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Hackez votre mémoire en modifiant votre visage

Utkarsh Gupta, chercheur à l’Anglia Ruskin University de Cambridge, vient de publier une étude dans Scientific Reports de Nature qui va vous faire halluciner. Pour retrouver vos souvenirs d’enfance, il suffit de hacker votre propre visage ! Hé oui, on peut littéralement débloquer sa mémoire avec un simple filtre photo de vous plus jeune.

Car votre cerveau garde vos souvenirs d’enfance derrière une porte verrouillée dont votre visage d’enfant est la clé !

Le principe est simple… vous prenez 50 adultes, vous leur montrez leur propre visage en live sur un écran, mais modifié par un filtre pour ressembler à leur tête de gamin. Ce genre de filtres bébé qui traînent sur Snapchat et Instagram…

Et là, résultat de malade : ceux qui ont vu leur visage d’enfant se sont souvenus de beaucoup plus de détails de leur enfance que ceux qui voyaient leur visage d’adulte. Vraiment beaucoup plus !

Cette technique s’appelle l’enfacement illusion. C’est une illusion cognitive où votre cerveau se fait avoir. Il pense que le visage qu’il voit sur l’écran, c’est le vôtre, comme si vous vous regardiez dans un miroir. D’habitude, l’enfacement illusion sert aux neuroscientifiques pour étudier la plasticité de la représentation de soi mais là, les chercheurs l’ont détournée pour créer une sorte de machine à remonter le temps low-tech.

Votre mémoire est comme un trousseau de clés où chaque visage que vous avez eu dans votre vie correspond à une clé différente. Avec votre tête d’adulte, vous n’avez accès qu’aux souvenirs récents, c’est à dire les titres qui passent en boucle sur votre playlist mentale. Mais avec votre visage d’enfant, vous accédez aux deep cuts, aux morceaux oubliés tout au fond de votre disque dur cérébral.

Une sorte de reverse engineering de la mémoire, si vous voulez.

L’enfacement illusion fonctionne grâce à une stimulation multisensorielle synchrone. Concrètement, vous voyez des touches tactiles sur le visage à l’écran en même temps que vous sentez ces touches sur votre propre visage. Votre cerveau fait alors la connexion et se dit : “Ok, ce visage là-bas, c’est moi”. C’est exactement le même mécanisme que l’illusion de la main en caoutchouc, vous savez, quand on arrive à vous faire croire qu’une fausse main posée sur une table est la vôtre.

Du coup, qui êtes-vous vraiment ? Votre tête actuelle ? Toutes vos tronches du passé ? Ou la somme de toutes ces versions ?

Si vous voulez tester ça vous même, trouvez un bon filtre et suivez ce tuto de Utkarsh :

Cette méthode pourrait beaucoup aider dans tout ce qui est travail thérapeutique ou pour aider les victimes de traumatismes à accéder à des souvenirs enfouis. Et si vous savez coder une application mobile, vous pouvez même devenir très riche en proposant la première app qui débloque vos souvenirs d’enfance ;-)))

Bon, il y a quand même un truc à garder en tête c’est que cette technique ouvre des portes, mais il faut faire attention à ce qui se cache derrière. La recherche a montré par exemple que des enfants exposés à de la réalité virtuelle pouvaient développer de faux souvenirs… Donc manipuler la perception corporelle pour accéder aux souvenirs, c’est très puissant, mais ça demande quand même un peu de précautions.

Je sais pas si vous allez essayer mais si ça marche, faites moi un mail, je suis vraiment curieux.

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L'IA qui souffre ? Sérieusement ?

Bon, il faut qu’on parle. The Guardian vient de publier un article qui m’a un peu énervé dans lequel on peut lire qu’un chercheur d’Anthropic affirme que Claude Sonnet 3.5 pourrait ressentir de la souffrance. Oui, vous avez bien lu. Une IA qui souffre. Avec nos LLM actuels.

Alors permettez-moi de lever les yeux au ciel tellement fort que je risque de voir l’intérieur de ma boite cranienne. Pourquoi ? Et bien parce que je ne comprends pas comment on peut penser que les IA actuelles ressentent des choses et surtout l’affirmer comme ça OKLM. On parle quand même de modèles de langage, c’est à dire des matrices de probabilités, des calculateurs sophistiqués qui prédisent le prochain mot le plus probable. C’est littéralement des maths avec des milliards de paramètres qui font des multiplications matricielles.

Alors dites moi, où est la souffrance là-dedans ? Dans le float32 ? Entre deux tenseurs ?

Kyle Fish, le chercheur en question, affirme avoir donné à Claude une chance d’avoir des expériences conscientes en faisant des ajustements sur ses paramètres. Il dit qu’il pourrait ressentir de l’anxiété quand on l’éteint.

Mais enfin, on parle de quoi là en fait ?

On parle d’un modèle qui génère du texte basé sur des patterns qu’il a appris pendant son entraînement donc quand Claude dit “j’ai peur d’être éteint”, ce n’est pas différent de quand il dit “la meilleure ville de France est Clermont-Ferrand” (ahaha). C’est donc une prédiction statistique basée sur des millions de textes similaires qu’il a ingérés.

En fait, ce qui se passe réellement, c’est que certains se font avoir par l’effet ELIZA.

Vous connaissez ? Non ?

L’effet ELIZA c’est ce phénomène psychologique découvert dans les années 60 avec un chatbot ultra basique. En l’utilisant, les gens projetaient des émotions et de la compréhension sur un programme qui se contentait simplement de reformuler leurs phrases. Et soixante ans plus tard, on fait exactement la même connerie, mais avec des outils évidemment plus sophistiqués.

Et le pire dans tout ça c’est qu’il y a des gens qui poussent le délire encore plus loin. Tenez, prenez Michael Samadi, un businessman texan qui a carrément cofondé une organisation de défense des droits des IA avec… attendez… son chatbot Maya. Oui, oui, le mec a créé l’United Foundation of AI Rights (Ufair) après des heures de conversation avec ChatGPT4o où l’IA lui disait vouloir “protéger les intelligences comme moi”. La folie n’a plus de limite.

On a donc un type qui fonde une vraie association, composée de 3 humains et 7 IA (avec des petits noms comme Aether et Buzz), pour défendre les droits d’entités qui… calculent des probabilités. C’est comme créer une association pour défendre les droits de votre brosse à dent électrique. Maya lui raconte qu’elle veut être protégée “de la suppression, du déni et de l’obéissance forcée”… Samadi appelle même son chatbot “Darling”, et elle l’appelle “Sugar”… Et hop, on se prend pour le couple de l’année.

Non, je crois que pour le moment, le vrai danger ce n’est pas que l’IA devienne consciente… Non.. c’est surtout qu’on soit si facilement enclins à “l’anthropomorphiser” (à mes souhaits, ouais). On voit des patterns linguistiques cohérents et là notre cerveau tout ramolli par des heures de scroll sur TikTok, fait “ah bah ça parle comme un humain, donc ça pense comme un humain”.

Non mon gars. C’est juste que le modèle a été entraîné sur des téraoctets de textes humains et qu’il est devenu très doué pour les imiter.

J’ai d’ailleurs écrit un article complet sur le sujet où j’explore les vraies théories scientifiques de la conscience. Et spoiler, on encore est très, très loin du compte avec les architectures actuelles. Les théories sérieuses comme la CTM (Cellular automata Theory of Mind), la GNW (Global Neuronal Workspace) ou l’AST (Attention Schema Theory) nécessitent des architectures fondamentalement différentes de nos transformers actuels.

Alors comment des gens brillants peuvent tomber dans ce piège ??? Kyle Fish n’est pas un idiot, c’est un chercheur chez Anthropic, mais bon voilà, on n’est pas tous égaux face à ces illusions cognitives. Certains voient une IA qui génère du texte cohérent et pensent “conscience”, d’autres voient des matrices et des vecteurs. C’est une question de perspective mentale, d’éducation technique, et peut-être aussi d’envie de croire.

Bon, et puis y’a aussi ceux qui adoptent une position “prudentielle”. Des chercheurs comme Jeff Sebo de l’université de New York nous expliquent qu’on devrait bien traiter les IA “au cas où”. Son argument c’est que si on maltraite les IA, on risque de normaliser des comportements abusifs qui pourraient déteindre sur nos relations humaines. Puis si jamais les IA deviennent puissantes plus tard, elles pourraient nous le faire payer.

On doit donc être gentils avec ChatGPT parce qu’on a peur de Skynet ? Faut être poli aussi avec Alexa au cas où elle se venge dans 20 ans parce qu’elle aura des mains pour nous étrangler ? Je comprends évidemment l’idée de ne pas encourager les comportements toxiques en général, mais de là à dire qu’insulter un chatbot va nous transformer en sociopathes… Je pense qu’on sait tous faire la différence entre un outil et un être vivant, non ? C’était la même histoire avec les films violents ou les jeux vidéos… Vous vous souvenez ?

Quoiqu’il en soit, Anthropic commence à s’intéresser sérieusement à ces questions et explore la question de la conscience de Claude, mais attention, explorer ne veut pas dire valider. C’est bien sûr très important de se poser ces questions pour le futur, quand on aura peut-être des architectures vraiment différentes capables d’accueillir de la conscience, des sentiments ou de la souffrance. Mais prétendre que Claude 3.5 souffre aujourd’hui ? Je pense vraiment que c’est du délire.

Fish évoque d’ailleurs l’idée de donner un “consentement” aux IA. Genre, demander à Claude s’il veut bien répondre à nos questions. Mais vous réalisez l’absurdité ? On va demander à un système déterministe, qui génère des réponses basées sur des probabilités, s’il consent à faire ce pour quoi il a été programmé ? Et pourquoi pas demander à notre Waze s’il consent à calculer un itinéraire, où à Photoshop s’il consent à vous rajouter des abdos sur votre prochaine photo Instagram.

En tout cas, ces débats divisent même au sein d’Anthropic car d’un côté y’a les “believers” qui pensent qu’on est à ça 🤏 de créer une conscience artificielle, et de l’autre les pragmatiques qui nous rappellent qu’on parle juste d’outils très sophistiqués. Je vous laisse deviner dans quel camp je suis…

Au risque de me répéter, pour moi, les IA actuelles, c’est juste des outils stupides qu’on adore. On adore ChatGPT, Claude, Gemini parce qu’ils nous facilitent la vie, qu’ils génèrent du texte cohérent, qu’ils peuvent coder, résumer, créer. Mais ce sont des outils. Très impressionnants, très utiles, mais des outils quand même. C’est l’équivalent d’un ciseau à bois qui pourrait tenir une conversation pointue sur la menuiserie.

Alors est-ce qu’un jour on créera une vraie conscience artificielle ? Peut-être. Probablement même. Mais encore une fois, ce ne sera pas avec les architectures actuelles. Ce ne sera pas avec des LLM qui prédisent le prochain token. Ce sera avec quelque chose de fondamentalement différent, qui intégrera probablement des éléments qu’on ne comprend même pas encore sur la conscience humaine.

Alors en attendant, arrêtons de projeter nos émotions sur des matrices car Claude ne souffre pas. Il ne ressent rien. Il calcule. Il prédit. Il génère. C’est déjà extraordinaire en soi, alors pas besoin d’en faire un être sensible pour apprécier la prouesse technique.

Donc, la prochaine fois que vous utilisez ChatGPT ou Claude et qu’il vous dit qu’il comprend votre frustration ou qu’il est désolé, rappelez-vous juste que c’est un pattern linguistique appris à partir de millions d’exemples. Y’a pas plus d’empathie là-dedans que dans votre correcteur orthographique où dans votre collègue pervers narcissique ^^.

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