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  • Fusion nucléaire : les systèmes d’IA changent déjà la donne
    On peut déclencher des réactions de fusion nucléaire en focalisant des lasers ultrapuissants sur une toute petite fraction de cette chambre sphérique. National Ignition Facility, Lawrence Livermore National Laboratory, Lawrence Livermore National Security, LLC, and the Department of Energy, CC BYLa fusion nucléaire, qui alimente notre Soleil, est l’un des plus grands espoirs pour produire une énergie propre, abondante et sûre. Elle consiste à fusionner des noyaux légers, par exemple de l’hydrogè

Fusion nucléaire : les systèmes d’IA changent déjà la donne

On peut déclencher des réactions de fusion nucléaire en focalisant des lasers ultrapuissants sur une toute petite fraction de cette chambre sphérique. National Ignition Facility, Lawrence Livermore National Laboratory, Lawrence Livermore National Security, LLC, and the Department of Energy, CC BY

La fusion nucléaire, qui alimente notre Soleil, est l’un des plus grands espoirs pour produire une énergie propre, abondante et sûre. Elle consiste à fusionner des noyaux légers, par exemple de l’hydrogène, pour former des noyaux plus lourds, en libérant une énorme quantité d’énergie. Contrairement à la fission, elle ne génère pas de déchets radioactifs de longue durée ni de gaz à effet de serre.

Mais recréer cette réaction sur Terre est un défi technologique et scientifique colossal. Les prototypes sont gigantesques et très coûteux, et le numérique prend une place importante pour faciliter les essais. Depuis le milieu des années 2010, et de manière accélérée depuis 2020, des systèmes d’intelligence artificielle sont utilisés pour contrôler le plasma et améliorer la conception de futurs réacteurs.


Pour atteindre la fusion, il faut chauffer les atomes à des températures de plus de 100 millions de degrés. Les atomes forment alors un plasma, un gaz ionisé ultra-chaud impossible à contenir par des matériaux solides.

Les physiciens doivent donc faire preuve d’imagination et deux grandes approches expérimentales sont poursuivies depuis des décennies : l’une avec des champs magnétiques, l’autre avec des lasers.

La fusion par confinement magnétique confine le plasma par de puissants champs magnétiques dans un réacteur en forme de tore, appelé « tokamak ». Le projet international ITER, un consortium international impliquant l’Union européenne, le Japon, les États-Unis, la Chine, la Russie, l’Inde et la Corée du Sud et installé en Provence, est l’exemple le plus ambitieux, mais il existe de nombreux tokamaks expérimentaux à travers le monde.

schéma 3D d’ITER
Le tokamak ITER, avec le tore au centre et les différents étages de service autour. Oak Ridge National Laboratory, CC BY
carte du monde
Les installations de fusion nucléaire dans le monde (incluant tokamaks et autres technologies). Rémi Delaporte Mathurin, MIT, CC BY

La fusion par confinement inertiel utilise des lasers, incarnée par le laboratoire National Ignition Facility aux États-Unis. Au NIF, les scientifiques utilisent 192 lasers géants pour comprimer et chauffer une capsule de combustible en une fraction de seconde, et pendant une minuscule fraction de seconde.

Les deux approches font face à d’énormes défis : maintenir la stabilité du plasma, éviter les instabilités destructrices, prédire les disruptions (par exemple, dans un tokamak, une « disruption thermique » peut brutalement refroidir le plasma et libérer son énergie sur les parois, risquant de les endommager), optimiser les tirs laser ou la forme du plasma.

Et c’est ici que les systèmes d’intelligence artificielle entrent en scène. L’outil numérique a toujours été vital pour saisir les phénomènes complexes, grâce notamment à l’analyse de données massives. Aujourd’hui, l’IA pousse cette capacité encore plus loin. Notons toutefois que les systèmes d'IA sont très variés, et qu'il ne s'agit pas dans ce cas de système d'IA générative, tels que ceux qui ont donné naissance à ChatGPT ou Dall-E par exemple.

Fusion magnétique : une IA aux commandes du plasma

Dans les tokamaks, des milliards de données sont générées à chaque tir : images, champs magnétiques, températures, densités. En 2022, une avancée spectaculaire a été réalisée dans le tokamak TCV (Tokamak à Configuration Variable) de l’EPFL à Lausanne, qui est un dispositif expérimental de taille moyenne, dédié aux recherches fondamentales. Une intelligence artificielle développée par DeepMind et le Swiss Plasma Center a été utilisée pour contrôler en temps réel la forme et la position du plasma en utilisant l’apprentissage par renforcement profond. Plus spécifiquement, il s'agit d'un système de contrôle en boucle fermée. Les ajustements de l’IA se font en temps réel, à l’échelle de la milliseconde, ce qui correspond aux temps caractéristiques de l’évolution des instabilités dans un plasma de tokamak. Ainsi, l’algorithme peut ajuster les champs magnétiques de manière dynamique pour maintenir le plasma stable, une première mondiale publiée dans la revue Nature.

Autre prouesse : la prédiction des disruptions, ces instabilités soudaines qui peuvent endommager les réacteurs. Des modèles d’apprentissage automatique, comme les réseaux de neurones, sont capables d’identifier les signaux précoces de telles instabilités.

Ainsi, sur le tokamak DIII-D aux États-Unis, une IA entraînée (apprentissage supervisé) uniquement sur des données expérimentales de ce tokamak a pu anticiper une disruption, 300 millisecondes à l’avance, donnant au système le temps de réagir. Cette approche sans modèle physique — c’est-à-dire basée uniquement sur un système d'IA analysant en temps réel les données du réacteur (data-driven) —, a permis d’activer des systèmes d’atténuation (par exemple injection d’impuretés ou modulation des champs) à temps, ce qui a stabilisé le plasma. On conclut qu’une disruption a été évitée non pas parce qu’on l’a « vue » se produire, mais parce que les conditions observées correspondaient à celles qui, dans toutes les campagnes précédentes sans intervention, menaient invariablement à une interruption brutale. Publiés dans Nature en 2024, ces résultats ouvrent la voie à un contrôle plus dynamique des réactions de fusion.

Divers systèmes d'IA, par exemple par exemple des réseaux de neurones convolutifs (CNN) ou des autoencodeurs variationnels (VAE) sont aussi utilisés pour améliorer les diagnostics, repérer les anomalies dans les capteurs, analyser les vidéos de turbulence plasma ou encore accélérer les simulations grâce aux jumeaux numériques.

Un jumeau numérique est une réplique informatique d’un système réel, alimentée en continu par des données expérimentales. Dans le cas de la fusion, il s’agit de modèles capables de reproduire l’évolution d’un plasma. L’IA intervient ici pour accélérer ces modèles (par exemple en remplaçant des calculs très lourds de mécanique des fluides par des approximations apprises) et pour combler les manques des équations physiques là où les théories actuelles sont incomplètes.

Alors que, dans le cas précédent, l’IA prédisait un événement critique (une disruption) à partir de données, les jumeaux numériques assistés par IA permettent d’accélérer des simulations complètes de plasma pour des usages plus prospectifs — l’optimisation de l’architecture d’un réacteur par exemple.

Fusion inertielle : concevoir les meilleurs tirs laser avec l’IA

La fusion inertielle, elle, repose sur la compression ultrarapide de capsules de combustible par des lasers. Les tirs sont rares et coûteux, principalement à cause de l’énergie colossale nécessaire pour alimenter les lasers (et leur préparation), mais aussi du coût des capsules de combustible et du temps de recalibrage entre deux tirs. Dans ces conditions, chaque milliseconde compte.

Ici encore, les systèmes d’IA changent la donne. À l’Université de Rochester, aux États-Unis, une IA (de type optimisation bayésienne) a été entraînée à optimiser la forme des impulsions laser sur le système OMEGA (le plus puissant laser académique au monde, dédié à la recherche sur la fusion par confinement inertiel). OMEGA génère ces tirs avec précision, et des diagnostics mesurent les résultats à des échelles de millionièmes de mètre et de trillionièmes de seconde.

Dans ce cas, le système d’IA est utilisé pour corriger les écarts entre simulations et réalité, optimiser les impulsions laser, et proposer les meilleures configurations expérimentales. Résultat : une augmentation spectaculaire du rendement de fusion, multiplié par trois dans certains cas. Ce type de modèle, publié dans Nature, permet d’explorer rapidement un vaste espace de configurations sans tout tester expérimentalement.

L’IA est aussi utilisée pour corriger les simulations, combler les écarts entre théorie et réalité, et proposer des conceptions inverses : on fixe un objectif (par exemple, atteindre l’ignition) et l’IA propose le meilleur design pour y arriver. C’est ce qui a permis, fin 2022, à NIF d’atteindre pour la première fois un rendement de fusion supérieur à l’énergie injectée par les lasers, un jalon historique.

Enfin, plusieurs types de systèmes d’intelligence artificielle sont utilisés : certains sont spécialisés dans l’analyse d’images pour exploiter les diagnostics, d’autres aident les robots à bien viser et aligner les cibles, et d’autres encore reconnaissent automatiquement quand un tir a échoué. L’objectif à terme est d’automatiser totalement ces expériences, en les rendant adaptatives et intelligentes.

Défis et avenir de l’IA dans la fusion

Alors que d’ici 2035, ITER générera environ 2 pétaoctets de données par jour, on comprend que la science des données se révèlera vitale pour traiter et appréhender toutes les informations.

Intégrer des systèmes d’IA à la fusion n’est pas sans obstacle. Les modèles doivent être rapides (c’est-à-dire capables de donner des résultats quasi en temps réel pour accompagner le pilotage du plasma), robustes (résistants aux erreurs de mesure et aux variations des données), interprétables (leurs décisions doivent pouvoir être comprises par les physiciens et justifiées, et non pas rester une « boîte noire ») et transférables d’une machine à l’autre (un modèle entraîné sur un tokamak donné doit pouvoir être adapté sans repartir de zéro sur un autre dispositif).

Les chercheurs travaillent donc sur des systèmes d’IA informés par la physique, capables d’expliquer leurs décisions et respectueux des lois fondamentales. Les données sont aussi limitées pour certains dispositifs comme NIF, ce qui pousse à combiner expériences et simulations pour enrichir les jeux de données. En effet, plus le volume de données est grand, plus l’IA peut apprendre des régularités complexes du plasma ; tandis qu’un jeu de données limité risque de conduire à des modèles biaisés ou peu généralisables.

Au-delà des limitations techniques actuelles, par exemple la puissance de calcul nécessaire pour traiter en temps réel les données issues de milliers de capteurs, la difficulté à garantir la fiabilité des prédictions face à un plasma chaotique ou encore la rareté de bases de données suffisamment riches pour entraîner correctement les modèles, l’intégration de systèmes d’IA dans des réacteurs de fusion pose aussi des questions de responsabilité. En cas de défaillance d’un algorithme entraînant une perte de confinement ou un dommage matériel, qui serait responsable : les concepteurs du réacteur, les développeurs du logiciel, ou les opérateurs ? Ces enjeux juridiques et éthiques restent encore largement ouverts, mais sont cruciaux au regard des énergies et températures en jeu.

Dans les années à venir, l’intégration de l’IA pourrait accélérer les progrès vers une fusion maîtrisée et commercialement viable. Si la fusion est le rêve énergétique ultime, alors l’intelligence artificielle pourrait bien en être la clé.


Cet article est publié dans le cadre de la Fête de la science (qui a lieu du 3 au 13 octobre 2025), dont The Conversation France est partenaire. Cette nouvelle édition porte sur la thématique « Intelligence(s) ». Retrouvez tous les événements de votre région sur le site Fetedelascience.fr.

The Conversation

Sadruddin Benkadda reçoit des financements de Aix Marseille Université, CNRS et de EUROFUSION. Collaboration avec ITER Organisation et l'IRFM (CEA)

Thierry Lehner et Waleed Mouhali ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'ont déclaré aucune autre affiliation que leur poste universitaire.

  • ✇apprentissage profond (deep learning) – The Conversation
  • Qu’est-ce qu’un algorithme quantique ?
    Intérieur de l'un des ordinateurs quantiques développés par IBM. IBM Research/flickr, CC BY-NDNous le savons toutes et tous, nous vivons une époque scientifique formidable ! Une transition sociétale est en cours, dominée par deux piliers majeurs : les transitions écologiques et numériques. Dans la transition digitale, il va falloir compter avec l’informatique dite « quantique ». Incontournable, on en parle (à juste titre) comme une révolution scientifique et technique et un véritable changement

Qu’est-ce qu’un algorithme quantique ?

Intérieur de l'un des ordinateurs quantiques développés par IBM. IBM Research/flickr, CC BY-ND

Nous le savons toutes et tous, nous vivons une époque scientifique formidable ! Une transition sociétale est en cours, dominée par deux piliers majeurs : les transitions écologiques et numériques. Dans la transition digitale, il va falloir compter avec l’informatique dite « quantique ». Incontournable, on en parle (à juste titre) comme une révolution scientifique et technique et un véritable changement de paradigme. L’ordinateur quantique étant une extension de l’ordinateur « classique », il faut alors reprendre les concepts clés de l’informatique et leur donner leur « version » quantique. Dans cette perspective, il nous faut définir ce qu’est un algorithme quantique.

L’algorithme classique

Le mot « algorithme », un peu employé à tort et à travers ces dernières années, perd un peu de sa substance originelle. D’Euclide à Google en passant par Al-Khwârizmî (du nom duquel le mot algorithme est dérivé), l’algorithme est l’antidote de la résolution d’un problème formulé à l’aide des mathématiques. Dans son célèbre article de 1936, Alan Turing relie l’algorithmique à la notion de « calculabilité », c’est-à-dire la possibilité de calculer sous la forme d’algorithmes, considérés en conséquence comme de « vrais » objets mathématiques prenant la forme d’une suite finie et non ambiguë d’instructions et d’opérations permettant de résoudre une classe de problèmes.

Un algorithme devient alors une méthode générale pour résoudre un type de problèmes ; et l’informatique théorique devient une branche des mathématiques.

Un certain nombre de qualificatifs permet de caractériser un algorithme : efficacité, performance, complexité. (Nous nous limitons ici à ces quelques notions). L’efficacité est mesurée notamment par sa durée de calcul, sa consommation de mémoire vive (en partant du principe que chaque instruction a un temps d’exécution constant), la précision des résultats obtenus (par exemple avec l’utilisation de méthodes probabilistes), ou encore sa scalabilité (son aptitude à être efficacement parallélisé). Il sera dit performant s’il utilise avec parcimonie les ressources dont il dispose, c’est-à-dire le temps CPU, la mémoire vive et (aspect objet de recherches récentes) la consommation électrique. Enfin, la complexité permet de prédire le temps de calcul nécessaire pour amener un algorithme à son terme, en fonction de la quantité de données à traiter.

On peut essentiellement regrouper les algorithmes en 3 familles :

  • fondamentaux : ils ont des tâches parfaitement bien définies, dont le résultat est facilement vérifiable
Animation montrant un algorithme testant plusieurs chemins pour entre plusieurs points et choisissant le plus court
L’algorithme de Dijkstra permet de trouver le chemin le plus court entre les points a et b. Ibmua/Wikimedia
  • optimisation : ils cherchent à identifier des paramètres ou une configuration qui maximise ou minimise une valeur (exemple : recherche d’un chemin le plus court entre deux points)

  • cryptographiques : ils sont destinés à garantir la sécurité des communications et transactions

Avant d’établir l’extension quantique d’un algorithme, rappelons les bienfaits de l’informatique quantique.

Le principe de l’informatique quantique

L’informatique classique est fondamentalement basée sur le traitement de signaux binaires, c’est-à-dire basés sur deux états. L’état d’un interrupteur ou d’un bit en mémoire est soit 0 soit 1 : un registre de n bits équivaut donc à n valeurs. L’informatique classique traitera chacune de ces valeurs de façon linéaire, les unes à la suite des autres, cela va donc prendre un certain temps de traitement.

En mécanique quantique, les paradigmes changent profondément. Trois aspects de la mécanique quantique sous-tendent la possibilité de faire de l’informatique quantique : la dualité onde/corpuscule, la superposition d’états et l’intrication.

De par leur nature onde/corpuscule, les particules quantiques sont décrites par des probabilités évoluant dans le temps et dans l’espace. De plus, elles ont la capacité de se trouver dans un état qu’on appelle « superposé » : à la fois un peu 0 et un peu 1. Ainsi, un qubit (la version quantique du bit traditionnel) possède deux états “d’existence”, nommés (par convention et par analogie avec le bit classique) ❘0> et ❘1> (prononcés : ket 0 et ket 1). Alors qu’un bit classique est numérique et a toujours pour valeur soit 0 soit 1, l’état d’un qubit est une superposition quantique linéaire de ses deux états de base (autrement dit, il vaut en même temps ❘0> et ❘1>). Par contre, si on cherche à l’observer, on va alors trouver soit un 0 ou un 1 : l’observation a changé l’état de la particule en choisissant entre les deux. Un qubit observé se conduit dès lors comme un bit classique. Enfin, par l’intrication, on peut faire vivre en « couple » deux particules quantiques et rendre leur état quantique interdépendant. Cela est très utile pour tenter de suivre et comprendre l’évolution d’un qubit.

Avec un registre de n qubits, on a donc en même temps 2n valeurs, qui peuvent toutes être stockées simultanément (là où l’informatique classique ne peut stocker qu’une valeur à la fois). Si on arrive à faire des calculs avec de tels supports, on arrive en quelque sorte à faire tous les calculs en même temps, comme si on réalisait 2n calculs « en parallèle ». Par exemple, si n=3, un ordinateur quantique aura la possibilité de traiter 8 états quantiques différents, et donc 8 calculs en même temps. Si chaque calcul durait une seconde, un ordinateur quantique n’aurait donc besoin que de 1 seconde pour les réaliser (là où un ordinateur classique aurait eu besoin de 8 secondes, puisqu’il aurait dû traiter chaque calcul l’un après l’autre). (Note : il ne s’agit ici que d’un exemple simplifié visant à illustrer le propos, et pas de calculs ou de fonctionnement réel.)

L’ordinateur quantique se base sur des méthodologies différentes de l’ordinateur classique.

À la fin, il se peut qu’il n’y ait qu’un seul de ces calculs qui ait réussi, et c’est son résultat qui nous intéresse. La difficulté, c’est de l’isoler. L’art des algorithmes quantiques est donc d’effacer de façon judicieuse tous les calculs qui n’ont pas abouti.

L’algorithme quantique

En informatique classique, un programme informatique est constitué d’une suite d’instructions réalisées séquentiellement. Au niveau microscopique, ces instructions résultent du traitement des bits par des portes logiques.

En informatique quantique, les portes deviennent quantiques, ce qui change la nature intrinsèque du traitement des instructions. Il faut alors repenser la nature de la formulation des algorithmes, qui, par extension, deviennent quantiques.

À ce stade, le principe de superposition propre à la physique quantique permet d’appliquer ces différentes étapes à une superposition arbitraire des états de base, voire à leur somme complète. Comme la lecture du registre ne fournit qu’une valeur 0 ou 1 pour chaque bit (pour rappel, un qubit observé se fige dans un état donné et se comporte comme un bit classique), soit un des états de base du registre, tout l’art de l’algorithmique quantique consiste à concentrer l’évolution vers les états donnant une/la solution du problème cherché.

Un ordinateur quantique n’est donc pas uniquement une machine universelle qui résoudrait tous les problèmes plus rapidement qu’un ordinateur conventionnel. Il s’agit plutôt d’une machine capable de résoudre efficacement certains problèmes hors de portée des machines conventionnelles, en utilisant une méthodologie entièrement différente. Le jeu consiste donc à comparer la complexité d’un problème d’un point de vue classique et quantique : si un algorithme peut être résolu de manière classique avec une complexité bien définie, alors il peut aussi l’être dans le modèle quantique avec une complexité équivalente ou moindre.

Les capacités de l’algorithmique quantique sont directement reliées au nombre de qubits… mais pas seulement. Augmenter leur nombre ne sert que si « l’environnement » quantique est maintenu malgré les inévitables processus de décohérence. Une autre particularité du qubit par rapport à un bit classique est qu’il ne peut pas être dupliqué en raison des lois de la physique quantique.

Quelques algorithmes quantiques célèbres

Mais quels problèmes intéressants peut-on aborder avec le calcul quantique ? Tous les problèmes de prédiction et contrôle de systèmes complexes, comme la finance, la météorologie, la santé, l’énergie, mais aussi la physique quantique elle-même !

Sorte de pièce montée inversée tombant du plafond, composée de plusieurs étages constitués de cyclindres reliés par des câble. L'ensemble est doré et transparent, et très volumineux.
L'un des ordinateurs quantiques développés par IBM. IBM Research/flickr, CC BY-ND

L’algorithme de Shor, premier algorithme quantique reconnu comme tel, explique comment factoriser de grands nombres en facteurs premiers de manière efficace. On ne sait pas faire cela avec l’informatique classique. Les algorithmes qu’on connaît prennent un temps exponentiel. D’ailleurs, une grande partie de la cryptographie (très utilisée dans nos vies quotidiennes) est basée sur le fait qu’on ne sait pas factoriser rapidement un nombre premier. Ce problème de factorisation, on arrive à le résoudre dans le modèle quantique avec l’algorithme de Shor. Évidemment, pour que cela devienne réalisable en pratique, il faudrait savoir construire un ordinateur quantique qui manipule quelques milliers de qubits. On n’y est pas encore. L’algorithme de Shor fut utilisé en 2001 par un groupe d’IBM, qui factorisa 15 en 3 et 5, en utilisant un calculateur quantique de 7 qubits ! Récemment, c’est le nombre 21 qui a été factorisé sur un processeur quantique d’IBM. Une preuve que l’algorithme fonctionne !

L’algorithme de Grover est un autre algorithme quantique connu. Il permet de rechercher un ou plusieurs éléments qui répondent à un critère donné parmi N éléments non classés. Le problème se résout avec une complexité moindre qu’un algorithme classique.

La course à l’algorithme quantique est lancée. Et si l’on combine les atouts de l’IA avec la puissance du calcul parallèle quantique (discipline nommée Quantum Machine Learning), aura-t-on atteint les limites de la puissance informatique ? Si la question de l’algorithme « intelligent » se résout peu à peu, il restera alors à résoudre la question éthique des algorithmes, afin de quantifier leur impact sociétal et politique.

The Conversation

Waleed Mouhali ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

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