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    L’Union européenne continue d’avancer sur la ligne de crête entre protection et vie privée. Le 9 juillet, le Parlement européen a relancé le controversé débat autour du Chat Control en prolongeant la dérogation à la directive sur la protection de la vie privée en ligne (ePrivacy). Cette mesure vise à renforcer la lutte contre les […] The post Liens vagabonds : La confidentialité, une fonctionnalité du passé ? first appeared on Méta-media | La révolution de l'information.

Liens vagabonds : La confidentialité, une fonctionnalité du passé ?

L’Union européenne continue d’avancer sur la ligne de crête entre protection et vie privée. Le 9 juillet, le Parlement européen a relancé le controversé débat autour du Chat Control en prolongeant la dérogation à la directive sur la protection de la vie privée en ligne (ePrivacy). Cette mesure vise à renforcer la lutte contre les […]

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    Pour Aeon, les sociologues Marion Fourcade et Kieran Healy, identifient un intéressant paradoxe, celui de l’authenticité. Dans leur livre, The Ordinal Society (Harvard University Press, 2024, voir notre critique), ils identifiaient déjà plusieurs paradoxes de la numérisation de nos sociétés, comme celui de la standardisation ou de l’individualisation.  Dans la société ordinale (une société du score, comme le disaient déjà Daniele Citron et Frank Pasquale), rappellent-ils, tout est ordonné, cl

Le piège de l’authenticité

7 juillet 2026 à 07:00

Pour Aeon, les sociologues Marion Fourcade et Kieran Healy, identifient un intéressant paradoxe, celui de l’authenticité. Dans leur livre, The Ordinal Society (Harvard University Press, 2024, voir notre critique), ils identifiaient déjà plusieurs paradoxes de la numérisation de nos sociétés, comme celui de la standardisation ou de l’individualisation. 

Dans la société ordinale (une société du score, comme le disaient déjà Daniele Citron et Frank Pasquale), rappellent-ils, tout est ordonné, classé, trié pour être apparié. « C’est grâce à leur capacité à observer, juger et gérer les individus dans différents contextes sociaux que les ordinateurs exercent leur influence la plus significative sur la société. Partout, la logique bureaucratique des organisations fusionne avec la logique calculatoire des machines. Partout les ordinateurs produisent des scores qui créent des différences, définissent des priorités, organisent les files d’attente et constituent une base d’action extrêmement utile et puissante. Ils instaurent l’ordre en catégorisant les personnes, les choses et les idées, puis en les associant entre elles, à des positions sociales, à des biens, des services et des prix. »

« Les schémas qui en résultent constituent ce que nous appelons structure sociale – une sorte de société ordinale où les données générées par ordinateur servent de repères pour nos choix. Dans le domaine économique, par exemple, ces méthodes contribuent à fixer les salaires et les horaires de travail. Elles calculent les loyers, le prix des assurances et déterminent l’admissibilité aux services sociaux. Elles facilitent de nouvelles formes de recherche de rente et accélèrent le développement de nouvelles classes d’actifs négociables sur les marchés financiers. Elles ont également modifié la relation entre les individus et les groupes qu’ils forment et auxquels ils appartiennent. Elles organisent la circulation de l’information, la distribution de l’influence sociale et les moyens de mobilisation politique. Notre capacité à tisser des liens sociaux significatifs et à agir collectivement s’en est trouvée profondément altérée. » L’ordonnancement algorithmique a une conséquence expliquent-ils : il transforme en retour notre perception de nous-même. Ce nouveau rapport semble libérer les personnes des affiliations sociales et les juger selon leurs qualités. « Il promet l’intégration aux exclus, la reconnaissance aux créatifs et une juste récompense aux entrepreneurs.» 

« Pourtant, cette promesse d’émancipation s’accomplit par des systèmes qui classent, trient et, surtout, hiérarchisent les individus avec une précision toujours plus grande et à une échelle auparavant inimaginable. L’ordre social qui en résulte est une sorte de paradoxe, caractérisé par des tensions constantes entre liberté individuelle et contrôle social, entre l’élan subjectif de l’authenticité intérieure et les forces objectives de la validation externe. Il donne naissance à une certaine manière d’être, à un nouveau type de soi, dont les expériences sont définies par la quête d’autonomie personnelle et l’attrait de la dépendance aux plateformes. » Derrière l’individualisation, la personnalisation du calcul, se cache en fait une catégorisation toujours plus élastique, granulaire. Comme nous le disions déjà il y a près de 10 ans, la personnalisation n’a rien de personnel : « les algorithmes ne cherchent pas à nous distinguer, mais à nous catégoriser. » Mais les effets de ces catégorisations, produites à la volée, inférées, recomposées ou profondes, sont bien réelles, tant d’un point de vue personnel que collectif. C’est ce que montrait par exemple la pertinente note de Melkom Boghossian pour la fondation Jean Jaurès quand il expliquait comment les algorithmes accentuent les clivages de genre. Mais, pour Marion Fourcade et Kieran Healy, les conséquences sont plus profondes encore, car ces catégorisations « exacerbent l’individualisme et la compétition interpersonnelle  à un point tel que notre capacité à tisser des liens sociaux significatifs et à agir collectivement s’en trouve profondément altérée ». Les sociologues parlent d’individualisme exacerbé

Polarisations identitaires

« Aux débuts d’Internet, être en ligne offrait certaines libertés. Non seulement l’anonymat ou le pseudonymat en ligne étaient courants, mais ils étaient célébrés comme une forme de libération. » Nous pouvions alors avoir plusieurs versions de nous-mêmes, plusieurs identités et naviguer dans leurs interstices, entre des profils qui ne communiquaient pas entre eux. « Vous bénéficiez d’une forme de confidentialité qui repose moins sur des protections juridiques explicites que sur les limitations techniques de systèmes connectés en théorie, mais non intégrés en pratique », votre profil de joueur ne communiquait pas avec votre profil sur tel ou tel forum. Un peu comme la séparation administrative, qui permettait aux Etats-Unis, aux immigrants sans papiers de payer leurs impôts en toute sécurité. « Cette séparation administrative délibérée permettait aux entreprises et aux gouvernements américains de tirer profit de la main-d’œuvre immigrée tout en créant un véritable sanctuaire où des millions de personnes pouvaient s’acquitter de leurs obligations fiscales (grâce à leur numéro d’identification fiscale individuel) sans craindre d’être expulsées. » 

Mais pour les sociologues, c’est là ce qui est en train de changer. Le Département de l’efficacité gouvernementale (Doge) a changé la donne et les informations fiscales sont désormais utilisées pour retrouver les sans-papiers. En fait, les espaces d’expression se réduisent quand d’innombrables agences utilisent les données des courtiers en données, ou quand les agences gouvernementales acquièrent le droit d’examiner les profils sur les réseaux sociaux. A mesure que les croisements de données sont rendues possibles entre institutions étatiques et privées, la surveillance devient non seulement omniprésente, mais surtout bien plus puissante

Mais plus encore que la possibilité d’identifiabilité, l’exploitation des profilages renvoie à chacun des questions sur son identité même. Qui sommes-nous vraiment ? Ne sommes-nous pas de plus en plus celle ou celui que nous renvoient l’exploitation de nos profils ? En exploitant notre soif de sociabilité et nos idéaux d’épanouissement personnel, les réseaux sociaux nous incitent à afficher nos convictions et à rallier des alliées pour les valider, dans une quête d’authenticité qui se retourne souvent contre ses auteurs. Dans un livre à paraître à l’automne sur les influenceurs (Gurus, Hucksters, Entertainers, Chicago university press, 2026), la sociologue Angèle Christin montre par exemple comment la nécessité de se distinguer peut conduire à la polarisation. « La dynamique des plateformes pousse les artistes du divertissement et les gourous à produire des contenus extrêmes et incendiaires pour maintenir l’engagement de l’audience, tandis que les marques et les spécialistes du marketing incitent les vendeurs à des prestations commerciales répétitives et convenues. Les inquiétudes concernant la manipulation algorithmique et les conflits entre créateurs engendrent par ailleurs des scandales nuisibles à la réputation, souvent marqués par le harcèlement. Angèle Christin révèle comment le travail sur ces plateformes favorise, de manière répétée et structurelle, la précarité et les inégalités, ainsi que les clashs destructeurs et la diffusion de contenus incendiaires en ligne. » 

Pour Fourcade et Healy, le piège de l’authenticité génère d’autres chausses-trappes encore. Ce que l’on y affiche devient la preuve de son identité. « Dans son ouvrage Ballad of the Bullet (Princeton university press, 2020), l’ethnographe Forrest Stuart a montré le décalage important entre les performances que les musiciens hip-hop de Chicago mettent en scène sur les réseaux sociaux et la réalité plus banale de leur vie. Les jeunes qui se donnent des airs de durs pour vendre leur musique sur YouTube risquent d’apprendre à leurs dépens que les forces de l’ordre et les juges ont tendance à interpréter ces signes au pied de la lettre, sans y voir les jeux de pouvoir et les affirmations identitaires dont ils surjouent. De même, le recours par l’administration Trump aux tatouages ​​comme preuve facilement mesurable et accessible d’appartenance à un gang transforme un marqueur souvent superficiel en un simple critère d’évaluation pour les expulsions. Dans un pays où le gouvernement s’arroge le droit d’instrumentaliser les opinions déclarées des citoyens dans les procédures d’immigration, l’effet est glaçant »

L’expressivité en ligne, renforcée par les contraintes algorithmiques, qui produisait des liens sociaux, s’apprête bien plus à générer des obstacles pour chacun d’entre nous.  

De l’authenticité à l’authentification

Les contenus génératifs viennent renforcer encore le phénomène en déstabilisant encore un peu plus l’authenticité, en floutant la distinction entre le vrai et le faux. « Tout cela a pour effet de déplacer l’accent de l’authenticité vers l’authentification, de la démonstration de la véracité de son identité vers la preuve de la véracité de son témoignage. La question n’est plus de savoir si les marqueurs d’identité sont authentiques (« Est-ce que ces données sont vraiment vous ? ») ni même sincère (« Qui êtes-vous vraiment ? »), mais si chaque élément de votre présence numérique est exempt de toute médiation artificielle (« Est-ce vraiment vous ? »). Ce nouveau régime d’authentification transforme les interactions, d’une série de performances à juger, en une succession d’actions à vérifier par des machines à chaque étape. Être légitime exige désormais d’être publiquement identifiable, authentique et, de plus en plus, pleinement authentifié. » 

« Ce qui a commencé comme une célébration de l’unicité individuelle, encourageant la production de preuves numériques, évolue vers un système de vérification complexe qui considère toute trace comme potentiellement suspecte. » Avec la circulation de fausses versions de nous-mêmes, nous risquons de nous retrouver pris dans un cycle sans fin de démonstration et de défense de notre existence, nous soumettant toujours davantage à un mécanisme de scepticisme institutionnalisé, venant renforcer (s’il en était besoin) la conviction administrative que chacun est coupable, fraudeur, bonimenteur… L’image que l’on donne de soi est à la fois perçue comme la réalité et comme un mensonge, nécessitant d’être toujours interrogée pour être utilisée à son encontre.  

De l’individualisation du savoir à la construction de croyances

« Ces crises politiques et techniques de l’authentification dépassent largement le cadre de l’individu. Avec l’avènement d’internet, le savoir s’est considérablement étendu et diversifié. Mais il est aussi devenu plus personnalisé et plus étriqué, car les internautes interagissent avec le web en s’appuyant sur leurs convictions personnelles et leurs conceptions de la réalité, et en les développant. L’arrivée de l’IA générative aggrave peut-être ce défi épistémique : quand tout doit être authentifié, mais que les contrefaçons sont de plus en plus sophistiquées, comment être sûr de quoi que ce soit ? » 

Nous vivons à l’ère de la désintermédiation du savoir. En un clic, nous pouvons consulter des documents juridiques originaux, télécharger de vastes ensembles de données, bénéficier de l’aide d’un assistant IA pour écrire le code nécessaire à leur analyse et rédiger rapidement les résultats. « Il ne faut pas sous-estimer à quel point cette transformation a été stupéfiante et incroyablement enrichissante à bien des égards. Malgré ses problèmes, si l’on demandait à un chercheur s’il reviendrait à un monde entièrement pré-numérique et pré-réseau pour le partage des connaissances, la communication académique et l’accès aux données, la réponse serait massivement « non ». Mais cette transformation du quotidien professionnel s’accompagne d’autre chose. La propension à la recherche est devenue, sans qu’on s’en rende compte, une seconde nature. » Aujourd’hui, « faire ses propres recherches » est plus qu’une simple habitude chez les universitaires. C’est un impératif moral, un devoir civique et, un peu comme être un bon conducteur, une compétence que chacun s’imagine posséder. Les individus capables d’explorer le réseau et d’interroger les bases de données de modèles de langage à grande échelle (LLM), et qui ont la confiance en eux et les moyens de diffuser leurs découvertes, tendent à devenir une source d’opinion faisant autorité. Du moins, c’est ainsi qu’ils le perçoivent. On comprend dès lors pourquoi les connaissances ainsi produites sont souvent si chargées d’émotion. Plus on s’investit dans la recherche et le développement de sa propre compréhension, plus cette quête de savoir prend de l’ampleur. »

« Le savoir se transforme en une forme de révélation personnelle, où chacun est à la fois celui qui cherche et celui qui interprète sa propre vérité ». « Ce qui a commencé comme un exercice de raisonnement autonome devient une question de croyance – une croyance défendue avec d’autant plus de ferveur qu’elle semble avoir été découverte par soi-même plutôt qu’imposée de l’extérieur. » Le problème est que cette quête individualisée de sens renforce la polarisation. « L’idée même de parvenir à un consensus largement partagé sur les faits semble de plus en plus hors de portée ». « En conséquence, les hiérarchies traditionnelles du savoir et les sources d’expertise sont contournées au profit de recherches algorithmiques autoguidées, qui génèrent une réponse précisément pertinente à une requête ou à une consigne, qu’il s’agisse d’une liste de liens ou d’un paragraphe de synthèse. Dans le meilleur des cas, cette pratique tend vers une forme d’idéal démocratique cher à John Dewey : elle semble revitaliser la production de savoir en tant qu’entreprise participative, animée par un esprit démocratique d’enquête ouverte et de recherche collective de la vérité. »… Tout en demeurant très individualisée et individualisante. C’est ce qu’espéraient beaucoup d’observateurs aux débuts du World Wide Web, y compris lors des premières vagues des réseaux sociaux, des blogs jusqu’à Twitter. Toutefois, dans le pire des cas, la diffusion du savoir finit par transiter par des plateformes qui personnalisent les résultats à grande échelle et favorisent l’engagement envers des contenus extrêmes ou trompeurs, car le sensationnalisme et la complaisance sont les moteurs des revenus publicitaires

Lorsque, en 2023, le gouvernement canadien a exigé des entreprises du numérique qu’elles rémunèrent les médias pour les liens renvoyant vers des actualités publiées sur leurs plateformes, Meta a tout simplement bloqué ces liens sur Facebook et Instagram. Le vide informationnel qui en a résulté a été rapidement comblé par des contenus non vérifiés et orientés à droite, ce qui a contribué à soutenir le candidat local de mouvance trumpiste. « Nous sommes désormais submergés d’exemples de plateformes technologiques usant de leur puissance de marché pour modeler les écosystèmes de l’information selon leurs impératifs commerciaux, au mépris des conséquences sociétales ». Google a révolutionné la recherche en traitant, de fait, les pages web comme un vaste réseau de réputation. L’autorité relative des sites était déterminée par une multitude de décisions indépendantes : celle de créer ou non un lien vers eux. Cependant, la volonté d’adapter les résultats aux préférences individuelles a été de plus en plus dictée par l’efficacité des titres accrocheurs (clickbait) ou du placement publicitaire. Il en a résulté une fragmentation des connaissances accessibles au public, désormais produites pour faciliter la manipulation du marché en confortant des croyances préexistantes. Si la perception de la recherche en ligne comme une forme de pensée critique et active a perduré, il peut s’avérer difficile, pour certains, de trouver des informations fiables. Cette situation rend d’autant plus ardue la construction d’une réalité partagée. Et l’idée même de parvenir à un consensus largement partagé sur les faits – quelle que soit leur teneur – semble s’éloigner toujours davantage. 

L’illusion de l’individu souverain : une identité centrée sur le soi

« C’est dans ces gouffres de la connaissance que se façonne le sentiment d’une identité centrée sur le « soi » nourri par la conviction que l’individu est l’unique source véritable de sa propre illumination ». La conjonction d’un égocentrisme épistémologique et de l’hyperconnectivité rend les individus perméables à des formes diffuses de construction de « super-sens » (pour reprendre une expression de Hannah Arendt). « En quête d’une vérité porteuse de sens, ils traquent des indices significatifs disséminés sur Internet, s’appuyant sur des algorithmes commerciaux et des systèmes de recommandation pour assembler des bribes d’information disparates en une vision du monde cohérente. Ce qui commence souvent comme une quête existentielle ludique peut aisément se cristalliser en croyances déformant la réalité » ; celles-ci prospèrent en favorisant l’émergence de nouveaux types sociaux et de regroupements politiquement influents. À son apogée, le mouvement QAnon a illustré l’interaction entre cette disposition à la quête de sens, les médiations numériques et le ciblage à but lucratif. Ses membres se percevaient comme des esprits critiques, seuls capables de mettre au jour des vérités cachées et de décrypter des indices complexes. Ils rejetaient avec véhémence l’idée d’appartenir à une secte, arguant – comme l’a expliqué l’un d’eux au chercheur Peter Forberg – qu’« aucune secte ne vous incite à penser par vous-même »

Le risque est fort que les grands modèles de langages (LLM) ne puissent résoudre le problème de la fiabilité des connaissances au sein d’une sphère publique fragmentée. « Tout comme les impératifs commerciaux ont engendré des contenus fallacieux et des bulles de filtres, les LLM seront probablement soumis aux mêmes pressions dans un contexte de rendement décroissant ». Les entreprises qui les entraînent ayant un besoin impérieux de rentabilité, les logiques commerciales classiques – telles que la personnalisation et la segmentation des services – risquent fort de s’imposer à nouveau, donnant lieu à des univers épistémiques sur mesure, générés par des modèles adaptés aux goûts et aux capacités financières de publics distincts. 

« En tant qu’individu, notre plus grande crainte culturelle est d’être englouti par la société de masse, tout comme votre plus grande crainte politique est celle d’une surveillance exercée par un État autoritaire ». Ces peurs sont toujours bien présentes. Toutefois, dans un monde saturé de catégories et d’identités, de nouveaux dilemmes surgissent, estiment les chercheurs.« Sur le plan individuel, tout – comportements publics, déclarations, mesures chiffrées – peut potentiellement devenir un facteur de différenciation et, par conséquent, une source d’identité. Du côté des organisations, les données générées par les utilisateurs conduisent à les regrouper ou à les segmenter selon des modalités de plus en plus spécifiques, éphémères et souvent incompréhensibles. Plus les classifications sociales (ou pseudo-sociales) se font précises, plus les occasions de distinctions et de jugements moraux se multiplient. La principale victime de cette évolution est la possibilité de nouer des alliances politiques stables et de grande envergure. Plus les citoyens sont traités individuellement comme des cibles d’interventions commerciales, plus la vie politique se fragmente. »

« Les méthodes traditionnelles de ciblage électoral partaient d’un message politique pour rechercher les individus susceptibles d’y adhérer. L’essor du big data inverse cette logique : on part des dispositions culturelles de l’électorat pour élaborer, en partant de la base, des messages qui résonnent avec ces attentes. »

Fourcade et Healy rappellent d’ailleurs que bien avant Cambridge Analytica, le Mouvement 5 étoiles (M5S) italien a sans doute été le pionnier de cette approche politique fondée sur les données, comme le raconte Giuliano da Empoli dans Les ingénieurs du chaos (2019). Tout a commencé en 2005, lorsque Gianroberto Casaleggio, spécialiste du marketing numérique féru de démocratie directe, a recruté l’humoriste et satiriste populaire Beppe Grillo pour lancer un blog éponyme, destiné à partager avec le public sa désillusion et son indignation politiques. Ce blog encourageait la participation citoyenne, permettant ainsi à Casaleggio – auquel a succédé son fils Davide après son décès en 2016 – de repérer les griefs et les propositions suscitant le plus d’écho grâce aux « j’aime », aux commentaires et aux retours des utilisateurs, tout en testant, adaptant et affinant le discours politique de Grillo. Il en a résulté la naissance du premier « parti algorithmique », dont l’idéologie chaotique a été façonnée à partir des enseignements tirés des données. Très vite, le peuple du blog a été invité à descendre dans la rue, soutenu par l’infrastructure des réseaux sociaux d’un autre outil numérique : l’application Meetup. En 2018, le M5S est devenu le premier parti d’Italie, contribuant à former un gouvernement de coalition de courte durée. Un petit groupe d’hommes ultra-riches a repris le contrôle de l’État en s’adressant directement aux masses. 

Les campagnes politiques modernes ont fait évoluer cette approche vers une forme plus sophistiquée et, sans doute, plus manipulatrice encore, soulignent les chercheurs. Les données issues des réseaux sociaux – concernant les pratiques culturelles, les émotions et les dispositions d’esprit sur une vaste gamme de sujets – permettent d’élaborer de nouveaux récits et de nouvelles esthétiques, de remodeler l’environnement informationnel et les liens sociaux des individus, et de susciter leur vote à des moments stratégiques. « L’objectif politique visé est généralement atteint grâce à une « architecture de persuasion » élaborée, reposant sur des messages personnalisés et une exposition répétée. Par exemple, les algorithmes publicitaires identifient des schémas d’actions efficaces (dons, « j’aime », achats, partages) et ciblent des utilisateurs similaires susceptibles de reproduire ces comportements ». Chaque itération exploite des données de réponse en temps réel pour dresser une cartographie toujours plus fine des cibles manipulables. « La mobilisation politique est, de fait, régie de manière cybernétique par des algorithmes. Sa logique opérationnelle émerge de constellations de variables difficiles à appréhender dans leur ensemble, conférant aux formations politiques qui en résultent un caractère émergent et ad hoc, relativement indépendant des instances de médiation traditionnelles telles que les partis politiques et les mouvements sociaux. L’affaiblissement de ces structures conventionnelles et la possibilité de personnaliser les messages politiques engendrent également des formes de domination sociale hautement individualisées. Les dirigeants populistes prospèrent grâce à l’idée qu’ils entretiennent un lien direct avec le public – bien que ce lien soit souvent entretenu par tout un écosystème, une « boucle de rétroaction de propagande » soigneusement élaborée. Les propriétaires de réseaux sociaux peuvent même imposer ce lien aux utilisateurs par le biais de manipulations algorithmiques servant leurs propres intérêts, comme l’auraient fait Elon Musk et Donald Trump sur leurs plateformes respectives. Grisés par l’idéal de l’« individu souverain », affranchi des frontières nationales, des normes sociales ou de la loi, quelques hommes ultra-riches ont réussi à reconquérir le pouvoir sur l’État et les élites traditionnelles en faisant appel directement aux masses et à la liberté du marché. » 

Trump lui-même semble s’être transformé en simple token, offrant son propre statut et sa réputation comme une opportunité d’investissement à ses abonnés enthousiastes… ironisent les chercheurs. Mais en réalité, pour la plupart d’entre nous, l’économie numérique exige de nous de travailler plus dur, même pour en tirer une célébrité rapide et en tirer profit. Les règles du jeu sont biaisées puisque nul ne maîtrise les catégories qui le propulsent ou l’invisibilisent, et l’argent, le temps et le capital social jouent un rôle majeur pour propulser certains individus au-dessus des autres. L’économie numérique repose de plus en plus sur la capacité à accéder et à payer des « accélérateurs algorithmiques » (publicité, comptes certifiés, cercle relationnel de personnes déjà visibles, affaiblissement des contenus pour booster leur viralité, usage des bots). L’essor du « personal branding » (la mise en scène de soi) témoigne en partie d’un désespoir, d’un écran de fumée idéologique masquant une réalité sociale bien plus sombre sur le terrain. 

« Alors que le déploiement des technologies numériques continue de générer des concentrations de richesse toujours plus stratosphériques, les masses s’enfoncent davantage dans le vide laissé par le démantèlement de la solidarité sociale et la montée de l’automatisation. Ce que l’on oublie souvent au sujet des « individus souverains », c’est que tout le monde ne peut pas en devenir un. »

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  • Réseaux sociaux : l’UNESCO appelle à un nouveau contrat entre parents et enfants
    « Il faut tout un village pour éduquer un enfant. » Derrière ce proverbe africain se cache l’un des constats les plus troublants de l’ère des réseaux sociaux : pour la première fois de l’histoire éducative, parents et enfants ont découvert ensemble un territoire dont personne ne possédait véritablement la carte, brouillant les repères traditionnels […] The post Réseaux sociaux : l’UNESCO appelle à un nouveau contrat entre parents et enfants first appeared on Méta-media | La révolution de l'infor

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  • Liens vagabonds :  De quoi mon agent IA sera-t-il responsable ?
    L’ère de l’agentique fait des loopings. Les assistants gagnent en autonomie et déplacent progressivement la frontière entre ce que nous faisons et ce que nous leur confions. Selon Economist Enterprise, la branche B2B de The Economist, seuls 37 % des entreprises maintiennent un inventaire complet et à jour de tous leurs agents IA ainsi que […] The post Liens vagabonds :  De quoi mon agent IA sera-t-il responsable ? first appeared on Méta-media | La révolution de l'information.

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  • VivaTech : L’Europe au défi d’une « souveraineté » toujours à définir
    « VivaTech is nuts. Everyone is AI pilled », glisse un journaliste américain. La formule résume à elle seule l’ambiance de cette 10ème édition cent pour cent IA. Mais derrière la fascination technologique et les stands rutilants, un mot d’ordre s’est imposé dans toutes les conférences, tel un mantra un peu flou : la souveraineté. « Si vous […] The post VivaTech : L’Europe au défi d’une « souveraineté » toujours à définir first appeared on Méta-media | La révolution de l'information.

VivaTech : L’Europe au défi d’une « souveraineté » toujours à définir

« VivaTech is nuts. Everyone is AI pilled », glisse un journaliste américain. La formule résume à elle seule l’ambiance de cette 10ème édition cent pour cent IA. Mais derrière la fascination technologique et les stands rutilants, un mot d’ordre s’est imposé dans toutes les conférences, tel un mantra un peu flou : la souveraineté. « Si vous […]

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  • Liens vagabonds : le public n’a plus confiance dans les médias, vraiment ?
    La bible annuelle du Reuters Institute témoigne d’une méfiance quasi mondiale envers l’information. Pourtant, même les créateurs de contenus ne galvanisent pas non plus la confiance du public en 2026. Au global, seuls 37 % des sondés considèrent la plupart des informations comme fiables. Malgré une courte avance, les médias traditionnels ont une carte à […] The post Liens vagabonds : le public n’a plus confiance dans les médias, vraiment ? first appeared on Méta-media | La révolution de l'inform

Liens vagabonds : le public n’a plus confiance dans les médias, vraiment ?

La bible annuelle du Reuters Institute témoigne d’une méfiance quasi mondiale envers l’information. Pourtant, même les créateurs de contenus ne galvanisent pas non plus la confiance du public en 2026. Au global, seuls 37 % des sondés considèrent la plupart des informations comme fiables. Malgré une courte avance, les médias traditionnels ont une carte à […]

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Mehdi Ramdani (LinkedIn Actualités) : « Notre volonté n’est pas de faire de la communication, mais de l’information »

Ni média traditionnel, ni simple réseau social, LinkedIn Actualités cultive un modèle hybride. En France, une équipe de dix journalistes fait vivre une rédaction d’un nouveau genre, à la croisée de l’information, de l’expertise professionnelle et de l’intelligence artificielle, sous la direction de Mehdi Ramdani, rédacteur en chef. Interview. Par Alexandra Klinnik, MediaLab de l’Information […]

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  • ✇Emmaüs Connect
  • Le programme Triptik d’Emmaüs Connect a posé ses valises dans la Métropole européenne de Lille !
    Barrière de la langue, accès limité aux équipements numériques, dématérialisation totale des démarches administratives… autant de freins qui compliquent l’accès aux droits, à l’emploi ou au logement des personnes exilées en France. Pour répondre à ces enjeux, Emmaüs Connect a lancé le programme Triptik à destination des personnes primo-arrivantes. À destination des personnes primo-arrivantes D’abord implanté à Paris en 2023, puis à Strasbourg, c’est désormais dans les Hauts-de-France que le prog

Le programme Triptik d’Emmaüs Connect a posé ses valises dans la Métropole européenne de Lille !

2 juin 2026 à 11:33
taxe d'apprentissage

Barrière de la langue, accès limité aux équipements numériques, dématérialisation totale des démarches administratives… autant de freins qui compliquent l’accès aux droits, à l’emploi ou au logement des personnes exilées en France. Pour répondre à ces enjeux, Emmaüs Connect a lancé le programme Triptik à destination des personnes primo-arrivantes.

À destination des personnes primo-arrivantes

D’abord implanté à Paris en 2023, puis à Strasbourg, c’est désormais dans les Hauts-de-France que le programme s’installe !

Triptik propose aux publics accompagnés de :

  • Leur apprendre la langue française et renforcer leur prise de parole et niveau d’écriture
  • Développer leurs compétences numériques essentielles pour gagner en autonomie dans les démarches administratives, la prise de rendez-vous médicaux, la recherche de logement, etc.
  • Les aider à construire un projet professionnel adapté à leurs envies et à leur situation

19 mai : première session à Roubaix

Pendant 2 mois, 17 participants de 10 nationalités différentes bénéficieront de :

  • 75h de cours de FLE (Français Langue Étrangère)
  • 75h d’ateliers numériques
  • un accompagnement socio-professionnel individualisé

Début mai, Marie Patfoort, Jocelyne Mirande et Juliette Soupault ont d’ailleurs eu le plaisir d’enregistrer une émission sur Radio Pastel, radio locale roubaisienne, pour présenter les activités d’Emmaüs Connect et parler du lancement de Triptik sur la Métropole lilloise.

L’émission dure 45 minutes. Pour l'écouter, suivez ce lien.

Contact de l’équipe Triptik de Roubaix : triptik-mel[@]emmaus-connect.org

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  • Liens vagabonds : Qui diable tue les médias ?
    Dans Le Diable s’habille en Prada 2, toute ressemblance avec la réalité du monde de la presse n’est en rien fortuite. Vingt ans après le premier volet, le glamour a laissé place à la lente agonie du papier et plus largement des acteurs historiques de l’information. En moins de deux semaines, cette ode à la […] The post Liens vagabonds : Qui diable tue les médias ? first appeared on Méta-media | La révolution de l'information.

Liens vagabonds : Qui diable tue les médias ?

Dans Le Diable s’habille en Prada 2, toute ressemblance avec la réalité du monde de la presse n’est en rien fortuite. Vingt ans après le premier volet, le glamour a laissé place à la lente agonie du papier et plus largement des acteurs historiques de l’information. En moins de deux semaines, cette ode à la […]

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    C’est danah boyd qui l’explique. « Lorsque les professionnels utilisaient le terme « médias sociaux » pour décrire les outils internet apparus au milieu des années 2000, ils désignaient les plateformes et les protocoles permettant d’interagir avec ses amis et des communautés d’intérêt grâce aux technologies numériques. Vingt ans plus tard, les utilisateurs des médias sociaux passent bien plus de temps à faire défiler les publications qu’à en publier, et le contenu qu’ils consomment est souvent p

Les médias sociaux n’en sont plus

13 mai 2026 à 07:00

C’est danah boyd qui l’explique. « Lorsque les professionnels utilisaient le terme « médias sociaux » pour décrire les outils internet apparus au milieu des années 2000, ils désignaient les plateformes et les protocoles permettant d’interagir avec ses amis et des communautés d’intérêt grâce aux technologies numériques. Vingt ans plus tard, les utilisateurs des médias sociaux passent bien plus de temps à faire défiler les publications qu’à en publier, et le contenu qu’ils consomment est souvent produit de manière stratégique et sélectionné par des algorithmes. Dans cet essai, je soutiens que l’essence même des médias sociaux a changé. Pour mieux comprendre ce à quoi nous assistons, il nous faut cesser de considérer ces outils comme des « médias sociaux » et commencer à les qualifier de « médias parasociaux ». »

Dans son court essai, danah boyd liste les innombrables noms avec lesquels nous avons longtemps valorisé les espaces de partages numériques, de l’informatique sociale au web 2.0 en passant par le contenu généré par les utilisateurs ou la culture participative et les communautés en ligne…  « Nous n’utilisions pas seulement les médias pour socialiser ; nous socialisions sur les médias, par les médias et en utilisant les médias. » Avant que ne s’imposent les termes de réseaux sociaux puis de médias sociaux…« Nombreux étaient ceux qui croyaient alors sincèrement que ces outils permettraient aux gens d’échanger de manière significative. »

« Il n’était pas inévitable que quelques entreprises créent un petit nombre de « plateformes » qui domineraient les diverses pratiques que l’on imaginait couvertes par l’expression « médias sociaux », mais c’est pourtant ce qui s’est produit. Lentement mais sûrement, la plupart des plateformes de médias sociaux ont périclité, tandis qu’une poignée d’entreprises/plateformes prenaient le dessus et utilisaient la technologie et les politiques publiques pour fidéliser leurs utilisateurs. Il n’était pas inévitable que les entreprises exploitent la notion de communauté et de sociabilité, mais elles l’ont fait. De même, il n’était pas inévitable que ces entreprises transforment ces plateformes en nouveaux canaux de consommation passive où seul un petit nombre d’utilisateurs contribue au contenu, mais c’est pourtant ce qui s’est produit », constate avec dépit la chercheuse. 

Pourtant, explique-t-elle, les pratiques qui définissent les médias sociaux en 2026 sont radicalement différentes de celles que nous tentions de documenter 20 ans plus tôt. « Le terme « social » dans « médias sociaux » est peu à peu devenu un abus de langage. En 2006, la plupart des personnes qui se connectaient aux grandes plateformes publiaient du contenu car elles co-construisaient des espaces sociaux pour profiter de la compagnie des autres. En 2026, la publication a diminué, le partage a disparu; la plupart des utilisateurs des médias sociaux privilégient le défilement de contenu « amateur » plutôt que de publier leurs propres mises à jour spontanées pour leurs amis. La qualité des contenus sur les médias sociaux est devenue plus stratégique, plus intentionnelle et plus professionnelle. Les utilisateurs ont désormais du mal à distinguer les contenus personnels publiés par leurs amis parmi les contenus créés par les annonceurs et l’industrie des influenceurs qui dominent les fils d’actualité. » Les sites sociaux sont devenus des plateformes publicitaires qui éloigne toujours plus la dimension sociale. Elles sont devenues des actifs, comme l’explique Cory Doctorow en parlant d’emmerdification, qui exploitent autant les utilisateurs que les annonceurs. 

« Aujourd’hui, les plateformes de médias sociaux ne sont plus axées sur les activités sociales. Au contraire, la plupart nous offrent un média de diffusion et nous incitent à apprendre à manipuler les algorithmes afin de créer, nous aussi, des actifs pour les grandes entreprises. Puisque la taille est valorisée dans cette économie de plateforme, nous sommes encouragés à nous mettre en scène pour rechercher la célébrité et l’attention. En théorie, nous pouvons toujours créer du contenu pour nos 15 amis, mais rien ne garantit qu’ils verront nos publications. Pour être vus, il faut faire des efforts. » Qu’importe si nous ne savons plus lesquels. 

Pour danah boyd, « nous vivons désormais dans un monde de médias parasociaux ». 

« Les relations parasociales sont des connexions unilatérales où l’on suit la vie et les activités de personnes – comme des célébrités – qui ne nous connaissent pas et pour lesquelles on ne ressent aucune obligation de réciprocité. Dans un monde parasocial, on consacre son attention et ses émotions au suivi des péripéties d’individus qui évoluent à distance. Les relations parasociales peuvent être intenses émotionnellement, mais elles ne créent pas le tissu social qui nous soutient dans les moments difficiles. »

Les plateformes sont devenues des espaces « hyper-contrôlées récompensant ceux qui parviennent à générer de larges audiences ou à créer des contenus à fort impact », contrôlés par les métriques d’engagements. « Les entreprises de médias sociaux modifient constamment leurs algorithmes pour inciter (et pénaliser) les créateurs à leur guise, cherchant toujours à encourager les utilisateurs à faire défiler davantage leur contenu, même s’ils publient moins. » Elles ont constaté que maintenir les utilisateurs en haleine est plus rentable que de les faire participer.

Ce passage des médias sociaux aux médias parasociaux est lourd de conséquences. Les médias sociaux ont fait naître de grands espoirs quant au potentiel des médias sociaux pour construire la solidarité, soutenir les mouvements politiques et connecter le monde. Mais ces pratiques ne sont plus dominantes, et de ce fait, leur signification même a changé. 

« Les relations parasociales sont trompeuses. S’adonner à ces connexions peut être agréable pour les utilisateurs, mais cela ne renforce pas le tissu social collectif. On peut se sentir seul malgré des heures passées à s’impliquer émotionnellement dans les drames d’autrui si ces interactions ne sont pas réciproques. Même ceux qui créent du contenu pour le monde parasocial peinent à s’y retrouver dans les formes d’intimité complexes qui y abondent. L’amitié exige réciprocité et compassion. Les médias parasociaux créent les conditions permettant aux individus de s’objectiver mutuellement à distance, comme des objets médiatisés, contribuant ainsi à mettre en lumière les différentes formes de toxicité que les chercheurs spécialisés dans les médias sociaux documentent. Ainsi, lorsque les gens choisissent de consacrer leur énergie à suivre la dernière star de TikTok ou à faire défiler du contenu au lieu de cultiver des relations interpersonnelles, ils s’épuisent en réalité à force de distraction. »

En 2006, nous imaginions un écosystème de médias sociaux qui privilégierait le renforcement des liens par le biais des médias plutôt que de remplacer ces liens par les médias. Chercheurs, décideurs politiques et experts continuent d’être préoccupés de trouver des solutions pour endiguer les comportements toxiques et antisociaux qui se manifestaient dans les espaces publics en ligne, oubliant que les médias sociaux ne servent plus à créer des liens sociaux. Pour cela, les gens utilisent plutôt des messageries qu’on n’appelle pas des médias sociaux, mais cela ne consiste pas à créer des espaces pour la sociabilité numérique. 

« Il est facile, avec le recul, de dire que nous étions naïfs, mais je ne pense pas que ce soit juste. Il n’était pas inévitable que les plateformes de médias sociaux deviennent le désastre qu’elles sont devenues. En revanche, je pense que nous avons commis une erreur en acceptant collectivement de qualifier ce phénomène de « médias sociaux ». Ce cadre linguistique a biaisé notre interprétation normative des pratiques sur ces plateformes. J’ai fini par accepter que les outils actuels ne correspondent pas à ce que beaucoup d’entre nous espéraient, mais je continue de m’interroger sur les termes que nous utilisons pour désigner ces plateformes. Je pense qu’il est temps d’abandonner l’appellation « médias sociaux » et de reconnaître que nous entrons dans l’ère des « médias parasociaux ». Je ne cherche pas à déplorer la disparition des interactions sociales en ligne (même si je ressens une certaine nostalgie). Je souhaite plutôt que la communauté scientifique s’interroge sur la manière dont nos discussions autour de la gouvernance, des inégalités et de la sociabilité doivent évoluer pour prendre en compte la transformation des médias sociaux en une catégorie entièrement nouvelle. En clair, ce type de médias sociaux est différent de celui qui a donné naissance à cette appellation. Nos outils d’analyse doivent donc évoluer en conséquence.»

La directrice de la recherche de Data & Society, Alice Marwick, dresse le même constat dans un article lui aussi emprunt de nostalgie et de recul critique. Même constat pour le chercheur Edward Ongweso Jr (notamment auteur de la lettre d’info The Tech Bubble) dans un article pour le magazine The Drift. « Les plateformes de médias sociaux ne produisent pas un public commun ; elles produisent des sous-publics concurrents, chacun avec sa propre conception du savoir collectif », écrit-il. Les entreprises ont utilisé le prestige démocratique pour légitimer la privatisation de nos communications. « Il serait trop facile – et faux – de conclure que les plateformes ne constituent pas un espace public. Les institutions restent tributaires de ce qui circule en ligne. Mais ce processus est structuré par des entreprises de publicité et de données qui surveillent les populations et les segmentent pour optimiser leur engagement. Selon le modèle de propagande que proposaient Edward Herman et Noam Chomsky dans La fabrique du consentement, la publicité fonctionnait comme un filtre disciplinaire, jouant un rôle clé dans les contraintes imposées à la délibération démocratique au sein de l’espace public. Mais avec la transition numérique, ce vieux filtre publicitaire s’est métamorphosé en quelque chose que Chomsky et Herman n’avaient pas anticipé. Là où la concentration des pouvoirs limitait autrefois la diversité des opinions acceptables à quelques dizaines de grands médias, le classement algorithmique et l’optimisation de l’engagement remplissent désormais la même fonction pour des milliards de flux individuels, ajustant le contenu vu par chaque utilisateur afin de maximiser le temps passé sur la plateforme plutôt que la citoyenneté éclairée. »

L’espace public, tel qu’il est, fonctionne pour ceux qui le contrôlent. L’IA menace d’engloutir ce qui reste de nos maigres communs épistémiques. « Les agents d’IA deviennent de nouveaux régulateurs, stimulant la consommation, surveillant les comportements, déterminant ce qui est diffusé et ce qui est résumé. La condition de John Dewey pour la formation du public – une infrastructure de communication permettant aux personnes concernées de se trouver – s’éloigne d’année en année. Il est tentant de suivre l’exemple de Dewey et de chercher des solutions : protocoles fédérés, alternatives décentralisées susceptibles de permettre l’émergence d’un espace public. Mais les configurations techniques ne sauraient se substituer à la politique. On ne peut construire un espace public si l’économie politique est conçue pour l’empêcher. » 

Le problème, constate le chercheur, c’est que nous y sommes coincés. On peut certes supprimer une application de médias sociaux, mais le marché du travail, le marché du logement, l’environnement informationnel, les institutions qui régissent notre vie sont tous façonnés par ces systèmes, que l’on les utilise directement ou non. « La vérité est plus dérangeante : c’est encore à ces niveaux que se déroule le discours. Les gens y restent car les alternatives n’existent pas à grande échelle – et l’échelle, même si l’on déteste ce mot et la manière dont il est employé par nos maîtres technologiques, est ce qui confère à un espace public son caractère public. Les oligarques qui contrôlent notre appareil numérique savent parfaitement à quoi il sert. Nous autres, nous nous complaisons dans une illusion qui compromet notre capacité à comprendre le présent et à tracer la voie à suivre. La foi de Dewey dans le potentiel des institutions qui considèrent le savoir démocratique non comme un problème à gérer, mais comme une capacité à cultiver, est plus difficile à défendre aujourd’hui. »

Dave Jorgenson, l’ex « TikTok guy » du Washington Post : « Mon audience me fait davantage confiance depuis que je suis indépendant »

Surnommé le « TikTok guy » du Washington Post, Dave Jorgenson a propulsé l’influence du média sur les réseaux sociaux avant de voler de ses propres ailes en août dernier pour lancer Local News International. Son objectif ? Bâtir une marque d’information multiplateforme, mêlant humour, reportage et incarnation. Avec une attention particulière portée aux contenus courts sur Reels et TikTok, […]

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  • Liens vagabonds : Chaque créateur aura-t-il bientôt son propre jumeau numérique ?
    Notre identité numérique n’a jamais été aussi menacée. Dans un monde où les cyberattaques  « sont aussi cruciales pour la guerre moderne que les missiles », l’IA générative permet désormais de cloner un individu en un clic. Cette technologie transforme notre reflet en une « marionnette numérique », une opportunité que les géants de la […] The post Liens vagabonds : Chaque créateur aura-t-il bientôt son propre jumeau numérique ? first appeared on Méta-media | La révolution de l'information.

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Liens vagabonds : Pérouse 2026, 10 voix pour comprendre la mutation profonde du journalisme

Épuisement des rédactions, omniprésence de l’IA, menaces étatiques et nouveaux terrains de jeu numériques : l’édition 2026 du Festival International de journalisme de Pérouse a dessiné les contours d’une profession en pleine mutation. Tour d’horizon de 10 citations clés (en attendant notre papier complet sur le festival). CETTE SEMAINE EN FRANCE 3 CHIFFRES LE GRAPHIQUE […]

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Liens vagabonds : Le journalisme face à la guerre informationnelle, financer le vrai pour ne pas subir le faux

« La France est le deuxième pays en Europe visé par les ingérences étrangères, notamment russes », affirme Vincent Couronne, directeur général des Surligneurs, lors d’une table-ronde organisée lors de la 19e édition des Assises du journalisme de Tours. Cette guerre informationnelle se joue désormais en grande partie sur la toile. Pour le ministère des […]

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  • Liens vagabonds : Pourquoi s’obstiner à écrire, à l’ère de ChatGPT ?
    Un journaliste de Fortune révélait récemment avoir écrit 600 articles depuis le mois de juillet, à l’aide de l’IA. « Je suis un peu un phénomène », confiait-il dans les colonnes du Wall Street Journal. Pas tant que ça. De plus en plus de journalistes assument publiquement cette pratique, comme en témoignent les six reporters […] The post Liens vagabonds : Pourquoi s’obstiner à écrire, à l’ère de ChatGPT ? first appeared on Méta-media | La révolution de l'information.

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  • Jeunes et information : les 7 chiffres qu’il faut retenir
    Comment les rédactions traditionnelles peuvent-elles (enfin) séduire les jeunes ? Entre l’abandon de l’accès direct aux sites et une dépendance accrue aux algorithmes, les jeunes adultes imposent un nouveau paradigme. Sur les réseaux sociaux, la confiance ne se porte plus sur la marque de presse, mais sur l’individu : ils accordent désormais plus d’importance aux […] The post Jeunes et information : les 7 chiffres qu’il faut retenir first appeared on Méta-media | La révolution de l'information.

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  • Liens vagabonds : L’irrésistible ascension des micro-dramas
    Et si, au lieu de lire un livre dans le métro ou de scroller à l’infini sur les réseaux sociaux, votre trajet se transformait en un instant d’évasion, le temps de quelques stations ? Pour Krystof Safer, fondateur de Vertifilms, c’est la promesse de ces épisodes verticaux de moins de trois minutes, pensés pour s’insérer […] The post Liens vagabonds : L’irrésistible ascension des micro-dramas first appeared on Méta-media | La révolution de l'information.

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  • Liens vagabonds : le réarmement des vérificateurs à l’ère de l’IA
    Fact-checker ne suffit plus, pré-bunker doit devenir la norme. Face à l’épuisement généré par la course à la vérification, les médias peuvent-ils prévenir les manipulations plutôt que les combattre a posteriori ? Pour Chris Morris, directeur de Full Fact : “Le fact-checking 1.0 portait sur des points de données précis, des faits isolés. Aujourd’hui, nous […] The post Liens vagabonds : le réarmement des vérificateurs à l’ère de l’IA first appeared on Méta-media | La révolution de l'information.

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  • Liens vagabonds : Médias et la « creator economy », l’heure du mariage de raison
    Selon le Reuters Institute, près de trois quarts des éditeurs de presse s’inquiètent de la concurrence des influenceurs. En France, les collaborations, bien qu’existantes, restent cantonnées au stade du « coup » éditorial plutôt qu’à une véritable stratégie de long terme. Les exemples ne manquent pourtant pas, illustrant une volonté de sortir des sentiers battus […] The post Liens vagabonds : Médias et la « creator economy », l’heure du mariage de raison first appeared on Méta-media | La révolut

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Selon le Reuters Institute, près de trois quarts des éditeurs de presse s’inquiètent de la concurrence des influenceurs. En France, les collaborations, bien qu’existantes, restent cantonnées au stade du « coup » éditorial plutôt qu’à une véritable stratégie de long terme. Les exemples ne manquent pourtant pas, illustrant une volonté de sortir des sentiers battus […]

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  • Liens vagabonds : Informer au milieu du chaos, le défi du journalisme de guerre
    Avec l’escalade de la guerre au Proche et au Moyen-Orient, la demande d’informations fiables explose. Sur Google Trends, les requêtes se multiplient : « Pourquoi avons-nous bombardé l’Iran ? », « Sommes-nous en guerre maintenant ? ». Aux Etats-Unis, le mot-clé « Iran » figure parmi les recherches les plus populaires, souvent associé au nom […] The post Liens vagabonds : Informer au milieu du chaos, le défi du journalisme de guerre first appeared on Méta-media | La révolution de l'information.

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Le grand partage : comment les plateformes redistribuent (ou non) les revenus des créateurs

Dans un marché de la creator economy en pleine expansion, les créateurs comptent sur les dispositifs de partage de revenus pour survivre. Tour d’horizon des solutions existantes proposées par les plateformes. Par Alexandra Klinnik, MediaLab de l’Information de France Télévisions D’ici 2028, les créateurs pourraient voir jusqu’à 24 % de leurs revenus mondiaux disparaître, d’après une […]

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  • Liens vagabonds : Une enfance augmentée ou diminuée sous IA ?
    Si vous tâtonnez dans la découverte de l’IA, vos enfants ont sûrement déjà franchi le pas. Le Pew Research Center publiait cette semaine la suite de son enquête sur les adolescents américains et l’IA qui révèle un fossé de perception entre ce qu’imaginent les parents et la réalité des usages numériques de leurs adolescents. Deux […] The post Liens vagabonds : Une enfance augmentée ou diminuée sous IA ? first appeared on Méta-media | La révolution de l'information.

Liens vagabonds : Une enfance augmentée ou diminuée sous IA ?

Si vous tâtonnez dans la découverte de l’IA, vos enfants ont sûrement déjà franchi le pas. Le Pew Research Center publiait cette semaine la suite de son enquête sur les adolescents américains et l’IA qui révèle un fossé de perception entre ce qu’imaginent les parents et la réalité des usages numériques de leurs adolescents. Deux […]

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  • Liens vagabonds : Mon IA va-t-elle se mettre à la pub ?
    Vous reprendrez bien un peu de publicité ? Le monde de l’IA semble se diviser en deux camps. Tout s’est enflammé après la diffusion par Anthropic de quatre spots publicitaires au Superbowl, plutôt offensifs envers ChatGPT. Cette semaine, Perplexity rentre dans la danse en annonçant ne plus vouloir publiciser ses espaces.  Dans cette guerre de […] The post Liens vagabonds : Mon IA va-t-elle se mettre à la pub ? first appeared on Méta-media | La révolution de l'information.

Liens vagabonds : Mon IA va-t-elle se mettre à la pub ?

Vous reprendrez bien un peu de publicité ? Le monde de l’IA semble se diviser en deux camps. Tout s’est enflammé après la diffusion par Anthropic de quatre spots publicitaires au Superbowl, plutôt offensifs envers ChatGPT. Cette semaine, Perplexity rentre dans la danse en annonçant ne plus vouloir publiciser ses espaces.  Dans cette guerre de […]

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Liens vagabonds : JO d’hiver 2026 : quand l’innovation devient la vraie compétition

Replay 360•, drones, IA ou contenus immersifs… En coulisses des pistes enneigées, la bataille de l’attention passe probablement par l’innovation. Des studios virtuels de NRK aux chatbots de la NBC, comment les médias internationaux rivalisent pour engager toujours plus d’audience ? Partout, les diffuseurs testent de nouvelles écritures pour capter un public toujours plus fragmenté. […]

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Dans « L’envers de la tech », Mathilde Saliou dévoile le coût invisible du numérique

Dans « L’Envers de la Tech », la journaliste Mathilde Saliou montre ce qui se cache derrière notre smartphone au design millimétré et révèle les effets concrets du numérique sur nos vies et nos démocraties, loin des discours éthérés de la tech. Par Alexandra Klinnik, MediaLab de l’Information de France Télévisions La tech ne se cantonne pas […]

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  • ✇Emmaüs Connect
  • Investissement participatif réussi à Bordeaux pour préserver notre espace d’inclusion numérique !
    Menacée d’éviction à échéance de son bail bordelais, Emmaüs Connect a lancé en octobre 2025 sa première campagne d’investissement citoyenne, avec le soutien d’Emmaüs Epargne Solidaire. Un appel à la mobilisation réussi qui permet à l’association de maintenir ses actions d’inclusion numérique au cœur de Bordeaux, grâce aux 300 000 euros investis par des particuliers engagés. Un record ! Grâce à la mobilisation de près de 400 citoyen·nes engagé·es, notre campagne d'investissement participatif mené

Investissement participatif réussi à Bordeaux pour préserver notre espace d’inclusion numérique !

13 février 2026 à 16:58

Menacée d’éviction à échéance de son bail bordelais, Emmaüs Connect a lancé en octobre 2025 sa première campagne d’investissement citoyenne, avec le soutien d’Emmaüs Epargne Solidaire. Un appel à la mobilisation réussi qui permet à l’association de maintenir ses actions d’inclusion numérique au cœur de Bordeaux, grâce aux 300 000 euros investis par des particuliers engagés.

Un record ! Grâce à la mobilisation de près de 400 citoyen·nes engagé·es, notre campagne d'investissement participatif menée avec la Foncière Emmaüs (Emmaüs Epargne Solidaire) pour pérenniser l’espace de solidarité Emmaüs Connect à Bordeaux a permis de réunir 301 600 € exactement, un montant supérieur à l'objectif initial de 250 000 €. Emmaüs France devient ainsi propriétaire du local. Le budget global du projet de 500 000€ sera complété par un emprunt bancaire et des fonds propres d'Emmaüs France.

Un lieu clé d’inclusion numérique menacé

Après deux années de recherche, l’antenne Emmaüs Connect de Bordeaux avait enfin inauguré son nouvel espace de solidarité numérique en janvier 2024. Un nouveau lieu plus accessible à cinq minutes à pied de la gare Saint-Jean qui permet à l’association de déployer ses actions solidaires en plein cœur de la métropole, avec trois fois plus d’espace.

Mais début 2025, le propriétaire annonce la mise en vente du local. Une épée de Damoclès : menacée d’éviction à échéance de son bail, Emmaüs Connect se tourne vers Emmaüs Epargne Solidaire, la Foncière d’Emmaüs pour trouver une solution. Du 27 octobre au 23 décembre 2025, la Foncière Emmaüs organise sa sixième collecte d’épargne citoyenne (et la première pour Emmaüs Connect) afin de pérenniser ce lieu clé de l’inclusion numérique à Bordeaux.

Une somme récoltée en un temps record

Fin décembre 2025, l’objectif initial de collecter 250 000 euros de « placements militants » a largement été dépassé. L’engagement de centaines de citoyens et citoyennes grâce à l’investissement participatif a permis de mobiliser 301 600 euros sur le site Lita, un montant et un nombre d’investisseurs qui n’avaient jamais été atteints par la Foncière Emmaüs en moins de deux mois.

Cette somme permettra aussi de faire des travaux de mise aux normes que l’association ne pouvait engager auparavant. Emmaüs Connect reste locataire mais est désormais assurée de pouvoir maintenir ses actions solidaires dans le local sur la durée et sans risques.

Une implantation à Bordeaux depuis 2017

Acteur clé de la solidarité numérique en Gironde, Emmaüs Connect a accompagné plus de 7 000 personnes en situation de précarité sociale et numérique depuis son implantation à Bordeaux en 2017. La réussite de cette campagne assure à Emmaüs Connect de poursuivre ses actions solidaires et d’en déployer de nouvelles, toujours en équipant, connectant et accompagnant celles et ceux qui en ont le plus besoin.

Liens vagabonds : “La démocratie meurt dans l’obscurité”… et le Washington Post avec elle ?

C’est un “bain de sang” dans lequel est plongé le journalisme américain. Ce mercredi 4 février, le Washington Post a licencié 300 de ses 800 journalistes lors d’une réunion virtuelle, plongeant l’institution historique dans la tourmente. “Cela compte parmi les jours les plus sombres de l’histoire de l’une des plus grandes organisations de presse au […]

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  • Liens vagabonds : À Minneapolis, le journalisme citoyen devient contre-pouvoir
    À Minneapolis, les médias ne sont plus les seuls à documenter l’action des forces de l’ordre. Depuis le déploiement massif de l’ICE, la police fédérale de l’immigration, des citoyens ordinaires filment systématiquement les interventions : badges, plaques d’immatriculation, visages, armes, gestes. Leurs vidéos servent à documenter des actions sur le terrain et, dans certains cas, […] The post Liens vagabonds : À Minneapolis, le journalisme citoyen devient contre-pouvoir first appeared on Méta-med

Liens vagabonds : À Minneapolis, le journalisme citoyen devient contre-pouvoir

À Minneapolis, les médias ne sont plus les seuls à documenter l’action des forces de l’ordre. Depuis le déploiement massif de l’ICE, la police fédérale de l’immigration, des citoyens ordinaires filment systématiquement les interventions : badges, plaques d’immatriculation, visages, armes, gestes. Leurs vidéos servent à documenter des actions sur le terrain et, dans certains cas, […]

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Liens vagabonds : Souveraineté numérique, l’urgence européenne face à la dépendance américaine

À Davos, les dirigeants des grandes entreprises de l’intelligence artificielle ont été reçus comme des rock stars. Le Forum économique mondial leur a déroulé le tapis rouge pour défendre le déploiement massif de leurs technologies. Pendant ce temps, « les débats idéalistes sur le changement climatique, l’accueil des réfugiés ou l’avenir des soins de santé […]

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Médias en Seine : les géants du numérique et les médias peuvent-ils construire ensemble un écosystème équilibré ? 

« Le rapport de force est totalement déséquilibré, pour ne pas dire : existe-t-il vraiment un rapport de force ? », remarque Delphine Ernotte Cunci, présidente de France Télévisions. « Nous allons entrer dans un monde beaucoup plus violent que celui que nous connaissons déjà. Aujourd’hui, le rapport de force n’est pas bon. » Face à la puissance des géants du numérique, […]

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  • Liens vagabonds : Iran, plongée dans le chaos informationnel
    Depuis le 8 janvier 2026, l’Iran vit dans un huis clos. Face aux manifestations massives, le régime a coupé Internet et les lignes téléphoniques. Même les connexions satellitaires, via Starlink, sont fortement limitées : le gouvernement utilise des brouilleurs GPS militaires capables de réduire jusqu’à 80 % la performance de l’internet par satellite dans certaines régions.  Si […] The post Liens vagabonds : Iran, plongée dans le chaos informationnel first appeared on Méta-media | La révolution d

Liens vagabonds : Iran, plongée dans le chaos informationnel

Depuis le 8 janvier 2026, l’Iran vit dans un huis clos. Face aux manifestations massives, le régime a coupé Internet et les lignes téléphoniques. Même les connexions satellitaires, via Starlink, sont fortement limitées : le gouvernement utilise des brouilleurs GPS militaires capables de réduire jusqu’à 80 % la performance de l’internet par satellite dans certaines régions.  Si […]

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  • Reuters Institute : 7 défis pour les médias en 2026
    Comme chaque année, le Reuters Institute publie son rapport de prospective à partir d’une enquête menée auprès de 280 dirigeants de médias dans 51 pays et territoires. En 2026, IA, créateurs et vidéo redéfinissent l’information : formats liquides, contenus personnalisés et confiance fragile obligent les médias à s’adapter pour rester visibles et crédibles. Par Alexandra […] The post Reuters Institute : 7 défis pour les médias en 2026 first appeared on Méta-media | La révolution de l'information.

Reuters Institute : 7 défis pour les médias en 2026

Comme chaque année, le Reuters Institute publie son rapport de prospective à partir d’une enquête menée auprès de 280 dirigeants de médias dans 51 pays et territoires. En 2026, IA, créateurs et vidéo redéfinissent l’information : formats liquides, contenus personnalisés et confiance fragile obligent les médias à s’adapter pour rester visibles et crédibles. Par Alexandra […]

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  • Vérification d’âge (3/4) : la panique morale en roue libre
    Contrôler plutôt qu’éduquer Le gouvernement Français travaille à un projet de loi pour interdire les réseaux sociaux aux moins de 15 ans pour la rentrée 2026 [qui vient d’être considérablement mis à jour par le Conseil d’Etat puisque celui-ci propose que l’interdiction ne soit pas obligatoire et suggère d’enlever les sanctions pour les plateformes. La députée et rapporteuse du projet de loi a annoncé renoncer à son projet de couvre-feu numérique de 22 heures à 8 heures pour les 15-18 ans et à

Vérification d’âge (3/4) : la panique morale en roue libre

14 janvier 2026 à 07:00

Contrôler plutôt qu’éduquer

Le gouvernement Français travaille à un projet de loi pour interdire les réseaux sociaux aux moins de 15 ans pour la rentrée 2026 [qui vient d’être considérablement mis à jour par le Conseil d’Etat puisque celui-ci propose que l’interdiction ne soit pas obligatoire et suggère d’enlever les sanctions pour les plateformes. La députée et rapporteuse du projet de loi a annoncé renoncer à son projet de couvre-feu numérique de 22 heures à 8 heures pour les 15-18 ans et à son délit de négligence numérique imputable aux parents, du fait des réserves du Conseil d’Etat. Une grande incertitude plane désormais sur le projet de loi, estime Le Monde]. La première mouture de ce projet de loi proposait d’abord le renforcement des mesures de vérification d’âge, et avec lui le contrôle plutôt que l’éducation, la coercition plutôt que la pédagogie, la répression plutôt que la responsabilisation. C’est ce que répète avec constance la professeure en sciences de l’information et de la communication Anne Cordier, co-autrice notamment de Faut-il interdire les réseaux sociaux aux jeunes ? (Usbek et Rica et Robert Laffont, 2025). « Les jeunes deviennent une population à contrôler plutôt qu’à éduquer ». « Interdire rassure, donne l’illusion que l’on agit ». « Enfants et écrans : refusons que la peur devienne le seul moteur de l’action publique ». Anne Cordier semble être la dernière boussole dans un monde en flamme, où tout le monde propose gaiement de criminaliser les comportements des plus jeunes en ligne

Même constat pour le juriste Eric Goldman qui qualifie les restrictions d’âge de mesures  « de ségrégation et de répression » : une politique qui punit la jeunesse plutôt que de responsabiliser les plateformes. On n’interdit pas aux enfants d’aller dans les aires de jeux, mais on attend de ces espaces qu’ils soient sûrs. La popularité croissante des interdictions des réseaux sociaux, des écrans, des téléphones… traduit un retour en force de valeurs conservatrices dans nos vies numériques. Internet est devenu un champ de bataille moral. Et il est probable que cela ne nous mène nulle part. 

Le téléphone ruine-t-il vraiment la vie des adolescents ?

Pour le New Yorker, la journaliste Molly Fisher s’interroge : le téléphone ruine-t-il vraiment la vie des adolescents ? C’est en tout cas le raccourci que partagent beaucoup de parents et d’adultes. « Un smartphone, équipé de TikTok et d’Instagram, contient dans un seul et même boîtier élégant un assortiment de forces qui pourraient rendre un adolescent malheureux : une dynamique sociale toxique, une image corporelle irréaliste, une incitation à une conscience de soi paralysante, voire une raison d’éviter des éléments fondamentaux du bien-être comme une bonne nuit de sommeil ». C’est oublier que l’emprise des téléphones n’est pas non plus génératrice de bien être pour les adultes, mais le consensus explicatif sur celui-ci est bipartisan, « il fait appel aussi bien au moralisme de droite qu’au sentiment anti-entreprise de gauche ». Si tout le monde déplore être dépendant au téléphone, cerner les détails du problème s’avère plus délicat. « Quels médias numériques sont mauvais, dans quelles circonstances et pour qui ? »

Pour répondre à la question, Fisher convoque un autre journaliste du New York Times, Matt Richtel, auteur de How we grow up : understanding adolescence (Comment nous grandissons : comprendre l’adolescence, Mariner, 2025, non traduit). Son livre s’inscrit dans une série de livres sur le rapport des jeunes aux écrans. Par exemple avec les travaux de Jean Twenge, professeure en psychologie à l’Université d’État de San Diego, auteure de Generation Me (2006) puis de iGen (2017, Génération Internet: Comment les écrans rendent nos ados immatures et déprimés, Mardaga, 2018). Ou plus récemment, le bestseller de Jonathan Haidt, Génération anxieuse (Les arènes, 2025). 

Haidt soutient qu’entre 2010 et 2015, un « recâblage » générationnel s’est opéré, sous l’effet de deux forces. La première était l’importance excessive accordée par les parents à la sécurité des enfants. La seconde était l’avènement des téléphones. Cette combinaison de « surprotection dans le monde réel et de sous-protection dans le monde virtuel » a entraîné un glissement d’une enfance « axée sur le jeu » vers une enfance « axée sur le téléphone », écrit-il, au détriment de la santé mentale des jeunes. 

Le succès de Haidt s’explique par sa prescription stricte et confiante, explique Fisher : « pas de smartphone avant le lycée, pas de réseaux sociaux avant seize ans, pas de téléphone à l’école, et davantage de jeux indépendants pendant l’enfance ». Ses conseils s’inspirent des travaux d’une ancienne journaliste, Lenore Skenazy qui a connu la notoriété en 2008 avec une chronique pour le New York Sun où elle expliquait laisser son enfant de 9 ans prendre seul le métro. Militante contre la parentalité hélicoptère, Haidt s’est associée à elle pour fonder Let Grow, une association qui milite pour une plus grande indépendance des enfants. 

Le livre de Haidt a suscité des critiques bien sûr, notamment quand il avance que les téléphones seraient la seule explication raisonnable du déclin marqué de la santé mentale des adolescents. Or, ce déclin n’est pas homogène, le taux de dépression des adolescents Sud-Coréens a lui diminué et aux Etats-Unis, les taux de suicides ont augmenté dans toutes les tranches d’âges et pas seulement pour les adolescents. Même la hausse des taux de dépression des adolescentes américaines qu’il constate ne s’explique pas uniquement par l’arrivée du smartphone. Le journaliste scientifique David Wallace-Wells a souligné que l’augmentation soudaine de la dépression chez les adolescentes coïncide aussi avec une évolution des pratiques de dépistage suite à l’Affordable Care Act, avec l’augmentation des dépistages annuels et une prise en charge par les assurances santé ainsi qu’une diminution du nombre d’adolescents sans assurance maladie. Autant de facteurs ayant contribué à l’augmentation des chiffres… sans pour autant modifier nécessairement la prévalence. 

Santé mentale : il est plus facile d’accuser le téléphone que la société

Pour le Times Educational Supplement, TES magazine, le journaliste Jon Severs fait le point sur les arguments de Haidt. Figure de proue des campagnes mondiales pour interdire l’accès aux téléphones des moins de 16 ans (en Australie, c’est visiblement la femme du premier ministre australien qui a lu le livre de Haidt et qui a conduit au déclenchement des hostilité. En France, Macron l’a visiblement rencontré, rappelait Mediapart dans son émission Accès libre), Haidt vend de la peur, estime Andrew Przybylski. Les effets des médias sociaux sur le bien-être des adolescents diffèrent beaucoup d’un adolescent à un autre. S’il y a bien une dégradation de la santé mentale des adolescents, nous ne sommes pas confrontés à un tsunami, même si nous sommes peut-être plus attentifs aux troubles de l’adolescence qu’on ne l’était dans le passé. Tamsin Ford, psychiatre de l’enfance et de l’adolescence britannique, estime que la corrélation qu’évoque Haidt entre les troubles mentaux et le fait que les adolescents aillent moins bien pourraient refléter l’impact sur un très petit groupe d’adolescents déjà vulnérables aux contenus extrêmes faisant l’apologie de l’automutilation ou de l’anorexie. Mais « ce sont généralement des jeunes déjà confrontés à de multiples difficultés. Dès lors, la question de la part de responsabilité des téléphones dans leurs difficultés se pose. » D’autres facteurs entrent en compte, explique encore Ford en observant les données britanniques, notamment la fermeture des centres de jeunesse et autres lieux sûrs pour les jeunes, la complexification et l’augmentation du coût de la vie, ainsi que l’évolution des mentalités et l’affaiblissement des liens communautaires. « L’un des facteurs les plus fortement et systématiquement associés à une mauvaise santé mentale est la pauvreté. Or, de plus en plus d’enfants vivent dans la pauvreté, et l’accès aux services sociaux a considérablement diminué… ce qui conduit à la diminution des interventions précoces permettant de limiter les troubles anxieux », explique-t-elle. « Imputer ce problème aux téléphones portables est non seulement totalement erroné, mais aussi dangereux, car cela ne tient pas compte d’autres facteurs essentiels. » Candice Odgers, professeure de psychologie et d’information dresse le même constat aux Etats-Unis. Anne Cordier également quand elle évoque les « vulnérabilités associées » : autrement dit, les usages problématiques des écrans et des réseaux sociaux tendent à amplifier des risques déjà présents, eux-mêmes liés aux fragilités personnelles des individus et au contexte social. 

Addiction ou distraction ? 

Dans son livre, Haidt estime que l’autre dommage que cause les téléphones, est l’altération de la capacité de concentration. Pour Haidt, selon les études qui quantifient l’usage problématique des réseaux sociaux, des jeux vidéo et des technologies, le nombre d’accros se situerait entre 5 et 15%. 

Pour David Ellis, professeur de science comportemental à l’université de Bath, la logique de l’addiction au smartphone est très fragile, ironise-t-il. En reprenant les chiffres qui évaluent l’addiction au téléphone « nous avons réussi à créer une échelle d’addiction à l’amitié qui a démontré que 80 % de notre échantillon étaient dépendants de leurs amis, ce qui est évidemment absurde. » La psychiatre, Nora Volkow, directrice de l’Institut national américain sur l’abus de drogues, rappelle qu’il n’y a pas de définition précise de la dépendance au téléphone. Pour elle, l’estimation des 5 ou 15% d’adolescents dépendants au téléphone n’est confirmée nulle part. Nous concluons bien trop vite à la dépendance, explique-t-elle. « Pour la plupart d’entre nous, nous ne sommes pas dépendants de nos téléphones, nous sommes simplement distraits par eux… La dépendance survient lorsque la perte de contrôle est telle qu’elle entraîne des conséquences pathologiques pour l’individu ». Pour elle, le problème n’est pas tant l’information numérique présentée par les réseaux sociaux, que l’information tout court, par exemple la façon dont les chaînes d’information présentent l’information de manière plus courte et plus divertissante. « La façon dont nous fournissons l’information est de plus en plus éphémère et très percutante pour capter notre système dopaminergique », explique Volkow. « On s’attend donc à ce que le stimulus suivant soit similaire, et lorsqu’il n’est pas accompagné de tous les artifices qui accompagnent certaines de ces informations, on est forcément beaucoup moins attentif. » Elle ajoute que l’avantage des informations plus courtes est que nous pouvons désormais traiter une quantité considérable de données, mais que ce traitement sera « moins approfondi »et le risque de désinformation plus élevé.

Concernant l’affirmation de Haidt selon laquelle les réseaux sociaux auraient causé des dommages « incalculables » à l’attention de la « majorité des personnes » nées après 1995 dans le monde occidental, Gaia Scerif, professeure de neurosciences cognitives du développement à l’Université d’Oxford et spécialiste du contrôle attentionnel, explique que la perception du pouvoir de distraction des réseaux sociaux et des smartphones est bien plus complexe que la simple question de l’âge. Le cortex préfrontal ne s’active pas « soudainement à 25 ans » et le contrôle attentionnel varie considérablement en fonction de facteurs génétiques et sociaux. « Pour certains, le coût d’un téléphone en termes de distraction sera énorme ; pour d’autres, il sera minime ; et pour d’autres encore, nul ». Ce qui est sûr, c’est que la technologie ne recâble pas le cerveau. Si pour Scerif et Volkow nos smartphones sont distrayants, ils ne sont qu’une distraction parmi bien d’autres, et d’abord les autres personnes : les gens qu’on admire comme nos proches. Notre attention est toujours sollicitée par d’innombrables stimulis. 

Concernant l’argument qu’avance Haidt selon lequel les dirigeants de la tech tiendraient leurs propres enfants éloignés des écrans, Margaret O’Mara, professeure d’histoire à l’Université de Washington et auteure de The Code : Silicon Valley and the Remaking of America (Penguin, 2020), affirme qu’il n’existe aucune preuve que la plupart des dirigeants des entreprises technologiques interdisent les écrans à leurs enfants (comme l’avait montré également Damien Leloup pour Le Monde). Quant à la baisse du niveau des élèves depuis 2012, elle est effective. Mais là encore, l’introduction des téléphones n’expliquent pas tout. Pour le spécialiste de l’éducation et de l’économie de l’éducation, Matthew Kraft, il faut aussi prendre en compte les réformes de l’école. Selon Pisa, les données montrent une stabilité des scores en mathématiques dans les pays participants entre 2003 et 2018. Si les trajectoires sont légèrement à la baisse en lecture et en sciences, les données globales ne montrent aucun effondrement… Et là encore, les causes sont polyfactorielles. 

La simplification de l’interdiction

Les solutions proposées par Haidt ont également été très critiquées, rappelle Jon Severs dans son article. Haidt souhaite que « les gouvernements imposent une vérification obligatoire de l’âge et relèvent l’âge de la majorité numérique de 13 à 16 ans. Cela contribuerait à instaurer de nouvelles « normes » : pas de smartphones avant 14 ans, pas de réseaux sociaux avant 16 ans, des écoles sans téléphone et une enfance davantage axée sur le jeu ».

Pour Volkow, c’est oublier que « les téléphones portables offrent de nombreux avantages aux jeunes. Il est donc important de réglementer les algorithmes utilisés, car ce sont eux qui ciblent les comportements compulsifs de certaines personnes. En les réglementant, on protège les utilisateurs.» Avoir un usage plus encadré des téléphones est pour beaucoup un bon levier, mais cela suppose d’avoir des programmes dédiés, pour les plus jeunes et ceux qui les accompagnent, notamment les parents. Pour Ford, les interdictions ne reposent sur « aucune preuve » et pourraient même être néfastes. Beaucoup de jeunes se soutiennent mutuellement pendant des moments très difficiles, grâce à leurs téléphones. 

C’est ce qu’expliquait le poignant témoignage d’Ezra Sholl, un jeune tétraplégique australien qui expliquait combien l’interdiction des réseaux sociaux allait l’isoler et combien ceux-ci lui ont permis de rester connecté aux jeunes de son âge. Sholl soulignait d’ailleursle contraste entre cette interdiction stricte et le fait que les signalements pour incitation à la haine ou harcèlement, restent, eux, sans effet. « Ce n’est pas mon comportement en ligne qui pose problème, et pourtant, ce sont des jeunes comme moi qui sont punis ». Même constat pour les jeunes transgenres ou à la sexualité non hétéronormée… 

« Haidt est assez incohérent sur ce point : il affirme que nous surprotégeons les enfants par ailleurs, que nous les empêchons de découvrir le monde et d’apprendre, mais concernant les réseaux sociaux et les téléphones, il propose de les interdire purement et simplement », déclare Tasmin Ford. 

Mais, le narratif de l’interdiction développé par Haidt a l’avantage d’être simple et de parler aux gens. Il a aussi l’avantage de proposer des solutions accessibles, même si radicales. Pour le dire autrement, il y aurait plein de raisons pour interdire TikTok ou nombre de réseaux sociaux problématiques comme X. L’interdiction a l’avantage de porter un coup d’arrêt. De dire que cela suffit. Mais ici, ce n’est pas aux entreprises que ces discours s’adressent. La vérification d’âge n’interdit pas TikTok ou X, n’exige pas de leur part de meilleures pratiques, mais interdit seulement l’accès à l’information aux plus jeunes. Il permet finalement d’abaisser les pratiques de surveillance et de modération des réseaux sociaux, et de rendre internet de moins en moins sûr pour tous les autres. L’interdiction aux mineurs fait reposer la responsabilité des plateformes sur le maillon le plus faible de la chaîne : les mineurs. Et ce sont eux dont on va criminaliser les comportements d’information s’ils contreviennent aux interdictions, pas les entreprises qui permettent à tous de consulter des contenus qui ne sont pas adaptés. Dans le principe de la vérification d’âge, celui sur lequel s’abat l’interdiction est celui qui en subit tous les coûts

Accepter le téléphone, c’est accepter de rompre le lien parent-enfant

Revenons à l’article du New Yorker. Dans ce débat, Richtel se positionne entre Haidt et les sceptiques. Plutôt que de remettre en question l’existence d’une crise de santé mentale chez les adolescents, Richtel cherche à la contextualiser. Selon lui, les téléphones ne constituent pas une explication unique, même s’ils constituent une préoccupation légitime. « Je ne pense pas qu’il soit nécessaire d’être biologiste évolutionniste ou anthropologue pour en saisir la logique fondamentale », écrit-il. « Passer dix heures par jour le visage figé devant un écran n’est pas bon pour le développement du cerveau. » 

Comme Twenge et Haidt avant lui, Richtel propose un nom pour les adolescents d’aujourd’hui : « Génération rumination ». Mais il situe leur tourment dans une réflexion sur l’adolescence comme une étape culturelle, sociologique et psychologique apparue au cours des derniers siècles. La détresse ressentie par les adolescents est, selon lui, une réponse raisonnable. Un monde dont les défis sont de plus en plus abstraits et intellectuels plutôt que physiques. « La génération rumination grandit dans le domaine de l’esprit et de la psyché », écrit-il. « Se demander pourquoi certains sont en difficulté, c’est comme se demander pourquoi certains adolescents d’autrefois se sont écorchés les genoux et se sont cassés les os en gravissant une montagne pour explorer de nouveaux territoires. » Parallèlement, l’adolescence elle-même a évolué avec le recul de la puberté. Depuis les années 1980, de plus en plus de recherches montrent que les filles, en particulier, commencent leur puberté beaucoup plus tôt que ce qui était autrefois considéré comme la norme, dès six ou sept ans parfois. Richtel soutient que cela signifie que les jeunes sont désormais bloqués plus longtemps que jamais dans un état de vulnérabilité accrue ; il décrit des études indiquant que le cerveau des adolescents est particulièrement attiré par la nouveauté et les informations sociales (en plus de la prise de risque et du manque de jugement pour lesquels ils sont traditionnellement connus), ce qui les expose particulièrement aux tentations du téléphone. « Changement d’environnement + changement de puberté = inadéquation neurologique », écrit-il. Richtel mêle ses recherches aux témoignages de plusieurs adolescents, qui illustrent les grandes lignes de sa théorie. « Je ne veux pas blâmer Internet, mais je veux le blâmer », confie à Richtel un jeune souffrant d’anxiété et de dépression. « J’ai l’impression que si j’étais né 2000 avant J.-C. dans les Alpes, je serais toujours dépressif, mais je pense que le climat actuel aggrave considérablement ce phénomène. »

Pour Richtel, le rapport des adolescents au téléphone est plus un drame culturel qu’autre chose. Derrière le discours de panique morale sur le rapport des adolescents aux téléphones, il faut lire la crainte que la technologie puisse rompre le lien parent-enfant. Mais n’est-ce pas justement ce que produit l’adolescence, qui transforme un enfant de 9 ans joyeux en un enfant obsédé par les écrans à 15 ans ? « À l’instar du débat actuel sur les enfants et le genre, le discours sur les adolescents et les téléphones exploite la crainte que votre enfant ne découvre de nouvelles idées, très probablement en ligne, et ne soit transformé de manière irréversible. » C’est pourtant bien ce que produit l’adolescence plus que le téléphone. Et c’est peut-être ce que refuse la vérification d’âge : que nos enfants grandissent et nous échappent en imposant l’autorité parentale alors même que, fort heureusement, elle se délite.  

Pour Fisher, les longues heures passées en ligne par les baby-boomers devraient faire écho aux pratiques des adolescents. Mais ce que font les plus âgés ne suscite pas la même fascination ou la même inquiétude que les adolescents, alors que leurs usages peuvent-être tout aussi problématiques (voir ce que nous en disions dans l’article « Le pic des médias sociaux est derrière nous… sauf pour les plus âgés » pour la lettre Café IA). 

Sortir de la répression ?

« Faute de pouvoir véritablement réguler les médias sociaux, les États semblent donc se rabattre sur une obstruction de ces derniers », expliquait le journaliste David-Julien Rahmil pour l’ADN. Alex Beattie, maître de conférences en médias et communication à l’université Victoria de Wellington, évoque un tournant culturel et moral qu’il compare à l’ère victorienne. Dans un article publié sur The Conversation, il explique qu’on profite de la panique morale liée au Web pour brosser un portrait caricatural des adolescents connectés. Spectateurs passifs, incapables de critiquer les contenus qu’ils ingurgitent, ou bien totalement accros au défilement des vidéos, les adolescents finiraient forcément avec des troubles mentaux liés à Internet.

En phase avec une société qui ne voit le monde que par la répression, la vérification d’âge ne propose, à terme, qu’une règle autoritaire et absurde. Comme le disait Anne Cordier : « Ce que je trouve frappant, c’est l’usage de termes profondément autoritaires et militarisés comme « couvre-feu numérique ». C’est clairement une mesure de contrôle de population utilisée en temps de guerre ou de crise. En transposant ce terme dans le champ éducatif ou familial, on installe un imaginaire de coercition et de peur.

Au fond, cela traduit une vision très infantilisante, très défiante même. On a l’impression que le numérique est un adversaire à neutraliser et que les jeunes doivent avant tout être contenus plutôt que compris. Je trouve inquiétante cette confusion entre régulation éducative et discipline répressive reposant sur la contrainte.»

« Ce n’est pas avec deux ou trois heures d’ateliers de sensibilisation aux fake news qu’on va régler le problème. Ce qu’il faut, ce sont de véritables démarches d’éducation aux médias, à l’information, à la culture numérique, dès le plus jeune âge, avec des professionnels dévolus au sujet et des vrais moyens.» Mais ce sont là des mesures coûteuses à mettre en œuvre. L’interdiction, elle, ne coûte rien en politiques publiques. La répression est bien moins chère. Qu’importe si elle nous conduit à faire de mauvaises politiques, comme disait Joseph Stieglitz.

Eric Goldman ne dit pas autre chose. « Il n’existe pas de solution miracle pour protéger les mineurs en ligne, et aucune mesure politique unique ne garantira miraculeusement la sécurité des enfants en ligne ». Comme le dit l’expression, il faut tout un village pour élever un enfant : pour aider les mineurs à rester en sécurité en ligne et s’y épanouir, la coopération et la coordination de nombreux acteurs est nécessaire, quand les lois de ségrégation des jeunes en ligne tentent de contraindre les éditeurs de contenus à résoudre un problème qui touche toute la société et pour laquelle aucune solution unique ne convient à tous, comme l’expliquait un rapport du Center for Democracy & Technology ou celui de l’OCDE. Les politiques de répression ont pour premier effet de laisser les mineurs mal préparés à leur avenir, estime pertinemment Goldman, qui propose plutôt d’accélérer sur la formation des enfants et des parents et de solutions bénéfiques à tous. Il invite également à améliorer l’élaboration des politiques publiques, notamment en invitant les enfants à y participer et à respecter le droit des mineurs à la parole.  

Interdire l’accès des adolescents aux espaces en ligne ne les rend pas plus en sécurité ; cela les maintient simplement dans l’ignorance et les préparant bien mal à la vie adulte, explique l’EFF. L’interdiction compromet la sécurité et l’autonomie en remplaçant l’encadrement parental par des obligations gouvernementales et en mettant en place une infrastructure de surveillance de masse au lieu de mécanismes de protection de la vie privée. Tout l’inverse de ce dont nous avons besoin. 

En Australie, les plus jeunes se sont déjà tournés vers d’autres applications que les 10 applications sociales interdites (à savoir Facebook, Instagram, Kick, Reddit, Snapchat, Threads, TikTok, Twitch, X et YouTube), rapporte The Guardian. Et le gouvernement australien a menacé certaines d’entre elles de les faire entrer dans la liste des applications interdites aux moins de 16 ans. Une chasse à la souris peut durer longtemps. « Il est fort probable que si les jeunes se tournent vers des plateformes moins réglementées, ils deviennent plus discrets sur leur utilisation des réseaux sociaux, car ils ne sont pas censés y être. Par conséquent, s’ils tombent sur des contenus préoccupants ou vivent des expériences néfastes en ligne, ils n’en parleront pas à leurs parents. » En fait, comme le montrent les premiers témoignages de parents, les jeunes n’ont pas quitté leur téléphone. Ils continuent à y passer leur soirées. Certes, pas toujours sur les réseaux sociaux, mais directement avec leurs amis. Un sondage d’ABC révélait que trois enfants sur quatre interrogés comptaient continuer à les utiliser, rapportait le New York Times. Mais à les écouter, les jeunes australiens ont l’air bien plus matures que leurs politiciens. Pour la plupart, ils ne pensent pas que la nouvelle loi australienne changera grand-chose à leur vie.

Hubert Guillaud

Notre dossier sur la vérification d’âge :

Première partie : vers un internet de moins en moins sûr

– Deuxième partie : de l’impunité des géants à la criminalisation des usagers

– Troisième partie : la panique morale en roue libre

MAJ du 15/01/2026 : L’agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) vient de publier une vaste étude sur les effets des réseaux sociaux et de l’IA sur les adolescents. Comme l’expliquent les coordinateurs de ce rapport en interview pour The Conversation : « l’Anses ne recommande pas d’interdire les réseaux sociaux, mais de revoir en profondeur leur conception de manière à ce qu’ils ne nuisent pas à la santé des adolescents et des adolescentes ».

MAJ du 16/01/2026 :  Des chercheurs de l’université de Manchester ont suivi 25 000 jeunes de 11 à 14 ans pendant trois années scolaires, analysant leurs habitudes déclarées sur les réseaux sociaux, leur fréquence de jeu et leurs difficultés émotionnelles afin de déterminer si l’utilisation des technologies permettait réellement de prédire des problèmes de santé mentale ultérieurs. L’étude n’a mis en évidence aucun lien, chez les garçons comme chez les filles, entre une utilisation plus intensive des réseaux sociaux ou une pratique plus fréquente des jeux vidéo et une augmentation des symptômes d’anxiété ou de dépression chez les adolescents au cours de l’année suivante. The Guardian.

MAJ du 20/01/2026 : Sur son blog, Jean-Lou Fourquet défend avec conviction la position australienne. « Ce que l’Australie a fait est plus ciblé (bien qu’imparfait) et beaucoup plus intelligent — et donc beaucoup plus dérangeant pour les plateformes : interdire aux mineurs d’avoir un compte, et donc empêcher leur profilage algorithmique. » « On ne supprime pas la liberté des mineurs d’aller sur Youtube, on supprime la capacité de YouTube de les connaître intimement à 13 ans. » Il aligne des arguments plutôt pertinents, même si ma synthèse est plus inquiète sur la dérive sécuritaire à l’égard des mineurs, notamment à la vue des recommandations de la commission TikTok, dont je parlais dans le 2e épisode.

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  • Comment les médias peuvent-ils survivre à l’IA générative ?
    L’essor de l’intelligence artificielle générative fragilise profondément les médias. Aujourd’hui, plus d’un quart des Français visitent des faux sites d’informations générées par IA et recommandés par Google, « acteur majeur de la propagation de cette pollution » selon le journaliste d’investigation Jean-Marc Manach. Parallèlement, la presse subit une autre forme de prédation : l’exploitation massive […] The post Comment les médias peuvent-ils survivre à l’IA générative ? first appeared on Méta-

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  • Liens vagabonds : Le futur du journalisme selon la boule de cristal du Nieman Lab
    Fidèle à sa tradition annuelle, le Nieman Lab de Harvard publie les prédictions médias des voix les plus influentes du journalisme américain. Un exercice difficile, tant l’optimisme semble aujourd’hui mis à l’épreuve. Les luttes pour préserver un journalisme visible et opérant se multiplient, dans un contexte marqué par un recul historique de 10 % de […] The post Liens vagabonds : Le futur du journalisme selon la boule de cristal du Nieman Lab first appeared on Méta-media | La révolution de l'in

Liens vagabonds : Le futur du journalisme selon la boule de cristal du Nieman Lab

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Liens vagabonds : Interdire pour protéger, le pari australien sur les adolescents et les écrans

« Nos amis en Australie sont pionniers dans la restriction des réseaux sociaux », souligne la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen. Le pays est le premier à interdire l’accès aux plateformes aux moins de 16 ans afin de les protéger des effets potentiels de ces outils. Une mesure qui concerne plus de deux […]

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    Pour sa 17ᵉ édition, la conférence annuelle sur les nouvelles pratiques du journalisme de Sciences Po a exploré un constat simple mais crucial : dans un monde saturé de réseaux sociaux et bouleversé par l’IA, les vues ne suffisent plus. Le vrai enjeu ? Transformer les audiences en engagement, les abonnés en communautés et défendre la crédibilité du journalisme. […] The post La confiance avant les chiffres first appeared on Méta-media | La révolution de l'information.

La confiance avant les chiffres

Pour sa 17ᵉ édition, la conférence annuelle sur les nouvelles pratiques du journalisme de Sciences Po a exploré un constat simple mais crucial : dans un monde saturé de réseaux sociaux et bouleversé par l’IA, les vues ne suffisent plus. Le vrai enjeu ? Transformer les audiences en engagement, les abonnés en communautés et défendre la crédibilité du journalisme. […]

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Liens vagabonds : YouTube, un milliard d’euros plus tard, la France bascule dans l’ère des créateurs

Fini le temps où l’on méprisait la creator economy. Les chiffres font foi. YouTube revendique une contribution de 1 milliard d’euros au PIB français en 2024, selon un rapport publié le mardi 18 novembre. Ce montant englobe la publicité — dont la moitié est reversée aux créateurs — mais aussi « tous les revenus indirects, […]

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Bordeaux : une campagne d’épargne solidaire pour pérenniser notre lieu d’inclusion numérique

3 novembre 2025 à 12:06

À Bordeaux, nous lançons avec Emmaüs Épargne Solidaire une campagne d’épargne citoyenne pour préserver un lieu essentiel d’inclusion numérique. Objectif : collecter 250 000 € d’ici le 23 décembre 2025 afin de financer l’acquisition du local qui accueille nos activités.

Ouverte sur la plateforme LITA.co du 27 octobre au 23 décembre 2025, cette campagne invite chacun·e à donner du sens à son épargne en contribuant directement à la lutte contre la précarité numérique.

Un lieu clé à pérenniser au cœur de Bordeaux

Depuis 2017, nos équipes accompagnent les personnes en situation de précarité sociale et numérique à Bordeaux. Nous avons accueilli 7 000 personnes, distribué plus de 3 500 équipements reconditionnés, avec l’aide de 150 bénévoles dans notre local situé dans une ancienne agence postale, à deux pas de la gare.

Cet espace, central et accessible, est devenu un point d’ancrage essentiel pour les Bordelais les plus éloignés du numérique. Pourtant, son avenir est incertain : le lieu est mis en vente par son propriétaire et, à l’échéance du bail, il sera très difficile de retrouver un lieu aussi accessible et abordable dans un quartier en pleine mutation.

C’est pourquoi, avec Emmaüs Épargne Solidaire, nous faisons appel à l’épargne citoyenne pour acquérir ce local et assurer la continuité de notre action sur le long terme.

« L’accès au numérique est devenu une condition d’accès à l’emploi, aux droits et au lien social.
Sans ce local, nous risquons à terme d’être contraints de quitter un quartier où les besoins sont immenses. »

Paul Soncourt, Responsable régional Nouvelle-Aquitaine d’Emmaüs Connect

L’épargne solidaire pour un numérique plus inclusif et accessible

Créée en 2021, Emmaüs Épargne Solidaire, la foncière du Mouvement Emmaüs, agit comme un véritable propriétaire solidaire : elle acquiert, rénove et met à disposition des locaux adaptés aux associations du Mouvement, à des loyers accessibles.

Grâce à ce modèle, elle a déjà :

  • Collecté 1,8 M€ auprès de plus de 1 000 épargnant·e·s solidaires ;
  • Soutenu 5 projets emblématiques représentant plus de 6 000 m² de lieux solidaires ;
  • Contribué à la création et la consolidation de dizaines d’emplois.

« Chaque opération que nous menons est une victoire pour les associations Emmaüs, les personnes qu’elles accueillent ou accompagnent, et pour les épargnant·e·s solidaires qui donnent du sens à leur placement. Le projet de Bordeaux illustre parfaitement notre rôle : sécuriser un lieu au service d’une cause d’avenir. En unissant nos forces, nous transformons des mètres carrés en leviers d’insertion et de dignité. »

Aymeric de Goussencourt, Responsable de mission Emmaüs Épargne Solidaire

Grâce à l’agrément ESUS (Entreprise solidaire d’utilité sociale), les épargnant·e·s bénéficient d’un avantage fiscal de 25 % du montant investi.

Ensemble, faisons vivre ce lieu d’inclusion numérique

Ce projet, c’est la possibilité pour Emmaüs Connect de rester ancrés au cœur de Bordeaux, au plus près des personnes qui en ont le plus besoin. En participant à cette campagne, vous mettez votre épargne au service de la lutte contre l’exclusion numérique et sociale.

Investir dans des entreprises non cotées comporte un risque important de perte partielle ou totale des montants investis ainsi qu’un risque d’illiquidité.

Vous avez des questions ?

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  • Liens vagabonds : Les réseaux sociaux sont-ils encore sociaux ?
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Liens vagabonds : Les réseaux sociaux sont-ils encore sociaux ?

Les amis sont devenus des followers, des cibles marketing, noyés sous un flot de publicités ciblées, d’avatars IA et d’influenceurs fitness. Avec, parfois, en sandwich, la photo d’un ami qui refait surface plusieurs jours après avoir été postée. Sur Facebook, seulement 17% de temps est réservé aux publications d’amis ; sur Instagram, à peine 7 […]

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Emmaüs Connect déploie son programme Triptik dans la Métropole de Lille

29 septembre 2025 à 13:35

A partir de janvier 2026, Emmaüs Connect réplique son programme Triptik dans la Métropole de Lille, pour accélérer l’insertion des personnes primo-arrivantes. Objectif : accompagner 80 personnes d’ici septembre 2026.

Participants du parcours Triptik

Triptik, c’est un programme social innovant qui combine les apprentissages du numérique et du français à visée professionnelle avec l’objectif d’accélérer l’insertion des personnes primo-arrivantes.

Après une expérimentation réussie en Île-de-France, Emmaüs Connect lance Triptik dans la Métropole de Lille, grâce à un cofinancement de l’Union Européenne et de l’appel à projet BOP 104 de la Direction départementale de l’emploi, du travail et des solidarités (DDETS) du Nord.

Un programme complet pour l’insertion sociale et numérique

D’une durée de 150 heures réparties sur huit semaines, ce parcours de formation allie trois dimensions : l’apprentissage du français, la formation sur les outils numériques (smartphone et ordinateur) et un accompagnement social adapté à chaque participant·e.

À l’issue de ce parcours, les participant·e·s maîtriseront les compétences linguistiques et numériques essentielles pour :

  • Se repérer à l’oral et à l’écrit dans leur vie quotidienne
  • Gagner en autonomie dans leur environnement
  • Effectuer des démarches administratives en autonomie
  • Accéder à leurs droits via le numérique
  • Définir un projet professionnel adapté à leur situation et leurs envies

Une approche sur-mesure et évolutive

Triptik mise sur une pédagogie active et ancrée dans le réel, en s’appuyant sur le vécu des participant·e·s. Le programme inclut un accompagnement social individualisé, co-construit avec les prescripteurs ; des orientations personnalisées vers des dispositifs, formations ou emplois adaptés ; une flexibilité permanente avec des modules et ateliers qui s’ajustent en temps réel aux besoins et aux retours des personnes accompagnées.

A qui s’adresse le programme Triptik ?

Pour participer à ce programme gratuit, la personne doit remplir les conditions suivantes :

  • être un·e ressortissant·es issu·e·s de pays tiers hors Union Européenne
  • résidant en France de façon régulière depuis moins de 5 ans, y compris les bénéficiaires d’une protection internationale (BPI)
  • avoir un niveau requis A1 à l’écrit et à l’oral en français.

Comment participer ?

Vous êtes un·e travailleur·se social·e ou aidant·e ? Vous accompagnez une personne éligible qui se montre intéressée par le programme Triptik ?

  1. Inscrivez vos publics intéressés aux permanences proposées dans le cadre de la semaine d’intégration (en savoir plus)
  2. Télécharger cette fiche d’orientation
  3. Envoyer la fiche d’orientation à jmirande@emmaus-connect.org / 06 46 60 15 02
  4. Nous prendrons contact avec la personne pour lui proposer un test d’évaluation linguistique et numérique pour la positionner sur les futurs parcours.

Un programme soutenu par :

Fami
UE
Préfecture du Nord

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  • Liens vagabonds : Les doubles numériques, nouveaux esclaves de la publicité
    L’IA fait émerger une main-d’œuvre inédite. Des personnes bien réelles mises au service d’un double numérique, disponibles sept jours sur sept, vingt-quatre heures sur vingt-quatre, pour des rémunérations dérisoires. Le New York Times donne la parole à l’un d’entre eux : Scott Jacqmein, 52 ans, acteur en devenir qui a “vendu son âme” à TikTok […] The post Liens vagabonds : Les doubles numériques, nouveaux esclaves de la publicité first appeared on Méta-media | La révolution de l'information.

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TikTok vs Instagram : de rivaux à (presque) jumeaux dans la stratégie des médias publics

Deux rivaux, une même grammaire visuelle : autrefois perçus comme les pôles opposés des usages sociaux numériques, TikTok et Instagram tendent désormais à se confondre. Pour les médias de service public, cette convergence soulève une question stratégique : comment continuer à toucher les jeunes publics, sans dupliquer les efforts ? Décryptage d’une évolution accélérée des […]

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Lasana Harris « Un psychologue dirait sans doute que nous n’avons jamais vraiment été capables de construire une réalité cohérente »

Dans un monde saturé d’images truquées, de contenus générés par l’IA et d’algorithmes qui façonnent nos perceptions, avons-nous perdu notre emprise sur la réalité ? Pour Lasana Harris, professeur de neuroscience sociale à l’University College London, cette confusion n’a rien de nouveau : la réalité, rappelle-t-il, est d’abord une construction sociale et mentale. Propos recueillis […]

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Liens vagabonds : Créateurs de contenu, YouTube fait campagne pour un statut officiel

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    Plus de la moitié des 100 vidéos TikTok les plus populaires sur la santé mentale contiennent des informations trompeuses. C’est le constat alarmant d’une enquête menée par The Guardian. Les contenus concernés abordent l’anxiété, la dépression, les traumatismes ou encore la neurodivergence, et diffusent souvent des conseils douteux ou erronés. Parmi les exemples : “manger une orange […] The post Liens vagabonds : TikTok, le mal-être en trending first appeared on Méta-media | La révolution de l'in

Liens vagabonds : TikTok, le mal-être en trending

Plus de la moitié des 100 vidéos TikTok les plus populaires sur la santé mentale contiennent des informations trompeuses. C’est le constat alarmant d’une enquête menée par The Guardian. Les contenus concernés abordent l’anxiété, la dépression, les traumatismes ou encore la neurodivergence, et diffusent souvent des conseils douteux ou erronés. Parmi les exemples : “manger une orange […]

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