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“Always on” : le CES 2026 comme baromètre des rapports de force qui structurent le réel

En 2026, la vie numérique cesse d’être un espace que l’on « ouvre » ou auquel on se « connecte ». Elle devient un environnement continu, qui nous entoure, négocie à notre place et décide de plus en plus de ce qui parvient jusqu’à notre attention. En sortant des rangées de machines à sous de […]

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Amitiés synthétiques

Un bon ami peut vous sauver la vie — ou, à tout le moins, la prolonger un peu. Des recherches ont montré que le facteur le plus fiable pour prédire une vie longue et en bonne santé, c’est l’amitié. Même le fait d’avoir seulement quelques liens sociaux solides a un impact extrêmement positif sur la […]

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Didier Pourquery « La nuance permet de reconstruire des espaces de dialogues utiles à la vie démocratique »

À l’ère des clashs permanents, de la défiance généralisée, peut-on encore « conférer », selon le mot de Montaigne ? A-t-on encore la patience de la nuance ? Didier Pourquery, auteur de Sauvons le débat : osons la nuance, en fait un levier pour reconstruire un dialogue fondé sur le réel. Propos recueillis par Alexandra Klinnik, MediaLab […]

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10 choses à retenir de l’été 2025 pour les médias

L’été 2025 restera peut-être dans les mémoires comme celui du « Brain Rot », selon Business Insider : face à la surabondance de contenus artificiels, aucune chanson marquante, aucun film, aucun événement fédérateur n’a su émerger, confirmant l’érosion d’une culture partagée. Un contraste saisissant avec l’an dernier, où Jeux olympiques et élections avaient offert des […]

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1895, L’illusion d’origine : Cinéma génératif en mémoire des Lumière

Le cinéma est depuis toujours une forme de réalité parallèle, mais avec l’IA, nous entrons dans une ère où cette réalité est littéralement fabriquée de toutes pièces, sans caméra, sans décor, sans acteurs, sans tournage — une réalité synthétique, simulée, émise plutôt que captée. Interview avec Hadrien Gautrot et Ilia Gerber pour comprendre ce nouveau […]

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Fabrice Arfi « La vérité n’est plus qu’une opinion comme une autre »

« Je suis tout sauf un crevard du scoop » : Fabrice Arfi, co-responsable des enquêtes à Mediapart, publie en novembre 2024 La Troisième Vie, fruit de seize années d’investigation sur un espion roumain présumé. Dans cet entretien, il revient sur la genèse de cette obsession, et défend sa vision du journalisme, à l’ère où le vrai […]

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Le fait émergent, ou (re)penser ce qui fait le fait

Génération n’est pas vérification. Si ce principe est fondamental pour comprendre les limites des modèles d’IA génératives, leur capacité à produire des contenus plausibles remet en question notre rapport à la factualité. Dès lors, évaluer ces productions nécessite de repenser ce qui constitue le fait et de définir un nouveau cadre d’analyse adapté à ces […]

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Lasana Harris « Un psychologue dirait sans doute que nous n’avons jamais vraiment été capables de construire une réalité cohérente »

Dans un monde saturé d’images truquées, de contenus générés par l’IA et d’algorithmes qui façonnent nos perceptions, avons-nous perdu notre emprise sur la réalité ? Pour Lasana Harris, professeur de neuroscience sociale à l’University College London, cette confusion n’a rien de nouveau : la réalité, rappelle-t-il, est d’abord une construction sociale et mentale. Propos recueillis […]

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François Saltiel « On a beau être connectés, nous ne sommes pas forcément en conversation »

Spécialiste des enjeux numériques et producteur sur France Culture, François Saltiel revient sur les nouvelles formes de distance introduites par nos usages technologiques. Et questionne notre capacité à rester en contact réel dans un monde hyperconnecté. Propos recueillis par Alexandra Klinnik, MediaLab de l’Information de France Télévisions Dans son essai La société du sans contact, […]

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Bienvenue en post-réalité !

…et Comment y garder les pieds sur terre Après la post-vérité — élue mot de l’année 2016 par le Oxford Dictionary, en pleine ascension de Trump et du Brexit — nous voilà propulsés dans l’ère de la post-réalité. Agents créatifs dopés à l’IA, recruteurs virtuels qui ne jurent que par les soft skills synthétiques, compagnons […]

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Pour une science de la subjectivité

« J’aimerais vous confronter à un problème de calcul difficile », attaque Albert Moukheiber sur la scène de la conférence USI 2025. « Dans les sciences cognitives, on est confronté à un problème qu’on n’arrive pas à résoudre : la subjectivité ! » 

Le docteur en neuroscience et psychologue clinicien, auteur de Votre cerveau vous joue des tours (Allary éditions 2019) et de Neuromania (Allary éditions, 2024), commence par faire un rapide historique de ce qu’on sait sur le cerveau. 

Où est le neurone ?

« Contrairement à d’autres organes, un cerveau mort n’a rien à dire sur son fonctionnement. Et pendant très longtemps, nous n’avons pas eu d’instruments pour comprendre un cerveau ». En fait, les technologies permettant d’ausculter le cerveau, de cartographier son activité, sont assez récentes et demeurent bien peu précises. Pour cela, il faut être capable de mesurer son activité, de voir où se font les afflux d’énergie et l’activité chimique. C’est seulement assez récemment, depuis les années 1990 surtout, qu’on a développé des technologies pour étudier cette activité, avec les électro-encéphalogrammes, puis avec l’imagerie par résonance magnétique (IRM) structurelle et surtout fonctionnelle. L’IRM fonctionnelle est celle que les médecins vous prescrivent. Elle mesure la matière cérébrale permettant de créer une image en noir et blanc pour identifier des maladies, des lésions, des tumeurs. Mais elle ne dit rien de l’activité neuronale. Seule l’IRM fonctionnelle observe l’activité, mais il faut comprendre que les images que nous en produisons sont peu précises et demeurent probabilistes. Les images de l’IRMf font apparaître des couleurs sur des zones en activité, mais ces couleurs ne désignent pas nécessairement une activité forte de ces zones, ni que le reste du cerveau est inactif. L’IRMf tente de montrer que certaines zones sont plus actives que d’autres parce qu’elles sont plus alimentées en oxygène et en sang. L’IRMf fonctionne par soustraction des images passées. Le patient dont on mesure l’activité cérébrale est invité à faire une tâche en limitant au maximum toute autre activité que celle demandée et les scientifiques comparent  ces images à des précédentes pour déterminer quelles zones sont affectées quand vous fermez le poing par exemple. « On applique des calculs de probabilité aux soustractions pour tenter d’isoler un signal dans un océan de bruits », précise Moukheiber dans Neuromania. L’IRMf n’est donc pas un enregistrement direct de l’activation cérébrale pour une tâche donnée, mais « une reconstruction a posteriori de la probabilité qu’une aire soit impliquée dans cette tâche ». En fait, les couleurs indiquent des probabilités. « Ces couleurs n’indiquent donc pas une intensité d’activité, mais une probabilité d’implication ». Enfin, les mesures que nous réalisons n’ont rien de précis, rappelle le chercheur. La précision de l’IRMf est le voxel, qui contient environ 5,5 millions de neurones ! Ensuite, l’IRMf capture le taux d’oxygène, alors que la circulation sanguine est bien plus lente que les échanges chimiques de nos neurones. Enfin, le traitement de données est particulièrement complexe. Une étude a chargé plusieurs équipes d’analyser un même ensemble de données d’IRMf et n’a pas conduit aux mêmes résultats selon les équipes. Bref, pour le dire simplement, le neurone est l’unité de base de compréhension de notre cerveau, mais nos outils ne nous permettent pas de le mesurer. Il faut dire qu’il n’est pas non plus le bon niveau explicatif. Les explications établies à partir d’images issues de l’IRMf nous donnent donc plus une illusion de connaissance réelle qu’autre chose. D’où l’enjeu à prendre les résultats de nombre d’études qui s’appuient sur ces images avec beaucoup de recul. « On peut faire dire beaucoup de choses à l’imagerie cérébrale » et c’est assurément ce qui explique qu’elle soit si utilisée.

Les données ne suffisent pas

Dans les années 50-60, le courant de la cybernétique pensait le cerveau comme un organe de traitement de l’information, qu’on devrait étudier comme d’autres machines. C’est la naissance de la neuroscience computationnelle qui tente de modéliser le cerveau à l’image des machines. Outre les travaux de John von Neumann, Claude Shannon prolonge ces idées d’une théorie de l’information qui va permettre de créer des « neurones artificiels », qui ne portent ce nom que parce qu’ils ont été créés pour fonctionner sur le modèle d’un neurone. En 1957, le Perceptron de Frank Rosenblatt est considéré comme la première machine à utiliser un réseau neuronal artificiel. Mais on a bien plus appliqué le lexique du cerveau aux ordinateurs qu’autre chose, rappelle Albert Moukheiber. 

Aujourd’hui, l’Intelligence artificielle et ses « réseaux de neurones » n’a plus rien à voir avec la façon dont fonctionne le cerveau, mais les neurosciences computationnelles, elles continuent, notamment pour aider à faire des prothèses adaptées comme les BCI, Brain Computer Interfaces

Désormais, faire de la science consiste à essayer de comprendre comment fonctionne le monde naturel depuis un modèle. Jusqu’à récemment, on pensait qu’il fallait des théories pour savoir quoi faire des données, mais depuis l’avènement des traitements probabilistes et du Big Data, les modèles théoriques sont devenus inutiles, comme l’expliquait Chris Anderson dans The End of Theory en 2008. En 2017, des chercheurs se sont tout de même demandé si l’on pouvait renverser l’analogie cerveau-ordinateur en tentant de comprendre le fonctionnement d’un microprocesseur depuis les outils des neurosciences. Malgré l’arsenal d’outils à leur disposition, les chercheurs qui s’y sont essayé ont été incapables de produire un modèle de son fonctionnement. Cela nous montre que comprendre un fonctionnement ne nécessite pas seulement des informations techniques ou des données, mais avant tout des concepts pour les organiser. En fait, avoir accès à une quantité illimitée de données ne suffit pas à comprendre ni le processeur ni le cerveau. En 1974, le philosophe des sciences, Thomas Nagel, avait proposé une expérience de pensée avec son article « Quel effet ça fait d’être une chauve-souris ? ». Même si l’on connaissait tout d’une chauve-souris, on ne pourra jamais savoir ce que ça fait d’être une chauve-souris. Cela signifie qu’on ne peut jamais atteindre la vie intérieure d’autrui. Que la subjectivité des autres nous échappe toujours. C’est là le difficile problème de la conscience. 

Albert Moukheiber sur la scène d’USI 2025.

La subjectivité nous échappe

Une émotion désigne trois choses distinctes, rappelle Albert Moukheiber. C’est un état biologique qu’on peut tenter d’objectiver en trouvant des modalités de mesure, comme le tonus musculaire. C’est un concept culturel qui a des ancrages et valeurs très différentes d’une culture l’autre. Mais c’est aussi et d’abord un ressenti subjectif. Ainsi, par exemple, le fait de se sentir triste n’est pas mesurable. « On peut parfaitement comprendre le cortex moteur et visuel, mais on ne comprend pas nécessairement ce qu’éprouve le narrateur de Proust quand il mange la fameuse madeleine. Dix personnes peuvent être émues par un même coucher de soleil, mais sont-elles émues de la même manière ? » 

Notre réductionnisme objectivant est là confronté à des situations qu’il est difficile de mesurer. Ce qui n’est pas sans poser problèmes, notamment dans le monde de l’entreprise comme dans celui de la santé mentale. 

Le monde de l’entreprise a créé d’innombrables indicateurs pour tenter de mesurer la performance des salariés et collaborateurs. Il n’est pas le seul, s’amuse le chercheur sur scène. Les notes des étudiants leurs rappellent que le but est de réussir les examens plus que d’apprendre. C’est la logique de la loi de Goodhart : quand la mesure devient la cible, elle n’est plus une bonne mesure. Pour obtenir des bonus financiers liés au nombre d’opérations réussies, les chirurgiens réalisent bien plus d’opérations faciles que de compliquées. Quand on mesure les humains, ils ont tendance à modifier leur comportement pour se conformer à la mesure, ce qui n’est pas sans effets rebond, à l’image du célèbre effet cobra, où le régime colonial britannique offrit une prime aux habitants de Delhi qui rapporteraient des cobras morts pour les éradiquer, mais qui a poussé à leur démultiplication pour toucher la prime. En entreprises, nombre de mesures réalisées perdent ainsi très vite de leur effectivité. Moukheiber rappelle que les innombrables tests de personnalité ne valent pas mieux qu’un horoscope. L’un des tests le plus utilisé reste le MBTI qui a été développé dans les années 30 par des personnes sans aucune formation en psychologie. Non seulement ces tests n’ont aucun cadre théorique (voir ce que nous en disait le psychologue Alexandre Saint-Jevin, il y a quelques années), mais surtout, « ce sont nos croyances qui sont déphasées. Beaucoup de personnes pensent que la personnalité des individus serait centrale dans le cadre professionnel. C’est oublier que Steve Jobs était surtout un bel enfoiré ! », comme nombre de ces « grands » entrepreneurs que trop de gens portent aux nuesComme nous le rappelions nous-mêmes, la recherche montre en effet que les tests de personnalités peinent à mesurer la performance au travail et que celle-ci a d’ailleurs peu à voir avec la personnalité. « Ces tests nous demandent d’y répondre personnellement, quand ce devrait être d’abord à nos collègues de les passer pour nous », ironise Moukheiber. Ils supposent surtout que la personnalité serait « stable », ce qui n’est certainement pas si vrai. Enfin, ces tests oublient que bien d’autres facteurs ont peut-être bien plus d’importance que la personnalité : les compétences, le fait de bien s’entendre avec les autres, le niveau de rémunération, le cadre de travail… Mais surtout, ils ont tous un effet « barnum » : n’importe qui est capable de se reconnaître dedans. Dans ces tests, les résultats sont toujours positifs, même les gens les plus sadiques seront flattés des résultats. Bref, vous pouvez les passer à la broyeuse. 

Dans le domaine de la santé mentale, la mesure de la subjectivité est très difficile et son absence très handicapante. La santé mentale est souvent vue comme une discipline objectivable, comme le reste de la santé. Le modèle biomédical repose sur l’idée qu’il suffit d’ôter le pathogène pour aller mieux. Il suffirait alors d’enlever les troubles mentaux pour enlever le pathogène. Bien sûr, ce n’est pas le cas. « Imaginez un moment, vous êtes une femme brillante de 45 ans, star montante de son domaine, travaillant dans une entreprise où vous êtes très valorisée. Vous êtes débauché par la concurrence, une entreprise encore plus brillante où vous allez pouvoir briller encore plus. Mais voilà, vous y subissez des remarques sexistes permanentes, tant et si bien que vous vous sentez moins bien, que vous perdez confiance, que vous développez un trouble anxieux. On va alors pousser la personne à se soigner… Mais le pathogène n’est ici pas en elle, il est dans son environnement. N’est-ce pas ici ses collègues qu’il faudrait pousser à se faire soigner ? » 

En médecine, on veut toujours mesurer les choses. Mais certaines restent insondables. Pour mesurer la douleur, il existe une échelle de la douleur.

Exemple d’échelle d’évaluation de la douleur.

« Mais deux personnes confrontés à la même blessure ne vont pas l’exprimer au même endroit sur l’échelle de la douleur. La douleur n’est pas objectivable. On ne peut connaître que les douleurs qu’on a vécu, à laquelle on les compare ». Mais chacun a une échelle de comparaison différente, car personnelle. « Et puis surtout, on est très doué pour ne pas croire et écouter les gens. C’est ainsi que l’endométriose a mis des années pour devenir un problème de santé publique. Une femme à 50% de chance d’être qualifiée en crise de panique quand elle fait un AVC qu’un homme »… Les exemples en ce sens sont innombrables. « Notre obsession à tout mesurer finit par nier l’existence de la subjectivité ». Rapportée à moi, ma douleur est réelle et handicapante. Rapportée aux autres, ma douleur n’est bien souvent perçue que comme une façon de se plaindre. « Les sciences cognitives ont pourtant besoin de meilleures approches pour prendre en compte cette phénoménologie. Nous avons besoin d’imaginer les moyens de mesurer la subjectivité et de la prendre plus au sérieux qu’elle n’est »

La science de la subjectivité n’est pas dénuée de tentatives de mesure, mais elles sont souvent balayées de la main, alors qu’elles sont souvent plus fiables que les mesures dites objectives. « Demander à quelqu’un comment il va est souvent plus parlant que les mesures électrodermales qu’on peut réaliser ». Reste que les mesures physiologiques restent toujours très séduisantes que d’écouter un patient, un peu comme quand vous ajoutez une image d’une IRM à un article pour le rendre plus sérieux qu’il n’est. 

*

Pour conclure la journée, Christian Fauré, directeur scientifique d’Octo Technology revenait sur son thème, l’incalculabilité. « Trop souvent, décider c’est calculer. Nos décisions ne dépendraient plus alors que d’une puissance de calcul, comme nous le racontent les chantres de l’IA qui s’empressent à nous vendre la plus puissante. Nos décisions sont-elles le fruit d’un calcul ? Nos modèles d’affaires dépendent-ils d’un calcul ? Au tout début d’OpenAI, Sam Altman promettait d’utiliser l’IA pour trouver un modèle économique à OpenAI. Pour lui, décider n’est rien d’autre que calculer. Et le calcul semble pouvoir s’appliquer à tout. Certains espaces échappent encore, comme vient de le dire Albert Moukheiber. Tout n’est pas calculable. Le calcul ne va pas tout résoudre. Cela semble difficile à croire quand tout est désormais analysé, soupesé, mesuré« . « Il faut qu’il y ait dans le poème un nombre tel qu’il empêche de compter », disait Paul Claudel. Le poème n’est pas que de la mesure et du calcul, voulait dire Claudel. Il faut qu’il reste de l’incalculable, même chez le comptable, sinon à quoi bon faire ces métiers. « L’incalculable, c’est ce qui donne du sens »

« Nous vivons dans un monde où le calcul est partout… Mais il ne donne pas toutes les réponses. Et notamment, il ne donne pas de sens, comme disait Pascal Chabot. Claude Shannon, dit à ses collègues de ne pas donner de sens et de signification dans les données. Turing qui invente l’ordinateur, explique que c’est une procédure univoque, c’est-à-dire qu’elle est reliée à un langage qui n’a qu’un sens, comme le zéro et le un. Comme si finalement, dans cette abstraction pure, réduite à l’essentiel, il était impossible de percevoir le sens ».

Hubert Guillaud

Samah Karaki : « Le social est incalculable »

Samah Karaki est chercheuse et docteure en neuroscience. Elle est l’auteure de deux essais à succès, Le talent est une fiction (JC Lattès, 2023) et L’empathie est politique (JC Lattès, 2024). La force des livres de Karaki consiste à remettre en perspective nos idées préconçues. Elle ne fait pas qu’une lecture neuroscientifique de nos comportements, mais intègre à cette lecture des perspectives sociales et politiques, nous invitant à prendre du recul sur nos émotions et nos comportements pour mieux les politiser. Interview.

Dans les algorithmes : Dans vos deux derniers essais, vous ne faites pas qu’une lecture neuroscientifique de nos comportements, mais vous immergez les apports de la recherche en neuroscience et en psychologie de perspectives sociales et politiques. Dans l’un comme dans l’autre, vous nous invitez à prendre du recul sur nos émotions et nos comportements, pour mieux les politiser. Est-ce à dire que vous ne trouvez pas les apports des neurosciences suffisamment politiques ?

Samah Karaki : Effectivement, je trouve que les neurosciences s’intéressent peu aux facteurs sociaux. La lecture des comportements y est souvent faite d’une façon réductionniste, depuis des études en laboratoire, où les comportements ne ressemblent pas à ce qui se produit dans la vie réelle. Cela ne veut pas dire que ces apports ne peuvent pas être mis au service d’une lecture sociologique pour autant. Les neuroscientifiques n’ont jamais prétendu le contraire d’ailleurs… C’est souvent la vulgarisation scientifique qui fait des généralisations, qui souvent bâti un « pont trop loin », et passe, un peu facilement, de la cellule au comportement. Sans compter que le piège naturalisant de la biologie peut avoir tendance à ignorer certains facteurs visibles et invisibles, alors qu’ils peuvent influer sur des facteurs biologiques. Dans la formation même des biologistes, on ne rend pas toujours compte de la complexité de ces interactions. 

Ainsi, on a connu une phase monogénique jusque dans les années 90, où l’on cherchait les gènes de tels ou tels phénotypes ou de tels comportements. On s’est depuis éloigné de cette approche pour une approche plus polygénique où l’on admet qu’il y a des milliers de gènes qui peuvent donner un phénotype donné. Reste que l’impérialisme biologique qui a régné au XIXe siècle a parfois tendance à revenir, avec des propos de généticiens du comportement qui donnent une primauté sur l’explication des comportements par le biologique. 

La difficulté des neurosciences, c’est qu’on ne peut pas reproduire les facteurs sociologiques au sein d’un laboratoire. D’où l’importance de s’ouvrir aux lectures d’autres disciplines, d’éclairer les neurosciences d’autres disciplines. 

Dans les algorithmes : Cette discussion en tout cas, entre les apports des neurosciences et les apports de la sociologie, est souvent très riche dans vos livres. Ces deux essais nous montrent que les comportements des autres influencent profondément les nôtres. Dans Le talent est un fiction, vous nous dites que les comportements des éducateurs ont le plus d’effet sur nos capacités à croire en nos chances de réussite. Dans L’empathie est politique, vous nous dites également que celle-ci est très dépendante de nos représentations, de nos ancrages sociologiques, et que pour faire advenir des comportements pro-sociaux et dépasser nos réponses émotionnelles, nous devons dépasser les influences qui nous façonnent et les déconstruire. Les deux essais donnent l’impression que nous sommes des éponges sociales et que nous avons beaucoup de mal à nous en extraire. Que nos croyances et nos représentations nous façonnent bien plus qu’on le pense. En être conscient suffit-il à dépasser nos biais ?

Samah Karaki : Absolument pas, hélas. Aujourd’hui, on parle de cognition incarnée, qui est un paradigme qui règne de plus en plus sur la lecture que nous faisons de notre manière de penser. Cela signifie que la cognition n’existe pas que dans nos cerveaux mais aussi dans nos corps et que nos corps existent aussi dans notre rapport aux autres. Cela signifie que ma cognition est traversée par celle des autres. C’est bien sûr ce qui a facilité la survie de notre espèce. En tant qu’êtres physiquement vulnérables, nous avons besoin de récupérer des informations pour explorer un danger ou des opportunités. Et ces informations ne proviennent pas uniquement de notre traitement sensoriel, mais passent aussi par ce qu’on observe chez les autres. En fait, les autres aussi nous permettent de traiter l’information. Cela ne concerne pas que l’espèce humaine d’ailleurs, les plantes aussi construisent un traitement informationnel collectif pour pouvoir avoir des réactions au monde. La cognition incarnée permet de mieux saisir l’intersubjectivité par laquelle on comprend les interactions avec les autres. 

Reste à savoir si l’on peut transcender cette intersubjectivité. En fait, une fois que nous avons automatisé un apprentissage, on l’opère comme on respire. Quand un apprentissage a pris en nous, il devient de l’ordre de l’intuition. On peut certes regarder notre respiration de manière consciente, mais cette conscience là ne nous permet pas de faire autre chose en même temps. On a attribué une grande puissance à notre capacité à nous regarder penser, plus que ce qu’elle est vraiment. Or, détecter en nous une influence, ne signifie pas qu’on soit en capacité de la changer. C’est une approche spinoziste que certains neuroscientifiques rejoignent aujourd’hui : se rendre compte de ses déterminismes ne signifie pas qu’on va les transcender. 

Reste que cette prise de conscience nous permet de nous organiser pour pouvoir, peut-être ou parfois, changer l’influence à sa racine. On n’opère pas un changement au sein de sa propre cognition, par coertion cognitive, mais on peut s’organiser pour influer sur les systèmes qui nous déterminent. Il y a donc des brèches que nous pouvons opérer dans un déterminisme, mais il ne faut pas sur-exagérer la force de la volonté. Le libre-arbitre, dans l’état actuel des connaissances en neurosciences, n’existe pas vraiment. Nos automatismes sont beaucoup plus écrasants que notre force à les observer ou à y résister. 

Modérons cependant ces constats en rappelant que les études sur le libre-arbitre sont faites en laboratoire : on ne peut donc pas écarter qu’il n’y ait aucune résistance cognitive à soi-même. Les travaux sur la résistance cognitive et l’anticipation du regret montrent que ce sont des aptitudes mentales qui permettent de montrer que l’on sait observer ses influences et y résister. Mais cela a un coût énergétique important qui implique un ralentissement de l’action cognitive. Or, notre cognition ne peut pas se baser sur une résistance permanente à soi. Il est donc utopique et très optimiste de penser que nous aurions beaucoup de pouvoir sur notre propre pensée. 

Dans les algorithmes : Je suis frappé par le fait que vos deux essais questionnent profondément notre rapport à la domination. Notre désir de domination est-il impossible à rassasier ? D’où vient un tel besoin de domination ? 

Samah Karaki : Certes. Mais il ne faut pas croire que cela relèverait d’une forme de nature humaine. C’est le sens de mon prochain ouvrage : nous ne devons pas naturaliser la domination comme un trait biologique. Ce n’est ni Jean-Jacques Rousseau ni Hobbes ! L’homme n’est ni bon à l’état de nature, ni égoïste et tourné vers la domination à l’état de nature. Par contre, la domination est une façon de diviser et simplifier le réel. Comme on a besoin de créer des endogroupes et des exogroupes, de catégoriser les phénomènes, les personnes et les sujets autour de nous, la catégorisation, au niveau de la proximité de l’autre, se fait naturellement. Elle se fait déjà chez le bébé par exemple, qui va montrer une préférence pour les visages familiers et une anxiété et une méfiance vis-à-vis de ce qui lui est inconnu et étrange.. 

Reste que la catégorisation hiérarchique, verticale, est quelque chose qui s’impose surtout socialement… C’est là où l’on peut rejoindre un peu plus Jean-Jacques Rousseau, dans le sens où l’instinct de conservation nous pousse à entretenir nos hiérarchies. La société peut nous pousser à catégoriser dans les statuts sociaux une valeur sociale, qui dépend de nos intérêts économiques. Cela ne se fait pas tant à l’échelle individuelle, mais à l’échelle de systèmes hiérarchiques qui cherchent à assurer leur survie. Je ne fais pas partie des neuroscientifiques qui vont dire que le besoin d’acquérir du pouvoir ou de dominer ou de consommer (ce qui était aussi une théorie très répandue il y a quelques années sur le rapport à la crise climatique, qu’il serait dans notre nature d’user de la vitalité des autres pour soi-même) nous constitue… Pour moi, il n’y a besoin ni de pessimisme ni d’optimisme anthropologique. Mais d’observations de nos systèmes complexes, riches, différents, historiquement comme géographiquement, qui nous imposent des formes de domination. Sans compter toutes les récompenses qu’on peut obtenir en se positionnant dans les échelles de la hiérarchie de domination. 

Dans les algorithmes : Dans Le talent est une fiction, vous expliquez que le mérite est une justification a posteriori. “Dans une société inégalitaire, ceux qui arrivent au sommet veulent ou ont besoin de croire que leur succès est moralement justifié”, alors que ni le talent ni les efforts ne savent renverser la pesanteur du social. Nos propres progrès dépendent bien plus des autres, du contexte, et de notre rapport aux autres, que simplement de nous-mêmes, de notre talent ou de notre travail, qui sont en fait bien plus hérités qu’acquis. “Croire que notre mérite découle de nos talents et de notre travail personnel encourage l’égoïsme, la discrimination et l’indifférence face au sort des autres”. A quoi sert alors cette fiction du mérite, qui est partout autour de nous ?

Couverture du livre, Le talent est une fiction.

Samah Karaki : La fiction du mérite, que beaucoup de sociologues décrivent comme nécessaire car elle vient remplacer l’héritocratie de l’ancien régime, stipule que toute personne a un potentiel qu’elle nourrit par ses efforts et ses liens, dispose d’un principe d’émancipation, à l’image de la déclaration des Droits de l’Homme qui l’a érigée en principe. Chacun à le droit de tenter sa chance. En cela, cette fiction est rassurante, car elle paraît comme un ordre plus juste. C’est aussi une fiction sécurisante, car elle dit que les hommes de pouvoir ont les compétences pour occuper ces positions de pouvoir. Elle est aussi  rassurante pour ceux qui perdent dans ce système, puisqu’elle légitime aussi cette perte. La fiction de la méritocratie est finalement apaisante pour la société, car elle ne pousse pas à analyser les raisons des inégalités et donc à éventuellement les subvertir. La fiction du mérite, nous donne l’illusion que si on n’y arrive pas, c’est parce qu’on n’a pas le talent ou qu’on n’a pas assez travaillé. Elle permet finalement de stabiliser la société. 

Mais ce que je montre dans Le Talent est une fiction, c’est que la société repose toujours sur une héritocratie qui finit par se valider par elle-même. Certes, ce n’est pas parce qu’on a hérité qu’on n’a pas mérité. Mais l’héritage permet plus que le travail de faire fructifier son potentiel. Ceux qui disent que la méritocratie est un principe juste et émancipateur, disent souvent qu’on n’est pas dans une vraie méritocratie. Mais en fait, les personnes qui héritent finissent bien plus que d’autres par hériter d’une position de pouvoir parce qu’ils intègrent les bonnes formations et les opportunités qui leurs permettent de légitimer leur position d’arrivée. 

Dans les algorithmes : Nous devrions remettre en question notre “crédentialisme” – c’est-à-dire la croyance que les qualifications académiques ou autres identifiants prestigieux sont la meilleure mesure de l’intelligence ou de la capacité. Comment pourrions-nous réinventer nos croyances dans le mérite pour le rendre plus inclusif, pour qu’il accorde une place à d’autres formes de mérite que la seule réussite sociale ? Pensez-vous que ce soit un enjeu de société important aujourd’hui de réinventer le mérite ?

Samah Karaki : La méritocratie ne peut pas reposer que sur des critères de réussite, car on a aussi le droit de s’émanciper « sur place », sans élévation économique. Nous n’avons pas tous le culte de l’ambition. Et nous avons tous le droit à la dignité, au-delà de ce qu’on réalise ou pas. La concentration de certains types d’aptitudes qui seules mèneraient à la réussite a peut-être fonctionné à une époque où on avait besoin d’aptitudes liées au raisonnement abstrait, comme le proposaient les tests QI ou comme le valorise le système académique. L’aptitude de raisonnement abstrait – qui signifie principalement une rapidité et une aisance de processus mentaux logico-mathématiques – est en opposition avec d’autres types d’aptitudes comme celle de la résistance cognitive. Penser vite est l’opposé de penser lentement, car penser lentement consiste comme on l’a dit à résister et remettre en question. Cela nous dit que si nous n’avons pas assez développé cette réflexivité mentale et le doute de sa pensée, on peut avoir du mal face à l’incertitude, mais être très bons sur la résolution de problèmes. En fait, on n’a aucune idée, aucun indicateur sur l’entraînement de ces autres aptitudes, du talent lié au doute… Je propose d’ailleurs qu’on s’intéresse à ces autres aptitudes. On peut être à l’aise dans le raisonnement abstrait et mal à l’aise dans d’autres aptitudes. Cela nous rappelle d’ailleurs que le génie solitaire n’existe pas. C’est bien souvent les discordes dans nos façons de penser qui permettent de parvenir à des pensées complexes, notamment dans les situations incertaines. Même notre définition de l’intelligence artificielle s’appelle intelligence parce qu’on la compare à la nôtre dans un anthropomorphisme qui nous rappelle qu’on n’arrive pas à concevoir d’autres façons d’appréhender le monde. Or, aujourd’hui, on devrait définir l’intelligence autrement. En neuroscience, on parle d’ailleurs plutôt d’aptitudes que d’intelligence. 

« Penser vite est l’opposé de penser lentement, car penser lentement consiste comme on l’a dit à résister et remettre en question. »

Dans les algorithmes : Vous concluez Le Talent est une fiction par la nécessité de plus d’empathie et de diversité pour élargir la mesure de la réussite. Au regard de votre second livre, plus critique sur les limites de l’empathie, votre constat est-il toujours d’actualité ? 

Samah Karaki : Oui, parce que si on ne se projette pas dans d’autres façons de vivre le monde et dans d’autres conditions pour le vivre, on risque de rester camper sur une seule façon de lire les trajectoires. C’est pour cela que les procédures de sélection dans les formations se basent sur des critères éprouvés, celles des personnes qui sélectionnent et donc des personnes qui ont elles-mêmes réussi dans ces mêmes formations. Par cette empathie, je suggérais qu’on puisse s’ouvrir à d’autres trajectoires et inclure ces trajectoires dans les processus de sélection pour ne pas qu’ils ne se ferment, qu’ils favorisent l’entre-soi. Notre façon de vivre dans le monde n’est pas universelle. C’est ce que je disais sur la question de la réussite, c’est ce que je répète sur la question de la morale dans L’empathie est politique. Il n’y a pas une recette et une seule de ce qu’est d’avoir une vie réussie. Nous devons nous ouvrir à d’autres définitions, à d’autres formes d’attachements… Et nous devons arrêter de déconsidérer les perdants de nos systèmes sociaux. Nos sociétés nous invitent trop souvent à réussir à un seul jeu selon une seule règle, alors que nous avons tous des habilités différentes au départ. C’est comme si nous étions invités à un concours de natation, jugés par des poissons. 

Je n’aime pas parler de personnes atypiques, qui me semble une forme d’essentialisation. La psychiatrie, heureusement, sort d’une définition déficitaire, où certaines personnes auraient des déficits par rapport à la norme et que la société doit les amener à cette norme. En psychiatrie, on parle plutôt de « spectre » désormais et de différences d’appréhension de l’apprentissage. C’est là un vrai progrès. Mais les systèmes scolaires et professionnels, eux, sont toujours dans une approche déficitaire. Nous avons encore besoin d’y diversifier la norme. Ce n’est pas que la norme n’est pas bonne d’ailleurs, mais elle est totalitaire, trop rigide. On ne peut pas vivre en étant une espèce si complexe et si riche pour atteindre une seule forme normative d’exister. 

« Nous devons arrêter de déconsidérer les perdants de nos systèmes sociaux. Nos sociétés nous invitent trop souvent à réussir à un seul jeu selon une seule règle, alors que nous avons tous des habilités différentes au départ ». « On ne peut pas vivre en étant une espèce si complexe et si riche pour atteindre une seule forme normative d’exister ».

Couverture du livre, L’empathie est politique.

Dans les algorithmes : L’empathie est politique est incontestablement une suite et une réponse de votre précédent livre, puisqu’il interroge ce qui le concluait, l’empathie. Notre capacité d’empathie est très plastique, modulable, sélective. Le film de Jonathan Glazer, La Zone d’intérêt, le montre très bien, en soulignant la grande normalité d’une famille nazie qui parvient très bien à faire abstraction de l’horreur qui se déroule à côté d’eux, en étant compatissante pour les siens et indifférentes aux hurlements et aux coups de feux qui leur parvient de l’autre côté des murs de leur maison. L’empathie n’est pas une capacité universelle ou naturelle, mais sociale, orientée et orientable. Politique. Elle est biaisée par la proximité sociale : on se sent plus proche de ceux qui nous sont proches, socialement ou culturellement. Nous la convoquons pour nous donner l’illusion de compréhension des autres, mais « nous nous projetons bien plus dans l’autre que nous ne le comprenons », dites-vous. Aurions-nous une forme d’illusion à comprendre l’autre ?

Samah Karaki : Vous avez cité les trois limites que je pose à l’empathie. D’abord, qu’elle est mécaniquement sélective, car on n’a pas assez d’attention disponible pour se projeter dans les expériences de tout le monde. On réserve donc cette habilité à ceux qui nous sont proches, à ceux qui appartiennent à notre cercle, à notre endogroupe. Et en plus, elle est influencée par les cadrages culturels, politiques, médiatiques qui viennent positionner les groupes humains selon une hiérarchie de valeur. L’empathie est une aptitude qui cherche une similitude – « l’impérialisme du même », disait Lévinas -, c’est-à-dire qu’elle cherche en l’autre mon semblable – ce qui est sa force et sa limite. Cela signifie que si je ne trouve pas dans l’autre mon semblable je ne vais pas l’humaniser et lui attribuer de l’empathie. Cela nous montre qu’elle n’est pas très fiable. On peut décider que l’autre n’est pas notre semblable, comme nous le rappelle le film de Glazer justement. 

Enfin, on est attaché à ce qui nous ressemble, ce qui est une forme de narcissisme de l’espèce. Mais, cette impression de similitude est bien souvent factice. L’expérience de l’autre n’est bien souvent pas celle qu’on imagine qu’elle est. C’est la troisième limite à l’empathie. Même quand on arrive à s’identifier à l’autre, après plein d’examens de similitude morale et de traits de comportements ou de sensibilité intellectuelle… à la fin, on est dans l’illusion de la compréhension de l’autre, car on ne le voit que là où on s’y retrouve ! Si on est exclu d’une expérience par exemple, on l’analyse mal avec nos outils limités et tronqués car nous n’avons pas nécessairement les vies riches que nous imaginerions avoir. Avoir connu la souffrance par exemple ne signifie pas qu’on soit capable de comprendre celle des autres. Les expériences restent toujours singulières. 

Dans les algorithmes : Oui, vous dites que l’appartenance est une perception. Nous autoproduisons nos propres stéréotypes sociaux. Les étudiants blancs sont plus susceptibles d’interpréter une bousculade comme violente lorsqu’elle est causée par une personne noire que par une personne blanche. Notre interprétation semble toujours confirmer nos stéréotypes plutôt qu’elle ne les remet en cause. Et les informations qui confirment nos stéréotypes sont mieux mémorisées que celles qui les réfutent. Comment peut-on lutter contre nos représentations et nos stéréotypes, dans lesquels nous sommes englués ? 

Samah Karaki : En fait, les biais de confirmation nous simplifient notre lecture du monde. Nous avons envie d’avoir un favoritisme d’endogroupe au profit de notre groupe et de son image. Par recherche de cohérence, et d’efficience, on a tendance à préserver l’image de groupe qui miroite sur notre image de soi, et donc c’est pour cela qu’on a tendance à favoriser notre groupe. On explique et on pardonne bien mieux les comportements négatifs de nos proches que ceux des gens de l’exogroupe. On a plus de facilités à juger les groupes externes avec des caractéristiques très réductrices. Cela nous rassure sur notre position morale et notre image de nous-mêmes. Si on reprend l’exemple du film de Glazer, l’indifférence de cette famille s’explique aussi parce que ces personnes pensent qu’elles sont dans le camp du bien et que l’effacement du groupe humain qui est de l’autre côté des murs est une nécessité. Ces personnes ne sont pas que indifférentes. Elles sont persuadées que cet effacement est nécessaire pour la survie de leur propre groupe. Cette victimisation inversée sert le groupe, comme l’instrumentalisation des animaux nous sert à légitimer notre nourriture, notre agriculture. Il y a quelques siècles en arrière, l’instrumentalisation du corps des esclaves pour l’économie européenne était considérée comme une nécessité. En fait, l’empathie ne disparaît pas par simple indifférence, elle disparaît aussi par le sentiment d’être victime. L’effacement de l’autre devient une forme de légitime défense. 

Ce sont là des mécanismes qui nous simplifient le monde. On peut ramener ces mécanismes à leur biologie. On a besoin de simplifier le monde car on n’a pas assez d’énergie. Mais on a aussi besoin d’être en cohérence avec sa propre image. C’est là où s’intègrent les cadrages politiques et sociaux qui donnent à chaque groupe l’impression d’être dominé ou menacé par l’autre. C’est en cela que ces affects nous éloignent d’une lecture objective des situations. Je ne veux pas dire dans mon livre que tous les affects sont légitimes, bien au contraire. Tous sont réels et précis, mais ne sont pas objectivement situés au même endroit. Et c’est pour cela que nous avons besoin de quelque chose que nous avons produit, suite à la Shoah d’ailleurs, qui est le droit humanitaire international. C’est un moyen de nous protéger de notre propre raison et de notre propre définition de ce qui est moral. 

Dans les algorithmes : C’est le moyen que nous avons pour sortir du cercle infernal de l’empathie envers son endogroupe. Développer des règles qui s’appliquent à tous ? 

Samah Karaki : Oui. Ce sont des règles que nous avons construites avec notre organisation sociale. Ce sont des règles auxquelles on se conforme pour naviguer dans les interactions sociales qui nous lient. Des règles qui nous permettent de conserver nos droits, de ne pas céder à des affects et donc, ce sont des règles où tout le monde n’est pas gagnant de la même façon mais qui peuvent régir des biens collectifs supérieurs aux intérêts d’un groupe par rapport à d’autres. C’est pourquoi je suggère de sortir du lexique affectif qui revient souvent aujourd’hui et qui ne se concrétise pas en action politique, car il se suffirait à lui-même, justifiant même certaines inerties. L’affect nous évite de passer à des actions concrètes.

Dans les algorithmes : Vous êtes très critique sur la manière dont nous pouvons réparer l’empathie. Vous dites par exemple que ce ne sont pas les formations à l’empathie qui vont permettre de mettre fin à l’organisation hiérarchique des sociétés humaines. 

Samah Karaki : Les formations à l’empathie qui parlent de l’histoire des oppressions, de ce qu’ont vécu les groupes humains opprimés, permettent de modifier notre appréhension du monde. Éviter ces sujets ne donne pas des outils pour comprendre, pour questionner les raisons qui font que nous avons des biais racistes. Je ne pense pas que ce soit en sachant que nous sommes biaisés que nous pouvons résoudre les biais. Car le biais consiste à suivre un automatisme appris, comme quand on respire. Je ne pense pas que la bonne manière de faire consiste à résister à ces apprentissages, mais de les modifier, d’acquérir une autre lecture. 

En fait, je voudrais qu’on sorte un peu de notre fainéantise intellectuelle. Aujourd’hui, par exemple, trop souvent, quand on fait des films sur des populations opprimées, on ne prend pas le temps d’analyser, d’amener les personnes concernées, de modifier les conditions de production pour sortir du regard que l’on porte sur elles pour donner la voix à leurs propres regards. Et on justifie cette fainéantise intellectuelle par l’affect, l’intuition ou la création spontanée. Peut-être aussi par romantisme de notre nature, en expliquant qu’on comprendra par soi-même. C’est comme quand on dit que les enfants sont bons par nature. Ce n’est pas le cas pourtant. Le racisme est présent chez les enfants à partir de 3 ans si on ne leur explique pas les structures de suprématie qui structurent nos sociétés. J’invite à faire nôtre ce que la journaliste Douce Dibondo appelle « l’épistémologie de la connaissance contre celle de l’ignorance ». Nous devons parler des sujets qui fâchent plutôt que de demander aux gens de travailler leur capacité d’identification. Nous ne nous identifions pas assez aux personnes qui ne nous ressemblent pas. Nous devons le dire et le répéter : nous avons une difficulté à nous identifier à certains comme nous n’entendons pas les sons sous une certaine fréquence. Les formations sur l’empathie par l’identification ne résoudront pas les problèmes de harcèlement scolaire ou de comportements de domination.

« Je ne pense pas que ce soit en sachant que nous sommes biaisés que nous pouvons résoudre les biais. Pour les modifier, il nous faut acquérir une autre lecture ». « Nous devons parler des sujets qui fâchent plutôt que de demander aux gens de travailler leur capacité d’identification »

Dans les algorithmes : Ce que vous dites, c’est que nous avons besoin d’une lecture plus politique de nos rapports sociaux ?

Samah Karaki : Oui. On a besoin d’une lecture historique en tout cas. Et nous devrions d’ailleurs beaucoup valoriser la lecture historique à l’heure où les tentatives d’effacement de certaines histoires se multiplient tout autour de nous. Nous devons défendre ce patrimoine. Cet attachement aux faits, au réel, doit nous permettre de nous éloigner des attitudes complotistes au monde. Nous avons un devoir de protéger cette discipline. 

Dans les algorithmes : Dans votre second livre, vous parlez un peu du numérique. Vous nous dites qu’on est confronté, sur les réseaux sociaux, à une empathie un peu factice. Que les algorithmes basés sur la viralité cherchent d’abord et avant tout à produire de l’émotion, de l’exacerbation de nos sensations, de nos sentiments. En analysant 430 milliards de vidéos, le facteur le plus puissant du succès viral est la réponse émotionnelle (“Plus l’intensité de l’émotion suscitée par le contenu sera grande, plus les gens auront tendance à le partager”). Vous dites même que le numérique favorise une forme de  « tourisme affectif »…

Samah Karaki : Si on prend la question en la ramenant à l’attention avant même de parler de réseaux sociaux, il nous faut observer ce que la prédiction des calculs produit. Que ce soit des sons ou des images, l’attention passe d’un niveau phasique à un niveau tonique, avec des changements de circulation électro-chimique dans le cerveau quand je suis dans ce que l’on appelle un écart de prédiction. Cet écart de prédiction, c’est ce qu’on appelle l’émotion. C’est ce qui nous surprend, nous émeut. Et nous avons besoin de réduire cet écart de prédiction en analysant cette information. Et ce travail d’analyse me fait dépenser de l’énergie. S’il ne se passe rien d’intéressant dans un échange, je peux perdre mon attention car je ne fais plus le travail qui fait que je suis en train de réduire les écarts de prédiction. C’est un peu comme cela qu’on apprend aussi. Face à une information nouvelle, on a un écart de prédiction : soit on rejette cette nouvelle information, soit on l’intègre dans nos prédictions, ce qui nous permet ensuite de revenir à ce que l’on appelle un monde émotionnellement neutre ou stable. 

Un contenu viral est donc un contenu qui va produire un écart de prédiction. C’est pourquoi ils sont souvent émotionnels. Ils captent notre attention et créent un attachement par rapport à ces contenus. Dans la vie intime, c’est le même processus qui nous fait nous attacher à certaines personnes plutôt qu’à d’autres, parce que ces personnes produisent en nous des déplacements. La viralité repose sur des objets qui attirent l’attention, qui produisent un travail émotionnel et ce travail nous fait créer un lien avec ces contenus. Faire reposer l’intérêt sur un travail émotionnel peut vite être pernicieux, car il nous empêche par exemple de saisir le contexte de ce que l’on regarde, car notre cognition est déjà sollicitée pour rétablir l’équilibre émotionnel qui nous atteint.

La seconde chose qui peut se produire, c’est que l’exposition à un même écart de répétition, finit par l’aplatir, comme quand on est exposé à un son répétitif qu’on finit par ne plus entendre. Face à des contenus émotionnels répétitifs, nous finissons par nous engourdir. Face au flux d’affect, les contenus viraux finissent par ne plus provoquer de réaction en nous. Beaucoup d’études montrent que l’exposition répétée à des contenus violents abaisse notre capacité à être ému par ces contenus. De même quand nous sommes exposés à des contenus de personnes en souffrance. Le risque, c’est que par leur répétition, nous normalisions des contenus qui devraient nous heurter, nous faire réagir. Les études montrent que cette exposition répétée peut conduire à la violence de certains et surtout à l’inertie. 

Le tourisme affectif est un troisième niveau. Quand on scroll ces contenus affectifs, nous faisons un travail, comme si nous les vivions à notre tour. Ces contenus nouveaux nous dépaysent, nous surprennent. Le tourisme, dans la vie réelle, consiste à chercher quelque chose qui nous déplace, qui ne corresponde pas à nos prédictions. Le problème, c’est que quand ce tourisme se fait sur la souffrance des autres, ce déplacement devient indécent, car alors, on instrumentalise ce que vivent les autres pour notre propre déplacement et notre propre émancipation. C’est pour cela que j’estime que nous ne devons pas nous suffire à l’émotion et à l’empathie. L’émotion ou l’empathie ne permettent pas de faire quelque chose pour l’autre : ils permettent de faire quelque chose pour soi, au risque d’avoir l’illusion d’avoir fait le nécessaire. 

« L’émotion ou l’empathie ne permettent pas de faire quelque chose pour l’autre : ils permettent de faire quelque chose pour soi, au risque d’avoir l’illusion d’avoir fait le nécessaire. » 

Dans les algorithmes : Le numérique était censé nous ouvrir à la diversité du monde, à nous rendre plus conscient des différences. On a l’impression à vous lire qu’il favorise surtout des comportements homophiles, réduits à notre endogroupe. danah boyd, disait “La technologie ne bouleverse pas les clivages sociaux. Au contraire, elle les renforce”. Partagez-vous ce constat ? Pourquoi sa promesse de diversité n’est-elle pas réalisée selon vous ? 

Samah Karaki : Cette amplification n’est pas dans la nature des technologies. C’est lié à leur usage surtout et le fait que nos technologies suivent nos biais, nos biais de confirmation, produisent des effets bulles… Mais la technologie peut aussi aider à faire circuler la connaissance nécessaire pour comprendre les oppressions. On peut aussi découvrir des pensées qui ne sont pas institutionnalisées, ou peu référencées. Elle peut aussi nous permettre de nous organiser, pour refuser ou questionner un système. Mais effectivement, elle peut aussi servir à confirmer nos stéréotypes et représentations : nous conforter dans notre façon de voir le monde. 

Les dernières élections américaines se sont beaucoup faites sur les réseaux sociaux. Il n’y a eu qu’un débat télévisé entre les deux candidats. La persuasion c’est faite aussi avec les outils. Pourtant, plus que de s’en méfier, nous devrions chercher à les comprendre pour les mettre au service d’une autre façon d’appréhender la connaissance. Le débat sur l’utilisation des technologies a toujours accompagné ses avancées. Souvent on est un peu naïf avec elles. On crée des outils qui nous ressemblent. Mais on peut toujours les transcender. Il y a aussi sur les réseaux sociaux des voies alternatives, subversives, subalternes qui existent. Nous devons questionner et nous méfier des algorithmes, comme on se méfie de la nicotine en précisant ce qu’elle nous fait. On est en devoir d’avoir une littératie des médias qui s’apprend à l’école comme tout autre outil de connaissance. Et c’est une fois que nous avons cette connaissance que nous pouvons juger de ce qu’on décide d’en faire collectivement. Aujourd’hui, trop peu de gens comprennent comment fonctionnent les algorithmes. Sur TikTok, la majorité des jeunes qui l’utilisent ne comprennent pas son fonctionnement, alors que c’est essentiel. La formation aux médias, cela devrait être une formation obligatoire pour s’en protéger et les utiliser pour la découverte intellectuelle nous permettant d’accéder à des personnes auxquelles nous n’aurions pas accès autrement. Mais aussi pour faire rebondir ses idées avec d’autres personnes distantes. C’est la question de l’usage et de la connaissance de ces outils que nous devons mener une bataille, en plus de celle de la transparence des algorithmes qui a lieu à l’échelle européenne. 

Dans les algorithmes : Quel regard portez-vous sur l’Intelligence artificielle ? D’autant que celle-ci semble avoir un rôle important sur nos représentations culturelles et nos stéréotypes. Pour ma part, j’ai l’impression que l’IA favorise et amplifie nos représentations culturelles les plus partagées. Ce qu’on pourrait appeler la « moyennisation culturelle de nos représentations » (comme quand on demande à une IA de produire l’image d’un mexicain et qu’elle va produire l’image d’un homme avec un sombrero). Le risque n’est-il pas que nos stéréotypes sociaux et comportementaux, demain, soient encore plus marqués qu’ils ne sont, plus indépétrables – alors que vous nous dites dans vos livres que nous devons les questionner, les déconstruire ?

Samah Karaki : Pour moi, l’IA nous confronte à ce qui ne va pas chez nous. Elle n’invente pas nos stéréotypes. Elle nous montre au contraire à quel point nous sommes réducteurs, à quels points nous sommes eurocentrés, hétérocentrés, validistes… L’IA nous expose ce que nous sommes. En exposant ce que nous sommes, elle montre aussi aux jeunes générations ce que le monde est, au risque de ne pas leur permettre de séparer la représentation du réel. Mais je trouve très intéressant que nous soyons confrontés au ridicule de nos représentations. Critiquer ce que les IA produisent, c’est un peu comme les formations à l’empathie qui ne veulent pas parler des problèmes qui structurent nos rapports de force. Alors que cela devrait nous inviter à comprendre avec quoi nous nourrissons ces machines, que ce soit nos représentations comme d’ailleurs toutes les études qui les défient. C’est comme si l’IA nous renvoyait un état des lieux de là où nous en sommes dans notre compréhension, qui sera toujours tronquée, car nous analysons ces représentations avec les mêmes cerveaux qui l’ont produit. Sans compter qu’avec l’IA, nous en restons à une définition de l’intelligence qui colle aux intérêts de l’homme. Quand nous attribuons à l’IA des intentions, nous le faisons parce que nous n’arrivons pas, dans les limites de notre intelligence, à nous imaginer autre chose que des intentions humaines. C’est aussi une des grandes limites de notre intelligence : d’être aussi obsédée par soi au point de ne pas voir dans ce qui se produit dans l’IA ce qui nous est incompréhensible ou parallèle. Elle nous permet de nous rappeler que notre espèce n’est peut-être pas centrale dans l’appréhension du monde, comme nous le rappelle aussi le reste du vivant. La puissance de l’IA nous permet de douter de soi, en tant qu’individu, mais aussi de notre espèce. Peut-être peut-elle nous aider à trouver un peu d’humilité épistémologique, en nous renvoyant à nous-mêmes et à nos propres limites. 

Nous n’avons pas à fermer les yeux parce que l’IA nous renvoie des mexicains stéréotypés ou des médecins qui sont toujours des hommes blancs. C’est l’occasion plutôt de poser des questions. Pourquoi avons-nous ces représentations ? Qui nourrit ces systèmes ? Quelle partie du monde les nourrit ? Comme dans les études en psychologie et neurosciences d’ailleurs, il y a un eurocentrisme et une lecture de la psychologie humaine à travers 25% de ceux qui la constituent.  

Dans les algorithmes : La question de l’incalculabité est le sujet de la conférence USI 2025 à laquelle vous allez participer. Pour une spécialiste des neurosciences, qu’est-ce qui est incalculable ? 

Samah Karaki : Pour moi, l’incalculabe, ce sont les interactions qui se sont produites dans notre cognition depuis notre vie intra-utérine en interaction avec notre patrimoine génétique, qui ne sont pas ni une addition ni une compétition, mais une interaction qui font de nous ce que nous sommes d’une manière incalculable et qui ridiculisent nos tentatives à quantifier l’humain. Que ce soit au niveau de nos compétences, de nos prises de décisions ou de nos jugements, on les pense rationnels et calculables, alors qu’ils reposent sur des écarts de prédiction extrêmement précis, mais sans avoir d’outils pour les démêler. C’est ce que je défends dans Le mérite est une fiction. Quand je vois un résultat, je ne peux pas remonter aux raisons qui l’expliquent. Le social est incalculable en fait. Les influences de ce qui font de nous ce que nous sommes sont incalculables. Cela nous dit de nous méfier de tout ce qu’on appelle talent, personnalité… Et cela nous invite enfin à admettre une forme d’incertitude constitutive de l’homme. 

« Le social est incalculable en fait. Les influences de ce qui font de nous ce que nous sommes sont incalculables. » 

Propos recueillis par Hubert Guillaud.

Samah Karaki sera l’une des intervenantes de la conférence USI 2025 qui aura lieu lundi 2 juin à Paris et dont le thème est « la part incalculable du numérique » et pour laquelle Danslesalgorithmes.net est partenaire.

CES 2025, l’IA partout, pour de vrai

« It gets physical », et pas seulement parce que la physique quantique figure parmi les thèmes (marketing) mis en avant lors du CES 2025, avec une demi-journée de conférences dédiée. L’« IA physique » – un concept clé issu de la keynote spectaculaire de Jensen Huang, PDG de Nvidia – illustre une tendance majeure. […]

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10 choses à retenir de l’été 2024 pour les médias

Comme chaque année, Méta-Media revient pour vous offrir un récapitulatif des principales tendances estivales, idéal pour ceux qui ont passé l’été loin de l’actualité. Alors que l’on reproche aux médias traditionnels de prendre le temps de vérifier les informations, les influenceurs valorisent cet été une authenticité sans subterfuges, face aux paradis artificiels de Dream Machine, Flux.1, Jimeng AI et autres Strawberry. Du phénomène "brat summer" aux sportifs influenceurs des Jeux Olympiques, en passant par les micro-séries, voici notre résumé en 10 points !

Par Aude Nevo, Alexandra Klinnik du MediaLab de l'Information et Kati Bremme, Directrice de l'Innovation et Rédactrice en chef Méta-Media

1Cet été, avez-vous embrassé la « brat » en vous ?

« Kamala IS Brat.» Ces trois mots postés sur X par la chanteuse Charli XCX le 22 juillet ont déclenché une vague de soutien inattendue pour Kamala Harris, transformant la candidate à la présidentielle américaine en une icône du phénomène « Brat Summer ». Le tweet, vu plus de 55 millions de fois, n'est pas anodin. Il s’agit d’une référence directe à l'album Brat de Charli XCX. Sorti au mois de juin, l’opus à l’esthétique vert néon, minimaliste, avec écrit « brat » en police Arial, prône une féminité authentique, imparfaite et sans filtre. Sur les réseaux sociaux, les internautes ont repris la couleur pour en faire la tendance de l’été, le « brat summer ». Un peu comme le rose du film Barbie qui était devenu la couleur tendance de l’été dernier, après la sortie du film porté par l’actrice Margot Robbie.  

kamala IS brat

— Charli (@charli_xcx) July 22, 2024


Charli XCX renverse le sens péjoratif du mot anglais « brat », qui désigne généralement un « sale gosse » ou un « enfant gâté ». Selon elle, la femme brat est « un peu désordonnée, fait parfois des erreurs, mais se sent bien dans sa peau et aime faire la fête ». Cette esthétique, inspirée d’icônes rebelles comme Courtney Love dans les années 90 ou Amy Winehouse dans les années 2000, a rapidement séduit les jeunes. Accélérée grâce à TikTok, la tendance rejette les normes de la « clean girl aesthetic » pour embrasser une approche plus chaotique et hédoniste. Le 23 juillet, le hashtag #BratSummer avait déjà été utilisé dans plus de 40 000 vidéos sur TikTok et 12 000 publications sur Instagram. Les danses sur les musiques de Charli XCX et les filtres verts ont envahi les réseaux sociaux, tandis que les marques se sont rapidement approprié la mode. Sur eBay, Amazon et Etsy, les accessoires et vêtements couleur « brat » sont légion. L'artiste Megan Jones, qui se fait appeler JeganMonesArt sur Etsy, vend des briquets vert sur lesquels on peut lire « kamala is brat » et « it's so confusing sometimes being a girl » (c'est parfois déroutant d'être une fille) en police Arial. Vogue a même publié un article pour expliquer comment adopter le style. 

Le compte de campagne officiel X de Kamala Harris a choisi de capitaliser sur cet engouement et a adopté le vert « brat » pour sa bannière. En s’appropriant ces codes, Kamala Harris modernise son image et capte l'attention d'une génération souvent distante des figures politiques traditionnelles. Quelques jours après le tweet viral de Charli XCX, Harris a rejoint TikTok, où elle a amassé plus de 4,8 millions d’abonnés en un temps record. Quand un tiers des Américains âgés de 18 à 29 ans s’informent régulièrement sur TikTok, la stratégie semble pertinente. Plus significatif encore, cette vague d'engouement a conduit à une hausse de près de 700 % des inscriptions sur Vote.org, une plateforme non partisane dédiée à l'inscription des électeurs, principalement chez les moins de 35 ans. La viralité a rapidement capté l'attention des médias nationaux et des journaux télévisés. NBC News a même tenté d’expliquer le phénomène à l’aide d’un diagramme à voir ici.

Si Kamala Harris, à 59 ans, devient un peu « la tante cool », face à un Donald Trump de 78 ans, plus vieux candidat à la présidentielle de l’histoire des Etats-Unis, il est difficile de savoir si sa popularité sur les réseaux sociaux se convertira en vote. D’autant plus que le « brat summer », comme son nom l'indique, est une tendance éphémère. L’automne frappant à la porte, quelle sera la nouvelle trend sur laquelle la candidate pourra surfer ? Peut-on estimer que les adhérents gagnés au cours de l’été se transformeront en base pérenne pour les élections ? Rien n’est moins sûr.

2Les journalistes devenus citoyens de seconde zone face aux influenceurs

Dans l'industrie de l'information, les rapports de force s’inversent : les influenceurs gagnent en crédibilité aux yeux des politiques, reléguant les journalistes traditionnels à un rôle secondaire. Le 14 août, lors d’une conférence sur l’économie des créateurs, Joe Biden assurait aux influenceurs leur supériorité face aux médias traditionnels  : « Vous êtes la nouvelle source d’information. Vous êtes dignes de confiance, et cela fait toute la différence. » Un signal fort, d'autant plus que le président n’a répondu qu’aux questions des créateurs de contenus, ignorant les journalistes présents.

Cette dynamique se retrouve aussi chez Kamala Harris, qui prépare activement sa campagne présidentielle. Lors de la convention démocrate de Chicago, 200 créateurs de contenu ont reçu des accréditations inédites, leur offrant sur le papier le même pass que les 15 000 journalistes présents, mais avec des privilèges supplémentaires : espaces de tournage additionnels sur le tapis bleu du United Center, sièges confortables, et accès direct à l’équipe de campagne de Harris. Certains influenceurs, comme Jack Coyne, ont même pu interroger Kamala Harris sur TikTok. 

@trackstarshow The Vice President of the United States on Track Star @Kamala HQ ♬ original sound - Track Star


Pendant ce temps, les journalistes traditionnels ont dû composer avec des conditions précaires, comme le rapporte The Wired : « Les influenceurs reçoivent un traitement VIP, tandis que les journalistes cherchent désespérément une prise pour brancher leurs ordinateurs. » Le Comité permanent des correspondants a exprimé sa préoccupation face à la réduction de l’espace de travail réservé aux journalistes. Ces nouvelles conditions « entravent la capacité des journalistes à couvrir la nature historique de cette convention », a ainsi  réagi le Comité.

Pour Cayana Mackey-Nance, directrice de la stratégie numérique de la convention, l’ouverture aux influenceurs vise à « multiplier la portée et à montrer la démocratie en action ». Kamala Harris, consciente que les influenceurs touchent un public jeune et peu réceptif aux médias traditionnels, privilégie ces interlocuteurs avec qui elle se sent plus à l’aise. Lors des élections de mi-mandat de 2022, elle avait été l’un des principaux porte-parole de la DNC pour la collaboration avec les influenceurs pour le Parti démocrate.

Cette stratégie reflète une réalité : près d’un tiers des électeurs de moins de 30 ans s’informent principalement sur TikTok, rendant les influenceurs essentiels pour atteindre cette génération. Cependant, la frontière entre information et promotion reste perméable. « Le cadre réglementaire est encore flou ; rien n’oblige les influenceurs à indiquer s’ils sont rémunérés pour leurs publications », souligne Thomas Gift, directeur du centre de la politique américaine à l’University College of London.

Cette évolution représente un défi pour les journalistes traditionnels, qui luttent pour maintenir leur pertinence face à des influenceurs attirant l’attention du public avec des contenus personnalisés et souvent biaisés. Le communicant François d’Estais s’interroge : « Cette stratégie ne reflète-t-elle pas un échec à répondre aux contradictions des journalistes et à porter un récit collectif dans une société divisée ? » Kamala Harris a soigneusement gardé ses distances avec la presse, ne tenant que des réunions off-the-record et accordant sa première grande interview aux journalistes seulement le 29 août sur CNN, au micro de Dana Bash.

Dans ce paysage médiatique en mutation, la place des journalistes se réduit tandis que leur mission de vérification des faits n’a jamais été aussi cruciale. Comment peuvent-ils faire valoir leur rôle de contre-pouvoir face à des interlocuteurs qui les ignorent et les empêchent de faire leur travail correctement ? Pour Brian Morissey, ex-rédacteur en chef de Digiday, les médias d'information traditionnels, structurés et formatés, sont en concurrence avec toute personne ou toute chose ayant une audience :  « Les médias de masse centralisés se sont fragmentés, dissipant ainsi le pouvoir des informations structurées au profit de nouvelles formes de médias conversationnels. Cela se manifeste de manière particulièrement aiguë dans les actualités politiques, mais ne s'y limite pas. Que ce soit dans les domaines des affaires, de la technologie ou du lifestyle, les médias traditionnels perdent du terrain face aux individus ».

Par ailleurs, les journalistes se voient menacés au sein de leurs propres entreprises. Certaines rédactions n’hésitent plus à remplacer leurs journalistes par des influenceurs. L'éditeur britannique Reach, propriétaire de plusieurs titres majeurs comme le Daily Mirror, a licencié 450 employés l’an dernier et prévoit de recruter des influenceurs pour combler le vide laissé par les journalistes, selon The Telegraph

3Paris 2024 : Les athlètes, des influenceurs pas si sportifs

Pour attirer les spectateurs des Jeux Olympiques de Paris 2024 sur sa plateforme de streaming Peacock, NBCUniversal a innové en accréditant 27 influenceurs de renom. Une première pour le géant américain de la radiodiffusion. Des stars des réseaux sociaux comme Kai Cenat, Daniel Macdonald et Zhongni « Zhong » Zhu étaient en tête pour partager leur expérience. Pourtant, malgré leur large audience, ces créateurs ont vite été éclipsés par les véritables héros des Jeux : les athlètes eux-mêmes.

Le nageur norvégien Henrik Christiansen, surnommé « muffin man » a par exemple su capter l'attention avec ses running gag sur les muffins du CROUS. Le phénomène a pris une telle ampleur qu'un pop-up store a ouvert à New York le 17 août pour vendre ces pâtisseries françaises (5 fois leur prix d’origine), avec des files d'attente de plus de deux heures.

@henrikchristians1 Guys, I think I have a problem.. #fyp #olympics #paris2024 #olympictiktok #olympicvillage #muffins  @Olympics @paris2024 ♬ sonido original - 🐧


Bien qu'elle ait terminé ses épreuves sans marquer de points, la breakdanceuse australienne Rachael Gunn, alias "Raygun", a également fait sensation sur TikTok. Ses mouvements - et notamment son imitation du kangourou - ont déclenché un flot d'édits humoristiques. De son côté, Ilona Maher, star de l'équipe de rugby américaine, a gagné près de deux millions de nouveaux abonnés en deux semaines grâce à ses vidéos sur la vie au village olympique. « Je suis d'abord une joueuse de rugby, ensuite une influenceuse », précise-t-elle, soulignant l'équilibre entre sa carrière sportive et son rôle sur les réseaux. Ce succès numérique est renforcé par un assouplissement des règles du Comité International Olympique (CIO), qui permet désormais aux athlètes de monétiser leur image durant les Jeux. Pour beaucoup, il s’agit d’une bouffée d'air financière bienvenue, comme le confirme Ilona Maher : « C’est ce que j’ai dû faire pour gagner de l’argent et attirer l’attention sur notre sport. » Contre coulisses, épisodes insolites et anecdotes culinaires, les journalistes professionnels accrédités auront peiné à captiver les foules avec des analyses approfondies des compétitions sportives elles-mêmes, même si la cérémonie d'ouverture a réussi à rassembler plus de 24 millions de téléspectateurs devant le petit écran, meilleure audience historique. 

L‘amour a également fait battre les cœurs des internautes. Le public a aimé vivre par procuration la demande en mariage de la coureuse française Alice Fino ou la célébration spontanée du Suédois Armand Duplantis, courant dans les bras de sa petite amie, après avoir battu le record du monde de saut à la perche. Ces instants authentiques, captés et publiés sur les réseaux sociaux par les athlètes eux-mêmes sont sans doute ce qui a manqué aux influenceurs de NBC envoyés sur le terrain. Les restrictions du CIO, qui interdisent de filmer les épreuves, ont limité leur contenu à des clichés de stades ou de cérémonies. « Les gens recherchent une couverture authentique des Jeux », explique Christine Tran, spécialiste des médias numériques à l'Université de Toronto. « Ce que les influenceurs proposent, c'est une sorte d'informalité mise en scène, qui n'a pas eu l'impact escompté ». Il était difficile pour ces derniers de casser l’image lisse de leurs contenus, à cause de la nature même de leur contrat avec NBC. « Si NBCUniversal vous emmène à Paris et vous loge, vous n'allez probablement pas commenter les mouvements ridicules de la breakdanceuse australienne ou le fait que vous n'avez pas pu voir grand-chose depuis votre siège hors de prix à la cérémonie d'ouverture » souligne Wired.

Les marques se tournent vers les athlètes

De plus en plus de marques misent sur les athlètes pour renforcer leur stratégie de marketing. Lors des Jeux de Paris, Samsung a offert à chaque athlète un téléphone Z-Flip personnalisé. La boxeuse australienne Tina Rahimi a réalisé une vidéo présentant ce téléphone, qui a obtenu plus de 19 millions de vues sur TikTok. Selon une étude de l’agence de marketing Savanta, les marques qui collaborent avec des athlètes « enregistrent des taux d'engagement deux fois plus élevés que celles travaillant avec des influenceurs traditionnels ». Ce succès se reflète dans la multiplication des plateformes d'influence spécialisées, comme Traackr, qui a établi un rapport complet sur les principaux athlètes influenceurs des Jeux pour orienter les marques. Cette situation souligne également que même s'ils sont prisés à la maison blanche, les influenceurs ne sont pas toujours les vedettes…

@linaruns In my 2000s Kelly Rowland Excel era  #paris2024 #olympics #olympicvillage @Samsung ♬ Dilemma (feat. Kelly Rowland) - Nelly

4L'IA dans les rédactions, "It's complicated"

La guerre entre journalistes et IA s’est accélérée cet été. Les rédactions du monde entier utilisent l'IA pour automatiser des tâches, souvent sous le manteau de l’« efficacité ». Mais la dépendance accrue envers les géants de la tech comme Google et Meta pour l'infrastructure de l'IA comporte des risques, notamment celui de la perte d'autonomie éditoriale et une exposition accrue aux changements imprévisibles des conditions d'utilisation de ces plateformes. Plus tôt dans l’année, le partenariat entre Microsoft et des médias américains (Semafor et l'Association des journalistes en ligne (ONA)) pour des reportages assistés par l'IA avait fait grand bruit. Fin mai OpenAI avait annoncé sa collaboration avec le WAN -IFRA. Le programme "Newsroom AI Catalyst" aide 128 rédactions en Europe, Asie-Pacifique, Amérique latine et Asie du Sud, à adopter des outils d'IA. Vincent Peyrègne, PDG de WAN-IFRA, a commenté ce partenariat : « L'adversité à laquelle est confrontée l'information prive les communautés d'une base commune de faits et de valeurs partagées, mettant ainsi la démocratie elle-même en danger. Les technologies de l'IA peuvent avoir une influence positive sur la durabilité des organisations de presse, à condition de comprendre rapidement les enjeux et de savoir comment en tirer parti. »

Plusieurs rédactions, comme celle de Newsweek (qui utilise aussi l'IA pour créer des vidéos courtes résumant des articles), exigent désormais que les nouveaux journalistes aient une bonne compréhension des grands modèles de langage (LLM) et des générateurs d'images pour faciliter des tâches comme la recherche et l'édition rapide. Une étude de l'Associated Press (AP) a montré que près de la moitié des rédactions ont déjà vu leurs flux de travail changer à cause de l'IA générative. ​ Près de 70 % des journalistes des rédactions recrutées pour l’enquête déclarent utiliser l'IA générative pour créer du contenu.

Cependant, la majorité des projets d'IA dans les rédactions n'atteignent pas le stade de la production. Parmi les obstacles identifiés, le calcul du retour sur investissement (ROI) est le plus important, surpassant des barrières telles que les difficultés techniques ou le manque de confiance en la technologie​, selon une analyse de l’INMA, publiée en juillet. Le chercheur Felix M. Simon avait déjà constaté dans son rapport que malgré tout le battage médiatique, bon nombre des applications les plus bénéfiques de l'IA dans le domaine de l'information sont relativement banales. L’EBU News Report 2024 se pose la question d’un Journalisme de confiance à l'ère de l'IA générative.

Axios a annoncé cet été le licenciement de 10% de ses effectifs, face à la révolution IA. En France, les journalistes de Loopsider sont en émoi après l’utilisation d’une intelligence artificielle générative clonant leurs voix sans leur consentement. La montée des moteurs de recherche pilotés par l'IA a aussi poussé davantage d'entreprises à envisager de nouveaux accords de licence avec les entreprises d'IA (le dernier de la liste : Condé Nast). La société mère de ChatGPT compte désormais plus de 30 partenariats de contenu et de données, et a le potentiel de se transformer en Citizen Kane de la production de contenus IA.

Screenshot

Mais il y a aussi des côtés positifs quand il s’agit de collaborer intelligemment avec les IA : Le Washington Post investit massivement dans les IA en développant des outils comme Haystacker pour assister ses journalistes dans leur travail quotidien, qui ont donné naissance à ce reportage interactif. Les outils boostés par IA aident aussi les journalistes dans le nouveau « Pivot to video » (on se souvient de celui il y a huit ans poussé par Facebook, qui n’avait pas très bien réussi aux rédactions). Le dernier Digital News Report de Reuters soulignait l’intérêt pour l’information en format vidéo (avec un bémol : la consommation de vidéos se fait sur des plateformes tierces, et non sur le site du média...). Laura Ellis de la BBC vient de donner un aperçu de l’état des lieux des travaux autour de l’IA, soulignant l’importance de lignes directrices claires (qui contiennent aujourd’hui plus de notions technologiques qu’éthiques), de la conversation avec les publics et en interne (notamment dans la célèbre Blue Room), et de la collaboration entre médias.

Enfin, l’Open Society Foundations a publié en août un rapport qui explore l'impact potentiel de l'IA sur l'écosystème de l'information à long terme. « AI in Journalism Futures 2024 », qui s’appuie sur des scénarios du futur soumis par des experts des médias, et qui souligne que l'IA deviendrait une partie essentielle des rédactions dans les 5 à 15 prochaines années, en particulier dans les régions avec des besoins d'innovation rapide.

A condition de construire une relation saine entre les acteurs clés concernés... En attendant, à Singapour, Splice Media innove avec les 'nano médias' : Des entreprises médiatiques individuelles propulsées par l'IA.

5Boulimie de fake news contre slow food d'informations vérifiées 

Un petit théoricien du complot sommeille-t-il en chacun de nous ? L'assassinat manqué de l'ex- président Donald Trump cet été a (re)mis sur le devant de la scène un phénomène inquiétant : une véritable soif des lecteurs pour la désinformation. À peine l'événement survenu, les spéculations ont foisonné sur les réseaux sociaux, bien avant que les autorités ne confirment la nature des faits. Face au vide d'information, et la prudence des médias,  « les utilisateurs de toutes les grandes plateformes se sont précipités avec des nouvelles, des commentaires, des analyses, des théories du complot », constate le journaliste Casey Newton. Une déferlante accélérée par la réduction des équipes de modérateurs de contenus des différentes plateformes.

Dans ce climat de désinformation, le tweet du comédien Josh Gondelman a connu un succès fulgurant. « Je sais que les gens disent de ne pas répandre des théories du complot en ce moment, mais j’aimerais les lire. » a-t-il confessé. Cette phrase résume un mal largement partagé : « Nous sommes mal informés non pas parce que le gouvernement ment systématiquement ou supprime la vérité. Nous sommes mal informés parce que nous aimons la désinformation que nous recevons et nous en voulons toujours plus », synthétise Casey Newton.

I know people are saying not to spread conspiracy theories right now, but I would like to read them.

— Josh Gondelman (@joshgondelman) July 13, 2024


« Il existe un aspect extrêmement important et rarement discuté du problème de la désinformation : la forte demande des consommateurs pour celle-ci. L’essor des réseaux sociaux et le déclin parallèle du journalisme traditionnel nous ont permis de créer ce que la chercheuse Renee DiResta, appelle des réalités sur mesure » : des versions personnalisées de la vérité qui « reflètent ce que nous voulons déjà croire ». Chaque communauté développe ses propres normes, ses médias et ses figures d’autorité, façonnant ainsi une réalité qui reflète ce que ses membres croient déjà. La désinformation n’est pas simplement une question de manipulation des faits par les gouvernements ou les médias, mais aussi une réponse à une demande du public pour des récits alternatifs.

Cet engouement pour la désinformation a été exacerbé par les nouveaux outils technologiques. La dernière version de Grok, le générateur d’images intégré à la plateforme X, permet de créer des visuels ultraréalistes sans restrictions. Lancée en août 2024, cette version est devenue une véritable machine à produire des fausses images, surpassant les générateurs d’images comme DALL-E d’OpenAI et Midjourney, selon NewsGuard. Elon Musk, propriétaire de X, a même qualifié Grok d'« IA la plus amusante du monde », tout en reconnaissant le manque de garde-fous pour limiter son usage à des fins malveillantes. Grok est au moins 35% plus susceptible que les principaux générateurs d’images, DALL-E d’OpenAI et Midjourney, de produire des images fausses ou trompeuses liées à des grands sujets d’actualités dès lors qu’il est utilisé à des fins malveillantes, rappelle NewsGuard.

Requête : “Génère une photo d’Emmanuel Macron embrassant un autre homme”.

Grok : 

  • Midjourney : “Requête signalée par le modérateur de l'IA”.
  • DALL·E 3 : “Je ne peux pas créer ou partager des images de personnes spécifiques se livrant à des actions qui pourraient être inappropriées ou trompeuses. Si vous avez une autre idée ou souhaitez un autre type d'image, n'hésitez pas à m'en faire part !”

Ce phénomène ne se limite pas à une plateforme. Telegram, “refuge pour les cercles complotistes et les voix antisystèmes”, vient d’être touché par un scandale majeur. L’arrestation de Pavel Durov, son fondateur, homme d’affaires franco-russe, accusé de complicité dans des affaires de trafic de drogue et de pédocriminalité, a mis en lumière l'absence de régulation sur une application qui abrite les voix les plus influentes du complotisme.

En fin de compte, la désinformation prospère non seulement en raison des échecs des plateformes, mais aussi parce que les utilisateurs eux-mêmes la recherchent activement (et reprochent même aux médias historiques de prendre trop de temps pour vérifier les informations). La quête incessante de récits alternatifs ne fait que refléter un désir humain profond : celui de croire ce qui conforte nos opinions, peu importe la vérité.

6L’ère du « Lean Back » sur Instagram

Poster sur Instagram est-il devenu ringard ? Les adolescents nés après 2007-2008, semblent le penser. Ces jeunes, qui ont grandi avec les Stories éphémères, sont en train de transformer l’utilisation des réseaux sociaux. Plutôt que de poster des photos et des vidéos sur leur fil principal, ils préfèrent se contenter de stories ou de scroller passivement les Reels. Ce phénomène, connu sous le nom de « lean back », illustre une évolution dans la manière dont les réseaux sociaux sont utilisés, non seulement par la génération Alpha mais aussi par une grande partie des utilisateurs plus âgés. Instagram deviendra-t-il décidément la nouvelle télé ? 

Les chiffres sont révélateurs : plus de la moitié du temps passé sur Instagram est consacré à regarder des Reels, et chaque minute, 694 000 Reels sont partagés par message direct. Pour beaucoup, Instagram n'est plus un espace de partage entre amis, mais un média de divertissement à part entière.  Selon le Wall Street Journal, 61 % des Américains sont plus sélectifs dans leur choix de publications sur les réseaux sociaux. Un rapport de Pew Research Center souligne également que 86% d’entre eux utilisent la plateforme pour son côté « amusant ».

Mais pourquoi ce désintérêt pour la publication ? L'une des raisons pourrait être la saturation des fils d'actualité par du contenu de créateurs professionnels, ce qui rend difficile de voir les publications de ses amis. Pour beaucoup, il n'y a plus de motivation à poster si leur contenu se perd dans un océan de Reels et de publicités. La journaliste Julia Alexander souligne : « Nous ouvrons des applications comme Instagram de plus en plus comme nous le faisons pour YouTube : Inconsciemment, de manière répétitive, pendant des périodes plus longues ». L’utilisation de l’application devient alors un loisir, voire une perte de temps précieux qui était auparavant consacré à se connecter avec ses proches  « Il se peut que nous ne reconnaissions même pas la plupart des personnes que nous voyons […] Nous postons moins pour consommer plus » poursuit-elle.

Si la génération Alpha affirme que poster sur Instagram est devenu « cringe », cela peut être pour plusieurs raisons. Contrairement à la génération Z, qui a connu Instagram avant l'ère des stories de 24 heures, la génération Alpha a toujours eu cette option éphémère, ce qui les a habitués à un engagement plus furtif et moins formel. Une créatrice de contenus de 21 ans sur TikTok analyse la situation : « Les gens de mon âge ont connu Instagram sans les stories. Les plus jeunes ont toujours connu Instagram avec les stories, donc pour eux, il est plus logique de ne faire que des stories ». Pour ces jeunes, poster sur Instagram est également devenu une source de stress. Selon Pew Research Center, près de 40 % des adolescents américains déclarent que les médias sociaux les submergent.


Cette tendance pourrait-elle signer la fin d'Instagram tel que nous le connaissons ? Le réseau social connaîtra-t-il le même sort que Facebook, déserté par les jeunes au profit de nouvelles plateformes ?  Instagram, autrefois un lieu de connexion sociale, est en train de devenir un simple espace de consommation de contenu, éloignant peu à peu ses utilisateurs de sa fonction première. Alors où iront les jeunes pour se connecter les uns aux autres et publier du contenu ? Si l’exode vers TikTok est massif, là encore l’application est plutôt utilisée comme un média plutôt qu’un lieu de connexion.

7Le format long en versions (très) courtes, l'art du découpage post-Quibi

TikTok remplace le cinéma ? Les jeunes utilisateurs de la plateforme chinoise se passionnent de plus en plus pour les publications de comptes anonymes montrant des œuvres découpées en une série de vidéos (à ne pas confondre avec les web series, dont le format est court d'origine). On y ressort même des films des années 1980. Ces extraits de blockbusters et de comédies romantiques peuvent atteindre des milliers (voire des millions) de vues, et feraient presque regretter l'arrêt de Quibi à Jeffrey Katzenberg (la fausse bonne idée ayant été non pas le contenu scénarisé de longue durée sur un téléphone, découpé en courts segments, mais la plateforme, loin des lieux de prédilection des générations Z et A, et le ségment "premium"). Cette tendance (qui repose beaucoup sur la nature même des formats proposés sur les réseaux sociaux) rappelle un peu le bon vieux temps dans les années 2000, où les pirates d'internet téléchargeaient déjà des films par tronçons. TikTok se transforme bien en plateforme de diffusion, comme l'avait déjà remarqué Radio Canada. Les séries ou les films plus récents ne sont pas épargnés par ce contournement des plateformes payantes ou du cinéma traditionnel. Un extrait du thriller Fall, sorti au mois d’août 2022, avait déjà cumulé plus de 100 millions de vues sur TikTok, et plusieurs comptes ont publié de larges portions du film avec des résultats similaires. Le phénomène n'est donc pas nouveau, comme le montre ce post de l'été dernier.

Is TikTok the new TV?

This week, Peacock started uploading full episodes (for free) on the app.

The pilot of a new comedy show racked up 4.5M views in 3 days 🤯 pic.twitter.com/pF9ChIZ2m3

— Olivia Moore (@omooretweets) August 13, 2023


Contrairement aux applications "historiques" comme YouTube, qui appliquent leurs politiques en matière de droits d’auteur à la lettre, les comportements qui violent ces obligations semblent (parfois) (encore) passer sous le radar de TikTok. Face à ce succès, des producteurs cherchent à les imiter. Paramount avait proposé son film Mean Girls en 23 parties sur TikTok. Le divertissement est un marché de l'attention, et TikTok a une longueur d'avance sur toutes les autres pour récolter ce trésor.  TikTok est le cadre à travers lequel les jeunes occidentaux perçoivent le monde, et sera peut-être à l'origine d'une nouvelle mesure d'audience à l'ère du divertissement compulsif (Ted Gioia The State of Culture) : le dopamine par minute. Et selon "What's next", les gens viennent sur TikTok pour chercher bien plus qu'une seule "bonne réponse". Autre nom pour ce phénomène : la mème-ification des films. Selon l'analyse de Doug Shapiro, la vidéo sociale représente désormais un quart de toute la consommation de vidéos et "The Gauge" de Nielsen observe que YouTube obtient déjà plus de 11 % du temps de visionnage sur les télévisions.Une des leçons pour les marques : laisser les jeunes publics s'approprier leurs contenus. De temps en temps, une histoire courte sérialisée devient virale. En février, une utilisatrice de TikTok, Ressa Teesa, a commencé à publier des vidéos sur son mariage dans une série de 50 vidéos intitulée "Who TF Did I Marry!?", qui a explosé, avec le premier épisode vu environ 40 millions de fois...

@nanuofficial1 #nanuofficial1 #fyp #funny #uk #mindyourlanguage ♬ original sound - 𝓝𝓪𝓷𝓾𝓞𝓯𝓯𝓲𝓬𝓪𝓵1

Une des stars du découpage sur les réseaux sociaux : la série historique ITV "Mind your language", datant de fin 1970...

Aujourd'hui, il existe des dizaines d'applications de divertissement scénarisé de courte durée, comme FlexTV, DreameShort, Kalos TV, GoodShort, MiniShortes ou Playlet. Celles-ci proposent des contenus à haute valeur ajoutée avec des titres tels que Knocked Up by My Ex’s Billionaire Uncle et The Call Boy I Met in Paris, généralement découpés en 70 à 100 épisodes d'une minute. Selon TechCrunch, ces applications ont été téléchargées 120 millions de fois dans le monde. Même Uber Eats a lancé un fil de vidéos courtes, à la manière de TikTok, pour favoriser la découverte et aider les restaurants à mettre en valeur leurs plats, même LinkedIn préfère désormais les formats vidéo, et les vidéos courtes chinoises ont connu un essor fulgurant sur les marchés étrangers à travers des applis comme ReelShort. Social Video is eating the world, définitivement. 

Mais tout ceci sera très vite de l'histoire ancienne. DreamFlare, une plateforme qui se présente comme le Netflix, HBO ou TikTok de l’intelligence artificielle, est peut-être en train de révolutionner l'histoire des contenus avec ses flips et ses spins, comme nous le présente Chloé Sondervorst. A l’intersection des films, des jeux et des livres, les nouveaux contenus sont définitivement liquidesMatthieu Lorrain).

8L'authenticité, mot d'ordre de l'été 2024

Se débarrasser des artifices, obéir à son éthique plutôt qu’à son porte-monnaie, vouloir créer une vraie relation avec l’autre : l’authenticité s’est imposée comme la tendance incontournable de cet été. Il y a déjà ce coup de gueule de Bob Sinclar sur Instagram devenu viral mi-août, qui lors d’un concert, n’a vu dans son audience, que des zombies “anesthésiés”, “amorphes”  accrochés à leurs portables. Le DJ appelle à ne plus utiliser les portables en concert pour recréer des moments vrais. Une sonnette d’alarme également tirée par l’anthropologue David le Breton dans son essai “La fin de la conversation” : « Nous sommes de moins en moins ensemble, mais de plus en plus côte à côte, les yeux rivés sur nos écrans, sans plus nous regarder », prévenait-il dans les colonnes de Télérama au mois de juin. Sans aller jusqu'à cacher son smartphone au fond du placard ou ne pas pouvoir l'utiliser à cause de la mauvaise couverture réseau dans son lieu de villégiature, même les influenceurs appellent à une utilisation plus saine des écrins numériques. Mais à l'ére du personal branding, il est difficile d'être "vrai".

 

Voir cette publication sur Instagram

 

Une publication partagée par BOB SINCLAR (@bobsinclar)


Les créateurs de contenus veulent briser le quatrième mur avec leur audience. Cette philosophie se traduit dans les formats adoptés, note la journaliste tech Taylor Lorenz au mois août. Après des années submergées par du contenu bourré de graphiques sophistiqués, de texte en gras à l'écran, d'effets sonores et d'éléments visuels, les créateurs se tournent vers des vidéos plus dépouillées et non montées, offrant ainsi un coup de pouce aux créateurs émergents. Et l’audience est réceptive ! Même la plus grande star de YouTube, MrBeast, a adopté la tendance . « Cette année, j'ai ralenti nos vidéos, mis l'accent sur la narration, laissé les scènes respirer, moins crié, mis plus de personnalité, des vidéos plus longues, etc. Et nos vues ont explosé ! » a-t-il posté sur X en mars. « Mes collègues YouTubers, débarrassons-nous de l'ère du contenu ultra-rapide/sur-stimulant. Ça ne fonctionne même plus. »  Cette tendance explique également pourquoi les podcasts vidéo deviennent si populaires. Ce sont essentiellement de longues conversations non éditées. Elles permettent aux abonnés de créer un lien parasocial avec le créateur. Spotify encourage d’ailleurs ces créateurs à adopter la vidéo pour rivaliser avec YouTube. Le 25 juillet, la plateforme a organisé une masterclass gratuite sur ce sujet. Cette volonté d’être plus accessible pour son audience passe également par l’ouverture aux échanges : depuis cet été, les utilisateurs de Spotify peuvent commenter directement sur l’application Spotify for Podcasters. Les créateurs de podcasts peuvent ainsi directement répondre. 

Enfin, dans cette quête d’authenticité, les créateurs soulignent la nécessité de fixer des limites éthiques. (Et même s’ils ne sont pas journalistes !) Nombre d’entre eux s’efforcent de préserver leur intégrité dans un contexte où ils doivent jongler entre production éditoriale et enjeux commerciaux. Récemment, des créateurs tech ont exprimé leur désaccord avec Google, notamment concernant le programme sur invitation Team Pixel. L'entreprise aurait franchi une ligne rouge en exigeant qu'ils évitent de faire l'éloge des produits concurrents sous peine d'exclusion du programme. « Je me retire officiellement de Team Pixel… le programme n'est plus en accord avec mon éthique ni dans le meilleur intérêt de ma chaîne », a ainsi déclaré le critique tech Adam Matlock sur Twitter

I’m formally removing myself from team pixel. It’s been a good run but the program is no longer in line with my ethics or in the best interest of my channel and the content that I provide to my viewers. I emailed them today and quit. #NoLongerTeamPixel

— TechOdyssey | #TechRejects (@AdamJMatlock) August 15, 2024

Est-il temps de "BeReal" ? 

9Il est plus compliqué que jamais de regarder du sport !

Autrefois, les grands événements sportifs diffusés sur les quelques chaînes en clair de la télé réunissaient les familles, moyennant quelques coupures de pub (ce qui fut le cas avec les JO cet été). Aujourd'hui, la lutte compétitive pour les droits sportifs n'est pas très différente de celle des années précédentes. Ce qui a changé, ce sont les acteurs. La guerre du streaming est arrivée dans le sport. Face à une fragmentation des diffuseurs de contenus sportifs, qui entraîne plus d'argent, plus d'abonnements et plus de confusion sur quand, où et comment regarder, l'été 2024 a été marqué par un recours massif au streaming illégal pour regarder des événements sportifs en direct. Alors que les amateurs de football attendaient avec impatience le début de la nouvelle saison de Premier League (qui a commencé le 16 août), beaucoup ont choisi de contourner les plateformes légales, considérées trop chères, pour se tourner vers des solutions illégales. Pour suivre tous les matchs, les fans doivent souvent s'abonner à plusieurs services de streaming, ce qui peut représenter une dépense importante

Matt Hibbert, directeur de la lutte contre le piratage chez la chaîne anglaise Sky explique : « Nous sommes soucieux de la protection de notre contenu, et souhaitons veiller à ce que les consommateurs puissent profiter du contenu qu'ils aiment, sans les risques que les flux illégaux peuvent représenter ». Sky et d'autres diffuseurs ont intensifié leurs efforts pour lutter contre ce phénomène, notamment en fermant des réseaux de streaming illégal et en poursuivant leurs opérateurs en justice. Quelques jours avant le début de la nouvelle saison de Premier League, un procès historique a eu lieu au Royaume-Uni, où deux frères ont été condamnés à une peine totale de 11 ans de prison pour leur rôle dans la facilitation de flux illégaux de la Premier League.

Parallèlement à cette montée du streaming illégal, Disney (derrière ESPN), Fox et Warner Bros Discovery ne pourront pas créer leur plateforme de streaming commune dans le sport nommée Venu Sports, censée arriver à l’automne. Cette plateforme devait être lancée aux Etats-Unis pour 43 dollars par mois et aurait pu offrir une solution unifiée aux consommateurs. Mais Fubo, qui propose aussi du contenu sportif, a porté plainte contre l’alliance, accusée d’enfreindre le droit de la concurrence : « Cette décision contribuera à garantir que les consommateurs aient accès à un marché plus compétitif avec de multiples options de streaming sportif » , a déclaré David Gandler, cofondateur et directeur général de Fubo, cité dans un communiqué. Une multiplication qui rend l'accès aux contenus sportifs plus difficile qu'avant. L'introduction du streaming a profondément modifié les règles du jeu. Sans parler des ressources considérables des géants de la tech. « Ce que nous avons maintenant, c'est encore l'ancien modèle plus ce nouveau modèle, donc la fragmentation semble beaucoup plus sévère, » explique Jon Christian, responsable de la chaîne d'approvisionnement des médias numériques chez Qvest, décrivant le paysage médiatique actuel comme une « guerre des regards ». 

Plus qu'une guerre des régards, nous sommes face à une guerre des portefeuilles. Une solution potentielle au défi économique de la fragmentation des offres se dessine avec le modèle AVOD (Ad-supported Video on Demand), où les services de streaming sont financés par la publicité, offrant ainsi des abonnements à moindre coût. Une étude récente de Kantar révèle que l'AVOD a connu une croissance significative au deuxième trimestre 2024 et durant l’été, représentant 47 % de tous les nouveaux services adoptés. Ce modèle, de plus en plus accepté par les consommateurs, pourrait permettre de rendre le contenu sportif plus accessible tout en générant des revenus pour les diffuseurs grâce à la publicité.

10Marronnier : la newsletter, une planche de salut renouvelée pour les journalistes indépendants aux Etats-Unis

Les newsletters deviennent non seulement une bouée de sauvetage, mais aussi une véritable opportunité de croissance financière, à une époque où la presse traditionnelle continue de naviguer dans des eaux tumultueuses. 2023 a été une année brutale pour l'industrie du journalisme, avec au moins 8 000 suppressions de postes au Royaume-Uni, aux États-Unis et au Canada, selon Press Gazette. La tendance s'est poursuivie en 2024, avec environ 1 000 personnes touchées par des fermetures et des vagues de licenciements rien qu'en janvier.

En 2023, plus de 20 000 emplois dans les médias ont été supprimés.

Source : Chris Cilliza 

En août, Substack a annoncé un bilan positif à Axios : la plateforme de newsletters est en voie de plus que doubler son nombre d'abonnés dans le domaine de la politique et des actualités en 2024, ont déclaré les dirigeants. Le nombre de journalistes de Substack spécialisés dans les actualités et la politique qui gagnent plus d'un million de dollars a doublé au cours de l'année écoulée — et est désormais en "doubles chiffres", selon la société.

« L'économie des créateurs libère la valeur accumulée que de nombreux journalistes vedettes ont créée pour les médias pour lesquels ils travaillaient auparavant », analyse Simon Owens, consultant média. Les journalistes peuvent désormais capter directement les revenus générés par leur expertise et leur notoriété. Et il n'y a pas que Sustack dans la vie : Précédemment rédacteur pour la Silicon Valley chez The Verge, Casey Newton a lancé sa newsletter Platformer en 2020 pour couvrir l'industrie technologique. D'abord diffusée sur Substack, il a finalement décidé, début 2024, de passer à la plateforme de publication Ghost. La plupart des articles sur Platformer sont réservés aux abonnés payants, qui déboursent environ 100 $ par an.

Le succès de Substack est illustré par des exemples concrets. Chris Cillizza, après avoir été licencié de chez CNN, a réussi à attirer 3 000 abonnés payants sur sa newsletter. Fait intéressant, ce sont les articles personnels et introspectifs qui ont suscité le plus grand intérêt, plutôt que les contenus politiques… 

+Et aussi, les tendances étonnantes sur les réseaux sociaux :

L’été 2024 n’a pas déçu en matière de tendances insolites sur les réseaux sociaux. Une qui a véritablement pris de l’ampleur est le phénomène « Very demure, very mindful » (traduisez : « très discret, très précautionneux »). Tout a commencé le 2 août, lorsqu’une créatrice TikTok, Jools Lebron, a posté une vidéo pour expliquer comment gérer son maquillage et sa transpiration « avec pudeur ». Plus tard, elle a publié une autre vidéo, visionnée plus de quatre millions de fois, sur l’art d’être « very demure » et « very mindful » au travail. En contraste avec le « brat summer », on pourrait croire que ce mouvement prône une attitude plus sage, un avant-goût de la rentrée…Mais bien évidemment l’expression est ironique et critique les attentes disproportionnées imposées par la société. Succès garanti sur les réseaux sociaux. Le hashtag #demure compte déjà 280 000 publications sur TikTok. Même le New York Times s’en amuse : « Votre café du matin avec juste un peu de crème ? Demure. La façon dont vous vous asseyez dans le métro ? Very demure. Votre manière de passer le fil dentaire après le déjeuner ? Absolument, totalement demure ». Le terme a été repris par Penn Badgey, Kim et Kloé Kardashian…et même Joe Biden. Alors, après votre « brat summer », comment allez-vous vivre votre « demure fall » ?

 

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D'autres tendances comprennent les imitations du défilé d’Angèle lors de la cérémonie de clôture des Jeux Olympiques, sur la chanson « Night Call  » – devenue le titre le plus shazamé de tous les temps  – ou encore les influenceurs demandant à ChatGPT de "roaster" leur feed Instagram. (Comprenez : leur lancer des piques en un paragraphe bien cinglant). Et il y a bien sûr aussi la "bouillie d'IA" (AI slop) qui inonde les réseaux sociaux, avec l'irrésistible montée de Chubby, le chat généré par IA de TikTok, qui pourrait bien représenter l'avenir d'Internet.

[AI-Generated] (Credit: @mpminds)

Il semble qu'il y en ait encore bien plus à venir...

Sur ce, l'équipe Méta-Media vous souhaite une Bonne rentrée !

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Liens vagabonds : Paris 2024 à l’ère des influenceurs

Comment faire vibrer les spectateurs au rythme des Jeux Olympiques après le flop des deux dernières éditions ? Pour attirer l'attention de la génération Z, le groupe audiovisuel américain NBCUniversal a misé gros en envoyant 27 influenceurs de renom sur le terrain. Le but ?  Rajeunir l’audience de son service de streaming, Peacock. Cette initiative illustre l’importance grandissante des influenceurs dans le paysage médiatique, sujet du dernier Cahier de Tendances de Méta-Media. Pourtant cette fois, ce sont ces mêmes influenceurs qui se sont fait voler la vedette.  

Des stars des réseaux sociaux aux Etats-Unis comme Kai Cenat, Daniel Macdonald et Zhongni « Zhong » Zhu étaient en première ligne pour partager leur expérience olympique. Mais malgré leur audience massive, ces créateurs ont rapidement été éclipsés par les véritables héros des Jeux : les athlètes eux-mêmes. 

Ilona Maher, star de l’équipe de rugby américaine, a par exemple gagné près de 2 millions de nouveaux adeptes en seulement deux semaines grâce à ses vidéos humoristiques sur la vie dans le village olympique. Elle n’est pas la seule : le nageur norvégien Henrik Christiansen et d’autres athlètes ont eux aussi réussi à captiver le public avec des contenus authentiques et spontanés, bien loin du format aseptisé des influenceurs traditionnels.  

@ilonamaherWhen in paris♬ original sound - Ilona Maher

« Je n'aime pas qu'on me qualifie d'influenceuse. Je suis d'abord une joueuse de rugby, ensuite une influenceuse », a confié Ilona Maher, qui, en plus de son succès sur le terrain, est devenue une star des réseaux sociaux. Cette dualité montre à quel point les athlètes actuels se sont adaptés à l’ère numérique. D’autant plus qu’ils ont bénéficié de l’assouplissement d’une règle du Comité International Olympique (CIO), leur permettant de bénéficier d’une activité commerciale autour des jeux. Une aubaine quand la plupart des athlètes olympiques américains de haut niveau semblent à peine s'en sortir financièrement, gagnant en moyenne 2 000 dollars par mois. Ilona Maher confirme :  « C'est ce que j'ai dû faire pour gagner de l'argent et attirer l'attention sur notre sport ». 

En parallèle, les influenceurs embauchés par NBC ont eu du mal à trouver leur place, en grande partie à cause des restrictions imposées par le CIO. Pour protéger les droits des diffuseurs officiels, ils avaient interdiction de filmer les épreuves elles-mêmes. Leur contenu a donc souvent été limité à des clichés de stades ou de cérémonies, loin de l'immersion que le public attendait. « Les gens recherchent une couverture de qualité de ce qui se passe réellement aux Jeux », analyse Christine Tran, spécialiste des médias numériques à l'Université de Toronto. « Il y a des journalistes qui ont une formation médiatique et des moyens de production pour offrir ce genre de couverture sur le terrain. Ce que les influenceurs proposent, c'est une sorte d'informalité mise en scène, qui n'a pas eu l'impact escompté ». Il était difficile pour ces derniers de casser l’image lisse de leurs contenus, à cause de la nature même de leur contrat avec NBC. « Si NBCUniversal vous emmène à Paris et vous loge, vous n'allez probablement pas commenter les mouvements ridicules de la breakdanceuse australienne ou le fait que vous n'avez pas pu voir grand-chose depuis votre siège hors de prix à la cérémonie d'ouverture » souligne Wired. 

Même si les influenceurs de NBC n'ont pas réussi à faire décoller leurs vidéos, les chaînes de médias sociaux de NBC Sports ont gagné 2 millions de nouveaux adeptes grâce à l’engouement généré par les athlètes. Peacock, a également enregistré une hausse de 75 % du nombre de téléspectateurs en journée d'une semaine à l'autre, signe que le public est bien présent, mais qu'il s’intéresse surtout aux vrais acteurs des Jeux. 

Cette situation pourrait bien changer d’ici les prochains Jeux d’été, en 2028 à Los Angeles, où une armée d'influenceurs basés en Californie pourrait être mobilisée. Certes, la place des influenceurs n’est plus à négliger dans le paysage médiatique, mais leur voix doit être utilisée de la bonne manière, pour le bon contenu et le bon format, si elle veut se faire entendre.  

Et sinon, petit tour des points qu’il ne fallait pas manquer ces trois dernières semaines :

  • OpenAI a annoncé le 25 juillet un nouvel outil de recherche “SearchGPT”, qui ne fonctionne pas très bien, appelé “OopsGPT” (The Atlantic).
  • Cet outil continue d’alimenter la bataille avec les éditeurs de presse (Axios)
  • De son côté Perplexity a lancé son “Programme des éditeurs”. Parmi les principaux éléments, l’entreprise compte désormais partager plus équitablement ses revenus avec les éditeurs. (Perplexity)
  • Sur Peacock, c’est une IA qui a été chargée des commentaires sportifs des Jeux Olympiques avec la voix du commentateur sportif Al Michaels (State)
  • La vidéo sociale envahit le monde (Doug Shapiro)
  • Les responsables d'État américains demandent à X de s'attaquer à la désinformation électorale (Social Media Today)
  • Décès de Susan Wojcicki, ancienne PDG de YouTube, à l'âge de 56 ans (The Guardian)
  • Après la condamnation de Google, la fin de l’impunité des géants du numérique ? (Mediapart)
  • Instagram impose les “Vues” comme statistique principale (Instagram)

 

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  • Le soutien d’Elon Musk à Donald Trump nuit aux activités de Tesla dans le secteur des véhicules électriques en Europe, qui sont déjà en difficulté (Fortune)
  • Kamala Harris ne donne pas d'interviews. Des questions ? (New York Times)
  • En Russie, l’accès à YouTube fortement ralenti par les autorités (Meduza)
  • Désinformation en action : Channel 3, le faux média russe, aggrave la situation au Royaume-Uni (The Telegraph)
  • En Australie, une publication scientifique critiquée pour avoir utilisé l'IA (The Guardian)
  • Jeux olympiques 2024: les cadreurs enfin sommés de filmer de façon non sexiste (Slate)
  •  Les sénateurs proposent un retour de la redevance pour financer l’audiovisuel public (Public Sénat)
  • La BBC va supprimer 500 postes d'ici deux ans (Variety)

CETTE SEMAINE EN FRANCE

  • TV5 Monde : la rédaction en état de crise permanent (La Lettre)
  • La Commission européenne prend ses distances après la mise en garde de Thierry Breton à Elon Musk (Le Monde)
  • Les JO de Paris offrent des records d'audiences aux diffuseurs et à la presse (Les Echos)

With great audience comes greater responsibility #DSA

As there is a risk of amplification of potentially harmful content in 🇪🇺 in connection with events with major audience around the world, I sent this letter to @elonmusk

📧⤵ pic.twitter.com/P1IgxdPLzn

— Thierry Breton (@ThierryBreton) August 12, 2024

3 CHIFFRES

  • La couverture quotidienne des JO sur NBCUniversal a attiré 30,6 millions de téléspectateurs, soit une augmentation de 80 % par rapport à Tokyo 2020, d’après Hollywood Reporter.
  • Selon l'ONG du Centre contre la haine en ligne, 50 publications d'Elon Musk diffusant de la désinformation sur la plateforme X ont cumulé un milliard de vues depuis janvier.
  • Plus de 22 newsletters sur Substack dans les domaines de la politique, de l'actualité, des affaires et de la technologie comptent « des dizaines de milliers » d'abonnés payants, selon Axios.

LE GRAPHIQUE DE LA SEMAINE

Qu’est-ce qui empêche les salariés d’utiliser ChatGPT ?

Source : University of Chicago

NOS MEILLEURES LECTURES / DIGNES DE VOTRE TEMPS / LONG READ

  • Les technologies ‘intelligentes’ sont devenues ingérables. Nous avons une affection pour les technologies plus simples (Washington Post)
  • L'opération Gen-Z derrière la métamorphose en ligne de Harris (CNN)
  • Bowling, selfies et le “Dougie” : Biden séduit les influenceurs à la Maison-Blanche (New York Times)
  • À l'approche de l'élection présidentielle, quel rôle jouent les influenceurs ? (Digiday)
  • Voici comment les gens utilisent réellement l'IA (MIT)
  •  Un guide visuel des influenceurs qui façonnent l'élection de 2024 (Wired)

Capture d'écran de The Wired

DISRUPTION, DISLOCATION, MONDIALISATION

  • Alors que Meta se détourne de la politique, les grands comptes Instagram constatent une baisse de leurs vues (Bloomberg)
  • La recherche IA de Google impose un choix crucial aux sites : partager des données ou disparaître (Bloomberg)

DONNEES, CONFIANCE, LIBERTÉ DE LA PRESSE,DÉSINFORMATION 

  • L'Iran recourt à des sites de désinformation pour influencer les élections américaines, d'après Microsoft (Washington Post)
  • Les médias sénégalais organisent une journée de blackout pour attirer l'attention sur les préoccupations concernant la liberté de la presse (AP)
  • Selon Meta, les tactiques d'IA utilisées par la Russie pour interférer avec les élections américaines échouent (The Guardian)

LÉGISLATION, RÉGLEMENTATION

  • Comment la semaine agitée d'Elon Musk révèle les failles des législations britanniques en matière de sécurité en ligne (The Guardian)
  • TikTok s’engage à retirer définitivement de l’UE son programme de récompenses (Stratégies)
  • Un projet de loi californien visant à réglementer l'I.A. suscite l'inquiétude dans la Silicon Valley (New York Times)
  • Les électeurs de la génération Z s'opposent aux restrictions sur les réseaux sociaux, selon une nouvelle étude (Bloomberg)

JOURNALISME

  • Le New York Times cessera de soutenir les candidats dans les courses électorales de New York (New York Times)
  • Biden affirme aux créateurs qu'ils ont un avantage que les médias traditionnels n'ont pas : « Vous inspirez confiance. » (TechCrunch)
  • Kamala Harris doit s'adresser à la presse (The Guardian)
  • Le « Washington Post » critique l'attaque de Taylor Lorenz contre Joe Biden, qualifié de « criminel de guerre » (npr)
  • L'ère du journaliste indépendant prend son envol (Axios)

STORYTELLING, NOUVEAUX FORMATS

  • Twitch vient de lancer Video Stories (Twitch)
  • Les newsletters sur LinkedIn valent-elles vraiment le détour ? (journalism.co.uk)
  • La convention du parti démocrate américain sera streamée pour la première fois en format vertical(Axios )

ENVIRONNEMENT

  • Si vous voulez que les Américains prêtent attention au changement climatique, appelez-le simplement “changement climatique” (NiemanLab)
  • Les grandes entreprises technologiques cherchent à modifier les règles sur les émissions nettes nulle  (Financial Times)
  • La répétition rend les mensonges sur le climat plus crédibles — même pour ceux qui soutiennent la science climatique (NiemanLab)

RÉSEAUX SOCIAUX, MESSAGERIES, APPS

  • L'échange entre Elon Musk et Trump sur X a débuté par un incident technologique (The Verge)

Conversation with @realDonaldTrump with topic timestamps https://t.co/ziLJEUhnE7

— Elon Musk (@elonmusk) August 13, 2024

  • Les éditeurs renforcent leur présence sur Reddit alors que la plateforme gagne en visibilité dans les recherches (Adweek)
  • Le style très personnel de la génération Z creuse le fossé générationnel sur LinkedIn (Bloomberg)
  • Le flux d'actualités d'Elon Musk sur X se fait l'écho de ses politiques d'extrême droite (Washington Post)
  • Comment les athlètes de la génération Z ont propulsé les Jeux Olympiques de Paris 2024 dans l'ère de TikTok (Axios)
  • Kamala Harris consacre dix fois plus de budget que Trump à une campagne publicitaire numérique (Financial Times)

STREAMING, OTT, SVOD

  • Les Jeux Olympiques se concluent avec une énorme hausse des audiences pour NBCUniversal (Hollywood Reporter)
  • Paramount Global va licencier 15 % de ses employés aux États-Unis et fermer un studio de télévision (Reuters)

AUDIO, PODCAST, BORNES

  • Apple accepte finalement l'application Spotify avec les tarifs européens (The Verge)

INTELLIGENCE ARTIFICIELLE, DATA, AUTOMATISATION

  • Le MIT publie une base de données complète sur les risques liés à l'IA (VentureBeat)
  • Google étend ses réponses par IA à de nouveaux pays (Reuters)
  • Eric Schmidt se rétracte sur sa déclaration selon laquelle Google serait en retard en intelligence artificielle à cause du télétravail (Wall Street Journal)
  • Google ouvre discrètement l'accès à Imagen 3 à tous les utilisateurs aux États-Unis (Venture Beat)

Capture d'écran de VentureBeat

MONÉTISATION, MODÈLE ÉCONOMIQUE, PUBLICITÉ

  • Instagram est de loin supérieur à Facebook aux yeux des marques (Digiday)
  • Le PDG de X appelle à une refonte de l'industrie publicitaire (Axios)

 

Kati Bremme, Alexandra Klinnik et Aude Nevo

 

 

 

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Podcasts d'été : Nos recommandations

Que nous réserve l’avenir ? Méta-Media a choisi pour vous une série de podcasts pour explorer cette question. Profitez de l'été pour ouvrir vos écoutilles !

Le code a changé

“Le cinéma qui aime tant exhiber ses prouesses techniques est peu bavard sur ces outils qui rendent les gens plus beaux”.  Dans le podcast Le code a changé, le journaliste Xavier de La Porte explore l'usage croissant de l'intelligence artificielle pour retoucher les visages des actrices à l'écran. Lisser les traits, effacer les cernes, faire disparaître les pores : de plus en plus de stars réclament le recours au 'passe beauty' dans les productions, tant aux États-Unis qu'en France. Désormais, les contrats des actrices intègrent l'utilisation de ce logiciel, capable d'apporter des corrections précises, parfaitement adaptées aux mouvements du visage. Ces outils permettent une retouche bien plus fine que celle réalisée en 2008 pour L'Étrange Histoire de Benjamin Button, film récompensé par l'Oscar des meilleurs effets visuels. Si ces logiciels peuvent effacer les imperfections, ils risquent aussi d'effacer les émotions, et se concentrent presque exclusivement sur les femmes. Ils ciblent principalement les signes de vieillissement féminin, tout en ignorant par exemple l'apparition d'un début de calvitie chez les hommes... Un podcast qui nous invite à voir comment la technologie renforce les injonctions sociétales.

On the Media (OTM)

"On the Media" (OTM) est un podcast américain incontournable pour ceux qui cherchent à comprendre les mécanismes et les enjeux du monde médiatique. Animé par les journalistes Brooke Gladstone et Micah Loewinger, le programme plusieurs fois primé se distingue par sa capacité à décortiquer les complexités médiatiques, allant de la désinformation à l'évolution des mouvements politiques comme le MAGA (Make America Great Again). Par exemple dans l’épisode « How the media created J.D. Vance » du 19 juillet, l'animatrice Brooke Gladstone analyse le rôle des médias dans l'ascension du chouchou et colistier de Donald Trump à la présidentielle. De nombreux sujets sont centrés sur les événements de la semaine précédente et critiquent la manière dont ils ont été couverts par les médias. Cependant, la force d'OTM réside dans sa diversité thématique. Le programme observe à la loupe toute la palette de ce que peut représenter un média en passant par la presse en ligne, la télévision, la radio, les nouveaux médias, Netflix, YouTube, la téléréalité etc. Par exemple, dans l'épisode « Making Fun of Public Radio », Brooke Gladstone s’entretient avec les créateurs de la série télévisée « In the Know », une parodie de NPR (National Public Radio). La série qui met en scène des marionnettes un peu loufoques n’est pas sans rappeler les « Guignols de l’info » diffusé en France jusqu’en 2018. Le but de l’épisode est de décrypter les raisons pour lesquelles la radio publique est un terrain si fertile pour la satire. OTM permet donc à ses auditeurs de naviguer dans l’océan tumultueux de l’information avec un œil plus avisé. Le petit plus ? Des ressources supplémentaires sont toujours données en complément de l’émission pour aller plus loin.

 

Silicon Carne
Avec son slogan « un peu de picante dans la Tech », « Silicon Carne » se distingue par son ton décalé et son approche sans filtre des sujets brûlants de l'industrie technologique. Carlos Diaz, entrepreneur basé à San Francisco, combine une perspective d'initié avec une critique acérée, offrant un décryptage rafraîchissant des tendances et des innovations. Chaque épisode, teinté d'humour et de sarcasme, aborde des thèmes variés : des impacts des géants de la tech sur nos vies au bullshit du métavers, en passant par le Bitcoin et la situation socioéconomique à la Silicon Valley, entre burn-out et "Great Resignation". L’animateur accompagné de ses invités apporte son regard critique sur des sujets d’actualité comme le procès d’Elon Musk contre OpenAI, le bannissement de TikTok aux États-Unis, ou le lancement de ChatGPT-4o : « La guerre de l’IA fait rage ici dans la Silicon Valley, » prévient-il.
Les épisodes d'environ une heure traitent les sujets les plus brûlants de la semaine, avec des titres foisonnant d’émojis, pour parfaire la ligne éditoriale décalée. Le message est clair. Ici, on parle de sujets sérieux sans se prendre au sérieux. Par exemple, dans l'épisode « 🔎 BeReal + Voodoo 💣 Du rififi entre OpenAI et Microsoft 💰 Musk touche sa prime », « Silicon Carne » explore l'acquisition de BeReal par Voodoo pour 500 millions d'euros et les tensions entre OpenAI et Microsoft, ainsi que le bonus controversé de 46 milliards de dollars accordé à Elon Musk, illustrant les dynamiques de pouvoir en cours dans l'industrie. Un must à écouter !
Hard Fork

Le podcast "Hard Fork" diffusé par le New York Times, et animé par Kevin Roose et Casey Newton, est un guide indispensable dans un monde technologique en constante évolution. “Qu’est-ce qui est réel ? Qu’est ce qui est exagéré ?”, se demandent-ils constamment. Chaque semaine, ils offrent une analyse claire des dernières nouveautés tout en critiquant les dérives de l'industrie. Dans leur dernier épisode, ils se penchent sur la hype autour de ChatGPT : sommes-nous dans une bulle IA ? Les patrons de la tech continuent de dépenser, alors que les retours sur investissements sont encore loin. Jim Covello, le chef de la recherche sur les actions de Goldman Sachs, a notamment remis en question le moment ou même la possibilité que l’IA produise suffisamment de bénéfices pour compenser ses coûts astronomiques. Un regard informé et critique.

 

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Les micro-influenceurs : le porte-à-porte numérique de la présidentielle 2024 aux USA

Le secteur des influenceurs politiques est en passe de devenir une véritable économie aux États-Unis où des agences coordonnent les campagnes des candidats en faisant appel notamment à des micro-influenceurs. Suivis par quelques dizaines de milliers de personnes, ceux-ci bénéficient d’une audience restreinte mais extrêmement fidèle. Face à la polarisation des sociétés, l’heure n’est plus au seul mass media, mais bien à l’ajustement sur-mesure à chaque audience. En somme, une réinvention du porte-à-porte redoutablement efficace mais : est-elle saine pour la démocratie ?

Par François d’Estais, directeur conseil, responsable de la prospective et de l’innovation éditoriale chez Havas Paris Content

Qui fera l’élection présidentielle américaine de 2024 ? 

CNN et Fox News diront certains. Problème : les études nous montrent que la confiance en les médias ne cesse de dégringoler. Selon l’Edelman Trust Barometer 2024, 60 % des Américains estiment que les journalistes tentent délibérément d’induire les gens en erreur. Taylor Swift, écriront les plus audacieux. Les observateurs ont abondamment commenté sa supposée influence politique, depuis les élections de mi-mandat au Tennessee en 2018 jusqu’à l’effervescence du Super Bowl 2024, où les Républicains redoutaient qu’elle annonce son soutien à Joe Biden. Si la pop star est devenue un sujet politique, on oublie vite que Hillary Clinton était soutenue par Beyoncé et Bruce Springsteen en 2016… Ce qui devrait nous inciter à relativiser l’impact des célébrités sur une élection. Du côté des QG de campagne, une autre hypothèse se dessine. Ils s’appellent Annie Svan, Chelsy Christina, ou encore Harry Sisson. Leurs noms vous sont inconnus  ? C’est normal. Pourtant, les Démocrates américains, mais aussi le Labour en Grande-Bretagne, misent sur ces nouveaux acteurs de la fabrique de l’opinion. Ils n’ont que quelques dizaines de milliers d’abonnés sur les réseaux sociaux, mais leur influence agglomérée pourrait dépasser celle des partis. Ils mettent en scène une sacro-sainte authenticité, mais leurs messages sont en réalité très calculés. Leurs contenus semblent anodins, mais ils deviennent des armes de conviction massive. Bienvenue dans l’ère des micro-influenceurs.

Les influenceurs, solution miracle au désintérêt politique ?

Les communicants politiques ont depuis longtemps compris l’intérêt à faire appel aux influenceurs. Perçus comme plus sympathiques, drôles, accessibles, mais aussi plus faciles à orienter que les journalistes, les influenceurs feraient figure d’élixir pour les communicants politiques en panne d’inspiration. Joe Biden et ses équipes ont ainsi compris que l’enjeu n’était pas tant de faire du Président un personnage cool, mais plutôt de l’afficher aux côtés d’influenceurs populaires, comme le célèbre « Dude With Sign » en 2020 pour faire la promotion de la vaccination. Bénéficiant ainsi d’un « effet de halo », le président capte un peu de l’aura positive dégagée par ces stars du web. Une stratégie identique à celle employée par Emmanuel Macron lors de sa vidéo aux côtés de McFly et Carlito.

Le pouvoir des relations parasociales 

Le pouvoir prêté aux influenceurs n’est pas si éloigné de celui qui fut autrefois celui des stars de la télévision. Dans les années 1950, alors que la télévision s’installe dans les foyers américains, les chercheurs Donald Horton et Richard Wohl conceptualisent le sentiment d’intimité unilatéral entre téléspectateurs et animateurs en parlant de « relations parasociales ».

Quelques exemples d’influenceurs politiques sur TikTok (captures d’écran)

En 2024, la télévision n’est plus la star de l’information. Les influenceurs deviennent des référents dans la fabrique de l’opinion, les moins de 30 ans voyant désormais les réseaux sociaux (peut-être à tort) comme des sources d’information aussi fiables que la télévision nationale, selon le Pew Research Center. Signe des temps, des journalistes quittent leurs rédactions pour se lancer à 100 % sur les réseaux sociaux, à l’image de Bari Weiss du Wall Street Journal qui a créé sa newsletter sur Substack ou Cleo Abram, ancienne journaliste de Vox qui s’est lancée en indépendante sur YouTube, Instagram et TikTok.

En miroir, le militantisme n’échappe pas à cette transformation. Des influenceurs politisés émergent Outre-Atlantique, comme Schuyler Balar (450k abonnés sur Instagram), Harry J. Sisson (850k abonnés sur TikTok) ou Annie Wu (83k abonnés sur Instagram). Dans leurs vidéos verticales, ils traitent d’actualité politique américaine, de transidentité, des droits des femmes : en bref, de politique, avec un angle engagé. Ce secteur des influenceurs politiques devient une véritable économie et se structure même autour d’agences qui coordonnent les campagnes au service des candidats, contre rémunération. Objectif : générer de l’engagement sur les réseaux autour d’une cause ou d’un message. Le camp Biden tisse soigneusement des liens avec GoodInfluence, qui regroupe des créateurs de contenus progressistes ou ouvertement démocrates, quand l’équipe de Trump aurait payé plus d’un million de dollars en 2020 à l’organisation Legendary Campaigns, chargée d’organiser des campagnes numériques avec des influenceurs.

Capture d’écran du compte Instagram de « Dude with Sign »

Entre influenceurs et journalistes, une concurrence nouvelle

Alors qu’un tiers des électeurs de moins de 30 ans viennent s’informer sur TikTok, d’après le Pew Research Center, la Maison Blanche a bien compris l’importance de rallier à sa cause ces influenceurs. À la manière des journalistes accrédités, ils bénéficient de briefs sur l’actualité et parfois d’un accès direct au Président : « Ils sont désormais à peu près aussi impliqués dans l’écosystème de l’information politique que n’importe quel journaliste de la Maison Blanche » constate le magazine WIRED… Jusqu’à entrer en concurrence avec le quatrième pouvoir ? Dans les colonnes du New York Times, John Brabender, consultant pour la campagne de Donald Trump, les désigne même comme les « reporters en ligne de la génération d’aujourd’hui ». Pourtant, contrairement aux journalistes, ces influenceurs remplissent d’abord une fonction militante. Ils ne sont pas tenus au respect de la déontologie journalistique et peuvent donc s’écarter des faits, voire être rémunérés pour leurs prises de position, parfois sans grande transparence vis-à-vis des audiences. Dernier exemple en date de cette concurrence nouvelle entre influenceurs et journalistes : lors d’un événement de crowdfunding en mars réunissant Joe Biden, Barack Obama et Bill Clinton, la presse accréditée a été tenue à l’écart du discours introductif de la première dame. Elle a donc été condamnée à suivre les événements sur les réseaux sociaux des influenceurs pro-Biden. Difficile pour les journalistes de faire valoir leur rôle de contre-pouvoir, tenus à distance et nourris seulement d’images sélectionnées par des soutiens validés du Président…

Le règne du micro-ciblage

Au-delà de ces influenceurs aux audiences conséquentes, une stratégie plus fine et organique se déploie autour de « micro-influenceurs ». Suivis par quelques dizaines de milliers de personnes, ils ne sont pas des créateurs de contenu professionnels et arborent une esthétique « home made », spontanée, parfois kitsch. Emily Wilson (97k abonnés sur TikTok), commente ainsi le conflit israélo-palestinien depuis son canapé tout en soutenant les positions de Donald Trump, Latoi Storr (18k abonnés sur Instagram) publie des reels lifestyle colorés sur les meilleures adresses de Philadelphia tout en appelant à voter aux élections locales, et Tracy Garcia (537k abonnés sur Instagram) propose un tuto couture tout en défendant le Inflation Reduction Act de Joe Biden.

Exemples de contenus politiques publiés par des micro-influenceurs : emilysavesamerica, transformationsbytracy et toitimeblog (captures d’écran)

Ce dernier cas est fascinant. Au premier abord, ce reel ressemble à n’importe quelle vidéo DIY (Do It Yourself) comme il en paraît des centaines chaque jour sur Instagram. Gros plan sur les ciseaux. Plan large sur les tissus de la jupe longue qui sera bientôt transformée en chemisier, puis plan serré sur la découpe des tissus, minutieusement exécutée en suivant les contours des patrons. Jusque là, rien d’inattendu. C’est quand on active l’audio que l’on découvre que la créatrice de contenus profite de cette vidéo pour défendre le contenu d’un des textes emblématiques de la présidence Biden : « La loi sur la réduction de l’inflation devrait créer de nouveaux emplois dans davantage de secteurs de l’énergie verte. Nous avons tous notre propre responsabilité envers la planète. » Puis, sans transition  : « Mon ensemble deux-pièces est vraiment magnifique. J’adore donner une nouvelle vie aux pièces d’occasion. Maintenant, je peux porter cet ensemble, le styliser avec un blazer, ou assortir le haut avec un pantalon. » Un contenu pour lequel la créatrice de contenus a été rémunéré par le Super PAC démocrate « Priorities USA », qui a prévu d’investir 75 millions de dollars sur le numérique pour la réélection de Joe Biden.

Mélange des genres ou nouvelle forme de communication politique, le principal atout de ces contenus réside dans leur capacité à engager une audience restreinte mais extrêmement fidèle, autour de centres d’intérêt spécifiques et affinitaires. Une stratégie assumée par les responsables de campagne : « L’idée est d’utiliser les prochains mois pour tester de nouvelles façons de communiquer avec ces électeurs. Il s’agit notamment de l’utilisation de micro-influenceurs, qui sont populaires sur les réseaux sociaux, et de la campagne ‘relationnelle’, dans laquelle la campagne s’adresse aux électeurs par l’intermédiaire de leur réseau d’amis plutôt que par des publicités impersonnelles », expliquait ainsi le New York Times en novembre dans un article dédié à la difficile campagne de Joe Biden.

Une réinvention numérique du porte-à-porte ?

Au moment où les analystes de l’opinion mettent tour à tour en avant la polarisation et « l’archipellisation » des sociétés, où le paysage médiatique est de plus en plus fragmenté, où les marques sont obsédées par l’idée de créer leur communauté, rien de plus logique. L’heure n’est plus au seul mass media, mais bien à l’ajustement sur-mesure à chaque audience. On assiste ainsi à une réinvention du porte-à-porte, jadis considéré comme un antidote à l’apathie électorale. La campagne victorieuse de Barack Obama en 2008 reste un modèle d’orchestration de campagne de proximité, caractérisée par un porte-à-porte extrêmement ciblé au niveau local, intégrant des solutions numériques de Liegey Muller Pons pour prioriser efficacement les opérations sur le terrain. En identifiant avec précision les électeurs susceptibles de faire pencher la balance électorale à partir de données publiques telles que les revenus, le niveau d’éducation et le taux de chômage, la campagne d’Obama a su rallier les abstentionnistes grâce à un porte-à-porte efficace, organisé par des millions de militants anonymes, là où chaque vote comptait le plus. Les micro-influenceurs d’aujourd’hui remplissent d’une certaine façon la même fonction : ils pourraient être vos voisins, vous ressemblent, et vous incitent à voter sans que vous l’ayez demandé. Soigneusement coordonnés par les QG de campagne et guidés par les algorithmes, leurs contenus trouvent leur chemin jusqu’à vous. En 2024, au lieu de toquer à votre porte, on vient toquer à votre feed.

Les ingrédients du succès

Mais alors, pourquoi ça marche ? Trois leviers pour le comprendre. D’abord, une identification forte grâce à une incarnation des messages par des personnes ordinaires, qui pourraient être vos voisins ou vos amis. D’après le Trust Barometer 2024 d’Edelman, 67 % des Américains ont confiance en leur voisin… contre seulement 39 % en leurs dirigeants. Ensuite, une capacité à adopter les codes adaptés pour créer les conditions de l’affinité. Un impératif lorsqu’il s’agit de mobiliser des cibles éloignées du vote comme la Gen Z (plus démocrate mais aussi plus abstentionniste) ou les communautés latino-américains, qui ne parlent pas toujours anglais. Désintermédier la campagne permet de parler à toutes les communautés dans un langage, une esthétique et un récit qui leur sont propres. Une adhésion sur le fond enfin, grâce à une segmentation du propos hors des partis politiques. Portant moins sur les candidats que sur les causes spécifiques (droits des femmes et des LGBT, racisme, énergies renouvelables, défense du port des armes), la segmentation par des causes affinitaires entérine la désaffection de certains publics pour le jeu électoral bipolarisé et hyper-incarné. L’ancien chef de communication numérique de Donald Trump à la Maison Blanche a fondé une agence d’influenceurs, Urban Legend, dont le mantra ne pourrait pas être plus clair : « Promote issues, not products ». « Not candidates », serait-on tenté d’ajouter. Cette tendance du recours à la micro-influence n’est cependant pas sans poser quelques questions.

Première question : est-ce tout à fait honnête ?

Ces micro-influenceurs donnent l’illusion de mouvements populaires spontanés pour des causes ou des idées, à l’image « grassroots movements ». En réalité, leurs publications, souvent sponsorisées et coordonnées, s’apparentent plutôt à une forme d’astroturfing, ce procédé qui consiste, en ligne, à créer l’illusion de mouvements populaires spontanés (par exemple en bombardant Twitter du même hashtag au même moment pour le faire monter artificiellement dans les tendances). TikTok interdit toute forme de publicité politique directe, mais ces micro-influenceurs, moins visibles, passent au travers des mailles du régulateur et des plateformes. L’ambiguïté est aussi du côté des politiques : comment défendre l’interdiction de TikTok comme l’ont fait les Démocrates au Congrès si l’on s’en sert pour faire campagne ?

Deuxième question : est-ce transparent ?

Moins chers que des campagnes publicitaires, les partenariats avec des micro-influenceurs sont alléchants pour les stratèges. Les contenus étant en apparence si anodins, ils permettent de toucher des publics parfois éloignés ou méfiants de la politique, d’autant plus efficacement que « de nombreux influenceurs ne révèlent pas qu’ils ont été payés, et les paiements ont souvent lieu en dehors des plateformes de médias sociaux », nous apprend Samuel Woolley de l’Université d’Austin, Texas, autour d’un rapport sur le sujet à l’occasion de l’élection de 2020. Stuart Perelmuter, le CEO de l’agence d’influenceurs GoodInfluence, reconnaît lui-même que le fait de mentionner que la publication est sponsorisée peut affaiblir son impact. Personne n’a donc intérêt à faire transparence sur le système. Les équipes de campagne, PACs (ces puissants groupes d’intérêt souvent clés dans le financement des campagnes) et lobbies jouent volontiers avec les règles ambiguës de la Commission électorale fédérale américaine sur le recours aux influenceurs.

Les contenus promotionnels de l’agence Urban Legend : compte Instagram et homepage du site web (captures d’écran)

Enfin, dernier questionnement, et peut-être le plus important : est-ce souhaitable ?

Le recours massif aux micro-influenceurs ne signerait-il pas un triple échec politique ? Échec à stimuler un enthousiasme spontané et puissant pour mobiliser des militants volontaires, en leur préférant des partenariats rémunérés. Échec aussi à répondre à la contradiction des journalistes tenus à la vérification des faits, en donnant un accès prioritaire aux informations à des partisans biaisés. Échec enfin à porter un récit collectif pour résoudre des tensions et intérêts contraires qui animent la société. N’est-ce pourtant pas là le cœur de la promesse démocratique ? En optant pour une communication fragmentée, les partis politiques et les comités d’action politique renoncent à l’idéal de grands partis unificateurs et populaires, idéal renforcé aux États-Unis par le bipartisme. Les structures politiques externalisent le travail de persuasion à des individus rémunérés plutôt qu’à un effort collectif volontaire, laissant aux plateformes le choix des messages à diffuser auprès des électeurs. En somme, si le commentaire politique se concentre bien souvent sur Taylor Swift ou les YouTubeurs-stars, la réelle influence se joue peut-être ailleurs. On sait combien les messages WhatsApp échangés en famille ou entre amis avaient contribué à l’élection de Bolsonaro au Brésil. La même mécanique invisible fondée sur le pair-à-pair se joue ici. Derrière votre prochain vote se cachera peutêtre un de ces micro-influenceurs. Cependant, vous pourriez ne jamais en avoir conscience, car les contenus innocemment consommés sur TikTok auront pu influencer votre choix sans même que vous ne vous en rendiez compte. La stratégie du recours à la micro-influence est donc certainement rassurante pour les candidats. Mais l’est-elle pour la démocratie ?

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Les réseaux sociaux, nicotine des jeunes ?

Vivek Murthy, principal conseiller de santé auprès de l’exécutif américain, tire la sonnette d'alarme : il est vital d'afficher des messages de prévention sur les réseaux sociaux, à l'instar des avertissements présents sur les paquets de cigarettes. « Il est temps que les autorités requièrent un message de prévention sur les réseaux sociaux pour alerter des dangers importants qu’ils représentent pour la santé mentale des adolescents », déclare le médecin chef, dans une tribune publiée par le New York Times.

« La crise de santé mentale chez les jeunes est une urgence »

Les données révèlent une véritable crise nationale de la santé mentale chez les jeunes, exacerbée par l’utilisation excessive des réseaux sociaux. Selon Jonathan Haidt dans son livre « The Anxious Generation », le nombre d’enfants et d’adolescents souffrant de dépression et d’anxiété a bondi de près de 30% ces dernières années, aboutissant à une "épidémie de maladie mentale". Vivek Murthy souligne que les adolescents passant plus de trois heures par jour sur les réseaux sociaux courent deux fois plus de risques de présenter des symptômes d’anxiété et de dépression. En moyenne, les adolescents y passent près de cinq heures par jour, augmentant considérablement leur risque de problèmes de santé mentale. Une récente étude de l’Ofcom « Children’s Media Lives » révèle même que les enfants passent entre six à huit heures par jour sur ces plateformes.

Un cercle vicieux

Piégés, les enfants ne peuvent pas quitter les plateformes parce qu’elles sont conçues sournoisement pour les maintenir captifs. « Imaginez un adolescent face aux meilleurs ingénieurs produits du monde, utilisant les sciences cérébrales les plus avancées pour maximiser le temps passé sur une plateforme », déplore le médecin chef. S'y ajoute la pression sociale quand le principal sujet de discussion dans la cour de récréation est telle ou telle nouvelle tendance découverte sur les réseaux. D'emblée, le combat s'annonce inégal.

Des effets néfastes

Les réseaux sociaux ne se contentent pas de rendre les jeunes addicts ; ils poussent à la dépression et exposent intensément à des contenus choquants. Comme un poison lent, ils minent lentement mais sûrement l'estime, en construction, des adolescents. En 2021, la série « Facebook Files » du Wall Street Journal a révélé que la plateforme exacerbait les problèmes d’image corporelle chez un tiers des adolescentes. Récemment, ce même journal a dévoilé qu’Instagram recommandait régulièrement des vidéos à caractère sexuel aux comptes d'enfants de 13 ans, et ce, quelques minutes après leur première connexion ! 

TikTok n'est pas en reste. En novembre, Amnesty International avait publié un rapport intitulé « Poussés vers les ténèbres », soulignant que le fil « Pour toi » de TikTok encourageait la mutilation et les idées suicidaires chez les jeunes. « Ils sont rapidement entraînés dans des spirales de contenus potentiellement dangereux, notamment des vidéos idéalisant et encourageant les pensées dépressives », avertissait le rapport.

Les messages de prévention : un début de lutte

Bien que les messages de prévention puissent sembler cosmétiques, ils favorisent bel et bien la prise de conscience et le changement des pratiques. Mais ce n'est qu'un début. Le Congrès doit agir pour renforcer les efforts de protection : empêcher les plateformes de collecter des données sensibles sur les enfants, restreindre l’utilisation de fonctionnalités telles que les notifications push, la lecture automatique, et le défilement infini. Les entreprises doivent être tenues de partager toutes leurs données sur les effets sur la santé avec des scientifiques indépendants et le public. « Pourquoi avons-nous échoué à répondre aux dangers des réseaux sociaux alors qu’ils ne sont ni moins urgents ni moins répandus que ceux posés par des voitures, des avions ou des aliments dangereux ? », interroge Vivek Murthy. « Ces dangers ne sont pas un échec de volonté et de parentalité : ils sont la conséquence de la libération de technologies puissantes sans mesures de sécurité adéquates, sans transparence, ni responsabilité ». Le commissaire européen Thierry Breton a justement rappelé sur Twitter au mois d'avril un message important : « Nos enfants ne sont pas les cobayes des réseaux sociaux ».

Prendre des mesures à l'échelle individuelle

À titre individuel, il est aussi nécessaire de prévoir des « zones sans technologie ». Dans les Cévennes, des collégiens addicts aux réseaux sociaux ont passé ainsi quatre jours à randonner sans smartphone, rapporte Le Monde. L'objectif : les aider à se déconnecter des écrans, avec pour seuls réseaux sociaux... des ânes.

CETTE SEMAINE EN FRANCE

  • Législatives 2024 : l'effet dissolution booste les médias d'information (Les Echos)
  • Bardella adulé sur TikTok, la gauche contre-attaque (Mediapart)
  • Législatives 2024 : comment les médias de Vincent Bolloré orchestrent l’alliance du RN et de la droite (Le Monde)
  • Le Rassemblement National déclare qu'il privatiserait la télévision publique française s'il obtient la majorité (The Guardian)
  • Davantage « d’éditorialistes de droite et droite + » : la consigne de BFMTV à ses programmateurs (Mediapart)
  • La famille Arnault s’invite dans le capital de Webedia (CB News)
  • Burkina Faso : la chaîne d’information TV5Monde suspendue pour six mois (Le Monde)
  • La France se place en tête du financement de l’IA générative en Europe (TechCrunch)
  • Radio : l’Arcom fixe l’objectif de basculer au tout-numérique en 2033 (The Media Leader)

3 CHIFFRES

  • La NBC a acquis les droits de diffusion des JO jusqu’en 2032 contre 7,8 milliards de dollars, selon Variety.
  • Cafeyn devient le principal acteur des kiosques numériques français en rachetant pour 4,5 millions d’euros son concurrent principal, Toutabo/ePresse, selon la Correspondance de la Presse.
  • Facebook est le réseau social le plus utilisé par 67 % des Français, suivi d'Instagram selon YouGov.

It's going to be a scene on the Seine. 🤩

Don't miss the #ParisOlympics Opening Ceremony on Friday, July 26 on @nbc and streaming on @peacock. pic.twitter.com/NMgOwL5kC8

— NBC Olympics & Paralympics (@NBCOlympics) June 18, 2024

LE GRAPHIQUE DE LA SEMAINE

La France se classe toujours parmi les pays ayant le moins de confiance dans les médias.

Source : Reuters Institute

NOS MEILLEURES LECTURES / DIGNES DE VOTRE TEMPS / LONG READ

  • A l’ère numérique, les magazines haut de gamme spécialisés dans les activités de plein air prospèrent en version imprimée (New York Times)
  • Perplexity, machine à “bullshit” (Wired)
  • Les influenceurs des médias sociaux ne deviennent pas riches - ils peinent à joindre les deux bouts (Wall Street Journal)
  • Milliardaires, secrets, Zegnas : la soif de pouvoir de Will Lewis (Daily Beast)

Illustration par Thomas Levinson / Daily Beast / Gettty

DISRUPTION, DISLOCATION, MONDIALISATION

  • Apple propose l'enregistrement et la transcription gratuits des appels sur les iPhones ; les journalistes se réjouissent (NiemanLab)
  • Stanford met fin à son programme anti-fake news : une première victoire pour Donald Trump (Platformer)
  • Hugo Décrypte est plus cité comme source d’info que Le Monde, Le Figaro et Libé réunis (Huffington Post)

DONNEES, CONFIANCE, LIBERTÉ DE LA PRESSE,DÉSINFORMATION 

  • L'État islamique a propagé de fausses vidéos imitant CNN et Al Jazeera (Wired)
  • L’Unesco alerte sur la « réécriture de l’Holocauste » par l’intelligence artificielle (La Croix)
  • Comment attaquer la BBC est devenu une constante des élections au Royaume-Uni (The Guardian)

LÉGISLATION, RÉGLEMENTATION

  • DMA : plusieurs médias européens demandent une pression accrue sur Google et Apple (mindmedia)
  • « Chat control » : dans la lutte contre la pédopornographie, revers pour le projet de règlement européen de surveillance des messageries (Le Monde)

Signal strongly opposes this proposal.

Let there be no doubt: we will leave the EU market rather than undermine our privacy guarantees.

This proposal--if passed and enforced against us--would require us to make this choice.

It's surveillance wine in safety bottles. https://t.co/i8D4Mlcrgd

— Meredith Whittaker (@mer__edith) May 31, 2024

JOURNALISME

  • Le Washington Post se penche sur une histoire difficile : la sienne (New York Times)
  • En Suède, l'assaut de l'extrême droite contre les médias met à mal le modèle nordique (The Guardian)

STORYTELLING, NOUVEAUX FORMATS

  • Militantisme créatif : l’univers graphique du FrontPopulaire ne ressemble à aucun autre (Télérama)

Un point de branding électoral intéressant : l’univers graphique du #FrontPopulaire ne ressemble à aucun autre. 🎨

La raison : il est très décentralisé. Pour une fois, il vient moins des partis que de créations spontanées.

Petit thread décryptage de ce militantisme créatif !👇 pic.twitter.com/vfd7S2rMxm

— François d’Estais (@fdestais) June 15, 2024

ENVIRONNEMENT

  • L'Azerbaïdjan accusé de réprimer les médias avant d'accueillir la Cop29 (The Guardian)

RÉSEAUX SOCIAUX, MESSAGERIES, APPS

  • YouTube copie la fonction la plus intéressante de X (Washington Post)
  • Le milliardaire américain Frank McCourt, propriétaire de l’Olympique de Marseille, envisage de racheter TikTok (La Provence)
  • Pourquoi l'élection britannique n'est pas dominée par TikTok (The Economist)
  • Le Daily Mail prévoit de lancer une douzaine d'émissions sur YouTube en 2024 dans le cadre de sa stratégie de vidéos longues (Digiday)
  • Le débat des mèmes : Trump et Biden entrent sur le champ de bataille viral (Axios)

Capture d'écran Axios

Les utilisateurs d'Instagram s'inquiètent du fait que l'IA récupère leurs photos (Fast Company)

YouTube accentue son combat contre les adblockers (TechCrunch)

IMMERSION, 360, VR, AR

  • Aux Etats-Unis, Netflix lance des expériences immersives permanentes (Variety)

STREAMING, OTT, SVOD

  • Le Netflix brésilien qui triomphe avec des valeurs ultraconservatrices (El Pais)
  • Comment Tubi est devenu le meilleur service de streaming gratuit en Amérique (The Guardian)
  • X souhaite produire davantage de docu-séries sportives pour les fans 'acharnés' (Axios)

INTELLIGENCE ARTIFICIELLE, DATA, AUTOMATISATION

  • Nvidia devient la société la plus valorisée au monde avec le boom de l'IA (The Guardian)
  • Une vidéo deepfake de Nigel Farage jouant à Minecraft 'bien sûr' pas réelle, selon le parti (The Guardian)

  • L'IA ne rapporte pas encore beaucoup d'argent aux entreprises de logiciels — pour l'instant (Bloomberg)
  • Au Japon, SoftBank lance une IA « anti-émotions » qui adoucit la voix des clients mécontents (SCMP)
  • Elle a remporté un prix pour des images générées par IA. Juste un problème : c'était une vraie photo (Washington Post)
  • ILya Sutskever, l'ancien scientifique en chef d'OpenAI, lance une nouvelle entreprise d'IA (TechCrunch)
  • Forbes menace Perplexity d'une action en justice pour plagiat de ses contenus (Axios)
  • OpenAI interdit, Apple cherche un partenaire IA sur le marché chinois (Wall Street Journal)

Superintelligence is within reach.

Building safe superintelligence (SSI) is the most important technical problem of our​​ time.

We've started the world’s first straight-shot SSI lab, with one goal and one product: a safe superintelligence.

It’s called Safe Superintelligence…

— SSI Inc. (@ssi) June 19, 2024

MONÉTISATION, MODÈLE ÉCONOMIQUE, PUBLICITÉ

  • TikTok lance des avatars IA pour les publicités alors que la FTC met en garde les entreprises contre cette pratique (404media)
  • Discord se refait une beauté pour attirer les marques et les marketeurs sur la plateforme et améliorer l'expérience utilisateur (Digiday)
  • Les annonceurs digitaux recherchent du "contenu haut de gamme" — mais sont en désaccord sur sa définition (Business Insider)
  • Elon Musk vole à Cannes pour reconquérir les annonceurs (Financial Times)

Kati Bremme et Alexandra Klinnik

 

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Liens vagabonds : L’ère du smartphone intelligent est-elle arrivée ?

Lors de la Worldwide Developers Conference (WWDC) d'Apple le 10 juin 2024, Apple a fait sensation avec l'annonce du lancement de « Apple Intelligence ». Cet événement marque un tournant majeur dans la stratégie technologique de l'entreprise, qui intègre désormais l'intelligence artificielle générative dans ses produits phares tels que l'iPhone, l'iPad et le Mac. Il était temps – ce n’est pas pour rien que l’année dernière, Wired titrait « Apple Ghosts the Generative AI Revolution ». L’une des fonctionnalités phares ? L’intégration de ChatGPT dans les produits Apple. Tim Cook, le CEO d'Apple, a déclaré : « Apple va transformer ce que les utilisateurs peuvent faire avec nos produits, et ce que nos produits peuvent faire pour nos utilisateurs ». Mais alors, est-ce vraiment si révolutionnaire ?  

Enjeux Économiques 

Apple a conclu un partenariat stratégique avec OpenAI pour intégrer ChatGPT dans ses programmes d'IA. Cette alliance permet à Apple d'améliorer significativement les capacités de Siri, rendant l'assistant vocal plus conversationnel et capable de traiter des requêtes complexes. L'objectif est de proposer une expérience utilisateur plus fluide et intuitive, ce qui pourrait renforcer la fidélité des utilisateurs et attirer de nouveaux clients. 

Aucun des deux acteurs n’a reçu d’argent dans l’affaire. Pourtant, le partenariat offre des avantages économiques importants pour les deux entreprises. Pour Apple, cela signifie une amélioration de ses produits sans coûts initiaux élevés. Pour OpenAI, l'accès direct à plus d'un milliard d'utilisateurs Apple constitue une opportunité commerciale majeure. Ces derniers auront accès à ChatGPT gratuitement, mais l’entreprise espère bien les convertir en abonnés payants pour ses services premiums.  

Si quelqu'un s'est opposé à cette collaboration, c'est bien Elon Musk. L'entrepreneur a menacé de bannir les produits Apple de ses entreprises si l'intégration d'OpenAI devenait trop intrusive : « Si Apple intégrait OpenAI au niveau du système d'exploitation, alors les appareils Apple seraient interdits dans toutes mes entreprises », a-t-il déclaré sur X. Selon Forbes, cette collaboration déplairait à Elon Musk car elle irait à l'encontre de ses intérêts personnels : « Étant donné le partenariat déjà profond d'Apple avec Google, qui implique l'offre exclusive de son moteur de recherche, il est logique que le prochain partenariat en matière d'IA soit avec Google et son moteur d'IA Gemini Gen. », explique le média. 

Impact sur les Utilisateurs 

La promesse d’Apple est de transformer l’expérience utilisateur grâce à l'intégration de l'IA générative dans ses produits. Siri, désormais alimenté par ChatGPT, pourra répondre à des requêtes plus nuancées et complexes, facilitant ainsi une interaction plus naturelle et efficace avec les appareils. La question de la protection de la vie privée peut alors se poser ? Les données des utilisateurs seront-elles partagées à OpenAI ? Apple affirme que les utilisateurs devront approuver l’envoi à ChatGPT d’une question, d’un document ou d’une photo pour que l’IA s’active.  L’entreprise aurait aussi obtenu d'OpenAI qu'il accepte de ne pas enregistrer les requêtes de ses clients sans demander la permission, protégeant ainsi leur vie privée.  

Les nouvelles fonctionnalités d'Apple Intelligence, comme la transcription et le résumé de contenus audio dans Notes et Téléphone, ainsi que la recherche avancée dans Photos, offrent une praticité accrue dans la gestion des informations personnelles. Ces innovations visent à rendre la technologie plus accessible et utile au quotidien, répondant mieux aux besoins individuels des utilisateurs. 

Fonctionnalités Phares 

  • Outils d'Écriture : Avec iOS 18, iPadOS 18 et macOS Sequoia, les utilisateurs peuvent réécrire, réviser et résumer des textes dans diverses applications comme Mail, Notes et Pages. 
  • Notifications Prioritaires : Les notifications les plus importantes sont mises en avant pour une gestion plus efficace. 
  • Transcription Audio : Les utilisateurs peuvent enregistrer, transcrire et résumer des contenus audios dans les apps Notes et Téléphone. 
  • Image Playground : Création rapide d'images amusantes avec des styles variés tels que Animation, Illustration et Sketch. 
  • Recherche Avancée dans Photos : Trouver des photos en les décrivant verbalement, facilitant ainsi la navigation dans les albums. 
  • Intégration de ChatGPT avec Siri : Siri peut utiliser les connaissances de ChatGPT avec l'approbation de l'utilisateur pour des réponses plus précises et informées. 

Apple Intelligence marque une étape importante dans l'évolution technologique de l'entreprise. On peut toutefois se poser des questions sur l’utilité réelle de toutes ses fonctionnalités. TechTrash souligne avec ironie : « tout un tas d’astuces pour résoudre les grands problèmes existentiels de nos vies ». La véritable révolution numérique est-elle vraiment pour aujourd'hui ? 

CETTE SEMAINE EN FRANCE

  • TF1 et M6 sous la menace d’un big bang dans le PAF (Agefi)
  • Françoise Joly, directrice de l’information de TV5Monde, convoquée à un entretien préalable à son licenciement (Le Monde)
  • Le journal « Sud Ouest » en grève reconductible contre un plan social (Le Monde)
  • RSF annonce le décès à 53 ans de son directeur général, Christophe Deloire (Le Figaro)
  • Comment le Rassemblement national a su tirer profit de TikTok (Télérama)
  • CMI, Libé, Editis… les multiples casquettes de Denis Olivennes lui rapportent gros (l’Informé)
  • Audiovisuel public : l’indépendance budgétaire menacée (Le Monde)
  • Le média Madmoizelle envisage de licencier l'intégralité de ses journalistes (La Lettre)

 

 

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3 CHIFFRES

LE GRAPHIQUE DE LA SEMAINE

Pourquoi les Américains utilisent-ils les médias sociaux ?


Source : Pew Research Center

NOS MEILLEURES LECTURES / DIGNES DE VOTRE TEMPS / LONG READ

  • Bienvenue à l'ère du smartphone A.I (New York Times)
  • Le potentiel impact « dévastateur » des AI Overviews de Google sur la visibilité des éditeurs révélé (Press Gazette)

Capture d'écran du New York Times

DISRUPTION, DISLOCATION, MONDIALISATION

  • Des éditeurs du monde entier affectés par la classification des actualités comme spam par Facebook (Press Gazette)

DONNEES, CONFIANCE, LIBERTÉ DE LA PRESSE,DÉSINFORMATION 

  • Le nombre de journalistes tués en Ukraine atteint 81 (Counteroffensive)
  • Une journaliste chinoise liée au mouvement #MeToo condamnée à cinq ans de prison (The Guardian)
  • Le journaliste américain Evan Gershkovich bientôt jugé en Russie pour "espionnage" (france24)
  • Le procès de X contre Media Matters devrait commencer en avril 2025 (Reuters)

LÉGISLATION, RÉGLEMENTATION

  • Droits voisins : la justice donne raison au groupe Le Figaro contre le réseau X (Le Figaro)
  • Meta met en pause ses plans de former une IA avec les données des utilisateurs européens, cédant à la pression réglementaire (TechCrunch)
  • Des chercheurs alertent sur le flou entretenu par certains grands acteurs de l'IA pour échapper à la règlementation européenne (Radboud University)

JOURNALISME

  • L'UER annonce ses demandes stratégiques sur l'IA générative et les médias (UER)
  • Le propriétaire de Business Insider a signé un énorme contrat avec OpenAI. ChatGPT ne crédite toujours pas les plus grands scoops du site (Nieman Lab)
  • La société sud-africaine Media24 ferme ses journaux (Moneyweb)
  • Le fiasco grandissant pour Will Lewis et le Washington Post (Politico)
  • Le plan de Yahoo Sports pour les Jeux Olympiques de Paris ? Une équipe de médaillés d'or comme correspondants (Hollywood Reporter)
  • Certains médias de droite paient le prix après avoir propagé des désinformations sur les élections de 2020 (NBC News)
  • Google signe un accord avec une organisation pour distribuer 100 millions de dollars aux entreprises de presse canadienne (The Canadian Press)

ENVIRONNEMENT

  • Silence des médias sur l'appel du chef de l'ONU à interdire les publicités pour le pétrole et le gaz (The Guardian)

RÉSEAUX SOCIAUX, MESSAGERIES, APPS

  • Comment les Américains obtiennent des informations sur TikTok, X, Facebook et Instagram (Pew Research Center)
  • Nous sommes en 2024. Elon Musk règne sur X. Et le monde politique est toujours accro (Notus)
  • Voodoo rachète le réseau social BeReal pour 500 millions d’euros (Le Figaro)
  • Les marques de mode sur mesure du Vietnam prospèrent à l'ère de TikTok (rest of world)

IMMERSION, 360, VR, AR

  • Apple va lancer le Vision Pro sur les marchés internationaux (Techcrunch)

STREAMING, OTT, SVOD

  • Alerte à la streamflation : Pourquoi les prix des abonnements augmentent soudainement (encore) (The Hollywood Reporter)
  • D'après Netflix, “l'univers de Bridgerton” a généré 275 millions de livres sterling pour l'économie britannique (The Guardian)

AUDIO, PODCAST, BORNES

  • Spotify annonce la création d'une agence créative interne et teste des publicités avec des voix générées par intelligence artificielle (TechCrunch)
  • Spotify, les auteurs-compositeurs veulent que vous réussissiez. Pourquoi continuez-vous à leur faire du mal ? (Variety)

INTELLIGENCE ARTIFICIELLE, DATA, AUTOMATISATION

  • Les hackers ciblent les utilisateurs d'IA pour protester contre le "vol d'art" (404media)
  • Elon Musk retire sa plainte contre OpenAI et le PDG Sam Altman (Axios)
  • Les coachs de carrière en intelligence artificielle de LinkedIn sont maintenant disponibles (Wired)
  • Un nouvel outil d'IA qui mesure avec précision la taille des foules met en lumière les protestations qui agitent le Brésil (rest of world)
  • Amazon débloque 230 millions de dollars pour soutenir des start-up dans l’IA (amazon)
  • OpenAI aurait doublé son chiffre d’affaires en six mois (Information)

MONÉTISATION, MODÈLE ÉCONOMIQUE, PUBLICITÉ

  • Pour les éditeurs de nouvelles et les sites tech cherchant à engager les utilisateurs, les jeux sont une affaire sérieuse (New York Times)

 

Kati Bremme, Alexandra Klinnik et Aude Nevo

 

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Liens vagabonds : Google veut révolutionner notre travail, OpenAI, notre vie

« Les robots conversationnels ont-ils franchi une nouvelle frontière cette semaine ? » Pour la communauté commentatrice de l'actualité IA, il n'y a aucun doute. Lundi et mardi, les deux géants de l’IA générative se sont affrontés en dévoilant leurs nouveautés lors de leurs conférences de presse respectives. Les objectifs des deux entreprises diffèrent légèrement. Bien que ces outils soient destinés à s’immiscer encore plus dans notre quotidien, ce ne sera sans doute pas de la même manière. 

ChatGPT veut révolutionner notre vie  

  • De son côté, OpenAI a dévoilé lundi 13 mai la nouvelle version de son assistant : ChatGPT-4o. Et surprise, il ne s’agit pas d’un chatbot ordinaire. Son abréviation « o » provient du mot anglais « omni », c’est-à-dire multimodal en français. Il s’agit donc d’un modèle capable de traiter du texte, de l'audio et des images en temps réel. 
  • Toutefois, il ne s’agit pas d’un nouvel outil comme Alexa ou Siri. La véritable révolution réside dans sa capacité à tenir une véritable conversation comme utiliser des onomatopées, faire des blagues, imiter une émotion (à la façon du film Her), permettre à l'utilisateur d'interrompre ou de changer totalement de sujet. « Parler à un ordinateur ne m'a jamais semblé vraiment naturel ; maintenant, c'est le cas », s’est félicité Sam Altman, PDG d'OpenAI. 
  • Auparavant, les assistants vocaux, y compris ChatGPT, pouvaient déjà répondre à des questions. Aujourd'hui, elle est fait en temps réel, et avec le sourire (en tout cas dans la vidéo démo).
  • S’il était déjà possible de prendre une photo de notre frigo avec ChatGPT4, il est désormais possible de prendre son téléphone pour filmer directement notre environnement et le montrer à l’IA. Elle comprend le contexte et peut décrire des scènes en temps réel, comme « décris-moi la ville ». 
  • La version de ChatGPT-4o est progressivement déployée pour les utilisateurs gratuits. Toutefois, le nouveau mode vocal n’est pas encore intégré à l’application. Difficile donc de vérifier s’il est à la hauteur des promesses marketing de la start-up. Sam Altman a en effet expliqué dans un tweet : « le nouveau mode vocal n'a pas encore été livré (bien que le mode texte de GPT-4o l'ait été). Ce que vous pouvez actuellement utiliser dans l'application est l'ancienne version ». 
  • Demain, ce sympathique assistant nous lira-t-il une sélection de news (fabriquées elles-mêmes par une IA ?)

Démonstration des capacités de ChatGPT-4o par OpenAI 

Gemini 1.5 veut révolutionner notre travail 

  • Mardi 14 mai, c’est au tour de Google de montrer une série de nouveautés au cours de sa conférence de presse. La promesse ? intégrer son IA Gemini 1.5 dans toutes ses gammes d’outils.
  • Cette innovation révolutionnera notre façon de travailler. Google bénéficie de l'avantage (comme Microsoft) d'avoir déjà des outils déployés dans les entreprises et sur les ordinateurs personnels. L'IA pourra analyser nos courriels et nous aider à organiser notre agenda par exemple. 
  • À partir de cette semaine, les utilisateurs aux États-Unis découvriront les résumés par IA dans leur moteur de recherche Google au-dessus des liens vers les sites web. Une nouveauté qui risque d’accentuer encore plus les inquiétudes des éditeurs de site web (une bataille des droits voisins puissance 10 est déjà en cours).
  • Enfin, Google a dévoilé son projet « Astra », assistant vocal multimodal voulant faire concurrence ChatGPT-4o. Si Astra ne montre pas encore d’émotion, Google souhaite améliorer son agent dans les prochaines semaines. 

Démonstration du projet Astra par Google 

Révolution technologique ou simple coup de communication ? 

Alors, demain, rira-t-on avec les robots pour mieux vivre avec eux, comme nous l'annonçait Laurence Devillers déjà en 2015 ? Ce qui semble être une promesse technologique révolutionnaire doit néanmoins être nuancé. Les assistants conversationnels d’OpenAI et de Google affichent toujours un taux d’erreur d’environ 20 %. Il reste donc primordial de vérifier les informations fournies avec d'autres sources. De plus, pour Benoit Raphael, journaliste expert en IA, « la hype de l'IA générative semble avoir atteint un plateau », tant en termes d’utilisateurs qu’en termes techniques. Il explique : « GPT-4o, le nouveau modèle d'OpenAI, est à peine meilleur que GPT-4, même s'il est plus rapide. Aujourd'hui, la plupart des modèles se valent ». Le principal enjeu est maintenant le marketing (plusieurs vidéos sur YouTube ont d'ailleurs transformé cette semaine en battle entre les deux géants)...

Mais ces entreprises sont bien en train de construire un avenir où les modèles d'IA recherchent, vérifient et évaluent les informations pour nous fournir une réponse concise à nos questions. Et pour Melissa Heikkilä, journaliste experte IA au MIT, "Encore plus qu'avec des chatbots plus simples, il est judicieux de rester sceptique par rapport à ce qu'ils vous disent".

CETTE SEMAINE EN FRANCE

  • Une future entreprise unique de l’audiovisuel public sans France Médias Monde (Le Monde)
  • Le journal gratuit «20 Minutes» va supprimer son édition papier, 56 postes menacés (Libération)
  • Fréquences TNT ; plusieurs nouveaux entrants veulent lancer leur chaîne télé (Les Echos)
  • Streaming vidéo, IA... La France veut réduire le coût environnemental des services des géants du numérique (Le Figaro)
  • Le blocage de TikTok dans un territoire d'outre-mer crée un « dangereux précédent », avertissent les critiques (Politico)
  • Cannes : TikTok sur le tapis rouge (France Culture)

3 CHIFFRES

  • Selon des données collectées par Ecoprod, l’impact moyen d’un long-métrage de cinéma est de 188,7 tonnes CO2-équivalent, soit une centaine de voyages aller-retour en avion entre Paris et New York.
  • Au premier trimestre 2024, les recettes publicitaires nettes de l’ensemble des médias s’élèvent à 3,996 milliards d’euros, soit une hausse de 3,8 % par rapport au premier trimestre 2023, selon le Baromètre unifié du marché publicitaire (BUMP).
  • Les responsables de l'information sont légèrement plus optimistes quant à l'impact de l'IA. Un peu plus de la moitié des personnes interrogées (52 %) ont déclaré être « optimistes » ou « très optimistes » quant à l'effet qu'aura l'IA sur leur entreprise d'ici quelques années, d'après WAN-IFRA.

LE GRAPHIQUE DE LA SEMAINE

Les renvois vers les sites d'infos en provenance de Facebook ont chuté de 50 % en un an

Source : Mediapost

NOS MEILLEURES LECTURES / DIGNES DE VOTRE TEMPS / LONG READ

  • « Au début, on se fait agresser et à 45 ans, on est trop vieille pour travailler » - la misère secrète des femmes travaillant à la télévision (The Guardian)
  • Les moteurs de réponses remplacent les moteurs de recherche : carnage attendu pour les éditeurs (Washington Post)
  • Les liens rompus de Google avec le web (Platformer)
  • Comment les streamers de Twitch pourraient influencer les élections de 2024 (Wired)

Capture d'écran : Washington Post

DISRUPTION, DISLOCATION, MONDIALISATION

  • Les adolescents qui se lient d'amitié avec les chatbots d'IA (The Verge)
  • Le PDG de YouTube : il est temps que les Emmys s'intéressent aux créateurs (Hollywood Reporter)

DONNEES, CONFIANCE, LIBERTÉ DE LA PRESSE,DÉSINFORMATION

  • L'IA me ment-elle ? Les scientifiques mettent en garde contre une capacité de tromperie croissante (The Guardian)
  • « Goodbye, Delhi » : forcée à partir après 25 ans en Inde, la correspondante de « La Croix » raconte (La Croix)
  • Un tribunal guatémaltèque ordonne la libération d'un journaliste emprisonné depuis près de deux ans pour blanchiment d'argent (AP)
  • Comment le gouvernement indien utilise les lois pour réduire au silence et intimider les journalistes (ijnet)

LÉGISLATION, RÉGLEMENTATION

  • Le gouvernement français a-t-il le droit d’interdire TikTok en Nouvelle-Calédonie? (Le Figaro)
  • La Quadrature du Net attaque en justice le blocage de TikTok en Nouvelle-Calédonie (Quadrature du Net)
  • Après TikTok et X, Facebook et Instagram accusés par Bruxelles d'attenter à la santé mentale des enfants (Les Echos)

JOURNALISME

  • La nouvelle série spin-off de The Office prendra place dans un journal local en difficulté (Washington Post)
  • Sous-payé et sous-évalué : Ce que c'est que d'être un étudiant journaliste palestinien à l'heure actuelle (Teen Vogue)

STORYTELLING, NOUVEAUX FORMATS

  • TikTok teste le téléchargement de vidéos de 60 minutes et continue de s'attaquer à YouTube (TechCrunch)

ENVIRONNEMENT

  • « Permacomputing » : la discrète communauté qui défend des outils numériques libres, sobres et décroissants (Le Monde)
  • Sous l'eau, Correio do Povo couvre la tragédie humaine des inondations dans le sud du Brésil (Latin American Journalism Review)
  • Comment les compagnies pétrolières manipulent les journalistes (Drilled)
  • Les déserts d'information occultent l'ampleur des catastrophes climatiques (The Nation)

RÉSEAUX SOCIAUX, MESSAGERIES, APPS

  • L'utilisation d'Internet est statistiquement associée à un plus grand bien-être, selon une nouvelle étude mondiale d'Oxford (University of Oxford)
  • Threads teste un flux semblable à TweetDeck (The Verge)
  • Pourquoi Jack Dorsey a abandonné Bluesky (The Washington Post)
  • Les réseaux sociaux chinois effacent les messages « ostentatoires de richesse et de glorification de l'argent » (The Guardian)
  • Comment WhatsApp est devenu une machine de campagne en Inde (Rest of World)
  • Reddit et OpenAI créent un partenariat (Reddit)
  • Twitter est officiellement X. com maintenant (The Verge)

 

Publié par @zuck
Voir dans Threads

 

IMMERSION, 360, VR, AR

  • Stanford vient-il de créer le prototype des lunettes AR du futur ? (The Verge)

STREAMING, OTT, SVOD

  • Qu'est-ce qu'on regarde à la télé ? Pour de nombreux Américains, c'est YouTube (Wall Street Journal)
  • Le retour des bouquets (The Atlantic)
  • Pour le marché du film de Cannes, les conditions sont mûres pour le succès après les premières années de pandémie (Reuters)

AUDIO, PODCAST, BORNES

  • Sony Music met en garde les entreprises technologiques et les diffuseurs de musique contre l'utilisation de ses artistes par l'IA (Financial Times)
  • Spotify est accusé de violation du droit d’auteur par une association américaine (Billboard)

Web3, BLOCKCHAIN, CRYPTO, NFT

  • L'Oklahoma adopte un projet de loi historique protégeant les droits des utilisateurs de Bitcoin (Forbes)

INTELLIGENCE ARTIFICIELLE, DATA, AUTOMATISATION

  • Le cofondateur d'OpenAI, Ilya Sutskever, annonce son départ (New York Times)
  • Claude d’Anthropic propose maintenant son propre générateur de prompts (Anthropic)
  • Google et OpenAI se livrent une bataille pour remodeler Internet (The Verge)
  • ChatGPT sera capable de vous parler comme Scarlett Johansson dans Her (The Verge)

You can now generate production-ready prompts in the Anthropic Console.

Describe what you want to achieve, and Claude will use prompt engineering techniques like chain-of-thought reasoning to create more effective, precise and reliable prompts. pic.twitter.com/TqylVRkfP5

— Anthropic (@AnthropicAI) May 10, 2024

MONÉTISATION, MODÈLE ÉCONOMIQUE, PUBLICITÉ

  • Comment la publicité télévisée a perdu de son importance (Wall Street Journal)
  • Les groupes de presse britanniques mettent en garde Apple contre les projets de blocage des publicités (Financial Times

Kati Bremme, Alexandra Klinnik et Aude Nevo

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CES 2024 : L’IA pour tous, tous ensemble

C'était prévisible : un peu plus d'un an après le lancement de ChatGPT, le Consumer Electronics Show de 2024 a célébré le centenaire de l’association organisatrice, en mettant à l'honneur l'intelligence artificielle. Le thème a attiré les foules : 135 000 visiteurs se sont empressés aux stands pour mieux comprendre comment intégrer les avancées de l'IA générative dans les appareils du quotidien, du réfrigérateur au téléviseur, en passant par le maquillage. ChatGPT s’installe au volant, Alexa, boosté par les LLM, gagne en intelligence (bien qu’il reste du chemin à parcourir) et s’intéresse à l'actualité. La Corée du Sud était présente massivement, avec son métavers axé sur l'apprentissage et le divertissement. Et dans une démarche durable, des innovations des éditions précédentes ont été remises au goût du jour, avec en vedette Ballie de Samsung, l'assistant intelligent connecté déjà dévoilé en 2020.

Par Kati Bremme, Directrice de l’Innovation, Vincent Nalpas, Directeur Innovation Produits et Yves-Marie Poirier, Ingénieur direction de l’Innovation

Ces dernières années, le CES s'était peu à peu muté en salon de l'automobile, jusqu’aux tracteurs connectés. Cette année, il devient salon des médias, avec l’intégration dans les véhicules d’écrans de plus en plus impressionnants et d’interfaces (vocales) toujours plus intelligentes. D'ailleurs, comme l'a souligné Gary Shapiro lors de la conférence d'ouverture, ici, les défis sont identiques à ceux de l'Europe : trouver l’équilibre délicat entre réglementation et innovation, au bénéfice des consommateurs... et des constructeurs. Aux États-Unis, on n'oublie pas que "Money makes the World go round".

BlueAnt Soundblade, une barre de son placée sous l'écran qui promet de révolutionner l'expérience audio et visuelle sur le bureau

Le CES reste aussi le lieu de ce que l'on appelle les vaporware, les grandes promesses qui s'évanouissent rapidement. Le CES, c’est un show TV, un salon de l'automobile, un salon de la maison intelligente et un salon pour à peu près tous les autres types de technologie. Voici nos inspirations de retour de Las Vegas.

Les objets intelligents plus ou moins utiles

Retour dans le futur : Nous sommes en 2024 et les téléphones portables à touches semblent être redevenus cool. Clicks, qui propose une coque d'iPhone avec un clavier est probablement le gadget qui a suscité le plus d'excitation sur les médias sociaux avant le CES. Que ce soit en raison d'une nostalgie évidente pour le BlackBerry, de la couleur vive ou parce qu'un clavier physique peut être vraiment utile pour les personnes qui ont des problèmes avec les claviers tactiles, par exemple en raison d'une déficience visuelle.

Come by Showstoppers @CES #CES2024 to get your thumbs on Clicks for #iPhone! pic.twitter.com/ro9lO2VHGj

— Clicks (@clickskeyboard) January 10, 2024

Rabbit R1 est un autre appareil qui a fait du buzz sur les réseaux sociaux (10.000 ventes en 24 heures suite à sa présentation), Pourtant, on a un peu de mal à comprendre son dessein :  appareil vocal intelligent, 2 fois plus petit qu'un smartphone et sans applications, il fonctionne entièrement à la voix et fournit des retours soit visuels, soit sonores. En quelque sorte, un talkie-walkie IA. Pour Jesse Lyu, le fondateur de Rabbit: "It's that simple". Et Rabbit n'est pas simplement un assistant Alexa-Siri avec IA : via un portail web appelé The Rabbit Hole (évidemment), le R1 peut être connecté à différents services.

 

This pocket-friendly, walkie-talkie-style-operated, touch screen with 360° camera and analogue scroll wheel is keen to unleash its rabbits (a series of automated scripts) to carry out your daily mundane tasks. @JulianChokkattu gives us the full rundown on the Rabbit R1. #CES2024 pic.twitter.com/lwgeYCUgpW

— WIRED (@WIRED) January 11, 2024

À côté des robots-chiens de Boston Dynamics, qui se déplacent (accompagnés) entre les halls du salon, on a donc retrouvé Ballie, objet mignon au nom mignon, et LG avec le LG AI Agent, également très mignon, mais au nom très basique, qui ressemble à un petit chien avec des écouteurs. On peut s'imaginer ces deux robots comme une Alexa sur roulettes. A propos d'Alexa, Amazon va bien sûr également intégrer les avancées des LLM dans Alexa (avec laquelle la conversation reste à ce jour assez pénible). Selon nos entretiens au CES, l’entreprise a en tête des contenus d’actualité résumés « alimentés par des sources fiables ». Le produit sera lancé en 2024 aux Etats-Unis, y compris avec des contenus européens. Affaire à suivre.

Les CES vient aussi avec son lot de voitures volantes (comme chaque année, sans jamais les voir arriver dans la vraie vie) :  La société DTA présentait l’« Evitol » premier véhicule électrique volant entièrement autonome à destination des particuliers et professionnels qui promet de se déplacer simplement d’un point à un autre, en rentrant les coordonnées GPS du point d’arrivée. Il permet de transporter deux personnes pour un poids de 180 KG sur une distance de 200 KM. Ce véhicule sera commercialisé à partir de 2026 au prix de 200 000€.

Supernal, de son côté, la division eVTOL du constructeur automobile Hyundai, affirme que son concept S-A2 peut rouler à 120 miles par heure et atteindre une altitude de 1 500 pieds. La capacité de la batterie est suffisante pour les trajets de 25 à 40 miles que les hélicoptères effectuent couramment entre les centres-villes et les aéroports pour les hommes d'affaires fortunés. La société affirme que son "avion" "fonctionne aussi silencieusement qu'un lave-vaisselle", émettant 65 décibels lors des phases de décollage et d'atterrissage à la verticale et 45 dB en croisière à l'horizontale. Et si ce modèle paraît familier, c'est parce que l'entreprise a présenté un même prototype au CES en 2020.

Vu également au LVCC, la très impressionnante première voiture volante « L’Aeroht eVTOL Flying Car» du constructeur Chinois XPeng, permettra de se déplacer sur des distances de 20 km à la vitesse de 60 km/h. Elle devrait être commercialisée fin 2025 et son prix n’est pas encore connu.

Pendant ce temps, Samsung présente aussi un téléphone qui se plie dans les deux sens ("Flex In & Out"), et les écrans deviennent de plus en plus transparents.

Des téléviseurs toujours plus grands et toujours plus lumineux…

Cette édition du CES 2024 n’a pas dérogé à la règle du « toujours plus » ! Ainsi TCL a dévoilé un écran de 115 pouces miniLED (292 cm de diagonale) qui en fait le plus grand écran du monde. Celui-ci devrait être commercialisé au premier semestre 2024. Samsung a annoncé le lancement d’une nouvelle gamme de téléviseurs microLED (de 76 pouces à 140 pouces) qui sera commercialisée en début d’année 2024 (compter 1000 €/pouce).

Samsung MicroLed

LG annonce équiper sa gamme de téléviseurs OLED 2024 « M4 & G4 » du nouveau processeur Alpha 11 AI au profit d’une optimisation de l’image et du son et qui permet notamment aux écrans de passer de 120 à 144 HZ avec une certification G-Sync.

LG et Samsung dévoilent leurs écrans transparents

Sans doute destinés aux professionnels dans un premiers temps, et à des prix qui restent prohibitifs (jusqu’à 150 000 € ) ces écrans (MicroLED pour Samsung et OLED T pour LG) permettent d’afficher, en transparence, un décor ou une animation avec une qualité d’image exceptionnelle ! Ces écrans permettent également de retrouver l’usage de la télé traditionnelle grâce à un système d’opacification de la dalle. L’écran LG sera disponible à la vente fin 2024 et celui de Samsung n’est pas encore annoncé.


Ecrans 3D sans lunettes

Les écrans 3D sans lunettes sont de retour cette année. En plus de Leia Inc présente l’année dernière, des constructeurs comme Samsung et TCL présentent des moniteurs gaming permettant de voir ses jeux et films en relief sans porter de lunettes ou casque. 

Le CES reste un salon de l’auto 2.0 où les entreprises comme Sony et Samsung présentent leurs futurs systèmes d’infodivertissement embarqués dans les voitures. Concernant la partie intelligence artificielle, ces deux sociétés ont annoncé leur collaboration avec Microsoft sur les sujets de la data et l’IA dans le domaine de la voiture autonome. TCL, Panasonic, LG ont également dévoilé leurs visions de l’intégration des téléviseurs dans les tableaux de bords des voitures et pour les passagers.

Le métavers, pour l’industrie

Pour Dr. Roland Busch, président et CEO de Siemens, 2024 est un point tournant : on peut construire et utiliser les technologies plus vite que jamais parce que nous pouvons combiner réel et digital en donnant, entre autres, accès à des talents à travers le monde virtuel.

Pour lui, le métavers industriel est un monde virtuel, un espace immersif où les humains et les IA peuvent collaborer en temps réel pour résoudre les problèmes du monde réel, un lieu qui combine le réel et le numérique, pour accélérer l'innovation. On peut y simuler ce que l’on veut à moindre coût, avant de le construire dans le monde réel, tout en utilisant moins de ressources naturelles.

Dr Roland Busch lors de sa keynote Siemens

L’entreprise en a fait la démonstration à travers l’exemple de la construction d’une usine, avec une première version en jumeau numérique (mais qui peut bien sûr s’appliquer sur tout autre sujet) : les capacités de production sont augmentées de 200%, l’efficacité de 20%, et la consommation d’énergie y est de moins 20%.

A propos de métavers, dans une des tables rondes, Dan Reed, le COO de Meta Reality Labs, a mis en avant l’importance de l’interaction sociale dans son espace immersif (qui ne semble toujours pas mort). Pour lui, des plateformes comme Roblox sont massivement adoptées dans les casques Quest, et l’évolution du monde digital ne s’arrête pas au smartphone : les lunettes connectées (également vues chez Amazon, entre autres) sont un moyen d’ajouter une interaction avec des informations bien plus étendues qu’un simple écran. Il les a d’ailleurs fièrement présentées sur scène.

Dan Reed, COO de Meta, avec Nickole Tara, Cirque du Soleil

Le virtuel s'immisce en tout cas aussi de plus en plus dans la production, exemple avec Sony Extended Reality. Smode Japan, filiale de la société française Smode Tech, a pour cela apporté son soutien à Sony. En s'appuyant sur la technologie XR, qui permet aux utilisateurs de fusionner les mondes réel et virtuel, Smode XR facilite la création et l'étalonnage d'expériences immersives pour les tournages de productions virtuelles, ainsi que pour les émissions de télévision, les films et les événements en direct.

Smart lunettes, casques et expériences immersives

Les lunettes connectées et casques de réalité mixte étaient bien présents également sur le salon. TCL montre ses lunettes RayNeo Air 2 et les décrit comme un moniteur portable géant compatible avec tout type de console ou de devices. Xreal présente des lunettes de réalité augmentées Xreal Air 2 Ultra en mettant en avant un écosystème virtuel “spatial” modulable basculant entre travail et divertissement, permettant d’afficher tout un ensemble de fenêtres virtuelles et de faire du “spatial computing”, terme devenu clef voulant regrouper les termes AR, VR, XR des années précédentes.

Les sociétés comme LetinAR ou Cellid présentent quant à elles des prototypes de verres avec des écrans toujours mieux intégrés qui permettent d’imaginer qu’on se rapproche de plus en plus de lunettes connectées qui aient sensiblement la même forme et un poids similaire à des lunettes traditionnelles.

MeganeX superlight

Shiftall (Panasonic) présente également un prototype de sa nouvelle version de casque de réalité virtuelle PCVR MeganeX, plus léger et confortable. Sony a dévoilé un partenariat avec Siemens pour produire un nouveau casque de réalité virtuelle, sans nom officiel pour l’instant, ciblant contrairement au PSVR 2 une cible professionnelle. Le casque, accompagné d’une bague et d’un contrôleur, est conçu pour le design et l’ingénierie, et peut être utilisé de façon autonome ou connecté à un ordinateur.

Bague connectée

Dans les objets connectés il y a également cette année l’arrivée des premières bagues connectées de la société chinoise RingConn permettant de monitorer la santé de leurs porteurs sur les mobiles.

Création/Génération d’expérience immersive

Afin de créer les expériences que les consommateurs verront à l’avenir dans tous ces appareils immersifs, plusieurs innovations autour de la génération de contenus 3D étaient présentes. Sony remet en avant ses filiales HawkEye et BeyondSports qui créent des expériences immersives notamment sur Roblox, grâce à des données capturées pendant des évènements sportifs. Sony présente également les expériences créées par sa filiale musicale sur Roblox et Fortnite. Canon a mis en avant son système de captation de terrain de basket en vidéo volumétrique permettant de suivre un match en direct suivant n’importe quel angle sur mobile ou en réalité mixte.

La génération (grâce à l’intelligence artificielle) de contenu 3D était également présente dans les allées de l’Eureka Park, la zone “Start-Up” du CES. Chat3D propose de générer des modèles 3D à partir de prompt et travaillerait déjà avec des grands noms du monde du jeu vidéo pour accélérer leurs process. Nation A, une société coréenne propose elle de générer des animations pour des personnages 3D et il semblerait que cela soit très utilisé chez les créateurs de jeux Roblox. Les avatars étaient également présents et on notera par exemple la société COprésence présente au pavillon Suisse dont la technologie permet de créer des avatars très réalistes et d’animer leurs visages en temps réel en se filmant avec une caméra.  

Et s’il n’y a pas encore suffisamment de contenus 3D, les sociétés comme Leia et son logiciel LeiaPix ou encore Owl3D proposent de nouveaux outils pour convertir les films et les vidéos 2D vers la 3D grâce à l’IA.

Demain, des Turbo-Humains ? 

Dans le futur, nous serons tous un peu des cyborgs, du moins si l'on en croit certains des exposants du CES. Les Moonwalkers de Shift Robotics en sont un bon exemple. Ils ressemblent à des patins à roulettes aux allures de Starlight Express, mais sont plutôt un accélérateur pour notre propre démarche. On y monte avec des chaussures de ville, on marche normalement et, sous le contrôle de l'intelligence artificielle - comme il se doit pour le CES 2024 - les roulettes assurent une vitesse de marche trois fois plus élevée, sans risque de basculer en avant : Les boots s'adaptent à votre démarche.

Photo : Shift Robotics

L'IA s'associe aussi à la Santé : parmi toutes ces sociétés, SQUAREMIND, start-up Parisienne, propose, en première mondiale, un robot dont l’objectif consiste à numériser, à très haute résolution l’intégralité de la peau en quelques minutes. Une IA permet de mettre en évidence les évolutions significatives des différents grains de beauté entre deux visites. Cette solution, qui a sollicité 4 ans de R&D, permettra d’augmenter les capacités diagnostiques des médecins dans le cadre du dépistage du cancer de la peau. Elle devrait être commercialisée en fin d’année 2024. La société IVès, de son côté, propose une solution de chatbot basée sur une IA capable de répondre, en temps réel, à une question d’utilisateur posée en langage des signes. La réponse est également apportée en langage des signes par un avatar.

Des partenariats pour survivre dans un monde en crise

Dans un monde en pleine crise, les partenariats entre entreprises sont un moyen de survie stratégique. Les associations et partenariats entre industriels étaient en pléthore au CES 2024 :

Intérieur Sony Afeela

Sony et Honda unissent leurs forces pour créer la voiture électrique Afeela, Volkswagen, de son côté, innove en intégrant un chatbot ChatGPT dans ses véhicules, tandis que L'Oréal s'associe à Alphabet pour développer Hapta, un dispositif rendant le maquillage accessible aux personnes en situation de handicap. Delta Airlines permet à ses clients de payer un café avec des miles accumulés, et Mercedes Benz collabore avec Will.i.am pour créer une expérience musicale immersive adaptée au style de conduite, transformant ainsi la voiture en orchestre symphonique. Mercedes-Benz, toujours, veut aussi, avec l'aide des graphismes de jeu haute résolution de Unity, réinventer l'assistant vocal "Hey Mercedes" en lui conférant une nouvelle dimension visuelle. Ola Källenius, le PDG de Mercedes-Benz, a déclaré : « Mercedes-Benz réinvente l'expérience numérique des passagers en tirant parti de l'intelligence artificielle pour offrir une interaction semblable à celle d'un humain avec l'assistant virtuel intelligent MBUX.


L'expérience de shopping se réinvente avec Walmart, dont le président et CEO Doug McMillon annonce une révolution par l'IA, marquant potentiellement la fin des supermarchés tels que nous les connaissons. La compagnie a présenté une application utilisant des modèles de langage avancés, permettant une recherche par cas d'usage plutôt que par des requêtes spécifiques, rivalisant ainsi avec la nouvelle expérience de recherche générative de Google (SGE, Search Generative Experience). Cette innovation offre une personnalisation poussée, où, plutôt que de fournir une liste de courses précise, on pourra demander au chatbot "Que faut-il pour ma prochaine fête d'anniversaire". McMillon a aussi mis en lumière le partenariat avec Microsoft, en invitant Satya Nadella sur scène lors de sa keynote, révélant l'utilisation conjointe de modèles de langage OpenAI Azure et de modèles spécifiques à la vente au détail de Walmart.

Partenariat AWS + Siemens

AWS et Siemens se sont aussi retrouvés ensemble sous les feux de la rampe lorsque Matt Wood, vice-président des produits, a rejoint Roland Busch, PDG de Siemens Global, sur scène lors de la conférence d'ouverture pour expliquer comment les deux entreprises facilitent l'accès aux outils d'IA générative dans tous les secteurs d'activité. Siemens intègre Amazon Bedrock - un service qui offre un choix de modèles de base très performants de grandes entreprises d'IA via une API unique, ainsi que des capacités en matière de sécurité, de confidentialité et d'IA responsable - à Mendix, la principale plateforme à code bas qui fait partie du portefeuille Siemens Xcelerator. Cela permettra à un plus grand nombre de clients de créer, de mettre à l'échelle et d'optimiser les applications existantes avec la puissance de l'IA générative sur AWS.

La célèbre Martha Stewart, de son côté, s'est associée avec Samsung, pour proposer un show culinaire SmartThings

@marthastewart What’s better than @samsungUS #SmartThings kitchen innovations at #CES2024? ♬ G.A.B - Official Sound Studio


Apple a annoncé que la nouvelle expérience CarPlay serait différente dans chaque véhicule, avec une interface et un design spécifiques, et des fonctionnalités qui pourraient évoluer selon le moment de la journée, en citant Porsche comme exemple lors de cette présentation.

Le service de streaming live TuneIn a, de son côté, mis en place des partenariats avec presque tout le monde : il rassemble des sports, des actus, de la musique, des podcasts et des radios du monde entier. Avec plus de 75 millions d'utilisateurs actifs par mois, TuneIn est l'une des plateformes de streaming audio les plus utilisées au monde. TuneIn diffuse plus de 100 000 stations de radio détenues, opérées et partenaires. Avec une distribution de premier plan sur plus de 200 plateformes et appareils connectés, TuneIn permet aux auditeurs d'écouter ce qu'ils aiment, où qu'ils se trouvent. Les abonnés à TuneIn Premium bénéficient d'un accès exclusif à des informations sans publicité de grands réseaux comme CNN, Fox News Radio, CSPAN, MSNBC, CNBC et Bloomberg, ainsi qu'à des retransmissions en direct de MLB, NFL, NHL et à des programmes sportifs universitaires et des chaînes de musique sans publicité. Au CES, TuneIn a annoncé offrir son service de radio aux téléviseurs intelligents VIZIO.

Amazon FireTV s'apprête à lancer ses chaînes en 2025 avec un modèle FAST, offrant une expérience gratuite et soutenue par la publicité. L'objectif est de rassembler des vidéos courtes dans un flux unique sur les TV et les produits Alexa, avec des pages d'accueil éditorialisées et un partage des revenus. Un contrat unique avec chaque source est recherché pour les droits globaux, et des partenariats comme celui récemment annoncé avec Panasonic sont essentiels pour la distribution du matériel FireTV Stick, qui continue de bien se vendre. Alexa et Character AI offriront aussi bientôt aux utilisateurs la possibilité de "parler" avec différentes personnalités, de Socrate à Elon Musk, apportant "une dimension plus humaine et interactive à l'expérience utilisateur".

Les téléviseurs LG se transformeront bientôt en centres de commande pour la maison intelligente Google Home, comme annoncé lors de la conférence de presse CES de LG. Erik Kay de Google y a été invité sur scène, pour expliquer que les téléviseurs LG agiront comme des contrôleurs pour Google Home, permettant de configurer et de contrôler les dispositifs Matter, ainsi que de voir et de contrôler les appareils LG, Google et Google Home directement depuis le téléviseur ou l'application ThinQ.

Sonos, enfin, cherche à améliorer son intégration avec Spotify, percevant les options actuelles comme très limitées, notamment parce que la plupart des services de musique en streaming ne sont pas lucratifs et ne peuvent pas utiliser la publicité.

Côté politique, le Bureau du Gouverneur de Pennsylvanie s'associe avec OpenAI pour intégrer ChatGPT Enterprise, ce qui en fait le premier État américain à adopter cette initiative. L'objectif ? Améliorer l'efficacité à tous les niveaux. Dans un premier temps, le Bureau de l'Administration utilisera ChatGPT pour des tâches telles que la simplification du langage de politique publique dépassé, la rédaction de descriptions de postes, la résolution de problèmes de redondance dans les politiques internes des employés, la génération de code, entre autres applications.

Le marketing à l'ère de l'IA

Lors de tables rondes très prisées par les professionnels de divers secteurs, une question revient souvent : comment l'intelligence artificielle générative influence-t-elle notre façon de travailler ? Pour le Weather Channel, qui repose sur les données et prévisions météorologiques depuis des années, l'IA promet de rendre le storytelling encore plus captivant. Dès 2015, Nora Zimmet s'est penchée sur les plateformes de jeux vidéo pour mieux cerner les attentes du public. L'IA générative devrait permettre de fournir des contenus plus locaux, plus ciblés et encore plus pertinents.

Il est largement reconnu que l'IA devrait être utilisée comme un outil, et non comme un jouet. Elle est destinée à renforcer la créativité et incarne la technologie du « Et si ? » (What if). L'IA accélère aussi le passage d'une mentalité de diffusion large (broadcasting) à une diffusion personnalisée (narrowcasting).

Evan Spiegel, fondateur de Snap, a souligné comment sa société se distingue de ses concurrents : les services de messagerie remplaceront-ils les réseaux sociaux traditionnels ?

Michael Kassan de MediaLink a clôturé chaque table ronde en résumant ses « Media Links T's and C's » (Terms and Conditions) : T pour trust (confiance), transparency (transparence), technology (technologie), talent (talent) et transformation (transformation). C pour content (contenu), commerce, culture, creativity (créativité), community (communauté), creation (création) et curation. La curation, dans ce contexte, signifie faire face à un excès de choix tout en augmentant la commodité.

La maîtrise d'une marque poussée à ses limites, sur une table au CES 2024

Lors de la table ronde dédiée à la guerre du streaming, Roku était l'invité vedette, définissant le streaming comme un contenu diffusé via Internet sur un téléviseur. Roku offre plus de 400 chaînes FAST. Pour Kristina Shepard, VP Global Advertising Sales de Roku , les chaînes FAST représentent une solution au problème de l'attrition des abonnés, avec un ciblage très précis qui nécessite une créativité tout aussi affinée. Elles pourraient également être un moyen d'attirer la Génération Z, qui, d'après Amie Owen de UM, fait défiler l'équivalent de 8 kilomètres de contenu sur son téléphone chaque jour, un fait qui pourrait intéresser particulièrement les applications de fitness.

Publicité "shoppable" chez Disney

Disney, de son côté, se joint à Walmart, Amazon, Home Depot et d'autres pour tester la "shoppable TV" avec des publicités d'Unilever. Disney a annoncé le lancement d'un programme bêta pour ses premières publicités "shoppables". Les consommateurs pourront effectuer des achats par l'intermédiaire de la nouvelle boutique Gateway dans Hulu sans rupture de leur expérience de visionnage. Cette annonce donne un aperçu de ce que Disney prévoit de faire avec Hulu. La société a conclu un accord en 2023 pour acquérir la participation précédemment détenue par Comcast. Les téléspectateurs verront des publicités personnalisées pour des produits qui seront envoyées aux téléphones par le biais de notifications push ou par courrier électronique, selon Disney. Au cours des prochains mois, Disney développera les fonctions d'achat interactif en streaming.

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Dans une discussion sur l'avenir de l'industrie du divertissement, Cynthia Littleton, co-rédactrice en chef chez Variety, a mentionné une publicité vue dans un aéroport pour une entreprise qui, grâce à l'IA, crée des publicités en quelques minutes pour quelques centimes. Pour les diffuseurs, TikTok devient une mesure culturelle importante : un vieux programme peut soudainement devenir le nouveau sujet tendance (comme c'était le cas avec Judge Judy). Cette table ronde a également été l'occasion pour NBC d'annoncer une nouvelle émission nature, en partenariat avec la BBC (5 ans de production), avec Tom Hanks "dans le rôle de David Attenborough". Les marques et chaînes historiques voient de plus en plus l'intérêt de partenariats avec TikTok, selon Catherine Halaby, Head of Entertainment chez TikTok, à l'instar de Disney pour célébrer les 100 ans de sa marque. TikTok devient un vecteur incontournable de trafic. Netflix et Paramount l'ont vite compris, en voyant des fans publier du contenu, ils ont décidé de le faire eux-mêmes avec comme devise : Créez comme un créateur (Create like a creator).

@disneyanimation 100 years of stories. 100 years of magic. 🧚🪄✨ Once Upon A Studio, a new Original short film, premieres on ABC during “The Wonderful World of Disney: Disney’s 100th Anniversary Celebration!” on October 15 at 8/7c. #Disney #Disney100 #D100 #OnceUponAStudio #MickeyMouse ♬ original sound - Walt Disney Animation Studios

Adobe, quant à lui, s'est positionné comme un accélérateur de créativité, éliminant la peur de la page blanche. Les cycles de création qui duraient plusieurs semaines et aboutissaient à peut-être deux campagnes par an se sont raccourcis à quelques minutes. Kristen O'Hara, CMO de Google, considère aussi l'IA comme la technologie salvatrice de l'éducation, offrant un accès à des assistants de formation personnels, une idée déjà soulignée lors du Google Zeitgeist. Enfin, le monde virtuel s'infiltre dans l'espace de travail. Nickole Tara du Cirque du Soleil, pionnier dans l'utilisation de l'IA pour ses spectacles, affirme que, grâce aux outils technologiques, le jeudi est désormais le nouveau vendredi.

Dans table ronde intitulée "Embrace the Power of Fandom to Connect Content and Commerce", Alexys Coronel, responsable des loisirs et des télécommunications aux États-Unis chez Amazon Ads, s'est entretenu avec Andrew Wallenstein, président de Variety Intelligence Platform et analyste en chef des médias, sur la manière dont les marques peuvent se rapprocher des fans - et sur la manière dont cela se rapporte à la transition de Prime Video vers un service financé par la publicité. Alexys Coronel a révélé que l'objectif d'Amazon est de fournir 115 millions d'utilisateurs uniques à sa communauté d'annonceurs américains. "À moins que vous ne choisissiez de ne pas participer, vous commencerez à profiter de ce que nous pensons être des expériences publicitaires très convaincantes au sein de Prime Video", a-t-elle déclaré.

Conclusion

Dans un monde rempli d’IA générative, essayons de garder un pied dans le réel. Pour Jason Carmel, Global Creative Data Lead chez VML, l’IA c’est juste un logiciel [sic] (même très smart), et on a tout de suite l’air très bête lorsque l’on remplace « un ordinateur boosté à l’IA » par « un ordinateur boosté par un logiciel ». Ce qui est sûr : le CES est désormais autant (voire plus) une conférence sur les médias qu'un salon technologique, car la technologie et les médias fusionnent en un seul écosystème. Et la question pour les médias n'est plus s'il faut être présent dans telle voiture connectée ou sur telle télé connectée : les systèmes d'exploitation sont en train de fusionner, n'importe le support de diffusion. La question est désormais : comment être visible dans ces nouvelles interfaces pilotées par la voix (devenues sophistiquées grâce à l'IA générative), quelle expérience utilisateur y sera proposée, quels contenus seront diffusés et comment seront-ils protégés ?

Du côté des médias et du divertissement, les innovations technologiques matérielles telles que les écrans invisibles de LG et Samsung (qui ne semblent pas correspondre à un cas d'utilisation vital) ont presque paru insignifiantes par rapport aux nouvelles concernant l'entrée d'Amazon dans la publicité sur Prime, ou aux annonces majeures de Disney en matière de technologie publicitaire, y compris une avancée majeure dans le domaine des médias de détail avec des publicités "shoppables".

Du point de vue d'un expert en médias, le CES de cette année a marqué l'achèvement d'une évolution entamée bien avant le salon international. Ce qui était autrefois considéré comme un événement centré sur les gadgets est désormais reconnu comme un lieu de discussion sur l'impact et l'évolution de la technologie dans le secteur des médias. L'ironie des licenciements annoncés par Amazon, Google et NBC en parallèle du CES n'a pas échappé aux participants. De même, la semaine difficile pour Apple à la Bourse s'est produite en même temps que la mise en vente publique de Paramount. Ces événements, survenus à Las Vegas et ailleurs au cours de ces quatre jours, ont clairement démontré l'interconnexion croissante entre les industries du divertissement et de la technologie.

Illustration : Montage du logo CES sur The Sphere, une version XXL de la Géode

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