Alors que les entreprises d'IA aspirent des tonnes de contenu sur Internet, le trafic de recherche s'impose comme le prochain champ de bataille dans la lutte entre les éditeurs et les géants de la tech. Les chatbots d’IA sont bloqués par 67% des sites d’actualité les plus fiables, selon une étude de NewsGuard. Mais cette mesure semble bien insuffisante pour garantir une protection complète. Malgré ces restrictions, les robots d'indexation continuent d'accéder aux données en temps réel, un
Alors que les entreprises d'IA aspirent des tonnes de contenu sur Internet, le trafic de recherche s'impose comme le prochain champ de bataille dans la lutte entre les éditeurs et les géants de la tech. Les chatbots d’IA sont bloqués par 67% des sites d’actualité les plus fiables, selon une étude de NewsGuard. Mais cette mesure semble bien insuffisante pour garantir une protection complète. Malgré ces restrictions, les robots d'indexation continuent d'accéder aux données en temps réel, un abus dénoncé (et prouvé) en août dernierpar le New York Times. Depuis l'arrivée de l'IA générative et des interfaces comme ChatGPT, le premier journal américain mène un bras de fer juridique avec les géants de la tech, là où la plupart de ses confrères optent pour des contrats et partenariats. Désormais, un nouvel adversaire s’ajoute à la liste : Perplexity, la start-up soutenue par Jeff Bezos, qui défie ouvertement Google Search.
Accusée d'exploiter les articles du New York Times sans licence, Perplexity vient de recevoir une mise en demeure exigeant l'arrêt immédiat de cette pratique, dénoncée comme une violation du droit d'auteur et un enrichissement injuste. "Perplexity et ses partenaires commerciaux se sont injustement enrichis en utilisant, sans autorisation, le journalisme méticuleusement écrit, recherché et édité du New York Times, sans licence",a pointé le média. Le New York Times a également demandé des explications sur la manière dont Perplexity accède à ses articles malgré les mesures de blocage. Dans cette bataille, les médias ne sont pas seuls. En même temps que Forbes, Condé Nast,Vanity Fair et Vogue rejoignent l'accusation contre Perplexity, un groupe d'auteurs vient d'obtenir gain de cause aux États-Unis, forçant OpenAI à révéler les sources ayant entraîné leur modèle (c'est donc possible).
En attendant, pour tenter de calmer la situation, Aravind Srinivas, PDG de Perplexity, a déclaré qu'il ne souhaitait pas être perçu comme un "antagoniste" des médias et qu'il était prêt à collaborer. "Nous ne collectons pas de données pour créer des modèles de base, mais indexons plutôt des pages web et faisons apparaître du contenu factuel sous forme de citations pour informer les réponses lorsqu’un utilisateur pose une question",a-t-il expliqué. A voir si cette affirmation concerne aussi leurs nouveaux produits proposés aux entreprises (autre eldorado des données) : Internal Knowledge Search et Spaces.Aujourd'hui, de nombreux éditeurs voient leur modèle économique s'effondrer et réclament une rémunération juste et une transparence accrue concernant l'utilisation de leurs contenus par les entreprises d'IA. Cependant, les modalités de ces accords, ainsi que les termes des négociations, restent souvent flous.Comme le souligne le chercheur Félix Simon, "nous avons besoin de plus de clarté sur les accords entre les entreprises d'IA et les éditeurs de presse", à l’heure où au moins 26 éditeurs internationaux, parmi lesquels leFinancial Times, Condé Nast, leTexas Tribune etDer Spiegel, ont signé des accords de licence avec des entreprises comme OpenAI, Microsoft et Perplexity.
Résultat d'une enquête menée en mai 2024 auprès des cadres média du réseau WAN-IFRA (basée sur 91 réponses)
L'un des principaux défis reste l'évaluation de la valeur des données d'entraînement utilisées par les IA. “Ne pas savoir combien valent les données d’entraînement rend également plus difficile de dire pour les acteurs plus petits d’évaluer les conditions des accords qui leur sont proposés. Alors qu’un grand groupe de presse pourrait embaucher un cabinet de conseil en économie pour faire les calculs à leur place, les petites entreprises risquent de ne pas pouvoir se permettre ce luxe. Elles risquent donc de se voir présenter un fait accompli avec peu de marge de négociation”, explique Félix Simon. En fin de compte, cette incertitude affecte également les décideurs politiques et les régulateurs. L'opacité des accords renforce un jeu de pouvoir où seuls les grands gagnent, laissant les plus petits sans protection ni recours.
Le conflit autour des contenus journalistiques révèle une asymétrie profonde entre les médias et les entreprises d'IA, qui imposent leurs règles grâce à leur puissance technologique et financière. Les accords de licence, souvent perçus comme des compromis, ne font qu'effleurer le problème en laissant les géants du numérique fixer les termes. Ce bras de fer dépasse les enjeux économiques : il touche à la souveraineté éditoriale et à la légitimité du journalisme, alors que les contenus générés par l'IA risquent de diluer la valeur de l’information. Les médias doivent non seulement défendre leurs droits, mais aussi réaffirmer leur rôle essentiel auprès du public. Pour redéfinir cette relation, il faut repenser en profondeur le partage de valeur et la responsabilité entre les acteurs.
CETTE SEMAINE EN FRANCE
C’est parti pour la réforme du financement de l’audiovisuel public - le Sénat a entériné le projet de loi permettant à l'audiovisuel public d'être financé par des taxes affectées (Télérama)
Spotify lance son offre d'audiobooks en France (Les Echos)
Licenciements en vue en France pour le géant américain de la pub IPG (Les Echos)
Guillaume Dubois, le directeur général d’Euronews, « révoqué » (Le Monde)
Les films de patrimoine s’opposent à ce que l’IA les utilise sans autorisation (Telerama)
3 CHIFFRES
37 % des Républicains et des indépendants proches du Parti républicain déclarent avoir beaucoup ou assez confiance dans les informations provenant des réseaux sociaux (Pew Research Center)
Netflix gagne 5 millions d'abonnés, portant son total à 282,7 millions dans le monde (The Hollywood Reporter)
Un an plus tard, l'édition européenne du Guardian représente 15 % du nombre de pages consultées de l'éditeur (NiemanLab)
LE GRAPHIQUE DE LA SEMAINE
Netflix a ajouté 22 millions d'abonnés en 2024, son plus grand nombre depuis 2020.
NOS MEILLEURES LECTURES / DIGNES DE VOTRE TEMPS / LONG READ
L'IA peut-elle aider l'Afrique à combler le fossé du développement ? (Financial Times)
Ofcom appelé à agir après qu'une entreprise américaine a qualifié Roblox de « paradis des pédophiles » (Guardian)
Le boom de l'IA a une date d'expiration (The Atlantic)
Tout ce que nous savons sur les « shadowbans » sur les réseaux sociaux (Washington Post)
DISRUPTION, DISLOCATION, MONDIALISATION
Amazon fait son entrée dans l'actualité avec la couverture en direct des élections par Brian Williams (New York Times)
Dans les coulisses de la guerre de Gaza chez Condé Nast (Semafor)
Le projet d'interdiction des réseaux sociaux en Australie soulève des craintes d'isolement chez les adolescents (Reuters)
Meta licencie son personnel pour avoir acheté du dentifrice au lieu d'un déjeuner (BBC)
Ce n'est pas moi, c'est juste mon visage » : les mannequins qui ont découvert que leur image avait été utilisée dans la propagande par l'IA (The Guardian)
Des millions de personnes utilisent des bots IA « nudifiants » abusifs sur Telegram (Wired)
YouTube fait un petit pas vers l'étiquetage des vidéos authentiques (The Verge)
DONNEES, CONFIANCE, LIBERTÉ DE LA PRESSE, DÉSINFORMATION
Déclaration d’Ottawa : des médias publics du monde entier s’allient avec la Public Media Alliance, le Groupe de travail mondial pour les médias publics et CBC/Radio-Canada pour combattre la désinformation (CBC)
YouTube fait un petit pas vers l'étiquetage des vidéos authentiques (The Verge)
LÉGISLATION, RÉGLEMENTATION
Meta est poursuivi par plusieurs Etats américains pour l'addiction des adolescents aux réseaux sociaux (Reuters)
Un nouveau projet de loi au Royaume-Uni pourrait obliger les entreprises de réseaux sociaux à rendre leur contenu moins addictif pour les moins de 16 ans (The Guardian)
JOURNALISME
Le Royaume-Uni va consulter sur le modèle d'opt-out pour le scraping de contenu par l'IA, un coup dur pour les éditeurs (Financial Times)
La BBC va supprimer 155 postes au sein de sa rédaction (Financial Times)
Pourquoi le lancement de Microsoft Copilot Daily est un « moment significatif » pour l'industrie de l'information (PressGazette)
STORYTELLING, NOUVEAUX FORMATS
Tina Brown, la reine des médias traditionnels, emmène son journal sur Substack (New York Times)
ENVIRONNEMENT
Une IA scanne la « matière noire » de l'ARN et découvre 70 000 nouveaux virus (Nature)
RÉSEAUX SOCIAUX, MESSAGERIES, APPS
Modération de contenus : TikTok remplace des postes au profit de l’IA (Media Leader)
Instagram s'attaque à la « sextorsion » alors que les problèmes de sécurité des adolescents se multiplient (Washington Post)
YouTube teste à nouveau son abonnement Premium Lite à prix réduit, mais avec des publicités limitées (The Verge)
Comment WhatsApp génère-t-il des revenus ? C'est gratuit, mais avec quelques astuces (BBC)
STREAMING, OTT, SVOD
Début d'une répression fédérale sur les politiques d'annulation des services de streaming (The Hollywood Reporter)
Warner Bros Discovery va lancer son service de streaming Max dans sept marchés asiatiques en novembre (Reuters)
La question de la rémunération des talents plane sur les résultats de Netflix (Variety)
Ted Sarandos défend la position ferme de Netflix sur la distribution en salle : « Nous sommes dans le secteur de l'abonnement en streaming, et vous pouvez voir nos résultats » (Deadline)
AUDIO, PODCAST, BORNES
À Melrose, une expérience de podcasting IA en hyperlocale (CommonWealth Beacon)
INTELLIGENCE ARTIFICIELLE, DATA, AUTOMATISATION
L'IA contre l'esprit : découvrez "le premier robot artiste au monde" (BBC)
Adobe lance son générateur vidéo alimenté par l'IA dans la course avec OpenAI et Meta (Bloomberg)
Le responsable de l'IA chez Meta estime que les modèles du monde sont cruciaux pour une « IA au niveau humain », mais cela pourrait prendre 10 ans (TechCrunch)
Meta critiqué pour avoir qualifié ses modèles d'IA d'« Open Source » (Financial Times)
Meta s'associe à Blumhouse pour tester son modèle de génération de films par IA (Reuters)
Les manifestes sur l'IA inondent le secteur technologique (Axios)
Ce prompt peut amener un chatbot IA à identifier et extraire des informations personnelles de vos conversations (Axios)
Google transfère l'équipe de l'application Gemini à DeepMind (Reuters)
ChatGPT a désormais une application Windows (Wired)
MONÉTISATION, MODÈLE ÉCONOMIQUE, PUBLICITÉ
X a toujours du mal à augmenter ses revenus d'abonnement (Techcrunch)
Publicis revoit ses prévisions à la hausse mais reste prudent face aux obstacles économiques (Wall Street Journal)
Google remplace le responsable de Search et de la publicité (The Verge)
Par Kati Bremme, Alexandra Klinnik et Océane Ansah
La presse mainstream se trouve à un tournant décisif. À mesure qu'Internet et les réseaux sociaux redéfinissent les contours de l'information, des voix influentes, comme celle de Taylor Lorenz, interrogent le rôle et la pertinence des médias traditionnels. Ancienne journaliste tech au Washington Post, la spécialiste de la “creator economy” a choisi de quitter le navire vieillissant pour se lancer en solo sur Substack. Son projet ? User Magazine, une newsletter consacrée à « couvrir la technolog
La presse mainstream se trouve à un tournant décisif. À mesure qu'Internet et les réseaux sociaux redéfinissent les contours de l'information, des voix influentes, comme celle de Taylor Lorenz, interrogent le rôle et la pertinence des médias traditionnels. Ancienne journaliste tech au Washington Post, la spécialiste de la “creator economy” a choisi de quitter le navire vieillissant pour se lancer en solo sur Substack. Son projet ? User Magazine, une newsletter consacrée à « couvrir la technologie du point de vue de l'utilisateur ».
Dans cette quête d'indépendance, elle rejoint un nombre croissant d'ex-journalistes "stars" des médias traditionnels devenus indépendants : Olivier Darcy, ancien rédacteur de CNN, a récemment lancé Status, une newsletter par abonnement. Jeremy Scahill et Ryan Grim, tous deux de The Intercept, ont quant à eux créé Drop Site News.Pour la spécialiste de la culture numérique, cette liberté enfin acquise signifie s’affranchir d’une hiérarchie devenue trop pesante, « d’institutions qui se préoccupent davantage des apparences que de défier le pouvoir », ainsi que des politiques restrictives du Washington Post concernant les réseaux sociaux de ses employés.
Ce qui la guide, au-delà d’une volonté de se défier de conventions qui lui paraissent dépassées ?La volonté de pouvoir couvrir internet comme elle le souhaite, c’est-à-dire comme un outil culturel majeur, au-delà d’une simple innovation technologique. « Les médias traditionnels ont du mal à couvrir internet de manière significative. Ils s’en détournent souvent », pointe-t-elle dans une récente interview. « Ces institutions ont été conçues pour une époque différente où les informations étaient plus lentes, plus centralisées, et où quelques garde-fous pouvaient contrôler le récit ». Avec déjà plus de 39 000 abonnés inscrits à sa newsletter, la créatrice de contenus - elle se définit aussi de cette manière - prouve qu'il existe une demande croissante pour ce type d’approche . Son travail se concentre sur la nouvelle génération de créateurs qui utilisent TikTok, Instagram, et YouTube comme outils pour créer leur propre culture.
En France, la situation n'est guère différente. Les médias traditionnels semblent souvent englués dans des approches obsolètes. « On explique les enjeux liés au numérique de manière économique, superfétatoire ou fantasmée », constate François Saltiel, journaliste média. L'absence de programmes dédiés aux enjeux technologiques crée un vide que de nouvelles voix pourraient combler. Selon un rapport de l'Arcom de mars 2024, 62 % des Français s'intéressent aux questions technologiques et scientifiques, devançant ainsi l'économie, le sport, la politique et les célébrités.
Un futur à redéfinir
Les institutions peuvent-elles réinventer leur approche face à des sujets aussi évolutifs et techniques ? En se concentrant davantage sur la technologie que sur les utilisateurs, elles risquent de passer à côté de l'essentiel : comprendre comment Internet influence et façonne notre culture. Comme l'affirme le journaliste américain Jeff Jarvis : « Une grande partie de la presse reste focalisée sur les grandes entreprises technologiques, leurs dirigeants souvent masculins, et leurs algorithmes, perçus comme des boîtes noires mystérieuses que les journalistes ont du mal à expliquer. Cela pourrait sembler aussi absurde que de parler du télégraphe en termes d'étincelles, de la radio en termes d'ondes, ou de la télévision en termes de pixels. Ces technologies sont importantes non pas pour leur fonctionnement, mais pour la manière dont elles nous aident à communiquer, à innover, à créer ou à détruire. Il est donc essentiel d’aborder Internet sous des angles culturel, politique, économique, éducatif et environnemental. »
CETTE SEMAINE EN FRANCE
Le niveau de confiance dans les médias varie selon l'affiliation politique, selon une étude ObSoCo, Fondation Jean-Jaurès et ARTE (Fondation Jean Jaurès)
Qui fait des podcasts en France… et qui en vit ? Une étude à l’écoute de ce métier précaire (Télérama)
Le gouvernement étudie une pérennisation de la vidéosurveillance algorithmique (Le Monde)
LVMH prend le contrôle de « Paris Match », après des années de convoitise (Le Monde)
Télévision : pourquoi la numérotation peut relancer la guerre des chaînes d'info (Les Echos)
Ce que révèlent cinq années de traitement médiatique des violences sexistes et sexuelles (INA)
Dov Alfon actualise son plan stratégique pour Libération (La Lettre)
Procès du “Canard enchaîné” : six journalistes se portent partie civile aux côtés de Christophe Nobili (Télérama)
3 CHIFFRES
Près d'un tiers des 171 messages postés la semaine dernière par Elon Musk, le propriétaire de l'X, étaient faux, trompeurs ou manquaient d'un contexte essentiel (New York Times)
OpenAI lève 6,6 milliards de dollars lors de la plus grande levée de fonds en capital-risque de l'histoire (Axios)
46 % des adultes américains déclarent avoir été confrontés à une arnaque ou à une cyberattaque (Axios)
Les milliardaires pro-Trump de la Silicon Valley vont-ils avoir la peau de la démocratie ? (Télérama)
Vos échanges avec le chatbot pourraient être une mine d'or pour les entreprises d'IA (The Atlantic)
Mark Zuckerberg peut-il s'élever au-dessus de la mêlée politique américaine ? (Financial Times)
DISRUPTION, DISLOCATION, MONDIALISATION
Les acteurs au UK perdent des revenus face à l'IA, selon une étude du CREATe (Centre de Régulation de l'Économie Créative à l'Université de Glasgow). Près d'un quart des personnes interrogées ont été sollicitées pour fournir des images ou des enregistrements audio afin de créer un sosie numérique visuel ou sonore. Huit pour cent ont vu un sosie numérique créé sans leur consentement (Advanced Television)
Meta Movie Gen, générateur de vidéo, sons et musique d'ambiance synchronisée, entraîné sur 100 millions de vidéos, 1 milliard d'images (sources non précisées) (Meta)
DONNEES, CONFIANCE, LIBERTÉ DE LA PRESSE, DÉSINFORMATION
La lutte pour la vérité commence : la BBC dévoile les coulisses du combat contre la désinformation (BBC)
LÉGISLATION, RÉGLEMENTATION
Audiovisuel public : la gauche pousse pour le retour d’une redevance (Télérama)
JOURNALISME
Reuters et CNN deviennent les derniers médias à faire payer l'accès aux actualités en ligne (WSJ)
Le New York Times lance une application mobile entièrement remaniée (Hollywood Reporter)
L'interview de Boris Johnson par la BBC a été annulée après l'envoi par mégarde de notes de briefing sur l'entretien de l'ancien Premier ministre (The Guardian)
CNN a demandé une interview avec Melania Trump. Son éditeur a demandé 250 000 $ en échange (CNN)
STORYTELLING, NOUVEAUX FORMATS
Substack s’impose comme le nouveau refuge anticonformiste du journalisme de design (Financial Times)
Comment la campagne de Kamala Harris a finalement fait fonctionner la stratégie de mèmes de Biden (Bloomberg)
Les YouTube Shorts deviennent moins courts (The Verge)
ENVIRONNEMENT
Le sommet français sur l'intelligence artificielle sera axé sur l'impact environnemental des technologies énergivores (The Guardian)
RÉSEAUX SOCIAUX, MESSAGERIES, APPS
Plus de 9 000 pages frauduleuses sur Facebook supprimées après que des Australiens aient perdu 43,4 millions de dollars à cause de deepfakes de célébrités (The Guardian)
À l'intérieur du chaos de la nouvelle téléréalité de MrBeast (Rolling Stone)
Apple vient-il de tuer les applications sociales ? (NYT)
Pourquoi Threads s'ouvre à d'autres réseaux sociaux (Washington Post)
MrBeast acquiert une startup visant à devenir le LinkedIn de l'économie des créateurs (Business Insider)
STREAMING, OTT, SVOD
Le câble est en train de mourir. Le streaming devient le nouveau câble. Et tout empire (Washington Post)
Apple revoit à la baisse ses grands projets de sortie de films au cinéma (Bloomberg)
AUDIO, PODCAST, BORNES
Les podcasts de discussion dominent le marché — et le feront toujours (Wired)
Votre prochaine interview de podcast pourrait en réalité être une réunion déguisée (Bloomberg)
INTELLIGENCE ARTIFICIELLE, DATA, AUTOMATISATION
L'IA Copilot de Microsoft se dote d'une voix, de la vue et d'un persona « Hype Man » (Wired)
Le responsable de l'IA de Microsoft veut que Copilot apporte un « soutien émotionnel » à Windows et à Office (Wired)
OpenAI veut que toutes vos applications utilisent ses voix expressives d'IA (Washington Post)
Facebook est inondé d'images générées par l'IA montrant la dévastation causée par l'ouragan Helene (Futurism)
Microsoft commence à rémunérer les éditeurs pour leurs contenus mis en avant par Copilot (TechCrunch)
Microsoft arrête le HoloLens 2 sans successeur en vue (TechCrunch)
OpenAI ouvre son moteur d'IA vocale aux développeurs (Axios)
En Corée du Sud, la pornographie deepfake ruine la vie des femmes (Associated Press)
MONÉTISATION, MODÈLE ÉCONOMIQUE, PUBLICITÉ
Comment Axios a augmenté ses revenus publicitaires pré-réservés en ciblant des audiences de niche (Digiday)
Amazon va augmenter le nombre de publicités sur Prime Video (Financial Times)
Les résumés de recherche générés par l'IA de Google affichent désormais des publicités (The Verge)
Par Kati Bremme, Alexandra Klinnik et Océane Ansah
Qui est le véritable danger pour la presse et l’information ? Faut-il craindre davantage les GAFAM ou Vincent Bolloré & co ? Cette question a fait l’objet d’une table ronde au Festival de l'info locale de Nantes, qui a eu lieu le 26 et 27 septembre, intitulée “La concentration des médias est-elle compatible avec le pluralisme ?”.
Par Alexandra Klinnik, MediaLab de l'Information
D'un côté, les plateformes numériques siphonnent les revenus publicitaires et fragilisent la presse, provoquant u
Qui est le véritable danger pour la presse et l’information ? Faut-il craindre davantage les GAFAM ou Vincent Bolloré & co ? Cette question a fait l’objet d’une table ronde au Festival de l'info locale de Nantes, qui a eu lieu le 26 et 27 septembre, intitulée “La concentration des médias est-elle compatible avec le pluralisme ?”.
Par Alexandra Klinnik, MediaLab de l'Information
D'un côté, les plateformes numériques siphonnent les revenus publicitaires et fragilisent la presse, provoquant un véritable “tsunami”. De l'autre, la concentration des médias s'intensifie, illustrée récemment par le rachat de BFM, RMC et La Provence par CMA CGM, dirigé par Rodolphe Saadé, soulevant des questions sur l'indépendance et la diversité de l'information. Face à ces défis, les débats récents des États Généraux de l'Information interrogent : la législation actuelle peut-elle encore protéger les médias ? Dans quel ordre de bataille les médias doivent-ils se positionner ?
Résumé des points clés.
L’éducation aux médias est une urgence !
Pour Nathalie Sonnac,professeure à l’université Paris Panthéon-Assas, le véritable enjeu reste celui de l’éducation aux médias, à l’heure où les citoyens sont massivement exposés à un flot de désinformation via les plateformes numériques. Cette éducation ne doit pas se limiter aux jeunes mais s’étendre à l’ensemble de la population. Selon la présidente du COP du CLEMI, il est essentiel d’aider les citoyens à comprendre les mécanismes de production de l’information et à identifier les fake news pour renforcer la résilience démocratique. “Les plateformes n’ont pas pour mission de fabriquer une info de qualité à la différence des médias. Nous traversons un véritable big bang médiatique”, alerte-t-elle.
Même son de cloche chez David Guiraud, président du conseil de surveillance de Ouest-France, qui dénonce une lutte inégale contre “des monstres, sans foi, ni loi, dont la seule raison d’être n’est pas de relier les gens, mais la puissance et l’argent”, avec aux manettes “un pirate absolu”, Mark Zuckerberg.
Cette éducation est d’autant plus nécessaire car elle peut permettre de recréer un socle commun dans un contexte où chacun vit sa propre réalité. “Quand je regarde les chaînes de l’info continu et la PQR de l’autre côté, on ne parle pas du même monde, de la même chose. On a pas la même vision des choses”, constate David Guiraud. Il faut, comme l'affirmait la philosophe Hannah Arendt, "recréer un réel commun", d'autant plus à l'heure où l'intelligence artificielle et les manipulations informationnelles menacent de plus en plus cette cohésion.
La concentration, un atout face aux géants du numérique ?
Laurent Guimier, directeur du pôle médias de l’armateur CMA CGM (“les derniers entrants sur le marché” selon les mots de Gilles van Kote du Monde) estime que la concentration peut être un levier nécessaire pour permettre aux médias traditionnels de résister à la montée en puissance des GAFAM. “Il s’agit de se dire comment on constitue un groupe média avec des médias très différents qui peuvent se renforcer les uns les autres, et ainsi tenter de résister à cette transformation terrifiante qui s’attaque à tous, petits, grands médias, médias privés, publics, médias possédés par des riches et très riches. Nous sommes tous égaux devant cette déferlante” assure le président du conseil d’administration du journal La Provence.
Pour lui, la législation actuelle limite excessivement les stratégies de déploiement des médias, empêchant la formation d’acteurs suffisamment puissants pour s’opposer à cette révolution numérique. “Est-ce que le concurrent de Ouest France, c’est BFM ou TikTok ? Le concurrent de France 3, BFM ou YouTube ? L’adversaire de la démocratie, des propriétaires européens qui mettent des millions dans les médias ou Elon Musk ? ”, s’interroge celui qui invite à repenser les véritables forces en présence. Pour lui, la loi de 1986, socle de la régulation, pensée avant l’internet “bloque le développement de télé locales. C’est la même chose en radio, avec des interdictions de concentration. Le rythme des médias nécessite une révision de la législation” estime-t-il.
David Guiraud souligne également l'importance de constituer une entité puissante. “On ne peut pas lutter contre des hyperpuissants en étant des nains. Il faut accepter une forme de puissance.” Pour lui, il ne s’agit pas d’une quête de pouvoir pour le pouvoir, mais d'une puissance bâtie sur l’indépendance et la confiance… et la mutualisation des forces internes. La future chaîne de télévision du groupe Ouest-France se construira dans cet esprit avec les confrères locaux. Les studios seront en région. “On doit investir ensemble, sinon on n’y arrivera pas”, souligne-t-il.
Un modèle alternatif de gouvernance ?
Le groupe Ouest-France souhaite offrir un contre-modèle à la concentration des médias aux mains de grands groupes financiers. Ouest-France appartient à une association à but non lucratif, l’ASPDH (Association pour le soutien des principes de la démocratie humaniste). Ce modèle, estime le président de l’association, montre qu’il est possible de préserver le pluralisme tout en maintenant une puissance économique. En tant que premier quotidien national francophone au monde, Ouest-France repose sur une structure associative régie par la loi de 1901, qui privilégie un capital “éthique”, articulé autour de “valeurs solides” qui guident son fonctionnement.
“Personne ne peut racheter ce groupe demain. Pour rester indépendant, il faut gagner de l’argent”, explique David Guiraud. 100% des bénéfices du groupe sont réinvestis dans le développement, en particulier dans le numérique, ce qui leur a permis d’atteindre 260 000 abonnés numériques. “On est très loin du succès du New York Times, mais on ne désespère pas de renverser la vapeur. On essaye de s’améliorer en permanence”, lance-t-il.
"Si c'est pour nous dire qu'il faut une concentration maximale pour les affronter, je dis que c'est perdu d'avance !"
David Assouline, rapporteur de la commission d’enquête sur la concentration des médias, reconnaît que la puissance des géants du numérique dépasse de loin celles des groupes de presse traditionnels, mais il refuse de voir dans la concentration une solution viable pour leur faire face. Il estime que vouloir concentrer les médias pour rivaliser avec les GAFAM est une illusion. “Tous les groupes sont des nains par rapport à eux, affirme-t-il, "si c'est pour nous dire qu'il faut une concentration maximale pour les affronter, je dis que c'est perdu d'avance !Leur puissance financière n’est pas rattrapable."
Selon l’ancien sénateur socialiste, la seule véritable résistance aux géants de la tech américains réside dans la qualité de l’information et l’indépendance des rédactions. La bataille ne peut être gagnée sur le terrain financier ou technologique des GAFAM, mais plutôt en s’assurant que les médias nationaux offrent une information vérifiée, pluraliste et indépendante.
Il dénonce également les pratiques de certains grands groupes de presse, citant l’exemple de Bernard Arnault. Selon un mémo interne révélé mercredi 18 septembre par La Lettre, le propriétaire du groupe Les Echos-Le Parisien a exigé de ses cadres une « interdiction absolue » de « parler » avec les journalistes de sept médias « dits d’investigation qui se servent de l’attrait du public pour le luxe afin d’attirer de manière racoleuse un nouveau lectorat » : La Lettre, le Canard enchaîné, Mediapart, Glitz Paris, Puck, Miss Tweed et l’Informé. Ainsi quetoutes les autres lettres confidentielles du même type qui existent ou pourraient être créées » . “Comment peut-on être un patron de presse et interdire de parler à des journalistes ? Interdire que des journalistes puissent avoir accès à des informations ?”, s’exclame David Assouline. Une pratique totalement incompatible avec les principes de liberté et de transparence qui devraient régir le secteur médiatique. Pour résister aux GAFAM, il faut une “exemplarité”, martèle-t-il.
Dans un monde où l’information joue un rôle crucial, il est essentiel d’examiner les acteurs qui influencent (et déforment) notre perception de la réalité : “Le problème aujourd’hui ne se limite pas aux GAFAM. Regardez ce que fait Bolloré. Il a fabriqué un candidat présidentiel qui propageait de la haine. Il a un ensemble médiatique dans le monde de l’édition, une majorité de livres scolaires pour les enfants. Qui détient les journaux a son importance. S’il faut des riches pour faire des entreprises puissantes, alors mettons les bons parce qu’on n’est pas en train de fabriquer des brosses à dent, mais de fabriquer de l’information qui est un bien précieux pour les citoyens !”
Comment choisir son directeur de rédaction ?
Les Etats généraux de la presse ont suscité des attentes, notamment sur la possibilité pour les rédactions de se prononcer sur le nom du directeur de la rédaction. Pour David Guiraud, cette volonté est une fausse bonne idée. Pour lui, un directeur de rédaction doit posséder de nombreuses compétences : être un excellent journaliste, un bon manager, comprendre le digital et avoir une vision stratégique. Or, il estime qu’un collectif de journalistes n’est pas toujours le mieux placé pour identifier un tel profil. Une équipe de direction doit prendre le dessus.
ll cite l’exemple de The Economist, où le conseil d'administration a créé un comité ad hoc en capacité de choisir un directeur de rédaction. Les membres de ce groupe interrogent tous les journalistes qui répondent de manière confidentielle : “Une fois lus, les documents sont détruits. Cela oblige chaque journaliste à bien réfléchir, à travailler le dossier de façon approfondi”. Le comité regarde ensuite les propositions et nomme le directeur de la rédaction. “Un directeur de la rédaction qui n’est pas adoubé ne pourra pas faire son boulot”, estime David Guiraud.
La lutte contre la domination des GAFAM et la concentration des médias soulève des défis majeurs pour l'avenir de l'information. Si certains prônent la puissance économique pour résister, d'autres insistent sur l'importance de l'indépendance éditoriale et de la qualité de l'information. Face à la désinformation, l'éducation aux médias et un modèle éthique et pluraliste apparaissent comme des clés essentielles pour protéger la démocratie.
YouTube à la conquête de la télé - Lors de son événement Made On YouTube du mercredi 18 septembre, la plateforme de Google a dévoilé un plan ambitieux de transformation. Ce remaniement s’appuie sur l’intégration de l’intelligence artificielle et l’introduction de nouvelles fonctionnalités conçues pour séduire créateurs et utilisateurs, tout en accentuant la pression sur ses rivaux dans le marché du streaming.
« YouTube est la plus grande chaîne de télévision au monde et un acteur clé de l’écosy
YouTube à la conquête de la télé - Lors de son événement Made On YouTube du mercredi 18 septembre, la plateforme de Google a dévoilé un plan ambitieux de transformation. Ce remaniement s’appuie sur l’intégration de l’intelligence artificielle et l’introduction de nouvelles fonctionnalités conçues pour séduire créateurs et utilisateurs, tout en accentuant la pression sur ses rivaux dans le marché du streaming.
« YouTube est la plus grande chaîne de télévision au monde et un acteur clé de l’écosystème télévisuel. Contrairement à TikTok ou Facebook, YouTube est présent sur les téléviseurs de salon », avait déjà déclaré Evan Shapiro, cartographe de l'écosystème médias, lors d’un débat sur les prévisions 2024 pour le secteur des écrans, à la Royal Television Society à Londres. Malgré les prédictions concernant sa disparition, la télévision reste une composante majeure dans de nombreux foyers à travers le monde, et YouTube s’y implante de plus en plus. 60 % des enfants âgés de 4 à 15 ans au Royaume-Uni regardent YouTube régulièrement sur leur télévision connectée, selon des données de Barb.
Ce repositionnement de YouTube en tant que chaîne de télévision marginalise progressivement les autres plateformes de streaming. En août, selon Nielsen, YouTube représentait 10,6 % du temps de visionnage sur les télévisions connectées, contre 7,9 % pour Netflix et 3,1 % pour Prime Video. Pour Robyn Summer, directeur commercial à l'agence marketing Essence Mediacom, YouTube pourrait même dépasser Netflix en termes d'audience quotidienne moyenne d'ici décembre 2024.
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Dans cette même dynamique, YouTube introduit les « Creator Show Pages », une nouveauté qui s'inspire de la mise en page des plateformes comme Netflix ou Prime Video. D’après le vice-président des produits chez Youtube, cette fonctionnalité permettra aux consommateurs de « voir clairement l’intégralité d’une saison, ce qui pourrait les inciter à continuer à regarder ou même à télécharger la saison entière avant un vol ». Cette nouveauté s’ajoute aux avantages déjà mis en place pour optimiser l’impact des créateurs et faciliter leur portée. La place de Youtube sur les téléviseurs permet aux créateurs de considérer leur programmation, leur contenu et leurs investissements dans leurs communautés avec la même perspective que les médias traditionnels.
L'adoption de l'IA est bien sûr un élément crucial dans ce "pivot to tv". L'un des outils phares permet aux créateurs de recevoir des suggestions de concepts de vidéos, des titres, des miniatures, voire même un plan et les premières lignes du script. Le modèle vidéo de DeepMind, « Veo », désormais intégré à YouTube Shorts, sera principalement utilisé dans la fonctionnalité « Dream Screen », qui révolutionne l’écran vert en générant des arrière-plans virtuels. De plus, un nouveau bouton « Hype » placé à côté du bouton “like” permettra aux spectateurs de soutenir leurs créateurs favoris d’un simple clic, le faisant grimper dans un classement des vidéos les plus populaires. « YouTube semble convaincu que l'IA peut simplifier presque toutes les facettes du travail des créateurs — et peut-être les inciter à produire encore plus de contenu », relate The Verge.
Malgré ces avancées technologiques prometteuses, YouTube fait encore face à des défis majeurs. Selon Les Echos, le géant de la vidéo en streaming peine encore à s'imposer comme la plateforme privilégiée pour la diffusion de programmes à gros budget. « Il faut un énorme volume de vues pour couvrir les coûts. La plupart des youtubeurs dépendent d'autres sources de revenus en plus des recettes publicitaires ». La prolifération des vidéos générées par l’IA pourrait exacerber cette problématique en rendant la compétition encore plus féroce. Dans une course où l'innovation ne laisse aucune place à l'hésitation, YouTube se prépare non seulement à consolider sa domination, mais à redéfinir les règles du jeu.
CETTE SEMAINE EN FRANCE
Streaming : Arte multiplie les partenariats de distribution pour sa plateforme (Les Echos)
La Poste sur le point d’abandonner les tarifs spéciaux pour la presse ? (Phrases)
Le JDNews, nouveau magazine d’actualité lié au JDD, sort en kiosque ce mercredi (Le Parisien)
En 2024, seulement 26 % des Américains déclarent obtenir souvent ou parfois des informations via des supports imprimés, d’après le Pew Research Center.
94 % des personnes estiment que les journalistes devraient expliquer leur utilisation de l'IA, selon Trusting News.
À l'ère où les réseaux sociaux dictent la guerre des idées, un duel impitoyable éclate entre Elon Musk et le juge Alexandre de Moraes, l'un des procureurs les plus agressifs au monde contre la désinformation : qui, des géants de la tech ou des États, contrôle vraiment l'avenir de nos démocraties ? Leur conflit a pris une tournure décisive lorsque Moraes a ordonné la suspension de X (anciennement Twitter) au Brésil le samedi 31 août. Liée au refus de Musk de bloquer des comptes accusés de désinf
Mais en attendant, le discours sur la liberté d'expression semble avoir changé de camp. The Economistremarque que « ce qui a changé, c'est qu'aujourd'hui les objections les plus bruyantes à la répression de la liberté d'expression viennent de la droite, comme Elon Musk, le patron de X, tandis que de nombreux libéraux autoproclamés applaudissent ce qu'ils considèrent comme un coup porté contre les milliardaires soutenant Trump. »
Pour la politologue Asma Mhalla, le bras de fer entre Elon Musk et Alexandre de Moraes ainsi que l'arrestation de Pavel Durov (fondateur de Telegram) illustrent une réalité contemporaine préoccupante : les réseaux sociaux sont devenus des "espaces géopolitiques de luttes informationnelles". Ils ne sont plus de simples plateformes d’échange ou de divertissement, mais des champs de bataille où s’affrontent des idéologies, des nations et des intérêts privés. Asma Mhalla souligne que les Big Data, ces entreprises qui contrôlent la collecte et la gestion des données mondiales, sont désormais des acteurs politiques, idéologiques et même militaires.Qui décide de ce qui est considéré comme acceptable ou non dans les discussions publiques ? Sur quels critères ? Quels intérêts ces décisions servent-elles réellement ?
There will almost certainly be some outages and performance issues. We've never seen traffic like this. Hang with us!
Cette situation pose la question fondamentale : comment trouver l’équilibre entre la protection de la souveraineté nationale et le pouvoir des entreprises technologiques transnationales ? Dans ce nouvel ordre numérique, la ligne entre défense de la démocratie et censure devient de plus en plus floue. Le défi pour les démocraties sera de concilier la liberté d'expression, la lutte contre la désinformation et la préservation de leur souveraineté face à l'influence croissante des géants de la tech.
CETTE SEMAINE EN FRANCE
Podcasts : ETX Majelan accélère dans l'audio à destination des professionnels (Les Echos)
Le Groupe Le Monde entérine dans ses statuts la mise à jour de sa charte d’éthique et de déonologie (La Correspondance de la Presse)
Le JT de 20 heures France 2 va être allongé pour durer une heure (Le Monde)
Xavier Niel est entré au board de ByteDance (maison-mère de TikTok) (The Information)
Le « binge-watching », ou le besoin immémorial de s’immerger dans la fiction (The Conversation)
L’entraînement de l'IA constitue une violation des droits d'auteur (Diskurs)
Les YouTubeurs sont presque trop faciles à duper (Pas étonnant que la Russie trouve ses idiots utiles parmi ceux qui sont extrêmement actifs en ligne) (The Atlantic)
Illustration : Aaron Fernandez - The New York Times.
DISRUPTION, DISLOCATION, MONDIALISATION
La désinformation de gauche est en plein essor (New York Times)
Yle doit faire face à des changements structurels et à d'importantes réductions budgétaires (Public Media Alliance)
X, le réseau social de Musk, cède aux exigences de l'UE sur la protection des données liées au scraping de Grok AI (Bloomberg)
DONNEES, CONFIANCE, LIBERTÉ DE LA PRESSE, DÉSINFORMATION
Vous voulez lutter contre la désinformation ? Apprenez aux gens comment fonctionnent les algorithmes (NiemanLab)
Un vaste réseau pro-Narendra Modi utilise l'IA et des faux comptes pour saper le Pakistan (NewsGuard)
Le réseau d'influenceurs de droite Tenet Media aurait diffusé de la désinformation russe (Wired)
Le YouTuber conservateur Benny Johnson. Photo-Illustration : Wired ; Getty.
LÉGISLATION, RÉGLEMENTATION
Les États-Unis, le Royaume-Uni et l'UE adhèrent au traité de haute sécurité sur l'IA du Conseil de l'Europe (TechCrunch)
Selon la CNIL irlandaise, X a accepté de manière définitive de suspendre l'apprentissage de son IA Grok avec les données des utilisateurs européens (Data Protection)
Internet Archive perd son appel dans une affaire majeure de droits d'auteur (Wired)
La détention pendant près de 24 heures d'un journaliste britannique sous la loi antiterroriste suscite des condamnations (PressGazette)
JOURNALISME
De plus en plus de journalistes quittent les grandes villes et découvrent l'Amérique (Columbia Review)
The Economist propose Espresso, son application d'actualités quotidienne en format court, gratuitement pour les étudiants du monde entier (The Economist)
La famille Murdoch se dispute secrètement la succession. Des médias demandent à un tribunal de rendre l'affaire publique (CNN Business)
La collaboration permet de préserver le journalisme indépendant au Venezuela (NiemanLab)
STORYTELLING, NOUVEAUX FORMATS
Les studios adoptent la 'culture des créateurs et des mèmes' alors que des films comme Twisters et Beetlejuice Beetlejuice intègrent des mèmes dans leur marketing (Digiday)
Un journal britannique a lancé une émission de débat politique qui a généré plus de 30 millions de vues sur YouTube (Press Gazette)
Netflix tente de vous rendre accro à la télé-réalité avec un meilleur doublage (Wall Street Journal)
Avec son application Narae, Mondadori veut convertir les lectrices de romance aux «webnovels» (Le Figaro)
Bannière ou pas bannière : la fonction 'Open to Work' de LinkedIn met certains chercheurs d'emploi mal à l'aise. Mais peut-elle vraiment vous aider à décrocher un poste ? (Business Insider)
Illustration : Matt Harrison Clough pour BI.
ENVIRONNEMENT
Il y a un angle possible sur le changement climatique dans chaque sujet de presse (Poynter)
RÉSEAUX SOCIAUX, MESSAGERIES, APPS
Apple a contribué à faire annuler une partie d'un projet de loi sur la sécurité des enfants (Wall Street Journal)
La Silicon Valley a soutenu Harris pendant des décennies. Rendra-t-elle la pareille ? (Washington Post)
Pas d'écrans avant deux ans, recommande l'autorité de santé suédoise aux parents (The Guardian)
TikTok élargit ses ressources pour les élections avant novembre (New York Times)
TikTok aide à attirer les utilisateurs au cinéma, selon une étude (Hollywood Reporter)
L'extrême droite allemande panique devant Telegram (Wired)
STREAMING, OTT, SVOD
“C’est une période très difficile à Hollywood” : le monde des scénaristes se réduit (The Guardian)
Le dirigeant de Sony parie sur le contenu original (Financial Times)
YouTube développe des outils de détection de l'IA pour la musique et les visages, ainsi que des contrôles des créateurs pour la formation à l'IA (TechCrunch)
Web3, BLOCKCHAIN, CRYPTO, NFT
Le crypto-business de Trump : Cela pourrait-il créer des problèmes s'il remporte l'élection ? (Euronews)
INTELLIGENCE ARTIFICIELLE, DATA, AUTOMATISATION
L’IA générative peut amplifier les faux souvenirs (MIT)
Les écoles coréennes en proie à la crise des deepfakes pornographiques (BBC)
Canva affirme que ses fonctionnalités d'IA justifient l'augmentation de prix de 300 % (The Verge)
L'arrestation de Pavel Durov marque une première historique dans le monde de la technologie. Le 24 août, le PDG de l’application Telegram, a été arrêté à l’aéroport du Bourget, à Paris. Une information judiciaire est ouverte contre le milliardaire franco-émirati par le pôle cyber du parquet de Paris. Parmi les six chefs d'accusation, on reproche au dirigeant tech une « complicité de diffusion en bande organisée d’images de mineur présentant un caractère pornographique ». En cause, l’absence qu
L'arrestation de Pavel Durov marque une première historique dans le monde de la technologie. Le 24 août, le PDG de l’application Telegram, a été arrêté à l’aéroport du Bourget, à Paris. Une information judiciaire est ouverte contre le milliardaire franco-émirati par le pôle cyber du parquet de Paris. Parmi les six chefs d'accusation, on reproche au dirigeant tech une « complicité de diffusion en bande organisée d’images de mineur présentant un caractère pornographique ». En cause, l’absence quasi-totale de modération et de coopération avec les autorités judiciaires françaises. La France surveille Telegram de près depuis que le réseau a été utilisé pour la coordination des attaques terroristes de Paris en 2015. Pour Wired, « Pavel Durov est le premier de sa génération de fondateurs de grandes plateformes à faire face à de telles conséquences sévères ». Ce cas pourrait créer un précédent pour toute l'industrie.
Pourquoi Pavel Durov, le 'Robin Hood' d'Internet, est-il arrêté ?
Telegram, "ledark web de poche" qui revendique 900 millions d’utilisateurs dans le monde, est critiqué pour avoir laissé prospérer des groupes diffusant des images pédopornographiques, des fausses informations, et des contenus criminels. Contrairement à d'autres réseaux sociaux, Telegram ne coopère pas par exemple avec des organisations telles que le National Center for Missing & Exploited Children (NCMEC), qui centralise la plus grande base de données mondiale de contenus pédopornographiques. Cette non-coopération avec les demandes de suppression de contenus et les réquisitions judiciaires fait de Telegram une plateforme à part : « Parmi les dirigeants des plus grands réseaux sociaux, Pavel Durov a toujours été un outsider »,observe Wired. Contrairement à ses pairs, comme Mark Zuckerberg de Facebook ou Shou Zi Chew de TikTok, il a refusé de répondre aux convocations des autorités pour s'expliquer sur sa politique de gestion de contenu.
Telegram abides by EU laws, including the Digital Services Act — its moderation is within industry standards and constantly improving.
Telegram's CEO Pavel Durov has nothing to hide and travels frequently in Europe.
It is absurd to claim that a platform or its owner…
Telegram, dont la santé financière repose essentiellement sur la crypto-monnaie, se positionne en "outsider" en affirmant ne pas être soumis aux mêmes règles de modération que les autres grands réseaux sociaux. En effet, la plateforme considère qu'elle n'est pas concernée par le Digital Services Act (DSA), la loi européenne qui oblige les plateformes de plus de 45 millions d'utilisateurs actifs à lutter contre les contenus illégaux sous peine de sanctions. Le DSA impose des règles telles que l'interdiction de cibler les publicités selon la religion, le sexe ou l'orientation sexuelle, la transparence sur la lutte contre la désinformation, et de nouvelles protections pour les mineurs.
Telegram déclare officiellement avoir 41 millions d'utilisateurs actifs en Europe, juste en dessous de ce seuil. Cependant, des responsables de l'UE soupçonnent l'application d'avoir sous-estimé ce chiffre pour éviter d'être classée parmi les « très grandes plateformes ». En ne fournissant pas un chiffre actualisé ce mois-ci, Telegram se trouve déjà en infraction avec le DSA, note The Financial Times.
L'affaire est aussi hautement politique, avec un accusé qui détient les nationalités de quatre puissances mondiales. Il y a six ans, selon le Wall Street Journal,Emmanuel Macron avait tenté de convaincre Durov de déplacer Telegram à Paris et lui a offert la nationalité française. Bien que Durov a depuis reçu le cadeau de la nationalité française (tout comme Evan Spiegel, patron de Snapchat), le siège de Telegram se trouve actuellement à Dubaï. La Russie, de son côté, prétend ne pas être au courantd'autres nationalités détenues par son ressortissant (également fondateur de VKontakte, le Facebook russe), et défend l'application de messagerie la plus populaire du pays dans un élan qui réunit gouvernement et opposition politique. Et en Ukraine, où Telegram bénéficie de la même popularité, on se demande toujours si est-elle un cheval de Troie russe.
Enjeux pour les autres plateformes
Cette affaire pourrait créer un précédent significatif pour d'autres plateformes numériques. Evelyn Austin, de la fondation Bits of Freedom, déclare : « L’arrestation de Durov intervient à un moment particulièrement volatile pour les plateformes en ligne et leurs utilisateurs. » L'idée que les entreprises puissent être tenues responsables des actions criminelles de leurs utilisateurs gagne du terrain. Un sondage récent au Royaume-Uni montre que deux tiers des personnes interrogées estiment que les entreprises tech devraient être tenus responsables d'héberger du contenu incitant à la violence.
Selon Casey Newton, journaliste spécialisé dans les technologies, la poursuite éventuelle de Telegram par la France pourrait encourager d'autres pays à adopter des mesures similaires contre les dirigeants de plateformes pour non-divulgation des données des utilisateurs. « Nous nous sommes déjà dangereusement rapprochés de cette réalité », avertit-il. « L'Inde et la Russie ont été parmi les premiers pays à utiliser des « lois de prise d'otage » pour menacer les employés des plateformes de prison en raison de décisions de modération de contenu, et d'autres pays pourraient suivre. »
Un changement de paradigme pour l'industrie numérique ?
L'arrestation de Pavel Durov (qui a été libéré sous caution de 5 millions d'euros mercredi) marque un tournant dans la façon dont les gouvernements traitent les plateformes numériques, en soulignant une volonté croissante de tenir les dirigeants responsables de la diffusion de contenus illégaux. À l'heure où l'équilibre entre liberté d'expression et sécurité en ligne est de plus en plus débattu, cette affaire représente un test pour Telegram et pour toutes les autres entreprises technologiques.
En attendant, Marc Zuckerberg se retrouve de l'autre côté du mirroir de la censure, en avouant cette semaine que Meta a cédé aux pressions de l'administration Biden pour censurer du contenu sur le COVID-19 en 2021.
BREAKING: ZUCKERBERG REGRETS CAVING TO BIDEN'S CENSORSHIP DEMANDS, CUTS DEM FUNDING
Mark Zuckerberg, in a bombshell letter to House Judiciary Chairman Jim Jordan, expresses deep regret over Meta's compliance with Biden Administration pressure to censor COVID-19 content in… pic.twitter.com/FPXdFWd55n
Près de la moitié des utilisateurs de TikTok âgés de moins de 30 ans déclarent l'utiliser pour se tenir au courant de la politique et de l'actualité, selon le Pew Research Center.
56 % des utilisateurs ont déjà cessé de suivre un créateur à cause de ses opinions politiques. Pourtant, 82 % des influenceurs américains prévoient de partager leur orientation politique durant cette période électorale, selon Business Insider.
4 500 années-développeur et 260 millions de dollars - c'est ce que l'IA générative aurait déjà fait économiser à Amazon, selon son directeur
LE GRAPHIQUE DE LA SEMAINE
Deux tiers des Britanniques estiment que les entreprises tech devraient être tenues responsables des publications incitant aux émeutes
Brésil : le réseau social X bloqué après un ordre de la Cour suprême (AP)
Sarah Palin obtient un nouveau procès dans l'affaire de diffamation contre le New York Times (Reuters)
OpenAI soutient le projet de loi californien sur l'IA exigeant le 'filigrane' du contenu synthétique (Reuters)
JOURNALISME
Comment le journalisme est devenu la profession la plus dangereuse au Mexique (Financial Times)
Lors de la Mostra de Venise, le manque d'accès aux vedettes de cinéma laisse les journalistes internationaux frustrés (Variety)
Écart générationnel, rhétorique militaire et polarisation : ce qui doit changer dans le journalisme sportif italien (The Fix)
Un conseiller en sécurité de Reuters tué, deux journalistes blessés à Kramatorsk, en Ukraine (Reuters)
"Le point de non-retour" : la chute de Stand News, autrefois principal média en ligne de Hong Kong (Reuters)
Les lecteurs préfèrent cliquer sur un titre clair et simple, comme celui-ci (NiemanLab)
Crédit image : NiemanLab
STORYTELLING, NOUVEAUX FORMATS
Cet agrégateur de nouvelles/application de rencontre aide les passionnés d'actualité à se rencontrer (NiemanLab)
Est-ce que nous faisons fondre notre cerveau en faisant défiler des vidéos courtes sans fin ? (Sophia Smith Galer)
ENVIRONNEMENT
Le gouvernement Albanese accusé d’essayer d’‘enterrer les mauvaises nouvelles’ concernant l’état de santé de la Grande Barrière de Corail (The Guardian)
La longue bataille du climat dans les pages du « Monde » (Le Monde)
RÉSEAUX SOCIAUX, MESSAGERIES, APPS
Si TikTok est interdit, les créateurs de haut niveau pourraient se tourner vers Facebook plutôt que vers Instagram (emarketer)
La lutte de marques autour de ‘Demure’ révèle un changement massif dans le pouvoir des mèmes (Wired)
Pizza Hut permet aux clients de payer leur pizza avec des danses TikTok (gizmodo)
Comment faire vibrer les spectateurs au rythme des Jeux Olympiques après le flop des deux dernières éditions ? Pour attirer l'attention de la génération Z, le groupe audiovisuel américain NBCUniversal a misé gros en envoyant 27 influenceurs de renom sur le terrain. Le but ? Rajeunir l’audience de son service de streaming, Peacock. Cette initiative illustre l’importance grandissante des influenceurs dans le paysage médiatique, sujet du dernier Cahier de Tendances de Méta-Media. Pourtant cette f
Comment faire vibrer les spectateurs au rythme des Jeux Olympiques après le flop des deux dernières éditions ? Pour attirer l'attention de la génération Z, le groupe audiovisuel américain NBCUniversal a misé gros en envoyant 27 influenceurs de renom sur le terrain. Le but ? Rajeunir l’audience de son service de streaming, Peacock. Cette initiative illustre l’importance grandissante des influenceurs dans le paysage médiatique, sujet du dernier Cahier de Tendances de Méta-Media. Pourtant cette fois, ce sont ces mêmes influenceurs qui se sont fait voler la vedette.
Des stars des réseaux sociaux aux Etats-Unis comme Kai Cenat, Daniel Macdonald et Zhongni « Zhong » Zhu étaient en première ligne pour partager leur expérience olympique. Mais malgré leur audience massive, ces créateurs ont rapidement été éclipsés par les véritables héros des Jeux : les athlètes eux-mêmes.
Ilona Maher, star de l’équipe de rugby américaine, a par exemple gagné près de 2 millions de nouveaux adeptes en seulement deux semaines grâce à ses vidéos humoristiques sur la vie dans le village olympique. Elle n’est pas la seule : le nageur norvégien Henrik Christiansen et d’autres athlètes ont eux aussi réussi à captiver le public avec des contenus authentiques et spontanés, bien loin du format aseptisé des influenceurs traditionnels.
« Je n'aime pas qu'on me qualifie d'influenceuse. Je suis d'abord une joueuse de rugby, ensuite une influenceuse », a confié Ilona Maher, qui, en plus de son succès sur le terrain, est devenue une star des réseaux sociaux. Cette dualité montre à quel point les athlètes actuels se sont adaptés à l’ère numérique. D’autant plus qu’ils ont bénéficié de l’assouplissement d’une règle du Comité International Olympique (CIO), leur permettant de bénéficier d’une activité commerciale autour des jeux. Une aubaine quand la plupart des athlètes olympiques américains de haut niveau semblent à peine s'en sortir financièrement, gagnant en moyenne 2 000 dollars par mois. Ilona Maher confirme : « C'est ce que j'ai dû faire pour gagner de l'argent et attirer l'attention sur notre sport ».
En parallèle, les influenceurs embauchés par NBC ont eu du mal à trouver leur place, en grande partie à cause des restrictions imposées par le CIO. Pour protéger les droits des diffuseurs officiels, ils avaient interdiction de filmer les épreuves elles-mêmes. Leur contenu a donc souvent été limité à des clichés de stades ou de cérémonies, loin de l'immersion que le public attendait. « Les gens recherchent une couverture de qualité de ce qui se passe réellement aux Jeux », analyse Christine Tran, spécialiste des médias numériques à l'Université de Toronto. « Il y a des journalistes qui ont une formation médiatique et des moyens de production pour offrir ce genre de couverture sur le terrain. Ce que les influenceurs proposent, c'est une sorte d'informalité mise en scène, qui n'a pas eu l'impact escompté ». Il était difficile pour ces derniers de casser l’image lisse de leurs contenus, à cause de la nature même de leur contrat avec NBC. « Si NBCUniversal vous emmène à Paris et vous loge, vous n'allez probablement pas commenter les mouvements ridicules de la breakdanceuse australienne ou le fait que vous n'avez pas pu voir grand-chose depuis votre siège hors de prix à la cérémonie d'ouverture » souligne Wired.
Même si les influenceurs de NBC n'ont pas réussi à faire décoller leurs vidéos, les chaînes de médias sociaux de NBC Sports ont gagné 2 millions de nouveaux adeptes grâce à l’engouement généré par les athlètes. Peacock, a également enregistré une hausse de 75 % du nombre de téléspectateurs en journée d'une semaine à l'autre, signe que le public est bien présent, mais qu'il s’intéresse surtout aux vrais acteurs des Jeux.
Cette situation pourrait bien changer d’ici les prochains Jeux d’été, en 2028 à Los Angeles, où une armée d'influenceurs basés en Californie pourrait être mobilisée. Certes, la place des influenceurs n’est plus à négliger dans le paysage médiatique, mais leur voix doit être utilisée de la bonne manière, pour le bon contenu et le bon format, si elle veut se faire entendre.
Et sinon, petit tour des points qu’il ne fallait pas manquer ces trois dernières semaines :
OpenAI a annoncé le 25 juillet un nouvel outil de recherche “SearchGPT”, qui ne fonctionne pas très bien, appelé “OopsGPT” (The Atlantic).
Cet outil continue d’alimenter la bataille avec les éditeurs de presse (Axios)
De son côté Perplexity a lancé son “Programme des éditeurs”. Parmi les principaux éléments, l’entreprise compte désormais partager plus équitablement ses revenus avec les éditeurs. (Perplexity)
Sur Peacock, c’est une IA qui a été chargée des commentaires sportifs des Jeux Olympiques avec la voix du commentateur sportif Al Michaels (State)
Le soutien d’Elon Musk à Donald Trump nuit aux activités de Tesla dans le secteur des véhicules électriques en Europe, qui sont déjà en difficulté (Fortune)
Kamala Harris ne donne pas d'interviews. Des questions ? (New York Times)
En Russie, l’accès à YouTube fortement ralenti par les autorités (Meduza)
Désinformation en action : Channel 3, le faux média russe, aggrave la situation au Royaume-Uni (The Telegraph)
En Australie, une publication scientifique critiquée pour avoir utilisé l'IA (The Guardian)
Jeux olympiques 2024: les cadreurs enfin sommés de filmer de façon non sexiste (Slate)
Les sénateurs proposent un retour de la redevance pour financer l’audiovisuel public (Public Sénat)
La BBC va supprimer 500 postes d'ici deux ans (Variety)
CETTE SEMAINE EN FRANCE
TV5 Monde : la rédaction en état de crise permanent (La Lettre)
La Commission européenne prend ses distances après la mise en garde de Thierry Breton à Elon Musk (Le Monde)
Les JO de Paris offrent des records d'audiences aux diffuseurs et à la presse (Les Echos)
With great audience comes greater responsibility #DSA
As there is a risk of amplification of potentially harmful content in in connection with events with major audience around the world, I sent this letter to @elonmusk
La couverture quotidienne des JO sur NBCUniversal a attiré 30,6 millions de téléspectateurs, soit une augmentation de 80 % par rapport à Tokyo 2020, d’après Hollywood Reporter.
Plus de 22 newsletters sur Substack dans les domaines de la politique, de l'actualité, des affaires et de la technologie comptent « des dizaines de milliers » d'abonnés payants, selon Axios.
LE GRAPHIQUE DE LA SEMAINE
Qu’est-ce qui empêche les salariés d’utiliser ChatGPT ?
Les éditeurs renforcent leur présence sur Reddit alors que la plateforme gagne en visibilité dans les recherches (Adweek)
Le style très personnel de la génération Z creuse le fossé générationnel sur LinkedIn (Bloomberg)
Le flux d'actualités d'Elon Musk sur X se fait l'écho de ses politiques d'extrême droite (Washington Post)
Comment les athlètes de la génération Z ont propulsé les Jeux Olympiques de Paris 2024 dans l'ère de TikTok (Axios)
Kamala Harris consacre dix fois plus de budget que Trump à une campagne publicitaire numérique (Financial Times)
STREAMING, OTT, SVOD
Les Jeux Olympiques se concluent avec une énorme hausse des audiences pour NBCUniversal (Hollywood Reporter)
Paramount Global va licencier 15 % de ses employés aux États-Unis et fermer un studio de télévision (Reuters)
AUDIO, PODCAST, BORNES
Apple accepte finalement l'application Spotify avec les tarifs européens (The Verge)
INTELLIGENCE ARTIFICIELLE, DATA, AUTOMATISATION
Le MIT publie une base de données complète sur les risques liés à l'IA (VentureBeat)
Google étend ses réponses par IA à de nouveaux pays (Reuters)
Eric Schmidt se rétracte sur sa déclaration selon laquelle Google serait en retard en intelligence artificielle à cause du télétravail (Wall Street Journal)
Google ouvre discrètement l'accès à Imagen 3 à tous les utilisateurs aux États-Unis (Venture Beat)
Capture d'écran de VentureBeat
MONÉTISATION, MODÈLE ÉCONOMIQUE, PUBLICITÉ
Instagram est de loin supérieur à Facebook aux yeux des marques (Digiday)
Le PDG de X appelle à une refonte de l'industrie publicitaire (Axios)
Que nous réserve l’avenir ? Méta-Media a choisi pour vous une série de podcasts pour explorer cette question. Profitez de l'été pour ouvrir vos écoutilles !
Le code a changé
“Le cinéma qui aime tant exhiber ses prouesses techniques est peu bavard sur ces outils qui rendent les gens plus beaux”. Dans le podcast Le code a changé, le journaliste Xavier de La Porte explore l'usage croissant de l'intelligence artificielle pour retoucher les visages des actrices à l'écran. Lisser les traits, effacer
Que nous réserve l’avenir ? Méta-Media a choisi pour vous une série de podcasts pour explorer cette question. Profitez de l'été pour ouvrir vos écoutilles !
Le code a changé
“Le cinéma qui aime tant exhiber ses prouesses techniques est peu bavard sur ces outils qui rendent les gens plus beaux”. Dans le podcast Le code a changé, le journaliste Xavier de La Porte explore l'usage croissant de l'intelligence artificielle pour retoucher les visages des actrices à l'écran. Lisser les traits, effacer les cernes, faire disparaître les pores : de plus en plus de stars réclament le recours au 'passe beauty' dans les productions, tant aux États-Unis qu'en France. Désormais, les contrats des actrices intègrent l'utilisation de ce logiciel, capable d'apporter des corrections précises, parfaitement adaptées aux mouvements du visage. Ces outils permettent une retouche bien plus fine que celle réalisée en 2008 pour L'Étrange Histoire de Benjamin Button, film récompensé par l'Oscar des meilleurs effets visuels. Si ces logiciels peuvent effacer les imperfections, ils risquent aussi d'effacer les émotions, et se concentrent presque exclusivement sur les femmes. Ils ciblent principalement les signes de vieillissement féminin, tout en ignorant par exemple l'apparition d'un début de calvitie chez les hommes... Un podcast qui nous invite à voir comment la technologie renforce les injonctions sociétales.
On the Media (OTM)
"On the Media" (OTM) est un podcast américain incontournable pour ceux qui cherchent à comprendre les mécanismes et les enjeux du monde médiatique. Animé par les journalistes Brooke Gladstone et Micah Loewinger, le programme plusieurs fois primé se distingue par sa capacité à décortiquer les complexités médiatiques, allant de la désinformation à l'évolution des mouvements politiques comme le MAGA (Make America Great Again). Par exemple dans l’épisode « How the media created J.D. Vance » du 19 juillet, l'animatrice Brooke Gladstone analyse le rôle des médias dans l'ascension du chouchou et colistier de Donald Trump à la présidentielle. De nombreux sujets sont centrés sur les événements de la semaine précédente et critiquent la manière dont ils ont été couverts par les médias. Cependant, la force d'OTM réside dans sa diversité thématique. Le programme observe à la loupe toute la palette de ce que peut représenter un média en passant par la presse en ligne, la télévision, la radio, les nouveaux médias, Netflix, YouTube, la téléréalité etc. Par exemple, dans l'épisode « Making Fun of Public Radio », Brooke Gladstone s’entretient avec les créateurs de la série télévisée « In the Know », une parodie de NPR (National Public Radio). La série qui met en scène des marionnettes un peu loufoques n’est pas sans rappeler les « Guignols de l’info » diffusé en France jusqu’en 2018. Le but de l’épisode est de décrypter les raisons pour lesquelles la radio publique est un terrain si fertile pour la satire. OTM permet donc à ses auditeurs de naviguer dans l’océan tumultueux de l’information avec un œil plus avisé. Le petit plus ? Des ressources supplémentaires sont toujours données en complément de l’émission pour aller plus loin.
Silicon Carne
Avec son slogan « un peu de picante dans la Tech », « Silicon Carne » se distingue par son ton décalé et son approche sans filtre des sujets brûlants de l'industrie technologique. Carlos Diaz, entrepreneur basé à San Francisco, combine une perspective d'initié avec une critique acérée, offrant un décryptage rafraîchissant des tendances et des innovations. Chaque épisode, teinté d'humour et de sarcasme, aborde des thèmes variés : des impacts des géants de la tech sur nos vies au bullshit du métavers, en passant par le Bitcoin et la situation socioéconomique à la Silicon Valley, entre burn-out et "Great Resignation". L’animateur accompagné de ses invités apporte son regard critique sur des sujets d’actualité comme le procès d’Elon Musk contre OpenAI, le bannissement de TikTok aux États-Unis, ou le lancement de ChatGPT-4o : « La guerre de l’IA fait rage ici dans la Silicon Valley, » prévient-il.
Les épisodes d'environ une heure traitent les sujets les plus brûlants de la semaine, avec des titres foisonnant d’émojis, pour parfaire la ligne éditoriale décalée. Le message est clair. Ici, on parle de sujets sérieux sans se prendre au sérieux. Par exemple, dans l'épisode « BeReal + Voodoo Du rififi entre OpenAI et Microsoft Musk touche sa prime », « Silicon Carne » explore l'acquisition de BeReal par Voodoo pour 500 millions d'euros et les tensions entre OpenAI et Microsoft, ainsi que le bonus controversé de 46 milliards de dollars accordé à Elon Musk, illustrant les dynamiques de pouvoir en cours dans l'industrie. Un must à écouter !
Hard Fork
Le podcast "Hard Fork" diffusé par le New York Times, et animé par Kevin Roose et Casey Newton, est un guide indispensable dans un monde technologique en constante évolution. “Qu’est-ce qui est réel ? Qu’est ce qui est exagéré ?”, se demandent-ils constamment. Chaque semaine, ils offrent une analyse claire des dernières nouveautés tout en critiquant les dérives de l'industrie. Dans leur dernier épisode, ils se penchent sur la hype autour de ChatGPT : sommes-nous dans une bulle IA ? Les patrons de la tech continuent de dépenser, alors que les retours sur investissements sont encore loin. Jim Covello, le chef de la recherche sur les actions de Goldman Sachs, a notamment remis en question le moment ou même la possibilité que l’IA produise suffisamment de bénéfices pour compenser ses coûts astronomiques. Un regard informé et critique.
Notre première sélection vous a captivé ou vous cherchez encore la lecture parfaite ? Ne vous en faites pas, l'été est loin d'être fini ! Voici le deuxième volet de nos recommandations littéraires pour découvrir davantage le monde de demain.
The Chaos Machine – Max Fisher
Les plateformes ressemblent aux fabricants de cigarettes des années 60 : elles prétendent ne pas comprendre pourquoi les gens pourraient s’inquiéter de l’impact de leurs produits. Dans The Chaos Machine, le journaliste du New Y
Notre première sélection vous a captivé ou vous cherchez encore la lecture parfaite ? Ne vous en faites pas, l'été est loin d'être fini ! Voici le deuxième volet de nos recommandations littéraires pour découvrir davantage le monde de demain.
The Chaos Machine – Max Fisher
Les plateformes ressemblent aux fabricants de cigarettes des années 60 : elles prétendent ne pas comprendre pourquoi les gens pourraient s’inquiéter de l’impact de leurs produits. Dans The Chaos Machine, le journaliste du New York Times, Max Fisher, souhaite montrer concrètement la duplicité des réseaux sociaux. Les algorithmes utilisés exploitent les émotions pour maximiser l’engagement, en dépit de la violence engendrée. L’auteur s’est ainsi penché sur l’influence clé des réseaux sociaux dans la victoire de Trump aux élections américaines, et dans les émeutes au Sri Lanka et en Birmanie. Il montre notamment que le plaisir de l’indignation est l’un des sentiments clé qui est exploité par les algorithmes conçus par Google pour YouTube et Meta pour Facebook, Instagram et WhatsApp. La division alimente l’engagement, ce qui à son tour génère des revenus publicitaires…
A travers les interviews de chercheurs, le journaliste explique notamment comment les algorithmes et la conception des réseaux sociaux « façonnent délibérément nos expériences », exerçant « une attraction si puissante sur notre psychologie et notre identité qu’elle change notre façon de penser, de nous comporter et de nous relier les uns aux autres ». Un ouvrage nécessaire pour prendre du recul.
Rupert Murdoch, l’empereur des médias qui manipule le monde – David Colon
« Rupert Murdoch est très bon dans ce qu'il fait. La question est : est-ce qu'il fait quoi que ce soit de bon ? » se demandait l’avocat Théodore Kheel, qui a travaillé tant pour que contre le magnat de la presse. À 93 ans, Rupert Murdoch continue d'exercer une influence colossale à l’échelle mondiale avec son empire médiatique, qui inclut The Sun, le Wall Street Journal, Fox News et bien d'autres. Dans sa biographie captivante intitulée Rupert Murdoch, l’empereur des médias qui manipule le monde, David Colon explore le rôle de Murdoch dans la concentration des médias et sa réputation controversée, le qualifiant parfois de « cancer pour la démocratie ». Ce portrait révèle comment le magnat australien a construit un réseau tentaculaire, comprenant 175 journaux, des dizaines de chaînes de télévision, un studio hollywoodien et une maison d'édition sur quatre continents.
Surnommé « grand manipulateur », « sorcier des médias », « Roi Soleil », « antéchrist » ou encore « homme le plus dangereux du monde », Rupert Murdoch est au centre d'un débat intense sur l'impact de ses méthodes. « Lire la biographie de Murdoch, c’est aussi lire en filigrane celle des propriétaires de grands médias », prévient David Colon.
Read Write Own – Chris Dixon
Dans Read Write Own, Chris Dixon offre une vision enthousiaste et idéaliste de la technologie blockchain comme remède aux maux d'Internet. L’essai se présente comme une défense argumentée de la blockchain, la présentant comme la solution idéale pour créer un Internet plus décentralisé et équitable, loin du contrôle des grandes entreprises technologiques.
Ce « puriste d’internet » aborde l'histoire du web pour contextualiser l'évolution vers la blockchain. Il argumente que les blockchains pourraient surpasser les réseaux centralisés en offrant un environnement où les règles sont codifiées dans le logiciel, éliminant ainsi la nécessité de faire confiance aux entreprises de la tech. « « Tout le monde parle de l’IA qui va tout détruire, estime l’auteur. La véritable menace est que cinq grandes entreprises finissent par tout contrôler, et que nous soyons tous soumis à ce qu’elles décident. Cela me semble très ennuyeux, monotone et dystopique. J’ai l’impression d’être une personne folle, debout sur le coin de la rue en criant : ‘Pourquoi cela ne devrait-il pas être un problème plus important pour plus de gens ?’ »
Si Read Write Own est un essai intéressant en faveur de la blockchain et de sa philosophie, il ne mentionne ni les critiques, ni les échecs récurrents dans l'écosystème crypto, et ne s'attaque pas aux questions cruciales sur la lente adoption de la blockchain et les nombreux projets frauduleux…
Les beaux jours sont là ! A cette occasion, Méta-Media vous suggère une série de livres pour apprendre, vous inspirer, faire une pause que vous soyez au bord de la mer ou bien chez vous. Bonnes lectures !
The Power of one - Frances Haugen
Frances Haugen est devenue célèbre en 2021 après avoir dénoncé les agissements de Facebook devant le Congrès américain. En tant qu'ancienne cheffe de produit de l'équipe de désinformation civique, elle a révélé comment le réseau social propageait délibérément
Les beaux jours sont là ! A cette occasion, Méta-Media vous suggère une série de livres pour apprendre, vous inspirer, faire une pause que vous soyez au bord de la mer ou bien chez vous. Bonnes lectures !
The Power of one - Frances Haugen
Frances Haugen est devenue célèbre en 2021 après avoir dénoncé les agissements de Facebook devant le Congrès américain. En tant qu'ancienne cheffe de produit de l'équipe de désinformation civique, elle a révélé comment le réseau social propageait délibérément des informations toxiques et favorisait la violence. Ses révélations, basées sur 22 000 pages de documents internes, ont montré que Facebook était pleinement conscient des dommages qu'il causait.
Après la publication des "Facebook Files", la valeur boursière de l'entreprise a chuté de 75 %, subissant la plus lourde perte en une seule journée jamais enregistrée pour une entreprise américaine cotée en Bourse. Frances Haugen avait rejoint Facebook en 2019, malgré la mauvaise réputation de l'entreprise, dans l'espoir de réduire la désinformation. Elle écrivait alors : “À l’époque, accepter un poste chez Facebook n’apportait aucune valeur ajoutée au CV ; au contraire, cela risquait d’entacher mon image de marque.” Son autobiographie retrace, avec le plus de sincérité possible, son parcours de "nerd", l’absence de considération éthique des boites tech, les risques encourus devant de telles révélations. La lanceuse d’alerte met en garde contre les dangers d'une technologie non régulée et appelle à une plus grande transparence et responsabilité des réseaux sociaux. Elle critique également la dynamique perverse où les compétences acquises par les législateurs sont désormais rapidement récupérées par les géants de la tech avec des offres salariales alléchantes, sapant ainsi les efforts de régulation. Les assistants parlementaires sont ainsi débauchés par les géants de la tech avec des salaires cinq fois supérieurs à ce que leurs sénateurs peuvent se permettre de leur payer… Un récit éclairant sur les “entrailles” de la tech !
Elon Musk - Walter Isaacson
Elon Musk se perçoit comme un « personnage de bande dessinée essayant de sauver le monde », avec des ambitions titanesques et un ego colossal. C’est ce que rapporte Walter Isaacson, qui a suivi l’entrepreneur milliardaire pendant deux ans. Le biographe a ainsi pu observer de près cet « homme capricieux », avec un accès privilégié à certaines réunions, emails et textos de la star de la tech. Il a ainsi été témoin de moments clés tels que le rachat de Twitter, l'explosion en vol de la fusée Starship, et la naissance de plusieurs de ses enfants.
On en retient qu'Elon Musk règne en maître absolu sur ses entreprises. Il impose des réductions drastiques de coûts dans certains domaines tout en insistant pour que d'autres dépenses soient illimitées. Chez Tesla, son obsession pour les détails du design automobile a fait exploser les coûts et vidé la trésorerie de l’entreprise. Lorsqu'il a acquis Twitter, il a licencié 75 % du personnel et s'est réjoui de renvoyer les dirigeants pour les empêcher de percevoir leurs indemnités de départ. Le rachat du réseau social est en partie due à son addiction aux tweets et à son désir de prendre une revanche sur un passé difficile. Ayant été harcelé à l’école en Afrique du Sud, l'entrepreneur souhaitait posséder son « propre terrain de jeu ». Mais comme le souligne le New York Times, « posséder un terrain de jeu ne vous empêchera pas d’être malmené »…
Cette biographie n'est pas une enquête journalistique classique, mais plutôt un exercice d'admiration qui explore les multiples facettes et les démons d’un milliardaire fantasque, qui n’obéit qu’à ses lubies passagères. Divertissant et inquiétant.
Extremely Online : The Untold Story of Fame, Power and Influence on the Internet – Taylor Lorenz
« Je souhaite raconter des histoires qui ont été effacées de l'histoire par Silicon Valley », annonce Taylor Lorenz. Dans son ouvrage, la journaliste tech du Washington Post s'intéresse à un aspect souvent négligé des réseaux sociaux : l'expérience des utilisateurs eux-mêmes. Contrairement à des livres comme Hatching Twitter de Nick Bilton ou No Filter de Sarah Frier, qui se concentrent principalement sur l'aspect corporate des entreprises technologiques, Taylor Lorenz choisit de se pencher sur les individus qui ont façonné et redéfini le paysage des médias sociaux.
L'essai se distingue par son ambition de narrer l'histoire de l'internet social à travers les yeux des utilisateurs, du boom des blogs dans les années 2000 à l'ère de TikTok. La journaliste analyse comment des figures telles que les « mamans blogueuses » ont non seulement influencé le contenu en ligne, mais ont également été des pionnières dans la monétisation de leurs marques personnelles, devenant ainsi les premières influenceuses. « Pendant une grande partie de l'histoire des médias sociaux, Silicon Valley a été extrêmement hostile envers ces utilisateurs influents. Les fondateurs de la tech éprouvaient presque de la rancune face au pouvoir qu'ils exerçaient sur internet. Lorsque la pandémie a éclaté, ils ont commencé à parler de "l'économie des créateurs" comme si c'était quelque chose de nouveau, alors qu'ils l'avaient dénigrée pendant des décennies parce qu'elle était principalement pionnière par des femmes », explique l’ancienne journaliste du New York Times.
Taylor Lorenz explore également comment les adolescents ont réinventé la célébrité à travers des plateformes comme Vine. En mettant en lumière ces acteurs apparemment marginaux, elle révèle comment ils ont perturbé les structures établies du capitalisme moderne, créé de nouveaux secteurs économiques et redéfini les attentes en matière de contenu et de pouvoir.
La journaliste a d’ailleurs appliqué ce qu'elle a observé sur les réseaux sociaux à sa propre promotion. Pour booster la visibilité de son livre, elle a répondu publiquement à un commentaire désobligeant d’Elon Musk : : « En fait, ce qui a vraiment bien fonctionné, c’est quand j’ai répondu à Elon Musk. Il avait dit quelque chose de méchant à mon sujet, et j’ai répliqué en lui suggérant de lire mon livre. Cela m’a rapporté 100 commandes. »
The Anxious Generation – Jonathan Haidt
Chez les jeunes, une crise de la santé mentale est en cours. Jonathan Haidt, dans son livre The Anxious Generation, note une augmentation de 30% des cas de dépression et d’anxiété chez les enfants et les adolescents, qu’il qualifie d' « épidémie de santé mentale ». Selon le psychologue, les parents échouent en surprotégeant leurs enfants dans le monde réel tout en les « abandonnant » dans le monde virtuel.
Dans son essai, le psychologue propose des solutions pour limiter les effets nocifs de la technologie, telles que l’interdiction des smartphones avant le lycée et des réseaux sociaux avant 16 ans. Il compare les écoles sans interdiction de téléphone à une « apocalypse zombie » où les élèves ne communiquent pas.
Cette critique rejoint l’analyse de l’anthropologue David Le Breton dans La fin de la conversation, qui affirme que les smartphones isolent, non seulement les enfants, mais aussi les adultes : « Nous sommes de moins en moins ensemble, mais de plus en plus côte à côte, les yeux rivés sur nos écrans, sans plus nous regarder. On n’a jamais autant communiqué, mais jamais aussi peu parlé ensemble. »
Rien de tel qu’une tentative d’assassinat pour alimenter la machine à rumeurs d'Internet. Samedi 13 juillet, l’attentat contre Donald Trump lors d'un meeting en Pennsylvanie, a déclenché une tempête médiatique dès les premières minutes : USA Today, par exemple, a publié son premier article seulement 19 minutes après les coups de feu, avec un titre initial : « Trump évacué de la scène par les services secrets après des bruits forts qui ont effrayé l'ancien président et la foule ». Sur les réseau
Rien de tel qu’une tentative d’assassinat pour alimenter la machine à rumeurs d'Internet. Samedi 13 juillet, l’attentat contre Donald Trump lors d'un meeting en Pennsylvanie, a déclenché une tempête médiatique dès les premières minutes : USA Today, par exemple, a publié son premier article seulement 19 minutes après les coups de feu, avec un titre initial : « Trump évacué de la scène par les services secrets après des bruits forts qui ont effrayé l'ancien président et la foule ». Sur les réseaux sociaux, les spéculations sur le mobile du tireur foisonnent. Et les théories du complot fleurissent dans un terreau fertile de désinformation. Elon Musk n'a laissé passer qu'environ 30 minutes avant de déclarer son soutien financier pour la campagne présidentielle du candidat républicain. Il n’a fallu que 86 minutes à Dave Portnoy, propriétaire du blog Barstool Sports pour poster un lien vers un T-shirt noir avec l'image d'un Donald Trump ensanglanté le poing levé. La soif de sensationnalisme l'emporte-t-elle sur la véracité des faits ?
Une bataille des récits
À l’ère des réseaux sociaux, ce drame illustre d’abord l’appétit des utilisateurs pour les fake news. Le journaliste Casey Newton constate : « Les réseaux sociaux détestent le vide, et au cours des 48 heures après l’attaque, les utilisateurs de chaque grande plateforme se sont empressés de le combler avec des nouvelles, des commentaires, des analyses, des théories du complot, des fabrications et des blagues ». C’est particulièrement le cas sur X, où la plupart des modérateurs de contenus ont été licencié après le rachat de l’entreprise en 2022. La prudence initiale des médias avant de parler de « tentative d’assassinat » a vivement été critiquée, considérée par certains comme une volonté de tromper, alors que les autorités n’avaient elles-mêmes pas encore confirmé la nature des faits. Elon Musk, par exemple, a twitté au lendemain de l’événement : « Les médias traditionnels sont une pure machine de propagande. X est la voix du peuple » accompagné d’une image montrant plusieurs gros titres de la presse. Un porte-parole du New York Times s’explique : « Les organismes de presse peuvent tolérer les critiques, mais les informations inexactes détruisent leur bien le plus précieux : leur crédibilité ».
L'essor des réseaux sociaux et le déclin parallèle du journalisme traditionnel ont permis de créer ce que la chercheuse Renee DiResta appelle des « réalités sur mesure » : des versions personnalisées de la vérité qui reflètent ce que les gens veulent croire. Ainsi la désinformation ne serait pas liée à des mensonges du gouvernement et de la presse, mais plutôt à l’amour du consommateur pour cette dernière : « Nous sommes mal informés non pas parce que le gouvernement ment systématiquement ou supprime la vérité. Nous sommes mal informés parce que nous aimons la désinformation que nous recevons et nous en voulons toujours plus » expliquait l’année dernière un article du New York Times.
L’écosystème informationnel est-il cassé ?
De son côté, the New Yorker s’indigne : « La tentative d'assassinat d'un ancien président est traitée avec la même légèreté universelle qu'un album pop ou les publicités d'une usine de glycines chinoise ». Les memes internet sont en effet légion depuis l’événement. Un internaute s’amuse même : « vous pensez que les gens dans les années 1800 étaient aussi drôles quand John Wilkes Booth a tiré sur Lincoln ? ». Finalement, les médias ne seraient qu’un rouage d’une grande machine informationnelle qui récompense la rapidité et la provocation : « Il s’agit d’une machine hyper-efficace, vorace, insatiable – qui dévore n’importe quel évènement, quel que soit son ampleur, pour le démanteler jusqu’à ce qu’il ne reste plus de lui qu’une vieille carcasse fatiguée ».
CETTE SEMAINE EN FRANCE
L’Arcom renforce les règles de contrôle du pluralisme dans les médias audiovisuels (Le Monde)
Le « gendarme » de l’audiovisuel joue sa crédibilité avec l’attribution des chaînes TNT, en particulier à CNews et C8 (Le Monde)
IA aux Jeux Olympiques de Paris 2024 : comment les Jeux seront un terrain d'essai pour les nouvelles technologies (The National)
« Marianne » : CMI France et Pierre-Edouard Stérin mettent fin aux négociations exclusives face à la « volonté unanime » des salariés (Le Monde)
#Pluralisme | L’Arcom adopte une délibération relative au respect du principe de pluralisme des courants de pensée et d’opinion dans les médias audiovisuels
8 % des fandoms de la génération Z monétisent leur intérêt pour les fandoms (par exemple, les « Swifties » professionnels rapporteront et décoderont les nouvelles et les légendes de Taylor pour les fans plus occasionnels), d’après un rapport de YouTube.
LE GRAPHIQUE DE LA SEMAINE
Où les journalistes travaillent-ils, si ce n'est pas dans les médias
RSF et 25 organisations demandent à la présidente de la Commission européenne des garanties fortes en matière de libertés de la presse (RSF)
Le gouvernement chinois soutient les entreprises nationales d'IA, mais impose également des règles strictes pour tester leurs modèles de langage (Wall Street Journal)
JOURNALISME
Un procureur russe demande 18 ans de prison pour le journaliste Evan Gershkovich (Washington Post)
Elon Musk veut que son bot d'IA diffuse les actualités. Il a du mal à accomplir cette tâche (Wall Street Journal)
L'Allemagne interdit le magazine d'extrême droite « Compact » (The Guardian)
Les éditeurs australiens qualifient de "catastrophique" une éventuelle interdiction des actualités par Meta (Press Gazette)
Le Wall Street Journal licencie un journaliste de Hong Kong qui dirigeait un club de presse en difficulté (Washington Post)
La presse papier en Haïti est presque éteinte (ijnet)
STORYTELLING, NOUVEAUX FORMATS
Spotify et TikTok poussent les artistes à sortir des albums interminables (Business Insider)
X ne tient pas ses promesses concernant les nouvelles émissions vidéo (Bloomberg)
ENVIRONNEMENT
Comment rendre compte de l'environnement en Ukraine en temps de guerre ? (The Fix)
RÉSEAUX SOCIAUX, MESSAGERIES, APPS
Des influenceurs avec des millions de followers soutiennent Trump, mais peu d'entre eux soutiennent publiquement Biden (NBC News)
Elon Musk veut déplacer les sièges de SpaceX et de X de Californie vers le Texas (Wired)
Meta permet enfin aux chercheurs d’accéder aux données d’Instagram (The Verge)
New opportunity! Meta and COS have opened an RFP for a pilot program using Instagram data to study social media’s impact on youth well-being. Check out the details and see if it fits your research: https://t.co/jCheql0toa.
— Center for Open Science (@OSFramework) July 17, 2024
IMMERSION, 360, VR, AR
Le métavers était censé être votre nouveau bureau. Vous êtes toujours sur Zoom (Wired)
L'Apple Vision Pro est désormais disponible au Royaume-Uni, au Canada, en France, en Allemagne et en Australie (MacRumors)
STREAMING, OTT, SVOD
Warner Bros Discovery étudie la possibilité de séparer ses chaînes de télévision (comme CNN) de ses services de streaming (Deadline)
Apple est en discussions pour obtenir des licences de films supplémentaires auprès de Hollywood (Bloomberg)
AUDIO, PODCAST, BORNES
Le studio de podcasts Paradiso placé en liquidation judiciaire (La Lettre)
Les podcasts politiques explosent à l'approche du jour du scrutin (Press Gazette)
Après une année difficile, les podcasts reprennent du poil de la bête (Bloomberg)
INTELLIGENCE ARTIFICIELLE, DATA, AUTOMATISATION
Meta ne lancera pas son prochain grand modèle en Europe (Axios)
OpenAI a illégalement interdit au personnel de parler des risques liés à la sécurité, selon des lanceurs d'alerte (Washington Post)
Apple, Nvidia, Anthropic ont utilisé des milliers de vidéos YouTube piratées pour entraîner l'IA (Proof)
Les résultats fournis par l'IA de Google apparaissent de moins en moins souvent, d'après une étude (The Verge)
L'IA est bénéfique pour la créativité personnelle, mais peut nuire à la créativité collective, selon une étude (TechCrunch)
Gemini sera omniprésente dans la diffusion des Jeux olympiques de Paris (TechCrunch)
MONÉTISATION, MODÈLE ÉCONOMIQUE, PUBLICITÉ
Taboola va vendre des publicités pour Apple (Axios)
Les annonceurs ne montrent pas un grand enthousiasme pour les publicités sur Threads proposées par Meta (Digiday)
Fini le mépris de la presse traditionnelle envers les YouTubeurs : le festival de journalisme de Couthures-sur-Garonne, organisé par le groupe Le Monde, et parrainé par Camelia Jordana, a ouvert grand ses portes aux créateurs de contenus dits informatifs.
Par Alexandra Klinnik du MediaLab de l’Information de France Télévisions
Jean Massiet, Gaspard G, et Charlie Danger, entre autres, ont répondu présents pour partager les « secrets de fabrication » de ceux qui captivent les jeunes sur les résea
Fini le mépris de la presse traditionnelle envers les YouTubeurs : le festival de journalisme de Couthures-sur-Garonne, organisé par le groupe Le Monde, et parrainé par Camelia Jordana, a ouvert grand ses portes aux créateurs de contenus dits informatifs.
Par Alexandra Klinnik du MediaLab de l’Information de France Télévisions
Jean Massiet, Gaspard G, et Charlie Danger, entre autres, ont répondu présents pour partager les « secrets de fabrication » de ceux qui captivent les jeunes sur les réseaux sociaux, surpassant ainsi les médias classiques. Leur influence sur l'information est telle qu'un intervenant s'interroge : « Est-il devenu has been, dans l'écosystème médiatique actuel, de raisonner encore en termes de journalisme traditionnel ? ». La frontière de plus en plus floue entre influenceur et journaliste ne mérite-t-elle pas d'être réévaluée ?
Résumé des points clés
Journaliste ou influenceur : une étiquette fluctuante
Jean Massiet, vulgarisateur politique et Gaspard G, YouTubeur
Comment se définir par rapport à l’autre ? Pour le créateur Gaspard G – fort de 980 000 abonnés sur sa chaîne YouTube d’information généraliste – la réponse varie en fonction du contexte. « Cela dépend des jours et de la personne à qui je m’adresse », explique-t-il. « Je m’efforce de fournir une couverture des actualités la plus objective possible, entouré de professionnels. » Actuellement, il travaille avec une équipe de cinq salariés ainsi que des prestataires externes pour les recherches et les tâches administratives. Les journalistes qui collaborent avec lui possèdent une carte de presse. Un jeune festivalier a d’ailleurs été surpris de découvrir l’ampleur de son équipe : « Je n’étais pas conscient que tu étais aussi entouré », a-t-il commenté, habitué à ne voir qu’un seul visage (devenu logo) sur les vidéos.
Jean Massiet, derrière la chaîne Twitch de vulgarisation politique BackSeat, ne s’embarrasse pas d’étiquettes et précise bien qu’il ne rentre pas dans la définition stricte de journaliste : « Mon métier va beaucoup plus loin parce que je suis aussi influenceur, producteur, chef d’entreprise», bref un homme-orchestre aux multiples fonctions, qui souhaite informer avant tout les jeunes. La moyenne d’âge de son public est de 24 ans.
Les médias traditionnels effacent progressivement la barrière entre leurs mondes et ceux des créateurs de contenu en ligne. « Ce mépris, ce scepticisme que certains médias ont cultivé semble s’estomper aujourd’hui », observe Gaspard G. « Nous faisons notre métier avec sérieux et obtenons des interviews pertinentes, y compris avec Emmanuel Macron. Ils ont peut-être ressenti de la jalousie en voyant Volodymyr Zelenskyy choisir de s’entretenir avec Hugo Travers, 27 ans, plutôt qu’avec Laurent Delahousse ou David Pujadas », sourit-il. Jean Massiet partage ce sentiment et note un effort de la presse écrite, qui publie désormais « d’excellents articles » sur cet univers, avec « des enquêtes approfondies et bien écrites ». Cependant, il souligne que la télévision reste encore « réticente au possible » à l’égard du monde du web, qui bouscule les codes de l’information depuis cinq ans.
Les médias traditionnels s’allient directement aux créateurs de contenus. France Télévisions collabore ainsi avec Hugo Décrypte pour l'émission "Face Cachée", produite par France 2 et Unfold, la société de production de Hugo Travers et Squeezie. Le partenariat fonctionne de la manière suivante : une semaine après la diffusion de l'émission, France TV perd les droits ou les co-partage pour permettre sa diffusion sur la chaîne privée d'Hugo Décrypte. Cet effort, bien que « louable », ne porte pas ses fruits, estime le journaliste de TF1 Paul Larrouturou, un autre intervenant, pour qui le succès n'est pas au rendez-vous. La recette d’une collaboration réussie reste encore à trouver.
Les partenariats, le bât qui blesse
Pour faire vivre cette nouvelle manière d’informer sur les réseaux sociaux, la plus grosse problématique reste le financement, estime Gaspard G. Il a dû lui-même limiter la couverture internationale de son média – trois voyages sur le terrain en douze mois (Israël, Nouvelle-Calédonie, Ukraine) – en raison des « coûts astronomiques » de tels projets pour une structure encore fragile. « Aujourd’hui, malheureusement, on ne dispose pas d’aides publiques, et notre génération n’a pas l’habitude de payer pour l’info », estime-t-il. Pour assurer ses arrières, le créateur de contenu n’hésite donc pas à faire appel aux annonceurs. « On fait avec nos armes pour pouvoir créer un modèle de revenu et payer nos équipes », justifie-t-il. Dans ses vidéos d’actualités, il représente ainsi les intérêts de ses clients. « Pendant une minute, il peut m’arriver de parler d’un VPN, d’une marque, d’un service », explique-t-il. C'est pourquoi certains hésitent à le considérer comme un journaliste. Selon la charte de Munich, le "Saint Graal du journalisme", il ne faut "jamais confondre le métier de journaliste avec celui du publicitaire ou du propagandiste ; n'accepter aucune consigne, directe ou indirecte, des annonceurs". « Je te considère comme un confrère. La grande question reste le modèle économique. Moi, je suis salarié d’une rédaction, j’ai le confort d’avoir un salaire qui tombe tous les mois », répond Paul Larrouturou, ancien de Quotidien.
De gauche à droite, Anaïs Carayon, directrice de la rédaction d'Urbania France, Paul Larrouturou, reporter chez TF1 et Gaspard G, créateur de contenus
Pour Backseat, le fonctionnement repose sur un modèle similaire. L'émission est majoritairement financée par du financement participatif (au moins les deux tiers), tandis que le reste provient de partenariats. En tout, le budget annuel s'élève à un demi-million d'euros. « Mon public ne m'en veut absolument pas pour les partenariats, parce que je leur explique à quoi ils servent. Je m'assure toujours que le partenariat ait un intérêt éditorial. Cela ne m'intéresse pas de faire de la publicité pour une marque dont je me fiche. En revanche, interviewer le PDG d'une entreprise pour poser des questions citoyennes et faire le lien avec ma chaîne où je parle politique, ça m'intéresse », raconte Jean Massiet. Le streamer affirme être l'un des leaders auprès d'un public particulièrement difficile à atteindre : les jeunes. La plupart de ses clients sont des institutions souhaitant s'adresser aux jeunes, « pas forcément pour faire passer des idées, juste pour dire bonjour », comme l'a fait récemment la Cour des comptes.
En fin de compte, la transparence envers son audience est essentielle. Il s'agit toujours de maintenir la confiance par l'explication et la justification. « L'enjeu, c'est la confiance et la crédibilité envers ton public. Il n'y a pas forcément de règles écrites. Il y a une loi qui encadre les influenceurs, mais elle a été rédigée avec les pieds », estime Jean Massiet. « L'important est de ne pas perdre la confiance que les gens placent en nous. C'est un contrat de confiance, une sorte de common law qui se développe avec le temps entre les influenceurs et leur public, en l'absence de règles plus précises imposées par les plateformes. » Il n'est d'ailleurs pas favorable à ce que les plateformes imposent leurs règles, car ce sont des entreprises américaines avec une culture américaine, dont les règles s'appliquent encore mal en Europe.
Par ailleurs, cette transparence est de plus en plus demandée par l'audience, rappelle le journaliste Vincent Manilève, notamment depuis les polémiques sur les placements de produits effectués par les « influvoleurs ». Il estime qu'une prise de conscience a eu lieu depuis.
Sourcer ses vidéos : une pratique journalistique devenue indispensable chez les créateurs de contenus
« Le public est un outil de contrôle démocratique », rappelle Jean Massiet. L’audience exige désormais que les vidéos et les images soient sourcées. Selon une étude du Financial Times, avoir des sources fiables, en lesquelles les jeunes peuvent avoir confiance, arrive en priorité dans les demandes des jeunes.
William Audureau, journaliste au Monde et Jean Massiet, vulgarisateur politique
Depuis le bad buzz de Squeezie (Lucas Hauchard), la vigilance du public a redoublé, selon Vincent Manilève. En 2019, le plus grand YouTubeur français (catégorie formats longs) a publié une vidéo sur les pyramides où il privilégiait les théories fantastiques aux théories scientifiques. « Ça reste une vidéo "théorie du complot" », s'était-il excusé. « C'était une vidéo de désinformation massive, alors qu'il avait une responsabilité éditoriale », explique le journaliste spécialisé dans Internet. Finalement, Squeezie a présenté ses excuses et supprimé la vidéo, bien qu'elle soit encore disponible sur DailyMotion. Depuis cet incident, il veille à sourcer et citer ses références, notamment le New Yorker.
Apprendre à utiliser des sources fiables et à respecter le cadre légal est un exercice complexe pour les YouTubeurs. Pour Gaspard G, l'utilisation d'extraits d'archives a été particulièrement ardue. Lorsqu'il a commencé à réaliser des vidéos avec son monteur, il a été plongé dans un « Far West total », ne disposant pas comme dans les grandes rédactions de services juridiques. « Un nombre incalculable de nos vidéos ont été retirées de la plateforme parce que nous n'avions pas tous les droits nécessaires pour citer des archives de TF1, France 2, Blast, Mediapart. Je pensais que cela relevait du droit de citation, mais ce n'était absolument pas le cas », se remémore-t-il. Parfois, la source n’était pas correctement citée ou l'image était zoomée avec une texture superposée, dissimulant ainsi le watermark de la chaîne. En conséquence, ils ont reçu de nombreuses mises en demeure et des vidéos entières ont été supprimées de leur chaîne. Aujourd'hui, le YouTubeur a amélioré ses pratiques et s'appuie sur l'INA, qui propose un forfait permettant aux créateurs de contenus d'utiliser les archives pour un total de 1000 euros par an.
Pour que l’apprentissage continue de manière pérenne, l’UNESCO a ainsi un mandat sur l’éducation aux médias et met en place un programme pour ces créateurs de contenus qui les aident à « avoir les bons codes pour informer », note Vincent Manilève. Lui-même, en tant que journaliste web spécialisé, est en contact avec une université des Etats-Unis pour les aider à retranscrire et localiser un cours en ligne à destination des influenceurs pour les aider à mieux informer et à suivre les règles de déontologie.
L’avenir ?
Comment les créateurs de contenu voient-ils l’avenir ? « Pas à la télévision », rétorque Jean Massiet : « Si la télé reste majeure en termes d’audience, en termes de génération, il y a un décrochage qui est absolument phénoménal ». Lors de la saison 2022-2023, l'âge moyen des téléspectateurs du journal télévisé de France 2 était de 63 ans et de 57 ans pour celui de TF1, selon Médiamétrie. Il cite ainsi Ikea qui a fait un rapport sur l’aménagement intérieur des ménages dans les pays développés. Aucune télévision n’était représentée devant les canapés. « Cette modification anthropologique est une très mauvaise nouvelle pour la télévision, qui va disparaître des salons des gens» prédit-il. Plus prosaïquement, il ne voit pas l’avenir de sa chaîne sur le format télévisé en raisons de coûts de production. « C’est scandaleusement cher de maintenir à flot une chaîne de télévision. Sur LCP, Public Sénat, c’est 7,5 millions d’euros d’infrastructures par an ! », dénonce le vulgarisateur.
Gaspard G anticipe une spécialisation progressive des créateurs de contenus dans les cinq à dix prochaines années. « À l'heure actuelle, Hugo Décrypte fait du JT, je couvre l'actualité froide, et Charles Villa s'intéresse aux sujets d'actualité brûlants… Nous verrons une montée en puissance de YouTubeurs qui choisiront de se spécialiser dans des créneaux particuliers du journalisme. Il est aussi essentiel de permettre à ces jeunes structures de trouver leur équilibre financier, car les coûts peuvent être très élevés », observe-t-il.
Aujourd’hui, les règles du jeu médiatique changent. La crédibilité est non pas donnée, par la profession mais par les gens qui regardent les contenus. Les créateurs, loin d’être de simples diffuseurs de divertissement, jouent désormais un rôle crucial dans la diffusion de l’information, captant un public jeune et diversifié souvent délaissé par les médias traditionnels. En se mettant à leur hauteur, ils parviennent à ouvrir le dialogue, et développent une proximité à la fois en ligne et « in real life » – Jean Massiet, par exemple n’hésite pas à parcourir la France pour des apéros organisés avec sa communauté sur Discord. Il est crucial que le secteur continue de naviguer entre innovation et rigueur pour assurer la pérennité et la fiabilité de l’information dans cette ère numérique. La question demeure : comment les médias traditionnels et les créateurs de contenu pourront-ils collaborer efficacement pour offrir une information de qualité dans un paysage en perpétuelle mutation ? La réponse pourrait bien façonner le journalisme de demain.
Un pacte faustien déjà corrompu ? Des tests du Nieman Lab ont montré que ChatGPT dirige les utilisateurs vers des URL non fonctionnelles pour au moins 10 médias ayant des accords de licence avec OpenAI : The Associated Press, The Wall Street Journal, the Financial Times, The Times (UK), Le Monde, El País, The Atlantic, The Verge, Vox, et Politico. Mi-juin déjà, le syndicat Insider avait demandé à la direction de Business Insider de partager les détails de l'accord de licence qu'ils ont conclu à
Un pacte faustien déjà corrompu ? Des tests du Nieman Lab ont montré que ChatGPT dirige les utilisateurs vers des URL non fonctionnelles pour au moins 10 médias ayant des accords de licence avec OpenAI : The Associated Press, The Wall Street Journal, the Financial Times, The Times (UK), Le Monde, El País, The Atlantic, The Verge, Vox, et Politico. Mi-juin déjà, le syndicat Insider avait demandé à la direction de Business Insider de partager les détails de l'accord de licence qu'ils ont conclu à travers leur société mère Axel Springer avec OpenAI, sur fond de craintes que ChatGPT compromette leur travail éditorial plutôt que de le valoriser. En effet, l'agent conversationnel avait été présenté à la rédaction comme un nouveau moteur de recherche, mais l'interface d'Open AI s'est avérée peu motivée à citer la source quand ils s'agissait d'un scoop d'envergure découvert par les équipes d'investigation de Business Insider.
ChatGPT peut aujourd'hui converser naturellement à travers une interface vocale, mais ne sait pas faire des liens vers ses sites partenaires. Un constat tout à fait normal, selon Tom Rubin, responsable de la propriété intellectuelle et du contenu chez OpenAI. Lors de la conférence WAN-IFRA en mai, il a déclaréqu'une « composante significative » des accords avec les médias implique l'affichage du contenu des partenaires, mais que « vous ne l'avez pas encore vu dans nos produits. » OpenAI n'a pas précisé quand ces fonctionnalités d'affichage seraient disponibles ni répondu aux questions concernant les citations actuelles de ChatGPT d'articles de Business Insider, y compris les liens vers des pages d'articles inexistantes.
Au-délà de l'attribution et les liens vers les articles complets pour plus de "transparence et d'informations supplémentaires", le package vendu aux médias par OpenAI prévoit aussi un « placement prioritaire et une mise en avant de la marque plus riche » dans les conversations, selon des informations d'Adweek basées sur des slides qui ont fuité d'Open AI.
ChatGPT is hallucinating fake URLs for at least 10 publications that have OpenAI licensing deals.
I tested the chatbot’s ability to cite its news sources for @NiemanLab. It regularly generated broken links to even its partners’ biggest investigations. https://t.co/ddXrEDWhu9
Andrew Deck, journaliste au Nieman Lab, a mené une série de tests dans lesquels il demande à ChatGPT expressément de renvoyer vers les articles phares de ces partenaires, y compris des contenus récompensés par des prix Pulitzer et des enquêtes qui ont duré plusieurs années. Dans l'ensemble, ses tests ont montré que ChatGPT est actuellement incapable de renvoyer de manière fiable vers ces histoires remarquables des publications partenaires qui ont demandé un investissement considérable aux rédactions. Et l'hallucuination est internationale : ChatGPT a généré des liens fictifs vers des enquêtes nationales majeures du Monde, et du journal El País (propriété de Prisa Media), les deux ayant conclu des accords de licencede contenu avec OpenAI en mars. Face à ce dilemme, l'UER, l'Union européenne de radio-télévision, vient de publier un appel aux géants de la tech pour plus de transparence et de respect de la propriété intellectuelle. Elle leur demande notamment de pouvoir décider si et comment le contenu des médias de service public est utilisé, avec une attribution claire et correcte des sources par les outils d’IA et une vraie coopération des plateformes pour lutter contre la désinformation, en assurant la visibilité appropriée des médias.
En attendant, ChatGPT fait ce que sa génération de texte prédictif fait de mieux : prédire la version la plus probable de l'URL pour une information donnée, plutôt que la version correcte.
CETTE SEMAINE EN FRANCE
Législatives 2024 : comment les thèmes favoris du RN ont peu à peu colonisé les médias traditionnels (Le Monde)
Législatives 2024 : les débats attirent les téléspectateurs (Les Echos)
Le spécialiste des newsletters Kessel passe le cap du million de lecteurs (Les Echos)
La Russie bloque l’accès à 81 médias européens, dont les sites du “Monde” et de l’AFP (Le Monde)
NOS MEILLEURES LECTURES / DIGNES DE VOTRE TEMPS / LONG READ
L’inconsciente irresponsabilité du journalisme politique (AOC)
L'avenir du streaming (selon les magnats qui s'en occupent) (New York Times)
DISRUPTION, DISLOCATION, MONDIALISATION
Les fact-checkers britanniques ont passé plus de temps à vérifier les déclarations des hommes politiques que les faux contenus générés par l'IA (Press Gazette)
DONNEES, CONFIANCE, LIBERTÉ DE LA PRESSE,DÉSINFORMATION
La zone grise : comment Israël considère certains journalistes de Gaza comme des cibles légitimes (The Guardian)
Julian Assange libéré mais condamné, une forme de menace pour la liberté de la presse (Le Monde)
JULIAN ASSANGE IS FREE
Julian Assange is free. He left Belmarsh maximum security prison on the morning of 24 June, after having spent 1901 days there. He was granted bail by the High Court in London and was released at Stansted airport during the afternoon, where he boarded a…
L'Indonésie tente de bloquer les contenus LGBTQIA sur Internet (Rest of World)
Le procès à huis clos du journaliste américain Evan Gershkovich commence en Russie (The Guardian)
Les conspirations sur le débat Trump-Biden ont déjà inondé l'Internet (Wired)
LÉGISLATION, RÉGLEMENTATION
IA : l’Autorité de la concurrence met en garde contre la domination des géants du numérique (Le Monde)
Today we open a new case + we adopt preliminary findings against @Apple under the DMA.
We are concerned Apple's new business model makes it too hard for app developers to operate as alternative marketplaces & reach their end users on iOS.
Débat présidentiel : 2 candidats. Pas de public. 60 journalistes du New York Times (New York Times)
Le site web de MTV News s'éteint, les archives sont mises hors ligne (Variety)
Selon un mémo, le New York Times aurait licencié des artistes pour les remplacer par l’IA (Futurism)
Le problème de confiance du journalisme est-il lié à l'argent et non à la politique ? (NiemanLab)
STORYTELLING, NOUVEAUX FORMATS
L'industrie de l'information est-elle prête à passer à la vidéo (une fois de plus) ? (NiemanLab)
Domingo et le tennis, Billy en boxeur… Twitch, le nouveau terrain de jeu du sport-spectacle (Le Figaro)
Les soirées PowerPoint ? Pourquoi la pire partie de votre travail s’invite dans vos fêtes ? (The San Francisco Standard)
ENVIRONNEMENT
L'intelligence artificielle met le réseau électrique à rude épreuve. Les entreprises technologiques cherchent une solution miracle (Washington Post)
RÉSEAUX SOCIAUX, MESSAGERIES, APPS
Facebook a été envahi par des spams et des escroqueries liés à l'IA (404media)
Les créateurs de TikTok tiennent leurs propres assemblées avec des candidats indépendants, évitant les médias traditionnels et offrant une tribune aux théories du complot (Wired)
« Plus ta peau est foncée, moins tu vaux » : les inégalités salariales des influenceurs (The Guardian)
Instagram ne veut pas que vous regardiez le débat présidentiel (FWIW)
IMMERSION, 360, VR, AR
J'ai porté des Ray-Ban Meta à Montréal pour tester leurs compétences en traduction IA. Cela ne s'est pas bien passé (Wired)
Le New York Times va placer ses podcasts derrière un mur payant (Wall Street Journal)
INTELLIGENCE ARTIFICIELLE, DATA, AUTOMATISATION
Les entreprises technologiques modifient leurs conditions d'utilisation pour faciliter l'entraînement des algorithmes d'IA avec vos données (New York Times)
Reddit essaie de mettre fin au crawling des robots IA (TechCrunch)
Malgré tout le buzz autour de l'IA, l’industrie tech a connu plus de 100 000 licenciements cette année (Finding Alpha)
Le robot du gouvernement sud-coréen est mort ; la presse locale suppose qu’il s’est suicidé (The New York Sun)
Le magazine Time signe un accord avec OpenAI (Axios)
Toys 'R' Us a réalisé une publicité presque entièrement basée sur l'IA (CNN)
Le média 404 média a payé 365,63 $ pour remplacer son site par l'IA (404 media)
Les grandes maisons de disques poursuivent s sociétés d'IA Suno et Udio pour violation du droit d'auteur (billboard)
Vivek Murthy, principal conseiller de santé auprès de l’exécutif américain, tire la sonnette d'alarme : il est vital d'afficher des messages de prévention sur les réseaux sociaux, à l'instar des avertissements présents sur les paquets de cigarettes. « Il est temps que les autorités requièrent un message de prévention sur les réseaux sociaux pour alerter des dangers importants qu’ils représentent pour la santé mentale des adolescents », déclare le médecin chef, dans une tribune publiée par le Ne
Vivek Murthy, principal conseiller de santé auprès de l’exécutif américain, tire la sonnette d'alarme : il est vital d'afficher des messages de prévention sur les réseaux sociaux, à l'instar des avertissements présents sur les paquets de cigarettes. « Il est temps que les autorités requièrent un message de prévention sur les réseaux sociaux pour alerter des dangers importants qu’ils représentent pour la santé mentale des adolescents », déclare le médecin chef, dans une tribune publiée par le New York Times.
« La crise de santé mentale chez les jeunes est une urgence »
Les données révèlent une véritable crise nationale de la santé mentale chez les jeunes, exacerbée par l’utilisation excessive des réseaux sociaux. Selon Jonathan Haidt dans son livre « The Anxious Generation », le nombre d’enfants et d’adolescents souffrant de dépression et d’anxiété a bondi de près de 30% ces dernières années, aboutissant à une "épidémie de maladie mentale". Vivek Murthy souligne que les adolescents passant plus de trois heures par jour sur les réseaux sociaux courent deux fois plus de risques de présenter des symptômes d’anxiété et de dépression. En moyenne, les adolescents y passent près de cinq heures par jour, augmentant considérablement leur risque de problèmes de santé mentale. Une récente étude de l’Ofcom « Children’s Media Lives » révèle même que les enfants passent entre six à huit heures par jour sur ces plateformes.
Un cercle vicieux
Piégés, les enfants ne peuvent pas quitter les plateformes parce qu’elles sont conçues sournoisement pour les maintenir captifs. « Imaginez un adolescent face aux meilleurs ingénieurs produits du monde, utilisant les sciences cérébrales les plus avancées pour maximiser le temps passé sur une plateforme », déplore le médecin chef. S'y ajoute la pression sociale quand le principal sujet de discussion dans la cour de récréation est telle ou telle nouvelle tendance découverte sur les réseaux. D'emblée, le combat s'annonce inégal.
Des effets néfastes
Les réseaux sociaux ne se contentent pas de rendre les jeunes addicts ; ils poussent à la dépression et exposent intensément à des contenus choquants. Comme un poison lent, ils minent lentement mais sûrement l'estime, en construction, des adolescents. En 2021, la série « Facebook Files » du Wall Street Journal a révélé que la plateforme exacerbait les problèmes d’image corporelle chez un tiers des adolescentes. Récemment, ce même journal a dévoilé qu’Instagram recommandait régulièrement des vidéos à caractère sexuel aux comptes d'enfants de 13 ans, et ce, quelques minutes après leur première connexion !
TikTok n'est pas en reste. En novembre, Amnesty International avait publié un rapport intitulé « Poussés vers les ténèbres », soulignant que le fil « Pour toi » de TikTok encourageait la mutilation et les idées suicidaires chez les jeunes. « Ils sont rapidement entraînés dans des spirales de contenus potentiellement dangereux, notamment des vidéos idéalisant et encourageant les pensées dépressives », avertissait le rapport.
Les messages de prévention : un début de lutte
Bien que les messages de prévention puissent sembler cosmétiques, ils favorisent bel et bien la prise de conscience et le changement des pratiques. Mais ce n'est qu'un début. Le Congrès doit agir pour renforcer les efforts de protection : empêcher les plateformes de collecter des données sensibles sur les enfants, restreindre l’utilisation de fonctionnalités telles que les notifications push, la lecture automatique, et le défilement infini. Les entreprises doivent être tenues de partager toutes leurs données sur les effets sur la santé avec des scientifiques indépendants et le public. « Pourquoi avons-nous échoué à répondre aux dangers des réseaux sociaux alors qu’ils ne sont ni moins urgents ni moins répandus que ceux posés par des voitures, des avions ou des aliments dangereux ? », interroge Vivek Murthy. «Ces dangers ne sont pas un échec de volonté et de parentalité : ils sont la conséquence de la libération de technologies puissantes sans mesures de sécurité adéquates, sans transparence, ni responsabilité ». Le commissaire européen Thierry Breton a justement rappelé sur Twitter au mois d'avril un message important : « Nos enfants ne sont pas les cobayes des réseaux sociaux ».
Prendre des mesures à l'échelle individuelle
À titre individuel, il est aussi nécessaire de prévoir des « zones sans technologie ». Dans les Cévennes, des collégiens addicts aux réseaux sociaux ont passé ainsi quatre jours à randonner sans smartphone, rapporte Le Monde. L'objectif : les aider à se déconnecter des écrans, avec pour seuls réseaux sociaux... des ânes.
Bardella adulé sur TikTok, la gauche contre-attaque (Mediapart)
Législatives 2024 : comment les médias de Vincent Bolloré orchestrent l’alliance du RN et de la droite (Le Monde)
Le Rassemblement National déclare qu'il privatiserait la télévision publique française s'il obtient la majorité (The Guardian)
Davantage « d’éditorialistes de droite et droite + » : la consigne de BFMTV à ses programmateurs (Mediapart)
La famille Arnault s’invite dans le capital de Webedia (CB News)
Burkina Faso : la chaîne d’information TV5Monde suspendue pour six mois (Le Monde)
La France se place en tête du financement de l’IA générative en Europe (TechCrunch)
Radio : l’Arcom fixe l’objectif de basculer au tout-numérique en 2033 (The Media Leader)
3 CHIFFRES
La NBC a acquis les droits de diffusion des JO jusqu’en 2032 contre 7,8 milliards de dollars, selon Variety.
Cafeyn devient le principal acteur des kiosques numériques français en rachetant pour 4,5 millions d’euros son concurrent principal, Toutabo/ePresse, selon la Correspondance de la Presse.
Facebook est le réseau social le plus utilisé par 67 % des Français, suivi d'Instagram selon YouGov.
Lors de la Worldwide Developers Conference (WWDC) d'Apple le 10 juin 2024, Apple a fait sensation avec l'annonce du lancement de « Apple Intelligence ». Cet événement marque un tournant majeur dans la stratégie technologique de l'entreprise, qui intègre désormais l'intelligence artificielle générative dans ses produits phares tels que l'iPhone, l'iPad et le Mac. Il était temps – ce n’est pas pour rien que l’année dernière, Wired titrait « Apple Ghosts the Generative AI Revolution ». L’une des f
Lors de la Worldwide Developers Conference (WWDC) d'Apple le 10 juin 2024, Apple a fait sensation avec l'annonce du lancement de « Apple Intelligence ». Cet événement marque un tournant majeur dans la stratégie technologique de l'entreprise, qui intègre désormais l'intelligence artificielle générative dans ses produits phares tels que l'iPhone, l'iPad et le Mac. Il était temps – ce n’est pas pour rien que l’année dernière, Wired titrait « Apple Ghosts the Generative AI Revolution ». L’une des fonctionnalités phares ? L’intégration de ChatGPT dans les produits Apple. Tim Cook, le CEO d'Apple, a déclaré : « Apple va transformer ce que les utilisateurs peuvent faire avec nos produits, et ce que nos produits peuvent faire pour nos utilisateurs ». Mais alors, est-ce vraiment si révolutionnaire ?
Enjeux Économiques
Apple a conclu un partenariat stratégique avec OpenAI pour intégrer ChatGPT dans ses programmes d'IA. Cette alliance permet à Apple d'améliorer significativement les capacités de Siri, rendant l'assistant vocal plus conversationnel et capable de traiter des requêtes complexes. L'objectif est de proposer une expérience utilisateur plus fluide et intuitive, ce qui pourrait renforcer la fidélité des utilisateurs et attirer de nouveaux clients.
Aucun des deux acteurs n’a reçu d’argent dans l’affaire. Pourtant, le partenariat offre des avantages économiques importants pour les deux entreprises. Pour Apple, cela signifie une amélioration de ses produits sans coûts initiaux élevés. Pour OpenAI, l'accès direct à plus d'un milliard d'utilisateurs Apple constitue une opportunité commerciale majeure. Ces derniers auront accès à ChatGPT gratuitement, mais l’entreprise espère bien les convertir en abonnés payants pour ses services premiums.
Si quelqu'un s'est opposé à cette collaboration, c'est bien Elon Musk. L'entrepreneur a menacé de bannir les produits Apple de ses entreprises si l'intégration d'OpenAI devenait trop intrusive : « Si Apple intégrait OpenAI au niveau du système d'exploitation, alors les appareils Apple seraient interdits dans toutes mes entreprises », a-t-il déclaré sur X. Selon Forbes, cette collaboration déplairait à Elon Musk car elle irait à l'encontre de ses intérêts personnels : « Étant donné le partenariat déjà profond d'Apple avec Google, qui implique l'offre exclusive de son moteur de recherche, il est logique que le prochain partenariat en matière d'IA soit avec Google et son moteur d'IA Gemini Gen. », explique le média.
Impact sur les Utilisateurs
La promesse d’Apple est de transformer l’expérience utilisateur grâce à l'intégration de l'IA générative dans ses produits. Siri, désormais alimenté par ChatGPT, pourra répondre à des requêtes plus nuancées et complexes, facilitant ainsi une interaction plus naturelle et efficace avec les appareils. La question de la protection de la vie privée peut alors se poser ? Les données des utilisateurs seront-elles partagées à OpenAI ? Apple affirme que les utilisateurs devront approuver l’envoi à ChatGPT d’une question, d’un document ou d’une photo pour que l’IA s’active. L’entreprise aurait aussi obtenu d'OpenAI qu'il accepte de ne pas enregistrer les requêtes de ses clients sans demander la permission, protégeant ainsi leur vie privée.
Les nouvelles fonctionnalités d'Apple Intelligence, comme la transcription et le résumé de contenus audio dans Notes et Téléphone, ainsi que la recherche avancée dans Photos, offrent une praticité accrue dans la gestion des informations personnelles. Ces innovations visent à rendre la technologie plus accessible et utile au quotidien, répondant mieux aux besoins individuels des utilisateurs.
Fonctionnalités Phares
Outils d'Écriture : Avec iOS 18, iPadOS 18 et macOS Sequoia, les utilisateurs peuvent réécrire, réviser et résumer des textes dans diverses applications comme Mail, Notes et Pages.
Notifications Prioritaires : Les notifications les plus importantes sont mises en avant pour une gestion plus efficace.
Transcription Audio : Les utilisateurs peuvent enregistrer, transcrire et résumer des contenus audios dans les apps Notes et Téléphone.
Image Playground : Création rapide d'images amusantes avec des styles variés tels que Animation, Illustration et Sketch.
Recherche Avancée dans Photos : Trouver des photos en les décrivant verbalement, facilitant ainsi la navigation dans les albums.
Intégration de ChatGPT avec Siri : Siri peut utiliser les connaissances de ChatGPT avec l'approbation de l'utilisateur pour des réponses plus précises et informées.
Apple Intelligence marque une étape importante dans l'évolution technologique de l'entreprise. On peut toutefois se poser des questions sur l’utilité réelle de toutes ses fonctionnalités. TechTrash souligne avec ironie : « tout un tas d’astuces pour résoudre les grands problèmes existentiels de nos vies ». La véritable révolution numérique est-elle vraiment pour aujourd'hui ?
CETTE SEMAINE EN FRANCE
TF1 et M6 sous la menace d’un big bang dans le PAF (Agefi)
Françoise Joly, directrice de l’information de TV5Monde, convoquée à un entretien préalable à son licenciement (Le Monde)
Le journal « Sud Ouest » en grève reconductible contre un plan social (Le Monde)
RSF annonce le décès à 53 ans de son directeur général, Christophe Deloire (Le Figaro)
Comment le Rassemblement national a su tirer profit de TikTok (Télérama)
CMI, Libé, Editis… les multiples casquettes de Denis Olivennes lui rapportent gros (l’Informé)
Audiovisuel public : l’indépendance budgétaire menacée (Le Monde)
Le média Madmoizelle envisage de licencier l'intégralité de ses journalistes (La Lettre)
L’internet, cet océan de connaissances en perpétuelle expansion, est-il en train de se vider de son contenu ? Selon une récente étude du Pew Research Center, de vastes pans de ce réservoir numérique sont en train de disparaître, défiant l’idée que le web est une archive immuable, au moment même où les IA génératives ingurgitent à toute vitesse ce qui en reste pour générer un nouvel Internet.
Le contenu disparaît sous nos yeux
L’étude révèle ainsi des statistiques alarmantes : 38% des pages exis
L’internet, cet océan de connaissances en perpétuelle expansion, est-il en train de se vider de son contenu ?Selon une récente étude du Pew Research Center, de vastes pans de ce réservoir numérique sont en train de disparaître, défiant l’idée que le web est une archive immuable, au moment même où les IA génératives ingurgitent à toute vitesse ce qui en reste pour générer un nouvel Internet.
Le contenu disparaît sous nos yeux
L’étude révèle ainsi des statistiques alarmantes : 38% des pages existantes en 2013 ne sont plus accessibles dix ans plus tard. Même les pages les plus récentes ne sont pas à l’abri de cette tendance, avec 8% des pages existant en 2023 ayant déjà disparu. Cette « dégradation numérique » touche toutes les sphères, des sites gouvernementaux aux médias, en passant par Wikipédia. 23% des pages d’actualités contiennent au moins un lien « brisé ».
En Chine, la situation est critique. Presque toutes les infos publiées sur les portails d’info chinois, les blogs, les forums entre 1995 et 2005 ne seraient plus disponibles, rapporte le New York Times. La journaliste Li Yuan se souvient des « excellentes couvertures médiatiques » du grand tremblement de terre du Sichuan le 12 mai 2008, qui a fait plus de 69 000 morts, une époque où « les journalistes avaient plus de liberté que ne le permettrait généralement le Parti communiste ». Elle ne retrouvé aujourd'hui aucun de ces articles.
Pourquoi ce fossé qui se creuse ?
Il est d’abord techniquement difficile et coûteux pour les sites web d’archiver du contenu plus ancien, et pas seulement en Chine. Certains sites sacrifient ainsi du matériel ancien sur l’autel de Google, pour améliorer leur référencement. Le moteur de recherche, privilégiant les sites web à chargement rapide. Pour qu’un site soit plus rapide, il suffit donc de se débarrasser de sa substantifique moelle. « Si certains comprennent ce compromis – qui n’a jamais été agacé par la vitesse de chargement d’un site ? – en revanche, la raison de visiter un site web n’est sûrement pas la bannière pop-up, la demande d’envoi d’alertes, la vidéo qui se lance automatiquement, la multitude de publicités cliquables vous invitant à voir à quoi ressemble une femme qui avait 18 ans et qui en a maintenant 50, réagissait déjà en 2022 l’écrivain Simon Brew, au lieu de réduire tout cela,ce sont les archives qui sont rationnalisées et épurées...».
En Chine, la raison de cet effacement du web est aussi d’ordre politique. Le Parti communiste tient à maintenir à tout prix une pureté politique et une culture « harmonisée » du cyberespace chinois. Les entreprises internet ont ainsi plus d’incitation à la « sur-censure ».
Capture d'écran du site Unofficial Archives
Des actions de résistance
Face à cette menace croissante, des efforts sont déployés pour préserver le contenu en ligne. Des sites comme archive.org, un lieu d’archivages des sites internet, offrent une bouée de sauvetage pour le matériel menacé. En Chine, le journaliste Ian Johnson a fondé le site web Unofficial Archives, qui cherche à préserver les blogs, les films et les documents en dehors de l’internet chinois. Cependant, ces efforts restent marginaux par rapport à la masse de données effacées quotidiennement.
Cette érosion rend internet moins reconnaissable, un espace qui « n’est plus pour les humains, par les humains », ont récemment alerté les universitaires Jake Renzella et Vlada Rozova sur The Conversation. Les interactions en ligne deviennent dès lors de plus en plus « artificielles » à mesure que l'intelligence artificielle et le contenu généré par des algorithmes gagnent en importance.
CETTE SEMAINE EN FRANCE
Des fausses nouvelles et des vidéos cherchent à saper les Jeux olympiques de Paris (New York Times)
La Russie vise les Jeux olympiques de Paris avec une fausse vidéo de Tom Cruise (The Guardian)
Grève de vingt-quatre heures au sein de l’Agence France-Presse jeudi, au sujet du statut des journalistes hors de France (Le Monde)
Plus d’un million d’euros ont été récoltés suite à la mobilisation Twitch “Streamers 4 Palestinians” (Ouest France)
Comment se débarrasser de sa peur des nouvelles technologies ? Fatie Toko, directrice de l’innovation du groupe La Poste, propose quelques pistes éclairées dans son essai « techno-optimiste » : Et si la tech pouvait sauver le monde ?
Propos recueillis par Alexandra Klinnik du MediaLab de l'Information de France Télévisions
La société, totalement pervertie par les nouvelles technologies ? « Nos ados sont toujours plus affectés par un chagrin d’amour que par un sevrage temporaire de leur smartphon
Comment se débarrasser de sa peur des nouvelles technologies ? Fatie Toko, directrice de l’innovation du groupe La Poste, propose quelques pistes éclairées dans son essai « techno-optimiste » : Et si la tech pouvait sauver le monde ?
Propos recueillis par Alexandra Klinnik du MediaLab de l'Information de France Télévisions
La société, totalement pervertie par les nouvelles technologies ? « Nos ados sont toujours plus affectés par un chagrin d’amour que par un sevrage temporaire de leur smartphone », nuance Fatie Toko. La directrice de l’innovation du groupe de la Poste veut croire au bien-fondé et aux effets positifs de la tech sur la société. Dans son essai Et si la tech pouvait sauver le monde ?, la franco-ivoirienne choisit de voir « le remède, pas le poison » et fustige les « discours alarmistes de certains médias ». La nouvelle vague d’innovations technologies offre un immense potentiel pour résoudre les crises à venir, assure-t-elle. Celle qui livre un récit « techno-optimiste » mais pas « techno-naïf » déroule les raisons de se réjouir : des plateformes pour accélérer le développement économique durable et la sécurité alimentaire dans les pays à faibles revenus, des capacités d’analyses d’images satellitaires et de données géographiques pour réduire la pollution, la vision par ordinateur pour protéger les écosystèmes terrestres et marins… Entretien sur les initiatives et les défis à venir du monde de la tech.
Que reprochez-vous à la couverture tech des médias ?
Les médias ont un biais négatif général sur les nouvelles technologies. Ils ont tendance à faire appel à des experts, qui complexifient des sujets déjà difficiles à appréhender pour le grand public. Je regrette ce manque de vulgarisation. Les questions posées sont souvent alarmistes : « est-ce qu’il va y avoir des robots tueurs ? », « L’IA va-t-elle nous remplacer ? ». Cette approche détourne l’attention des questions essentielles telles que la manière de s’informer, de se protéger, de tirer profit des nouvelles technologies. La peur n’est pas une fatalité, ni une nécessité absolue. Dans mon travail, je m’intéresse notamment aux initiatives émergentes en Afrique et je refuse de céder à la peur qui entoure souvent les avancées technologiques. Il existe de nombreuses initiatives, tant au niveau de politiques publiques que dans le domaine scientifique, visant à promouvoir des technologies plus éthiques, responsables et durables. Mon livre vise à mettre en lumière ces aspects positifs souvent méconnus et présenter une vision équilibrée des nouvelles technologies.
Quelles initiatives vous incitent à être aussi optimiste ?
Des initiatives émergent en matière de santé, d’environnement, de lutte contre les vulnérabilités et l’éducation. J’ai ainsi découvert des couveuses connectées au Cameroun qui permettent de mettre des sondes et des caméras dans les cabines des prématurés pour surveiller les signaux vitaux et la température à l’intérieur. De nombreuses solutions technologiques, des caméras par vision par ordinateur, nous permettent de voir comment les animaux réagissent aux aléas climatiques. Dans le domaine de la santé, le recours à l’intelligence artificielle, l’analyse et la visualisation des données, la réalité augmentée et immersive, permet par exemple de voir l’environnement du « bloc » à travers les yeux d’un chirurgien qui opère. Il s’agit d’une plateforme médicale tout-en-un unique, conçue pour couvrir l’ensemble du cycle d’une intervention. Cette solution peut être une assistance vitale dans la médecine humanitaire et notamment les premiers actes de secours des civils en temps de guerre.
Si vous évoquez les raisons d’être optimiste, vous mentionnez également les défis à venir. Vous écrivez notamment que la menace la plus importante pour l’État est celle constituée par la concentration inédite des géants du numérique. « Les GAFAM risquent de devenir des véritables États plateformes qui portent atteinte à la souveraineté des nations ». Mais n’est-ce pas déjà le cas ?
En effet. Elles sont les plus grandes bénéficiaires de la mondialisation. Elles se moquent des lois, car les outils de régulation ne peuvent pas les soumettre. Les problèmes actuels ne sont pas uniquement dus à la technologie, mais aussi à des questions de régulation et d’idéologie favorables à certaines puissances économiques. Les géants du numérique ne sont pas surpuissants juste parce qu’ils exploitent les données, mais aussi parce qu’ils bénéficient d’un environnement mondialisé et de politiques qui les favorisent. Il est crucial de mettre en place des normes mondiales pour protéger les citoyens contre les risques liés à la cybersécurité et à la manipulation de l’information. Cela nécessite une collaboration internationale pour établir une base éthique et réglementaire solide afin de protéger les individus et les consommateurs.
La régulation de l’IA par exemple est devenue un énorme défi pour le législateur. Dans son livre que vous citez « Les algorithmes font-ils la loi ? », Aurélie Jean explique que « la réflexion et la conception de lois pour l’encadrement des algorithmes sont fortement impactés par la discipline elle-même. Intangible, complexe et en perpétuelle évolution, elle impose son rythme avec un certain flou artistique sur sa compréhension chez les acteurs de la loi voire les lobbystes eux-mêmes ». Et souligne le manque de formation des élites et du personnel politique…
La compréhension de ces questions est extrêmement complexe pour ceux qui ne sont pas des data scientistes. Le personnel politique ne possède pas nécessairement les compétences scientifiques requises pour appréhender la complexité de l’intelligence artificielle. L’IA pose un défi en raison de sa complexité multidisciplinaire et de sa convergence de domaines. On est tous fragile face à cette révolution technologique, car elle est difficile à lire.
Vous expliquez que l’Afrique devient le nouveau terrain de jeu des GAFAM.
Le contexte de régulation est très peu contraignant dans ces régions. Cette absence de règles facilite l’adoption de technologies nouvelles. Contrairement à d’autres régions où chaque innovation suscite un débat et des craintes, en Afrique, l’adoption est rapide et sans préambule. Si une technologie démontre son utilité, elle est immédiatement intégrée et déployée. Il n’y a pas ce débat d’experts qui précède l’usage. Sous couvert de philanthropie et au nom de la connectivité, des entreprises installent des centres de données et des laboratoires d’expérimentation sur le continent. La jeunesse de la population et l’absence de régulation offrent un terrain propice à ces essais à grande échelle, à l’instar de Google qui a établi en 2019 son centre de recherche en intelligence artificielle à Accra (Ghana) et installé à Lomé (Togo) en 2022 un câble internet sous-marin dans le cadre de son projet d’infrastructure réseau pour relier l’Afrique à l’Europe. Ces initiatives amplifient les risques en termes de protection de données et de dépendance économique et infrastructurelle.
Comment adopter une relation plus sereine avec les nouvelles technologies ?
Il est essentiel de ne pas les craindre. Il faut commencer par chercher à comprendre. Les technologies offrent cet avantage : l’information est accessible à tous. Je mentionne Objectif IA, une formation accessible en ligne pour tous les Français, qui sensibilise et explique l’intelligence artificielle dans notre quotidien, tout en prodiguant des conseils sur l’hygiène numérique et le consentement éclairé. Il s’agit de s’informer encore et toujours. Il est crucial de réfléchir à l’usage que l’on en fait. Prenez l’exemple de ChatGPT : je l’utilise pour gagner du temps dans l’organisation de mes cours, la préparation du matériel pédagogique, la rédaction de scénarios, etc. Enfin un mot pour les jeunes : soyons modestes et tolérants envers la jeunesse. Arrêtons, nous les adultes, d’être nostalgique. Ce ne sont pas eux qui ont l’utilisation la plus compulsive de leurs écrans. Notre devoir est de les guider vers une utilisation intelligente. Le consentement est un aspect souvent négligé : nous devons accompagner les jeunes en leur posant des questions sur les implications de leurs actions en ligne, sur les coûts, les impacts. Trop souvent, nous les culpabilisons. C’est contre-productif et encourage même les jeunes à dissimuler leurs activités numériques à leurs parents, plutôt que d’en parler ouvertement. Cela les pousse à se replier dans un monde virtuel, coupés de la réalité, plutôt que d’engager des conversations sur une utilisation raisonnée des technologies.
La capitale des Lumières serait-elle en train de se transformer en « capitale de l'intelligence artificielle » ? C'est ce qu'a affirmé le président Emmanuel Macron mardi, lors d'une rencontre avec les leaders du secteur. Ce grand discours intervient la veille de l’ouverture de VivaTech, plus grand salon européen consacré aux nouvelles technologies.
Par Aude Nevo et Alexandra Klinnik du MediaLab de l'Information de France Télévisions
A défaut de voir les stars du cinéma à Cannes, ce sont bien le
La capitale des Lumières serait-elle en train de se transformer en « capitale de l'intelligence artificielle » ? C'est ce qu'a affirmé le président Emmanuel Macron mardi, lors d'une rencontre avec les leaders du secteur. Ce grand discours intervient la veille de l’ouverture de VivaTech, plus grand salon européen consacré aux nouvelles technologies.
Par Aude Nevo et Alexandra Klinnik du MediaLab de l'Information de France Télévisions
A défaut de voir les stars du cinéma à Cannes, ce sont bien les stars de l’IA qui ont défilé au salon VivaTech. Parmi elles, Dario Amodei, co-fondateur de l'entreprise américaine d'intelligence artificielle Anthropic, Arthur Mensch, patron et co-fondateur de la startup française Mistral AI, Yann Le Cun, directeur du laboratoire de recherche sur l'intelligence artificielle du groupe Meta, et le controversé patron de X, Elon Musk, qui a fait une apparition en visioconférence, devant ses adorateurs. Mais VivaTech, c’est avant tout une place de marché. Derrière chaque robot, chaque voiture, chaque casque de réalité virtuelle, se profile un entrepreneur en quête de financements. Cette année, l'IA a dominé presque toutes les discussions. Le monopole de la Chine et des États-Unis a été largement débattu, alimentant la crainte des Européens de manquer le coche. Un fossé s’est creusé entre la grande majorité, désireuse d'innover toujours plus rapidement, et ceux, plus prudents, qui appellent d'abord à la régulation. Résumé des points clés.
Le journalisme, grand absent ?
À VivaTech, temple du business et de la start-up nation, le journalisme est rarement à l'honneur. Organisée par Publicis et Les Échos, cette grand- messe des « technolâtres » ouvre grand ses portes à ses invités, qu'importe leur pedigree, pourvu qu'ils exercent une influence économique notable. Cela est particulièrement vrai lorsqu'il s'agit d'Elon Musk. En terrain conquis, le magnat des affaires libertarien est intervenu à distance devant un public en extase, réuni dans le Dôme de la Porte de Versailles.
Maurice Lévy, président de VivaTech et Elon Musk, à distance.
Si l’on se réfère au titre original de la conférence, « Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur Elon Musk (sans oser le demander) », clin d’œil (daté?) au film de Woody Allen, la session promettait d’être franche et directe. La salle avait été assurée de pouvoir poser ses questions (« en 15 secondes top chrono »), l'orateur se revendiquant comme un ardent défenseur de la liberté d'expression. Si le milliardaire s’est plié de bonne grâce aux questions conventionnelles et admiratives de ses fans survoltés (telles que « Quelle est votre plus grande peur ? », « L’IA », « Votre plus grand espoir ? » — « Mars »), il a fait preuve de grossièreté face à la seule interrogation critique de la session. Lorsqu'une journaliste de Business Insider a soulevé les problèmes rencontrés par Tesla, « qui traverse une période tumultueuse avec des ventes en baisse, une chute en bourse et des licenciements », il a préféré l'humilier directement : « Passons à la question suivante, car je ne pense pas que Business Insider soit une publication sérieuse », suscitant les rires moqueurs de ses partisans. Un véritable « bad boy » dans la cour d'école, affichant ouvertement son mépris pour les médias qui ne pensent qu'au « nombre de clics ». En maître de cérémonie, Maurice Lévy, président de VivaTech, n’a pas levé un sourcil mais a préféré remercier mille fois son hôte de marque, de faire « l’honneur de sa présence »… dans un événement également organisé par un média, les Échos !
Dans cet exercice très cadré, il a été beaucoup question d’intelligence artificielle, “star du show Vivatech”. En début de semaine, Elon Musk a annoncé déployer son service d’intelligence artificielle, Grok, développé par sa start-up (xAI) en Europe à tous les utilisateurs ayant un abonnement X Premium. “Grok sera le robot d’IA le plus drôle possible, car “si on doit tous mourir un jour, autant mourir en riant”. Pour lui, les algorithmes de Google, d’OpenAI et de Microsoft ne sont pas efficaces : “Mon inquiétude, c’est qu’ils font du politiquement correct, c’est dangereux. Le mieux pour l’IA ? C’est de penser par elle-même, d’être curieuse, c’est ce qui sera le mieux pour l’humanité. Ces IA ont été entraînées pour mentir. Demandez à ChatGPT de vous générer une image de Waffen-SS, il en créera une d’un groupe de femmes issues de la diversité. Ce n’est pas la vérité”.
La Chine, un concurrent de taille dans la course à l’IA
Comme chaque année, un panel d’intervenants venant de toute part a pris la parole lors des conférences. Robin Li, cofondateur et directeur général de Baidu, le moteur de recherche chinois a évoqué ses projets en matière d’IA dans la conférence « AI View from China ».
Robin Li, cofondateur et directeur général de Baidu, et Maurice Levy, président du conseil de surveillance de Publicis Groupe.
Les points clés
Le Google chinois est l'un des acteurs du pays les plus avancés dans l'IA. Là où la concurrence veut trouver le modèle de langage le plus performant, Baidu cherche la « super app » qui révolutionnera le secteur : « Aux États-Unis et en Europe, tout le monde se concentre sur la mise au point du modèle de fondation le plus avant-gardiste. Mais en Chine, les gens se demandent de plus en plus quelle sera l'application qui fera la différence à l'ère de l'IA » explique Robin Li. Sans le citer, il est possible que l’homme d’affaire fasse référence au succès de WeChat, messagerie largement déployée en Chine dont le succès pourrait l’avoir inspiré. Selon lui, une approche axée sur les applications peut « accélérer la transformation de l'ère de l'internet à l'ère de l'IA ». Cette super-app prendra-t-elle la forme d’un chatbot ?
Ernie, l’équivalent chinois de ChatGPT, a été lancé par Baidu en mars 2023. Peu connu en Europe, il est pourtant largement implanté en Chine et compte aujourd'hui 200 millions d'utilisateurs. Pour Robin Li, l’enjeu est de créer le meilleur modèle possible sur le territoire chinois : « Nous ne sommes pas aussi bon qu'OpenAI en anglais. Mais nous surpassons ChatGPT4 en chinois car Baidu est principalement entrainé avec des données chinoises ». Selon lui,« les européens devraient travailler sur des données dans leur propre langage pour espérer devenir des forces dominantes de l’IA ». Si Mistral Large, le LLM (large language model), de la startup française est par exemple entraîné en parti sur des données françaises, la proportion n’a pas été communiquée.
Pour entraîner un LLM, il faut une quantité immense de données. Pour Robin Li, ce n'est pas tant l'accès à ces données qui pose problème, mais leur traitement. Cela requiert de nombreux ingénieurs, une ressource parfois insuffisante.
L’entrepreneur a également fait part de ses réserves quant à l’arrivée prochaine d’une intelligence artificielle qui puisse surpasser l’esprit humain. Selon lui, les « AGI » (artificial general intelligence) ne sont pas prêtes d’arriver sur le marché. « Nombreux sont ceux qui spéculent sur l'arrivée de l'AGI, avançant des délais de deux à cinq ans. Pour ma part, je pense que cette technologie ne sera pas disponible avant au moins une décennie » a-t-il affirmé.
Accélérer à tout prix : c'est le vœu de Robin Li. Interrogé sur ses plus grandes craintes pour l'avenir, il répond : « Tout le monde est surpris par la vitesse à laquelle la technologie a progressé ces deux dernières années, mais pour moi, ce n'est pas encore assez rapide. C'est trop lent ».
Cette pensée est pourtant en adéquation avec plusieurs autres intervenants du salon, qui semblent oublier le chaos potentiel d’un manque de régulation de l’IA en termes de discrimination, de propriété intellectuelle, et de désinformation. Bruno le Maire, lors de sa visite surprise afin de remplacer Emmanuel Macron en visite en Nouvelle-Calédonie a affirmé :« l’Europe doit retrouver le goût du risque afin de créer l’IA française et européenne dont nous avons besoin pour notre économie ».
« Ne travaillez pas sur les LLM's, ils sont entre les mains des grandes entreprises ».
Madhumita Murgia, rédactrice IA en chef chez FT et Yann LeCun VP & Chief AI Scientist chez Meta.
Les points clés
Lors de son intervention, Yann LeCun, VP & Chief AI Scientist chez Meta, a souhaité s’adresser aux étudiants.« Ne travaillez pas sur les LLM's, ils sont entre les mains des grandes entreprises. Il n'y a rien que l'on puisse mettre sur la table, vous devriez travailler sur la prochaine génération d’IA ».
Le « baron du deeplearning » comme il se fait appeler, a également déclaré que les LLM ont une maîtrise limitée de la logique et n'atteindront pas le niveau d'intelligence humaine :« L’intelligence n'est pas une échelle linéaire. Il existe un écart entre l'intelligence que nous pouvons reproduire et l'intelligence humaine ».« Les machines ne comprennent pas le monde réel et n'ont pas de mémoire persistante » poursuit-il.
Les entreprises sont de plus en plus réticentes à l’idée de partager leurs modèles en open source à cause de la concurrence :« Au cours des douze dernières années, la communauté s'est considérablement ouverte. OpenAI faisait de la recherche open source, ce qui a contribué aux avancées très rapides de l’IA. Maintenant, des intérêts commerciaux émergent. OpenAI n'est plus du tout ouvert, et Google de moins en moins. Ce changement de paradigme est très mauvais pour l’industrie ».
Les applications les plus prometteuses de l'IA ne se trouvent pas chez Méta, mais au sein des start-ups qui développent des systèmes dans des langages peu exploités par l'IA.« Avoir une IA qui communique dans leur propre dialecte offre un accès technologique à des personnes qui en sont actuellement privées », souligne Yann LeCun. À titre d'exemple, il évoque une initiative d'une start-up sénégalaise utilisant un modèle open source pour fournir des informations médicales en français et en Wolof, les deux langues locales du pays. Cette solution facilite l'accès aux soins dans un contexte où consulter un médecin est souvent difficile.
Pourquoi les talents ne restent-ils pas en Europe ?« Les futurs chercheurs vont là où ils auront le plus d’impact et le plus de chances de réussir » explique Yann LeCun. Selon lui, « le faible salaire dans la recherche scientifique publique »est l’une des raisons qui poussent les nouveaux acteurs du secteur à claquer la porte.
L’enjeu est de taille pour le président français Emmanuel Macron. S’il n’a pas abordé la question des salaires des chercheurs à l'Élysée lors de son discours sur l'IA du mardi 21 mai, il aannoncé des mesures ambitieuses visant à accroître le nombre de professionnels formés dans ce domaine. Son plan prévoit de passer de 40 000 à 100 000 professionnels formés par an, et un investissement supplémentaire de 400 millions d'euros dans les neuf clusters d'IA français, reconnus comme des centres d'excellence universitaire.
If you are a student interested in building the next generation of AI systems, don't work on LLMs https://t.co/H1qX3gClEu
Bruno le Maire lors de son intervention sur les femmes dans le secteur de la tech.
Les points clés
Les grandes absentes du salon, ce sont les femmes. Valérie Pécresse, présente ce mercredi a déploré ce manque de représentation :« Nous avons besoin de reconvertir beaucoup de Franciliens qui pensent que la tech n’est pas pour eux. Parallèlement, je constate en déambulant dans les stands que les femmes ne sont pas suffisamment représentées ».
De son côté lors de son intervention, Bruno Le Maire a promis qu’il était temps de« mettre des quotas dans les classes préparatoires ».
Ce constat est également partagé par Béatrice Kosowski, Présidente IBM France, lors de la conférence « From Regulator to Innovator: European AI and Sovereignty ». Selon elle, 85 000 postes seraient vacants dans le secteur du numérique. Il y a donc urgence à former des jeunes dans ce domaine, en mettant l'accent sur la parité, car « autrement, les outputs de l’IA seront biaisés ». Elle souligne que les femmes ne représentent que 32% des effectifs dans les métiers de la tech en Europe, et environ 20% en France.
Ce manque de représentation avaitété reproché à OpenAI en décembre dernier, lorsque son nouveau conseil d’administration avait évincé toute présence féminine pour devenir le club des “Big Tech Boys”. Parmi les 702 (sur 750) employés qui avaient signé la lettre demandant le retour de Sam Altman après son éviction,plus de 75% étaient des hommes.
Les chiffres montrent également un écart de confiance entre hommes et femmes concernant la conduite de projets liés à l’IA. 26% des femmes se disent confiantes, contre 49% des hommes. En cause ? les représentations sociales et les stéréotypes de genre qui pèsent sur l’orientation et l’auto-censure des femmes (syndrome de l’imposteur).
Les « musk-see » du salon
Si la présence (à distance) d’Elon Musk, a fait jaser la « techosphère », certaines innovations ont également fait entendre parler d’elles. Tour d’horizon de ces gadgets plus ou moins utiles.
Le secteur de la santé est à l’honneur cette année. La startup SquareMind propose par exemple une technologie pour aider les dermatologues dans le dépistage des cancers de la peau. Ce dispositif automatisé numérise l'intégralité de la peau du patient en très haute résolution à l’aide d’un bras mécanique. « Grâce à l'intelligence artificielle, il peut signaler l'apparition de nouveaux grains de beauté entre deux visites » explique son co-fondateur Ali Khachlouf. Autre démonstration qui a suscité l’émerveillement du public : un fauteuil roulant développé par la startup suisse Scewo qui peut monter et descendre des escaliers en toute sécurité.
Mais notre coup de cœur est sans nul doute Buddy, un petit robot à l’allure « kawai » dont le but est d’aider les enfants sur le spectre autistique dans leur apprentissage. Fabriqué par la société française Blue Frog Robotics et désigné en France comme « robot for good », Buddy a été approuvé par le ministère de l’Éducation nationale. Présenté comme « un compagnon émotionnel avec qui l’enfant pourra nouer un lien social », Buddy permet aux petits d’interagir avec un avatar ayant des traits humains (deux yeux, une bouche) sans le stress que pourrait générer une interaction réelle. « Buddy permet de simuler certains codes sociaux mais n'a aucune conscience de ce qu’il est », souligne un développeur présent au stand. Un autre projet en cours vise à utiliser Buddy pour réinclure en classe les enfants en situation d’exclusion. L’initiative née sous l’impulsion de la Fondation des hôpitaux de France présidée par Brigitte Macron a été lancée auprès de 2000 enfants malades. À l’aide d’une tablette disponible dans leur chambre d’hôpital, les jeunes patients peuvent contrôler le petit robot à distance, parler à travers lui, entendre le professeur et répondre aux questions. Des tests sont en cours pour mesurer les impacts socio-psychologiques du dispositif sur les patients. Si les résultats sont positifs, Buddy pourrait être déployé à plus grande échelle. Toutefois, on peut se questionner sur le coût d’un tel programme et son déploiement réel par la suite. L’éducation nationale étant déjà en proie à des restrictions budgétaires, qui financera ces Buddy dans nos écoles ?
Évidemment, certaines innovations auraient pu rester au stade de l’idée. Par exemple, SmartGolf est un fournisseur de services de golf nouvelle génération, qui propose une analyse du swing et un coaching par l'IA sans balle. Le but ? Pouvoir faire du golf directement de chez soi. Pratique lorsque l’on n’a pas de terrain à proximité. Un gadget qui n’est pas sans rappeler wii sport, disponible pour la modique somme de 450 dollars. Mais le plaisir du golf ne réside-t-il pas dans le fait de taper la balle ? Du côté automobile, comme chaque année, de nombreux modèles de voitures aux designs toujours plus futuristes se sont fait concurrence. Une dizaine de constructeurs étaient présents, avec des promesses marketing plus ou moins similaires, englobant IA, énergie verte, pilotage automatique etc. Parmi eux, le cybertruck de Tesla s’est fait remarquer par ses dimensions hors norme : 5,69 mètres de longueur sur 2,4 mètres de largeur pour 3 tonnes. Non commercialisé en France (et pas prêt de l’être), le pick-up en acier inoxydable est disponible aux Etats-Unis pour environ 100 mille dollars.
Airbus a également présenté ses innovations les plus ambitieuses à VivaTech. Le cheval de bataille du géant de l'aérospatiale ? Permettre aux avions de se déplacer en totale autonomie dans les aéroports. Le projet intègre des technologies telles que l'automatisation avancée, la vision par ordinateur, et l'apprentissage automatique. Une menace pour la sécurité selon certains syndicats de pilotes. Pour minimiser l'empreinte carbone de ses essais, Airbus utilisera un camion électrique, le « Air-truck » qui reproduit les fonctions d'un cockpit d'avion. Le stand proposait également d’effectuer un vol simulé au-dessus d'Osaka à bord d'un taxi aérien du futur. L’occasion de faire un parallèle avec le volocity, un taxi volant proposant une offre 100% électrique et décarbonée. Déjà présenté au salon en 2022, il devait effectuer ses premiers vols commerciaux à l'occasion des JO de Paris 2024 pour environ 250 euros. Deux ans plus tard, le taxi volant du futur sillonnera bien le ciel de Paris afin de profiter de la vitrine médiatique des Jeux Olympiques, mais sans client !
En conclusion, la transformation de Paris en une "capitale de l'intelligence artificielle" semble bien en marche, soutenue par les ambitions du président Emmanuel Macron et l'engouement généré par le salon VivaTech. Au-delà des innovations gadget, des exercices de com' de la part des politiques, de l'aliénation de certains tech lovers, de la recherche du business à tout prix, cet événement a rassemblé les acteurs les plus influents du secteur, témoignant de l'importance croissante de l'IA dans les discussions technologiques et économiques. Rappelons que la France accueillera, les 10 et 11 février 2025, la prochaine édition du sommet international de l'intelligence artificielle.
A chaque mois son nouvel accord entre un média et OpenAI. Le mois dernier, l’accord avec le Financial Times faisait la surprise, aujourd’hui, c’est au tour de News Corp. Que faut-il retenir ?
News Corp a annoncé dans un communiqué de presse ce jeudi 22 mai, la signature d’un partenariat historique de plusieurs années avec OpenAI. Le ton de la déclaration se veut enthousiaste : « Les entreprises unissent leurs forces pour enrichir les produits et plateformes d'IA générative d'OpenAI avec un jo
A chaque mois son nouvel accord entre un média et OpenAI. Le mois dernier, l’accord avec le Financial Times faisait la surprise, aujourd’hui, c’est au tour de News Corp. Que faut-il retenir ?
News Corp a annoncé dans un communiqué de presse ce jeudi 22 mai, la signature d’un partenariat historique de plusieurs années avec OpenAI. Le ton de la déclaration se veut enthousiaste : « Les entreprises unissent leurs forces pour enrichir les produits et plateformes d'IA générative d'OpenAI avec un journalisme de qualité ».
Les PDG de News Corp et d’OpenAI se sont tous deux félicités de cet accord : « Nous croyons qu'un accord historique établira de nouvelles normes de véracité, de vertu et de valeur à l'ère numérique » a déclaré Robert Thomson, PDG de News Corp. Sam Altman a quant à lui déclaré : « Ensemble, nous posons les bases d'un avenir où l'IA respecte profondément, améliore et soutient les normes du journalisme de classe mondiale ».
L'accord qui pourrait valoir jusqu'à 250 millions de dollars sur cinq ans, permettra à OpenAI d'accéder au contenu actuel et archivé de toutes les publications de News Corp. Il s’agit notamment du Wall Street Journal, du New York Post, du Times et du Sunday Times.
Faute d'accord global sur les droits des éditeurs, Ils sont de plus en plus nombreux à établir des accords financiers avec OpenAI. A la fin de l’année dernière, OpenAI a conclu un contrat similaire avec Axel Springer, la société mère de Business Insider et Politico. Du côté français, Ouest France et Le Monde ont également passé des accords. « Il est dans mon intérêt de trouver des accords avec tout le monde », a déclaré Louis Dreyfus, PDG du journal Le Monde, lors d'une interview. « Sans accord, elles utiliseront nos contenus de manière plus ou moins rigoureuse et plus ou moins clandestine, sans aucun bénéfice pour nous ».
Le New York Times a adopté l’approche inverse, et a porté plainte contre OpenAI en décembre dernier pour violation des droits d’auteur.
Cette série d'accords reflète le principe du « winner takes it all », où les principaux éditeurs concluent des accords avec les géants de l'IA, alors que les médias plus modestes et sans intérêt pour OpenAI, restent vulnérables au pillage de leur contenu sans compensation financière.
Toutefois, le journaliste Hamilton Nolan souligne que même les médias passant ces accords pourraient ne pas y trouver leur compte. « Les montants d'argent que les entreprises de médias obtiennent dans ces accords semblent intéressants au départ, mais ce sont des cacahuètes pour OpenAI, qui vaut probablement déjà plus de 100 milliards de dollars ». Il illustre : « C’est l'équivalent d'être satisfait de soi pour avoir gagné cinq dollars en vendant vos clés de maison à des cambrioleurs ».
CETTE SEMAINE EN FRANCE
Une dotation de 70 millions pour la formation de l'élite de l'IA en France (Les Echos)
Pourquoi des groupes médias français vont attaquer Google devant le tribunal de commerce (mindmedia)
Le groupe Lagardère annonce un protocole d'accord préliminaire en vue de céder Paris Match à LVMH (Le Figaro)
Elections européennes : une couverture médiatique en nette baisse (Libération)
Droits voisins : une première victoire en justice pour les médias et l’AFP face à X (mindmedia)
Lettre ouverte à Squeezie : “Tu as les moyens financiers et humains de sortir de ce cercle infini d’entre-soi masculin sur YouTube” (Causette)
39 % des Américains estiment qu'il est important, au moins dans une certaine mesure, que les journalistes dont ils obtiennent leurs informations partagent leurs croyances politiques, d’après Pew Research Center.
« Les robots conversationnels ont-ils franchi une nouvelle frontière cette semaine ? » Pour la communauté commentatrice de l'actualité IA, il n'y a aucun doute. Lundi et mardi, les deux géants de l’IA générative se sont affrontés en dévoilant leurs nouveautés lors de leurs conférences de presse respectives. Les objectifs des deux entreprises diffèrent légèrement. Bien que ces outils soient destinés à s’immiscer encore plus dans notre quotidien, ce ne sera sans doute pas de la même manière.
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« Les robots conversationnels ont-ils franchi une nouvelle frontière cette semaine ? » Pour la communauté commentatrice de l'actualité IA, il n'y a aucun doute. Lundi et mardi, les deux géants de l’IA générative se sont affrontés en dévoilant leurs nouveautés lors de leurs conférences de presse respectives. Les objectifs des deux entreprises diffèrent légèrement. Bien que ces outils soient destinés à s’immiscer encore plus dans notre quotidien, ce ne sera sans doute pas de la même manière.
ChatGPT veut révolutionner notre vie
De son côté, OpenAI a dévoilé lundi 13 mai la nouvelle version de son assistant : ChatGPT-4o. Et surprise, il ne s’agit pas d’un chatbot ordinaire. Son abréviation « o » provient du mot anglais « omni », c’est-à-dire multimodal en français. Il s’agit donc d’un modèle capable de traiter du texte, de l'audio et des images en temps réel.
Toutefois, il ne s’agit pas d’un nouvel outil comme Alexa ou Siri. La véritable révolution réside dans sa capacité à tenir une véritable conversation comme utiliser des onomatopées, faire des blagues, imiter une émotion (à la façon du film Her), permettre à l'utilisateur d'interrompre ou de changer totalement de sujet. « Parler à un ordinateur ne m'a jamais semblé vraiment naturel ; maintenant, c'est le cas »,s’est félicité Sam Altman, PDG d'OpenAI.
Auparavant, les assistants vocaux, y compris ChatGPT, pouvaient déjà répondre à des questions. Aujourd'hui, elle est fait en temps réel, et avec le sourire (en tout cas dans la vidéo démo).
S’il était déjà possible de prendre une photo de notre frigo avec ChatGPT4, il est désormais possible de prendre son téléphone pour filmer directement notre environnement et le montrer à l’IA. Elle comprend le contexte et peut décrire des scènes en temps réel, comme « décris-moi la ville ».
La version de ChatGPT-4o est progressivement déployée pour les utilisateurs gratuits. Toutefois, le nouveau mode vocal n’est pas encore intégré à l’application. Difficile donc de vérifier s’il est à la hauteur des promesses marketing de la start-up. Sam Altman a en effet expliqué dans un tweet : « le nouveau mode vocal n'a pas encore été livré (bien que le mode texte de GPT-4o l'ait été). Ce que vous pouvez actuellement utiliser dans l'application est l'ancienne version ».
Demain, ce sympathique assistant nous lira-t-il une sélection de news (fabriquées elles-mêmes par une IA ?)
Démonstration des capacités de ChatGPT-4o par OpenAI
Gemini 1.5 veut révolutionner notre travail
Mardi 14 mai, c’est au tour de Google de montrer une série de nouveautés au cours de sa conférence de presse. La promesse ? intégrer son IA Gemini 1.5 dans toutes ses gammes d’outils.
Cette innovation révolutionnera notre façon de travailler. Google bénéficie de l'avantage (comme Microsoft) d'avoir déjà des outils déployés dans les entreprises et sur les ordinateurs personnels. L'IA pourra analyser nos courriels et nous aider à organiser notre agenda par exemple.
À partir de cette semaine, les utilisateurs aux États-Unis découvriront les résumés par IA dans leur moteur de recherche Google au-dessus des liens vers les sites web. Une nouveauté qui risque d’accentuer encore plus les inquiétudes des éditeurs de site web (une bataille des droits voisins puissance 10 est déjà en cours).
Enfin, Google a dévoilé son projet « Astra », assistant vocal multimodal voulant faire concurrence ChatGPT-4o. Si Astra ne montre pas encore d’émotion, Google souhaite améliorer son agent dans les prochaines semaines.
Démonstration du projet Astra par Google
Révolution technologique ou simple coup de communication ?
Alors, demain, rira-t-on avec les robots pour mieux vivre avec eux, comme nous l'annonçait Laurence Devillers déjà en 2015 ? Ce qui semble être une promesse technologique révolutionnaire doit néanmoins être nuancé. Les assistants conversationnels d’OpenAI et de Google affichent toujours un taux d’erreur d’environ 20 %. Il reste donc primordial de vérifier les informations fournies avec d'autres sources. De plus, pour Benoit Raphael, journaliste expert en IA, « la hype de l'IA générative semble avoir atteint un plateau », tant en termes d’utilisateurs qu’en termes techniques. Il explique : « GPT-4o, le nouveau modèle d'OpenAI, est à peine meilleur que GPT-4, même s'il est plus rapide. Aujourd'hui, la plupart des modèles se valent ». Le principal enjeu est maintenant le marketing (plusieurs vidéos sur YouTube ont d'ailleurs transformé cette semaine en battle entre les deux géants)...
Mais ces entreprises sont bien en train de construire un avenir où les modèles d'IA recherchent, vérifient et évaluent les informations pour nous fournir une réponse concise à nos questions. Et pour Melissa Heikkilä, journaliste experte IA au MIT, "Encore plus qu'avec des chatbots plus simples, il est judicieux de rester sceptique par rapport à ce qu'ils vous disent".
CETTE SEMAINE EN FRANCE
Une future entreprise unique de l’audiovisuel public sans France Médias Monde (Le Monde)
Le journal gratuit «20 Minutes» va supprimer son édition papier, 56 postes menacés (Libération)
Fréquences TNT ; plusieurs nouveaux entrants veulent lancer leur chaîne télé (Les Echos)
Streaming vidéo, IA... La France veut réduire le coût environnemental des services des géants du numérique (Le Figaro)
Le blocage de TikTok dans un territoire d'outre-mer crée un « dangereux précédent », avertissent les critiques (Politico)
Selon des données collectées par Ecoprod, l’impact moyen d’un long-métrage de cinéma est de 188,7 tonnes CO2-équivalent, soit une centaine de voyages aller-retour en avion entre Paris et New York.
Au premier trimestre 2024, les recettes publicitaires nettes de l’ensemble des médias s’élèvent à 3,996 milliards d’euros, soit une hausse de 3,8 % par rapport au premier trimestre 2023, selon le Baromètre unifié du marché publicitaire (BUMP).
Les responsables de l'information sont légèrement plus optimistes quant à l'impact de l'IA. Un peu plus de la moitié des personnes interrogées (52 %) ont déclaré être « optimistes » ou « très optimistes » quant à l'effet qu'aura l'IA sur leur entreprise d'ici quelques années, d'après WAN-IFRA.
LE GRAPHIQUE DE LA SEMAINE
Les renvois vers les sites d'infos en provenance de Facebook ont chuté de 50 % en un an
NOS MEILLEURES LECTURES / DIGNES DE VOTRE TEMPS / LONG READ
« Au début, on se fait agresser et à 45 ans, on est trop vieille pour travailler » - la misère secrète des femmes travaillant à la télévision (The Guardian)
Les moteurs de réponses remplacent les moteurs de recherche : carnage attendu pour les éditeurs (Washington Post)
Les liens rompus de Google avec le web (Platformer)
Comment les streamers de Twitch pourraient influencer les élections de 2024 (Wired)
Pour le marché du film de Cannes, les conditions sont mûres pour le succès après les premières années de pandémie (Reuters)
AUDIO, PODCAST, BORNES
Sony Music met en garde les entreprises technologiques et les diffuseurs de musique contre l'utilisation de ses artistes par l'IA (Financial Times)
Spotify est accusé de violation du droit d’auteur par une association américaine (Billboard)
Web3, BLOCKCHAIN, CRYPTO, NFT
L'Oklahoma adopte un projet de loi historique protégeant les droits des utilisateurs de Bitcoin (Forbes)
INTELLIGENCE ARTIFICIELLE, DATA, AUTOMATISATION
Le cofondateur d'OpenAI, Ilya Sutskever, annonce son départ (New York Times)
Claude d’Anthropic propose maintenant son propre générateur de prompts (Anthropic)
Google et OpenAI se livrent une bataille pour remodeler Internet (The Verge)
ChatGPT sera capable de vous parler comme Scarlett Johansson dans Her (The Verge)
You can now generate production-ready prompts in the Anthropic Console.
Describe what you want to achieve, and Claude will use prompt engineering techniques like chain-of-thought reasoning to create more effective, precise and reliable prompts. pic.twitter.com/TqylVRkfP5
Les choses se précipitent pour TikTok - Le Sénat américain a approuvé la loi qui contraint TikTok à être vendu à des propriétaires américains ou à être interdit, ce 23 avril. Approuvé mi-avril par la Chambre des représentants, le texte a été intégré à une initiative d'aide étrangère plus vaste afin d'en faciliter l'adoption par le Sénat. Outre la disposition relative à TikTok, la loi inclut donc un plan d'aide de 95 milliards de dollars destiné à l'Ukraine, à Israël et à Taïwan. Elle a été adop
Les choses se précipitent pour TikTok - Le Sénat américain a approuvé la loi qui contraint TikTok à être vendu à des propriétaires américains ou à être interdit, ce 23 avril. Approuvé mi-avril par la Chambre des représentants, le texte a été intégré à une initiative d'aide étrangère plus vaste afin d'en faciliter l'adoption par le Sénat. Outre la disposition relative à TikTok, la loi inclut donc un plan d'aide de 95 milliards de dollars destiné à l'Ukraine, à Israël et à Taïwan. Elle a été adoptée par un vote de 79 voix pour et 18 voix contre, puis promulguée par le président Joe Biden le mercredi 24 avril.
Joe Biden et TikTok, l’amour vache
Malgré la signature de la loi interdisant l'application, Joe Biden continue d'utiliser TikTok pour promouvoir sa campagne présidentielle. À peine une heure après le vote du Sénat mardi soir, la campagne de réélection de Biden publiait de nouveaux contenus sur la plateforme. « Un environnement médiatique fragmenté nous oblige à nous présenter et à rencontrer les électeurs là où ils se trouvent », a déclaré un responsable de la campagne Biden. Un comportement paradoxal qui n'a pas échappé aux électeurs: « Si [Biden] veut regagner la confiance des jeunes, il doit être ouvert et transparent sur le raisonnement derrière cette interdiction »,souligne Luke Mullen, acteur, cinéaste et activiste avec plus de 100 000 abonnés sur TikTok. « Jusqu’à présent, il n’a rien dit, ce qui ressemble à une dépréciation de notre intelligence. Les jeunes Américains ne sont pas stupides », poursuit-il. Nombreux ont été les utilisateurs à supplier le président de « garder TikTok » dans les commentaires de ses vidéos. Un internaute ironise même : « Je me demande quelle application vous a permis de poster cette vidéo ». Joe Biden a-t-il lancé un boomerang qui pourrait lui revenir en plein visage à six mois de l’élection présidentielle ? Cette mesure pourrait s'avérer être un cadeau inespéré pour Donald Trump, qui s’est empressé le mois dernier de critiquer la loi…
ByteDance de son côté serait prêt à retirer l'application plutôt que de la céder, si les tentatives pour contester la législation échouent. La raison ? Les précieux algorithmes permettant le fonctionnement de TikTok sont considérés comme vitaux et confidentiels pour les opérations globales de ByteDance. Leur licence de propriété intellectuelle est enregistrée sous ByteDance en Chine et donc difficile à séparer de la société mère, ont déclaré des sources anonymes. Une vente pourrait également révéler à quel point ByteDance est lié à TikTok, supposément indépendant. Malgré toute la communication sur l'autonomisation accrue de TikTok, un rapport du Financial Times indique qu'ils sont plus liés que jamais.
Autre argument contre une vente : les utilisateurs actifs quotidiens de TikTok aux États-Unis ne représenteraient que 5% des utilisateurs actifs quotidiens de ByteDance dans le monde. TikTok pourrait donc survivre à la fermeture de ses opérations aux États-Unis, d’où son pari de fermer l’application plutôt que de vendre ses algorithmes. Les sources ont également souligné que la séparation des algorithmes des actifs américains de TikTok serait une procédure extrêmement complexe, et il est peu probable que ByteDance considère sérieusement cette option. En attendant, la réaction du gouvernement chinois ne se fait pas attendre : Un article dans un journal proche du régime qualifie la décision de « vol » qui « détruirait complètement la crédibilité nationale américaine, déjà entachée ».
Les auto-entrepreneurs européens également sous pression
Si les entrepreneurs aux Etats-Unis s’inquiètent, l’impact sur le marché pourrait être beaucoup plus global. En Europe, les créateurs s’inquiètent d’une potentielle interdiction de TikTok outre-Atlantique. Isobel Perl, fondatrice de Perl Cosmetics, et Kyle Frank, fondateur de Franks Remedies, soulignent à la BBC l'importance des ventes réalisées aux États-Unis pour leurs entreprises. « Certains mois, 60 à 70 % de nos ventes mensuelles proviennent des États-Unis » explique Kyle Frank. Isobel Perl rajoute : « J'utilise principalement TikTok pour générer des ventes sur notre site web, parmi toutes les applications de médias sociaux, c'est celle qui génère le plus de trafic ».Se rendre dépendant d'une plateforme tierce expose à un risque de perte de contrôle, un problème courant pour ceux qui s'y engagent pleinement (les médias se souviennent encore bien du changement de cap de Facebook sur la mise en avant des l'actualité).
Cela pourrait être la fin de TikTok tel que nous le connaissons. Affaire à suivre également pour les autres applis chinoises qui commencent à arriver sur les réseaux de l'Occident : Temu, l'appli de shopping, ou encore Xiaohongshu, l'Instagram chinois...
CETTE SEMAINE EN FRANCE
Rachat de Marianne : l’hypothèse Pierre-Édouard Stérin se précise (Challenge)
Albert, l’intelligence artificielle française déployée par le gouvernement (DINUM)
Le code source d'Albert, l'IA générative réentrainée par l'Etat est dispo ici : https://t.co/Cc1GBmLkIr
Christophe Jakubyszyn obtient le soutien des journalistes pour diriger « Les Echos » (Les Echos)
Avec 86 % de votes positifs pour sa nomination à la direction de la rédaction, @chrisjaku va prendre ses fonctions aux Echos dans des conditions confortables. 213 votes pour, 20 contre, sur un corps électoral de 251 journalistes. pic.twitter.com/nY8oZCnHRK
Alphabet, Microsoft et Meta ont tous enregistré une forte croissance des bénéfices d'exploitation pour le premier trimestre. Alphabet a augmenté de 46%, Microsoft de 23%, et Meta a connu un bond impressionnant de 91%, selon The Information.
La couverture médiatique des sujets consacrés à l'intelligence artificielle est en progression de 257 % en 24 mois dans les médias français avec 54 097 sujets ou articles par mois en moyenne, selon une étude Tagaday.
Le visionnage de la télévision en direct reste le premier usage des Français, quel que soit le mode de réception de la télévision, selon l'Arcom. Le téléviseur (90 %) et le smartphone (89,1 %) sont les équipements les plus répandus au sein du foyer.
LE GRAPHIQUE DE LA SEMAINE
Quel est le coût associé à l'entraînement d'un modèle d'intelligence artificielle générative ?
L'assistant d'IA de Meta est amusant à utiliser, mais on ne peut pas lui faire confiance (New York Times)
Le Washington Post développe un outil de réponse alimenté par l'IA (Technical.ly)
OpenAI, Meta et Google s’engagent pour la protection de l’enfance (Wall Street Journal)
48 % des sites d'actualités les plus utilisés bloquent les robots d'OpenAI (Reuters Institute)
MONÉTISATION, MODÈLE ÉCONOMIQUE, PUBLICITÉ
L'un des plus grands best-sellers s'est vendu à plus de 600 000 exemplaires sur TikTok Shop (The Atlantic)
La dernière initiative de Google pour retarder l'apocalypse des cookies (Digiday)
Les agences de relations publiques prennent en charge les profils LinkedIn des cadres dirigeants — et transforment le ghostwriting en une activité lucrative (Business Insider)
Des écrans aux contenus - TCL, le fabricant chinois de téléviseurs et smartphones, a annoncé l'élargissement de son offre avec le lancement de son studio de production. La société basée à Hong Kong suit l'exemple d'autres fabricants de matériel, dont Apple (avec Apple Studios) et Roku (qui avait profité de la mort subite de Quibi), qui produisent du contenu prêt-à-diffuser directement pour leurs propres services. La première production originale issue du studio TCL, "Next Stop Paris", prévue p
Des écrans aux contenus - TCL, le fabricant chinois de téléviseurs et smartphones, a annoncé l'élargissement de son offre avec le lancement de son studio de production. La société basée à Hong Kong suit l'exemple d'autres fabricants de matériel, dont Apple (avec Apple Studios) et Roku (qui avait profité de la mort subite de Quibi), qui produisent du contenu prêt-à-diffuser directement pour leurs propres services. La première production originale issue du studio TCL, "Next Stop Paris", prévue pour une diffusion cet été sur TCLtv+, a été moquée sur les réseaux sociaux pour son aspect "Made in AI". Etrangement, le court métrage met en scène des voix de doublage professionnels et un scénario original, mais est incarné par des acteurs entièrement animés par l'IA, qui portent tous les défauts d'une technologie débutante, avec "des visuels sur-saturés aux visages et arrière-plans non naturels qui bougent constamment" et une "jeune femme qui a un visage nettement différent dans certaines scènes"...
TCL is launching its own content production studio tasked with creating original TV content for its free, ad-supported TV service, TCL TV Plus.
De prochaines collaborations incluront des talents clés d'Hollywood, annonce cependant TCL. Passé de l'accroche "Electronics" à "The Creative Life", TCL suit aussi le chemin de la plupart des marques d'électronique grand public qui souhaitent remplir nos vie de créativité à l'ère de l'IA générative (à l'instar de Sony, qui vend un "monde d'émotion, grâce au pouvoir de la créativité et de la technologie".) Les entreprises chinoises sont connues pour leur capacité d'adaptation, soutenue bien-sûr par un gouvernement volontariste d'un côté, mais aussi par de fortes capacités de R&D (23 centres de recherche avec 7000 employés dédiés à la R&D dans le monde entier pour TCL). L'innovation ne se situe d'ailleurs pas seulement du côté du matériel, mais aussi du côté du modèle économique.
TCL est capable de proposer en même tempsle plus grand téléviseur du mondeet un device qui signe la fin des écrans : les lunettes connectées TCL NXTWEAR S XR Glasses, présentées au CES en janvier, parfaitement adaptées aux nouveaux nomades (quand on aura réglé le problème de la gestion de la luminosité). Le TCL Design Innovation Center (DIC) tend à unifier l'expérience utilisateur entre barres de son, machines à laver, climatiseurs et téléviseurs, qui - dans un futur proche - seront tous connectés. Ne reste plus qu'à espérer que tous ces écrans, qu'ils soient réels ou virtuels, diffuseront autre chose que de vulgaires créations sans valeur générées par l'IA et que nous parviendrons à démentir la loi de Sturgeon, qui prétend que 90% de tout est de piètre qualité quand tout le monde peut tout faire, partout, tout à la fois, grâce à l'IA...
CETTE SEMAINE EN FRANCE
Daniel Kretinsky cherche à vendre l’hebdomadaire Marianne (La lettre)
Audiovisuel public : une réforme en mal d’objectif défini (Le Monde)
Le monde du livre vent debout contre la publicité à la télévision (Les Échos)
Médiamétrie intègre désormais à ses audiences les séquences issues des émissions de télé qui circulent en masse sur les réseaux sociaux (Le Parisien)
Le retour du téléachat avec une nouvelle chaîne FAST sur Amazon Prime et Freevee (CP Amazon)
Le retour du téléphone à clapet n'est pas qu'une mode ! (The New Yorker)
Polémique autour de la promotion du film ‘Civil War’ du producteur A24, fabriquée par l'IA (The Hollywood Reporter)
Apple retire WhatsApp, Threads, Signal et Telegram de son App Store en Chine, suite aux ordres des régulateurs du pays concernés par la "sécurité nationale" (WSJ)
Robinhoodl'appli de trading pour (jeune) particulier, lance Sherwood News, un média dédié à l'information financière (Axios) (encore un peu de diversification...)
DONNEES, CONFIANCE, LIBERTÉ DE LA PRESSE,DÉSINFORMATION
En Ukraine, la désinformation en ligne inquiète les autorités (Le Monde)
Un journaliste tunisien critique envers le président a été emprisonné pour diffamation (Bloomberg)
LÉGISLATION, RÉGLEMENTATION
Vos ondes cérébrales sont à vendre. Une nouvelle loi veut changer cela (New York Times)
Des éditeurs de presse demandent au gouvernement d'enquêter sur Google pour avoir bloqué certains médias californiens (CNN)
Le projet de loi sur TikTok prolonge le délai de vente de l'application (Axios)
Les préoccupations d'Hollywood en matière d'IA posent des problèmes nouveaux et complexes que les juristes doivent démêler (Variety)
The EDPB has adopted an Art. 64(2) opinion on consent or pay models. The EDPB considers that, in most cases, it will not be possible for large online platforms to comply with the requirements for valid consent, when offering only a binary choice https://t.co/uHq6CCQFjapic.twitter.com/0oCXLJExJO
Une note de service du New York Times sur Gaza indique aux journalistes d’éviter les mots “génocide”, “nettoyage ethnique” et “territoire occupé” (The Intercept)
STORYTELLING, NOUVEAUX FORMATS
LinkedIn a publié un document sur les meilleures pratiques en matière de vidéos verticales (LinkedIn)
ENVIRONNEMENT
« Le bavardage politique des plateaux étouffe et dépolitise les préoccupations environnementales » (Le Monde)
RÉSEAUX SOCIAUX, MESSAGERIES, APPS
Google bloque les liens vers les médias californiens dans les résultats de recherche (The Guardian)
Elon Musk prévoit de faire payer les nouveaux utilisateurs de X pour poster (TechCrunch)
Llama3 is out
8B and 70B models available today.
8k context length.
Trained with 15 trillion tokens on a custom-built 24k GPU cluster.
Great performance on various benchmarks, with Llam3-8B doing better than Llama2-70B in some cases.
More versions are coming over the next… pic.twitter.com/a2Koge2R5U
Contrairement à ce que l'on peut penser, certains individus diffuseurs de fake news n'agissent pas dans le seul but de promouvoir une idéologie spécifique ou de discréditer un adversaire politique. Il existe une catégorie d’individus motivés par un désir pur et simple de « chaos ». Ces derniers semblent intéressés par des histoires qui sapent la confiance dans tous les systèmes de pouvoir.
Une étude de la Cambridge University, intitulée « Le Besoin de Chaos et les Motivations derrière le Partage
Contrairement à ce que l'on peut penser, certains individus diffuseurs de fake news n'agissent pas dans le seul but de promouvoir une idéologie spécifique ou de discréditer un adversaire politique. Il existe une catégorie d’individus motivés par un désir pur et simple de « chaos ». Ces derniers semblent intéressés par des histoires qui sapent la confiance dans tous les systèmes de pouvoir.
Une étude de la Cambridge University, intitulée « Le Besoin de Chaos et les Motivations derrière le Partage de Rumeurs Politiques Hostiles » (The « Need for Chaos » and Motivations to Share Hostile Political Rumors) explore cette tendance. Les participants, indépendamment de leur affiliation politique, ont montré une propension à partager des fausses informations concernant divers politiciens américains, qu'ils soient démocrates ou républicains, tels que Bernie Sanders, Ted Cruz, Hillary Clinton et Donald Trump. Selon le chercheur Michael Bang Peterson, les « ingénieurs du chaos » sont plus susceptible d’être en accord avec les affirmations telles que : « Nous ne pouvons pas résoudre les problèmes de nos institutions, nous devons les démolir et tout recommencer à zéro » ou « J'ai besoin de chaos autour de moi, c'est trop ennuyeux s'il ne se passe rien ».
Qui sont ces ingénieurs du chaos ?
« Ces individus ne sont pas des idéalistes qui cherchent à détruire l'ordre établi afin de construire une société meilleure pour tous » explique Michael Bang Peterson dans une interview dans The Atlantic. Par exemple, un électeur du New Hampshire, bien établi financièrement, a exprimé son désirque Donald Trump « brise le système » pour engendrer « quatre années misérables pour tout le monde ».
Pour certains, le besoin de chaos représente une stratégie de dernier recours pour obtenir une reconnaissance du système. Une métaphore du journaliste Derek Thompson décrit le phénomène :
« Vous êtes un homme d'âge moyen et vous jouez à un jeu, qu'il s'agisse de dames ou d'échecs.Vous avez l'habitude de gagner.Mais vous avez perdu plusieurs fois de suite, et toujours contre les mêmes personnes.Aujourd'hui, vous perdez à nouveau et cela ne vous semble pas normal.Vous n'avez pas fait de faux pas.Quelque chose ne va pas. Quelque chose doit être truqué. Ils doivent tricher.Dans un accès de rage, vous renversez la table et les pièces s'éparpillent et se brisent.Pourquoi faire cela ?Casser le jeu rend la situation pire pour tout le monde.Mais il ne s'agit pas d'améliorer les choses.Il s'agit d'avoir le sentiment d'agir et de contrôler la situation. Il s'agit de ne pas se sentir perdant.On pourrait parler de chaos.Mais au moins, c'est le chaos que vous avez choisi ».
Bien que l’étude ne prenne en compte que la population américaine, on observe des tendances similaires en France. La vieille rumeur, selon laquelle Brigitte Macron serait en réalité un homme transgenre, a récemment repris de l’ampleur après avoir été relayée par la figure américaine pro-Trump Candace Owens. Raphael Llorca, chercheur à la fondation Jean-Jaurès souligne : « Qu’importe le flacon, pourvu qu’on ait l’ivresse de porter atteinte aux puissants qui nous dirigent ». Selon lui, cette tendance à propager le chaos n'est pas le fait d'extrémistes, mais plutôt de « citoyens lambdas » qui se laissent emporter par le besoin de déstabiliser les structures de pouvoir établies. Lors de son intervention à l’édition 2023 de Médias en Seine, David Chavalarias, directeur de recherche au CNRS s’alarmait : « la pandémie a créé un terrain très favorable à la remise en cause du système ».Par exemple, les climatosceptiques, issus principalement de la mouvance antivax, propagent des théories du complot visant à déstabiliser les institutions et à semer le doute sur les politiques environnementales. D’après l’étude du chercheur, les algorithmes de recommandation de X concentreraient le pouvoir social entre les mains des comptes les plus toxiques avec une estimation de +80 à +180% de compte nocifs dans le top 1% des influenceurs depuis 2023.
Des chiffres alarmants, d'autant plus que de nombreux politiciens privilégient désormais les influenceurs aux journalistes pour diffuser leur message. Un exemple frappant est celui de Joe Biden, qui a organisé jeudi 28 mars une soirée de levée de fonds, entouré d'influenceurs. Wired explique que la presse était quant à elle « dans la loge ». Les influenceurs ont désormais autant accès au président que les journalistes, et les messages politiques se noient dans le chaos des réseaux sociaux...
CETTE SEMAINE EN FRANCE
Des ministres entraînés à la « prise de parole médiatique » par des journalistes (Le Monde)
« HugoDécrypte » lance son site d’annonces d’emploi, pour "rapprocher les jeunes des entreprises" (Le Monde)
Quels sites bloquent GPTbot d’OpenAI, Gemini de Google et Claude d’Anthropic en France le 4 avril 2024? (Olivier Martinez)
L’Équipe applique l’IA générative aux commentaires de ses internautes (Mind media)
3 CHIFFRES
Les médias français investissent 3 milliards d’euros par an dans la production de l’information, d'après une étude menée dans le cadre des États généraux de l’information.
Les start-up françaises ont levé seulement 454 millions d'euros en mars, selon le Journal du net.
D'après The Information, OpenAI et Microsoft élaborent des plans pour un centre de données de 100 milliards de dollars connu sous le nom de code Stargate.
LE GRAPHIQUE DE LA SEMAINE
Parmi toutes les offres du New York Times, les utilisateurs passent désormais plus de temps sur les applications de jeux du NYT que sur n'importe quel autre contenu.
Source : Graphique créé par ValueAct Capital, basé sur des données de Yipit et apparu dans un récent rapport de la Sec
NOS MEILLEURES LECTURES / DIGNES DE VOTRE TEMPS / LONG READ
La "beastification de YouTube" touche peut-être à sa fin (Washington Post)
DISRUPTION, DISLOCATION, MONDIALISATION
YouTube TV est en passe de devenir la plus grande plateforme de télévision payante aux États-Unis (The Desk.net)
Le New York Times va bientôt vendre ses publicités en fonction de l'"attention", une alternative aux normes du secteur telles que la visibilité et les impressions (Marketing Brew)
Le search génératif de Google est arrivé au Royaume-Uni (BBC)
Comment Google a perdu du terrain dans la course à l'IA (FT)
Google envisage de rendre payante la recherche assistée par l'IA, ce qui constituerait un changement majeur de son modèle économique (Financial Times)
DONNEES, CONFIANCE, LIBERTÉ DE LA PRESSE,DÉSINFORMATION
Après des mois de persécution, Al Jazeera sera bientôt interdite en Israël (RSF)
Du pizzagate aux élections de 2020, les procès en diffamation obligent les menteurs à payer ou à s’excuser (New York Times)
Un pirate informatique vigilant a mis hors service Internet en Corée du Nord. Maintenant, il retire son masque (Wired)
TrueMedia.org propose des outils pour lutter contre les contenus manipulés par l’intelligence artificielle (New York Times)
LÉGISLATION, RÉGLEMENTATION
Google accepte de détruire les données de navigation collectées en mode Incognito (The Verge)
Les États-Unis et le Royaume-Uni signent un accord historique sur les tests de sécurité de l'IA (Financial Time)
JOURNALISME
Comment les dirigeants de Vice ont brûlé leur salle de rédaction (The Verge)
Journalistes victimes de la guerre entre Israël et Gaza (CPJ)
Comment l'écosystème de l'information pourrait-il se présenter à l'ère de l'IA générative ? (Reuters Institute)
Le Haut Conseil pour le climat alerte sur un « risque de recul de l’ambition » de la France (Le Monde)
RÉSEAUX SOCIAUX, MESSAGERIES, APPS
Yahoo annonce l'acquisition d'Artifact, la plateforme de découverte de l'actualité créée par les cofondateurs d'Instagram, Kevin Systrom et Mike Kriege (Yahoo)
Les imitations de RuPaul's Drag Race générées par l'IA inondent Instagram et TikTok (Wired)
Substack prépare les écrivains à une implosion semblable à celle de Twitter (Home with The Armadillo)
Comment les médias sociaux se sont transformés en centre commercial (Wired)
Pour échapper à l'algorithme, les fashionistas font leur shopping via Substack (Vogue Business)
La campagne Premium "gratuite" de X donne aux gens des chèques bleus qu'ils n'ont pas demandés (The Verge)
TikTok s'adresse à des religieuses, des vétérans et des éleveurs dans le cadre d'une campagne de marketing éclair (New York Times)
IMMERSION, 360, VR, AR
Le jeu de pêche en réalité virtuelle sud-coréen attire 1 million d'utilisateurs (Financial Times)
STREAMING, OTT, SVOD
Le diffuseur de K-Entertainment Kocowa+ poursuit son déploiement avec des lancements en Europe et en Océanie (Deadline)
AUDIO, PODCAST, BORNES
Apple s'intéresse aux podcasts par abonnement (Semafor)
Les PDG de la tech trouvent des animateurs de podcast sympathiques qui les aident à faire passer leurs messages (Bloomberg)
Google Podcasts a disparu - et ma confiance en Google s'en trouve amoindrie (The Verge)
Web3, BLOCKCHAIN, CRYPTO, NFT
Google poursuit des escrocs en crypto-monnaies pour avoir incité les gens à investir dans des produits qu'ils ne récupéreront jamais (The Verge)
INTELLIGENCE ARTIFICIELLE, DATA, AUTOMATISATION
ChatGPT devient accessible (aux US) sans avoir à créer un compte (TechCrunch)
Jon Stewart sur les fausses promesses de l'IA
"J'ai vu mon visage parler une autre langue" : les influenceurs clonés par l'IA (Financial Times)
L'art délicat de l'ingénierie de prompt humaine : Comment parler à une personne comme ChatGPT (ArsTechnica)
Un laboratoire révèle comment les dispositifs de sécurité de l'IA peuvent être facilement contournés (The Guardian)
Une exposition sur la Seconde Guerre mondiale alimentée par l'IA permet aux visiteurs de parler aux héros de la "Grande Génération" (Straight Arrow News)
La boutique GPT d'OpenAI déclenche des plaintes pour violation du droit d'auteur (Wired)
"L'IA vous aide à compenser vos faiblesses", rapporte l’auteur qui a remporté le plus grand prix littéraire japonais avec l’aide de ChatGPT. (El Pais)
On peut désormais éditer des images dans DALL-E (The Verge)
MONÉTISATION, MODÈLE ÉCONOMIQUE, PUBLICITÉ
Le plan de Spotify pour monétiser les événements en direct (Adweek)
Des marques ont payé pour des publicités sur Forbes.com. Certaines l’ont fait sur un site copié (Wall Street Journal)
Être journaliste requiert aujourd'hui une endurance sans faille. Confrontés à des pressions économiques et politiques croissantes, les professionnels de l'information doivent naviguer avec habileté à travers un océan de contraintes et de fake news. Les Assises internationales du journalisme et de l'information de Tours se sont affichées sous l'étendard du journalisme sportif. Un choix symbolique, anticipant la fièvre des Jeux Olympiques mais soulignant surtout le défi de taille que représente la
Être journaliste requiert aujourd'hui une endurance sans faille. Confrontés à des pressions économiques et politiques croissantes, les professionnels de l'information doivent naviguer avec habileté à travers un océan de contraintes et de fake news. Les Assises internationales du journalisme et de l'information de Tours se sont affichées sous l'étendard du journalisme sportif. Un choix symbolique, anticipant la fièvre des Jeux Olympiques mais soulignant surtout le défi de taille que représente la navigation dans les eaux tumultueuses de l'information en 2024.
Par Alexandra Klinnik du MediaLab de l'Information de France Télévisions
La 17ème édition des Assises internationales du journalisme et de l'information, qui s'est déroulée du 25 au 30 mars à Tours, a été le théâtre de discussions vives autour des défis majeurs auxquels sont confrontés les journalistes. Des sujets aussi divers que l'utilisation de l'IA par les rédactions, le rôle prépondérant de la communication dans le traitement médiatique du sport à l'approche des Jeux Olympiques, les attentes du public français en matière d'information. Sans oublier la place des femmes dans journalisme sportif, trop souvent négligée. Résumé des principaux points.
Le journalisme et l’IA : concrètement, on fait quoi ?
Comment profiter du potentiel de l’IA sans se faire dévorer ? La question a animé de nombreux débats. « Il n’y aura bientôt plus aucun contenu sans IA », a carrément prophétisé Sébastien Soriano, membre du comité de pilotage des États généraux de l’information. Quelle attitude adopter face à cet enjeu majeur et encore mal circonscris ? Florent Rimbert, responsable du développement numérique de l’Alliance de la Presse d’Information Générale (APIG), conseille de conserver « un regard critique » sans tomber dans le « rejet d’office ».
D’abord, les pratiques concrètes
Dans une volonté de démystifier l’arrivée de l’IA dans les médias français, l’événement s’est d’abord centré sur l’échange de pratiques concrètes et les précautions à prendre.
Conférence « Le journalisme et l'IA : concrètement on fait quoi ? », animée par Xavier Eutrope, rédacteur La revue des médias INA
Chez Contexte, un hackathon interne a été organisé au sein des équipes pour imaginer de nouveaux produits utiles aux journalistes et aux abonnés. Au sein du média spécialisé dans les politiques publiques françaises et européennes, les journalistes ont toujours l’œil rivé sur le site de la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique. Le site diffuse régulièrement des avis sur des personnalités souhaitant quitter le secteur public pour le privé. Seulement, il n’envoie jamais d’alertes, ni de mail quand un avis est prononcé. « On doit créer un système d’alertes nous-mêmes, par le biais d’un script informatique. Cette pratique nécessite du temps et de faire appel à un développeur », explique Yann Guégan, chargé de l’innovation éditoriale chez Contexte et vice-président du Conseil de déontologie journalistique et de médiation. Lors du hackathon, la rédaction a donc imaginé une IA, s’appuyant sur l’API de ChatGPT capable de créer automatiquement les alertes. « On lui donne l’url de la page à récupérer, lui décrit le tableau qu’on aimerait obtenir, et on lui demande de créer une alerte dès que ce tableau change », poursuit le journaliste.
Au sein du Consortium international des journalistes d’investigation, une organisation derrière les enquêtes cross borders comme les Panama Papers, l’IA est utilisée depuis 2016. « Lors des Panama Papers, il y a eu une fuite de données de plusieurs millions de données d’une complexité folle. Même quand vous impliquez des centaines de journalistes, vous ne pouvez pas tout déchiffrer », explique Pierre Romera Zhang, chef de la technologie du consortium. L’équipe a donc mis en place des outils dit de vision par ordinateur. Ils ont confié à l’ordinateur la mission de décrire des éléments visuels, d’extraire du texte des images. Pour eux, l’intelligence artificielle doit permettre d’automatiser des tâches que les journalistes ne sont physiquement pas capables d’exécuter. « A partir du moment où on sait que les journalistes sont capables de lire tous les documents, on ne va pas demander aux algorithmes de le faire pour nous », poursuit-il. L’utilisation de l’IA entraîne un processus très lourd de fact-checking. Les résultats sont vérifiés par trois personnes différentes. Une quatrième personne est chargée de prendre la décision de publier ou non.
Chez Franceinfo, des outils de détection IA ont été mis en place pour repérer des anomalies dans le flot d’informations. Par exemple, des internautes qui soudainement se mettent à tweeter frénétiquement. « Cette initiative nous a permis de détecter les attentats à l’aéroport de Bruxelles et de Strasbourg avant la sortie de la moindre dépêche AFP », souligne Estelle Cognacq, directrice adjointe Franceinfo.
La déferlante de fake news
Si la désinformation ne date pas de l’arrivée de l’IA, elle a pris une ampleur inédite avec le développement de nouveaux outils. Au cours des neufs derniers mois, il est ainsi devenu pratiquement impossible, même pour les meilleurs experts de distinguer les données réelles de celles générées par l’IA, « nous avons besoin d’une solution logicielle pour ça» rappelle ainsi un récent article de la BBC.Carole Chatelain, ex-directrice de Sciences et Avenir et présidente de l’association des journalistes scientifiques de la presse d’information (AJSPI) s’inquiète notamment des conséquences sur les publications scientifiques. Elle cite ainsi les travaux de Guillaume Cabenac, surnommé deception sleuth (« fin limier de la supercherie » en français), membre de l’Institut de recherche en informatique de Toulouse. Ce dernier a constaté que 3 articles sur 10 000 sont générés par l’IA. « Si cela peut paraître anecdotique, imaginez que sur les 100 000 avions qui volent dans le ciel chaque jour, il y en ait chaque fois 30 qui s’écrasent », contextualisait Guillaume Cabenac dans le Point.
Des fractures à venir
Si le secteur informationnel s’est donné comme objectif la réduction des barrières à l’entrée, l’utilisation de l’IA en tant qu’outil journalistique nécessite certaines ressources financières. Carole Chatelain mentionne ainsi les difficultés pour les journalistes indépendants, moins privilégiés pour accéder aux outils les plus perfectionnés. « Lorsque vous êtes journaliste dans une rédaction, vous bénéficiez des outils que l'entreprise met à disposition. Quand vous êtes un journaliste indépendant, qu’est-ce que vous faites quand ces abonnements coûtent 20 dollars par mois ? », alerte-t-elle.
Elle exprime également son inquiétude quant à la perte d’emploi potentielle due à l’automatisation par l’IA et appelle à des garanties pour préserver les postes. Selon un récent rapport, alertant sur une potentielle “apocalypse de l’emploi”, près de 8 millions d’emplois britanniques pourraient être supprimés perdus au profit de l’intelligence artificielle.
La question de la fracture générationnelle est également soulevée : quel sort pour les journalistes plus âgés, moins familiers de ces nouvelles technologies ? Seront-ils condamnés à être remplacés, ou pourront-ils être formés ?
Le traitement du sport – entre poids de la communication et attente des supporters
La communication, « l’éléphant dans la pièce »
A l’approche des Jeux Olympiques, Jérôme Bouvier, président de Journalisme & Citoyenneté s’interroge : comment la liberté d’informer s’exerce « quand le sport spectacle, proie à des marques privées, édicte des règles de communication bien éloignées de l’olympisme ? ».
La réponse ? Elle s’exerce difficilement. Surtout que le monde sportif obéit à des règles bien spécifiques qu’il est périlleux de contourner. « Le sport est un monde à part. En politique, si vous voulez lever un lièvre, vous allez dans un parti, vous allez voir le copain d’a-côté qui va certainement vous filer des photocopies sur l’autre copain, du même parti. Je ne dis pas que c’est facile, mais il y a des points d’entrée. En sport, il y a une règle, c’est la fameuse phrase : ce qui se passe dans les vestiaires reste dans les vestiaires », analyse Thierry Vildary, journaliste France Télévisions, dans une conférence intitulée Violences, corruption, dopage, quelle investigation dans le journalisme de sport ? « C’est une règle d’omerta qui est encore plus solide que dans la mafia. Il n’y a pas de repenti dans le sport. On se tait ». Et pour les journalistes qui dénoncent les dysfonctionnements dans le monde sportif, les pressions sont nombreuses. « J’ai eu 15 actions en justice en dix ans. Je n’ai jamais perdu », précise Marc Leplongeon, journaliste à l’Équipe. Emmanuelle Anizon, journaliste à l’Obs et autrice de Un si long silence sur la patineuse française Sarah Abitbol, violée par son entraîneur Gilles Beyer à l’âge de 15 ans, confirme : « La pression juridique est forte. Les coups de fil à la direction sont nombreux. On me promet de balancer des boules puantes sur internet. Il m’arrive de ne pas en dormir de la nuit ».
Conférence « Journalistes ou supporters » animée par Louise Audibert, journaliste indépendante
Au-delà de l’investigation, le journalisme sportif se heurte à bien d’autres obstacles. Aujourd’hui, la communication a verrouillé l’accès à l’info spontanée et même les conférences de presse sont accessibles aux seuls incrits – et… aux joueurs eux-mêmes. Surtout dans le milieu du football, le sport le plus regardé en France. Les stars du ballon rond, très présents sur leurs propres réseaux sociaux n’ont pas besoin de relais médiatiques et se suffisant à eux-mêmes. «Le football est l’un des secteurs les plus difficiles. Tout est très encadré. Il est plus facile de faire parler un homme politique, qui aura toujours quelque chose à dérouler, ou un acteur qui devra faire la promotion de son film… Un footballeur de très haut niveau n’a pas grand-chose à vendre. Il a peu d’intérêt à s’exprimer dans les médias », résume Lionel Dangoumau, directeur de la rédaction de l’Équipe. Une armée l’entoure : un communiquant, un juriste, un agent sportif… Difficile d’accéder « à la star » si une relation ne s’est pas nouée avant la célébrité. L’Équipe suit d’ailleurs les athlètes dès le plus jeune âge, pour contourner cet écueil.
Et gare à celui qui voudrait court-circuiter la com’, et ne pas respecter les règles du jeu. Clément Gavard, journaliste chez Sofoot, en a ainsi fait les frais. Après six mois sans réponse positive du service com’ pour l’interview d’un joueur, il le contacte par ses propres moyens et obtient l’interview. Le service com’ est prévenu dès la fin de l’entretien. Et lui promet qu’il n’aura plus aucun joueur en interview.
Les attentes contradictoires des « supporters »
Si les journalistes doivent gérer la muraille de la communication, ils sont également attentifs aux attentes contradictoires de « leurs supporters ». Selon la 7ème édition du baromètre Viavoice Les Assises 2023, qui se penche sur les attentes des citoyens envers les médias et l’utilité du journalisme, plus d’un Français sur deux estime que les journalistes de sport ne sont pas assez neutres et qu’ils affichent leurs préférences. Des attentes qui changent quand l’équipe nationale est sur le terrain. Près d’un Français sur deux (45%) estime que les commentateurs doivent alors montrer leur 'supportérisme' national. Un chiffre qui monte à 65% parmi ceux qui s’informent très régulièrement.
Résultats de la 7ème édition du baromètre Viavoice Les Assises 2023
Pour les journalistes, il s’agit d’un travail d’équilibriste permanent. « L’émotion fait partie du sport. On se doit de le retranscrire. Si on enlève cette part d’émotion, le traitement est un peu dénaturé. Il doit y avoir de l’empathie, mais cela ne doit pas déborder », considère Lionel Dangoumau.
Où sont les femmes ?
Présentation des résultats de l'édition 2024 du Baromètre Viavoice
Des effectifs exclusivement masculins
Le journalisme de sport reste encore une profession et une activité largement occupée par des hommes. Selon une étude de l’Arcom, les femmes ne sont représentées qu’à hauteur de 20% sur les plateaux des émissions consacrées au sport et leur temps de parole y est seulement de 11%. Lors de la présentation du Baromètre, Frédérique Misslin, directrice adjointe RFI, constate que le chemin est encore long pour féminiser les rangs du journalisme sportif : « On a encore de gros progrès à faire. Dans notre service sport, il n’y a que des hommes. Ça fait mal. Peu de femmes tapent à la porte pour participer au service, que ce soit pour des CDD, des piges, un stage ou encore pour une mobilité interne. On fait appel à des consultantes pour les JO pour compenser. On a seulement une émission de foot présentée par une femme. C’est une vitrine ». Si le constat est amer, aucune initiative concrète pour résoudre ce problème n'a été avancée.
Les médias doivent porter le changement
A la question du Baromètre, « à l’avenir, souhaiteriez-vous que davantage de femmes puissent faire ce métier », les Français ont répondu oui à 75%, 9% non et ils sont 16% à ne pas avoir répondu. Pour Cyril Petit, rédacteur en chef délégué au développement éditorial national Ouest France, ces résultats ne sont pas encourageants : «Je trouve inquiétant que 25% des personnes ne disent pas distinctement « oui ». C’est un mouvement global de la société qu’il faut enclencher et nous devons le porter. Le service public le fait par exemple en diffusant des compétitions féminines. »Il faut également encourager le changement, par le choix du vocabulaire employé. « Pourquoi on parle de ligue 1 féminine et simplement de ligue 1 quand il s’agit de joueurs masculins ? Est-ce que demain on ne devrait pas dire ligue 1 masculine ? ».
Conclusion
Les Assises devraient être un endroit propice pour l’introspection et les échanges constructifs. Pour le sociologue Jean-Marie Charon, « l’une des vertus des Assises, c’est que contrairement à nombre d’événements concernant les médias, il n’y a aucune volonté d’évacuer à priori les problèmes et les sujets de débat ». Les sujets qui n’ont pas été suffisamment débattus lors « de procédures très cadrées à l’initiative de l’État », sont « traités à ciel ouvert » aux Assises. Face à des discussions parfois vives, on a parfois eu l’impression d’assister à un festival de langues de bois. Si de nombreux médias sportifs ont assuré s’intéresser au traitement des violences sexuelles dans leurs colonnes, par exemple, aucun n’a instauré de dispositif concret. « Un groupe de réflexion va être mis en place », nous a assuré un dirigeant d’un grand média sportif, sans plus de précision. « Les femmes journalistes qui s’intéressent au sport s’auto-censurent, c’est malheureux, elles n’osent pas venir dans les services », déplore un autre. « Il faut être pro-actif ». A quand une vraie politique d’intégration et de réflexion sur la place des femmes dans le sport ?
SXSW s’est ouvert cette année en pleine Journée Internationale de la Femme (ou des droits des femmes, selon le degré d’avancement de la lutte). La foule bigarrée dans les rues d’Austin, ville texane réputée pour ses tacos, son université et sa créativité (avec son slogan « Keep Austin weird ») s’est rassemblée dans un festival unique au monde qui combine musique, cinéma, digital... et, cette année, l’incontournable Intelligence Artificielle. En plein #Kategate, SXSW a aussi vu s’inaugurer une no
SXSW s’est ouvert cette année en pleine Journée Internationale de la Femme (ou des droits des femmes, selon le degré d’avancement de la lutte). La foule bigarrée dans les rues d’Austin, ville texane réputée pour ses tacos, son université et sa créativité (avec son slogan « Keep Austin weird ») s’est rassemblée dans un festival unique au monde qui combine musique, cinéma, digital... et, cette année, l’incontournable Intelligence Artificielle. En plein #Kategate, SXSW a aussi vu s’inaugurer une nouvelle époque où l’on se pose désormais continuellement la question des limites du réel.
Kati Bremme, Directrice de l’Innovation, Rédactrice en chef Méta-Media, de retour de SXSW
A un moment de l’histoire où les entreprises adoptent l’IA plus rapidement qu’elles n’ont adopté Internet, les optimistes (Ray Kurzweil) s’opposent aux pessimistes, avec un nouveau rapport commandé par le Département de l’Etat des Etats-Unis qui alerte que « l'IA pourrait représenter une menace de niveau d'extinction pour les humains ». A SXSW, la vision européenne de la réglementation rencontre l’incompréhension totale des industriels (et des journalistes) américains, le monde du cinéma est inquiet face à une IA potentiellement auto-créative, l’industrie du gaming pourrait bientôt connaître la prochaine vague de grèves et ce festival, qui a lancé Twitteren 2006, met aujourd’hui en avant les dangers, voire la fin des réseaux sociaux : « Social Media is Dead, Long Live Culture Media ».
Supercycle technologique, singularité et pizza
SXSW est aussi le moment d’essayer de comprendre les tendances de demain : des plus bizarres, comme les médicaments pour perdre du poids (MIT) aux plus évidentes comme l’Intelligence Artificielle Générale, en passant par les non-évidentes, mises en avant par Rohit Bhargava, y compris des morceaux de musique imprimés sur des morceaux de pizza. Le dilemme avec l’IA aux Etats-Unis commence avec une question d’ordre grammatical : quel pronom attribuer à l’IA ? She / It / He / They ? On les a tous entendus à SXSW.
Amy Webb a bien-sûr présenté ses Tech Trends, qui mettaient cette année l’accent sur un nouveau supercycle technologique (notre analyse complète ici). Elle a détaillé trois principales tendances, tirées des 1000 pages du rapport du Future Today Institute, qui regroupe à la fois nouvelles technologies et industries : L’IA, devenue technologie à usage général au même titre que l’électricité, la machine à vapeur ou Internet, l’écosystème connecté des objets et la biotechnologie.
MIT, 10 Breakthrough Trends
Elizabeth Bramson-Boudreau, directrice et éditrice du MIT Technology Review, a, de son côté, fait une liste de dix tendances de rupture. Mais avant d’annoncer des influences qui vont des pompes à chaleur au médicaments pour la perte de poids (#Ozempic), elle a alerté sur le danger que court le secteur du journalisme scientifique face à des médias en perte de revenus publicitaires: National Geographic est en fermeture progressive, Wired a licencié 20% des journalistes, dont 100% de l’équipe scientifique, CNN a fait de même avec ses reporters tech. Tout le secteur est à un « niveau d’extinction ». Les rédactions abondonneront-elles l’explication du monde aux YouTubeurs ?
Un résultat indirect de cette tendance a été révélé dans un récent sondage du Pew Research Center : Aujourd'hui, moins d'Américains que jamais croient que la science a une influence positive sur la société. Pour sauver l’intelligence, la nouvelle devise de 2024 est « N’applaudissez pas ! Abonnez-vous ! ».
Au sujet de la « tendance » IA, qui est bien sûr la première de sa liste, elle évoque les réactions des entreprises sondées au sujet du rapport du MIT : Ces technologies sont transformatives, mais la confiance dans leur déploiement est faible (seulement 9 % avaient un cas d'utilisation fonctionnel avec l'IA générative, le secteur gouvernemental étant le plus bas). 59 % s'inquiètent des risques et préfèrent mieux les comprendre avant la mise en œuvre.
Croissance exponentielle des données pour le même prix, tableau mis à jour par Ray Kurzweil avec des informations à partir de 1935 (année de la machine Turing).
Une inquiétude que ne connaît pas Ray Kurzweil, l’un des plus anciens spécialistes de l’IA au monde (depuis 61 ans), et qui décrit l’IA générative comme « le plus grand progrès depuis l’écriture ». Ce scientifique qui voulait devenir « innovateur » dès l’âge de 6 ans, nous a annoncé l’arrivée de la singularité (l’emballement technologique de l’IA ultime) pour 2045. Il a partagé une description extrêmement optimiste d'un monde vers lequel il pense que nous nous dirigeons, avec une grande abondance et une sorte de fusion entre les humains et les machines. Nick Thompson de The Atlantic, n’a cependant pas obtenu toutes les réponses à ses questions : « Aurons-nous encore des identités singulières ? » « Prendrons-nous tous les jours un petit-déjeuner ? » En attendant, Ray Kurzweil nous a aussi prédit que dans quatre ans, nous serons capables de commencer à inverser le temps - et que certaines personnes vivantes aujourd'hui pourront vivre jusqu'à 500 ans....
Pour nous tenir compagnie, nous aurons des robots de type « Rosey the Robot » des Jetsons (équivalent futuriste des Flintstones) dès 2029, et dès aujourd’hui, son livre, qui vient de sortir : The Singularity is nearer.
Rosey the Robot, créé(e) par Hanna-Barbera
Vishal Sharma, Vice-président, Intelligence artificielle générale chez Amazon, s’est posé la question du besoin réel d'un «World Model » à chaque fois que nous construisons quelque chose avec l’IA : Notre robot de jardinage a-t-il besoin de comprendre le monde, ou doit-il juste reconnaître les mauvaises herbes ? Pour lui, l’une des missions d’Amazon est « de transformer l’Humanité [!] », en inaugurant un âge de l’abondance, avec des superintelligences nationales. Tout un programme... Il a détaillé un des principes d’Amazon : le client doit avoir le choix, un modèle ne convient pas à tout (Alexa est basée sur 30 modèles d’apprentissage machines, qui ne semblent pas toujours parfaitement communiquer entre-eux). Tous les développements chez Amazon sont basés sur trois principes : véracité, sécurité et contrôlabilité (au cas où l’IA songerait à s'autonomiser).
La révolution d’IA amène aussi son lot de chercheurs d’or, à l’instar de Ben Colman, ancien de Goldman Sachs, fondateur de Reality Defender. Ce nouvel expert IA a balayé d’un revers de la main l’argument pour le watermarking C2PA avancé par Miranda Marcus, Head of NewsLab de la BBC depuis l’audience, pour mettre en avant son nouvel « antivirus » contre les deepfakes. Mais dans un monde où tout est généré par l'IA, rien n'est généré par l'IA...
En attendant, Peter Deng, directeur produit de ChatGPT, a confirmé qu'OpenAI maintiendrait toujours une version gratuite de son chatbot. Pour l’ancien de chez Facebook et Instagram, nous irions vers une « Co-évolution des humains avec l’IA », l’IA nous aidant à devenir « plus humains » (dans une version très idéalisée de l’évolution, comme autrefois lorsque l’on croyait que l’accès infini à l’information sur Internet rendrait les gens plus intelligents). En tout cas, l’IA nous aide à poser de meilleures questions. Pour le journaliste Josh Constine, « nous passons d'un rôle de créateur de réponses à un rôle de poseur de questions et de conservateur. » Peter Deng doute que les gens se soucient de savoir si un contenu est créé par l’IA. Prenant le parallèle du pain, il y aura, selon lui, des contenus de qualité, comme du pain fabriqué à l’ancienne, et des Points chauds, avec des contenus artificiels préfabriqués à la chaîne, pour le commun des mortels.
Le journaliste Josh Constine, SignalFire VC avec Peter Deng, Directeur produit ChatGPT
Et à la question si les artistes (et les médias) dont les œuvres ont été utilisées pour former l'IA générative comme ChatGPT devraient être rémunérés pour leurs contributions Peter Deng répond : « C'est une excellente question ». Dans la foule des spectateurs, certains ont crié « oui » en réponse, ce que le directeur produit ChatGPT a reconnu. « Le public me dit que c'est le cas. J'entends le public dire que c'est le cas », sans pour autant répondre à la question...
En attendant, l’IA de transcription automatique de YouTube, n’est pas vraiment au point, à moins que Chachi P ne soit le nouveau nom de code de GPT5....
Le #Kategate et la nouvelle post-réalité
En pleine semaine de SXSW, un nouveau rapport commandité par le Département de l’état des Etats Unis a souligné une fois de plus les dangers de l’IA. Et contrairement à l’AI Act européen, ce rapport met en évidence un risque évident lié à la désinformation. Justement, le premier week-end du festival fut marqué par le #Kategate, un « cheapfake » qui illustre parfaitement les limites du réel dans un monde, où désormais n’importe quel enfant de six ans avec une connexion Internet peut fabriquer des faux plus professionnels que Buckingham Palace (qui vient de détruire sa réputation de source sûre). Charlie Warzel décrit parfaitement dans The Atlanticce nouveau monde où « Rien n'est vrai et tout est possible. » La surréaction des agences de presse qui ont immédiatement « tué » la photo après les premiers soupçons de manipulation est un signe d’une nouvelle ère de la transparence pour les uns, et de la fin de la réalité pour les autres. Juste avant SXSW, la réalité avait déjà été perturbée par de faux appels téléphoniques dans le New Hampshire, imitant la voix de Joe Biden pour dissuader les gens de voter lors des primaires de l'État, les premières du pays.
Avis de suppression de la désormais célèbre photo chez Reuters, fait extrêmement rare dans les agences, qui doivent, tout comme les médias, défendre leur rôle d’intermédiaire de confiance
En tout cas, le scandale autour de l’image manipulée a chamboulé une série de panels, notamment celui sur L'IA et le journalisme : Les conséquences massives lorsque la vérité est l'IA.David Allan, Directeur éditorial chez CNN, Donie O'Sullivan, correspondant CNN, Sandra Stevenson Directrice Adjointe Photos au Washington Post et Bernadette Tuazon, Directrice Photographie Worldwide chez CNN avaient toujours l’air perturbé par l’affaire éclatée le week-end dernier. David Allen commence par la question « Comment faire du pu**** de journalisme fiable et de qualité à l'ère de l'IA ? », en ajoutant une citation de Paul Virilio qui s’adapte parfaitement à l’IA : « Quand on invente le bateau, on invente aussi le naufrage ; quand on invente l'avion, on invente aussi le crash ; et quand on invente l'électricité, on invente l'électrocution... Chaque technologie porte en elle sa propre négativité, qui s'invente en même temps que le progrès technique ».
Sandra Stevenson s'est montrée « presque moins préoccupé par le faux contenu que pour le bon contenu ». La manipulation d’images n’est pas nouvelle (on se souvient de photos de guerre « améliorées », comme ci-dessous pour renforcer le storytelling (ajout d’une roquette, combinaison de deux photos...).
Mais aujourd’hui, n’importe qui peut générer une fausse réalité à partir de rien. Il s'agit à la fois d'une question de confiance et d'un défi économique pour les médias. En effet, quand la réalité est artificielle, la confiance est la nouvelle monnaie forte pour retenir un public, souvent payant aux Etats-Unis.
La nouvelle question que les journalistes se posent aujourd’hui : « Devons-nous accepter ceci comme une vérité ? » Pour les experts autour de la table, le plus inquiétant dans le #kategate était que les agences n'ont pas été en mesure de dire ce qui les a poussées à retirer la photo. Cette affaire raconte plus sur le journalisme moderne que sur la famille royale. Elle montrait aussi la vulnérabilité des médias. Et pose la question « Qu'est-ce qu'une image de quelque chose de réel ?» (Bernadette Tuazon). Au Washington Post, les règles sont très strictes : c’est l'objet sur lequel a été créée l’image qui compte (appareil photo, avec des concessions sur les smartphones, et de la vidéo).
L’éducation est un autre point primordial pour les rédactions : Le Washington Post et CNN ont chacun mis en place des formations spécifiques avec des chercheurs et des spécialistes de la cybersécurité (depuis la fausse arrestation de Donald Trump) pour identifier les parties des photographies, comprendre les outils, les intégrer dans le flux de travail à la fois sur la photo et la vidéo. Et pour répondre aux questions des journalistes : « Quel est le problème ? Pourquoi ne puis-je pas utiliser une image d'IA ? ». Un des problèmes évoqués par Donie O’Sullivan est peut-être aussi que « le dernier endroit où l'on peut trouver de l'innovation, c'est dans les rédactions » ...
La question se pose : Est-ce la fin des contenus générés par les utilisateurs ? Doit-on désormais uniquement accepter des images créées par des journalistes certifiés ? Bien-sûr qu’Adobe a mis en place la certification C2PA, mais Adobe a aussi diffusé des images du tremblement de terre en Turquie fabriquées par l’IA. L’éducation doit donc non seulement se faire en interne et auprès des publics, mais aussi auprès des fournisseurs de solutions.
Un autre panel décrivait d’ailleurs parfaitement cette ambiance un peu « Fin du Monde » pour l’information, et la société dans son ensemble : Des algorithmes aux armes : comprendre l'interaction entre l'IA, les médias sociaux et les armes nucléaires. Frances Haugen, la célèbre lanceuse d’alerte ex-Facebook, Anthony Aguirre, CEO Future du Life Institute et Jeffrey Ladish, ancien d’Anthropic, maintenant au Center for Humane Technology, ont discuté des dangers des IA génératives, entre autres des modèles Open Source, qui permettent aux utilisateurs d'employer les modèles à mauvais escient (comme l’a réussi à faire Jeffrey Ladish avec Llama2 en lui demandant le mode d’emploi d’une arme biologique). Dans une compétition technologique libre, le plus responsable est toujours puni.
Frances Haugen and Anthony Aguirre
Tous sont convaincus que « nous allons assister à des élections très bizarres. » Selon Frances Haugen, « nous devrions nous attendre à voir le chaos ». Les hallucinations des LLMs sont des caractéristiques, pas des défauts, et nous nous dirigeons vers une guerre de l'information d'une ampleur inédite. Les trois spécialistes ont appelé à une régulation de la part du gouvernement, et Anthony Aguirre conclut même sur un conseil pas du tout dans l’air du temps : « Les États-Unis et la Chine doivent collaborer. »
Réguler ou ne pas réguler ? Les avis sont partagés à SXSW. La commissaire européenne à la concurrence, Margrethe Vestager, a réinsisté que « nous nous préoccupons de la sécurité dans les produits physiques, [mais] nous ne nous sommes pas assez préoccupés des risques numériques. » D’un autre côté, la plupart des journalistes américains dans les différentes tables rondes sont plutôt pour davantage d’éducation que de régulation, pour éviter les interférences gouvernementales dans la liberté de la presse. La régulation sans l’éducation n’a effectivement pas beaucoup de sens. Paul Cheung, Strategic Advisor Hack Hackers, a même surenchéri dans une des tables rondes organisées par le Future Media Hubs que la « transparence déclarée depuis notre tour d’ivoire » n’est pas utile, ajoutant que « La transparence m'agace au plus haut point ». Il plaide pour une transparence applicable, au service des utilisateurs. « Le déclin de la confiance dans les médias, nous l'avons fait à nous-mêmes », a-t-il constaté plus loin, s’exprimant en tant que « Asiatique et personne de couleur. » Avec une famille originaire de la Chine, la régulation gouvernementale est hors de question pour lui. A ce sujet, il a d’ailleurs ajouté que « l’obsession du Bien contre le Mal » est très occidentale. » Tout est question de point de vue, et SXSW permet d'en confronter une mutlitude.
De gauche à droite : Mickey Galin de JWI, Veera Siivonen de Saidot, Paul Cheung, Strategic Advisor chez Hack Hackers dans une table ronde animée par Erika Allen Head of Audience Strategy and Growth au Washington Post
Le plus gros du travail est en effet du côté des journalistes. Selon Joan Donovan de l’Université de Boston, éminente spécialiste de la désinformation, de la manipulation des médias, des mouvements politiques et des études critiques de l'internet et l'extrémisme en ligne, « il ne suffit pas qu'un deepfake soit en ligne, vous [les journalistes] n'êtes pas obligés d’en parler comme d’un scoop pour amplifier sa portée. » Surtout que l’on « ne peut pas annuler la vue de quelque chose. »
Zach Seward, récemment nommé responsable IA de la rédaction du New York Times, a donné les clés d’une utilisation positive de l’IA dans l’information :
« Le journalisme d'IA va mal lorsqu'il n'est pas contrôlé, qu'il est paresseux, égoïste et opaque. Il doit être contrôlé et motivé par ce qui est le mieux pour les lecteurs. »
Il a listé une série de cas d’usages (du plus mauvais – « The bad and ugly » - aux plus positifs, allant de l’exemple repoussoir de CNET aux reportages en temps réel du NYT. Les cas les plus aboutis étant ceux basés sur de l’apprentissage machine « classique » de reconnaissance de structures dans de grandes masses de données.
The Marshall Project, un média à but non lucratif couvrant le système judiciaire américain, a enquêté sur les livres interdits dans les prisons d'État et sur les raisons de cette interdiction
Les utilisations récentes des modèles Transformers, ou de l'IA générative aident à décrypter le chaos du monde, allant des exemples du Marshall Project (ci-dessus) à Realtime, une génération de graphiques en temps réel :
« Face à la réalité chaotique et désordonnée de la vie quotidienne, les LLM sont des outils utiles pour résumer des textes, rechercher des informations, comprendre des données et créer une structure. »
Mais Zach Seward a insisté sur un point non négligeable pour le NYT :
« Dans tous ces cas, on commence et on finit avec les humains, avec un peu de la puissance de l'IA générative au milieu pour faire la différence. »
Streaming : FAST Fashion, à l'ère des utilisateurs
Devant une salle comble, Phil Wiser, le directeur technique de Paramount a réimaginéé la société des médias moderne. Selon lui, les studios se penchent activement sur les modèles génératifs et possèdent une compétence assez élevée pour les comprendre. L’usage multimodal semble encore lointain, il y aurait actuellement des problèmes plus pratiques à résoudre.
En ce moment chez Paramount, l'accent est mis sur l'optimisation, par exemple pour le marketing et les campagnes (l'IA peut modifier les médias pour mieux les aligner sur les normes culturelles dans lesquelles ils apparaîtront, par exemple en modifiant les affiches de films pour éviter la nudité ou le blasphème dans les cultures les plus sensibles), plutôt que sur la création de nouveaux contenus. Mais il ne s’agit que d’une question de temps avant que l’IA ne soit entièrement intégrée :
« Des décors virtuels sont disponibles grâce à la technologie LED. Les moteurs de jeu sont souvent utilisés pour créer un monde virtuel, mais l'IA est en passe de fournir des capacités de création et d'édition en direct beaucoup plus rapides que les moteurs de jeu ».
Paramount CTO Phil Wiser
Paramount s'est associé à Adobe Firefly (décidément, Adobe s’est très bien positionné partout où il s’agit de création professionnelle avec l’IA) pour leurs initiatives autour des grands modèles de langage, et Bob l'éponge est le premier contenu sur lequel ils ont expérimenté cette technologie. Ils ont rencontré des problèmes, notamment la nécessité de former des modèles séparément pour l'avant-plan et l'arrière-plan, surtout pour l'animation, et de développer un vocabulaire de prompts étendu et sophistiqué, duquel il a donné quelques insights : Avec des descriptions de scènes, des angles de caméra, des personnages et même des types de caméras, l'IA peut générer une scène. Phil Wiser a aussi évoqué Sora, la nouvelle plateforme de génération de vidéos hyperréalistes d'OpenAI qui, selon lui, aura des effets majeurs sur l'industrie, en particulier dans la création de vidéos en direct pour les décors virtuels.
Selon Phil Wiser, les documentalistes sont les nouvelles stars de l’IA, les archives se transformant en gigantesques ensembles de données à rechercher. Annoter et étiqueter reste un travail colossal à maîtriser, même s’il est aidé par l’IA. Et pour conclure, très positif sur le besoin vital des géants de la tech de contenus de qualité, il se positionne sur un axe gagnant-gagnant :
« Je ne vais pas gagner la course aux armements de l'IA générative, mais je vais rester très proche des gens qui la gagnent. »
Un effet secondaire de la polarisation sur les réseaux sociaux : l’humour est en train de disparaître. Dans un entretien avec J.K. Simmons, dont la campagne publicitaire de Farmers Insurance est un succès depuis 14 ans, un graphique de Kantar montre la baisse de 15% dans la publicité numérique depuis la pandémie. Serions-nous incapables de trouver un dénominateur commun qui nous ferait encore rire ? C’est sûr que ce n’est pas l’IA qui changera la donne : avec sa compréhension du monde tout de même assez limité, l’humour n’est pas son point fort.
J.K. Simmons avec les Muppets
La génération A en tout cas partage bien quelques intérêts, notamment autour d’un sujet que ceux qui n’ont pas d’enfants pouvaient découvrir auFuture Media Hubs (dont France Télévisions est partenaire). En plus de MrBeast, désormais connu par toutes les générations, voilà Skibidi toilet, des batailles de toilettes (merci Linette Zaulich, Directrice Unscripted ZDF Studios).
Mais plus sérieusement, la Journée du Future Media Hubs fut non seulement l’occasion de rencontrer des collègues passionnants mais aussi d’en apprendre beaucoup sur les ingrédients secrets des plateformes de streaming, un nouveau monde centré sur les utilisateurs (dans lequel les médias peuvent toujours tirer leur épingle du jeu face à une expérience utilisateur peu convaincante des services de streaming, selon Evan Shapiro), et de comprendre que la première chaîne de télévision est Youtube, que nous (médias) risquons de perdre 3 générations au profit de Youtube et que Tiktok est en train de rompre la paix de l'information.
En attendant, les médias anciens ont toujours du mal à s’adapter à ce nouveau monde. Evan Shapiro a utilisé la notion peu flatteuse de « mettre un nouveau rouge à lèvres sur un vieux cochon ». Et le marché n’est pas très stable non plus, montrant certains symptômes d’un trouble alimentaire : après une phase de boulimie de bingewatching pendant la pandémie, le public réduit drastiquement sa consommation vidéo... et ses abonnements aux services de streaming.
Le temps consacré aux médias a diminué d'une demi-heure, et pourtant, Apple vient de sortir une nouvelle appli Sport dans un monde déjà surchargé de sollicitations. Les données sont souvent comparées au nouveau pétrole, mais leur confinement dans des écosystèmes fermés entraîne un manque d'interopérabilité qui nuit à l'utilisateur.
En moyenne, un utilisateur doit jongler entre 100 logins
Linette Zaulich a insisté sur l’importance de TikTok dans la consommation de médias : « TikTok vous convertit à vos besoins». 60% des utilisateurs de TikTok y trouvent du contenu qu’ils regardent ensuite sur la télé. Dans un écosystème où les applications vont disparaître, le partenariat avec les appareils va devenir encore plus important. Pour la Directrice Unscripted ZDF Studios, l’essentiel pour être découvert est la capacité à créer des histoires autour des contenus qui favorisent l'engagement.Ses équipes surveillent de près les évolutions des algorithmes et viennent de constater que YouTube favorise actuellement les contenus « en mode détente », c'est-à-dire des vidéos longues de plusieurs heures, dans son algorithme. Dans la lignée des pratiques FAST, ils regroupent donc plusieurs épisodes d'une série en une seule vidéo sur YouTube.
L'expression 'contenu premium' (très vieille télé) est d'ailleurs aujourd'hui source de confusion, face aux consommations ultra personnalisées des différentes générations. MrBeast est capable d’organiser un événement de la taille du Super Bowl deux fois par mois. Il faudrait d’ailleurs arrêter d’appeler ces stars « créateurs », comme s’ils organisaient des live Twitch depuis leur garage...
Cinéma et IA, Je t’aime, moi non plus
Tandis que le lancement de la série d'animation Bear Wars, sur l'IA et avec l'IA, a fait salle comble, les fans de cinéma et de télévision ont fortement exprimé leur mécontentement envers l'IA lors des projections des premières mondiales de The Fall Guy et Immaculate au Paramount Theatre à Austin. Les créatifs de la « Weirdness Industry » (selon la définition de Selena Gomez), sont inquiets face à l’utilisation massive de l’IA.
Daniel Kwan et Daniel Scheinert, collectivement connus sous le nom de "DANIELS", avaient présenté leur succès mondial "Everything Everywhere All at Once" à SXSW en 2022. Ils sont revenus en 2024 pour discuter de leur parcours et de leur approche de la réalisation de films, notamment de leurs premiers travaux qui exploitaient déjà les algorithmes pour gagner en visibilité. Ils ont donné un aperçu de leur processus créatif, soulignant l'importance d'une utilisation intentionnelle de la technologie et du scepticisme face aux promesses trop optimistes qui ne tiennent pas compte des inconvénients potentiels. Daniel Kwan s’est à cette occasion déclaré « terrifié » par l'impact de l'IA et son intégration rapide dans divers aspects de la vie.
Daniel Kwan et Daniel Scheinert à SXSW
« Essayez-vous de l'utiliser pour créer le monde dans lequel vous voulez vivre ? Essayez-vous de l'utiliser pour augmenter la valeur de votre vie et vous concentrer sur les choses qui vous tiennent vraiment à cœur ? Ou essayez-vous simplement de gagner de l'argent pour les milliardaires ? », a demandé d’ailleurs Daniel Scheinert au public. « Et si quelqu'un vous dit qu'il n'y a pas d'effet secondaire. C'est tout à fait génial, 'montez à bord' - je veux juste dire officiellement que c'est une connerie terrifiante. Ce n'est pas vrai. Et nous devrions discuter en profondeur de la manière de déployer ces produits avec soin, avec précaution », a-t-il déclaré.
La foule s'est mise à applaudir à tout rompre.
Face à la vague submersion de l’IA, la prochaine grande grève sera peut-être bien celle de l’industrie du gaming (valorisée 242 milliards en 2023), selon Duncan Crabtree-Ireland, le directeur général national de SAG-AFTRA, intervenu dans un panel à SXSW. « Nous sommes en pleine négociation avec tous les principaux studios de jeux... De nombreux points en litige sont semblables [...], incluant les salaires et l'intelligence artificielle. » Parmi les studios concernés figurent Activision, Epic Games et Disney Character Voices Inc.
Certaines stars de Hollywood se retirent alors dans un monde moins artificiel, celui des podcasts (on ne parle pas ici de ceux fabriqués par ElevenLabs). Kyle MacLachlan en fait partie. Il a lancé VarnanTown, sur une petite ville au fin fond de nulle part (« Je suis un habitué des histoires bizarres dans des petites villes »). Et il s’est aussi lancé sur les réseaux sociaux, avec un succès certain : il est le nouveau « Babygirl» de TikTok. Chaque medium a son propre langage, et il semble avoir parfaitement compris celui des podcasts, et de TikTok. Il ne lui manque plus qu’un compte Letterboxd.
Kyle MacLachlan avec Anne Walls Gordon, Chief Creative Officer / Executive Producer, Full Picture Productions
Quelle place pour les Humains ?
Et si la réponse à toutes nos questions était ailleurs ? Hugh Forrest, dans son discours d’ouverture de SXSW, a loué le JOMO (Joy of Missing Out) par rapport au FOMO (Fear of Missing Out).
Une session de SXSW a été retransmise en direct depuis l'espace, mettant en vedette les cosm...astronautes Jeanette Epps et Loral O'Hara à bord de la Station Spatiale Internationale. Cette démonstration illustre non seulement le potentiel de la technologie au bénéfice de l'humanité, mais offre également des exemples inspirants pour encourager les jeunes filles à s'intéresser aux mathématiques, trop souvent mises de côté faute de rôle modèles féminins.
Toujours dans l’espace, l'inauguration de SXSW a été marquée par un échange entre le Dr Lori Glaze, directrice de la division des sciences planétaires de la NASA, et la poétesse Ada Limón, 24ème prix des États-Unis pour la poésie. C’est cette dernière qui a été choisie pour envoyer une de ses œuvres dans le cosmos (après la plaque Lucy, en 2021), plus précisément vers Europa, la seconde lune de Jupiter. Les deux femmes ont souligné que les arts et les sciences devraient se connecter davantage, démonstration faite avec cette collaboration. Et c’est Ada Limón qui donne peut-être une clé de compréhension de ce monde en chaos :
« La poésie est en paix avec le fait de ne pas savoir des choses. », et plus loin : « Je crois en le repos / Dans ce silence et dans ce repos viendra la prochaine grande chose. »
L’équation de Drake, où pourquoi nous devons tous voyager dans l’espace
Un autre exemple de la combinaison réussie des sciences et des arts fut la présentation du livre d’Amy Kurzweil, un voyage poétique avec l’IA sur les traces d’un grand-père qu’elle n’a jamais rencontré. La cartooniste du New Yorker (et fille de Ray Kurzweil) a fabriqué Fredbot, un chatbot intelligent, qui est basé sur des artefacts de l'écriture originale de son grand-père.
Caricature d'Amy Kurzweil pour The New Yorker
Pour Ray Kurzweil, « Parler à ce chatbot c’est comme parler à mon père. » Pour préparer cette expérience, Amy Webb a expliqué qu’elle devait réfléchir elle-même à la façon d’un algorithme. L’IA comme une forme d’art, jouée dans les espaces virtuels si familiers à l’imagination des artistes. La définition d’origine d’artificiel étant « artisanat humain », Pinocchio (le vrai, pas celui de Walt Disney), est en fait le premier récit sur une IA. Grâce à la technologie actuelle, nous pouvons émuler quelqu'un d'autre, et même nous attacher à lui. Et selon Amy et Ray Kurzweil, « Vous pouvez choisir d'être optimiste ! ».
Conclusion
SXSW est un lieu unique où l’on croise à la fois geeks de la tech et créatifs, souvent les deux réunis en une personne. Est-ce que la révolution de l’IA, contrairement à la révolution d’Internet, rendra enfin les humains plus intelligents ? L'IA améliore-t-elle les idées ou ne fait-elle qu'alimenter les variations ? L'ingénierie du prompt est déjà dépassée. La question clé du festival fut bien la place de l’humain dans un monde de plus en plus rempli d’artifices. Peut-être qu’une petite touche féminine pourra aider à y voir plus clair... Certainement un peu d’imagination. Ce qui est sûr : L'IA va prendre une place de plus en plus importante dans la société, et dans notre identité.
Elon Musk, ami de longue date du producteur exécutif et réalisateur Jonathan Nolan, a fait une apparition lors de l'expérience Fallout de Prime Video. Il n’habite pas loin, étant installé au Texas depuis 2021, avec l’objectif de construire sa propre ville et une université « non-woke » .
Apropos d’Elon Musk : Penemue, une startup allemande qui propose de lutter contre les discours de haine sur Internet, grâce à l’IA.
Tulpamancer, une expérience interactive des artistes et réalisateurs Marc Da Costa et Matthew Niderhauser à l'intersection de l'intelligence artificielle générative et de la réalité virtuelle, utilisant ces deux outils pour une création artistique immersive dans un environnement spécialement conçu pour chaque utilisateur, à travers un ordinateur rétro, où les invités répondent à une série de questions sur leur vie avec le plus de détails possible (on oublie la protection des données) :
Une exérience black-mirroresque, avec des simulations VR créées dynamiquement, avenir possible pour un mélange d'IA et de VR.
L'intelligence artificielle Marilyn Monroe, proposée par Soul Machines marque un autre pas en avant dans l'extension de la valeur de marque des célébrités au-delà de la tombe.
Un film sur Poutine du réalisateur polonais Patryk Vega, fabriqué avec une technologie de deepfakes IA. Avec la même technologie, ils vont proposer une plateforme où chacun pourra générer son deepfake HD...
Un panel 100% féminin pour la Journée de la femme, avec les géniales Katie Couric et Brooke Shields, et Meghan, The Duchess of Sussex, qui était venue accompagnée de son Prince Harry :
Lors de la première de 3 Body Problem de Netflix, des moments de l'émission ont été projetés en 3D à 50 pieds au-dessus de la skyline d’Austin, faisant écho à l'expérience des personnages de la série. Le mystérieux Sophon, un avatar qui apparaît dans l'émission, parlait depuis le ciel...
États-Unis VS TikTok – Ce mercredi 13 mars, la Chambre des représentants a voté une potentielle interdiction de l’application chinoise dans le pays. Si le sujet est sur la table depuis quelques années (Donald Trump avait lancé les hostilités en 2020, avant de changer d'avis récemment), la menace est cette fois prise très au sérieux par ByteDance, société mère de l’application. Phénomène assez rare, les Démocrates et Républicains semblent s’accorder sur la décision à prendre : « L'impulsion bipa
États-Unis VS TikTok – Ce mercredi 13 mars, la Chambre des représentants a voté une potentielle interdiction de l’application chinoise dans le pays. Si le sujet est sur la table depuis quelques années (Donald Trump avait lancé les hostilités en 2020, avant de changer d'avis récemment), la menace est cette fois prise très au sérieux par ByteDance, société mère de l’application. Phénomène assez rare, les Démocrates et Républicains semblent s’accorder sur la décision à prendre : « L'impulsion bipartite récente pour forcer l'entreprise à se désinvestir marque le défi le plus sérieux pour l'application jusqu'à présent, et elle est maintenant confrontée à un vote incertain au Sénat »analyse the Guardian.
Contexte d’une guerre froide numérique
Mercredi, la Chambre a voté massivement en faveur d'une interdiction, avec 352 membres du Congrès votant pour le projet de loi et seulement 65 s'y opposant. Le Sénat a cependant freiné en proposant d'éventuelles modifications à la mesure, brisant les espoirs des partisans d'une adoption rapide et offrant un sursis potentiel à l'application populaire de courtes vidéos. L’entreprise chinoise a quant à elle qualifié le projet de loi « d'inconstitutionnel ». Dans cette guerre froide numérique, il est loin d'être évident que les États-Unis sortiraient vainqueurs.
La vente de TikTok serait rendue obligatoire dans un délai de six mois à un acheteur approuvé par le gouvernement américain. Si ByteDance refuse de vendre TikTok, il serait illégal pour les magasins d'applications et les sociétés d'hébergement web de distribuer ou de mettre à jour l'application aux États-Unis. Celles qui dérogeraient à la règle s’exposeraient à des pénalités. Une interdiction totale semble donc difficile à mettre en place, mais l’accès pourrait être drastiquement limité. La raison ? Les législateurs craignent un risque pour la sécurité nationale des États-Unis et les données de ses utilisateurs.
reminder why lawmakers are considering a tiktok ban:
-bytedance answers to the ccp
-beijing can weaponize americans’ data
-it's in xi’s best interest to control the algorithm + further polarize americanshttps://t.co/KWCf8dxjD4
De son côté Bytedance affirme que« 60% de l'entreprise appartient à des investisseurs institutionnels mondiaux ». L'entreprise indique également avoir investi plus de 1 milliard de dollars dans un plan visant à stocker les données sensibles des utilisateurs américains sur des serveurs exploités par Oracle, société américaine de cloud computing. Lors de la récente audition des géants de la tech au Congrès, Shou Zi Chew, le CEO de TikTok, avait insité sur ses origines singapouriennes. Pour Wang Wenbin, porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, le vote de la Chambre suivrait une « logique du voleur ». Il souligne : « Quand vous voyez les bonnes choses des autres, vous tentez de vous les approprier ».
Un rachat est-il réellement possible ?
Avec ses 170 millions d'utilisateurs aux États-Unis, TikTok est une acquisition hors de portée pour la plupart des entreprises. Microsoft, Google et Meta sont sous le coup de la loi antitrust, ce qui limite leurs possibilités d'achat. Steven Mnuchin, ancien secrétaire au Trésor controversé sous Donald Trump, a cependant manifesté son intérêt : « C'est une excellente entreprise et je vais constituer un groupe d’investisseurs pour acheter TikTok ».
L’hécatombe pour les créateurs de contenu
Face à la perspective d'une interdiction imminente, plusieurs créateurs expriment leur crainte :« J'achète des articles à des petites entreprises et je les présente sur ma plateforme - je les mets en valeur », a déclaré Ophelia Nichols, une créatrice basée en Alabama aux 12 millions d’abonnés. En Inde où l’application a été interdite en 2020, de nombreux créateurs peinent à faire repartir leur modèle économique: « La manière dont on gagnait en visibilité et en abonnés sur TikTok est [encore] incomparable à toute autre plateforme disponible pour le moment »,a déclaré Clyde Fernandes, directeur exécutif chez Opraahfx, une agence de marketing et de gestion d'influenceurs.
De son côté, Jason Koebler, le cofondateur de 404 Media se demande comment le gouvernement américain peut supprimer TikTok « sans violer les droits de liberté d'expression de millions d'Américains et nous mettre sur la voie où un internet relativement ouvert et mondial devient de plus en plus géographiquement cloisonné ».
Affaire à suivre…
CETTE SEMAINE EN FRANCE
L'AI Act : un premier texte qui omet les enjeux informationnels (RSF)
Le marché français de la musique pénalisé par la faiblesse des abonnements en streaming (Le Monde)
Intelligence artificielle : un accord de partenariat entre « Le Monde » et OpenAI (Le Monde)
L'année dernière, Google a versé environ 10 millions de dollars à 632 chercheurs pour avoir trouvé et signalé des failles de sécurité dans ses produits et services, d’après Bleeping Computer.
LE GRAPHIQUE DE LA SEMAINE
Les Français préfèrent les journalistes aux algorithmes
NOS MEILLEURES LECTURES / DIGNES DE VOTRE TEMPS / LONG READ
Comment lutter contre la pollution du web ? (The Atlantic)
Bernard Arnault rivalise avec Bezos et Musk en termes de richesse et d'influence sur les médias (Wall Street Journal)
L'IA au service de l'information : le nouveau responsable de l'IA du New York Times explique ce que cette technologie puissante peut apporter au journalisme (Reuters Institute)
Kate Middleton et la fin de la réalité partagée (The Atlantic)
Mettre fin à l’enfance basée sur le téléphone dès maintenant (The Atlantic)
Lueurs d’espoirs dans un paysage médiatique morose (New York Times)
Kate Middleton et l'espoir dans l'enfer de l'information (CJR)
DISRUPTION, DISLOCATION, MONDIALISATION
L'IA pourrait constituer une menace d'extinction pour l'homme, selon un nouveau rapport commandé par le département d'État américain (CNN)
OpenAI a signé avec le plus grand groupe de média espagnol Prisa et le Monde (OpenAI)
Le Monde devient le premier média français à signer un partenariat avec OpenAI.
ChatGPT utilisera les contenus du journal pour plus de pertinence. Le Monde touchera des revenus conséquents en contrepartie et pourra développer des fonctionnalités IA.https://t.co/WpA6UEuBdw
Une « loi sur la liberté des médias » en UE, pour protéger les journalistes et lutter contre les ingérences politiques, a été votée par le Parlement (Le Monde)
BREAKING: The European Commission sent formal requests to Bing, Facebook, Google Search, Instagram, Snapchat, TikTok, YouTube, and X:
Following these companies' designation as Very Large Online Platforms (VLOPs) or Very Large Online Search Engines (VLOSEs) by the DSA, the… pic.twitter.com/OTeFS3OeWC
La baisse de la diffusion des quotidiens britanniques s'élève en moyenne à 19 % au second semestre 2023 (Press Gazette)
Les gens se font plus confiance qu'ils ne font confiance aux informations. Ils ne devraient pas (Columbia Review)
Meta est prêt à abandonner l'information dans l'Illinois s'il est contraint de payer les éditeurs locaux (The Verge)
Une liste de subventions et de bourses destinées spécifiquement aux personnes qui s’identifient comme femmes et / ou à la réalisation de reportages sur les femmes (GIJN)
STORYTELLING, NOUVEAUX FORMATS
Mona Chalabi parle de la narration, du pouvoir des données et de la couverture de la Palestine (The Verge)
ENVIRONNEMENT
Les réparations de téléphones et d'ordinateurs portables deviennent mainstream, grâce à l'action d'iFixit (Cnet)
RÉSEAUX SOCIAUX, MESSAGERIES, APPS
Comment ByteDance pourrait sauver TikTok d'une interdiction aux États-Unis (Axios)
Le long et difficile chemin de Reddit vers l'introduction en bourse (New York Times)
L'ancien secrétaire au Trésor Steven Mnuchin est intéressé par le rachat de TikTok (CNN)
L'autorité de régulation italienne inflige une amende de 11 millions de dollars à TikTok (Reuters)
Les contenus violents en ligne sont "inévitables" pour les enfants britanniques, selon l'Ofcom (The Guardian)
Le New York Times rejette l'allégation de "piratage" de l'OpenAI dans le cadre de la lutte contre le droit d'auteur (Reuters)
Ces enfants ont enrichi leurs parents influenceurs. Verront-ils un centime de cet argent ? (Cosmopolitan)
Qui pourrait acheter TikTok ? Découvrez les personnes susceptibles d'acquérir l'application (NBC News)
Instagram joue la carte du long terme face à TikTok, et est en train de gagner (Business Insider)
IMMERSION, 360, VR, AR
L'ancien directeur d'Oculus chez Meta (et auparavant cadre chez Google) donne son avis sur le Vision Pro (Hugo’s Blog)
STREAMING, OTT, SVOD
YouTube remanie son application TV pour faciliter les achats (The Verge)
AUDIO, PODCAST, BORNES
Neil Young reviendra sur Spotify après un boycott de deux ans en raison de Joe Rogan (Wall Street Journal)
Spotify ajoute des vidéos musicales en version bêta dans certains pays - les Etats-Unis n'en font pas partie (TechCrunch)
Web3, BLOCKCHAIN, CRYPTO, NFT
Un juge estime qu'un informaticien n'est pas l'inventeur du bitcoin (BBC)
Ce que l'histoire de Kate Middleton nous apprend sur le bitcoin (Financial Times)
INTELLIGENCE ARTIFICIELLE, DATA, AUTOMATISATION
Entretien avec Mira Murati, directrice technique d'OpenAI, à propos de Sora et de son plan de déploiement (Wall Street Journal)
Les vidéos IA de Sora sont facilement confondues avec des images réelles lors d'un test auprès de consomateurs US (Variety)
Les journalistes alimentent l'engouement pour l'IA (BBC)
Les accords d'OpenAI avec les éditeurs pourraient poser des problèmes à ses rivaux (TechCrunch)
Oubliez les chatbots. Les agents d'intelligence artificielle sont l'avenir (Wired)
Apple a discrètement acheté la startup canadienne d'IA DarwinAI (Bloomberg)
Google Deep Mind présente SIMA : un agent d'intelligence artificielle polyvalent pour les environnements 3D (DeepMind)
MONÉTISATION, MODÈLE ÉCONOMIQUE, PUBLICITÉ
NewsGuard propose aux marques une veille sur les “fake news” (CBNews)
L'éventuelle interdiction de TikTok aux États-Unis préoccupe les spécialistes du marketing (Digiday)
AP lance un site de commerce électronique avec Taboola (Axios)
Comment éviter la rupture définitive ? Les jeunes s’intéressent à l’info, mais fuient les médias traditionnels. D'un autre monde, sensationnalistes, à côté de la plaque, trop négatifs : les médias classiques n'ont pas bonne presse auprès de la génération Z. « Le mantra des médias a souvent été « si ça saigne, ça intéresse » », reconnaît Jodie Jackson, directrice du News Literacy Lab. L’info circule désormais par des portes dérobées : les créateurs de contenu et célébrités. Aux Etats-Unis, Plain
Comment éviter la rupture définitive ? Les jeunes s’intéressent à l’info, mais fuient les médias traditionnels. D'un autre monde, sensationnalistes, à côté de la plaque, trop négatifs : les médias classiques n'ont pas bonne presse auprès de la génération Z. « Le mantra des médias a souvent été « si ça saigne, ça intéresse » », reconnaît Jodie Jackson, directrice du News Literacy Lab. L’info circule désormais par des portes dérobées : les créateurs de contenu et célébrités. Aux Etats-Unis, Plain Bagel, créateur de contenu d’investissement, Marques Brownlee, créateur de contenu spécialisé dans la tech, HasanAbi, vidéaste politique, dominent « le marché », avec l’essor de « l’infotainment ».
Face à ce constat, une question cruciale se pose : comment gagner la confiance de ce public exigeant, avant qu’il ne soit trop tard ? Publié début mars,le nouveau rapport de FT Stratégies, du KnightLab de l’université Northwestern et de la Google News Initiative confirme ce décalage important entre les préférences de la génération Z en matière d’actualités et les offres actuelles. Et propose quelques pistes pour déjouer la lassitude de cette audience recherchée.
1Ne pas nier la valeur du vécu
S’appuyer uniquement sur sa marque pour établir sa crédibilité auprès d’un public jeune est une erreur. Pour les jeunes « consommateurs » d’information, la crédibilité repose davantage sur le vécu – les expériences, les défis – qu’un individu accumule tout au long de sa vie. Partager ses expériences, dire d’où l’on vient, renforce l’authenticité et la capacité à se connecter avec le public sur certains sujets. Une des erreurs communes est souvent de promouvoir et mettre en avant des journalistes les plus anciens, même s’ils ne reflètent pas l’identité ou les expériences de leur public cible.
Le média d’investigation Guiti News, spécialisé dans les questions migratoires, a rédigé de courtes biographies sur chacun de ses journalistes. Chacune est écrite par un collège de la rédaction et explique généralement pourquoi ils souhaitent couvrir ce sujet et ce qui les rend aptes à le faire.
2S’allier avec les créateurs de contenus
Morning Brew a mis en place un programme de créateurs qui permet aux personnalités des médias sociaux de travailler pour l’entreprise tout en restant indépendants. Le rapport souligne la nécessité de créer de nouveaux postes au sein de la production d’information, comme responsable des relations avec les créateurs – pour faciliter la définition des partenariats. Ces alliances doivent être « abordées avec beaucoup de doigté, dans le respect des normes journalistiques ».
3Être humble !
Les politiques de correction devraient être plus cohérentes et transparentes sur les erreurs et les modifications apportées ultérieurement à la couverture. Le média TDLR News se plie à l’exercice, avec un certain succès. Tous les six mois, le média produit une vidéo dans lequel ils répondent exclusivement aux commentaires négatifs de la communauté. « Ce sont les vidéos qui suscitent le plus d’intérêt, avec de très bon retours », se félicite Jack Kelly, fondateur de TDLR News.
Les journalistes devraient aussi interagir davantage sur les réseaux sociaux, avec l’utilisation de tactiques telles que le « stitching » sur TikTok, ou le « remixage » sur Instagram, qui permettent aux utilisateurs de se répondre en intégrant la vidéo de quelqu’un d’autre dans la leur, comme le fait Underthedesknews sur TikTok.
4Utiliser l’IA générative
L’IA générative peut être utilisé pour « céder » le contrôle des formats « à la prochaine génération ». Cette utilisation permettrait de répondre à ses préférences en matière de format et de mode de consommation. La BBC, en collaboration avec l’Institute of Engineering and Technology, a récemment partagé une démonstration d’un outil qui permet au consommateur de modifier la longueur, les fonctionnalités et le contenu d’une vidéo en fonction de ses préférences ou de ses besoins.
CETTE SEMAINE EN FRANCE
Une étude de l'Unesco alerte sur les préjugés sexistes générés par l'IA générative (Unesco)
« Politico » veut passer la vitesse supérieure en France (Le Monde)
3 CHIFFRES - Spécial Journée internationale des droits des femmes
D'après l'Arcom, si les présentatrices sont représentées à parité depuis 2022, les invitées (expertes, politiques et autres) et les journalistes / chroniqueuses, dont la représentation progresse tendanciellement depuis 2016, restent néanmoins minoritaires : 41% en 2023.
Les médias de service public sont à l'avant-garde de l'équilibre hommes-femmes sur le lieu de travail en Europe, selon EBU. Les médias de service public emploient directement plus de 100 000 femmes, soit 47 % des employés.
34% des Français estiment que le traitement médiatique est plus mauvais pour les femmes que pour les hommes. 40% des Français ont le même sentiment pour les réseaux sociaux, d'après Ipsos.
SXSW, Jour 1 : 8 mars, Paroles de femmes
LE GRAPHIQUE DE LA SEMAINE
NOS MEILLEURES LECTURES / DIGNES DE VOTRE TEMPS / LONG READ
Dans l'univers des spammeurs de TikTok et des outils d'IA qui les alimentent (404media)
La peur qui a inspiré la création d'OpenAI (Wired)
Les experts chinois de TikTok apprennent aux Américains à vendre (Rest of World)
DISRUPTION, DISLOCATION, MONDIALISATION
Pékin entend se débarasser vite de sa dépendance aux technologies US (Wall Street Journal)
Google veut rediriger le trafic des blogs de spam générés par l'IA vers des sites web légitimes (The Verge)
DONNEES, CONFIANCE, LIBERTÉ DE LA PRESSE,DÉSINFORMATION
Une nouvelle technologie qui montre l'authenticité des images et des vidéos est lancée sur BBC News (BBC)
Une série de faux sites d'information ayant des liens avec la Russie apparaissent aux États-Unis (New York Times)
Le président populiste d'Argentine ferme la principale agence de presse du pays (Buenos Aires Herald)
LÉGISLATION, RÉGLEMENTATION
Les nouvelles règles de concurrence de l'UE entrent en vigueur (The Verge)
Pornhub poursuit l'UE au sujet de la réglementation sur le contenu en ligne (Politico)
JOURNALISME
Condé Nast déclare que l'entreprise n'a pas atteint son objectif de chiffre d'affaires en 2023 (Axios)
CNN est le site d'information qui a connu la plus forte croissance parmi les dix premiers sites web en janvier (Press Gazette)
Les Palestiniens ont du mal à se connecter et à obtenir des informations dans le cadre de la fermeture des réseaux numériques à Gaza (Reuters Institute)
Les médias australiens pourraient demander à Meta de les rémunérer pour le contenu utilisé pour former l'IA (The Guardian)
Seuls 24 % des rédacteurs en chef de 12 pays sont des femmes (Reuters Institute)
STORYTELLING, NOUVEAUX FORMATS
The Guardian lance une newsletter hebdomadaire sur Taylor Swift (The Guardian)
Les vidéos plus longues de TikTok sont là pour durer (The Verge)
ENVIRONNEMENT
Selon un nouveau rapport, l'IA augmentera probablement la consommation d'énergie et accélérera la désinformation sur le climat (The Guardian)
RÉSEAUX SOCIAUX, MESSAGERIES, APPS
Le projet d'interdiction de TikTok aux États-Unis pourrait concerner toutes les applications chinoises (Mashable)
Meta indique que l'accès est rétabli après la panne de Facebook et d'Instagram (New York Times)
Le président Biden interdirait TikTok. Mais le candidat Biden l'utilise pour sa campagne (npr)
LinkedIn mise sur l'information alors que ses concurrents sociaux reculent (Axios)
Meta abandonne les victimes de piratage informatique, drainant ainsi les ressources des forces de l'ordre (Wired)
Reddit lance un outil doté d'une intelligence artificielle pour détecter le harcèlement en ligne (Mashable)
IMMERSION, 360, VR, AR
La panne de Meta a également entraîné l'arrêt des casques VR Quest, mais l'entreprise tente de remédier à ce problème (The Verge)
The article is quite accurate. Quest already works offline, but in this instance our login servers had a bug and were returning responses the headset didn’t expect which made the sessions invslid. We’ll work to make it more resilient to this super rare condition.
A la Silicon Valley, les accords se multiplient pour permettre aux entreprises technologiques de se servir légalement des contenus disponibles sur Internet pour nourrir leurs IA. Le dernier en date aurait été signé entre Google et Reddit. Le géant du numérique compterait verser 60 millions de dollars par an au réseau social pour entraîner ses modèles. Ce deal s’inscrit dans une tendance croissante qui concerne en priorité les acteurs de l’information. Axel Springer, AP, Semafor, et certains gra
A la Silicon Valley, les accords se multiplient pour permettre aux entreprises technologiques de se servir légalement des contenus disponibles sur Internet pour nourrir leurs IA. Le dernier en date aurait été signé entre Google et Reddit. Le géant du numérique compterait verser 60 millions de dollars par an au réseau social pour entraîner ses modèles. Ce deal s’inscrit dans une tendance croissante qui concerne en priorité les acteurs de l’information. Axel Springer, AP, Semafor, et certains grands médias français font le choix de se lier aux géants de l'IA générative, faute d'accord global sur les droits des éditeurs. Avec, comme effet secondaire, la déstabilisation d'acteurs de moindre envergure.
Google to pay Reddit $60 million per year for faster access to its content that it has access to already that no one wants to see rank highly in Google Search anyway https://t.co/T3gYvAcBKkpic.twitter.com/pNOoMTDTiq
Deals entre OpenAI et la presse : un pari risqué ?
On vous en parlait ici, le géant de l'édition allemand Bild a conclu un partenariat historique avec OpenAI fin décembre. Dans le cadre de cet accord, Axel Springer autorisera OpenAI à utiliser le contenu de ses médias, notamment Bild, Politico et Business Insider, pour entraîner des modèles d'intelligence artificielle. Le principal objectif du groupe ? Améliorer la qualité des réponses données par ChatGPT grâce à ses articles de presse tout en assurant la pérennité économique de ses médias.
En juillet, l’agence de presse américaine Associated Press (AP) annonçait également avoir conclu un accord avec la start-up, lui « conférant une licence d'utilisation pour une partie de ses archives de presse ». La publication des contenus n’était cependant pas concerné. Dans cette continuité, le site d’information politique Semafor a récemment développé un outil de recherche en partenariat avec OpenAI piloté par l'IA appelé MISO (pour « multilingual insight search optimizer »). Celui-ci permet aux journalistes de trouver et de résumer efficacement un large éventail d'articles dans différentes langues, facilitant ainsi le processus de curation de contenu. L'entreprise décrit l'outil comme« un robot personnalisé construit sur la plateforme OpenAI et utilisant le moteur de recherche Bing de Microsoft ».
Selon Mind Media, un partenariat inédit aurait également été noué entre Microsoft et les journaux Ouest France et Le Monde afin de « les aider à appliquer les fonctionnalités de l’intelligence artificielle générative à leurs activités rédactionnelles ». Ce serait le premier accord de ce type entre des médias français et une entreprise technologique de cette envergure.
Pendant ce temps, le New York Times pourrait peut-être gagner son procès contre OpenAI…
C’est ce que sous-entendent Timothy B. Lee, journaliste spécialisé dans les droits d’auteur, et James Grimmelmann professeur de droit spécialisé sur la propriété intellectuelle dans un article pour ArsTechnica. Le New York Times intentait fin décembre un procès à Open AI pour violation des droits d’auteur. L’argument principal en faveur d’Open AI serait que « Nous apprenons tous gratuitement ». L’article souligne cependant que : « Le raisonnement semble être que s'il est légal pour un être humain d'apprendre à partir d'un livre protégé par le droit d'auteur, il doit également être légal pour un grand modèle de langage d'apprendre à partir d'un million de livres protégés par le droit d'auteur » avant de poursuivre : « l’utilisation équitable dans un contexte personnel ou universitaire peut ne pas l'être si elle est pratiquée à l'échelle commerciale ».
En effet, la loi mentionne spécifiquement l'enseignement et la recherche comme exemples d'utilisation équitable. Mais pour les deux experts, les entreprises d'IA, comme OpenAI, utilisent des matériaux protégés par des droits d'auteur d'une manière qui pourrait ne pas être considérée comme une utilisation équitable, surtout lorsque les modèles génèrent des contenus qui concurrencent directement les œuvres originales. A l'époque, MP3.com et Texaco avaient perdu leurs arguments concernant l'utilisation équitable, tandis que Google a eu gain de cause. Aujourd'hui, les marchés des licences sont bien plus matures face à l'exploitation numérique des contenus et le problème de "mémorisation" des IA génératives...
En attendant des accords viables, de plus en plus de médias bloquent les robots d’exploration web (crawlers) des IA afin de protéger leurs données. Selon un relevé du Reuters Institute, à la fin de l'année 2023,48 % des sites d'information les plus utilisés dans dix pays bloquaient les robots d'OpenAI. Un plus petit nombre, 24 %, bloquait le crawler d'IA de Google. Une tentative de protection pour préserver tant bien que mal leur modèle économique et le trafic sur leurs sites.
Google grand sauveur des éditeurs ?
Dans un contexte économique difficile, Google se positionne comme sauveur des éditeurs avec son nouvel outil de gestion des paywalls dynamique « Offerwall ». Difficile à croire sachant que le crawler de son IA Gemini participe également à l’absorption des données des médias – et fragilise donc leur modèle économique. L’outil permet aux lecteurs de débloquer l'accès au contenu de leurs sites web en choisissant parmi une série d'options telles que l'achat d'un abonnement, la visualisation d'une publicité vidéo, le partage de données personnelles (en spécifiant leurs intérêts parmi une liste de choix), ou un micropaiement pour un accès à court terme. Google présente Offerwall comme un « moyen pour les éditeurs de diversifier leurs revenus et d'explorer des approches de monétisation alternative ».
CETTE SEMAINE EN FRANCE
« Qui veut voir dormir ma sœur » : l’horreur d’un Discord français à peine caché (Numérama)
Pluralisme : l'affaire CNews vire au casse-tête pour l'Arcom (Les Echos)
Sciences Po : souffrances en silence à l’école de journalisme (Arrêt sur Images)
Substack annonce avoir dépassé les 3 millions d'abonnements payants sur sa plateforme, selon leur communiqué.
1 500 milliards de dollars - la valeur de marché de Nvidia, le fabricant de puces qui alimente l'intelligence artificielle, a bondi de plus de 1 500 milliards de dollars au cours des 12 derniers mois, d’après CNBC.
DONNEES, CONFIANCE, LIBERTÉ DE LA PRESSE,DÉSINFORMATION
OpenAI suspend le développeur d'un chatbot se faisant passer pour un homme politique (AI)
Le personnel de Meta a découvert que l'outil d'abonnement à Instagram permettait l'exploitation des enfants. L'entreprise a quand même continué (Wall Street Journal)
Une nouvelle étude montre que les gens peuvent changer d'avis sur la théorie du complot (The Conversation)
LÉGISLATION, RÉGLEMENTATION
Les géants du numérique signent un accord contre l’utilisation trompeuse de l’IA dans le cadre d’élections (Le Monde)
Julian Assange risque un "déni de justice flagrant" s'il est jugé aux États-Unis, selon un tribunal londonien (The Guardian)
TikTok visé par une enquête de la Commission européenne concernant la protection des mineurs (Commission européenne)
Nous ouvrons une procédure formelle pour déterminer si Tik Tok a pu enfreindre le règlement sur les services numériques (#DSA) dans certains domaines :
protection des mineurs publicité accès aux données pour les chercheurs gestion des risques contenu préjudiciable
Paris, jeudi 15 janvier - Google annonce l'inauguration de son nouveau centre de recherche en intelligence artificielle à Paris, en présence de son PDG Sundar Pichai. L’objectif ? « Faire émerger de nouveaux partenariats académiques et former des professionnels à cette technologie ». Le nouveau Lab réunira pas moins de 300 chercheurs et ingénieurs travaillant en collaboration avec les universités et les instituts de recherche français.
"La France possède des atouts considérables dans le domaine
Paris, jeudi 15 janvier - Google annonce l'inauguration de son nouveau centre de recherche en intelligence artificielle à Paris, en présence de son PDG Sundar Pichai. L’objectif ? « Faire émerger de nouveaux partenariats académiques et former des professionnels à cette technologie ». Le nouveau Lab réunira pas moins de 300 chercheurs et ingénieurs travaillant en collaboration avec les universités et les instituts de recherche français.
"La France possède des atouts considérables dans le domaine scientifique, avec ses 500 000 chercheurs et des institutions de premier plan tels que le CNRS, Inria, Paris Saclay, l'Institut Curie, ou encore l'Université PSL (Paris Sciences & Lettres)," souligne Google. Cette collaboration avec des institutions françaises de renom vise à stimuler la recherche fondamentale et appliquée en IA, consolidant ainsi la position de la France comme leader dans ce domaine. Google prévoit également de former 100 000 professionnels français aux outils de l'IA d'ici la fin de 2025.
Oui, la France est le pays le plus attractif en Europe pour les investissements étrangers et notamment des entreprises de la tech !
L’ouverture du hub Google dédié à l’intelligence artificielle, ouvert à tout l’écosystème français, en est le parfait exemple.
Une démarche qui soulève des questions sur le monopole numérique de Google
On pourrait pointer du doigt cette initiative comme un moyen pour Google de maintenir son hégémonie dans le domaine de l'IA, en monopolisant les ressources et les talents. C’était déjà le cas avec l’ouverture d’un laboratoire Meta en 2015, puis Google en 2018. « A l’époque, certains regrettaient l’aspiration par les géants américains des cerveaux français, dont Yann LeCun, un des parrains de l’IA moderne, chez Meta » explique Alexandre Piquard, journaliste du Monde.
TechCrunch, dans son analyse, tente de disséquer cette inauguration à la vue de tous « Google aurait pu envoyer un courriel à ses employés pour leur dire quand ils pourraient récupérer leurs badges pour le nouveau bureau. Au lieu de cela, l'entreprise a décidé qu'il s'agissait d'une opportunité de relations publiques. L'entreprise doit montrer qu'elle se préoccupe de l'IA et qu'il s'agit d'une priorité. »
Le nouveau bâtiment accueillera certes des projets d’IA, mais aussi des programmes autour de YouTube et Chrome. « Google aurait pu simplement l'appeler « Google hub » » affirme le média américain, mais l’entreprise souhaite « affirmer haut et fort qu'elle est spécialisée dans l’IA ».
Paris, un écosystème florissant de startups spécialisées dans l’IA
« En quelques années, nous sommes parvenus à créer plusieurs instituts de recherche interdisciplinaire, des chaires de recherche, à doubler le nombre de diplômés en IA et à augmenter de 500 le nombre de doctorants »,s'était félicité Emmanuel Macron en novembre, à l'occasion du lancement du laboratoire Kyutai, porté notamment par Xavier Niel (Iliad) et Rodolphe Saadé (CMA-CGM) et basé également à Paris.
Et la protection du travail journalistique français face aux IA dans tout ça ?
Bruno Le Maire, ministre de l’économie a affirmé refuser « que les systèmes d’intelligence artificielle aient un libre accès au travail des journalistes » lors de son intervention au World AI Cannes Festival vendredi 9 février. S’agirait-il d’un premier réveil officiel sur les risques de l’IA pour la profession en France ? « Quel est l’avenir d’un métier dont les informations, recueillies au prix d’un travail très exigent sont récupérés gratuitement par les systèmes d’intelligence artificielle ? » s’est-il demandé. A la question : bloquer ou ne pas bloquer les « crawlers » des intelligences artificielles sur les sites d’information on n'obtient pas la même réponses selon le média concerné.
Sur le plan européen, le ministre a appelé à la création d’un marché unique de la donnée régulée et équitable pour contrer la monopolisation des données par les géants du numériques. La France n’en a pas fini de faire parler d’elle en matière d’IA, mais Bloomberg nuance que la France n’a représenté que 2,9 % du financement mondial du capital-risque et la pénurie d'offres d'actions et d'acquisitions sur le marché local de la technologie ne sera pas réglé de sitôt par les nouveaux venus de l’IA.
Nous avons passé au crible les contenus publiés par plus de 550 influenceurs actifs en Europe
Si la quasi-totalité (97%) des comptes analysés publient du contenu commercial, seuls 20% le présentaient systématiquement comme étant de la publicité ↓https://t.co/uRcouMIEMZ
NOS MEILLEURES LECTURES / DIGNES DE VOTRE TEMPS / LONG READ
Le journalisme est-il préparé face à sa potentielle extinction de masse ? (The New Yorker)
Comment les séries réconfortantes ont conquis la télévision en streaming (The Hollywood Reporter)
Comment Elon Musk a cassé Twitter en le transformant en X (Washington Post)
Les licenciements et les fermetures d'entreprises ont bouleversé le secteur des médias. Qu'adviendra-t-il des jeunes qui étudient le journalisme ? (Boston Globe)
Ce qu'il faut pour réussir en tant qu'influenceur sur les médias sociaux (The Wall Street Journal)
DISRUPTION, DISLOCATION, MONDIALISATION
Les autres grands gagnants du Super Bowl... sont les créateurs ? (Rolling Stone)
DONNEES, CONFIANCE, LIBERTÉ DE LA PRESSE,DÉSINFORMATION
Une campagne d'influence chinoise favorise la désunion avant les élections américaines (New York Times)
La nouvelle ère de l'IA et des "Deepfakes" complique les élections de 2024 (Wall Street Journal)
OpenAI suspend le développeur d'un chatbot se faisant passer pour un homme politique (AINews)
Guerre Israël-Gaza : le nombre de journalistes tués atteint un niveau quasi record (CPJ)
LÉGISLATION, RÉGLEMENTATION
Intelligence artificielle : des députés proposent de faire de la CNIL l’autorité régulatrice (Le Monde)
JOURNALISME
Des suppressions d'emplois s'annoncent au Guardian alors que la baisse des revenus publicitaires frappe les éditeurs de plein fouet (The Times)
CBS News va licencier 20 journalistes dans le cadre de la réduction des effectifs de la Paramount (Los Angeles Times)
Accepter l'argent ou se battre ? Les magnats des médias sont divisés sur les accords relatifs à l'IA (The Hollywood Reporter)
Les journalistes font la grève alors que l'industrie de l'information se porte mal (npr)
Où tous ces journalistes vont-ils trouver un sens à leur vie ? (Hazlitt)
STORYTELLING, NOUVEAUX FORMATS
Oubliez le A1. Les "unes" les plus convoitées du New York Times sont désormais The Daily et son bulletin phare The Morning (Vanity Fair)
YouTube vous permet désormais d'intégrer des vidéos musicales dans vos Shorts (TechCrunch)
ENVIRONNEMENT
L’intelligence artificielle va-t-elle donner le coup de grâce au climat ? (Vert)
RÉSEAUX SOCIAUX, MESSAGERIES, APPS
L'endroit le plus civilisé pour consulter les actualités en ligne pourrait être Reddit (Columbia Journalism Review)
Dans une bataille avec X, Threads ajoute des sujets de tendance où la politique sera autorisée (TechCrunch)
TikTok prend de l'avance en tant que lieu de discussion sur les campagnes électorales (Bloomberg)
Le paradoxe des applications de rencontre : Pourquoi les applications de rencontre peuvent être pires que jamais (npr)
L’algorithme de TikTok amplifie de manière alarmante les contenus misogynes (L’ADN)
Ils voulaient faire carrière dans la technologie. Ils sont coincés dans un "atelier clandestin" de modération de contenu chez TikTok (Rest of The World)
IMMERSION, 360, VR, AR
Après avoir essayé le Vision Pro, Mark Zuckerberg déclare que le Quest 3 "est le meilleur produit, point final" (The Verge)
Cette organisation à but non lucratif utilise la réalité virtuelle pour former les journalistes ukrainiens à couvrir la guerre en toute sécurité (Reuters Institute)
Les fans d'Apple commencent à renvoyer leurs Vision Pros (The Verge)
TikTok lance une application "réimaginée" pour l'Apple Vision Pro (TechCrunch)
STREAMING, OTT, SVOD
Mickey, Minnie, Donald et Goofy de Disneyland veulent se syndiquer (CNN)
Amazon facture désormais aux membres Prime un supplément pour le streaming sans publicité. Pour certains, c'est un deal-breaker (The Wall Street Journal)
Le troisième exportateur de télévision n'est pas celui auquel on pourrait s'attendre (The Economist)
AUDIO, PODCAST, BORNES
Le secteur de l'audio se contracte malgré l'essor de la diffusion en continu (Axios)
Web3, BLOCKCHAIN, CRYPTO, NFT
Le bitcoin retrouve une capitalisation boursière de 1 000 milliards de dollars, la crypto-monnaie atteignant son plus haut niveau en deux ans (CNBC)
today we are starting red-teaming and offering access to a limited number of creators.@_tim_brooks@billpeeb@model_mechanic are really incredible; amazing work by them and the team.
Sora can create videos of up to 60 seconds featuring highly detailed scenes, complex camera motion, and multiple characters with vibrant emotions. https://t.co/7j2JN27M3W
Devant les créateurs de contenu, chaque plateforme se pavane. Dernièrement, YouTube a lancé une énième opération séduction auprès de ses poules aux œufs d’or. Dans une lettre sur ses “paris pour 2024”, publiée ce 6 janvier, la plateforme explique vouloir se battre pour une meilleure reconnaissance des créateurs de contenus. Pour Neal Mohan, le patron de YouTube, ils doivent être considérés comme des “studios de nouvelle génération”. “La plupart des gouvernements ne prennent pas en compte les cré
Devant les créateurs de contenu, chaque plateforme se pavane. Dernièrement, YouTube a lancé une énième opération séduction auprès de ses poules aux œufs d’or. Dans une lettre sur ses “paris pour 2024”, publiée ce 6 janvier, la plateforme explique vouloir se battre pour une meilleure reconnaissance des créateurs de contenus. Pour Neal Mohan, le patron de YouTube, ils doivent être considérés comme des “studios de nouvelle génération”. “La plupart des gouvernements ne prennent pas en compte les créateurs dans leurs données sur l’emploi”, a-t-il déploré. YouTube aurait remis plus de 70 milliards de dollars aux créateurs, aux artistes, et aux sociétés des médias ces trois dernières années, par le biais du YouTube Partner Program.
At @YouTube, we’re excited about what’s ahead this year. Today I’m sharing 4 big bets we’re making in 2024, starting with how we’re using AI to empower human creativity. We want to help everyone create. https://t.co/oLJck6hXXh 1/4 pic.twitter.com/W4p0bGMn6K
Ces chiffres encouragent des créateurs de contenus, toujours plus nombreux. A une époque marquée par l’insécurité du travail, chacun veut développer sa propre marque, assurer ses arrières. Le contenu en soi importe peu. L’important reste de produire et de pratiquer une auto-promotion constante sur les réseaux sociaux. “Il faut crier dans le vide numérique et dire à tout le monde à quel point on est génial. Tout ce qui compte, c’est combien de personnes vous croient”, ironise Vox dans un article très fouillé intitulé Tout le monde est vendu maintenant. Dans une interview donnée au Guardian, l’auteure Naomie Klein a déclaré que le plus grand changement dans le monde depuis No Logo, paru en 1999, était que “le néolibéralisme a créé tellement de précarité que la marchandisation de soi est maintenant considéré comme le seul moyen d’atteindre une certaine sécurité économique. De plus, les réseaux sociaux nous ont donné les outils pour nous commercialiser sans arrêt”.
Sauf que, le marché sature. Pour ceux qui souhaitent être rémunérés directement, il est difficile de percer. L’offre dépasse largement la demande, avec une explosion de chaînes YouTube, de podcasts, de newsletters Substack. “Le rapport signal/bruit est complètement déséquilibré”, pointe la journaliste Joan Westenberg. Pour elle, la théorie des 1000 vrais fans “que l’on nous vend depuis 15 ans” est un mythe. Les données de Patreon et de Substack indiquent que le taux de conversion moyen d’un follower en fan payant est d’environ 5%. “Cela signifie qu’un créateur aurait besoin d’une fanbase totale de 20 000 adeptes pour obtenir 1000 supporters payants”, constate la journaliste. Or, il s’agit d’un pari presque impossible dans cette économie de l’attention infernale et surchargée.
De nouveaux concurrents viennent barrer la route des créateurs de contenu “de bonne foi” : le contenu sur les théories du complot généré par l’IA est en train de devenir une “niche” populaire pour gagner de l’argent en ligne, alerte Media Matters. Grâce à des programmes de synthèse vocale comme Eleven Labs, des escrocs produisent très rapidement (et presque sans effort) des vidéos de plus de 60 secondes. Sachant que la version bêta du programme de créativité sur TikTok rémunère les créateurs pour les vidéos de plus d’une minute…
CETTE SEMAINE EN FRANCE
Rachida Dati plaide pour une holding de l'audiovisuel public (Les Echos)
La presse de Bayard (La Croix, Notre temps, Phosphore...) s’enfonce dans le rouge (L’Informé)
Après les sénateurs, les députés adoptent un amendement qui remet en cause la loi de 1881 sur la presse (Le Monde)
Médias : le pure player Konbini racheté par le groupe DC Company, propriétaire du Gorafi (Konbini)
Loana, qui a raconté son viol, sacrifiée sur l’autel de « TPMP » (Le Monde)
La famille Arnault prête à entrer au capital de Webedia (Le Figaro)
3 CHIFFRES
7.000 milliards de dollars (presque 3x le PIB de la France), c'est la somme que veut lever Sam Altman, pour "transformer" le marché des puces et de l'IA, selon le Wall Street Journal
YouTube a réalisé 9,2 milliards de dollars de revenus (+15,5% sur un an) au quatrième trimestre 2024, et les abonnements payants (streaming de musique et/ou vidéo) rapportent désormais 15 milliards de dollars par an à Google.
Bluesky a ajouté plus de 850 000 nouveaux utilisateurs le lendemain de son ouverture au public, sans invitation nécessaire.
After opening access yesterday, Bluesky has crossed 4M users!
• 850k+ new users have signed up
• Averaged 8.5 new accounts/second
• 2M posts were created in the last 24 hours
DONNEES, CONFIANCE, LIBERTÉ DE LA PRESSE,DÉSINFORMATION
Guerre de l’information : des armées d’influenceurs au service d’Israël (Mediapart)
LÉGISLATION, RÉGLEMENTATION
Meta et TikTok attaquent l'UE en justice au sujet du règlement sur le contenu en ligne (Politico)
Droits voisins : l'Autorité de la concurrence regarde de près de Bard, l'IA de Google (Les Echos)
Le Royaume-Uni et la France proposent des règles pour lutter contre l'utilisation abusive des logiciels espions (Politico)
JOURNALISME
El País lance une édition imprimée remaniée pour une meilleure lisibilité (El Pais)
Les États-Unis vont imposer des restrictions en matière de visas aux personnes qui utilisent abusivement des logiciels espions pour cibler des journalistes et des militants (Associated Press)
Le journalisme sportif vous manquera quand il aura disparu (The Atlantic)
Avec la publicité pour les jeux, le New York Times mise sur l'habitude (Adweek)
Une société de médias en ligne lance un plan de couverture des élections pour la génération Z (Washington Post)
RÉSEAUX SOCIAUX, MESSAGERIES, APPS
Snap est la dernière entreprise technologique à supprimer des emplois, en licenciant 10 % de son personnel (Axios)
Disney, Fox et Warner Bros. s'associent pour proposer un service de streaming sportif (New York Times)
AUDIO, PODCAST, BORNES
Spotify gagne 10 millions d'abonnés Premium supplémentaires (Variety)
Spotify est désormais le deuxième plus grand fournisseur de livres audio après Audible (TechCrunch)
Le nouveau contrat de Spotify avec Joe Rogan boucle la boucle (Vulture)
Web3, BLOCKCHAIN, CRYPTO, NFT
Craig Wright prétend être le créateur de Bitcoin, Satoshi Nakamoto. Peut-il le prouver devant un tribunal ? (Wired)
INTELLIGENCE ARTIFICIELLE, DATA, AUTOMATISATION
L'IA de Google porte désormais un nouveau nom : Gemini (The Verge)
We just crossed 100M Google One subscribers! Looking forward to building on that momentum with our new AI Premium Plan (launched yesterday) offering AI features like Gemini Advanced, plus Gemini in Gmail, Docs + more coming soon. https://t.co/m7zAVop7P6pic.twitter.com/sMdwJeq0iU
Politico adopte les robots d'IA générative pour la refonte de son site web (PressGazette)
News Corp - éditeur du Wall Street Journal et d'autres publications - déclare qu'un accord avec des entreprises spécialisées dans l'IA est "imminent" (PressGazette)
OpenAI ajoute de nouveaux filigranes à DALL-E 3 (The Verge)
MONÉTISATION, MODÈLE ÉCONOMIQUE, PUBLICITÉ
Substack aide les créateurs à vendre des publicités (Axios)
Les annonceurs du Super Bowl visent le grand public avec des publicités axées sur l'IA (Digiday)
Dans la course des géants du streaming, Netflix semble avoir une longueur d’avance. La société a conclu cette semaine un accord de 10 ans avec la WWE - une entreprise américaine spécialisée dans l'organisation d'événements de divertissement - pour les droits de l’émission de catch "Monday Night Raw", un programme hebdomadaire diffusé depuis 31 ans sur le petit écran. Cet accord évalué à 5 milliards de dollars contribue à la diversification des contenus de Netflix en même temps qu’il signe un «
Dans la course des géants du streaming, Netflix semble avoir une longueur d’avance. La société a conclu cette semaine un accord de 10 ans avec la WWE - une entreprise américaine spécialisée dans l'organisation d'événements de divertissement - pour les droits de l’émission de catch "Monday Night Raw", un programme hebdomadaire diffusé depuis 31 ans sur le petit écran. Cet accord évalué à 5 milliards de dollars contribue à la diversification des contenus de Netflix en même temps qu’il signe un « changement radical pour l'industrie du divertissement qui passe de la télévision linéaire à la diffusion en continu »analyse Axios.Passage à la loupe de la stratégie de différenciation de la plateforme :
Netflix mise sur le sport en direct pour diversifier ses contenus, mais pas que…
« Notre partenariat modifie et renforce fondamentalement le paysage médiatique, élargit considérablement la portée de la WWE et permet à Netflix d'accéder à des rendez-vous hebdomadaires en direct »a déclaré Mark Shapiro, président et directeur de TKO (société détenant WWE). Netflix n’en est cependant pas à son coup d’essai. En 2023, la société avait annoncé qu'elle organiserait son tout premier événement sportif en direct, avec des pilotes de F1 et des golfeurs professionnels s'affrontant lors d'un tournoi de golf. Quelques mois plus tôt, l’entreprise s’était déjà essayé à la diffusion en direct avec une émission de stand-up du comédien américain Chris Rock. Pour compléter ce portefeuille d’activités, l’accent a été porté sur la création de films originaux et émissions de télé réalité comme« Too hot to handle » ou « Love is Blind ».
« La société s'est lancée dans la télé-réalité, les romans à l'eau de rose et les séries internationales, tout en confiant de grosses sommes d'argent à des scénaristes de renom tels que Shonda Rhimes et Ryan Murphy »explique le Financial Times.En 2021, les dépenses annuelles en contenu avaient dépassé les 17 milliards de dollars.
Les raisons de cette diversification ? Une réaction à la perte de ses licences à l’instar de la série "Friends" au fur et à mesure que la concurrence se multiplie.
Un changement de paradigme porté par une hausse des recettes et des abonnements
Si Netflix a connu une année noire en 2022 caractérisée par une chute de sa marge d’exploitation et un lourd endettement de plus de 14 millions de dollars, l’entreprise a su remonter la pente en 2023. La plateforme a gagné 13 millions d’abonnéssupplémentaires, notamment en raison de sa politique de restriction des mots de passe. Elle a augmenté considérablement ses revenus grâce à l’augmentation de ses prix et le lancement d’un abonnement financé par la publicité. Mais le véritable changement est venu de la réduction des coûts, favorisée par une grève des scénaristes à Hollywood qui a interrompu les productions. Alors que le chiffre d'affaires a augmenté de 6,6 % en 2023, le bénéfice net a progressé de 20 %.
Bien que Netflix éclipse les autres plateformes de streaming, il reste encore du chemin à faire pour que la compagnie rivalise avec Youtube qui propose du contenu créé gratuitement par ses utilisateurs. Ce qui est certain, selon The Wired, c’est que : « l'ancien cahier des charges de Netflix a été mis au placard. Le nouveau - un mélange de programmes originaux et sous licence, de contenus financés par la publicité et d'événements en direct - ressemble de plus en plus au paradigme du câble que le streaming avait l'intention de remplacer ». La télévision traditionnelle perdra-t-elle ce combat de catch ?
CETTE SEMAINE EN FRANCE
IA : la France peine à faire entendre sa ligne pro-innovation en Europe (Les Echos)
Succès de Squeezie : dans les coulisses des concepts YouTube qui détrônent la télé (Libération)
Le Conseil d’Etat pourrait demander à l’Arcom d’être plus intransigeante envers CNews sur le respect du pluralisme (Le Monde)
C8 à nouveau sanctionnée par l’Arcom pour une séquence de « Touche pas à mon poste » (Le Monde)
Intelligence artificielle : les créateurs en appellent à Rachida Dati (La Croix)
Amazon va trop loin dans la surveillance des salariés selon la CNIL (Les Echos)
3 CHIFFRES
La consommation linéaire passe sous la barre des 50% de la consommation vidéo totale en France, selon le Centre national du cinéma et de l’image animée (CNC).
Les revenus publicitaires de LinkedIn aux États-Unis augmenteront de 14,1% pour atteindre 4,56 milliards de dollars cette année, d’après Business Insider.
La CNIL sanctionne Amazon France d’une amende de 32 millions d’euros.
La CNIL sanctionne AMAZON FRANCE LOGISTIQUE d’une amende de 32 millions d’euros notamment pour avoir mis en place un système de #surveillance de l’activité et des performances des salariés excessivement intrusif https://t.co/OPxjqboAbzpic.twitter.com/HFk4fGysSI
La guerre du streaming est terminée et Netflix a gagné (Financial Times)
DISRUPTION, DISLOCATION, MONDIALISATION
New York est la première ville à déclarer que les médias sociaux constituent un danger pour la santé publique (Washington Post)
DONNEES, CONFIANCE, LIBERTÉ DE LA PRESSE,DÉSINFORMATION
Les deepfakes audio deviennent l'arme de prédilection de la désinformation électorale (Financial Times)
Un nombre croissant d'applications facilitent l'automatisation du militantisme pro-israélien en ligne (Washington Post)
Elon Musk propage des informations erronées sur les élections, mais les vérificateurs de X sont partis depuis longtemps (New York Times)
Clarissa Ward demande à Israël de laisser les journalistes rendre compte librement de l'actualité à Gaza (Washington Post)
LÉGISLATION, RÉGLEMENTATION
DMA : Meta et Google permettent désormais à leurs utilisateurs de pouvoir dissocier les différents plateformes (Correspondance de la Presse)
Digital Market Act: Meta et Google livrent un aperçu du big bang qui s'apprête à secouer l'internet européen (Le Figaro)
JOURNALISME
Le Los Angeles Times annonce le licenciement d’au moins 115 journalistes (Los Angeles Times)
La nouvelle PDG de la radio publique américaine NPR dit qu’elle déteste le mot « contenus » (NPR)
Au sein du complexe politico-médiatico-industriel américain en pleine déconfiture (Semafor)
Après les licenciements du LA Times, une nouvelle pression pour obliger Google et Facebook à payer pour l'information (San Francisco Chronicle)
Le HuffPost U.K. connaît des problèmes de trésorerie qui obligent les pigistes à courir après l'argent pendant des mois (Press Gazette)
Business Insider prévoit de réduire son effectif mondial de 8% (Press Gazette)
La guerre de l'information en Ukraine se retourne-t-elle contre ses propres journalistes ? (Columbia Journalism Review)
Guerre contre Gaza : Le photojournaliste Motaz Azaiza évacué au Qatar (Middle East Eye)
Les travailleurs syndiqués de Condé Nast se mettent en grève suite à l'annonce de licenciements (Axios)
L.A. Times began laying off at least 115 people in the newsroom beginning today in an effort to stem deep financial losses. Many cherished colleagues - including some with years of service - are being forced to say good-bye. @latimeshttps://t.co/rQDX4pFI9x
Un nouvel outil logiciel gratuit permet aux artistes d'"empoisonner" les modèles d'IA cherchant à s'entraîner sur leurs œuvres (VentureBeat)
Comment l'IA peut trouver les films, les séries télévisées et les livres parfaits pour vous (Wall Street Journal)
La plupart des sites d'information bloquent les robots d'intelligence artificielle. Les médias de droite les accueillent à bras ouverts (Wired)
Schibsted remporte un franc succès avec l'IA audio (INMA)
L'IA annonce la prochaine génération d'escroqueries financières (Financial Times)
MONÉTISATION, MODÈLE ÉCONOMIQUE, PUBLICITÉ
La boutique TikTok est énorme. Est-ce que cela va durer ? (The New Consumer)
Les plateformes sociales deviennent des "moteurs de marketing", les créateurs cherchant à conclure des accords directs pour gagner de l'argent (Digiday)
Publicis investira 300 millions d'euros dans l'IA pour poursuivre sa transformation (Les Echos)
Alors que C8 vient d’être à nouveau sanctionnée par l’Arcom pour une séquence de “Touche pas à mon poste”, Claire Sécail, historienne des médias, décrypte l’univers télévisuel de Cyril Hanouna, ses codes et ses dérives.
Propos recueillis par Alexandra Klinnik du MediaLab de l'Information de France Télévisions
Au fil des années, les plateaux de l’animateur se sont mués en estrades de choix pour l’extrême droite politique et culturelle, qui peut y dérouler à loisir ses théories civilisationnelles.
Alors que C8 vient d’être à nouveau sanctionnée par l’Arcom pour une séquence de “Touche pas à mon poste”, Claire Sécail, historienne des médias, décrypte l’univers télévisuel de Cyril Hanouna, ses codes et ses dérives.
Propos recueillis par Alexandra Klinnik du MediaLab de l'Information de France Télévisions
Au fil des années, les plateaux de l’animateur se sont mués en estrades de choix pour l’extrême droite politique et culturelle, qui peut y dérouler à loisir ses théories civilisationnelles. Dans le court essai Touche pas à mon peuple !, Claire Sécail montre l’évolution d’un trublion du PAF devenu cheval de Troie de Vincent Bolloré. Simplifiant les enjeux à l’extrême, coupant court à la nuance, mettant dos à dos le “peuple” vs “l’élite”, “le populisme hanounesque” est devenu “une entreprise de désinformation qui sape les termes de la conversation sociale et menace par extension les fondements de la démocratie”, alerte la chercheuse du CNRS. Réunissant 1,7 million de téléspectateurs en moyenne chaque soir, TPMP “participe à la mise en tension de la société en montrant une caricature de ses clivages”. L’historienne propose un guide pour s’armer face aux “discours qui sidèrent" et la dégradation du débat public.
Vous avez consacré plus de 300 heures de visionnage de “Touche pas à mon poste” dans le cadre de votre étude précédente, auxquelles s’ajoutent 70 heures pour votre essai récent “Touche pas à mon peuple”. Pourquoi avoir poursuivi sur ce terrain hanounesque ?
Aucune émission n’a connu une évolution de genre aussi frappante. Lors de sa création sur le service public [France 4, ndlr ] en 2010, “TPMP” était une émission de télévision sur la télévision. Elle est ensuite devenue une émission de divertissement avant de se muer en magazine de société enrôlée dans l’agenda idéologique de Vincent Bolloré. C’est en 2018 que Cyril Hanouna franchit le cap de la politique avec l’émission Balance ton Post. Les thématiques correspondent à celles que l’on peut retrouver aujourd’hui dans “L’heure des pros”, émission animée par Pascal Praud sur CNews : les tensions communautaires, la mise en avant d’Eric Zemmour, la religion… Dans l’idéologie Bolloré, il s’agit de remettre Dieu partout dans l’espace public, par le biais d’un talk show d’actualité ou d’un divertissement. L’émission de Cyril Hanouna a même voulu lancer un débat : “Pour ou contre l’IVG en France”. A l’époque, Marlène Schiappa, alors secrétaire d’Etat chargée de l’Egalité entre les femmes et les hommes, est obligée d’intervenir. Elle a rappelé qu’un tel choix de programmation pouvait être un délit puni par la loi.
A ses débuts, le succès de l’émission lui vaut des louanges de la presse. Le Figaro y voit « un phénomène suffisamment prometteur pour avoir relancé la mode du talk-show » par exemple… Quel regard portez-vous sur son évolution ?
Il avait un créneau. Cyril Hanouna était reconnu pour ses qualités d’animateur et son sens du show. Il n’était pas la cible de ce mépris social dont il estime aujourd’hui être victime de la part d’une élite intellectualisante et bien-pensante. Le climat s’est particulièrement dégradé en 2015 : l’audience à plus d’un million de téléspectateurs et la signature par Vincent Bolloré d’un contrat de 50 millions d’euros par an sur cinq ans (contre 19 millions auparavant) nourrissent un sentiment d’impunité chez Hanouna. Il multiplie les humiliations auprès de ses chroniqueurs : l’affaire des nouilles dans le slip, le dérapage du canular homophone, des propos sexistes en cascade. Il se défend de manière agressive vis-à-vis de ceux qui le critiquent pour ce comportement. L’anti-intellectualisme lui sert de mécanique de défense face à une attaque. L’anti-élitisme hanounesque repose sur le dénigrement systématique des personnalités ayant formulé une critique à son encontre, jamais sur les motifs même de la critique. Or critiquer ne revient pas à faire du mépris social !
Cyril Hanouna est le premier à recevoir des Gilets jaunes sur ses plateaux… Il considérait que son émission était “un rond-point sur lequel peut se pencher toute la France”.
C’est vrai. Au départ, il n’était clairement pas de leur côté. Des chroniqueurs tels que Gilles Verdez et Karim Zéribi l’incitent à adopter une empathie beaucoup plus claire et forte vis-à-vis des Gilets jaunes. Son intérêt précoce répond moins d’une prise au sérieux de leur discours que d’une admiration pour leurs performances sur les réseaux sociaux. Il s’intéresse également au mouvement pour son apolitisme revendiqué, qui résonne avec une promesse répétée de TPMP : “ici, on ne fait pas de politique”. A plusieurs reprises, il les reçoit sur le plateau en jouant sur la proximité et l’authenticité. Ces interventions comptaient énormément pour les Gilets Jaunes. Marqués par le sentiment de ne pas être entendu, d’être invisible, d’être ignorés par les élites, ils ont vu dans cette mise en lumière une forme de reconnaissance. Les Gilets jaunes représentent la caution du peuple arborée par Cyril Hanouna pour asseoir sa légitimité à parler au nom des Français. Cyril Hanouna s’est laissé griser par ce rôle de représentant du peuple, alors que le mouvement, au contraire, ne cherchait pas de porte-parole ! Il se présente comme un homme qui comprend les problèmes des catégories populaires.
Grâce à Complément d’enquête diffusé sur France 2, on voit à quel point sa vie personnelle - avec ses yachts - est aux antipodes de cette réalité : il élabore des systèmes d’optimisation pour contourner les lois. Pendant la campagne présidentielle de 2022, il néglige d’ailleurs complètement la problématique du pouvoir d’achat, alors qu’elle est l'une des principales préoccupations des Français. Il se dit proche de son public - composé de catégories populaires pas ou peu diplômés (ouvriers, employés, artisans, commerçants, femmes au foyer, inactifs) - mais il néglige leurs intérêts.
Comment définir le “populisme” de Cyril Hanouna ?
Cette supposée proximité avec le “peuple” qu’il revendique fonde sa légitimité. C’est cela, le populisme. Il y a une entité homogène idéalisée - le peuple - et une entité disqualifiée - l’élite. Entre les deux se tient la volonté générale du peuple qui ne peut qu’être portée par un leader charismatique. Cette volonté générale ne doit pas avoir d’obstacle. Le corps institué est réprouvé. Il s’en prend soit aux institutions comme dans le cadre de l’affaire Lola, soit en attaquant des députés : “Ça ne sert à rien un élu, ça coûte cher”, l’entend-on répéter. Dans la tradition de l’antiparlementarisme protestataire, il banalise un discours de rejet à l’égard des institutions. Pour lui, le fonctionnement de la démocratie représentative constitue un frein à l’expression de la volonté générale du peuple.
Une étude consacrée à la télévision italienne montre que les téléspectateurs exposés précocement aux chaînes de Silvio Berlusconi présentaient à l’âge adulte une moindre sophistication sur le plan cognitif et civique. Peut-on subir le même sort avec TPMP ?
Cette étude montre que les jeunes précocement confrontés à ces programmes développent des difficultés d’apprentissage. Les plus âgés, eux, perdent en capacité de socialisation.. Pire : les jeunes téléspectateurs des programmes commerciaux du réseau Mediaset tendent à devenir des adultes plus réceptifs aux rhétoriques populistes (Forza Italia, Mouvement 5 étoiles).
Une étude américaine a travaillé sur Fox News, en prenant appui sur un panel de 300 personnes de sensibilité républicaine. Les chercheurs ont demandé à la moitié du panel de regarder CNN au lieu de Fox News pendant un mois. Ils ont ensuite fait passer un questionnaire sur des thématiques différentes – violence policière, crise sanitaire. Ceux qui ont regardé CNN pendant un mois avaient une compréhension plus large de ces sujets, avec des positions plus modérées. Ils avaient par ailleurs moins tendance au rejet, à l’invective. Au contraire, l’étude montre que les émissions de Fox News contribuent à polariser la société, à la mettre en tension. Elles peuvent enfermer dans une représentation de la société qui ne correspond pas à la réalité, et incitent à voir le monde comme une guerre de civilisation.
Quand une société se polarise, que l’on y efface tout le spectre des visions alternatives, on perd sa pluralité. Or le pluralisme, c’est le contraire du populisme. Nous ne disposons pas d’étude de réception sur les publics de Cyril Hanouna, mais, comme pour les divertissements berlusconiens, l’animateur touche des jeunes souvent éloignés des programmes d’information traditionnels. Le risque de l’exposition précoce et répétée à ses émissions reste donc une question pertinente.
“Se taire ou fermer les yeux, c’est ajouter à la faillite morale collective de notre époque, dont la trajectoire de Cyril Hanouna n’est que l’un des symptômes”, écrivez-vous ? Que faire ?
Je renvoie l’Arcom à son travail de contrôle sur les émissions. On a le sentiment que l’instance attend tranquillement 2025, où la question du renouvellement de la fréquence de C8 et de CNews sera posée, pour trancher véritablement. Pour l’heure, elle gère l’intendance des débordements d’un animateur en prenant des sanctions pécuniaires très bien intégrées dans le ratio coût-bénéfice de Vincent Bolloré. On sait très bien qu’il ne fait pas cela pour de l’argent, mais pour un objectif idéologique. Les politiques ont aussi leur responsabilité. Ceux qui considèrent Cyril Hanouna comme un animateur lambda en allant sur son plateau contribuent à construire et renforcer sa légitimité.
Depuis plusieurs années, il n’a cessé de dégringoler dans le baromètre des animateurs préférés des Français (OpinionWay/TV Magazine) Une bonne nouvelle ?
Cet indicateur nous permet de le remettre à sa juste place. Il a cessé d’être perçu dans le débat public comme populaire. C’est dommage, je fais partie de ceux qui pensent qu’il avait le talent pour faire du vrai divertissement. Mais désormais, il est avant tout perçu comme clivant.
Touche pas à mon peuple, éd.Seuil, coll.Libelle, 84p
Le journaliste est en perpétuelle lutte contre son environnement. Il se bat pour décrocher un contrat correct, des rémunérations décentes, une direction bienveillante, des missions significatives, l’attention du public… et la carte de presse. 50% des lauréats du prix Albert-Londres ne détiennent pas ce précieux sésame, délivré par la Commission de la carte d’identité des journalistes professionnels (CCIJP). Certains en fabriquent même des fausses pour pouvoir faire leur métier. Ce 16 janvier, su
Le journaliste est en perpétuelle lutte contre son environnement. Il se bat pour décrocher un contrat correct, des rémunérations décentes, une direction bienveillante, des missions significatives, l’attention du public… et la carte de presse. 50% des lauréats du prix Albert-Londres ne détiennent pas ce précieux sésame, délivré par la Commission de la carte d’identité des journalistes professionnels (CCIJP). Certains en fabriquent même des fausses pour pouvoir faire leur métier. Ce 16 janvier,sur le site de Télérama,près de deux cents professionnels, dont plusieurs prix Albert-Londres, ont appelé dans un texte commun à revoir les conditions d’obtention de cette carte « indispensable », voire « vitale » à l’exercice du métier. Ce « gage de crédibilité » permet ainsi de traverser les check-points en zone de guerre, d’accéder aux bâtiments publics et gouvernementaux, aux audiences des tribunaux et d’éviter de se faire matraquer par des CRS…
Pour pouvoir prétendre à la carte de presse, le travail journalistique doit être payé en salaire. Or, de nombreuses entreprises contournent la loi et préfèrent payer par exemple en droits d’auteur, en factures. « La carte de presse est attribuée par une instance qui se fonde sur une loi qui ne reflète plus la réalité du journalisme actuel, touchés comme d’autres secteurs par une forme d’ubérisation, dénonce la tribune. Si les free-lance sont alternativement auteurs, réalisateurs, salariés ou entrepreneurs, c’est qu’ils ne peuvent gagner leur vie qu’en multipliant les contrats et les formats. Nous dénonçons la position de la CCIJP qui nous semble à la fois, absurde, dépassée et d’une grande injustice sociale ». Pour Hélène Lam Trong, lauréate du 39e prix Albert Londres, il est temps que la CCIJP cesse d’ignorer les « réalités multiples et variés de notre profession ».
A titre personnel, je réalise des documentaires d'information. Une profession dans laquelle les revenus ont baissé de 20%. Il est temps que la CCIJP cesse d'ignorer les réalités multiples et variées de notre profession.
Pour l’association Profession : Pigiste, la CCIJP ne fait qu’appliquer la loi. Le véritable problème réside dans le non-respect de la législation par les employeurs qui rémunèrent en droits d’auteurs plutôt qu’en salaire. En refusant de payer les cotisations sociales, ces employeurs paupérisent et dégradent le statut d’un métier déjà très mal en point. « Rémunérer un travail journalistique en facture, en droits d’auteur, en salaire d’intermittent, c’est illégal », rappelle Malika Butzbach, co-présidente de Profession : Pigiste et journaliste rémunérée à la pige « Si on demande l’élargissement de l’accès à la carte de presse pour ses formes de rémunération illégale, ça risque de précariser encore davantage les journalistes ». Aujourd’hui, 66% des journalistes de 30 ans et moins de 30 ans sont pigistes ou en CDD. « Quel est l’intérêt d’avoir quelqu’un en CDI quand tu peux juste avoir des auto-entrepreneurs au jour le jour ? C’est top pour les patrons ! Les pigistes, déjà c’est bien pratique, c’est les méga-intérimaires de l’espace », ironise un journaliste, habitué des boîtes de production. Pour lui, attaquer la CCIJP dédouane les employeurs de toute responsabilité.
Lier les deux combats ?
« Critiquer la CCIJP n’empêche pas de se battre pour que les employeurs respectent la loi et pour une augmentation des tarifs », tempère la journaliste Nora Bouazzouni. Elle est rejointe par Hélène Lam Trong : « Les deux combats peuvent être menés de front. Ce n’est pas parce que certains employeurs se comportent mal que le fait que la CCIJP nous ait purement et simplement tourné le dos soit acceptable ».
A l’avenir, l’association Profession : Pigiste serait favorable à une pénalisation des employeurs qui rémunèrent de façon illégale. « On va toujours se battre pour le salariat des journalistes sous la bonne convention collective parce que c’est une protection sociale et juridique imparable », insiste Malika Butzbach. Pour le sociologue des médias Jean-Marie Charon, une approche fiscale pourrait dissuader de ce recours à ces modes de rémunération. Le défi réside donc dans la recherche d’un équilibre entre la protection des droits des journalistes, la nécessité de préserver la liberté de la presse et la conformité aux lois en vigueur.
CETTE SEMAINE EN FRANCE
«Ça a été le boulot le plus difficile de ma vie» : pour TikTok, la modération jusqu’au dégoût (Libération)
Olympic Broadcasting Services, la très secrète entreprise qui règne sur les JO (Le Monde)
Macron s’offre une soirée sur mesure, comme au bon vieux temps de l’ORTF (Mediapart)
« Tu as M’Barkisé le prompteur ? » : les confessions de l’ex-présentateur star de BFMTV accusé de corruption (Le Parisien)
« Complément d’enquête » sur Jordan Bardella : France Télévisions maintient la diffusion de l’émission malgré une mise en demeure (Le Monde)
Les journalistes de l'AFP solidaires de leurs collègues de Gaza (AFP)
Cyril Hanouna va présenter « TPMP » sept jours sur sept (Le Parisien)
3 CHIFFRES
Près d'un tiers de l'ensemble des revenus des lecteurs numériques du Guardian provient désormais des États-Unis, d’après NiemanLab.
Le temps passé à regarder des contenus vidéo a atteint 4h37 par jour en moyenne pour les Français en 2023, selon Médiamétrie.
Des documents de Meta montrent que 100 000 enfants sont harcelés sexuellement chaque jour sur ses plates-formes, rapporte le Guardian.
LE GRAPHIQUE DE LA SEMAINE
IA générative : c'est bien dans les médias que les risques sur l'emploi sont les plus grands
NOS MEILLEURES LECTURES / DIGNES DE VOTRE TEMPS / LONG READ
Squeezie, l’indétrônable grand frère de l’Internet français (Le Monde)
Comment les plateformes ont tué Pitchfork (Platformer)
Des milliardaires voulaient sauver l'industrie de l'information. Ils perdent une fortune (New York Times)
Nos enfants vivent dans un monde numérique différent (New York Times)
Fausses chaînes YouTube : quand « Sophie décrypte » ou « 360 Vision » travaillent pour un réseau d’influence pro-Chine (Le Monde)
DISRUPTION, DISLOCATION, MONDIALISATION
Les utilisateurs (d'OpenAI) vont commencer à avoir accès à des reportages d'actualité en temps réel dans le monde entier, y compris les attributions et les liens (OpenAI)
Amazon est sur le point de manger l'univers de la télévision (Hollywood Reporter)
Le nouvel objectif de Mark Zuckerberg est de créer une intelligence artificielle générale (The Verge)
DONNEES, CONFIANCE, LIBERTÉ DE LA PRESSE,DÉSINFORMATION
Israël figure pour la première fois sur la liste des "pires geôliers de journalistes" (The Guardian)
Voici le grand projet d'OpenAI pour lutter contre la désinformation électorale (The Verge)
TikTok détaille son plan de lutte contre la désinformation électorale en 2024 (Engadget)
LÉGISLATION, RÉGLEMENTATION
Un tribunal espagnol juge qu'un modérateur de Facebook a subi un traumatisme mental lié à son travail (Reuters)
Le Congrès tente de mettre fin aux nus d'IA et aux escroqueries Deepfake parce que les célébrités sont en colère (Vice)
JOURNALISME
Cinq mesures que les médias d'information peuvent prendre pour répondre à l'évitement systématique de l'information (Reuters Institute)
Le nouveau patron de CNN réorganise les opérations d'information et envisage un modèle d'abonnement numérique (The Wall Street Journal)
Gilles Marchand s’en va, mais les défis de la SSR restent (24 heures)
Augmentation des coûts, baisse des recettes publicitaires, ralentissement de la croissance des abonnements…Seule la moitié des rédacteurs en chef, PDG et responsables du secteur numérique interrogés pour une étude du Reuters Institute se disent confiants quant aux perspectives du journalisme pour l'année à venir. Réalisée auprès d'un échantillon stratégique de plus de 300 dirigeants du secteur numérique issus de plus de 50 pays et territoires, l’enquête montre une forte baisse du trafic référent
Augmentation des coûts, baisse des recettes publicitaires, ralentissement de la croissance des abonnements…Seule la moitié des rédacteurs en chef, PDG et responsables du secteur numérique interrogés pour uneétude du Reuters Institute se disent confiants quant aux perspectives du journalisme pour l'année à venir. Réalisée auprès d'un échantillon stratégique de plus de 300 dirigeants du secteur numérique issus de plus de 50 pays et territoires, l’enquête montre une forte baisse du trafic référent en provenance des médias sociaux vers les médias. Alors que de nombreux organismes d'information traditionnels peinent à se faire connaître, ou n’en n’ont pas les moyens, quelles alternatives s’offrent à eux ?
Les raisons de cette chute
Selon l’étude, le trafic Facebook vers les sites d'information a chuté de 48 %, le trafic en provenance de X a chuté de 27 %, et le trafic en provenance d'Instagram a chuté de 10 % (causant, parmi d'autres, l'arrêt de BuzzFeed News l'année dernière).Les raisons ? Du côté de Méta, il s’agit d’une priorisation des contenus des influenceurs au détriment des journalistes pour tenter de contrer la concurrence de TikTok. L’arrivée très médiatisée d’Elon Musk chez X a encore plus chamboulé ce petit microcosme. Désinformation, difficulté à distinguer les titres de presse des autres sources de contenu – la somme de ces événements a entrainé le départ express de nombreux journalistes vers un avenir plus radieux…sur blueskynotamment, ou encore LinkedIn. Nic Newman, auteur du rapport a commenté ces chiffres : « Atteindre le public en ligne devient de plus en plus difficile à mesure que Facebook se retire de l'actualité et que X devient moins accueillant pour les éditeurs. »
WhatsApp, le nouvel eldorado ?
Face à ce problème, les médias se tournent vers WhatsApp (+61) et Instagram (+39), notamment pour leurs canaux de diffusion multimodaux. Ces derniers offrent aux créateurs et aux médias la possibilité d'interagir avec leurs abonnés à travers des messages directs. Ces échanges peuvent prendre la forme de messages écrits, vocaux, images, vidéos, ainsi que de sondages.Lancée en septembre, la fonctionnalité sur WhatsApp compte aujourd’hui plus de 225 canaux de diffusion. Même si son utilisation reste timide chez les médias français – la majorité n’a pas de canaux et le Monde, parmi les plus suivis, ne compte que 66 600 abonnés – la fonctionnalité connait un franc succès outre-Atlantique. Le New York Times compte par exemple 7,3 millions d’abonnés sur sa chaîne. WhatsApp n’est plus seulement « l'application que l’on utilise lorsqu’on voyage hors de son pays »a déclaré Will Cathcart, responsable de WhatsApp, « elle se généralise aujourd’hui de manière significative ».
L'avenir dans la vidéo ?
Face à la nature de ces plateformes, les médias doivent davantage se tourner vers le format vidéo afin d’atteindre un public plus jeune. Naturellement donc, ils planifient d’accentuer leur présence sur TikTok (+55), et YouTube (+44). Toutefois, le Reuters Institute souligne que « de nombreux médias traditionnels ont [toujours] du mal à se faire connaître par rapport aux jeunes créateurs qui maîtrisent le langage et les conventions de ses plateforme ».Dylan Page, un jeune influenceur du Royaume-Uni, a régulièrement plus de vues à ses vidéos que la BBC ou le New York Times réunis, même sur des sujets de fond, comme le conflit à Gaza.
CETTE SEMAINE EN FRANCE
On a testé TF1+, un service de streaming qui ne s’est pas foulé (Numerama)
« Touche pas à mon peuple » : Cyril Hanouna, émission suicide (Le Monde)
Hachette stoppe net son projet de déménagement à 150 millions d'euros (Les Echos)
CES 2024 : les startups françaises toujours en force à Las Vegas ? (Maddyness)
Intelligence artificielle : les éditeurs français s’organisent pour faire reconnaître leurs droits (Le Figaro)
Intelligence artificielle : un «Label Création humaine» pour garantir qu’un livre a bien été écrit par un humain (Libération)
Canal+ prend presque 30 % de la plateforme Viaplay (Les Echos)
Rachida Dati, ministre de la culture : une nomination surprise, fruit d’un deal avec Emmanuel Macron (Le Monde)
Canal+ obtient l'autorisation de l'Autorité de la Concurrence pour le rachat d'OCS et d'Orange Studio (Autorité de la concurrence)
3 CHIFFRES
Les tarifs pleins des abonnements numériques à la presse auraient gonflé de 20% en moyenne l’an dernier au Royaume-Uni, selon Press Gazette.
Plus de la moitié des Américains (52 %) craignent que l'augmentation des "deepfakes" n'influence les élections (McAfee)
Twitch licencie 500 employés, soit environ 35 % de son personnel, d'après Bloomberg.
Les éditeurs indépendants de presse locale sont confrontés à de nouveaux défis dans le cadre de la réorganisation de leurs modèles économiques (Poynter)
CES 2024 : tous les téléviseurs, ordinateurs portables, équipements pour la maison intelligente et autres nouveautés du salon (The Verge)
Fox Corp. lance une plateforme blockchain pour négocier avec les entreprises d'IA (Axios)
DONNEES, CONFIANCE, LIBERTÉ DE LA PRESSE,DÉSINFORMATION
Lorsqu'on est témoin d'un génocide, il ne suffit pas d'éviter l'actualité (Pranav Jeevan P)
Fox s'associe à Polygon Labs pour lutter contre la méfiance à l'égard des deepfakes (TechCrunch)
Les partis politiques et les candidats ont recours à des poursuites judiciaires pour faire taire les journalistes pendant les élections : une tendance croissante au Brésil (LatAm Journalism Review)
LÉGISLATION, RÉGLEMENTATION
La Commission européenne se penche sur l'alliance Microsoft-OpenAI (Les Echos)
L'Ofcom débauche le personnel des grandes entreprises technologiques pour faire appliquer les nouvelles règles de l'internet (Financial Times)
Le Conseil de l’Europe a publié ses lignes directrices sur l’utilisation responsable de l’intelligence artificielle dans le journalisme (Conseil de l’Europe)
JOURNALISME
Tendances des médias d'information pour 2024 : L'IA, Whatsapp, les newsletters et la vidéo parmi les domaines de prédilection (PressGazette)
Un bouleversement surprise au Los Angeles Times (Poynter)
Chez “Libé”, débat tendu autour du traitement de la guerre à Gaza (Arrêt sur Images)
L'assassinat sans précédent de journalistes affecte la couverture de Gaza (New Lines Magazine)
Tic-Tac – Comme à chaque fin d’année, les médias s’improvisent diseuses de bonne aventure, et partagent des présages pour l'avenir du journalisme. Chaque organe de presse exprime son point de vue, que cela soit autour de l'intégration de l'intelligence artificielle au cœur de la société, de l’engagement des journalistes, ou encore d'une résurgence du journalisme local. Au sein de cette mosaïque de prédictions, le NiemanLab perpétue la tradition d’interroger plusieurs experts du monde des médias
Tic-Tac – Comme à chaque fin d’année, les médias s’improvisent diseuses de bonne aventure, et partagent des présages pour l'avenir du journalisme. Chaque organe de presse exprime son point de vue, que cela soit autour de l'intégration de l'intelligence artificielle au cœur de la société, de l’engagement des journalistes, ou encore d'une résurgence du journalisme local. Au sein de cette mosaïque de prédictions, le NiemanLab perpétue la tradition d’interroger plusieurs experts du monde des médias sur le futur de la profession. Décryptage de trois perspectives marquantes qui repensent la relation avec le public, et promis, on ne parlera pas de ChatGPT.
« Les éditeurs seront enfin influencés par les influenceurs ».
Il explique que « des milliers d'influenceurs et de créateurs de contenu à succès ont noué des relations réelles et précieuses avec leurs communautés, qui leur font désormais davantage confiance qu'au journalisme traditionnel - et paient parfois des abonnements dans des proportions qui rivalisent avec celles d'organisations médiatiques bien plus coûteuses. »
Si l’expert précise que le journaliste n’a pas besoin de devenir ce qu’il n’est pas – c’est-à-dire un influenceur, il pourrait et devrait prendre exemple sur leurs méthodes. Cela comprend notamment le fait d’aller à la rencontre de sa communauté, être plus accessible, et mieux communiquer.
Il préconise donc l’établissement de relations permanentes et réciproques avec le public par le biais d'expériences communautaires telles que les questions-réponses en direct, les Discords communautaires et les soirées d'écoute et de visionnage: « Les gens recherchent des informations précieuses par le biais de connexions humaines et de la communauté, et non des opinions anonymes rédigées par des comités éditoriaux ».
Il s’agit finalement « d'apprendre des influenceurs à travers le prisme du journalisme engagé ». Une perspective partagée par Kelsey Russel, jeune influenceuse interrogée par Méta-Media qui déplorait que le New York Times « n’envoyait pas ses journalistes parler devant des classes de collèges newyorkais ».
Another batch of Predictions for Journalism in 2024 just published at @NiemanLab!
« Les éditeurs se réveillent pour servir un public plus jeune »
Jeremy Gilbert, titulaire d’une chaire en stratégie des médias numériques à l'université Northwestern pense également que 2024 sera le moment pour repenser la relation avec son public, notamment les jeunes.
Ses conseils ? Adopter des approches plus créatives et personnalisées, en pensant comme des créateurs et en soutenant ceux dans leurs équipes éditoriales prêts à faire de même. Il s’agirait d’aller au-delà des formats d’articles traditionnels comme la fameuse pyramide inversée – aller de l’information la plus importante à la moins importante – et adopter le langage utilisé par leur public.
« Trop souvent, l'objectif des éditeurs avec les programmes d'éducation aux médias est de former les jeunes publics à aimer les produits d'information qu'ils fabriquent déjà, plutôt que d'adapter leurs produits à l'évolution des goûts » explique-t-il.
« L'obsession autour de la confiance prendra fin »
Si Andrew Losowsky et Jeremy Gilbert pensent que s’inspirer des influenceurs sera la clé pour créer un journalisme plus communautaire en 2024, Charlie Beckett, Professeur London School of Economics suggère également de s’émanciper des sondages de confiance comme ceux d’Edelman ou du Reuters Institute. Il encourage plutôt les journalistes à construire des relations à long terme basées sur la livraison d'un journalisme pertinent, fiable et accessible :
« Il peut être utile d'être digne de confiance. Construisez une relation au fil du temps où les gens s'attendent à ce que vous leur fournissiez un journalisme pertinent, fiable et accessible. C'est beaucoup plus utile qu'une sorte de "confiance" déférente et instinctive » expose-t-il.
Enfin selon lui, rester humble est primordial pour créer une communauté autour de son travail : « Ne plaidez pas en faveur de l'éducation aux médias sous prétexte que les gens sont trop bêtes pour se rendre compte de la grandeur et de la valeur de votre travail ».
Pour résumer cette tendance 2024 : un journalisme plus communautaire et engagé pour répondre efficacement aux attentes changeantes des publics. Une nécessité qui prend tout son sens à la lumière des résultats du baromètre 2023 de Kantar – La Croix, indiquant que désormais un Français sur deux déclare ressentir « très » ou « assez souvent » de la fatigue ou de la lassitude par rapport à l'information...
CETTE SEMAINE EN FRANCE
Intelligence artificielle : la France n’a pas renoncé à assouplir l’AI Act (Le Monde)
Mort de Claude Villers, voix de France Inter, président du « Tribunal des flagrants délires » (Le Parisien)
TF1 lance son offensive dans le streaming gratuit (La Tribune)
Vincent Bolloré, parrain d’une alliance entre droite et extrême droite (Le Monde)
« Charlie Hebdo » condamné pour diffamation à l’encontre d’une école musulmane à Valence (Médiapart)
3 CHIFFRES
Le chatbot d'IA de Bing (Microsoft) s'est trompé 30 % du temps dans les informations relatives à des élections en Europe et souvent en citant mal ses sources. (AI Forensics)
Google va payer 700 millions de dollars aux États américains et aux consommateurs dans le cadre de l'accord sur l'App Store (apnews)
Près d'un tiers des membres de la génération Z déclarent que la technologie les rend plus solitaires et plus dépensiers. (Business Insider)
Au revoir à tout ce harcèlement - l'année où Twitter est mort (The Verge)
En 2024, le chemin à parcourir prendra un tournant décisif (GatesNotes)
Le grand pari du New York Times sur les jeux (Vanity Fair)
Les éditeurs se réveillent pour servir un public plus jeune (NiemanLab)
L'obscur accord avec Google définit les failles de la protection de la vie privée aux États-Unis (Wired)
DISRUPTION, DISLOCATION, MONDIALISATION
Comment la propagande pro-russe "yacht" a influencé le débat américain sur l'aide à l'Ukraine (BBC)
Le nouveau gouvernement polonais limoge les patrons de la télévision, de la radio et de l'information d'État (The Guardian)
Refusant d'accepter la perte du pouvoir, la droite polonaise occupe la télévision d'État (The New York Times)
Pologne : le nouveau gouvernement de D. Tusk licencie tous les dirigeants des médias publics (TV, radios, agence) car jugés au service de l’ancien gouvernement.
La diffusion de la chaîne TVP info est stoppée ainsi que le site internet.
DONNEES, CONFIANCE, LIBERTÉ DE LA PRESSE,DÉSINFORMATION
Lutte contre les fake news : « Il faut renforcer l’éducation aux médias » (Le parisien)
Le Nigeria doit créer un environnement favorable pour permettre aux médias de prospérer (Nigerian Tribune)
L'obsession pour la "confiance" prendra fin (NiemanLab)
LÉGISLATION, RÉGLEMENTATION
Le Royaume-Uni exige un accès consulaire à Jimmy Lai alors que West attaque le procès de l’éditeur de Hong Kong (South China Morning Post)
L’UE se dote de nouvelles règles pour encadrer les médias (Euractiv)
La suspension des actualités de Meta au Canada demeure alors que la loi sur les nouvelles en ligne entre en vigueur. (BBC)
Le Canada doit maintenir la pression sur Facebook pour qu'il paie pour les informations, déclare Justin Trudeau (Reuters)
Une agence californienne abandonne les poursuites pour harcèlement sexuel contre Activision Blizzard (The New York Times)
L'administration de Joe Biden fait un premier pas vers la rédaction de normes clés en matière d'IA (The Economic Times)
La mainmise d'Apple sur iMessage suscite de nouvelles demandes d'enquête antitrust (Wired)
JOURNALISME
Le procès étroitement surveillé pour la sécurité nationale du magnat des médias pro-démocratie de Hong Kong, Jimmy Lai, devrait enfin commencer (Hong Kong Free Press)
Journalistes couvrant le Père Noël : Attention ! Mieux vaut ne pas pleurer. Et vous avez intérêt à être prudents (Poynter)
STORYTELLING, NOUVEAUX FORMATS
Sang, armes et scooters cassés : L'ascension et la chute chaotiques de Bird (Wired)
ENVIRONNEMENT
La COP28 place l'intelligence artificielle liée au climat à l'ordre du jour mondial (Euractiv)
RÉSEAUX SOCIAUX, MESSAGERIES, APPS
Twitch réprime à nouveau les seins en revenant sur sa politique de "nudité artistique" (TechCrunch)
Derrière le bilan mitigé d'Adam Mosseri, responsable d'Instagram, en matière de sécurité des jeunes (The Information)
L’UE ouvre une enquête formelle de la DSA sur X à la suite de la guerre entre Israël et le Hamas (The Verge)
Les chaînes modifient le jeu de publication sur WhatsApp (NiemanLab)
IMMERSION, 360, VR, AR
Snapchat devra peut-être explorer de nouvelles opportunités pour le développement de la AR (Social Media Today)
STREAMING, OTT, SVOD
Le fossé entre le monde réel et le streaming n’a jamais été aussi grand (The Verge)
AUDIO, PODCAST, BORNES
Microsoft Copilot se dote d'une fonction de création musicale grâce à l'intégration de Suno (TechCrunch)
Microsoft announces turn your ideas into songs with Suno on Microsoft Copilot
La course des Big Tech pour contrôler l’IA générative dans le secteur de la santé soulève des préoccupations éthiques (The decoder)
Playground v2 est un nouveau modèle de conversion texte-image qui concurrence Stable Diffusion XL (The decoder)
Microsoft prévoit d'utiliser l'énergie nucléaire pour alimenter ses opérations d'intelligence artificielle (Wall Street Journal)
Des données récentes montrent que les pertes d'emplois liées à l'IA augmentent, mais les chiffres ne disent pas tout (CNBC)
ByteDance utilise secrètement la technologie d'OpenAI pour construire un concurrent (The Verge)
À l'approche des élections, OpenAI révise ses efforts de modération des contenus (The Information)
Les dirigeants de GitHub font face aux défis juridiques posés par l'IA, mais n'ont pas l'intention de ralentir le développement, car des outils comme Copilot permettent aux ingénieurs de gagner du temps sur le codage. (Business Insider)
MONÉTISATION, MODÈLE ÉCONOMIQUE, PUBLICITÉ
Mail Online confirme son projet de service d'abonnement avec 10 à 15 articles payants par jour (PressGazette)
Ce que les spécialistes du marketing doivent apprendre de la percée des marques IP telles que Barbie, Nike et Super Mario Bros. pour 2024 (Digiday)