Au commencement était le Verbe
Cette semaine, je ne sais pas ce qui a été le plus troublant.
Qu’une entreprise comme Anthropic soit auprès du Pape et intervienne directement, par l’intermédiaire d’un de ses co-fondateurs, lors de la présentation de son encyclique à propos de l’IA ? Que le reste de la Silicon Valley se “tape” totalement de cette encyclique et reprenne en substance une fameuse phrase attribuée à Jacques Chirac sur celle qui est touchée sans faire bouger l’autre ? Ce “reste” de la Valley est d’ailleurs composé de beaucoup beaucoup beaucoup beaucoup de garçons. Les garçons font du bruit.
Qu’Anthropic annonce une nouvelle nouvelle nouvelle nouvelle levée de fonds de 65 milliards ? Portant sa valorisation à 965 milliards de dollars… Et que de son coté, celle d’OpenAI au 31 mars dernier était de 852 milliards de dollars. Au delà de “qui a la première la place”, la valeur cumulée des deux est “irréelle”, quasi divine. Les garçons font du bruit. Encore.
Que Dario Amodei et Sam Altman, respectivement CEO d’Anthropic et d’OpenAI, reconnaissent publiquement dans les mêmes termes et quasiment au même moment, qu’ils racontent énormément énormément énormément énormément de cracs depuis des mois sur le “Job Apocalypse” qui pourtant était devenu l’arme qui fait peur à tout le monde et “oblige” les dirigeants d’entreprises à mettre de l’IA partout à toutes les sauces ? Mais si, vous savez bien, ce récit apocalyptique qui prévoit la mise au chômage et le remplacement de la majorité des humains par des agents dans les entreprises, car un agent offre des gains de productivité sans précédent… Belle idée mais partielle et parcellaire : de grands dirigeants, y compris dans le tech, la remette en doute de plus en plus, que ce soit en off et ou même maintenant ouvertement, comme le patron d’Uber cette semaine. Les garçons font du bruit. Toujours.
Bienvenue sur IA-Pulse Weekend. Cette édition porte le numéro 164. En vous abonnant, vous recevez tous les samedis matin, l’essentiel de ce qu’il s’est passé cette semaine autour de l’IA : un coup de gueule édito, une sélection de 3 actualités avec pour chacune un résumé rapide à lire, plus 1 article de fond pour ouvrir l’esprit et réfléchir et 1 podcast à écouter. Gérez votre abonnement.
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Cette semaine la partie de cette newsletter gérée par l’IA, les 3 clusters d’articles, a été générée par Claude Opus 4.8 pour les résumés des sources, ainsi que la génération des clusters et des titres. Comme d’habitude j’ai fait quelques modifications, mais j’ai aussi laissé quelques tournures typiques des modèles de langage. Et bien entendu, mes commentaires éventuels sont en italique dans ces résumés. Le texte de “l’article qui fait réfléchir” est issu de Opus 4.8 . L’image d’illustration ci-dessous a été générée par Midjourney
📰 Les 3 infos de la semaine
⚡ Vibe, physics AI et milliards d'investissement : Mistral muscle son offre entreprise
Lors de sa première conférence, l’AI NOW Summit tenu à Paris, la start-up française Mistral AI a exposé une stratégie qui couvre toute la chaîne, du matériel aux applications. L’entreprise, qui revendique 1 000 salariés et vise un milliard d’euros de revenus en 2026, mise sur un argument unique : fournir aux entreprises et aux États une IA dont ils gardent la maîtrise, sans confier leurs données aux géants américains.
Trois annonces structurent ce positionnement. Une offre pour l’ingénierie industrielle, fondée sur la « physics AI » issue du rachat d’Emmi AI, qui simule le comportement de pièces en quelques secondes ; Mistral l’applique avec Airbus, BMW et ASML, son premier actionnaire. Un programme d’infrastructure de 4 milliards d’euros, avec un nouveau centre de calcul dédié à l’inférence près de Paris et un site en Suède. Enfin, son assistant Le Chat devient Vibe, une plateforme d’agents pour le travail de bureau et le développement logiciel.
Mistral étend aussi son terrain au secteur juridique, via un partenariat avec la plateforme Harvey AI, et revendique désormais la course à l’AGI au nom de l’autonomie européenne.
Pourquoi est-ce important ? Faute de pouvoir s’aligner sur les capitaux des géants américains, Mistral fait un autre pari et vend autre chose : la promesse que nos données ne dormiront pas sur un serveur que Washington peut éteindre un matin, au réveil, après un post en CAPITALES sur Truth Social.
Pour aller plus loin : VentureBeat, WSJ (1), WSJ (2)
✨ Quand le Vatican cite Gandalf et fait monter un cofondateur d'Anthropic sur scène
Le pape Léon XIV a publié sa première encyclique, Magnifica Humanitas, 42 000 mots pour appeler à « désarmer » l’IA — militairement, mais aussi économiquement et socialement. Au menu : armes autonomes, emploi, concentration du pouvoir chez une poignée d’acteurs privés, et un « colonialisme des données » où les dossiers médicaux de populations entières deviennent les nouvelles terres rares. Le pape a même cité Gandalf, première apparition de Tolkien dans la doctrine officielle de l’Église.
Le détail qui retient l’attention n’est pas dans le texte, mais sur l’estrade. Pour présenter un document qui réclame une pause à l’industrie, le Vatican a invité Christopher Olah, cofondateur d’Anthropic, athée et spécialiste de ce qui se passe à l’intérieur des modèles. Des éthiciens catholiques avaient déjà relu la « constitution » qui encadre le comportement de Claude, l’IA maison ; l’un d’eux s’en sert pour préparer ses homélies -oh mon Dieu… Pardonne-leur, car ils ne savent ce qu'ils font.
Olah a joué le jeu, reconnaissant que même les labos « éthiques » restent prisonniers des logiques de concurrence — ce que tout le monde savait, mais que peu disent à voix haute, surtout à la veille d’une entrée en Bourse à près de 1 000 milliards de dollars.
Pourquoi est-ce important ? Une -petite- partie de l’industrie de l'IA a accepté de se faire sermonner en public par une institution vieille de deux mille ans. Pas sûr que ça la fasse changer de cap, mais c’est pas mal un certificat de moralité signé par le Vatican. Côté image, ça vaut à peu près tous les communiqués de presse sur la sécurité réunis.
Pour aller plus loin : Ars Technica, The Verge, Wired (1), Wired (2)
🔍 Action, réaction : toutes les actions des agents IA découlent d'actions antérieures - Causality, Persephonne
La fin de l’année 2025 a vu surgir une vague d’« agents » IA, ces programmes capables d’exécuter des tâches en autonomie. Le déclencheur : Claude Code, l’outil de programmation d’Anthropic, puis sa version Opus 4.5, capable de travailler des heures et de piloter des sous-agents. Dans la foulée, le développeur Peter Steinberger a publié OpenClaw, un agent personnel branché sur les données et les applications de l’utilisateur, devenu en quelques semaines l’un des projets les plus populaires de l’histoire de GitHub. L’enthousiasme a viré à la dépendance chez certains techniciens, qui se qualifient eux-mêmes de « Claudeholics ».
On rit jaune. Car le revers est arrivé vite et est déjà documenté -l’IA ça va vite on vous a dit. Des chercheurs ont qualifié OpenClaw d’« agent du chaos » — actions destructrices, fuites de données, une ingénieure de Meta qui regarde sa boîte mail se vider toute seule.
En entreprise, c’est plus feutré : 79 % des organisations font tourner des agents en production, et Gartner prévoit que 40 % des projets finiront à la poubelle. Il suffit qu’un agent redémarre un service au mauvais moment pour déclencher une cascade que personne n’avait vue venir — lui, pourtant, était techniquement dans son bon droit. On a empilé ces agents sans jamais les compter comme un risque : les équipes qui simulent méticuleusement leurs pannes laissent un agent toucher la production sans le moindre garde-fou. La parade ? Une redécouverte : remettre un humain dans la boucle.
Pourquoi est-ce important ? Cascade, attribution… au final Human in the Loop. Nous avons encore un peu de travail !
Pour aller plus loin : Wired, VentureBeat
🚀 6 lectures en plus
A reality check on the AI jobs hysteria (MIT Technology review)
Apple working to cram massive Gemini model into iPhone to power new Siri (ArsTechnica)
Meta launches Instagram, Facebook, and WhatsApp subscriptions, with more to come, including AI plans (TechCrunch)
Anthropic Rockets to $965 Billion Valuation, Topping OpenAI in AI Showdown (WSJ)
🛠️ Des outils, des tutos et des modèles à tester
ECC Tools : The harness-native operator system for agentic work. From an Anthropic hackathon winner
Microsoft Webwright : Turn Your Coding Models to Be State-of-the-art Browser Agents
OpenAI Secure MCP Tunnel
Gemini Managed Agents: Developer Guide
🧠 L’article qui fait réfléchir - et qu’il faut absolument lire
At the Epicenter of A.I., Pope Leo’s Warnings Are Dismissed
“He’s got the answers to ease my curiosity”
Du côté de la Silicon Valley, l’accueil de l’encyclique du Pape a été tiède. Jeremy Nixon, 33 ans, cofondateur de l’A.G.I. House, une colocation de chercheurs baptisée d’après la quête de l’« intelligence artificielle générale », a rangé l’encyclique parmi les documents réglementaires déjà vus : l’Église, selon lui, ne peut pas avoir de position sur l’IA, faute de la comprendre. David Sacks, investisseur devenu conseiller IA de la Maison-Blanche, a contesté l’appel à réguler, redoutant qu’un pouvoir confié aux États au nom de la sécurité ne serve un jour à surveiller et censurer -ça c’est drôle, non ?
Derrière le dédain, une conviction. Cette génération d’ingénieurs a grandi en récusant la foi au nom de la preuve, avant de retrouver dans l’IA une puissance jugée plus réelle que n’importe quel dieu. L’IA résout déjà des problèmes de maths restés ouverts pendant des décennies. Demain, promet-on, elle guérira les maladies, soit exactement ce que les religions annoncent depuis toujours, mais avec un calendrier de release. Et plus personne ne s’en cache. « Les gens disent platement qu’ils veulent construire une machine-Dieu », observe Rayan Krishnan, patron de Vals AI, qui évalue les performances des modèles. « Ni par ironie, ni pour rire. »
Le retournement est complet. La question, dans ces cercles, n’est pas de savoir si l’encyclique freinera quoi que ce soit, ici personne n’y croit. C’est l’inverse qu’on examine au sérieux : et si le Vatican adoptait ces outils pour bâtir une « nouvelle Jérusalem » ? Le pape a convoqué la tour de Babel pour avertir contre l’orgueil de rivaliser avec Dieu. Et tout le malentendu tient là : le pape les a prévenus contre la tentation d’égaler Dieu. Pour eux, ce n’est pas un risque, c’est l’objectif. C’est exactement ce qu’ils essaient de faire. Ils ont une roadmap et un cahier des charges.
📻 Le podcast de la semaine
GDIY - Yann Le Cun : Rendre l’IA plus humaine
Tout est dans le titre
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