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  • Liens vagabonds : Aux Etats-Unis, une campagne électorale plus fragmentée que jamais
    « Nous ne vivons plus dans un monde où trois hommes blancs d’âge mûr annoncent les nouvelles chaque soir à 18h30 », observe Eric Schultz, conseiller politique démocrate. L'époque où un nombre restreint de figures médiatiques incarnait « l’autorité » de l’information quotidienne semble révolue. Les candidats à l’élection présidentielle américaine l’ont bien compris et explorent aujourd’hui tous les canaux pour atteindre leurs électeurs : participation à des podcasts ciblés pour courtiser le « br

Liens vagabonds : Aux Etats-Unis, une campagne électorale plus fragmentée que jamais

« Nous ne vivons plus dans un monde où trois hommes blancs d’âge mûr annoncent les nouvelles chaque soir à 18h30 », observe Eric Schultz, conseiller politique démocrate. L'époque où un nombre restreint de figures médiatiques incarnait « l’autorité » de l’information quotidienne semble révolue. Les candidats à l’élection présidentielle américaine l’ont bien compris et explorent aujourd’hui tous les canaux pour atteindre leurs électeurs : participation à des podcasts ciblés pour courtiser le « bro vote », lancement de campagnes dans des jeux vidéo type Fortnite, et investissement massif sur les réseaux sociaux – X, Instagram, TikTok. Leurs meilleurs alliés ? Les influenceurs, capables d’atteindre des publics spécifiques (et jeunes), payés très généreusement pour soutenir leur candidat favori, sans réel encadrement réglementaire ni transparence. Dans cette campagne électorale plus fragmentée que jamais, les codes traditionnels de l’information semblent dépassés, suscitant de vives réactions dans les médias traditionnels. Comme le résume The Guardian : « Les candidats ont fait parler d’eux non pas pour ce qu’ils disent en interview, mais pour les médias auxquels ils ne participent pas ».

Le podcast, format roi

Cette campagne présidentielle marque un tournant avec l’émergence des podcasts en tant que médias de premier plan. Kamala Harris, par exemple, a choisi de s’éloigner des médias traditionnels pour atteindre des électorats stratégiques. Le mois dernier, elle a été invitée sur All the Smoke, un podcast sportif animé par d’anciens joueurs de la NBA, Stephen Jackson et Matt Barnes, qui s’adresse principalement aux hommes noirs. Harris est également devenue la première candidate à la présidence à apparaître dans Call Her Daddy, un des podcasts les plus populaires du pays, particulièrement prisé par les femmes. Selon Edison Research, près de 80 % des auditeurs de cette émission ont moins de 35 ans, et une grande partie d’entre eux vivent dans le Sud, une région regroupant des États clés comme la Géorgie et la Caroline du Nord. Comme l'indique The Atlantic, « les émissions d'actualités classiques n'ont pas la même portée qu'Alex Cooper auprès des jeunes femmes du centre des États-Unis », ou un appel à voter de Taylor Swift, une campagne "Kamala is Brat" ou encore le hastag "HotGirlsVote". 

Campagne ciblée sur Instagram #HotGirlsVote

De son côté, Donald Trump investit dans la « manoverse » pour séduire le « bro vote », un groupe d’électeurs de 18 à 29 ans. Aux États-Unis, les hommes de moins de 30 ans affichent l'un des taux de participation électorale les plus bas. Trump a ainsi multiplié les apparitions sur des podcasts à forte audience masculine, comme Full Send, Bussin' With the Boys, et le PBD Podcast. En tout, sa campagne a recensé neuf podcasts, dont sept comptent une majorité d’auditeurs masculins. Son interview de 3 heures avec Joe Rogan, un relais puissant pour la propagande conservatrice, a été visionnée plus de 43 millions de fois, faisant de cet épisode le plus regardé de l’année sur la chaîne de Rogan, selon YouTube.

Selon The Atlantic, « la plupart des Américains qui consomment beaucoup d’actualités savent déjà comment ils vont voter. Conquérir les électeurs indécis, y compris ceux qui ne prévoient pas de voter, est vital. Cela signifie participer à des podcasts ayant des titres tels que "Threesomes, Toxic Men and Onlyfans". »

Les créateurs vidéo, les personnes les plus puissantes de la campagne

Par ailleurs, ces podcasts touchent bien-au-delà de leurs publics principaux : des extraits clés étant largement partagés sur les réseaux sociaux, apparaissent sur des millions de fils d’actualités supplémentaires. Un article de CNN rappelle que les "créateurs" de clips vidéo « sont les personnes les plus puissantes dans le cycle électoral cette année ».

Et ces éditeurs vidéo sont souvent les plus influents sur les réseaux. Le rassemblement de Donald Trump au Madison Square Garden avec son discours extrême et haineux, en a été la preuve. Des commentaires racistes et obscènes de certains des premiers intervenants de l’événement ont été découpés et signalés par des utilisateurs populaires sur X, comme Acyn, et Aaron Rupar. Les deux comptes ont publié des extraits du comédien Tony Hinchcliffe comparant Porto Ricco à une « île flottante de déchets » : les clips sont devenus viraux, sur une plateforme qui habituellement favorise les tweets des Républicains.

On n’oublie personne

Par ailleurs, dans les dernières heures de la campagne, la vice-présidente Kamala Harris tente de séduire un groupe « qui n’est pas souvent ciblé lors de telles courses » : les gamers. Son équipe a lancé sa propre campagne sur Fortnite : Freedom Town. Il s’agit d’une carte créative personnalisée thématisée autour de certaines des promesses de campagnes de Kamala Harris, notamment des réductions d’impôts pour les petits entreprises et un accent sur le logement abordable…

Les médias traditionnels ne sont pas (complètement) obsolètes

Malgré l’essor et l’intérêt pour de nouvelles plateformes, les médias traditionnels conservent une place importante dans la stratégie électorale. Les candidats avaient prévu de dépenser environ 2,1 milliards de dollars en publicité à la télévision, à la radio et en ligne, une augmentation de 17% par rapport à 2020, soit le cycle électoral le plus coûteux de l’histoire, selon AdImpact, une société de suivi publicitaire en Viriginie. 

La fragmentation médiatique a transformé la façon dont les candidats mènent la campagne. Avec l’émergence de nouveaux canaux, les électeurs peuvent être touchés là où ils se trouvent. Du côté des médias, des marges plus faibles et l'absence d'un moteur d'audience garanti comme Trump ont poussé les dirigeants de télévision à être plus prudents avant d'investir des millions dans des débats. Cette reconfiguration crée un environnement saturé où il devient difficile de discerner des messages authentiques au milieu d’un flot constant d’informations. « Avant, on était habitués à un calendrier de campagne qui s’étirait dans le temps, analyse Jack Bratich, professeur de communication à la Rutgers University, spécialisé dans la fachosphère américaine. Avec tous ces podcasts de dernière minute et le contenu superficiel des conversations, on a l’impression de voir une pub pour un évènement sportif qui se tient le 5 novembre, pas une élection ». Le journaliste John Herrman a été parmi les premiers à identifier la tendance à la fragmentation dans le New York Magazine prédisant que les électeurs seront confrontés à une "Élection de Nulle Part" (Nowhere Election), "vécue comme une incitation à penser par eux-mêmes dans un environnement où tenter de le faire signifie être constamment sollicité, courtisé, trompé ou escroqué — une sphère publique animée (hourra !) qui se remplit d'une fumée épaisse et âcre (oh non !)."

CETTE SEMAINE EN FRANCE

  • Le Figaro conclut un accord avec Meta et Google sur le partage des droits voisins (Le Monde)
  • Budget 2025 : 150 millions en moins pour la Culture et l’audiovisuel public (Télérama)
  • Google condamnée à verser 26,5 millions d’euros à une entreprise française (Le Monde)
  • Matignon surveillera désormais aussi nos recherches dans Google, TikTok ou Instagram (L’Informé)
  • Pourquoi Vincent Bolloré éparpille Vivendi façon puzzle (Le Monde)

3 CHIFFRES

  • YouTube atteint 8,9 milliards de dollars de revenus publicitaires alors qu'Alphabet dépasse les attentes de Wall Street, rapporte The Hollywood reporter
  • Plus de 250 000 abonnés ont quitté le Washington Post en raison du refus d’endorsement, selon NPR
  • $20 milliards de millions de milliards, c’est la somme que l’entreprise Alphabet est condamnée à verser par une cour de justice russe pour avoir bloqué la propagande pro-Kremlin sur YouTube, rapporte Clubic

LE GRAPHIQUE DE LA SEMAINE

Les éditeurs investissent massivement dans la vidéo

Source : PressGazette

NOS MEILLEURES LECTURES / DIGNES DE VOTRE TEMPS / LONG READ

  • Pourquoi les noms de jeune fille sont importants à l'ère de l'IA et de l'identité (Time)
  • Le nouvel argent noir : Comment les influenceurs sont payés à prix d'or pour courtiser votre vote (Washington Post)
  • Malgré des risques incertains, beaucoup se tournent vers des IA comme ChatGPT pour leur santé mentale (Washington Post)

DISRUPTION, DISLOCATION, MONDIALISATION

  • OpenAI lance son moteur de recherche (très frustrant pour l'instant NDLR) (The Verge)

  • En renonçant à la démocratie, le Washington Post doit désormais repenser son modèle d'affaires (Semafor)
  • Les tuteurs IA changent déjà l'enseignement supérieur (Axios)
  • Comment TikTok a sauvé son activité e-commerce en Indonésie (New York Times)

A statement from Post Guild leadership on the Washington Post's decision to not endorse a presidential candidate pic.twitter.com/fYU7hkr79K

— Washington Post Guild (@PostGuild) October 25, 2024

DONNEES, CONFIANCE, LIBERTÉ DE LA PRESSE, DÉSINFORMATION

  • Facebook génère automatiquement des pages pour des groupes de milice, tandis que les extrémistes continuent de s'organiser au grand jour (Wired)
  • Les théories du complot sur la fraude électorale prospèrent déjà en ligne (Wired)
  • Les fonctionnaires électoraux sont dépassés par la machine à désinformer d'Elon Musk (CNN)

Elon Musk is doing in plain sight everything he accused the old Twitter owners of doing. https://t.co/YwEGFsUSsI

— Micah Erfan (@micah_erfan) October 29, 2024

LÉGISLATION, RÉGLEMENTATION

  • Google accusé de violer la loi du travail pour avoir demandé à ses employés de « s'abstenir » de parler de l'affaire antitrust (The Verge)
  • L'UE enquête sur Temu pour produits illégaux et design addictif (Wired)
  • Apple a dit à TikTok qu'il n'était pas adapté aux jeunes adolescents, selon les allégations d'un nouveau procès (Washington Post)

JOURNALISME

  • Les journalistes de Guardian Media Group soutiennent une grève lors d'un vote indicatif concernant l'offre de rachat du Observer par Tortoise (Press Gazette)
  • Un deuxième journaliste du Washington Post a démissionné en raison de son refus de soutenir un candidat à la présidence (The Guardian)
  • Les éditeurs européens s'expriment sur leurs difficultés à générer du trafic vers leurs sites (Digiday)
  • Comment les éditeurs utilisent l'IA pour améliorer leur productivité : des éditions audio à l'exploitation des archives (PressGazette)

David Remnick, the editor of The New Yorker, discusses the decision to pull the Washington Post’s planned endorsement of Kamala Harris—and the importance of taking a stand against the authoritarian future that Donald Trump represents.

Read his full Comment:… pic.twitter.com/gnysQw36OT

— The New Yorker (@NewYorker) October 31, 2024

STORYTELLING, NOUVEAUX FORMATS

  • Instagram réserve la meilleure qualité vidéo pour le contenu le plus populaire (The Verge)
  • LinkedIn lance une campagne Gen-Z pour sensibiliser à son fil vidéo inspiré de TikTok (Mobile Marketing)
  • Medium est inondé de slop d’IA (Wired)
  • Voici comment le Daily Mail prévoit de couvrir les élections sur TikTok (Digiday)

 

Publié par @lindseygamble_
Voir dans Threads

 

ENVIRONNEMENT 

  • Inquiet pour votre utilisation des données ? Voici l'empreinte carbone d'une journée moyenne d'e-mails, de WhatsApp et plus encore (The Guardian)
  • Le boom de l'IA pourrait déclencher une vague mondiale de déchets électroniques (Washington Post)

RÉSEAUX SOCIAUX, MESSAGERIES, APPS

  • À l'approche des élections, les plateformes de réseaux sociaux ont jeté l'éponge (Wired)
  • L'algorithme de X propose aux utilisateurs du contenu politique, qu'ils le veuillent ou non (Wall Street Journal)
  • Reddit est rentable pour la première fois de son histoire, avec près de 100 millions d'utilisateurs quotidiens (The Verge)
  • Snapchat compte 37 millions d'utilisateurs actifs et prévoit de lancer son application « simple » en 2025 (The Hollywood reporter)

STREAMING, OTT, SVOD

  • Netflix nomme Nicolle Pangis nouvelle VP en charge de la publicité (Adweek)
  • Roku suit Netflix et prévoit d'arrêter de communiquer le nombre de foyers utilisant son service de streaming (The Hollywood Reporter)

AUDIO, PODCAST, BORNES

  • La tournée médiatique du podcast présidentiel (Time)

INTELLIGENCE ARTIFICIELLE, DATA, AUTOMATISATION

  • Dans la stratégie d'Amazon pour le cloud de l'IA (Wall Street Journal)
  • Plus d'un quart du nouveau code chez Google est généré par l'IA (The Verge)

MONÉTISATION, MODÈLE ÉCONOMIQUE, PUBLICITÉ

  • Google teste discrètement un outil de publicité basé sur l'IA pour aider les annonceurs à atteindre de nouveaux publics (Adweek)
  • Les annonceurs du numérique bondissent, alors que les bénéfices de Google, Reddit et Snap témoignent d'une demande soutenue (Reuters)
  • Amazon investit dans Spotter, une entreprise de l'économie des créateurs qui soutient des influenceurs majeurs (The Hollywood Reporter)
  • Comment l'innovation ouvre la voie à la prochaine phase de la publicité, après Oracle (Digiday)

 

Par Kati Bremme, Alexandra Klinnik et Océane Ansah

 

 

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  • Liens vagabonds : ChatGPT hallucine des faux liens vers ses médias partenaires
    Un pacte faustien déjà corrompu ? Des tests du Nieman Lab ont montré que ChatGPT dirige les utilisateurs vers des URL non fonctionnelles pour au moins 10 médias ayant des accords de licence avec OpenAI : The Associated Press, The Wall Street Journal, the Financial Times, The Times (UK), Le Monde, El País, The Atlantic, The Verge, Vox, et Politico. Mi-juin déjà, le syndicat Insider avait demandé à la direction de Business Insider de partager les détails de l'accord de licence qu'ils ont conclu à

Liens vagabonds : ChatGPT hallucine des faux liens vers ses médias partenaires

Un pacte faustien déjà corrompu ? Des tests du Nieman Lab ont montré que ChatGPT dirige les utilisateurs vers des URL non fonctionnelles pour au moins 10 médias ayant des accords de licence avec OpenAI : The Associated Press, The Wall Street Journal, the Financial Times, The Times (UK), Le Monde, El País, The Atlantic, The Verge, Vox, et Politico. Mi-juin déjà, le syndicat Insider avait demandé à la direction de Business Insider de partager les détails de l'accord de licence qu'ils ont conclu à travers leur société mère Axel Springer avec OpenAI, sur fond de craintes que ChatGPT compromette leur travail éditorial plutôt que de le valoriser. En effet, l'agent conversationnel avait été présenté à la rédaction comme un nouveau moteur de recherche, mais l'interface d'Open AI s'est avérée peu motivée à citer la source quand ils s'agissait d'un scoop d'envergure découvert par les équipes d'investigation de Business Insider.

ChatGPT peut aujourd'hui converser naturellement à travers une interface vocale, mais ne sait pas faire des liens vers ses sites partenaires. Un constat tout à fait normal, selon Tom Rubin, responsable de la propriété intellectuelle et du contenu chez OpenAI. Lors de la conférence WAN-IFRA en mai, il a déclaré qu'une « composante significative » des accords avec les médias implique l'affichage du contenu des partenaires, mais que « vous ne l'avez pas encore vu dans nos produits. » OpenAI n'a pas précisé quand ces fonctionnalités d'affichage seraient disponibles ni répondu aux questions concernant les citations actuelles de ChatGPT d'articles de Business Insider, y compris les liens vers des pages d'articles inexistantes.

Au-délà de l'attribution et les liens vers les articles complets pour plus de "transparence et d'informations supplémentaires", le package vendu aux médias par OpenAI prévoit aussi un « placement prioritaire et une mise en avant de la marque plus riche » dans les conversations, selon des informations d'Adweek basées sur des slides qui ont fuité d'Open AI.

ChatGPT is hallucinating fake URLs for at least 10 publications that have OpenAI licensing deals.

I tested the chatbot’s ability to cite its news sources for @NiemanLab. It regularly generated broken links to even its partners’ biggest investigations. https://t.co/ddXrEDWhu9

— Andrew Deck (@decka227) June 27, 2024


Andrew Deck, journaliste au Nieman Lab,  a mené une série de tests dans lesquels il demande à ChatGPT expressément de renvoyer vers les articles phares de ces partenaires, y compris des contenus récompensés par des prix Pulitzer et des enquêtes qui ont duré plusieurs années. Dans l'ensemble, ses tests ont montré que ChatGPT est actuellement incapable de renvoyer de manière fiable vers ces histoires remarquables des publications partenaires qui ont demandé un investissement considérable aux rédactions. Et l'hallucuination est internationale : ChatGPT a généré des liens fictifs vers des enquêtes nationales majeures du Monde, et du journal El País (propriété de Prisa Media), les deux ayant conclu des accords de licence de contenu avec OpenAI en mars. Face à ce dilemme, l'UER, l'Union européenne de radio-télévision, vient de publier un appel aux géants de la tech pour plus de transparence et de respect de la propriété intellectuelle. Elle leur demande notamment de pouvoir décider si et comment le contenu des médias de service public est utilisé, avec une attribution claire et correcte des sources par les outils d’IA et une vraie coopération des plateformes pour lutter contre la désinformation, en assurant la visibilité appropriée des médias.

En attendant, ChatGPT fait ce que sa génération de texte prédictif fait de mieux : prédire la version la plus probable de l'URL pour une information donnée, plutôt que la version correcte.

CETTE SEMAINE EN FRANCE

  • Législatives 2024 : comment les thèmes favoris du RN ont peu à peu colonisé les médias traditionnels (Le Monde)
  • Législatives 2024 : les débats attirent les téléspectateurs (Les Echos)
  • Le spécialiste des newsletters Kessel passe le cap du million de lecteurs (Les Echos)
  • La Russie bloque l’accès à 81 médias européens, dont les sites du “Monde” et de l’AFP (Le Monde)

3 CHIFFRES

  • Selon une étude du cabinet londonien MIDiA Research, le bassin d’audience du podcast dans le monde devrait presque doubler à horizon 2030, approchant 1,2 milliard de personnes
  • Bruxelles menace Apple d'une amende géante, équivalente à 10% de son chiffre d’affaires, d'après Le Figaro.
  • ChatGPT hallucine des URLs pour au moins 10 publications qui font partie des accords de licence en cours d'OpenAI, d'après le NiemanLab. 

LE GRAPHIQUE DE LA SEMAINE

Source : The Hustle

NOS MEILLEURES LECTURES / DIGNES DE VOTRE TEMPS / LONG READ

  • L’inconsciente irresponsabilité du journalisme politique (AOC)
  • L'avenir du streaming (selon les magnats qui s'en occupent) (New York Times)

DISRUPTION, DISLOCATION, MONDIALISATION

  • Les fact-checkers britanniques ont passé plus de temps à vérifier les déclarations des hommes politiques que les faux contenus générés par l'IA (Press Gazette)

DONNEES, CONFIANCE, LIBERTÉ DE LA PRESSE,DÉSINFORMATION 

  • La zone grise : comment Israël considère certains journalistes de Gaza comme des cibles légitimes (The Guardian)
  • Julian Assange libéré mais condamné, une forme de menace pour la liberté de la presse (Le Monde)

JULIAN ASSANGE IS FREE

Julian Assange is free. He left Belmarsh maximum security prison on the morning of 24 June, after having spent 1901 days there. He was granted bail by the High Court in London and was released at Stansted airport during the afternoon, where he boarded a…

— WikiLeaks (@wikileaks) June 24, 2024

  • L'Indonésie tente de bloquer les contenus LGBTQIA sur Internet (Rest of World)
  • Le procès à huis clos du journaliste américain Evan Gershkovich commence en Russie (The Guardian)
  • Les conspirations sur le débat Trump-Biden ont déjà inondé l'Internet (Wired)

LÉGISLATION, RÉGLEMENTATION

  • IA : l’Autorité de la concurrence met en garde contre la domination des géants du numérique (Le Monde)

Today we open a new case + we adopt preliminary findings against @Apple under the DMA.

👉We are concerned Apple's new business model makes it too hard for app developers to operate as alternative marketplaces & reach their end users on iOS.

More🗞: https://t.co/nYm5fW61jp

— Margrethe Vestager (@vestager) June 24, 2024

JOURNALISME

  • Les grands reporters quittent Politico (Semafor)
  • Débat présidentiel : 2 candidats. Pas de public. 60 journalistes du New York Times (New York Times)
  • Le site web de MTV News s'éteint, les archives sont mises hors ligne (Variety)
  • Selon un mémo, le New York Times aurait licencié des artistes pour les remplacer par l’IA (Futurism)
  • Le problème de confiance du journalisme est-il lié à l'argent et non à la politique ? (NiemanLab)

STORYTELLING, NOUVEAUX FORMATS

  • L'industrie de l'information est-elle prête à passer à la vidéo (une fois de plus) ? (NiemanLab)
  • Domingo et le tennis, Billy en boxeur… Twitch, le nouveau terrain de jeu du sport-spectacle (Le Figaro)
  • Les soirées PowerPoint ? Pourquoi la pire partie de votre travail s’invite dans vos fêtes ? (The San Francisco Standard)

ENVIRONNEMENT

  • L'intelligence artificielle met le réseau électrique à rude épreuve. Les entreprises technologiques cherchent une solution miracle (Washington Post)

RÉSEAUX SOCIAUX, MESSAGERIES, APPS

  • Facebook a été envahi par des spams et des escroqueries liés à l'IA (404media)
  • Les créateurs de TikTok tiennent leurs propres assemblées avec des candidats indépendants, évitant les médias traditionnels et offrant une tribune aux théories du complot (Wired)
  • « Plus ta peau est foncée, moins tu vaux » : les inégalités salariales des influenceurs (The Guardian)
  • Instagram ne veut pas que vous regardiez le débat présidentiel (FWIW)

 IMMERSION, 360, VR, AR

  • J'ai porté des Ray-Ban Meta à Montréal pour tester leurs compétences en traduction IA. Cela ne s'est pas bien passé (Wired)

STREAMING, OTT, SVOD

  • YouTube domine le streaming (CNBC)

AUDIO, PODCAST, BORNES

INTELLIGENCE ARTIFICIELLE, DATA, AUTOMATISATION

  • Les entreprises technologiques modifient leurs conditions d'utilisation pour faciliter l'entraînement des algorithmes d'IA avec vos données (New York Times)
  • Reddit essaie de mettre fin au crawling des robots IA (TechCrunch)
  • Malgré tout le buzz autour de l'IA, l’industrie tech a connu plus de 100 000 licenciements cette année (Finding Alpha)
  • Le robot du gouvernement sud-coréen est mort ; la presse locale suppose qu’il s’est suicidé (The New York Sun)
  • Le magazine Time signe un accord avec OpenAI (Axios)
  • Toys 'R' Us a réalisé une publicité presque entièrement basée sur l'IA (CNN)
  • Le média 404 média a payé 365,63 $ pour remplacer son site par l'IA (404 media)
  • Les grandes maisons de disques poursuivent s sociétés d'IA Suno et Udio pour violation du droit d'auteur (billboard)

Name that tune 🎶!

Sound familiar? That's because @suno_ai_ is training AI on copyrighted works...
🎧: https://t.co/GnRxCA0rDc
🎧: https://t.co/lr3Z7tHmyB
🎧: https://t.co/zXjPi68lJF

Learn more about our legal action against Suno: https://t.co/LOFOSrRp9M pic.twitter.com/OmF7iUqAd7

— RIAA (@RIAA) June 24, 2024


MONÉTISATION, MODÈLE ÉCONOMIQUE, PUBLICITÉ

  • Il y a un an, Time a retiré son paywall. Voici les résultats (Adweek)

 

Kati Bremme et Alexandra Klinnik 

 

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Législatives : Entre Matriochka, edits et trackers, la drôle de bataille des élections sur les réseaux sociaux

Alors que la campagne pour les élections législatives anticipées des 30 juin et 7 juillet s'annonce historiquement courte, la couverture médiatique doit suivre son rythme effréné. Journalistes et citoyens se retrouvent désarmés face à une situation inédite, marquée par la désinformation, les conflits entre créateurs de contenus et les efforts éducatifs des nouveaux acteurs médiatiques. Dans ce maelström d'informations incessantes, la navigation est difficile. Retour sur une couverture médiatique fragmentée.

Par Aude Nevo du MediaLab de l'Information de France Télévisions.

Une couverture médiatique qui manque de clarté

Le 10 juin, lendemain de l'annonce de la dissolution de l'Assemblée nationale, l'incertitude règne. La question de l'inscription sur les listes électorales reste floue : peut-on encore s'inscrire ? Les médias n'apportent pas de réponse claire, alimentant davantage la confusion. Même problème sur les réseaux sociaux. Les messages sont contradictoires. L’appel d’un utilisateur de X (feu Twitter) a par exemple été retweeté 6 000 fois : « La date limite pour s’inscrire sur les listes électorales c’est aujourd’hui. Faites-le ça prend deux minutes ! ». Le site du gouvernement lui-même affichait la date limite au 10 juin, jusqu’à mettre à jour son contenu plus tard dans la journée. Il n’était en réalité, déjà plus possible de s’inscrire aux élections législatives, en raison de la proximité avec le premier tour.

‼ LA DATE LIMITE POUR S’INSCRIRE SUR LES LISTES ÉLECTORALES C’EST AUJOURD’HUI. FAITES-LE ÇA PREND DEUX MINUTES : https://t.co/2fs0Zfz0zl

— endaïve 🇵🇸 (@desesprite) June 10, 2024

La Fondation Jean-Jaurès souligne dans une étude récente que « la campagne européenne n’existe pas », dans les médias français. Mais l'intérêt soudain suscité par la dissolution de l'Assemblée nationale par Emmanuel Macron ravive les débats. « Jamais je n'ai vu autant de discussions et d'interrogations parmi les collègues », témoigne Jean-François Breviere, délégué syndical Unsa de l’entrepôt Lacoste à Troyes, à Médiapart. Cette situation inédite soulève des questions : les élus seront-ils en poste pour cinq ans ? À partir de quand le temps de parole des candidats-est-il décompté ? Quelles sont les alliances qui se forment ? La dernière dissolution de l'Assemblée remonte à 1997, laissant médias et citoyens désarmés face aux enjeux complexes de cette décision politique.

En parallèle, les médias naviguent dans un environnement où la désinformation propulsée par l'intelligence artificielle et l’ingérence russe deviennent plus préoccupantes que jamais. Les fausses informations, souvent basées sur des images manipulées, deviennent monnaie courante, compliquant davantage la compréhension du paysage politique actuel.

« Dans ce paysage politique bouleversé, il faut aider les électeurs à se repérer » insiste le consultant Maxime Loisel sur X. « Les sites d’information devraient proposer des formats accessibles pour clarifier les positions des candidats et les alliances dans chaque circonscription. Typiquement, on aurait dès maintenant besoin d’un tracker des réactions chez les élus LR. Qui est ouvert au rapprochement avec le RN ? Qui s’y oppose ? Qui ne dit rien ? ». En partageant un format du New York Times en guise d’exemple.

Exemple : https://t.co/3ECZFi36si

— Maxime Loisel (@maxloisel) June 11, 2024

La désinformation s’invite aux élections

À deux semaines des élections législatives, la menace de la désinformation pèse lourdement sur le scrutin. Selon le média Paris Normandie, le programme russe Matriochka a intensifié ses activités les 8 et 9 juin 2024, visant à discréditer plusieurs médias et personnalités françaises. Cette campagne de désinformation, en plein week-end des élections européennes, a particulièrement ciblé Emmanuel Macron, tout en favorisant le Rassemblement National.

Le service de vigilance et de protection contre les ingérences numériques étrangères (VIGINUM), rattaché au ministère des Armées, a confirmé ces activités dans son rapport du 10 juin. Ce document révèle que de nombreux faux articles, imitant des publications de médias tels que Le Parisien, Le Point, et Le Monde ont été diffusés sur les réseaux sociaux. Ces articles, largement relayés par des bots, visaient à saturer les capacités des cellules de fact-checking « tout en promouvant des contenus servant les intérêts russes ». Il est possible de détecter ces faux articles en observant les noms de domaine utilisés, par exemple, "leparisien.wf" au lieu de "leparisien.fr"

🇫🇷 FRANCE: Last night, pro-Kremlin bots🤖 were seeking to influence public debate around EU elections in favor of right-wing RN.

Fake clones of @Le_Parisien and @LePoint were used, but also authentic @Le_Figaro and more.

Similar to 🇩🇪, they messed it up most of time. 🧵

1/ pic.twitter.com/ebHYaKVHId

— bot blocker | блокировщик ботов (@antibot4navalny) June 8, 2024

L'opération Matriochka ne se limite pas à la France. En Allemagne, des tactiques similaires ont été employées pour décrédibiliser les médias et mettre en avant l’AFD, parti d’extrême droite. Il est cependant difficile d’évaluer l’impact réel de ces campagnes, car leur visibilité reste limitée sur les réseaux sociaux.

Surexposition médiatique de l’extrême droite dans les médias traditionnels ?

Avec un traitement parfois rapide et une couverture médiatique critiquée, les chaînes de télévision françaises ont peiné à couvrir efficacement les élections européennes et l'annonce de la dissolution de l'Assemblée nationale par Emmanuel Macron. France 2 a été pointée du doigt pour avoir organisé, le 23 mai, un débat entre le Premier ministre Gabriel Attal et la tête de liste du Rassemblement National Jordan Bardella, ne laissant qu’une place secondaire, en deuxième partie d’émission, aux autres formations politiques. Le lundi 27 mai, BFMTV a également été critiquée pour un débat ne réunissant que les huit principales têtes de liste. Certains candidats ont dénoncé une campagne médiatique favorisant toujours les mêmes acteurs, marginalisant ainsi les « petites listes ». Guillaume Lacroix, tête de liste du Parti radical de gauche (PRG), a souligné que « en invitant toujours les huit mêmes à débattre, les médias participent à uniformiser le débat ». Le débat à seize du 4 juin sur France 2 n'a pas suffi à corriger ce déséquilibre, laissant de nombreux candidats sans réelle possibilité de s'exprimer.

Le 3 juin, Ouest-France a publié une infographie sur l’exposition médiatique des têtes de liste aux élections européennes au cours du mois de mai. D’après cette étude, réalisée par la plateforme de veille médiatique Tagaday, Jordan Bardella, tête de liste du Rassemblement National (RN) a dominé les mentions médiatiques avec 17 309 citations. Il devance largement Raphaël Glucksmann (PS-Place publique, 11 832 mentions) en deuxième position. Depuis les résultats des élections, où le RN est arrivé largement en tête avec 31,37 % des suffrages exprimés, cette étude a été grandement relayée sur les réseaux sociaux. Basées sur 3 000 publications de presse écrite, imprimées et en ligne, et 5 400 programmes diffusés sur 410 chaînes de télévision et stations de radio, ces données correspondent au nombre de mentions faites de chacun des noms des 21 principales têtes de liste aux élections européennes de 2024. « Il faut bien comprendre que c’est une étude purement quantitative, qui ne prend en compte ni le contexte, ni l’actualité rattachée à sa mention, ni la nature positive ou négative du commentaire associé » souligne un représentant de Tagaday.

Si cette étude soulève des questions sur le respect du pluralisme politique en période électorale, il est important de noter que l'Arcom comptabilise le temps de parole des candidats, et non la simple mention de leurs noms. Les méthodologies de l'Arcom et de Tagaday diffèrent donc. En outre, cette réglementation ne s’applique qu’aux acteurs audiovisuels – à savoir les éditeurs de radio et de télévision. Le respect de la pluralité dans la presse écrite et les sites web est théoriquement assuré par la diversité des titres, conformément à la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse. Pour la campagne législative à venir, l'Arcom décompte le temps de parole depuis le 11 juin. « Compte tenu du calendrier extrêmement serré, nous demandons aux éditeurs de nous communiquer les résultats deux fois par semaine », explique un représentant. L'objectif est de pouvoir réagir rapidement et rectifier le tir si nécessaire.

Les journalistes influenceurs, un travail de vulgarisation nécessaire

Hugo Travers dort-il la nuit ? Avec une présence assidue lors de la soirée électorale, un livestream de 1h30, et une vidéo de 10 minutes finalisée à 1h du matin, les équipes de HugoDécrypte semblent ne pas connaître de répit.  Le travail du vidéaste suivi par 3,7 millions de personnes sur Instagram participe à démystifier le processus électoral complexe. Il nous explique par exemple comment faire une procuration, ou le fonctionnement des élections législatives. Pour rendre les élections accessibles au plus grand nombre, il n'hésite pas à simplifier les informations et à présenter des infographies claires, notamment sur la composition du Parlement européen.  Il y détaille les noms des partis français et leurs affiliations européennes et facilite ainsi la compréhension pour ceux qui se perdent dans les dénominations des partis européens.

Un exemple pour les médias traditionnels ?

Certains médias traditionnels s’inspirent de cette dynamique depuis quelques temps déjà. Ils proposent désormais plus de formats attrayants et explicatifs sur les réseaux sociaux pour susciter l’intérêt. À titre d'exemple, Le Monde utilise régulièrement son compte Instagram pour diffuser des vidéos courtes et explicatives, présentées verticalement, dans un effort pédagogique efficace. C’est également le cas de France Culture. Le média a publié sur son compte Instagram un « reel » vu plus de 400 000 fois sur la naissance du « front populaire » en 1936. Le but ? expliquer d’un point de vue historique l’origine du nom choisi par l’alliance des gauches.

 

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Une publication partagée par Le Monde (@lemondefr)

Des nouveaux formats émergent également. L’émission Quotidien a par exemple lancé sa newsletter « Quotidien Matin », au ton décalé et à la charte graphique colorée. Depuis le 28 mai, elle propose gratuitement « un condensé d'actu médias, informé et mal élevé ». L’une de ses éditions retrace avec humour l’épopée d’Eric Ciotti, (ex)-président du parti les Républicains enfermé dans les locaux du parti.

Les journalistes activistes, ces nouveaux influenceurs

Du côté des journalistes indépendants, particulièrement actifs en ligne, l'heure est à la sensibilisation et à l'influence. C’est notamment le cas de l’essayiste Rose Lamy, créatrice de la page Instagram « Préparez-vous pour la bagarre », suivie par 248 000 personnes. À l'annonce des prochaines élections législatives, elle a décidé de mettre sa page à disposition pour des contenus militants : « Je mets la page à dispo pour organiser des lives et partager des posts collaboratifs » explique-t-elle. Les 301 000 abonnés de Salomé Saqué, journaliste pour Blast, ont quant à eux massivement relayé ses publications engagées, mais documentées, telles que « Emmanuel Macron veut mettre l'extrême droite au pouvoir » ou « le retournement de veste du président des Républicains face au RN en deux étapes ».


Compte Instagram de "Préparez-vous pour la bagarre".

Plusieurs médias indépendants ont également pris position. C’est le cas de « Vert », un média consacré à l’écologie. Toujours sur Instagram, ce média s'est engagé à travers des publications telles que « Pourquoi Vert, un média sur l’écologie, s'oppose publiquement au RN ? ». Dans plusieurs vidéos verticales, les community managers tentent d’exposer le point de vue du média de manière humoristique. Cela passe par exemple par l’explication des votes du RN à l’Assemblée nationale dans un jeu de rôle au montage dynamique. Information et divertissement sont de plus en plus imbriqués, au service de la cause défendue.

Une drôle de bataille sur les réseaux sociaux

Les créateurs de contenus moins connus se mobilisent également pour faire campagne. Sur TikTok, un nouveau phénomène fait rage : les « edits », des vidéos éditées mettant en scène diverses personnalités politiques. Le but ? Les rendre « cools ».

Ces courtes vidéos cumulent parfois des millions de vues. Il s’agit de montages rythmés, aux filtres et transitions soignés. Elles mettent majoritairement en vedette Jordan Bardella, et ne sont pas sans rappeler les codes des « fancams » réalisées par les adeptes de K-pop pour honorer leurs idoles.

@sht._sf 🇫🇷#jordanbardella #9juin2024 #edit #fyp ♬ original sound - .

Edit de Jordan Bardella, tête de liste du RN.

Face à cette déferlante, des sympathisants du nouveau front populaire ont décidé de contre-attaquer. Axel Bossard, chroniqueur pour Mouv’ à Radio France, a lancé un appel aux créateurs de contenus pour inonder les réseaux sociaux. Il a créé un serveur Discord pour coordonner la production de contenu militant : « Je souhaite créer une communauté de créateurs de contenus de gauche qui permettrait d’inonder les réseaux ». Selon lui, ces contenus seront accessibles à tous, et fonctionneront comme des « tracts numériques ». Pour Marie, étudiante de 18 ans, il s’agit de créer une porte d’entrée vers une adhésion politique :« Les gens vont aller regarder ce que ces personnalités disent parce qu’ils les trouvent charismatiques et peut-être qu’avec ça, les idées vont les atteindre ».

@yourmyracle Give me this big boy #CapCut #sebastiendelogu #edit #lfi #europeanelections #freepalestine ♬ original sound - Fire & Faith

Edit de Sébastien Delogu, député LFI

Dans cette campagne électorale, les créateurs de contenus de toutes tailles et les réseaux sociaux jouent un rôle de plus en plus important. Là où seul le journaliste faisait office de relais médiatique il y a quelques années, le paysage informationnel évolue, laissant place à de nouveaux acteurs pour influencer le débat public. Comme le rappelait le média Vox fin 2023, le très conservateur président argentin Javier Milei a pu compter sur un soutien massif des jeunes après un large succès sur Tiktok. Toutefois, mesurer l'impact de ces batailles numériques sur les résultats électoraux reste difficile. Le taux d'abstention parmi les jeunes aux Européennes reste élevé : 60% des 18-24 ans n'ont pas voté, selon les estimations d'IPSOS, bien plus que la moyenne nationale de 48,5%.

Et les vrais influenceurs dans tout cela ?

Certains influenceurs mobilisent activement leurs communautés pour encourager la participation électorale. Squeezie, longtemps premier youtubeur de France avec ses 19 millions d’abonnés, a par exemple partagé une lettre ouverte aux jeunes qui le suivent. Il commence ainsi : « Je n’ai jamais voulu vous parler politique et rentrer dans les jeux des partis […] Mais je pense que s’opposer fermement à une idéologie extrême qui prône la haine et la discrimination va au-delà d’une quelconque prise de position politique ». L’influenceuse Lena Situations, a quant à-elle partagé un lien pour faciliter les procurations à ses 4,6 millions de followers sur Instagram. « J’ai reçu beaucoup de messages : 'Je serai en vacances le jour du vote'. Si tu es en vacances, pas de souci [...], fais une procuration », explique-t-elle. Dans le même esprit, d'autres personnalités telles que Flora Coquerel, Angèle, Mister V ou Natoo relaient l'appel au vote à leurs centaines de milliers d'abonnés. Sur X, les internautes encouragent les influenceurs qu'ils suivent à eux aussi s’engager. Ces actions dessinent un potentiel de mobilisation rappelant l'impact des stars internationales sur l'engagement citoyen, à l'instar de Taylor Swift qui avait incité 35 000 électeurs à se rendre aux urnes. Entre sérieux et humour, certains tweets font même état de soutiens fictifs de stars à divers partis politiques. Un internaute plaisante par exemple : « les membres des BTS soutiennent le Front Populaire pour les élections législatives. 'Nous devons faire bloc face au RN', a déclaré le leader du groupe RM à l’AFP ».

Reste à savoir si ces efforts suffiront à réduire l'abstention massive prévue pour les législatives anticipées du 30 juin et du 7 juillet.

 

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