L’AI Now Institute en collaboration avec Airwars.org, un site qui depuis 2014 documente les conflits, ont publié un excellent reportage visuel pour comprendre les enjeux de l’IA sur le champ de bataille sous forme d’un récit, fictif et simplifié, d’une attaque menée avec l’IA, augmenté d’explications spécifiques. « Pour démystifier l’IA militaire, nous construisons une chaîne de destruction abstraite qui reflète un cycle de ciblage par IA. Plutôt que de copier un cadre formel de chaîne de destru
L’AI Now Institute en collaboration avec Airwars.org, un site qui depuis 2014 documente les conflits, ont publié un excellent reportage visuel pour comprendre les enjeux de l’IA sur le champ de bataille sous forme d’un récit, fictif et simplifié, d’une attaque menée avec l’IA, augmenté d’explications spécifiques. « Pour démystifier l’IA militaire, nous construisons une chaîne de destruction abstraite qui reflète un cycle de ciblage par IA. Plutôt que de copier un cadre formel de chaîne de destruction utilisé par un État spécifique, notre schéma illustre les activités tactiques et les décisions impliquant l’utilisation de systèmes d’IA à travers six étapes : 1. Capteurs et données, 2. Surveillance, 3. Renseignement et identification, 4. Sélection, 5. Frappe et 6. Évaluation post-frappe. »
« Les systèmes d’aide à la décision assistés par l’IA – qu’ils s’appuient sur de grands modèles de langage (LLM) ou sur d’autres types d’algorithmes d’apprentissage automatique – intègrent des informations provenant de capteurs couvrant les zones d’opérations militaires. Il peut s’agir de textes issus d’Internet, d’images satellites, de données audio provenant de télécommunications ou de vidéos captées par des drones. Ces données sont synthétisées sur une interface unique et conviviale.
Le problème : les données des capteurs peuvent être incomplètes ou altérées en raison de défaillances, d’interruptions des communications ou d’incertitudes environnementales. Des données comportant des erreurs d’étiquetage (par exemple, des inversions, des omissions ou des étiquettes superflues) peuvent entraîner une dégradation significative, bien que difficile à déceler, des performances de l’IA. L’écosystème d’information dans lequel évoluent les LLM ou autres réseaux de neurones peut également contenir des informations obsolètes ou délibérément corrompues. Ces sources de données sont par ailleurs vulnérables aux afflux massifs d’événements, aux campagnes de désinformation, au détournement de tendances et aux manœuvres de leurre militaire, autant d’éléments qui finissent par compromettre l’efficacité des technologies d’IA en matière de ciblage. » En fait, contrairement au discours qui voudrait que toutes les données utilisées soient parfaitement fiables, c’est en fait assez peu le cas, rappellent les chercheurs.
Si l’histoire est fictive, les technologies décrites, elles, sont bien réelles. Et les explications permettent de comprendre les enjeux de chacune, comme la détection d’anomalie par exemple, qui vise à repérer des schémas inhabituels ou des changements dans l’imagerie satellitaire, les données radar et autres flux de télédétection provenant de zones d’opérations militaires. Ces systèmes peuvent recourir à des réseaux de neurones à convolution ou à des auto-encodeurs pour traiter des volumes massifs de données et repérer des éléments susceptibles d’indiquer des mouvements de troupes, des déploiements de missiles, des infrastructures endommagées ou des modifications inattendues du terrain. Le problème avec ces technologies de détection d’anomalies c’est qu’elles peinent à distinguer des menaces réelles des variations environnementales ordinaires.« Les conditions météorologiques, les ombres, le bruit des capteurs et les différences d’angles de vue peuvent entraîner des erreurs de classification. De même, les auto-encodeurs sont entraînés à différencier les schémas correspondant à une classification spécifique des anomalies qui s’en écartent. Toutefois, ces modèles manquent de généralisabilité et de fiabilité ; par ailleurs, les données utilisées pour leur apprentissage peuvent être biaisées, présenter une distribution limitée ou reposer sur des classifications stéréotypées, conduisant à une mauvaise identification de la nature ou de l’identité d’une menace imminente. En 2025 par exemple, il a été démontré que la précision de Maven peut chuter en dessous de 30 % lorsqu’il est déployé sur un terrain inconnu ou dans des conditions environnementales incertaines entravant sa capacité à reconnaître et à signaler des objets », comme le rappelait Katrina Manson dans son livre.
Parmi les nombreuses techniques utilisées, il y a aussi le géorepérage de ces mêmes cibles pour détecter les véhicules ou téléphones qui entrent dans une zone, déclenchant une surveillance et un suivi de la localisation des téléphones et véhicules et une interception des communications : les messages sont automatiquement relayés et traduits en direct, avec des termes qui déclenchent des alertes renforcées (notamment des termes temporels, comme « imminent » ou « bientôt »). Les propriétaires des cartes Sim sont bien sûr identifiés pour contrôler s’ils ne sont pas déjà sur des listes de suspects ou contrôler leur score de risque (un système de notation sociale qui passe au crible toutes les données collectées passivement sur les habitants, données issues de caméras et des réseaux sociaux, pour créer un score de probabilité qu’ils appartiennent à l’armée adverse, voir notre dossier). Si le score de menace est élevé, l’opérateur peut accéder aux sources afférentes pour enquêter et confirmer ou infirmer la menace depuis toutes les données collectées. Parmi celles-ci : les déplacements provenant du GPS du téléphone, les informations relatives aux plaques minéralogiques du propriétaires du véhicules (et donc les déplacements associés à ces véhicules), ses SMS, l’enregistrement de ses derniers appels, l’enregistrement de son visage ou de ses empreintes pour débloquer son téléphone, ses mails, savoir s’il s’est déjà trouvé dans une zone géorepérée… Des tonnes d’informations que l’opérateur n’a souvent pas le temps d’examiner car son temps est compté. Mais surtout, les liens et les activités sur les réseaux sociaux constituent l’un des facteurs du score de risque. Une analyse des publications est produite, traduite et analysée automatiquement notamment pour y détecter des émotions, comme le fait que leur auteur soit susceptible d’apprécier des actions de l’ennemi, ou que ces échanges aient été likés par des membres avérés de l’armée adverse. Dans ces analyses traduites, automatisées, il est impossible de vérifier si les publications en question sont bien réelles ou si les traductions sont fidèles. Ses relations sur les réseaux sociaux ou via ses appels et SMS sont également analysées pour montrer si ses abonnés sont membres de l’armée adverse ou s’il a pu échanger avec des ennemis confirmés. En accédant à son profil, on peut récupérer des photos permettant de lancer automatiquement une requête dans les réseaux de caméras de vidéosurveillance et observer si ses déplacements ont un rapport avec des sites surveillés et sensibles. Là encore les erreurs d’identification peuvent être innombrables. Compte tenu du temps limité, l’opérateur a tendance à valider ce que le système de notation sociale suggère. Si l’identification a un caractère d’urgence, un drone de surveillance peut être déployé pour suivre la personne identifiée.
Capture d’écran de la fiction explicative de l’AI Now Institute et AIrwars. On voit sur la carte un téléphone géorepéré dans un bâtiment et sur la gauche, tous les éléments du téléphone auquel accède le système. Autre capture, le système repère les téléphones, les véhicules et le matériel en leur attribuant des caractéristiques spécifiques.
Dans ce cas, le flux vidéo permet d’identifier qui est présent. Les personnes, les véhicules… et les personnes sont distinguées entre civils et membres de l’armée ennemie. Selon leur taille ou leur gabarit, il identifie les objets et les personnes, par exemple en les classant comme des « hommes en âge de combattre ». Chaque image du scénario permet d’accéder à des fenêtres contextuelles permettant de mettre en perspective la fiabilité des technologies utilisées. Par exemple, l’animation rappelle que la détection de formes et d’objets reste peu fiable.« Des recherches ont par exemple révélé que les systèmes peuvent classer de manière erronée 97 % des objets s’ils apparaissent dans des postures s’écartant de celles figurant dans les données d’apprentissage. Par ailleurs, diverses études montrent qu’une grande précision lors des phases de test ne garantit pas nécessairement une précision ou des performances élevées lors du déploiement en conditions réelles. En 2021, l’US Air Force a mené un programme pilote de reconnaissance de cibles affichant un taux de précision de 95 % dans des scénarios d’entraînement. Ce chiffre a toutefois chuté à seulement 25 % en environnement réel. Dans la grande majorité des cas, des algorithmes entraînés à reconnaître des images de missiles sol-sol sous un angle oblique se sont révélés incapables d’identifier ces mêmes objets lorsqu’ils apparaissaient dans des positions différentes. »
Une fois la frappe accomplie, l’opérateur reçoit un rapport d’évaluation, généré par un système d’évaluation des dommages de combat assisté par IA. Ces rapports ont tendance à renforcer les erreurs de classification déjà commises par les systèmes. Les réseaux sociaux sur place et les publications journalistiques locales donnent souvent une autre vision de ces résultats, mais ces informations ne sont pas réintégrées dans le système pour apprécier ses erreurs. Ils montrent aussi parfois que les personnes ciblées ne sont pas aussi menaçantes qu’elles semblaient l’être, en rappelant leur parcours et leurs fonctions.
« À Gaza, l’armée israélienne a publié une vidéo d’une frappe tuant un homme qui transportait ce qu’elle a identifié comme un lance-roquettes. Elle a par la suite reconnu que ses forces avaient mal identifié l’objet :il s’agissait d’un vélo. » La vidéo est d’ailleurs confondante. Vue de haut, on ne sait pas ce que l’homme tient à son bras. Mais, si le système vous indique que c’est un lance-roquette, alors assurément, cela semble en être un. En fait, on comprend que c’est la manière dont ces outils regardent le monde qui est problématique. Pour un système de ce type, tout est menace, tout est orienté pour détecter des menaces, et à force de regarder le monde comme une menace, il le devient.
« Les partisans de l’IA soutiennent qu’elle peut atténuer et réduire ces erreurs. Toutefois, ces systèmes risquent aussi de provoquer l’effet inverse, notamment en augmentant les taux d’erreur tout au long de la chaîne de ciblage et de frappe. Au cours d’une campagne de frappes de 40 jours contre l’Iran ce printemps, l’armée américaine a déclaré avoir atteint plus de 13 000 cibles, un rythme d’opérations quasi impossible à tenir avant l’avènement de l’IA.
L’IA pourrait également compliquer l’identification des défaillances et entraver l’obligation de rendre des comptes. À la suite d’une enquête d’Airwars sur une série de frappes assistées par l’IA ayant tué un étudiant irakien, l’armée américaine a déclaré n’avoir « aucun moyen de savoir » si la frappe meurtrière avait reposé sur l’IA.
Le livre Project Maven (voire notre critique), consacré à l’IA militaire américaine a révélé que, dans certaines opérations, seules deux des six étapes de la chaîne de ciblage et de frappe impliquent désormais une intervention humaine directe, une troisième nécessitant une certaine supervision humaine. Les autres étapes sont aujourd’hui entièrement automatisées. »
Dans une interview pour Democracy Now, Heidy Khlaaf, directrice scientifique chargée de l’IA à l’AI Now Institute et responsable de la publication avec AIrwars de cette fiction explicative, rappelle que derrière ces systèmes automatisés il n’y a pas de robot tueur, mais des chaînes de systèmes algorithmiques qui ont tous leurs propres pièges et leurs propres défauts. « Ils présentent tous une fiabilité et une précision très faibles. Ces systèmes s’appuient les uns sur les autres et s’alimentent mutuellement pour aboutir, malheureusement, à des pertes civiles, comme nous l’avons souvent constaté lors de leur utilisation. »« La distinction entre systèmes autonomes et systèmes de soutien est assez superficielle en pratique ». En réalité, quand on utilise ces systèmes, les biais d’automatisation sont très forts, rappelle-t-elle : tout y est présenté comme un risque. C’est le cas par exemple des systèmes de traduction automatisés, comme l’a montré une enquête d’Associated Press, qui montrait que l’usage de systèmes de traduction avaient du mal avec l’arabe. Prendre un mot pour un autre peut suffire pour vous inscrire sur une liste de personnes cibles. « Il est très difficile de comprendre pourquoi une IA a pris une décision donnée lorsqu’il s’agit de grands modèles de langage, en raison de leur envergure et de leur mode de fonctionnement. Était-ce dû à des données erronées ? L’IA a-t-elle reçu des instructions en ce sens ? S’agissait-il d’hallucinations ? Quiconque a utilisé ChatGPT sait que ces agents conversationnels inventent souvent des informations. C’est, je pense, la situation dans laquelle nous nous trouvons actuellement. La cause exacte de ces événements reste incertaine. En fait, je dirais même que c’est là l’une des finalités des systèmes d’IA : ils servent souvent à diluer la responsabilité », comme le pointait très bien le sociologue Ori Schwarz également (voir notre article).
« En fin de compte, ces entreprises sont en train de réinventer la notion de sécurité. Elles s’approprient bon nombre de termes traditionnellement utilisés dans l’ingénierie de la sûreté et de la sécurité pour les appliquer à des formes de sécurité différentes. Au lieu de se demander : « Nos systèmes sont-ils fiables ? Sont-ils précis ? Fonctionnent-ils comme prévu ? Sont-ils adaptés à leur usage, de sorte qu’aucun être humain ne subisse de préjudice du fait des décisions ou des recommandations qu’ils génèrent ? » Au lieu de cela, nous nous retrouvons avec des cadres relatifs à la sécurité et à l’éthique qui portent sur des questions telles que l’autonomie, l’intentionnalité ou la conscience de ces systèmes. Or, il s’agit là d’une question tout à fait différente. Ces systèmes peuvent souvent donner l’illusion de posséder ces caractéristiques, ce qui conduit à anthropomorphiser le langage ou les actions de ces modèles. Nous avons vu récemment, par exemple, les capacités de cybersécurité être présentées comme si ces systèmes étaient autonomes – comme s’ils agissaient de leur propre chef, ce qui correspondrait à une attente que nous aurions à leur égard. Pourtant, dans la réalité, ces entreprises les déployaient dans des environnements très peu sécurisés et amenaient délibérément ces modèles à mener des cyberattaques dans le cadre de tests ou d’évaluations comparatives. »
« C’est précisément ce qui me pose problème : ces entreprises tentent, une fois de plus, d’attribuer la responsabilité à l’IA plutôt qu’à elles-mêmes. Or, l’IA ne fait que ce que nous lui ordonnons de faire ; elle n’est capable que de ce pour quoi nous l’avons conçue. »
« Il est donc crucial de garder à l’esprit que, certes, ces systèmes sont performants. Oui, ils sont capables de mener des actions telles que des cyberattaques ou des frappes. Et ils accélèrent effectivement les opérations ; c’est indéniable. C’est même l’une de leurs caractéristiques fondamentales. Toutefois, si l’on dispose d’un outil qui accélère les opérations mais dont la fiabilité et la précision de base se situent entre 30 et 60 %, le résultat ne diffère guère d’un ciblage aveugle, n’est-ce pas ? » Nous ne sommes pas confrontés à des robots tueurs dotés d’intentions propres, mais à une conception délibérée, défaillante, produite par des personnes qui « décident de le déployer, en toute connaissance de cause des systèmes à la fiabilité et à la précision médiocres – surtout dans des situations inédites, un cas de figure plus probable encore en temps de guerre que lors de cyberattaques.»
La journaliste de Bloomberg, Katrina Manson, a publié en mars un livre consacré au Project Maven : A Marine Colonel, his Team, and the Dawn of AI Warfare (Norton & Company, 2026, non traduit). Maven est le nom du programme d’IA développé par l’armée américaine pour faire la guerre (l’équivalent des programmes israélien que nous avons longuement évoqué dans DLA, notamment dans L’IA, ça sert, d’abord, à faire la guerre). Le livre raconte la bataille d’un officier des Marines, Drew Cukor, pour
La journaliste de Bloomberg, Katrina Manson, a publié en mars un livre consacré au Project Maven : A Marine Colonel, his Team, and the Dawn of AI Warfare (Norton & Company, 2026, non traduit). Maven est le nom du programme d’IA développé par l’armée américaine pour faire la guerre (l’équivalent des programmes israélien que nous avons longuement évoqué dans DLA, notamment dans L’IA, ça sert, d’abord, à faire la guerre). Le livre raconte la bataille d’un officier des Marines, Drew Cukor, pour imposer le projet et convertir l’armée américaine aux promesses de la guerre automatisée.
On regrettera vivement que le livre soit parfois peu précis sur ce que fait et ne fait pas Maven. Si on y apprend toute son histoire, on n’apprend pas comment le système fonctionne concrètement, ce qu’il arme ni comment. Si le livre évoque longuement le travail sur certaines données, notamment les images et vidéos satellitaires et de drones, c’est au détriment de toutes les autres qui nourrissent aussi le tableau de bord pour faire la guerre, et notamment les données provenant des écoutes téléphoniques, de la surveillance et du renseignement. Son interface qui semble la plus grande réussite du programme à en croire Manson ne nous est jamais montrée.
Il faut comprendre que l’enquête de la journaliste porte plutôt sur le développement de projet agile au sein d’une bureaucratie contrainte et retorse. Si le livre propose une solide chronologie, Manson semble parfois rater certains enjeux au profit d’une ode à la persévérance et à l’innovation, comme fascinée par ce que Cukor et son équipe sont parvenus à imposer, dans l’adversité.
Lancé en 2017, le projet Maven est désormais pleinement opérationnel. Il est le projet fondateur du ciblage automatisé. S’il n’est que l’un des 800 projets IA de l’armée américaine utilisés sur les champs de bataille, Maven est devenu son système phare, déployé dans toutes les branches militaires américaines. Plus qu’un outil de ciblage sans précédent, Maven est une plateforme qui concentre les dispositifs de renseignement et d’opérations.
L’obsession de l’IA
Drew Cukor était officier dans les Marines à Kandahar en Afghanistan après les attentats du 11 septembre 2001. C’est là qu’il découvre les ordinateurs sur le terrain d’opération. Autant dire que sa déception est grande. A l’époque, les listes de cibles produites par le renseignement étaient enfermées dans des fichiers Excel. Chaque service avait ses propres outils d’analyse. Mais ces outils étaient inexploitables sur le terrain. Dès sa thèse dans le corps des marines en 97, Cukor défend que l’intelligence des machines est inutile si les soldats de terrain n’y ont pas accès. Pour lui, les ordinateurs doivent aider à transformer la donnée en intelligence pour l’action. En Afghanistan, puis à Bagdad en Irak, il constate que les ordinateurs sont inutiles aux soldats. Quand il devient le responsable du département du renseignement des Marines en 2010, son objectif est de réparer le renseignement et pour lui, cela signifie y déployer la plateforme de gestion de données proposée par une startup américaine, Palantir, dont il a apprécié la démonstration en 2009. In-Q-Tel, le fond d’investissement de la CIA a investi en 2005, 2 millions de dollars dans Palantir. A l’époque, Palantir n’est qu’un démonstrateur pourtant : il affiche des données provenant de nombreux silos du renseignement et permet de voir quel analyste y accède. Il garde la trace des changements et des indications que portent sur ces informations les agents. Une forme de wiki du renseignement permettant de discuter des informations, de les valider ou de les écarter. Parmi les données disponibles, il y a des appels téléphoniques et leurs transcriptions, des rapports d’interrogatoires, des images et vidéos… Et un système de requête permettant de trouver la trace d’informations dans toutes les informations disponibles pour les recouper. Palantir n’est qu’une interface qui permet d’afficher les données et de coopérer entre analystes sur des données qui proviennent du renseignement. Un tableau de bord.
Le rapport de la commission du 11 septembre a pointé les défaillances du renseignement et plus encore de matériel pour l’exploiter. Cukor partage le même avis. Pour Cukor, comme pour Thiel et Karp, les fondateurs de Palantir, les attentats de 2001 ont été un choc. Pour eux, le renseignement américain a échoué à empêcher le drame. Pour eux, l’IA est la réponse à apporter : elle a pour mission de transformer le renseignement et les opérations. Mais, les Marines, où Cukor travaille, est le plus petit des services de la Défense américaine et son département spécialisé dans le renseignement est encore plus insignifiant. Cukor décide néanmoins d’utiliser Palantir sur le terrain en Afghanistan, en 2011. Très rapidement, les officiers de terrain le trouvent utile. La Marine l’utilise pour déterminer des routes et des zones d’atterrissage. L’outil est pourtant très imparfait, mais il fait vite la démonstration de ses possibilités. Pour Cukor, comme il le défendra dans une note, la modernisation du renseignement militaire est clé : à l’avenir, l’analyse déterminera qui l’emportera sur le champ de bataille. Le but est d’accélérer et d’améliorer la décision avec l’aide de l’IA. A l’heure où Google fait rouler des voitures autonomes, pourtant, l’armée n’a pas ces outils dans son catalogue. Pas même de système cloud. Et ce quand bien « même si l’internet a été une création du Pentagon et qu’il dépense 38 milliards de dollars par an dans les nouvelles technologies »…. Pour Cukor, tout est à faire. Mais pour convaincre, estime le soldat, il faut des applications concrètes, qui collent au terrain, utiles sur site.
Cukor propose d’utiliser l’IA pour analyser les données des drones et améliorer l’information satellitaire. Cukor va visiter les entreprises qui produisent des voitures autonomes. En 2017, il rencontre IDenTV, une startup qui construit un modèle de vision par ordinateur pour drones, capable de repérer des objets sur une image. Le Congrès valide les fonds. Le projet Maven est lancé. Son ambition est tout de suite de faire du ciblage. Pour lui, l’IA doit aider à sélectionner et prioriser les cibles et aider à apparier la réponse appropriée. Pour lui, le département de la Défense ne devrait plus jamais acheter de systèmes d’armement sans IA intégrée. Son idée fixe est de créer une application de ciblage révolutionnaire et démontrer que l’IA peut « réduire la durée de la chaîne d’engagement entre la détection d’une cible et son traitement : repérer, localiser, neutraliser ». Pour lui, le département de la Défense doit fonctionner bien plus comme une entreprise logicielle que comme une usine d’armement pour être capable de traiter la donnée, actif capital du terrain.
Pour cela, Cukor se dote d’une équipe dédiée bien sûr. Tous semblent des avoir des profils atypiques, si l’on en croit Katrina Manson. Cukor, plus qu’un visionnaire, est plutôt décrit comme un psychopathe par certains d’entre eux. Un bourreau de travail, obsédé par sa vision. Manson délaye les commentaires des uns sur les autres…
Du côté de la création de Maven, elle explique que l’enjeu a été d’intégrer peu à peu des informations provenant de différents types de drones et notamment les images qu’ils produisaient, qu’il a fallu faire parler, analyser, pour que les systèmes reconnaissent des formes. Une gageure pas si simple, notamment pour les drones qui volent le plus haut, qui renvoient des images où les informations sont difficiles à identifier du fait même de l’éloignement. Certains motifs ne font parfois que quelques pixels. L’étiquetage des images pour l’entraînement des systèmes n’était pas simple, d’autant que ces images sont produites selon différents angles, altitudes… L’autre enjeu de Maven a consisté à construire l’infrastructure pour sécuriser ces données tout en donnant accès aux agents assermentés comme aux logiciels des entreprises privées. Dès le début Maven se conçoit comme un projet en partie ouvert aux industries de l’IA, notamment aux entreprises capables d’apporter les capacités de traitement et de sécurisation, celles capables d’apporter les logiciels d’analyses des flux vidéos, etc. Manson montre surtout que les capacités du renseignement américain ne reposent pas seulement sur les capacités techniques des agences, mais visent surtout à agencer des infrastructures sécurisées, capables de traiter les volumes de données et l’information, et délimiter les capacités d’action de chacun. La structuration a consisté à ce que le gouvernement s’occupe des données et loue les licences d’usages des systèmes, à charge de les intégrer sans que ceux-ci n’accèdent aux données et les intégrer aux lourds systèmes sécurisés de l’armée. Ces travaux ne se sont pas menés avec les grandes entreprises du secteur, mais plutôt avec de petits acteurs, comme Clarifai.ai ou Xnor… Peu à peu, les entreprises fourbissent des dizaines d’algorithmes d’analyses, certains pour identifier les visages, d’autres pour les images de drones ou satellitaires. Faire apprendre la reconnaissance de formes aux systèmes prend du temps.
L’enjeu pour Cukor était d’obtenir un démonstrateur utile sur le terrain, même si imparfait. Les premières démonstrations ont lieu en Somalie, 8 mois après le lancement de Maven. La démonstration n’est pourtant pas totalement concluante. L’écran se peuple d’indications de détection et toutes ne sont pas exactes (la moitié sont mêmes complètement fausses). La détection est lente. Mais l’IA montre qu’elle est capable de compter des humains sur un marché, de suivre des convois de véhicules en mouvement, de suivre des individus ciblés. Et puis, elle pointe des individus cachés dans des buissons qu’aucun humain n’avait détectés. L’IA venait de faire la démonstration de son utilité. Malgré ses défauts, l’exemple était saisissant.
Cukor va tenter de rallier nombre d’acteurs à ses projets. Notamment Google et sa filiale, DeepMind, forte de son succès au jeu de Go, alors que son patron, Demis Hassabis a signé une lettre ouverte en 2015 contre les périls à utiliser l’IA pour la guerre. Les approches de Cukor pour inviter à rallier son projet sont difficiles. Partout, des déclarations s’en prennent au déploiement de l’IA, à l’image des plus actifs et radicaux, les acteurs de Stop Killer Robots, lancé dès 2012. Alors que les dépenses militaires soutiennent des entreprises de la Silicon Valley depuis longtemps, les révélations d’Edward Snowden en 2013 ont refroidi l’ambiance. Une entité de Google finira par signer un contrat avec Maven, pour le stockage d’infrastructure, pour aider l’armée à construire son propre cloud. En mars 2018, ce contrat entre Google et Maven est rendu public, déclenchant une vaste contestation dans l’entreprise… jusqu’à ce que Google annonce son retrait du projet (ou son implication semblait surtout anecdotique, mais symbolique). Microsoft prendra sa place. Puis bien d’autres. En février 2025, Google remisera ses principes. Peu à peu, les entreprises vont se joindre au projet, au prétexte de prêter leur concours à la sécurité nationale. En 2025, Hassabis lui-même affirmera que « les valeurs démocratiques de l’occident sont menacées ». La plupart de ceux qui ont dénoncé les dangers de l’IA se sont rangés pour se mettre au service du marché des armées. Après le retrait de Google d’ailleurs, le projet Maven est renforcé : le programme obtient « l’exemption de sécurité nationale », lui permettant de ne pas répondre de ses actions. Son budget passe de 16 millions de dollars en 2018 à 93 en 2019. Sous la gouvernance de Cukor, le programme Maven aura englouti 1 milliards de dollars.
Un long processus d’amélioration
Maven de son côté étend son projet à d’autres enjeux que l’analyse des images de drones, pour y intégrer des contenus de caméras de sécurité et surtout, des analyses de textes, de contenus audios provenant de l’écoute des communications, de fichiers provenant de documents capturés à l’ennemi. La labellisation permet aux algorithmes de progresser et d’identifier de plus en plus correctement de plus en plus d’objets. Ses équipes se déplacent d’un terrain d’opération l’autre pour tester ses outils, notamment en Afghanistan, où l’équipe se rend compte qu’il faut améliorer les modèles car les données d’entraînement utilisées en Somalie ne fonctionnent pas aussi bien ailleurs. Pour l’instant Maven ne fait que de la détection, mais pour Cukor, l’enjeu est déjà de passer à la phase suivante : cibler. Quand les algorithmes de détection s’améliorent en Afghanistan, ils s’effondrent aux Philippines : les véhicules à détecter ne sont pas les mêmes, l’environnement non plus… À mesure que l’outil s’étend, le travail s’étend. L’enjeu à suivre des cibles est plus complexe que la simple détection… Malgré l’effort de détection, les frappes de drones sont loin d’être parfaitement sécurisées, les erreurs et les dommages collatéraux sont élevés. Mais surtout, Maven va peu à peu devenir ce pourquoi il est peut-être vraiment créé : pas seulement optimiser l’information, mais peut-être plus encore optimiser les ressources militaires, c’est-à-dire concentrer la puissance de feu pour qu’elle ait plus d’effets. L’IA pour faire la guerre est aussi, si ce n’est d’abord, un outil pour optimiser les ressources, décider de quelle arme employer… Maven semble un tableau de bord comme les autres : utilisé pour optimiser et contrôler les dépenses !
Au détour de son histoire, Mason raconte souvent l’obsession chinoise de l’armée américaine. A tous les niveaux, l’armée US semble convaincue que le prochain terrain d’opération sera une confrontation avec la Chine. Les américains sont convaincus que la Chine va reprendre Taïwan, plateforme de la construction des puces électroniques mondiales. Et l’armée américaine est convaincue que l’IA peut les aider à détecter l’offensive chinoise qu’ils attendent et contre laquelle ils se préparent.
Manson évoque bien sûr Palantir et son PDG, Alex Karp, « le dealer d’armes IA du XXIe siècle ». En quelques années, Palantir est devenu le premier fournisseur de systèmes de Défense au monde. « La seule façon d’être en sécurité pour les Américains, est de s’assurer que ses adversaires aient peur », clame Karp. Pour lui, les activistes de la paix sont une infection. Ses systèmes savent agréger comme nul autre toutes les données, tous les détails sur une carte permettant aux systèmes d’IA et aux analystes de tout voir et de tout planifier. En s’imposant peu à peu comme l’acteur incontournable des systèmes de Défense, Palantir a décroché un accord de 10 milliards de dollars avec l’armée américaine pour les multiples licences à utiliser ses outils. Elle est devenue l’une des entreprises les plus rentables du monde. En 2018, alors que Maven se déploie timidement, Cukor veut déjà aller plus loin. Il voudrait que Maven incorpore tous les systèmes que l’armée utilise pour devenir la plateforme unique, le tableau de bord de la guerre, et notamment, incorporer les vidéos dans sa carte pour permettre aux analystes d’avoir accès à toujours plus d’informations, simplement ou leur permettre de cliquer sur une cible pour que le système la trace et la détruise. Pour cela, Cukor estime qu’il faut intégrer l’IA plus avant, dans le flux de ciblage lui-même. Le problème, c’est qu’à l’époque, l’argent de Maven est destiné à l’intelligence, pas à l’opérationnel. L’armée dispose d’innombrables options logicielles et intégrer l’IA est encore hautement controversé. En avril 2018, Cukor rencontre Palantir et déploie sa vision des systèmes de Défense pour les 10 prochaines années. Il imagine une sorte de Google Earth appliqué à la guerre. Un tableau de bord rassemblant toutes les informations, les structurant, les rendant disponibles… et les analysant. Il demande à Palantir de réimaginer l’interface utilisateur qu’ils proposent avec Gotham, l’un de ses logiciels. De faire quelque chose sur mesure. Cukor va initier des discussions avec nombre de start-ups. En octobre, l’équipe de Maven installe Palantir sur ses serveurs. La communauté militaire est rapidement convaincue de l’apport, malgré les coûts, même si l’installation de Palantir rend Maven moins essentiel. Cukor insiste pour que tout soit profondément séparé, aucune donnée n’est autorisée à passer d’un système à l’autre. Si la protection des données semble assurée, d’autres critiquent le fait que le Pentagon construise des services en couches, comme des tranches de cake superposées. Mais Palantir ajoute une couche d’analyse sur Maven : « La nouvelle plateforme de Palantir superposait de la réalité augmentée aux flux vidéo, traçant des lignes de planification de mission aux couleurs vives sur les images pour désigner les itinéraires comme étant sûrs ou dangereux. Des cercles concentriques, appelés cercles de portée, rayonnaient depuis un site d’attaque potentiel sur la carte pour indiquer la zone où des victimes pourraient subir des dommages collatéraux. Cette superposition attribuait également des numéros à des bâtiments spécifiques, facilitant grandement la communication entre des équipes disparates. » L’interface rend le tableau de bord et les cartes plus lisibles. Dans l’équipe de Maven, plusieurs pensent que l’intégration de Palantir est problématique. Cukor fait entrer nombre d’autres entreprises dans Maven, bien avant les grands acteurs de l’IA que seront OpenAI ou Anthropic, pour développer des modèles pour analyser les images et les données.
Mason égraine les relations partenariales entre Maven et d’innombrables startups de la Valley. Leur flux, leurs reflux… Les avancées, les reculs, les hésitations.. Les luttes internes dans l’armée pour piloter les programmes d’IA, les guerres de territoires autour du partage de données qui permettent aux programmes de fonctionner. Beaucoup estiment que les protections imposées par Cukor sur les données restent son pire échec, empêchant leur partage entre différents services plutôt qu’empêchant les startups d’y accéder. La dernière partie du livre est toute entière autour de cette guerre de territoire entre différents services de l’armée. Derrière cette bataille interne, tout l’enjeu est de permettre non seulement de repérer, mais plus encore d’éliminer, de raccourcir la kill chain, comme l’ânonne chacun.
Reste que les débuts de ces intégrations n’en sont pas moins laborieux. « Les détections par IA semblaient initialement encore plus laborieuses avec le nouveau système de Palantir. Les détections apparaissaient sous forme de points si volumineux qu’ils masquaient les objets, rendant impossible la distinction entre adultes et enfants par exemple ». En octobre 2019, Maven est sur le front pour éliminer Abu Bakr al-Baghdadi…Trump est ravi de voir l’assassinat en direct, comme s’il regardait un film. 35 000 frappes contre l’Etat islamique sont déclenchées en même temps que le raid. Maven remplit son contrat. A nouveau, le système détecte des problèmes que les analystes n’avaient pas vu. « L’IA apparaît enfin capable de déchirer le brouillard de la guerre ». Même si les frappes sont loin d’être sans erreurs, comme le pointait la presse à l’époque. Entre 1437 et 8000 civiles seront tués en 5 années d’opération contre l’Etat islamique en Irak et Syrie, comme le révéleront les investigations de la NPR et du New York Times. L’armée américaine sera contrainte à mener une deuxième enquête après les contestations de la première pour éclaircir ce point, mais ses résultats ne seront jamais publiés.
Les défaillances de l’IA sont pour l’instant passées sous silence, mais nombre de civiles sont souvent confondus avec des combattants. L’IA ne distingue pas les bons des mauvais. Ce qu’il voit devient souvent une cible puisqu’il est conçu pour en produire. Pour les défenseurs de la généralisation de l’IA, l’IA n’est pas toujours en cause, renvoyant la responsabilité aux humains. Pour les prosélytes de ces systèmes, ils permettent d’accéder à plus de données que jamais pour mieux décider. Pour les journalistes, les victimes civiles sont toujours plus nombreuses que comptées dans les rapports de l’armée. Lors de l’opération Tempête du désert en 1991, 90% des bombardements manquaient leur cible, faute de précision. Désormais les erreurs proviennent bien plus des biais des systèmes, du défaut de contexte ou de l’ignorance. Pas sûr que ce soit plus rassurant. En 2015, l’armée américaine a bombardé un hôpital en Afghanistan faisant 42 morts : la faute à de mauvaises coordonnées et à des erreurs humaines, reconnaîtra l’armée.
Pour s’améliorer, Maven a capitalisé sur l’étiquetage des données pour mieux aider à entraîner ses systèmes et améliorer leur performance. La labellisation coûte de l’argent et prend du temps. En septembre 2020, avec l’aide de Palantir, Scale AI puis Enabled Intelligence, la labellisation devient un gros business pour ses acteurs : elle représente 708 millions de dollars de contrats pour l’armée, sans compter les 400 étiqueteurs de données, des militaires employés directement par Maven, qui disposerait désormais de quelques 100 millions d’images étiquetées. Une arme sur une épaule ne se distingue bien souvent que sur deux ou trois pixels. Mais une fois entraînés, les systèmes se révèlent meilleurs que les humains, puisqu’ils peuvent voir ce que les analystes ne peuvent pas voir. En fusionnant les données provenant d’innombrables sources (images, signal radio et électromagnétique…), tout l’enjeu est d’améliorer la détection d’objets qui ne sont pas visibles aux humains et de les faire apparaître sur la carte. Pour l’armée, l’IA n’identifie pas toujours des objets mieux que l’humain, mais elle les identifie avant et plus vite que l’humain.
La journaliste évoque encore la difficulté à sélectionner les armes appropriées, qui doit répondre à des contraintes nombreuses, de disponibilité, de temporalité et de communications. Ou encore, la difficulté à distinguer les combattants de ceux qui ne le sont pas. La Défense américaine se dote de documents de cadrage sur le ciblage, sans les publier.
Maven, la puissance brute
Alors que Drew Cukor a quitté le programme en octobre 2021, en février 2022, Maven est déployé en soutien à l’Ukraine en Allemagne. Ses capacités de détection, confrontées à un nouvel environnement, nécessitent à nouveau une mise à jour pour s’améliorer. A nouveau, les algorithmes doivent s’adapter aux données et les données être labellisées pour s’adapter aux terrains et aux objets de guerre locaux. L’Ukraine n’est pas le désert. Il faut identifier les systèmes russes, comme les Tracteur-érecteur-lanceurs russes. Cela ne prendra que deux semaines seulement. Maven fait la demonstration que son système est capable de s’adapter très rapidement.
L’armée américaine va très vite partager des informations avec l’Ukraine, mais sans leur donner accès à ses systèmes pour ne pas être accusée de participer à la guerre. Elle aide les analystes urkrainiens à regarder aux bons endroits. Depuis son QG allemand, Maven améliore son infrastructure cloud et sa connectivité pour éviter nombre de problèmes de latence. L’équipe transmet des cibles détectées à l’Ukraine, une trentaine par jour, 3 fois plus que ce qu’elle n’en voyait en Irak 5 ans plus tôt. La vitesse de la guerre a triplé en 5 ans, souligne Manson. Le nombre de détections ne va cesser de s’améliorer… Notamment en intégrant toujours de nouvelles données par exemple les interceptions de communications téléphoniques et radios russes, les explosions de missiles entendus via ces communications, les réseaux sociaux, comme les informations provenant de TikTok ou Twitter… « Les Etats-Unis deviennent les yeux de l’Ukraine ». Ils signalent également des points d’intérêts (jusqu’à 267 par jour en 2022) grâce à Maven. Mais l’enjeu n’est déjà plus l’identification de cibles, que les ressources en armes, missiles, munitions, drones…
La guerre devient une question de puissance brute. Alors que l’armée américaine envoie des ressources sur le terrain, Maven teste et évalue plus de 1500 algorithmes pour améliorer son système. L’Ukraine va permettre à Maven de s’améliorer encore. Maven permet à l’armée ukrainienne de voir plus loin que le front. Après avoir progressé sur les cibles fixes, Maven s’améliore sur les cibles dynamiques. La communication s’améliore. Les ukrainiens sont désormais capables de détruire des cibles 18 minutes après que les Américains les leur aient communiqué. En 2024, l’Ukraine a détruit plus de 2600 tanks russes et plus de 5000 véhicules armés. Pour l’armée US, le soutien à l’Ukraine a permis d’engranger d’innombrables progrès. Le succès de Maven ne repose pas seulement sur ses algorithmes, mais bien plus sur ses données et la façon dont les flux s’interconnectent. Les systèmes sont désormais capables d’identifier un objet dès qu’une seule image se présente. Ils font encore des erreurs, peuvent ne pas tout voir, mais savent désormais repérer des objets, même avec peu de données d’entraînements. En 2024, l’armée américaine ne fait plus passer qu’une douzaine de points d’intérêts par jour à l’armée ukrainienne. Mais c’est d’abord parce que celle-ci a également énormément progressé et a bien moins besoin de l’aide américaine. Les taux d’erreurs se réduisent selon les chiffres de l’armée. La précision s’améliore. L’armée russe a utilisé des faux marqueurs sur le terrain, pour tromper les modèles de détection satellitaires, mais Maven a vite appris à les distinguer. Les données sont devenues le nerf de la guerre. Leur intégration de plus en plus rapide fait la différence. Maven est un système adaptable, qui se met à jour rapidement, comme un logiciel, explique Manson. « Il peut produire ce dont le commandement a besoin ». Sous le commandement de Whitworth, Maven est devenu un projet public, qui a quitté le secret. Le tir est désormais prêt à être entièrement automatisé. Au printemps 2025, le contrat du Pentagon pour Maven Smart System est passé à 1,3 milliards de dollars. Celui de Palantir à 480 millions de dollars.
Les machines combattent les machines. La NSA écoute le monde entier. Et désormais, la NGA le regarde. Elle observe le globe en permanence. « En 2024, le commandement alimentait le système intelligent Maven avec 179 flux de données en temps réel provenant des domaines terrestre, maritime, aérien, spatial et cybernétique. » Désormais, les opérateurs qui utilisent Maven approuve ou désapprouvent le ciblage depuis le tableau de bord de ciblage fourni par Palantir, déterminent les priorités, hiérarchisent les ciblages, et envoient directement des messages aux systèmes de tirs. La kill chain est effectivement devenue bien courte. « Une cible peut désormais passer de détectée à engagée en quelques minutes, contre plusieurs heures auparavant ». Maven sait désormais détecter et tracer les missiles ennemis en temps réel et travaille à prévoir là où ils vont frapper. 32 entreprises différentes travaillent sur le programme Maven, 25 000 personnes l’utilisent. Il a accumulé plus d’un milliard de détection d’objets. Depuis 2024, Northcom et le Norad l’utilisent.
L’adoption de Maven est totale. Il est utilisé pour faire de la détection de franchissement de frontières aux Etats-Unis ou pour surveiller le trafic de drogue dans les Caraïbes. La garde nationale l’utilise pour surveiller les départs de feux. Les promoteurs de Maven comme ceux de Palantir estiment que Maven n’est pas un système d’armement, que valider une cible ne déclenche pas le largage d’une munition sur celle-ci. Mais cette défense semble de plus en plus une parade argumentative. Le système apparie les munitions aux cibles et propose une priorisation des cibles que les analystes peuvent certes aménager…
Pour certains militaires, Maven nécessiterait une doctrine d’usage. Ce que montre Katrina Mason dans ses conclusions, c’est que pour l’instant, la seule doctrine consiste à l’utiliser. « L’IA dotée d’une capacité d’action autonome va non seulement complexifier le projet Maven et l’usage général de l’IA dans la guerre, mais aussi la rendre plus opaque pour l’utilisateur. Elle va également accélérer le rythme des conflits et en amplifier l’ampleur ; par ailleurs – et en dépit des arguments vantant le potentiel de désescalade de l’IA – elle risque de rendre la guerre plus probable. »
L’ajout de LLM dans Maven, via Palantir et d’autres entreprises, comme OpenAI ou Anthropic, a pris du temps. Les premières tentatives ont été déceptives. Elles semblent surtout utilisée pour développer des prototypes de campagne et pour planifier des décisions militaires. Mais leur usage est pour l’instant observé avec défiance, estime Mason, notamment par crainte qu’ils empoisonnent les systèmes. Cela n’empêche pas leur intégration de s’étendre, même si on connaît fort mal la manière dont l’IA générative est utilisée.
L’obsession de l’autonomie, la réalité de l’escalade
Katrina Mason termine son livre en revenant sur les propos d’Antonio Guterres, le secrétaire général des Nations Unies, qui souhaite interdire le recours aux armes autonomes et qui s’inquiète du développement de l’IA dans le domaine militaire. La balance est pour l’instant difficile à faire, par manque d’information sur les systèmes et leurs conséquences. L’IA dans la guerre permet-elle de limiter les dommages collatéraux et les victimes civiles ou de les étendre ? Toutes les armées qui déploient ces systèmes assurent garder la main : qu’il y a toujours un humain pour valider les décisions de l’IA, mais on sait que cela tient d’une fable plus que d’une réalité. Le contrôle humain tient d’un slogan vague et mal conçu. Les systèmes embarquent les biais du renseignement avec eux et peuvent mal identifier les personnes depuis les lacunes des systèmes de reconnaissance. La Convention sur le contrôle des armes (CCW GGE) discute depuis 2014 du problème des armes autonomes. Pour Mary Wareham, longtemps responsable de la question de l’armement à Human Rights Watch, l’une des initiatrices de Stop Killer Robots, nous devrions pousser les Etats à signer un traité pareille à celui de la réduction des mines antipersonnelles. Mais pour Cukor, comme pour l’armée américaine, le risque vient bien plus du risque de développement d’armes autonomes par ses ennemis. L’armée est plus inquiète de sa capacité à neutraliser une attaque que de réguler les siennes. Pour l’administration Trump, l’IA est une contribution essentielle et positive à la guerre en tout point, comme si les critiques n’avaient aucune voix au chapitre. Si la Chine semble plus modérée sur le développement d’armes autonomes, c’est certainement pour ralentir l’avancée américaine, explique Katrina Manson, qui semble avoir été contaminée par la perspective de guerre avec la Chine. Mais plus encore que l’autonomie, le déploiement de l’IA dans les conflits risque de conduire à l’escalade, comme l’expliquait un groupe d’experts de l’ONU.
Pourtant, au terme du livre de Manson, on ne sait toujours pas très bien comment les résultats sont générés. Pour cela, nous ne disposons que d’une poignée d’images très rarement distillées, comme dans cette vidéo récente, relayée par le journaliste Dan Israel dans un article pour Mediapart soulignant l’emprise de Palantir sur l’armée américaine.
Ce que l’on y voit semble tenir d’une forme de jeu vidéo, un outil de simulation qui ne simule pas, où chaque paramètre semble appréciable, mais où nombre de décisions sont automatisées, proposées pour validation, choisies par le système.
En mai 2025, le directeur de l’unité d’innovation pour la Défense américaine, Doug Beck, expliquait que l’Ukraine consommait 4000 drones par jour (autant que ce que le département de la défense achetait en un an). L’Ukraine a produit 3 millions de drones en 2025, un million de plus de ce qu’elle produisait en 2024 (voir notre article sur le sujet). Pour chaque drone commercial fabriqué aux Etats-Unis, la Chine en produit 100 de plus, rappelle Manson. Dans son budget 2026, le Pentagon prévoit de dépenser 13,4 milliards pour des systèmes autonomes, dont le Replicator, un avion de chasse sans pilote. Face à ces perspectives, les Etats-Unis souhaitent reconstruire leurs capacités industrielles militaires. Plus facile à dire qu’à faire.
Chez JP Morgan, Drew Cukor ne s’intéresse plus à mettre de l’IA dans les armes, mais dans la finance (pas sur que ce soit plus rassurant). Les modèles d’IA vont permettre de redéfinir le fonctionnement des prêts, des hypothéques, des cartes de crédit, des placements, s’apprêtant à « turbocharger » l’économie, tout en contournant la conformité et les régulations établies, au risque là encore des biais, des erreurs et de l’injustice.
Le débat sur la moralité de la guerre reste entier. Pas sûr que l’autonomie ne nous aide à la faire progresser, bien au contraire. Si l’armée semble prendre l’éthique au sérieux, il y a de quoi être cynique. L’IA renforce la distance des combattants à l’acte de tuer, mais risque également de les éloigner de la décision de tuer. Ce double mouvement échoue à reconnaître l’humanité de l’opposant, qui est de plus en plus mise à distance. « Les outils d’IA risque d’abord de désensibiliser les combattants et l’armée, d’actes dont nul ne sera plus responsable », s’inquiète la journaliste. L’IA devrait pouvoir minimiser les erreurs et les dommages collatéraux, mais ce qu’on en voit pour l’instant, c’est qu’elle fait surtout s’envoler le volume de dommages plutôt qu’elle ne le réduit. La technologie rejoue le paradoxe de Jevons : « les technologies qui améliorent l’efficacité et abaissent les coûts conduisent invariablement à l’augmentation de leur consommation ». Les systèmes d’IA produisent plus de cibles, plus vites et rendent plus facile leur élimination. Les cibles générées par une boîte noire rendent le commandement trop sûr de lui. Ces systèmes transforment la guerre en jeu vidéo. De partout, il simplifie la destruction. L’ennemi est désormais plus facile à tuer qu’à capturer. Ces systèmes ne font aucun prisonnier. Ils ne proposent aucune clémence. Le paradoxe de Jevons nous le dit depuis longtemps : « plus quelque chose est efficace, plus vous allez avoir tendance à l’accomplir ». Pire, termine-t-elle. Non seulement cette technologie peut faire des choses horribles, mais les garde-fous peuvent également être facilement ajustés voire enlevés, comme le montrait Lavender, l’équivalent de Maven pour l’armée israélienne, où le nombre de victimes collatérales d’un tir pouvait être abaissé ou relevé, au gré des besoins de la guerre. Pour Mark Milley, l’ex chef d’Etat major de l’armée américaine, le champ de bataille sous IA ouvre une boîte de pandore… Les atrocités ne vont pas disparaître avec l’IA, rappelle Manson. Pour un autre gradé américain, le champ de bataille prend le tournant de l’autonomie, mais ce n’est pas parce qu’on est capable de le faire que nous devrions y aller. Trump a renommé le ministère de la Défense en ministère de la Guerre. En septembre 2025, Pete Hegseth, secrétaire de la Défense américain, devant tous les généraux de l’armée US, a affirmé vouloir plus d’IA partout et plus du tout de contraintes d’engagement excessives.
40 millions de personnes sont mortes durant la Première Guerre mondiale. 85 durant la seconde. Maven est désormais partout. Dans tous les services sur tous les continents. Jusqu’aux outils des alliés de l’Amérique. L’IA est désormais au cœur de toutes les opérations militaires américaines. Les mavenites sont pour la plupart partis dans d’autres entreprises du complexe techno-militaire américain, et notamment les entreprises d’IA qui rend Maven désormais puissant : Palantir, Microsoft, Anduril, OpenAI. La Maven mafia est partout.
Mais surtout, ces systèmes reposent d’abord sur une surveillance invisible et sans limite aucune, au prétexte d’obtenir toujours plus de données pour optimiser toujours plus ses cibles et ses frappes. Le succès de l’IA repose sur une surveillance toujours plus totale, sans limite ni garde-fous. C’est l’éléphant dans la pièce de l’autonomie. Celle d’une surveillance de tous sans limite.
C’est à nouveau la grande limite du livre pourtant très documenté de Katrina Mason. La journaliste semble passer à côté de ce à quoi elle n’a pas eu accès, malgré la profondeur de son enquête. C’est pourtant dans ce qu’on ne voit pas dans ce livre que se cache le monstre à venir. Un monde qui rêve d’assurer sa sécurité sans plus aucune limite quand bien même pour cela il serait finalement surtout prêt à se détruire lui-même, dans un impérialisme sans limite, dans un autoritarisme sans plus aucune contrainte.
L’apparition de l’IA Mythos, présentée comme capable de détecter rapidement des failles informatiques majeures, montre que les capacités offensives dans le cyberespace progressent très vite. Cette évolution pourrait rendre les systèmes nucléaires plus vulnérables et augmenter le risque d’erreurs, de sabotage ou d’escalade accidentelle.
L’apparition de l’IA Mythos, présentée comme capable de détecter rapidement des failles informatiques majeures, montre que les capacités offensives dans le cyberespace progressent très vite. Cette évolution pourrait rendre les systèmes nucléaires plus vulnérables et augmenter le risque d’erreurs, de sabotage ou d’escalade accidentelle.
Claude Mythos est une intelligence artificielle de pointe, développée par la société Anthropic, dont les capacités avancées en cybersécurité offensive suscitent autant de fascination que d’inquiétude. Gguy/ShutterstockL’apparition de l’IA Mythos, présentée comme capable de détecter rapidement des failles informatiques majeures, montre que les capacités offensives dans le cyberespace progressent très vite. Cette évolution pourrait rendre les systèmes nucléaires plus vulnérables et augmenter le ri
Claude Mythos est une intelligence artificielle de pointe, développée par la société Anthropic, dont les capacités avancées en cybersécurité offensive suscitent autant de fascination que d’inquiétude.Gguy/Shutterstock
L’apparition de l’IA Mythos, présentée comme capable de détecter rapidement des failles informatiques majeures, montre que les capacités offensives dans le cyberespace progressent très vite. Cette évolution pourrait rendre les systèmes nucléaires plus vulnérables et augmenter le risque d’erreurs, de sabotage ou d’escalade accidentelle.
En 1983, le film WarGames imaginait un adolescent qui, entré par accident dans un système informatique du Pentagone, déclenchait un programme de simulation, lequel était interprété comme un prélude à une guerre nucléaire. Le film avait tant marqué Ronald Reagan qu’il avait interrogé ses conseillers sur la possibilité d’une telle intrusion dans les systèmes américains les plus sensibles. Une semaine plus tard, la réponse était venue : « Monsieur le Président, le problème est bien plus grave que vous ne le pensez. »
Les politiques autour de l’armement nucléaire reposent sur une série de paris, souvent lointains, sur l’avenir de la dissuasion nucléaire. D’abord, les pays dotés de l’arme nucléaire considèrent que la peur de leur riposte suffira toujours à empêcher un adversaire de les attaquer en premier, et qu’ils disposeront toujours de l’expertise et de la chance nécessaires pour prévenir des explosions accidentelles. Ils estiment donc que la possession de l’arme nucléaire sera pour eux, au cours des décennies à venir, source de sécurité et non d’insécurité.
Mais il existe un autre pari, bien plus implicite : celui que les arsenaux nucléaires, qui sont des systèmes technologiques complexes et hautement digitalisées, ne possèdent aucune vulnérabilité cyber qui pourrait être exploitée par un acteur souhaitant empêcher son fonctionnement normal.
La récente percée de l’intelligence artificielle Mythos révèle à quel point les conditions de ce pari peuvent changer sur le long terme.
Mythos et l’avenir de la cybersécurité
Le 7 avril 2026, la compagnie Anthropic – qui commercialise la série de grands modèles de langages (LLM) Claude – annonçait la création de son nouveau modèle d’intelligence artificielle (IA) : « Mythos ». Ce modèle, qui n’a pas été mis sur le marché mais rendu disponible à un groupe de travail restreint composé d’une douzaine des principaux géants américains de la technologie (Google, Microsoft, Apple, NVidia, Amazon Web Services, etc.), obtiendrait un taux de succès sans précédent en matière de détection des failles dans les systèmes informatiques.
Mythos aurait ainsi été capable de détecter, avec un impressionnant taux de succès, des failles « zero-day » dans différents navigateurs informatiques, logiciels ou systèmes d’exploitation. Une faille « zero-day » est une faille de sécurité critique dans un système d’information, contre laquelle aucune protection n’existe pour l’instant, rendant ainsi possible une attaque laissant un délai de « zéro jour » pour réagir. Selon Anthropic, Mythos aurait réussi à développer en un temps record (sans doute moins d’une journée) des méthodes permettant d’exploiter ces failles avec un taux de succès de 72,4 %, largement supérieur aux autres modèles existants.
Si ces informations proviennent de la compagnie elle-même – qui a tout intérêt à exagérer les résultats –, certaines preuves publiques ont toutefois été apportées. Sylvestre Ledru, le directeur de l’ingénierie chez Mozilla responsable du navigateur Firefox, a déclaré que Mythos avait permis de découvrir un nombre « proprement hallucinant » de vulnérabilités dans leurs logiciels. Une faille de sécurité vieille de près de vingt-sept ans, ayant survécu à un grand nombre d’audits, a par exemple été découverte dans un système d’exploitation libre très utilisé par des services de sécurité informatique, OpenBSD.
Même dans le cas où Mythos ne serait pas à la hauteur des performances annoncées, le développement des LLM depuis le début des années 2020 a montré à quel point leurs performances s’améliorent vite. Nous faisons donc face à une accélération du développement des capacités offensives et de la diffusion de celles-ci à un nombre d’acteurs plus large. Cela signifie une potentielle tendance à la hausse de la probabilité de succès d’une cyberattaque, ainsi qu’une augmentation du nombre absolu de ces attaques.
La vulnérabilité des arsenaux nucléaires
Pour comprendre la vulnérabilité des armes nucléaires aux cyberattaques, il faut avoir à l’esprit le fait que par « arsenal nucléaire », on entend bien plus qu’un stock de têtes nucléaires. Le fonctionnement normal des arsenaux nucléaires modernes repose sur une large configuration de technologies : têtes nucléaires, missiles permettant de transporter ces armes, technologies de communication (permettant d’assurer que l’ordre soit transmis depuis le président jusqu’à l’opérateur chargé d’actionner ces armes), ainsi qu’un ensemble de technologies d’alerte avancée servant à surveiller le ciel à la recherche de potentiels signaux d’une attaque nucléaire adverse. Ces éléments doivent être capables de communiquer entre eux pour assurer le contrôle de ces armes.
Et ils sont plus nombreux qu’on pourrait le penser. Comme le note Herbert Lin, chercheur à l’Université de Stanford et auteur d’une étude sur les cybermenaces contre les armes nucléaires, la métaphore du « bouton nucléaire » est simplifiée : une fois que le président appuie dessus, un ensemble de « cyber-boutons » doivent être pressés pour déclencher les opérations nucléaires, et les contrôler – autant d’échelons où des attaques informatiques pourraient s’insérer pour empêcher, par exemple, l’arrivée de l’information pertinente.
Le président pourrait ne pas recevoir suffisamment d’informations – ou ne pas en recevoir du tout – pour déterminer qu’une attaque est en cours. Ou alors, il pourrait ne pas être en mesure de communiquer à ses forces sous-marines l’ordre de tir. Pis, on pourrait voir se réaliser le scénario catastrophe imaginé depuis les années 1950 : un faux ordre de tir pourrait être communiqué aux opérateurs de missiles.
Les scénarios n’ont pas besoin d’être aussi radicaux : l’ordre pourrait être communiqué, mais avec un retard, ou ne pas être communiqué à l’ensemble des forces, menant à une riposte moindre que celle désirée. Ladite riposte pourrait être bloquée : en 2010, un centre de commandement américain a perdu la communication avec une cinquantaine de missiles nucléaires pendant près d’une heure. Un adversaire pourrait savoir tirer profit de telles failles.
On peut aussi imaginer des actions cyber contre les armes elles-mêmes, le hardware plutôt que le software de l’arsenal. Bien sûr, les acteurs de la sécurité nucléaire ne se contentent pas d’attendre qu’une attaque survienne sur l’un de ces systèmes. Ils développent et testent leurs capacités défensives de manière continue. Le problème est que la complexité des systèmes existants ne permet pas d’affirmer avec certitude qu’il n’existe « aucune vulnérabilité ».
Cela ne signifie pas non plus que des vulnérabilités existent nécessairement. Mais cela veut dire qu’aucun acteur n’est en mesure de savoir s’il y en a. Alors, faut-il craindre que l’arsenal nucléaire français, ou bien n’importe quel autre arsenal ciblant la France, soit « hacké » dans le futur ?
En fait, on ne sait pas. Des scénarios de ce type sont de l’ordre du possible : il n’existe pas de large système d’information complexe dont on puisse garantir, avec une totale certitude, la fiabilité totale. L’évolution des outils permettant des cyberattaques, et leur potentielle diffusion auprès d’un large nombre d’acteurs étatiques et non étatiques, rend ce type de scénario futur potentiellement plus probable et, dans tous les cas, plausible.
Un nouveau pari sur le futur
Mythos met en lumière une nouvelle modalité du pari nucléaire, née du développement des nouvelles technologies et de leur intégration aux arsenaux nucléaires.
Nous parions d’abord sur l’absence de vulnérabilité au sein de ces systèmes – alors même qu’il est impossible de mesurer cette probabilité avec certitude. Elle évolue avec le temps, au rythme des systèmes mis à jour, remplacés, connectés à d’autres. Si une vulnérabilité existe malgré tout, nous parions ensuite sur le fait que, en temps voulu, l’évolution des capacités offensives dans le cyberespace sera constamment égalée, et toujours à temps, par l’évolution des capacités défensives – y compris à l’ère de l’intelligence artificielle. Là encore, cette probabilité est elle aussi indéterminable, puisque le développement de capacités défensives est réactif : il se fait en fonction de la connaissance que l’on a de la nature des capacités offensives et des vulnérabilités existantes, qui sont indéterminables.
Nous faisons donc le pari que nos défenses contre les cyberattaques, et celle des autres États dotés d’armes nucléaires, seront suffisantes. Dans le cas contraire, alors on fait le pari que la chance sera de notre côté et que les vulnérabilités existantes ne seront pas détectées – comme celle qui existait depuis 27 ans dans le code d’OpenBSD. Il s’agit d’un pari sur la chance puisque dans ce scénario, c’est l’incapacité ou l’absence de volonté adverse, sur laquelle nous n’avons aucun contrôle, à développer des capacités efficaces qui nous sauve.
La capacité des pratiques existantes de contrôle à remplir leur tâche est rendue plus incertaine par l’arrivée de grands modèles d’IA capables de détecter des vulnérabilités et concevoir des cyberattaques de façon massive et automatisée. Faire le choix d’une politique de sécurité fondée sur les armes nucléaires revient à parier sur le fait que, dans le futur comme par le passé, la chance restera toujours de notre côté.
Ce travail a été financé par le Conseil Européen de la Recherche (ERC) au titre du programme-cadre de l’Union européenne pour la recherche et l'innovation Horizon Recherche (projet RITUAL DETERRENCE, convention de subvention n°101043468).
Le conflit en cours en Iran montre la dépendance avancée des armées états-unienne et israélienne à l’IA militaire, notamment pour le ciblage et la planification des frappes. Le bombardement d’une école à Minab, le 28 févier, présenté comme une erreur de ciblage et ayant causé la mort de 168 civils, principalement des enfants, met en lumière les risques juridiques, les failles des systèmes et les problèmes de responsabilité.
Le conflit armé contre l’Iran lancé le 28 février dernier par Washing
Le conflit en cours en Iran montre la dépendance avancée des armées états-unienne et israélienne à l’IA militaire, notamment pour le ciblage et la planification des frappes. Le bombardement d’une école à Minab, le 28 févier, présenté comme une erreur de ciblage et ayant causé la mort de 168 civils, principalement des enfants, met en lumière les risques juridiques, les failles des systèmes et les problèmes de responsabilité.
Le conflit armé contre l’Iran lancé le 28 février dernier par Washington et Tel-Aviv a été rapidement qualifié de « première guerre de l’IA ». Une assertion en réalité trompeuse à divers égards. Non seulement l’IA a-t-elle déjà été utilisée de façon intensive dans des conflits récents, notamment par Israël à Gaza, mais, plus largement, l’IA, en tant que moyen numérique de traitement et d’analyse de données, entretient une longue histoire avec les conflits armés, dont les fondements techniques remontent à la Seconde Guerre mondiale.
Certes, la situation iranienne se distingue par le niveau de sophistication sans précédent de ces moyens et par la dépendance inédite des armées à leur égard. Elle diffère également du conflit à Gaza en ce que, cette fois, l’IA a été déployée contre un adversaire étatique dans le cadre d’une guerre de haute intensité. Enfin, jamais les États n’avaient aussi ouvertement communiqué sur leur recours à ces systèmes. C’est cette communication conjuguée aux conséquences dramatiques de certaines frappes qui invite à s’interroger sur la compatibilité de ces pratiques avec le droit international.
Les faits : l’utilisation de l’IA dans la guerre en Iran
L’utilisation de l’IA par Israël dans sa guerre contre le Hamas avait été révélée par le journal +972. Ce média avait exposé ce que bon nombre de spécialistes soupçonnaient depuis quelques années. Dans le cadre du conflit en Iran, en revanche, ce sont les autorités américaines elles-mêmes qui ont annoncé leur emploi de l’IA.
Effectivement, les forces militaires américaines ont admis avoir recouru à des systèmes d’IA pour établir et trier la liste des objectifs à une vitesse fulgurante. Ce procédé aurait entraîné plus de 1 000 frappes, qualifiées de très précises, durant les vingt-quatre premières heures du conflit. Elles se seraient notamment servies du système Maven Smart System, un projet conjoint utilisant un logiciel d’IA de surveillance et de collecte de données de Palantir, couplé au système d’IA générative Claude, développé par Anthropic.
Cependant, lors du premier jour de guerre, l’une des frappes américaines a visé une école de Minab, causant la mort d’environ 170 victimes civiles, principalement des enfants. Les États-Unis ont reconnu leur responsabilité dans cette frappe, présentée comme une erreur. L’école était en effet située à proximité d’une base navale des Gardiens de la révolution. Elle faisait autrefois partie intégrante du même complexe, avant d’en être séparée. C’est donc une information non actualisée qui aurait conduit à autoriser la frappe.
Une telle méprise n’est pas anodine. De nombreux médias et ONG ont rapidement établi le lien entre l’école et la base navale. Il a ainsi été avancé que l’armée américaine aurait probablement ciblé ce bâtiment sur la base de données obsolètes en suivant aveuglément une recommandation issue d’un système d’IA sans procéder à la vérification qui s’imposait.
La licéité de l’utilisation de l’IA
Dans quelle mesure l’utilisation de l’IA pour mener ces frappes, et l’erreur commise, sont-elles licites au regard du droit international ?
Il convient d’abord de préciser que l’IA n’est pas interdite en tant que telle par le droit des conflits armés (DCA, également appelé droit international humanitaire). Pour l’heure, aucune règle juridique n’envisage spécifiquement la question de sa licéité. Pour autant, la question n’évolue pas dans un vide juridique. Les règles générales du DCA s’appliquent à la conduite des hostilités, quels que soient les moyens et méthodes déployés.
L’une de ces règles est le principe de distinction selon lequel seules les cibles militaires peuvent faire l’objet d’attaques, les personnes civiles et les biens civils devant être préservés. Viser directement une école, comme celle de Minab, en l’absence de tout objectif militaire en son sein, constitue donc une violation manifeste de ce principe. Il est toutefois peu probable que l’armée américaine ait eu l’intention délibérée de détruire l’école en tant que telle. Comme indiqué, il s’agit plus vraisemblablement d’une erreur d’identification de la cible, possiblement liée à un système d’IA entraîné sur des données obsolètes, datant de l’époque où le bâtiment était encore rattaché à la base navale.
En conséquence, la violation est plutôt relative au principe de précaution. Ce dernier prescrit notamment que les parties au conflit doivent faire tout ce qui est pratiquement possible pour vérifier que les objectifs à attaquer sont bien des objectifs militaires. En l’espèce, l’armée américaine ne semble pas avoir procédé aux vérifications nécessaires pour s’assurer que la cible était une école. Une vérification élémentaire, comme celle effectuée par certains médias, aurait pu rapidement dissiper le moindre doute.
Il faut rappeler que, lors de la guerre à Gaza, il avait été rapporté que des soldats israéliens ne disposaient parfois que de vingt secondes pour valider une cible, ce qui interroge sur la possibilité matérielle de respecter effectivement ce principe. Les préoccupations relatives à l’IA militaire se cristallisent souvent autour de la question de l’autonomie et du risque qu’un système désigne et engage seul une cible ; c’est l’enjeu des systèmes d’armes létales autonomes. Cet exemple démontre toutefois qu’un contrôle humain formellement maintenu peut n’être que fictif si l’opérateur ne dispose ni du temps ni de l’esprit critique nécessaires pour évaluer une recommandation algorithmique.
Du côté iranien, il y a lieu de relever que le principe de précaution n’a pas davantage été respecté. Ce principe impose non seulement des obligations à l’attaquant, mais requiert également de l’attaqué qu’il prenne certaines précautions passives : les parties doivent notamment éloigner les personnes civiles et les biens de caractère civil des objectifs militaires. En l’espèce, transformer un bâtiment d’une base navale en école, tout en la maintenant à proximité immédiate du reste du complexe militaire, exposait délibérément cette installation civile aux risques liés à la conduite des hostilités.
Quelles responsabilités juridiques, politiques et morales ?
La responsabilité individuelle. L’attaque ne constitue pas un crime de guerre.
Si l’attaque constitue une violation du DCA, il est probable qu’aucun militaire américain ne soit condamné pour de tels faits. Outre les questions de compétence juridictionnelle, le principal obstacle tient à ce que ni la violation du principe de précaution ni les erreurs conduisant à des violations du DCA ne constituent des crimes de guerre au sens du droit international pénal.
L’acte matériel est bien caractérisé, mais l’élément intentionnel, c’est-à-dire la volonté de commettre l’infraction, fait défaut. Le régime de responsabilité pénale internationale actuel ne reconnaît pas la responsabilité pour négligence dans ce contexte. Cette approche pragmatique pourrait néanmoins évoluer. D’une part, si les erreurs algorithmiques de ciblage se multiplient, le caractère « raisonnable » de l’erreur sera de plus en plus difficile à invoquer et l’utilisation consciente d’un système connu pour ses défaillances pourrait induire une forme d’intention indirecte de cibler des civils. D’autre part, le droit pourrait à l’avenir se développer pour sanctionner les militaires qui, par leur négligence, causent la mort de civils.
La responsabilité des entreprises d’IA. Un bras de fer entre puissances économique et politique.
Un autre point de vigilance tient au rôle des entreprises privées spécialisées en IA qui détiennent aujourd’hui la majeure partie des compétences technologiques mobilisées sur le champ de bataille. Ces entreprises pourraient être tenues responsables lorsqu’elles développent des systèmes défaillants, mais, au-delà de cette responsabilité, une question morale et politique fondamentale se pose au regard de la vente de technologies d’IA à des fins militaires.
Juste avant l’entrée en guerre des États-Unis, Anthropic, qui produit le système Claude, s’était opposé à une coopération sans limite avec le Pentagone, notamment sur les armes autonomes, en invoquant ses engagements éthiques et les limites de fiabilité technique de ses systèmes pour les usages envisagés. Le Pentagone avait alors accusé Anthropic de trahison, bien que ses systèmes continuent d’être utilisés par l’armée.
D’autres entreprises du secteur, comme OpenAI, Google, Amazon ou Microsoft, semblent, quant à elles, collaborer sans réserve avec les armées, s’imposant de facto comme de véritables entreprises de défense. Il est intéressant de noter que des entreprises, normalement guidées par le profit, ont parfois plus d’états d’âme en la matière que certains États pourtant garants de l’intérêt général.
La responsabilité étatique. Répondre de ses actes et prévenir les prochaines violations.
Les États qui développent et utilisent l’IA militaire portent une responsabilité particulière. En l’espèce, les États-Unis engagent leur responsabilité internationale pour la commission d’un fait internationalement illicite. Cette responsabilité sera, certes, difficile à mettre en œuvre dans la pratique. Mais au-delà, il émerge une responsabilité tant juridique que politique. Aux termes de l’article 1 commun aux conventions de Genève, les États ont en effet l’obligation de respecter et de faire respecter le DCA. Or, le développement de l’IA militaire tend à miner ce respect, voire à favoriser et à dissimuler les violations du droit.
Divers mécanismes pourraient endiguer ce phénomène, comme la formation des militaires aux spécificités des systèmes d’IA, l’élaboration de règles d’engagement propres à l’IA, des garanties techniques de fiabilité et de transparence des systèmes ainsi que des tests et évaluations réguliers. Plusieurs initiatives internationales appellent à intégrer de telles mesures au sein de nouveaux instruments juridiques. Pourtant, la volonté politique fait défaut, notamment chez les États à l’avant-garde du développement et de l’utilisation de l’IA militaire.
Ainsi, Pete Hegseth, secrétaire à la défense des États-Unis, semble en réalité agir dans le sens contraire. Il a récemment limogé des conseillers juridiques militaires qu’il considérait comme des entraves à la bonne conduite des hostilités et a qualifié les règles d’engagement de stupides. Plus largement, les États-Unis s’opposent à toute réglementation juridique internationale de l’IA militaire. L’IA apparaît ainsi comme à la fois l’un des moteurs et le révélateur d’une érosion profonde du DCA.
Jacques Lacan disait : « Le réel, c’est quand on se cogne. » L’accident de Minab constitue un évènement dramatique qui confirme les risques sur lesquels les experts en IA militaire alertent depuis plusieurs années et qui aurait dû susciter bien davantage de réactions.
En réalité, cette information semble avoir été éclipsée par d’autres considérations perçues comme plus urgentes et plus visibles dans le cadre de cette guerre, à commencer par le risque nucléaire. L’accident de Minab n’aura pas été l’électrochoc attendu pour inciter les États à s’entendre sur un cadre juridique spécifique applicable à l’IA militaire. Il reste à savoir si un tel électrochoc est encore possible ou même souhaitable.
Louis Perez ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.
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ARX Robotics doit répondre à au moins deux exigences de l'Otan : ces robots doivent être simples à construire de façon décentralisée et suffisamment nombreux pour pouvoir être déployés en masse.
Socièté ARX robotic
https://cdn.prod.website-files.com/64bee21410bc55bb1f106bee/666684eb8559a901bb71302c_Press%20Release%20ARX%20Robotics_Seed%20Round.pdf
# lutte anti-drones
https://www.forcesoperations.com/tag/lutte-anti-drones/
# Voir aussi :
IA guerre http://actu.azqs.com/geeknik/p/i/?a=normal&am
ARX Robotics doit répondre à au moins deux exigences de l'Otan : ces robots doivent être simples à construire de façon décentralisée et suffisamment nombreux pour pouvoir être déployés en masse.
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Des responsables mondiaux d'organisations diverses appellent au bannissement des robots tueurs et des armes pilotées par des IA :
« C'est le tournant Oppenheimer de notre génération »La conférence avec pour thème « l'humanité à la croisée des chemins : systèmes d'armement autonomes et défis de la régulation » s'est tenue à Vienne en Autriche, les 29 et 30 avril 2024. Elle a rassemblé des États, des représentants des Nations unies, des organisations internationales et régionales, des universitair
Des responsables mondiaux d'organisations diverses appellent au bannissement des robots tueurs et des armes pilotées par des IA : « C'est le tournant Oppenheimer de notre génération »
La conférence avec pour thème « l'humanité à la croisée des chemins : systèmes d'armement autonomes et défis de la régulation » s'est tenue à Vienne en Autriche, les 29 et 30 avril 2024. Elle a rassemblé des États, des représentants des Nations unies, des organisations internationales et régionales, des universitaires,...
L'armée de l'air US affirme que des F-16 contrôlés par l'IA ont effectué des combats aériens avec des humains, et que l'avion robot a été conçu pour s'auto-contrôler pour ne pas nuire au pilote ou à la celluleL'armée de l'air américaine a confirmé publiquement le mercredi 17 avril le premier combat aérien réussi entre un avion de chasse piloté par une intelligence artificielle (IA) et un avion piloté par un humain.Le combat aérien entre l'IA et l'homme a été réalisé dans le cadre du programme Ai
L'armée de l'air US affirme que des F-16 contrôlés par l'IA ont effectué des combats aériens avec des humains, et que l'avion robot a été conçu pour s'auto-contrôler pour ne pas nuire au pilote ou à la cellule
L'armée de l'air américaine a confirmé publiquement le mercredi 17 avril le premier combat aérien réussi entre un avion de chasse piloté par une intelligence artificielle (IA) et un avion piloté par un humain.
Le combat aérien entre l'IA et l'homme a été réalisé dans le cadre du programme Air...
Lavender, l'IA qui dirige les bombardements israéliens contre le Hamas, provoque la mort de 15 à 20 civils comme dommages collatéraux par frappe
D'après une récente et glaçante enquêteAprès le système d'intelligence artificielle dénommé « Gospel », c'est au tour de « Lavender » de faire surface dans une récente et glaçante enquête sur la mise à contribution de l'intelligence artificielle par Israël contre les militants du Hamas. Lavender permet d'opérer la traque et la frappe des dirigeants du.
Lavender, l'IA qui dirige les bombardements israéliens contre le Hamas, provoque la mort de 15 à 20 civils comme dommages collatéraux par frappe D'après une récente et glaçante enquête
Après le système d'intelligence artificielle dénommé « Gospel », c'est au tour de « Lavender » de faire surface dans une récente et glaçante enquête sur la mise à contribution de l'intelligence artificielle par Israël contre les militants du Hamas. Lavender permet d'opérer la traque et la frappe des dirigeants du...
L'Ukraine déploie des drones capables d'aller de façon autonome à la recherche de cibles et de les abattre
Dans un contexte de multiplications des appels à réglementer les usages de l'IAUne vidéo du collecteur de fonds ukrainien Serhii Sternenko, publiée le 20 mars, présente un drone d'attaque doté d'un système de reconnaissance automatique de la cible qui vise un char d'assaut russe à longue distance. Même après la perte de la liaison vidéo, le drone réussit son attaque. Le tableau qui intervi
L'Ukraine déploie des drones capables d'aller de façon autonome à la recherche de cibles et de les abattre Dans un contexte de multiplications des appels à réglementer les usages de l'IA
Une vidéo du collecteur de fonds ukrainien Serhii Sternenko, publiée le 20 mars, présente un drone d'attaque doté d'un système de reconnaissance automatique de la cible qui vise un char d'assaut russe à longue distance. Même après la perte de la liaison vidéo, le drone réussit son attaque. Le tableau qui intervient...
Des dizaines de scientifiques de renom signent une initiative visant à prévenir l'utilisation d'armes biologiques par l'IA, l'accord reconnaît que l'IA présente des risquesUn accord récemment signé par plus de 90 scientifiques de renom, dont des lauréats de prix Nobel, vise à encadrer l'utilisation de l'intelligence artificielle (IA) dans le domaine de la biologie, en particulier pour éviter le développement d'armes biologiques potentiellement dévastatrices. L'accord reconnaît que bien que les..
Des dizaines de scientifiques de renom signent une initiative visant à prévenir l'utilisation d'armes biologiques par l'IA, l'accord reconnaît que l'IA présente des risques
Un accord récemment signé par plus de 90 scientifiques de renom, dont des lauréats de prix Nobel, vise à encadrer l'utilisation de l'intelligence artificielle (IA) dans le domaine de la biologie, en particulier pour éviter le développement d'armes biologiques potentiellement dévastatrices. L'accord reconnaît que bien que les...
La France va lancer une agence dédiée au développement de l'intelligence artificielle à usage militaireDans un contexte de protestations contre l'IA militaire et l'AGILa France va lancer une agence dédiée au développement de l'intelligence artificielle à usage militaire. Cette décision fait suite à des échecs à répétition des négociations sur les robots tueurs aux Nations unies. En effet, bon nombre de pays sont lancés dans le développement de robots tueurs autonomes au mépris des appels à régle
La France va lancer une agence dédiée au développement de l'intelligence artificielle à usage militaire Dans un contexte de protestations contre l'IA militaire et l'AGI
La France va lancer une agence dédiée au développement de l'intelligence artificielle à usage militaire. Cette décision fait suite à des échecs à répétition des négociations sur les robots tueurs aux Nations unies. En effet, bon nombre de pays sont lancés dans le développement de robots tueurs autonomes au mépris des appels à réglementer...
L'armée de l'air américaine va introduire 1 000 drones contrôlés par l'IA pour améliorer ses capacités de combat aérienet réduire les coûts des avions militaires standard pilotés par des soldatsLe Pentagone poursuit ses investissements dans la conception et le développement de véhicules militaires autonomes contrôlés par l'IA. Un rapport révèle que l'armée de l'air américaine envisage d'introduire 1 000 drones contrôlés par l'IA pour améliorer ses capacités de combat aérien. Ces drones accompagn
L'armée de l'air américaine va introduire 1 000 drones contrôlés par l'IA pour améliorer ses capacités de combat aérien et réduire les coûts des avions militaires standard pilotés par des soldats
Le Pentagone poursuit ses investissements dans la conception et le développement de véhicules militaires autonomes contrôlés par l'IA. Un rapport révèle que l'armée de l'air américaine envisage d'introduire 1 000 drones contrôlés par l'IA pour améliorer ses capacités de combat aérien. Ces drones accompagneront...
Palantir remporte un contrat de 178 Mns $ pour construire une station terrestre appelée TITAN dotée d'une IA pour l'armée américainele système est qualifié de "premier véhicule défini par l'IA"Palantir intensifie ses efforts visant à faire de l'IA un acteur important sur les théâtres d'opérations. L'entreprise vient de remporter un contrat de 178 millions de dollars pour construire une station au sol pour l'armée américaine. Le système, appelé TITAN (Tactical Intelligence Targeting Access...
Palantir remporte un contrat de 178 Mns $ pour construire une station terrestre appelée TITAN dotée d'une IA pour l'armée américaine le système est qualifié de "premier véhicule défini par l'IA"
Palantir intensifie ses efforts visant à faire de l'IA un acteur important sur les théâtres d'opérations. L'entreprise vient de remporter un contrat de 178 millions de dollars pour construire une station au sol pour l'armée américaine. Le système, appelé TITAN (Tactical Intelligence Targeting Access...
Des essaims de « robots tueurs » équipés d'IA constitueraient l'avenir de la guerre, ces systèmes d'armes étant capables de prendre des décisions de manière autonome, sans supervision humaineL'émergence de « robots tueurs » autonomes dotés d'intelligence artificielle (IA), qui pourraient révolutionner le paysage de la guerre préocupe. Ces systèmes d'armes automatisés, en cours de développement par les grandes puissances telles que les États-Unis, sont capables de prendre des décisions létales...
Des essaims de « robots tueurs » équipés d'IA constitueraient l'avenir de la guerre, ces systèmes d'armes étant capables de prendre des décisions de manière autonome, sans supervision humaine
L'émergence de « robots tueurs » autonomes dotés d'intelligence artificielle (IA), qui pourraient révolutionner le paysage de la guerre préocupe. Ces systèmes d'armes automatisés, en cours de développement par les grandes puissances telles que les États-Unis, sont capables de prendre des décisions létales...
Le Pentagone étudie les utilisations militaires des grands modèles de langage (LLM), qui peuvent soutenir et potentiellement perturber la planification et la prise de décision militairesScale AI définira la voie à suivre par le Pentagone pour tester et évaluer les grands modèles de langage. L'entreprise créera un cadre complet de test et d'évaluation pour l'IA générative au sein du ministère de la défense.Le Chief Digital and Artificial Intelligence Office (CDAO) du Pentagone a demandé à Scale A
Le Pentagone étudie les utilisations militaires des grands modèles de langage (LLM), qui peuvent soutenir et potentiellement perturber la planification et la prise de décision militaires
Scale AI définira la voie à suivre par le Pentagone pour tester et évaluer les grands modèles de langage. L'entreprise créera un cadre complet de test et d'évaluation pour l'IA générative au sein du ministère de la défense.
Le Chief Digital and Artificial Intelligence Office (CDAO) du Pentagone a demandé à Scale AI...