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  • Liens vagabonds : Aux Etats-Unis, une campagne électorale plus fragmentée que jamais
    « Nous ne vivons plus dans un monde où trois hommes blancs d’âge mûr annoncent les nouvelles chaque soir à 18h30 », observe Eric Schultz, conseiller politique démocrate. L'époque où un nombre restreint de figures médiatiques incarnait « l’autorité » de l’information quotidienne semble révolue. Les candidats à l’élection présidentielle américaine l’ont bien compris et explorent aujourd’hui tous les canaux pour atteindre leurs électeurs : participation à des podcasts ciblés pour courtiser le « br

Liens vagabonds : Aux Etats-Unis, une campagne électorale plus fragmentée que jamais

« Nous ne vivons plus dans un monde où trois hommes blancs d’âge mûr annoncent les nouvelles chaque soir à 18h30 », observe Eric Schultz, conseiller politique démocrate. L'époque où un nombre restreint de figures médiatiques incarnait « l’autorité » de l’information quotidienne semble révolue. Les candidats à l’élection présidentielle américaine l’ont bien compris et explorent aujourd’hui tous les canaux pour atteindre leurs électeurs : participation à des podcasts ciblés pour courtiser le « bro vote », lancement de campagnes dans des jeux vidéo type Fortnite, et investissement massif sur les réseaux sociaux – X, Instagram, TikTok. Leurs meilleurs alliés ? Les influenceurs, capables d’atteindre des publics spécifiques (et jeunes), payés très généreusement pour soutenir leur candidat favori, sans réel encadrement réglementaire ni transparence. Dans cette campagne électorale plus fragmentée que jamais, les codes traditionnels de l’information semblent dépassés, suscitant de vives réactions dans les médias traditionnels. Comme le résume The Guardian : « Les candidats ont fait parler d’eux non pas pour ce qu’ils disent en interview, mais pour les médias auxquels ils ne participent pas ».

Le podcast, format roi

Cette campagne présidentielle marque un tournant avec l’émergence des podcasts en tant que médias de premier plan. Kamala Harris, par exemple, a choisi de s’éloigner des médias traditionnels pour atteindre des électorats stratégiques. Le mois dernier, elle a été invitée sur All the Smoke, un podcast sportif animé par d’anciens joueurs de la NBA, Stephen Jackson et Matt Barnes, qui s’adresse principalement aux hommes noirs. Harris est également devenue la première candidate à la présidence à apparaître dans Call Her Daddy, un des podcasts les plus populaires du pays, particulièrement prisé par les femmes. Selon Edison Research, près de 80 % des auditeurs de cette émission ont moins de 35 ans, et une grande partie d’entre eux vivent dans le Sud, une région regroupant des États clés comme la Géorgie et la Caroline du Nord. Comme l'indique The Atlantic, « les émissions d'actualités classiques n'ont pas la même portée qu'Alex Cooper auprès des jeunes femmes du centre des États-Unis », ou un appel à voter de Taylor Swift, une campagne "Kamala is Brat" ou encore le hastag "HotGirlsVote". 

Campagne ciblée sur Instagram #HotGirlsVote

De son côté, Donald Trump investit dans la « manoverse » pour séduire le « bro vote », un groupe d’électeurs de 18 à 29 ans. Aux États-Unis, les hommes de moins de 30 ans affichent l'un des taux de participation électorale les plus bas. Trump a ainsi multiplié les apparitions sur des podcasts à forte audience masculine, comme Full Send, Bussin' With the Boys, et le PBD Podcast. En tout, sa campagne a recensé neuf podcasts, dont sept comptent une majorité d’auditeurs masculins. Son interview de 3 heures avec Joe Rogan, un relais puissant pour la propagande conservatrice, a été visionnée plus de 43 millions de fois, faisant de cet épisode le plus regardé de l’année sur la chaîne de Rogan, selon YouTube.

Selon The Atlantic, « la plupart des Américains qui consomment beaucoup d’actualités savent déjà comment ils vont voter. Conquérir les électeurs indécis, y compris ceux qui ne prévoient pas de voter, est vital. Cela signifie participer à des podcasts ayant des titres tels que "Threesomes, Toxic Men and Onlyfans". »

Les créateurs vidéo, les personnes les plus puissantes de la campagne

Par ailleurs, ces podcasts touchent bien-au-delà de leurs publics principaux : des extraits clés étant largement partagés sur les réseaux sociaux, apparaissent sur des millions de fils d’actualités supplémentaires. Un article de CNN rappelle que les "créateurs" de clips vidéo « sont les personnes les plus puissantes dans le cycle électoral cette année ».

Et ces éditeurs vidéo sont souvent les plus influents sur les réseaux. Le rassemblement de Donald Trump au Madison Square Garden avec son discours extrême et haineux, en a été la preuve. Des commentaires racistes et obscènes de certains des premiers intervenants de l’événement ont été découpés et signalés par des utilisateurs populaires sur X, comme Acyn, et Aaron Rupar. Les deux comptes ont publié des extraits du comédien Tony Hinchcliffe comparant Porto Ricco à une « île flottante de déchets » : les clips sont devenus viraux, sur une plateforme qui habituellement favorise les tweets des Républicains.

On n’oublie personne

Par ailleurs, dans les dernières heures de la campagne, la vice-présidente Kamala Harris tente de séduire un groupe « qui n’est pas souvent ciblé lors de telles courses » : les gamers. Son équipe a lancé sa propre campagne sur Fortnite : Freedom Town. Il s’agit d’une carte créative personnalisée thématisée autour de certaines des promesses de campagnes de Kamala Harris, notamment des réductions d’impôts pour les petits entreprises et un accent sur le logement abordable…

Les médias traditionnels ne sont pas (complètement) obsolètes

Malgré l’essor et l’intérêt pour de nouvelles plateformes, les médias traditionnels conservent une place importante dans la stratégie électorale. Les candidats avaient prévu de dépenser environ 2,1 milliards de dollars en publicité à la télévision, à la radio et en ligne, une augmentation de 17% par rapport à 2020, soit le cycle électoral le plus coûteux de l’histoire, selon AdImpact, une société de suivi publicitaire en Viriginie. 

La fragmentation médiatique a transformé la façon dont les candidats mènent la campagne. Avec l’émergence de nouveaux canaux, les électeurs peuvent être touchés là où ils se trouvent. Du côté des médias, des marges plus faibles et l'absence d'un moteur d'audience garanti comme Trump ont poussé les dirigeants de télévision à être plus prudents avant d'investir des millions dans des débats. Cette reconfiguration crée un environnement saturé où il devient difficile de discerner des messages authentiques au milieu d’un flot constant d’informations. « Avant, on était habitués à un calendrier de campagne qui s’étirait dans le temps, analyse Jack Bratich, professeur de communication à la Rutgers University, spécialisé dans la fachosphère américaine. Avec tous ces podcasts de dernière minute et le contenu superficiel des conversations, on a l’impression de voir une pub pour un évènement sportif qui se tient le 5 novembre, pas une élection ». Le journaliste John Herrman a été parmi les premiers à identifier la tendance à la fragmentation dans le New York Magazine prédisant que les électeurs seront confrontés à une "Élection de Nulle Part" (Nowhere Election), "vécue comme une incitation à penser par eux-mêmes dans un environnement où tenter de le faire signifie être constamment sollicité, courtisé, trompé ou escroqué — une sphère publique animée (hourra !) qui se remplit d'une fumée épaisse et âcre (oh non !)."

CETTE SEMAINE EN FRANCE

  • Le Figaro conclut un accord avec Meta et Google sur le partage des droits voisins (Le Monde)
  • Budget 2025 : 150 millions en moins pour la Culture et l’audiovisuel public (Télérama)
  • Google condamnée à verser 26,5 millions d’euros à une entreprise française (Le Monde)
  • Matignon surveillera désormais aussi nos recherches dans Google, TikTok ou Instagram (L’Informé)
  • Pourquoi Vincent Bolloré éparpille Vivendi façon puzzle (Le Monde)

3 CHIFFRES

  • YouTube atteint 8,9 milliards de dollars de revenus publicitaires alors qu'Alphabet dépasse les attentes de Wall Street, rapporte The Hollywood reporter
  • Plus de 250 000 abonnés ont quitté le Washington Post en raison du refus d’endorsement, selon NPR
  • $20 milliards de millions de milliards, c’est la somme que l’entreprise Alphabet est condamnée à verser par une cour de justice russe pour avoir bloqué la propagande pro-Kremlin sur YouTube, rapporte Clubic

LE GRAPHIQUE DE LA SEMAINE

Les éditeurs investissent massivement dans la vidéo

Source : PressGazette

NOS MEILLEURES LECTURES / DIGNES DE VOTRE TEMPS / LONG READ

  • Pourquoi les noms de jeune fille sont importants à l'ère de l'IA et de l'identité (Time)
  • Le nouvel argent noir : Comment les influenceurs sont payés à prix d'or pour courtiser votre vote (Washington Post)
  • Malgré des risques incertains, beaucoup se tournent vers des IA comme ChatGPT pour leur santé mentale (Washington Post)

DISRUPTION, DISLOCATION, MONDIALISATION

  • OpenAI lance son moteur de recherche (très frustrant pour l'instant NDLR) (The Verge)

  • En renonçant à la démocratie, le Washington Post doit désormais repenser son modèle d'affaires (Semafor)
  • Les tuteurs IA changent déjà l'enseignement supérieur (Axios)
  • Comment TikTok a sauvé son activité e-commerce en Indonésie (New York Times)

A statement from Post Guild leadership on the Washington Post's decision to not endorse a presidential candidate pic.twitter.com/fYU7hkr79K

— Washington Post Guild (@PostGuild) October 25, 2024

DONNEES, CONFIANCE, LIBERTÉ DE LA PRESSE, DÉSINFORMATION

  • Facebook génère automatiquement des pages pour des groupes de milice, tandis que les extrémistes continuent de s'organiser au grand jour (Wired)
  • Les théories du complot sur la fraude électorale prospèrent déjà en ligne (Wired)
  • Les fonctionnaires électoraux sont dépassés par la machine à désinformer d'Elon Musk (CNN)

Elon Musk is doing in plain sight everything he accused the old Twitter owners of doing. https://t.co/YwEGFsUSsI

— Micah Erfan (@micah_erfan) October 29, 2024

LÉGISLATION, RÉGLEMENTATION

  • Google accusé de violer la loi du travail pour avoir demandé à ses employés de « s'abstenir » de parler de l'affaire antitrust (The Verge)
  • L'UE enquête sur Temu pour produits illégaux et design addictif (Wired)
  • Apple a dit à TikTok qu'il n'était pas adapté aux jeunes adolescents, selon les allégations d'un nouveau procès (Washington Post)

JOURNALISME

  • Les journalistes de Guardian Media Group soutiennent une grève lors d'un vote indicatif concernant l'offre de rachat du Observer par Tortoise (Press Gazette)
  • Un deuxième journaliste du Washington Post a démissionné en raison de son refus de soutenir un candidat à la présidence (The Guardian)
  • Les éditeurs européens s'expriment sur leurs difficultés à générer du trafic vers leurs sites (Digiday)
  • Comment les éditeurs utilisent l'IA pour améliorer leur productivité : des éditions audio à l'exploitation des archives (PressGazette)

David Remnick, the editor of The New Yorker, discusses the decision to pull the Washington Post’s planned endorsement of Kamala Harris—and the importance of taking a stand against the authoritarian future that Donald Trump represents.

Read his full Comment:… pic.twitter.com/gnysQw36OT

— The New Yorker (@NewYorker) October 31, 2024

STORYTELLING, NOUVEAUX FORMATS

  • Instagram réserve la meilleure qualité vidéo pour le contenu le plus populaire (The Verge)
  • LinkedIn lance une campagne Gen-Z pour sensibiliser à son fil vidéo inspiré de TikTok (Mobile Marketing)
  • Medium est inondé de slop d’IA (Wired)
  • Voici comment le Daily Mail prévoit de couvrir les élections sur TikTok (Digiday)

 

Publié par @lindseygamble_
Voir dans Threads

 

ENVIRONNEMENT 

  • Inquiet pour votre utilisation des données ? Voici l'empreinte carbone d'une journée moyenne d'e-mails, de WhatsApp et plus encore (The Guardian)
  • Le boom de l'IA pourrait déclencher une vague mondiale de déchets électroniques (Washington Post)

RÉSEAUX SOCIAUX, MESSAGERIES, APPS

  • À l'approche des élections, les plateformes de réseaux sociaux ont jeté l'éponge (Wired)
  • L'algorithme de X propose aux utilisateurs du contenu politique, qu'ils le veuillent ou non (Wall Street Journal)
  • Reddit est rentable pour la première fois de son histoire, avec près de 100 millions d'utilisateurs quotidiens (The Verge)
  • Snapchat compte 37 millions d'utilisateurs actifs et prévoit de lancer son application « simple » en 2025 (The Hollywood reporter)

STREAMING, OTT, SVOD

  • Netflix nomme Nicolle Pangis nouvelle VP en charge de la publicité (Adweek)
  • Roku suit Netflix et prévoit d'arrêter de communiquer le nombre de foyers utilisant son service de streaming (The Hollywood Reporter)

AUDIO, PODCAST, BORNES

  • La tournée médiatique du podcast présidentiel (Time)

INTELLIGENCE ARTIFICIELLE, DATA, AUTOMATISATION

  • Dans la stratégie d'Amazon pour le cloud de l'IA (Wall Street Journal)
  • Plus d'un quart du nouveau code chez Google est généré par l'IA (The Verge)

MONÉTISATION, MODÈLE ÉCONOMIQUE, PUBLICITÉ

  • Google teste discrètement un outil de publicité basé sur l'IA pour aider les annonceurs à atteindre de nouveaux publics (Adweek)
  • Les annonceurs du numérique bondissent, alors que les bénéfices de Google, Reddit et Snap témoignent d'une demande soutenue (Reuters)
  • Amazon investit dans Spotter, une entreprise de l'économie des créateurs qui soutient des influenceurs majeurs (The Hollywood Reporter)
  • Comment l'innovation ouvre la voie à la prochaine phase de la publicité, après Oracle (Digiday)

 

Par Kati Bremme, Alexandra Klinnik et Océane Ansah

 

 

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  • De la presse à YouTube : des journalistes au service des créateurs de contenu
    Lena Situations, Seb la Frite, Simon Puech, Gaspard G, Hugo Décrypte : tous ces créateurs ont bien compris qu’un contenu de qualité nécessite le savoir-faire de journalistes. Ces derniers assurent un travail de fond, souvent dans les coulisses, proche des méthodes classiques de la télévision, comme la programmation et la recherche documentaire.  Par Alexandra Klinnik du MediaLab de l’Information de France Télévisions La communication a souvent servi de bouée de sauvetage pour les journalistes e

De la presse à YouTube : des journalistes au service des créateurs de contenu

Lena Situations, Seb la Frite, Simon Puech, Gaspard G, Hugo Décrypte : tous ces créateurs ont bien compris qu’un contenu de qualité nécessite le savoir-faire de journalistes. Ces derniers assurent un travail de fond, souvent dans les coulisses, proche des méthodes classiques de la télévision, comme la programmation et la recherche documentaire. 

Par Alexandra Klinnik du MediaLab de l’Information de France Télévisions

La communication a souvent servi de bouée de sauvetage pour les journalistes en quête de revenus supplémentaires. Aujourd’hui, une opportunité encore peu exploitée s’offre à eux : travailler pour les influenceurs. Et particulièrement sur YouTube. A une époque où les créateurs de contenu devancent les médias traditionnels auprès de la jeune génération, les acteurs du web cherchent activement des compétences journalistiques pour renforcer la crédibilité de leurs productions. Tous, des YouTubeurs divertissants aux plus informatifs, deviennent alors les rédacteurs en chef de journalistes professionnels, œuvrant dans l’ombre. 

Un contexte économique propice

« On va en partie crever. Les médias n'ont plus les moyens de nous payer correctement », lâche Vincent Bresson, journaliste pour Le Pèlerin et collaborateur occasionnel du youtubeur bordelais Simon Puech, spécialisé dans le divertissement. Avec des revenus publicitaires en déclin, une concentration accrue des médias et un marché saturé – entre 2 000 et 2 500 journalistes sont formés chaque année pour seulement 450 départs à la retraite, d’après la Scam – il devient difficile de trouver sa place (et même une place !) et de vivre simplement de sa plume. Plus de 40% des titulaires d’une carte de presse abandonnent la profession au bout de sept ans, selon une étude publiée en 2017 par les Observatoires des métiers de l’audiovisuel et de la presse. La Commission de la Carte d’Identité Professionnelle des Journalistes indique que 66% des journalistes âgés de 30 ans ou moins sont pigistes ou en CDD. Face à une telle précarité, et dans un contexte capitalistique ultra-compétitif, chaque possibilité d’emploi se révèle précieuse. « J’ai commencé à travailler avec les YouTubeurs parce que j’étais en grosse galère de piges. Je ne m’en sortais pas financièrement. J’étais hyper découragée par la presse écrite. Tu es parfois payée 150 balles pour 10 000 signes », témoigne la journaliste Marion Mayer ayant bifurqué un temps vers ce secteur en plein essor.

Des créateurs de contenus en demande

« Nous, on a besoin de débouchés économiques. Eux, sont en demande de gens rigoureux et fiables », constate Vincent Puech. « Depuis le Squeezie gate, tout l’écosystème YouTube fait attention à ses sources », souligne Paul Foucaud, ex-journaliste en alternance chez Hugo Décrypte. En 2019, le plus grand youtubeur français (catégorie formats longs) avait publié une vidéo sur les pyramides où il privilégiait les théories fantastiques au consensus scientifique. « C’était une vidéo de désinformation massive, alors qu’il avait une responsabilité éditoriale », pointe le journaliste média Vincent Manilève (qui a également publié un article sur le sujet). Depuis cet incident, non seulement le public est devenu plus exigeant, mais les youtubeurs ont réalisé l’importance des sources. Aujourd’hui, Squeezie collabore avec des journalistes pour ses vidéos, et leur recrutement suit un processus semblable à celui des rédactions classiques : phases de candidature, pré-sélection de journalistes, tests rémunérés sous forme de piges, où ils doivent par exemple proposer des idées de sujets vidéo. Pour sa vidéo intitulée « Cet agent secret est un énorme mytho », Lucas Hauchard (alias Squeezie) a fait appel à l’expertise de la journaliste Justine Reix, ex responsable société chez Vice. La vidéo, postée il y a deux mois, culmine aujourd’hui à 6,1 millions de vues.

Très contente de cette première collab avec le seul et l'unique @xSqueeZie avec lequel j'ai pu travailler sur sa dernière vidéo Histoire. De plus en plus de YouTubers font appel à des journaliste et on ne peut que les féliciter pour cette exigence d'info 🔥pic.twitter.com/3XhZqBCMAP

— Justine Reix (@Justine_Reix) August 5, 2024

Un score qui fait rêver en comparaison aux chiffres d’audience bien plus modestes des sites d'information. Travailler avec des YouTubeurs n’est pas qu’un choix pragmatique : ce tremplin permet également de toucher un public que les médias traditionnels peinent à atteindre. D’après le Digital News Report 2023 du Reuters Institute, 55 % des utilisateurs de TikTok et de Snapchat et 52 % des utilisateurs d'Instagram s’informent via des influenceurs. « J’ai couvert le phénomène des dark kitchens – ces services de livraison de repas uniquement accessibles en ligne - pour le média Politis et Simon Puech. La vidéo de Simon a donné une tout autre visibilité au sujet. Bien sûr, c’est gratifiant pour l’égo journalistique de travailler pour un grand média, mais je suis encore plus fier d’avoir sensibilisé un public qui ne suit pas les médias traditionnels », rapporte Vincent Bresson. La vidéo « Ce qu’Uber Eats et Deliveroo vous cachent », postée le 13 décembre 2022, a dépassé 1,3 million de vues. « Simon est déçu quand un contenu ne réunit que 300 000 ou 400 000 vues », précise le coauteur du reportage.

Des auteurs appelés à plus de clarté

Pour toucher ce jeune public, les créateurs de contenus réclament aux journalistes le plus de clarté possible. Un défi, comme le reconnaît Vincent Bresson : « Faire simple est bien plus difficile que de faire compliqué ». Leur objectif principal est de rendre l’information à la fois accessible et divertissante : simplifier sans verser dans le simplisme…  Un équilibre que les médias traditionnels n’atteignent pas toujours : pour la presse, le vrai défi n'est pas tant l’intelligence mais l’accessibilité de leurs articles. Et l’attente du public est là. Après le référendum sur le Brexit au Royaume-Uni en 2016, Google avait relevé une explosion de recherches comme « Qu’est-ce que l’Union Européenne ? », ou « Qu’est-ce que le Brexit ? », en pleine nuit.

Les influenceurs comme Gaspard G veillent à rendre les informations compréhensibles pour tous, pas seulement à transmettre des faits. Marion Mayer, ancienne coordinatrice éditoriale du YouTubeur explique à quel point la clarté restait la valeur suprême des contenus diffusés : « Quand Gaspard relit un script, si ce n'est pas parfaitement clair pour lui, s'il trouve que c'est trop complexe, il faut le simplifier. Il est essentiel que les gens ne butent pas sur une expression qu'ils ne comprennent pas. » 

Le journaliste, ce rat de bibliothèque

Écrire des vidéos, mener des recherches sur des sujets techniques, organiser des entretiens, visionner des documentaires, écouter des podcasts, faire le travail d’un « rat de bibliothèque »… Telles sont les missions de ces plumes qui s’activent en arrière-plan pour la marque de créateurs qui ont fondé leur business sur leur visage. « Quand on rejoint Hugo Décrypte, on sait très bien que ça va être comme ça. On est tous des travailleurs de l'ombre et nous n'avons pas cette volonté de prendre la lumière. Il n’y a pas trop de frustration par rapport à cela », assure Paul Bonnaud, ancien journaliste chez Hugo Décrypte. Cette position, aussi humble qu’elle soit, interroge dans un monde médiatique où la visibilité est souvent un facteur de réussite. Bien que les journalistes soient crédités, leur présence à l'écran reste quasi-inexistante. Des créateurs, comme Squeezie et Sofyan, choisissent de ne pas créditer leurs journalistes, de peur de se faire voler leurs « talents ». À une époque où le nom d’une personne est devenu sa carte de visite, cette approche soulève des questions. Le crédit ne relève pas d’une question d’ego : il s’agit d’un indicateur de la valeur perçue qu’une personne apporte à une organisation. Ceux qui sont crédités sont souvent ceux qui se voient offrir le plus d’opportunités, rappelle le NiemanLab.

Ce virage vers l’univers des influenceurs n'est pas qu'une adaptation technique ; c'est une mutation du rôle même du journaliste ou de l'idée que l'on s'en fait. « Je ne suis plus la journaliste qui va vous dire quelle pièce de théâtre regarder, mais une autrice qui va faire de son mieux pour vous faire comprendre quelque chose », confie Marion Mayer. Cette transition n’a pas été sans obstacles. Elle explique : « Il a fallu se désnober. Quand tu viens de la presse écrite et que tu écris pour un YouTubeur, tu redescends de quatre étages. » Cette évolution ne se limite pas à un simple changement de milieu ; elle ressemble plutôt à une « mission humilité », selon ses propres mots. Cela implique de renoncer à certaines aspirations idéalisées du métier pour se concentrer sur un travail plus ancré dans les réalités contemporaines, souvent perçu comme moins nobles. Un rôle pas si éloigné de celui d'un auteur ou d'un programmateur pour une émission de radio ou de télévision. Pour jauger ses attentes en matière de rémunération, un journaliste employé par un créateur de contenu confie ainsi avoir pris comme référence le salaire des auteurs de l’émission de France Inter Affaires sensibles.     

Ce travail en coulisses peut agacer certains, surtout quand les sommes en jeu paraissent dérisoires, et souvent réglées en factures... « On parle de travailler main dans la main entre influenceurs et journalistes, mais en réalité, je pense qu’on demande à des journalistes de travailler sous-payés pour des influenceurs qui gagnent des mille et des cents, afin que ces derniers puissent apparaître comme des journalistes », fustige une ex-collaboratrice. Dans cet univers, tout comme dans le domaine des médias, il n’existe pas de grille salariale transparente. Les montants circulent discrètement entre les journalistes, qui avancent à tâtons. Notons que chez Hugo Décrypte, on assure être bien traités : « Hugo tient à récompenser ses employés quand ils font du bon travail. Il y a régulièrement des augmentations. Des primes ont été versées, en particulier durant la présidentielle, lorsque la charge de travail était plus intense et que la valeur générée pour l’entreprise était plus élevée », affirme Paul Bonnaud, ex-rédacteur en chef chez Hugo Décrypte. 

Des rédacteurs en chef qui savent très bien ce qu’ils veulent

Les créateurs de contenu endossent leur rôle de rédacteur en chef. Au lieu de simplement reproduire le travail des journalistes qu'ils engagent, ils réadaptent constamment ce contenu selon leur propre vision. Lena Situations, animatrice du podcast Canapé Six Places sur Spotify, illustre bien cette approche. Pour la préparation de son podcast, elle collabore avec des journalistes professionnels, tels qu'Oumar Diawara (également présentateur sur France TV Slash), Arièle Bonte et Lucie Frobert entre autres, qui s’engagent à lui fournir un contenu rigoureux et vérifié.  Notons que ces journalistes deviennent auteurs et peuvent parfois être tenus par des contrats de confidentialité. 

« Lena s'appuie sur des journalistes pour mener un travail de fond, qu'elle adapte ensuite. Elle prend toujours le soin de retravailler le contenu, même lorsque les délais sont très serrés », raconte Lucie Frobert, rédactrice brand content chez Brut. En général, le journaliste élabore une trame de questions et organise une session rapide avec l'influenceur avant l'enregistrement pour affiner le contenu et poser des questions pertinentes. Lucie Frobert considère d’ailleurs cette collaboration comme l'une des meilleures de sa carrière, tant pour la fluidité des échanges que pour la gestion administrative. « J’ai été payée rapidement, contrairement à certains grands médias pour lesquels il me faut souvent des mois pour obtenir le règlement d'une facture de 200 euros. Il peut se passer des mois de paperasse, car il faut s’enregistrer sur des plateformes externalisées qui ne sont même pas maîtrisées par les médias pour lesquels tu travailles. Là, tout a été fluide »

Des créatrices comme Lena Situations ou encore Sally, spécialisée dans les contenus actu, politique et lifestyle choisissent elles-mêmes des invités et des angles d'approche pour leurs émissions diffusées sur la plateforme de streaming musical. « Les créateurs de contenu savent exactement quelles personnalités intéressent leur communauté et quels sujets s'y rapportent. Leur vision est souvent plus précise et plus pertinente que celle que nous, journalistes, pouvons avoir de l'extérieur », précise Claire Hazan, directrice des podcasts chez Spotify France et Benelux et productrice de Canapé Six Places. On pourrait relever qu’il s’agit plus d’une compétence marketing que journalistique : les créateurs de contenu savent qui inviter pour plaire à leur communauté, sans forcément chercher à explorer le sujet sous un angle inédit. Mais ce souci de l’invité qui « rapporte » se retrouve aussi chez les programmateurs journalistes en quête de gros poissons, ou dans les rédactions écrites qui cherchent le visage à mettre en Une pour vendre.

Les véritables rédacteurs en chef : les plateformes

Bien qu'ils agissent en tant que rédacteurs en chef, la priorité des vidéastes reste avant tout le divertissement. Les titres doivent claquer comme des slogans pour satisfaire les algorithmes qui favorisent souvent les vidéos qui attirent rapidement l'attention et jouent sur le sensationnalisme. « Pour la majorité des créateurs, y compris ceux qui adoptent une approche journalistique, divertir et générer des clics est essentiel. Les miniatures des vidéos illustrent bien ce phénomène. Simon Puech, par exemple, suit les tendances actuelles, ce qui, parfois, peut sembler peu journalistique et même un brin racoleur. Cette surenchère dans le contenu et les titres fait partie du jeu. Sur YouTube, capter l’attention est primordial ; c’est une véritable guerre pour l’attention des spectateurs. C’est différent de mes habitudes journalistiques. C’est sa patte YouTube », témoigne le co-auteur de Simon Puech, Vincent Bresson.

Les miniatures de la chaîne du YouTubeur Simon Puech

Marion Mayer, qui collaborait avec Gaspard G pour « Histoire de » (des vidéos qui racontent “l’histoire d’une personnalité ou d’une affaire qui a marqué la société”) partage un sentiment similaire : « Pour qu'une vidéo soit un succès, il faut impérativement qu'elle attire l'attention, en utilisant des noms qui résonnent avec le public. Cela peut être frustrant, surtout lorsque l'on souhaite traiter une personne moins connue mais tout aussi intéressante ; il est clair que cela attirera moins d’audience. En revanche, des figures de « gros méchants » comme Trump garantissent un bon nombre de vues. »

« Le plus grand défi de notre métier dans les 10 à 15 ans à venir, c’est la dépendance aux plateformes », ajoute Gaspard G, dont la chaîne continue néanmoins de croître, gagnant entre 50 000 et 60 000 abonnés par mois et qui compte plus d’un million d’abonnés sur YouTube. Il attribue ce succès au fait que peu de créateurs de contenu diffusent de l'information de manière “non militante”. Mais les véritables rédacteurs en chef des influenceurs sont les plateformes, comme il l’admet lui-même. Les créateurs doivent s’adapter aux exigences des algorithmes, qui déterminent la visibilité et le succès de leurs contenus. « Le distributeur est américain et chinois. Les Américains ont tendance à une censure économique si je parle d’un sujet comme le terrorisme, un génocide, un viol. Ce sont des mots importants. On ne va pas amoindrir nos mots pour parler de la réalité. Il y aura un amoindrissement des revenus publicitaires parce que c’est non-annonceur friendly. Sur une plateforme chinoise comme TikTok, ils ne s’embêtent pas. Ils enlèvent le contenu quand cela ne leur convient pas », résume-t-il sur le podcast Media Connect de l’AFP

Cette forme de censure sur les plateformes incite les créateurs et même les médias traditionnels à éviter certains thèmes sensibles par peur d’être pénalisés ou mal référencés. Cela restreint leur liberté d'expression et oriente les créateurs vers des contenus jugés plus « sûrs », mais souvent moins percutants. Ils assurent ainsi  leur viabilité financière. De nombreux médias ont autocensuré le mot viol par peur d’être sanctionnés par les grandes plateformes. Comment déchiffrer le monde si on ne peut pas correctement le décrire ? « On se cache alors derrière des euphémismes : viOl, vil, l'émoji grappe de raisin (en référence au mot anglais rape). On se plie aux règles implicites ou supposées des plateformes, quitte à invisibiliser la violence, à lui faire perdre ses contours », met en perspective la journaliste Lucie Ronfaut.  Ceux qui utilisent des mots "non conformes" aux critères des plateformes sont souvent victimes d'un "shadowban", ou bannissement silencieux : leur nom devient introuvable dans la barre de recherche, même si leur compte reste actif. Les plateformes ne communiquent jamais ces restrictions. Les utilisateurs ne s'en rendent compte que par la baisse de leurs statistiques, avec une diminution des vues, des partages, et des publications. 

Le modèle économique : un impact sur le travail des journalistes 

Le modèle économique des créateurs de contenu reste fragile. La génération qu’ils ciblent n’a pas l’habitude de payer pour l’information, et ils ne disposent pas d’aides publiques. Ces chaînes n'ont pas accès aux dispositifs de soutien dont bénéficient de nombreux créateurs, comme les aides financières du CNC Talents, qui sont disponibles pour les créateurs de vulgarisation à succès. Gaspard G, qui a même été membre de la commission d’aide aux créateurs vidéo du CNC, n’a pas été sélectionné, expliquant que « ce n’est pas faute d’avoir essayé ».

Dans une vidéo intitulée « Je réponds à mes haters », il détaille son modèle économique et ses résultats. Sur une saison complète, sa chaîne YouTube lui a permis de générer entre 275 000 et 300 000 euros. Toutefois, le coût total de toutes les vidéos produites durant cette période s’élève à environ 260 000 euros, englobant les salaires, le matériel et la location d’espace. « On est tout juste à l’équilibre », déclare-t-il. Ces financements proviennent principalement de l'AdSense – les publicités automatiques sur YouTube, qui lui rapportent environ 50 000 euros – ainsi que de partenariats avec des marques, du brand content. « Je m’attendais à une industrie qui roule sur l’or, mais ce n’est pas vraiment le cas, à part pour Squeezie et Hugo », observe une journaliste.

Les structures sont encore en construction, ce qui rend le paysage très chaotique.  Ce manque de financement influence les sujets abordés par les créateurs de contenu. Gaspard G a dû limiter la couverture internationale de son média à trois voyages sur le terrain en douze mois (Martinique, Nouvelle-Calédonie, Ukraine). « Le coût d’une enquête n’est jamais absorbé par le sponsor », admet-il. « Financièrement, les enquêtes me font perdre de l’argent. On essaie de les vendre à des diffuseurs, le but étant d’avoir une diffusion à la télé, puis de les rendre disponibles gratuitement sur YouTube une semaine après. C’est ce que fait Seb la Frite avec ses documentaires sur TFX, et Hugo avec ses interviews de Face Cachée diffusées sur France Télévisions. Cette stratégie permettrait d'entrer dans une logique rentable. »

Les créateurs de contenu le savent bien : les ressources se trouvent chez les médias traditionnels. Après avoir traversé un Far West en pleine évolution, les plumes des créateurs en sont tout aussi conscientes et tentent leur chance dans les rédactions. Pour Max Laulom, qui a travaillé aux côtés de Gaspard G, « le milieu du numérique n’est pas encore assez structuré financièrement en termes de moyens et de processus pour être un véritable nirvana [NDLR ou plutôt un eldorado] pour les journalistes ». Pour l’instant. Lui-même producteur et journaliste, il a décidé de collaborer à nouveau avec les médias traditionnels : « Il ne faut pas se leurrer, c’est là où se concentrent les plus gros budgets. » C’est aussi l’envie d’interagir avec des sources directes, plutôt que de se limiter à de la curation qui incite certains à rejoindre l’autre rive (même si la sédentarité y est toutefois aussi très présente, avec un travail de desk devenu la norme). L’interaction avec un historien en chair et en os, plutôt qu’avec un livre ou un podcast.

Des médias traditionnels attentifs aux journalistes passés par les créateurs de contenus

Les médias traditionnels portent un intérêt croissant aux journalistes habitués aux codes des créateurs de contenu. Ceux-ci, s'ils se sentent limités dans leurs missions auprès des YouTubeurs, ont moins de mal à décrocher des CDI que leurs collègues, notamment au sein des équipes dédiées aux réseaux sociaux. « Faire du bon travail pour les créateurs de contenus, c’est bon pour le CV. C’est mieux perçu qu’il y a dix ans, quand les gens nous regardaient mal », estime Paul Foucaud, ancien alternant chez Hugo Décrypte et désormais en CDI chez BFM, en tant que responsable de la stratégie éditoriale et community manager.

Le journalisme numérique intègre de plus en plus la culture de l’influence, avec une multiplication des sujets vidéos incarnés, comme on le voit avec Brut, Le Monde ou Le Parisien. Cette évolution reflète un changement de perspective dans les médias traditionnels, qui cherchent à se réinventer et à rendre l'information plus accessible à un jeune public. Alexis Delcambre, directeur adjoint du Monde chargé de la transformation numérique, souligne l'impact des réseaux sociaux sur le recrutement : « Nous portons une attention particulière à la maîtrise des nouveaux formats et à la capacité à connecter avec l'audience pour transmettre un message. » Le sociologue des médias Jean-Marie Charon, dans son enquête sur les jeunes journalistes, a également observé cette tendance. Il note que le moyen le plus simple aujourd'hui d'obtenir un CDI dans le journalisme se trouve dans des niches spécialisées, comme la gestion des réseaux sociaux Snapchat ou TikTok. « Les rédactions parisiennes n'hésitent pas à embaucher rapidement ces profils rares, avec l'intention de les garder », ajoute-t-il.

Paul Bonnaud, ancien rédacteur en chef chez Hugo Décrypte, a lui aussi fait le saut vers un média plus traditionnel en rejoignant l’équipe des réseaux sociaux de L’Équipe, en CDI. « J’ai toujours eu une affection particulière pour L’Équipe et l’envie de vivre les Jeux Olympiques au sein d’un média qui me faisait rêver. Je savais que j’aurais plus de moyens sur certains aspects, mais moins de libertés sur d'autres », confie-t-il. Ce transfert lui permet de retrouver une place dans une rédaction produisant des informations originales, alors qu’il se limitait principalement à de la curation lorsqu’il travaillait pour Hugo Décrypte. « J’avais par ailleurs envie d’être 100% responsabilisé sur mon sujet du début à la fin. Quand j’écrivais une vidéo pour Hugo, je ne pouvais pas forcément accentuer sur certains points. Hugo allait remettre à sa sauce. C’est normal, c’est son image qui est en jeu. Ici, je pousse l’exercice jusqu’au bout, je suis certainement un peu plus libre dans le traitement », poursuit-il.

Il serait finalement réducteur d'opposer ces deux univers, qui dialoguent et s'enrichissent mutuellement. Les allers-retours constants des journalistes entre ces deux mondes en sont la preuve. D'un côté, les créateurs de contenu, en pleine expansion, tâchent de bâtir un modèle économique encore incertain et souvent sans cadre précis. De l'autre, les médias traditionnels, bien que dotés de moyens plus importants, peinent à se réinventer face à des défis majeurs, notamment dans la manière dont leur récit est reçu. Cette tension créative entre ces deux sphères peut générer une dynamique positive, un élan vital nécessaire pour réinventer la production d'information. Comme le souligne Julien Potié, bras droit de Hugo Décrypte et chargé du cours “Nouveaux médias et créateurs” à Sciences Po Paris, « on ne souhaite pas présenter le monde des créateurs comme révolutionnaire, et tirer un trait sur ce qui s'est passé avant.  Si nous avons rejoint cet univers, c'est parce que nous sommes des passionnés des médias ». Le journalisme n'a de toute façon pas le choix. L’intégration des compétences liées aux réseaux sociaux et aux nouveaux formats numériques est une condition de son avenir. À la profession de poursuivre cette transformation tout en sachant préserver ses codes déontologiques et ses lignes rouges.

 

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Liens vagabonds : Les médias traditionnels, victimes d'obsolescence dans le monde tech ?

La presse mainstream se trouve à un tournant décisif. À mesure qu'Internet et les réseaux sociaux redéfinissent les contours de l'information, des voix influentes, comme celle de Taylor Lorenz, interrogent le rôle et la pertinence des médias traditionnels. Ancienne journaliste tech au Washington Post, la spécialiste de la “creator economy” a choisi de quitter le navire vieillissant pour se lancer en solo sur Substack. Son projet ? User Magazine, une newsletter consacrée à « couvrir la technologie du point de vue de l'utilisateur ».

Dans cette quête d'indépendance, elle rejoint un nombre croissant d'ex-journalistes "stars" des médias traditionnels devenus indépendants : Olivier Darcy, ancien rédacteur de CNN, a récemment lancé Status, une newsletter par abonnement. Jeremy Scahill et Ryan Grim, tous deux de The Intercept, ont quant à eux créé Drop Site News. Pour la spécialiste de la culture numérique, cette liberté enfin acquise signifie s’affranchir d’une hiérarchie devenue trop pesante, « d’institutions qui se préoccupent davantage des apparences que de défier le pouvoir », ainsi que des politiques restrictives du Washington Post concernant les réseaux sociaux de ses employés. 

Ce qui la guide, au-delà d’une volonté de se défier de conventions qui lui paraissent dépassées ? La volonté de pouvoir couvrir internet comme elle le souhaite, c’est-à-dire comme un outil culturel majeur, au-delà d’une simple innovation technologique. « Les médias traditionnels ont du mal à couvrir internet de manière significative. Ils s’en détournent souvent », pointe-t-elle dans une récente interview. « Ces institutions ont été conçues pour une époque différente où les informations étaient plus lentes, plus centralisées, et où quelques garde-fous pouvaient contrôler le récit ». Avec déjà plus de 39 000 abonnés inscrits à sa newsletter, la créatrice de contenus - elle se définit aussi de cette manière - prouve qu'il existe une demande croissante pour ce type d’approche . Son travail se concentre sur la nouvelle génération de créateurs qui utilisent TikTok, Instagram, et YouTube comme outils pour créer leur propre culture.

En France, la situation n'est guère différente. Les médias traditionnels semblent souvent englués dans des approches obsolètes. « On explique les enjeux liés au numérique de manière économique, superfétatoire ou fantasmée », constate François Saltiel, journaliste média. L'absence de programmes dédiés aux enjeux technologiques crée un vide que de nouvelles voix pourraient combler. Selon un rapport de l'Arcom de mars 2024, 62 % des Français s'intéressent aux questions technologiques et scientifiques, devançant ainsi l'économie, le sport, la politique et les célébrités.

Un futur à redéfinir

Les institutions peuvent-elles réinventer leur approche face à des sujets aussi évolutifs et techniques ? En se concentrant davantage sur la technologie que sur les utilisateurs, elles risquent de passer à côté de l'essentiel : comprendre comment Internet influence et façonne notre culture. Comme l'affirme le journaliste américain Jeff Jarvis : « Une grande partie de la presse reste focalisée sur les grandes entreprises technologiques, leurs dirigeants souvent masculins, et leurs algorithmes, perçus comme des boîtes noires mystérieuses que les journalistes ont du mal à expliquer. Cela pourrait sembler aussi absurde que de parler du télégraphe en termes d'étincelles, de la radio en termes d'ondes, ou de la télévision en termes de pixels. Ces technologies sont importantes non pas pour leur fonctionnement, mais pour la manière dont elles nous aident à communiquer, à innover, à créer ou à détruire. Il est donc essentiel d’aborder Internet sous des angles culturel, politique, économique, éducatif et environnemental. »

CETTE SEMAINE EN FRANCE

  • Le niveau de confiance dans les médias varie selon l'affiliation politique, selon une étude ObSoCo, Fondation Jean-Jaurès et ARTE (Fondation Jean Jaurès)
  • Qui fait des podcasts en France… et qui en vit ? Une étude à l’écoute de ce métier précaire (Télérama)
  • Le gouvernement étudie une pérennisation de la vidéosurveillance algorithmique (Le Monde)
  • LVMH prend le contrôle de « Paris Match », après des années de convoitise (Le Monde)
  • Télévision : pourquoi la numérotation peut relancer la guerre des chaînes d'info (Les Echos)
  • Ce que révèlent cinq années de traitement médiatique des violences sexistes et sexuelles (INA)
  • Dov Alfon actualise son plan stratégique pour Libération (La Lettre)
  • Procès du “Canard enchaîné” : six journalistes se portent partie civile aux côtés de Christophe Nobili (Télérama)

3 CHIFFRES

  • Près d'un tiers des 171 messages postés la semaine dernière par Elon Musk, le propriétaire de l'X, étaient faux, trompeurs ou manquaient d'un contexte essentiel (New York Times)
  • OpenAI lève 6,6 milliards de dollars lors de la plus grande levée de fonds en capital-risque de l'histoire (Axios)
  • 46 % des adultes américains déclarent avoir été confrontés à une arnaque ou à une cyberattaque (Axios)

LE GRAPHIQUE DE LA SEMAINE

Source : Trusting News

 

NOS MEILLEURES LECTURES / DIGNES DE VOTRE TEMPS / LONG READ

  • Mal informé sur la désinformation (Financial Times)
  • Les milliardaires pro-Trump de la Silicon Valley vont-ils avoir la peau de la démocratie ? (Télérama)
  • Vos échanges avec le chatbot pourraient être une mine d'or pour les entreprises d'IA (The Atlantic)
  • Mark Zuckerberg peut-il s'élever au-dessus de la mêlée politique américaine ? (Financial Times)

DISRUPTION, DISLOCATION, MONDIALISATION

  • Les acteurs au UK perdent des revenus face à l'IA, selon une étude du CREATe (Centre de Régulation de l'Économie Créative à l'Université de Glasgow). Près d'un quart des personnes interrogées ont été sollicitées pour fournir des images ou des enregistrements audio afin de créer un sosie numérique visuel ou sonore. Huit pour cent ont vu un sosie numérique créé sans leur consentement (Advanced Television)
  • Google propose la recherche filmée (Google)
  • Meta Movie Gen, générateur de vidéo, sons et musique d'ambiance synchronisée, entraîné sur 100 millions de vidéos, 1 milliard d'images (sources non précisées) (Meta)

DONNEES, CONFIANCE, LIBERTÉ DE LA PRESSE, DÉSINFORMATION

  • La lutte pour la vérité commence : la BBC dévoile les coulisses du combat contre la désinformation (BBC)

LÉGISLATION, RÉGLEMENTATION

  • Audiovisuel public : la gauche pousse pour le retour d’une redevance (Télérama)

JOURNALISME

  • Reuters et CNN deviennent les derniers médias à faire payer l'accès aux actualités en ligne (WSJ)
  • Le New York Times lance une application mobile entièrement remaniée (Hollywood Reporter)
  • L'interview de Boris Johnson par la BBC a été annulée après l'envoi par mégarde de notes de briefing sur l'entretien de l'ancien Premier ministre (The Guardian)
  • CNN a demandé une interview avec Melania Trump. Son éditeur a demandé 250 000 $ en échange (CNN)

STORYTELLING, NOUVEAUX FORMATS

  • Substack s’impose comme le nouveau refuge anticonformiste du journalisme de design (Financial Times)
  • Comment la campagne de Kamala Harris a finalement fait fonctionner la stratégie de mèmes de Biden (Bloomberg)
  • Les YouTube Shorts deviennent moins courts (The Verge)

ENVIRONNEMENT 

  • Le sommet français sur l'intelligence artificielle sera axé sur l'impact environnemental des technologies énergivores (The Guardian)

RÉSEAUX SOCIAUX, MESSAGERIES, APPS

  • Plus de 9 000 pages frauduleuses sur Facebook supprimées après que des Australiens aient perdu 43,4 millions de dollars à cause de deepfakes de célébrités (The Guardian)
  • À l'intérieur du chaos de la nouvelle téléréalité de MrBeast (Rolling Stone)
  • Apple vient-il de tuer les applications sociales ? (NYT)
  • Pourquoi Threads s'ouvre à d'autres réseaux sociaux (Washington Post)
  • MrBeast acquiert une startup visant à devenir le LinkedIn de l'économie des créateurs (Business Insider)

STREAMING, OTT, SVOD

  • Le câble est en train de mourir. Le streaming devient le nouveau câble. Et tout empire (Washington Post)
  • Apple revoit à la baisse ses grands projets de sortie de films au cinéma (Bloomberg)

AUDIO, PODCAST, BORNES

  • Les podcasts de discussion dominent le marché — et le feront toujours (Wired)
  • Votre prochaine interview de podcast pourrait en réalité être une réunion déguisée (Bloomberg)

INTELLIGENCE ARTIFICIELLE, DATA, AUTOMATISATION

  • L'IA Copilot de Microsoft se dote d'une voix, de la vue et d'un persona « Hype Man » (Wired)
  • Le responsable de l'IA de Microsoft veut que Copilot apporte un « soutien émotionnel » à Windows et à Office (Wired)
  • OpenAI veut que toutes vos applications utilisent ses voix expressives d'IA (Washington Post)
  • Facebook est inondé d'images générées par l'IA montrant la dévastation causée par l'ouragan Helene (Futurism)
  • Microsoft commence à rémunérer les éditeurs pour leurs contenus mis en avant par Copilot (TechCrunch)
  • Microsoft arrête le HoloLens 2 sans successeur en vue (TechCrunch)
  • OpenAI ouvre son moteur d'IA vocale aux développeurs (Axios)
  • En Corée du Sud, la pornographie deepfake ruine la vie des femmes (Associated Press)

MONÉTISATION, MODÈLE ÉCONOMIQUE, PUBLICITÉ

  • Comment Axios a augmenté ses revenus publicitaires pré-réservés en ciblant des audiences de niche (Digiday)
  • Amazon va augmenter le nombre de publicités sur Prime Video (Financial Times)
  • Les résumés de recherche générés par l'IA de Google affichent désormais des publicités (The Verge)

Par Kati Bremme, Alexandra Klinnik et Océane Ansah

 

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  • Liens vagabonds : YouTube, le nouveau géant de la télévision ?
    YouTube à la conquête de la télé - Lors de son événement Made On YouTube du mercredi 18 septembre, la plateforme de Google a dévoilé un plan ambitieux de transformation. Ce remaniement s’appuie sur l’intégration de l’intelligence artificielle et l’introduction de nouvelles fonctionnalités conçues pour séduire créateurs et utilisateurs, tout en accentuant la pression sur ses rivaux dans le marché du streaming. « YouTube est la plus grande chaîne de télévision au monde et un acteur clé de l’écosy

Liens vagabonds : YouTube, le nouveau géant de la télévision ?

YouTube à la conquête de la télé - Lors de son événement Made On YouTube du mercredi 18 septembre, la plateforme de Google a dévoilé un plan ambitieux de transformation. Ce remaniement s’appuie sur l’intégration de l’intelligence artificielle et l’introduction de nouvelles fonctionnalités conçues pour séduire créateurs et utilisateurs, tout en accentuant la pression sur ses rivaux dans le marché du streaming.

« YouTube est la plus grande chaîne de télévision au monde et un acteur clé de l’écosystème télévisuel. Contrairement à TikTok ou Facebook, YouTube est présent sur les téléviseurs de salon », avait déjà déclaré Evan Shapiro, cartographe de l'écosystème médias, lors d’un débat sur les prévisions 2024 pour le secteur des écrans, à la Royal Television Society à Londres. Malgré les prédictions concernant sa disparition, la télévision reste une composante majeure dans de nombreux foyers à travers le monde, et YouTube s’y implante de plus en plus. 60 % des enfants âgés de 4 à 15 ans au Royaume-Uni regardent YouTube régulièrement sur leur télévision connectée, selon des données de Barb. 

Ce repositionnement de YouTube en tant que chaîne de télévision marginalise progressivement les autres plateformes de streaming. En août, selon Nielsen, YouTube représentait 10,6 % du temps de visionnage sur les télévisions connectées, contre 7,9 % pour Netflix et 3,1 % pour Prime Video. Pour Robyn Summer, directeur commercial à l'agence marketing Essence Mediacom, YouTube pourrait même dépasser Netflix en termes d'audience quotidienne moyenne d'ici décembre 2024.

introducing fresh features to supercharge your creativity, community & business, including:

✨ AI-powered tools to ignite your imagination
🤗 deeper ways to connect with *your* people
💰 fun new opportunities to make money pic.twitter.com/0V2yWolR11

— YouTube (@YouTube) September 18, 2024

Dans cette même dynamique, YouTube introduit les « Creator Show Pages », une nouveauté qui s'inspire de la mise en page des plateformes comme Netflix ou Prime Video. D’après le vice-président des produits chez Youtube, cette fonctionnalité permettra aux consommateurs de « voir clairement l’intégralité d’une saison, ce qui pourrait les inciter à continuer à regarder ou même à télécharger la saison entière avant un vol ». Cette nouveauté s’ajoute aux avantages déjà mis en place pour optimiser l’impact des créateurs et faciliter leur portée. La place de Youtube sur les téléviseurs permet aux créateurs de considérer leur programmation, leur contenu et leurs investissements dans leurs communautés avec la même perspective que les médias traditionnels.

L'adoption de l'IA est bien sûr un élément crucial dans ce "pivot to tv". L'un des outils phares permet aux créateurs de recevoir des suggestions de concepts de vidéos, des titres, des miniatures, voire même un plan et les premières lignes du script. Le modèle vidéo de DeepMind, « Veo », désormais intégré à YouTube Shorts, sera principalement utilisé dans la fonctionnalité « Dream Screen », qui révolutionne l’écran vert en générant des arrière-plans virtuels. De plus, un nouveau bouton « Hype » placé à côté du bouton “like” permettra aux spectateurs de soutenir leurs créateurs favoris d’un simple clic, le faisant grimper dans un classement des vidéos les plus populaires.  « YouTube semble convaincu que l'IA peut simplifier presque toutes les facettes du travail des créateurs — et peut-être les inciter à produire encore plus de contenu », relate The Verge.

Malgré ces avancées technologiques prometteuses, YouTube fait encore face à des défis majeurs. Selon Les Echos, le géant de la vidéo en streaming peine encore à s'imposer comme la plateforme privilégiée pour la diffusion de programmes à gros budget. « Il faut un énorme volume de vues pour couvrir les coûts. La plupart des youtubeurs dépendent d'autres sources de revenus en plus des recettes publicitaires ». La prolifération des vidéos générées par l’IA pourrait exacerber cette problématique en rendant la compétition encore plus féroce. Dans une course où l'innovation ne laisse aucune place à l'hésitation, YouTube se prépare non seulement à consolider sa domination, mais à redéfinir les règles du jeu.

CETTE SEMAINE EN FRANCE

  • Streaming : Arte multiplie les partenariats de distribution pour sa plateforme (Les Echos)
  • La Poste sur le point d’abandonner les tarifs spéciaux pour la presse ? (Phrases)
  • Le JDNews, nouveau magazine d’actualité lié au JDD, sort en kiosque ce mercredi (Le Parisien)
  • Cafeyn se réinvente (CBNews)
  • Les Etats généraux de l’information à la rescousse de la presse locale et de ses journalistes (Laurent Brunel)
  • Inoxtag sur l’Everest, un documentaire viral qui rappelle la pollution de la plus haute montagne du monde (Le Monde)
  • Thierry Breton démissionne de son poste de commissaire européen en se disant désavoué par Ursula von der Leyen (Le Monde)

🚨Breaking news:

My official portrait for the next European Commission term ⤵ pic.twitter.com/BolWcdYiPU

— Thierry Breton (@ThierryBreton) September 16, 2024

3 CHIFFRES

LE GRAPHIQUE DE LA SEMAINE

Plus de la moitié des utilisateurs de TikTok se tournent désormais régulièrement vers la plateforme pour s'informer

 

Source : Pew Research Center

NOS MEILLEURES LECTURES / DIGNES DE VOTRE TEMPS / LONG READ

  • Quand vos collègues découvrent que vous êtes un influenceur sur les réseaux sociaux (Wall Street Journal)
  • X a été bloqué au Brésil. Est-ce important pour le journalisme ? (Reuters Institute)
  • Les nouveaux adversaires des Big Tech en Europe (Wired)
  • Le monde de l'Information en 2050 : Des scénarios possibles (INA / EGI)

DISRUPTION, DISLOCATION, MONDIALISATION

  • Près de la moitié de la génération Z souhaiterait que TikTok « n'ait jamais été inventé », selon un sondage (Fortune)

DONNEES, CONFIANCE, LIBERTÉ DE LA PRESSE, DÉSINFORMATION

  • Les journalistes de Hong Kong harcelés dans une "attaque systématique et organisée" (The Guardian)
  • RSF, CFI, SINGA et la MDJ lancent un projet de soutien des journalistes en exil à Paris : “Voix en Exil” (RSF)
  • L’autorité américaine de la concurrence accuse les géants des réseaux sociaux de «surveillance de masse» (Le Figaro)
  • LinkedIn a besoin de vos données pour entraîner l'IA (Medium)

LÉGISLATION, RÉGLEMENTATION

  • TikTok va bientôt comparaître devant les tribunaux (The Verge)
  • Elon Musk qualifie le gouvernement australien de « fasciste » à la suite de sa loi sur la désinformation (Reuters)
  • Le gouverneur de Californie signe des lois visant à réprimer les « deepfakes » électoraux générés par l'intelligence artificielle (AP News)
  • Publicités en ligne : Google gagne son recours en justice contre l'Union européenne (euronews)

JOURNALISME

  • "Good enough is perfect" - The Economist lance des articles en traduction automatique, sans intervention humaine (PressGazette)
  • 4 $ pour une semaine ? 7 $ ? 10 $ ? Le Washington Post teste les « paiements flexibles » (NiemanLab)
  • Allemagne : le célèbre journal « taz » va arrêter sa version papier en 2025 (Ouest-France)
  • Le Guardian en pourparlers pour vendre le plus ancien journal dominical du Royaume-Uni à une start-up numérique (New York Times)
  •  La campagne de Harris dit qu'elle rencontrera la presse (selon ses conditions) (New York Times)
  • BBC News intensifie sa couverture de l'élection américaine (Adweek)
  • Le personnel technique du New York Times menace de faire grève pendant la période électorale (Semafor)

STORYTELLING, NOUVEAUX FORMATS

  • Comment Substack transforme l'information locale (inews)
  • Substack se fait une place dans le monde de la mode (Washington Post)

ENVIRONNEMENT 

  • L'IA a permis à Shein de devenir le plus grand pollueur de la fast fashion (Wired)
  • Les scientifiques deviennent une source d'espoir et d'information sur TikTok et Instagram (Los Angeles Times)

RÉSEAUX SOCIAUX, MESSAGERIES, APPS

  • Instagram rend les comptes des adolescents privés par défaut (New York Times)
  • Meta suspend les médias d'État russes pour « activités d'ingérence étrangère » (The Guardian)
  • Patreon lance des fonctionnalités pour automatiser la charge administrative des créateurs et les aider à gagner plus d'argent (TechCrunch)
  • Kameto, streameur et patron de la KCorp : « Je ne pensais pas être un leader, moi » (Le Monde)

STREAMING, OTT, SVOD

  • La ruée vers l'or du streaming à Los Angeles est révolue, laissant les travailleurs du cinéma et de la télévision sur le banc de touche (Sherwood)
  • Comment Netflix a gagné la guerre du streaming (Financial Times)

AUDIO, PODCAST, BORNES

  • Les narrateurs de livres audio d'Amazon peuvent désormais créer leurs propres clones vocaux en IA (Wired)

INTELLIGENCE ARTIFICIELLE, DATA, AUTOMATISATION

  • Les Nations Unies veulent traiter l'IA avec la même urgence que le changement climatique (Wired)
  • BlackRock et Microsoft s'associent pour un nouveau fonds massif d'infrastructure en IA (Wall Street Journal)
  • YouTube annonce des fonctionnalités d'IA de Google DeepMind pour les créateurs de Shorts (CNBC)
  • Google présente des plans pour vous aider à distinguer les vraies images des fausses (The Verge)

MONÉTISATION, MODÈLE ÉCONOMIQUE, PUBLICITÉ

  • Forbes Marketplace : La société SEO parasite essayant de dévorer son hôte (Lars Lofgren)
  • Pourquoi Politis devient une coopérative (Politis)

 

... et une petite dose de "cuteness" fabriquée avec l'IA :

 

AI's Tiny, elegant white peacock pic.twitter.com/cDIrUnsnvE

— March (@theXofficially) September 19, 2024

Par Kati Bremme, Alexandra Klinnik et Océane Ansah

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  • ✇Méta-media | La révolution de l'information
  • Les nouvelles start-ups de l'info : le futur du journalisme ?
    Des rescapés des grands groupes aux jeunes loups de la start-up nation, une nouvelle vague de médias bouleverse le paysage journalistique. En quête d'impact, ces entrepreneurs de l'info expérimentent de nouveaux modèles économiques et éditoriaux pour s'adapter aux exigences d'une audience en mutation. Mais à quel prix pour l'intégrité éditoriale ? Le futur du journalisme se jouera-t-il avant tout sur les réseaux sociaux ? Par Alexandra Klinnik du MediaLab de l’Information de France Télévisions C

Les nouvelles start-ups de l'info : le futur du journalisme ?

Par : oansah
11 septembre 2024 à 15:41

Des rescapés des grands groupes aux jeunes loups de la start-up nation, une nouvelle vague de médias bouleverse le paysage journalistique. En quête d'impact, ces entrepreneurs de l'info expérimentent de nouveaux modèles économiques et éditoriaux pour s'adapter aux exigences d'une audience en mutation. Mais à quel prix pour l'intégrité éditoriale ? Le futur du journalisme se jouera-t-il avant tout sur les réseaux sociaux ?

Par Alexandra Klinnik du MediaLab de l’Information de France Télévisions

Créateurs de contenu, entrepreneurs, influenceurs, journalistes de formation, rescapés de la bollorisation : les acteurs qui souhaitent lancer leur propre média ne manquent pas !  Chacun a sa définition bien particulière de ce que doit être l’info. Pour les uns, un puissant outil marketing. Pour d’autres, un bien public essentiel. Face à un modèle économique du journalisme traditionnel à bout de souffle, ils expérimentent avec avidité de nouvelles stratégies en ligne, pour s’adapter à une cible jeune qui s’informe prioritairement sur les réseaux. Contrairement aux mastodontes historiques, ces nouveaux entrants bénéficient de structures agiles, leur permettant d’explorer de nouveaux formats et de s’adapter rapidement aux tendances changeantes de leur audience. Comment ces médias parviennent-ils à se financer ? Quels modèles économiques émergent pour répondre aux besoins de l’ère numérique ? Et quels sont les compromis à l’œuvre entre rentabilité commerciale et intégrité éditoriale ?

Les start-uppeurs de l’info

Ce sont les plus visibles sur les réseaux sociaux. Ils ont fait des études de commerce, ont suivi un cursus marketing, communication numérique et média, et aspirent à devenir les Xavier Niel de demain. Imprégnés de la culture « start-up », ils se lancent dans le monde de l’information avec l’ambition de bâtir des empires médiatiques. Pour eux, l’information est un produit, au service d’un business à faire prospérer. C’est ainsi la philosophie totalement assumée du Crayon, un média en ligne créé il y a quatre ans, qui selon France Culture, « taille dans le buzz » et compte près de sept cent mille abonnés sur les réseaux sociaux.

Fondé par quatre jeunes entrepreneurs et créateurs de contenus – Wallerand Moullé-Berteaux, Sixtine Moullé-Berteaux, Antonin Marin (qui lui a fait des études de mathématiques), et Jules Stimpfling (diplômé du master in International Security à l'École des affaires internationales (PSIA)) – ce pure-player vise à donner la parole à tous, au nom de la liberté d’expression. Des personnalités de tous horizons, y compris de l’extrême-droite, y ont été invitées : l’influenceuse et ancienne porte-parole de Génération Identitaire Thaïs d’Escufon, Florian Philippot, et même Éric Zemmour. Quelques jours avant l’élection européenne du 9 juin, Emmanuel Macron a lui aussi pris la parole sur ce média « de débat d’idées et d’opinions », dont l’audience est majoritairement composée de 18-34 ans. L’assurance de toucher une cible jeune, avant ses passages plus traditionnels sur les plateaux de TF1 et France 2. Le Président a compris la force de frappe de ces nouveaux types de médias.

La particularité du média ? Pas de journalistes ! « On traite et analyse des faits, puis on reçoit des personnalités selon les faits. On fait du journalisme mais on n’est pas des journalistes », justifie au micro de Mediarama, Antonin Marin, co-fondateur et directeur « des rédactions » du Crayon, redéfinissant ainsi le concept même du journalisme ! « Un média, tel que défini par Naval Ravikant (une figure emblématique de la Silicon Valley) est une audience ou une communauté qui se retrouve dans une proposition de contenu », précise sur LinkedIn Wallerand Moullé-Berteaux. Le Crayon est considéré comme le « vaisseau amiral » du groupe, aux activités commerciales diversifiées : ad breaks, sponsoring, brand content... Leur agence de RP, le Surligneur, représente 40 % de leur chiffre d’affaires. Ils ont également levé un million d’euros auprès de plusieurs investisseurs et business angels dont Xavier Niel et Pierre-Edouard Stérin, fondateur de Smartbox, et libertarien conservateur. « Nous cherchons à créer une entreprise rentable, d’où nos piliers d’agence. Si on annualise les trois derniers mois, on atteint deux millions de chiffre d’affaires. Nous sommes rentables depuis le début, une obsession qui découle de ma culture du ‘make money’ », affirme Wallerand Moullé-Berteaux, pour qui il s'agit de la troisième entreprise.

Dans les cinq ans, l’entreprise vise à être un « mass media incontournable » en adoptant la philosophie du « media led company » un concept que vulgarise le fondateur du Crayon sur LinkedIn : « La media-led-company est une entreprise qui dirige son développement avec le média comme première brique d’activité pour l’amener vers des business propriétaires à destination de l’audience. » Il cite ainsi l’exemple de Welcome to the Jungle, « qui a révolutionné le monde du recrutement grâce à la puissance de son média ». En d’autres termes, le média sert de vitrine pour faire fructifier d’autres business. « Les prochains leaders du marché ne seront pas ceux qui ont les meilleurs produits, mais ceux qui possèdent un excellent positionnement et un média puissant », expliquait-il dans le podcast Jeunes Branches.

Ces nouveaux entrants remplacent le mot « information » par « contenu », redéfinissant ainsi les fondements même du journalisme traditionnel. Pour une internaute LinkedIn, il s’agit dans d’autres termes « d’une agence de com’ avec la crédibilité d’une agence de com ». Cette remarque souligne la dilution de la frontière entre communication commerciale, influence et information journalistique, rendant les motivations des créateurs de contenu ambiguës. Selon ces jeunes entrepreneurs, la prochaine ère du marketing sera celle des médias. Cette vision pose un défi majeur : comment maintenir une information de qualité, équilibrée et vérifiable, dans un modèle où le contenu est principalement guidé, non pas par une ligne éditoriale et une déontologie professionnelle, mais par des objectifs commerciaux ? Il est crucial de réfléchir aux conséquences de cette transformation sur la démocratie, car l’information, lorsqu’elle est traitée comme un simple outil marketing, risque de perdre sa valeur en tant que bien public essentiel.

Le brand content, une source de revenus pour les nouveaux médias

Le Crayon n'est qu'un exemple parmi d'autres de nouveaux médias souhaitant établir un groupe médiatique grâce à des partenariats commerciaux. Les créateurs de contenu exploitent les plateformes pour diffuser leurs productions, attirant de vastes audiences et générant des revenus grâce à la publicité et aux collaborations avec des marques. HugoDécrypte, avec ses millions de vues sur YouTube et autres réseaux sociaux, illustre parfaitement cette nouvelle forme de média, inspirée par les géants de l’info-divertissement comme Brut et Konbini. Les réseaux sociaux d’HugoDécrypte cumulent désormais plus de 14 millions de followers, surpassant ainsi Le Monde.

Sur la page Instagram d’HugoDécrypte, qui compte 3,6 millions d’abonnés, les publications réalisées pour des marques coexistent, en sandwich, avec des contenus informatifs. Le 12 décembre 2023, Hugo Travers a ainsi fait la promotion de la marque Cartier sur le compte Hugodecrypte.pop (823 000 abonnés), avec une indication de collaboration commerciale. C’est ce qu’on appelle le brand content. Cette proximité peut brouiller la distinction entre information et communication. Pour un jeune public, il peut être difficile de reconnaître un partenariat rémunéré. C'est pourquoi le Clemi a mis à disposition des ressources sur son site pour aider à comprendre ce modèle économique, (également utilisé par les médias traditionnels).

Capture d’écran du compte Instagram Hugodecrypte.pop – Collaboration commerciale Cartier

Des journalistes « traditionnels » accompagnés par des entrepreneurs

À côté de créateurs de contenus, de nombreux journalistes quittent les grands groupes pour lancer leurs propres projets, motivés par le désir de retrouver une certaine liberté éditoriale et de s’engager dans des initiatives plus en phase avec leurs valeurs. Comme le remarque Julie Joly, directrice du Nouvel Obs : « Le lien d’antan entre les journalistes et les rédactions n’existe plus : ils ne sont plus liés à une rédaction du début à la fin de la carrière. » La désillusion peut parfois être un moteur puissant.

Grégory Raymond, ancien de Capital Magazine, Brief.me et Huffington Post, raconte en souriant : « J’ai financé Big Whale avec mon chèque de départ de Prisma, après son rachat par Vivendi. » Avec Raphaël Bloch (ancien de L'Express, Les Échos et Reuters), ils co-fondent le premier média européen dédié à la token économie. Pour compléter leur équipe, ils choisissent, non pas un journaliste mais Dimitri Granger, ancien de Publicis et « crypto believer ». « Il a dix ans de plus que nous et l’expérience de la gestion d’entreprise et de la comptabilité », soit un solide allié pour affronter les nuits blanches et les affres de l’entreprenariat.

Raphaël Bloch est d’ailleurs convaincu que le journalisme et l'entrepreneuriat sont étroitement liés. Selon lui, un bon journaliste est un entrepreneur dans l'âme, même s'il ne s'en rend pas compte. Il explique sur Médianes : « Au risque de choquer, je pense fondamentalement qu'un bon journaliste est un entrepreneur. Quels que soient nos supports, que ce soit radio, télé, écrit, on gère notre sujet, on va chercher nos sources à droite, à gauche, on rend compte de notre travail au quotidien, on est finalement des entrepreneurs qui s'ignorent. » Pour « l’infopreneur », l'entrepreneuriat est non seulement nécessaire pour la survie et le succès des médias modernes, mais aussi une extension naturelle du rôle du journaliste.

Cette vision guide la stratégie et le développement de Big Whale. À trois, ils développent un modèle économique diversifié avec une approche test and learn : abonnements groupés pour des entreprises offrant des fonctionnalités premium, participation payante à des événements où sont présentés des rapports de marché, analyses de projets… Dernièrement, ils réfléchissent à un modèle économique d’un nouveau genre, « sans sacrifice financier, avec un partage de revenus entre la plateforme de publication et la communauté qui l’utilise, avec des incitations économiques pour contribuer ou enrichir les contenus ». Un peu à la manière de Wikipédia où chacun est invité à enrichir une page ? « On peut effectivement y voir un modèle proche, sauf qu’il y aura un protocole blockchain sous l’interface et des incentives financières à participer pour créer du contenu ou de l’améliorer. » À plus long terme, l’ambiance est de « décentraliser la gouvernance de ce système lorsqu’il sera éprouvé ». La communauté joue un rôle central chez Big Whale. Sur leur plateforme Discord, 1 500 abonnés actifs incarnent les « têtes chercheuses » du média, enrichissant, précisant, rebondissant sans cesse sur des informations de l’écosystème. Cette approche participative contraste avec les médias traditionnels, où l'information est émise de manière verticale. « Un média veut dire beaucoup de choses et en même temps presque plus rien. On est tous capables aujourd’hui de produire de l’info », résume Raphaël Bloch.

Ils ne sont pas les seuls journalistes de formation à s’être lancés dans les nouveaux médias financiers. Léa Lejeune, après avoir couvert les rebondissements des entrepreneurs de la Tech pour Challenges pendant de nombreuses années, a créé Plan Cash, une newsletter féministe et gratuite qui parle d’argent… Qui s’est doublée avec le temps d’une plateforme d’éducation féministe « qui parle d’argent aux femmes sans tabou », dont elle fait la promotion sur la page Instagram du média (80 000 abonnés). Dans cette aventure entrepreneuriale, la journaliste est accompagnée de Morgane Dion, plus de 12 ans d’expérience corporate dans les licornes françaises. Le modèle économique repose, entre autres, sur des formations assurées par des « experts certifiés » à « une époque où les influenceurs donnent des mauvais conseils financiers sans avoir le background et sans respecter les règles de l’AMF (Autorité des marchés financiers) » : « Les médias ont du mal à s’en sortir avec un modèle économique dans lequel ils sont dans la délivrance d’infos parce qu’il y a trop de concurrence. L’idée, c’était de gagner de l’argent sur la partie servicielle du média. Aujourd’hui, les gens sont de moins en moins prêts à payer pour de l’information mais ils sont de plus en plus prêts à payer pour des formations », assure-t-elle. Pour l'instant, l'entreprise ne bénéficie pas du statut d'entreprise de presse, car il est nécessaire que plus de 50 % de ses revenus soient issus de la production d'informations pour obtenir cette classification.

Ces nouveaux médias qui ne veulent pas travailler avec les marques

Aujourd’hui, la collaboration avec les marques n’est pas la principale source des revenus des start-ups de l’info. Selon une nouvelle étude publiée par le Centre de recherche sur les médias et le journalisme et la fondation Maharat, elles sont seulement 18 % à indiquer générer des revenus grâce à la pub. En perspective, les abonnements et autres méthodes de financement participatif sont utilisés par 30 % des acteurs. Les médias indépendants se distinguent par leur volonté de préserver une indépendance éditoriale, loin des pressions économiques exercées par les annonceurs ou les grands groupes. Cette indépendance est souvent perçue comme essentielle pour garantir la qualité et l’intégrité de l’information.

Pour assurer leur viabilité économique, les médias indépendants adoptent des stratégies de financement variés. Le financement participatif par exemple est devenu une méthode courante pour lancer de nouveaux projets. La Déferlante, un média féministe sans pub, a réussi à fédérer sa communauté dès ses débuts grâce à une campagne de financement participatif, atteignant 10 000 abonnés et embauchant neuf employés. Elle a permis à son lectorat d’entrer au capital à partir de 100 euros, une initiative qui a séduit 750 personnes. Dernièrement, c’est le média Fracas, lancé par Philippe Vion-Dury, ex-rédacteur en chef de Socialter, qui a réalisé « le plus gros lancement de média indé écolo » : « Dans la catégorie média papier, on se place dans le top 10 des lancements de médias en financement participatif, derrière des médias comme Epsiloon, La Déferlante, SoGood, Zadig ou Ebdo » a écrit Philippe Vion-Dury le 16 mai sur LinkedIn. Le média a ainsi réussi à rassembler pour son lancement 160 000 euros, 1 500 abonnés à la revue papier, et une communauté de 16 000 membres sur Instagram. LinkedIn a notamment joué un rôle dans le succès de la campagne.  Le réseau est selon lui « très indiqué pour bâtir son lectorat et sa campagne : les CSP+ y sont largement représentés, et on ne construit que très difficilement l’équilibre d’un média sans attirer à soi un lectorat capable de soutenir par la dépense ».

Des modèles hybrides, combinant abonnements et dons, permettent également de maintenir une indépendance vis-à-vis des annonceurs. Blast, un média indépendant lancé grâce à une campagne de crowdfunding qui a récolté près d’un million d’euros (contre les 100 000 demandés), en est un exemple notable. Un succès que l’on peut attribuer aussi à la notoriété du fondateur, Denis Robert.

Malgré leur dynamisme, les médias indépendants font face à des défis importants, notamment en termes de pérennité financière et de capacité à maintenir une indépendance éditoriale dans un environnement économique difficile. Pour lancer un média dans de bonnes conditions, il faut par exemple bien compter sur 30 000 euros, selon Philippe Vion-Dury. De plus, la reconnaissance en tant qu’entreprise de presse, nécessaire pour obtenir certaines subventions et avantages fiscaux, peut être difficile à obtenir pour des structures innovantes. Et quand bien même ils toucheraient les aides à la presse, ils n’accèderaient en fait qu’à une part infime du gâteau, comme le souligne le fondateur de Mediapart Edwy Plenel : « les principaux bénéficiaires sont les médias possédés par des milliardaires, notamment le richissime Bernard Arnault », qui a ainsi touché pour ses journaux plus de 14 millions d’euros d’argent public en 2022.

Les nouveaux médias ne sont pas une solution miracle. Ils doivent encore faire face à des obstacles importants, notamment la réticence des utilisateurs à payer pour des informations et la difficulté à obtenir des subventions et des avantages fiscaux réservés aux entreprises de presse traditionnelles. La reconnaissance croissante de la nécessité de soutenir les médias d'intérêt public par les aides publiques, les organismes de réglementation, et les donateurs est un pas dans la bonne direction, mais elle doit s’intensifier pour créer un environnement où ces médias pourraient véritablement prospérer.

En outre, certaines start-ups de l’info traitent le journalisme comme une industrie ordinaire, en mettant l’accent sur le marketing et l’audience. Pas besoin de journalistes, mais de producteurs de contenus couteaux suisses… Peut-on se prétendre média sans son socle fondamental ? Si cette approche apporte de la flexibilité, elle soulève des défis majeurs en termes de crédibilité et d'intégrité. Par ailleurs, les nouvelles plateformes de Web3, encore en phase émergente, promettent de transformer radicalement les usages médiatiques. Bien que leurs impacts concrets se fassent encore attendre, elles offrent des perspectives inédites pour les journalistes et les « consommateurs » d'information, notamment par des modèles décentralisés et participatifs. En fin de compte, l'avenir des nouveaux médias dépendra de leur capacité à innover sans sacrifier l'intégrité de l'information et à s'adapter aux technologies de demain.

 

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  • Liens vagabonds : Paris 2024 à l’ère des influenceurs
    Comment faire vibrer les spectateurs au rythme des Jeux Olympiques après le flop des deux dernières éditions ? Pour attirer l'attention de la génération Z, le groupe audiovisuel américain NBCUniversal a misé gros en envoyant 27 influenceurs de renom sur le terrain. Le but ?  Rajeunir l’audience de son service de streaming, Peacock. Cette initiative illustre l’importance grandissante des influenceurs dans le paysage médiatique, sujet du dernier Cahier de Tendances de Méta-Media. Pourtant cette f

Liens vagabonds : Paris 2024 à l’ère des influenceurs

Comment faire vibrer les spectateurs au rythme des Jeux Olympiques après le flop des deux dernières éditions ? Pour attirer l'attention de la génération Z, le groupe audiovisuel américain NBCUniversal a misé gros en envoyant 27 influenceurs de renom sur le terrain. Le but ?  Rajeunir l’audience de son service de streaming, Peacock. Cette initiative illustre l’importance grandissante des influenceurs dans le paysage médiatique, sujet du dernier Cahier de Tendances de Méta-Media. Pourtant cette fois, ce sont ces mêmes influenceurs qui se sont fait voler la vedette.  

Des stars des réseaux sociaux aux Etats-Unis comme Kai Cenat, Daniel Macdonald et Zhongni « Zhong » Zhu étaient en première ligne pour partager leur expérience olympique. Mais malgré leur audience massive, ces créateurs ont rapidement été éclipsés par les véritables héros des Jeux : les athlètes eux-mêmes. 

Ilona Maher, star de l’équipe de rugby américaine, a par exemple gagné près de 2 millions de nouveaux adeptes en seulement deux semaines grâce à ses vidéos humoristiques sur la vie dans le village olympique. Elle n’est pas la seule : le nageur norvégien Henrik Christiansen et d’autres athlètes ont eux aussi réussi à captiver le public avec des contenus authentiques et spontanés, bien loin du format aseptisé des influenceurs traditionnels.  

@ilonamaherWhen in paris♬ original sound - Ilona Maher

« Je n'aime pas qu'on me qualifie d'influenceuse. Je suis d'abord une joueuse de rugby, ensuite une influenceuse », a confié Ilona Maher, qui, en plus de son succès sur le terrain, est devenue une star des réseaux sociaux. Cette dualité montre à quel point les athlètes actuels se sont adaptés à l’ère numérique. D’autant plus qu’ils ont bénéficié de l’assouplissement d’une règle du Comité International Olympique (CIO), leur permettant de bénéficier d’une activité commerciale autour des jeux. Une aubaine quand la plupart des athlètes olympiques américains de haut niveau semblent à peine s'en sortir financièrement, gagnant en moyenne 2 000 dollars par mois. Ilona Maher confirme :  « C'est ce que j'ai dû faire pour gagner de l'argent et attirer l'attention sur notre sport ». 

En parallèle, les influenceurs embauchés par NBC ont eu du mal à trouver leur place, en grande partie à cause des restrictions imposées par le CIO. Pour protéger les droits des diffuseurs officiels, ils avaient interdiction de filmer les épreuves elles-mêmes. Leur contenu a donc souvent été limité à des clichés de stades ou de cérémonies, loin de l'immersion que le public attendait. « Les gens recherchent une couverture de qualité de ce qui se passe réellement aux Jeux », analyse Christine Tran, spécialiste des médias numériques à l'Université de Toronto. « Il y a des journalistes qui ont une formation médiatique et des moyens de production pour offrir ce genre de couverture sur le terrain. Ce que les influenceurs proposent, c'est une sorte d'informalité mise en scène, qui n'a pas eu l'impact escompté ». Il était difficile pour ces derniers de casser l’image lisse de leurs contenus, à cause de la nature même de leur contrat avec NBC. « Si NBCUniversal vous emmène à Paris et vous loge, vous n'allez probablement pas commenter les mouvements ridicules de la breakdanceuse australienne ou le fait que vous n'avez pas pu voir grand-chose depuis votre siège hors de prix à la cérémonie d'ouverture » souligne Wired. 

Même si les influenceurs de NBC n'ont pas réussi à faire décoller leurs vidéos, les chaînes de médias sociaux de NBC Sports ont gagné 2 millions de nouveaux adeptes grâce à l’engouement généré par les athlètes. Peacock, a également enregistré une hausse de 75 % du nombre de téléspectateurs en journée d'une semaine à l'autre, signe que le public est bien présent, mais qu'il s’intéresse surtout aux vrais acteurs des Jeux. 

Cette situation pourrait bien changer d’ici les prochains Jeux d’été, en 2028 à Los Angeles, où une armée d'influenceurs basés en Californie pourrait être mobilisée. Certes, la place des influenceurs n’est plus à négliger dans le paysage médiatique, mais leur voix doit être utilisée de la bonne manière, pour le bon contenu et le bon format, si elle veut se faire entendre.  

Et sinon, petit tour des points qu’il ne fallait pas manquer ces trois dernières semaines :

  • OpenAI a annoncé le 25 juillet un nouvel outil de recherche “SearchGPT”, qui ne fonctionne pas très bien, appelé “OopsGPT” (The Atlantic).
  • Cet outil continue d’alimenter la bataille avec les éditeurs de presse (Axios)
  • De son côté Perplexity a lancé son “Programme des éditeurs”. Parmi les principaux éléments, l’entreprise compte désormais partager plus équitablement ses revenus avec les éditeurs. (Perplexity)
  • Sur Peacock, c’est une IA qui a été chargée des commentaires sportifs des Jeux Olympiques avec la voix du commentateur sportif Al Michaels (State)
  • La vidéo sociale envahit le monde (Doug Shapiro)
  • Les responsables d'État américains demandent à X de s'attaquer à la désinformation électorale (Social Media Today)
  • Décès de Susan Wojcicki, ancienne PDG de YouTube, à l'âge de 56 ans (The Guardian)
  • Après la condamnation de Google, la fin de l’impunité des géants du numérique ? (Mediapart)
  • Instagram impose les “Vues” comme statistique principale (Instagram)

 

Voir cette publication sur Instagram

 

Une publication partagée par Instagram’s @Creators (@creators)

  • Le soutien d’Elon Musk à Donald Trump nuit aux activités de Tesla dans le secteur des véhicules électriques en Europe, qui sont déjà en difficulté (Fortune)
  • Kamala Harris ne donne pas d'interviews. Des questions ? (New York Times)
  • En Russie, l’accès à YouTube fortement ralenti par les autorités (Meduza)
  • Désinformation en action : Channel 3, le faux média russe, aggrave la situation au Royaume-Uni (The Telegraph)
  • En Australie, une publication scientifique critiquée pour avoir utilisé l'IA (The Guardian)
  • Jeux olympiques 2024: les cadreurs enfin sommés de filmer de façon non sexiste (Slate)
  •  Les sénateurs proposent un retour de la redevance pour financer l’audiovisuel public (Public Sénat)
  • La BBC va supprimer 500 postes d'ici deux ans (Variety)

CETTE SEMAINE EN FRANCE

  • TV5 Monde : la rédaction en état de crise permanent (La Lettre)
  • La Commission européenne prend ses distances après la mise en garde de Thierry Breton à Elon Musk (Le Monde)
  • Les JO de Paris offrent des records d'audiences aux diffuseurs et à la presse (Les Echos)

With great audience comes greater responsibility #DSA

As there is a risk of amplification of potentially harmful content in 🇪🇺 in connection with events with major audience around the world, I sent this letter to @elonmusk

📧⤵ pic.twitter.com/P1IgxdPLzn

— Thierry Breton (@ThierryBreton) August 12, 2024

3 CHIFFRES

  • La couverture quotidienne des JO sur NBCUniversal a attiré 30,6 millions de téléspectateurs, soit une augmentation de 80 % par rapport à Tokyo 2020, d’après Hollywood Reporter.
  • Selon l'ONG du Centre contre la haine en ligne, 50 publications d'Elon Musk diffusant de la désinformation sur la plateforme X ont cumulé un milliard de vues depuis janvier.
  • Plus de 22 newsletters sur Substack dans les domaines de la politique, de l'actualité, des affaires et de la technologie comptent « des dizaines de milliers » d'abonnés payants, selon Axios.

LE GRAPHIQUE DE LA SEMAINE

Qu’est-ce qui empêche les salariés d’utiliser ChatGPT ?

Source : University of Chicago

NOS MEILLEURES LECTURES / DIGNES DE VOTRE TEMPS / LONG READ

  • Les technologies ‘intelligentes’ sont devenues ingérables. Nous avons une affection pour les technologies plus simples (Washington Post)
  • L'opération Gen-Z derrière la métamorphose en ligne de Harris (CNN)
  • Bowling, selfies et le “Dougie” : Biden séduit les influenceurs à la Maison-Blanche (New York Times)
  • À l'approche de l'élection présidentielle, quel rôle jouent les influenceurs ? (Digiday)
  • Voici comment les gens utilisent réellement l'IA (MIT)
  •  Un guide visuel des influenceurs qui façonnent l'élection de 2024 (Wired)

Capture d'écran de The Wired

DISRUPTION, DISLOCATION, MONDIALISATION

  • Alors que Meta se détourne de la politique, les grands comptes Instagram constatent une baisse de leurs vues (Bloomberg)
  • La recherche IA de Google impose un choix crucial aux sites : partager des données ou disparaître (Bloomberg)

DONNEES, CONFIANCE, LIBERTÉ DE LA PRESSE,DÉSINFORMATION 

  • L'Iran recourt à des sites de désinformation pour influencer les élections américaines, d'après Microsoft (Washington Post)
  • Les médias sénégalais organisent une journée de blackout pour attirer l'attention sur les préoccupations concernant la liberté de la presse (AP)
  • Selon Meta, les tactiques d'IA utilisées par la Russie pour interférer avec les élections américaines échouent (The Guardian)

LÉGISLATION, RÉGLEMENTATION

  • Comment la semaine agitée d'Elon Musk révèle les failles des législations britanniques en matière de sécurité en ligne (The Guardian)
  • TikTok s’engage à retirer définitivement de l’UE son programme de récompenses (Stratégies)
  • Un projet de loi californien visant à réglementer l'I.A. suscite l'inquiétude dans la Silicon Valley (New York Times)
  • Les électeurs de la génération Z s'opposent aux restrictions sur les réseaux sociaux, selon une nouvelle étude (Bloomberg)

JOURNALISME

  • Le New York Times cessera de soutenir les candidats dans les courses électorales de New York (New York Times)
  • Biden affirme aux créateurs qu'ils ont un avantage que les médias traditionnels n'ont pas : « Vous inspirez confiance. » (TechCrunch)
  • Kamala Harris doit s'adresser à la presse (The Guardian)
  • Le « Washington Post » critique l'attaque de Taylor Lorenz contre Joe Biden, qualifié de « criminel de guerre » (npr)
  • L'ère du journaliste indépendant prend son envol (Axios)

STORYTELLING, NOUVEAUX FORMATS

  • Twitch vient de lancer Video Stories (Twitch)
  • Les newsletters sur LinkedIn valent-elles vraiment le détour ? (journalism.co.uk)
  • La convention du parti démocrate américain sera streamée pour la première fois en format vertical(Axios )

ENVIRONNEMENT

  • Si vous voulez que les Américains prêtent attention au changement climatique, appelez-le simplement “changement climatique” (NiemanLab)
  • Les grandes entreprises technologiques cherchent à modifier les règles sur les émissions nettes nulle  (Financial Times)
  • La répétition rend les mensonges sur le climat plus crédibles — même pour ceux qui soutiennent la science climatique (NiemanLab)

RÉSEAUX SOCIAUX, MESSAGERIES, APPS

  • L'échange entre Elon Musk et Trump sur X a débuté par un incident technologique (The Verge)

Conversation with @realDonaldTrump with topic timestamps https://t.co/ziLJEUhnE7

— Elon Musk (@elonmusk) August 13, 2024

  • Les éditeurs renforcent leur présence sur Reddit alors que la plateforme gagne en visibilité dans les recherches (Adweek)
  • Le style très personnel de la génération Z creuse le fossé générationnel sur LinkedIn (Bloomberg)
  • Le flux d'actualités d'Elon Musk sur X se fait l'écho de ses politiques d'extrême droite (Washington Post)
  • Comment les athlètes de la génération Z ont propulsé les Jeux Olympiques de Paris 2024 dans l'ère de TikTok (Axios)
  • Kamala Harris consacre dix fois plus de budget que Trump à une campagne publicitaire numérique (Financial Times)

STREAMING, OTT, SVOD

  • Les Jeux Olympiques se concluent avec une énorme hausse des audiences pour NBCUniversal (Hollywood Reporter)
  • Paramount Global va licencier 15 % de ses employés aux États-Unis et fermer un studio de télévision (Reuters)

AUDIO, PODCAST, BORNES

  • Apple accepte finalement l'application Spotify avec les tarifs européens (The Verge)

INTELLIGENCE ARTIFICIELLE, DATA, AUTOMATISATION

  • Le MIT publie une base de données complète sur les risques liés à l'IA (VentureBeat)
  • Google étend ses réponses par IA à de nouveaux pays (Reuters)
  • Eric Schmidt se rétracte sur sa déclaration selon laquelle Google serait en retard en intelligence artificielle à cause du télétravail (Wall Street Journal)
  • Google ouvre discrètement l'accès à Imagen 3 à tous les utilisateurs aux États-Unis (Venture Beat)

Capture d'écran de VentureBeat

MONÉTISATION, MODÈLE ÉCONOMIQUE, PUBLICITÉ

  • Instagram est de loin supérieur à Facebook aux yeux des marques (Digiday)
  • Le PDG de X appelle à une refonte de l'industrie publicitaire (Axios)

 

Kati Bremme, Alexandra Klinnik et Aude Nevo

 

 

 

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  • Lectures d'été : Nos recommandations (2/2)
    Notre première sélection vous a captivé ou vous cherchez encore la lecture parfaite ? Ne vous en faites pas, l'été est loin d'être fini ! Voici le deuxième volet de nos recommandations littéraires pour découvrir davantage le monde de demain. The Chaos Machine – Max Fisher Les plateformes ressemblent aux fabricants de cigarettes des années 60 : elles prétendent ne pas comprendre pourquoi les gens pourraient s’inquiéter de l’impact de leurs produits. Dans The Chaos Machine, le journaliste du New Y

Lectures d'été : Nos recommandations (2/2)

Notre première sélection vous a captivé ou vous cherchez encore la lecture parfaite ? Ne vous en faites pas, l'été est loin d'être fini ! Voici le deuxième volet de nos recommandations littéraires pour découvrir davantage le monde de demain.

The Chaos Machine – Max Fisher

Les plateformes ressemblent aux fabricants de cigarettes des années 60 : elles prétendent ne pas comprendre pourquoi les gens pourraient s’inquiéter de l’impact de leurs produits. Dans The Chaos Machine, le journaliste du New York Times, Max Fisher, souhaite montrer concrètement la duplicité des réseaux sociaux. Les algorithmes utilisés exploitent les émotions pour maximiser l’engagement, en dépit de la violence engendrée. L’auteur s’est ainsi penché sur l’influence clé des réseaux sociaux dans la victoire de Trump aux élections américaines, et dans les émeutes au Sri Lanka et en Birmanie. Il montre notamment que le plaisir de l’indignation est l’un des sentiments clé qui est exploité par les algorithmes conçus par Google pour YouTube et Meta pour Facebook, Instagram et WhatsApp. La division alimente l’engagement, ce qui à son tour génère des revenus publicitaires…

A travers les interviews de chercheurs, le journaliste explique notamment comment les algorithmes et la conception des réseaux sociaux « façonnent délibérément nos expériences », exerçant « une attraction si puissante sur notre psychologie et notre identité qu’elle change notre façon de penser, de nous comporter et de nous relier les uns aux autres ». Un ouvrage nécessaire pour prendre du recul.

Rupert Murdoch, l’empereur des médias qui manipule le mondeDavid Colon

« Rupert Murdoch est très bon dans ce qu'il fait. La question est : est-ce qu'il fait quoi que ce soit de bon ? » se demandait l’avocat Théodore Kheel, qui a travaillé tant pour que contre le magnat de la presse. À 93 ans, Rupert Murdoch continue d'exercer une influence colossale à l’échelle mondiale avec son empire médiatique, qui inclut The Sun, le Wall Street Journal, Fox News et bien d'autres. Dans sa biographie captivante intitulée Rupert Murdoch, l’empereur des médias qui manipule le monde, David Colon explore le rôle de Murdoch dans la concentration des médias et sa réputation controversée, le qualifiant parfois de « cancer pour la démocratie ». Ce portrait révèle comment le magnat australien a construit un réseau tentaculaire, comprenant 175 journaux, des dizaines de chaînes de télévision, un studio hollywoodien et une maison d'édition sur quatre continents.

Surnommé « grand manipulateur », « sorcier des médias », « Roi Soleil », « antéchrist » ou encore « homme le plus dangereux du monde », Rupert Murdoch est au centre d'un débat intense sur l'impact de ses méthodes. « Lire la biographie de Murdoch, c’est aussi lire en filigrane celle des propriétaires de grands médias », prévient David Colon.

Read Write Own – Chris Dixon

Dans Read Write Own, Chris Dixon offre une vision enthousiaste et idéaliste de la technologie blockchain comme remède aux maux d'Internet. L’essai se présente comme une défense argumentée de la blockchain, la présentant comme la solution idéale pour créer un Internet plus décentralisé et équitable, loin du contrôle des grandes entreprises technologiques.

Ce « puriste d’internet » aborde l'histoire du web pour contextualiser l'évolution vers la blockchain. Il argumente que les blockchains pourraient surpasser les réseaux centralisés en offrant un environnement où les règles sont codifiées dans le logiciel, éliminant ainsi la nécessité de faire confiance aux entreprises de la tech. « « Tout le monde parle de l’IA qui va tout détruire, estime l’auteur. La véritable menace est que cinq grandes entreprises finissent par tout contrôler, et que nous soyons tous soumis à ce qu’elles décident. Cela me semble très ennuyeux, monotone et dystopique. J’ai l’impression d’être une personne folle, debout sur le coin de la rue en criant : ‘Pourquoi cela ne devrait-il pas être un problème plus important pour plus de gens ?’ »

Si Read Write Own est un essai intéressant en faveur de la blockchain et de sa philosophie, il ne mentionne ni les critiques, ni les échecs récurrents dans l'écosystème crypto, et ne s'attaque pas aux questions cruciales sur la lente adoption de la blockchain et les nombreux projets frauduleux…

 

 

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  • Lectures d'été : Nos recommandations (1/2)
    Les beaux jours sont là ! A cette occasion, Méta-Media vous suggère une série de livres pour apprendre, vous inspirer, faire une pause  que vous soyez au bord de la mer ou bien chez vous. Bonnes lectures ! The Power of one - Frances Haugen Frances Haugen est devenue célèbre en 2021 après avoir dénoncé les agissements de Facebook devant le Congrès américain. En tant qu'ancienne cheffe de produit de l'équipe de désinformation civique, elle a révélé comment le réseau social propageait délibérément

Lectures d'été : Nos recommandations (1/2)

Les beaux jours sont là ! A cette occasion, Méta-Media vous suggère une série de livres pour apprendre, vous inspirer, faire une pause  que vous soyez au bord de la mer ou bien chez vous. Bonnes lectures !

The Power of one - Frances Haugen

Frances Haugen est devenue célèbre en 2021 après avoir dénoncé les agissements de Facebook devant le Congrès américain. En tant qu'ancienne cheffe de produit de l'équipe de désinformation civique, elle a révélé comment le réseau social propageait délibérément des informations toxiques et favorisait la violence. Ses révélations, basées sur 22 000 pages de documents internes, ont montré que Facebook était pleinement conscient des dommages qu'il causait.

Après la publication des "Facebook Files", la valeur boursière de l'entreprise a chuté de 75 %, subissant la plus lourde perte en une seule journée jamais enregistrée pour une entreprise américaine cotée en Bourse. Frances Haugen avait rejoint Facebook en 2019, malgré la mauvaise réputation de l'entreprise, dans l'espoir de réduire la désinformation. Elle écrivait alors : “À l’époque, accepter un poste chez Facebook n’apportait aucune valeur ajoutée au CV ; au contraire, cela risquait d’entacher mon image de marque.” Son autobiographie retrace, avec le plus de sincérité possible, son parcours de "nerd", l’absence de considération éthique des boites tech, les risques encourus devant de telles révélations. La lanceuse d’alerte met en garde contre les dangers d'une technologie non régulée et appelle à une plus grande transparence et responsabilité des réseaux sociaux. Elle critique également la dynamique perverse où les compétences acquises par les législateurs sont désormais rapidement récupérées par les géants de la tech avec des offres salariales alléchantes, sapant ainsi les efforts de régulation. Les assistants parlementaires sont ainsi débauchés par les géants de la tech avec des salaires cinq fois supérieurs à ce que leurs sénateurs peuvent se permettre de leur payer… Un récit éclairant sur les “entrailles” de la tech !

Elon Musk - Walter Isaacson

Elon Musk se perçoit comme un « personnage de bande dessinée essayant de sauver le monde », avec des ambitions titanesques et un ego colossal. C’est ce que rapporte Walter Isaacson, qui a suivi l’entrepreneur milliardaire pendant deux ans. Le biographe a ainsi pu observer de près cet « homme capricieux », avec un accès privilégié à certaines réunions, emails et textos de la star de la tech. Il a ainsi été témoin de moments clés tels que le rachat de Twitter, l'explosion en vol de la fusée Starship, et la naissance de plusieurs de ses enfants.

On en retient qu'Elon Musk règne en maître absolu sur ses entreprises. Il impose des réductions drastiques de coûts dans certains domaines tout en insistant pour que d'autres dépenses soient illimitées. Chez Tesla, son obsession pour les détails du design automobile a fait exploser les coûts et vidé la trésorerie de l’entreprise. Lorsqu'il a acquis Twitter, il a licencié 75 % du personnel et s'est réjoui de renvoyer les dirigeants pour les empêcher de percevoir leurs indemnités de départ. Le rachat du réseau social est en partie due à son addiction aux tweets et à son désir de prendre une revanche sur un passé difficile. Ayant été harcelé à l’école en Afrique du Sud, l'entrepreneur souhaitait posséder son « propre terrain de jeu ». Mais comme le souligne le New York Times, « posséder un terrain de jeu ne vous empêchera pas d’être malmené »…

Cette biographie n'est pas une enquête journalistique classique, mais plutôt un exercice d'admiration qui explore les multiples facettes et les démons d’un milliardaire fantasque, qui n’obéit qu’à ses lubies passagères. Divertissant et inquiétant.

Extremely Online : The Untold Story of Fame, Power and Influence on the Internet – Taylor Lorenz

« Je souhaite raconter des histoires qui ont été effacées de l'histoire par Silicon Valley », annonce Taylor Lorenz. Dans son ouvrage, la journaliste tech du Washington Post s'intéresse à un aspect souvent négligé des réseaux sociaux : l'expérience des utilisateurs eux-mêmes. Contrairement à des livres comme Hatching Twitter de Nick Bilton ou No Filter de Sarah Frier, qui se concentrent principalement sur l'aspect corporate des entreprises technologiques, Taylor Lorenz choisit de se pencher sur les individus qui ont façonné et redéfini le paysage des médias sociaux.

L'essai se distingue par son ambition de narrer l'histoire de l'internet social à travers les yeux des utilisateurs, du boom des blogs dans les années 2000 à l'ère de TikTok. La journaliste analyse comment des figures telles que les « mamans blogueuses » ont non seulement influencé le contenu en ligne, mais ont également été des pionnières dans la monétisation de leurs marques personnelles, devenant ainsi les premières influenceuses. « Pendant une grande partie de l'histoire des médias sociaux, Silicon Valley a été extrêmement hostile envers ces utilisateurs influents. Les fondateurs de la tech éprouvaient presque de la rancune face au pouvoir qu'ils exerçaient sur internet. Lorsque la pandémie a éclaté, ils ont commencé à parler de "l'économie des créateurs" comme si c'était quelque chose de nouveau, alors qu'ils l'avaient dénigrée pendant des décennies parce qu'elle était principalement pionnière par des femmes », explique l’ancienne journaliste du New York Times.

Taylor Lorenz explore également comment les adolescents ont réinventé la célébrité à travers des plateformes comme Vine. En mettant en lumière ces acteurs apparemment marginaux, elle révèle comment ils ont perturbé les structures établies du capitalisme moderne, créé de nouveaux secteurs économiques et redéfini les attentes en matière de contenu et de pouvoir.

La journaliste a d’ailleurs appliqué ce qu'elle a observé sur les réseaux sociaux à sa propre promotion. Pour booster la visibilité de son livre, elle a répondu publiquement à un commentaire désobligeant d’Elon Musk : : « En fait, ce qui a vraiment bien fonctionné, c’est quand j’ai répondu à Elon Musk. Il avait dit quelque chose de méchant à mon sujet, et j’ai répliqué en lui suggérant de lire mon livre. Cela m’a rapporté 100 commandes. »

The Anxious Generation – Jonathan Haidt

Chez les jeunes, une crise de la santé mentale est en cours. Jonathan Haidt, dans son livre The Anxious Generation, note une augmentation de 30% des cas de dépression et d’anxiété chez les enfants et les adolescents, qu’il qualifie d' « épidémie de santé mentale ». Selon le psychologue, les parents échouent en surprotégeant leurs enfants dans le monde réel tout en les « abandonnant » dans le monde virtuel.

Dans son essai, le psychologue propose des solutions pour limiter les effets nocifs de la technologie, telles que l’interdiction des smartphones avant le lycée et des réseaux sociaux avant 16 ans. Il compare les écoles sans interdiction de téléphone à une « apocalypse zombie » où les élèves ne communiquent pas.

Cette critique rejoint l’analyse de l’anthropologue David Le Breton dans La fin de la conversation, qui affirme que les smartphones isolent, non seulement les enfants, mais aussi les adultes : « Nous sommes de moins en moins ensemble, mais de plus en plus côte à côte, les yeux rivés sur nos écrans, sans plus nous regarder. On n’a jamais autant communiqué, mais jamais aussi peu parlé ensemble. »

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Liens vagabonds : L'attentat contre Trump, révélateur d'un paysage médiatique atrophié

Rien de tel qu’une tentative d’assassinat pour alimenter la machine à rumeurs d'Internet. Samedi 13 juillet, l’attentat contre Donald Trump lors d'un meeting en Pennsylvanie, a déclenché une tempête médiatique dès les premières minutes : USA Today, par exemple, a publié son premier article seulement 19 minutes après les coups de feu, avec un titre initial : « Trump évacué de la scène par les services secrets après des bruits forts qui ont effrayé l'ancien président et la foule ». Sur les réseaux sociaux, les spéculations sur le mobile du tireur foisonnent. Et les théories du complot fleurissent dans un terreau fertile de désinformation. Elon Musk n'a laissé passer qu'environ 30 minutes avant de déclarer son soutien financier pour la campagne présidentielle du candidat républicain. Il n’a fallu que 86 minutes à Dave Portnoy, propriétaire du blog Barstool Sports pour poster un lien vers un T-shirt noir avec l'image d'un Donald Trump ensanglanté le poing levé. La soif de sensationnalisme l'emporte-t-elle sur la véracité des faits ? 

Une bataille des récits 

À l’ère des réseaux sociaux, ce drame illustre d’abord l’appétit des utilisateurs pour les fake news. Le journaliste Casey Newton constate : « Les réseaux sociaux détestent le vide, et au cours des 48 heures après l’attaque, les utilisateurs de chaque grande plateforme se sont empressés de le combler avec des nouvelles, des commentaires, des analyses, des théories du complot, des fabrications et des blagues ». C’est particulièrement le cas sur X, où la plupart des modérateurs de contenus ont été licencié après le rachat de l’entreprise en 2022. La prudence initiale des médias avant de parler de « tentative d’assassinat » a vivement été critiquée, considérée par certains comme une volonté de tromper, alors que les autorités n’avaient elles-mêmes pas encore confirmé la nature des faits.  Elon Musk, par exemple, a twitté au lendemain de l’événement : « Les médias traditionnels sont une pure machine de propagande. X est la voix du peuple » accompagné d’une image montrant plusieurs gros titres de la presse. Un porte-parole du New York Times s’explique : « Les organismes de presse peuvent tolérer les critiques, mais les informations inexactes détruisent leur bien le plus précieux : leur crédibilité ».  

 L'essor des réseaux sociaux et le déclin parallèle du journalisme traditionnel ont permis de créer ce que la chercheuse Renee DiResta appelle des « réalités sur mesure » : des versions personnalisées de la vérité qui reflètent ce que les gens veulent croire. Ainsi la désinformation ne serait pas liée à des mensonges du gouvernement et de la presse, mais plutôt à l’amour du consommateur pour cette dernière : « Nous sommes mal informés non pas parce que le gouvernement ment systématiquement ou supprime la vérité. Nous sommes mal informés parce que nous aimons la désinformation que nous recevons et nous en voulons toujours plus » expliquait l’année dernière un article du New York Times.  

L’écosystème informationnel est-il cassé ?  

De son côté, the New Yorker s’indigne : « La tentative d'assassinat d'un ancien président est traitée avec la même légèreté universelle qu'un album pop ou les publicités d'une usine de glycines chinoise ». Les memes internet sont en effet légion depuis l’événement. Un internaute s’amuse même : « vous pensez que les gens dans les années 1800 étaient aussi drôles quand John Wilkes Booth a tiré sur Lincoln ? ». Finalement, les médias ne seraient qu’un rouage d’une grande machine informationnelle qui récompense la rapidité et la provocation : « Il s’agit d’une machine hyper-efficace, vorace, insatiable – qui dévore n’importe quel évènement, quel que soit son ampleur, pour le démanteler jusqu’à ce qu’il ne reste plus de lui qu’une vieille carcasse fatiguée ». 

CETTE SEMAINE EN FRANCE

  • L’Arcom renforce les règles de contrôle du pluralisme dans les médias audiovisuels (Le Monde)
  • Le « gendarme » de l’audiovisuel joue sa crédibilité avec l’attribution des chaînes TNT, en particulier à CNews et C8 (Le Monde)
  • IA aux Jeux Olympiques de Paris 2024 : comment les Jeux seront un terrain d'essai pour les nouvelles technologies (The National)
  • « Marianne » : CMI France et Pierre-Edouard Stérin mettent fin aux négociations exclusives face à la « volonté unanime » des salariés (Le Monde)

 

🔈 #Pluralisme | L’Arcom adopte une délibération relative au respect du principe de pluralisme des courants de pensée et d’opinion dans les médias audiovisuels 🔽

Le communiqué de presse : https://t.co/JfRT3BMK90

— Arcom (@Arcom_fr) July 18, 2024

3 CHIFFRES

  • Google s’apprête à racheter la société de cybersécurité Wiz pour 23 milliards de dollars, selon le Washington Post.
  • Netflix compte désormais 278 millions d'abonnés dans le monde, rapporte le New-York Times.
  • 8 % des fandoms de la génération Z monétisent leur intérêt pour les fandoms (par exemple, les « Swifties » professionnels rapporteront et décoderont les nouvelles et les légendes de Taylor pour les fans plus occasionnels), d’après un rapport de YouTube.

LE GRAPHIQUE DE LA SEMAINE

Où les journalistes travaillent-ils, si ce n'est pas dans les médias

Source : Washington Post

NOS MEILLEURES LECTURES / DIGNES DE VOTRE TEMPS / LONG READ

  • Qu'est-ce que l'IA ? Tout le monde pense savoir, mais personne n'est d'accord. Et c'est un problème (MIT)
  • Une tentative d'assassinat à l'ère des réseaux sociaux (Platformer)
  • “Madmoizelle”, de média pop féministe à “vitrine pour contenus” (Arrêt sur Images)
  • Le doomscrolling sur les réseaux sociaux liée à l'anxiété existentielle, la méfiance, la suspicion et le désespoir, selon une étude (The Guardian)
  • Est-ce que les États-Unis ont toujours autant de journalistes ? (Washington Post)

Capture d'écran MIT

DISRUPTION, DISLOCATION, MONDIALISATION

  • Les données qui alimentent l'intelligence artificielle disparaissent rapidement (New York Times)

DONNEES, CONFIANCE, LIBERTÉ DE LA PRESSE,DÉSINFORMATION 

  • Pologne : RSF ouvre des discussions prometteuses pour le droit à l'information avec le nouveau gouvernement (RSF)
  • Comment le temps pris par les médias pour vérifier les faits de la fusillade de Trump a engendré une vague de critiques (Washington Post)
  • En Russie, le/la journaliste américain(e) Masha Gessen est condamné(e) par contumace pour avoir critiqué l'armée (Associated Press)
  • Vous êtes plus enclin à croire les fake news diffusées par une personne que vous connaissez à peine que par votre meilleur ami (NiemanLab)
  • Un journaliste italien a été condamné à payer 5 000 euros à la Première ministre Meloni pour un tweet se moquant de sa taille (Reuters)
  • L’EFCSN et l’AFP annoncent un partenariat (AFP)

LÉGISLATION, RÉGLEMENTATION

  • RSF et 25 organisations demandent à la présidente de la Commission européenne des garanties fortes en matière de libertés de la presse (RSF)
  • Le gouvernement chinois soutient les entreprises nationales d'IA, mais impose également des règles strictes pour tester leurs modèles de langage (Wall Street Journal)

JOURNALISME

  • Un procureur russe demande 18 ans de prison pour le journaliste Evan Gershkovich (Washington Post)
  • Elon Musk veut que son bot d'IA diffuse les actualités. Il a du mal à accomplir cette tâche (Wall Street Journal)
  • L'Allemagne interdit le magazine d'extrême droite « Compact » (The Guardian)
  • Les éditeurs australiens qualifient de "catastrophique" une éventuelle interdiction des actualités par Meta (Press Gazette)
  • Le Wall Street Journal licencie un journaliste de Hong Kong qui dirigeait un club de presse en difficulté (Washington Post)
  • La presse papier en Haïti est presque éteinte (ijnet)

STORYTELLING, NOUVEAUX FORMATS

  • Spotify et TikTok poussent les artistes à sortir des albums interminables (Business Insider)
  • X ne tient pas ses promesses concernant les nouvelles émissions vidéo (Bloomberg)

ENVIRONNEMENT

  • Comment rendre compte de l'environnement en Ukraine en temps de guerre ?  (The Fix)

RÉSEAUX SOCIAUX, MESSAGERIES, APPS

  • Des influenceurs avec des millions de followers soutiennent Trump, mais peu d'entre eux soutiennent publiquement Biden (NBC News)

This is my president. pic.twitter.com/1PP9LKpEq5

— Bryce Hall (@BryceHall) July 13, 2024

  • TikTok a poussé les jeunes électeurs allemands vers un parti d'extrême droite (Wired)
  • Rencontrez les jeunes hommes qui paient pour fréquenter Mogwarts, une école en ligne pour devenir sexy (GQ)
  • Elon Musk souhaite donner 45 millions de dollars par mois pour soutenir Donald Trump (Washington Post)

I fully endorse President Trump and hope for his rapid recovery pic.twitter.com/ZdxkF63EqF

— Elon Musk (@elonmusk) July 13, 2024

  • Elon Musk veut déplacer les sièges de SpaceX et de X de Californie vers le Texas (Wired)
  • Meta permet enfin aux chercheurs d’accéder aux données d’Instagram (The Verge)

📢 New opportunity! Meta and COS have opened an RFP for a pilot program using Instagram data to study social media’s impact on youth well-being. Check out the details and see if it fits your research: https://t.co/jCheql0toa.

— Center for Open Science (@OSFramework) July 17, 2024

IMMERSION, 360, VR, AR

  • Le métavers était censé être votre nouveau bureau. Vous êtes toujours sur Zoom (Wired)
  • L'Apple Vision Pro est désormais disponible au Royaume-Uni, au Canada, en France, en Allemagne et en Australie (MacRumors)

STREAMING, OTT, SVOD

  • Warner Bros Discovery étudie la possibilité de séparer ses chaînes de télévision (comme CNN) de ses services de streaming (Deadline)
  • Apple est en discussions pour obtenir des licences de films supplémentaires auprès de Hollywood (Bloomberg)

AUDIO, PODCAST, BORNES

  • Le studio de podcasts Paradiso placé en liquidation judiciaire (La Lettre)
  • Les podcasts politiques explosent à l'approche du jour du scrutin (Press Gazette)
  • Après une année difficile, les podcasts reprennent du poil de la bête (Bloomberg)

INTELLIGENCE ARTIFICIELLE, DATA, AUTOMATISATION

  • Meta ne lancera pas son prochain grand modèle en Europe (Axios)
  • OpenAI a illégalement interdit au personnel de parler des risques liés à la sécurité, selon des lanceurs d'alerte (Washington Post)
  • Apple, Nvidia, Anthropic ont utilisé des milliers de vidéos YouTube piratées pour entraîner l'IA (Proof)
  • Les résultats fournis par l'IA de Google apparaissent de moins en moins souvent, d'après une étude (The Verge)
  • L'IA est bénéfique pour la créativité personnelle, mais peut nuire à la créativité collective, selon une étude (TechCrunch)
  •  Gemini sera omniprésente dans la diffusion des Jeux olympiques de Paris (TechCrunch)

MONÉTISATION, MODÈLE ÉCONOMIQUE, PUBLICITÉ

  • Taboola va vendre des publicités pour Apple (Axios)
  • Les annonceurs ne montrent pas un grand enthousiasme pour les publicités sur Threads proposées par Meta (Digiday)

 

Kati Bremme, Alexandra Klinnik et Aude Nevo

 

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Au festival de journalisme de Couthures-sur-Garonne, les créateurs de contenus sur le devant de la scène

Fini le mépris de la presse traditionnelle envers les YouTubeurs : le festival de journalisme de Couthures-sur-Garonne, organisé par le groupe Le Monde, et parrainé par Camelia Jordana, a ouvert grand ses portes aux créateurs de contenus dits informatifs.

Par Alexandra Klinnik du MediaLab de l’Information de France Télévisions

Jean Massiet, Gaspard G, et Charlie Danger, entre autres, ont répondu présents pour partager les « secrets de fabrication » de ceux qui captivent les jeunes sur les réseaux sociaux, surpassant ainsi les médias classiques. Leur influence sur l'information est telle qu'un intervenant s'interroge : « Est-il devenu has been, dans l'écosystème médiatique actuel, de raisonner encore en termes de journalisme traditionnel ? ». La frontière de plus en plus floue entre influenceur et journaliste ne mérite-t-elle pas d'être réévaluée ?

Résumé des points clés

Journaliste ou influenceur : une étiquette fluctuante

Jean Massiet, vulgarisateur politique et Gaspard G, YouTubeur 

  • Comment se définir par rapport à l’autre ? Pour le créateur Gaspard G – fort de 980 000 abonnés sur sa chaîne YouTube d’information généraliste – la réponse varie en fonction du contexte. « Cela dépend des jours et de la personne à qui je m’adresse », explique-t-il. « Je m’efforce de fournir une couverture des actualités la plus objective possible, entouré de professionnels. » Actuellement, il travaille avec une équipe de cinq salariés ainsi que des prestataires externes pour les recherches et les tâches administratives. Les journalistes qui collaborent avec lui possèdent une carte de presse. Un jeune festivalier a d’ailleurs été surpris de découvrir l’ampleur de son équipe : « Je n’étais pas conscient que tu étais aussi entouré », a-t-il commenté, habitué à ne voir qu’un seul visage (devenu logo) sur les vidéos.
  • Jean Massiet, derrière la chaîne Twitch de vulgarisation politique BackSeat, ne s’embarrasse pas d’étiquettes et précise bien qu’il ne rentre pas dans la définition stricte de journaliste : « Mon métier va beaucoup plus loin parce que je suis aussi influenceur, producteur, chef d’entreprise», bref un homme-orchestre aux multiples fonctions, qui souhaite informer avant tout les jeunes. La moyenne d’âge de son public est de 24 ans.
  • Les médias traditionnels effacent progressivement la barrière entre leurs mondes et ceux des créateurs de contenu en ligne. « Ce mépris, ce scepticisme que certains médias ont cultivé semble s’estomper aujourd’hui », observe Gaspard G. « Nous faisons notre métier avec sérieux et obtenons des interviews pertinentes, y compris avec Emmanuel Macron. Ils ont peut-être ressenti de la jalousie en voyant Volodymyr Zelenskyy choisir de s’entretenir avec Hugo Travers, 27 ans, plutôt qu’avec Laurent Delahousse ou David Pujadas », sourit-il. Jean Massiet partage ce sentiment et note un effort de la presse écrite, qui publie désormais « d’excellents articles » sur cet univers, avec « des enquêtes approfondies et bien écrites ». Cependant, il souligne que la télévision reste encore « réticente au possible » à l’égard du monde du web, qui bouscule les codes de l’information depuis cinq ans.
  • Les médias traditionnels s’allient directement aux créateurs de contenus. France Télévisions collabore ainsi avec Hugo Décrypte pour l'émission "Face Cachée", produite par France 2 et Unfold, la société de production de Hugo Travers et Squeezie. Le partenariat fonctionne de la manière suivante : une semaine après la diffusion de l'émission, France TV perd les droits ou les co-partage pour permettre sa diffusion sur la chaîne privée d'Hugo Décrypte. Cet effort, bien que « louable », ne porte pas ses fruits, estime le journaliste de TF1 Paul Larrouturou, un autre intervenant, pour qui le succès n'est pas au rendez-vous. La recette d’une collaboration réussie reste encore à trouver.

Les partenariats, le bât qui blesse

  • Pour faire vivre cette nouvelle manière d’informer sur les réseaux sociaux, la plus grosse problématique reste le financement, estime Gaspard G. Il a dû lui-même limiter la couverture internationale de son média – trois voyages sur le terrain en douze mois (Israël, Nouvelle-Calédonie, Ukraine) – en raison des « coûts astronomiques » de tels projets pour une structure encore fragile. « Aujourd’hui, malheureusement, on ne dispose pas d’aides publiques, et notre génération n’a pas l’habitude de payer pour l’info », estime-t-il. Pour assurer ses arrières, le créateur de contenu n’hésite donc pas à faire appel aux annonceurs. « On fait avec nos armes pour pouvoir créer un modèle de revenu et payer nos équipes », justifie-t-il. Dans ses vidéos d’actualités, il représente ainsi les intérêts de ses clients. « Pendant une minute, il peut m’arriver de parler d’un VPN, d’une marque, d’un service », explique-t-il. C'est pourquoi certains hésitent à le considérer comme un journaliste. Selon la charte de Munich, le "Saint Graal du journalisme", il ne faut "jamais confondre le métier de journaliste avec celui du publicitaire ou du propagandiste ; n'accepter aucune consigne, directe ou indirecte, des annonceurs". « Je te considère comme un confrère. La grande question reste le modèle économique. Moi, je suis salarié d’une rédaction, j’ai le confort d’avoir un salaire qui tombe tous les mois », répond Paul Larrouturou, ancien de Quotidien.

De gauche à droite, Anaïs Carayon, directrice de la rédaction d'Urbania France, Paul Larrouturou, reporter chez TF1 et Gaspard G, créateur de contenus

  • Pour Backseat, le fonctionnement repose sur un modèle similaire. L'émission est majoritairement financée par du financement participatif (au moins les deux tiers), tandis que le reste provient de partenariats. En tout, le budget annuel s'élève à un demi-million d'euros. « Mon public ne m'en veut absolument pas pour les partenariats, parce que je leur explique à quoi ils servent. Je m'assure toujours que le partenariat ait un intérêt éditorial. Cela ne m'intéresse pas de faire de la publicité pour une marque dont je me fiche. En revanche, interviewer le PDG d'une entreprise pour poser des questions citoyennes et faire le lien avec ma chaîne où je parle politique, ça m'intéresse », raconte Jean Massiet. Le streamer affirme être l'un des leaders auprès d'un public particulièrement difficile à atteindre : les jeunes. La plupart de ses clients sont des institutions souhaitant s'adresser aux jeunes, « pas forcément pour faire passer des idées, juste pour dire bonjour », comme l'a fait récemment la Cour des comptes.
  • En fin de compte, la transparence envers son audience est essentielle. Il s'agit toujours de maintenir la confiance par l'explication et la justification. « L'enjeu, c'est la confiance et la crédibilité envers ton public. Il n'y a pas forcément de règles écrites. Il y a une loi qui encadre les influenceurs, mais elle a été rédigée avec les pieds », estime Jean Massiet. « L'important est de ne pas perdre la confiance que les gens placent en nous. C'est un contrat de confiance, une sorte de common law qui se développe avec le temps entre les influenceurs et leur public, en l'absence de règles plus précises imposées par les plateformes. » Il n'est d'ailleurs pas favorable à ce que les plateformes imposent leurs règles, car ce sont des entreprises américaines avec une culture américaine, dont les règles s'appliquent encore mal en Europe.
  • Par ailleurs, cette transparence est de plus en plus demandée par l'audience, rappelle le journaliste Vincent Manilève, notamment depuis les polémiques sur les placements de produits effectués par les « influvoleurs ». Il estime qu'une prise de conscience a eu lieu depuis.

Sourcer ses vidéos : une pratique journalistique devenue indispensable chez les créateurs de contenus

  • « Le public est un outil de contrôle démocratique », rappelle Jean Massiet. L’audience exige désormais que les vidéos et les images soient sourcées. Selon une étude du Financial Times, avoir des sources fiables, en lesquelles les jeunes peuvent avoir confiance, arrive en priorité dans les demandes des jeunes.

William Audureau, journaliste au Monde et Jean Massiet, vulgarisateur politique

  • Depuis le bad buzz de Squeezie (Lucas Hauchard), la vigilance du public a redoublé, selon Vincent Manilève. En 2019, le plus grand YouTubeur français (catégorie formats longs) a publié une vidéo sur les pyramides où il privilégiait les théories fantastiques aux théories scientifiques. « Ça reste une vidéo "théorie du complot" », s'était-il excusé. « C'était une vidéo de désinformation massive, alors qu'il avait une responsabilité éditoriale », explique le journaliste spécialisé dans Internet. Finalement, Squeezie a présenté ses excuses et supprimé la vidéo, bien qu'elle soit encore disponible sur DailyMotion. Depuis cet incident, il veille à sourcer et citer ses références, notamment le New Yorker.
  • Apprendre à utiliser des sources fiables et à respecter le cadre légal est un exercice complexe pour les YouTubeurs. Pour Gaspard G, l'utilisation d'extraits d'archives a été particulièrement ardue. Lorsqu'il a commencé à réaliser des vidéos avec son monteur, il a été plongé dans un « Far West total », ne disposant pas comme dans les grandes rédactions de services juridiques. « Un nombre incalculable de nos vidéos ont été retirées de la plateforme parce que nous n'avions pas tous les droits nécessaires pour citer des archives de TF1, France 2, Blast, Mediapart. Je pensais que cela relevait du droit de citation, mais ce n'était absolument pas le cas », se remémore-t-il. Parfois, la source n’était pas correctement citée ou l'image était zoomée avec une texture superposée, dissimulant ainsi le watermark de la chaîne. En conséquence, ils ont reçu de nombreuses mises en demeure et des vidéos entières ont été supprimées de leur chaîne. Aujourd'hui, le YouTubeur a amélioré ses pratiques et s'appuie sur l'INA, qui propose un forfait permettant aux créateurs de contenus d'utiliser les archives pour un total de 1000 euros par an.
  • Pour que l’apprentissage continue de manière pérenne, l’UNESCO a ainsi un mandat sur l’éducation aux médias et met en place un programme pour ces créateurs de contenus qui les aident à « avoir les bons codes pour informer », note Vincent Manilève. Lui-même, en tant que journaliste web spécialisé, est en contact avec une université des Etats-Unis pour les aider à retranscrire et localiser un cours en ligne à destination des influenceurs pour les aider à mieux informer et à suivre les règles de déontologie.

L’avenir ?

  • Comment les créateurs de contenu voient-ils l’avenir ? « Pas à la télévision », rétorque Jean Massiet : « Si la télé reste majeure en termes d’audience, en termes de génération, il y a un décrochage qui est absolument phénoménal ». Lors de la saison 2022-2023, l'âge moyen des téléspectateurs du journal télévisé de France 2 était de 63 ans et de 57 ans pour celui de TF1, selon Médiamétrie. Il cite ainsi Ikea qui a fait un rapport sur l’aménagement intérieur des ménages dans les pays développés. Aucune télévision n’était représentée devant les canapés. « Cette modification anthropologique est une très mauvaise nouvelle pour la télévision, qui va disparaître des salons des gens» prédit-il. Plus prosaïquement, il ne voit pas l’avenir de sa chaîne sur le format télévisé en raisons de coûts de production. « C’est scandaleusement cher de maintenir à flot une chaîne de télévision. Sur LCP, Public Sénat, c’est 7,5 millions d’euros d’infrastructures par an ! », dénonce le vulgarisateur.
  • Gaspard G anticipe une spécialisation progressive des créateurs de contenus dans les cinq à dix prochaines années. « À l'heure actuelle, Hugo Décrypte fait du JT, je couvre l'actualité froide, et Charles Villa s'intéresse aux sujets d'actualité brûlants… Nous verrons une montée en puissance de YouTubeurs qui choisiront de se spécialiser dans des créneaux particuliers du journalisme. Il est aussi essentiel de permettre à ces jeunes structures de trouver leur équilibre financier, car les coûts peuvent être très élevés », observe-t-il.

Aujourd’hui, les règles du jeu médiatique changent. La crédibilité est non pas donnée, par la profession mais par les gens qui regardent les contenus. Les créateurs, loin d’être de simples diffuseurs de divertissement, jouent désormais un rôle crucial dans la diffusion de l’information, captant un public jeune et diversifié souvent délaissé par les médias traditionnels. En se mettant à leur hauteur, ils parviennent à ouvrir le dialogue, et développent une proximité à la fois en ligne et « in real life »  – Jean Massiet, par exemple n’hésite pas à parcourir la France pour des apéros organisés avec sa communauté sur Discord. Il est crucial que le secteur continue de naviguer entre innovation et rigueur pour assurer la pérennité et la fiabilité de l’information dans cette ère numérique. La question demeure : comment les médias traditionnels et les créateurs de contenu pourront-ils collaborer efficacement pour offrir une information de qualité dans un paysage en perpétuelle mutation ? La réponse pourrait bien façonner le journalisme de demain.

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  • Liens vagabonds : Les influenceurs, guest stars des institutions
    Comment s’acheter une nouvelle image auprès d’un jeune public ? La réponse est désormais bien connue : les institutions traditionnelles se tournent de plus en plus vers les influenceurs comme solution miracle. Des influenceurs ont ainsi été “dégainés” pour améliorer l’image de l’OTAN auprès des jeunes. L’organisation politico-militaire a invité 30 créateurs de contenu de pays membres tels que la Belgique, le Canada, les Etats-Unis et le Royaume-Uni à assister à son sommet à Washington, du

Liens vagabonds : Les influenceurs, guest stars des institutions

Comment s’acheter une nouvelle image auprès d’un jeune public ? La réponse est désormais bien connue : les institutions traditionnelles se tournent de plus en plus vers les influenceurs comme solution miracle. Des influenceurs ont ainsi été “dégainés” pour améliorer l’image de l’OTAN auprès des jeunes. L’organisation politico-militaire a invité 30 créateurs de contenu de pays membres tels que la Belgique, le Canada, les Etats-Unis et le Royaume-Uni à assister à son sommet à Washington, du 9 au 11 juillet. Le groupe dispose d’une audience d’environ 40 millions de followers sur les réseaux sociaux… Soit une arme d’influence massive, pour une “OTAN vieillissante” (selon les termes de Bloomberg) qui a du mal à se connecter avec la génération Z.

Le groupe est traité avec les mêmes égards que la presse. Si l’organisation a pris en charge les frais de voyage des créateurs de contenus (certains journalistes acceptent en effet des “voyages de presse” offerts par des marques), elle assure n’exercer aucun contrôle éditorial et ne les rémunère pas. Un porte-parole de l’OTAN a ainsi déclaré respecter “la liberté d’expression”. Anthony John Polcari, connu sous le nom de Tony P, a ainsi expliqué avoir réalisé une vidéo d’ouverture sur le sommet de l’OTAN, diffusée auprès de ses 200 000 abonnés, dans un souci “moral”, en louant la finalité de l’institution, c’est-à-dire “protéger les nations de la guerre”.

 

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“Ils nous traitent comme des médias, estime V Spehar, créateur de contenu suivi par 3,1 millions de followers sur TikTok, ils nous ont mis dans la même salle de presse du Pentagone avec Fox News et l’Associated Press”.  Preston Stewart, un YouTubeur avec plus de 700 000 abonnés qui créé du contenu sur l’armée, a aussi assuré qu’il avait pu poser toutes ses questions aux dirigeants militaires sur la North Atlantic Fella Organization, un groupe d’activistes en ligne qui collecte des fonds pour l’Ukraine. “Il n’y a jamais eu de “retire ou édite ça”, assure-t-il.

Cette initiative de la part de l’OTAN dresse un constat clair :  les médias traditionnels, qui offrent une couverture complète du sommet, ne parviennent pas à toucher la génération Z. Comme le rapporte François d’Estais, les études montrent que la confiance dans les médias ne cesse de chuter. Selon l’Edelman Trust Barometer, 60% des Américains estiment que les journalistes tentent délibérément d’induire les gens en erreur. Et les jeunes préfèrent s’informer sur les réseaux sociaux, auprès de créateurs de contenus.

L’administration Biden, quant à elle, fait un effort sans précédent pour intégrer les créateurs de contenu dans ses stratégies de communication et lance des opérations séduction auprès d’eux. Les influenceurs ont été mobilisés pour promouvoir des initiatives telles que le déploiement du vaccin contre le coronavirus et le plan de dépenses “Build Back Better”. La Maison Blanche proposera le 14 août une conférence sur l’économie des créateurs : il s’agit du premier événement, organisé par le bureau de la stratégie numérique de la Maison Blanche qui réunira un groupe de créateurs numériques et de professionnels de l’industrie pour discuter des enjeux majeurs dans l’économie des créateurs. Cette conférence représente une “tentative de branche d’olivier” d’après Social Media Today, pour engager la communauté des créateurs, une entreprise qui vaut aujourd’hui 250 milliards de dollars.

CETTE SEMAINE EN FRANCE

  • Adèle Van Reeth, directrice de France Inter, visée par une motion de défiance de la rédaction (Le Monde)
  • Des textos révèlent comment BFM s’est mise au service de Sarkozy, le « boss » (Médiapart)
  • Thibaut Bruttin, nouveau directeur général de Reporters sans frontières (Le Figaro)
  • Le retour annoncé de Patrick Cohen à France Inter crée des remous en interne (Le Figaro)
  • Canal+ pourrait bien être coté à Londres ou Amsterdam (Les Echos)

3 CHIFFRES

  • Les principaux modèles d’IA répètent collectivement des infox dans 30% des cas et identifient les fausses affirmations dans l’actualité dans seulement 41% des cas, d’après NewsGuard.
  • Dans le cadre de la réorganisation de CNN sous la direction de Mark Thompson, 100 employés (soit environ 3 % de l'effectif de CNN) perdront leur emploi, rapporte Poynter.
  • 96 % des créateurs en ligne gagnent moins de 100 000 dollars par an, d’après Social Media Today.

LE GRAPHIQUE DE LA SEMAINE

La croissance annuelle moyenne des utilisateurs a diminué chez X depuis son acquisition.

Graphique des utilisateurs actifs monétisables quotidiens moyens, T2, annuellement.

Rose : Utilisateurs actifs quotidiens
Bleu : variation annuelle en %

Source : Financial Times

NOS MEILLEURES LECTURES / DIGNES DE VOTRE TEMPS / LONG READ

  • Comment des cupcakes à la pastèque ont déclenché une tempête interne chez Meta (Wired)
  • Pourquoi The Atlantic a signé un accord avec OpenAI (The Verge)
  • Les dures leçons des abonnements à vie (The Wall Street Journal)
  • Comment et pourquoi faire entrer le salon dans nos salles de rédaction ? (Poynter)
  • L'homme derrière les bévues en IA chez Sports Illustrated et USA Today a une longue histoire de remplissage d'internet avec des contenus de mauvaise qualité (The Verge)

Illustration : Hanneke Rozemuller (The Verge)

DISRUPTION, DISLOCATION, MONDIALISATION

  • La Maison Blanche invite des influenceurs à participer à une conférence sur l'économie des créateurs le 14 août (Tubefilter)
  • Des fermes de contenu sur TikTok utilisent des voix off générées par IA pour produire de la mésinformation politique en masse (Newsguard)
  • Un blog tech Túaw publie désormais des articles sur l'IA sous les noms de ses anciens membres du personnel humain (404media)

DONNEES, CONFIANCE, LIBERTÉ DE LA PRESSE,DÉSINFORMATION 

  • Un milliardaire soutient un important projet en diffamation contre Fox News (Washington Post)
  • La Russie déclare le journal The Moscow Times "indésirable" dans le cadre d'une répression contre la critique (AP)

LÉGISLATION, RÉGLEMENTATION

  • Le New York Times poursuit OpenAI pour violation des droits d'auteur pour avoir recréé l'illustration de leur IA pour redessiner des titres et des révisions d'articles(The Intercept)
  • Le "Wall Street Journal" poursuivi en justice par un journaliste vedette pour discrimination (npr)

JOURNALISME

  • Comprendre la science : utiliser les LLM pour aider les journalistes à saisir des recherches complexes (NiemanLab)
  • Ce dont le Washington Post a vraiment besoin (Second Rough Draft)
  • Ingrid Ciprián-Matthews, présidente de CBS News, démissionne (Washington Post)
  • Le New York Times "réfléchit constamment à la hiérarchie des articles que nous promouvons", déclare le rédacteur en chef Joe Kahn (NiemanLab)
  • Les éditoriaux fustigent Trump tandis que les questions sur Biden restent d'actualité (Poynter)
  • USA Today a définitivement transformé le monde des médias. Quel est son héritage aujourd'hui ? (Washington Post)


Illustration : Lucy Naland/The Washington Post; G. Paul Burnett/AP; Cynthia Johnson/Getty Images; Chuck Burton/AP; iStock

STORYTELLING, NOUVEAUX FORMATS

  • Le réseau de journalisme collaboratif de NPR va s'étendre avec une salle de rédaction en Appalachie, un projet pilote de vidéos courtes, et plus encore (NiemanLab)
  • ElevenLabs lance un isolateur vocal AI gratuit pour concurrencer Adobe (VentureBeat)

ENVIRONNEMENT

  • Bienvenue dans l'ère des alertes push aux phénomènes météorologiques extrêmes (The Atlantic)
  • Les besoins en énergie de l'IA sont incontrôlables. Bienvenue dans l'ère de l'hyperconsommation de l'internet (Wired)

RÉSEAUX SOCIAUX, MESSAGERIES, APPS

  • Les évangéliques conservateurs utilisent les médias sociaux pour influencer les prochaines élections au Brésil (Rest of World)
  • Apple va permettre à ses concurrents d'accéder à la technologie « Tap and Go » (Wired)
  • Les influenceurs de TikTok et Instagram aident l'OTAN vieillissante à se connecter avec la génération Z (Bloomberg)
  • Les nouvelles applications de médias sociaux sont en plein essor, car les gens cherchent des alternatives à Instagram et TikTok. Mais peuvent-elles durer ? (Business Insider)
  • Les fermes de robots russes ciblent X pour diffuser des informations erronées (Social Media Today)
  • Instagram supprime les posts sur Gaza de l'organisation d'information de gauche Democracy Now (Semafor)

 IMMERSION, 360, VR, AR

  • Les ventes de Vision Pro d'Apple sont bien inférieures aux prévisions. La situation pourrait ne pas s'améliorer tant que le prix de 3 500 dollars n'aura pas été abaissé (Business Insider)

AUDIO, PODCAST, BORNES

  • Pourquoi le podcast préféré des Démocrates s'est retourné contre Joe Biden (Semafor)
  • L'artiste IA qui a utilisé la voix de Bad Bunny — et est devenu célèbre (Rest of World)
  • Spotify va vous permettre de laisser des commentaires sur les épisodes des podcasts (The Verge)


Illustration : Nick Barclay / The Verge.

INTELLIGENCE ARTIFICIELLE, DATA, AUTOMATISATION

  • Le robot propulsé par le chatbot de Google DeepMind fait partie d'une révolution plus vaste (Wired)
  • Amazon ajoute des outils pour mettre à l'échelle les applications d'IA générative et améliorer les problèmes de précision (Digiday)
  • Google a publié une étude sur les dommages réels causés par les causes par l'IA générative (David Colon)
  • Le directeur de films Errol Morris se demande s'il faut craindre l'IA générative dans les documentaires (NiemanLab)
  • Le Washington Post a créé un script pour créer son propre chatbot IA qui répond aux questions en se basant sur ses propres articles (Axios)


Illustration: Maura Losch/Axios

MONÉTISATION, MODÈLE ÉCONOMIQUE, PUBLICITÉ

  • Briefing sur les médias : Les éditeurs se penchent sur les recettes publicitaires à mi-parcours de 2024 (Digiday)
  • Êtes-vous prêt à payer pour CNN.com ? Préparez-vous à ce qu'on vous le demande avant la fin de l'année (NiemanLab)
  • Les éditeurs s'appuient-ils trop sur les abonnements discount ? (Toolkits)

Kati Bremme, Alexandra Klinnik et Aude Nevo

 

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  • Influenceurs : les nouveaux journalistes ?
    Les médias collaborent de plus en plus avec des influenceurs en espérant toucher un public jeune : des pratiques qui agacent parmi les journalistes. Pourtant, à mesure que les réseaux sociaux prennent une place centrale dans la diffusion de l’information, certains journalistes se mettent à suivre les codes des influenceurs, au point que les frontières se brouillent entre l’influence et le journalisme. Par Salomé Saqué, journaliste et autrice de Sois jeune et tais-toi Vêtue d’une longue robe de g

Influenceurs : les nouveaux journalistes ?

Les médias collaborent de plus en plus avec des influenceurs en espérant toucher un public jeune : des pratiques qui agacent parmi les journalistes. Pourtant, à mesure que les réseaux sociaux prennent une place centrale dans la diffusion de l’information, certains journalistes se mettent à suivre les codes des influenceurs, au point que les frontières se brouillent entre l’influence et le journalisme.

Par Salomé Saqué, journaliste et autrice de Sois jeune et tais-toi

Vêtue d’une longue robe de gala dorée, Léna Situations pose sur le tapis rouge des César. Dans la légende de cette photo postée sur son compte Instagram, elle écrit : “J'entends que ma place puisse déranger. Je peux comprendre que je ne suis pas dans la case dans laquelle j'ai commencé ou bien celle dans laquelle certains aimeraient que je reste. Mais je ne me sens jamais autant à MA place que quand à travers le digital je peux réunir des curieux et partager des moments avec des passionnés.”

L’une des influenceuses les plus puissantes du monde répond en ce début d’année 2024 à une polémique montante. Lorsque Canal + a annoncé qu’elle couvrirait la cérémonie en interviewant les stars de cinéma lors de l’événement - un exercice traditionnellement réservé aux journalistes spécialisés dans ce domaine - une bonne partie de la profession a grincé des dents : “Force aux jeunes journalistes férus de cinéma qui auraient kiffé la place de Léna ! (...)  pourtant les jeunes journalistes pépites ça manque pas. Dommage qu’ils n’aient pas assez de followers” . Ce tweet visionné près de 2 millions de fois a été posté par la journaliste Camélia Kheiredine et commenté pendant plusieurs semaines. Les influenceurs seraient-ils en train de remplacer les journalistes ? Le débat est ouvert.

Il faut dire qu’ils possèdent un atout de taille que les grands médias s’arrachent : une audience très large, et particulièrement jeune. Ce graal suscite les convoitises du côté des rédactions, qui cherchent désespérément à atteindre la génération Z. 

Les jeunes, détournés des médias traditionnels 

Or la plupart des jeunes ne s’informent plus via la télévision ou la radio, et encore moins par la presse écrite. Du moins, ce n’est pas leur porte d’entrée vers l’information. D’après le 34ᵉ baromètre Kantar Public, les trois quarts des 18-25 ans s’informent d’abord sur Internet. Près de la moitié d’entre eux s’informent même exclusivement sur les réseaux sociaux. Ils sont donc majoritairement interpellés sur ces plateformes, avant d’être éventuellement reconduits vers les sites des médias traditionnels. Dans ces circonstances, les influenceurs jouent naturellement un rôle crucial, car ce sont eux qui dominent les réseaux sociaux : ils peuvent recommander, ou non, tel ou tel événement, tel ou tel média, relayer une information en particulier et faire basculer le destin d’un article ou d’une vidéo. Le Digital News Report 2023 du Reuters Institute, qui a interrogé près de 100 000 jeunes à travers le monde, révèle que 55 % des utilisateurs de TikTok et de Snapchat et 52 % des utilisateurs d'Instagram (des plateformes essentiellement utilisées par des jeunes) s’informent via des influenceurs. Alors que la télévision est en perte de vitesse avec une audience toujours plus âgée, les médias cherchent naturellement à adapter leur contenu et leur approche pour reconquérir cette audience jeune et dynamique. Dans ce contexte, employer des influenceurs disposant d’une audience clé en main semble être la réponse toute trouvée à cette problématique.

Post Instagram de Léna Mahfouf deux jours après la cérémonie des César 2024

Les influenceurs, aussi compétents que des journalistes ? 

Seulement les influenceurs peuvent-ils réellement faire le travail des journalistes ? Le projet présente plusieurs limites. Premièrement, ils ne disposent pas de la formation propre aux journalistes : à savoir recouper ses sources et vérifier les faits par exemple. Ils sont rarement enquêteurs, et à plusieurs reprises, une partie d’entre eux a même diffusé de fausses informations. Cela a été particulièrement frappant pendant la pandémie. Une autre étude du Reuters Institute a prouvé que les influenceurs ont été à l’origine de 20% des publications de fausses informations à cette période. N’est pas influenceur-journaliste qui veut.

Deuxièmement, ils ne se financent pas de la même manière. Là où les journalistes sont financés par des rédactions censées leur garantir une certaine indépendance, le métier des influenceurs consiste à être payé par des marques dont ils font la promotion. C’est cet aspect là de la polémique autour de Léna Situations que la journaliste culture Paloma Clément-Picos déplorait en janvier 2024. Pour elle, le problème avec cette séquence réside dans le fait qu’elle côtoie des journalistes en s’adonnant à un exercice similaire : « Le problème des équipes marketing, c'est de mettre tout le monde dans le même panier, à savoir : les journalistes payés par des rédactions et des influenceurs qui sont souvent payés par les studios pour faire du contenu » explique-t-elle au micro de Mouv. 

Alors bonne ou mauvaise initiative, la question divise jusque dans les rangs de la profession. La journaliste pour France Inter Marion Mariani, est elle plus indulgente avec la présence de l’influenceuse : “on ne demande pas à Léna son expertise dans le cinéma, mais d’animer un tapis rouge avec sa personnalité et sa fraîcheur. D’ailleurs le live de Canal +, sur la chaîne, était assuré par les journalistes habituels qui sont des spécialistes cinéma. Il y en a donc pour tout le monde !

Quand les journalistes deviennent des influenceurs  

Si l’on s’attarde beaucoup sur ces supposés “remplacements” de journalistes par des influenceurs, l’indignation est moins importante concernant les journalistes qui deviennent eux-mêmes des influenceurs. À ce titre, Hugo Clément fait figure de cas d’école. Formé dans l’une des meilleures écoles de journalisme du pays, il a commencé un parcours classique dans la profession, via France 2 puis Le petit journal, tout en occupant progressivement une place croissante sur les réseaux sociaux. En quelques années, il est devenu la référence française du journalisme sur internet. Aujourd’hui, ses 2,5 millions d’abonnés tous réseaux sociaux confondus (Instagram, X, et Tik-Tok) en font le journaliste le plus suivi de France. Il possède une force de frappe plus importante à lui tout seul que beaucoup de médias réunis, et son média Vakita lancé en 2022 cartonne : bientôt 1 million d’abonnés cumulés. Pourtant, cette audience exceptionnelle ne se traduit pas nécessairement par un report d’audience des jeunes sur l’audiovisuel traditionnel. Preuve en est, lorsque France 2 lui confie en janvier 2024 les rênes d’une émission grand public, Nos grandes décisions, les abonnés ne suivent pas complètement le mouvement malgré une intense promotion sur les réseaux sociaux. Les audiences n’ont pas dépassé les 592.000 personnes.

Force aux jeunes journalistes férus de cinéma qui auraient kiffé la place de Lena ! Quand ils souhaitent rajeunir leur cible dans ce milieu, ils font appel à des influenceurs pourtant les jeunes journalistes pépites ça manque pas. Dommage qu’ils n’aient pas assez de followers ☺ https://t.co/XrDYrRbDv3

— Camélia Kheiredine (@cameliakheir) February 24, 2024

Cette visibilité hors norme sur internet auprès d’un public parfois peu friand des contenus médiatiques fait des émules. Le journaliste et présentateur de Questions pour un Champion Samuel Etienne, fier d’une longue carrière dans l’audiovisuel français, s’est mis sur le tard à l’influence, avec un succès remarqué. Il investit la plate-forme de streaming Twitch en 2020, initialement pour faire le pont entre journalisme traditionnel et public jeune adepte des réseaux, avec sa désormais célèbre revue de presse quotidienne. Mais le succès est tel que le journaliste quitte France Info en 2023 pour se consacrer entre autres à cette plateforme. Il est désormais l’un des créateurs les plus suivis de Twitch (près de 800 000 abonnés) où il continue à rendre accessible le travail de ses confrères entre deux parties de jeu vidéo.

Dans leur sillage, de plus en plus de jeunes journalistes s’expriment en leur nom propre sur les réseaux et y créent un contenu unique, à l’instar de Charles Villa, Nesrine Slaoui ou Marine Périn (Marinette) par exemple, tout en collaborant régulièrement avec des grands médias. Le tout dans un contexte où il est de plus en plus attendu des journalistes de cette génération qu’ils amènent avec eux une audience fidélisée : cela fait désormais partie des atouts à mettre en avant sur un CV. Un changement de paradigme qui brouille là encore un peu plus les frontières entre journalistes et influenceurs.

Hugo Décrypte, modèle hybride 

Si Hugo Clément est le journaliste issu des médias traditionnels le plus suivi de France, il est devancé, et de loin, par son homonyme Hugo Travers (Hugo Décrypte sur les réseaux sociaux), qui semble incarner le parachèvement de cette hybridation. Il représente littéralement la figure du journaliste influenceur. S’il expliquait récemment se sentir plus “youtubeur” que journaliste (bien que son audience soit désormais plus importante sur TikTok ou Instagram que sur ce pure player) il s’adonne indéniablement à une activité journalistique (décryptage, reportages, vérification des sources…). Il touche plus que n’importe qui les 15-34 ans avec un contenu informationnel et son influence ne cesse de grandir. Le créateur de 27 ans a interviewé lors des dernières campagnes électorales l’intégralité des candidats -qui ne peuvent plus se passer de sa visibilité-, a reçu à deux reprises le président de la République, et interviewé des grands noms du cinéma contemporain tels que Zendaya ou Timothée Chalamet, en passant par le milliardaire Bill Gates ou encore le président ukrainien en pleine guerre avec la Russie. Bref, il est devenu incontournable, et s’assume en influenceur. Il est d’ailleurs ami avec des rois de l’influence tels que Seb La Frite, Léna Situations ou encore Squeezie. Il apparaît régulièrement dans leurs vidéos de vacances, et obtient des entretiens avec eux auxquels aucun autre journaliste ne pourrait prétendre. Cerise sur le gâteau du mélange entre influence et journalisme, il a récemment créé une plateforme de mise en relation entre candidats et recruteurs. Financée par les entreprises qui doivent payer pour bénéficier de sa visibilité, les jeunes peuvent y retrouver des offres d’emplois, CDI, CDD, alternances et autres stages.

Alors que l’on apprécie ou non cette nouvelle approche médiatique et ces nouvelles figures du journalisme-influence, force est de constater qu’ils parlent aux plus jeunes, là où les médias traditionnels échouent en grande partie. Nombreux sont ceux qui, dans les médias, voient en ces influenceurs (de divertissement ou non) un chemin pour délivrer du contenu journalistique aux plus jeunes, à l’image d’Elise Lucet. Cette journaliste de renom donne depuis quelques temps des entretiens à des influenceurs ultra puissants, à l’instar de Léna Situations ou Mac Fly et Carlito. Au vu de son nombre croissant d’abonnés sur les réseaux sociaux, c’est à se demander si la papesse du journalisme d’investigation télévisé ne devient pas elle-même une “journaliste influenceuse”. Ce qui amène à se demander si un influenceur n’est pas surtout quelqu’un qui a de l’influence. Influence qu’il peut acquérir via des contenus commerciaux, divertissants, mais aussi journalistiques.

Au fond, la question n’est pas vraiment de savoir si certains influenceurs peuvent faire un travail de journaliste puisque l’on a vu que oui. L’objectif est plutôt de savoir : comment faire pour que les journalistes (re)trouvent de l’influence ? 

Épisode de Janvier 2024 de l’émission de MacFly et Carlito, Table Ovale, intitulée « Le journalisme d’aujourd’hui feat Élise Lucet et HugoDécrypte »

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  • Chine, les influenceurs de la colonisation
    Ce sont les nouveaux petits soldats du gouvernement chinois. Des influenceurs vantent les charmes de la région du Xinjiang, terre ancestrale des Ouïghours. Leur mission ? Effacer l’identité ouïghoure au nom d’une stratégie de colonisation soutenue par Pékin. Propos recueillis par Alexandra Klinnik, du MediaLab de l'Information de France Télévisions Sur les réseaux sociaux chinois, des influenceurs font activement la promotion de la région du Xinjiang. Par le biais de vidéos, ils partagent leur i

Chine, les influenceurs de la colonisation

Ce sont les nouveaux petits soldats du gouvernement chinois. Des influenceurs vantent les charmes de la région du Xinjiang, terre ancestrale des Ouïghours. Leur mission ? Effacer l’identité ouïghoure au nom d’une stratégie de colonisation soutenue par Pékin.

Propos recueillis par Alexandra Klinnik, du MediaLab de l'Information de France Télévisions

Sur les réseaux sociaux chinois, des influenceurs font activement la promotion de la région du Xinjiang. Par le biais de vidéos, ils partagent leur installation dans cette province de l’est de la Chine, berceau historique de la culture des Ouïghours. Maisons gratuites et fonctionnelles, infrastructures de qualité : les bénéfices sont vantés pour donner envie aux citoyens chinois de s’y établir. Derrière cette campagne de séduction se cache une politique orchestrée par le gouvernement chinois. L’objectif ? Rendre les Ouïghours minoritaires dans cette région, afin d’y anéantir leur identité. C’est ce que révèle les réalisatrices Manon Bachelot et Poline Tchoubar dans le magazine d’investigation Sources intitulé Chine, les influenceurs de la colonisation, disponible sur Arte.tv.

Qui sont les influenceurs de la colonisation en Chine ? Quel rôle jouent-ils ?

Manon Bachelot :  Il s’agit de Chinois nouvellement arrivés au Xinjiang, originaires d’autres régions de Chine. Dans leurs vidéos, ils racontent leur propre installation et encouragent d’autres Chinois à venir s’installer en dénombrant les avantages à venir y habiter : maisons gratuites ou très peu chères l’achat, des terres arables pour cultiver du coton mises à disposition, de très bonnes écoles pour les enfants, des hôpitaux de qualité, etc. Il est très difficile d’avoir des informations sur ces influenceurs. Il reste encore beaucoup de zones d’ombres. Nous avons découvert que l’un d’eux travaille pour le XPCC. Il s’agit d’une organisation paramilitaire qui dépend du pouvoir central chinois, faisant l’objet de sanctions de la part de l’Union Européenne depuis 2021 pour violations des droits humains à l’encontre des Ouïghours. Le XPCC gère notamment de nombreux camps où sont enfermés des milliers de Ouïghours. Ce que nous savons, c'est que ces influenceurs, dans leur discours, font le relais de la propagande chinoise. Ils encouragent les Chinois à s'installer dans le Xinjiang et ce, conformément au discours prononcé par le président Xi Jinping le 26 août 2023.

Lors d’une visite à Urumchi, la capitale du Xinjiang, Xi Jinping, lui-même, a déclaré qu'il souhaite encourager le transfert des Ouïghours à l'autre bout du pays, à l'est de la Chine, pour travailler dans les usines, sous couvert d'un programme étatique de "réduction de la pauvreté", tout en encourageant les Chinois à venir s'installer au Xinjiang. L'objectif officiel du pouvoir chinois est de concilier la lutte contre le "séparatisme" et le développement économique du Xinjiang. Mais en réalité, selon des documents officiels du Parti communiste chinois ayant fait l'objet d'une fuite en 2019, l'objectif est de rendre les Ouïghours minoritaires au Xinjiang, ce qui contribue à anéantir leur identité.

Poline Tchoubar : Ces influenceurs publient des vidéos dans lesquelles ils racontent leur installation au Xinjiang au quotidien. Leur statut n'est pas très clair : nous ne savons pas s'ils travaillent tous pour une même structure, ni sur quels critères ils sont sélectionnés. Comme l’a dit Manon, l'un des influenceurs sur lesquels nous avons enquêté travaille dans un incubateur numérique où sont formées les talents du XPCC, l'entreprise publique qui gère une grande partie de l'activité économique au Xinjiang. Cette organisation est sous sanctions américaines car elle est accusée de gérer une partie des camps d'internement de Ouïghours.

Comment avez-vous découvert cette propagande numérique, sachant que l'Internet chinois est une "Grande Muraille numérique" ?

Poline Tchoubar : Nous étions déjà en train de faire des recherches sur les violations des droits de l'homme contre les Ouïghours au Xinjiang quand nous avons vu passer des vidéos qui proposaient des maisons gratuites pour les personnes qui voulaient s'installer au Xinjiang. L'une d'entre elles avait été partagée sur X (anciennement Twitter) par la communauté ouïghoure. Nous avons retrouvé la vidéo originale sur le réseau social chinois Douyin, l’équivalent de TikTok en Chine. Il faut savoir qu'en Chine, les réseaux sociaux étrangers comme Instagram ou Facebook sont bloqués, et ont été remplacés par d'autres réseaux sociaux chinois : WeChat, Weibo... Ces réseaux sont difficilement accessibles depuis l'étranger : souvent, pour s'inscrire, il faut avoir un numéro de téléphone et une carte d'identité chinoise... Heureusement, une partie de ces contenus est accessible sans avoir de compte. En reprenant les mots-clés de la première vidéo proposant des maisons gratuites, nous avons trouvé des centaines de vidéos similaires sur Douyin. C’était l’occasion d’en savoir plus sur ces influenceurs.

Manon Bachelot : Les réseaux sociaux chinois sont très différents de nos plateformes occidentales parce qu’ils sont extrêmement contrôlés et censurés par le régime chinois et en particulier sur la thématique des Ouïghours qui est un sujet très sensible en Chine. Lorsque l’on tape le mot « Ouïghour » sur Douyin par exemple, on obtient uniquement des vidéos de folklore. Cela démontre vraiment la volonté du pouvoir chinois de censurer la parole des Ouïghours. Le gouvernement fait tout pour que l’on ne sache pas ce qu’il se passe au Xinjiang. Nous y avons été directement confrontées lors de nos recherches. Certaines vidéos pouvaient disparaître en quelques heures.

En quoi ces vidéos constituent-elles un changement de stratégie de la part du pouvoir chinois ?

Manon Bachelot : Ces vidéos d’influenceur encourageant la colonisation du Xinjiang ont commencé à émerger il y a deux ans environ. Cela correspond à une intensification du processus de colonisation qui dure depuis les années 1950. Le chercheur Rian Thum, expert de la question à l’Université de Manchester, nous expliquait que ces vidéos constituent un changement de stratégie du pouvoir chinois. Après avoir emprisonné les Ouïghours dans des camps de rééducation ces dernières années à travers une politique de répression très forte, Xi Jinping met désormais en place une politique d’assimilation forcée en mélangeant les populations à travers un double mouvement : les Ouïghours sont transférés à l’est de la Chine pour travailler dans des usines sous couvert de programme de « réduction de la pauvreté » pendant que les Chinois Han sont encouragés à s’installer au Xinjiang. Le but est de mélanger ces populations et de réduire le nombre de Ouïghours au Xinjiang ce qui contribue à anéantir leur culture et leur identité.

CONCLUSION

La stratégie de propagande chinoise s’est adaptée à l’ère numérique, avec le déploiement de tactiques sophistiquées. Les influenceurs sont désormais devenus les porte-voix professionnels de la propagande chinoise. Cette stratégie s’opère dans un contexte de censure numérique : la Chine a dépensé au moins 6,6 milliards de dollars US (environ 5,5 milliards d’euros) en matière de cyber-censure en 2020, selon la fondation Jamestown. En Chine, la voix des influenceurs porte sur les plateformes nationales comme Baidu, WeChat ou encore Weibo.

A l’étranger, le gouvernement chinois fait appel à des influenceurs occidentaux. Le consulat chinois à New York a ainsi payé 300 000 dollars à la société Vippi Media du New Jersey pour recruter des influenceurs prêt à publier des messages à destination de leurs abonnés sur Instagram et TikTok pendant les Jeux Olympiques de Pékin. Il était notamment question de mettre en valeur le travail de la Chine en matière de changement climatique. Selon les recherches de Miburo, une entreprise spécialisée dans le suivi des opérations de désinformation étrangère, au moins 200 influenceurs ayant des liens avec le gouvernement chinois ou ses médias d’Etat opèrent dans 38 langues différentes.

Dans cet arsenal de propagande, d’autres armes sont déployées. Le gouvernement chinois crée de plus en plus de faux sites d’information pour vendre le modèle chinois. La majorité des sites frauduleux se trouve en Amérique latine et en Europe. L’Amérique latine est un choix stratégique, explique le consultant en relations internationales Hernan Alberro à Semafor : “Il y a très peu d’informations sur qui possède réellement les éditeurs de presse et contrôle les entreprises médiatiques, ce qui signifie que c’est plus facile et moins cher d’exploiter des organes de presse obscurs là-bas”. 

Cette propagande ne va faire que s’intensifier dans les prochaines années, notamment avec les efforts en matière de deepfake de la part de la Chine. Il s'agit d'une préoccupation majeure chez les législateurs américains. Un rapport de 2023 de la société d’analyse des réseaux sociaux Graphika a révélé que Pékin avait déjà expérimenté des clips d’actualités générés par intelligence artificielle, qui promeuvent les intérêts du Parti communiste chinois... 

 

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