Vue normale

Il y a de nouveaux articles disponibles, cliquez pour rafraîchir la page.
À partir d’avant-hierMéta-media | La révolution de l'information
  • ✇Méta-media | La révolution de l'information
  • Liens vagabonds : Paris 2024 à l’ère des influenceurs
    Comment faire vibrer les spectateurs au rythme des Jeux Olympiques après le flop des deux dernières éditions ? Pour attirer l'attention de la génération Z, le groupe audiovisuel américain NBCUniversal a misé gros en envoyant 27 influenceurs de renom sur le terrain. Le but ?  Rajeunir l’audience de son service de streaming, Peacock. Cette initiative illustre l’importance grandissante des influenceurs dans le paysage médiatique, sujet du dernier Cahier de Tendances de Méta-Media. Pourtant cette f

Liens vagabonds : Paris 2024 à l’ère des influenceurs

Comment faire vibrer les spectateurs au rythme des Jeux Olympiques après le flop des deux dernières éditions ? Pour attirer l'attention de la génération Z, le groupe audiovisuel américain NBCUniversal a misé gros en envoyant 27 influenceurs de renom sur le terrain. Le but ?  Rajeunir l’audience de son service de streaming, Peacock. Cette initiative illustre l’importance grandissante des influenceurs dans le paysage médiatique, sujet du dernier Cahier de Tendances de Méta-Media. Pourtant cette fois, ce sont ces mêmes influenceurs qui se sont fait voler la vedette.  

Des stars des réseaux sociaux aux Etats-Unis comme Kai Cenat, Daniel Macdonald et Zhongni « Zhong » Zhu étaient en première ligne pour partager leur expérience olympique. Mais malgré leur audience massive, ces créateurs ont rapidement été éclipsés par les véritables héros des Jeux : les athlètes eux-mêmes. 

Ilona Maher, star de l’équipe de rugby américaine, a par exemple gagné près de 2 millions de nouveaux adeptes en seulement deux semaines grâce à ses vidéos humoristiques sur la vie dans le village olympique. Elle n’est pas la seule : le nageur norvégien Henrik Christiansen et d’autres athlètes ont eux aussi réussi à captiver le public avec des contenus authentiques et spontanés, bien loin du format aseptisé des influenceurs traditionnels.  

@ilonamaherWhen in paris♬ original sound - Ilona Maher

« Je n'aime pas qu'on me qualifie d'influenceuse. Je suis d'abord une joueuse de rugby, ensuite une influenceuse », a confié Ilona Maher, qui, en plus de son succès sur le terrain, est devenue une star des réseaux sociaux. Cette dualité montre à quel point les athlètes actuels se sont adaptés à l’ère numérique. D’autant plus qu’ils ont bénéficié de l’assouplissement d’une règle du Comité International Olympique (CIO), leur permettant de bénéficier d’une activité commerciale autour des jeux. Une aubaine quand la plupart des athlètes olympiques américains de haut niveau semblent à peine s'en sortir financièrement, gagnant en moyenne 2 000 dollars par mois. Ilona Maher confirme :  « C'est ce que j'ai dû faire pour gagner de l'argent et attirer l'attention sur notre sport ». 

En parallèle, les influenceurs embauchés par NBC ont eu du mal à trouver leur place, en grande partie à cause des restrictions imposées par le CIO. Pour protéger les droits des diffuseurs officiels, ils avaient interdiction de filmer les épreuves elles-mêmes. Leur contenu a donc souvent été limité à des clichés de stades ou de cérémonies, loin de l'immersion que le public attendait. « Les gens recherchent une couverture de qualité de ce qui se passe réellement aux Jeux », analyse Christine Tran, spécialiste des médias numériques à l'Université de Toronto. « Il y a des journalistes qui ont une formation médiatique et des moyens de production pour offrir ce genre de couverture sur le terrain. Ce que les influenceurs proposent, c'est une sorte d'informalité mise en scène, qui n'a pas eu l'impact escompté ». Il était difficile pour ces derniers de casser l’image lisse de leurs contenus, à cause de la nature même de leur contrat avec NBC. « Si NBCUniversal vous emmène à Paris et vous loge, vous n'allez probablement pas commenter les mouvements ridicules de la breakdanceuse australienne ou le fait que vous n'avez pas pu voir grand-chose depuis votre siège hors de prix à la cérémonie d'ouverture » souligne Wired. 

Même si les influenceurs de NBC n'ont pas réussi à faire décoller leurs vidéos, les chaînes de médias sociaux de NBC Sports ont gagné 2 millions de nouveaux adeptes grâce à l’engouement généré par les athlètes. Peacock, a également enregistré une hausse de 75 % du nombre de téléspectateurs en journée d'une semaine à l'autre, signe que le public est bien présent, mais qu'il s’intéresse surtout aux vrais acteurs des Jeux. 

Cette situation pourrait bien changer d’ici les prochains Jeux d’été, en 2028 à Los Angeles, où une armée d'influenceurs basés en Californie pourrait être mobilisée. Certes, la place des influenceurs n’est plus à négliger dans le paysage médiatique, mais leur voix doit être utilisée de la bonne manière, pour le bon contenu et le bon format, si elle veut se faire entendre.  

Et sinon, petit tour des points qu’il ne fallait pas manquer ces trois dernières semaines :

  • OpenAI a annoncé le 25 juillet un nouvel outil de recherche “SearchGPT”, qui ne fonctionne pas très bien, appelé “OopsGPT” (The Atlantic).
  • Cet outil continue d’alimenter la bataille avec les éditeurs de presse (Axios)
  • De son côté Perplexity a lancé son “Programme des éditeurs”. Parmi les principaux éléments, l’entreprise compte désormais partager plus équitablement ses revenus avec les éditeurs. (Perplexity)
  • Sur Peacock, c’est une IA qui a été chargée des commentaires sportifs des Jeux Olympiques avec la voix du commentateur sportif Al Michaels (State)
  • La vidéo sociale envahit le monde (Doug Shapiro)
  • Les responsables d'État américains demandent à X de s'attaquer à la désinformation électorale (Social Media Today)
  • Décès de Susan Wojcicki, ancienne PDG de YouTube, à l'âge de 56 ans (The Guardian)
  • Après la condamnation de Google, la fin de l’impunité des géants du numérique ? (Mediapart)
  • Instagram impose les “Vues” comme statistique principale (Instagram)

 

Voir cette publication sur Instagram

 

Une publication partagée par Instagram’s @Creators (@creators)

  • Le soutien d’Elon Musk à Donald Trump nuit aux activités de Tesla dans le secteur des véhicules électriques en Europe, qui sont déjà en difficulté (Fortune)
  • Kamala Harris ne donne pas d'interviews. Des questions ? (New York Times)
  • En Russie, l’accès à YouTube fortement ralenti par les autorités (Meduza)
  • Désinformation en action : Channel 3, le faux média russe, aggrave la situation au Royaume-Uni (The Telegraph)
  • En Australie, une publication scientifique critiquée pour avoir utilisé l'IA (The Guardian)
  • Jeux olympiques 2024: les cadreurs enfin sommés de filmer de façon non sexiste (Slate)
  •  Les sénateurs proposent un retour de la redevance pour financer l’audiovisuel public (Public Sénat)
  • La BBC va supprimer 500 postes d'ici deux ans (Variety)

CETTE SEMAINE EN FRANCE

  • TV5 Monde : la rédaction en état de crise permanent (La Lettre)
  • La Commission européenne prend ses distances après la mise en garde de Thierry Breton à Elon Musk (Le Monde)
  • Les JO de Paris offrent des records d'audiences aux diffuseurs et à la presse (Les Echos)

With great audience comes greater responsibility #DSA

As there is a risk of amplification of potentially harmful content in 🇪🇺 in connection with events with major audience around the world, I sent this letter to @elonmusk

📧⤵ pic.twitter.com/P1IgxdPLzn

— Thierry Breton (@ThierryBreton) August 12, 2024

3 CHIFFRES

  • La couverture quotidienne des JO sur NBCUniversal a attiré 30,6 millions de téléspectateurs, soit une augmentation de 80 % par rapport à Tokyo 2020, d’après Hollywood Reporter.
  • Selon l'ONG du Centre contre la haine en ligne, 50 publications d'Elon Musk diffusant de la désinformation sur la plateforme X ont cumulé un milliard de vues depuis janvier.
  • Plus de 22 newsletters sur Substack dans les domaines de la politique, de l'actualité, des affaires et de la technologie comptent « des dizaines de milliers » d'abonnés payants, selon Axios.

LE GRAPHIQUE DE LA SEMAINE

Qu’est-ce qui empêche les salariés d’utiliser ChatGPT ?

Source : University of Chicago

NOS MEILLEURES LECTURES / DIGNES DE VOTRE TEMPS / LONG READ

  • Les technologies ‘intelligentes’ sont devenues ingérables. Nous avons une affection pour les technologies plus simples (Washington Post)
  • L'opération Gen-Z derrière la métamorphose en ligne de Harris (CNN)
  • Bowling, selfies et le “Dougie” : Biden séduit les influenceurs à la Maison-Blanche (New York Times)
  • À l'approche de l'élection présidentielle, quel rôle jouent les influenceurs ? (Digiday)
  • Voici comment les gens utilisent réellement l'IA (MIT)
  •  Un guide visuel des influenceurs qui façonnent l'élection de 2024 (Wired)

Capture d'écran de The Wired

DISRUPTION, DISLOCATION, MONDIALISATION

  • Alors que Meta se détourne de la politique, les grands comptes Instagram constatent une baisse de leurs vues (Bloomberg)
  • La recherche IA de Google impose un choix crucial aux sites : partager des données ou disparaître (Bloomberg)

DONNEES, CONFIANCE, LIBERTÉ DE LA PRESSE,DÉSINFORMATION 

  • L'Iran recourt à des sites de désinformation pour influencer les élections américaines, d'après Microsoft (Washington Post)
  • Les médias sénégalais organisent une journée de blackout pour attirer l'attention sur les préoccupations concernant la liberté de la presse (AP)
  • Selon Meta, les tactiques d'IA utilisées par la Russie pour interférer avec les élections américaines échouent (The Guardian)

LÉGISLATION, RÉGLEMENTATION

  • Comment la semaine agitée d'Elon Musk révèle les failles des législations britanniques en matière de sécurité en ligne (The Guardian)
  • TikTok s’engage à retirer définitivement de l’UE son programme de récompenses (Stratégies)
  • Un projet de loi californien visant à réglementer l'I.A. suscite l'inquiétude dans la Silicon Valley (New York Times)
  • Les électeurs de la génération Z s'opposent aux restrictions sur les réseaux sociaux, selon une nouvelle étude (Bloomberg)

JOURNALISME

  • Le New York Times cessera de soutenir les candidats dans les courses électorales de New York (New York Times)
  • Biden affirme aux créateurs qu'ils ont un avantage que les médias traditionnels n'ont pas : « Vous inspirez confiance. » (TechCrunch)
  • Kamala Harris doit s'adresser à la presse (The Guardian)
  • Le « Washington Post » critique l'attaque de Taylor Lorenz contre Joe Biden, qualifié de « criminel de guerre » (npr)
  • L'ère du journaliste indépendant prend son envol (Axios)

STORYTELLING, NOUVEAUX FORMATS

  • Twitch vient de lancer Video Stories (Twitch)
  • Les newsletters sur LinkedIn valent-elles vraiment le détour ? (journalism.co.uk)
  • La convention du parti démocrate américain sera streamée pour la première fois en format vertical(Axios )

ENVIRONNEMENT

  • Si vous voulez que les Américains prêtent attention au changement climatique, appelez-le simplement “changement climatique” (NiemanLab)
  • Les grandes entreprises technologiques cherchent à modifier les règles sur les émissions nettes nulle  (Financial Times)
  • La répétition rend les mensonges sur le climat plus crédibles — même pour ceux qui soutiennent la science climatique (NiemanLab)

RÉSEAUX SOCIAUX, MESSAGERIES, APPS

  • L'échange entre Elon Musk et Trump sur X a débuté par un incident technologique (The Verge)

Conversation with @realDonaldTrump with topic timestamps https://t.co/ziLJEUhnE7

— Elon Musk (@elonmusk) August 13, 2024

  • Les éditeurs renforcent leur présence sur Reddit alors que la plateforme gagne en visibilité dans les recherches (Adweek)
  • Le style très personnel de la génération Z creuse le fossé générationnel sur LinkedIn (Bloomberg)
  • Le flux d'actualités d'Elon Musk sur X se fait l'écho de ses politiques d'extrême droite (Washington Post)
  • Comment les athlètes de la génération Z ont propulsé les Jeux Olympiques de Paris 2024 dans l'ère de TikTok (Axios)
  • Kamala Harris consacre dix fois plus de budget que Trump à une campagne publicitaire numérique (Financial Times)

STREAMING, OTT, SVOD

  • Les Jeux Olympiques se concluent avec une énorme hausse des audiences pour NBCUniversal (Hollywood Reporter)
  • Paramount Global va licencier 15 % de ses employés aux États-Unis et fermer un studio de télévision (Reuters)

AUDIO, PODCAST, BORNES

  • Apple accepte finalement l'application Spotify avec les tarifs européens (The Verge)

INTELLIGENCE ARTIFICIELLE, DATA, AUTOMATISATION

  • Le MIT publie une base de données complète sur les risques liés à l'IA (VentureBeat)
  • Google étend ses réponses par IA à de nouveaux pays (Reuters)
  • Eric Schmidt se rétracte sur sa déclaration selon laquelle Google serait en retard en intelligence artificielle à cause du télétravail (Wall Street Journal)
  • Google ouvre discrètement l'accès à Imagen 3 à tous les utilisateurs aux États-Unis (Venture Beat)

Capture d'écran de VentureBeat

MONÉTISATION, MODÈLE ÉCONOMIQUE, PUBLICITÉ

  • Instagram est de loin supérieur à Facebook aux yeux des marques (Digiday)
  • Le PDG de X appelle à une refonte de l'industrie publicitaire (Axios)

 

Kati Bremme, Alexandra Klinnik et Aude Nevo

 

 

 

The post Liens vagabonds : Paris 2024 à l’ère des influenceurs first appeared on Méta-media | La révolution de l'information.

  • ✇Méta-media | La révolution de l'information
  • RT, ex-Russia Today : Le cheval de Troie de l'influence russe
    Propagande, désinformation, manipulation... Tels sont les termes qui reviennent lorsqu'il s'agit de la chaîne russe RT (anciennement Russia Today). Mais quelle est la réalité derrière cette machine médiatique au service du Kremlin ? Dans son essai "Un média d'influence d'état : enquête sur la chaîne russe RT", Maxime Audinet, chercheur à l'IRSEM, Institut de recherche stratégique de l'Ecole militaire, sonde les stratégies de propagande employées par la chaîne et son impact sur l'opinion publique

RT, ex-Russia Today : Le cheval de Troie de l'influence russe

Propagande, désinformation, manipulation... Tels sont les termes qui reviennent lorsqu'il s'agit de la chaîne russe RT (anciennement Russia Today). Mais quelle est la réalité derrière cette machine médiatique au service du Kremlin ? Dans son essai "Un média d'influence d'état : enquête sur la chaîne russe RT", Maxime Audinet, chercheur à l'IRSEM, Institut de recherche stratégique de l'Ecole militaire, sonde les stratégies de propagande employées par la chaîne et son impact sur l'opinion publique. Interdite sur le territoire européen depuis la guerre en Ukraine, RT retrouve aujourd'hui un nouveau souffle sur le continent africain dans ses versions anglaise et française. 

Propos recueillis par Alexandra Klinnik du MediaLab de l'Information de France Télévisions

"Mégaphone de propagande du Kremlin", "Fox News en miroir", RT s'est imposé en près de deux décennies comme le principal acteur de l'influence informationnelle de la Russie à l'étranger. Son objectif affiché ? Briser le monopole des médias "anglo-saxons" et se poser en "média alternatif" face aux médias "mainstream". Derrière cette façade se cache un puissant outil de propagande "poutinien", comme le montre le spécialiste de la Russie, Maxime Audinet dans son essai "Un média d'influence d'état : enquête sur la chaîne russe RT". Interview.

En quoi RT est l’instrument le plus emblématique de la propagande contemporaine russe ? 

Il s’agit de l’instrument le plus connu à l’étranger et le plus subventionné par l’État russe. Fondé en 2005, ce média transnational – c’est-à-dire un média pensé et créé pour communiquer avec des audiences à l’étranger – a acquis une certaine notoriété dans les pays où il s’est établi. RT France, par exemple est devenu la filiale délocalisée la plus importante du réseau avec sa rédaction parisienne. Chaque année, RT reçoit environ de 300 millions d’euros du budget fédéral russe. Sputnik, l’autre média transnational russe, bénéficie d’un peu plus de cent millions d’euros. Par comparaison, France Médias Monde, l’agence qui coordonne France 24 et RFI, reçoit 250 millions d’euros de subventions publiques. Contrairement aux médias français transnationaux, qui sont des médias de service public, RT est un média d’État sur lequel le gouvernement russe exerce un contrôle important. Il existe une forte dépendance éditoriale vis-à-vis du discours officiel. L’un des particularités d’un média comme RT est autant de légitimer les positions de la Russie à l’étranger que de discréditer le modèle démocratique libéral et renforcer la polarisation des sociétés occidentales.  

Alors même que RT est un média financé par le gouvernement russe, il ne s’affiche aujourd’hui plus comme une source d’information russe à l’étranger… Comment sa ligne éditoriale a-t-elle évolué  depuis 2005 ?  

RT a abandonné son approche russocentrée à la fin des années 2000 face au manque de succès de cette orientation éditoriale. En 2005, lors de sa création, l’objectif était de renforcer la « puissance d’attraction » de la Russie, d’améliorer sa réputation à l’étranger. Cela a été un flop. Le conflit survenu en Ossétie du Sud en août 2008 entre la Russie et la Géorgie constitue un moment charnière dans ce changement de ligne éditoriale. RT décide alors de se présenter comme un média global « alternatif ». Cette posture consiste pour les différentes branches de RT à remettre en question la norme dominante incarnée par des grands médias occidentaux supposément univoques et hostiles aux intérêts russes, comme la BBC ou CNN. Lors d’une visite dans les locaux de RT en 2013, Vladimir Poutine affirmait d’ailleurs que ce média avait été créé, je cite, pour « briser le monopole des médias anglo-saxons ». RT cherche à se poser en contre-pouvoir médiatique capable de concurrencer de manière asymétrique les récits diffusés par les médias « mainstream » occidentaux. Cette approche négative du soft power consiste à déprécier la puissance d’attraction de l’adversaire plutôt qu’à renforcer celle de la Russie.  

En France, la devise de RT, c’est « osez questionner ». Il s’agit d’une de devise sceptique qui incite les téléspectateurs et les lecteurs de RT à remettre en cause la version imposée par les « médias mainstream », là où RT dévoilerait « l’envers du récit ». Derrière cette posture contre-hégémonique se dessine en réalité une ligne éditoriale totalement compatible avec les intérêts officiels de la Russie, voire alignée sur le discours officiel lorsqu’il s’agit de traiter des événements sensibles comme la guerre en Syrie, l’affaire Skripal, l’invasion de l’Ukraine ou la mort de l’opposant Alexeï Navalny. 

Quelle était la stratégie de recrutement de RT France ? Vous expliquez que la rédaction ne cherche pas recruter des membres de la diaspora russe ou des spécialistes de l’espace post-soviétique… 

La connaissance effective de la Russie ou de la politique étrangère russe n’était en effet absolument pas une condition de recrutement. Certains de mes enquêtés chez RT France ne connaissaient strictement rien à la Russie, sa société ou son système politique. On peut supposer que cette méconnaissance permettait un contrôle éditorial accru de la direction sur les actualités russes. Cela se traduit par un puissant relativisme. Dans un contexte de crise de la presse, les journalistes recrutés, souvent tout juste sortis d’école, bénéficiaient aussi de conditions optimales : des CDI payés entre 2500 et 3000 euros net par mois. Cela a été une motivation importante pour nombre d’entre eux. Beaucoup témoignent d’une grande difficulté à se reconvertir après la fermeture de RT France consécutive aux sanctions européennes adoptées en 2022. Certains ont changé de métier, d’autres trouvent progressivement des emplois dans l’écosystème médiatique « alternatif », de droite radicale et d’extrême droite (CNews, Journal du Dimanche, Omerta, Sud Radio, Prisma, Europe 1, etc.) Un de mes enquêtés, ancien de RT France, parle d’un « effet vase communicant » et de « passerelle » avec la chaîne d’opinion CNews, et plus largement des médias détenus par le groupe Vivendi de Vincent Bolloré. 

 RT développe une posture de « post-vérité », selon laquelle toute vérité est relative et que tous les avis se valent. Comment cette stratégie se traduit-elle ? 

 RT affirme l’absence d’une vérité unique. Les médias russes internationaux cherchent à créer dans cet environnement informationnel un état de confusion narrative, une « cacophonie d’opinions, de perspectives », au prétexte de dévoiler ce que les médias dominants dissimulent. Ce procédé utilisé par la propagande russe porte un nom : la désorientation. C’est une pratique qui consiste non pas à censurer l’information réelle, factuelle, mais à la présenter sous différentes versions. C’est ce qui se passe avec la mort d’Alexeï Navalny : « les conclusions de l’Occident sont toutes trouvées, c’est un assassinat », « le gouvernement russe assure que c’est une mort naturelle ». Ils vont également utiliser en contrepoint l’avis d’un intervenant étranger, tel que le président brésilien Lula, qui a appelé « à ne pas tirer des conclusions hâtives » sur la mort de Navalny. Il devient très difficile pour un lecteur, qui n’est pas forcément informé, de déterminer réellement ce qui s’est passé. On a du mal à discerner le vrai du faux, la réalité du commentaire. Il ne s’agit pas d’une propagande rigide et unilatérale, qui va matraquer un élément de langage, mais d’une pratique de manipulation plus subtile et de modes de désinformations indirects. 

Quel a été l’impact de l’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022 sur RT ? 

Les branches européennes de RT apparaissent au début du conflit en Ukraine en 2014. Le site français de RT est créé en janvier 2015. L’invasion à grande échelle de la Russie en Ukraine en février 2022 a eu d’importantes répercussions sur l’ensemble du dispositif d’influence russe, en particulier sur RT et Sputnik. Concrètement, l’Union européenne n’a dans un premier temps pas interdit à leurs branches délocalisées sur son territoire de continuer à produire des contenus. Mais le règlement du Conseil adopté le 1er mars a conduit à la suspension de l’ensemble des canaux de diffusion numérique et audiovisuelle de RT et Sputnik sur le territoire européen, à leur déréférencement des principaux moteurs de recherche, ainsi qu’à leur « déplateformisation », autrement dit la fermeture de leurs comptes et chaînes sur les réseaux sociaux (Facebook, Twitter, YouTube, Instagram, Telegram, etc.). De nombreux journalistes des branches de RT et Sputnik en Europe ont quitté les rédactions, certaines faisant face à une véritable hémorragie comme en Allemagne. En France, le massacre de Boutcha, commis par l’armée russe au nord de Kyiv et révélé début avril 2022, a généré un profond malaise au sein de la rédaction. RT a joué un rôle de pure propagande de guerre pour blanchir les soldats russes, en relayant le discours officiel russe qui présente les exactions comme une mise en scène de l’armée ukrainienne. 

Pourtant, ces nouvelles vagues de sanction n’ont pas marqué la mort de l’appareil de propagande médiatique internationale de la Russie. Aujourd’hui, les différentes branches ont été relocalisées pour la plupart en Russie, au siège moscovite. RT France a été placé en liquidation judiciaire au mois d’avril 2023, et sa rédaction est désormais basée à Moscou. Sa ligne nettement plus débridée est incarnée par de nouvelles figures propagandistes comme Xavier Moreau, un homme d’affaires français installé en Russie, proche de l’extrême-droite et considéré comme l’un des promoteurs les plus actifs de la désinformation francophone pro-Kremlin.  

Capture d'écran de RT France, toujours accessible en dehors du territoire européen. On notera l'ordre des onglets : ...International / Afrique / France  ...

Comment RT contourne les sanctions européennes ?  

RT se réoriente en recherchant de nouvelles audiences. L’Afrique subsaharienne et son marché médiatique colossal sont devenus le nouvel espace d’expansion privilégié par les médias russes transnationaux. Les canaux anglophones se mettent à produire beaucoup plus de contenus sur les actualités africaines, tandis que RT et Sputnik en français ont signé une trentaine d’accords de coopération avec des médias et agences de presse du continent.  

Les maisons mères des deux réseaux, Rossia Segodnia et TV-Novosti, ont également fragmenté leur infrastructure numérique. Auparavant, tout était organisé autour des noms de domaine rt.com et sputniknews.com. Accéder à ces noms de domaine bloqués par les fournisseurs d’accès à internet européens est aujourd’hui impossible sans VPN. Ils ont donc mis en place une technique plus sophistiquée. Elle s’appuie sur la création d’un important réseau de sites miroirs, identiques aux sites originels et accessibles sans VPN. RT en allemand dispose à lui seul d’une dizaine de sites miroirs, qui lui permettent de maintenir des audiences importantes en ligne en Allemagne. Son dernier site miroir en date, « freedert.online », a été enregistré en juillet 2023. Les autorités européennes de régulation ont en cela plus de difficulté à faire appliquer les sanctions dans ce jeu du chat et de la souris, bien que celles-ci aient entraîné une baisse significative des audiences de RT et Sputnik en Europe. 

 

 

 

The post RT, ex-Russia Today : Le cheval de Troie de l'influence russe first appeared on Méta-media | La révolution de l'information.

  • ✇Méta-media | La révolution de l'information
  • TPMP : le divertissement au service de la désinformation
    Alors que C8 vient d’être à nouveau sanctionnée par l’Arcom pour une séquence de “Touche pas à mon poste”, Claire Sécail, historienne des médias, décrypte l’univers télévisuel de Cyril Hanouna, ses codes et ses dérives. Propos recueillis par Alexandra Klinnik du MediaLab de l'Information de France Télévisions Au fil des années, les plateaux de l’animateur se sont mués en estrades de choix pour l’extrême droite politique et culturelle, qui peut y dérouler à loisir ses théories civilisationnelles.

TPMP : le divertissement au service de la désinformation

Alors que C8 vient d’être à nouveau sanctionnée par l’Arcom pour une séquence de “Touche pas à mon poste”, Claire Sécail, historienne des médias, décrypte l’univers télévisuel de Cyril Hanouna, ses codes et ses dérives.

Propos recueillis par Alexandra Klinnik du MediaLab de l'Information de France Télévisions

Au fil des années, les plateaux de l’animateur se sont mués en estrades de choix pour l’extrême droite politique et culturelle, qui peut y dérouler à loisir ses théories civilisationnelles. Dans le court essai Touche pas à mon peuple !, Claire Sécail montre l’évolution d’un trublion du PAF devenu cheval de Troie de Vincent Bolloré.  Simplifiant les enjeux à l’extrême, coupant court à la nuance, mettant dos à dos le “peuple” vs “l’élite”,  “le populisme hanounesque” est devenu “une entreprise de désinformation qui sape les termes de la conversation sociale et menace par extension les fondements de la démocratie”, alerte la chercheuse du CNRS. Réunissant 1,7 million de téléspectateurs en moyenne chaque soir, TPMP “participe à la mise en tension de la société en montrant une caricature de ses clivages”. L’historienne propose un guide pour s’armer face aux “discours qui sidèrent" et la dégradation du débat public.

Vous avez consacré plus de 300 heures de visionnage de “Touche pas à mon poste” dans le cadre de votre étude précédente, auxquelles s’ajoutent 70 heures pour votre essai récent “Touche pas à mon peuple”. Pourquoi avoir poursuivi sur ce terrain hanounesque ? 

Aucune émission n’a connu une évolution de genre aussi frappante. Lors de sa création sur le service public [France 4, ndlr ] en 2010, “TPMP” était une émission de télévision sur la télévision. Elle est ensuite devenue une émission de divertissement avant de se muer en magazine de société enrôlée dans l’agenda idéologique de Vincent Bolloré. C’est en 2018 que Cyril Hanouna franchit le cap de la politique avec l’émission Balance ton Post. Les thématiques correspondent à celles que l’on peut retrouver aujourd’hui dans “L’heure des pros”, émission animée par Pascal Praud sur CNews : les tensions communautaires, la mise en avant d’Eric Zemmour, la religion… Dans l’idéologie Bolloré, il s’agit de remettre Dieu partout dans l’espace public, par le biais d’un talk show d’actualité ou d’un divertissement. L’émission de Cyril Hanouna a même voulu lancer un débat : “Pour ou contre l’IVG en France”. A l’époque, Marlène Schiappa, alors secrétaire d’Etat chargée de l’Egalité entre les femmes et les hommes, est obligée d’intervenir. Elle a rappelé qu’un tel choix de programmation pouvait être un délit puni par la loi. 

A ses débuts, le succès de l’émission lui vaut des louanges de la presse. Le Figaro y voit « un phénomène suffisamment prometteur pour avoir relancé la mode du talk-show » par exemple…  Quel regard portez-vous sur son évolution ?

Il avait un créneau. Cyril Hanouna était reconnu pour ses qualités d’animateur et son sens du show. Il n’était pas la cible de ce mépris social dont il estime aujourd’hui être victime de la part d’une élite intellectualisante et bien-pensante. Le climat s’est particulièrement dégradé en 2015 : l’audience à plus d’un million de téléspectateurs et la signature par Vincent Bolloré d’un contrat de 50 millions d’euros par an sur cinq ans (contre 19 millions auparavant) nourrissent un sentiment d’impunité chez Hanouna. Il multiplie les humiliations auprès de ses chroniqueurs : l’affaire des nouilles dans le slip, le dérapage du canular homophone, des propos sexistes en cascade. Il se défend de manière agressive vis-à-vis de ceux qui le critiquent pour ce comportement.  L’anti-intellectualisme lui sert de mécanique de défense face à une attaque. L’anti-élitisme hanounesque repose sur le dénigrement systématique des personnalités ayant formulé une critique à son encontre, jamais sur les motifs même de la critique. Or critiquer ne revient pas à faire du mépris social !

Cyril Hanouna est le premier à recevoir des Gilets jaunes sur ses plateaux…  Il considérait que son émission était “un rond-point sur lequel peut se pencher toute la France”. 

C’est vrai. Au départ, il n’était clairement pas de leur côté. Des chroniqueurs tels que Gilles Verdez et Karim Zéribi l’incitent à adopter une empathie beaucoup plus claire et forte vis-à-vis des Gilets jaunes. Son intérêt précoce répond moins d’une prise au sérieux de leur discours que d’une admiration pour leurs performances sur les réseaux sociaux. Il s’intéresse également au mouvement pour son apolitisme revendiqué, qui résonne avec une promesse répétée de TPMP : “ici, on ne fait pas de politique”.  A plusieurs reprises, il les reçoit sur le plateau en jouant sur la proximité et l’authenticité. Ces interventions comptaient énormément pour les Gilets Jaunes. Marqués par le sentiment de ne pas être entendu, d’être invisible, d’être ignorés par les élites, ils ont vu dans cette mise en lumière une forme de reconnaissance. Les Gilets jaunes représentent la caution du peuple arborée par Cyril Hanouna pour asseoir sa légitimité à parler au nom des Français. Cyril Hanouna s’est laissé griser par ce rôle de représentant du peuple, alors que le mouvement, au contraire, ne cherchait pas de porte-parole ! Il se présente comme un homme qui comprend les problèmes des catégories populaires.

Grâce à Complément d’enquête diffusé sur France 2, on voit à quel point sa vie personnelle - avec ses yachts - est aux antipodes de cette réalité : il élabore des systèmes d’optimisation pour contourner les lois. Pendant la campagne présidentielle de 2022, il néglige d’ailleurs complètement la problématique du pouvoir d’achat, alors qu’elle est l'une des principales préoccupations des Français. Il se dit proche de son public - composé de catégories populaires pas ou peu diplômés (ouvriers, employés, artisans, commerçants, femmes au foyer, inactifs) - mais il néglige leurs intérêts.

Comment définir le “populisme” de Cyril Hanouna ?

Cette supposée proximité avec le “peuple” qu’il revendique fonde sa légitimité. C’est cela, le populisme. Il y a une entité homogène idéalisée - le peuple - et une entité disqualifiée - l’élite. Entre les deux se tient la volonté générale du peuple qui ne peut qu’être portée par un leader charismatique. Cette volonté générale ne doit pas avoir d’obstacle. Le corps institué est réprouvé. Il s’en prend soit aux institutions comme dans le cadre de l’affaire Lola, soit en attaquant des députés : “Ça ne sert à rien un élu, ça coûte cher”, l’entend-on répéter. Dans la tradition de l’antiparlementarisme protestataire, il banalise un discours de rejet à l’égard des institutions. Pour lui, le fonctionnement de la démocratie représentative constitue un frein à l’expression de la volonté générale du peuple. 

Une étude consacrée à la télévision italienne montre que les téléspectateurs exposés précocement aux chaînes de Silvio Berlusconi présentaient à l’âge adulte une moindre sophistication sur le plan cognitif et civique. Peut-on subir le même sort avec TPMP ? 

Cette étude montre que les jeunes précocement confrontés à ces programmes développent des difficultés d’apprentissage. Les plus âgés, eux, perdent en capacité de socialisation.. Pire : les jeunes téléspectateurs des programmes commerciaux du réseau Mediaset tendent à devenir des adultes plus réceptifs aux rhétoriques populistes (Forza Italia, Mouvement 5 étoiles).

Une étude américaine a travaillé sur Fox News, en prenant appui sur un panel de 300 personnes de sensibilité républicaine. Les chercheurs ont demandé à la moitié du panel de regarder CNN au lieu de Fox News pendant un mois. Ils ont ensuite fait passer un questionnaire sur des thématiques différentes – violence policière, crise sanitaire. Ceux qui ont regardé CNN pendant un mois avaient une compréhension plus large de ces sujets, avec des positions plus modérées. Ils avaient par ailleurs moins tendance au rejet, à l’invective. Au contraire, l’étude montre que les émissions de Fox News contribuent à polariser la société, à la mettre en tension. Elles peuvent enfermer dans une représentation de la société qui ne correspond pas à la réalité, et incitent à voir le monde comme une guerre de civilisation.

Quand une société se polarise, que l’on y efface tout le spectre des visions alternatives, on perd sa pluralité. Or le pluralisme, c’est le contraire du populisme.  Nous ne disposons pas d’étude de réception sur les publics de Cyril Hanouna, mais, comme pour les divertissements berlusconiens, l’animateur touche des jeunes souvent éloignés des programmes d’information traditionnels. Le risque de l’exposition précoce et répétée à ses émissions reste donc une question pertinente.  

“Se taire ou fermer les yeux, c’est ajouter à la faillite morale collective de notre époque, dont la trajectoire de Cyril Hanouna n’est que l’un des symptômes”, écrivez-vous ? Que faire ?

Je renvoie l’Arcom à son travail de contrôle sur les émissions. On a le sentiment que l’instance attend tranquillement 2025, où la question du renouvellement de la fréquence de C8 et de CNews sera posée, pour trancher véritablement. Pour l’heure, elle gère l’intendance des débordements d’un animateur en prenant des sanctions pécuniaires très bien intégrées dans le ratio coût-bénéfice de Vincent Bolloré. On sait très bien qu’il ne fait pas cela pour de l’argent, mais pour un objectif idéologique. Les politiques ont aussi leur responsabilité. Ceux qui considèrent Cyril Hanouna comme un animateur lambda en allant sur son plateau contribuent à construire et renforcer sa légitimité. 

Depuis plusieurs années, il n’a cessé de dégringoler dans le baromètre des animateurs préférés des Français (OpinionWay/TV Magazine) Une bonne nouvelle ?

Cet indicateur nous permet de le remettre à sa juste place. Il a cessé d’être perçu dans le débat public comme populaire. C’est dommage, je fais partie de ceux qui pensent qu’il avait le talent pour faire du vrai divertissement. Mais désormais, il est avant tout perçu comme clivant. 

Touche pas à mon peuple, éd.Seuil, coll.Libelle, 84p

 

The post TPMP : le divertissement au service de la désinformation first appeared on Méta-media | La révolution de l'information.

❌
❌