Les géants de l’IA ont un gros problème marketing, la génération censée assurer la relève rejette frontalement son usage dans le monde du travail. Selon l’institut Gallup, l’enthousiasme des jeunes Américains autour de l’IA a chuté de 14 points en un an, pour laisser place à la colère (31 %) et l’anxiété (42 %). La […]
The post Liens vagabonds : la Gen Z est furieuse contre l’IA first appeared on Méta-media | La révolution de l'information.
Les géants de l’IA ont un gros problème marketing, la génération censée assurer la relève rejette frontalement son usage dans le monde du travail. Selon l’institut Gallup, l’enthousiasme des jeunes Américains autour de l’IA a chuté de 14 points en un an, pour laisser place à la colère (31 %) et l’anxiété (42 %). La […]
Pour ses 25 ans, Wikipédia s’est offert une crise existentielle. Entre les pressions politiques, le pillage de ses données par les sociétés d’intelligence artificielle, et le difficile renouvellement de ses contributeurs, l’encyclopédie libre est menacée de toutes parts. Mais la Fondation Wikimédia prépare déjà sa contre-attaque. Par Loïc de Boisvilliers, MediaLab de l’Information de France […]
The post Comment Wikipédia est devenu l’un des derniers remparts de l’information ? first appeared on
Pour ses 25 ans, Wikipédia s’est offert une crise existentielle. Entre les pressions politiques, le pillage de ses données par les sociétés d’intelligence artificielle, et le difficile renouvellement de ses contributeurs, l’encyclopédie libre est menacée de toutes parts. Mais la Fondation Wikimédia prépare déjà sa contre-attaque. Par Loïc de Boisvilliers, MediaLab de l’Information de France […]
« Ça se passe maintenant », a proclamé Mark Zuckerberg au Meta Connect du mercredi 25 septembre. Vêtu d’une montre identifiée par les utilisateurs de Reddit comme valant l'équivalent du revenu annuel moyen d’un Américain et d'un t-shirt arborant le slogan "Aut Zuck Aut Nihil" (soit Zuck, soit rien), le créateur de Facebook prône une philosophie égalitaire. Ironique, mais révélateur des tensions entre ses habitudes de consommation personnelles et la stratégie de sa société. Les pertes opérationne
« Ça se passe maintenant », a proclamé Mark Zuckerberg au Meta Connectdu mercredi 25 septembre. Vêtu d’une montre identifiée par les utilisateurs de Reddit comme valant l'équivalent du revenu annuel moyen d’un Américain et d'un t-shirt arborant le slogan "Aut Zuck Aut Nihil" (soit Zuck, soit rien), le créateur de Facebook prône une philosophie égalitaire. Ironique, mais révélateur des tensions entre ses habitudes de consommation personnelles et la stratégie de sa société. Les pertes opérationnelles colossales de son unité Reality Labs, évaluées à des dizaines de milliards, ne semblent pas freiner ses ambitions, même si les retours sur investissement tardent. Au programme : beaucoup de "WOW" et un peu de "WTF", avec, parmi les vedettes de la journée, le casque de réalité virtuelle Quest 3S pour un dixième du prix d’un Vision Pro d'Apple, sans oublier les lunettes intégrant une technologie holographique connectées à nos cerveaux pour un futur lunatique pas si lointain peut-être (le NYT parle même toujours de métavers).
(Les lunettes, l’accessoire fashion indispensable du futur connecté, image IA)
Après nous avoir enfermés dans des bulles de filtre,Meta fait un pas audacieux dans les nouvelles réalités artificielles, avec "Imagined for You". On pourra désormais personnaliser son fil d'actualités avec des contenus générés par IA, ajustés aux préférences des utilisateurs en temps réel. Ils auront la possibilité de modifier les images grâce à des prompts ou de les faire défiler pour découvrir de nouvelles créations instantanément. Selon Amanda Felix, porte-parole de Meta, les utilisateurs qui activeront la fonctionnalité "Imagine Yourself" verront même des images de leur propre visage, à condition d’offrir leurs photos personnelles à Meta.
Cette personnalisation repose en effet sur une collecte massive de données, permettant à Meta d’ajuster précisément les contenus pour chaque individu. Lors d’un entretien avec Alex Heath de The Verge, Mark Zuckerberg ne cache pas son ambition que l'intégration d'images générées par l'IA dans les fils d'actualité représente la prochaine étape logique pour Facebook et Instagram. « Au départ, les fils d’actualité montraient exclusivement les publications des amis et abonnés. Désormais, une nouvelle couche s’ajoute : du contenu généré par des systèmes d’intelligence artificielle, conçu pour correspondre aux centres d’intérêt de chaque utilisateur».
Le New York Times a qualifié cette mise à jour de « risquée », avertissant des dangers d’une personnalisation excessive. Par ailleurs, l’invasion de contenu généré par l’IA, parfois désignée sous le terme de « slop » (au départ, des déchets maritimes, en figuré pour les contenus de faible qualité générés par l'IA), préoccupe. Max Reada estimé que « depuis presque deux ans, une marée montante de slop commence à inonder la plupart des espaces considérés comme l’internet. La montée en puissance de l’IA et des contenus générés automatiquement pourrait également annoncer la fin des contenus générés par les utilisateurs ».
Reste un espoir : comme l’indique Axios, lesdits utilisateurs ne s’avèrent pas nécessairement enthousiastes à l’idée d’être submergés par ce type de contenu à long terme. Pour Casey Newton, si Meta va trop vite en noyant les fils d’actualités sous des contenus générés par l’IA, elle risque de donner à ses produits phares "l'aspect d'un parc d'attractions abandonné". En attendant, près de 500 millions d'utilisateurs utilisent les produits IA de Meta, a déclaré Mark Zuckerberg, affirmant que l'IA de Meta est en passe de devenir l'IA la plus utilisée au monde. Après les bulles de filtre, chacun pourra désormais imaginer sa propre réalité ?
M6 s'allie avec la plateforme Pluto pour enrichir son offre de streaming gratuit (Les Echos)
La CNIL s'attaque aux atteintes à la vie privée sur smartphone (Les Echos)
TNT : Christopher Baldelli nommé président de Réels TV, la future chaîne de Kretinsky (Télérama)
« Le Canard enchaîné » se jette enfin dans la grande mare d'Internet (Les Echos)
Dispositif SIG : Bouygues Telecom, Canal+, Free, Orange et SFR seront les premiers assujettis (Digital Transformation Notepad)
Rachida Dati met sur pause la fusion de l’audiovisuel public sans l’enterrer (Le Figaro)
3 CHIFFRES
Plus de la moitié des journalistes ont envisagé de démissionner pour cause d'épuisement professionnel cette année, selon une enquête Muck Rack
Selon Bain & Company, le marché des produits et services d'IA pourrait atteindre jusqu'à 990 milliards de dollars d'ici 2027. (Bain & Company)
54% des adultes américains disent consulter parfois les réseaux sociaux pour s'informer, une légère hausse par rapport aux dernières années. (Pew Research Center)
LE GRAPHIQUE DE LA SEMAINE
En France, Hugo Décrypte est le compte personnel lié à l'actualité le plus mentionné.
Mark Zuckerberg : les créateurs et les éditeurs « surestiment la valeur » de leur travail pour l'entraînement de l'IA (The Verge)
DISRUPTION, DISLOCATION, MONDIALISATION
James Cameron rejoint le comité de direction de Stability AI (The Verge)
Cloudflare propose de faire payer les IA pour l’accès aux sites web (TechCrunchl)
Augmentation marquée de l'utilisation problématique des réseaux sociaux chez les adolescents, selon une étude de The Health Behaviour In School-aged Children (HBSC) (BBC)
Pavel Durov, le patron de Telegram, annonce un durcissement de la modération (Le Monde)
Les régulateurs chinois accentuent la pression sur les entreprises chinoises pour qu'elles achètent des puces locales plutôt que celles de Nvidia (Bloomberg)
Le Comex d'OpenAI quitte l'entreprise tandis que son PDG s'efforce d'en faire une société profitable (The Wall Street Journal) ; OpenAI a informé ses investisseurs que ses revenus atteindraient 11,6 milliards de dollars l'année prochaine, contre 3,7 milliards de dollars estimés cette année (NYT) ; OpenAI tel que nous le connaissions est-il mort ? (Vox)
Le Dash Hudson Social Media Benchmark (Dash Hudson)
Un chiffre extrait du rapport : Les vues des Shorts YouTube sont en hausse de 153 % - le long format est EN BAISSE de 15 %
STREAMING, OTT, SVOD
Max bénéficiera de sous-titres codés générés par l'IA de Google (The Verge)
Disney+ lance une vaste campagne de répression contre le partage de mots de passe et propose une option payante de « membre supplémentaire » (Variety)
AUDIO, PODCAST, BORNES
Le NYT proposera des abonnements audio par l'intermédiaire d'Apple et de Spotify (Axios)
Peu après les explosions mortelles des pagers du Hezbollah, ce podcast généré par IA a été mis en ligne (Wired)
INTELLIGENCE ARTIFICIELLE, DATA, AUTOMATISATION
Le clone IA d'un journaliste de la BBC peut-il tromper ses collègues ? (BBC)
L’ancien patron du design d’Apple a rejoint OpenAI (The Verge)
Les fonds du Moyen-Orient investissent des milliards de dollars dans les start-ups d’IA les plus populaires (CNBC News)
L'IA sera-t-elle un échec ? Un sceptique de Wall Street tire la sonnette d'alarme (New York Times)
Le premier musée d'art dédié à l'IA va ouvrir à Los Angeles (Semafor)
Runway déclare qu'ils financeront les réalisateurs s'ils utilisent ses outils d'intelligence artificielle (The Hollywood Reporter)
MONÉTISATION, MODÈLE ÉCONOMIQUE, PUBLICITÉ
Havas Media Network annonce le lancement de son algorithme d’enchères programmatiques basé sur l’IA (Media Leader)
Par Kati Bremme, Alexandra Klinnik et Océane Ansah
Des rescapés des grands groupes aux jeunes loups de la start-up nation, une nouvelle vague de médias bouleverse le paysage journalistique. En quête d'impact, ces entrepreneurs de l'info expérimentent de nouveaux modèles économiques et éditoriaux pour s'adapter aux exigences d'une audience en mutation. Mais à quel prix pour l'intégrité éditoriale ? Le futur du journalisme se jouera-t-il avant tout sur les réseaux sociaux ?
Par Alexandra Klinnik du MediaLab de l’Information de France Télévisions
C
Des rescapés des grands groupes aux jeunes loups de la start-up nation, une nouvelle vague de médias bouleverse le paysage journalistique. En quête d'impact, ces entrepreneurs de l'info expérimentent de nouveaux modèles économiques et éditoriaux pour s'adapter aux exigences d'une audience en mutation. Mais à quel prix pour l'intégrité éditoriale ? Le futur du journalisme se jouera-t-il avant tout sur les réseaux sociaux ?
Par Alexandra Klinnik du MediaLab de l’Information de France Télévisions
Créateurs de contenu, entrepreneurs, influenceurs, journalistes de formation, rescapés de la bollorisation : les acteurs qui souhaitent lancer leur propre média ne manquent pas ! Chacun a sa définition bien particulière de ce que doit être l’info. Pour les uns, un puissant outil marketing. Pour d’autres, un bien public essentiel. Face à un modèle économique du journalisme traditionnel à bout de souffle, ils expérimentent avec avidité de nouvelles stratégies en ligne, pour s’adapter à une cible jeune qui s’informe prioritairement sur les réseaux. Contrairement aux mastodontes historiques, ces nouveaux entrants bénéficient de structures agiles, leur permettant d’explorer de nouveaux formats et de s’adapter rapidement aux tendances changeantes de leur audience. Comment ces médias parviennent-ils à se financer ? Quels modèles économiques émergent pour répondre aux besoins de l’ère numérique ? Et quels sont les compromis à l’œuvre entre rentabilité commerciale et intégrité éditoriale ?
Les start-uppeurs de l’info
Ce sont les plus visibles sur les réseaux sociaux. Ils ont fait des études de commerce, ont suivi un cursus marketing, communication numérique et média, et aspirent à devenir les Xavier Niel de demain. Imprégnés de la culture « start-up », ils se lancent dans le monde de l’information avec l’ambition de bâtir des empires médiatiques. Pour eux, l’information est un produit, au service d’un business à faire prospérer. C’est ainsi la philosophie totalement assumée du Crayon, un média en ligne créé il y a quatre ans, qui selon France Culture, « taille dans le buzz » et compte près de sept cent mille abonnés sur les réseaux sociaux.
Fondé par quatre jeunes entrepreneurs et créateurs de contenus – Wallerand Moullé-Berteaux, Sixtine Moullé-Berteaux, Antonin Marin (qui lui a fait des études de mathématiques), et Jules Stimpfling (diplômé du master in International Security à l'École des affaires internationales (PSIA))– ce pure-player vise à donner la parole à tous, au nom de la liberté d’expression. Des personnalités de tous horizons, y compris de l’extrême-droite, y ont été invitées : l’influenceuse et ancienne porte-parole de Génération Identitaire Thaïs d’Escufon, Florian Philippot, et même Éric Zemmour. Quelques jours avant l’élection européenne du 9 juin, Emmanuel Macron a lui aussi pris la parole sur ce média « de débat d’idées et d’opinions », dont l’audience est majoritairement composée de 18-34 ans. L’assurance de toucher une cible jeune, avant ses passages plus traditionnels sur les plateaux de TF1 et France 2. Le Président a compris la force de frappe de ces nouveaux types de médias.
La particularité du média ? Pas de journalistes ! « On traite et analyse des faits, puis on reçoit des personnalités selon les faits. On fait du journalisme mais on n’est pas des journalistes », justifie au micro de Mediarama, Antonin Marin, co-fondateur et directeur « des rédactions » du Crayon, redéfinissant ainsi le concept même du journalisme ! « Un média, tel que défini par Naval Ravikant (une figure emblématique de la Silicon Valley) est une audience ou une communauté qui se retrouve dans une proposition de contenu », précise sur LinkedIn Wallerand Moullé-Berteaux. Le Crayon est considéré comme le « vaisseau amiral » du groupe, aux activités commerciales diversifiées : ad breaks, sponsoring, brand content... Leur agence de RP, le Surligneur, représente 40 % de leur chiffre d’affaires. Ils ont également levé un million d’euros auprès de plusieurs investisseurs et business angels dont Xavier Niel et Pierre-Edouard Stérin, fondateur de Smartbox, et libertarien conservateur. « Nous cherchons à créer une entreprise rentable, d’où nos piliers d’agence. Si on annualise les trois derniers mois, on atteint deux millions de chiffre d’affaires. Nous sommes rentables depuis le début, une obsession qui découle de ma culture du ‘make money’ », affirme Wallerand Moullé-Berteaux, pour qui il s'agit de la troisième entreprise.
Dans les cinq ans, l’entreprise vise à être un « mass media incontournable » en adoptant la philosophie du « media led company » un concept que vulgarise le fondateur du Crayon sur LinkedIn : « La media-led-company est une entreprise qui dirige son développement avec le média comme première brique d’activité pour l’amener vers des business propriétaires à destination de l’audience. » Il cite ainsi l’exemple de Welcome to the Jungle, « qui a révolutionné le monde du recrutement grâce à la puissance de son média ». En d’autres termes, le média sert de vitrine pour faire fructifier d’autres business. « Les prochains leaders du marché ne seront pas ceux qui ont les meilleurs produits, mais ceux qui possèdent un excellent positionnement et un média puissant », expliquait-il dans le podcast Jeunes Branches.
Ces nouveaux entrants remplacent le mot « information » par « contenu », redéfinissant ainsi les fondements même du journalisme traditionnel. Pour une internaute LinkedIn, il s’agit dans d’autres termes « d’une agence de com’ avec la crédibilité d’une agence de com ». Cette remarque souligne la dilution de la frontière entre communication commerciale, influence et information journalistique, rendant les motivations des créateurs de contenu ambiguës. Selon ces jeunes entrepreneurs, la prochaine ère du marketing sera celle des médias. Cette vision pose un défi majeur : comment maintenir une information de qualité, équilibrée et vérifiable, dans un modèle où le contenu est principalement guidé, non pas par une ligne éditoriale et une déontologie professionnelle, mais par des objectifs commerciaux ? Il est crucial de réfléchir aux conséquences de cette transformation sur la démocratie, car l’information, lorsqu’elle est traitée comme un simple outil marketing, risque de perdre sa valeur en tant que bien public essentiel.
Le brand content, une source de revenus pour les nouveaux médias
Le Crayon n'est qu'un exemple parmi d'autres de nouveaux médias souhaitant établir un groupe médiatique grâce à des partenariats commerciaux. Les créateurs de contenu exploitent les plateformes pour diffuser leurs productions, attirant de vastes audiences et générant des revenus grâce à la publicité et aux collaborations avec des marques. HugoDécrypte, avec ses millions de vues sur YouTube et autres réseaux sociaux, illustre parfaitement cette nouvelle forme de média, inspirée par les géants de l’info-divertissement comme Brut et Konbini. Les réseaux sociaux d’HugoDécrypte cumulent désormais plus de 14 millions de followers, surpassant ainsi Le Monde.
Sur la page Instagram d’HugoDécrypte, qui compte 3,6 millions d’abonnés, les publications réalisées pour des marques coexistent, en sandwich, avec des contenus informatifs.Le 12 décembre 2023, Hugo Travers a ainsi fait la promotion de la marque Cartier sur le compte Hugodecrypte.pop (823 000 abonnés), avec une indication de collaboration commerciale. C’est ce qu’on appelle le brand content. Cette proximité peut brouiller la distinction entre information et communication. Pour un jeune public, il peut être difficile de reconnaître un partenariat rémunéré. C'est pourquoi le Clemi a mis à disposition des ressources sur son site pour aider à comprendre ce modèle économique, (également utilisé par les médias traditionnels).
Capture d’écran du compte Instagram Hugodecrypte.pop – Collaboration commerciale Cartier
Des journalistes « traditionnels » accompagnés par des entrepreneurs
À côté de créateurs de contenus, de nombreux journalistes quittent les grands groupes pour lancer leurs propres projets, motivés par le désir de retrouver une certaine liberté éditoriale et de s’engager dans des initiatives plus en phase avec leurs valeurs. Comme le remarque Julie Joly, directrice du Nouvel Obs : « Le lien d’antan entre les journalistes et les rédactions n’existe plus : ils ne sont plus liés à une rédaction du début à la fin de la carrière. » La désillusion peut parfois être un moteur puissant.
Grégory Raymond, ancien de Capital Magazine, Brief.me et Huffington Post, raconte en souriant : « J’ai financé Big Whale avec mon chèque de départ de Prisma, après son rachat par Vivendi. » Avec Raphaël Bloch (ancien de L'Express, Les Échos et Reuters), ils co-fondent le premier média européen dédié à la token économie. Pour compléter leur équipe, ils choisissent, non pas un journaliste mais Dimitri Granger, ancien de Publicis et « crypto believer ». « Il a dix ans de plus que nous et l’expérience de la gestion d’entreprise et de la comptabilité », soit un solide allié pour affronter les nuits blanches et les affres de l’entreprenariat.
Raphaël Bloch est d’ailleurs convaincu que le journalisme et l'entrepreneuriat sont étroitement liés. Selon lui, un bon journaliste est un entrepreneur dans l'âme, même s'il ne s'en rend pas compte. Il explique sur Médianes : « Au risque de choquer, je pense fondamentalement qu'un bon journaliste est un entrepreneur. Quels que soient nos supports, que ce soit radio, télé, écrit, on gère notre sujet, on va chercher nos sources à droite, à gauche, on rend compte de notre travail au quotidien, on est finalement des entrepreneurs qui s'ignorent. » Pour « l’infopreneur », l'entrepreneuriat est non seulement nécessaire pour la survie et le succès des médias modernes, mais aussi une extension naturelle du rôle du journaliste.
Cette vision guide la stratégie et le développement de Big Whale. À trois, ils développent un modèle économique diversifié avec une approche test and learn : abonnements groupés pour des entreprises offrant des fonctionnalités premium, participation payante à des événements où sont présentés des rapports de marché, analyses de projets… Dernièrement, ils réfléchissent à un modèle économique d’un nouveau genre, « sans sacrifice financier, avec un partage de revenus entre la plateforme de publication et la communauté qui l’utilise, avec des incitations économiques pour contribuer ou enrichir les contenus ». Un peu à la manière de Wikipédia où chacun est invité à enrichir une page ? « On peut effectivement y voir un modèle proche, sauf qu’il y aura un protocole blockchain sous l’interface et des incentives financières à participer pour créer du contenu ou de l’améliorer. » À plus long terme, l’ambiance est de « décentraliser la gouvernance de ce système lorsqu’il sera éprouvé ». La communauté joue un rôle central chez Big Whale. Sur leur plateforme Discord, 1 500 abonnés actifs incarnent les « têtes chercheuses » du média, enrichissant, précisant, rebondissant sans cesse sur des informations de l’écosystème. Cette approche participative contraste avec les médias traditionnels, où l'information est émise de manière verticale. « Un média veut dire beaucoup de choses et en même temps presque plus rien. On est tous capables aujourd’hui de produire de l’info », résume Raphaël Bloch.
Ils ne sont pas les seuls journalistes de formation à s’être lancés dans les nouveaux médias financiers. Léa Lejeune, après avoir couvert les rebondissements des entrepreneurs de la Tech pour Challenges pendant de nombreuses années, a créé Plan Cash, une newsletter féministe et gratuite qui parle d’argent… Qui s’est doublée avec le temps d’une plateforme d’éducation féministe « qui parle d’argent aux femmes sans tabou », dont elle fait la promotion sur la page Instagram du média (80 000 abonnés). Dans cette aventure entrepreneuriale, la journaliste est accompagnée de Morgane Dion, plus de 12 ans d’expérience corporate dans les licornes françaises. Le modèle économique repose, entre autres, sur des formations assurées par des « experts certifiés » à « une époque où les influenceurs donnent des mauvais conseils financiers sans avoir le background et sans respecter les règles de l’AMF (Autorité des marchés financiers) » : « Les médias ont du mal à s’en sortir avec un modèle économique dans lequel ils sont dans la délivrance d’infos parce qu’il y a trop de concurrence. L’idée, c’était de gagner de l’argent sur la partie servicielle du média. Aujourd’hui, les gens sont de moins en moins prêts à payer pour de l’information mais ils sont de plus en plus prêts à payer pour des formations », assure-t-elle. Pour l'instant, l'entreprise ne bénéficie pas du statut d'entreprise de presse, car il est nécessaire que plus de 50 % de ses revenus soient issus de la production d'informations pour obtenir cette classification.
Ces nouveaux médias qui ne veulent pas travailler avec les marques
Aujourd’hui, la collaboration avec les marques n’est pas la principale source des revenus des start-ups de l’info. Selon une nouvelle étude publiée par le Centre de recherche sur les médias et le journalisme et la fondation Maharat, elles sont seulement 18 % à indiquer générer des revenus grâce à la pub. En perspective, les abonnements et autres méthodes de financement participatif sont utilisés par 30 % des acteurs. Les médias indépendants se distinguent par leur volonté de préserver une indépendance éditoriale, loin des pressions économiques exercées par les annonceurs ou les grands groupes. Cette indépendance est souvent perçue comme essentielle pour garantir la qualité et l’intégrité de l’information.
Pour assurer leur viabilité économique, les médias indépendants adoptent des stratégies de financement variés. Le financement participatif par exemple est devenu une méthode courante pour lancer de nouveaux projets. La Déferlante, un média féministe sans pub, a réussi à fédérer sa communauté dès ses débuts grâce à une campagne de financement participatif, atteignant 10 000 abonnés et embauchant neuf employés. Elle a permis à son lectorat d’entrer au capital à partir de 100 euros, une initiative qui a séduit 750 personnes. Dernièrement, c’est le média Fracas, lancé par Philippe Vion-Dury, ex-rédacteur en chef de Socialter, qui a réalisé « le plus gros lancement de média indé écolo » : « Dans la catégorie média papier, on se place dans le top 10 des lancements de médias en financement participatif, derrière des médias comme Epsiloon, La Déferlante, SoGood, Zadig ou Ebdo » a écrit Philippe Vion-Dury le 16 mai sur LinkedIn. Le média a ainsi réussi à rassembler pour son lancement 160 000 euros, 1 500 abonnés à la revue papier, et une communauté de 16 000 membres sur Instagram. LinkedIn a notamment joué un rôle dans le succès de la campagne. Le réseau est selon lui « très indiqué pour bâtir son lectorat et sa campagne : les CSP+ y sont largement représentés, et on ne construit que très difficilement l’équilibre d’un média sans attirer à soi un lectorat capable de soutenir par la dépense ».
Des modèles hybrides, combinant abonnements et dons, permettent également de maintenir une indépendance vis-à-vis des annonceurs. Blast, un média indépendant lancé grâce à une campagne de crowdfunding qui a récolté près d’un million d’euros (contre les 100 000 demandés), en est un exemple notable. Un succès que l’on peut attribuer aussi à la notoriété du fondateur, Denis Robert.
Malgré leur dynamisme, les médias indépendants font face à des défis importants, notamment en termes de pérennité financière et de capacité à maintenir une indépendance éditoriale dans un environnement économique difficile. Pour lancer un média dans de bonnes conditions, il faut par exemple bien compter sur 30 000 euros, selon Philippe Vion-Dury. De plus, la reconnaissance en tant qu’entreprise de presse, nécessaire pour obtenir certaines subventions et avantages fiscaux, peut être difficile à obtenir pour des structures innovantes. Et quand bien même ils toucheraient les aides à la presse, ils n’accèderaient en fait qu’à une part infime du gâteau, comme le souligne le fondateur de Mediapart Edwy Plenel : « les principaux bénéficiaires sont les médias possédés par des milliardaires, notamment le richissime Bernard Arnault », qui a ainsi touché pour ses journaux plus de 14 millions d’euros d’argent public en 2022.
Les nouveaux médias ne sont pas une solution miracle. Ils doivent encore faire face à des obstacles importants, notamment la réticence des utilisateurs à payer pour des informations et la difficulté à obtenir des subventions et des avantages fiscaux réservés aux entreprises de presse traditionnelles. La reconnaissance croissante de la nécessité de soutenir les médias d'intérêt public par les aides publiques, les organismes de réglementation, et les donateurs est un pas dans la bonne direction, mais elle doit s’intensifier pour créer un environnement où ces médias pourraient véritablement prospérer.
En outre, certaines start-ups de l’info traitent le journalisme comme une industrie ordinaire, en mettant l’accent sur le marketing et l’audience. Pas besoin de journalistes, mais de producteurs de contenus couteaux suisses… Peut-on se prétendre média sans son socle fondamental ? Si cette approche apporte de la flexibilité, elle soulève des défis majeurs en termes de crédibilité et d'intégrité. Par ailleurs, les nouvelles plateformes de Web3, encore en phase émergente, promettent de transformer radicalement les usages médiatiques. Bien que leurs impacts concrets se fassent encore attendre, elles offrent des perspectives inédites pour les journalistes et les « consommateurs » d'information, notamment par des modèles décentralisés et participatifs. En fin de compte, l'avenir des nouveaux médias dépendra de leur capacité à innover sans sacrifier l'intégrité de l'information et à s'adapter aux technologies de demain.
Fini le mépris de la presse traditionnelle envers les YouTubeurs : le festival de journalisme de Couthures-sur-Garonne, organisé par le groupe Le Monde, et parrainé par Camelia Jordana, a ouvert grand ses portes aux créateurs de contenus dits informatifs.
Par Alexandra Klinnik du MediaLab de l’Information de France Télévisions
Jean Massiet, Gaspard G, et Charlie Danger, entre autres, ont répondu présents pour partager les « secrets de fabrication » de ceux qui captivent les jeunes sur les résea
Fini le mépris de la presse traditionnelle envers les YouTubeurs : le festival de journalisme de Couthures-sur-Garonne, organisé par le groupe Le Monde, et parrainé par Camelia Jordana, a ouvert grand ses portes aux créateurs de contenus dits informatifs.
Par Alexandra Klinnik du MediaLab de l’Information de France Télévisions
Jean Massiet, Gaspard G, et Charlie Danger, entre autres, ont répondu présents pour partager les « secrets de fabrication » de ceux qui captivent les jeunes sur les réseaux sociaux, surpassant ainsi les médias classiques. Leur influence sur l'information est telle qu'un intervenant s'interroge : « Est-il devenu has been, dans l'écosystème médiatique actuel, de raisonner encore en termes de journalisme traditionnel ? ». La frontière de plus en plus floue entre influenceur et journaliste ne mérite-t-elle pas d'être réévaluée ?
Résumé des points clés
Journaliste ou influenceur : une étiquette fluctuante
Jean Massiet, vulgarisateur politique et Gaspard G, YouTubeur
Comment se définir par rapport à l’autre ? Pour le créateur Gaspard G – fort de 980 000 abonnés sur sa chaîne YouTube d’information généraliste – la réponse varie en fonction du contexte. « Cela dépend des jours et de la personne à qui je m’adresse », explique-t-il. « Je m’efforce de fournir une couverture des actualités la plus objective possible, entouré de professionnels. » Actuellement, il travaille avec une équipe de cinq salariés ainsi que des prestataires externes pour les recherches et les tâches administratives. Les journalistes qui collaborent avec lui possèdent une carte de presse. Un jeune festivalier a d’ailleurs été surpris de découvrir l’ampleur de son équipe : « Je n’étais pas conscient que tu étais aussi entouré », a-t-il commenté, habitué à ne voir qu’un seul visage (devenu logo) sur les vidéos.
Jean Massiet, derrière la chaîne Twitch de vulgarisation politique BackSeat, ne s’embarrasse pas d’étiquettes et précise bien qu’il ne rentre pas dans la définition stricte de journaliste : « Mon métier va beaucoup plus loin parce que je suis aussi influenceur, producteur, chef d’entreprise», bref un homme-orchestre aux multiples fonctions, qui souhaite informer avant tout les jeunes. La moyenne d’âge de son public est de 24 ans.
Les médias traditionnels effacent progressivement la barrière entre leurs mondes et ceux des créateurs de contenu en ligne. « Ce mépris, ce scepticisme que certains médias ont cultivé semble s’estomper aujourd’hui », observe Gaspard G. « Nous faisons notre métier avec sérieux et obtenons des interviews pertinentes, y compris avec Emmanuel Macron. Ils ont peut-être ressenti de la jalousie en voyant Volodymyr Zelenskyy choisir de s’entretenir avec Hugo Travers, 27 ans, plutôt qu’avec Laurent Delahousse ou David Pujadas », sourit-il. Jean Massiet partage ce sentiment et note un effort de la presse écrite, qui publie désormais « d’excellents articles » sur cet univers, avec « des enquêtes approfondies et bien écrites ». Cependant, il souligne que la télévision reste encore « réticente au possible » à l’égard du monde du web, qui bouscule les codes de l’information depuis cinq ans.
Les médias traditionnels s’allient directement aux créateurs de contenus. France Télévisions collabore ainsi avec Hugo Décrypte pour l'émission "Face Cachée", produite par France 2 et Unfold, la société de production de Hugo Travers et Squeezie. Le partenariat fonctionne de la manière suivante : une semaine après la diffusion de l'émission, France TV perd les droits ou les co-partage pour permettre sa diffusion sur la chaîne privée d'Hugo Décrypte. Cet effort, bien que « louable », ne porte pas ses fruits, estime le journaliste de TF1 Paul Larrouturou, un autre intervenant, pour qui le succès n'est pas au rendez-vous. La recette d’une collaboration réussie reste encore à trouver.
Les partenariats, le bât qui blesse
Pour faire vivre cette nouvelle manière d’informer sur les réseaux sociaux, la plus grosse problématique reste le financement, estime Gaspard G. Il a dû lui-même limiter la couverture internationale de son média – trois voyages sur le terrain en douze mois (Israël, Nouvelle-Calédonie, Ukraine) – en raison des « coûts astronomiques » de tels projets pour une structure encore fragile. « Aujourd’hui, malheureusement, on ne dispose pas d’aides publiques, et notre génération n’a pas l’habitude de payer pour l’info », estime-t-il. Pour assurer ses arrières, le créateur de contenu n’hésite donc pas à faire appel aux annonceurs. « On fait avec nos armes pour pouvoir créer un modèle de revenu et payer nos équipes », justifie-t-il. Dans ses vidéos d’actualités, il représente ainsi les intérêts de ses clients. « Pendant une minute, il peut m’arriver de parler d’un VPN, d’une marque, d’un service », explique-t-il. C'est pourquoi certains hésitent à le considérer comme un journaliste. Selon la charte de Munich, le "Saint Graal du journalisme", il ne faut "jamais confondre le métier de journaliste avec celui du publicitaire ou du propagandiste ; n'accepter aucune consigne, directe ou indirecte, des annonceurs". « Je te considère comme un confrère. La grande question reste le modèle économique. Moi, je suis salarié d’une rédaction, j’ai le confort d’avoir un salaire qui tombe tous les mois », répond Paul Larrouturou, ancien de Quotidien.
De gauche à droite, Anaïs Carayon, directrice de la rédaction d'Urbania France, Paul Larrouturou, reporter chez TF1 et Gaspard G, créateur de contenus
Pour Backseat, le fonctionnement repose sur un modèle similaire. L'émission est majoritairement financée par du financement participatif (au moins les deux tiers), tandis que le reste provient de partenariats. En tout, le budget annuel s'élève à un demi-million d'euros. « Mon public ne m'en veut absolument pas pour les partenariats, parce que je leur explique à quoi ils servent. Je m'assure toujours que le partenariat ait un intérêt éditorial. Cela ne m'intéresse pas de faire de la publicité pour une marque dont je me fiche. En revanche, interviewer le PDG d'une entreprise pour poser des questions citoyennes et faire le lien avec ma chaîne où je parle politique, ça m'intéresse », raconte Jean Massiet. Le streamer affirme être l'un des leaders auprès d'un public particulièrement difficile à atteindre : les jeunes. La plupart de ses clients sont des institutions souhaitant s'adresser aux jeunes, « pas forcément pour faire passer des idées, juste pour dire bonjour », comme l'a fait récemment la Cour des comptes.
En fin de compte, la transparence envers son audience est essentielle. Il s'agit toujours de maintenir la confiance par l'explication et la justification. « L'enjeu, c'est la confiance et la crédibilité envers ton public. Il n'y a pas forcément de règles écrites. Il y a une loi qui encadre les influenceurs, mais elle a été rédigée avec les pieds », estime Jean Massiet. « L'important est de ne pas perdre la confiance que les gens placent en nous. C'est un contrat de confiance, une sorte de common law qui se développe avec le temps entre les influenceurs et leur public, en l'absence de règles plus précises imposées par les plateformes. » Il n'est d'ailleurs pas favorable à ce que les plateformes imposent leurs règles, car ce sont des entreprises américaines avec une culture américaine, dont les règles s'appliquent encore mal en Europe.
Par ailleurs, cette transparence est de plus en plus demandée par l'audience, rappelle le journaliste Vincent Manilève, notamment depuis les polémiques sur les placements de produits effectués par les « influvoleurs ». Il estime qu'une prise de conscience a eu lieu depuis.
Sourcer ses vidéos : une pratique journalistique devenue indispensable chez les créateurs de contenus
« Le public est un outil de contrôle démocratique », rappelle Jean Massiet. L’audience exige désormais que les vidéos et les images soient sourcées. Selon une étude du Financial Times, avoir des sources fiables, en lesquelles les jeunes peuvent avoir confiance, arrive en priorité dans les demandes des jeunes.
William Audureau, journaliste au Monde et Jean Massiet, vulgarisateur politique
Depuis le bad buzz de Squeezie (Lucas Hauchard), la vigilance du public a redoublé, selon Vincent Manilève. En 2019, le plus grand YouTubeur français (catégorie formats longs) a publié une vidéo sur les pyramides où il privilégiait les théories fantastiques aux théories scientifiques. « Ça reste une vidéo "théorie du complot" », s'était-il excusé. « C'était une vidéo de désinformation massive, alors qu'il avait une responsabilité éditoriale », explique le journaliste spécialisé dans Internet. Finalement, Squeezie a présenté ses excuses et supprimé la vidéo, bien qu'elle soit encore disponible sur DailyMotion. Depuis cet incident, il veille à sourcer et citer ses références, notamment le New Yorker.
Apprendre à utiliser des sources fiables et à respecter le cadre légal est un exercice complexe pour les YouTubeurs. Pour Gaspard G, l'utilisation d'extraits d'archives a été particulièrement ardue. Lorsqu'il a commencé à réaliser des vidéos avec son monteur, il a été plongé dans un « Far West total », ne disposant pas comme dans les grandes rédactions de services juridiques. « Un nombre incalculable de nos vidéos ont été retirées de la plateforme parce que nous n'avions pas tous les droits nécessaires pour citer des archives de TF1, France 2, Blast, Mediapart. Je pensais que cela relevait du droit de citation, mais ce n'était absolument pas le cas », se remémore-t-il. Parfois, la source n’était pas correctement citée ou l'image était zoomée avec une texture superposée, dissimulant ainsi le watermark de la chaîne. En conséquence, ils ont reçu de nombreuses mises en demeure et des vidéos entières ont été supprimées de leur chaîne. Aujourd'hui, le YouTubeur a amélioré ses pratiques et s'appuie sur l'INA, qui propose un forfait permettant aux créateurs de contenus d'utiliser les archives pour un total de 1000 euros par an.
Pour que l’apprentissage continue de manière pérenne, l’UNESCO a ainsi un mandat sur l’éducation aux médias et met en place un programme pour ces créateurs de contenus qui les aident à « avoir les bons codes pour informer », note Vincent Manilève. Lui-même, en tant que journaliste web spécialisé, est en contact avec une université des Etats-Unis pour les aider à retranscrire et localiser un cours en ligne à destination des influenceurs pour les aider à mieux informer et à suivre les règles de déontologie.
L’avenir ?
Comment les créateurs de contenu voient-ils l’avenir ? « Pas à la télévision », rétorque Jean Massiet : « Si la télé reste majeure en termes d’audience, en termes de génération, il y a un décrochage qui est absolument phénoménal ». Lors de la saison 2022-2023, l'âge moyen des téléspectateurs du journal télévisé de France 2 était de 63 ans et de 57 ans pour celui de TF1, selon Médiamétrie. Il cite ainsi Ikea qui a fait un rapport sur l’aménagement intérieur des ménages dans les pays développés. Aucune télévision n’était représentée devant les canapés. « Cette modification anthropologique est une très mauvaise nouvelle pour la télévision, qui va disparaître des salons des gens» prédit-il. Plus prosaïquement, il ne voit pas l’avenir de sa chaîne sur le format télévisé en raisons de coûts de production. « C’est scandaleusement cher de maintenir à flot une chaîne de télévision. Sur LCP, Public Sénat, c’est 7,5 millions d’euros d’infrastructures par an ! », dénonce le vulgarisateur.
Gaspard G anticipe une spécialisation progressive des créateurs de contenus dans les cinq à dix prochaines années. « À l'heure actuelle, Hugo Décrypte fait du JT, je couvre l'actualité froide, et Charles Villa s'intéresse aux sujets d'actualité brûlants… Nous verrons une montée en puissance de YouTubeurs qui choisiront de se spécialiser dans des créneaux particuliers du journalisme. Il est aussi essentiel de permettre à ces jeunes structures de trouver leur équilibre financier, car les coûts peuvent être très élevés », observe-t-il.
Aujourd’hui, les règles du jeu médiatique changent. La crédibilité est non pas donnée, par la profession mais par les gens qui regardent les contenus. Les créateurs, loin d’être de simples diffuseurs de divertissement, jouent désormais un rôle crucial dans la diffusion de l’information, captant un public jeune et diversifié souvent délaissé par les médias traditionnels. En se mettant à leur hauteur, ils parviennent à ouvrir le dialogue, et développent une proximité à la fois en ligne et « in real life » – Jean Massiet, par exemple n’hésite pas à parcourir la France pour des apéros organisés avec sa communauté sur Discord. Il est crucial que le secteur continue de naviguer entre innovation et rigueur pour assurer la pérennité et la fiabilité de l’information dans cette ère numérique. La question demeure : comment les médias traditionnels et les créateurs de contenu pourront-ils collaborer efficacement pour offrir une information de qualité dans un paysage en perpétuelle mutation ? La réponse pourrait bien façonner le journalisme de demain.
C’est une audace, voire une provocation. Tenter de répondre à la question « En quoi consiste le fait d’être journaliste aujourd’hui ? », relève d’une évidente prise de risque. Tant la réponse est manifestement connue.
Par Hervé Brusini, président du Prix Albert Londres, ancien rédacteur en chef de France Télévisions
Le ou la professionnelle de l’information a pour emploi la négation même de sa fonction. Telle est l’idée du moment, truquer, désinformer, mentir sont ses gestes quotidiens. Voilà en
C’est une audace, voire une provocation. Tenter de répondre à la question « En quoi consiste le fait d’être journaliste aujourd’hui ? », relève d’une évidente prise de risque. Tant la réponse est manifestement connue.
Par Hervé Brusini, président du Prix Albert Londres, ancien rédacteur en chef de France Télévisions
Le ou la professionnelle de l’information a pour emploi la négation même de sa fonction. Telle est l’idée du moment, truquer, désinformer, mentir sont ses gestes quotidiens. Voilà enfin démasqué le jeu qui est le sien, avec à la clé, défiance et rejet. L’acte d’accusation est dressé, la condamnation, forcément sans appel. Le trait peut sembler forcé, il reflète néanmoins les enquêtes d’opinion conduites depuis belle lurette. Bien sûr, face à une telle désaffection, le coupable souhaite faire entendre qu’il n’y est pour rien, arguant de la fameuse présomption d’innocence. À défaut d’être « objectif » (vocable que l’on pensait être un vieux mot appartenant à un vieux débat), je suis « honnête », dit-il. Et de dénoncer les « fakes news » et les réseaux sociaux comme grands adversaires et pourvoyeurs de chaos « informationnel » (pour le coup, nouveau mot forgé afin de décrire le champ de l’actuelle tourmente).
Au fil des années, le journaliste s’est vu convoqué – souvent par lui-même – à un apprentissage toujours plus sophistiqué, consacré aux techniques de la désinformation, de la fausse nouvelle et autres infox pour mieux les déjouer, les combattre. Tout naturellement, l’apprentissage du journaliste est allé, et va de pair avec celui du public et c’est tant mieux car absolument salutaire. L’éducation aux médias est donc devenue un devoir du journalisme nouveau à l’adresse des jeunes générations, ainsi que de tous les citoyens et citoyennes. Comme une raison de survie en démocratie. Or, chemin faisant, l’équation information/fake news s’est installée, faisant par exemple, du pape en doudoune blanche une représentation plus connue du « Saint-Père » que ses portraits officiels. Penser François c’est d’abord le voir accoutré de ce qu’il n’a jamais porté. Dans cette éducation essentiellement braquée sur la fabrique du faux, tout se passe comme si l’enseignant chargé d’instruire la peinture, se focalisait sur les faussaires. Le peintre devient un second plan, la contrefaçon occupe le premier. Périlleuse pédagogie quand semble-t-il, la dose du poison peut devenir supérieure à celle du bienfait. Tout accaparé par ce champ nouveau, sur le fond, le journalisme répond à la question de son utilité, par une évidente raison d’être : ma fonction première, clame-t-il, c’est informer. Qu’entend-on par là ? Rapporter des faits, en ajoutant la mention « vérifiés », tel est aux yeux du monde démocratique, le gage, la définition moderne de sa qualité. Un peu comme penser c’est exister, informer/valider revient à exercer le journalisme. Voilà qui présente un inconvénient : séduisante, la définition renvoie fortement à elle-même. Sans véritable épaisseur, elle est pour le moins circulaire, et donc sans grande chance d’expliquer concrètement ce singulier métier. Car ce dernier s’évertue à se considérer comme s’il avait toujours été là. Or, il y eut bien un « avant » la presse. Le récit lui-même si cher aux articles des reporters, cette narration qu’ils et elles ont mis et mettent en mouvement, trouve ses origines à des temps anciens où micros, caméras et rotatives flottaient encore dans les limbes.
L’Antiquité, en effet, n’usait que le roseau pour raconter les guerres. Et pourtant, c’est bien là que tout a commencé. Peu à peu, des arts de faire, des procédures ont établi les fondations du journalisme bien avant la naissance de ce mot. Et puis la feuille imprimée est arrivée. Avec elle, l’information de masse a pris son essor, facilitée par les lois sur la liberté de la presse ou sur l’instruction obligatoire. Jadis très prisé, le feuilleton racontait, le reportage aussi. Sa déambulation sur le terrain, sa vision des choses, sa rencontre avec de multiples témoins. Des signatures attiraient leurs lecteurs… Tout cela a forgé un puissant dispositif de vérité. Puis, l’interview venue des États-Unis dans les années 1900 a complété ces techniques de production du réel. Outre-Atlantique, des femmes, appartenant à un groupe qualifié de muckrakers (fouille-merde), ont initié le journalisme d’immersion et la collecte de données. L’enquête, l’investigation leur doit beaucoup. Que sait-on aujourd’hui de tout cela ? Fort peu, car l’intérêt n’est pas vraiment au rendez-vous. Si prompt à avancer « la mise en perspective » ou « la contextualisation » pour comprendre un conflit, une actualité, une question de société, le journalisme répugne à s’administrer les remèdes qu’il préconise. L’Histoire semble être pour lui un sépia nostalgique, pourquoi pas sympathique, mais en tout état de choses, une perte de temps. Pire, en soi, l’information semble échapper à l’Histoire. Après tout la question « Quel temps fait-il aujourd’hui ? » s’est toujours posée. Voilà une info, pourquoi donc aller chercher plus loin. En revanche, la technologie, l’économie, les rapports de forces… sont volontiers avancés comme les marqueurs d’évolution, lorsque le passé retrouve ici et là quelques couleurs. Tout cela existe bel et bien, et l’influence de ces facteurs est puissante. Mais la définition détaillée, concrète de la construction de l’information, n’est guère explorée et a fortiori promue. On lui préférera le plus souvent, l’autre évocation « d’une construction » au sens manipulatoire du terme. Voilà qui est bien plus croustillant, certainement.
Triste constat d’une non-prise en compte d’un passé pourtant structurant. Ainsi, les crises qui ont secoué la presse à la fin du XIXe et du début XXe siècle, sont en grande partie méconnues, même si elles parlent des rapports existants entre public et journalisme. Les valeurs actuelles exigées du et par le monde de l’information sont issues de retentissants scandales de l’époque, avec pour toile de fond, la corruption, la propagande. La déontologie, pour un « journalisme digne de ce nom », a connu sa première charte rédigée noir sur blanc, comme un puissant contrat social. Pourquoi ? Parce que la défiance massive que nous connaissons, a commencé à s’installer dès cette époque. La question de l’indépendance occupant d’hier à aujourd’hui une place prépondérante. Là encore, qu’en est-il de la mémoire entretenue de ces grands enjeux ? Lui consacre-t-on suffisamment de temps pour que soient transmises les leçons à en tirer ?
« En quoi consiste le fait d’être journaliste aujourd’hui ? », souvent cela revient à vivre un désarroi, une violence potentielle physique ou morale, avec à terme la tentation d’un désengagement. La perte de mémoire à son propre endroit est peut-être à ce prix. Comment en effet affronter le présent numérique et sa déferlante en ignorant son passé par ailleurs structurant ? On parle si souvent de disruption dans les médias, mais que sait-on de la continuité, de la sédimentation des techniques d’élaboration des faits ? Et puis, il y a ce choc : le smartphone en mode vigilance permanente, le public maîtrise désormais les codes et techniques des expressions écrites et vidéos. La fonction journaliste est donc peu ou prou confrontée à ce savoir-faire aujourd’hui partagé. Pour autant les citoyennes comme les citoyens ne sont pas des journalistes au sens où l’histoire même de l’information a « construit » ce que l’on peut appeler « une fonction sociale en démocratie ». Et pourtant. Et pourtant, elles et ils inventent de nouveaux formats, de nouvelles langues, des communautés… Passionnantes ouvertures. Les réseaux sociaux drainent certes, haine et abjection, mais l’innovation, le sourire et l’intelligence sont aussi de la partie. Des rôles inédits apparaissent. Vieux et nouveau monde coexistent dans cet univers immatériel aux lourdes conséquences matérielles. Les uns « informent », les autres à présent « influencent ». Pour le plus grand plaisir du marketing. Le logiciel fait tourner les toiles sociales à plein régime d’enfermement. Le blogueur d’il y a presque 20 ans fait déjà figure de vieille lune. L’IA promet d’accroître les performances des pauvres humains à la productivité numérique réduite. Pour forcer la cadence en posts, voici que se démultiplie bientôt l’IA, entendez Influence Artificielle. Redoutable et enthousiasmant.
En quoi consiste alors le journalisme dans cette déflagration des discours ? De solides éléments de réponse sont à trouver dans ce retour sur l’Histoire. Les fondamentaux de l’information sont là, jour après jour, on les voit au fil des décennies, en cours d’élaboration jusqu’à l’actuel paysage médiatique et sa surabondance. Alors, l’éducation aux médias invoquée par tous ne peut laisser sur le côté cette longue chronique de vérités quotidiennes, essentielles – redisons-le – en démocratie. Nul doute que les États généraux de l’information actuellement en cours, dont la restitution est prévue pour juin 2024, auront à cœur d’insister sur cette production de savoir, pour tenter de retrouver quelques balises bien utiles si l’on veut répondre réellement à la question : « Mais en quoi consiste le fait d’être journaliste aujourd’hui ? ».
L’internet, cet océan de connaissances en perpétuelle expansion, est-il en train de se vider de son contenu ? Selon une récente étude du Pew Research Center, de vastes pans de ce réservoir numérique sont en train de disparaître, défiant l’idée que le web est une archive immuable, au moment même où les IA génératives ingurgitent à toute vitesse ce qui en reste pour générer un nouvel Internet.
Le contenu disparaît sous nos yeux
L’étude révèle ainsi des statistiques alarmantes : 38% des pages exis
L’internet, cet océan de connaissances en perpétuelle expansion, est-il en train de se vider de son contenu ?Selon une récente étude du Pew Research Center, de vastes pans de ce réservoir numérique sont en train de disparaître, défiant l’idée que le web est une archive immuable, au moment même où les IA génératives ingurgitent à toute vitesse ce qui en reste pour générer un nouvel Internet.
Le contenu disparaît sous nos yeux
L’étude révèle ainsi des statistiques alarmantes : 38% des pages existantes en 2013 ne sont plus accessibles dix ans plus tard. Même les pages les plus récentes ne sont pas à l’abri de cette tendance, avec 8% des pages existant en 2023 ayant déjà disparu. Cette « dégradation numérique » touche toutes les sphères, des sites gouvernementaux aux médias, en passant par Wikipédia. 23% des pages d’actualités contiennent au moins un lien « brisé ».
En Chine, la situation est critique. Presque toutes les infos publiées sur les portails d’info chinois, les blogs, les forums entre 1995 et 2005 ne seraient plus disponibles, rapporte le New York Times. La journaliste Li Yuan se souvient des « excellentes couvertures médiatiques » du grand tremblement de terre du Sichuan le 12 mai 2008, qui a fait plus de 69 000 morts, une époque où « les journalistes avaient plus de liberté que ne le permettrait généralement le Parti communiste ». Elle ne retrouvé aujourd'hui aucun de ces articles.
Pourquoi ce fossé qui se creuse ?
Il est d’abord techniquement difficile et coûteux pour les sites web d’archiver du contenu plus ancien, et pas seulement en Chine. Certains sites sacrifient ainsi du matériel ancien sur l’autel de Google, pour améliorer leur référencement. Le moteur de recherche, privilégiant les sites web à chargement rapide. Pour qu’un site soit plus rapide, il suffit donc de se débarrasser de sa substantifique moelle. « Si certains comprennent ce compromis – qui n’a jamais été agacé par la vitesse de chargement d’un site ? – en revanche, la raison de visiter un site web n’est sûrement pas la bannière pop-up, la demande d’envoi d’alertes, la vidéo qui se lance automatiquement, la multitude de publicités cliquables vous invitant à voir à quoi ressemble une femme qui avait 18 ans et qui en a maintenant 50, réagissait déjà en 2022 l’écrivain Simon Brew, au lieu de réduire tout cela,ce sont les archives qui sont rationnalisées et épurées...».
En Chine, la raison de cet effacement du web est aussi d’ordre politique. Le Parti communiste tient à maintenir à tout prix une pureté politique et une culture « harmonisée » du cyberespace chinois. Les entreprises internet ont ainsi plus d’incitation à la « sur-censure ».
Capture d'écran du site Unofficial Archives
Des actions de résistance
Face à cette menace croissante, des efforts sont déployés pour préserver le contenu en ligne. Des sites comme archive.org, un lieu d’archivages des sites internet, offrent une bouée de sauvetage pour le matériel menacé. En Chine, le journaliste Ian Johnson a fondé le site web Unofficial Archives, qui cherche à préserver les blogs, les films et les documents en dehors de l’internet chinois. Cependant, ces efforts restent marginaux par rapport à la masse de données effacées quotidiennement.
Cette érosion rend internet moins reconnaissable, un espace qui « n’est plus pour les humains, par les humains », ont récemment alerté les universitaires Jake Renzella et Vlada Rozova sur The Conversation. Les interactions en ligne deviennent dès lors de plus en plus « artificielles » à mesure que l'intelligence artificielle et le contenu généré par des algorithmes gagnent en importance.
CETTE SEMAINE EN FRANCE
Des fausses nouvelles et des vidéos cherchent à saper les Jeux olympiques de Paris (New York Times)
La Russie vise les Jeux olympiques de Paris avec une fausse vidéo de Tom Cruise (The Guardian)
Grève de vingt-quatre heures au sein de l’Agence France-Presse jeudi, au sujet du statut des journalistes hors de France (Le Monde)
Plus d’un million d’euros ont été récoltés suite à la mobilisation Twitch “Streamers 4 Palestinians” (Ouest France)