YouTube à la conquête de la télé - Lors de son événement Made On YouTube du mercredi 18 septembre, la plateforme de Google a dévoilé un plan ambitieux de transformation. Ce remaniement s’appuie sur l’intégration de l’intelligence artificielle et l’introduction de nouvelles fonctionnalités conçues pour séduire créateurs et utilisateurs, tout en accentuant la pression sur ses rivaux dans le marché du streaming.
« YouTube est la plus grande chaîne de télévision au monde et un acteur clé de l’écosystème télévisuel. Contrairement à TikTok ou Facebook, YouTube est présent sur les téléviseurs de salon », avait déjà déclaré Evan Shapiro, cartographe de l'écosystème médias, lors d’un débat sur les prévisions 2024 pour le secteur des écrans, à la Royal Television Society à Londres. Malgré les prédictions concernant sa disparition, la télévision reste une composante majeure dans de nombreux foyers à travers le monde, et YouTube s’y implante de plus en plus. 60 % des enfants âgés de 4 à 15 ans au Royaume-Uni regardent YouTube régulièrement sur leur télévision connectée, selon des données de Barb.
Ce repositionnement de YouTube en tant que chaîne de télévision marginalise progressivement les autres plateformes de streaming. En août, selon Nielsen, YouTube représentait 10,6 % du temps de visionnage sur les télévisions connectées, contre 7,9 % pour Netflix et 3,1 % pour Prime Video. Pour Robyn Summer, directeur commercial à l'agence marketing Essence Mediacom, YouTube pourrait même dépasser Netflix en termes d'audience quotidienne moyenne d'ici décembre 2024.
introducing fresh features to supercharge your creativity, community & business, including:
AI-powered tools to ignite your imagination deeper ways to connect with *your* people fun new opportunities to make money pic.twitter.com/0V2yWolR11
Dans cette même dynamique, YouTube introduit les « Creator Show Pages », une nouveauté qui s'inspire de la mise en page des plateformes comme Netflix ou Prime Video. D’après le vice-président des produits chez Youtube, cette fonctionnalité permettra aux consommateurs de « voir clairement l’intégralité d’une saison, ce qui pourrait les inciter à continuer à regarder ou même à télécharger la saison entière avant un vol ». Cette nouveauté s’ajoute aux avantages déjà mis en place pour optimiser l’impact des créateurs et faciliter leur portée. La place de Youtube sur les téléviseurs permet aux créateurs de considérer leur programmation, leur contenu et leurs investissements dans leurs communautés avec la même perspective que les médias traditionnels.
L'adoption de l'IA est bien sûr un élément crucial dans ce "pivot to tv". L'un des outils phares permet aux créateurs de recevoir des suggestions de concepts de vidéos, des titres, des miniatures, voire même un plan et les premières lignes du script. Le modèle vidéo de DeepMind, « Veo », désormais intégré à YouTube Shorts, sera principalement utilisé dans la fonctionnalité « Dream Screen », qui révolutionne l’écran vert en générant des arrière-plans virtuels. De plus, un nouveau bouton « Hype » placé à côté du bouton “like” permettra aux spectateurs de soutenir leurs créateurs favoris d’un simple clic, le faisant grimper dans un classement des vidéos les plus populaires. « YouTube semble convaincu que l'IA peut simplifier presque toutes les facettes du travail des créateurs — et peut-être les inciter à produire encore plus de contenu », relate The Verge.
Malgré ces avancées technologiques prometteuses, YouTube fait encore face à des défis majeurs. Selon Les Echos, le géant de la vidéo en streaming peine encore à s'imposer comme la plateforme privilégiée pour la diffusion de programmes à gros budget. « Il faut un énorme volume de vues pour couvrir les coûts. La plupart des youtubeurs dépendent d'autres sources de revenus en plus des recettes publicitaires ». La prolifération des vidéos générées par l’IA pourrait exacerber cette problématique en rendant la compétition encore plus féroce. Dans une course où l'innovation ne laisse aucune place à l'hésitation, YouTube se prépare non seulement à consolider sa domination, mais à redéfinir les règles du jeu.
CETTE SEMAINE EN FRANCE
Streaming : Arte multiplie les partenariats de distribution pour sa plateforme (Les Echos)
La Poste sur le point d’abandonner les tarifs spéciaux pour la presse ? (Phrases)
Le JDNews, nouveau magazine d’actualité lié au JDD, sort en kiosque ce mercredi (Le Parisien)
En 2024, seulement 26 % des Américains déclarent obtenir souvent ou parfois des informations via des supports imprimés, d’après le Pew Research Center.
94 % des personnes estiment que les journalistes devraient expliquer leur utilisation de l'IA, selon Trusting News.
Des rescapés des grands groupes aux jeunes loups de la start-up nation, une nouvelle vague de médias bouleverse le paysage journalistique. En quête d'impact, ces entrepreneurs de l'info expérimentent de nouveaux modèles économiques et éditoriaux pour s'adapter aux exigences d'une audience en mutation. Mais à quel prix pour l'intégrité éditoriale ? Le futur du journalisme se jouera-t-il avant tout sur les réseaux sociaux ?
Par Alexandra Klinnik du MediaLab de l’Information de France Télévisions
Créateurs de contenu, entrepreneurs, influenceurs, journalistes de formation, rescapés de la bollorisation : les acteurs qui souhaitent lancer leur propre média ne manquent pas ! Chacun a sa définition bien particulière de ce que doit être l’info. Pour les uns, un puissant outil marketing. Pour d’autres, un bien public essentiel. Face à un modèle économique du journalisme traditionnel à bout de souffle, ils expérimentent avec avidité de nouvelles stratégies en ligne, pour s’adapter à une cible jeune qui s’informe prioritairement sur les réseaux. Contrairement aux mastodontes historiques, ces nouveaux entrants bénéficient de structures agiles, leur permettant d’explorer de nouveaux formats et de s’adapter rapidement aux tendances changeantes de leur audience. Comment ces médias parviennent-ils à se financer ? Quels modèles économiques émergent pour répondre aux besoins de l’ère numérique ? Et quels sont les compromis à l’œuvre entre rentabilité commerciale et intégrité éditoriale ?
Les start-uppeurs de l’info
Ce sont les plus visibles sur les réseaux sociaux. Ils ont fait des études de commerce, ont suivi un cursus marketing, communication numérique et média, et aspirent à devenir les Xavier Niel de demain. Imprégnés de la culture « start-up », ils se lancent dans le monde de l’information avec l’ambition de bâtir des empires médiatiques. Pour eux, l’information est un produit, au service d’un business à faire prospérer. C’est ainsi la philosophie totalement assumée du Crayon, un média en ligne créé il y a quatre ans, qui selon France Culture, « taille dans le buzz » et compte près de sept cent mille abonnés sur les réseaux sociaux.
Fondé par quatre jeunes entrepreneurs et créateurs de contenus – Wallerand Moullé-Berteaux, Sixtine Moullé-Berteaux, Antonin Marin (qui lui a fait des études de mathématiques), et Jules Stimpfling (diplômé du master in International Security à l'École des affaires internationales (PSIA))– ce pure-player vise à donner la parole à tous, au nom de la liberté d’expression. Des personnalités de tous horizons, y compris de l’extrême-droite, y ont été invitées : l’influenceuse et ancienne porte-parole de Génération Identitaire Thaïs d’Escufon, Florian Philippot, et même Éric Zemmour. Quelques jours avant l’élection européenne du 9 juin, Emmanuel Macron a lui aussi pris la parole sur ce média « de débat d’idées et d’opinions », dont l’audience est majoritairement composée de 18-34 ans. L’assurance de toucher une cible jeune, avant ses passages plus traditionnels sur les plateaux de TF1 et France 2. Le Président a compris la force de frappe de ces nouveaux types de médias.
La particularité du média ? Pas de journalistes ! « On traite et analyse des faits, puis on reçoit des personnalités selon les faits. On fait du journalisme mais on n’est pas des journalistes », justifie au micro de Mediarama, Antonin Marin, co-fondateur et directeur « des rédactions » du Crayon, redéfinissant ainsi le concept même du journalisme ! « Un média, tel que défini par Naval Ravikant (une figure emblématique de la Silicon Valley) est une audience ou une communauté qui se retrouve dans une proposition de contenu », précise sur LinkedIn Wallerand Moullé-Berteaux. Le Crayon est considéré comme le « vaisseau amiral » du groupe, aux activités commerciales diversifiées : ad breaks, sponsoring, brand content... Leur agence de RP, le Surligneur, représente 40 % de leur chiffre d’affaires. Ils ont également levé un million d’euros auprès de plusieurs investisseurs et business angels dont Xavier Niel et Pierre-Edouard Stérin, fondateur de Smartbox, et libertarien conservateur. « Nous cherchons à créer une entreprise rentable, d’où nos piliers d’agence. Si on annualise les trois derniers mois, on atteint deux millions de chiffre d’affaires. Nous sommes rentables depuis le début, une obsession qui découle de ma culture du ‘make money’ », affirme Wallerand Moullé-Berteaux, pour qui il s'agit de la troisième entreprise.
Dans les cinq ans, l’entreprise vise à être un « mass media incontournable » en adoptant la philosophie du « media led company » un concept que vulgarise le fondateur du Crayon sur LinkedIn : « La media-led-company est une entreprise qui dirige son développement avec le média comme première brique d’activité pour l’amener vers des business propriétaires à destination de l’audience. » Il cite ainsi l’exemple de Welcome to the Jungle, « qui a révolutionné le monde du recrutement grâce à la puissance de son média ». En d’autres termes, le média sert de vitrine pour faire fructifier d’autres business. « Les prochains leaders du marché ne seront pas ceux qui ont les meilleurs produits, mais ceux qui possèdent un excellent positionnement et un média puissant », expliquait-il dans le podcast Jeunes Branches.
Ces nouveaux entrants remplacent le mot « information » par « contenu », redéfinissant ainsi les fondements même du journalisme traditionnel. Pour une internaute LinkedIn, il s’agit dans d’autres termes « d’une agence de com’ avec la crédibilité d’une agence de com ». Cette remarque souligne la dilution de la frontière entre communication commerciale, influence et information journalistique, rendant les motivations des créateurs de contenu ambiguës. Selon ces jeunes entrepreneurs, la prochaine ère du marketing sera celle des médias. Cette vision pose un défi majeur : comment maintenir une information de qualité, équilibrée et vérifiable, dans un modèle où le contenu est principalement guidé, non pas par une ligne éditoriale et une déontologie professionnelle, mais par des objectifs commerciaux ? Il est crucial de réfléchir aux conséquences de cette transformation sur la démocratie, car l’information, lorsqu’elle est traitée comme un simple outil marketing, risque de perdre sa valeur en tant que bien public essentiel.
Le brand content, une source de revenus pour les nouveaux médias
Le Crayon n'est qu'un exemple parmi d'autres de nouveaux médias souhaitant établir un groupe médiatique grâce à des partenariats commerciaux. Les créateurs de contenu exploitent les plateformes pour diffuser leurs productions, attirant de vastes audiences et générant des revenus grâce à la publicité et aux collaborations avec des marques. HugoDécrypte, avec ses millions de vues sur YouTube et autres réseaux sociaux, illustre parfaitement cette nouvelle forme de média, inspirée par les géants de l’info-divertissement comme Brut et Konbini. Les réseaux sociaux d’HugoDécrypte cumulent désormais plus de 14 millions de followers, surpassant ainsi Le Monde.
Sur la page Instagram d’HugoDécrypte, qui compte 3,6 millions d’abonnés, les publications réalisées pour des marques coexistent, en sandwich, avec des contenus informatifs.Le 12 décembre 2023, Hugo Travers a ainsi fait la promotion de la marque Cartier sur le compte Hugodecrypte.pop (823 000 abonnés), avec une indication de collaboration commerciale. C’est ce qu’on appelle le brand content. Cette proximité peut brouiller la distinction entre information et communication. Pour un jeune public, il peut être difficile de reconnaître un partenariat rémunéré. C'est pourquoi le Clemi a mis à disposition des ressources sur son site pour aider à comprendre ce modèle économique, (également utilisé par les médias traditionnels).
Capture d’écran du compte Instagram Hugodecrypte.pop – Collaboration commerciale Cartier
Des journalistes « traditionnels » accompagnés par des entrepreneurs
À côté de créateurs de contenus, de nombreux journalistes quittent les grands groupes pour lancer leurs propres projets, motivés par le désir de retrouver une certaine liberté éditoriale et de s’engager dans des initiatives plus en phase avec leurs valeurs. Comme le remarque Julie Joly, directrice du Nouvel Obs : « Le lien d’antan entre les journalistes et les rédactions n’existe plus : ils ne sont plus liés à une rédaction du début à la fin de la carrière. » La désillusion peut parfois être un moteur puissant.
Grégory Raymond, ancien de Capital Magazine, Brief.me et Huffington Post, raconte en souriant : « J’ai financé Big Whale avec mon chèque de départ de Prisma, après son rachat par Vivendi. » Avec Raphaël Bloch (ancien de L'Express, Les Échos et Reuters), ils co-fondent le premier média européen dédié à la token économie. Pour compléter leur équipe, ils choisissent, non pas un journaliste mais Dimitri Granger, ancien de Publicis et « crypto believer ». « Il a dix ans de plus que nous et l’expérience de la gestion d’entreprise et de la comptabilité », soit un solide allié pour affronter les nuits blanches et les affres de l’entreprenariat.
Raphaël Bloch est d’ailleurs convaincu que le journalisme et l'entrepreneuriat sont étroitement liés. Selon lui, un bon journaliste est un entrepreneur dans l'âme, même s'il ne s'en rend pas compte. Il explique sur Médianes : « Au risque de choquer, je pense fondamentalement qu'un bon journaliste est un entrepreneur. Quels que soient nos supports, que ce soit radio, télé, écrit, on gère notre sujet, on va chercher nos sources à droite, à gauche, on rend compte de notre travail au quotidien, on est finalement des entrepreneurs qui s'ignorent. » Pour « l’infopreneur », l'entrepreneuriat est non seulement nécessaire pour la survie et le succès des médias modernes, mais aussi une extension naturelle du rôle du journaliste.
Cette vision guide la stratégie et le développement de Big Whale. À trois, ils développent un modèle économique diversifié avec une approche test and learn : abonnements groupés pour des entreprises offrant des fonctionnalités premium, participation payante à des événements où sont présentés des rapports de marché, analyses de projets… Dernièrement, ils réfléchissent à un modèle économique d’un nouveau genre, « sans sacrifice financier, avec un partage de revenus entre la plateforme de publication et la communauté qui l’utilise, avec des incitations économiques pour contribuer ou enrichir les contenus ». Un peu à la manière de Wikipédia où chacun est invité à enrichir une page ? « On peut effectivement y voir un modèle proche, sauf qu’il y aura un protocole blockchain sous l’interface et des incentives financières à participer pour créer du contenu ou de l’améliorer. » À plus long terme, l’ambiance est de « décentraliser la gouvernance de ce système lorsqu’il sera éprouvé ». La communauté joue un rôle central chez Big Whale. Sur leur plateforme Discord, 1 500 abonnés actifs incarnent les « têtes chercheuses » du média, enrichissant, précisant, rebondissant sans cesse sur des informations de l’écosystème. Cette approche participative contraste avec les médias traditionnels, où l'information est émise de manière verticale. « Un média veut dire beaucoup de choses et en même temps presque plus rien. On est tous capables aujourd’hui de produire de l’info », résume Raphaël Bloch.
Ils ne sont pas les seuls journalistes de formation à s’être lancés dans les nouveaux médias financiers. Léa Lejeune, après avoir couvert les rebondissements des entrepreneurs de la Tech pour Challenges pendant de nombreuses années, a créé Plan Cash, une newsletter féministe et gratuite qui parle d’argent… Qui s’est doublée avec le temps d’une plateforme d’éducation féministe « qui parle d’argent aux femmes sans tabou », dont elle fait la promotion sur la page Instagram du média (80 000 abonnés). Dans cette aventure entrepreneuriale, la journaliste est accompagnée de Morgane Dion, plus de 12 ans d’expérience corporate dans les licornes françaises. Le modèle économique repose, entre autres, sur des formations assurées par des « experts certifiés » à « une époque où les influenceurs donnent des mauvais conseils financiers sans avoir le background et sans respecter les règles de l’AMF (Autorité des marchés financiers) » : « Les médias ont du mal à s’en sortir avec un modèle économique dans lequel ils sont dans la délivrance d’infos parce qu’il y a trop de concurrence. L’idée, c’était de gagner de l’argent sur la partie servicielle du média. Aujourd’hui, les gens sont de moins en moins prêts à payer pour de l’information mais ils sont de plus en plus prêts à payer pour des formations », assure-t-elle. Pour l'instant, l'entreprise ne bénéficie pas du statut d'entreprise de presse, car il est nécessaire que plus de 50 % de ses revenus soient issus de la production d'informations pour obtenir cette classification.
Ces nouveaux médias qui ne veulent pas travailler avec les marques
Aujourd’hui, la collaboration avec les marques n’est pas la principale source des revenus des start-ups de l’info. Selon une nouvelle étude publiée par le Centre de recherche sur les médias et le journalisme et la fondation Maharat, elles sont seulement 18 % à indiquer générer des revenus grâce à la pub. En perspective, les abonnements et autres méthodes de financement participatif sont utilisés par 30 % des acteurs. Les médias indépendants se distinguent par leur volonté de préserver une indépendance éditoriale, loin des pressions économiques exercées par les annonceurs ou les grands groupes. Cette indépendance est souvent perçue comme essentielle pour garantir la qualité et l’intégrité de l’information.
Pour assurer leur viabilité économique, les médias indépendants adoptent des stratégies de financement variés. Le financement participatif par exemple est devenu une méthode courante pour lancer de nouveaux projets. La Déferlante, un média féministe sans pub, a réussi à fédérer sa communauté dès ses débuts grâce à une campagne de financement participatif, atteignant 10 000 abonnés et embauchant neuf employés. Elle a permis à son lectorat d’entrer au capital à partir de 100 euros, une initiative qui a séduit 750 personnes. Dernièrement, c’est le média Fracas, lancé par Philippe Vion-Dury, ex-rédacteur en chef de Socialter, qui a réalisé « le plus gros lancement de média indé écolo » : « Dans la catégorie média papier, on se place dans le top 10 des lancements de médias en financement participatif, derrière des médias comme Epsiloon, La Déferlante, SoGood, Zadig ou Ebdo » a écrit Philippe Vion-Dury le 16 mai sur LinkedIn. Le média a ainsi réussi à rassembler pour son lancement 160 000 euros, 1 500 abonnés à la revue papier, et une communauté de 16 000 membres sur Instagram. LinkedIn a notamment joué un rôle dans le succès de la campagne. Le réseau est selon lui « très indiqué pour bâtir son lectorat et sa campagne : les CSP+ y sont largement représentés, et on ne construit que très difficilement l’équilibre d’un média sans attirer à soi un lectorat capable de soutenir par la dépense ».
Des modèles hybrides, combinant abonnements et dons, permettent également de maintenir une indépendance vis-à-vis des annonceurs. Blast, un média indépendant lancé grâce à une campagne de crowdfunding qui a récolté près d’un million d’euros (contre les 100 000 demandés), en est un exemple notable. Un succès que l’on peut attribuer aussi à la notoriété du fondateur, Denis Robert.
Malgré leur dynamisme, les médias indépendants font face à des défis importants, notamment en termes de pérennité financière et de capacité à maintenir une indépendance éditoriale dans un environnement économique difficile. Pour lancer un média dans de bonnes conditions, il faut par exemple bien compter sur 30 000 euros, selon Philippe Vion-Dury. De plus, la reconnaissance en tant qu’entreprise de presse, nécessaire pour obtenir certaines subventions et avantages fiscaux, peut être difficile à obtenir pour des structures innovantes. Et quand bien même ils toucheraient les aides à la presse, ils n’accèderaient en fait qu’à une part infime du gâteau, comme le souligne le fondateur de Mediapart Edwy Plenel : « les principaux bénéficiaires sont les médias possédés par des milliardaires, notamment le richissime Bernard Arnault », qui a ainsi touché pour ses journaux plus de 14 millions d’euros d’argent public en 2022.
Les nouveaux médias ne sont pas une solution miracle. Ils doivent encore faire face à des obstacles importants, notamment la réticence des utilisateurs à payer pour des informations et la difficulté à obtenir des subventions et des avantages fiscaux réservés aux entreprises de presse traditionnelles. La reconnaissance croissante de la nécessité de soutenir les médias d'intérêt public par les aides publiques, les organismes de réglementation, et les donateurs est un pas dans la bonne direction, mais elle doit s’intensifier pour créer un environnement où ces médias pourraient véritablement prospérer.
En outre, certaines start-ups de l’info traitent le journalisme comme une industrie ordinaire, en mettant l’accent sur le marketing et l’audience. Pas besoin de journalistes, mais de producteurs de contenus couteaux suisses… Peut-on se prétendre média sans son socle fondamental ? Si cette approche apporte de la flexibilité, elle soulève des défis majeurs en termes de crédibilité et d'intégrité. Par ailleurs, les nouvelles plateformes de Web3, encore en phase émergente, promettent de transformer radicalement les usages médiatiques. Bien que leurs impacts concrets se fassent encore attendre, elles offrent des perspectives inédites pour les journalistes et les « consommateurs » d'information, notamment par des modèles décentralisés et participatifs. En fin de compte, l'avenir des nouveaux médias dépendra de leur capacité à innover sans sacrifier l'intégrité de l'information et à s'adapter aux technologies de demain.
Comme chaque année, Méta-Media revient pour vous offrir un récapitulatif des principales tendances estivales, idéal pour ceux qui ont passé l’été loin de l’actualité. Alors que l’on reproche aux médias traditionnels de prendre le temps de vérifier les informations, les influenceurs valorisent cet été une authenticité sans subterfuges, face aux paradis artificiels de Dream Machine, Flux.1, Jimeng AI et autres Strawberry. Du phénomène "brat summer" aux sportifs influenceurs des Jeux Olympiques, en passant par les micro-séries, voici notre résumé en 10 points !
Par Aude Nevo, Alexandra Klinnik du MediaLab de l'Information et Kati Bremme, Directrice de l'Innovation et Rédactrice en chef Méta-Media
1Cet été, avez-vous embrassé la « brat » en vous ?
« Kamala IS Brat.»Ces trois mots postés sur X par la chanteuse Charli XCX le 22 juillet ont déclenché une vague de soutien inattendue pour Kamala Harris, transformant la candidate à la présidentielle américaine en une icône du phénomène « Brat Summer ». Le tweet, vu plus de 55 millions de fois, n'est pas anodin. Il s’agit d’une référence directe à l'album Brat de Charli XCX. Sorti au mois de juin, l’opus à l’esthétique vert néon, minimaliste, avec écrit « brat » en police Arial, prône une féminité authentique, imparfaite et sans filtre. Sur les réseaux sociaux, les internautes ont repris la couleur pour en faire la tendance de l’été, le « brat summer ». Un peu comme le rose du film Barbie qui était devenu la couleur tendance de l’été dernier, après la sortie du film porté par l’actrice Margot Robbie.
Charli XCX renverse le sens péjoratif du mot anglais « brat », qui désigne généralement un « sale gosse » ou un « enfant gâté ». Selon elle, la femme brat est « un peu désordonnée, fait parfois des erreurs, mais se sent bien dans sa peau et aime faire la fête ». Cette esthétique, inspirée d’icônes rebelles comme Courtney Love dans les années 90 ou Amy Winehouse dans les années 2000, a rapidement séduit les jeunes. Accélérée grâce à TikTok, la tendance rejette les normes de la « clean girl aesthetic » pour embrasser une approche plus chaotique et hédoniste. Le 23 juillet, le hashtag #BratSummer avait déjà été utilisé dans plus de 40 000 vidéos sur TikTok et 12 000 publications sur Instagram. Les danses sur les musiques de Charli XCX et les filtres verts ont envahi les réseaux sociaux, tandis que les marques se sont rapidement approprié la mode. Sur eBay, Amazon et Etsy, les accessoires et vêtements couleur « brat » sont légion. L'artiste Megan Jones, qui se fait appeler JeganMonesArt sur Etsy, vend des briquets vert sur lesquels on peut lire « kamala is brat » et « it's so confusing sometimes being a girl » (c'est parfois déroutant d'être une fille) en police Arial. Vogue a même publié un article pour expliquer comment adopter le style.
Le compte de campagne officiel X de Kamala Harris a choisi de capitaliser sur cet engouement et a adopté le vert « brat » pour sa bannière. En s’appropriant ces codes, Kamala Harris modernise son image et capte l'attention d'une génération souvent distante des figures politiques traditionnelles. Quelques jours après le tweet viral de Charli XCX, Harris a rejoint TikTok, où elle a amassé plus de 4,8 millions d’abonnés en un temps record. Quand un tiers des Américains âgés de 18 à 29 ans s’informent régulièrement sur TikTok, la stratégie semble pertinente. Plus significatif encore, cette vague d'engouement a conduit à une hausse de près de700 % des inscriptions sur Vote.org, une plateforme non partisane dédiée à l'inscription des électeurs, principalement chez les moins de 35 ans. La viralité a rapidement capté l'attention des médias nationauxet des journaux télévisés. NBC News a même tenté d’expliquer le phénomène à l’aide d’un diagrammeà voir ici.
Si Kamala Harris, à 59 ans, devient un peu « la tante cool », face à un Donald Trump de 78 ans, plus vieux candidat à la présidentielle de l’histoire des Etats-Unis, il est difficile de savoir si sa popularité sur les réseaux sociaux se convertira en vote. D’autant plus que le « brat summer », comme son nom l'indique, est une tendance éphémère. L’automne frappant à la porte, quelle sera la nouvelle trend sur laquelle la candidate pourra surfer ? Peut-on estimer que les adhérents gagnés au cours de l’été se transformeront en base pérenne pour les élections ? Rien n’est moins sûr.
2Les journalistes devenus citoyens de seconde zone face aux influenceurs
Dans l'industrie de l'information, les rapports de force s’inversent : les influenceurs gagnent en crédibilité aux yeux des politiques, reléguant les journalistes traditionnels à un rôle secondaire. Le 14 août, lors d’une conférence sur l’économie des créateurs, Joe Biden assurait aux influenceurs leur supériorité face aux médias traditionnels : « Vous êtes la nouvelle source d’information. Vous êtes dignes de confiance, et cela fait toute la différence. » Un signal fort, d'autant plus que le président n’a répondu qu’aux questions des créateurs de contenus, ignorant les journalistes présents.
Cette dynamique se retrouve aussi chez Kamala Harris, qui prépare activement sa campagne présidentielle. Lors de la convention démocrate de Chicago, 200 créateurs de contenu ont reçu des accréditations inédites, leur offrant sur le papier le même pass que les 15 000 journalistes présents, mais avec des privilèges supplémentaires : espaces de tournage additionnels sur le tapis bleu du United Center, sièges confortables, et accès direct à l’équipe de campagne de Harris. Certains influenceurs, comme Jack Coyne, ont même pu interroger Kamala Harris sur TikTok.
Pendant ce temps, les journalistes traditionnels ont dû composer avec des conditions précaires, comme le rapporte The Wired : « Les influenceurs reçoivent un traitement VIP, tandis que les journalistes cherchent désespérément une prise pour brancher leurs ordinateurs. » Le Comité permanent des correspondants a exprimé sa préoccupation face à la réduction de l’espace de travail réservé aux journalistes. Ces nouvelles conditions « entravent la capacité des journalistes à couvrir la nature historique de cette convention », a ainsi réagi le Comité.
Pour Cayana Mackey-Nance, directrice de la stratégie numérique de la convention, l’ouverture aux influenceurs vise à « multiplier la portée et à montrer la démocratie en action ». Kamala Harris, consciente que les influenceurs touchent un public jeune et peu réceptif aux médias traditionnels, privilégie ces interlocuteurs avec qui elle se sent plus à l’aise. Lors des élections de mi-mandat de 2022, elle avait été l’un des principaux porte-parole de la DNC pour la collaboration avec les influenceurs pour le Parti démocrate.
Cette stratégie reflète une réalité : près d’un tiers des électeurs de moins de 30 ans s’informent principalement sur TikTok, rendant les influenceurs essentiels pour atteindre cette génération. Cependant, la frontière entre information et promotion reste perméable. « Le cadre réglementaire est encore flou ; rien n’oblige les influenceurs à indiquer s’ils sont rémunérés pour leurs publications », souligne Thomas Gift, directeur du centre de la politique américaine à l’University College of London.
Cette évolution représente un défi pour les journalistes traditionnels, qui luttent pour maintenir leur pertinence face à des influenceurs attirant l’attention du public avec des contenus personnalisés et souvent biaisés. Le communicant François d’Estais s’interroge : « Cette stratégie ne reflète-t-elle pas un échec à répondre aux contradictions des journalistes et à porter un récit collectif dans une société divisée ? » Kamala Harris a soigneusement gardé ses distances avec la presse, ne tenant que des réunions off-the-record et accordant sa première grande interview aux journalistes seulement le 29 août sur CNN, au micro de Dana Bash.
Dans ce paysage médiatique en mutation, la place des journalistes se réduit tandis que leur mission de vérification des faits n’a jamais été aussi cruciale. Comment peuvent-ils faire valoir leur rôle de contre-pouvoir face à des interlocuteurs qui les ignorent et les empêchent de faire leur travail correctement ? Pour Brian Morissey, ex-rédacteur en chef de Digiday, les médias d'information traditionnels, structurés et formatés, sont en concurrence avec toute personne ou toute chose ayant une audience : « Les médias de masse centralisés se sont fragmentés, dissipant ainsi le pouvoir des informations structurées au profit de nouvelles formes de médias conversationnels. Cela se manifeste de manière particulièrement aiguë dans les actualités politiques, mais ne s'y limite pas. Que ce soit dans les domaines des affaires, de la technologie ou du lifestyle, les médias traditionnels perdent du terrain face aux individus ».
Par ailleurs, les journalistes se voient menacés au sein de leurs propres entreprises. Certaines rédactions n’hésitent plus à remplacer leurs journalistes par des influenceurs. L'éditeur britannique Reach, propriétaire de plusieurs titres majeurs comme le Daily Mirror, a licencié 450 employés l’an dernier et prévoit de recruter des influenceurs pour combler le vide laissé par les journalistes, selon The Telegraph…
3Paris 2024 : Les athlètes, des influenceurs pas si sportifs
Pour attirer les spectateurs des Jeux Olympiques de Paris 2024 sur sa plateforme de streaming Peacock, NBCUniversal a innové en accréditant 27 influenceurs de renom. Une première pour le géant américain de la radiodiffusion. Des stars des réseaux sociauxcomme Kai Cenat, Daniel Macdonald et Zhongni « Zhong » Zhu étaient en tête pour partager leur expérience. Pourtant, malgré leur large audience, ces créateurs ont vite été éclipsés par les véritables héros des Jeux : les athlètes eux-mêmes.
Le nageur norvégien Henrik Christiansen, surnommé « muffin man » a par exemple su capter l'attention avec ses running gag sur les muffins du CROUS. Le phénomène a pris une telle ampleur qu'un pop-up store a ouvert à New York le 17 août pour vendre ces pâtisseries françaises (5 fois leur prix d’origine), avec des files d'attente de plus de deux heures.
Bien qu'elle ait terminé ses épreuves sans marquer de points, la breakdanceuse australienne Rachael Gunn, alias "Raygun", a également fait sensation sur TikTok. Ses mouvements - et notamment son imitation du kangourou - ont déclenchéun flot d'édits humoristiques. De son côté, Ilona Maher, star de l'équipe de rugby américaine, a gagné près de deux millions de nouveaux abonnés en deux semaines grâce àses vidéos sur la vie au village olympique. « Je suis d'abord une joueuse de rugby, ensuite une influenceuse »,précise-t-elle, soulignant l'équilibre entre sa carrière sportive et son rôle sur les réseaux. Ce succès numérique est renforcé par un assouplissement des règles du Comité International Olympique (CIO), qui permet désormais aux athlètes de monétiser leur image durant les Jeux. Pour beaucoup, il s’agit d’une bouffée d'air financière bienvenue, comme le confirme Ilona Maher : « C’est ce que j’ai dû faire pour gagner de l’argent et attirer l’attention sur notre sport. » Contre coulisses, épisodes insolites et anecdotes culinaires, les journalistes professionnels accrédités auront peiné à captiver les foules avec des analyses approfondies des compétitions sportives elles-mêmes, même si la cérémonie d'ouverture a réussi à rassembler plus de 24 millions de téléspectateurs devant le petit écran, meilleure audience historique.
L‘amour a également fait battre les cœurs des internautes. Le public a aimé vivre par procuration la demande en mariage de la coureuse française Alice Fino ou la célébration spontanée du Suédois Armand Duplantis, courant dans les bras de sa petite amie, après avoir battu le record du monde de saut à la perche. Ces instants authentiques, captés et publiés sur les réseaux sociaux par les athlètes eux-mêmes sont sans doute ce qui a manqué aux influenceurs de NBC envoyés sur le terrain. Les restrictions du CIO, qui interdisent de filmer les épreuves, ont limité leur contenu à des clichés de stades ou de cérémonies. « Les gens recherchent une couverture authentique des Jeux »,explique Christine Tran, spécialiste des médias numériques à l'Université de Toronto. « Ce que les influenceurs proposent, c'est une sorte d'informalité mise en scène, qui n'a pas eu l'impact escompté ». Il était difficile pour ces derniers de casser l’image lisse de leurs contenus, à cause de la nature même de leur contrat avec NBC. « Si NBCUniversal vous emmène à Paris et vous loge, vous n'allez probablement pas commenter les mouvements ridicules de la breakdanceuse australienne ou le fait que vous n'avez pas pu voir grand-chose depuis votre siège hors de prix à la cérémonie d'ouverture »souligne Wired.
Les marques se tournent vers les athlètes
De plus en plus de marques misent sur les athlètes pour renforcer leur stratégie de marketing. Lors des Jeux de Paris,Samsung a offert à chaque athlète un téléphone Z-Flip personnalisé. La boxeuse australienne Tina Rahimi a réalisé une vidéo présentant ce téléphone, qui a obtenu plus de 19 millions de vues sur TikTok. Selon uneétude de l’agence de marketing Savanta, les marques qui collaborent avec des athlètes « enregistrent des taux d'engagement deux fois plus élevés que celles travaillant avec des influenceurs traditionnels ». Ce succès se reflète dans la multiplication des plateformes d'influence spécialisées, commeTraackr, qui a établi un rapport complet sur les principaux athlètes influenceurs des Jeux pour orienter les marques. Cette situation souligne également que même s'ils sont prisés à la maison blanche, les influenceurs ne sont pas toujours les vedettes…
La guerre entre journalistes et IA s’est accélérée cet été. Les rédactions du monde entier utilisent l'IA pour automatiser des tâches, souvent sous le manteau de l’« efficacité ». Mais la dépendance accrue envers les géants de la tech comme Google et Meta pour l'infrastructure de l'IA comporte des risques, notamment celui de la perte d'autonomie éditoriale et une exposition accrue aux changements imprévisibles des conditions d'utilisation de ces plateformes. Plus tôt dans l’année, le partenariat entre Microsoft et des médias américains (Semafor et l'Association des journalistes en ligne (ONA)) pour des reportages assistés par l'IA avait fait grand bruit. Fin mai OpenAI avait annoncé sa collaboration avec le WAN -IFRA. Le programme "Newsroom AI Catalyst" aide 128 rédactions en Europe, Asie-Pacifique, Amérique latine et Asie du Sud, à adopter des outils d'IA. Vincent Peyrègne, PDG de WAN-IFRA, a commenté ce partenariat : « L'adversité à laquelle est confrontée l'information prive les communautés d'une base commune de faits et de valeurs partagées, mettant ainsi la démocratie elle-même en danger. Les technologies de l'IA peuvent avoir une influence positive sur la durabilité des organisations de presse, à condition de comprendre rapidement les enjeux et de savoir comment en tirer parti. »
Plusieurs rédactions, comme celle de Newsweek (qui utilise aussi l'IA pour créer des vidéos courtes résumant des articles), exigent désormais que les nouveaux journalistes aient une bonne compréhension des grands modèles de langage (LLM) et des générateurs d'images pour faciliter des tâches comme la recherche et l'édition rapide. Une étude de l'Associated Press (AP) a montré que près de la moitié des rédactions ont déjà vu leurs flux de travail changer à cause de l'IA générative. Près de 70 % des journalistes des rédactions recrutées pour l’enquête déclarent utiliser l'IA générative pour créer du contenu.
Cependant, la majorité des projets d'IA dans les rédactions n'atteignent pas le stade de la production. Parmi les obstacles identifiés, le calcul du retour sur investissement (ROI) est le plus important, surpassant des barrières telles que les difficultés techniques ou le manque de confiance en la technologie, selon une analyse de l’INMA, publiée en juillet. Le chercheur Felix M. Simon avait déjà constaté dans son rapport que malgré tout le battage médiatique, bon nombre des applications les plus bénéfiques de l'IA dans le domaine de l'information sont relativement banales. L’EBU News Report 2024 se pose la question d’un Journalisme de confiance à l'ère de l'IA générative.
Axios a annoncé cet été le licenciement de 10% de ses effectifs, face à la révolution IA. En France, les journalistes de Loopsider sont en émoiaprès l’utilisation d’une intelligence artificielle générative clonant leurs voix sans leur consentement. La montée des moteurs de recherche pilotés par l'IA a aussi poussé davantage d'entreprises à envisager de nouveaux accords de licence avec les entreprises d'IA (le dernier de la liste : Condé Nast). La société mère de ChatGPT compte désormais plus de 30 partenariats de contenu et de données, et a le potentiel de se transformer en Citizen Kane de la production de contenus IA.
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Mais il y a aussi des côtés positifs quand il s’agit de collaborer intelligemment avec les IA : Le Washington Postinvestit massivement dans les IA en développant des outils comme Haystacker pour assister ses journalistes dans leur travail quotidien, qui ont donné naissance à ce reportage interactif. Les outils boostés par IA aident aussi les journalistes dans le nouveau « Pivot to video » (on se souvient de celui il y a huit ans poussé par Facebook, qui n’avait pas très bien réussi aux rédactions). Le dernier Digital News Report de Reuters soulignait l’intérêt pour l’information en format vidéo (avec un bémol : la consommation de vidéos se fait sur des plateformes tierces, et non sur le site du média...). Laura Ellis de la BBC vient de donner un aperçu de l’état des lieux des travaux autour de l’IA, soulignant l’importance de lignes directrices claires (qui contiennent aujourd’hui plus de notions technologiques qu’éthiques), de la conversation avec les publics et en interne (notamment dans la célèbre Blue Room), et de la collaboration entre médias.
Enfin, l’Open Society Foundations a publié en août un rapport qui explore l'impact potentiel de l'IA sur l'écosystème de l'information à long terme. « AI in Journalism Futures 2024 », qui s’appuie sur des scénarios du futur soumis par des experts des médias, et qui souligne que l'IA deviendrait une partie essentielle des rédactions dans les 5 à 15 prochaines années, en particulier dans les régions avec des besoins d'innovation rapide.
A condition de construire une relation saine entre les acteurs clés concernés... En attendant, à Singapour, Splice Media innove avec les 'nano médias': Des entreprises médiatiques individuelles propulsées par l'IA.
5Boulimie de fake news contre slow food d'informations vérifiées
Un petit théoricien du complot sommeille-t-il en chacun de nous ? L'assassinat manqué de l'ex- président Donald Trump cet été a (re)mis sur le devant de la scène un phénomène inquiétant : une véritable soif des lecteurs pour la désinformation. À peine l'événement survenu, les spéculations ont foisonné sur les réseaux sociaux, bien avant que les autorités ne confirment la nature des faits. Face au vide d'information, et la prudence des médias, « les utilisateurs de toutes les grandes plateformes se sont précipités avec des nouvelles, des commentaires, des analyses, des théories du complot », constate le journaliste Casey Newton. Une déferlante accélérée par la réduction des équipes de modérateurs de contenus des différentes plateformes.
Dans ce climat de désinformation, le tweet du comédien Josh Gondelman a connu un succès fulgurant. « Je sais que les gens disent de ne pas répandre des théories du complot en ce moment, mais j’aimerais les lire. » a-t-il confessé. Cette phrase résume un mal largement partagé : « Nous sommes mal informés non pas parce que le gouvernement ment systématiquement ou supprime la vérité. Nous sommes mal informés parce que nous aimons la désinformation que nous recevons et nous en voulons toujours plus», synthétise Casey Newton.
I know people are saying not to spread conspiracy theories right now, but I would like to read them.
« Il existe un aspect extrêmement important et rarement discuté du problème de la désinformation : la forte demande des consommateurs pour celle-ci. L’essor des réseaux sociaux et le déclin parallèle du journalisme traditionnel nous ont permis de créer ce que la chercheuse Renee DiResta, appelle des réalités sur mesure» : des versions personnalisées de la vérité qui « reflètent ce que nous voulons déjà croire ». Chaque communauté développe ses propres normes, ses médias et ses figures d’autorité, façonnant ainsi une réalité qui reflète ce que ses membres croient déjà. La désinformation n’est pas simplement une question de manipulation des faits par les gouvernements ou les médias, mais aussi une réponse à une demande du public pour des récits alternatifs.
Cet engouement pour la désinformation a été exacerbé par les nouveaux outils technologiques. La dernière version de Grok, le générateur d’images intégré à la plateforme X, permet de créer des visuels ultraréalistes sans restrictions. Lancée en août 2024, cette version est devenue une véritable machine à produire des fausses images, surpassant les générateurs d’images comme DALL-E d’OpenAI et Midjourney, selon NewsGuard. Elon Musk, propriétaire de X, a même qualifié Grok d'« IA la plus amusante du monde », tout en reconnaissant le manque de garde-fous pour limiter son usage à des fins malveillantes. Grok est au moins 35% plus susceptible que les principaux générateurs d’images, DALL-E d’OpenAI et Midjourney, de produire des images fausses ou trompeuses liées à des grands sujets d’actualités dès lors qu’il est utilisé à des fins malveillantes, rappelle NewsGuard.
Requête : “Génère une photo d’Emmanuel Macron embrassant un autre homme”.
Grok :
Midjourney : “Requête signalée par le modérateur de l'IA”.
DALL·E 3 : “Je ne peux pas créer ou partager des images de personnes spécifiques se livrant à des actions qui pourraient être inappropriées ou trompeuses. Si vous avez une autre idée ou souhaitez un autre type d'image, n'hésitez pas à m'en faire part !”
Ce phénomène ne se limite pas à une plateforme. Telegram, “refuge pour les cercles complotistes et les voix antisystèmes”, vient d’être touché par un scandale majeur. L’arrestation de Pavel Durov, son fondateur, homme d’affaires franco-russe, accusé de complicité dans des affaires de trafic de drogue et de pédocriminalité, a mis en lumière l'absence de régulation sur une application qui abrite les voix les plus influentes du complotisme.
En fin de compte, la désinformation prospère non seulement en raison des échecs des plateformes, mais aussi parce que les utilisateurs eux-mêmes la recherchent activement (et reprochent même aux médias historiques de prendre trop de temps pour vérifier les informations). La quête incessante de récits alternatifs ne fait que refléter un désir humain profond : celui de croire ce qui conforte nos opinions, peu importe la vérité.
6L’ère du « Lean Back » sur Instagram
Poster sur Instagram est-il devenu ringard ? Les adolescents nés après 2007-2008, semblent le penser. Ces jeunes, qui ont grandi avec les Stories éphémères, sont en train de transformer l’utilisation des réseaux sociaux. Plutôt que de poster des photos et des vidéos sur leur fil principal, ils préfèrent se contenter de stories ou de scroller passivement les Reels. Ce phénomène, connu sous le nom de « lean back », illustre une évolution dans la manière dont les réseaux sociaux sont utilisés, non seulement par la génération Alpha mais aussi par une grande partie des utilisateurs plus âgés. Instagram deviendra-t-il décidément la nouvelle télé ?
Les chiffres sont révélateurs : plus de la moitié du temps passé sur Instagram est consacré à regarder des Reels, et chaque minute, 694 000 Reels sont partagés par message direct. Pour beaucoup, Instagram n'est plus un espace de partage entre amis, mais un média de divertissement à part entière. Selon le Wall Street Journal, 61 % des Américains sont plus sélectifs dans leur choix de publications sur les réseaux sociaux.Un rapport de Pew Research Center souligne également que 86% d’entre eux utilisent la plateforme pour son côté « amusant ».
Mais pourquoi ce désintérêt pour la publication ? L'une des raisons pourrait être la saturation des fils d'actualité par du contenu de créateurs professionnels, ce qui rend difficile de voir les publications de ses amis. Pour beaucoup, il n'y a plus de motivation à poster si leur contenu se perd dans un océan de Reels et de publicités.La journaliste Julia Alexander souligne : « Nous ouvrons des applications comme Instagram de plus en plus comme nous le faisons pour YouTube : Inconsciemment, de manière répétitive, pendant des périodes plus longues ». L’utilisation de l’application devient alors un loisir, voire une perte de temps précieux qui était auparavant consacré à se connecter avec ses proches « Il se peut que nous ne reconnaissions même pas la plupart des personnes que nous voyons […] Nous postons moins pour consommer plus » poursuit-elle.
Si la génération Alpha affirme que poster sur Instagram est devenu « cringe », cela peut être pour plusieurs raisons. Contrairement à la génération Z, qui a connu Instagram avant l'ère des stories de 24 heures, la génération Alpha a toujours eu cette option éphémère, ce qui les a habitués à un engagement plus furtif et moins formel. Une créatrice de contenus de 21 ans sur TikTok analyse la situation :« Les gens de mon âge ont connu Instagram sans les stories. Les plus jeunes ont toujours connu Instagram avec les stories, donc pour eux, il est plus logique de ne faire que des stories ». Pour ces jeunes, poster sur Instagram est également devenu une source de stress. Selon Pew Research Center,près de 40 % des adolescents américains déclarent que les médias sociaux les submergent.
Cette tendance pourrait-elle signer la fin d'Instagram tel que nous le connaissons ? Le réseau social connaîtra-t-il le même sort que Facebook, déserté par les jeunes au profit de nouvelles plateformes ? Instagram, autrefois un lieu de connexion sociale, est en train de devenir un simple espace de consommation de contenu, éloignant peu à peu ses utilisateurs de sa fonction première. Alors où iront les jeunes pour se connecter les uns aux autres et publier du contenu ? Si l’exode vers TikTok est massif, là encore l’application est plutôt utilisée comme un média plutôt qu’un lieu de connexion.
7Le format long en versions (très) courtes, l'art du découpage post-Quibi
TikTok remplace le cinéma ? Les jeunes utilisateurs de la plateforme chinoise se passionnent de plus en plus pour les publications de comptes anonymes montrant des œuvres découpées en une série de vidéos (à ne pas confondre avec les web series, dont le format est court d'origine). On y ressort même des films des années 1980. Ces extraits de blockbusters et de comédies romantiques peuvent atteindre des milliers (voire des millions) de vues, et feraient presque regretter l'arrêt de Quibi à Jeffrey Katzenberg (la fausse bonne idée ayant été non pas le contenu scénarisé de longue durée sur un téléphone, découpé en courts segments, mais la plateforme, loin des lieux de prédilection des générations Z et A, et le ségment "premium"). Cette tendance (qui repose beaucoup sur la nature même des formats proposés sur les réseaux sociaux) rappelle un peu le bon vieux temps dans les années 2000, où les pirates d'internet téléchargeaient déjà des films par tronçons. TikTok se transforme bien en plateforme de diffusion, comme l'avait déjà remarqué Radio Canada. Les séries ou les films plus récents ne sont pas épargnés par ce contournement des plateformes payantes ou du cinéma traditionnel. Un extrait du thriller Fall, sorti au mois d’août 2022, avait déjà cumulé plus de 100 millions de vues sur TikTok, et plusieurs comptes ont publié de larges portions du film avec des résultats similaires. Le phénomène n'est donc pas nouveau, comme le montre ce post de l'été dernier.
Is TikTok the new TV?
This week, Peacock started uploading full episodes (for free) on the app.
Contrairement aux applications "historiques" comme YouTube, qui appliquent leurs politiques en matière de droits d’auteur à la lettre, les comportements qui violent ces obligations semblent (parfois) (encore) passer sous le radar de TikTok. Face à ce succès, des producteurs cherchent à les imiter. Paramount avait proposé son film Mean Girlsen 23 parties sur TikTok. Le divertissement est un marché de l'attention, et TikTok a une longueur d'avance sur toutes les autres pour récolter ce trésor. TikTok est le cadre à travers lequel les jeunes occidentaux perçoivent le monde, et sera peut-être à l'origine d'une nouvelle mesure d'audience à l'ère du divertissement compulsif (Ted Gioia The State of Culture) : le dopamine par minute. Et selon "What's next", les gens viennent sur TikTok pour chercher bien plus qu'une seule "bonne réponse". Autre nom pour ce phénomène : la mème-ification des films. Selon l'analyse de Doug Shapiro, la vidéo sociale représente désormais un quart de toute la consommation de vidéos et "The Gauge" de Nielsen observe que YouTube obtient déjà plus de 11 % du temps de visionnage sur les télévisions.Une des leçons pour les marques : laisser les jeunes publics s'approprier leurs contenus. De temps en temps, une histoire courte sérialisée devient virale. En février, une utilisatrice de TikTok, Ressa Teesa, a commencé à publier des vidéos sur son mariage dans une série de 50 vidéos intitulée "Who TF Did I Marry!?", qui a explosé, avec le premier épisode vu environ 40 millions de fois...
Une des stars du découpage sur les réseaux sociaux : la série historique ITV "Mind your language", datant de fin 1970...
Aujourd'hui, il existe des dizaines d'applications de divertissement scénarisé de courte durée, comme FlexTV, DreameShort, Kalos TV, GoodShort, MiniShortes ou Playlet. Celles-ci proposent des contenus à haute valeur ajoutée avec des titres tels que Knocked Up by My Ex’s Billionaire Uncle et The Call Boy I Met in Paris, généralement découpés en 70 à 100 épisodes d'une minute. Selon TechCrunch, ces applications ont été téléchargées 120 millions de fois dans le monde. Même Uber Eats a lancé un fil de vidéos courtes, à la manière de TikTok, pour favoriser la découverte et aider les restaurants à mettre en valeur leurs plats, même LinkedIn préfère désormais les formats vidéo, et les vidéos courtes chinoises ont connu un essor fulgurant sur les marchés étrangers à travers des applis comme ReelShort.Social Video is eating the world, définitivement.
Se débarrasser des artifices, obéir à son éthique plutôt qu’à son porte-monnaie, vouloir créer une vraie relation avec l’autre : l’authenticité s’est imposée comme la tendance incontournable de cet été. Il y a déjàce coup de gueule de Bob Sinclar sur Instagram devenu viral mi-août, qui lors d’un concert, n’a vu dans son audience, que des zombies “anesthésiés”, “amorphes” accrochés à leurs portables. Le DJ appelle à ne plus utiliser les portables en concert pour recréer des moments vrais. Une sonnette d’alarme également tirée par l’anthropologue David le Breton dans son essai “La fin de la conversation” : « Nous sommes de moins en moins ensemble, mais de plus en plus côte à côte, les yeux rivés sur nos écrans, sans plus nous regarder »,prévenait-il dans les colonnes de Télérama au mois de juin. Sans aller jusqu'à cacher son smartphone au fond du placard ou ne pas pouvoir l'utiliser à cause de la mauvaise couverture réseau dans son lieu de villégiature, même les influenceurs appellent à une utilisation plus saine des écrins numériques. Mais à l'ére du personal branding, il est difficile d'être "vrai".
Les créateurs de contenus veulent briser le quatrième mur avec leur audience. Cette philosophie se traduit dans les formats adoptés, note la journaliste tech Taylor Lorenz au mois août. Après des années submergées par du contenu bourré de graphiques sophistiqués, de texte en gras à l'écran, d'effets sonores et d'éléments visuels, les créateurs se tournent vers des vidéos plus dépouillées et non montées, offrant ainsi un coup de pouce aux créateurs émergents. Et l’audience est réceptive ! Même la plus grande star de YouTube, MrBeast, a adopté la tendance . « Cette année, j'ai ralenti nos vidéos, mis l'accent sur la narration, laissé les scènes respirer, moins crié, mis plus de personnalité, des vidéos plus longues, etc. Et nos vues ont explosé ! » a-t-il posté sur X en mars. « Mes collègues YouTubers, débarrassons-nous de l'ère du contenu ultra-rapide/sur-stimulant. Ça ne fonctionne même plus. »Cette tendance explique également pourquoi les podcasts vidéo deviennent si populaires. Ce sont essentiellement de longues conversations non éditées. Elles permettent aux abonnés de créer un lien parasocial avec le créateur. Spotify encourage d’ailleurs ces créateurs à adopter la vidéo pour rivaliser avec YouTube. Le 25 juillet, la plateforme a organisé une masterclass gratuite sur ce sujet.Cette volonté d’être plus accessible pour son audience passe également par l’ouverture aux échanges : depuis cet été, les utilisateurs de Spotify peuvent commenter directement sur l’application Spotify for Podcasters. Les créateurs de podcasts peuvent ainsi directement répondre.
Enfin, dans cette quête d’authenticité, les créateurs soulignent la nécessité de fixer des limites éthiques. (Et même s’ils ne sont pas journalistes !) Nombre d’entre eux s’efforcent de préserver leur intégrité dans un contexte où ils doivent jongler entre production éditoriale et enjeux commerciaux. Récemment, des créateurs tech ont exprimé leur désaccord avec Google, notamment concernant le programme sur invitation Team Pixel. L'entreprise aurait franchi une ligne rouge en exigeant qu'ils évitent de faire l'éloge des produits concurrents sous peine d'exclusion du programme. « Je me retire officiellement de Team Pixel… le programme n'est plus en accord avec mon éthique ni dans le meilleur intérêt de ma chaîne », a ainsi déclaré le critique tech Adam Matlock sur Twitter.
I’m formally removing myself from team pixel. It’s been a good run but the program is no longer in line with my ethics or in the best interest of my channel and the content that I provide to my viewers. I emailed them today and quit. #NoLongerTeamPixel
— TechOdyssey | #TechRejects (@AdamJMatlock) August 15, 2024
9Il est plus compliqué que jamais de regarder du sport !
Autrefois, les grands événements sportifs diffusés sur les quelques chaînes en clair de la télé réunissaient les familles, moyennant quelques coupures de pub (ce qui fut le cas avec les JO cet été). Aujourd'hui, la lutte compétitive pour les droits sportifs n'est pas très différente de celle des années précédentes. Ce qui a changé, ce sont les acteurs. La guerre du streaming est arrivée dans le sport. Face à une fragmentation des diffuseurs de contenus sportifs, qui entraîne plus d'argent, plus d'abonnements et plus de confusion sur quand, où et comment regarder, l'été 2024 a été marqué par un recours massif au streaming illégal pour regarder des événements sportifs en direct. Alors que les amateurs de football attendaient avec impatience le début de la nouvelle saison de Premier League (qui a commencé le 16 août), beaucoup ont choisi decontourner les plateformes légales, considérées trop chères, pour se tourner vers des solutions illégales. Pour suivre tous les matchs, les fans doivent souvent s'abonner à plusieurs services de streaming, ce qui peut représenter une dépense importante.
Matt Hibbert, directeur de la lutte contre le piratage chez la chaîne anglaise Skyexplique : « Nous sommes soucieux de la protection de notre contenu, et souhaitons veiller à ce que les consommateurs puissent profiter du contenu qu'ils aiment, sans les risques que les flux illégaux peuvent représenter ». Sky et d'autres diffuseurs ont intensifié leurs efforts pour lutter contre ce phénomène, notamment en fermant des réseaux de streaming illégal et en poursuivant leurs opérateurs en justice. Quelques jours avant le début de la nouvelle saison de Premier League, un procès historique a eu lieu au Royaume-Uni, où deux frères ont été condamnés à une peine totale de 11 ans de prison pour leur rôle dans la facilitation de flux illégaux de la Premier League.
Parallèlement à cette montée du streaming illégal, Disney (derrière ESPN), Fox et Warner Bros Discoveryne pourront pas créer leur plateforme de streaming commune dans le sport nommée Venu Sports, censée arriver à l’automne. Cette plateforme devait être lancée aux Etats-Unis pour 43 dollars par mois et aurait pu offrir une solution unifiée aux consommateurs. Mais Fubo, qui propose aussi du contenu sportif, a porté plainte contre l’alliance, accusée d’enfreindre le droit de la concurrence : « Cette décision contribuera à garantir que les consommateurs aient accès à un marché plus compétitif avec de multiples options de streaming sportif », a déclaré David Gandler, cofondateur et directeur général de Fubo, cité dans un communiqué. Une multiplication qui rend l'accès aux contenus sportifs plus difficile qu'avant. L'introduction du streaming a profondément modifié les règles du jeu. Sans parler des ressources considérables des géants de la tech. « Ce que nous avons maintenant, c'est encore l'ancien modèle plus ce nouveau modèle, donc la fragmentation semble beaucoup plus sévère, » explique Jon Christian, responsable de la chaîne d'approvisionnement des médias numériques chez Qvest, décrivant le paysage médiatique actuel comme une « guerre des regards ».
Plus qu'une guerre des régards, nous sommes face à une guerre des portefeuilles. Une solution potentielle au défi économique de la fragmentation des offres se dessine avec le modèle AVOD (Ad-supported Video on Demand), où les services de streaming sont financés par la publicité, offrant ainsi des abonnements à moindre coût.Une étude récente de Kantar révèle que l'AVOD a connu une croissance significative au deuxième trimestre 2024 et durant l’été, représentant 47 % de tous les nouveaux services adoptés. Ce modèle, de plus en plus accepté par les consommateurs, pourrait permettre de rendre le contenu sportif plus accessible tout en générant des revenus pour les diffuseurs grâce à la publicité.
10Marronnier : la newsletter, une planche de salut renouvelée pour les journalistes indépendants aux Etats-Unis
Les newsletters deviennent non seulement une bouée de sauvetage, mais aussi une véritable opportunité de croissance financière, à une époque où la presse traditionnelle continue de naviguer dans des eaux tumultueuses. 2023 a été une année brutale pour l'industrie du journalisme, avec au moins 8 000 suppressions de postes au Royaume-Uni, aux États-Unis et au Canada, selon Press Gazette. La tendance s'est poursuivie en 2024, avec environ 1 000 personnes touchées par des fermetures et des vagues de licenciements rien qu'en janvier.
En 2023, plus de 20 000 emplois dans les médias ont été supprimés.
En août, Substack a annoncé un bilan positif à Axios : la plateforme de newsletters est en voie de plus que doubler son nombre d'abonnés dans le domaine de la politique et des actualités en 2024, ont déclaré les dirigeants. Le nombre de journalistes de Substack spécialisés dans les actualités et la politique qui gagnent plus d'un million de dollars a doublé au cours de l'année écoulée — et est désormais en "doubles chiffres", selon la société.
« L'économie des créateurs libère la valeur accumulée que de nombreux journalistes vedettes ont créée pour les médias pour lesquels ils travaillaient auparavant », analyse Simon Owens, consultant média. Les journalistes peuvent désormais capter directement les revenus générés par leur expertise et leur notoriété. Et il n'y a pas que Sustack dans la vie : Précédemment rédacteur pour la Silicon Valley chez The Verge, Casey Newton a lancé sa newsletter Platformer en 2020 pour couvrir l'industrie technologique. D'abord diffusée sur Substack, il a finalement décidé, début 2024, de passer à la plateforme de publication Ghost. La plupart des articles sur Platformer sont réservés aux abonnés payants, qui déboursent environ 100 $ par an.
Le succès de Substack est illustré par des exemples concrets. Chris Cillizza, après avoir été licencié de chez CNN, a réussi à attirer 3 000 abonnés payants sur sa newsletter. Fait intéressant, ce sont les articles personnels et introspectifs qui ont suscité le plus grand intérêt, plutôt que les contenus politiques…
+Et aussi, les tendances étonnantes sur les réseaux sociaux :
L’été 2024 n’a pas déçu en matière de tendances insolites sur les réseaux sociaux. Une qui a véritablement pris de l’ampleur est le phénomène « Very demure, very mindful » (traduisez : « très discret, très précautionneux »). Tout a commencé le 2 août, lorsqu’une créatrice TikTok, Jools Lebron, a posté une vidéo pour expliquer comment gérer son maquillage et sa transpiration « avec pudeur ». Plus tard, elle a publié une autre vidéo, visionnée plus de quatre millions de fois, sur l’art d’être « very demure » et « very mindful » au travail. En contraste avec le « brat summer », on pourrait croire que ce mouvement prône une attitude plus sage, un avant-goût de la rentrée…Mais bien évidemment l’expression est ironique et critiqueles attentes disproportionnées imposées par la société. Succès garanti sur les réseaux sociaux. Le hashtag #demure compte déjà 280 000 publications sur TikTok.Même le New York Times s’en amuse : « Votre café du matin avec juste un peu de crème ? Demure. La façon dont vous vous asseyez dans le métro ? Very demure. Votre manière de passer le fil dentaire après le déjeuner ? Absolument, totalement demure ». Le terme a été repris par Penn Badgey, Kim et Kloé Kardashian…et même Joe Biden. Alors, après votre « brat summer », comment allez-vous vivre votre « demure fall » ?
Comment faire vibrer les spectateurs au rythme des Jeux Olympiques après le flop des deux dernières éditions ? Pour attirer l'attention de la génération Z, le groupe audiovisuel américain NBCUniversal a misé gros en envoyant 27 influenceurs de renom sur le terrain. Le but ? Rajeunir l’audience de son service de streaming, Peacock. Cette initiative illustre l’importance grandissante des influenceurs dans le paysage médiatique, sujet du dernier Cahier de Tendances de Méta-Media. Pourtant cette fois, ce sont ces mêmes influenceurs qui se sont fait voler la vedette.
Des stars des réseaux sociaux aux Etats-Unis comme Kai Cenat, Daniel Macdonald et Zhongni « Zhong » Zhu étaient en première ligne pour partager leur expérience olympique. Mais malgré leur audience massive, ces créateurs ont rapidement été éclipsés par les véritables héros des Jeux : les athlètes eux-mêmes.
Ilona Maher, star de l’équipe de rugby américaine, a par exemple gagné près de 2 millions de nouveaux adeptes en seulement deux semaines grâce à ses vidéos humoristiques sur la vie dans le village olympique. Elle n’est pas la seule : le nageur norvégien Henrik Christiansen et d’autres athlètes ont eux aussi réussi à captiver le public avec des contenus authentiques et spontanés, bien loin du format aseptisé des influenceurs traditionnels.
« Je n'aime pas qu'on me qualifie d'influenceuse. Je suis d'abord une joueuse de rugby, ensuite une influenceuse », a confié Ilona Maher, qui, en plus de son succès sur le terrain, est devenue une star des réseaux sociaux. Cette dualité montre à quel point les athlètes actuels se sont adaptés à l’ère numérique. D’autant plus qu’ils ont bénéficié de l’assouplissement d’une règle du Comité International Olympique (CIO), leur permettant de bénéficier d’une activité commerciale autour des jeux. Une aubaine quand la plupart des athlètes olympiques américains de haut niveau semblent à peine s'en sortir financièrement, gagnant en moyenne 2 000 dollars par mois. Ilona Maher confirme : « C'est ce que j'ai dû faire pour gagner de l'argent et attirer l'attention sur notre sport ».
En parallèle, les influenceurs embauchés par NBC ont eu du mal à trouver leur place, en grande partie à cause des restrictions imposées par le CIO. Pour protéger les droits des diffuseurs officiels, ils avaient interdiction de filmer les épreuves elles-mêmes. Leur contenu a donc souvent été limité à des clichés de stades ou de cérémonies, loin de l'immersion que le public attendait. « Les gens recherchent une couverture de qualité de ce qui se passe réellement aux Jeux », analyse Christine Tran, spécialiste des médias numériques à l'Université de Toronto. « Il y a des journalistes qui ont une formation médiatique et des moyens de production pour offrir ce genre de couverture sur le terrain. Ce que les influenceurs proposent, c'est une sorte d'informalité mise en scène, qui n'a pas eu l'impact escompté ». Il était difficile pour ces derniers de casser l’image lisse de leurs contenus, à cause de la nature même de leur contrat avec NBC. « Si NBCUniversal vous emmène à Paris et vous loge, vous n'allez probablement pas commenter les mouvements ridicules de la breakdanceuse australienne ou le fait que vous n'avez pas pu voir grand-chose depuis votre siège hors de prix à la cérémonie d'ouverture » souligne Wired.
Même si les influenceurs de NBC n'ont pas réussi à faire décoller leurs vidéos, les chaînes de médias sociaux de NBC Sports ont gagné 2 millions de nouveaux adeptes grâce à l’engouement généré par les athlètes. Peacock, a également enregistré une hausse de 75 % du nombre de téléspectateurs en journée d'une semaine à l'autre, signe que le public est bien présent, mais qu'il s’intéresse surtout aux vrais acteurs des Jeux.
Cette situation pourrait bien changer d’ici les prochains Jeux d’été, en 2028 à Los Angeles, où une armée d'influenceurs basés en Californie pourrait être mobilisée. Certes, la place des influenceurs n’est plus à négliger dans le paysage médiatique, mais leur voix doit être utilisée de la bonne manière, pour le bon contenu et le bon format, si elle veut se faire entendre.
Et sinon, petit tour des points qu’il ne fallait pas manquer ces trois dernières semaines :
OpenAI a annoncé le 25 juillet un nouvel outil de recherche “SearchGPT”, qui ne fonctionne pas très bien, appelé “OopsGPT” (The Atlantic).
Cet outil continue d’alimenter la bataille avec les éditeurs de presse (Axios)
De son côté Perplexity a lancé son “Programme des éditeurs”. Parmi les principaux éléments, l’entreprise compte désormais partager plus équitablement ses revenus avec les éditeurs. (Perplexity)
Sur Peacock, c’est une IA qui a été chargée des commentaires sportifs des Jeux Olympiques avec la voix du commentateur sportif Al Michaels (State)
Le soutien d’Elon Musk à Donald Trump nuit aux activités de Tesla dans le secteur des véhicules électriques en Europe, qui sont déjà en difficulté (Fortune)
Kamala Harris ne donne pas d'interviews. Des questions ? (New York Times)
En Russie, l’accès à YouTube fortement ralenti par les autorités (Meduza)
Désinformation en action : Channel 3, le faux média russe, aggrave la situation au Royaume-Uni (The Telegraph)
En Australie, une publication scientifique critiquée pour avoir utilisé l'IA (The Guardian)
Jeux olympiques 2024: les cadreurs enfin sommés de filmer de façon non sexiste (Slate)
Les sénateurs proposent un retour de la redevance pour financer l’audiovisuel public (Public Sénat)
La BBC va supprimer 500 postes d'ici deux ans (Variety)
CETTE SEMAINE EN FRANCE
TV5 Monde : la rédaction en état de crise permanent (La Lettre)
La Commission européenne prend ses distances après la mise en garde de Thierry Breton à Elon Musk (Le Monde)
Les JO de Paris offrent des records d'audiences aux diffuseurs et à la presse (Les Echos)
With great audience comes greater responsibility #DSA
As there is a risk of amplification of potentially harmful content in in connection with events with major audience around the world, I sent this letter to @elonmusk
La couverture quotidienne des JO sur NBCUniversal a attiré 30,6 millions de téléspectateurs, soit une augmentation de 80 % par rapport à Tokyo 2020, d’après Hollywood Reporter.
Plus de 22 newsletters sur Substack dans les domaines de la politique, de l'actualité, des affaires et de la technologie comptent « des dizaines de milliers » d'abonnés payants, selon Axios.
LE GRAPHIQUE DE LA SEMAINE
Qu’est-ce qui empêche les salariés d’utiliser ChatGPT ?
Les éditeurs renforcent leur présence sur Reddit alors que la plateforme gagne en visibilité dans les recherches (Adweek)
Le style très personnel de la génération Z creuse le fossé générationnel sur LinkedIn (Bloomberg)
Le flux d'actualités d'Elon Musk sur X se fait l'écho de ses politiques d'extrême droite (Washington Post)
Comment les athlètes de la génération Z ont propulsé les Jeux Olympiques de Paris 2024 dans l'ère de TikTok (Axios)
Kamala Harris consacre dix fois plus de budget que Trump à une campagne publicitaire numérique (Financial Times)
STREAMING, OTT, SVOD
Les Jeux Olympiques se concluent avec une énorme hausse des audiences pour NBCUniversal (Hollywood Reporter)
Paramount Global va licencier 15 % de ses employés aux États-Unis et fermer un studio de télévision (Reuters)
AUDIO, PODCAST, BORNES
Apple accepte finalement l'application Spotify avec les tarifs européens (The Verge)
INTELLIGENCE ARTIFICIELLE, DATA, AUTOMATISATION
Le MIT publie une base de données complète sur les risques liés à l'IA (VentureBeat)
Google étend ses réponses par IA à de nouveaux pays (Reuters)
Eric Schmidt se rétracte sur sa déclaration selon laquelle Google serait en retard en intelligence artificielle à cause du télétravail (Wall Street Journal)
Google ouvre discrètement l'accès à Imagen 3 à tous les utilisateurs aux États-Unis (Venture Beat)
Capture d'écran de VentureBeat
MONÉTISATION, MODÈLE ÉCONOMIQUE, PUBLICITÉ
Instagram est de loin supérieur à Facebook aux yeux des marques (Digiday)
Le PDG de X appelle à une refonte de l'industrie publicitaire (Axios)
Fini le mépris de la presse traditionnelle envers les YouTubeurs : le festival de journalisme de Couthures-sur-Garonne, organisé par le groupe Le Monde, et parrainé par Camelia Jordana, a ouvert grand ses portes aux créateurs de contenus dits informatifs.
Par Alexandra Klinnik du MediaLab de l’Information de France Télévisions
Jean Massiet, Gaspard G, et Charlie Danger, entre autres, ont répondu présents pour partager les « secrets de fabrication » de ceux qui captivent les jeunes sur les réseaux sociaux, surpassant ainsi les médias classiques. Leur influence sur l'information est telle qu'un intervenant s'interroge : « Est-il devenu has been, dans l'écosystème médiatique actuel, de raisonner encore en termes de journalisme traditionnel ? ». La frontière de plus en plus floue entre influenceur et journaliste ne mérite-t-elle pas d'être réévaluée ?
Résumé des points clés
Journaliste ou influenceur : une étiquette fluctuante
Jean Massiet, vulgarisateur politique et Gaspard G, YouTubeur
Comment se définir par rapport à l’autre ? Pour le créateur Gaspard G – fort de 980 000 abonnés sur sa chaîne YouTube d’information généraliste – la réponse varie en fonction du contexte. « Cela dépend des jours et de la personne à qui je m’adresse », explique-t-il. « Je m’efforce de fournir une couverture des actualités la plus objective possible, entouré de professionnels. » Actuellement, il travaille avec une équipe de cinq salariés ainsi que des prestataires externes pour les recherches et les tâches administratives. Les journalistes qui collaborent avec lui possèdent une carte de presse. Un jeune festivalier a d’ailleurs été surpris de découvrir l’ampleur de son équipe : « Je n’étais pas conscient que tu étais aussi entouré », a-t-il commenté, habitué à ne voir qu’un seul visage (devenu logo) sur les vidéos.
Jean Massiet, derrière la chaîne Twitch de vulgarisation politique BackSeat, ne s’embarrasse pas d’étiquettes et précise bien qu’il ne rentre pas dans la définition stricte de journaliste : « Mon métier va beaucoup plus loin parce que je suis aussi influenceur, producteur, chef d’entreprise», bref un homme-orchestre aux multiples fonctions, qui souhaite informer avant tout les jeunes. La moyenne d’âge de son public est de 24 ans.
Les médias traditionnels effacent progressivement la barrière entre leurs mondes et ceux des créateurs de contenu en ligne. « Ce mépris, ce scepticisme que certains médias ont cultivé semble s’estomper aujourd’hui », observe Gaspard G. « Nous faisons notre métier avec sérieux et obtenons des interviews pertinentes, y compris avec Emmanuel Macron. Ils ont peut-être ressenti de la jalousie en voyant Volodymyr Zelenskyy choisir de s’entretenir avec Hugo Travers, 27 ans, plutôt qu’avec Laurent Delahousse ou David Pujadas », sourit-il. Jean Massiet partage ce sentiment et note un effort de la presse écrite, qui publie désormais « d’excellents articles » sur cet univers, avec « des enquêtes approfondies et bien écrites ». Cependant, il souligne que la télévision reste encore « réticente au possible » à l’égard du monde du web, qui bouscule les codes de l’information depuis cinq ans.
Les médias traditionnels s’allient directement aux créateurs de contenus. France Télévisions collabore ainsi avec Hugo Décrypte pour l'émission "Face Cachée", produite par France 2 et Unfold, la société de production de Hugo Travers et Squeezie. Le partenariat fonctionne de la manière suivante : une semaine après la diffusion de l'émission, France TV perd les droits ou les co-partage pour permettre sa diffusion sur la chaîne privée d'Hugo Décrypte. Cet effort, bien que « louable », ne porte pas ses fruits, estime le journaliste de TF1 Paul Larrouturou, un autre intervenant, pour qui le succès n'est pas au rendez-vous. La recette d’une collaboration réussie reste encore à trouver.
Les partenariats, le bât qui blesse
Pour faire vivre cette nouvelle manière d’informer sur les réseaux sociaux, la plus grosse problématique reste le financement, estime Gaspard G. Il a dû lui-même limiter la couverture internationale de son média – trois voyages sur le terrain en douze mois (Israël, Nouvelle-Calédonie, Ukraine) – en raison des « coûts astronomiques » de tels projets pour une structure encore fragile. « Aujourd’hui, malheureusement, on ne dispose pas d’aides publiques, et notre génération n’a pas l’habitude de payer pour l’info », estime-t-il. Pour assurer ses arrières, le créateur de contenu n’hésite donc pas à faire appel aux annonceurs. « On fait avec nos armes pour pouvoir créer un modèle de revenu et payer nos équipes », justifie-t-il. Dans ses vidéos d’actualités, il représente ainsi les intérêts de ses clients. « Pendant une minute, il peut m’arriver de parler d’un VPN, d’une marque, d’un service », explique-t-il. C'est pourquoi certains hésitent à le considérer comme un journaliste. Selon la charte de Munich, le "Saint Graal du journalisme", il ne faut "jamais confondre le métier de journaliste avec celui du publicitaire ou du propagandiste ; n'accepter aucune consigne, directe ou indirecte, des annonceurs". « Je te considère comme un confrère. La grande question reste le modèle économique. Moi, je suis salarié d’une rédaction, j’ai le confort d’avoir un salaire qui tombe tous les mois », répond Paul Larrouturou, ancien de Quotidien.
De gauche à droite, Anaïs Carayon, directrice de la rédaction d'Urbania France, Paul Larrouturou, reporter chez TF1 et Gaspard G, créateur de contenus
Pour Backseat, le fonctionnement repose sur un modèle similaire. L'émission est majoritairement financée par du financement participatif (au moins les deux tiers), tandis que le reste provient de partenariats. En tout, le budget annuel s'élève à un demi-million d'euros. « Mon public ne m'en veut absolument pas pour les partenariats, parce que je leur explique à quoi ils servent. Je m'assure toujours que le partenariat ait un intérêt éditorial. Cela ne m'intéresse pas de faire de la publicité pour une marque dont je me fiche. En revanche, interviewer le PDG d'une entreprise pour poser des questions citoyennes et faire le lien avec ma chaîne où je parle politique, ça m'intéresse », raconte Jean Massiet. Le streamer affirme être l'un des leaders auprès d'un public particulièrement difficile à atteindre : les jeunes. La plupart de ses clients sont des institutions souhaitant s'adresser aux jeunes, « pas forcément pour faire passer des idées, juste pour dire bonjour », comme l'a fait récemment la Cour des comptes.
En fin de compte, la transparence envers son audience est essentielle. Il s'agit toujours de maintenir la confiance par l'explication et la justification. « L'enjeu, c'est la confiance et la crédibilité envers ton public. Il n'y a pas forcément de règles écrites. Il y a une loi qui encadre les influenceurs, mais elle a été rédigée avec les pieds », estime Jean Massiet. « L'important est de ne pas perdre la confiance que les gens placent en nous. C'est un contrat de confiance, une sorte de common law qui se développe avec le temps entre les influenceurs et leur public, en l'absence de règles plus précises imposées par les plateformes. » Il n'est d'ailleurs pas favorable à ce que les plateformes imposent leurs règles, car ce sont des entreprises américaines avec une culture américaine, dont les règles s'appliquent encore mal en Europe.
Par ailleurs, cette transparence est de plus en plus demandée par l'audience, rappelle le journaliste Vincent Manilève, notamment depuis les polémiques sur les placements de produits effectués par les « influvoleurs ». Il estime qu'une prise de conscience a eu lieu depuis.
Sourcer ses vidéos : une pratique journalistique devenue indispensable chez les créateurs de contenus
« Le public est un outil de contrôle démocratique », rappelle Jean Massiet. L’audience exige désormais que les vidéos et les images soient sourcées. Selon une étude du Financial Times, avoir des sources fiables, en lesquelles les jeunes peuvent avoir confiance, arrive en priorité dans les demandes des jeunes.
William Audureau, journaliste au Monde et Jean Massiet, vulgarisateur politique
Depuis le bad buzz de Squeezie (Lucas Hauchard), la vigilance du public a redoublé, selon Vincent Manilève. En 2019, le plus grand YouTubeur français (catégorie formats longs) a publié une vidéo sur les pyramides où il privilégiait les théories fantastiques aux théories scientifiques. « Ça reste une vidéo "théorie du complot" », s'était-il excusé. « C'était une vidéo de désinformation massive, alors qu'il avait une responsabilité éditoriale », explique le journaliste spécialisé dans Internet. Finalement, Squeezie a présenté ses excuses et supprimé la vidéo, bien qu'elle soit encore disponible sur DailyMotion. Depuis cet incident, il veille à sourcer et citer ses références, notamment le New Yorker.
Apprendre à utiliser des sources fiables et à respecter le cadre légal est un exercice complexe pour les YouTubeurs. Pour Gaspard G, l'utilisation d'extraits d'archives a été particulièrement ardue. Lorsqu'il a commencé à réaliser des vidéos avec son monteur, il a été plongé dans un « Far West total », ne disposant pas comme dans les grandes rédactions de services juridiques. « Un nombre incalculable de nos vidéos ont été retirées de la plateforme parce que nous n'avions pas tous les droits nécessaires pour citer des archives de TF1, France 2, Blast, Mediapart. Je pensais que cela relevait du droit de citation, mais ce n'était absolument pas le cas », se remémore-t-il. Parfois, la source n’était pas correctement citée ou l'image était zoomée avec une texture superposée, dissimulant ainsi le watermark de la chaîne. En conséquence, ils ont reçu de nombreuses mises en demeure et des vidéos entières ont été supprimées de leur chaîne. Aujourd'hui, le YouTubeur a amélioré ses pratiques et s'appuie sur l'INA, qui propose un forfait permettant aux créateurs de contenus d'utiliser les archives pour un total de 1000 euros par an.
Pour que l’apprentissage continue de manière pérenne, l’UNESCO a ainsi un mandat sur l’éducation aux médias et met en place un programme pour ces créateurs de contenus qui les aident à « avoir les bons codes pour informer », note Vincent Manilève. Lui-même, en tant que journaliste web spécialisé, est en contact avec une université des Etats-Unis pour les aider à retranscrire et localiser un cours en ligne à destination des influenceurs pour les aider à mieux informer et à suivre les règles de déontologie.
L’avenir ?
Comment les créateurs de contenu voient-ils l’avenir ? « Pas à la télévision », rétorque Jean Massiet : « Si la télé reste majeure en termes d’audience, en termes de génération, il y a un décrochage qui est absolument phénoménal ». Lors de la saison 2022-2023, l'âge moyen des téléspectateurs du journal télévisé de France 2 était de 63 ans et de 57 ans pour celui de TF1, selon Médiamétrie. Il cite ainsi Ikea qui a fait un rapport sur l’aménagement intérieur des ménages dans les pays développés. Aucune télévision n’était représentée devant les canapés. « Cette modification anthropologique est une très mauvaise nouvelle pour la télévision, qui va disparaître des salons des gens» prédit-il. Plus prosaïquement, il ne voit pas l’avenir de sa chaîne sur le format télévisé en raisons de coûts de production. « C’est scandaleusement cher de maintenir à flot une chaîne de télévision. Sur LCP, Public Sénat, c’est 7,5 millions d’euros d’infrastructures par an ! », dénonce le vulgarisateur.
Gaspard G anticipe une spécialisation progressive des créateurs de contenus dans les cinq à dix prochaines années. « À l'heure actuelle, Hugo Décrypte fait du JT, je couvre l'actualité froide, et Charles Villa s'intéresse aux sujets d'actualité brûlants… Nous verrons une montée en puissance de YouTubeurs qui choisiront de se spécialiser dans des créneaux particuliers du journalisme. Il est aussi essentiel de permettre à ces jeunes structures de trouver leur équilibre financier, car les coûts peuvent être très élevés », observe-t-il.
Aujourd’hui, les règles du jeu médiatique changent. La crédibilité est non pas donnée, par la profession mais par les gens qui regardent les contenus. Les créateurs, loin d’être de simples diffuseurs de divertissement, jouent désormais un rôle crucial dans la diffusion de l’information, captant un public jeune et diversifié souvent délaissé par les médias traditionnels. En se mettant à leur hauteur, ils parviennent à ouvrir le dialogue, et développent une proximité à la fois en ligne et « in real life » – Jean Massiet, par exemple n’hésite pas à parcourir la France pour des apéros organisés avec sa communauté sur Discord. Il est crucial que le secteur continue de naviguer entre innovation et rigueur pour assurer la pérennité et la fiabilité de l’information dans cette ère numérique. La question demeure : comment les médias traditionnels et les créateurs de contenu pourront-ils collaborer efficacement pour offrir une information de qualité dans un paysage en perpétuelle mutation ? La réponse pourrait bien façonner le journalisme de demain.
Nous y sommes ! Les réseaux sociaux d’HugoDécrypte cumulent plus de 14 millions de followers, surpassant ainsi Le Monde, et MrBeast compte plus d’abonnés que Netflix. Selon le dernier Digital News Report du Reuters, les jeunes, pour s’informer, citent davantage les créateurs de contenu que les marques média traditionnelles. Le journalisme n’est plus l’apanage des médias depuis la révolution des réseaux sociaux, qui a transformé chacun en potentiel journaliste, influenceur ou plutôt créateur de contenu, comme ces derniers préfèrent être appelés. L’époque du carpet bombing et du gatekeeping est bel et bien révolue pour les médias, même si, dans les paradis artificiels de l’IA générative et en pleine "super-année électorale", on ressent de nouveau le besoin d’une référence identifiée, voire d’une source unique de l’information labellisée, watermarkée et triplement vérifiée.
Par Kati Bremme, Directrice de l'Innovation et rédactrice en chef Méta-Media
Face à cette réalité, les médias traditionnels doivent relever un défi majeur : évoluer pour séduire un public jeune, indispensable à la démocratie, ou risquer de perdre cette audience au profit d'influenceurs charismatiques qui captivent une génération souvent en proie au doute et à l'inquiétude avec des formats divertissants. Faut-il les imiter, les intégrer ou les défier ? On cherchera la réponse dans ce nouveau cahier de tendances Méta-Media, qui réunit « anciens » et « modernes », y compris des journalistes en l’herbe encore en école, autour de témoignages, décryptages et solutions.
Au siècle dernier, le journaliste jouait inévitablement le rôle d’influenceur, étant, par l’intermédiaire du média qui l'employait, la seule et unique source d’information pour la plus grande partie de la population. Aujourd'hui, depuis le miracle de l’Hudson River rapporté sur feu Twitter, tout le monde peut être journaliste, influenceur ou plutôt créateur de contenu, comme ces derniers préfèrent être appelés, qu’ils soient macro, micro ou nano...
Autrefois, le métier d'influenceur fut réservé à l'élite médiatique. Aujourd'hui, il est à la portée de tous grâce aux outils numériques. Contrairement aux rédactions traditionnelles, les créateurs adoptent rapidement les innovations de l'IA pour amplifier leur impact. Ils n'ont plus besoin de presse à imprimer ou de stations de radiodiffusion pour atteindre de larges audiences. Avec des moyens de création, de diffusion et de personnalisation automatisés, ils peuvent désormais toucher un public vaste et diversifié, révolutionnant ainsi le paysage médiatique.
De gauche à droite, captures des comptes de : Dylan Page, UnderTheDeskNews et Salomé Saqué
Arianna Huffington fut parmi les premières à se lancer sur Internet sous forme de blog (la version web 1.0 de l’influence). Elle a été suivie par des journalistes comme Samuel Etienne, qui faisait vivre la presse sur Twitch pendant la pandémie en incarnant le rôle du « boomer » parlant aux jeunes façon web 2.0. Quelle est la recette du succès de HugoDécrypte, Taylor Lorenz, Rana Ayyub, Squeezie, Fang Fang, Maria Ressa, Kara Swisher & Co ? Comment les médias traditionnels peuvent-ils rester pertinents alors que les audiences se tournent de plus en plus vers les 50 millions de créateurs de contenu dans le monde, dont 150 000 en France, partageant leurs intérêts et compétences en ligne ?
Nouvelle relation, nouvelle définition
Des millions de jeunes préfèrent déjà les influenceurs et créateurs comme sources d'information de confiance. Cette confiance des consommateurs n'est pas nécessairement basée sur la qualité du reportage ou le prestige d’une marque, mais sur de solides relations parasociales. Elle n’a pas besoin de l’intermédiaire d’un journaliste : les jeunes internautes plongent volontairement dans les sujets d’actualité qui les intéressent en utilisant la barre de recherche de TikTok pour construire leur avis, souvent influencés par des figures populaires en ligne.
Le Larousse décrit toujours le journaliste comme une « personne qui a pour occupation principale, régulière et rétribuée, l'exercice du journalisme dans un ou plusieurs organes de presse écrite ou audiovisuelle ». Mais le métier lui-même est en train de glisser vers de nouveaux horizons. Qu'est-ce qui définit un journaliste aujourd'hui ? La carte de presse ou son travail ? Travailler pour un média donné, qu’il soit public ou privé, signifie déjà une certaine réduction de l'indépendance, le journaliste devant se plier à une ligne éditoriale plus ou moins orientée. Les journalistes présentateurs télé, par leur rôle incarné, ont d’ailleurs peut-être toujours été un peu plus « influenceur » que leurs homologues de la presse écrite, à l’instar de Bernard Pivot, capable de propulser les ventes d’un livre présenté dans son émission emblématique. Aujourd'hui, l'information télévisuelle tend davantage vers le divertissement à coup de technologies immersives, une évolution fortement influencée par les tendances des chaînes télévisées américaines.
Bernard Pivot, l’un des premiers « journalistes-influenceurs » culture, INA
Quand le rapport de force des rédactions avec leurs publics n’a pas changé depuis des siècles, les relations des influenceurs avec leurs followers sont plus bilatérales : ils sont à l’écoute, interagissent, suivent les conseils de leur communauté, et parfois même les incluent dans leurs contenus. Ils expriment souvent une perspective subjective et intime sur des sujets personnels et peuvent discuter de questions banales ou personnelles, équilibrant autopromotion et authenticité. Certains « influenceurs-blogueurs » ont plus tard su capitaliser sur leur rapport privilégié et leur compréhension des besoins des audiences, à l’instar d’Ezra Klein qui a commencé par un « web log », et qui fut parmi les premiers blogueurs à avoir obtenu une accréditation presse pour un événement politique en 2004, en fondant en 2014, Vox Media.
L’Information-Divertissement
La notion du journalisme comme institution visant à éduquer, informer, et élever est aujourd'hui ébranlée par la pression commerciale qui l'oriente vers le divertissement. À contre-courant, un nouveau journalisme citoyen s'est développé sur les réseaux sociaux et Internet. Avec l'IA générative, nous assistons déjà à l’essor d’influenceurs virtuels, et il sera facile demain de transformer un texte en podcast ou en vidéo, abolissant les frontières entre les formats classiques de l’information, au service d’une production de masse, ou de qualité, selon les impératifs économiques et les volontés éditoriales des uns et des autres.
Je me souviens encore des réactions dans les rédactions quand on leur présentait la chaîne HugoDécrypte, du jeune Hugo Travers qui s'était lancé dans des formats d'information sur YouTube en 2015. « Ce n'est pas du journalisme ». Pas assez sérieux. Pas assez formaté. Trop incarné. Trop divertissant. Trop clivant. « Mais ça plaît aux jeunes ».
Hugo Travers crée en 2015 sa chaîne YouTube, HugoDécrypte Grâce à leur approche pédagogique et leur forte présence sur les réseaux sociaux, les créateurs de contenu rendent l'actualité accessible à un public souvent détaché des médias traditionnels. Des journalistes influenceurs comme le YouTubeur américain Philip DeFranco ou la journaliste indienne Faye D'Souza utilisent leurs plateformes pour présenter l'actualité de manière directe et engageante. Ces professionnels réussissent à combler le fossé entre le journalisme traditionnel et les attentes d'un public connecté, avide d'immédiateté et de transparence. L’information devient davantage communication, et ceci dans les deux sens.Contrairement aux discours répandus, les jeunes générations font bien une différence entre journalistes et influenceurs, comme nous l’explique Anne Cordier : les adolescents distinguent nettement les créateurs de contenu – qu’ils appellent alors souvent « influenceurs » – qui diffusent du divertissement et du témoignage (comme Squeezie, cité comme référence à propos des jeux vidéo, ou Léna Situations, que les jeunes filles apprécient pour ses publications sur la mode) – et ceux qui produisent du contenu informationnel plus sérieux à leurs yeux (comme Mister Géopolitix ou Jemenbatsleclito, compte de la créatrice féministe Camille Aumont Carnel).
Et ils préfèrent ces formats pour s’informer, au même moment où certains managers de rédactions historiques crient encore au loup quand on veut faire entrer TikTok dans le modèle de distribution de l’information. Le paysage des influenceurs est un espace vaste et en constante évolution. Avant de dénoncer l’abêtissement placide du lecteur ou sa manipulation par les tenants du nouveau discours médiatique, il faudra écouter la journaliste américaine Kara Swisher, qui remarque que les médias devraient réellement s’inquiéter : chaque jour, la qualité des contenus de la blogosphère augmente tandis que celle des rédactions print baisse.
De nouvelles marques d'influence émergent en intégrant les nouveaux usages des jeunes générations (et de plus en plus ceux des plus anciennes). Brut a été parmi les premières plateformes qui utilisent des vidéos courtes et percutantes pour diffuser l'actualité. Leur approche visuelle et narrative (non incarnée à leurs débuts, incarnée aujourd’hui) a permis de répondre aux usages d’un large public. Comme le prédisent nos collègues de Yle, bientôt, il faudra diffuser l’information sur Roblox, si l’on veut encore toucher la génération Alpha qui s’identifie désormais plus à leur avatar qu'à leur propre reflet dans un miroir.
De l’intention d’influer
Que fait alors un journaliste influenceur ? A-t-il l'intention d'influencer l'opinion publique ? L’amalgame entre influenceurs et journalistes nuit certainement à la compréhension des jeunes de ce qu’est l’information.En septembre 2023, Taylor Swift a appelé ses 280 millions d’abonnés sur Instagram à s’enregistrer sur les listes électorales, provoquant un afflux immédiat de 35 000 jeunes, et Léo Nora, plus de 17 000 abonnés sur son compte TikTok, a publié une vidéo en anglais visionnée près d'un million de fois depuis novembre dernier. « Ne venez pas à Paris pour les Jeux olympiques ». De la rumeur à l’info vérifiée, sur les réseaux sociaux il n’y a aucune hiérarchie, aucun rédacteur en chef. Question d'actualité : Un influenceur peut-il être payé pour faire la promotion d’un parti politique ?
Déjà en 2004, le Boston Chronicle soulignait la nature particulière des blogueurs d'information de l’époque, dont l'écriture se caractérisait par un style subjectif, à une époque où la vidéo sur smartphone n'existait pas encore : « Quiconque possède un ordinateur et un logiciel de publication à domicile peut se qualifier comme il le souhaite. Si c'est un couple de retraités qui décide simplement qu'ils ont une opinion, cela ne fait pas d'eux un organe de presse. Cela fait juste d'eux un couple de retraités avec une opinion et un site web. » En tant que médias d’information, les influenceurs naviguent souvent dans cet espace flou entre le journalisme et le plaidoyer, n’hésitant pas à orienter leurs audiences vers des collectes de fonds pour des partis et des candidats dans cette « super-année électorale ».
TikTok a toujours revendiqué une volonté de divertissement, mais les usages ont évolué vers des fonctionnalités de moteur de recherche et de consultation d'information (avec la guerre en Ukraine, le feuilleton judiciaire entre Johnny Depp et Amber Heard et la guerre israélo-palestinienne). Sa croissance rapide a attiré des messages politiques partisans, de la désinformation et des théories du complot. La surveillance et l'enquête sur la propagation de ces messages sont compliquées par l'absence d'une API (interface de programmation d'application) approuvée pour accéder au flux de données générées sur la plateforme chinoise.
« Depuis 2016, la tendance est que les messagers les plus puissants en politique sont des gens réels, des gens de la communauté qui ressemblent à vos voisins », a déclaré Bradley Beychok, président du comité d'action politique American Bridge 21st Century. Les politiques s’appuient de façon croissante sur des micro-influenceurs dans leur campagne.
Le journalisme numérique converge avec la culture de l'influence. Les médias traditionnels mettent en avant les biographies des journalistes, et de plus en plus de sujets vidéos sont incarnés. Devons-nous tous devenir influenceurs ? La rédaction du New York Times adopte une politique restrictive à ce sujet. Pourtant, le comité chargé d'examiner les projets extérieurs des journalistes a approuvé plus de 90 % des 200 projets proposés par des journalistes désireux de développer leur propre marque. D'autres médias intègrent directement des influenceurs dans leurs équipes rédactionnelles.
L'authenticité performative
En utilisant la métaphore d'une pièce de théâtre théorique, le sociologue Erving Goffman a décrit le concept de la représentation de soi en tant qu'« acteur ». Une interprétation transposable dans l’histoire plus récente, où les influenceurs investissent dans la gestion des impressions. Ils utilisent des techniques de storytelling, des filtres, des montages, et des collaborations stratégiques pour façonner une image cohérente et attrayante. Leur succès dépend souvent de leur capacité à contrôler et à diriger les perceptions de leur audience.
La dynamique entre les influenceurs et leur audience est interactive. Les commentaires, likes et partages servent de feedback, guidant les performances futures, la ligne éditoriale et les thématiques choisies. Cette interaction crée un cycle de rétroaction où l'audience influence les contenus et vice versa. Les influenceurs ajustent leur contenu en fonction des réactions, optimisant constamment leur impact et leur reach, ce qui peut poser problème pour des contenus d’information. Un paradoxe clé est la quête d'authenticité dans des performances stylisées : ils doivent sembler authentiques tout en étant performatifs. Cette tension, centrale à leur succès et crédibilité, est souvent gérée par la divulgation contrôlée de vulnérabilités ou de moments « réels », créant un lien émotionnel tout en gardant un contrôle narratif.
D’un autre côté, la dissimulation de la subjectivité est rendue d’autant plus facile que les techniques de reproduction mécanique gomment la singularité de l’original (« l’aura » de Walter Benjamin). Désincarnation perverse puisque, loin de supprimer entièrement l’émotion, elle en déplace plutôt l’objet vers la satisfaction d’une sorte de spectacularisation vaine de la vie. Dans les médias historiques, où il y avait auparavant des départements de ventes pour gérer la distribution optimisée des journaux, ce sont aujourd’hui davantage les journalistes eux-mêmes qui doivent marketer l’information sur les réseaux sociaux. Ils ont alors développé une relation d’amour-haine avec les plateformes. La « schizophrénie numérique » nous laisse perpétuellement tiraillés entre la fascination et la peur des nouvelles technologies.
Équilibres économiques fragiles
Nathan Myhrvold, ex-CTO de Microsoft, a décrit le dilemme des rédactions au 21ème siècle : « Qui paiera pour l'information ? » On se souvient des opérations de séduction des dirigeants des réseaux sociaux auprès de médias historiques pour alimenter leurs plateformes de contenus de qualité aux débuts de la révolution numérique. Rapidement, ces premiers se sont aperçus qu'ils pouvaient générer une meilleure rétention (indicateur important pour la publicité) avec le divertissement et les vidéos drôles plutôt qu'avec des analyses approfondies et des reportages d'information vérifiés, mettant ainsi en danger des médias entiers qui avaient construit leur économie sur un canal de diffusion contrôlé par les GAFAM.Les récentes modifications de l'algorithme d'Instagram pour limiter la visibilité du contenu politique ont entraîné une baisse de l'engagement de 70 grands comptes d'actualités, diminuant de 26 % leurs interactions, quand ce n’est pas Meta qui met simplement fin à l'accès aux informations sur Facebook et Instagram de tous les utilisateurs au Canada.
Malgré un statut de journaliste entrepreneur fragile et dépendant des plateformes, beaucoup de jeunes journalistes, pour qui le carcan d’une rédaction historique paraît trop restrictif, se rêvent en influenceur, en « enfants les plus cool du quartier », incités à accroître leur audience et, en retour, souvent leur compte en banque. Pour d'autres, ce choix devient une nécessité imposée par le manque d'opportunités disponibles dans les rédactions traditionnelles. Il reste que la combinaison des influenceurs et des algorithmes des médias sociaux est peut-être la forme de publicité la plus puissante jamais inventée.
Mais la lutte solitaire sur les réseaux sociaux est rude, et la pertinence culturelle n’est pas éternelle. C’est un job 24/7, l’algorithme des réseaux sociaux ne pardonne pas la relâche, les GAFAM ne connaissent pas les congés payés. Et chaque réseau social a ses spécificités. TikTok est le meilleur endroit pour rapidement gagner une large audience, YouTube pour la monétiser sur le long cours, et Instagram est historiquement le lieu des deals avec des marques. Pour X, « it’s complicated ». Il est vrai que l’« investissement influence » se pare des plus beaux atours : pour 1 euro investi, le retour s’élève en moyenne, à 9,60 euros.
Pour l’instant, les start-ups de journalisme attirent des audiences importantes et dévouées, mais peinent à convertir cette fidélité en soutien financier. La plupart d'entre elles dépendent de financements philanthropiques, qui restent rares et fragmentés. Dans un double élan d’indépendance à la fois éditoriale et économique, on a pu observer pendant la pandémie mondiale le départ d’un certain nombre de journalistes des grandes rédactions emblématiques pour lancer leur propre newsletter. On les surnommait alors les substackerati, d’après la plateforme qui leur sert d’outil de publication.
Une autre réponse à la quête de modèle économique des influenceurs pour éviter la navigation dans les eaux troubles du mélange de publicité et d’information sont peut-être les technologies du Web3, ce nouvel Internet participatif, dont l’adoption grand public se fait attendre. Un des éléments clés du Web3 est une expérience centrée sur l'utilisateur. Cette expérience n'a pas besoin d'une plateforme centrale, comme X, TikTok ou YouTube, pour médier les interactions de pair à pair. Des sites comme WeAre8 ou Good-Loop récompensent les utilisateurs engagés en partageant un pourcentage de revenus. Le Web3 permet également la « propriété » d'actifs numériques comme l’a expérimenté le magazine TIME. Les principes de ces technologies peuvent être appliquées au journalisme et créer une nouvelle manière de consommer l’information. Le prochain TikTok ne sera peut-être pas une seule plateforme, mais une relation directe avec les publics. Et « le coût par téléportation » dans Roblox sera peut-être le prochain coût par clic.
Formats longs et journalisme investigatif
Les journalistes qui quittent le havre sécurisé d’une rédaction et le contexte ingrat de la « littérature pressée », qualificatif attribué par le poète Matthew Arnold au journalisme, ne datent pas d’hier : le nombre de journalistes devenus écrivains est pléthore (certains diront même que les meilleurs écrivains sont ceux qui ont un background de journaliste). Le livre pour un journaliste de presse papier est un peu ce qu’est le documentaire pour un journaliste télé. Le nombre de tirages d’un livre n’est-il pas un peu l’équivalent d’un nombre de likes ? Face à des rédactions qui réduisent leurs moyens à peau de chagrin, ferment leurs bureaux à l’étranger et ont privilégié pendant des années la course après l’actu chaude, souvent accompagnée d'une gestion superficielle des réseaux sociaux, des journalistes indépendants qui se consacrent à des formats longs et au journalisme d’investigation se démarquent en prenant le temps de développer leurs histoires.
Ce que certains journalistes indépendants peuvent se permettre au prix d’une multitude de tâches allant de la production de contenu à la gestion de leur propre marketing et finances, les rédactions peuvent seulement le mettre en place quand il y a collaboration ou partenariat. Ou changement de priorités. Ou fusion... Michael Moore explique que ses documentaires expriment ses opinions, laissant chaque spectateur se faire la sienne. Des journalistes indépendants peuvent prendre le temps sur une histoire, contrairement à beaucoup de rédactions traditionnelles qui peinent à mettre à jour leurs priorités.
Influenceurs sous influence en Asie
Les influenceurs en Asie jouent un rôle crucial dans la formation de l'opinion publique et la diffusion des tendances, d’autant plus dans des États à la marge de la démocratie. Alors que leur popularité continue de croître, une méfiance croissante envers les médias d'État et les tentatives des gouvernements de reprendre le contrôle de la présence des influenceurs en ligne remettent en question un modèle de liberté émergent. En Chine, le journaliste Luo Changping utilise les réseaux sociaux pour critiquer les politiques gouvernementales, souvent au risque de représailles. L’influenceur Chen Qiushi a gagné en notoriété pendant l'épidémie de Covid-19 en partageant des témoignages directs de Wuhan, mettant en évidence les écarts dans les rapports officiels.
Ce double rôle de reportage et d'influence leur permet de façonner le discours public tout en marchant sur une corde raide de régulations gouvernementales. En Inde, des journalistes comme Faye D'Souza utilisent les médias sociaux pour fournir des analyses critiques et des reportages indépendants. En Corée du Sud, des figures comme Joo-Jin Woo, journaliste d'investigation, sont populaires pour leurs enquêtes approfondies sur la corruption et les abus de pouvoir. Au Japon, des journalistes comme Shiori Ito, y abordent des questions de justice sociale et de politiques publiques (notamment autour de l’égalité des sexes), et jouent un rôle essentiel pendant les élections en partageant des informations critiques et des perspectives alternatives, influant les débats publics et les choix électoraux.
Mais très vite, les gouvernements ont mis en place des mesures qui visent à encadrer l'influence des célébrités numériques et à s'assurer que leurs messages restent conformes aux directives officielles. Le phénomène des journalistes influenceurs sur les plateformes de médias sociaux chinois en particulier reflète l'interaction unique entre le journalisme, les médias sociaux et le contrôle de l'État. La direction centrale du Parti a adopté une fonction de surveillance médiatique pour renforcer son contrôle sur une administration défaillante et pour mettre en lumière les aspects du capitalisme bureaucratique devenus si implacables qu’ils compromettaient la survie même du système.
Un nouveau journalisme de surveillance, incarné par des influenceurs y compris étrangers, promet de renforcer l'hégémonie du Parti en lissant les aspérités de la transformation chinoise en cours et en surveillant les frontières politiques, économiques et numériques d'une société de marché autoritaire émergente.
L’incarnation de la communauté
Pour certains, le journalisme en dehors des rédactions est aussi le seul moyen de s’affirmer. Taylor Lorenz, journaliste au Washington Post et spécialiste de la culture numérique, a exploré l'histoire des créateurs de contenu sur Internet et observe que « les premiers influenceurs étaient des femmes parce que les médias ne s'intéressaient pas à leurs centres d'intérêt ». Les influenceurs utilisent les plateformes sociales pour aborder des sujets souvent sous-représentés dans les médias traditionnels, offrant ainsi une diversité de perspectives et enrichissant le débat public, en prenant en charge une partie du travail d’un service public.
Même si des efforts sont en cours dans la plupart des médias, construire et renforcer son audience demain passera forcément par l'intégration des minorités dans la production de contenu pour établir un lien authentique avec des publics plus jeunes, et pour contrer une époque fragmentée, où les masses sont difficiles à atteindre. The Vice Guide to Culture 2023 avait déjà souligné que les jeunes générations « se tournent vers leurs pairs et leurs communautés de confiance avant de choisir de faire confiance à des experts extérieurs. En outre, ils boycottent collectivement les organisations en lesquelles ils ne croient pas ».
Dylan Page (10M), jeune créateur de contenu d'information du Royaume-Uni, compte plus de followers et de vidéos vues que la BBC (2,6 M) et le New York Times (570K) réunis, même sur des sujets d’actualité comme Gaza. Les reporters de guerre traditionnels n'ayant pas pu se rendre à Gaza, bon nombre des témoignages les plus convaincants ont été racontés par des habitants, y compris par une nouvelle génération présente sur les réseaux sociaux.
Plestia Alaqad est une habitante de Gaza dont la documentation sur les difficultés de la vie quotidienne a apporté une touche personnelle absente des médias grand public. Face à ces enjeux, WhatsApp prend de l'importance pour l'information. Avec le lancement de Threads et de Bluesky, le travail des équipes chargées de l'engagement du public est devenu plus exigeant que jamais. Les grands médias cherchent de plus en plus à élargir l'éventail des voix qui couvrent les sujets.
Les attentes des consommateurs en matière de représentation des communautés minoritaires sont de plus en plus sophistiquées, en commençant par la personne, et non l'identifiant tel que le genre, la sexualité ou la race. Les communautés minoritaires réécrivent les règles d'engagement avec les marques, recherchant des récits et des partenariats qui compliquent la représentation au lieu de la simplifier. Veiller à ce que l'information soit accessible à tous n'est pas seulement une question de responsabilité éthique, mais aussi une obligation légale dans l'Union européenne.
Régulation du Far West
Le Conseil européen a approuvé des conclusions pour soutenir les influenceurs en tant que créateurs de contenu en ligne dans l'UE. Il incite les États membres à dialoguer avec les influenceurs et leurs organisations pour clarifier leur rôle et la législation applicable. Par ailleurs, il demande à la Commission d'explorer des moyens de soutien au niveau européen, y compris l'éducation aux médias, la promotion de la responsabilité en ligne, et l'utilisation des fonds et programmes de l'UE.
L’Europe n’est pas la seule région au monde à se pencher sur l’encadrement des influenceurs de plus en plus influents : en Chine, la loi sur la cybersécurité impose des restrictions sévères sur les contenus en ligne, avec des sanctions importantes pour les infractions. En Inde, les législations récentes exigent des plateformes de réseaux sociaux qu'elles surveillent et régulent les contenus publiés par les influenceurs. Au Japon, le code d'éthique pour les influenceurs impose des règles claires sur la divulgation des relations commerciales. Les créateurs doivent également respecter des normes élevées de conduite en ligne en Corée du Sud, où les lois sur la protection des consommateurs exigent une transparence renforcée au sujet des contenus sponsorisés.
Et le phénomène est en train de s’auto-réguler un peu : la tendance du « désinfluence » (ou « deinfluencing ») est une réaction (plus ou moins sincère) aux pratiques traditionnelles des influenceurs sur les réseaux sociaux. Au lieu de promouvoir constamment des produits et d'encourager la consommation, les « désinfluenceurs » incitent leur public à être plus sélectif et réfléchi dans leurs achats. Cette tendance critique les recommandations souvent exagérées des influenceurs et se concentre sur la réduction de la surconsommation, ce qui a des avantages pour l'environnement et le bien-être personnel, …et l’écosystème informationnel.
Quand il y a quelques années encore, les réseaux sociaux des débuts faisaient office de nouvelle machine à café où l'on s'échangeait nos expériences (de visionnage des programmes télés en direct) dans une sorte d'Agora, nous vivons aujourd'hui dans un monde fragmenté où il est plus facile que jamais d'ignorer totalement ce que les autres consomment. Il est également plus facile que jamais d'accorder une importance démesurée à des informations ou à des tendances qui peuvent sembler populaires mais qui sont en réalité très confinées. Dans ce nouveau monde, où les algorithmes de recommandation l'emportent sur l'ancien modèle des followers, les seuls géants de la Tech sont les gatekeeper de la connaissance sur la façon dont l'information circule sur leurs plateformes, d'autant plus s'ils détiennent en même temps le Saint Graal de l'IA générative.
Journalistes artificiels et désinformation
Avec l'arrivée de l’IA dans les rédactions, l'avenir du journalisme soulève de nombreuses questions. Julian Assange exhorte les journalistes à adopter une approche scientifique, en s'appuyant sur des sources vérifiables. Dans ce nouveau monde mi-réel mi-artificiel, on assiste à l'apparition de présentateurs-influenceurs malgré eux : Nota Bene et Cyprien ont vu leur image utilisée sans leur consentement par l’IA, tandis que Julien Bugier et Anne-Claire Coudray se sont retrouvés à promouvoir des produits dans des publicités à leur insu. Notre cahier 2023 était consacré à l'IA dans les rédactions, un phénomène accéléré par le lancement de ChatGPT. Nous ne traiterons donc de ce sujet qu'en marge ici. Maisface à une profession qui est constamment remise en question ces dernières années, l’émergence de plumes automatiques ajoute encore quelques interrogations dans une série déjà longue de défis.
Image extraite d'une des deepfakes montrant Anne-Claire Coudray et Maître Gims, Vrai ou Faux
Après la transformation numérique, nous vivons désormais une transformation virtuelle. Les outils basés sur l'IA qui modifient le langage de l'information afin d'améliorer la pertinence et la compréhension pour des publics particuliers seront de plus en plus présents dans le paysage de l'information dans les années à venir. Les chatbots, les applications et les extensions de navigateur répandront de plus en plus leur influence. Les leaders d'opinion clés chinois (KOL), en particulier dans l'industrie du commerce électronique, se tournent déjà vers des clones numériques pour générer du contenu 24 heures sur 24.
Selon le MIT Technology Review, l’entreprise Silicon Intelligence, basée à Nanjing, peut créer un clone IA simple pour seulement 8 000 yuans (environ 1 000 euros), prix qui peut augmenter pour une programmation plus complexe. La société n'a besoin que d'une minute de séquences vidéo d'un être humain pour former un vidéaste virtuel. Dernièrement, les « Pleureurs Virtuels » sont devenus une tendance sur les réseaux sociaux. Dans le monde des influenceurs où chacun cherche à se démarquer, jusqu'où peut-on aller trop loin ?
Anciens avec modernes
Aujourd'hui, plus de jeunes aspirent à devenir influenceurs que journalistes. Il est tellement séduisant de pouvoir échapper à l'incertitude économique en gagnant les cœurs (et les esprits) de l'Internet, même si l'équilibre économique reste fragile. Si les créateurs de contenu sont la nouvelle industrie médias, que deviennent alors les médias traditionnels ? Ne pourrait-on pas tout simplement réunir le meilleur des deux mondes sous le même toit ?
Cette dynamique pousse les médias à innover et à adapter leurs formats pour rester pertinents. Des collaborations entre médias traditionnels et influenceurs, comme celle de Samuel Etienne sur Twitch avec France Télévisions, de la streameuse Quineapple avec Arte ou encore des créateurs de contenus écologiques qui participent à 2050Now, le nouveau média du groupe les Echos-le Parisien, montrent que l'intégration des techniques des influenceurs peut enrichir l'offre médiatique.
Capture girl_go_green pour 2050Now
La Deutsche Welle Akademie et ses partenaires en Serbie, où les réseaux sociaux regorgent de commentaires haineux non modérés, collaborent avec des influenceurs YouTube pour rendre l'éducation aux médias plus captivante pour les jeunes. Ce projet transforme les idoles des adolescents en éducateurs. Lorsqu'ils parlent de cybersécurité, de discours haineux ou de harcèlement, les YouTubeurs, autorités crédibles, ont plus de poids. Par ailleurs, l'UNESCO facilite des échanges de compétences entre journalistes et influenceurs, affirmant ainsi l'intérêt de valoriser une collaboration entre ces deux sphères plutôt que de les considérer en opposition.
Imaginer la nouvelle cuisine journalistique
Cette nouvelle dynamique avec les audiences marque un tournant pour les médias de service public. Fini le temps où seuls les indicateurs commerciaux comme le nombre d'abonnés ou de visites dictaient leur succès. Aujourd'hui, l'impact se mesure aussi à travers l'interaction et le retour direct des audiences. Les rédactions, traditionnellement orientées vers une transmission d'information descendante, se transforment en de véritables écouteurs du public. Cette approche rappelle celle des journalistes qui, autrefois, allaient à la rencontre de leur public faute de moyens numériques. Une pratique remise au goût du jour par la SVT avec la démarche Fika med SVT, où les journalistes partageaient le goûter avec des citoyens pour mieux saisir et refléter leurs perspectives.Les rédactions deviennent davantage des vases communicants avec leurs audiences, y compris les plus jeunes (évolution vitale pour éviter l’effet « cringe » autour de la question du bon émoji ou des moments embarrassants de « daddy dancing »).
Nos enfants vivent dans un monde numérique différent. L'avenir pourrait bien ressembler à des fragments du présent, où des influenceurs individuels commandent de vastes audiences, et où les réseaux sociaux et les médias textuels passent au second plan au profit de plateformes vidéos dotées d'algorithmes axés sur les recommandations, qui mettent parfois en scène des actualités ultra-violentes.
En attendant, parmi les témoignages que nous avons récoltés auprès d’étudiants en journalisme en France, très peu évoquent les influenceurs. Ils ne choisissent pas en priorité l’option web et réseaux sociaux proposée par les écoles et aspirent toujours à intégrer un média, fait rassurant. Et un certain nombre de personnes (y compris des jeunes) n’ont même pas de présence sur les réseaux sociaux marqués par les influenceurs.
Même si (ou parce que) les jeunes sont les premiers à utiliser les réseaux sociaux pour s’informer, une éducation aux médias et à l’information intégrant les créateurs de contenu est essentielle pour éviter le mélange de genres dans cette nouvelle dynamique influenceurs-journalistes.
Trouver le juste équilibre entre l’attraction des jeunes et le maintien des audiences traditionnelles est essentiel. Au-delà des mots à la mode comme IA, immersion ou gaming, il est important de forger une meilleure relation avec nos publics. « Video didn’t kill the radio », et les influenceurs ne signifient pas la fin du journalisme.
Les créateurs redéfinissent les codes de l'information. Apprenons les uns des autres. Les influenceurs seront un peu plus influencés par les journalistes, et les journalistes deviendront un peu plus influenceurs.*
Alors que les "réinitialisations de plateformes" engendrent de nouvelles incertitudes pour les éditeurs, les audiences s'inquiètent de l'IA et de la désinformation, comme le rapporte le Reuters Institute for the Study of Journalism, qui vient de sortir son rapport annuel sur les pratiques d'information en ligne.
Par Alexandra Klinnik du MediaLab de l'Information de France Télévisions
Les médias doivent s’adapter rapidement à leur nouvel environnement, sous peine de disparaître. Le Reuters Institute for the Study of Journalism a publié, ce 17 juin, son rapport annuel, sur les pratiques d’information en ligne. Coûts en hausse, chute des revenus publicitaires et fortes baisses de trafic provenant des réseaux sociaux exacerbent une situation déjà précaire. Les entreprises tech mènent la danse et réorientent leurs stratégies. Certaines dépriorisent explicitement l’actualité et le contenu politique, tandis que d’autres se focalisent davantage sur les créateurs que sur les éditeurs.
Cette « réinitialisation de plateformes » reflète un changement radical dans la consommation d’information, avec une préférence croissante du public pour les formats vidéo. Parallèlement, l’intelligence artificielle générative bouscule les rédactions. Celles-ci doivent rester prudentes dans leur usage, face à un public qui préfère avant tout que « l’humain » reste aux commandes. Le rapport met également l’accent sur un niveau de confiance toujours faible et une tendance croissante à l’évitement sélectif de l’actualité – notamment dans un contexte de conflit permanent en Ukraine et à Gaza. Telles sont les conclusions de cette enquête, menée auprès de 100 000 personnes dans 47 pays et soutenue par la Google News Initiative et YouTube. L’heure est au changement rapide pour renouer avec le public.
Voici les points clés à retenir pour les médias.
1Meta réduit le rôle de l’actualité sur ses plateformes
Meta a réduit le rôle des actualités sur Facebook, Instagram et Threads, et a restreint la portée du contenu politique (sans pour autant définir clairement les critères permettant de qualifier un contenu de « politique »). L’entreprise a également réduit son soutien aux médias, ne renouvelant pas des accords valant des millions de dollars et supprimant son onglet actualités dans plusieurs pays.
La consommation d’actualités sur Facebook (37%) a diminué de quatre points dans tous les pays au cours de l’année, avec une baisse plus marquée dans des pays comme les Philippines (-11 points), l’Argentine (-11) et la Colombie (-10).
2L’utilisation des actualités en ligne se fragmente
Face à une baisse continue de l’utilisation de Facebook pour les actualités émerge une dépendance croissante à une gamme d’alternatives, y compris les messageries et les réseaux centrés sur la vidéo.
YouTube est utilisé pour les actualités par presque un tiers (31%), WhatsApp par environ un cinquième (21%) tandis que TikTok (13%) a dépassé Twitter (10%) pour la première fois.
« Le public s’appuie de plus en plus sur des plateformes concurrentes pour accéder à toutes sortes de contenus et d’informations. Beaucoup de ces plateformes s’éloignent de plus en plus des actualités et des éditeurs, et se concentrent davantage sur d’autres types de contenu et d’autres créateurs. Cet écosystème de plateformes plus complexe, la fin des renvois massifs depuis les réseaux sociaux traditionnels, et la concurrence croissante pour l’attention signifient que les journalistes et les éditeurs devront travailler beaucoup plus dur pour capter l’attention du public, sans parler de les convaincre de payer pour les actualités », analyse Rasmus Nielsen, directeur de l’Institut Reuters.
3La vidéo devient une source plus importante d’actualités en ligne
En lien avec ces changements de plateforme, la vidéo devient une source plus importante d’actualités en ligne, en particulier pour les groupes plus jeunes. Les courtes vidéos d’actualités sont consultées chaque semaine par 66% des sondés, tandis que les formats les plus longs attirent environ la moitié (51%).
Les « consommateurs » d’actualité regardent surtout sur les plateformes en ligne (72%) plutôt que sur les sites des médias (22%), ce qui accroît les défis autour de la monétisation. Ce n’est que dans des pays comme la Norvège que la moitié des utilisateurs (45%) décalrent que leur principale consommation de vidéos se fait via des sites web, ce qui reflète la force des marques sur ce marché.
YouTube et Facebook restent les plateformes les plus importantes pour les vidéos d’actualités en ligne. YouTube est également la principale destination pour les moins de 25 ans, bien qu’Instagram et TikTok ne soient pas loin derrière.
TikTok reste populaire auprès des jeunes, la proportion de personnes l’utilisant pour les actualités est passée à 13% (+2) dans tous les marchés et à 23% pour les 18-24 ans. La portée croissante de TikTok n’a pas échappé à l’attention des politiciens, qui l’ont intégré dans leurs campagnes médiatiques. Le nouveau président populiste de l’Argentine, Javier Milei, a ainsi un compte TikTok avec 2,2 millions d’abonnés.
4Une focalisation croissante sur les influenceurs, en particulier sur YouTube et TikTok
Les utilisateurs de TikTok, Instagram et Snapchat s'informent davantage auprès des influenceurs et célébrités que des journalistes et médias traditionnels.
Sur les réseaux traditionnels, tels que Facebook et Twitter, les médias attirent encore la plupart de l’attention et mènent les conversations.
En France, Hugo Décrypte obtient plus de mentions que les marques d’actualités traditionnelles que sont le Monde et BFMTV. L’âge moyen de son audience est seulement de 27 ans, contre 40 et 45 ans pour les grandes marques.
Le créateur de contenu le plus mentionné sur TikTok au Royaume-Uni est Dylan Page, qui compte plus de 10 millions d’abonnés sur la plateforme. Aux Etats-Unis, Vitus Spehar présente un résumé quotidien, souvent couché au sol, sur @underthedesknews, une sorte de format satirique de la télévision classique.
Enfin, Taylor Swift, les Kardashian, Lionel Messi ont été largement mentionnés par les jeunes. « Les jeunes ont une vision large de l’actualité, incluant potentiellement les mises à jour sur les dates de tournée d’un chanteur, sur la mode ou sur le football », note le rapport.
« Les consommateurs adoptent la vidéo parce qu’elle est facile à utiliser et offre une large gamme de contenus pertinents et engageants. Mais de nombreuses salles de rédactions traditionnelles sont encore ancrées dans une culture basée sur le texte et peinent à adapter leur narration, tandis que le côté commercial est également réticent car les chiffres ne sont pas concluants», analyse le rapport.
5Les préoccupations concernant la désinformation ont augmenté
Les préoccupations concernant ce qui est réel et ce qui est faux sur la toile en termes d’actualités ont augmenté de trois points au cours de la dernière année. Environ six personnes sur dix (59%) se disent inquiètes. Le chiffre est considérablement plus élevé en Afrique du Sud (81%) et aux Etats-Unis (72%), deux pays qui ont tenu des élections cette année.
Plus d’un quart des utilisateurs de TikTok (27%) déclarent avoir du mal à détecter les actualités fiables, le score le plus élevé parmi les réseaux sociaux. Sur Twitter, les utilisateurs sont également nombreux à être soucieux (24%) : « Cela peut être dû au fait que les actualités jouent un rôle disproportionné sur la plateforme, en raison de la large gamme de points de vue exprimés, encouragée davantage par Elon Musk, un défenseur autoproclamé de la liberté d’expression », suggère l'étude.
Des recherches qualitatives menées au Royaume-Uni, aux États-Unis et au Mexique indiquent une préoccupation croissante concernant les images 'photo-réalistes' générées par l'IA et les vidéos dites deepfake.
6Les audiences restent prudentes concernant l’utilisation de l’IA
Dans tous les pays, seule une minorité se sent actuellement à l’aise avec l’utilisation de l’actualité produite par des humains avec l’aide de l’IA (36%), et une proportion encore plus faible est à l’aise avec l’utilisation de l’actualité produite principalement par l’IA avec la supervision humaine (19%).
Aux États-Unis, les répondants sont plus à l’aise avec les diverses applications de l'IA par rapport à leurs homologues européens, ce phénomène pouvant être attribué aux messages médiatiques reçus. La couverture médiatique britannique sur l'IA est souvent décrite comme étant excessivement négative et sensationnaliste. En contraste, les récits médiatiques américains mettent davantage l'accent sur le rôle prépondérant des entreprises américaines ainsi que sur les opportunités d'emploi et de croissance associées.
Le simple fait de savoir que les médias utilisent l’IA peut diminuer la confiance. Selon les recherches, les audiences considèrent les actualités étiquetées comme générés par l’IA comme moins dignes de confiance que celles créées par les journalistes. « Cette tension signifie que les médias voudront réfléchir attentivement à quand la divulgation est nécessaire et comment la communiquer », note le rapport.
7L’évitement de l’actualité atteint un niveau record
Jusqu’à 39%, disent maintenant qu’ils évitent parfois ou souvent les nouvelles (soit quatre personnes sur dix) – une augmentation de 3 points par rapport à la moyenne de l’année dernière, avec des augmentations plus significatives au Brésil, en Espagne, en Allemagne et en Finlande. Au Royaume-Uni, il a presque été réduit de moitié depuis 2015.
Ce n'est pas seulement que les nouvelles peuvent être déprimantes, elles sont également incessantes ! Dans tous les marchés, la même proportion, environ quatre personnes sur dix (39 %), disent se sentir « épuisées » par la quantité de nouvelles de nos jours, contre 28 % en 2019, mentionnant fréquemment que la couverture des guerres, des catastrophes et de la politique éclipse d'autres sujets.
Les plateformes qui nécessitent un volume de contenu pour alimenter leurs algorithmes sont potentiellement un autre facteur contribuant à ces augmentations. « Il est notable que, dans notre enquête sur l'industrie, au début de 2024, la plupart des éditeurs ont déclaré qu'ils prévoyaient de produire plus de vidéos, plus de podcasts et plus de newsletters cette année », remarque le rapport.
8Les attentes simples du public
La plupart des sondés souhaite que les nouvelles soient exactes, justes, évitent le sensationnalisme, soient ouvertes sur les agendas et les préjugés, y compris le manque de diversité, admettent leurs erreurs - et ne ménagent pas leurs efforts lorsqu'il s'agit d'enquêter sur les riches et puissants.
La confiance dans les actualités (40%) est restée stable au cours de la dernière année, mais est toujours inférieure à quatre points par rapport à ce qu’elle était au plus fort de la pandémie.
Pour que la confiance soit acquise, il faut montrer les coulisses. Certaines grandes organisations de presse, comme la BBC, ont créé des unités ou des sous-marques qui répondent aux questions du public ou visent à expliquer comment les nouvelles sont vérifiées. BBC Verify, lancé en mai 2023, vise à montrer et à partager le travail en coulisses pour vérifier les informations, en particulier les images et les contenus vidéo, à une époque où la désinformation est en croissance. « Les gens veulent savoir non seulement ce que nous savons (et ne savons pas), mais aussi comment nous le savons », déclare Deborah Turness, PDG de BBC News.
La confiance, tant au niveau de la marque qu'au niveau général, influence le rôle que les informations peuvent jouer dans la société. Les journalistes et les organisations médiatiques ont à la fois des raisons pragmatiques de s'en préoccuper - « la confiance peut être la clé pour débloquer les revenus des utilisateurs », comme le dit Agnes Stenbom, responsable de IN/LAB chez Schibsted - et des raisons plus fondamentales de s'en préoccuper, car des années de recherche ont documenté comment les personnes qui ont moins confiance dans les informations sont moins susceptibles de croire aux informations qu'elles présentent et d'en tirer des enseignements.
CONCLUSION
Ce rapport annuel intervient à un moment où environ la moitié de la population mondiale participe à des élections nationales et régionales, alors que les guerres continuent de faire rage en Ukraine et à Gaza. Les actualités sont rétrogradées parce que les entreprises tech estiment qu’elles causent plus de problèmes qu’elles n’en valent la peine. « Le trafic en provenance des médias sociaux et des moteurs de recherche devrait devenir de plus en plus imprévisible avec le temps, mais se libérer du cycle algorithmique ne sera pas facile », prévient l’étude.
Pour le Reuters Institute, il reste de l’espoir. Certains éditeurs parviennent à établir une position plus solide : « Si les marques d’informations parviennent à montrer que leur journalisme repose sur l’exactitude, l’équité et la transparence – et que les humains restent aux commandes – les audiences sont plus susceptibles de répondre positivement ».
Comment se débarrasser de sa peur des nouvelles technologies ? Fatie Toko, directrice de l’innovation du groupe La Poste, propose quelques pistes éclairées dans son essai « techno-optimiste » : Et si la tech pouvait sauver le monde ?
Propos recueillis par Alexandra Klinnik du MediaLab de l'Information de France Télévisions
La société, totalement pervertie par les nouvelles technologies ? « Nos ados sont toujours plus affectés par un chagrin d’amour que par un sevrage temporaire de leur smartphone », nuance Fatie Toko. La directrice de l’innovation du groupe de la Poste veut croire au bien-fondé et aux effets positifs de la tech sur la société. Dans son essai Et si la tech pouvait sauver le monde ?, la franco-ivoirienne choisit de voir « le remède, pas le poison » et fustige les « discours alarmistes de certains médias ». La nouvelle vague d’innovations technologies offre un immense potentiel pour résoudre les crises à venir, assure-t-elle. Celle qui livre un récit « techno-optimiste » mais pas « techno-naïf » déroule les raisons de se réjouir : des plateformes pour accélérer le développement économique durable et la sécurité alimentaire dans les pays à faibles revenus, des capacités d’analyses d’images satellitaires et de données géographiques pour réduire la pollution, la vision par ordinateur pour protéger les écosystèmes terrestres et marins… Entretien sur les initiatives et les défis à venir du monde de la tech.
Que reprochez-vous à la couverture tech des médias ?
Les médias ont un biais négatif général sur les nouvelles technologies. Ils ont tendance à faire appel à des experts, qui complexifient des sujets déjà difficiles à appréhender pour le grand public. Je regrette ce manque de vulgarisation. Les questions posées sont souvent alarmistes : « est-ce qu’il va y avoir des robots tueurs ? », « L’IA va-t-elle nous remplacer ? ». Cette approche détourne l’attention des questions essentielles telles que la manière de s’informer, de se protéger, de tirer profit des nouvelles technologies. La peur n’est pas une fatalité, ni une nécessité absolue. Dans mon travail, je m’intéresse notamment aux initiatives émergentes en Afrique et je refuse de céder à la peur qui entoure souvent les avancées technologiques. Il existe de nombreuses initiatives, tant au niveau de politiques publiques que dans le domaine scientifique, visant à promouvoir des technologies plus éthiques, responsables et durables. Mon livre vise à mettre en lumière ces aspects positifs souvent méconnus et présenter une vision équilibrée des nouvelles technologies.
Quelles initiatives vous incitent à être aussi optimiste ?
Des initiatives émergent en matière de santé, d’environnement, de lutte contre les vulnérabilités et l’éducation. J’ai ainsi découvert des couveuses connectées au Cameroun qui permettent de mettre des sondes et des caméras dans les cabines des prématurés pour surveiller les signaux vitaux et la température à l’intérieur. De nombreuses solutions technologiques, des caméras par vision par ordinateur, nous permettent de voir comment les animaux réagissent aux aléas climatiques. Dans le domaine de la santé, le recours à l’intelligence artificielle, l’analyse et la visualisation des données, la réalité augmentée et immersive, permet par exemple de voir l’environnement du « bloc » à travers les yeux d’un chirurgien qui opère. Il s’agit d’une plateforme médicale tout-en-un unique, conçue pour couvrir l’ensemble du cycle d’une intervention. Cette solution peut être une assistance vitale dans la médecine humanitaire et notamment les premiers actes de secours des civils en temps de guerre.
Si vous évoquez les raisons d’être optimiste, vous mentionnez également les défis à venir. Vous écrivez notamment que la menace la plus importante pour l’État est celle constituée par la concentration inédite des géants du numérique. « Les GAFAM risquent de devenir des véritables États plateformes qui portent atteinte à la souveraineté des nations ». Mais n’est-ce pas déjà le cas ?
En effet. Elles sont les plus grandes bénéficiaires de la mondialisation. Elles se moquent des lois, car les outils de régulation ne peuvent pas les soumettre. Les problèmes actuels ne sont pas uniquement dus à la technologie, mais aussi à des questions de régulation et d’idéologie favorables à certaines puissances économiques. Les géants du numérique ne sont pas surpuissants juste parce qu’ils exploitent les données, mais aussi parce qu’ils bénéficient d’un environnement mondialisé et de politiques qui les favorisent. Il est crucial de mettre en place des normes mondiales pour protéger les citoyens contre les risques liés à la cybersécurité et à la manipulation de l’information. Cela nécessite une collaboration internationale pour établir une base éthique et réglementaire solide afin de protéger les individus et les consommateurs.
La régulation de l’IA par exemple est devenue un énorme défi pour le législateur. Dans son livre que vous citez « Les algorithmes font-ils la loi ? », Aurélie Jean explique que « la réflexion et la conception de lois pour l’encadrement des algorithmes sont fortement impactés par la discipline elle-même. Intangible, complexe et en perpétuelle évolution, elle impose son rythme avec un certain flou artistique sur sa compréhension chez les acteurs de la loi voire les lobbystes eux-mêmes ». Et souligne le manque de formation des élites et du personnel politique…
La compréhension de ces questions est extrêmement complexe pour ceux qui ne sont pas des data scientistes. Le personnel politique ne possède pas nécessairement les compétences scientifiques requises pour appréhender la complexité de l’intelligence artificielle. L’IA pose un défi en raison de sa complexité multidisciplinaire et de sa convergence de domaines. On est tous fragile face à cette révolution technologique, car elle est difficile à lire.
Vous expliquez que l’Afrique devient le nouveau terrain de jeu des GAFAM.
Le contexte de régulation est très peu contraignant dans ces régions. Cette absence de règles facilite l’adoption de technologies nouvelles. Contrairement à d’autres régions où chaque innovation suscite un débat et des craintes, en Afrique, l’adoption est rapide et sans préambule. Si une technologie démontre son utilité, elle est immédiatement intégrée et déployée. Il n’y a pas ce débat d’experts qui précède l’usage. Sous couvert de philanthropie et au nom de la connectivité, des entreprises installent des centres de données et des laboratoires d’expérimentation sur le continent. La jeunesse de la population et l’absence de régulation offrent un terrain propice à ces essais à grande échelle, à l’instar de Google qui a établi en 2019 son centre de recherche en intelligence artificielle à Accra (Ghana) et installé à Lomé (Togo) en 2022 un câble internet sous-marin dans le cadre de son projet d’infrastructure réseau pour relier l’Afrique à l’Europe. Ces initiatives amplifient les risques en termes de protection de données et de dépendance économique et infrastructurelle.
Comment adopter une relation plus sereine avec les nouvelles technologies ?
Il est essentiel de ne pas les craindre. Il faut commencer par chercher à comprendre. Les technologies offrent cet avantage : l’information est accessible à tous. Je mentionne Objectif IA, une formation accessible en ligne pour tous les Français, qui sensibilise et explique l’intelligence artificielle dans notre quotidien, tout en prodiguant des conseils sur l’hygiène numérique et le consentement éclairé. Il s’agit de s’informer encore et toujours. Il est crucial de réfléchir à l’usage que l’on en fait. Prenez l’exemple de ChatGPT : je l’utilise pour gagner du temps dans l’organisation de mes cours, la préparation du matériel pédagogique, la rédaction de scénarios, etc. Enfin un mot pour les jeunes : soyons modestes et tolérants envers la jeunesse. Arrêtons, nous les adultes, d’être nostalgique. Ce ne sont pas eux qui ont l’utilisation la plus compulsive de leurs écrans. Notre devoir est de les guider vers une utilisation intelligente. Le consentement est un aspect souvent négligé : nous devons accompagner les jeunes en leur posant des questions sur les implications de leurs actions en ligne, sur les coûts, les impacts. Trop souvent, nous les culpabilisons. C’est contre-productif et encourage même les jeunes à dissimuler leurs activités numériques à leurs parents, plutôt que d’en parler ouvertement. Cela les pousse à se replier dans un monde virtuel, coupés de la réalité, plutôt que d’engager des conversations sur une utilisation raisonnée des technologies.
Les biographies permettent au lectorat d’en savoir plus sur les journalistes derrière les papiers. Mediapart et le New York Times expliquent comment cet outil est une manière de renforcer confiance et engagement.
Par Agathe Kupfer, journaliste indépendante
Si vous pouvez reconnaître dans la rue le ou la présentateur·ice du journal de 20 heures, il y a peu de chance que vous reconnaissiez le ou la journaliste qui a signé le dernier papier que vous avez lu. En presse écrite, les signatures et les pages de bios ne disent pas grand-chose de l’auteur·ice et de son travail.
Pourtant, incarner son média, même à l’écrit, permet aux lecteur·ices d’en savoir plus sur le·la journaliste qui a écrit tel ou tel article. Par cette même occasion, les journalistes peuvent être plus transparent·es sur leur manière de travailler, de choisir leur sujet et leur expertise pour en parler. La jeune génération va chercher l’information chez des sources dans lesquelles ils et elles ont confiance, d’après une étude du Financial Times sur le rapport des jeunes générations aux médias et à l’information parue en mars. Le·la lecteur·ice fait confiance à une source lorsqu’elle a une expertise et une crédibilité pour parler d’un sujet, si il·elle se sent proche d’elle et enfin si ses intentions, biais et possibles conflits d’intérêts sont connus.
L’incarnation devient alors essentielle pour les médias qui cherchent à toucher un public jeune, notamment via les réseaux sociaux comme TikTok et Instagram, mais aussi à instaurer un lien de confiance en général. Certains médias choisissent de mettre des journalistes devant une caméra afin de montrer aux lecteur·ices les visages de certaines personnes qui travaillent dans la rédaction.
Pourtant, cette stratégie n’est pas la seule pour engager son lectorat en misant sur la transparence et l’incarnation. Sous-estimées et peu utilisées en France, les biographies accessibles depuis le site du média sont une manière de valoriser le travail des journalistes à l’origine des articles que nous lisons et plus largement les équipes derrière les médias comme le fait Contexte, média destiné aux profesionnel·les de la politique. Aux États-Unis, la pratique est courante, la majorité des grands sites d’information ont des fiches biographiques, plus ou moins détaillées, pour leurs journalistes. En France, la tendance est autre : certains médias ont construit des pages auteur·ices qui associent un nom de journaliste à la série de papiers qu’il·elle a écrits. Quand vous lisez un papier vous avez ainsi la possibilité de cliquer sur le nom du journaliste qui en est à l’origine (en tête ou en bas de page) ; vous serez redirigé·e vers l’ensemble des papiers qu’il·elle a produits pour le média.
La menace de l’intelligence artificielle
Une habitude américaine qui pourrait s’expliquer par « la figure du journaliste star qui existe même dans la presse écrite aux États-Unis et moins en France », suppose Renaud Creus, directeur de la communication de Mediapart qui accompagne le nom de ces journalistes de quelques lignes biographiques et d’une déclaration d’intérêts. Côté américain, Edmund Lee, qui dirige la trust team du New York Times (une équipe transversale dont l’objectif est d’établir des stratégies pour renforcer la confiance des lecteur·ices dans le journal), estime que la France et plus largement l’Europe ont « un état d’esprit plus traditionnel qu’aux États-Unis » attachée au fait d’écrire de manière synthétique et d’aller à l’essentiel.
À l’ère du numérique, de la multiplication des sources d’information et l’arrivée des contenus générés par l’intelligence artificielle, ne laisser qu’un nom en signature ne semble plus suffire pour montrer aux lecteur·ices qu’ils·elles peuvent avoir confiance en l’article qu’ils·elles lisent. Inclure les biographies de ses journalistes est aussi un moyen pour un média d’information de rappeler que ses articles ne sont pas écrits par des robots. « Maintenant, les lecteur·ices peuvent être encore plus facilement berné·es et nous voulons que ce soit d’autant plus clair que ce sont des humains qui font notre travail et pas des robots », affirme Edmund Lee. Pour cette raison, le New York Times, qui avait intégré les biographies à son site peu après son arrivée sur internet en 1996, a commencé à intégrer une version enrichie de ces dernières en septembre. « Les gens veulent tout savoir, leurs attentes sont différentes d’auparavant », estime Edmund Lee.
Les journalistes du quotidien américain doivent à présent expliquer dans leur fiche biographique ce qu’ils·elles ont fait avant d’intégrer la rédaction, les sujets qu’ils·elles couvrent et l’éthique journalistique à laquelle ils·elles s’astreignent. Le lieu depuis ils·elles travaillent est aussi inscrit. « Les lecteur·ices ont de fausses idées concernant nos journalistes. Beaucoup pensent par exemple que nous sommes tous·tes de New York, alors que ce n’est pas vrai. La majorité sont d’ailleurs et travaillent aussi ailleurs », explique Edmund Lee.
Renforcer la culture de l’information
En donnant des informations personnelles sur les journalistes, ces médias renforcent autant la confiance que la transparence sur leur manière de travailler. La plus grande innovation des biographies du New York Times est la partie sur l’éthique journalistique. « Quand nous l’avons testée auprès des lecteur·ices, ils·elles ont eu l’impression que c’était la chose la plus importante à savoir », affirme Edmund Lee. Ainsi, par le biais de ses journalistes, le New York Times rappelle qu’il est un média indépendant qui n’a pas de connection avec les sujets dont il traite.
Les lecteur·ices apprennent également dans cette rubrique la manière dont les journalistes travaillent. On peut lire dans la biographie de la journaliste Vivan Yee, reporter au Caire qui couvre l’Afrique du Nord : « Consciente que je ne suis pas originaire de la région ou de la culture que je couvre, j'essaie toujours de mieux comprendre l'endroit où je me trouve, tout en remettant en question mes propres hypothèses et préjugés. » Ou encore de comprendre comment un·e journaliste traite ses sources, comme l’explique le journaliste d’investigation Ben Protess dans sa bio : « Je prends également des mesures pour éviter de créer un conflit. Ainsi, lorsque je rencontre une source, je paie le café ou le déjeuner et je n'accepte pas de cadeaux. »
Répondre aux besoins de sa communauté
Aujourd’hui, près de 90% de la rédaction du New York Times a adopté cette nouvelle biographie, soit près de 600 journalistes. Mettre en place cette innovation à l’échelle d’une si grande rédaction demande cependant beaucoup de moyens. La trust team du New York Times a fait des recherches pendant deux ans pour concevoir ces nouvelles biographies. Elle a notamment sondé un panel de lecteur·rices restreint choisi·es à la suite d’entretiens. Une maquette leur a été présentée avec plusieurs catégories (leur formation et origines, leur éthique, leur rôle, leur travail, d’où travaillent-ils, etc) pour composer les biographies. Ils·elles pouvaient en enlever ou en ajouter et changer leur ordre. Engager sa communauté de lecteur·ices dans le développement et l’évolution du média est par ailleurs une manière de soigner le lien de confiance avec elle.
Il a fallu ensuite convaincre les journalistes de la rédaction d’écrire leurs nouvelles biographies. L’équipe d’Edmund Lee a encore une fois commencé par constituer un petit groupe pilote de journalistes pour inciter les autres à le faire petit à petit. Le procédé est toujours le même pour l’implantation des nouvelles biographies. Une fois que les journalistes l’ont rédigée grâce aux indications et aux exemples de la trust team, elles sont relues et éditées par cette même équipe avant d’être validées par leur rédacteur·ice en chef. Une fois encore le temps accordé à ce suivi et ces relectures demande beaucoup de moyens dont le New York Times dispose.
Mais quelle que soit l’échelle d’un média, des pratiques peuvent être imaginées pour implémenter des biographies qui répondent aux besoins du lectorat. En plus d’une page « équipe », toutes les signatures des articles des Jours sont cliquables et présentent une biographie de la personne concernée ainsi qu’une photo. Cette page s’accompagne également d’un onglet « m’écrire » avec un formulaire de contact. Un autre exemple du côté de Brief.me, une newsletter d'actualité quotidienne, qui présente chaque membre du média sous l’onglet « l’équipe » avec une bio, une photo et une déclaration d’intérêt. Sans avoir de catégories spécifiques, les biographies de ces deux médias, dont les équipes sont petites, allient parcours professionnels, sujets de prédilection et souvent aussi des informations sur la personnalité de la personne.
Montrer la diversité d’une rédaction
Les biographies sont « une façon d’incarner la rédaction, de montrer que derrière un site, des articles, des signatures, il y a aussi des visages et des gens », estime Renaud Creus à Mediapart. « On est une rédaction avec 65 journalistes et autant de profils différents », ajoute-t-il. En plus d’être liées aux signatures des articles, ces pages biographiques sont aussi accessibles depuis le bas de la page d’accueil en cliquant sur les photos des membres de la rédaction. Les journalistes de Mediapart n’ont pour l’instant pas d’obligation pour la remplir. Sur sa page, chacun·e doit y faire figurer sa déclaration d’intérêt mais ils·elles choisissent d’écrire ce qu’ils·elles veulent sans être contraint·es par des catégories spécifiques. L’équipe de Mediapart a pour objectif proche d’établir quelques indications et une trame avec leur parcours professionnel, pourquoi ils·elles traitent ces sujets et comment ils·elles les abordent pour de futures biographies enrichies.
Un procédé similaire est utilisé par Contexte qui présente son équipe (éditoriale mais pas que) sur sa page « Équipe » par un trombinoscope. Par ailleurs, cette page ne présente qu’une vingtaine de membres et change chaque jour pour découvrir d’autres membres de l’entreprise. En cliquant sur les photos de membres de l’équipe, on découvre une courte biographie ainsi que plusieurs liens vers leurs réseaux sociaux et enfin leur déclaration d’intérêts.
Inspirer la confiance pour les sources
Si ces informations rendent service aux lecteur·ices, elles rendent aussi service aux journalistes. Les biographies de la rédaction de Mediapart s’accompagnent de liens pour permettre à des personnes de les contacter dans le but de leur communiquer des informations. « Ils peuvent aller chercher qui est la personne qui couvre le sujet concerné et c’est aussi une manière de renforcer le lien de confiance », explique Renaud Creus. Un constat que partage Edmund Lee au New York Times :« les sources font davantage confiance aux journalistes car l’accès à certaines informations personnelles leur permettent de se sentir plus à l’aise pour leur parler. » L’ajout des liens vers les réseaux sociaux, comme celui de liens en général, permet également à ces pages d’être mieux référencées sur internet.
Les biographies permettent d’éduquer les lecteur·ices à la culture de l’information mais aussi de mettre en avant les valeurs d’une rédaction notamment la transparence et le respect d’une éthique journalistique. « Ajouter des biographies aux noms des journalistes permet de montrer la diversité et la richesse de notre rédaction mais en ne mettant pas une personne au-dessus des autres », conclut Renaud Creus.
États-Unis VS TikTok – Ce mercredi 13 mars, la Chambre des représentants a voté une potentielle interdiction de l’application chinoise dans le pays. Si le sujet est sur la table depuis quelques années (Donald Trump avait lancé les hostilités en 2020, avant de changer d'avis récemment), la menace est cette fois prise très au sérieux par ByteDance, société mère de l’application. Phénomène assez rare, les Démocrates et Républicains semblent s’accorder sur la décision à prendre : « L'impulsion bipartite récente pour forcer l'entreprise à se désinvestir marque le défi le plus sérieux pour l'application jusqu'à présent, et elle est maintenant confrontée à un vote incertain au Sénat »analyse the Guardian.
Contexte d’une guerre froide numérique
Mercredi, la Chambre a voté massivement en faveur d'une interdiction, avec 352 membres du Congrès votant pour le projet de loi et seulement 65 s'y opposant. Le Sénat a cependant freiné en proposant d'éventuelles modifications à la mesure, brisant les espoirs des partisans d'une adoption rapide et offrant un sursis potentiel à l'application populaire de courtes vidéos. L’entreprise chinoise a quant à elle qualifié le projet de loi « d'inconstitutionnel ». Dans cette guerre froide numérique, il est loin d'être évident que les États-Unis sortiraient vainqueurs.
La vente de TikTok serait rendue obligatoire dans un délai de six mois à un acheteur approuvé par le gouvernement américain. Si ByteDance refuse de vendre TikTok, il serait illégal pour les magasins d'applications et les sociétés d'hébergement web de distribuer ou de mettre à jour l'application aux États-Unis. Celles qui dérogeraient à la règle s’exposeraient à des pénalités. Une interdiction totale semble donc difficile à mettre en place, mais l’accès pourrait être drastiquement limité. La raison ? Les législateurs craignent un risque pour la sécurité nationale des États-Unis et les données de ses utilisateurs.
reminder why lawmakers are considering a tiktok ban:
-bytedance answers to the ccp
-beijing can weaponize americans’ data
-it's in xi’s best interest to control the algorithm + further polarize americanshttps://t.co/KWCf8dxjD4
De son côté Bytedance affirme que« 60% de l'entreprise appartient à des investisseurs institutionnels mondiaux ». L'entreprise indique également avoir investi plus de 1 milliard de dollars dans un plan visant à stocker les données sensibles des utilisateurs américains sur des serveurs exploités par Oracle, société américaine de cloud computing. Lors de la récente audition des géants de la tech au Congrès, Shou Zi Chew, le CEO de TikTok, avait insité sur ses origines singapouriennes. Pour Wang Wenbin, porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, le vote de la Chambre suivrait une « logique du voleur ». Il souligne : « Quand vous voyez les bonnes choses des autres, vous tentez de vous les approprier ».
Un rachat est-il réellement possible ?
Avec ses 170 millions d'utilisateurs aux États-Unis, TikTok est une acquisition hors de portée pour la plupart des entreprises. Microsoft, Google et Meta sont sous le coup de la loi antitrust, ce qui limite leurs possibilités d'achat. Steven Mnuchin, ancien secrétaire au Trésor controversé sous Donald Trump, a cependant manifesté son intérêt : « C'est une excellente entreprise et je vais constituer un groupe d’investisseurs pour acheter TikTok ».
L’hécatombe pour les créateurs de contenu
Face à la perspective d'une interdiction imminente, plusieurs créateurs expriment leur crainte :« J'achète des articles à des petites entreprises et je les présente sur ma plateforme - je les mets en valeur », a déclaré Ophelia Nichols, une créatrice basée en Alabama aux 12 millions d’abonnés. En Inde où l’application a été interdite en 2020, de nombreux créateurs peinent à faire repartir leur modèle économique: « La manière dont on gagnait en visibilité et en abonnés sur TikTok est [encore] incomparable à toute autre plateforme disponible pour le moment »,a déclaré Clyde Fernandes, directeur exécutif chez Opraahfx, une agence de marketing et de gestion d'influenceurs.
De son côté, Jason Koebler, le cofondateur de 404 Media se demande comment le gouvernement américain peut supprimer TikTok « sans violer les droits de liberté d'expression de millions d'Américains et nous mettre sur la voie où un internet relativement ouvert et mondial devient de plus en plus géographiquement cloisonné ».
Affaire à suivre…
CETTE SEMAINE EN FRANCE
L'AI Act : un premier texte qui omet les enjeux informationnels (RSF)
Le marché français de la musique pénalisé par la faiblesse des abonnements en streaming (Le Monde)
Intelligence artificielle : un accord de partenariat entre « Le Monde » et OpenAI (Le Monde)
L'année dernière, Google a versé environ 10 millions de dollars à 632 chercheurs pour avoir trouvé et signalé des failles de sécurité dans ses produits et services, d’après Bleeping Computer.
LE GRAPHIQUE DE LA SEMAINE
Les Français préfèrent les journalistes aux algorithmes
NOS MEILLEURES LECTURES / DIGNES DE VOTRE TEMPS / LONG READ
Comment lutter contre la pollution du web ? (The Atlantic)
Bernard Arnault rivalise avec Bezos et Musk en termes de richesse et d'influence sur les médias (Wall Street Journal)
L'IA au service de l'information : le nouveau responsable de l'IA du New York Times explique ce que cette technologie puissante peut apporter au journalisme (Reuters Institute)
Kate Middleton et la fin de la réalité partagée (The Atlantic)
Mettre fin à l’enfance basée sur le téléphone dès maintenant (The Atlantic)
Lueurs d’espoirs dans un paysage médiatique morose (New York Times)
Kate Middleton et l'espoir dans l'enfer de l'information (CJR)
DISRUPTION, DISLOCATION, MONDIALISATION
L'IA pourrait constituer une menace d'extinction pour l'homme, selon un nouveau rapport commandé par le département d'État américain (CNN)
OpenAI a signé avec le plus grand groupe de média espagnol Prisa et le Monde (OpenAI)
Le Monde devient le premier média français à signer un partenariat avec OpenAI.
ChatGPT utilisera les contenus du journal pour plus de pertinence. Le Monde touchera des revenus conséquents en contrepartie et pourra développer des fonctionnalités IA.https://t.co/WpA6UEuBdw
Une « loi sur la liberté des médias » en UE, pour protéger les journalistes et lutter contre les ingérences politiques, a été votée par le Parlement (Le Monde)
BREAKING: The European Commission sent formal requests to Bing, Facebook, Google Search, Instagram, Snapchat, TikTok, YouTube, and X:
Following these companies' designation as Very Large Online Platforms (VLOPs) or Very Large Online Search Engines (VLOSEs) by the DSA, the… pic.twitter.com/OTeFS3OeWC
La baisse de la diffusion des quotidiens britanniques s'élève en moyenne à 19 % au second semestre 2023 (Press Gazette)
Les gens se font plus confiance qu'ils ne font confiance aux informations. Ils ne devraient pas (Columbia Review)
Meta est prêt à abandonner l'information dans l'Illinois s'il est contraint de payer les éditeurs locaux (The Verge)
Une liste de subventions et de bourses destinées spécifiquement aux personnes qui s’identifient comme femmes et / ou à la réalisation de reportages sur les femmes (GIJN)
STORYTELLING, NOUVEAUX FORMATS
Mona Chalabi parle de la narration, du pouvoir des données et de la couverture de la Palestine (The Verge)
ENVIRONNEMENT
Les réparations de téléphones et d'ordinateurs portables deviennent mainstream, grâce à l'action d'iFixit (Cnet)
RÉSEAUX SOCIAUX, MESSAGERIES, APPS
Comment ByteDance pourrait sauver TikTok d'une interdiction aux États-Unis (Axios)
Le long et difficile chemin de Reddit vers l'introduction en bourse (New York Times)
L'ancien secrétaire au Trésor Steven Mnuchin est intéressé par le rachat de TikTok (CNN)
L'autorité de régulation italienne inflige une amende de 11 millions de dollars à TikTok (Reuters)
Les contenus violents en ligne sont "inévitables" pour les enfants britanniques, selon l'Ofcom (The Guardian)
Le New York Times rejette l'allégation de "piratage" de l'OpenAI dans le cadre de la lutte contre le droit d'auteur (Reuters)
Ces enfants ont enrichi leurs parents influenceurs. Verront-ils un centime de cet argent ? (Cosmopolitan)
Qui pourrait acheter TikTok ? Découvrez les personnes susceptibles d'acquérir l'application (NBC News)
Instagram joue la carte du long terme face à TikTok, et est en train de gagner (Business Insider)
IMMERSION, 360, VR, AR
L'ancien directeur d'Oculus chez Meta (et auparavant cadre chez Google) donne son avis sur le Vision Pro (Hugo’s Blog)
STREAMING, OTT, SVOD
YouTube remanie son application TV pour faciliter les achats (The Verge)
AUDIO, PODCAST, BORNES
Neil Young reviendra sur Spotify après un boycott de deux ans en raison de Joe Rogan (Wall Street Journal)
Spotify ajoute des vidéos musicales en version bêta dans certains pays - les Etats-Unis n'en font pas partie (TechCrunch)
Web3, BLOCKCHAIN, CRYPTO, NFT
Un juge estime qu'un informaticien n'est pas l'inventeur du bitcoin (BBC)
Ce que l'histoire de Kate Middleton nous apprend sur le bitcoin (Financial Times)
INTELLIGENCE ARTIFICIELLE, DATA, AUTOMATISATION
Entretien avec Mira Murati, directrice technique d'OpenAI, à propos de Sora et de son plan de déploiement (Wall Street Journal)
Les vidéos IA de Sora sont facilement confondues avec des images réelles lors d'un test auprès de consomateurs US (Variety)
Les journalistes alimentent l'engouement pour l'IA (BBC)
Les accords d'OpenAI avec les éditeurs pourraient poser des problèmes à ses rivaux (TechCrunch)
Oubliez les chatbots. Les agents d'intelligence artificielle sont l'avenir (Wired)
Apple a discrètement acheté la startup canadienne d'IA DarwinAI (Bloomberg)
Google Deep Mind présente SIMA : un agent d'intelligence artificielle polyvalent pour les environnements 3D (DeepMind)
MONÉTISATION, MODÈLE ÉCONOMIQUE, PUBLICITÉ
NewsGuard propose aux marques une veille sur les “fake news” (CBNews)
L'éventuelle interdiction de TikTok aux États-Unis préoccupe les spécialistes du marketing (Digiday)
AP lance un site de commerce électronique avec Taboola (Axios)