints par une cohorte de clients testeurs, pour une phase expérimentale dont la durée n'est pas précisée. C'est que, naturellement, les responsables sont extrêmement prudents face à une technologie dont ils ne maîtrisent pas forcément toutes les conséquences, bien qu'ils aient mis en œuvre tous les garde-fous imaginables contre d'éventuelles dérives.

Si tout se déroule comme prévu – puisqu'il n'est même pas exclu que l'initiative avorte avant la généralisation –, la banque a déjà envisagé les prochaines extensions, démontrant qu'elle la conçoit comme un travail au long cours, vraisemblablement sans fin. Il est question, entre autres, d'ajouter ultérieurement des fonctions supplémentaires permettant à un entrepreneur de se comparer avec ses concurrents, de vérifier l'adéquation de son activité, heure par heure, avec le personnel disponible…

Quand bien même ce progrès vers une approche réellement centrée sur les besoins des clients – sans détournement immédiat vers l'opportunité d'une vente – serait le seul bénéfice de la prolifération d'intelligence artificielle dans le secteur financier, il en vaut la peine. Et je suis prêt à adopter la vision du patron de la banque de détail de CommBank quand il décrit la transition de son métier de quelque chose dans laquelle les clients naviguent vers un système qui leur remonte proactivement l'information pertinente.

Le partage de dépense bientôt dans Apple Pay

Apple
Petit à petit, Apple ajoute des fonctions à son porte-monnaie mobile, qui pourrait de la sorte devenir, à terme, un véritable outil de gestion financière. La nouveauté du jour (ou, plutôt, de demain) serait, selon les informations confidentielles de Bloomberg, une option de répartition des dépenses entre plusieurs participants, actuellement en préparation.

Anecdotique par rapport à des capacités telles que l'épargne ou le paiement fractionné, ce service n'en est pas moins un complément naturel aux capacités de paiement entre pairs introduites en 2017 (aux États-Unis). Il sera certainement apprécié, en particulier parmi la population jeune, généralement friande de ce genre de facilités pour leur vie quotidienne, par exemple dans le cadre de l'achat d'un cadeau en commun, d'une réservation groupée pour un événement et autres avances de frais pour des proches.

La mise en œuvre devrait être alignée sur l'état de l'art… et ce qu'offrent la plupart des solutions équivalentes du marché. Concrètement, il suffira à la personne qui souhaite se faire rembourser une partie d'un achat de prendre le reçu correspondant en photo. Après l'analyse de son contenu, il lui restera à sélectionner les items à affecter à ses différents contacts. Une fois l'opération terminée, des requêtes de paiement sont envoyées automatiquement à ces derniers via les mécanismes de transfert P2P existants.

Apple prend certes son temps mais la tendance est claire : son objectif est de satisfaire progressivement tous les besoins des consommateurs en matière d’argent. Dans ce registre, il lui manque cependant une composante majeure de gestion – ou, a minima, de suivi – budgétaire, ses premiers pas, timides, dans cette direction s’appuyant sur un acteur bancaire. En outre, ces efforts (à l'exception de cette expérience avec Monzo, justement) sont circonscrits au marché américain, ce qui démontre la difficulté, même pour un géant mondial, à projeter à l'international ses innovations dans la finance.

Toujours est-il que la stratégie devrait encourager les banques – y compris dans les régions qui ne sont pas encore sous la menace mais le seront un jour ou l'autre – à s'interroger sur ce qui fait le succès d'Apple (un indice : l'expérience utilisateur). Alors que l'ouverture des interfaces sans contact de ses téléphones, imposée par la réglementation, n'a pas produit le choc de concurrence espéré (au-delà de quelques initiatives confidentielles), c'est un autre facteur de différenciation qu'il faudrait prendre en compte afin de contenir l'hégémonie de la marque sur les paiements mobiles.

Apple Cash


BYD garantit la conduite autonome

BYD
La prochaine révolution de l'assurance automobile est désormais engagée : le constructeur chinois BYD offre une garantie inédite aux utilisateurs de son système de conduite autonome, indépendamment des couvertures souscrites par ailleurs. Le changement est logique… mais l'industrie et les régulateurs sont-ils prêts à l'appréhender ?

Une première étape avait été franchie l'an dernier avec une protection similaire lors de l'usage de la fonction de parking automatique, avec laquelle les risques étaient évidemment limités. Cette fois, tout accident intervenant pendant que l'option « God's Eye » de conduite assistée en milieu urbain est activée sera intégralement pris en charge, sans coût supplémentaire, pour les dommages au véhicule et à ceux des tiers impliqués ainsi que pour la responsabilité civile, sans limitation de montant et sans impact sur la prime d'assurance du propriétaire. L'offre est toutefois limitée à un an.

Pour BYD, l'enjeu est avant tout commercial. Dans un contexte de concurrence exacerbée sur ses terres natales (qui s'étend actuellement en Europe), l'ajout représente un facteur de différenciation, complété d'ailleurs par un tarif agressif (de l'ordre de 1 500 €) pour son module d'assistance. Il constitue en outre un instrument de promotion de ce dernier, alors que ce genre de système souffre encore d'une certaine méfiance parmi le grand public. Et la recette semble réussir à merveille : le recours au parking automatique est passé de 21% à 93% du parc après l'opération précédente.

En coulisses, le constructeur a de quoi tenir sa promesse sans trop s'inquiéter pour ses finances. Ses plus de 3 millions de voitures équipées de dispositifs intelligents (enrichis régulièrement) parcourant quelques 200 millions de kilomètres chaque jour en mode autonome lui procurent une masse considérable de données sur lesquelles ses équipes, composées de 5 000 ingénieurs, œuvrent en vue d'affiner les algorithmes embarqués et visent un objectif ultime de zéro accident (ou presque, soyons réalistes).

Indépendamment de ces considérations, et des préoccupations sociétales vis-à-vis de la sécurité routière (objectivement renforcée par l'automatisation), la démarche de BYD apporte un début de réponse à une problématique qui devrait rapidement devenir centrale avec l'expansion des voitures entièrement autonomes. En effet, dans cette situation, l'entité assurée ne peut plus être, comme aujourd'hui, le conducteur, puisqu'il ne porte évidemment aucune responsabilité dans les éventuels sinistres. BYD laisse entrevoir la possibilité qu'il assume le risque… mais ce n'est pas la seule possibilité.

BYD

Mastercard lutte contre les marchands fantômes

Mastercard
Je ne sais pas pour vous mais quand je vois certaines arnaques, surtout en ligne, je me demande toujours comment il est possible que leurs auteurs aient accès aux systèmes de paiement standards, notamment par carte. Heureusement, Mastercard prépare une nouvelle gamme de services permettant de les refuser à l'entrée. Il était temps.

Le fléau a pris de l'ampleur avec l'explosion du e-commerce due à la pandémie de 2021 et il est aujourd'hui en progression exponentielle grâce au recours à l'intelligence artificielle. Les escrocs sont en mesure de créer très rapidement des boutiques (parfois physiques, plus souvent virtuelles) imitant des enseignes connues, sur lesquelles ils attirent les gogos avec des articles rares ou à prix cassé… qu'ils ne livrent pas (ou pas tels que promis), voire qui leur servent à détourner des données de paiement.

Avec ses nouveaux « Merchant Trust Services », Mastercard veut (enfin !) s'attaquer au problème. S'appuyant sur ses capacités de collecte d'information sur les entreprises et ses compétences en analyse de données, qui autorisent une détection précoce des comptes suspects, il propose aux établissements acquéreurs et aux plates-formes d'encaissement de les identifier et de les filtrer au plus tôt dans la (coûteuse) phase d'enrôlement et donc avant même qu'ils ne puissent installer leur activité criminelle.

En parallèle, une deuxième option devrait être déployée prochainement en Europe et aux États-Unis (la généralisation mondiale étant prévue d'ici la fin de l'année), à l'intention des émetteurs, cette fois. Le « Merchant Scam & Risk Indicator » (MSRI) leur fournira une estimation de la fiabilité du bénéficiaire durant la procédure d'autorisation. Des tests préliminaires démontrent son efficacité, avec des alertes, émises jusqu'à 90 jours plus tôt, sur 80% des marchands signalés avec les mécanismes existants.

Mastercard Merchant Trust Services

La réactivité est évidemment critique car le temps est l'élément sur lequel comptent les malfaiteurs pour maximiser leurs profits. La possibilité de déployer en quelques heures des dizaines ou des centaines de plates-formes d'e-commerce fictives, d'en propager l'existence sur le web et d'attirer des milliers de consommateurs crédules n'a de valeur que si l'illusion peut perdurer suffisamment longtemps, de manière à pouvoir engranger une somme significative et la faire « disparaître » avant toute riposte.

Tous les participants de la chaîne de valeur ont intérêt à réduire ces fraudes… et par voie de conséquence à profiter de l'initiative de Mastercard. Les marchands légitimes jouent la confiance de leurs visiteurs et clients : le moindre doute sur leur site est synonyme de vente perdue. Les émetteurs de carte sont confrontés aux réclamations de leurs porteurs, qui leur coûtent extrêmement cher. Les acquéreurs, enfin, sont, en dernier recours, responsables des malversations qu'ils autorisent passivement.

Cependant, cette perspective de bénéfices soulève une question essentielle : pourquoi fallait-il attendre 2026 pour que les acteurs des paiements envisagent d'instaurer un protocole de validation des entreprises auxquelles ils prêtent leurs services ? Peuvent-ils réellement invoquer une complexité (technique, peut-être ?) à mettre en place des barrières robustes contre les arnaques qui écument le web (entre autres) ?

Un outil pour appréhender la fidélité des clients

Krakn
Depuis toujours, la plupart des entreprises se démènent afin de développer la fidélité de leurs clients. Hélas, les outils à leur disposition pour évaluer les résultats de leurs efforts restent désespérément primaires. En mesurant l'attachement à la marque, le LoveScore de Krakn propose une approche sur un de ses principaux facteurs.

Aujourd'hui la panoplie des directions marketing, les plus concernées par le sujet, comprend, pour l'essentiel, deux instruments : les enquêtes de satisfaction et le « Net Promoter Score » (NPS). Or les deux, même correctement exploités, souffrent d'une limitation majeure, à savoir qu'ils n'autorisent pas une projection vers le long terme. Les premières parce qu'elles ne portent que sur un ressenti vis-à-vis d'une expérience passée et le second parce qu'il révèle uniquement une perception instantanée.

Conçu à partir de l'expertise en sciences comportementales de l'équipe de Krakn et d'une (relativement) vaste littérature de recherche spécialisée, le LoveScore s'appuie sur une combinaison de paramètres dans le but de qualifier le lien affectif profond de ses clients avec l'entreprise : le niveau d'attachement, résumant 15 facteurs psychologiques, les traits de personnalité, les modèles décisionnels et les éléments de contexte susceptibles d'influer sur les calculs statistiques (tels que l'ancienneté de la relation).

Une enquête auprès de 4 000 français, focalisée sur le secteur de l'assurance automobile, donne une idée de l'intérêt de la démarche, en comparaison du seul NPS. Ainsi, la petite moitié de consommateurs qui reçoivent un score élevé attribue trois fois plus fréquemment une note de 9 ou 10 (donc promoteurs) et ils présentent six fois moins de risques (4% contre 27%) d'être détracteurs. Et ces écarts se retrouvent explicitement sur les ventes, à travers, par exemple, un taux de multi-équipement supérieur.

Krakn – LoveScore

Reconnaissant que les deux indicateurs sont complémentaires, Krakn a récemment enrichi son dispositif de diagnostic, qui croise désormais le LoveScore et le NPS en vue de segmenter les clients d'une firme selon six profils, entre les personnes en rupture (détracteurs sans attachement) et les « lovers » (promoteurs avec un lien puissant). Cette catégorisation fournit aux décideurs un moyen inédit de, d'abord, comprendre à qui ils s'adressent puis d'élaborer une stratégie d'amélioration adaptée.

En effet, au-delà de ses travaux théoriques et de son comparatif entre 12 grands assureurs français, le cabinet de conseil offre un accompagnement personnalisé aux entreprises de tous secteurs désireuses de compléter leur méthodologie. Commençant par une évaluation sur un échantillon représentatif de clientèle, l'équipe en extrapole les résultats sur l'ensemble de leur portefeuille de manière à, entre autres, estimer la valeur moyenne (financière) dans chaque segment (LTV, « LifeTime Value »). Vient ensuite l'étape, collaborative, de choix des priorités et de préparation d'un plan d'action.

Le secteur financier, qui, par ses produits inscrits dans la durée, peut croire à une fidélisation « automatique », constitue une cible privilégiée naturelle pour la solution de Krakn, en particulier dans le contexte de croissance rapide de concurrents émergents, capables de s'emparer sans bruit d'une part potentiellement lucrative de la relation existante. Seule une attention soutenue à l'attachement des clients pourra anticiper et éviter les petites trahisons… qui coûtent souvent plus cher que les ruptures.

Plaidoyer pour le bien-être financier (encore !)

Forrester
C'est une rengaine, mais elle est indispensable puisque l'industrie semble refuser obstinément de l'entendre : une fois de plus Aurélie L'Hostis, pour le cabinet Forrester, prend la plume pour encourager les institutions financières à prendre des initiatives focalisées sur le bien-être financier de leurs clients. Or les lignes commencent à bouger.

Quand bien même l'envisager exclusivement à destination des ménages en difficulté serait extrêmement réducteur, la (nouvelle) crise du pouvoir d'achat engendrée par le blocus du détroit d'Hormuz, qui affecte directement le porte-monnaie de millions de familles et suscite parmi elles une angoisse quotidienne, constitue indubitablement une occasion de prendre conscience de l'importance du sujet, de ses conséquences sur les comportements et des opportunités qu'il offre aux acteurs du secteur.

Aurélie le rappelle inlassablement, la prise en compte du stress des individus vis-à-vis de leur situation budgétaire, qui exige une approche personnalisée sur des critères (notamment psychologiques) différents des segmentations marketing classiques, apporte des bénéfices mesurables sur leur confiance et leur loyauté, à long terme, stimulées par des possibilités de préconisation d'équipement mieux adaptée à leurs besoins réels, génératrices de revenus durables, et une meilleure maîtrise des risques.

Elle propose trois conseils en vue de répondre à l'enjeu. Il s'agit d'abord d'approfondir, de manière dynamique, la connaissance des clients et la compréhension de leurs attentes, sans se contenter d'analyser l'état de leurs comptes. Ensuite, il est impératif d'intégrer, de manière proactive, les recommandations pertinentes dans le contexte des interactions du quotidien. Enfin, l'organisation doit apprendre à concevoir son métier et évaluer sa performance sur l'échelle du bien-être financier de ses clients.

Forrester – Financial Wellbeing

Ces suggestions devraient logiquement motiver les institutions financières, ne serait-ce que dans un but de différenciation concurrentielle toujours plus difficile à inventer. Pourtant rares sont celles qui engagent des projets sérieux en la matière, vraisemblablement en raison de la perception qu'en l'absence de menace sur un terrain, il est inutile de s'y aventurer… et, potentiellement, d'essuyer les plâtres. C'est un peu l'histoire du PFM, auquel quelques banques se sont intéressées avant de réaliser que les startups spécialisées ne survivraient pas faute de modèle économique viable.

Aujourd'hui, avec l'émergence de solutions centrées sur le bien-être financier, une nouvelle tendance prend de l'ampleur, au moins dans les pays anglo-saxons. Ce sont les responsables du personnel dans les entreprises qui s'en emparent car ils identifient clairement, grâce, entre autres, à de nombreuses études scientifiques, l'impact des inquiétudes autour de l'argent sur la productivité des collaborateurs. Ces acteurs sont prêts à investir pour les mêmes gains que les banques (par des voies différentes) et beaucoup ont déjà mis en place les indicateurs qui en objectivent la rentabilité.

Une brèche est donc en train de s'ouvrir, via des fournisseurs dédiés qui, cette fois, savent comment monétiser leurs produits, et elle augure des mêmes dangers pour les institutions financières, en particulier de désintermédiation (même si elle reste partielle). Voilà une autre raison qui justifierait qu'elles développent des initiatives, sur lesquelles elles possèdent naturellement une légitimité incontestable, soit dans l'optique de fournir le service à leurs clients, soit, a minima, pour le distribuer auprès des entreprises.

PingPong lance le paiement par carte universel

PingPong
PingPong, spécialiste des paiements pour les entreprises internationales, annonce une collaboration avec Visa, dans le cadre d'un programme dédié à ce domaine, afin de permettre à ses clients de régler toutes leurs factures avec leur carte existante, même si, et le cas est fréquent, le bénéficiaire n'accepte pas ce moyen de paiement.

La solution – d'ores et déjà commercialisée en Europe, au Royaume-Uni et à Hong-Kong (Singapour et les États-Unis devant suivre dans le courant de cette année) – n'a évidemment rien de magique et sa qualification de « paiement de carte à compte » en révèle tout le principe : les transactions, initiées par carte par le débiteur, sont simplement converties par la jeune pousse en virement classique à destination du créancier, pour qui la manipulation s'avère donc totalement transparente.

Pourquoi les directeurs financiers préfèreraient-il recourir à une carte au lieu d'effectuer le transfert interbancaire directement ? Le principal avantage mis en avant réside dans les capacités de financement qui sont en général intégrées dans ces instruments : alors que l'affacturage inversé requiert des démarches relativement lourdes et est coûteux, les contrats commerciaux incluent souvent, sans frais supplémentaires, un mode de compensation différée, laissant jusqu'à 45 jours de répit sur la trésorerie.

PingPong x Visa

Au premier abord, on peut s'étonner (ce qui est mon cas) que, à l'ère des virements instantanés et des grandes manœuvres orchestrées par certaines institutions financières (et publiques) en vue d'imposer ces derniers en substitution à la carte, théoriquement obsolète dans notre univers « digital » (et en conflit douloureux avec les velléités de souveraineté de certaines régions), émerge ainsi une initiative qui vise à développer les usages de ce vieux bout de plastique (certes de plus en plus virtualisé).

Or les bénéfices énoncés par PingPong rappellent une évidence. Des décennies d'évolution ont abouti à la création d'un écosystème riche et complexe qu'il sera très difficile de remplacer d'un claquement de doigt. On pense souvent aux dilemmes d'adoption, qui requiert un engagement simultané des payeurs et des encaisseurs, mais tous les services qui accompagnent la carte sont autant de facteurs de fidélité, qu'il faudra bien répliquer pour conquérir les utilisateurs, particuliers ou professionnels. J'ai évoqué par le passé le cas des assurances incluses, qui, de fait, commencent à être déclinées sur les transferts interbancaires. Les facilités de caisse, discrètes, voire implicites, mais appréciées des porteurs, en fournissent un autre exemple.

BMO remporte 7 prix et a encore du potentiel

BMO
La canadienne BMO vient de se voir décerner par The Digital Banker sept distinctions pour diverses initiatives en matière d'intelligence artificielle, de « digitalisation » et d'expérience client. Dans cette dernière catégorie, les projets récompensés révèlent (accidentellement) les opportunités que la banque peut (et doit) encore explorer.

Les deux principaux services distingués ne seront pas inconnus de mes lecteurs fidèles, puisque j'ai consacré un billet à chacun d'eux. Il s'agit de « Mon Progrès Financier », un outil de planification à 360° destiné à accompagner la réalisation de projets, et du « Coach Crédit », qui aide les consommateurs à prendre le contrôle de leur score de crédit. Je pourrais ajouter à la liste la « Suite de Contrôles », qui propose de résoudre les problèmes de carte de crédit sans avoir à contacter le centre d'appel.

Tous ont en commun de représenter l'état de l'art dans leurs domaines respectifs, justement reconnu par les prix en question. Mais ils portent également cette même caractéristique d'être dédiés à un aspect spécifique de la relation bancaire. En réalité, ils ont même tendance à correspondre à des lignes de produit – investissement, crédit, cartes –, ce qui, je le crains, atteste d'un possible alignement sur l'organisation, chaque département concevant ses propres solutions, déployées dans une app unique.

BMO – Prix Digital CX

BMO est donc aujourd'hui avancée dans sa démarche de recentrage sur les besoins de ses clients… mais à l'échelle de ses divisions internes. Or les intéressés ne raisonnent pas par gamme d'offres, ils sont plutôt préoccupés, simultanément, par leur situation budgétaire, leur capacité à faire face à leurs obligations, la concrétisation de leurs rêves… Son prochain défi consistera donc à fédérer ses efforts actuellement dispersés afin d'adopter une vision plus globale, orchestrée autour du bien-être financier.

J'ai coutume de souligner combien les banques persistent à projeter vers leurs clients leur structure par silos, notamment dans l'agencement de leurs applications web et mobiles. Le défaut est identique ici et prend un relief particulier dans le contexte d'accompagnement de proximité que promeuvent les fonctions proposées. Dans tous les cas, c'est un changement radical de point de vue qu'il faudrait imposer, avec des services pensés en fonction de l'état d'esprit de l'utilisateur lors de ses interactions.

Naturellement, la tâche est ardue car non seulement elle requiert de réformer des habitudes ancrées depuis toujours mais, en amont, il s'avère en outre fréquemment difficile de discerner et comprendre les attentes réelles des clients. C'est dans cet exercice que réside, pour l'essentiel, la valeur des experts de l'expérience client.

Un agent IA au secours d'un processus défaillant

TD Bank
La canadienne TD Bank fait désormais officiellement partie de ces institutions financières qui plongent dans les promesses de l'intelligence artificielle « agentique », avec une mise en œuvre destinée à optimiser l'octroi de crédit hypothécaire. Voilà une excellente occasion d'évaluer la pertinence de cette réponse à un vrai problème.

Pour commencer par la fin, les premiers résultats obtenus semblent effectivement justifier la démarche d'automatisation : les temps de traitement des dossiers passent d'une moyenne de 15 heures à moins de 3 minutes, avec une meilleure qualité globale. À la clé, la banque réduit ses risques et les clients voient leur exigence de réactivité mieux satisfaite… bien que, en bout de chaîne, la décision finale revienne toujours à un professionnel humain, unique garant du bon déroulement des opérations.

Avec une telle performance, l'initiative paraît relever de l'évidence. Il faut pourtant s'interroger sur un des paramètres de l'équation, à savoir pourquoi l'organisation actuelle prend-elle autant de temps pour l'exécution d'une fonction certes complexe mais industrielle ? TD fournit elle-même l'explication, en décrivant la collecte de justificatifs, l'extraction des données qu'ils contiennent, le calcul des critères essentiels, les contrôles de cohérence, la rédaction d'une synthèse… qu'assume dorénavant son agent IA.

En résumé, les gains enregistrés grâce à ce dernier sont dus moins à ses qualités propres qu'au fait que la gestion des demandes de financement est aujourd'hui en grande partie manuelle, et donc inefficace et inadaptée aux attentes des clients. L'adoption de la dernière technologie à la mode en vue de résorber cette faiblesse constitue une option – parmi celles qui viennent vite à l'esprit des décideurs – tout comme l'était, dans une génération précédente, le déploiement d'outils de « RPA ».

Et les mêmes questions surgissent immédiatement, avec plus d'acuité que jamais : ne serait-il pas plus sain de redéfinir un processus visiblement obsolète – notamment dans son apparente dépendance à des documents imprimés – que d'essayer de le moderniser en en confiant le pilotage à un robot ? L'arbitrage prend avec l'intelligence artificielle une dimension nouvelle car celle-ci a un coût significatif, non seulement lors de la conception initiale mais également pour son fonctionnement quotidien.

Naturellement, TD est fière d'annoncer que son agent lui permet de réaliser des économies sur chaque décision. Mais outre qu'elle oublie probablement une partie de la facture (par exemple sur la consommation d'énergie) et qu'elle néglige peut-être le risque de volatilité sur le coût des solutions d'IA qu'elle a retenues, a-t-elle envisagé un scénario de refonte afin de comparer des estimations de retour sur investissement (celui-ci ayant toutes les chances d'être favorable à une rénovation en profondeur) ?

TD – Mortgages

Échos du monde bancaire 2026

Qorus
La semaine dernière, Qorus organisait son Reinvent Forum 2026 à Paris et m'offrait* ainsi l'occasion de faire un point sur les vraies tendances de la banque (en Europe, pour l'essentiel, bien que quelques autres pays – Afrique du Sud, Canada… – aient également rejoint la partie), assez loin du vacarme médiatique et de ses illusions.

Le premier et principal constat à tirer des différentes interventions auxquelles j'ai assisté est extrêmement limpide : si la plupart des dirigeants évoquent leur intérêt pour l'intelligence artificielle, matérialisé par quelques mises en œuvre généralement prudentes, leur principale préoccupation reste la « digitalisation », dont ils reconnaissent de la sorte implicitement, et à juste titre, qu'elle est loin d'être achevée. Elle n'est d'ailleurs pas appréhendée de la même manière par tous les acteurs.

Le contraste était particulièrement frappant lors du face à face entre Hello Bank! et Revolut. Quand la seconde porte en permanence son attention sur les attentes des clients, la filiale de BNP Paribas continue à focaliser ses efforts, dans une large mesure, sur son catalogue. L'une cherche systématiquement à comprendre quels services ont du sens pour ses utilisateurs, en leur donnant la possibilité de les tester, sans risque, afin qu'ils se fassent leur propre conviction. L'autre exploite un moteur prédictif pour déterminer quel produit vendre à l'issue d'une interaction avec un conseiller.

Dans un autre registre, les établissements traditionnels, tout comme leurs filiales 100% numériques, le cas échéant, persistent à considérer que leurs clients demandent un contact humain, personnalisé, pour leurs besoins jugés complexes (gestion de l'épargne, crédit immobilier…), justifiant le maintien d'un réseau d'agences. Il s'agirait d'un facteur de renforcement de la confiance et de réassurance. Cette perception ne peut guère surprendre… leurs implantations physiques constituant leur seul avantage face aux néo-banques, tandis que la qualité des outils web et mobile s'homogénéise.

Qorus – Reinvent Forum Paris 2026

Autre thématique critique pour l'industrie, la bataille pour les talents. Elle ressort très rapidement dès que les discussions abordent l'IA et ces inquiétudes n'ont rien de contre-intuitif puisqu'elles touchent en priorité aux compétences nécessaires pour la prise en main des techniques avancées d'analyse de données. J'ai ainsi entendu une représentante de la BCE appeler à valoriser l'image technologique de la banque en réaction à son manque d'attrait pour les jeunes diplômés. Mais la crise se fait aussi sentir dans les métiers où elle est utilisée (direction produit, pilotage réglementaire…).

Sur un versant anecdotique, j'ajoute ici quelques réflexions notables. Ce responsable qui vante (comme d'autres établissements) le choix d'un dialogue côte à côte entre client et conseiller m'interroge : cette disposition ne suggère-t-elle pas que l'échange se fait avec la machine, le rôle du professionnel s'en trouvant donc diminué ? En revanche, j'aime cette vision selon laquelle l'idéal pour un individu est de ne pas avoir à interagir avec son argent, qui serait plutôt piloté automatiquement. J'approuve aussi ce point de vue qui estime que chaque appel au centre de support reflète un échec…

Je ne sais pas si les institutions financières croisées au cour de l'événement de Qorus représentent fidèlement le secteur mais leurs discours me semblent rassurants, en comparaison des impressions qui se dégagent des communications officielles. Un message répété à plusieurs reprises martèle notamment qu'il faut prendre garde à ne pas se laisser emporter par la technologie mais penser toujours à ce qui sert les clients.

* Merci à Boris pour l'invitation !

Sinistar, l'Airbnb du relogement post sinistre

Sinistar
La jeune pousse québécoise Sinistar, récemment débarquée en France, propose aux compagnies d'assurance une place de marché ouverte d'hébergements temporaires reprenant les principes d'Airbnb à l'intention des victimes de sinistre en mal de relogement pendant les travaux de réparation et de réhabilitation de leur habitation.

Les premiers acteurs à se lancer y voyaient un moyen de différenciation sur un marché saturé (justifiant des publicités spécifiques), les suivants se sentent maintenant contraints de s'aligner sur la concurrence. et voilà comment l'option de relogement est en passe de devenir une clause standard des contrats d'assurance (en France). Malheureusement, les solutions disponibles dans ce but ne sont pas toujours idéales, entre contraintes géographiques et catégories d'offres plus ou moins inadaptées.

Dans ce contexte, la promesse de Sinistar est de fournir la meilleure réponse possible aux besoins des sinistrés, pour le compte des assureurs. Pour ce faire, elle fait appel aux particuliers – et à d'éventuelles entreprises spécialisées – désireux de louer leur bien meublé, que ce soit dans l'optique de générer un complément de revenus ou de concrétiser leur solidarité avec les personnes en difficulté passagère. Il sont invités à soumettre leur annonce afin de participer à l'initiative (si elle est retenue).

En pratique, les demandes de logement émises par les compagnies donnent lieu à une sorte d'enchère, partagée avec les bailleurs inscrits sur la plate-forme dont la propriété se situe à proximité du lieu du sinistre. Il ne reste alors qu'à sélectionner une des réponses reçues et à accompagner l'installation des victimes. Sinistar assume les démarches administratives – gestion du contrat et des règlements, notamment – et opérationnelles – entrée dans les lieux, organisation des prolongations, si nécessaire…

Accueil Sinistar

Tout le monde trouve son compte dans le dispositif. Les assureurs, d'abord, profitent avec celui-ci d'un produit prêt à l'emploi conçu pour la satisfaction de leurs clients, dans les circonstances, pénibles, dans lesquelles se joue souvent leur fidélité à long terme. De leur côté, ces derniers bénéficient en effet d'une vraie résidence, proche de leur environnement familier, où, contrairement à une chambre d'hôtel, ils peuvent recréer un chez-eux, avec un confort équivalent à celui auquel ils sont habitués.

Sinistar vante également quelques avantages significatifs pour les propriétaires qui louent leur bien, en particulier en comparaison des offres dédiées aux touristes, entre des durées d'occupation généralement plus longues (la moyenne est de deux mois), un moindre risque de dégradation par des gens qui cherchent une habitation et non un pied-à-terre de villégiature, des réglementations parfois plus accommodantes…

Depuis 2017, la startup aurait déjà aidé 8 000 personnes à trouver un hébergement temporaire, en collaboration avec une quarantaine de compagnies. Son catalogue comporte plus de 10 000 annonces, réparties entre Canada, États-Unis, Royaume-Uni et France… où la densité est à ce jour un peu limitée pour remplir l'objectif de proximité mais dont il ne fait pas de doute qu'elle est en pleine expansion. En résumé, la proposition de Sinistar constitue une déclinaison utile du modèle Airbnb…

Nouvelle app pour NAB, sans révolution

NAB
Une écrasante majorité (98%) des interactions des clients avec NAB se déroulent désormais dans l'univers digital et les nouvelles applications web et mobile que déploie progressivement l'enseigne visent donc à mieux répondre à leurs attentes. Le résultat ne semble hélas pas à la hauteur des promesses et du contexte du marché.

L'annonce est pourtant alléchante puisqu'il est question de repenser les interfaces dans l'optique d'aider les utilisateurs à gérer leurs difficultés financières, facilement et rapidement, dans la conjoncture présente. Avec une telle ligne directrice, et en pensant à la manière dont l'intelligence artificielle s'immisce inexorablement dans la panoplie des consommateurs (ChatGPT en tête), on imagine immédiatement une transformation plus ou moins profonde par rapport aux approches transactionnelles habituelles.

Ce ne sera pas le cas, même si la banque fait, avec cette version rajeunie de ses logiciels, des efforts louables sur un aspect important de ses interfaces. La priorité a en effet porté sur la simplification de l'accès aux fonctions les plus sollicitées, telles qu'elles ressortent d'une analyse préalable des statistiques d'usage. L'objectif est donc de permettre l'interrogation des options les plus populaires moyennant un seul geste, contre jusqu'à 7 actuellement pour celles qui sont enfouies au fond d'obscurs menus.

Le principe prend un certain sens avec la rubrique « insights », derrière laquelle le client va découvrir, sur un écran unique, l'ensemble des informations essentielles afin de surveiller, voire anticiper, sa position : une prévision des dépenses à venir, les factures en attente de règlement, les possibilités d'ajustement de ses échéances de prêt… Cette partie constitue indubitablement un élément important pour la sérénité budgétaire… à tel point que je m'interroge : n'aurait-elle pas sa place dès l'accueil de l'app ?

NAB App

En revanche, je suis plus dubitatif sur la section dédiée à la sécurité, où sont réunis les différents contrôles disponibles en vue de protéger les comptes, qu'il s'agisse de configurer la validation biométrique des opérations, de définir des plafonds de transaction et autres interventions urgentes en cas de soupçon de malversation. On comprend l'intérêt de la banque à mettre en avant cette thématique, ne serait-ce que pour sensibiliser les utilisateurs, mais on s'écarte ici de la mission initiale annoncée.

La déception sera encore plus grande sur le cœur du dispositif, à savoir le suivi de la trésorerie et de l'épargne. Pour celui-ci, il faudra se contenter des traditionnels récapitulatifs de compte, assortis de leur non moins classique historique d'opérations, sans, entre autres, la moindre préconisation contextuelle, qui, idéalement, pourrait être activée en un clic ou deux. Tant pis pour l'assistance au pilotage de budget… mais aussi pour l'accélération de l'exécution des demandes les plus courantes.

La démarche de NAB a de quoi surprendre alors que la tendance du moment, dans le même but de faciliter l'accès aux innombrables options de la banque « digitale », consiste à exploiter l'intelligence artificielle dans des interfaces en langage naturel (via la voix ou par tchat), qui ont l'avantage de ne pas privilégier les préférences d'une majorité mais, au contraire, de s'adapter aux besoins de chaque individu. Et cette sorte d'égarement lui fait rater l'opportunité de réellement réinventer le modèle d'interaction historique, qui devrait maintenant basculer vers une logique de compagnon financier.

Pas d'IA sans sémantique des données

Gartner
Le cabinet Gartner déclare que l'absence de contexte et de sémantique sur les données d'entreprise compromettra les performances des agents IA et entraînera d'immenses gaspillages. Hélas, le problème est profond et s'avèrera extrêmement difficile à résoudre. Pour illustration, je propose d'en décrypter trois raisons.

Aussi magique paraisse-t-elle, l'intelligence artificielle n'est évidemment pas capable de miracle. Qu'il s'agisse de manipuler des contenus, comme le font maintenant des millions de personnes chaque jour avec ChatGPT et ses équivalents, ou de développer des robots capables d'exécuter des actions en totale autonomie dans un environnement professionnel, elle ne peut « raisonner » correctement que si elle possède des indications précises sur la signification de la matière sur laquelle elle s'exerce.

En pratique, cette exigence correspond à une nécessité impérative que tous les artefacts qu'elle est amenée à manipuler – données présentes dans les gisements existants ou exposées à travers des services (API ou interface graphique), notamment – soient décrits en détail et que leurs relations réciproques soient documentées. Les schémas qu'entretiennent les responsables aujourd'hui ne suffisent pas, une couche de contexte est critique dans la gouvernance afin d'éviter erreurs, biais et autres hallucinations.

Le constat est à peu près incontestable. Or mes observations sur le terrain, en particulier autour des référentiels d'information disponibles, m'incitent à penser que la tâche sera ardue dans beaucoup de firmes et que les obstacles prêts à se dresser sur la route de ceux qui veulent profiter au maximum de l'IA agentique seront nombreux.

Il faut d'abord remarquer que, très souvent, les collaborateurs ont perdu le réflexe de la documentation (souvent sous des prétextes absurdes, dont celui de l'agilité). L'agencement des systèmes et leur structure interne n'existent alors que dans la tête de ceux qui les conçoivent et les construisent… et sont donc hors de portée de tout automate. À ce syndrome s'ajoute évidemment la perte de connaissance du patrimoine historique (celui datant de plusieurs décennies), pourtant toujours au cœur de l'activité.

Ce défaut est en outre aggravé par la rapidité avec laquelle se succèdent les générations d'employés dans les organisations modernes. Quand ils changent de poste ou de société (entre autres pour les prestataires) tous les trois ou quatre ans, il est d'autant plus difficile de reconstituer une documentation cohérente et exhaustive. Au mieux, elle est éparpillée et découpée en strates temporelles qu'il faudrait réconcilier afin d'en tirer une description utile pour les besoins des modèles d'intelligence artificielle.

Il reste enfin un dernier sujet, assez délicat, à considérer. Quand bien même des dictionnaires de données sont mis en place et régulièrement alimentés, la qualité de leur contenu est potentiellement douteuse. L'indigence atteint parfois des sommets, par exemple quand l'anglais est imposé et introduit des contresens ou incohérences qui seront catastrophiques pour les tentatives d'automatisation susceptibles de les appréhender sans intégration d'une dimension culturelle propre à chaque auteur.

En conséquence, le chantier de gouvernance de l'information, sous tous ses aspects, devrait constituer une priorité absolue dans les entreprises qui entendent exploiter les opportunités de l'IA et il ne faudra pas lésiner sur les moyens afin de le mener à bien. On pourrait d'ailleurs arguer qu'il serait tout autant indispensable pour une meilleure maîtrise stratégique : comment des dirigeants peuvent-ils gérer sereinement des entités dont les membres ne possèdent pas une vision claire des concepts qu'ils manipulent ?

Gartner – Rita Sallam

La blockchain impose des compromis

Banque d'Angleterre
Voilà plus de 10 ans que la blockchain, popularisée par son implémentation avec le bitcoin, fait rêver des décideurs crédules du secteur financier. La Banque d'Angleterre en est ainsi encore à organiser des défis d'innovation pour dégager le vrai du faux. Mais ses dernières conclusions identifient (enfin !) quelques-uns de ses défauts.

Dans un monde rationnel, on imaginerait qu'une décennie de débats, d'études, d'expérimentations… sans résultats probants suffirait à abandonner une idée, aussi prometteuse soit-elle à sa naissance. Mais non. Spécialement dans le domaine de la compensation des échanges de gros qui intéresse ici l'institution britannique, les responsables s'acharnent, en voulant croire que la technologie progresse rapidement et qu'elle sauvera le concept. Pas de chance, c'est bien ce dernier qui est déficient.

C'est, en tous cas, ce que révèle ce énième rapport d'analyse, élaboré à partir des réponses de la petite dizaine de participants au « DLT Innovation Challenge » aux demandes de recherche approfondie formulées sur quatre axes complémentaires, centraux pour l'évaluation des capacités de la blockchain à « gérer les transactions et la compensation entre intervenants via un registre externalisé programmable, sans mécanisme de confiance natif et sur lequel la banque centrale n'a aucun contrôle ».

Parmi les caractéristiques évaluées, la première concerne les qualités fondamentales du concept, à savoir la faculté de combiner finalité (la certitude qu'une transaction est définitivement et irréversiblement validée), résilience (grâce à la distribution de l'information) et rapidité d'exécution. Sans surprise, les conclusions confirment que, si des solutions existents pour optimiser l'une d'elles, elles impliquent obligatoirement des concessions sur les autres. Aucune n'est parfaite sans perte de confiance.

Bank of England – DLT Innovation Challenge

Par ailleurs, l'analyse sur la dimension de la montée en charge (c'est-à-dire la possibilité de traiter des volumes croissants sans baisse de performance) montre également qu'elle ne peut être garantie que moyennant la mise en place d'appareillages complémentaires complexes et néfastes aux exigences précédentes. En résumé, la blockchain n'est pas en mesure de satisfaire les besoins élémentaires du cas d'usage envisagé… et requiert des contorsions coûteuses et fragiles pour en remplir ne serait-ce qu'une partie.

Quelle découverte ! Il existe depuis au moins 40 ans une loi qui établit qu'il est impossible d'avoir simultanément résilience, fiabilité et rapidité dans un système de base de données. Rien n'a encore été inventé qui la rendrait caduque, tout au plus des options, vendues à prix d'or, en repoussent-elles un peu les limites. Ceux qui prétendent que la blockchain parvient à briser cet axiome (et j'en entendais encore un récemment l'affirmer devant une audience de banquiers) devraient se taire face aux faits.

Vous souvenez-vous de Dwolla ?

NMI
Née en 2010 aux États-Unis, Dwolla imaginait avant tout le monde un système de paiement en temps réel et bon marché. Sa vision est désormais devenue une réalité presque universelle, sans elle, mais son expertise reste suffisamment avancée pour être aujourd'hui acquise par NMI, un leader américain des infrastructures d'encaissement.

Initialement, la jeune pousse d'alors voulait offrir aux consommateurs un instrument, peu coûteux pour les marchands, qui leur permette de régler leurs achats, puis d'échanger de l'argent avec leurs proches, sans les délais habituels des cartes, à travers une connexion directe avec leurs comptes bancaires. Elle fut également pionnière dans la mise en œuvre d'API, autorisant une intégration transparente de ses services au cœur des produits de ses clients, dont elle fit même la démonstration avec un porte-monnaie virtuel sous licence libre, que quiconque pouvait ainsi s'approprier et personnaliser.

Mais ce marché, entre commerçants et particuliers, s'est rapidement avéré être encombré, avec des marques telles que Square et PayPal. Alors Dwolla a opéré un changement de modèle (un pivot dans le jargon) où elle se retrouvait quasiment seule : capitalisant sur ses forces existantes, elle a choisi de commercialiser son réseau interbancaire propriétaire auprès d'entreprises désireuses de profiter d'un canal de paiement instantané, représentant un progrès majeur par rapport aux cartes et aux virements traditionnels. Parmi ses premières adeptes figurait BBVA Compass.

NMI Acquiert Dwolla

C'était il y a 12 ans. À l'époque, une grande partie des banquiers se gaussait de cette évolution, clamant qu'il n'existait aucun besoin d'accélérer les transferts, qui, pourtant, prenaient souvent 3 à 7 jours. En 2026, il reste quelques dinosaures pour continuer à tenir ce genre de discours, mais, entretemps, l'essentiel de la planète s'est équipé de mécanismes de paiement rapide (en général en quelques secondes), enfin, et le débat est globalement clos. Bien entendu, l'avantage technologique de Dwolla s'est trouvé englouti avec les initiatives de place… et je n'avais plus entendu parler d'elle.

Elle revient donc dans l'actualité à l'occasion de son rachat, ce qui équivaut à signaler une certaine forme de disparition. Cependant, outre son empreinte indélébile sur l'histoire de la FinTech, sa capacité à survivre jusqu'à maintenant démontre tout de même le chemin qu'il reste à parcourir en vue de rendre les paiements plus simples pour toutes les parties prenantes. En effet, son patrimoine comprend une infrastructure extrêmement importante pour l'interconnexion de différentes méthodes de transfert entre comptes, dont la genèse date de ses débuts et qui masque les complexités de l'industrie à ses utilisateurs, comme le fait aussi NMI au niveau de l'encaissement marchand.

La centricité client commence par l'organisation

Forrester
À chaque nouvelle rupture (plus ou moins) technologique, la même question se pose dans les grands groupes : où en positionner la responsabilité dans l'organisation. Les directions digitales ont ainsi proliféré depuis plusieurs années (sans toujours produire d'excellents résultats)… mais l'intelligence artificielle rebat aujourd'hui les cartes.

Dans ces débats, le cabinet Forrester tend globalement à préconiser la création d'un poste unique pour la supervision du digital, des données et de l'IA, en arguant d'une exigence d'efficacité face aux interdépendances manifestes entre ces thématiques et, surtout, de cohérence stratégique. À l'occasion d'un entretien avec un représentant de l'australienne CommBank, les analystes présentent cependant une approche un peu différente, qui combine cet ensemble avec un centrage explicite sur le client.

Le raisonnement sous-jacent est un prolongement logique de celui que tient Forrester. Intelligence artificielle et digital sont étroitement liés, auxquels se rattache automatiquement la donnée, qui en constitue la matière première essentielle. À ces domaines, dont l'alignement est critique, la banque ajoute « simplement » le client car ses efforts en la matière visent à mieux le servir, d'une manière ou d'une autre, dans le cadre d'interactions qui se déroulent déjà en majorité via des canaux numériques.

Cette structuration n'exclut pas un pilotage spécifique complémentaire, notamment par différentes entités dédiées à la gestion de l'information et la science des données ou encore par le responsable de l'IA qui doit arriver prochainement. Mais quand ceux-là se chargent de gouvernance, de définition de solutions, de mutualisation des moyens…, le Dr. Michael Baumann, rattaché hiérarchiquement au directeur de la banque de détail, porte les projets axés sur des objectifs d'amélioration de l'expérience client.

Forrester – CommBank – Customer, Digital and AI

Dans ce contexte, la mesure de la performance s'appuie non sur des indicateurs techniques mais sur des instruments destinés à évaluer la satisfaction des utilisateurs : progression du Net Promoter Score (NPS), taux d'adoption des nouvelles fonctions déployées, diminution des réclamations… Il s'agit de vérifier objectivement que l'ambition affichée de réduire le stress des clients, leur donner confiance dans leur contrôle sur leur argent, améliorer leur bien-être financier… est effectivement atteinte.

Naturellement, il ne suffit pas de définir un organigramme pour optimiser le fonctionnement d'une entreprise. Néanmoins, l'intégration de l'intelligence artificielle et du digital au niveau du métier est un premier pas primordial vers la compréhension des enjeux que ces sujets embarquent, bien au-delà de seules considérations technologiques. Et leur rattachement à une équipe qui priorise les besoins des clients, en espérant qu'elle s'acquitte dignement de sa tâche, est d'autant plus prometteur.

ChatGPT se fait coach de finances personnelles

OpenAI
Je l'avais anticipé avec le lancement, à l'automne dernier, d'un coach personnel, OpenAI n'a donc pas tardé à concrétiser la prolongation du concept avec un accompagnement au pilotage des finances personnelles. S'il ne présente pas de caractéristiques révolutionnaires à ce stade, il ouvre tout de même la voie à un changement profond.

Naturellement, les consommateurs n'ont pas attendu pour demander des conseils financiers à leur plate-forme d'intelligence artificielle préférée. Il seraient même 200 millions chaque mois à poser des questions à propos de gestion de budget, de recommandations d'investissement, de planification de projets… Désormais, ceux qui le souhaitent (et sont abonnés à la version « pro ») pourront bénéficier de réponses mieux personnalisées s'ils ouvrent l'accès à leurs comptes, via la technologie de Plaid.

Grâce à ses interfaces avec quelques 12 000 établissements, la solution propose de connecter non seulement les comptes bancaires, de dépôt et d'épargne, mais également les cartes de crédit, les portefeuilles d'investissement… afin de lui fournir une visibilité complète sur sa situation et bénéficier de la sorte d'une assistance optimisée. Une fois la configuration terminée, dans les règles de l'art de l'« open banking », notamment en termes de sécurité, l'utilisateur obtient une première analyse complète de sa position.

Sans être extraordinaire, celle-ci offre un bilan instantané comme on en voit rarement sur le marché. Outre un aperçu des dépenses par grande catégorie et une estimation du patrimoine global, elle inclut des informations sur les transactions récentes et les factures à régler prochainement, un état des abonnements, une comparaison des dépenses par mois, la répartition des investissements par classe d'actif… En résumé, c'est une sorte de tableau de bord qui présente l'essentiel à savoir sur ses comptes.

ChatGPT PFM

Hormis dans sa forme, le contenu ainsi restitué est tout à fait banal et il en est de même pour une bonne partie des services que peut rendre ChatGPT à partir de sa connaissance de l'historique de transactions de l'utilisateur, qu'il s'agisse d'effectuer des calculs sur tel ou tel critère (par exemple, combien ai-je dépensé au total pour mes dernières vacances ?), de rechercher des tendances parmi les opérations, d'évaluer la stratégie d'investissement… ou même de vérifier l'utilité des abonnements identifiés.

La différence avec ce qui se fait aujourd'hui commence à être plus marquée avec les possibilités de conseil opérationnel, notamment pour la définition d'un grand projet (organiser l'achat d'une maison dans les 5 ans) ou l'examen de scénarios de vie (mesurer l'impact d'une réduction de salaire pour gagner en flexibilité des horaires de travail). OpenAI ne manque pas d'évoquer son intention future, à un terme non précisé, d'enrichir ces préconisations avec des capacités de mise en action immédiate.

Autre particularité notable, l'outil sait également enregistrer des éléments de contexte qui sont indétectables autrement dans les données brutes. Si vous lui expliquez que vous mettez de l'argent de côté pour acheter une voiture ou que vous devez une somme d'argent à un proche, il prendra en compte ces à-côtés dans les interactions ultérieures. L'ambition sous-jacente est d'appréhender et intégrer la situation globale de la personne de manière à pouvoir lui apporter une aide toujours pertinente.

Si cet ajout dans ChatGPT ne représente pas un saut générationnel par rapport aux options de PFM existantes – dédiées ou intégrées dans les applications de banque –, il se positionne clairement en pointe sur le sujet et laisse entrevoir une marge de progression considérable, susceptible de laisser derrière lui les acteurs traditionnels… et de la sorte de détourner la relation que ces derniers entretiennent avec leurs clients.

NatWest crée un compte d'épargne semi-bloqué

NatWest
Partout dans le monde, les consommateurs apprécient la flexibilité des comptes d'épargne simples, bien que les taux d'intérêts qu'ils servent soient généralement modestes. Après une étude des habitudes de ses clients, la britannique NatWest en propose désormais une version plus rentable, moyennant une petite contrainte sur les retraits.

Les règles de fonctionnement du nouveau « Defined Access Saver » sont triviales. Les dépôts sont libres, sans montant minimum, et accessibles à tout moment. En mode nominal, ils sont rémunérés, à rythme mensuel, à un niveau particulièrement avantageux (2,50% actuellement). En revanche, dès que le détenteur effectue un quatrième retrait dans l'année, il voit ce taux réduit à une valeur de marché (1,04% à date) jusqu'au premier janvier suivant, date à partir de laquelle son compteur est réinitialisé.

Le mécanisme n'est pas conçu au hasard. La banque a en effet confirmé auprès de ses clients qu'une proportion importante (45%) ne ponctionne que rarement, au plus annuellement, dans ses économies. Ce sont donc près de la moitié d'entre eux qui pourraient profiter immédiatement d'une bonification du taux servi sur leur épargne. Et ils sont bien plus nombreux (83%) à déclarer qu'ils apprécieraient un système valorisant leur modération du nombre de retraits, complétant de la sorte la cible potentielle.

NatWest – Defined Access Saver

Naturellement, une bonne partie de ces personnes devraient probablement envisager de transférer tout ou partie de leurs réserves sur un compte à terme afin d'optimiser leur rendement. Cependant, ces produits, outre qu'ils ne sont pas toujours bien connus, créent un frein psychologique par rapport à l'impression qu'ils donnent de bloquer l'argent ou, a minima, de renoncer à tout bénéfice en cas de retrait anticipé. L'approche adoptée par NatWest permet largement d'éviter ce genre de biais cognitif.

D'autre part, dans une logique pédagogique, le « Defined Access Saver » peut également être appréhendé comme un stimulateur de « bon » comportement financier. En effet, grâce à son limiteur d'opérations, le titulaire sera enclin à s'interroger sur la pertinence de gréver ses économies et risquer de perdre ainsi un revenu facile. Ce pourrait être le premier pas vers une démarche de maîtrise de son budget personnel, par exemple pour le maintien d'un fonds d'urgence ou la résistance à des achats impulsifs.

Un responsable de NatWest explique que l'initiative correspond à l'ambition de l'établissement d'offrir à ses clients la diversité d'options que requièrent leurs besoins et les moyens de prendre confiance dans leur contrôle sur leur argent. Je ne doute pas que le nouveau dispositif constitue une opportunité commerciale supplémentaire pour la banque mais son principe prend indubitablement en compte l'intérêt des consommateurs. Il resterait maintenant à vérifier si ses promesses sont réellement tenues et donc si, sur le terrain, sa distribution est alignée avec sa philosophie.

Yomoni automatise l'optimisation fiscale

Yomoni
Si l'optimisation fiscale est souvent perçue comme un privilège (abusif) réservé aux personnes fortunées, elle peut aussi concerner des ménages « moyens ». Ces derniers n'ont cependant pas accès, évidemment, au même niveau de conseil. Alors Yomoni esquisse ce que pourrait être une option d'assistance automatisée pour tous.

La jeune pousse dévoile son nouvel outil juste à temps pour la saison des déclarations de revenus 2025. Disponible gratuitement pour tous les français, clients ou non, il les invite à télécharger leur avis d'imposition précédent. Une fois son analyse terminée, en quelques secondes, le service restitue une synthèse complète, qui reprend les éléments principaux du document et détaille les possibilités de réduction et de crédit d'impôt qui en ressortent, résumées en un montant d'économies potentielles.

Naturellement, il n'existe pas de formule magique pour extraire une vision exhaustive de la situation financière d'un foyer à partir de cette seule source d'information. La promesse de Yomoni porte donc exclusivement sur les avantages réservés aux Plans d'Épargne Retraite (PER), dont les plafonds de déduction autorisée – constituant un des instruments de réduction d'impôt les plus faciles à mettre en œuvre pour une grande partie de la population – sont clairement affichés chaque année pour la suivante.

L'initiative mérite d'être soulignée, en dépit de cette sévère limitation, d'abord parce que le dispositif officiel qui entoure le PER s'avère relativement méconnu et sous-exploité par les contribuables, alors qu'il existe depuis longtemps et non seulement leur permet d'abaisser leurs ponctions fiscales mais les encourage aussi à mettre régulièrement de l'argent de côté afin de compléter leur future pension. Pour Yomoni, il s'agit également, bien entendu, de promouvoir sa propre gamme de produits dédiés à ce marché.

Yomoni – Optimisation Fiscale

Plus globalement, le principe, aujourd'hui limité, ouvre une fenêtre sur une perspective plus riche. La première est celle que suggère l'entreprise elle-même, de contacter ses spécialistes en vue d'obtenir un accompagnement personnalisé en matière d'optimisation fiscale. Ensuite, il serait probablement utile d'affiner l'approche, par exemple en approfondissant les modalités d'utilisation des plafonds pour ceux qui ne peuvent débloquer la somme totale en une fois, pour toutes sortes de raisons, ou en profitant de l'opportunité pour déployer une démarche pédagogique sur le PER.

Par ailleurs, d'autres options fiscales mériteraient d'être explorées, moyennant l'accès à des sources de données plus extensives, à commencer par les comptes bancaires et leurs historiques de transactions. L'idée devrait attirer l'attention des institutions financières… mais elle n'est pas hors de portée pour Yomoni. En réalité, je m'interroge même sur l'hypothèse que le service actuel est une expérimentation, destinée à mesurer l'intérêt du grand public pour le concept et sa capacité à accepter de partager des données privées pour être conseillé, avant d'envisager une extension de périmètre.

Affirm offrira sa solution de BNPL aux banques

Affirm
À la recherche de nouveaux territoires à conquérir, Affirm, l'autre leader du paiement fractionné, présentait sa prochaine offensive stratégique à l'occasion de sa récente conférence pour les investisseurs. Avec Edge, la jeune pousse vise ainsi à implanter ses options de financement au cœur des applications bancaires prisées par les consommateurs.

Jusqu'à maintenant, le BNPL est proposé en priorité aux commerçants, son impact positif sur leurs ventes fondant le modèle économique du concept, et, de plus en plus souvent, directement aux particuliers, par exemple à travers la distribution d'une carte de paiement (notamment dans le cas d'Affirm) ou bien, pour son principal adversaire Klarna, via une place de marché. Bien que leur progression ait atteint un plateau depuis quelques mois (peut-être oublié, au moins temporairement, avec la crise actuelle du pouvoir d'achat), le potentiel d'expansion de ces approches reste immense.

Mais il ne suffit évidemment pas aux velléités d'hyper-croissance des mastodontes du secteur, même s'ils ne sont plus des startups. Afin de capter une audience supplémentaire, Affirm souhaite donc introduire ses outils, aussi bien de paiement fractionné sans frais que de crédit à la consommation, auprès des institutions financières traditionnelles. Son raisonnement est simple : il existe une vaste réserve de personnes réticentes à adopter le service d'une marque émergente mais qui n'hésiteraient pas à l'utiliser dans une application de confiance, fournie par la banque qu'ils connaissent.

La solution s'adresserait de la sorte aux américains qui sont de plus en plus nombreux à se défier des cartes de crédit, dont elle se positionnerait donc en concurrence frontale, et préfèrent privilégier des règlements comptant. Edge leur procurerait alors un instrument pour leurs dépenses plus ou moins exceptionnelles excédant le solde de leur compte. Estimant un besoin de 2 000 dollars par an pour la moitié de la population concernée fidèle à son app bancaire, Affirm évalue le marché à 140 milliards.

Introducing Affirm Edge

À ce stade, la communication ne précise pas la forme que prendra l'intégration du BNPL dans un contexte bancaire mais essayons de l'imaginer. En considérant qu'il faut nécessairement emprunter une voie différente du crédit classique (déjà disponible) et en s'inspirant du fonctionnement existant de la carte Affirm, l'implémentation devrait permettre à l'utilisateur de choisir un mode de financement sur les opérations éligibles de son historique de transactions. Dans cette hypothèse, le défi pour la jeune pousse sera de créer un service techniquement facile à insérer dans des logiciels hétéroclites.

Naturellement, l'offre n'intéressera guère les établissements les plus importants, qui possèdent dans leur catalogue ce qu'ils perçoivent comme un équivalent ou qui se jugent capables de créer leur propre variante. Ceux-là pourraient toutefois prendre note de la démarche et analyser en détail l'implémentation envisagée, puis s'en inspirer, car, de manière générale, ils ne sont pas particulièrement en pointe sur l'intégration transparente de solutions de financement au niveau des moyens de paiement…

Première fuite de données bancaires via IA

Community Bank
Tout le monde sait que ce genre d'incident devait arriver – je soupçonne d'ailleurs que celui-ci n'est pas le premier cas, d'autres étant certainement passés sous les radars – et la primeur en revient à Community Bank, petit établissement régional du nord-est américain, qui révèle donc officiellement une fuite de données bancaires due à l'utilisation d'un outil d'intelligence artificielle non autorisé.

Derrière les termes génériques de la déclaration effectuée auprès des autorités, le scénario qui se dégage semble à la fois totalement prévisible, tristement banal et, forcément, très inquiétant. En résumé, un employé a transmis des informations sensibles sur les clients de l'institution – comprenant leurs noms, numéros de sécurité sociale et dates de naissance – lors de l'interrogation d'une plate-forme d'IA publique, vraisemblablement ChatGPT ou un équivalent, à l'encontre des règles en vigueur.

On pourrait penser qu'une telle mésaventure n'est pas la pire qui puisse arriver, les données ayant été partagées avec une entreprise a priori responsable. Le risque de divulgation reste pourtant élevé car elles font maintenant potentiellement partie de l'apprentissage des modèles et pourraient ainsi être restituées par accident… voire par manipulation. En outre, les démarches de demandes de retrait aux fournisseurs ne sont pas toujours industrialisées et sont susceptibles de longs délais de traitement.

Un autre argument qui me sera opposé (je vous entends d'ici) portera sur la dimension de la victime : ce qui peut se produire dans une petite structure serait impossible dans un grand groupe, beaucoup mieux équipé en matière de cybersécurité. Si vous croyez à ce mythe, vous vous exposez à de sérieuses déconvenues. A minima, votre organisation comporte aussi de petites entités, où une certaine autonomie prévaut, et où les catastrophes sont prêtes à survenir, ternissant l'image de la maison mère.

Cependant, l'aspect le plus alarmant de l'histoire tient dans les parades qu'envisage la banque afin d'éviter que le problème ne se reproduise. Même si elle précise qu'elle ne se limite pas à ceux-ci, sa focalisation prioritaire sur les contrôles – entre le renforcement de ceux qui existent et l'ajout de nouveaux, en passant par une surveillance accrue – n'est résolument pas une réponse adéquate. Chaque jour qui passe démontre comment les collaborateurs trouvent toujours un moyen de contourner les restrictions.

La seule véritable solution consisterait à interdire strictement tout accès aux données de production. Le principe peut paraître radical et excessif mais, en réalité, il est parfaitement aligné avec une réalité incontournable : personne dans l'entreprise n'a besoin des informations détaillées en volume. En particulier, les développeurs et autres scientifiques de données qui mettent au point des applications doivent apprendre à le faire avec des versions désensibilisées, a minima par voie d'anonymisation.

Community Bank

Les priorités de l'IA dans la banque

NatWest
La cohorte de startups retenues pour l'édition 2026 de son Programme FinTech nous procure une occasion de découvrir dans quels domaines NatWest – et, par extrapolation, l'industrie bancaire en général – place la priorité pour la mise en œuvre de l'intelligence artificielle. Une évolution prometteuse est peut-être en train de se dessiner…

Le dispositif, lancé en 2025, apparemment, s'inscrit dans une longue tradition d'accompagnement de jeunes pousses par les institutions financières, dont l'ambition est de stimuler l'innovation par l'apport de solutions externes en cours d'élaboration. Concrètement, les entrepreneurs ont douze semaines pour, principalement, explorer des opportunités de collaboration avec les différents départements de l'établissement et, dans une moindre mesure, bénéficier de conseils pour le développement de leur offre.

Pour cette année, la thématique soumise aux candidats, et celle sur laquelle les lauréats sont appelés à travailler maintenant, est dans l'air du temps : « comment l'IA façonne l'avenir de l'expérience client ». Sans grande surprise par rapport à ce qu'on observe dans l'ensemble du secteur, si l'ensemble de la sélection répond au critère de l'intelligence artificielle, l'alignement avec l'expérience client semble avoir été appliqué avec une certaine souplesse, révélant une préoccupation au mieux émergente.

Parmi les huit firmes participantes, Condukt concentre ses efforts sur la maîtrise de la conformité réglementaire, DeepFlow sur les risques et la lutte contre la criminalité, Galveston sur les impacts de la géopolitique sur l'activité, Gradient Labs sur l'optimisation des processus de support. Outre qu'il s'agit, pour la plupart de fonctions où l'irruption de l'IA est devenue habituelle, elles n'ont pas ou peu d'influence directe sur la relation avec les clients et relèvent surtout de gains sur l'efficacité opérationnelle.

NatWest – FinTech Programme

En revanche, les autres laissent entrevoir, à des degrés divers, une inflexion vers des capacités plus orientées vers l'extérieur. Pour Murphy AI, sur le recouvrement, la cible est autant d'améliorer le traitement des personnes concernées que la productivité. Pour Aveni, sur l'engagement, et Round Treasury, sur la gestion de trésorerie, on commence à toucher à une recherche de différenciation. Enfin, la perle du lot (à mon sens) est Empath_AI, dont la technologie vocale, qui vise à repérer puis aider les individus vulnérables sans l'exprimer, esquisse un nouveau service destiné au grand public.

Les institutions financière n'en ont certainement pas fini avec leurs projets d'IA justifiés par des velléités d'économies, notamment via la suppression de tâches manuelles et les réductions d'effectif qu'elles espèrent en dégager. Mais on peut désormais envisager qu'elles s'intéressent à d'autres opportunités, ouvertes à des orientations inédites, et plaçant l'intérêt du client au premier plan. Il est vrai que, comme l'organise le programme de NatWest, le recours à des partenaires, en particulier des jeunes pousses défrichant des terrains vierges, représente un moyen privilégié de les explorer.

Un régulateur teste l'IA contre la fraude

MAS
Consciente que la lutte contre la criminalité financière est incontestablement plus efficace quand elle porte sur un périmètre élargi, la banque centrale singapourienne lance une expérimentation de détection de malversations grâce à des techniques d'analyse de données évoluées appliquées à un historique de transactions réelles.

Le principe du recours à des modèles d'apprentissage automatique, voire d'intelligence artificielle, en vue d'améliorer la performance des protections contre la fraude n'est évidemment pas nouvelle… elle représente même un des cas d'usage de ces outils parmi les plus répandus dans l'industrie. En revanche, sa déclinaison à l'échelle d'un régulateur national est plus originale et répond à un vrai enjeu de réactivité, l'identification des risques étant plus rapide à partir d'une vue de l'ensemble des échanges dans un pays plutôt qu'au seul niveau d'un établissement.

La mise en œuvre n'est toutefois pas triviale, comme le démontrent les conditions dans lesquelles la MAS organise ce qui devrait être un simple test. Certes, il n'y a aucune prouesse technique à demander à cinq banques locales de partager les informations qu'elles détiennent sur les opérations réalisées pendant une période spécifique (non précisée) puis à entraîner des solutions d'IA plus ou moins sophistiquées sur cette matière première pour l'identification automatique des tentatives d'escroquerie.

La réelle difficulté consiste à réaliser un tel projet avec toute la sécurité requise, alors que les données dont il est question sont extrêmement sensibles. Les responsables se veulent rassurants, en évoquant la mise en place d'un mécanisme de « hash » sur les références de compte (ce qui ne vaut pas anonymisation totale), un stockage chiffré (heureusement !) et des règles strictes d'accès. Mais dans le climat actuel où les fuites sont légion, est-ce suffisant ? Et il ne s'agit que d'une phase d'évaluation préliminaire : comment une éventuelle généralisation pourra-t-elle éliminer tout danger ?

La démarche engagée par la MAS est importante afin d'espérer réduire les pertes subies par les particuliers et les entreprises dans un contexte de croissance de la criminalité, désormais assistée elle-même par l'intelligence artificielle. Elle ne peut cependant, sans être taxée d'incohérence, ignorer les défis de sécurité qu'implique automatiquement son approche. Dans ce sens, elle devrait probablement se pencher au préalable ou, à tout le moins, en parallèle, sur les technologies émergentes de traitement de données préservant la confidentialité (PET)… comme l'avait fait l'ACPR française il y a quelques années (mais dont je ne connais hélas pas les résultats officiels).

MAS

L'impact de l'IA sur l'emploi selon Gartner

Gartner
La question de l'impact de l'intelligence artificielle sur l'emploi – conduira-t-elle à une augmentation ou à une réduction des effectifs dans les entreprises qui l'exploitent ? – figure désormais au cœur de multiples débats. Gartner a mené l'enquête et penche plutôt pour la croissance. Mais, en réalité, personne ne sait prédire l'avenir.

Le cabinet a interrogé 350 hauts responsables de grandes structures, dans le monde entier, qui, selon ses termes, expérimentent ou ont déjà déployé des capacités d'activité autonome, ce par quoi elle entend qu'elles recourent à des agents IA, des outils d'automatisation intelligente et autres technologies avancées dans le but de permettre à des machines d'exécuter des opérations de bout en bout sans aucune intervention humaine… ou de procurer aux employés plus d'indépendance dans leurs tâches.

Sans surprise, alors que la plupart des projets ont pour principal objectif d'optimiser leur efficacité, 80% des organisations consultées engagent des coupes dans leur masse salariale. Pourtant, et c'est l'enseignement majeur de cette étude, il n'existe pas de corrélation flagrante entre ces baisses et un retour sur investissement : elles sont aussi nombreuses dans les firmes qui mesurent des bénéfices concrets grâce à leur utilisation de l'IA que dans celles qui constatent une stagnation ou une dégradation.

Gartner – AI Layoffs

Les analystes de Gartner concluent de cette observation que les entreprises qui réussissent leur transition vers l'autonomie sont celles qui ne se focalisent pas sur l'idée de remplacer leurs collaborateurs par des algorithmes – et espéreraient de la sorte dégager une marge de manœuvre budgétaire… qui ne s'avère malheureusement pas créatrice de valeur – mais celles qui admettent que l'intelligence artificielle ne doit être considérée que comme un moyen d'« augmenter » la performance des individus.

Dans cette perspective, ils estiment que, contrairement aux discours dominants, la tendance devrait s'orienter vers une progression des emplois, d'ici à 2028 ou 2029, avec des besoins de nouvelles compétences afin de piloter, contrôler et étendre les processus autonomes… ainsi que de présence renforcée dans les moments où la confiance joue un rôle clé. Les organisations qui tirent leur épingle du jeu dans cette course sont donc celles qui investissent dans les formations adéquates.

Naturellement, derrière cette vision optimiste, Gartner n'examine, pour l'essentiel, que la phase actuelle de mise en place des principes et des premières initiatives. Ce qu'il adviendra une fois l'IA généralisée et banalisée sera probablement une autre histoire…

L'IA pour aider les clients en risque

Monzo
Monzo exploite un grand modèle de langage (LLM) afin de renforcer l'efficacité de son équipe dédiée au support des clients se trouvant dans une situation particulièrement délicate. Incidemment, sa présentation offre l'occasion de découvrir comment elle déploie un tel système, face au grand public, sur un sujet sensible, en toute sécurité.

Le centre d'assistance de la jeune pousse comporte depuis longtemps une équipe spécialement formée pour répondre à des urgences en tout genre, qui prend le relais des téléopérateurs classiques dès que ceux-ci l'estiment nécessaire après leurs premiers échanges (par tchat) avec une personne concernée. Malheureusement la phase d'identification des cas à transférer de la sorte est loin d'être optimale, en raison notamment des différents modes de communication des individus affectés.

Parmi les milliers de conversations qu'ils traitent chaque jour, la plupart sur des questions élémentaires, il n'est pas toujours facile pour les employés de décoder des expressions toutes faites, des périphrases, des euphémismes, des sous-entendus, des hésitations… qui reflètent potentiellement une détresse requérant une attention immédiate. L'idée de mettre en œuvre des capacités d'analyse de données avancée s'est naturellement imposée comme une option permettant d'améliorer la détection.

Une fois le problème posé, les scientifiques des données qui le prennent en charge ne se précipitent pas sur la dernière technologie à la mode, comme on le voit trop souvent. Ils étudient les multiples outils dont ils disposent et déterminent rationnellement les plus adéquats pour la tâche à réaliser. En l'occurrence, ils choisissent un grand modèle de langage, en raison, entre autres, de sa faculté à interpréter le contexte d'un texte (à l'inverse d'une approche par mot-clé) et à appréhender des locutions ambiguës.

Ensuite surgit la difficulté de la constitution d'un jeu de données pertinent pour l'entraînement du modèle, exacerbé par le nombre très faible d'interactions considérées à risque. Trois combinaisons ont été employées pour la contourner : un ensemble artificiel surpondéré en échanges à signaler, pour l'apprentissage des variantes d'énoncés, un autre basé sur une journée normale pour vérifier le comportement en régime de croisière et un dernier pour la mesure des impacts (j'y reviens plus bas).

Monzo Safeguarding Support

Après son élaboration, la solution n'est pas déployée directement en production, par crainte, légitime, de dérégler le fonctionnement du service client, crucial pour la satisfaction des clients. Il est donc d'abord exécuté en mode fantôme, c'est-à-dire en parallèle des opérations existantes, sans aucune incidence sur ces dernières. Il est simplement destiné à évaluer, et corriger, le cas échéant, comment il réagit dans un contexte réel, en comparaison des décisions humaines de transfert.

Un des livrables de cette étape est matérialisé par un dispositif de mesure complet dont le rôle est de fournir des éléments d'information précis sur les cas repérés autant manuellement qu'automatiquement. Le tableau de bord résultant devient alors, avec le troisième jeu de données mentionné plus haut, un outil de suivi des performances, indispensable pour prévenir toute dérive, et de prédiction des niveaux de charge pour les experts des situations difficiles, donc des besoins correspondant en personnel.

L'adoption de toutes ces dispositions autorise, au prix, certes, d'un indicustable alourdissement du projet, Monzo à mettre en œuvre (progressivement) en toute sérénité un produit extrêmement utile, aux algorithmes non déterministes, désormais capable de décupler sa réactivité face à ses clients les plus fragiles. Les téléconseillers de première ligne conservent cependant la possibilité d'effectuer des déclarations eux-mêmes, afin de pallier les éventuelles déficiences de la machine…

Un terrain de jeu pour apprendre l'open finance

Open Finance
Alors que le Brésil possèderait le plus important écosystème de finance ouverte au monde, le nombre d'entreprises qui en profitent activement est ridiculement faible. Estimant que la complexité de mise en œuvre constitue le principal obstacle à l'adoption, deux acteurs du marché lancent une initiative exceptionnelle pour la rendre accessible.

Entre les exigences et autres préconisations réglementaires d'un côté et les sites destinés aux développeurs de l'autre, le recours aux API qui donnent accès aux services bancaires pour le compte de tiers (avec leur autorisation) paraît rapidement au-dessus des moyens de beaucoup d'organisations, qui préfèrent abandonner la partie plutôt que de risquer de perdre une énergie conséquente à décrypter les mécanismes nécessaires puis à tâtonner dans l'implémentation d'une application opérationnelle.

Ces difficultés expliqueraient en grande partie pourquoi le Brésil – dont plus de 100 millions de consommateurs ont à ce jour accepté 154 millions de connexions à leurs comptes, qui génèrent 5 milliards de transactions entre établissements par semaine – n'enregistre que 3% de firmes exploitant activement l'option d'« open banking » (pour leurs paiements), contre, par exemple, 20% au Royaume-Uni, où, bien entendu, la maturité, de l'industrie comme de la population, est considérablement plus avancée.

Pour des firmes telles que Juspay, spécialiste des paiements, et Cumbuca, premier agrégateur de services du pays, l'opportunité est immense, aussi joignent-elles leurs forces afin de créer une plate-forme qui prend par la main leurs clients potentiels et leur montre pas à pas comment construire une intégration en quelques étapes, grâce à laquelle ils pourront très facilement accepter les règlements via un transfert bancaire ou, dans un mode spécifique, à travers la solution locale incontournable Pix.

Open Finance Playground

L'approche pédagogique retenue avec ce « Playground » est simplement renversante. Sur un côté de l'écran, le visiteur découvre une simulation de parcours d'achat dans une application mobile (dont il peut même ajuster les détails de l'interface). Sur la partie droite, chacune des étapes qu'il exécute au fil de ses clics de validation d'une commande est matérialisée par les interactions correspondantes avec les API, les exemples d'appels et de réponses, contextualisés, étant décrits en détail.

Avec ces explications, n'importe qui (ou presque) devient capable d'apprendre rapidement à bâtir un processus complet de paiement, en faisant directement le lien entre les actions requises de la part de l'acheteur au sein d'une application d'e-commerce et les échanges techniques à orchestrer avec le fournisseur de services, dont tous les aspects sont couverts, y compris, entre autres, l'authentification entre machines, la protection des secrets, les consentements…, en parfaite conformité réglementaire.

Les deux partenaires à l'origine du « Playground », soutenus par l'association brésilienne de la finance ouverte, ont choisi de partager leur travail sous licence libre et ils invitent la communauté à contribuer à l'extension de la plate-forme, notamment pour l'intégration des particularités des différents fournisseurs. Plus largement, ce genre d'outil pourrait inspirer toutes les organisations distribuant leurs fonctions sous forme d'API, dont la prise en main s'avère hélas fréquemment difficile à appréhender.

Ekko évalue l'impact des achats sur la biodiversité

Ekko
Historiquement, Ekko est une de ces entreprises qui fournissent aux intermédiaires de paiement un outil d'évaluation de l'empreinte environnementale des dépenses à l'intention de leurs utilisateurs. À sa mesure, classique, des émissions d'équivalents en CO2, elle ajoute désormais une estimation inédite des impacts sur la biodiversité.

Le fonctionnement du « Nature Footprint » est identique au mécanisme déjà en place. L'identification, pour chaque transaction, de sa catégorie de marchand, de son montant et du pays dans lequel elle est exécutée permet, grâce à des modèles propriétaires basés sur une recherche validée scientifiquement, de déterminer les effets de l'achat correspondant sur la nature. Ceux-ci sont alors retraduits dans des termes faciles à appréhender (par exemple ramenés à la surface d'un terrain de football).

Dans les détails, les calculs s'appuient sur une connaissance précise des industries et de leurs chaînes d'approvisionnement afin de quantifier leurs effets sur les habitats de la faune et la flore, les usages des terrains, la pression sur les ressources en eau, la pollution… Ces divers facteurs, distribués sur douze dimensions complémentaires, servent ensuite à établir un indicateur composite reconnu : l'abondance moyenne des espèces (MSA), comparant la zone considérée à une référence idéale non perturbée.

Après la conversion de ce score, abstrait, en une illustration sur un exemple concret de conséquence, Ekko propose aux consommateurs exposés à son service d'agir en vue de « compenser » les contrecoups de leurs emplettes. Les méthodes employées dans son but respectent les traditions du genre, avec une invitation à ajouter quelques centimes, par arrondi ou par montant fixe, qui seront ensuite affectés à des projets de préservation de la nature, voués à œuvrer directement dans les domaines évalués.

Ekko Nature Footprint

J'ai l'habitude de critiquer les plates-formes qui « se contentent » de communiquer aux personnes le niveau d'impact de leurs dépenses, surtout quand celui-ci se matérialise par un volume de gaz à effet de serre, qui, même une fois comparé à la consommation d'une voiture sur x kilomètres (ou autre variante du genre), ne représente pas grand chose. Avec une empreinte sur la nature exprimée en m2 d'espaces perdus, les chiffres prennent un peu plus de réalité, facilitant la projection sur son contexte proche.

Autre regret habituel, les possibilités d'action restent limitées et sont essentiellement symboliques. Ekko se veut toute fois candide dans sa démarche : son objectif principal est de fournir aux individus la transparence qui leur manque quand ils déclarent (à 80%, selon une enquête de Mastercard) vouloir vivre de manière plus responsable mais n'ont aucune idée de ce que représentent leurs gestes du quotidien en effets néfastes sur la planète. Il faut leur montrer leur situation existante avant d'espérer changer les pratiques, sa seule découverte pouvant d'ailleurs les inciter à les infléchir.

Revolut ouvre une agence ?

Revolut
Selon une exclusivité obtenue par EuroNews, la star des néo-banques Revolut préparerait l'ouverture de son premier point de vente physique, à Barcelone. Ce ne sera évidemment pas une agence au sens traditionnel et elle ne présage certainement pas du déploiement d'un réseau qui irait à contre-courant de ses principes fondateurs.

La jeune pousse ne partage aucune information sur le lieu retenu pour son implantation dans la ville espagnole ou sur les activités qu'elle prévoie d'y héberger. Elle indique seulement que le projet est encore à un stade embryonnaire. L'inauguration est espérée le plus tôt possible mais est dépendante des délais de construction et d'aménagement, ce qui entretient donc également le flou sur le planning exact.

Elle assure tout de même qu'elle n'envisage pas un modèle bancaire classique, parlant plutôt d'un espace immersif à forte visibilité, destiné notamment à affermir la confiance de ses clients. On peut donc imaginer qu'il ne sera pas question de réaliser des opérations basiques dans ces locaux et que leur priorité consistera à accueillir des visiteurs prêts à découvrir une autre manière d'interagir avec leur argent et leur banque.

Dans cette optique, le choix de la capitale catalane est optimal : carrefour des rencontres entre une population locale dense et un flux constant de touristes étrangers – cible privilégiée de son offre depuis la naissance de Revolut – assorti d'une certaine appétence culturelle pour les contacts en face à face, elle offre une opportunité de sonder les réactions d'un public prédisposé face à sa dernière innovation en date.

Alors que la néo-banque vient de dépasser 70 millions de clients et que la phase d'hyper-croissance est en plein ralentissement pour un secteur atteignant la maturité, sa démarche paraît transparente : elle explore de nouvelles méthodes de conquête, prolongeant ainsi ses efforts précédents en la matière, dont l'implantation de distributeurs de cartes… qui avait aussi commencé à Barcelone il y a moins d'un an.

Revolut – Banking & Beyond

PocketSmith explique la banque ouverte

PocketSmith
Si j'ai écrit dans ces colonnes que les consommateurs n'ont que faire de l'« open banking », leur seul préoccupation étant de disposer des services dont ils ont besoin dans les meilleures conditions possibles, PocketSmith nous rappelle qu'un minimum de sensibilisation sur le sujet est tout de même primordial afin d'en promouvoir l'adoption.

La jeune pousse, qui distribue une solution avancée de pilotage des finances personnelles, se trouve évidemment aux premières loges de la problématique. Comme tant d'autres acteurs de la FinTech (et quelques-uns de l'industrie traditionnelle), elle demande à ses utilisateurs de lui autoriser l'accès à leurs comptes pour remplir son office. Mais voilà, en parallèle, les banques, sous couvert de lutte (légitime) contre la fraude, martèlent à leurs clients de ne jamais partager d'informations sensibles !

Avec son « Open Banking Hub », elle se fend donc d'une page de pédagogie destinée essentiellement à rassurer les personnes qui se retrouvent un jour devant un écran sur lequel ils sont invités à établir une connexion avec les institutions qui abritent leurs économies. Dans cette perspective, elle décrit succinctement le fonctionnement des interfaces et les avantages de ces systèmes par rapport à d'autres méthodes (à base de documents physiques), dont, notamment, en quoi ils sont parfaitement sécurisés.

Dans une démarche qui, de manière générale, vise à convaincre les individus d'accepter les sollicitations, le contenu met également l'accent sur les multiples applications de la banque ouverte dans le monde moderne. Outre les propres outils d'analyse budgétaire et de conseil personnalisé de PocketSmith, sont évoqués, entre autres, les capacités autour de la validation d'identité, l'assistance à la comptabilité, l'accélération des décisions de crédit ou encore l'aide à la comparaison éclairée d'offres financières.

PocketSmith Open Banking Hub

L'universalité du concept, déployé officiellement dans 90 pays et régulièrement mis en œuvre par des millions de particuliers et d'entreprise, figure naturellement parmi les arguments brandis. Dans le même temps, afin de tenir un discours le plus pertinent possible pour chaque visiteur, les auteurs prévoient de décliner leur travail, contextualisé pour l'Australie, en plusieurs variantes adaptées aux spécificités locales du Brésil, du Canada, des États-Unis, de la Nouvelle-Zélande et de l'Union Européenne.

L'initiative de PocketSmith est certes louable mais elle ne représente qu'un pis-aller à défaut de prise en charge par les firmes qui hébergent les données financières de leurs clients et devraient donc logiquement assumer la responsabilité de l'éducation de ces derniers sur leur utilisation. Malheureusement, l'industrie étant partout réticente, voire viscéralement opposée, aux principes d'ouverture de leurs systèmes, non seulement elle ne sont pas enclines à engager le moindre effort en la matière, elles voient dans l'ignorance des consommateurs un moyen sournois de freiner le mouvement.

Un porte-monnaie à confier aux agents IA

Stripe
Alors que les agents IA commencent à séduire les consommateurs – OpenClaw en tête – la maîtrise de leurs accès aux plates-formes de commerce en ligne et aux services de paiement suscite la créativité de toutes sortes d'acteurs. Stripe présente ainsi une version de son porte-monnaie virtuel Link conçue pour être prêtée à un robot.

Le système se décompose logiquement en deux parties : l'une, directement alignée avec le cœur de métier originel de la jeune pousse, permettant aux entreprises qui développent et distribuent des agents à l'intention du grand public d'intégrer dans ces derniers un module d'encaissement et l'autre, disponible via une interface web ou par l'intermédiaire d'une application mobile, avec lesquelles leurs clients ont la possibilité de régler leurs achats en toute confiance et avec un maximum de sécurité.

Concrètement, le nouvel utilisateur d'un assistant de shopping préalablement équipé de la solution est invité à lui connecter son compte Link, partageant de fait quelques détails personnels, dont les informations de contact nécessaires au traitement d'une commande. Ainsi armé, l'automate est alors en mesure d'accomplir les tâches qui lui sont confiées de manière autonome, jusqu'au paiement final, qui doit toutefois être validé explicitement par le donneur d'ordre humain, sur réception d'une notification ad hoc.

Le fonctionnement peut paraître trivial mais Stripe ajoute une particularité qui lui procure un avantage indéniable : quel que soit le mode de règlement sélectionné – une carte, un compte bancaire ou autre option à venir prochainement – ses caractéristiques ne sont jamais transmises ni à l'intelligence artificielle, ni au commerçant. Une carte virtuelle à usage unique est créée pour chaque opération à moins que ne soit fourni un jeton spécialisé de la marque, notamment pour les transactions récurrentes.

Link's Wallet for Agents

Ce mécanisme, tout comme la conception globale du dispositif, est important pour la tranquillité d'esprit des consommateurs qui sont facilement conquis par les promesses des agents IA, capables de prendre en charge leurs demandes les plus complexes simplement formulées en langage naturel, mais qui, potentiellement, s'inquièteraient des éventuels abus et autres comportements erratiques dont l'intelligence artificielle semble hélas relativement coutumière, du moins dans ses incarnations actuelles.

Le commerce agentique est aujourd'hui balbutiant et les standards qui seront nécessaires à son développement sont en construction. Grâce à sa position parmi les leaders du domaine, Stripe exploite l'opportunité de montrer la voie vers une approche saine et raisonnée des défis auxquels les paiements seront confrontés dans ce nouvel univers. En revanche, ses propres produits ne peuvent constituer la seule réponse : il reste à prendre du recul et à définir des composants plus ou moins universels.

Éducation financière, de la théorie à la pratique

U.S. Bank
En conclusion du mois (américain) de la littératie financière, U.S. Bank présente sa liste des 7 principes qui doivent guider les démarches éducatives, en soulignant comment elle les implémente. Il ne lui resterait qu'à intégrer l'ensemble au sein d'une démarche cohérente et véritablement pédagogique pour couronner sa démonstration.

L'introduction à cet article générique comporte quelques évidences qui valent la peine d'être martelées : « maîtriser ses finances personnelles n'est pas qu'une affaire de suivi de sa trésorerie » ou bien – celle que je préfère et dont je doute qu'elle soit endossée par la plupart des intéressées – « c'est le rôle de la banque d'inculquer à ses clients les éléments de gestion de l'argent dont ils ont besoin ». Viennent donc ensuite les 7 moyens à travers lesquels U.S. Bank estime s'acquitter de cette tâche.

1. Avoir une visibilité instantanée sur les dépenses effectuées, dans l'application mobile de l'établissement, est un facteur essentiel de maîtrise de ses choix.
2. Les outils d'épargne qui s'appuient sur un objectif à atteindre (ou un projet à réaliser) prédéfini permettent de constater régulièrement ses progrès concrets.
3. Un aperçu consolidé de sa situation, à travers les différents comptes et autres cartes de crédit – y compris dans plusieurs banques – aide à prendre des décisions éclairées.
4. Les alertes – notamment sur des seuils de solde ou des frais imprévus – et éventuelles limites – par exemple sur le découvert autorisé – protègent contre les mauvaises surprises susceptibles de faire dérailler un budget.
5. Les options prédictives et l'activation du paiement de facture contribuent à réduire les inquiétudes sur la capacité à faire face à ses obligations à venir.
6. Les solutions de partage entre partenaires ou, plus largement, entre membres de la famille sont importantes pour rationaliser et apaiser les discussions d'argent.
7. Enfin, la technologie ne fait pas tout et les conseillers sont aussi là pour diffuser la connaissance et fournir un accompagnement personnalisé qui accroît la confiance.

U.S. Bank – 7 Ideas for Financial Education

La palette de fonctions offertes par U.S. Bank, indiscutablement utiles pour un pilotage sain des finances personnelles, est certes impressionnante mais elle souffre tout de même de quelques lacunes criantes. La première porte sur leur prise en main par les clients : quels moyens sont mis en œuvre afin de leur enseigner comment exploiter ces multiples possibilités pour l'optimisation de leur quotidien ? Il manque le mode d'emploi qui fera que les services proposés deviennent des assistants de gestion efficaces.

Autre défaut, ces éléments sont trop disparates et n'autorisent pas spontanément une perspective à 360° sur le sujet. Par exemple, la séparation arbitraire entre la surveillance des comptes, les capacités d'anticipation et les objectifs d'épargne nuit à une approche cohérente. Pour une bonne maîtrise, il faudrait que la personne – ou, mieux, le foyer – se voit offrir une vue consolidée des différentes composantes de sa position et un éclairage prescriptif sur l'articulation de leurs dépendances.

Comme toujours avec ces initiatives, on débouche sur la principale limitation du dispositif : l'absence de conseil proactif, autre que, en l'occurrence, le recours à un conseiller qui, préférant se concentrer sur la vente de produits, ne sera probablement pas enclin à prendre le temps d'apprendre à ses clients comment, par exemple, concilier à long terme leur endettement et la concrétisation de leurs rêves d'avenir. Tout ce qu'il faudrait pour pallier ce déficit est pourtant présent dans les 7 principes d'U.S. Bank.

L'éducation financière par la pub ?

Experian
Inlassable, Experian poursuit ses aventures avec l'intelligence artificielle et, après ses premiers pas dans ChatGPT, s'empare à présent d'une nouveauté introduite récemment sur Snapchat qui lui permet de partager des éléments d'éducation financière avec les adeptes de la plate-forme dans un contexte de publicités interactives.

Le réseau social cède lui-même à la tendance incontournable du moment, en arguant que, désormais, les contenus promotionnels doivent s'aligner avec les attentes des consommateurs vis-à-vis de leurs interactions, avec leurs pairs comme avec les annonceurs, et donc adopter un mode conversationnel. Il appuie son raisonnement, entre autres, sur ses propres observations consécutives à la mise en place de son propre robot « My AI », dont il affirme qu'il est plébiscité par ses utilisateurs.

Le principe consiste à offrir aux entreprises un format publicitaire via lequel elles insèrent leur chatbot au cœur de l'expérience Snapchat. Dans le cas d'Experian, en l'occurrence, la bannière sponsorisée renvoie ainsi vers un agent virtuel qui propose d'échanger sur les thématiques financières préoccupant plus particulièrement la population, jeune, adepte de l'application au petit fantôme : réaliser des économies sur ses dépenses, comprendre les cartes de crédit, apprendre à gérer son budget…

L'utilisateur pose ses questions librement, en langage naturel, bien entendu, et obtient instantanément des réponses qui se veulent personnalisées et contextuelles – ce qui, vue l'absence d'informations spécifiques sur la situation des comptes de l'individu, se limitera vraisemblablement à maintenir une continuité logique dans le dialogue.

Experian AI Sponsored Snaps

L'idée sous-jacente au déploiement de ce drôle de dispositif consiste à assurer une présence visible où et quand les citoyens sont susceptibles de s'interroger sur des sujets financiers, ce qui se produit évidemment de plus en plus souvent sur les sites où ils passent le plus de temps. Un ciblage des annonces pourrait alors être un plus (par exemple lors d'une discussion d'argent avec un proche). Dans cette logique, la démarche a un certain mérite, même si ces prémices requerront une validation.

À défaut de convaincre Mme ou Mr Tout-le-Monde de consentir spontanément un effort afin d'acquérir quelques bases d'éducation financière, l'approche retenue par Experian paraît intéressante dans sa capacité à s'immiscer dans le quotidien des gens. Elle n'est cependant pas sans défauts. D'abord, elle demande malgré tout un engagement actif dont il faudra voir si l'audience visée est prête à le fournir. L'entrée en matière (l'accroche commerciale) joue là un rôle critique. D'autre part, son périmètre restera circonscrit aux seuls domaines qui préoccupent la personne interpellant l'agent.

Au-delà de ces réserves, je soupçonne qu'il existe pour les banques une réelle opportunité à explorer et à approfondir derrière cette implémentation pionnière. Considérez-la comme une simple ébauche, imaginez des variantes, développez-la, expérimentez différentes options… la littératie financière de la population le vaut bien.

Quoi de neuf du côté de Wero ?

WERO
Lors de sa création en 2020, l'EPI promettait de révolutionner les paiements dans la zone Euro à l'horizon 2022. Six ans et bien des péripéties plus tard, une nouvelle étape commence à être franchie avec le lancement officiel en France, par BPCE, de fonctions de règlement des achats en ligne, dans la foulée de l'Allemagne et la Belgique.

Concrètement, le groupe bleu et rouge a validé une expérimentation et peut désormais entamer le déploiement généralisé. Celui-ci se déroulera par paliers, avec une ouverture début mai à un premier lot de 500 000 clients qui s'étendra ensuite à l'ensemble du parc d'ici cet été. L'enrôlement des commerçants est également en cours afin de développer le réseau d'acceptation, initialement représenté uniquement par l'École du Ski Français, avec qui les tests préliminaires ont été organisés.

Le mode opératoire d'une transaction paraît relativement simple. Au moment de passer en caisse (virtuelle), l'utilisateur choisit l'option Wero et se voit alors invité à numériser un QR code depuis son application mobile bancaire (qui intègre le porte-monnaie électronique) afin de valider le règlement. Sa déclinaison dans le m-commerce exploite en revanche un lien direct, permettant de court-circuiter la capture d'image. Le transfert de fonds est enfin exécuté à travers un virement instantané de compte à compte.

Selon les vidéos de démonstration, la qualité de l'expérience semble correcte (encore plus sur téléphone, ce qui est certainement le plus important, de nos jours) sans être renversante, notamment en comparaison avec un système tel qu'Apple Pay. Il est tout de même prévu de faciliter les achats récurrents, avec une option classique de rétention des préférences de paiement et de livraison pour les visites ultérieures.

BPCE x WERO

Alors que, jusqu'à maintenant, Wero se contentait d'hériter des capacités de transfert entre proches de PayLib, il entre aujourd'hui dans le dur de ses ambitions d'origine et va se confronter directement au défi qui transformera ou non l'essai, à savoir la conquête des e-commerçants. Ceux-ci étant débordés par le nombre de moyens de paiement que leurs prestataires de service leur proposent, il va falloir développer un puissant argumentaire pour les convaincre de privilégier celui-ci. Le niveau actuel d'équipement de la population pourrait en faire partie mais BPCE ne précise pas combien, parmi ses 13 millions de clients, sont des utilisateurs actifs du « wallet ».

Et ce n'est qu'un début dans la feuille de route de l'EPI. Les autres banques hexagonales devront d'abord suivre l'exemple afin de compléter la promesse de valeur (d'universalité, spécifiquement). Puis, il faudra travailler sur la dimension transfrontalière, pour l'instant réduite à la Belgique et l'Allemagne, où le choix de l'interopérabilité avec les autres solutions en vigueur introduira ses propres complexités d'implémentation. Enfin, surtout, il restera à intégrer les paiements de proximité, sur lesquels les enjeux de fluidité de l'expérience seront probablement les plus difficiles à appréhender. Et peut-être faudra-t-il ajouter entretemps les nouvelles exigences du commerce agentique !

Helios se préoccupe de bien-être financier

Helios
Consciente des relations étroites qui existent entre préoccupations environnementales et bien-être financier des populations, la néo-banque écologique Helios, qui a désormais rejoint le groupe Younited, lance une nouvelle initiative de sensibilisation à l'intention de ses clients, dont j'espère qu'elle s'enrichira bientôt d'un volet de conseil.

Je doit préciser d'emblée que, à bien des égards, cette nouveauté, tout comme les efforts précédents de la jeune pousse – contenus pédagogiques ou options telles que les poches d'épargne –, souffre des défauts que je signale régulièrement dans ces colonnes : approche passive et emphase sur son recours à l'intelligence artificielle. Elle retient néanmoins mon attention, d'une part parce qu'elle émane d'une entité aux moyens bien plus limités que les grands groupes auxquels j'adresse généralement mes reproches et, d'autre part, parce qu'elle esquisse une orientation qui m'inspire.

Le principe de fonctionnement retenu est relativement original puisqu'il repose sur l'envoi d'un courriel aux clients (un échantillon dans un premier temps, avant généralisation), contenant une analyse détaillée de leur comportement financier sur l'année 2025. Le message fournit, entre autres, un bilan mensuel des flux, individuels ou en couple, une répartition des dépenses par catégorie, une mise en avant des achats responsables (la raison d'être d'Helios), une évaluation de l'épargne et de ses tendances… En résumé, rien de très excitant dans le registre du suivi budgétaire.

Au sein de cette synthèse, un premier détail mérite toutefois de s'y attarder : les résultats obtenus sont mis en regard avec la règle connue dite des 50/30/20 de pilotage sain des finances personnelles, préconisant l'affectation des revenus pour 50% aux frais essentiels, 30% aux envies et 20% en réserve. Voilà une excellente illustration d'une contextualisation d'un précepte, abstrait quand il fait partie d'une formation théorique et qui prend tout son sens une fois appliqué à la situation de l'apprenant. Selon moi, tous les apprentissages devraient être déclinés de la sorte sur des cas individuels.

Helios App

Une autre dimension de la démarche laisse entrevoir une perspective brillante si elle est prolongée à l'avenir. En effet, l'étude menée sur les transactions aboutit à l'identification d'un comportement prédominant (par exemple « la fourmi ») parmi un référentiel qui en comprend neuf. La connaissance de ce trait psychologique constitue un élément essentiel pour la construction d'une éventuelle stratégie de recommandations efficace, à la fois afin de mettre l'accent sur des thématiques et problématiques que les biais sous-jacents tendent à faire ignorer et pour exploiter des mécanismes d'incitation qui résonnent de manière optimale avec le mode de pensée privilégié du sujet.

En résumé, Helios propose une solution relativement basique pour l'instant mais avec un fort potentiel de progrès en matière d'accompagnement concret de l'éducation et du bien-être financiers. Il reste à espérer que l'équipe n'en reste pas là et enrichisse progressivement sa proposition de valeur, comme elle semble le promettre. Une première piste de réflexion devrait concerner, à mon avis, la distribution de l'outil : son envoi spontané est susceptible de stimuler la bonne volonté mais sa fréquence, si elle est annuelle, comme donne à le comprendre la présentation, serait à revoir.

Qonto, banque nativement IA

Qonto
Dans un secteur financier qui manque d'imagination dans ses applications de l'intelligence artificielle, Qonto dévoile les premières briques de sa vision d'une banque plaçant l'IA au cœur de son offre, non pas pour suivre une mode ou se gargariser d'innovation mais pour apporter à ses clients des solutions qui les aident dans leur quotidien.

Les nouveaux assistants sont présents dès l'écran d'accueil de la plate-forme web ou de l'application mobile, et un clic ou un appui suffit donc à engager la conversation, en mode tchat. Dans un registre désormais résolument classique, l'utilisateur peut d'abord poser des questions libres sur ses comptes et sa situation – explications sur les dépenses, recherche sur tous les critères imaginables, décryptage des tendances ou des éventuels écarts constatés… – et obtenir des réponses instantanées.

Plus intéressant et plus rare que cet accélérateur d'accès à l'information, un autre volet est consacré à l'exécution autonome d'actions. Mais il ne s'agit pas seulement d'opérations bancaires. Parce que Qonto s'adresse aux entreprises, diverses démarches administratives sont aussi prises en charge. Une simple demande en langage naturel suffit ainsi à préparer et envoyer une facture ou à créer une carte de paiement, par exemple. Par sécurité, une validation est exigée avant de finaliser le traitement.

Les quelques dysfonctionnements rencontrés à l'usage me laissent penser que le déploiement est encore plus ou moins expérimental. Mais déjà d'autres catégories de fonctions sont annoncées pour l'avenir, dont notamment une qui cible le pilotage de la facturation, avec des options d'alerte et de relance en cas de retard de paiement. L'ambition est de proposer les services d'un agent pour toutes les dimensions de la gestion d'entreprise afin de faire gagner du temps partout où cela est possible.

Qonto AI

Si le principe de Qonto AI est incontestablement séduisant, l'implémentation révèle un choix discutable. En effet, chaque domaine d'intervention est confié à un assistant dédié : l'analyste pour l'exploration des données, l'opérateur pour les actions, le collecteur pour la future chasse aux mauvais payeurs… J'imagine que cette spécialisation, par « petit modèle », permet d'optimiser la performance et l'efficacité… mais la lisibilité pour les clients risque d'en souffrir. Il faudrait peut-être ajouter un premier niveau d'analyse qui sache sélectionner le bon outil pour chaque interaction.

Quoi qu'il en soit, et il n'est évidemment pas étonnant que ce soit le fait d'une jeune pousse de la FinTech, Qonto montre la voie à l'industrie en matière d'exploitation de l'intelligence artificielle comme un moyen d'enrichir la palette de services offerte, avec une focalisation concrète sur ce qui est susceptible d'apporter un surcroît de valeur aux entreprises. Dans une certaine mesure, ces efforts font également écho à la menace des nouveaux géants de l'IA que j'évoquais hier : la banque devra bientôt prouver la supériorité de ses propres agents face aux « super apps » émergentes, que ce soit en termes d'expertise métier, de faculté de personnalisation, de contextualisation…

La prochaine génération de Super App arrive

OpenAI
Les modes sont décidément irrationnelles. Pendant des années, toutes sortes d'entreprise, y compris dans le secteur financier, ont rêvé de créer leur « Super App » en tentant de répliquer le modèle, obsolète, des dragons chinois. Aujourd'hui, la prochaine génération se met en ordre de marche… et plus personne ne semble s'intéresser au sujet.

À l'occasion de diverses annonces récentes, OpenAI a pourtant évoqué ses prétentions en la matière sans ambiguïté. Certes, ses premières concrétisations tendent à viser en priorité l'environnement professionnel, plus lucratif, où le concept d'un outil universel capable de piloter toutes les activités de chaque collaborateur est certainement aussi séduisant que son équivalent dans l'univers grand public. Mais des solutions sont également en chantier pour ces derniers et elles préparent une révolution.

Entre ses agents et sa place de marché d'applications tierces, le pionnier de l'IA générative – et ses concurrents s'engouffreront naturellement dans la même voie – montre clairement la direction : demain, vous pourrez oublier les plates-formes de commerce, d'information, de formalités administratives, de gestion des finances personnelles… que vous utilisez quotidiennement. Vous dicterez vos instructions à ChatGPT, qui exécutera les actions nécessaires afin de satisfaire votre requête.

La première conséquence d'une telle évolution, et j'ose espérer que toutes les directions marketing l'ont en tête, est la perte de contact avec les usagers et/ou clients au niveau des services « digitaux ». Finies les stratégies de rebond commercial, par exemple, l'intelligence artificielle ne se laissera pas facilement détourner de son objectif (à moins de la soudoyer ?). Tout ce qui est mis en place en termes de qualité visuelle, de parcours, d'ergonomie s'effacera au profit de l'efficacité maximale des robots.

Plus fâcheux, notamment pour le secteur financier traditionnel, les agents IA conquerront progressivement la faculté de conseiller leurs utilisateurs. Dans cette hypothèse, ce ne sont plus seulement les interactions avec les outils numériques qui sont menacées mais aussi celles qui sont historiquement redirigées vers un interlocuteur humain, en particulier pour les demandes à forte valeur ajoutée. Les institutions qui n'ont jamais implémenté un accompagnement personnalisé à distance s'en mordront les doigts.

Les clients qui, sauf à changer de fournisseur, se plient pour l'instant aux contraintes de leur banque quand ils désirent bénéficier de recommandations plus ou moins sophistiquées disposeront bientôt d'une autre option, toujours à portée de clic. Et lorsqu'ils la choisiront, l'établissement qui héberge leurs comptes sera simplement devenu une usine de production, sans valeur de différenciation. Voilà une nouvelle raison de développer un modèle de conseil 100% « digital », individualisé et contextuel, qui devra en outre prouver son avantage face aux IA « spécialistes de tout ».

L'industrie a longtemps craint (ou fait mine de craindre ?) l'irruption des géants technologiques (américains, de surcroît !) dans ses métiers. Je n'y ai jamais cru sérieusement, arguant que la rupture que cherchaient à créer ces firmes se positionnait sur la relation avec leurs utilisateurs. Ma conviction est désormais renforcée… et la menace se précise rapidement. Il n'est plus temps de se lamenter mais plutôt de définir et mettre en place ce qui permettra aux acteurs de la finance de rester compétitifs.

P.S. J'ai préparé ce texte avant que n'émerge aujourd'hui la rumeur d'un projet de téléphone sans applications, entièrement piloté à l'IA, chez OpenAI, qui donne évidemment un peu plus de crédit à mon hypothèse.

OpenAI

Gestion de patrimoine et IA, la vision de Citi

Citi
Quelques semaines après Bank of America et sa plate-forme d'assistance aux conseillers en gestion de patrimoine, Citi Wealth présente sa solution à base d'intelligence artificielle, qui, elle, s'adresse directement aux clients aisés. Au-delà de l'effet d'annonce (prématurée), quels enseignements peut-on tirer de cette initiative ?

Comme dans les autres lignes d'activité (et les autres secteurs), les banques privées ne pourront bientôt plus se permettre de ne pas montrer au monde qu'elles se sont appropriées l'IA, de préférence au bénéfice de l'efficacité opérationnelle et de la satisfaction des clients. La plupart d'entre elles ne se sentent toutefois pas prêtes à changer pour autant leurs modes de relation avec ces derniers, préférant maintenir un statu quo sécurisant construit sur des interactions avec un spécialiste humain.

Sans renier l'importance du contact personnel, qu'elle espère aussi optimiser de la sorte, Citi se démarque donc du lot en cherchant plutôt à enrichir, grâce aux technologies de Google, l'accompagnement « digital » de ses clients. Ses applications web et mobile devraient donc prochainement (à partir de l'été) accueillir un agent virtuel, incarné par un avatar réaliste et piloté entièrement par une interface vocale, capable d'informer les utilisateurs, spontanément ou sur demande, et d'exprimer ses recommandations.

Citi Sky

Le principe semble séduisant… mais les scénarios fournis à titre d'exemple font vite déchanter. Ainsi, le cas principal décrit est celui d'une alerte émise par Citi Sky – c'est son nom – sur la prochaine arrivée à échéance d'un certificat de dépôt. Il suggère alors de le renouveler, avec deux options de maturité au choix, ou de transférer le capital sur un simple compte à intérêts. Non seulement paraît-il difficile de justifier le recours à l'IA pour un tel événement, il faut s'inquiéter si aucun équivalent n'existait auparavant.

La mise en place d'un avatar destiné à personnifier l'échange apporte-t-elle, à elle seule, un bénéfice incontestable ? Outre que, s'il faut en croire la vidéo de démonstration (ci-dessous), son réalisme reste largement perfectible, les innombrables expérimentations réalisées depuis une quinzaine d'années, avec des approches variées, tendent à laisser penser que les clients n'apprécient guère ces ersatz d'humain, tandis que la navigation vocale interroge dans un contexte de communication d'informations privées.

En synthèse, Citi Sky n'est qu'une énième déclinaison, sans autre intelligence que celle du traitement du langage (en anglais et en espagnol, en l'occurrence), du concept d'agent voué à simplifier l'accès à des rubriques que les utilisateurs ont potentiellement du mal à trouver dans les services en ligne actuels, avec les menus mis à leur disposition. Dans ce sens, l'initiative est certainement positive… même si on ne peut que regretter que son implémentation ait dû attendre si longtemps, alors qu'elle ne présente pas, et n'a jamais vraiment présenté, de défi majeur d'un point de vue technique.

CommBank lance la lutte anti-fraude agentique

CommBank
Dans le secteur financier, la lutte contre la fraude fait partie des domaines les plus propices à l'exploitation de l'intelligence artificielle. Les applications ne semblent pourtant pas enregistrer des progrès fulgurants. CommBank figure ainsi parmi les premières à générer automatiquement des règles défensives contre les nouvelles attaques.

La première partie du dispositif est désormais classique et correspond au niveau de maturité général de l'industrie. Des modèles d'analyse repèrent parmi les millions de transactions et autres interactions des clients – notamment à travers les canaux « digitaux » – les événements suspects. Conçus initialement dans le but de stopper les tentatives de malversations avérées, ils deviennent progressivement capables d'identifier l'apparition de formes inédites de menaces, qu'il faut ensuite prendre en compte.

C'est justement sur ce dernier aspect que CommBank franchit une étape majeure. En effet, son agent ne se contente pas d'une posture passive, il est également en mesure de mettre au point en totale autonomie les éléments de configuration qui permettront à la banque de protéger ses systèmes contre ces offensives dès qu'elles sont détectées. Une réserve, toutefois : afin d'éviter toute perturbation que produirait une hallucination de l'IA, ces propositions sont inspectées par un humain avant d'être mises en œuvre.

Pas de surprise sur une telle étape de contrôle, elle reflète la méfiance caractéristique des institutions financières historiques vis-à-vis des algorithmes d'intelligence artificielle (et, auparavant, d'apprentissage automatique). Elle n'est probablement pas très gênante en termes de réactivité, surtout si l'agent sait aussi qualifier la criticité des alertes qu'il émet et donne ainsi des indications de priorité aux personnes en charge des validations. Elle crée néanmoins un goulet d'étranglement et une possible source d'erreur.

La démarche est sans conteste intéressante et pourrait inspirer les consœurs de CommBank. Mais elle mérite un parallèle avec celle de Stripe… en 2018. À l'époque, il était encore question de science des données et, déjà, le trublion des paiements avait mis en place un mécanisme de mise à jour autonome des règles anti-fraude au fur et à mesure de la détection d'attaques émergentes, avec vérification humaine a posteriori. Trois conclusions : les acteurs traditionnels ont 8 ans de retard sur l'état de l'art, ils se gargarisent de technologies de pointe alors que des outils classiques seraient potentiellement suffisants et, pour couronner le tout, ils ne leur font pas confiance…

CommBank Safe

L'innovation participative avec l'IA

FinAI News
Les outils d'intelligence artificielle créent des opportunités en tout genre, que leurs utilisateurs découvrent au fur et à mesure de leurs expérimentations. Afin de capitaliser sur cette créativité invisible, en partageant les meilleures pratiques, l'américaine Hatch Bank institutionnalise des échanges hebdomadaires entre ses employés.

Évidemment plus facile à instaurer dans une petite banque « digitale » (qui offre des services prêts à intégrer dans les solutions de ses clients), le principe consiste à inviter régulièrement les collaborateurs à expliquer à leurs collègues leurs utilisations des plates-formes mises à leur disposition pour leurs tâches quotidiennes, telles que le Copilot de Microsoft. L'objectif visé est simplement de propager les bonnes idées dans toutes les équipes et démultiplier ainsi les gains d'efficacité qu'elles autorisent.

Dans un sens, il s'agit d'une sorte d'industrialisation de la logique qui présidait à l'innovation participative, aujourd'hui presque oubliée. Il est vrai que l'IA se prête bien à l'exercice, en fournissant l'occasion à chaque individu de mettre facilement au point des « applications » qui leur facilitent la vie ou leur font gagner du temps. Rarement révolutionnaires, certaines d'entre elles pourront néanmoins profiter au reste de l'organisation, soit telles quelles, soit comme point de départ d'un produit à généraliser.

L'initiative a également une autre vertu. Dans un contexte où l'intelligence artificielle est encore en pleine émergence, avec des personnes qui apprennent très rapidement à en exploiter toutes les possibilités côtoyant une population parfois réfractaire ou, à tout le moins, peu entraînée, la diffusion des usages effectivement mis en œuvre peut accompagner une démarche pédagogique qui, par incitation à la prise en main via des exemples concrets, sera beaucoup plus percutante que des cours théoriques.

Il peut enfin exister une dimension de contrôle dans le dispositif, inspirée par les dérives vécues historiquement avec certains logiciels de productivité (ceux qui ont eu un jour la charge de faire le ménage dans un patrimoine de macros Excel savent de quoi je parle). Sans nécessairement exercer une pression coercitive, les responsables auront tout loisir de repérer, parmi les propositions soumises à la communauté, celles qui s'avèreraient susceptibles d'engendrer un risque quelconque, qu'il leur faudra alors encadrer.

De manière générale, il paraît sensé d'envisager l'appropriation de l'IA en entreprise de manière collaborative. En dehors de projets spécifiques dont elle constitue une composante intrinsèque, les déploiements des assistants intelligents personnels semblent aujourd'hui trop focalisés sur l'individu : une installation sur son poste de travail, une formation accélérée… puis il se débrouille (ou se décourage) seul. Voilà une étrange façon de concevoir le travail en groupes tel que vanté par tant de firmes…

Hatch Bank

Connaître son client avant qu'il le devienne

Yapı Kredi
Dans le secteur financier, la connaissance du client est d'abord identifiée, sous l'acronyme KYC, comme une obligation réglementaire, avant de constituer un facteur d'optimisation de la relation, une fois celle-ci entamée. Pour la turque Yapı Kredi, elle offre également un puissant moyen de conquête, récemment récompensé par Qorus.

L'initiative concerne un domaine très spécifique, particulièrement concurrentiel sur ce marché : la gestion de paye pour les entreprises. Afin de renforcer sa compétitivité, la banque a imaginé de construire un modèle analytique, basé sur les informations disponibles sur le prospect combinées à des données de référence sectorielles, qui lui permettent de prédire l'évolution dans le temps de sa masse salariale et d'élaborer, en misant sur le long terme, des conditions potentiellement avantageuses.

La beauté du concept réside non seulement dans la différence de traitement à l'entrée, qui va profiter aux meilleurs (futurs) clients, mais également dans sa capacité à réduire les incertitudes qui président aujourd'hui à la formulation d'une proposition commerciale et pèsent directement sur la rentabilité du portefeuille de l'établissement. L'objectif de la démarche porte de la sorte autant sur l'espoir de revenus que sur la compétitivité, à équilibrer avec des éléments de décision relativement objectifs.

Outre sa valeur métier, le projet m'interpelle sur une autre dimension, de frugalité. L'industrie est en effet frappée depuis quelques années par une maladie sournoise qui la contraint, surtout quand il est question de traitement de données, à engouffrer le maximum de moyens, humains et technologiques, parfois extrêmement coûteux, dans le but d'obtenir des résultats les plus précis possibles. Pour Yapı Kredi, il n'en est rien, en partie par nécessité, j'imagine, mais aussi, certainement, par choix (avisé).

Yapı Kredi Predictive payroll

Je note ainsi que les équipes impliquées ne sombrent pas dans les mirages de l'intelligence artificielle et se contentent « simplement » de modèles à apprentissage automatique (qui se souvient encore de ces dinosaures ?) appliqués à un corpus d'information naturellement limité (disponible publiquement, selon toute vraisemblance). Les prédictions qui en ressortent ne sont certes pas parfaites (86% dans une marge de +/-30%) mais elles s'avèrent largement suffisantes pour répondre au besoin.

Au-delà de l'exemple local et ciblé, l'approche mériterait une plus grande diffusion, notamment dans tous les segments susceptibles de générer un volume important de nouveaux clients. Les banques gagneraient à mieux connaître les personnes et les firmes qui viennent ouvrir un compte ou recherchent un financement, sans se limiter aux questionnaires classiques d'entrée en relation, de manière à mieux appréhender et satisfaire leurs attentes immédiates mais aussi à prendre en compte leur potentiel sur un engagement qui, normalement, se prolongera sur de longues années.

TD et Google facilitent l'usage de cartes virtuelles

TD Bank
Les cartes de paiement virtuelles offrent un excellent niveau de sécurité mais souffrent d'un parcours d'utilisation un peu trop complexe pour une adoption inconditionnelle. Google a peut-être une solution et la canadienne TD devient l'une des premières institutions financières à la mettre à la disposition de la plupart de ses porteurs de carte Visa.

Juste derrière la « tokénisation » implémentée dans les porte-monnaie mobiles, le principe de la carte virtuelle fournit une des meilleures protections disponibles contre le vol des informations de paiement. En effet, la génération d'identifiants à usage unique ou limité, seuls partagés avec le commerçant, évite automatiquement les risques sur l'instrument principal. Malheureusement, la mise en œuvre requiert quelques manipulations, normalement dans l'app bancaire, qui freinent la généralisation.

Alors, pour encourager les consommateurs à recourir à ce système, Google l'intègre au cœur de ses plates-formes, en particulier son navigateur Chrome et son « m-wallet ». Ainsi, dès qu'une carte d'un des établissements partenaires est identifiée dans une transaction, ses outils vont proposer spontanément de remplacer d'un geste les coordonnées habituelles de paiement, exposées aux dangers de détournement, par celles d'une carte virtuelle, dont la capture s'avèrerait inutile pour un cybercriminel.

Le mécanisme opère dans différentes circonstances, pour les scénarios les plus courants. Dans le cas où une carte éligible est enregistrée pour le pré-remplissage automatique des données sur les sites d'e-commerce, une option invite simplement à activer la fonction. Dès lors, une carte virtuelle prête à l'emploi sera toujours proposée au passage en caisse. Autre possibilité, si l'utilisateur saisit ses références « normales », le navigateur autorise leur conversion en une version temporaire sans complication.

Les défenses les plus sophistiquées contre la fraude perdent toute leur valeur si elles ne sont exploitées par les victimes potentielles. Or, et le fait est bien connu, la moindre friction dans le processus de paiement constitue un facteur de rejet. Quand il faut ouvrir une application, s'authentifier et, enfin, demander la création d'une carte virtuelle, une majorité de personnes se découragent et sacrifient la sécurité de leur argent. Et voilà une belle illustration de l'importance cruciale de prendre soin de l'expérience client.

Carte Virtuelle TD

Revolut se lance dans la gestion de personnel

Revolut
Avec sa nouvelle offre GlobalHire, Revolut propose désormais aux entreprises – britanniques, pour l'instant – aux velléités d'expansion internationale un service de recrutement et de gestion administrative de salariés dans une soixantaine de pays, qui lui permet de valoriser son avantage historique sur les mouvements de fonds transfrontaliers.

Le trublion de la FinTech prolonge ainsi sa stratégie extra-financière, dont l'offre de téléphonie fut une des initiatives les plus visibles, en 2024. Et cette fois encore, elle respecte sa ligne directrice en la matière, qui consiste à fournir une réponse globale à une friction ou un obstacle que rencontre une partie importante de sa clientèle dans une perspective mondiale. En l'occurrence, il s'agit des complications réglementaires et opérationnelles dans le pilotage de collaborateurs installés à l'étranger.

Qu'il s'agisse de trouver des compétences rares sur son marché local, d'externaliser des tâches pour des raisons économiques ou d'établir une présence hors de sa terre natale, les petites et moyennes entreprises sont aujourd'hui confrontées à des barrières presque infranchissables à l'heure du recrutement, avec des contraintes, légales ou fiscales, notamment, qu'elles ne maîtrisent pas et totalement différentes d'un état à un autre. Elles perçoivent cette situation comme un frein à leur développement international.

Revolut GlobalHire

GlobalHire est précisément conçu pour soulager ces difficultés. S'appuyant sur un réseau de partenaires spécialisés, la plate-forme se positionne comme employeur de référence pour ses clients dans les différents pays où elle intervient. Si le travail quotidien des employés concernés reste évidemment sous l'entière responsabilité de la firme qui les rémunère, elle prend en charge toutes les activités de gestion des contrats, des obligations sociales, d'organisation de la paye, de versement des salaires…

Outre sa couverture géographique étendue et transparente, qui évite de rechercher un prestataire dans chaque région et de s'adapter à ses pratiques, le service intégré par Revolut capitalise également sur les forces intrinsèques de la banque. Il promet de la sorte un bénéfice direct sur les coûts, grâce à sa tarification avantageuse du change de devises et des mouvements transfrontaliers. Et sa connaissance de ses clients lui permet de lever l'exigence de dépôt de garantie pour les meilleurs d'entre eux.

Dans un contexte où les aventures extra-bancaires des acteurs traditionnels peinent à faire leurs preuves, Revolut se vante d'atteindre plus de 100 millions de chiffre d'affaires sur onze de ses paris du genre. GlobalHire vise à enrichir la liste avec une recette désormais éprouvée, de recherche permanente de solutions à des attentes plus ou moins explicites de ses clients. Notons en sus que ce nouveau projet pourrait profiter de synergies avec le système de gestion des ressources humaines lancé précédemment.

À quoi peut servir l'IA dans un centre d'appel ?

Truist
À l'occasion de la présentation de ses résultats trimestriels, l'américaine Truist annonce fièrement que l'une de ses implémentations de l'intelligence artificielle générative lui a permis de produire 3,4 millions de résumés de conversations téléphoniques en trois mois. Une question plus importante devrait cependant être : à quoi servent-ils ?

Voilà encore un usage de l'IA parmi les plus répandus dans le secteur financier, consistant à lui confier la tâche de produire, en quelques secondes, une synthèse des échanges qui se déroulent entre les clients et les centres d'appel. Le principal objectif de cette automatisation répond, comme toujours, à une logique de gains de productivité. En l'occurrence, il s'agit essentiellement d'économiser sur le temps passé par les téléopérateurs à la rédaction de leurs comptes-rendus d'entretiens.

Or, même pour ce simple bénéfice, on imaginerait que l'établissement focalise sa communication sur la croissance de la performance de ses services de support, par exemple, en accord avec les « traditions » capitalistes, dans une traduction en termes de réduction des effectifs. Mais non, ici, seuls les exploits de la technologie valent d'être rapportés, soit que les responsables aient succombé au pouvoir magique de l'IA pour elle-même, soit que les avantages espérés tardent à se concrétiser… soit les deux.

Il serait également question, sans beaucoup plus de précisions, d'offrir aux clients une relation mieux personnalisée, grâce à l'introduction du nouvel outil. Mais le raisonnement paraît un peu étrange : quelle amélioration est-il possible d'envisager avec une retranscription de la conversation réalisée par une machine plutôt que par l'interlocuteur humain qui l'a menée ? À ce stade, il faut impérativement s'interroger : quels sont les buts poursuivis avec ces résumés et comment sont-ils atteints ?

Première réponse possible, en phase avec la réthorique de Truist, la connaissance des contacts précédents est primordiale pour la qualité des interactions avec les clients. Reprendre un dossier en attente sans avoir à demander à la personne de ré-expliquer sa problématique depuis le début, appréhender les préférences exprimées auparavant, revenir sur un sujet jusqu'alors non prioritaire… La continuité du dialogue à chaque nouvel appel, en dépit du changement d'employé, est un facteur majeur de satisfaction.

La valeur potentielle ne se limite d'ailleurs pas aux échanges téléphoniques. Les préoccupations ou des thématiques d'intérêt exprimées lors de ces sessions peuvent aussi profiter aux autres canaux, notamment « digitaux ». Mieux encore, certaines des informations captées de la sorte seront mieux exploitées dans le contexte d'une visite à l'espace en ligne ou sur l'application mobile de la banque, par exemple dans le cadre d'une suggestion d'opération préalablement évoquée mais non finalisée.

Autre option à considérer, où l'intelligence artificielle est susceptible de créer une réelle différence par rapport à l'humain : l'analyse de la parole des clients, plus ou moins brute et, surtout, non interprétée par celui qui l'entend, constitue un matériau formidable afin d'identifier les motifs de mécontentement, les attentes non comblées ou, à l'inverse, ce qui est particulièrement apprécié. Dans cette perspective, les contenus enregistrés deviennent une source quasiment infinie de découverte des optimisations à engager.

Dans tous les cas, il me semble ridicule pour une institution financière de se vanter des prouesses de ses solutions techniques… qui, incidemment, n'ont rien d'impressionnant (en quoi 3,4 millions de résumés générés doivent-ils nous ébahir ?). Ce que veulent les clients… et les investisseurs, c'est savoir quels sont les bénéfices tangibles qui en sont tirés, les uns pour la gestion de leur argent dans les meilleures conditions (et son impact sur leur quotidien), les autres sur les résultats opérationnels de l'entreprise.

Truist – Start Feeling Unstoppable

BBVA au sommet de l'innovation bancaire

BBVA
Récemment distinguée par le titre de « banque la plus innovante du monde pour 2026 » attribué par Global Finance, BBVA fournit une sorte d'étalon pour l'ensemble de l'industrie. La barre ne me semble pourtant pas placée très haut et laisse de facto le champ libre aux trublions pour prendre l'avantage dans de nombreux domaines.

Le prix est décerné au groupe espagnol sur la base de ses multiples initiatives, au sein de ses différents métiers, onze d'entre elles étant directement signalées comme exemplaires. Sans surprise, elles ont presque toutes en commun de faire la part belle à l'intelligence artificielle, sans que, heureusement, celle-ci constitue a priori le critère déterminant de leur caractère novateur. Néanmoins, si je m'en tiens à ce qui concerne spécifiquement la banque de détail, les avancées ne sont guère spectaculaires.

Premier projet identifié, dans l'ordre chronologique, Blue, s'intègre dans l'application mobile de l'établissement. Cette interface conversationnelle représente actuellement l'archétype des cas d'usage de l'IA générative dans la relation client. En synthèse, selon la description de ses concepteurs, elle évite à l'utilisateur de se perdre dans sa navigation parmi les innombrables options disponibles, en autorisant un pilotage en langage naturel, autant pour l'accès aux informations que pour l'exécution d'opérations.

J'ai déjà eu l'occasion de l'écrire, ce genre de gadget est incontestablement utile et facilite la vie des consommateurs (désorientés par des outils trop complexes…) mais elle n'a rien de révolutionnaire. La remarque vaut d'autant plus pour BBVA, qui, avec Lola, faisait partie des pionnières, il y a bientôt quinze ans, de l'adoption d'assistants vocaux interactifs et (plus ou moins) contextualisés dans les services bancaires.

BBVA – Most Innovative Bank 2026

Une autre fonction mise en avant par Global Finance est beaucoup plus intéressante, ne serait-ce qu'en raison de sa rareté dans l'industrie. Sous la forme d'un coach financier personnalisé, elle analyse en permanence la situation du client, de manière à lui suggérer, aux moments opportuns, et avec pédagogie, des actions d'optimisation, qui pour la maîtrise de son budget, qui pour la reprise de contrôle sur son endettement, ou encore dans un objectif d'accompagnement de ses efforts d'épargne.

C'est donc à ce niveau que se positionne aujourd'hui le summum de l'innovation, du moins dans les institutions financières historiques (par opposition aux nouveaux entrants). Et il devrait être relativement aisé à atteindre par celles qui s'en donneraient la peine. En effet, l'implémentation de l'espagnole ne s'avère pas extraordinairement sophistiquée, avec ses mécanismes algorithmiques simples, ne nécessitant pas la puissance de l'IA (ce qui ne retire rien de la valeur qu'ils apportent à leurs adeptes).

Cette solution constitue cependant un socle solide pour le développement d'une approche plus raffinée d'assistance au bien-être financier, capable, notamment, de prendre en compte la psychologie de chaque individu dans son rapport à l'argent, afin de formuler des recommandations non seulement efficaces dans l'absolu (théorique) mais aussi qui s'inscrivent dans les habitudes comportementales de chacun(e).

L'assurance, cette inconnue...

PEMCO
Depuis quelques années, des voix s'élèvent pour promouvoir l'éducation financière. Il est alors question d'apprendre à gérer un budget, à épargner et investir, à maîtriser l'endettement... Mais qui, dans ce spectre, pense à l'assurance ? Une enquête menée par PEMCO révèle pourtant la profonde ignorance qu'en ont les citoyens.

Le sondage étant réalisé auprès de la clientèle de l'établissement mutualiste installé dans le nord-ouest américain, les thématiques abordées ont naturellement une sensibilité locale. Il n'en donne pas moins une idée assez nette de la méconnaissance généralisée des principes et des mécanismes des garanties dans les domaines de l'habitation et de l'automobile (les plus courantes et les plus souscrites).

Parmi les personnes interrogées, environ une sur cinq sait, par exemple, que la couverture d'un conducteur ayant emprunté le véhicule d'un proche dépend du contrat et des circonstances et que les effets personnels dérobés dans la voiture ne sont généralement pas pris en charge par l'assurance de cette dernière. Plus amusant, deux sur trois croient au mythe du tarif plus élevé pour certaines couleurs de carrosserie.

Sur leur résidence, les constats sont similaires : 22% seulement des répondants s'adresseront (à juste titre) à leur propre assureur, et non celui du voisin, dans le cas où un arbre de la propriété mitoyenne s'abattrait sur leur véhicule, tandis que plus des trois quarts ne savent pas que les dégâts des eaux sont la première cause de dommage dans les logements (la plupart supposant que les incendies occupent cette position).

PEMCO Poll

Même sur les sujets sur lesquels les américains sont moins déconnectés des réalités, les statistiques ne sont guère reluisantes : si 60% des conducteurs sont conscients d'être couverts en cas d'accident avec un tiers non assuré, cela laisse une forte proportion de personnes susceptibles de s'inquiéter à tort. Dans un autre registre, j'ai la même réaction pour la petite moitié qui ne sait pas que les tarifs sont encadrés.

Face à un tel déficit massif d'information, il semblerait important de déployer des programmes pédagogiques adaptés, pour plusieurs raisons. D'abord, il en va de la tranquillité d'esprit des citoyens : connaître les conditions de ses contrats est un premier pas vers la sérénité. Mais il existe aussi un enjeu majeur pour les compagnies, notamment de satisfaction : laisser les clients dans le noir constitue le meilleur moyen d'alimenter leur incompréhension et, donc, leur mécontentement au moindre accroc.

Incidemment, la mise en place d'initiatives éducatives de ce genre représenterait une triple opportunité. Outre l'indispensable transparence sur la nature et le fonctionnement de l'assurance, elles pourraient en effet également inclure un volet préventif, contextualisé, complétant de la sorte intelligemment les objectifs poursuivis. Enfin, si la démarche est conçue de manière suffisamment attractive, elle offre potentiellement un canal d'interaction récurrent avec les clients, qui n'a pas de prix dans le secteur.

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